Les 5 du Vin

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Un passage à Montagne, chez l’ami Pierre

Ingrat que je suis, il semblerait que je délaisse un peu trop mes premières amours. Cela faisait un bail, en effet, que je n’avais pas fait le détour bucolique par les rives de la Dordogne pour m’attarder du côté de Saint-Émilion et m’enfoncer lentement vers la Garonne, un peu plus en profondeur dans le Sud-Ouest à la rencontre de folles gasconnades. Pour arriver là, deux personnes m’avaient mis l’eau à la bouche : le sieur Vincent Pousson, une fois de plus, et David Cobbold, ici même. Comme j’avais follement envie de tester cette fameuse auberge de L’Horloge, à Auvillar, qui me narguait et me faisait saliver depuis le matin sachant que, par chance, elle se trouvait pile sur ma route, peu avant Toulouse, l’idée me pris d’une étape en territoire de Montagne-Saint-Émilion. Rien de mieux que de se faire inviter chez un vigneron dont je ne connaissais que très peu le vin et encore moins la cuisine, mais chez qui je me doutais bien que je serais le bienvenu. Pourquoi ? Comment ? Tout simplement parce que j’avais goûté son vin, un légendaire 2005, chez Stéphane Derenoncourt un soir d’été et que ce jus m’avait désaltéré une partie du repas, ressortant comme l’inévitable ressort parmi des dizaines de bouteilles qui circulaient, toutes aussi prestigieuses les unes que les autres, mais toutes aussi décevantes une fois à table.

L'église de Montagne, vue de Beauséjour. Photo©MichelSmith

L’église de Montagne, vue des vignes de Beauséjour. Photo©MichelSmith

Oui, je suis comme ça, un peu sans gêne : il y a des moments où j’aime bien m’imposer, m’attarder chez les vignerons pour mieux les « cuisiner », pour la bonne cause. Au détour d’une grillade, d’une salade ou d’une charcuterie locale, on y cueille les histoires grandes ou petites, les confidences, les récits d’espoirs ou de désespoirs. Cependant, pas fou le bourdon (je ne vais tout de même pas me prendre pour une guêpe), je ne débarque jamais à l’improviste car cela me gênerait. Je m’y prends toujours à l’avance. N’allez surtout pas croire que j’opère ainsi par souci mesquin d’économie. Non, je m’invite pour passer plus de temps, pour mieux saisir les mots, mieux comprendre. Un repérage rapide sur la carte, une estimation du temps de trajet, un coup de fil ou un message Facebook, et hop, in the pocket ! Donc, je me pointe le jour dit et à l’heure cet hiver devant les murs gris d’un château nommé Beauséjour paraissant aussi hanté que délaissé, posé en vigie sur une butte qui déroule son tapis de vignes vers l’un des plus beaux joyaux d’Aquitaine, le village de Montagne et sa belle église romane.

Photo©MichelSmith

Pierre Bernault Photo©MichelSmith

Comme je le pressentais, mon vigneron, Pierre Bernault, la bonne cinquantaine, long corps surmonté d’un visage ovale qu’une barbe drue et grise tente à peine d’habiller, est du genre transis de timidité. Cela tombe bien car je sais, de par ma longue errance dans le vignoble, que cette espèce d’homme cache souvent une grande sensibilité, laquelle se traduit par des vins que l’on ne peut que juger francs, honnêtes. Que demander de plus à un homme seul sur son rafiot de vignes échoué sur un socle de calcaire fissuré, vignes bichonnées avec amour et tendresse, que de tenter de faire son possible pour vinifier quelque chose de bon, de sincère ? Faire du bon, tout en cherchant la parcelle, la méthode, l’assemblage, le « truc » qui permettra de frôler l’exceptionnel, le naturellement grand ? Faire du bon, tout en entretenant, par exemple, les bâtiments et leurs 2.500 m2 de toiture… Pas facile d’être châtelain !

Vue sur les chais de Beauséjour. Photo©MichelSmith

Vue sur les chais de Beauséjour. Photo©MichelSmith

Ici, le bon, se résume en un mot : travail. Et Pierre Bernault semble savoir de quoi il en retourne, lui qui est né de parents enseignants du côté d’Alger, débarqué en 1966 à Nantes, puis élevé dans la campagne ariégeoise. Un terrien vagabond qui se serait égaré pour de bon il y a dix ans sur cet îlot bosselé planté de cabernet franc et de merlot. Ce qui le touche le plus en ce moment, c’est de voir son père, 91 ans, se pointer dans la vigne du Château Beauséjour pour tailler une vigne récemment enracinée. Octave Bernault, lui aussi né « là-bas », retrouve les gestes de son Algérie rurale où, dès qu’il avait du temps libre, l’instituteur mettait un point d’honneur à se rendre lui-même dans la vigne de ses parents afin de lui prodiguer ses soins. Oui, le sens du bon, du travail bien fait, de la continuité, du devoir. « Mon père vient d’apprendre qu’il allait être décoré de la Légion d’Honneur pour un épisode de sa vie sur lequel il est pourtant resté toujours très discret », écrira Pierre Bernault peu après notre rencontre. « Ayant à 19 ans, il rejoint les forces françaises libres en Angleterre et après un entraînement intensif au sein des commandos parachutistes des SAS (Special Air Services), il a été parachuté en mission par deux fois derrière les lignes allemandes, avec pour but d’organiser les résistants et de faire du sabotage pour désorganiser l’armée allemande. Son premier parachutage a eu lieu en Vendée, une nuit, le deuxième, quelques mois plus tard, aux Pays-Bas. Je suis très heureux et fier que soit reconnu aujourd’hui son engagement à défendre « la mère Patrie », lui qui en a foulé le sol pour la première fois de sa vie en 1944. »

Photos©MichelSmith

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Visiblement soucieux, l’homme se déride, se calme, défronce les sourcils. Libéré, son visage s’irradie de lumière quand il aligne les flacons pour la dégustation et qu’il déballe la viande. Il raconte sa vie sans pudeur, parle de ses 36 métiers, de ses trois enfants qui vivent au Canada mais qui viennent le voir l’été, de ses voyages, de son passage à Beaune, de son besoin pressant de se rapprocher de l’océan où il a vécu des moments inoubliables dans le village naturiste de ses parents, à Montalivet, « l’ONU du nu », de son entrée en informatique, de son passage chez Microsoft… Viennent ses passions multiples : la moto, le vol à voile, la mécanique (il répare lui-même ses tracteurs) et les vins. On y arrive. On compte autour de 220 domaines en Montagne-Saint-Émilion et le sien, idéalement situé, commence à faire parler de lui. En agriculture « raisonnée » sur une douzaine d’hectares de vignes assez âgées où le Cabernet franc est bien présent (au moins 30 %), il ne produit pas plus de 50.000 bouteilles dont une cuvée spéciale de très vieilles vignes baptisée 1901, date de sa plantation. Il me semble que Pierre est ravi de partager ses vins à table.

Photo©MichelSmith

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Je suis d’abord surpris par les prix de vente : 22 € pour un Montagne Saint-Émilion 2007 La petite robe poivrée c’est beaucoup, même si le vin se goûte très bien malgré son âge et qu’il présente un aspect « prêt à boire » du plus bel effet avec de jolis tannins fondus. L’Habit rouge 2012 qui vient ensuite, toujours Montagne, est en réalité un pur Merlot plein, dense, équilibré, un peu facile mais laissant une belle impression de matière. Il coûte un euro de plus, tout comme l’Habit Noir 2012, un superbe Montagne de pur Cabernet franc, à la fois riche, croquant, voluptueux, qui commence juste à se laisser boire pour le plaisir sur une pièce de bœuf d’Aubrac, par exemple. Un poil moins cher, le Beauséjour 2010, toujours d’appellation Montagne-Saint-Émilion, fait dans la finesse, la discrétion et l’équilibre. Mais il est vrai qu’il venait après un 2012 très expressif.

La clef du chai. Photo©MichelSmith

La clef du chai. Photo©MichelSmith

Quant à la cuvée 1901, un Montagne partagé à égalité entre Merlot et Cabernet franc, elle est constituée de 9 parcelles de vieilles vignes (3 ha plantés au début du siècle dernier) sur des croupes assez proches de la dalle de calcaire. Un tiers des vins est élevé en barriques neuves (chauffe blonde), le reste en barriques renouvelées au tiers tandis que les barriques bien nettoyées et détartrées vont servir quelques années de plus pour les autres vins. Pour le 2007 (40 €), « fallait avoir des couilles » explique Pierre qui a vendangé en Novembre ! « Nous n’avions pas vu le soleil depuis des mois quand il est enfin arrivé le 26 Août » ! Le 2010 de la même cuvée (45 €) est d’une belle présence : majestueux en bouche, il a en réserve des tannins joliment fondus, une bonne structure grâce à une fraîcheur naturelle qui lui confère une sacrée prestance. On devine que les racines profitent à fond de la roche !

Photo©MichelSmith

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Les raisins sont triés sévèrement par une machine qui enlève les grains secs « et qui m’a coûté le prix d’une Mercedes » ! Ils sont éraflés mais non foulés, directement mis en barriques pour fermenter. Le pressurage est effectué à l’aide d’une vieille presse verticale. À partir de raisins issus de vignes jugées « exceptionnelles », Pierre compte vinifier une autre cuvée qui s’appellera Héritage. Tirage envisagé : 5 à 6.000 bouteilles, autant que pour la 1901.

Michel Smith


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Bourgueil vertical tasting: 100 overshadows 1893!

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Bourgueil: 1947 to 1893

The September 2013 issue of Decanter magazine included my article on the ageing qualities of Loire Cabernet Franc, which was based in part by the remarkable tasting that Les 5 du Vin had enjoyed in the cellars of Lamé Delisle Boucard in early June 2012.

Decanter is always published at least a month in advance, so the September edition came out in late July when France was on holiday. It was only after La Rentrée that it was picked up in the Loire and, especially in Bourgueil.

I suppose I should not have ben surprised that it was the score of 100 points given to the 1893 Bourgueil from Lamé that made the news. Decanter has recently changed their policy to require points up to 100 to be awarded to wines cited in articles. Philippe Boucard of Lamé Delisle Boucard was contacted and interviewed by La Nouvelle République and Radio France Bleu.

Although when I take part in judging at wine competitions I use marks as I’m required to do, I prefer to avoid using marks and certainly never use them on Les 5 du Vin or Jim’s Loire. I have always found marks pretty meaningless – difficult to shoehorn a wine’s intrinsic qualities into a set of marks even before you consider the circumstances and ambiance, when it was drunk.

Although I’m delighted that the  ‘perfect score’ caught the media’s attention, I would have much preferred that it was the mythical bottle from 1893 that captured the attention in its own right rather than I gave it 100 points. It was an extraordinary occasion to climax an amazing tasting with a wine of 120, still in possession of its faculties.

The wine yes but more than that – a reflection on all the events that had taken place in Bourgueil, France and the world during that intervening period. A 100-points doesn’t start to cover that. It is entirely inadequate. It makes no more sense than noting railway engine numbers.

It would be good to think that the wine world and wine enthusiasts will one day overcome the addiction to scores – to hurl away the numerical crutch or at least take it down to the nearest charity shop.

1 Corinthians 13:11 sums it up perfectly: ‘When I was a child, I spoke like a child, I thought like a child, I reasoned like a child. When I became a man, I gave up childish ways.’

J-ElvisCUss


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Autumn approaches as does Bourgueillotherapie

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2012 The crowd outside the Café de la Promenade watching the auction of the art works produced during Bourgueillotherapie.

As summer gives way to autumn thoughts turn to the forthcoming vintage. For those regions and producers who have escaped the severe hailstorms, prospects for 2013 in Northern Europe have very considerably improved since the end of June.

To date 2013 has certainly been a game of two halves. The long cold spring led to one of the latest flowerings for many years with the floraison not complete in regions like Champagne until early July. Since then the weather has changed around with long periods of fine weather during July and August.

Stats from the weather station at Tours show that rainfall in July and August was well below average, while both temperatures and hours of sunshine in July 2013 were well above average. This pattern largely continued into August with plentiful hours of sunshine, although average temperatures were close to the norm. Fortunately hours of sunshine are much more beneficial than high temperatures, which will tend to reduce acidity as well as pusshing up sugar levels to quickly, leaving true ripeness lagging behind.

Despite a more favourable July and August, the vintage in Bourgueil is unlikley to start until October, so that means that producers can enjoy the annual Bourgueillotherapie – mix of wine and artistry – without distraction. The event is organised by the Café de la Promenade in Bourgueil and this year there will be two of Les 5 present – David Cobbold and myself.

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Ludo Ragot holds up painting to be auctioned

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Catherine Breton painting created using Cabernet Franc.

 jimbuddv

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