Les 5 du Vin

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Bordeaux, Prix René Renou 2017

Créé en hommage au vigneron et ancien président du Comité Vins de l’INAO (1952-2006), et décerné par l’Association Nationale des Elus du Vin, le Prix René Renou récompense la collectivité « ayant le mieux œuvré, au cours de l’année écoulée, pour la défense et la promotion du patrimoine culturel lié à la viticulture ».

Ayant participé à la création de ce prix, voici 10 ans, avec Marc Olivier, et figurant toujours parmi les jurés, j’y suis très attaché.

Pour cette dixième édition, le lauréat est la ville de Bordeaux.

Faut-il rappeler l’engagement de cette ville pour le vin, produit de culture? La Cité du Vin, qui a ouvert ses portes il y a un an, et qui a déjà accueilli près de 500.000 visiteurs, en est l’illustration. En mai dernier, ici même, notre ami David lui a consacré un article que je vous invite à lire si ce n’est déjà fait.

Mais laissons l’ANEV expliquer la démarche: « Depuis 10 ans, ont été récompensés des projets autour du vin d’ordre éducatif, environnemental ou oenotouristique et ayant valeur d’exemple et de reproductibilité par d’autres. Et si la Cité du Vin semble difficile à être dupliquée ailleurs c’est l’approche et le montage qui, eux, peuvent l’être et doivent servir d’exemple aux autres élus du Vin, qui en France veulent promouvoir cette culture, ce produit et ceux qui le façonnent.

En effet si la ville de Bordeaux a contribué à 38% de l’investissement, un pourcentage que les élus doivent retenir, elle ne contribue pas à son fonctionnement. Elle l’a laissé à la «Fondation pour la culture et les civilisations du Vin» qui a en charge l’animation, la gestion du personnel et toute la marche au quotidien. L’exploitation génère des recettes propres et la Fondation fait aussi appel au mécénat qui représente 10 à 15% du budget total et finance la programmation culturelle. Elle a accueilli la première année 70 évènements culturels ».

Le prix René Renou 2017 sera remis au maire de Bordeaux, Alain Juppé, lors d’un prochain événement autour du vin.

Hervé Lalau


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Deux beaux Bordeaux signés Marie-Laure Lurton

Suite et illustration de l’article de jeudi dernier, avec les vins du Château La Tour de Bessan et du Château Villegeorge.

A chaque propriété, son style ! Dans chacune, Marie-Laure Lurton fait tout pour que les vins expriment pleinement les qualités de leur terroir, et la complexité de chaque millésime. Chaque château produit un premier et un second vin : Le Page de La Tour Bessan et L’Étoile de Villegeorge, élevé exclusivement en cuve.

Le Château La Tour de Bessan

Le « Château »

Ne vous attendez pas à une bâtisse conventionnelle du Bordelais. C’est un château atypique, qui peut surprendre… Acheté par Lucien Lurton en 1972, la propriété avait besoin d’un renouveau, en 1999, Marie-Laure lui a redonné un look inattendu, dans cette partie du Médoc : elle a réhabilité avec goût, un ancien bâtiment de télécommunication amorcé en 1934 et, avec l’aide de l’architecte toulousain Vincent Defos du Rau, elle en a fait un édifice moderne. Ça lui a permis d’installer un cuvier ergonomique, un chai à barriques et une salle de dégustation. Le tout a un air plutôt futuriste qui tranche dans ce vignoble très traditionnel. Il fait partie des Crus Bourgeois de l’appellation Margaux.

Le vignoble

Le vignoble couvre 29 hectares dont 25 en production répartis entre Soussans, Cantenac et Arsac, sur des sols de belles graves profondes du quaternaire. La densité de plantation est de 7000 pieds/ha et le rendement moyen : 48 hl/ha

Dès 1992, Marie-Laure a commencé par investir dans le vignoble, car, elle sait le style de vins qu’elle veut produire: un style de vin typé, mais facile d’accès, élégant et sensuel. Pour l’obtenir, elle revoit l’encépagement, en arrachant le cabernet franc au profit du cabernet sauvignon et du merlot ; elle hausse le palissage, et met en place un travail au sol pour limiter les rendements. Les vignes sont travaillées traditionnellement, leur âge moyen est de 25 ans, les vendanges s’effectuent à la main et l’élevage a lieu en barriques de chêne français pendant une durée de 10 à 14 mois selon les millésimes.

L’encépagement actuel est de 43% de cabernet sauvignon, 55% de merlot et 2% de cabernet franc et 1% de Petit Verdot.

Quand je suis passée à La Tour de Bessan,  Marie-Laure  exposait dans les chais les peintures polychromes sur bois de Marie Bendler. http://mariebendler.blogspot.fr

La production 

– 60 à 110 000 cols de « grand vin » selon les millésimes
– 20 à 40 000 cols du Page de La Tour Bessan

Château La Tour de Bessan 2012 Margaux

Assemblage du millésime : 56 % Merlot 43 % Cabernet Sauvignon 1% Cabernet Franc.

Le millésime 2012 à Margaux a été très hétérogène. Je me rappelle avoir gouté lors de la dégustation des Primeurs beaucoup de vins dont les tanins étaient assez présents, parfois encore un peu verts. C’est un millésime où il faut être particulièrement vigilent, d’un domaine à l’autre, selon le terroir, la pluviométrie, la réactivité des propriétaires, les résultats sont très différents. Le plus important étant la maitrise des extractions, ce que Marie-Laure a parfaitement réussi, quand c’est le cas, les vins sont fins, souples et équilibrés. Etant donné qu’elle n’aime pas les vins du style « body builder », elle est très à l’aise dans ce genre de millésime.

Une belle robe grenat sombre très margaux par son bouquet finement floral et délicat agrémenté d’arômes de fruits des bois bien mûrs et d’humus, avec une note de cuir. Dès l’entrée en bouche, il offre une texture racée qui séduit en mêlant rondeur et finesse ; c’est un vin souple, charnu et sensuel, d’une suavité exceptionnelle. Evidemment, il ne faut pas s’attendre à la complexité d’un grand millésime, mais ce qu’il perd en complexité, il le gagne en « buvabilité » immédiate. Un vin à la fois facile d’accès, et d’une certaine sophistication en bouche comme l’a souligné notre ami Hervé. Parfaitement équilibré, il montre beaucoup de charme grâce à une finale lisse et veloutée. Les tanins très délicats enrobent un fruit noir assez gourmand. C’est vraiment très bon, à la fois charmeur et élégant comme il se doit pour un Margaux !

Il ne faudra pas le garder trop longtemps en cave, à boire jusqu’en 2022 !

Le Château de Villegeorge

Le « Château »

Voisin de Margaux, il est situé sur la commune d’Avensan dans l’appellation Haut-Médoc, il  jouit d’un terroir semblable, ce qui lui a notamment valu d’être classé « Grand cru exceptionnel » par les grands courtiers bordelais lors du classement des crus bourgeois de 1932. Ce classement est confirmé en 1966. Au XVIIIème siècle, les vins de Villegeorge sont particulièrement reconnus pour leur qualité, à tel point que leurs prix sont comparables aux crus qui seront classés au 3è rang en 1855.

Le vignoble

Le vignoble couvre 12,32 ha de vignes situées sur un terroir de graves profondes, pauvre en argile, très favorable à l’obtention de grands vins. C’est Lucien Lurton, grand connaisseur des terroirs du Médoc, qui sut repérer la qualité des ce sols comparables à ceux de Margaux. Il acquit donc le domaine en 1973 et entreprit patiemment un travail de réhabilitation qu’a poursuivi sa fille Marie-Laure quand elle l’a reçu, en 1992, en sachant qu’elle le vinifiait déjà depuis 1986. Depuis, elle n’a cessé de le moderniser et de l’améliorer, tout au long des années par tranches de travaux successives. Après l’agrandissement du cuvier en 1997, depuis 2006, elle s’est attaqué à l’agrandissement du chai à barriques et a modernisé la réception des vendanges.

Encépagement : 63% Cabernet-Sauvignon, 37% Merlot.

La production 

– 30 à 50 000 cols de « grand vin » selon les millésimes
– 20 à 35 000 cols de l’Etoile de Villegeorge

Densité de plantation : 6.666 à 7.692 pieds/ha, âge moyen des vignes : 25 ans

Rendement moyen : 45 hl/ha

Château de Villegeorge 2008 Haut-Médoc

Assemblage du millésime :70 % Merlot 30 % Cabernet Sauvignon.

Un vin à la robe sombre, au nez délicatement fruité évocateur de cèdre et de rose et une bouche précise et fine, tout en rondeur et en délicatesse avec ses notes discrètes d’épices, j’aime l’élégance de ses tanins. Un vin crémeux et intense, doté d’une certaine fraîcheur grâce à ses notes légèrement mentholées en finale. Un très beau vin plus discret que puissant cherchant la longueur et non l’explosion. J’aime sa race, c’est un château qui demande à être mieux connu et davantage dégusté, ça n’est qu’un Haut-Médoc, certes, mais mettez-le à l’aveugle et essayez de le situer!

Et le millésime 2017, une semaine plus tard ?

La réponse de Marie-Laure, le 22 septembre dernier :

« Les vendanges promettent un joli millésime ! Les vendanges se passent bien, nous aurons terminé ce soir nos Merlots d’Arsac et Cantenac. Ceux de Soussans (qui ont bien gelés) seront ramassés la semaine prochaine. Les Cabernet Sauvignons ont l’air prometteur : on ramasse ceux de Cantenac lundi. Quant aux Petit Verdots : ce n’est pas leur année ! ils s’abiment sans murir. La récolte sera faible. Les premières cuves sont fruitées et colorées, le chai embaume lors des remontages. Nous devrions faire quelque chose de sympa à défaut de très grand. » …Aujourd’hui, « Les vendanges tirent à leur fin ; vendredi, on aura terminé La Tour de Bessan. Il restera les Cabernets gelés de Villegeorge… »

 

                                            Photos des vendanges 2017

Ce que j’apprécie le plus dans les vins de Marie-Laure :

Ils sont élégants, vibrants et équilibrés, tendres et veloutés, mais ne manquent pas de puissance et de noblesse. J’aime ses extractions distinguées, sa maitrise de l’usage du bois, très discret. Elle signe des vins sincères et attachants.

 

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

 


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Une minute, un vignoble, le retour

Le programme « 1 Minute 1 Vignoble » revient sur les écrans à la rentrée. 18 films d’une minute chacun seront diffusés sur France 2 vers 14h chaque samedi et dimanche, du 2 septembre au 19 novembre 2017.

Cette émission de vulgarisation soutenue par Vin & Société concerne actuellement 6 régions viticoles françaises : Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Languedoc, Provence et Côtes du Rhône.


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Vinexpo, pas si nul que cela

Vinexpo et Prowein. Certes, on peut toujours comparer deux salons dans deux pays différents et qui se produisent à des moments différents. Pourquoi pas.

Mais il serait intéressant aussi de voir la fréquentation des visiteurs par pays et par continent pour voir lequel de ces deux à le plus grand rayonnement international. Le nombre ne fait pas tout dans cette affaire, à mon avis.
Je viens à chaque édition de Vinexpo (et pas dans les « offs » ou il faut avoir une voiture et bouffer de l’essence, comme du temps) depuis ses débuts vers 1991. Je suis allé une fois à Prowein, en 2016. Ce dernier salon est très professionnel, très bien organisé, mais, à mon avis, est moins « fun » que Vinexpo. Ce n’est qu’un avis personnel bien entendu, et il est vrai, comme le dis Hervé, que Bordeaux est une ville nettement plus intéressante, belle et amusante à visiter que Dusseldorf.

Tout dépend de ce qu’un veut faire lors d’un salon de vin. Si c’est le business pur, alors peut-être bien que Prowein peut faire l’affaire. Peu ou moins de distractions. Si c’est pour se baigner dans le milieu, prendre plaisir tout en faisant des affaires dans un environnement agréable, participer à plein de dégustations thématiques, ou, en même temps, visiter des domaines viticoles, alors Bordeaux tient la corde. On ne vient pas dans un salon pour manger, mais entre un sandwich de jambons debout et seul dans une cour glaciale (Prowein) et un plateau de sushi assis avec un copain oenologue sous un auvent un peu chaud au bord d’un lac, mon coeur balance (nettement vers le sushi).

On ne peut pas tout faire avec un salon, et tout dire à propos de sa fréquentation, mais Vinexpo est aussi un salon formidable et je m’en fous que cela soit le plus grand ou le plus ceci ou cela, ou bien son contraire. Et ce premier jour (dimanche) je n’ai jamais vu autant de monde de tous les pays lors d’un jour d’ouverture.

La semaine prochaine je vous parlerai de mes coups de coeurs dégustés à Vinexpo, avec peu de temps dont je disposais entre d’autres engagements professionnels.

David

 

 

 

 


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La Cité du Vin à Bordeaux

Dans certains cercles snobinards du vin, le « Bordeaux bashing » est à la mode. Cela est aussi stupide que n’importe quelle mode. Quand je pense à tous les cavistes et restaurants à Paris qui ne veulent même pas entendre parler d’un vin de Bordeaux, je mesure la profondeur des ces préjugés idiots. Bordeaux a aussi beaucoup souffert, selon le secteur, des récentes gelées et mérite à ce titre toute notre sympathie en ce moment, car ce ne sont pas que les fortunés qui ont été touchés.

Dans les vins de Bordeaux, une des choses qui m’impressionnent, plus encore que les crus classés et consorts qui sont souvent des monuments de finesse et de longévité, est la largueur de la fourchette des prix pratiqués. Il est quasiment impossible de trouver un vin buvable en Côte d’Or à moins de 10 euros, alors que Bordeaux abonde d’excellents vins dans cette zone de prix.

Mais il y a aussi la ville de Bordeaux et sa somptueuse architecture, son urbanisme civilisé et accueillant pour le piéton, et, d’une manière générale, son dynamisme actuel. Le touriste ne s’y trompe pas en faisant du capitale de la Gironde sa destination française préférée après Paris.

J’ai visité récemment et à trois reprises la Cité du Vin à Bordeaux, passant chaque fois entre deux et trois heures très agréables dans ce lieu étonnant et globalement très réussi. Là aussi, le succès est au rendez-vous car la fréquentation semble tenir les ambitions annoncés, de l’ordre de 450.000 visiteurs par an. Fin 2016, sept mois après l’ouverture, le chiffre avait déjà atteint 216.000 visiteurs payants et je crois qu’il a maintenant dépassé les 340.000. Son nom complet est « Fondation pour la Culture et les Civilisations du vin », ce qui dit pas mal de choses de l’ambition du projet.

L’aspect extérieur de ce grand bâtiment étonne, comme d’ailleurs l’intérieur. C’est un parti-pris architectural osé, que tout le monde n’aimera pas (des noms à tendance scatologique circulent, mais peu importe), mais la chose fonctionne très bien à l’intérieur pour le visiteur, à quelques détails près.

On peut visiter librement tout le rez-de chaussée qui inclut, outre des lieux fonctionnels, une vaste librairie et boutique vendant objets liés au vin, un magasin rempli de vins du monde entier et un bistrot à vin servant au moins 24 vins au verre. Des expositions temporaires et des salles de conférences et de dégustation, ainsi qu’une bibliothèque, se trouvent au premier étage, et la vaste exposition permanente, très didactique et souvent créative dans son approche, se trouve au deuxième étage. Certes, un professionnel du vin n’apprendra peut-être pas grand chose (qui sait ?), mais ce n’est pas lui la cible. Car cette exposition, qui dépend beaucoup d’un système audio-visuel sophistiqué (et parfois fragile) pour chaque section, vise clairement le grand public, et c’est tant mieux. L’espace est vaste, ce qui vous permet de revenir sur vos pas facilement pour voir une présentation qui était occupé par d’autres lors de votre premier passage. Il y a une section importante sur les vins de Bordeaux et leur histoire, ce qui est normal vu l’emplacement, mais l’impression générale est d’une ouverture vers le monde du vin dans son ensemble.

Le ticket d’entrée est de 20 euros, ce qui n’est pas donné; mais l’expo est assez vaste et diversifiée et vous y passerez facilement 2 heures sans voir s’écouler le temps au dessus du flux de la Garonne. En prime, on vous offre un verre d’un de 12 vins du monde entier (la sélection change tout le temps) dans un bel espace au huitième étage, avec une vue imprenable sur toute la région. Si vous avez faim, il y a un bon restaurant au 7ème, ou bien retournez au bistrot au rez-de-chaussée.

Des critiques? Quelques unes, quand même. La partie historique à un côté kitsch qui lasse un peu avec, entre autres, une sorte de mise en scène dans lequel l’inévitable Pierre Arditi fait son numéro et certaines présentations sentent un peu trop le sponsoring. Mais on passe vite à autre chose et il y a de quoi. Sur un plan pratique, la circulation entre les étages n’est pas toujours d’une grande limpidité, vu la configuration du bâtiment et la séparation des ascenseurs et deux blocs en fonction des étages.

Mais j’encourage tout le monde à faire un tour à la Cité du Vin, à Bordeaux, à la prochaine occasion. Le tram passe à côté et s’arrête devant. Sinon, la marche le long des quais jusqu’au Pont Chaban est un pur bonheur.

Pour plus de détails, y compris sur un programme riche en conférences intéressantes, voici le lien :

http://www.laciteduvin.com/fr

David Cobbold


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Le rôle de l’architecture et du décor dans le vin : l’exemple de Bordeaux

Chai à barrique à Château Marquis d’Alesme, Margaux. La propriétaire a des origines partiellement asiatiques. Cette réalisation est en tous points remarquable par sa beauté et son sens du détail.

 

Un récent voyage dans le Médoc, pour accompagner une groupe d’amateurs de vin, m’a fait prendre conscience, une fois de plus, des extraordinaires investissements qui ont été réalisés depuis quelques années dans tous les éléments architecturaux, aussi bien fonctionnels que décoratifs, qui entourent le vin dans les régions plus ou moins fortunées du vin, à Bordeaux comme ailleurs. En une trentaine d’années, les paysages viticoles, au sens large du terme, ont été transformés, pas tant au niveau du vignoble, mais au niveau des chais et autres bâtiments de production. Cela a touché aussi bien les équipements que le décor, auquel on accorde à présent une importance considérable. Et cela est surtout vrai de l’esthétique, telle qu’elle est perçue par le visiteur, comme par le personnel qui y travaille.

Il est possible, et même probable, que travailler dans un beau lieu engendre un meilleur rapport au travail en question. Il est en tout cas certain que visiter un beau lieu engendre un tout autre rapport au produit qui en est issu que si le lieu de production ressemble à un taudis avec des déchets et des outils rouillés qui trainent partout, à moins de verser dans une forme de snobisme inversé que certains amateur de vins dits « naturels » aiment parfois promouvoir. Il y a, me semble-t-il, un juste milieu entre les excès « bling-bling » de certaines réalisations architecturales, à Bordeaux et ailleurs, et le laisser-aller qui a si longtemps caractérisé les lieux de production du vin. L’avènement d’un tourisme autour du vin qui draine, en France comme ailleurs, un nombre croissant de visiteurs dans les régions viticoles milite évidemment pour une accélération de ce phénomène.

Lieu de réception des vendanges au Château Marquis d’Alesme. Outre l’influence asiatique, il faut notre les panneau d’osier dans les caissons du plafond qui amortissent très efficacement le réverbérations sonores et améliorent ainsi le confort des personnes qui y travaillent.

 

Je sais bien qu’il est beaucoup plus facile de consentir des investissements importants aux aspects visuels et techniques d’un chai et de son environnement lorsque son vin se vend à 30 euros et plus (en prix de gros par bouteille) que quand le marché vous limite à un prix qui plafonne autour de 10 euros, voir moins. Car le coût de revient, frais commerciaux compris, d’un cru classé ou cru bourgeois du Médoc doivent déjà avoisiner les 10 euros, ce qui laisse des marges confortables dans certains cas, et très faibles dans d’autres.

Une partie du chai à barriques à Château Palmer, Margaux

 

Mais je pense que la vision esthétique n’est pas tributaire uniquement de l’argent. Il faut dans tous les cas une volonté de présenter son outil de production à un public, puis le talent de le faire dans un style qui risque d’impressionner, de plaire ou d’amuser le visiteur. Autrement dit, nul besoin d’une débauche d’extravagance dans le décor ou l’équipement pour être vu comme un producteur « sérieux». Il est très possible de faire dans la simplicité et la sobriété avec relativement peu de moyens.

cuve en béton noir à Château Gruaud Larose, Sant Julien

 

J’ai illustré cet article avec quelques exemples tirés de ce voyage dans le Médoc qui dénotent des niveaux d’investissement de niveaux très différents, mais qui m’ont chacun donné une impression de soin, de vision, et d’attention aux détails qui, après tout, sont aussi ce qui caractérise un bon producteur de vin. La plupart des réalisations proviennent de domaines qui vendent leurs vins au dessus de 20 euros la bouteille. Mais j’ai constaté la même chose ailleurs à Bordeaux et dans presque toutes les régions viticoles que j’ai visité. Je maintiens donc ma thèse: soigner l’apparence de son lieu de production, même avec des moyens bien plus modestes, aura toujours un impact favorable sur le visiteur,  amateur comme professionnel, y compris dans des propriétés plus modestes. Le vin, après tout, est un produit de luxe, c’est à dire superflu par rapport à nos besoins vitaux. L’esthétique y prime par rapport à la nécessité. Son environnement doit obéir aux mêmes principes.

David Cobbold

 

 


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Et si les meilleurs vins rosés ne venaient pas de Provence ?

Depuis quelques années, la Provence a tant misé sur un seul type de vin, le rosé (et de surcroît avec une tonalité clairement très pâle, en tout cas bien plus que l’image ci-dessus), qu’elle semble exercer une forme de quasi-hégémonie sur ce marché, du moins dans l’imaginaire des consommateurs. Mais l’engouement pour le vin rosé, qui est parti de cette belle région aussi capable de produire de grands vins rouges et blancs, fait de plus en plus d’émules un peu partout ailleurs, et cela me fait poser la question suivante : est-ce que d’autres climats ne sont pas mieux adaptés à produire ce type de vin si populaire que la zone climatique de la Méditerranée, qui est forcément relativement chaude ? Evidemment cela dépend de ce qu’on recherche dans un rosé, mais je pense que la notion de fraîcheur est essentielle dans ce type de vin, du moins en général, car il y a bien sur des rosés de garde qui échappent à la masse.

Je ne vais pas m’occuper que de la couleur dans cet article, car peu importe la robe d’un vin, mais il en sera aussi question. Ma préoccupation principale est cette impression désaltérante de fraîcheur que donnent les bons rosés, et qui vient à la fois de l’acidité, de la netteté des saveurs fruités, et d’une relative légèreté en alcool. Car j’ai souvent une impression de lourdeur, presque d’écœurement dans beaucoup de rosés de Provence, impression que je crois réelle mais que la plupart tentent de masquer par l’effet induit par une couleur très pâle. Vendre du vin c’est aussi jouer sur tous les ressorts chez un consommateur, et cette histoire de pâleur me rappelle la grande réussite commerciale des Scotch whiskies ayant une couleur bien plus pâle que les autres, comme J&B ou Cutty Sark, à partir des années 1960 et 1970 (voir l’image des whiskies ci-dessus). Le consommateur a l’impression, d’une manière quasi-subliminale, de boire moins d’alcool quand le produit est moins coloré. Je sais que cela peut sembler très basique, mais je crois que c’est vrai. Regardez aussi le succès des alcools blancs.

Pour revenir à la question du climat (que je pense être l’ingrédient le plus important dans l’équation complexe du terroir) il me semble que des climats plus frais que celui de la Provence sont mieux adaptés à la production de vins rosés qui donnent une vrai impression de fraîcheur, et cela quelque soit la température de service. Cela semble couler de source, mais, d’une manière plus anecdotique, c’était une dégustation d’une quarantaine de vins rosés pour les besoins d’un article qui a engendré cette réflexion. Théorie et pratique se combinent donc.

La semaine dernière nous avons dégusté, avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, 38 vins rosés de différentes provenances : Loire, Alsace, Beaujolais, Savoie, Rhône, Provence, Languedoc, Roussillon et Bordeaux. On ne peut pas dire que l’échantillonnage était représentatif des proportions de rosés produites dans toutes ses régions, mais cela permettait quand-même d’avoir un début d’idée sur des profils, qui est plutôt confirmé par d’autres expériences passées. Nous avons dégusté tous les vins à la température de la pièce (17°C), ce qui écarte un effet masquant qui résulte d’une température fraîche. J’estime que si un vin ne semble pas bien équilibré à cette température, alors il ne l’est pas et le rafraîchir ne sert qu’à masquer cela. Sept vins étaient horribles, quinze seraient acceptables pour la plupart des consommateurs, et dix-sept étaient bons ou très bons selon nous. Mais ce qui me frappait le plus dans cette dégustation était le haut niveau qualitatif des rosés de Savoie, du Beaujolais et, à moindre degré, de Bordeaux. Je leur trouvais un supplément de fraîcheur, une netteté de saveurs et une impression globale de plaisir spontané, simple mais plein. Je ne suis pas obsédé par les degrés d’alcool dans des vins ; d’ailleurs je regarde assez rarement cette information sur les étiquettes, mais je l’ai quand même fait dans ce cas. Pour les régions que je viens de citer, ces degrés se situaient entre 11,5° et 12°, tandis que pour les vins rosés de Provence et du Languedoc, les niveaux tournaient entre 13° et 14°. Il y avait des vins très clairs et d’autres aux tons prononcés parmi les bons et très bons vins. La couleur n’a donc aucun rapport avec les qualités gustatives d’un vin rosé. Autre élément, qui a son importance pour la plupart des acheteurs de bouteilles : le prix. Les prix des vins rosés de Savoie, de Beaujolais ou de Bordeaux, du moins pour les vins que nous avons dégustés, semblent bien inférieurs à ceux de Provence, par exemple.

En conclusion, je pense qu’un climat tempéré ou frais est plus apte à produire des bons vins rosés qu’un climat méditerranéen. Or c’est plutôt le contraire sur le plan de la proportion des vins rosés produits de nos jours dans ces grandes zones. Encore un paradoxe français ?

 

David