Les 5 du Vin

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Judgement of Paris revisited, 40 ans plus tard

paris-drinkmemag.com-drink-meUne reconstitution mise en scène de la dégustation de 1976

Je suppose que la plupart des amateurs de vin (mais peut-être pas les plus jeunes) ont entendu parler d’une dégustation qui fut appelée, un peu plus tard et un peu pompeusement, « The Judgement of Paris« . Cela avait lieu, effectivement à Paris, le 23 mai 1976. Je n’y étais pas, mais j’ai travaillé pendant deux ans, un peu plus tard, pour son instigateur, Steven Spurrier, et j’ai assisté la semaine dernière à un déjeuner qui a commémoré un événement qui a eu de multiples conséquences pour les vins fins du monde entier. J’y reviendrai.

IMG_7539Steven Spurrier raconte sa dégustation de 1976

Steven était à l’époque marchand de vin à Paris (on dit caviste en France, mais il préférait l’intitulé « marchand de vin » qui n’a pas, en Angleterre, la connotation « pinardière » qui existe en France). Sa boutique minuscule s’appelait Les Caves de la Madeleine et se situait dans un petit passage entre la Rue Royale et la Rue Boissy d’Anglas, proche de l’église de la Madeleine. Ce passage s’appelait Cité Berryer à cette époque et il est difficile pour un promeneur contemporain de visualiser l’ambiance très provinciale de ce lieu en plein cœur de Paris dans les années 1970 et 1980, tant son aspect s’est transformé depuis. Les promoteurs en ont fait un havre pour boutiques chics, mais, lorsque j’y travaillais, il y a avait un marchand de poisson, un marchand de fruits et légumes, un vieux bistrot familial avec sièges en moleskine et menu de midi à 20 francs, vin compris (chez Luinaud). Il y avait aussi, deux fois par semaine, un marché de produits frais qui venaient essentiellement de Montmorency, au nord de Paris.

IMG_7537Michel Dovaz, qui faisait partie du jury en 1976, discute avec Bernard Portet, qui dirige le Clos du Val à Napa, un des vins présents en 1976 et à ce déjeuner.

Mais revenons à cette dégustation. Lors de ses voyages, Steven avait constaté la montée en qualité des meilleurs vins californiens, blancs comme rouges, et a décidé d’organiser une dégustation à Paris pour le démontrer à quelques professionnels français, producteurs de vins, sommeliers et journalistes. Pour rendre la chose plus amusante, la dégustation s’est tenu à l’aveugle et a confronté quelques chardonnays de Californie à des bourgognes blancs, et des assemblages à base de Cabernet Sauvignon à des rouges de la rive gauche bordelaise. La meilleur note (moyenne de l’ensemble de jurés, qui était très majoritairement français) en blanc a été donne à un chardonnay californien, le Château Montelena, élaboré par un émigré croate, Mike Grgich. Et la meilleure note en rouge a été attribué à un autre californien, Stag’s Leap Cask 23, produit par Warren Winiarski, un émigré polonais. Hormis ce tribut à la diversité culturelle des USA, ce résultat fut surtout une sorte d’électro-choc à ceux, en France, qui se croyaient (et ils étaient nombreux à cette époque) au dessus du lot en matière de vins fins, presque par droit divin. Aubert de Vilaine, qui faisait partie du jury, a dit que cela a été un coup de pied salutaire pour le vignoble français.

Odette Khan, autre membre du jury et à l’époque rédactrice-en-chef de la Revue de Vin de France, ayant vu qu’elle avait placé le Stag’s Leap en 1ère place, a demandé de récupérer son bulletin (ce que Spurrier a refusé), puis elle a déclaré que la dégustation était biaisée. Un peu plus tard, lors d’une visite, Steven fut physiquement expulsé de la cave de Ramonet en Bourgogne (un des leurs vins avait été battu par plusieurs californiens dans la dégustation). Bref, cela a créé un mini-scandale en France mais les Californiens étaient ravis et n’ont cessé depuis de célébrer l’événement.

Que faut-il en penser aujourd’hui, 40 ans après ?

Au-delà de ces aspects anecdotiques, quelles ont été les leçons de cette dégustation ? D’abord, qu’une dégustation à l’aveugle est une leçon d’humilité pour tout le monde. Ensuite que cela peut servir de révélateur aux qualités de n’importe quel vin, à condition que l’on compare des vins comparables: les chardonnays avec les chardonnays, les cabernets avec les cabernets, etc. Depuis cette date, on n’a cessé de recréer des évènements similaires, et même, à trois reprises je crois, avec les mêmes vins. La dernière en date avait lieu le 23 mai 2016 et, cette fois-ci, les 4 meilleurs dans chaque catégorie était des vins californiens, ce qui démolit effectivement une des critiques portées en 1976 par des Français à l’encontre des vins américains, du genre: « oui, ces vins californiens séduisent dans leur jeunesse, mais ils ne tiendront pas dans le temps ». On voit maintenant que cela est faux.

Lors d’autres dégustations de ce type, des vins italiens, espagnols ou chiliens basés sur la cabernet sauvignon ont également devancés de noms illustres du Bordelais. François Mauss, avec son Grand Jury Européen, a également démontré que la concurrence dans cette catégorie peut également venir de certains vins sans grand renommé mais fait avec ambition et soin. Tout ceci n’est pas de nature à diminuer la qualité des vins les plus réputés. On sait bien que les résultats d’une dégustation de ce type peuvent varier d’un jour à l’autre et que les écarts ne sont pas nécessairement énormes. Mais je pense que la dégustation de Spurrier, par exemple, a dû réveiller un certain nombre de producteurs en France qui s’étaient quelques peu endormis. Ce qui est certain, c’est que les Californiens peuvent le remercier. Warren Winiarski, par exemple, a récemment vendu son domaine de Stag’s Leap pour 185 millions de dollars, alors qu’en 1976, il était inconnu; et son vin, vainqueur de cette dégustation, était issu de très jeunes vignes !

Bottles

 

Les vins servis à ce déjeuner commémoratif étaient contemporains et presque tous Californiens, exception faite d’un sparkling anglais produit sur la propriété de Spurrier dans le Dorset, d’un Crémant de Bourgogne, JCB21, produit par Boisset et d’un Tokaji à la fin.

Parmi les 3 chardonnays servis, j’ai adoré les Grgich Hills 2013 « Paris Tasting Commemorative », de Napa ; grande finesse, de l’intensité et de la délicatesse en harmonie. Un cran en dessous mais aussi excellent fut le Ridge Montebello 2012, de Santa Cruz. Ces deux vins démontent totalement les idées reçues qui circulent encore à propos de chardonnays « lourds et sur-boisés » issus de ce pays.JOP-Card_400_400_70

Parmi les quatre rouges à base de Cabernet Sauvignon, ma préférence est allée nettement au Ridge Montebello 2012. Le Clos du Val 1999 Réserve de Dominique Portet et le Joseph Phelps Insignia 2012 (les deux issu de Napa) le suivaient.

Histoire de voyager ailleurs, nous avons fini avec un très élégant Tokaji Kiralydvar 2002, cuvée Ilona.

DC & Danièle G

David Cobbold

(ici avec Danièle Girault qui distribue une belle gamme de vins à Paris)


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Spectator sports –en primeur and other classics

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This week Bordeaux welcomes the en primeur circus for the latest episode of this classic long running, remarkably slow moving and greatest spectator sport in wine. Will 2015 revive the flagging attraction of buying en primeur or will #winelovers around the world again decide to keep their credit cards sheathed?

Two much faster moving and probably more gripping classics (known as monuments) in another great spectator sport – cycling  – in bookcase Bordeaux’s en primeur week.

Last Sunday saw the 100th edition of the gruelling Tour of Flanders. 255 kilometres ridden over many winding narrow roads and featuring a number of short, sharp, steep climbs with sections up to at least 20% and over viciously irregular cobbles Flanders is one of the great classics. The race starts in Bruges finishing in Oudenarde. You have to be very strong and tough to win this, while avoiding bad luck!  Northern Belgium is popularly thought to be as flat as a crèpe. Although there are indeed no mountains here, there are some very steep climbs. Riders, in this edition who got to the finish, went up 18 climbs – two ascents of the most difficult climb –Paterberg – and three of the the Oude Kwaremont plus seven other cobbled sections.

Winners: Peter Sagan (Mens) and Lizzie Armistead (Womens) 

Next Sunday (10th), after the merchants and journos have departed Bordeaux ready for their appointments with their dental hygienists attempting to limit damage to their teeth inflicted by a torrent of tannin and youthful acidity, its the turn of the Paris-Roubaix – flatter but with more cobbled sections than the Tour of Flanders. This is the 114th edition of the Paris-Roubaix and again you have to be strong, very fit and have luck in avoiding crashed on the cobbled sections to win. Since 1968, despite its name, the race now starts in Compiègne to the north of Paris. Once famous as the place where the armistice that ended the First World War was signed, it now owes its fame as the birthplace of our Les 5 colleague – Hervé. Whether the great man travelled along the route of the Paris-Roubaix when he moved to Brussels is not known….

But back to en primeur Bordeaux stately waltz. The first few introductory movements have now been completed. These feature increasing optimistic noises emanating from Bordeaux that this may well be the greatest vintage since Julius Caesar last set sail for the UK and dire warning from merchants that the Bordelais must not increase their en primeur prices this year with cuts preferred if the new campaign is to have any chance of success. This can resemble a minuet of the deaf…

I am delighted that for this edition the Union des Grand Crus de Bordeaux, has acknowledged that en primeur is a spectator sport by holding the journalist tastings in Bordeaux’s new football stadium. As a famous sport normally has sponsors, I would like to take the liberty of suggesting that Emeric Sauty de Chalon and Fabien Hyon’s 1855.com would be a highly appropriate choice underlining what a gold-plated vehicle for fraud en primeur can be for fraudsters.

Arnaque

Screen shot from France 2’s arnaque report on 1855.com in 2012 


These days it is difficult to see any advantage for #winelovers to buy Bordeaux en primeur. Anyone, who bought the 2010 vintage en primeur,  the last highly touted vintage will find that they can find these wines considerably cheaper especially if they bought trophy wines like Château Lafite.

Price movements for 2010 Château Lafite: 

2010 Lafite

From stats on wine-searcher.com the average bottle price (excluding tax) for the 2010 dropped from £1079 in May 2011 to just £696 in February 2016. It is also significant that there are plenty offers for this vintage of Lafite.

If there is little or no point in consumers buying en primeur what of the role of journalists in this circus. It is, of course, always interesting to taste young wines but the scores, tasting notes and opinions of leading writers/journalists are now an essential part of the en primeur process used by châteaux and merchants alike.

Message from Jancis Robinson MW  (2nd April 2016)
‘By the time you read this I should be fully immersed in assessing embryonic samples of the latest Bordeaux vintage. Having canvassed members of JancisRobinson.com, as I tend to do every year, I know that a significant proportion of them want early assessments of the 2015 vintage and the wines produced, so, ever obedient, I will do my very best. But I do hope everyone realises just how non-definitive these barrel samples are. The wines will not be delivered in bottle for more than two years into the future. A lot can happen in that time. And we have to rely on individual producers to show us samples that are as representative as possible, however tempting it must be to show us the most flattering samples.’

Jancis’ comments underline the problems associated with Bordeaux holding the en primeur tastings so early on – ‘non-definitive’ barrel samples and ‘most flattering samples’.

Also it also looks like Jancis has recognised that the en primeur needs to be freshened up. Her interesting twitter suggestion (3.4.16) of scoring wines according the weather conditions is a good start, although I think there is plenty of scope to be even more adventurous.

JancisRMW

Although some journos have dropped out of the en primeur circus, there, however, still remains a distinguished field in long-running The Robert Parker Succession Handicap Stakes.

Following the conclusion of the Paris-Roubaix the Bordeaux châteaux will begin the process of declaring their opening prices for the 2015 vintage. As 2015 is considered a good vintage the declaration process is very likely to be an agonisingly slow process resembling a striptease performed by a severely arthritic snail with the First Growths (excluding Latour) not discarding the last vestiges much before late June and the start of the summer holidays.

Moi ? This coming week I will be on the Island of Colonsay for a family wedding to be held on Thursday on the Kiloran Beach, which I hope will not turn out to be as insane as Bordeaux en primeur.….

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The Island of Colonsay  

With due acknowledge to David’s trenchant comments made in this post in January 2016.


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Prowein ou Vinexpo ou les deux ?

Le salon international Prowein et sa concurrence avec Vinexpo est un débat qui intéresse les exposants comme les autres professionnels (importateurs, acheteurs, distributeurs, sommeliers, journalistes) qui, comme moi, doivent fréquenter ce genre de salon pour différents aspects de leur travail, comme pour le plaisir d’y faire des découvertes car nous sommes aussi, et surtout, des amateurs de vin au sens propre du terme. Je rappelle d’abord qu’il s’agit de deux salons destinés exclusivement (en principe) au professionnels du vin. Il existent plein de salons qui sont ouverts aux amateurs, et c’est tant mieux, mais cela n’est pas mon sujet du jour.

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http://www.prowein.fr/

(désolé, pas de logo Vinexpo car le fichier qu’ils utilisent n’est pas compatible avec mon ordinateur !)

http://www.vinexpo.com/fr/

Le salon ProWein 2016 de Dusseldorf a attiré, du 13 au 15 mars, 55 000 visiteurs professionnels venus de 126 pays, soit 6% de plus que l’année dernière. La moitié des visiteurs est venue d’autres pays que l’Allemagne, donc il s’agit d’un salon vraiment international. Parmi les exposants, le premier pays était l’Italie (1 500), suivie de la France (1 300), de l’Allemagne (1 000), puis de l’Espagne (550), l’Autriche, du Portugal et du Nouveau Monde (600). Les spiritueux étaient aussi présents.

Ce salon annuel se pose aujourd’hui comme le grand rival de Vinexpo qui, lui, est bisannuel. Bon nombre d’exposants et visiteurs (y compris quelques Bordelais avec qui j’ai échangé) considèrent que Prowein est maintenant supérieur à Vinexpo, aussi bien en termes d’organisation que du point de vue de la qualité professionnelle des visiteurs. Cette concurrence entre les grands salons professionnels de vin n’est pas un fait nouveau. Prowein a déjà dépassé le London Wine Trade Fair et va maintenant, comme Vinexpo depuis des années, tenir un salon en Asie. C’est certainement une bonne nouvelle pour le visiteur qui a davantage de choix et qui va aussi pousser chaque organisateur à mieux faire son travail.

Regardons quelques différences entre Vinexpo et Prowein, qui ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients, selon le point de vue qu’on adopte.

J’ai déjà mentionné les différences de fréquences : Vinexpo le bisannuel et Prowein l’annuel. Pour un visiteur venant de Paris, les distances sont presque identiques : 510 kms pour Düsseldorf et 590 pour Bordeaux. Les durées du voyage en Thalys pour l’un, et en TGV pour l’autre, sont identiques, même si la nouvelle ligne TGV en construction va bien raccourcir ce temps pour Bordeaux en 2017.

Sur le plan de la fréquentation, on pourrait dire que Vinexpo est un peu plus international que Prowein, dont l’origine des visiteurs est très dominé par les marchés d’Europe. On voit à Vinexpo davantage de visiteurs du contient américain et de pays asiatiques qu’à Prowein.

Une partie de cela est probablement due au fait que Vinexpo se situe dans la plus grande région productrice de vins d’appellation au monde. On peut rajouter que la ville de Bordeaux est plus séduisante comme destination que la ville de Düsseldorf.

Prowein ne dure que 3 jours, ce qui est un peu court vu la taille de la bête. Vinexpo, autrefois long de 5 jours, va réduire la durée de sa prochaine édition à 4.

Mais Prowein me semble plus professionnel que Vinexpo sur le plan de sa fréquentation. L’entrée est strictement réservée aux professionnels du vin, qui doivent d’ailleurs payer leur ticket d’entrée 45 euros sur place par journée, ou 70 euros pour les trois jours du salon (avec une réduction pour des réservations sur internet). Vinexpo impose des tarifs et conditions similaires, mais certains producteurs français font circuler plein d’invitations à leurs clients plus ou moins professionnels et les vignerons locaux y viennent nombreux aussi. Dusseldorf n’étant pas situé dans une grande région viticole, Prowein échappe du coup à ce genre de confusion qui peut par moments encombrer les allées.

Autre facteur qui pollue un peu Vinexpo: les très nombreux événements « off » qui drainent une partie de sa clientèle potentiel. Certes, une partie de cette partie est constitué d’amateurs, clubs de vins, blogueurs…,  qui considèrent que c’est chic et « in » de snober le grand salon et de ne fréquenter que ces mini-salons à thème qui ont lieu dans les domaines ou en ville. Donc cela sert aussi à fluidifier la circulation dans les allées de Vinexpo. Mais à terme je pense qu’il serait préférable de trouver une solution pour que tout, ou presque, se passe au sein du salon lui-même.

Vinexpo fait certainement davantage que Prowein sur le plan de l’éducation avec de multiples salles dédiées à des dégustations et conférences à thème. Prowein m’a semblé plus axé sur le business pur, mais je peux me tromper. Vinexpo a aussi ce côte « show-off/prestige » avec son Club des Marques et ses dîners chics dans les châteaux qu’on ne trouve pas à Prowein.

La configuration physique des deux salons donne, pour le visiteur, un avantage logistiques à Prowein avec les différentes halles regroupées autour d’une sorte d’espace vide (et en chantier cette année). Cela rend la circulation entre les halles, qui sont clairement indiquées et codées par couleurs selon les pays ou zones représentés (France, Italie, Espagne, Allemagne, Autriche, reste du monde), plus aisée et moins fatigante qu’à Vinexpo avec son vaste bâtiment principal qui fait 900 mètres de long et des zonages par pays moins clairs.

Prowein gareL’accès à la gare à Prowein est directement dans le salon, avec un signalétique claire. En revanche, la fréquence des trains laisse à désirer, surtout aux heures de pointe du salon.

L’accès au salon Vinexpo par les transports en commun, avec la ligne du tram qui va enfin jusqu’au salon, me semble plus aisé pour quelqu’un qui loge à Bordeaux que celui de Prowein quand on loge à Dusseldorf. J’ai attendu un train plus de 20 minutes dans la gare principale de Dusseldorf. Cela dit, la circulation de trams à Bordeaux n’est pas parfaite non plus car je me souvient en 2015 de nombreux trams qui s’arrêtaient curieusement avant le terminus Vinexpo, rendant la chose peu confortable !

Vinexpo a un avantage net en termes de diversité alimentaire et se passe aussi à une période de l’année (juin) à la météo plus agréable. Prowein, en mars, vois offre un régime essentiellement composé de saucisses à manger debout dans le froid mais, après tout, vous êtes là pour travailler et non pas pour passer des heures à table !

Pour finir, un coup de cœur

Mon coup de cœur pour la meilleur halle à Prowein va aux vins d’Autriche, qui, sans verser dans l’austérité triste et pauvre des salons bio où on adore s’auto-flageller, impose une identité visuelle identique, sobre mais élégante, à tous ses exposants qui n’ont pas le droit de monter des tours de Babel de mauvais goût au dessus de leur stands pour attirer on ne sait pas trop qui. Et tous les stands sont regroupés par région, rendant tellement facile la navigation ou le travail par thème pour le visiteur. Wines of Austria est décidément le meilleur organisme collectif du monde du vin. Ils mettent la barre très haut.

David Cobbold

PS. Je vous avais promis de parler de quelques beaux rieslings dégustés dans ce pays (l’Allemagne) qui a probablement vu naître le cépage. J’en ai trouvé, même sans beaucoup de temps libre pour réellement investiguer le sujet. Cela sera pour la semaine prochaine.


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Thirsty Dragon + scams galore

Thirsty Dragon

On my return from magical Lisbon last week I had a treat waiting for me – a review copy of Suzanne Mustacich’s widely acclaimed Thirsty Dragon  China’s Lust for Bordeaux and the Threat to the World’s Best Wines – the winner of the 2015 André Simon Memorial Award for drinks books.

I cannot claim yet to have read all 282 pages but I am certainly very ready to add my voice to the praise Suzanne’s book has already received. It is an excellently detailed account of the growth of wine drinking in China. In particular the entrepreneurs both from within China and outside who had the vision and determination to build wine companies in China and spread the habit of the pleasures of wine drinking despite all too often being hampered, frustrated at various levels by the Chinese Government.

Thirsty Dragon, Suzanne Mustacich, Henry Holt $32.  

 

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No let up in the investment scams

I’m not sure whether investment scams are as prevalent in France as they are in the UK. Hopefully not as these scams frequently mean that the victims lose all or part of their life savings, so that these while collar frauds are long-term muggings potentially affecting quality of life over many years.

The straight wine investment frauds continue – see below Jeff Berrill’s Westminster Fine Wines Ltd tawdry scam despite the company’s reassuringly impressive name.

Recently the recovery room scams have been increasingly active. The secondary scams seek to further strip the unfortunate victims of earlier frauds of more of their wealth and savings. They pose as good samaritans but in reality they seek to further thin victims’ wallets through a combination of advance fee fraud and gaining control over the suckers’ wine assets.

Typically recovery room scams will offer above market prices for an investor’s wine portfolio and persuade them to transfer their wine out of their account into one controlled by the recovery room. Then – surprise! surprise! – the deal goes sour and very likely the recovery room scam company disappears as does the wine. The victim is left sucked dry – royally stitched up!

Westminster Fine Wines Ltd: Jeff Berrill banned for 12 years for wine scam
36-year-old Jeff Berrill, based in Northampton and the sole director and shareholder of Westminster Wine Ltd, has been banned from acting as a UK director for 12 years. The ban will run until March 2028.

Wine investment company, Westminster Fine Wines Ltd, was founded in October 2011 and based in a serviced office in Victoria.

The company went into liquidation in February 2014 with Nedim Ailyan of Abbott Fielding Ltd based in Sidcup appointed as liquidator. Berrill gave the estimated deficicency as £232,326. £231,066 was owed to trade and expense customers and £2000 to Barclays Bank.

Berrill took £335,720 from investors. However, Ailyan found that no wine had been bought and that Berrill and Westminster Fine Wines Ltd had no account at any UK bonded warehouse.

One unfortunate investor was persuaded to buy 39 cases of Château Cos d’Estournel from various vintages ranging from 2003 to 2010. Initially he was told falsely that these wines were stored at London City Bond. Later he was told that they were at Octavian. Berrill never bought these wines.

An unexplained sum of £244,443 was taken out of Westminster Fine Wines bank accounts. This included £61,854 paid to restaurants, pubs, hotels, supermarkets and other retail outlets and payments to Berrill of £43,562.

On 6th November 2015 Berrill pleaded guilty at Blackfriars Crown Court to five counts of dishonestly making false representations. He was sentenced to 12 months in prison suspended for 24 months.

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If it was possible to persuade people not to respond to cold calls the level of scams would drop dramatically. Almost all the many victims, who have contacted me since I started looking at scams in 1996, fell for a cold call. Simple rule – never do business with a cold caller.    

JIM BUDD

 

 


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Le prix des vins: un sujet tabou ?

Je suis souvent surpris, voire choqué, par le fait que certains producteurs ne connaissent même pas le prix de leurs vins dans un marché donné. Or le vin est quand-même une marchandise et les producteurs vivent du fruit de cet échange. En quoi est-il honteux d’être au courant de ce que le consommateur doit débourser pour acheter leur produit ?

https://youtu.be/-0kcet4aPpQ

Pas si mal pour débuter, hein ?

Mais, au-delà de cette forme de mépris et en creusant un peu cette affaire de prix, je suis aussi souvent étonné par les différents niveaux de prix qui sont demandés pour des vins de qualité et d’origines équivalentes. Le deuxième qualificatif, celui de l’origine, est objectif, ce qui devrait rendre plus simple des comparaisons. Le premier, celui de la qualité perçue, est largement subjectif et peut donc donner lieu à des discussions sans fin. Mais, lors de dégustations à l’aveugle, le champ devient subitement nettement plus nivelé et les écarts de prix constatés, dûs à des facteurs tels que la rareté, le positionnement des producteurs ou la gourmandise des distributeurs, deviennent à la fois plus évidents et, paradoxalement, moins compréhensibles.

A la base du prix d’une bouteille de vin il y a des données économiques en apparence simples qui sont liés aux coûts de production.  Ces coûts ne sont pas constants pour tous les vins, mais peuvent l’être pour tous les vins d’un même type issu d’une même zone géographique ou appellation. Prenons un exemple : un kilo de sauvignon blanc à Sancerre vaut dans les 5 euros, tandis qu’un kilo du même cépage à Rueda, en Espagne, vaut moins de 70 centimes. En Touraine, je crois que ce prix se situe autour de 1,20 euros. Voilà déjà des points de départ qui ne sont pas identiques pour des vins qui peuvent être, sur beaucoup de plans, comparables en profil.

Ces écarts de prix qui sous-tendent le début d’un calcul d’un coût de revient ont déjà été affectés par le marché et en particulier par la renommée de la région en question, avant même le travail de la vinification. Je veux bien que le coût de production d’un kilo de raisins à Sancerre soit légèrement supérieur à celui du même raisin en Touraine, mais pas 5 fois supérieur ! C’est l’image acquise, ou le capital confiance dans le marché qui dicte cet écart de base. Si on va plus loin dans la chaîne des coûts, on sait aussi que le prix du vrac à Sancerre se situe entre 6 et 7 euros la bouteille. Donc, que la partie vinification coûte entre 1 et 2 euros au dessus du prix du raisin. Mon raisonnement est peut-être biaisé, car je n’ai pas tous les éléments en main, mais restez avec moi jusqu’au bout, s’il vous plaît.

Si on regarde maintenant les prix des sancerres dans le marché français, pour éviter de rendre les calculs trop complexes, que voit-on ? En cherchant du sancerre blanc d’un millésime récent sur le site Wine Searcher, je constate qu’en France, les prix pour une bouteille vont de 10 euros à 72 euros chez des revendeurs. Or les coûts de production à Sancerre ne varient pas dans les mêmes proportions, même si on y intègre un rendement en dessous du plafond, la culture biologique et l’élevage en barrique. Les lois du marché, fondées entre autres sur la réputation du producteur, les avis des critiques, et le positionnement du vin chez le producteur (qui sont tous intimement liés), jouent un rôle déterminant dans le prix final au consommateur d’un vin qui devient, du coup, plus ou moins détaché de son coût de production, même en tenant  compte d’une marge bénéficiaire honnête pour le producteur – disons 25%.

Prenons un autre exemple, celui d’un vin rouge produit dans le Médoc. Mon information sur cet exemple date d’il y a trois ans environ et mériterait probablement un petit ajustement, mais je crois que l’approche vaut toujours, d’autant que nous ne sommes guère en période d’inflation. Le producteur d’un cru classé de cette région m’a dit que son coût de revient pour une bouteille, en mettant tous les frais dedans, tournait autour de 10 euros. Et quand je dis tous les frais, cela incluait ses voyages promotionnels et les pages publicitaires achetés dans des revues spécialisées : autrement dit, le budget marketing de la propriété en question plus l’ensemble des coûts de production. Un tel vin est vendu en primeur à un prix qui tourne autour des 30 euros, ce qui laisse une bonne marge pour le producteur comme pour le négociant. Et ce château est plutôt raisonnable dans son positionnement prix par rapport à certains. Je veux bien que les coûts de production d’une propriété de moindre taille dans la même région grimpent un peu au-delà de 10 euros, par le simple fait d’une échelle réduite, mais pas tant que cela.

Evidement, un vin produit dans une région très accidentée, avec des parcelles séparés les unes des autres, des vignes très vieilles et une impossibilité de mécaniser les travaux va engendrer des coûts de production plus élevés. Et je ne parle même pas de la production d’un liquoreux ! Mais là, encore une fois, on constate des écarts de prix considérables entre différents vins issus de conditions et régions comparables. Et ce ne sont pas toujours les vignobles les plus difficiles à travailler qui obtiennent la meilleure valorisation, ni les vins qui ont nécessité le plus de temps de préparation: regardez les prix de la plupart des vieux vins doux naturels, par exemple !

Je ne suis pas en train de proposer ici un prix uniforme par type de vin, ni d’exclure tout écart de prix mérité par une renommée dûment acquise, voire par une certaine rareté. Ce sont des lois du marché qu’on ne peut pas contrôler. Mais je suis choqué par les écarts de prix que nous constatons tous entre les vins les plus chers et les moins chers. Ces écarts n’ont jamais été si importants que de nos jours. Le meilleur exemple de cela est à Bordeaux, vaste région où la fourchette de prix pour un vin rouge peut aller d’un euro à plus de 500 euros, sans qu’on puisse estimer que le plaisir ressenti en dégustant le deuxième vin soit 500 fois supérieur au cas du premier. Ces prix seraient-ils le simple reflet de notre société qui voit des présidents de sociétés ayant abimé leur entreprise partir avec des chèques de millions d’euros tandis que des millions de gens ne gagnent presque rien ? Certains disent qu’il y a assez de milliardaires sur cette planète pour acheter toute la production des crus classés, des grands bourgognes, des champagnes de cuvée spéciales, des vins dits « de garage » à des prix absurdes, etc, et que tout va bien ainsi.  C’est peut être la vérité pour les milliardaires en question. Mais cela me fait mal que des amateurs moins fortunés ne puissent pas se payer de tels vins. D’un autre côté, je me dis que la valeur ne réside pas dans le prix affiché, et qu’on peut trouver autant de plaisir dans un vin à 10 euros que dans une autre à 50 ou à 100. Et je le constate très souvent. Alors cherchons ailleurs que parmi les vins les plus chers, même si ceux-ci peuvent être très bons.

 

David


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Dans la Famille Janoueix, je demande… Jean-François

La maison Joseph Janoueix fait partie d’une de ces dynasties de Corréziens venus chercher le travail et peut-être la fortune à Bordeaux. 

Quatre générations plus tard, la  famille détient quelques joyaux du vignoble bordelais. Une soirée au Château Haut Sarpe m’a permis de faire mieux connaissance avec cette constellation de vins, en compagnie de Jean-Francois Janoueix, qui, à 80 ans, garde toute son énergie et sa fougue pour défendre ses terroirs et entretenir son réseau d’amis et néanmoins clients.

J’ai eu la chance de déguster sur place quelques uns des vins de la famille – notamment le Château La Croix et le Château La Croix-Toulifaut, à Pomerol, le Château Le Castelot et le Château Haut Sarpe, à Saint Emilion. En dégustation professionnelle, tout d’abord, puis à table.

Mon coup de coeur, dans les deux configurations, est allé au Château Le Castelot, et ce, sur deux millésimes: 2009 et 2010

Castelot

Château Le Castelot 2010 (Photo (c) H. Lalau 2016)

Le 2010 m’a séduit par son fruité serré, ses notes de sous bois, ses tannins très fins, son équilibre subtil entre le rond et le dynamique. Et un petit côté gouailleur.

Le 2009 est un peu plus puissant, avec un fruit plus mûr; mais il reste très gourmand, très suave, toute en retenue. Un vrai gentleman.

Pas de sur-extraction, pas de body-building, pas de maquillage, c’est le type même du Bordeaux que j’aime, le Bordeaux qui se boit, plus qu’il ne s’analyse ou se thésaurise…

Le joli château du Castelot mérite une visite, et notamment le petit musée que Jean-François y consacre à la grande figure du domaine, Henri IV. Pour la petite ou la grande histoire (les deux se mêlant plus souvent qu’on ne le pense), c’est l’écrivain André Castelot qui a retracé les origines du lieu, un de ses ancêtres ayant été propriétaire du château.

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Jean-François Janoueix (Photo (c) H. Lalau 2015)

Jean-François Janoueix est lui-même un personnage très attachant, dont la vie mériterait d’être contée: celle d’un propriétaire qui n’aime rien tant que d’aller au contact de ses clients, de déguster et de parler avec eux, en situation. Sans esbroufe.

Voici un homme de qualité, courtois mais direct, à la fois fin, rond et dynamique… comme son vin!

Plus d’info: Domaine Joseph Janoueix

Hervé Lalau

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