Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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De culture française, ne vous en déplaise

A ceux qui veulent des commentaires de vins, cette semaine, je dis: vous pouvez sauter cette chronique. Rendez-vous mercredi prochain.

Aujourd’hui, en effet, je parlerai de la culture française. C’est Jean-Jacques Aillagon qui m’y oblige.

D’un ancien ministre français de la Culture comme lui, on aurait pu s’attendre à ce qu’il la défende – je parle de la culture française. Et bien non, pour M. Aillagon, « il n’y a pas de culture française ».

Et cet ancien commis de l’Etat de citer à la barre du tribunal de sa révolution culturelle le sieur Giovanni-Battista Lulli, «Florentin et fondateur de la musique française» (sic). 

Sauf que c’est archi-faux.

M. Aillagon doit relire ses sources ou changer de lunettes: le jeune Lully est arrivé en France à l’âge de 13 ans, comme garçon de chambre, puis aide-cuisinier dans la suite de Mme de Montpensier; il n’a reçu aucune éducation musicale en Italie.

Le violon et la composition, c’est à Paris qu’il les appris, notamment du compositeur français Nicolas Métru, né à Bar-sur-Aube.

Aussi Lully n’est-il en rien le représentant ni le vulgarisateur de la musique italienne en France. Juste, peut-être, des «moeurs italiennes», comme on appelait à l’époque l’homosexualité masculine (et elle n’avait pas attendu Lully, en France).

L’exemple est donc très mal choisi. J’observe en outre qu’il passe sous silence l’importance de musiciens comme Métru, mais aussi Gaultier, Louis Couperin ou Jean de Sainte-Colombe, sans parler, un peu plus tard, de Charpentier, François Couperin, de Forqueray, de Boismortier, Hotteterre et Rameau. Autant d’exemples du « goût français », d’abord teinté de baroque, puis de galant, et enfin, de classicisme (car aucune culture n’échappe vraiment à son temps).

century_la_musique_des_siecles_volume_13_la_musique_du_grand_compilationFrench Music? Sans doute une erreur de traduction…

Surtout, M. Aillagon, votre formule me choque profondément: qui êtes-vous donc pour dire ce qui est français ou ce qui ne l’est pas?

Ministre de la culture, ou ministre du métissage?

Je respecte tout à fait votre droit de glorifier le métissage, comme naguère on louait le Bon Dieu, toujours et en tout lieu; tiens, serait-ce un nouveau culte d’inspiration libérale, qui vise à faciliter les échanges de capitaux? Et je ne suis pas assez obtus pour ne pas reconnaître que ma culture (française, ne vous en déplaise) est la résultante de multiples apports, qu’ils soient celtes, germains, grecs, latins, italiens, espagnols, allemands, anglais, portugais, arabes, africains ou russes (la liste n’est pas limitative).  L’inverse est aussi vrai, d’ailleurs. 

Respectez aussi, s’il vous plaît, mon droit de me dire Français, de culture française, et de vouloir, modestement, la sauvegarder, voire de la transmettre. Et ne parlez pas en mon nom.

Il paraît que l’on a les ministres qu’on mérite; je ne me considère pas comme passéiste (la preuve, je bois plus souvent du Coume Majou que du Lynch-Bages), mais je n’arrive pas à imaginer André Malraux déclarant doctement que la culture du pays qu’il sert (puisque ministre, vous le savez, veut dire serviteur), n’existe pas. C’était un coup à supprimer le ministère!

Comment appelez-vous donc la culture qui s’expose à la Wallace Collection, à Londres, dont la moitié des salles sont remplies de mobilier de Versailles, de vases de Sèvres et de tableaux de peintres français? Comment traduisez-vous « French school », «  »French painting », « French music », « French furniture »?

Qu’est-ce qui vous fait tellement honte dans vos propres racines, dans votre propre héritage? Et à qui voulez-vous donner des gages d’aculturation?

ed836fdc541c00197aaf17c8b7dd3b86A la Collection Wallace, on trouve même ce French Vase.

Comme ancien président de l’Etablissement Public du Château de Versailles, j’aurais cru que vous auriez magnifié le goût du Grand Siècle, à l’instar de M. Wallace; vous avez préféré faire exposer dans les galeries et jardins du Roi Soleil les oeuvres absconses ou provocatrices de pseudo-artistes dont les «créations» étaient aussi à leur place en ce lieu que vous pourriez l’être au concours du plus gros mangeur de hot-dog de Coney Island (quoique, votre vie privée ne regarde que vous). Ce mélange des genres me choque. Vous parlez de fertilisation croisée; j’y vois surtout un beau foutoir. Pour moi, vous confondez beaux arts et bazar. Je n’aurais jamais cru devoir un jour me justifier d’être et de me sentir français. Comment en est-on arrivé à devoir s’excuser dans son propre pays de ne pas être métissé ou métissable, ou à tout le moins, de ne pas appartenir à une quelconque minorité ethnique, religieuse ou sexuelle? 

koons-chien-1024x685De l’art ou du cochon? Du Koons à Versailles (Photo Kazoart)

Français, donc ringard

Mon pauvre ministère, moi, je l’exerce dans le vin. Et je peux témoigner qu’il y a une culture française du vin – même si, hélas, elle est en grand danger de disparaître. Attaquée qu’elle est, non seulement par une réglementation d’inspiration hygiéniste, mais aussi par le manque de transmission des valeurs du vin. Et peut-être, qui sait, par le soupçon de ringardise que des gens comme vous faites peser sur tout ce qui est trop français – comme si terroir rimait forcément avec franchouillard. 

Au point que c’est à l’étranger, aujourd’hui, que la culture du vin semble la plus dynamique.

Cette culture là, M. Aillagon, a poussé des pays entiers à planter nos cépages français, à acheter des barriques françaises, à se payer les services d’oenologues français, et à comparer leurs meilleurs vins à nos propres crus. Quand le Jugement de Paris a été organisé, c’étaient les grands Bordeaux qui étaient les étalons de mesure, pour nos amis californiens, ce n’était ni Grange, ni Goats do Roam.

goatsTout rapport avec les Côtes du Rhône est totalement fortuit… Pourquoi un vignoble sud-africain ferait-il donc référence à une région française?

Et je lisais encore récemment un article à propos d’un grand domaine de la Rioja, qui se ventait de vinifier « comme un château du Médoc ».

Je pourrais aussi apporter à l’appui de ma thèse une pleine charretée de supertoscans – merlot, cabernet, botte di rovere francese.

Vous aurez beau jeu de me dire que même dans la viticulture française, les apports étrangers ont été importants – vous pourrez évoquer par exemple le rôle des marchands anglais, hollandais ou danois dans la naissance des grands crus du Bordelais (« Ho Brian »), ou celui des Allemands dans le développement du Champagne. Ou encore l’origine espagnole du Grenache et du Carignan. Certes. Mais nos vins sont-ils moins français pour autant? Diriez-vous de la porcelaine de Limoges qu’elle a l’accent chinois, parce qu’elle utilise du kaolin? Que faites vous du génie des peuples? De leur faculté à se réapproprier, à transformer, à rendre leur ce qui vient d’ailleurs?

Après tout, cela ne choque personne qu’on parle de chocolat belge, de café italien ou de thé anglais. Et pourtant, la matière première de ces différents produits vient d’ailleurs.

Pourquoi n’y a-t-il que la France qui doive renier sa culture, M. Aillagon? Pourquoi, quand un Suisse met un drapeau près de sa maison, ou quand un Anglais porte un bonnet aux couleurs de l’Union Jack, on trouve ça naturel, alors que quand un Français fait la même chose, on parle de chauvinisme. Et au nom de quoi l’affirmation d’une nation catalane, écossaise, corse ou polynésienne serait-il plus acceptable que celle de la nation française? Mais qu’avons-nous donc encore à expier? Depuis que je suis né – en 1962 – je ne crois pas que nous ayons envahi quelque pays que ce soit. Je pense même que notre sphère d’influence n’a fait que reculer. Et je ne suis pas sûr que ce soit forcément toujours pour un mieux.

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Notre plus grand tort, pour moi, serait d’oublier qui nous sommes, comme vous le faites; pas de nous en rappeler.

Qu’en pense M. Pinault, votre ancien employeur, grand collectionneur d’art éclectique, mais aussi propriétaire de Château Latour et de Château-Grillet? Dois-je m’attendre à ce qu’il y plante du Zinfandel, du Furmint, ou plus rigolo… du Pinotage? A quand son coming-out à lui, du genre: «Le vin français n’existe pas»?

par-12601-05032016lHervé Lalau


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L’appellation Bordeaux montre la voie, y compris pour les cépages résistants

Nous avons tous entendu parler de reportages télé ou écrits mettant en cause l’usage excessif de produits phytosanitaires (pourquoi dit-on toujours pesticides dans ce cas, alors que les produits sont bien plus divers ?) dans le vignoble français et qui pointent particulièrement du doigt le Bordelais. J’ignore si le vignoble bordelais utilise davantage de produits « phyto » par hectare que les autres régions viticoles de France, mais  ce qui me semble logique est que l’humidité du climat atlantique, associé à des températures souvent élevés dans le sud-ouest, doit rendre plus délicat le passage à une viticulture libre de produits fongicides qu’ailleurs. Disons que la donne agricole n’est pas identique d’une région à une autre. Clairement il doit être plus facile d’être en bio dans le Languedoc qu’à Bordeaux, la plupart des années.

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Mais Bordeaux se devait de réagir collectivement à cette mise en cause médiatisée et il l’a fait de belle manière. Le 10 février, le syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieur (appellations qui représentent plus de 50% de la surface viticole de la Gironde) a adopté cinq modifications agro-écologiques de ses cahiers des charges. Ces modifications sont :

1). l’interdiction de l’usage d’herbicides sur le contour des parcelles

2). l’interdiction de l’usage d’herbicides sur la totalité de la surface du sol

3). l’obligation d’enlever et de détruire les pieds morts

4). tout opérateur doit mesurer et connaître son Indice de Fréquence de Traitement (IFT). 

5). demande officielle de pouvoir cultiver et revendiquer en AOC d’autres cépages que ceux autorisés dans le cahier des charges, à hauteur de 5 % de la surface totale de l’exploitation et de 10 % de l’assemblage final.

cite-du-vin-bord-005Hervé Grandeau et Bernard Farges, que je n’ai jamais vu dans de telles tenues !

Si les 4 premières mesures semblent tomber sous le bon sens, le cinquième est, à mon avis, très intéressante et innovante et j’y reviendrai. Les trois premières modifications ont été adoptées à l’unanimité, mais les deux dernières ne l’ont été qu’à la majorité. Pour le 4ème, deux responsables du syndicat, Bernard Farges et Hervé Grandeau sont montés au créneau : «par les temps qui courent, il vaut mieux jouer la transparence et ne pas taire les choses» a dit Grandeau, le président de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux, tandis que Bernard Farges, le président du syndicat, dit : «Nous avons tout intérêt à montrer ce que nous faisons, car de toute façon notre consommation de pesticides va diminuer», et aussi «Il nous faut être intransigeants et irréprochables dans nos comportements sur nos parcelles, avec nos salariés et voisins» .

cepages-resistants-icv Mais c’est la dernière mesure qui me semble la plus intéressante, sans contester l’absolue nécessité des 4 autres. Cette remise en cause des pratiques figées des AOC est une bouffée d’air frais, et qui porte un double enjeu : la lutte contre les maladies avec la nécessité de diminuer les produits de traitement, mais aussi une nécessaire adaptation aux effets du réchauffement climatique. Que Bordeaux porte ce dossier au comité de l’INAO est une bonne chose car cette appellation à du poids. J’espère que d’autres soutiendront cette belle initiative ! Et Bordeaux ne vise pas du tout d’implanter des cépages rendus célèbres dans d’autres régions, ce qui est intelligent étant donné l’esprit protectionniste qui sévit ici ou là. Il s’agit bien de variétés résistantes et le témoignage d’un vigneron qui expérimente avec ces variétés me semble bien illustrer l’intérêt de la démarche.

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Les vignobles Ducourt couvrent 450 hectares, essentiellement dans la région Entre-deux-Mers et sont exploités en agriculture raisonnée depuis 2004. Les frères Jérémy (ci-dessus) et Jonathan Ducourt ont planté, en 2014, 3 hectares de variétés résistantes développés en Suisse (un des pays, avec l’Allemagne et l’Italie, le plus en pointe sur cette voie de recherche). Ce sont les pionniers de cette approche en Gironde, même si un domaine en Languedoc, le Domaine de la Colombette, est plus largement avancé avec 40 hectares de cépages de ce type. Jérémy Ducourt souligne l’avantage de ces variétés: «En trois ans, je n’ai eu à traiter que quatre fois mes parcelles de vignes résistantes. Soit une réduction de 80 % par rapport au témoin».

Nous pouvons émettre le voeux que l’INAO accepte des expérimentations de ce type plus largement, et sans pénaliser les producteurs en exigeant l’exclusion des  résultats, s’ils sont bons, du système AOC en se cramponnant à cette notion absurde de « typicité » qui ne veut rien dire.

 

David


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Grappillons quelques bons vins de saison – et abordables!

En cette période ou on ne parle que de « grands vins », de choses chères et parfois rares pour appâter le client, je vais prendre un peu le contre-pied et vous parler de quelques vins plus modestes que j’ai croisé récemment et qui m’ont semblé exemplaires, chacun selon son type et pour des prix abordables. Ce ne sont pas de premiers prix, mais aucun ne dépasse 20 euros la bouteille et le niveau moyen se situe autour de 12 euros. Cela vous fera un repas de fête réussi et peu onéreux, ou si c’est trop tard, une sélection pour les mois à venir, quand vous ne voulez plus vous ruiner. J’ai opté pour une gamme qui peut remplir toutes les cases ou presque d’un repas de fêtes (ou autre): une bulle et un liquoreux, trois blancs et trois rouges. De quoi faire quelques beaux accords avec les mets de saison.

La bulle

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Crémant de Bourgogne, cuvée Vive la Joie 2008, Cave Bailly Lapierre

J’ai dégusté cette cuvée, dans différents millésimes, à plusieurs reprises et j’ai toujours été impressionné par sa plénitude et le plaisir immédiat qui est fournie par ce caractère délicatement fruité qui remplit la bouche et la laisse impatiente pour la prochaine gorgée. C’est presque le prix de certains Champagnes bas de gamme mais sa qualité leur est nettement supérieure.

Prix public environ 13 euros

 

Le liquoreux

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Ninon, Muscat à Petit Grains 2015, Vin de France, Cave d’Alba

Il y a de plus en plus de vins intéressants qui sortent du carcan parfois trop rigide des appellations, et ce vin d’Ardèche en fait partie. Le vignoble a failli disparâitre mais il revit grâce à ce vin très aromatique (on s’en douterait vu le cépage) somptueux par sa texture, presque luxuriant mais parfaitement en équilibre par une belle pointe de fraîcheur.

Prix public 12,50 euros

Les vins blancs

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Muscadet Sèvre-et-Maine, Froggy Wine 2015, Pierre Luneau-Papin

C’est parce que la parcelle s’appelle « Les Grenouilles » que Pierre Luneau-Papin, régulièrement l’un des meilleurs vignerons du Muscadet, a ainsi nommé sa cuvée et j’aime bien la touche d’humour dans le nom et l’étiquette. Je suis fan de ses vins, comme de bien d’autres des meilleurs producteurs de cette appellation si injustement décriée, depuis un moment. Celui-ci peut parfaitement remplir son rôle de rafraichir et d’ouvrir le palais en accompagnant huitres ou autres fruits de mer, mais il est bien plus qu’un somple accompagnateur. Son fruité fin et sa belle rondeur se laissent boire tout seul. Vaut bien des vins blancs plus chers.

Prix public environ 10 euros

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Sauvignon Blanc Spielfeld 2014, E & W Polz, Sud-Steiermark, Autriche

Je trouve que les meilleurs Sauvignon Blancs d’Autriche, qui viennent tous de la Styrie, font partie de plus accomplis des vins de ce cépage au monde. Un verre de ce vin-ci, dégusté au prix de 5 euros dans un bar à vin à l’aéroport de Vienne (et qu’est-ce qu’on attend pour présenter un choix de vins au verre de ce niveau et à ces prix dans les aéroports en France ?), m’a semblé parfaitement illustrer ce propos. Il arrive a combiner l’intensité fruité d’un Sauvignon de Marlborough (NZ) sans l’accent parfois caricaturalement expressif avec la texture légèrement râpeuse mais finement ciselé d’un Sancerre. Le vin est long sans aucune lourdeur. Cela doit être le climat semi-montagneux, combiné à une vinification très précise et un long élevage dans des contenants en bois assez volumineux et pas neufs. Cette dimension tactile qui colle à la langue est une des choses que j’apprécie dans ce vin, outre son équilibre entre fruit et acidité.

prix public en Autriche environ 17 euros : ce n’est pas un premier prix, mais d’autres sauvignons dans la gamme de cet excellent producteur sont disponibles à partir de 9 euros.

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Montagny 1er Cru, Les Bassets 2014, Laurent Cognard & Co

Je ne connaissais pas ce producteur et j’ai reçu cette bouteille en tant qu’échantillon envoyé par une agence de presse. D’après ce que j’ai pu glaner comme information, il s’agit d’un jeune vigneron qui a pu acheter un peu de vignes tout en travaillant comme salarié avant 2006, puis il en a repris d’autres parcelles à la retraite de ses parents qui étaient en cave coopérative. Vendanges manuelles, pressurage douce, levures « indigènes », malos faites et une association de vinification/élevage en cuves et vaisseaux en bois de différentes tailles. En tout cas le résultat m’a semblé très probant, avec un mariage intéressant entre rondeur et vivacité, de la pureté dans les saveurs fruites et une bonne longueur. Heureusement pas de « minéralité » à l’horizon (private joke) !

Prix public : autour de 20 euros : ce n’est pas exactement donné mais cela vaut d’autres blancs de Bourgogne à 30/35 euros

Les vins rouges

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Beaujolais Nouveau, cuvée Vieilles Vignes 2016, Pierre-Marie Chermette

Ce producteur (ci dessus, montrant qu’il ne mouille pas que sa chemise pour faire ses vins), qui fait aussi d’excellents vins dans les crus Brouilly, Fleurie et Moulin-à-Vent, produit chaque année ce qui sont pour moi des vins exemplaires du type primeur issu de l’appellation Beaujolais. Là aussi on a le choix entre différentes cuvées : Les Griottes et Vieilles Vignes. Cette année j’ai acheté et bu une bouteille de la deuxième cuvée, peu de temps après la sortie de ces vins. Ce vin m’a enchanté par son fruité très croquant, son allégresse sur la langue et l’impression de joie de vivre (et de boire) qu’il m’a transmis instantanément. Et il a tout ce qu’il faut pour tenir encore un an si jamais cela vous inquiétait.

Prix en boutique à Paris: environ 8 euros.

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Côtes du Roussillon Mas Baux, Grand Red, 2015

Pas la première fois que j’apprécie les vins de ce très bon producteur non plus. Sur le plan stylistique, c’est bien évidemment très différent du précédent, plus riche mais également très fruité et gourmand à souhait mais avec la dimension chaleureuse qui parle de ses origines sudistes en plus. Beaucoup de vin pour ce prix.

Prix public : 8,50 euros

 linsoumiseDes jeunes couples qui font d’excellents vins très abordables à Bordeaux, cela existe et ce n’est pas rare du tout. Que les « non-pensants » arrêtent avec leur stupide « Bordeaux bashing » ! 

Bordeaux Supérieur, Château l’Insoumise cuvée Prestige 2014

Voulez-vous du classique et du pas cher ? Voici un parfait exemple que j’ai choisi récemment à l’aveugle parmi 25 vins de cette appellation et dans ce millésime. C’était un de mes trois vins préférés de cette série et le moins cher des trois. Il vient de la région de Saint-André de Cubzac (rive droite) et son assemblage donne une part moins important au Merlot que la plupart de ses concurrents: 60% pour 35% de Cabernet Sauvignon et 5% de Cabernet Franc. Le résultat est un vin droit, net et très classique au nez avec un boisé encore présent dans un ensemble relativement puissant et structuré mais sans aucun excès. C’est clairement du Bordeaux et c’est très bien fait.

Prix public 8 euros

Bonnes fêtes, ou ce qu’il en reste

David Cobbold


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Une verticale sur 10 ans de trois domaines médocains

CA Grand Crus, filiale du Crédit Agricole, possède un certain nombre de domaines viticoles, surtout à Bordeaux. Si cette entité a récemment vendu le Château Rayne Vigneau à Sauternes, il lui reste, dans le Bordelais, les châteaux Grand Puy Ducasse à Pauillac, Meyney à Saint Estèphe, La Tour du Mons à Margaux et Blaignan dans le Médoc, ainsi que le Clos Saint Vincent à St. Emilion, puis, en Bourgogne, le Château de Santenay: soit près de 350 hectares de vignes en tout. Cela en fait, non pas un géant de la viticulture, mais un des « institutionnels » ayant une véritable politique de vin. La Directrice Technique des domaines est Anne Le Naour et le Directeur Général Thierry Budin.

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J’ai eu la chance de pouvoir participer, la semaine dernière, à une très intéressante dégustation verticale, parfaitement organisée, qui présentait 10 millésimes de trois de ces propriétés : Meyney, Grand Puy Ducasse et La Tour de Mons. La période couverte par cette dégustation allait de 2006 à 2015, ce dernier étant représenté par des échantillons en cours d’élevage. Cet article sera un compte-rendu de ma dégustation avec quelques mots de présentation des domaines et une conclusion.

Les prix des vins

Voilà un sujet qu’il ne faut jamais éluder lorsqu’il s’agit de vins en général, et de grands vins de Bordeaux en particulier, tant cette catégorie a été soumise à des effets spéculatifs déraisonnables ces dernières décennies. Une bonne nouvelle en ce qui concerne ces trois vins : les prix restent raisonnables pour le secteur. Pour les millésimes que j’ai dégusté, les prix de Château Meyney (Saint-Estèphe) vont de 25 à 40 euros selon le millésime, le plus cher étant le 2010 qui est devenu difficile à trouver en France. Le magnifique 2006, par exemple, ne vaut que 30 euros, ce que je pense être une excellente affaire; ce vin est du niveau d’un cru classé mais à des prix autrement plus abordables. Pour Grand Puy Ducasse, cru classé de Pauillac, la fourchette est de 35 à 50 euros, et pour La Tour de Mons, cru bourgeois de Margaux, elle se situe entre 15 et 25 euros. Vu ces prix et la dégustation que j’ai faite, Meyney en particulier représente une très bonne affaire en ce moment.

Les vins chateau-meyney-saint-estephe

Château Meyney

Je commencerai par Meyney car ce fut mon vin préféré des trois pour l’ensemble des millésimes dégustés. Le Château Meyney est l’une des plus anciennes propriétés du Médoc. En 1662, les propriétaires en étaient les Pères Feuillants, artisans des premières plantations. Aujourd’hui, le vignoble de 51 hectares d’un seul tenant s’étend sur des croupes qui dominent la Gironde. Outre les graves qui composent le sol, on observe ici, comme à Petrus, une veine d’argile bleue en sous-sol, à environ 2,6 m de profondeur sur quelques 3 m d’épaisseur. CA Grands Crus a racheté la propriété en 2004 et Hubert de Boüard en est l’œnologue conseil.

Je sais bien que les notes ne sont pas une panacée mais elle me semblent très utiles pour juger de la qualité relative d’un vin dans un contexte donné et, dans ce cas, tous ces vins sont comparables car venant de la même région et utilisant les mêmes cépages. Ma note moyenne pour les 10 millésimes dégustés de Meyney était de 16,9/20, ce qui est très élevé, surtout compte tenu du fait que deux millésimes dits « faibles » (2007 et 2013) faisaient partie de la série.

Château Meyney 2006

Nez resplendissant, très expressif et d’une intensité de fruit assez exceptionnel pour un vin de 10 ans. Cela se confirme en bouche, donnant un vin riche, raisonnablement charnu et éclatant de vie. Très beau vin d’une grande finesse et qui donne un plaisir immédiat maintenant. (18,5/20)

Château Meyney 2007

Le nez est assez torréfié et les tanins semblent denses pour un millésime relativement léger. Du coup ils tendent à assécher un peu le palais en fin de bouche. Mais pas de trace de saveurs végétales. (15/20)

Château Meyney 2008

Ce millésime fait partie de ceux qui se trouvent, et depuis un moment, en phase austère, voire fermée – et ce vin ne fait pas exception à la règle. jugeons-le plutôt sur sa belle charpente et sa longueur prometteuse. Certainement à attendre encore un bout de temps. (16/20)

Château Meyney 2009

A côté d’autres vins de la région dans ce millésime un peu atypique par son exubérance, celui-ci se la joue droit et fin. Il contient néanmoins une belle richesse de matière qui donne une texture charnue et une grande longueur. (17/20)

Château Meyney 2010

Comme bon nombre de vins de ce très grand millésime, celui-ci est en train de se fermer. Mais on sent une très belle fraîcheur qui s’accompagne de beaucoup d’intensité dans les saveurs. La longueur impressionnante annonce un très grand classique. (18,5/20)

Château Meyney 2011

La structure est ferme et ce vin semble aussi dans une phase austère. Bonne précision dans les saveurs, même si cela semble un peu mâché pour l’instant. (15,5/20)

Château Meyney 2012

Une vrai réussite que ce vin fin, précis et long en bouche. J’ai beaucoup aimé son équilibre quasi-parfait entre tanins et fruit. (17/20)

Château Meyney 2013

Un bien joli vin dans un millésime difficile. Précis et fruité, assez soupe et agréable dès maintenant. (16/20)

Château Meyney 2014

Encore une fois la qualité du fruit ressort. La matière a clairement plus de potentiel que pour le 2013, et, logiquement, l’extraction est plus importante. Du coup le fruité exalté est souligné par une belle structure et prolongé par une excellente longueur. (17,5/20)

Château Meyney 2015

Encore plus d’intensité que le 2014. Il faudra attendre la mise en bouteille définitive mais ce vin est très prometteur, complet et long. (18,5/20 : note provisoire)

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Château Grand Puy Ducasse

Les 40 hectares du vignoble de ce Grand Cru Classé sont répartis sur trois grandes parcelles dans l’aire de Pauillac. On doit cette configuration originale à son fondateur, Pierre Ducasse, qui a rassemblé sous un même nom ce vignoble au XVIIIème siècle. Fait unique parmi les crus classés de cette appellation, les bâtiments, dont la belle maison 18ème, se trouvent dans la ville de Pauillac et regardent l’estuaire à travers la rue qui longe les quais (voir photo). Il appartient à CA Grands Crus depuis 2004 et Hubert de Boüard en est l’œnologue conseil, comme à Meyney.

Château Grand Puy Ducasse 2006

J’ai été gêné par une pointe d’amertume en finale ainsi que par un profil sec et anguleux de ce vin. Ce n’est pas un mauvais vin, mais il est loin de la qualité de Meyney dans ce millésime. (15/20)

Château Grand Puy Ducasse 2007

Joli fruité et un vin assez complet qui me semble bien réussi dans ce millésime. (15,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2008

A toute l’austérité qui est si typique de ce millésime; A attendre impérativement car peu de plaisir pour l’instant. (14,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2009

Le profile atypique est chaleureux de l’année l’aide beaucoup par rapport aux trois millésimes précédents. Long et intense, bien fruité, mais avec juste une pointe d’alcool en finale et une petite touche d’amertume dans les tanins. (16/20)

Château Grand Puy Ducasse 2010

Vin aussi intense que complet. Très belle équilibre entre fruité, acidité et structure tannique. Aussi beau que long. Facilement le meilleur millésime de ce château dans cette série. (17,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2011

Très bon aussi, dans un millésime qui n’a guère attiré des louanges pourtant. J’aime aussi son équilibre qui repose en partie sur un refus de trop extraire. (16/20)

Château Grand Puy Ducasse 2012

Le bois domine trop le nez pour le moment, et la matière me semble anguleuse avec une finale très sèche. Préférez le 2011 ! (14/20)

Château Grand Puy Ducasse 2013

Bien plus harmonieux au nez que le 2013. Vin juteux et frais, donnant encore une réussite dans un millésime pas évident. (15,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2014

Le fond est puissant mais il embarque avec lui un très joli fruité et des tanins murs. Très bon équilibre. (16,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2015

On sent davantage de densité qu’avec les autres millésimes sauf le 2010. Mais il est austère pour l’instant et les tanins finissent un peu sec. A voir plus tard (pas noté car je suis incapable de le juger à ce stade).

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Château La Tour de Mons

Les 48 hectares du vignoble de ce Cru Bourgeois sont répartis dans la partie Nord de l’Appellation Margaux, sur les bords de la Garonne. Le vignoble est planté ainsi: 56% merlot, 38% cabernet sauvignon, 6% petit verdot. Le domaine est administré par CA Grands Crus depuis 2012 seulement, donc seuls les 4 derniers millésimes dégustés ont été réalisés sous sa responsabilité. L’œnologue conseil est Eric Boissenot.

Château La Tour de Mons 2006

Un joli nez fumé et un palais intense mais trop austère. Finit sèchement. (13,5/20)

Château La Tour de Mons 2007

Plus souple, ce qui donne un vin agréable qui exprime un fruité arrondi dans ce millésime peu côté (14/20)

Château La Tour de Mons 2008

Plus complet que le 2006, mais il garde le profil austère typique de l’année. (14/20)

Château La Tour de Mons 2009

Le richesse de ce millésime lui fait du bien. Il n’abandonne pas son carapace austère mais il a plus de fruit et une belle longueur. (14,5/20)

Château La Tour de Mons 2010

Le nez est fin et les arômes sont empreints d’élégance. Si la structure reste ferme à ce stade, l’équilibre est là. Un bon vin. (15/20)

Château La Tour de Mons 2011

Je découvre un peu ce millésime dont on parle si peu et je trouve encore un très joli vin avec un fruité joyeux, de la finesse et une belle structure qui joue les prolongations. (15,5/20)

Château La Tour de Mons 2012

Peut-être est-il en phase de fermeture mais ce millésime me parait serré et assez austère, bien que les saveurs aient une bonne précision et que les tannins soient fins. (15/20 ?)

Château La Tour de Mons 2013

Vin plus claire, dont l’extraction a été allégée à juste titre. C’est une réussite dans ce millésime. (14/20)

Château La Tour de Mons 2014

Un très joli vin, avec un beau fruité et des tanins raisonnables, donc en phase avec la matière. (15/20)

Château La Tour de Mons 2015

Le potentiel est bien là, avec de l’intensité, beaucoup de fraîcheur et une bonne longueur. (16/20)

 

Conclusion

Trois domaines manifestement très bien gérés et dont les progrès, en matière de précision et de finesse, m’ont semblé évident sur les derniers millésimes.

Cerise sur le gâteau : les prix sont très abordables pour leurs catégories respectives.

 

David


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100% Petit Verdot à Bordeaux, c’est pas idiot

L’ampélographe

petit-verdot-www-vinbordelais-com                                                                                                                      photo  http://www.vinbordelais.com

Cépage historique du Médoc, il y précéda le Cabernet de longue date. Mais sa maturité difficile l’a fait petit à petit disparaître. Heureusement, il en reste et quelques châteaux en replantent.

Cépage vigoureux, il s’avère fertile et sa production facilement abondante ne craint ni l’oïdium, ni les acariens. Par contre, il n’aime guère la sécheresse.

Ses grappes sont de tailles moyennes, cylindriques et assez lâches, à petites baies sphériques d’un noir bleuté et à la peau épaisse. Cette dernière lui offre une bonne résistance à la pourriture. Son vin est très coloré et riche en tanin (c’est pourquoi il faut attendre la maturité optimale), d’excellente garde.

On le trouve en Gironde, Dordogne, Lot-et-Garonne, Landes et dans les départements pyrénéens et hors France, en Espagne, en Italie, en Turquie, en Californie, en Argentine…, bref, un peu partout où l’on cultive la vigne.

Il fait partie de l’encépagement des Bordeaux, Médoc, Graves et occupe un peu plus de 500 hectares en Gironde, soit à peu près la moitié de ce qui est cultivé en France. Et s’il saupoudre à concurrence de 5% les assemblages bordelais, on le trouve de-ci delà seul dans la bouteille.

Moisin 2011 Château Moutte Blanc

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Rouge presque noir, au premier nez le vin se tait. Il faut l’amadouer, y revenir, le regarder encore, pour qu’enfin, curieux, il remue sa carcasse sombre et libère quelques senteurs sauvages de fruits noirs et de sous-bois. On hésite un moment à la porter aux lèvres, certain d’y débusquer une masse tannique infranchissable. Mais, en bouche, le tanin apparaît souple et soyeux. Bien fondu dans la texture fine et grasse. Enseveli dans la matière riche et profonde, concentrée certes, mais élégante. Le fruit réapparaît en catimini, avant de se renforcer. Surtout en fin de bouche, là où la grande longueur permet de l’apprécier sous toutes ses facettes. Là où le léger toast révèle le long élevage en bois neuf.

La vinification

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Ce cépage tardif demande une maturité aboutie pour se révéler sociable. En deçà, il prend un caractère rustique où les tanins jouent au couteaux avec nos papilles. Patrice De Bortoli, le géniteur, sait comment prendre ses vignes de 80 ans. Après une période où la puissance prévalait, il trouve aujourd’hui son bonheur dans l’élégance de son 100% Petit Verdot. Une macération plus longue pour augmenter le fruit, une vinification à température plus basse pour éviter les extractions, les fermentations alcoolique et malolactique en bois neuf, chauffe moyenne, pour assouplir le tanin et apporter plus de gras, un élevage de 18 mois en barriques à ¾ neuves pour affiner le vin.

www.moutte-blanc.fr

Un autre Petit Verdot, celui de la Cave des Vignerons de Tutiac

Verdot (c’est le nom de la cuvée) 2011 Petit Verdot Bordeaux Tutiac

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Sombre comme l’encre, il se nuance de violet pourpre et il faut bien l’agiter pour qu’il daigne révéler quelques senteurs. Cela reste toutefois à la limite du perceptible, quelques girations supplémentaires finissent par avoir raison de lui. Il libère alors quelques effluves floraux et épicés, fragrance délicate de la violette, plus entêtante du jasmin, leurs pétales saupoudrés de poivre noir et de poudre de cacao. Le fruit reste discret. C’est en bouche qu’il se révèle, d’abord sage, puis plus audacieux, il vient flattée les papilles d’accents de cassis et de cerises noires, puis de plus sauvages airelles et myrtilles. Farouches comme les tanins qui rustiques, pourraient effrayer celui qui mal avisé renoncerait. Ce serait une erreur, il suffit d’un coup de langue pour les dompter et s’en délecter. Et un vin de caractère ne se déguste-t-il pas avec grand plaisir ?

Vinification

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La parcelle de Petit Verdot ne compte que 2,75 ha et se compose de sable argilo-ferreux. Le lieu-dit, situé sur la commune de Reignac, se nomme Verdot, d’où le nom de la cuvée. Il est élevé en barriques neuves durant 15 mois.

www.tutiac.com

Ciao

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Marco


15 Commentaires

Bordeaux est-il supérieur en rapport prix/qualité ?

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Je ne vous parle évidemment pas des crus classés et consorts, souvent hors d’atteinte pour le commun des mortels depuis bon nombre d’années. Je vais plutôt évoquer les bons vins très abordables qui se vendent en ce moment sous l’appellation Bordeaux Supérieur. Les appellations de base du Bordelais, dites génériques, constituent 55% du vignoble girondin mais on en parle si peu quand on compare cela avec la couverture presse donnée à d’autres appellations moins significatives sur l’échiquier des vins français. Snobisme inversé, Bordeaux bashing, ras-le-bol des prix trop chers des « classés », ou simple ignorance ? Je ne le sais pas. Peut-être un peu de tout cela.

En tout cas, je trouve que les bons vins de l’appellation Bordeaux Supérieur font partie des meilleurs rapports qualité/prix parmi les vins rouges de France, aujourd’hui. Ils méritent amplement qu’on s’intéresse à eux car ils n’ont jamais été aussi nombreux à être bien faits. Quelques excès d’un passé récent, du genre boisage qui écrase tout, sont en bonne voie de disparition, même s’il en reste des traces. Je suis d’avis que la mention « supérieur » est à laisser tomber de la désignation de cette appellation, car peu de gens comprennent ce qui est impliqué par ce terme. Après, faut-il établir une hiérarchie théorique parmi les quelques 300 millions de bouteilles qui sont produits chaque année sous les deux appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur ? J’en doute.

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Chaque année, l’appellation effectue, en interne, une sélection de 25 ou 26 vins du dernier millésime mis en marché des Bordeaux Supérieur rouges (il existe aussi des blancs sous cette désignation, mais je n’en ai jamais vu), puis cette série est soumise à la presse afin que nous désignons six vins qui vont jouer le rôle d’ambassadeurs pour l’appellation pendant un an, étant mis en avant lors de diverses manifestations. La semaine dernière j’ai donc participé, comme presque tous les ans, à cette dégustation à l’aveugle et voici mes vins favoris. J’ajouterai en fin d’article la liste des vins que l’ensemble de mes collègues à élu. Le millésime présenté était 2014 et l’opération s’appelle Talents de Bordeaux.

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Château Féret Lambert 2014

J’ai souvent sélectionné ce vin par le passé, et donc sa régularité est remarquable.

Le boisé est fin et bien intégré au nez. Les saveurs fruitées sont délicates et précises. Il sera encore meilleur dans 6 mois car la finale est encore un poil sèche.

Prix 11 euros

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Château Moutte Blanc 2014

Un beau nez qui révèle une assimilation réussite entre fruit et structure. Cela est confirmé en bouche. Elevage parfaitement dosé qui cadre bien une matière généreuse.

Prix 10,20 euros

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Château Lamothe-Vincent, Héritage 2014

Manifestement un vin dominé par le merlot (la fiche révèle qu’il s’agit de 80% de ce cépage). Souple, charnu et chaleureux. Un bon vin très agréable.

Prix 8,20 euros

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Château l’Insoumise, Prestige 2014

Robe dense. Nez droit, très classique, avec un boisé bien intégré. Un très bon vin qui a de la puissance par sa matière mure, mais qui reste bien bordelais.

Prix 8 euros (une des meilleures affaires de la série à mon avis)

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Château Leroy-Beauval 2014

Je ne connaissais pas ce château auparavant. Fait avec 90% de merlot et 10% de cabernet franc, son nez est classique et il y a une belle précision des saveurs, accompagné par une bonne structure. Un très joli vin.

Prix 12 euros

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Château Lacombe Cadiot 2014

Autre château que je découvrais, et qui est fait, je crois, par l’équipe d’un excellent cru bourgeois : Haut Breton Larigaudière. Le nez est très franc et semble marqué par du cabernet (en réalité 60% merlot, 30% cabernet sauvignon et 10% petit verdot). Un bon fruité émerge après un début marqué par de la réduction.  Ensuite, c’est tendre, plein et assez élégant en bouche. Une vrai délice, aussi complexe que long.

Prix : 6,90 euros, ce qui en fait surement la meilleure affaire de cette série

 

La liste des Talents de Bordeaux 2014, élue par l’ensemble des dégustateurs.

On voit que je suis en accord parfait avec la moitié de cette liste. Je constate que mes collègues doivent aimer le boisé fort plus que moi car j’ai reproché un élevage un peu trop intrusif dans les cas de deux vins de cette sélection, et des tannins asséchants sur un autre.

Château Lajarre, Eléonore

Château Pierrail

Château Tuilerie du Puy, cuvée Grand Chêne

Château Moutte Blanc

Chaâteau l’Insoumise, Prestige

Château Lacombe Cadiot

En tout cas une belle série de vins avec des réussites pour ceux qui ont su attendre la maturité des raisins en évitant d’extraire trop fortement. Je pense que le marché devrait s’intéresser à ces Bordeaux 2014.

 

David Cobbold  bdx-sup


9 Commentaires

Mauvaise foi et idées courtes

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Je le sais bien, il est très facile de dire des autres qu’ils sont de mauvaise foi. On peut même le faire lorsque cela vous arrive aussi. Si je prends mon cas personnel, et lorsque je regarde un match de rugby dans lequel le club que je soutiens (Stade Français ou l’Angleterre, selon les contextes) n’a pas les faveurs de l’arbitrage à des moments décisifs d’un match, j’avoue être capable d’une mauvaise foi flagrante. Pourquoi parler de cela et quel rapport avec le vin ? Parce que le vin est aussi un sujet qui suscite des passions, certes triviales (peut-être), et donc d’accès de mauvaise foi de la part de tenants de telle ou telle thèse ou hypothèse. Et cela vaut aussi pour les opposants des mêmes !

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Un parfait exemple de mauvaise foi dans le domaine du vin vient de m’être livré par mon collègue Eric Riewer, à propos d’une des réactions à la dégustation à l’aveugle de vins français et californiens qui a pris le nom un peu prétentieux de « Jugement de Paris ». J’ai parlé récemment sur ce blog de cet événement qui date de 1976,  et qui fut aussi symbolique que symptomatique du nivellement du terrain de jeu mondial des vins, y compris pour les « grands » vins. L’exemple concerne la réaction d’Odette Khan dans la revue qu’elle dirigeait à l’époque : La Revue de Vin de France. Mme Khan était membre de ce jury, presque entièrement français, qui a voté, à l’aveugle, un Chardonnay de Californie à la première place d’une série de vins de ce cépage, dont plusieurs grands noms de la Bourgogne (Drouhin, Leflaive, Ramonet et Roulot), puis un Cabernet Sauvignon de la Californie à la première place d’une série des vins rouges face à des grands noms du bordelais rive gauche (Haut Brion, Mouton, Léoville Las Cases et Montrose), Eric s’est procuré une copie du numéro de La RVF daté de Septembre-Octobre 1976 et qui contient un éditorial de Mme Khan à propos de cette dégustation.

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Son papier s’intitule « Une Dégustation de Vins Californiens », alors qu’il y avaient 4 vins français et 6 californiens dans chaque série. Elle prétend ensuite qu’une bonne dégustation à l’aveugle devraient séparer les vins selon leur origine, en pratiquant une série des vins français, puis une série de vins américains (ou l’inverse), évidemment avec le jury bien au courant de l’origine de chaque série; Facile dans ce cas-là pour un membre de jury un tant soit peu chauvin, de part pu d’autre, de tricher ! Autre point ou la dame et question a été malhonnête (et erronée) dans ses avis, elle déclara ceci : « s’agissant en l’occurrence des vins jeunes, donc pour les rouges français en tout cas des vins « à attendre », il était impossible de les comparer. » Elle implique clairement que les vins rouges californiens n’allaient pas tenir dans le temps, à la différence des bordelais. Le temps lui a donné tort, car chaque fois que les mêmes vins, dans les mêmes millésimes, ont été dégustés ensemble, que cela soit 10, 30 ou 40 ans plus, tard, la marge d’avance des notations des californiens s’est accru ! On peut aussi rajouter que les millésimes des bordelais n’étaient pas pour les défavoriser car il s’agissait de 1970 ou de 1971, millésimes jugés très bons ou excellents à l’époque.

La revue du vin de France n°260

Mme Khan termine son papier sur une notre de forte condescendance : « je me permets de rappeler à mes amis vignerons (français, bien entendu ndlr) qui si je suis, comme eux, persuadée de la précellence de nos vins (ben voyons), il ne faut pas ignorer que nos amis américains, à notre école, ont appris à bien vinifier, qu’ils peuvent déjà présenter de bonnes choses et que, sait-on jamais, ils pourront peut-être un jour découvrir chez eux d’heureux micro-climats (elle veux dire » méso-climats » mais c’est une erreur bien trop courante, même aujourd’hui ndlr) leur permettant de mettre en bouteilles des crus nobles ». Sur le plan d’écoles, je note simplement qu’un seul des responsables des 6 cabernets de Californie avait fait ses études en France : il s’agit de Bernard Portet, qui est fils d’un ancien régisseur à Château Lafite. Les autres avaient soit fait des études aux USA, soit n’avaient pas de formation formelle au vin (comme Paul Draper, de Ridge Vineyards).

Se tromper de temps en temps dans ses jugements, ce n’est pas grave et cela arrive bien souvent. Mais se tromper lourdement sur toute la ligne en pratiquant une grande mauvaise foi et en oublient de vérifier ses informations, ce n’est pas du bon travail de presse. Maintenant nous avons tous, si nous somme de bonne foi, que de bons et grands vins peuvent se faire dans de très nombreux pays et régions et qu’il n’y a aucune « précellence » des vins français parce qu’il viennent de ce pays. Et c’est tant mieux pour le consommateur d’où qu’il vienne, comme cette affaire de 1976 a sonné le réveil pour certains producteurs un peu endormis.

Une petite note d’ironie pour terminer. J’ai trouvé, dans le même numéro de la RVF, à la page  41, une rubrique qui faisait écho des quelques dégustations diverses. Parmi ces notes, celles-ci :

Cabernet-Sauvignon 1972, Sterling Vineyards (Napa Valley) : Une très belle bouteille………à déguster un tel vin on se dit que les vigneron français ont intérêt à ne pas s’endormir sur leurs lauriers »

Je ne sais pas si Mme Khan a relu cet article avant publication !

 

David Cobbold

PS. Je dois rajouter, pour être complet, que j’écris ceci sous l’influence très bienveillante d’une excellente bouteille de Château Margaux 1983, la presque dernière de ce niveau de vin qu’il me reste dans ma cave. A l’époque, je pouvais encore me payer des bons primeurs de Bordeaux.