Les 5 du Vin

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Dans la Famille Janoueix, je demande… Jean-François

La maison Joseph Janoueix fait partie d’une de ces dynasties de Corréziens venus chercher le travail et peut-être la fortune à Bordeaux. 

Quatre générations plus tard, la  famille détient quelques joyaux du vignoble bordelais. Une soirée au Château Haut Sarpe m’a permis de faire mieux connaissance avec cette constellation de vins, en compagnie de Jean-Francois Janoueix, qui, à 80 ans, garde toute son énergie et sa fougue pour défendre ses terroirs et entretenir son réseau d’amis et néanmoins clients.

J’ai eu la chance de déguster sur place quelques uns des vins de la famille – notamment le Château La Croix et le Château La Croix-Toulifaut, à Pomerol, le Château Le Castelot et le Château Haut Sarpe, à Saint Emilion. En dégustation professionnelle, tout d’abord, puis à table.

Mon coup de coeur, dans les deux configurations, est allé au Château Le Castelot, et ce, sur deux millésimes: 2009 et 2010

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Château Le Castelot 2010 (Photo (c) H. Lalau 2016)

Le 2010 m’a séduit par son fruité serré, ses notes de sous bois, ses tannins très fins, son équilibre subtil entre le rond et le dynamique. Et un petit côté gouailleur.

Le 2009 est un peu plus puissant, avec un fruit plus mûr; mais il reste très gourmand, très suave, toute en retenue. Un vrai gentleman.

Pas de sur-extraction, pas de body-building, pas de maquillage, c’est le type même du Bordeaux que j’aime, le Bordeaux qui se boit, plus qu’il ne s’analyse ou se thésaurise…

Le joli château du Castelot mérite une visite, et notamment le petit musée que Jean-François y consacre à la grande figure du domaine, Henri IV. Pour la petite ou la grande histoire (les deux se mêlant plus souvent qu’on ne le pense), c’est l’écrivain André Castelot qui a retracé les origines du lieu, un de ses ancêtres ayant été propriétaire du château.

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Jean-François Janoueix (Photo (c) H. Lalau 2015)

Jean-François Janoueix est lui-même un personnage très attachant, dont la vie mériterait d’être contée: celle d’un propriétaire qui n’aime rien tant que d’aller au contact de ses clients, de déguster et de parler avec eux, en situation. Sans esbroufe.

Voici un homme de qualité, courtois mais direct, à la fois fin, rond et dynamique… comme son vin!

Plus d’info: Domaine Joseph Janoueix

Hervé Lalau


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Bordeaux oui, mais « primeurs » non.

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Je ne déguste plus les centaines d’échantillons (trop précocement) préparés pour les Primeurs par des producteurs de Bordeaux depuis l’édition consacrée au millésime 2005. Cela fera donc bientôt 10 ans. La première de mes raisons est que je ne crois plus à l’intérêt de ce système de « prévente payée » pour le consommateur. La deuxième est que je ne crois plus en un lien fiable entre les échantillons présentées et les vins qui seront mis en bouteille 12 à 18 mois plus tard, après plusieurs tests et après avoir vu une propriétaire faire changer un échantillon de son vin quant elle voyait les visages des dégustateurs ayant tâté de la première version!  Enfin, j’ai constaté qu’un nombre croissant de châteaux refusait de soumettre leurs échantillons à la dégustation à l’aveugle, induisant pour nous les journalistes une tournée infernale, consommatrice de carburant et de temps, sans parler d’une mise en condition inévitable quand on doit aller dans le chai en question pour goûter l’échantillon et entendre les discours des responsables en même temps.

Je sais que je ne suis pas seul dans le domaine des doutes quant à la fiabilité de ce procédé. Mon collègue Bernard Burtschy, qui retourne chaque année déguster les vins après leur mise en bouteille, a dit sa grande déception devant les écarts entre les échantillons qu’il avait notés pour le millésimes 2012 et 2013, et les versions en bouteille de bon nombre des mêmes vins.

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Les Primeurs, cette année, ce devrait être du sport…

 

Maintenant, j’apprends que pour la future séance qui portera sur le millésime 2015 et qui aura lieu début avril, l’Union des Grands Crus a pris la décision de regrouper les dégustations des vins de ses membres en un seul endroit et sur deux journées, et de ne plus proposer les vins en dégustation à l’aveugle. Je ne trouve rien à redire quant à la première partie de cette décision, mais la deuxième partie, qui va retirer toute semblance d’objectivité à cet exercice déjà difficile, est une énorme erreur à mes yeux. Regrouper les vins dans un seul lieu, c’est du bon sens, à condition que le lieu soit assez grand, ce qui est probablement le cas pour le nouveau stade de Bordeaux qui a été choisi. La consommation inutile de carburant devra donc baisser. Mais priver ceux qui le veulent de la possibilité de déguster à l’aveugle est choquant !

Je crois que Michel Bettane a déjà dit qu’il n’irait pas dans ces conditions et Jancis Robinson dit ceci sur son site ;

« But the change I most resent is that the UGC will no longer sanction blind tasting. I’m sure there has been lobbying from the shrinking but much-appreciated majority who do not insist on our visiting them to taste at the château. They presumably think that we penalise wines tasted blind. But this proposed change robs us of a major aspect of these primeurs tastings. I have discussed it with Michel Bettane, who said he would no longer participate in the UGC tastings if blind tasting (which he requested originally, I believe) were no longer permitted. Presumably all this will drive more and more media tasters into the hands of the large négociants who organise primeurs tastings in parallel with the UGC ones. Is this really what the UGC wants, I wonder? Perhaps it is no coincidence that these changes, unlikely to be welcomed with open arms, are being proposed for a vintage about which there has been as much hype as the 2015? »

Je crois qu’elle a raison. Elle a également organisé un sondage parmi ses nombreux lecteurs pour savoir s’ils pensent qu’une dégustation à l’aveugle était plus crédible qu’une dégustation à découverte. 78% ont voté pour la dégustation à l’aveugle.

Avec un peu de chance, d’autres critiques vont aussi déserter cette farce des Bordeaux Primeurs et le soufflé va enfin tomber. On peut toujours rêver !

Je refuse, en revanche, de verser dans le « Bordeaux bashing » adopté par certains. Il y a beaucoup d’excellents vins à Bordeaux (d’accord, pas en 2013 !). Et il y a beaucoup d’excellents et honnêtes producteurs, dont certains font des vins qui représentent les meilleurs rapports qualité/prix en France. Mais ce cirque des Primeurs doit cesser ou bien changer radicalement si les producteurs concernés veulent garder un semblant de crédibilité.

David Cobbold


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Oak in Sauvignon in Loire and Bordeaux

Last week I was very pleased to be present at a fascinating and well organised tasting – a comparison of the aging potential of oaked Sauvignon Blanc from Bordeaux and from the Loire. The Bordeaux component was organised by Richard Bampfield MW and Jean-Christophe Mau, while Chris Kissack – the wine doctor – occupied the Loire selection. The idea was to show a relatively recent vintage along with an older one. 

I have to say from the outset that having tasted all the wines I felt no need to change my allegiance away from the Loire. Where the oak on the Loires was well-judged, it was often more marked on those from Bordeaux. The Loires also had a freshness that few of the Bordeaux wines did.

 

Just to show that this wasn’t just my inherent bias Jean-Christophe Mau generously praised the Loire Sauvignons in the report in The Drinks Business:

 

‘Also at the tasting was Jean-Christophe Mau, owner and manager of Pessac-Leognan estate Château Brown. Commenting on the comparison of oaked Sauvignon Blancs from the Loire Valley and Bordeaux, Mau said he believed the Bordeaux region was lagging behind the Loire in terms of style and value.

 

 “I think they have too much oak, the Bordeaux style, too much extraction also,” he said. “And maybe the acidity is not at a good level; sometimes it is too high.
“For a lot of people who make wine in Bordeaux it’s more important to make red than white. The vision for white is maybe too much a vision of the red.

 “For most of the people the top quality from Sauvignon is from the Loire Valley. We have begun to change that in Bordeaux but the prices for the top wine, I think, are too expensive.”

 

All of the Loires shown came from the Central Vineyards, so a continental climate in contrast to the maritime climate of Bordeaux. In a sense it wasn’t entirely a comparison of equals as all the Loire wines were pure Sauvignons, while from Bordeaux there were no pure varietal Sauvignons: all were blends. Château Smith-Haut-Lafitte with 90% Sauvignon Blanc had the highest proportion with just 5% each of Sauvignon Gris and Sémillon.

 

I suspect that the reason for the Loire’s success in the delicate use of oak comes down to the region’s long experiment – now virtually a tradition – of little use of barriques – either 225 or 228 litres. Instead 400 to 600 litre barrels (demi-muids) and increasing small wooden vats, often from Stockinger and around 12 hectolitres capacity. This immediately reduces the influence of the oak as the proportion of liquid to oak is increased.

I think Jean-Christophe has part of the explanation when he says that Bordeaux producers tends to think red first, so the size of the barrel that is used for red tends also to be used for the whites. Whereas, in the Loire, where whites overall make up around 55% of production and a much higher proportion in the Central Vineyards, the thinking has long been very different. The choice, when oak is used, has increasingly been what best suits my white wines.  

Later Richard suggested that Jean-Christophe may well be thinking of experimenting in the future with larger sized barrels for his whites.

My grateful thanks to the organisers: Chris, Jean-Christophe and Richard.       

The Loire Sauvignons:

La Tour Saint Martin, Bertrand Minchin – 2012 and 2002
The 2002 was the most evolved Loire in the tasting but attractively honeyed

2012 and 2008 Alain Cailbourdin Triptyque: neither vintage showing noticeable oak
believe that 2008 was first vintage

2012 and 2002 Tradition Cullus, Pouilly-Fumé, Masson Blondelet
The still tight 2012 had just been bottled, while the 2002 provided further
evidence of what a lovely vintage this is.

  2012 and 2002 Silex, Domaine Didier Dagueneau with the 2012
made by Louis-Benjamin Dagueneau
Unfortunately by the time I got to the 2002 there was
only a dribble left in the bottle but still showing lovely freshness and length .
Amongst all the wines shown the only corked bottle was the back up bottle
of 2002 Silex – sod’s or corks’ law!

2012 and 2010 Cul de Beaujeu, Sancerre Lucien Crochet
I believe 2010 was the first vintage of Gilles’ single vineyard
bottling from the very steep vineyard that dominates Chavignol to the west.

2012 and 2008 Satellite, Sancerre, Alphonse Mellot
From Les Monts Damnés
2012 particularly impressive

2012 and 2008 Petit Chemarin, Sancerre, Vincent Pinard
with the evolved 2008 particularly impressive

2012 and 2002 Etienne Henri, Sancerre, Henri Bourgeois
I found the 2002 was quite honeyed whereas
one of my colleagues found it quite oaky.
I think I may still have a bottle of the 1987 acquired
during my first visit to Henri Bourgeois in late October 1987 –
the first time I met Jean-Marie Bourgeois

 

From Bordeaux: 

2012 Les Arums, Château Lagrange
2012, 2010, 2009 Château Brown
2012 Caillou Blanc, Château Talbot
2012, 2010, 2006, Château Smith-Haut-Lafitte
2012, 1999 Domaine de Chevalier
2012 Pape-Clément
2012, 2006 Y’ d’Yquem, Château d’Yquem

Octave et Mady Bernault, originaires d'Algérie, viennent encourager leur fils Pierre.


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Beauséjour et belles vendanges

Des Beauséjour, dans le Libournais, entre Puisseguin et Saint-Émilion, sans oublier Castillon, on en compte pléthore. Mais pour moi, depuis que je l’ai découvert en magnum et passé minuit chez les Derenoncourt en 2013, le seul Beauséjour qui compte est celui de l’inénarrable Pierre Bernault.

Vue sur le Clos de L'église de Beauséjour à Montagne. Photo©MichelSmith

Vue sur le Clos de L’église de Beauséjour à Montagne. Photo©MichelSmith

La cuvée-phare de Pierre Bernault. Photo©MichelSmith

La cuvée-phare de Pierre Bernault. Photo©MichelSmith

Son château fait face à l’église romane de Montagne-Saint-Émilion dans un cadre de toute beauté. Ce presque modeste bâtiment n’a rien à voir avec l’image d’Épinal que l’on se fait généralement d’un château bordelais avec ses rosiers en bouts de rangs, ses pelouses bien curées et ses vignerons encravatés.

Vérification de la pompe reliée à la table de tri. Photo©MichelSmith

Vérification de la pompe reliée à la table de tri. Photo©MichelSmith

Ici, pas de chais rutilants, pas de cuvier dernier cri, ni d’équipement de milliardaire, hormis une exceptionnelle table de tri vibrante et soufflante qui me semble être la dernière invention géniale destinée à aider le vigneron dans sa quête de perfection.

Deux jolies filles pour un tri optimum. Photo©MichelSmith

Des doigts de fées pour un tri optimum. Photo©MichelSmith

Pas de machines à vendanger non plus, mais une troupe de fidèles et vaillants fantassins venus du Nord, d’Italie, du Québec, d’Espagne, du Maroc… Clope au bec, cellulaire en main, inspectant ses caisses sur la remorque de son tracteur, portant son éternel short de baroudeur, Pierre ne songe qu’à ses vendangeurs qui vont débarquer en nombre et pour lesquels il faudra établir des contrats en plusieurs feuillets. Il me fait penser à un moine ou un pâtre qui rassemblerait autour de lui une troupe de croyants venue se ressourcer autour de ses ouailles, pardon, de ses vignes.

Pause café vers 10 heures dans une vigne de Merlot. Photo©MichelSmith

Pause café vers 10 heures dans une vigne de Merlot. Photo©MichelSmith

Oui, il y a comme du tendre et du sacré chez cet ours que l’on pourrait croire mal léché mais qui en réalité se conduit tel un père attendri dont chaque enfant serait un pied de vigne. On dirait qu’il les dirige de loin, tel un stratège révolutionnaire campant dans le maquis pour une bataille décisive, un peu à la manière d’un Che sans barbe ni Kalachnikov.

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En cette veille de vendange, Pierre est serein. Car il sait que ses grappes sont porteuses de fruits exceptionnels. J’avais rencontré l’énergumène l’an dernier et tenté alors de vous le faire découvrir brut de décoffrage, lui qui vit hors du temps, loin des branchouilleries mondaines et parisiennes où le vin se doit d’être libre, nature et bien entendu sans intrants. L’ami Pierre, à des années lumières de toutes ces simagrées, ne consacre sa vie qu’au seul vin, au vin sain, celui  que l’on boit…

Photo©MichelSmith

Isabelle et Christian à la réception des caisses. Photo©MichelSmith

Brigitte, une amie venue de Montréal, spécialement por croquer du Merlot. Photo©MichelSmith

Brigitte, une amie venue de Montréal, spécialement por croquer du Merlot. Photo©MichelSmith

René le bricoleur... Un touche à tout venu de Clermont-Ferrand. Photo©MichelSmith

René le bricoleur… Un touche-à-tout venu de Clermont-Ferrand. Photo©MichelSmith

Michele, venue de New York pour faire sa cuvée. Photo©MichelSmith

Michele, débarque chaque année de New York pour faire sa propre cuvée. Photo©MichelSmith

Isabelle, la nièce de Pierre, dessinatrice de talent qui met la main à la pâte. Photo©MichelSmith

Isabelle, la nièce, dessinatrice de talent, met elle aussi la main à la pâte. Photo©MichelSmith

Pierre accueille son amie Magali venue de Charente. Photo©MichelSmith

Pierre accueille son amie Magali venue de Charente. Photo©MichelSmith

Claude, le beau-frère et son ami Christian. Deux retraités venus prêter main forte. Photo©MichelSmith

Claude, le beau-frère et son ami Christian. Deux retraités venus prêter main forte. Photo©MichelSmith

Colette, la soeur de Pierre, s'occupe de la logistique.

Colette, la soeur de Pierre, s’occupe de la logistique et de la cuisine. Photo©MichelSmith

Octave et Mady Bernault, originaires d'Algérie, viennent encourager leur fils Pierre.

Comme tous les jours, Octave et Mady Bernault, originaires d’Algérie, viennent encourager leur fils Pierre. Photo©MichelSmith

J’ai profité d’une agréable opportunité pour me glisser dans cet univers en y séjournant en pleine période de vendanges afin de donner quelques symboliques coups de ciseaux, de vider de bonnes bouteilles de ma cave (et celle des autres), de rencontrer un tas de gens que je ne connaissais pas, dont beaucoup issus de la famille de Pierre. Une semaine de vacances en somme, durant laquelle j’ai tiré ces quelques images tout en rêvassant et en travaillant sur un commande d’articles. Une semaine que je n’oublierai pas de si tôt.

Michel Smith


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2014 en primeur? No thanks I’ll lunch instead @Les Belles Caves (Tours)

Les Belles Caves

Les Belles Caves

Last week Les 5 gave a substantial sign our collective good sense – none of us were in Bordeaux for the annual en primeur madness.

Many acknowledge that late March/early April after the vintage is too early to assess wines that will not be bottled for around another 18 months. Furthermore there is little guarantee that the blends tasted this last week will be the final blend. Indeed it would be strange if the definitive blend was decided this early.

Despite these well-founded doubts thousands of merchants, consultants and journalists descended on Bordeaux to taste the 2014. Many will have spent the Easter weekend writing up the hundreds if not thousands of tasting notes they took aiming to publish as soon as possible. Tasting notes are always a snap shot but these notes on unfinished wines are even more transitory than usual.

With Robert Parker now opting out of tasting en primeur, there is an added incentive for leading critics signed up for the 2015 Parker Handicap Chase to get their notes out as early as possible to have a chance of moving up the pecking order.

Christian Seely of Pichon-Baron reported that over last week he had well over 2000 visitors at the château. Surely another insanity! All these merchants, journos rushing up and down the Médoc and across to Saint-Emilion – driving trying to keep up to their crowded appointment agenda. How many litres of fuel wasted in a week?

Anyone putting together a sensible programme would arrange for all of the en primeur wines to be tasted centrally in Bordeaux thus drastically curtailing the amount of driving. Of course this won’t happen. The reverse is the case with more and more châteaux opting to oblige tasters to make appointments to taste at the château. You can see why this is so attractive to the châteaux. Impossible to taste blind and an opportunity to impress with their new stunning tasting room, new cuverie etc.. No point splashing the cash if no one notices…

All this for an en primeur system that has recently served the ultimate consumer or investor badly as Will Lyons has shown in The Wall Street Journal. A process that has thinned people’s wallets as efficiently as a 24-year Bromley scamster:

‘Let’s run through the numbers. Figures from Liv-ex, the London International Vintners Exchange, show that Château Lafite Rothschild 2010 was released at a price of £12,000 for a case of 12 bottles. Today it is trading at £5,600—a loss of 53%, or £6,400.’ More here.

Instead of Bordeaux we opted instead to have Wednesday lunch to the fine Bistrot des Belles Caves in central Tours, one of Jacky and Joelle Blot’s businesses. In Touraine there are many three-course weekday lunches for between 10-12 €. Two courses at the Bistrot des Belles Caves costs 18€ with three-courses 24€. The difference being that the cooking at the Bistrot is very good with an amuse bouche included. Six euros more for fine dining. Not that a basic menu can’t be fun and good value. Rather that six euros moves the whole experience up a number a notches.. Furthermore the wine list is extensive and excellent – strong, of course, in the Loire but also Burgundy.

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The brilliant 2009 Vendanges Entires from Vincent Pinard.

The brilliant 2009 Vendanges Entières from Vincent Pinard.

The fine first course featuring an oeuf mollet

The fine first course featuring an oeuf mollet

Anita's salmon

Anita’s salmon

Chicken with spring vegetables

Chicken with spring vegetables

My very good entrecôte cooked just I ordered.

My very good entrecôte cooked just I ordered.

J-Elvis1


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Sauternes, c’est flou !

On le verra plus loin, l’affaire, si affaire il y a, n’est en rien condamnable. À entendre certains, on devrait même applaudir des deux mains ! Et puis, en pleine période des primeurs on en a vu d’autres en Bordelais.

Pourtant, deux jours après l’arrivée du faire-part (voir photo) sur mon écran de travail, je n’arrive toujours pas à me faire à cette idée. Songez donc, on m’invite, parmi d’autres journalistes et prescripteurs, à cautionner une renversante et novatrice trouvaille marketing destinée à marier le vin d’une prestigieuse appellation bordelaise – le Sauternes, en l’occurrence, avec un S majuscule, n’en déplaise aux typographistes – à une grande marque mondiale du groupe Nestlé, l’eau de Perrier ! Tout cela dans un restaurant branchouillard au sommet d’un immeuble décrépi de mon cher onzième arrondissement de Paris. Quelle merveilleuse idée, n’est-ce pas? Voila un événement qui ne manquera pas d’attirer dans quelques jours tous les médias sans oublier les auteurs désœuvrés des blogs vineux dont je fais partie ! Et tout le monde, à n’en pas douter, criera au génie créatif des Bordelais !

InvitationSOPERRIER

Pour un tas de raisons trop longues ici à expliquer, je ne pourrai être de la fête. De cela, d’ailleurs, on s’en fout. Vous pensez bien que ce n’est pas mon absence qui justifie un article dans ce blog. Non, ce qui me force à traiter du sujet, comme Nicolas de Rouyn auparavant, c’est que je n’arrive toujours pas à m’imaginer comment Sauternes, une AOP, ex AOC, décrétée en 1936 (avec Barsac, appellation souvent oubliée), a pu se fourvoyer de telle manière. Je le dis brutalement et sans prendre de gants: cette façon de procéder en créant le buzz, le flou fashionista, pour inciter un effet « nouveauté branchée », a quelque chose de franchement honteux qui ne sied en aucune manière à l’image que je me fais d’une appellation soit disant noble et protégée. On agirait de la sorte avec mon Fitou ou mon Corbières, que j’en serais tout aussi outré.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

«L’appellation d’origine contrôlée Sauternes est réservée aux vins tranquilles blancs», peut-on lire en tête du décret rédigé il y a presque 70 ans. Par quelle idée étrange a-t-on pu penser qu’il serait utile voire nécessaire de faire pétiller de tels vins en leur ajoutant du Perrier aux vilains yeux de crapauds ? Pourquoi pas du Schweppes, pendant qu’on y est ? Par pur barbarisme ? Pour séduire les bobos qui s’emmerdent dans nos grandes cités? Par simple appât du gain? Serions nous tous devenus des pigeons au point de nous aligner sur cette nouvelle tendance?

Entendons-nous bien, chacun est libre de boire ce qu’il veut, de mettre un fond de crème de mûre dans un Beaujolais, d’ajouter de la limonade à un Chablis, de créer et de commercialiser aussi ce que bon lui semble. D’ailleurs, de tous temps, les barmen ne s’en sont pas privés eux qui n’ont jamais manqué d’idées en la matière. Il ne faut pas oublier que le Lillet, célèbre apéritif créé en 1872 à Podensac, dans les Graves, non loin de Sauternes, était pour l’essentiel composé de vins doux de la région, aromatisés au quinquina. Il ne faut pas non plus négliger un autre aspect du problème: depuis longtemps les ventes des vins d’appellations Sauternes et Barsac ne sont guère folichonnes. Ce marasme économique pousse certains à vouloir élargir leur clientèle comme on peut le constater ici.

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Et c’est, semble-t-il, en se basant sur ce constat qu’avec d’autres mystérieux viticulteurs, Florence Cathiard, l’entreprenante co-propriétaire du Château Bastor Lamontagne, membre de l’Union des Grands Crus de Bordeaux (avec sa famille, elle possède d’autres châteaux dont le fameux Smith Haut Lafitte, Grand Cru Classé de Pessac-Léognan) a décidé de lancer avec l’eau de Perrier son So Sauternes.

C’est sûr, elle me reprochera de critiquer sans même goûter, elle qui destine cette boisson hype aux «trentenaires et quadra jeunes, ouverts à la nouveauté, buveurs de cocktails et d’apéritifs conviviaux, auprès des sommeliers, barmen, bartenders, lady bartenders et mixologistes qui n’en peuvent plus de se voir refuser le précieux élixir en début ou en fin de repas», comme elle l’a récemment écrit sur le blog Bon Vivant.

Dessin de Rémy

Dessin exclusif de Rémy Bousquet !

Alors, qu’est-ce qui me choque au point d’embrayer sur le buzz enclenché par Madame Cathiard que j’ai connue jadis plus inspirée? Quatre choses au moins :

-Quand on a l’idée de s’associer à une marque internationale d’eau gazeuse pour vendre plus de vins, et en particulier ceux issus des jeunes vignes, comme le stipule encore Florence Cathiard (qui, dans sa jeunesse a baigné dans la communication), cela signifie que l’on ne s’est pas trop torturé les méninges. Si les vins de jeunes vignes ne sont capables que de produire des Sauternes destinés aux mélanges, alors pourquoi s’enquiquiner à leur donner une appellation contrôlée?

So Sauternes ne date pas d’aujourd’hui puisque Michel Garat, le directeur de Bastor-Lamontagne, y avait déjà songé au moins au début des années 2000, si j’en juge par ce très promotionnel et complaisant papier glané sur la toile… Lors d’un reportage pour Saveurs, je l’avais même goûté; sans grand enthousiasme, tout en comprenant l’idée que ce vin pouvait séduire la jeune génération. Sauf que dans ces années-là, si je me souviens bien, on ne parlait pas encore de promouvoir la «mixologie». Le vin était présenté comme une troisième ou quatrième étiquette: la cuvée «So» de Bastor-Lamontagne. Point.

-Associer le nom d’une appellation à une marque commerciale me paraît dangereux et peu compatible avec le code éthique d’une appellation protégée. On me rétorquera que le Kir Royal associe bien le vin de Champagne à la crème de cassis, ou que la Fine marie le Cognac à l’eau du robinet. Soit, c’est un fait que je ne peux nier. Sauf qu’aucune marque déposée ne propose « Kir Champagne » ou « Fine à l’eau de Cognac ». Sinon, sans être avocat, il me semble qu’elle serait attaquable et même condamnable.

-Et la simple pensée qu’un jour la Maison du Sauternes soit obligée de consacrer un espace à la petite bouteille verte pour pouvoir vendre ne serait-ce que le plus bas de gamme des vins de l’appellation, me hérisse le poil.

Michel Smith


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Nostalgies vineuses

Voici venir les suites tardives d’une commande d’Hervé, ou plutôt d’un souhait, également pris très au sérieux par David, à qui,  je vais essayer d’emboîter le pas; ce pas en arrière conduisant vers mes souvenirs vineux, mes premiers troubles en la matière. Je dois avouer que je n’étais pas très chaud, au départ, pour ce genre d’introspection, mais tout compte fait, pourquoi pas ? J’espère que Jim et Marc suivront dans la foulée…

Ça c'est moi, petiot !

Ça c’est moi, petiot ! Déjà un peu couillon…

Mon père à moi, Bill, un Anglais (je résume, car c’est plus compliqué que cela, du fait que j’ai connu deux pères et que les deux ne furent pas nés en Grande Bretagne), parfois un peu stricto-rigide de par son éducation, avait un rituel bien à lui lorsqu’il s’agissait d’ouvrir une bonne bouteille. Je me souviens que le Dimanche, le plus souvent à la campagne, en Normandie, il se faisait un devoir de chambrer son Bordeaux favori, le Château Mille Secousses, qu’il trouvait fort à son goût et qu’il achetait pour un bon prix chez Nicolas. Deux heures au moins avant le repas, il le plaçait sur le rebord de la cheminée en contact presque direct avec le foyer ce qui fait que j’étais obligé de sniffer du vin chaud que je faisais semblant de boire tant je le trouvais répugnant. Le nom du domaine m’intriguait au plus haut point (j’imaginais une histoire de cul…) et à mon grand regret, plus tard, je n’ai jamais retrouvé ce Bordeaux du secteur de Bourg-sur-Gironde lors d’une de mes nombreuses dégustations professionnelles. Pourtant, il existe toujours bel et bien, même s’il semble un peu mis en veilleuse par ses actuels propriétaires.

Ce même père ne détestait pas le Bourgogne ni le Beaujolais, mais ces vins étaient plus rares chez nous. Amoureux des fruits de mer et des huîtres (au vinaigre d’échalote, bien sûr ! Ah, ces English !), les vins blancs n’étaient pas exclus, bien entendu servis glacés au plus haut point. Muscadet et Entre Deux Mers étaient à l’honneur, Chablis quelques fois. En fait, Bill Sydney-Smith devait avoir un faible pour les vins de comptoirs, en plus d’un penchant particulier pour les vins trafiqués. Horreur, je l’ai même vu boire directement au goulot, tel un poivrot ! Sur la fin, je lui offrais parfois les Corbières les plus boisés en étant certain qu’il les trouverait bons. Oui, sur le vin, avec lui j’avais de grosses différences de goût et, de ce fait, nous étions souvent en conflit.

Ma Maman, Françoise Dujardin

Ma Maman, la belle Françoise Dujardin

Avec ma mère c’était tout autre. Elle, au moins, me semblait avoir plus de goût. Native de Chantilly, elle vécut sa jeunesse dans un village dont j’ai fréquenté un temps l’école et qui, je suppose, devait avoir quelques vignes par le passé puisqu’il s’appelait Vineuil, Vineuil-Saint-Firmin, pour être précis. Elle ne jurait que par le Champagne. En cela, elle tenait de mon arrière grand-mère, Adèle (pour moi, c’était Mémé), laquelle est morte après avoir réclamé dans un dernier sursaut de vie qu’on lui apporta une coupe de Pommery, le seul Champagne en vente dans l’épicerie du village. J’étais petit, mais bien présent à cette occasion où j’eus mon premier contact avec la mort et la mousse activée par les bulles. Peut-être est-ce pour cette raison que dès qu’un proche disparaît, un ami cher, je m’empresse de faire péter une bouteille…

Très jeune déjà, j’avais visité avec mon collège les caves de la Maison Pommery. J’étais fier de dire que c’était le Champagne préféré de ma Mémé. Maintenant, je le trouve sans intérêt. Lorsque ma Maman commença à gagner sa vie à Paris, elle se faisait régulièrement livrer des cartons d’un Champagne « de propriétaire », comme elle disait. Son nom m’échappe pour le moment et je ne vais pas perdre le temps en le recherchant car je serait capable de pleurer. Il venait de la Côte des Blancs et, sans être extraordinaire, il me plaisait bien, pour la simple raison qu’il faisait sourire ma mère. Peut-être parce que j’étais l’aîné, elle m’ordonnait d’ouvrir moi-même la bouteille, mission dont je m’acquittais non sans une grande fierté et avec beaucoup de cérémonial. Lorsque la bouteille gerbait ou que le bouchon explosait, je l’entends encore s’écrier : « Vite, vite, amenez vos flûtes ! » ce qui rajoutait encore plus d’effervescence dans le salon. Maman nous mettait du bonheur en tête…

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Les flûtes en verre soufflé de Biot.

Bien avant la mode, ma chère et jolie Maman, qui ne faisait jamais les choses à moitié, était folle du Champagne rosé. Nous le buvions en famille à la moindre occasion dans de drôles de flûtes épaisses en verre soufflé de Biot, souvenirs d’un bel été de vacances où nous étions sur la Côte d’Azur. Pour ma part, je trouvais ça un peu lourd et passablement tape à l’œil, mais ma mère les adorait, alors… Aujourd’hui je ne les recommanderai pas le moins du monde, d’autant que le verre coloré associé aux grosses bulles incrustées empêche de voir quoi que ce soit du vin, hormis la mousse et encore…. Comble de malheur, elle tenait à ce que je remplisse au ras ses flûtes ce qui m’obligeait à plus d’efforts, plus de concentration dans ma mission de versement. Jeunes adolescents, nous n’avions droit mes frères, ma soeur et moi qu’à une demie flûte, ce qui était suffisant pour nous griser tous plus ou moins. Comble de bonheur, ma mère adorait la crème de cassis, ce qui fait que j’étais devenu très tôt adepte du kir royal ! Lorsque le Champagne était un peu vert, elle doublait la dose de cassis ce qui n’était pas pour me déplaire. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car je n’ai pas de bon cassis sous la main. Il va sans dire que je trouvais toujours le moyen de me resservir en douce, voire de siffler dans le fond des verres des invités au moment de débarrasser. Tout était bon pour grappiller ! Et Maman m’engueulait vertement quand elle voyait que je titubais en allant me coucher.

Durant une courte période où j’étais en Angleterre, je n’ai plus bu le vin avec plaisir. J’étais devenu sauvage, enfin anglais quoi ! Trop doux ou trop sec, le Sherry n’était pas à mon goût, le Porto non plus, sans parler du Mateus rosé que je n’achetais que pour draguer les filles histoire de leur laisser la bouteille en souvenir afin qu’elles la transforment en lampe. Travaillant dans un pub, c’est la période où je fis la découverte des alcools blancs, vodka, gin, etc. Et de l’amertume des bières ! Les vins que nous buvions, faute de moyens, étaient franchement imbuvables. Quand je rentrais à Calais avec ma Fiat 500, je me jetais, quelque soit l’heure dans le premier bistrot venu, pour me payer un café-calva !

Du premier exemple, celui de mon père, j’ai gardé une phobie farouche des vins chauds ou glacés, tandis que du côté maternel, j’ai gardé une passion folle pour le vin de Champagne… servi dans une flûte fine, légère et transparente, cette fois ! Toutefois, mon grand regret, lorsque j’ai commencé à m’intéresser au vin et que je ramenais à la table familiale mes premiers trésors achetés chez mon caviste Parisien (Lucien Legrand), c’était de constater que ces vins, comme le Touraine Primeur d’Henry Marionnet, les Côtes du Rhône du Domaine Bouche aujourd’hui reconverti en bio, ou même les vins de Guigal, n’avaient que peu d’effet sur mes commensaux. Dommage. Déjà, mes premiers vins du Sud, hormis ceux des Bouche, furent rosés. J’allais les cueillir jusqu’en Ardèche, à Saint-Remèze, sur la route des vacances.

Michel Smith

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