Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Laurent Brusset, un personnage !

Laurent Brusset est vigneron à Cairanne. Et même, un excellent vigneron, que ce soit à Cairanne, à Gigondas ou en Côtes du Rhône.

Une vieille histoire

Avec Laurent, ça fait bien longtemps qu’on se connaît. Pourtant, il nous a fallu presque autant de temps pour nous tutoyer. Ce n’est pas important, mais cela montre toutefois la réserve de l’homme, sa générosité discrète, sa politesse aussi. Là, c’est fait, on se tutoie, mais ça ne change rien à nos rapports. De très courtois, ils sont passés à encore plus courtois, ou peut-être s’est-il glissé un je-ne-sais-quoi de plus intime, de plus rapproché.

Par contre, ses vins, c’est tout l’inverse, du moins dans l’approche. Ils se donnent facilement, offrent leur fruit sans réserve, nous cajolent avec douceur et suavité, nous plaisent par leur fraîcheur.

Si on en reste-là, on est tout simplement conquis.

Mais, SIMPLEMENT, ce n’est pas assez !

Il nous faut poursuivre l’exercice et jauger la structure des cuvées, puis leur profondeur qui va de pair avec leur complexité.

On peut commencer par un Côtes du Rhône; déjà, à ce stade le vin possède suffisamment de gouaille et d’esprit pour nous en mettre plein la bouche et séduire notre âme.

Le voilà

Comme le Laurent B. 2016 Côtes du Rhône qui se pare de grenat pourpre, séduisant l’œil avant de nous proposer ses fruits mâtinés de senteurs de garrigue. Un mélange de cassis, de prunelle, de groseille, de mûre qui maculent les feuilles froissées des cades, thyms et genévriers. La bouche plaît tout de go par son ampleur. Quant à la fraîcheur, c’est celle du fruit tissé de tanins qui rend sa chair plus croquante. Grenache, Syrah, Carignan, Mourvèdre en cuve pendant 6 mois.

Je bois ce rouge fruité à l’apéro, il remplace aisément les bulles, et se complaît avec les amuse-bouche. Je le garde pour la suite où il renforce la saveur des légumes et des viandes grillées.

Doué ?

Il faut reconnaître que ce garçon est doué, il réussit ses blancs comme ses rouges. Les Travers 2016 Cairanne, une cuvée qui hume l’anis et la poire confite, le genêt et le citron vert, avec une pincée de poivre pour la note épicée. La bouche onctueuse presque grasse mais sans lourdeur se rafraîchit d’agrumes, du jus acidulé des groseilles blanches, puis se tend encore grâce à son assise minérale.

Assemblage de Roussanne, Viognier, Grenache blanc et Clairette élevés 18 mois en fûts sur lies fines.

Ce blanc est taillé pour les coquillages, les asperges, la terrine de lapereau, les chèvres frais… pour citer ce qui vient à l’esprit dès la première gorgée.

Et 2016 ?

Laurent semble très content du millésime : « Voilà un millésime de rêve pour un vigneron qui n’avait jamais vu de tels équilibres depuis 28 vinifications. Les blancs sont très fruités avec des notes minérales, les équilibres alcool-acidité sont de rêve avec d’excellents pH. Les rouges également, avec néanmoins un niveau d’alcool plus élevé qu’en 2015 (en moyenne 0,5 % vol supérieur), pondéré par un support acide. Les tanins sont présents mais veloutés avec une rétro-olfaction légèrement boisée due aux pépins très mûrs ». Que demander de plus…

Pas que du Cairanne

Laurent fait encore des Gigondas à la fois élégants et racés, des Cairanne rouges, bien entendu, et quelques autres vins d’autres appellations. Et depuis peu, il élabore un Rasteau sur 3 ha achetés en 2012. La cuvée s’appelle La Bastide. Elle assemble Grenache et Mourvèdre, s’élève pendant 10 mois en cuve et en fûts.

La Bastide 2015 transcende le millésime et plaît d’emblée à nos palais assoiffés de fruits et de complexité bien entendu…

Rubis sombre, une corolle de lis qui s’envole, l’ombre projeté du poivre, le parfum sucré des baies noires, les tanins fins, serrés en un taffetas élégant, séduisent la bouche, résonance mat d’un minéral très présent, structure assise, ferme et puissante, vivifiée par une fraîcheur presque intense qui s’accroît sur la longueur.

Avec ce rouge de transition entre l’été et l’automne, je propose la légèreté du gibier à plume. Et quelques temps plus tard, les premiers plats mijotés. Mais ne dédaignons pas les carpaccios ou les escalopes de veau à la milanaise.

Le domaine

 

L’entité a grandi au hasard des opportunités et compte aujourd’hui plus de 80 ha. Elle fut créée par André Brusset en 1910, le grand-père de Laurent, qui l’a transmis à son fils Daniel. Laurent rejoint le domaine en 1989 et dirige la société depuis 2008. Voilà trois générations que la famille nous offre des vins qu’on a tout simplement envie de boire ou de déguster et certainement d’en parler.

Et quand Laurent nous présente sa cuvée en hommage à son papy, Hervé, qui était présent n’a pu s’empêcher de faire une remarque sans doute d’amusante, mais pas tout de suite – il faut suivre les circonvolutions tortueuses de cet esprit brillant, certes, mais pas toujours convaincant, du moins dans les premier instants. Laurent est passé de la stupeur à l’éclat de rire…

La cuvée pour André, mon grand-père

Quoi, l’étiquette ?

Qu’est-ce qu’il dit ?

Il est sérieux ?

Et comme Hervé s’esclaffe, c’est communicatif… 

Le pire, c’est que je ne me rappelle plus du jus d’esprit de ce matin-là

www.domainebrusset.fr

Ciao

 

Marco


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Bruno et Vincent Delubac, à Cairanne

Les frères Delubac illustrent bien l’évolution intervenue à Cairanne en quelques décennies. Et plus généralement, dans le vignoble français.

Ce sont leurs parents qui ont démarré l’activité viticole, en 1956, après que le gel eut décimé les oliviers. Arrivés aux manettes du domaine, comme beaucoup d’autres, les deux frères ont d’abord cherché à faire des vins puissants, opulents, impressionnants » ; c’était la mode. Et puis, comme dit Vincent, le plus jeune et le plus bavard des deux: «Quand on débute, on veut imprimer sa marque, on veut se  faire une place au soleil».

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Une des vignes des frères Delubac, à Cairanne (Photo H. Lalau)

C’était aussi leur époque Syrah, ce cépage qu’on présentait alors comme tellement améliorateur ; aujourd’hui, ils sont revenus à plus de mesure ; au bon vieux Grenache du Rhône Méridional, et surtout au Mourvèdre « qui doit avoir les pieds dans l’eau et la tête au soleil », sans oublier leurs chers Carignans. Et à des vins plus délicats. Ses modèles, Vincent les cherche, non plus tellement à Châteauneuf-du-Pape, mais plutôt en Bourgogne.

Le domaine compte 30 hectares, dont 26 à Cairanne – le Village vient d’accéder au statut de cru à part entière, il s’est doté de quelques règles draconiennes (notamment l’interdiction de la vendange à la machine, tout comme Châteauneuf) ; et aidés qu’ils sont par deux beaux millésimes (2015 et 2016) les vignerons semblent décidés à tout faire pour justifier cette promotion.

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Le vin qui illustre ce propos date cependant d’avant cette reconnaissance, puisqu’il s’agit d’un 2012, la cuvée Les Bruneau.

Un bien beau panier de fruits frais (prunelle, cerise, guigne), enveloppés de fumé ; en bouche, une grande fraîcheur, un côté presque ferrugineux. Ce vin ample présente assez de concentration pour ne pas paraître fluet, et assez de finesse pour ne pas paraître monolithique. La quadrature du Cairanne ? Mais qu’est-ce donc qu’un Cairanne? «L’élégance», à ce qu’on dit. Mais dans ce cas précis, l’élégance est assez robuste, dynamique et gorgée de soleil. Ce qui n’a rien de contradictoire.

Le seul vrai paradoxe, c’est que le mot ubac désigne le côté ombré d’une vallée…

Pour les amateurs de chiffres, cette cuvée assemble plus ou moins 50% de Grenache, 25% de Syrah, 15% de Mourvèdre et 10% de Carignan (avec quelques variations selon le millésime).

Sur place, j’ai aussi pu déguster une première cuvée de syrah 2016 qui sera versée à l’assemblage. C’est croquant, sanguin, plein d’allant. Très prometteur !

Hervé Lalau

 

 

 


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#Carignan Story # 179 : C’est bio et ça vient du côté de Rasteau !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

C’est bio, c’est Vin de France, c’est Carignan, c’est 2012, ça coûte 6,50 € départ cave pour un particulier et ça vient du Domaine Wilfried, si vous préférez ou, pour les gens du pays, de la cave Émile Charavin-Pouzoulas avec des vignes réparties entre Rasteau et Cairanne, 36 ha en totalité. C’est la toute modeste notoriété de ma rubrique – et l’entremise d’une charmante égérie du Grenache connue sur la toile sous son nom de guerre de « Marlène Fan de Grenache » – qui a fait que Réjane et Wilfied Pouzoulas m’ont adressé un échantillon de leur nouveau « Vin de copains, 100% Carignan à déguster légèrement rafraîchi ». Bien leur en a pris.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Sitôt dit, sitôt fait, le vin est mis au frigo, comme la plupart de « mes » carignans, d’ailleurs, puis il est dégusté sur le coup de midi quand l’estomac ne crie pas encore famine. Verdict. Le côté végétal apparaît au nez, mais cela me semble normal, au regard de la température. Une fois bien installé en bouche, le vin livre de simples notes de garrigue, de réglisse et de fruits cuits. On a la satisfaction de ressentir un élan de fraîcheur en finale, mais le vin reste drapé dans sa simplicité, avec juste ce qu’il faut d’amitié et de complicité. Et une pointe d’amertume en finale probablement due soit à une vendange mécanique ou à un éraflage partiel.

Quoiqu’il en soit, plusieurs heures de frigo après, comme c’est souvent le cas avec le Carignan, si la longueur reste toujours modeste,  l’amertume, elle, s’est volatilisée : le vin se fait plus ferme, plus dense et c’est le fruit qui revient à la charge. Bref, à ce prix là, je suis client tout en restant persuadé qu’une garde n’est pas envisageable. Sachant d’où ça vient, je le boirais sur des tians ou, pourquoi pas, sur un lapin aux olives.

Michel Smith


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Le Clos des Mourres, c’est pas des salades !

Côtes du Rhône néo vignerons 105

La mourre est une sorte de pissenlit qui apparaît après les premières gelées et qu’on mange en salade avec des pommes de terre. Mais au Clos, pas de salade, ni de patates, avant le dîner du soir. Le tout nouveau domaine vient de tripler sa superficie, pas le temps de glander.

 assiettes de mourres, pdt et pinets (2)

Un rêve réalisé

«Mon mari en rêvait. Depuis tout petit, la vigne ça le turlupine. Enfant, il suivait son grand-père, montait sur le tracteur, aidait à la vendange. Courir dans la nature lui en a inculqué le respect. En 2007, il s’est décidé, mais il lui a fallu attendre 2009 pour récupérer 1 ha à Saint Roman de Malegarde, puis encore 4 ha dans la foulée vers le Col du Débat sur le versant nord-ouest de Cairanne» raconte Ingrid Bouchet.

De son côté, Ingrid avait dans sa famille une propriété laissée en fermage par ses parents. Un bel ensemble de 10 ha au Plan sur la commune de Vaison-la-Romaine, mais sur l’autre rive de l’Ouvèze, vers Roaix. Pas facile à trouver.

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Boulot, boulot…

En janvier 2012, le fermage se termine et les Bouchet, Ingrid et Jean-Philippe, décident de reprendre le tout «passer de 5 ha à 17 ha, nous avons encore récupéré 1 ha à Vacqueyras, ça fait un surcroit de boulot qui a été très difficile à gérer. D’autant plus qu’on a dû faire construire une extension pour pouvoir vinifier» explique Ingrid. De plus, les vignes sont conduites en mode biodynamique «on travaille en biodynamie sur Cairanne, cela nous semblait évident, cela fait partie de notre philosophie, comme manger bon, boire bon. Du coup, cette première année de reprise, nous sommes tout de suite passés en conversion pour le vignoble qui entoure la maison» confie Ingrid.

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Jean-Philippe n’est pas muet, mais la visite se passait durant les vendanges… Après une balade dans les vignes de Vaison, nous l’avons rejoint dans la nouvelle cave, dégusté quelques cuves, assisté à l’arrivée de la dernière récolte du jour, avant d’ouvrir quelques flacons sur la terrasse ensoleillée de cette fin d’été.

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De 2 à 5 cuvées

Jusqu’en 2011 le Clos des Mourres proposait un Côtes du Rhône Villages et un Cairanne, basta !

Deux révélations, du moins pour moi, des Découvertes 2011 (celles-ci auront lieu cette année eu lundi 11 mars au jeudi 14 mars, www.decouvertes-vins-rhone.com ).

Avec la nouvelle partie, trois cuvées se sont ajoutées. Juste un essai 2011a été dégusté, je passerai les voir à Avignon en mars pour connaître la suite de l’aventure…

Le Vacqueyras reste en gestation.

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Clos des Mourres 2011 Côtes du Rhône Villages

Rubis violet, il teinte son nez de fruits rouges et noirs, y ajoute un trait de cacao, s’épice de poivre. La bouche à la fois élégante et gourmande plaît tout de go, ce qui peut paraître paradoxal, pas qu’elle plaise, mais l’écart intellectuel entre élégance et gourmandise, c’est pourtant top et cela s’explique ici par la maturité précise des raisins. Paramètre essentiel qui a conduit à cet agréable équilibre. Croquant, fraîcheur, structure ferme, tanins à la rusticité délicate de la soie sauvage, on en boirait…

Les Grenache, Syrah et un rien de Carignan, vendangés manuellement, de moins en moins égrappés au fil des années, macèrent pas trop longtemps et sont élevés en cuve béton. Un poil de SO2 est ajouté à la mise pour que David daigne y plonger le nez, en boire une gorgée…

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Clos des Mourres 2011 Côtes du Rhône Villages Cairanne

Il coule tendrement carmin pourpre dans le hanap cristalline, teintant les parois du contenant de ses tons violacé, il est rouge comme le fruit qui s’en exhale, mélange de baies qui telle une corne d’abondance remplissent la corbeille, envoûtent le nez par ses fragrances délicates parfumées de fraise, de cerise et d’arbouse. Bouquet fruité qui se pare d’une feuille de laurier, s’orne d’une ramure de sauge.

La bouche répond à nos attentes, fraîche, soutenue par une assise minérale, elle dessine avec précision les fruits sentis, accentue leur contour par un trait de réglisse, les ombre de cacao. Le grain fin des tanins vient enrober chaque arome et donne aux papilles une impression supplémentaire de relief. On en boirait encore plus…

Issu des mêmes sols, les vignes sont ici plus âgées et les Syrah passent en partie en ½ muids.

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La première cuvée issue des vignes autour de la maison à Le Plan.

Elle répond au nom curieux de NoVice, no comment.

NoVice 2011 Côtes du Rhône

Certes bien différent, on passe d’un sol calcaire d’altitude (250 m) à un sable légèrement argileux. La robe plus claire, le nez floral bien poivré évoque la feuille de tomate, le réséda. Les tanins souples enveloppent avec doigté le fruit qui avoue un léger caractère végétal rapidement oublié grâce au volume fruité. Un vin bien sympa à ouvrir une petite heure avant l’arrivée des copains.

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http://closdesmourres.fr

Ciao

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Marc


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Le point «culminant» du Plan de Dieu

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C’est le point «culminant» du Plan de Dieu… et ce sont aussi les parcelles les plus au Sud de l’entité géologique. Sur cette curieuse élévation de terrain, la Ferme Saint Antonin. Elle a donné son nom au domaine de Jean-Pierre Allemand, grand de 15 ha autour de la ferme et de 20 ha supplémentaires autour d’une autre ferme plantée au milieu d’un monticule moins élevé. Il faudra que Georges m’explique quel phénomène a produit ces reliefs inattendus.

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Le Plan de Dieu

Perché sur les hauteurs de Cairanne, le Plan de Dieu se distingue presque dans son entièreté. Grand quadrilatère, il s’incline vers le sud sud-ouest et varie son altitude de 150 m au piémont de Rasteau et Cairanne à 80 m à l’entrée de la plaine de Camaret-Jonquières. Deux rivières le bordent, l’Aigues à l’ouest et l’Ouvèze à l’est.

Aujourd’hui, le Plan de Dieu étale ses cailloux plantés de vignes à perte de vue, jadis, il fallait recommander son âme à Dieu avant de traverser l’épaisse forêt infestée de brigands.

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La géologie

Une masse importante de galets roulés recouvre d’une épaisseur de 10 à 15 m les argiles du Pliocène et les sables grésifiés du Miocène. Ils furent déposés là par l’action conjuguée des deux rivières durant la glaciation de Riss, il y a 250.000 ans. Les dépôts plus sableux de L’Ouvèze s’entrecroisent avec ceux plus argileux de l’Aigues. Le cailloutis calcaire est omniprésent et passe de 50% de la masse à 85% au-delà de 60 cm de profondeur. Sol et sous-sol offrent une bonne réponse hydrique à la vigne, meilleure toutefois au sein des matrices argileuses qui propagent mieux l’eau capillaire. Bon drainage, en cas de fortes pluies, et rétention hydrique, durant la sécheresse, régulent les apports. Et donne à ce paysage à 88% viticole, sans maison et avec à peine trois arbres sur le caillou, une fausse impression de terrain sec, surchauffé de soleil. Les hommes y souffrent plus que la vigne.

Les vins

38 km²  plantés sur les 44 km² disponibles donnent un volume de production important. La petite mer de vignes au pied des Dentelles calle son volume de production entre ceux de Cairanne et de Rasteau.

Solaire et généreux, les vins y possèdent volume et ampleur, plein de fruits le plus souvent rouges, des épices et des notes de garrigue, suffisamment de fraîcheur pour équilibrer les titres alcooliques et bien assez de gras pour enrober les charges tanniques modérées. Des vins en rondeur comme une poitrine généreuse.

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La Ferme Saint Antonin

«Je suis atypique par rapport à l’AOC, j’ai plus de Mourvèdre que les autres» nous dit tout de go Jean-Pierre. Ses vignes sont en production raisonnée depuis 2000. Mais au départ, il pratiquait la polyculture, puis s’est orienté vers le maraîchage, pour enfin se consacrer essentiellement à la vigne. Tout d’abord viticulteur, il portait ses raisins au Cellier des Princes. Il en fut même président pendant 10 ans. «J’ai quitté le Celliers en 2006, il y a eu un changement de politique à la cave auquel je n’adhérais pas, cela m’a décidé» confie J-P. Depuis, c’est à la Maison Lavau, à Violes, qu’il vinifie, «je compte vinifier bientôt une partie de la gamme chez moi, cela me donnera plus de souplesse, comme j’exporte 80% de ma production, le reste se vend chez les cavistes» explique Jean-Pierre. La ferme serait toute indiquée pour y placer un chai de vinification, au milieu des vignes et d’accès facile. Mais voilà, y loge l’âme la plus âgée du coin, elle est née là à l’aube du siècle dernier et Jean-Pierre n’imagine même pas un instant son déplacement. Bon pied bon œil, nous étions heureux de la voir tenir fermement son chien qui nous montrait les dents quand on l’a croisée au retour du champ.

Un homme qui a du cœur et qui parfois s’interroge sur le Plan de Dieu, cette grande entité qui a le statut d’un Côtes du Rhône Villages avec nom de Commune, «je trouve qu’il y a une qualité assez homogène sur tout le Plan de Dieu, mais il y a parfois des vins vendus à des prix qui me désolent. Il faut croire en son produit, ça évite de le brader» affirme Jean-Pierre.

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Le domaine produit 6 vins

Du Vin de France à l’AOP Plan de Dieu.

Le blanc pour se mettre en bouche, Côté Jardin 2011 fait de Clairette et de Chardonnay, écrit Vin de Pays du Vaucluse sur l’étiquette.

Un vin minéral (on n’ose presque plus le dire), élégant, tendu et fruité qui associe la maturité en rondeur du Chardonnay à la fraîcheur acide de la Clairette. Un blanc sec, facile à boire.

On passe aux rouges, le Côtes du Rhône 2010 en premier, la robe foncée, des confitures de fruits noirs relevées de cumin et de fenugrec au nez, croquant et frais en bouche, les tanins soyeux, le voilà joyeux, content de nous plaire, heureux de son équilibre, sans lourdeur ni excès d’alcool, la longueur sur les épices, la garrigue. Un vin de belle soif qui a la gourmandise des Grenache élevés en cuve, encadrés de Carignan et de Syrah.

Suit le rouge Le Bois Julien 2010 Côtes du Rhône made for USA, boisé, une majorité de Syrah, il s’exprime en notes vanillées avec des accents de liqueurs de cassis, de pétales de lis, il n’a pas la fraîcheur espiègle du précédent.

On repasse au Vin de Pays de Méditerranée Côté Cour 2010 qui mélange Grenache, Syrah, Marselan, Carignan et Cabernet Sauvignon. Un mixte de cépages qui se transcrit par une grande fraîcheur et beaucoup de caractère. Il fait facilement oublier le boisé du Bois Julien et s’impose en bouche par une présence impressionnante. Droit, très garrigue, avec un rien de carbonique pour encore affûter la vivacité, il offre son fruit à qui l’apprivoise.

Le Plan de Dieu 2010  pour terminer

Grenat foncé pour la robe, garrigue au nez, la constante Plan de dieu, des épices, des gelées de fruits. Mais c’est en bouche qu’il se révèle vraiment, bien caractéristique des belles productions du Plan, à la fois structuré et aimable, il a le tanin rond et fin, une fraîcheur qui met en évidence le développement fruité épicé, une finale sur la garrigue, encore elle, mais on ne s’en lasse pas, elle nous entraîne loin au milieu des bouquets de thym et de sauge, d’arbousier et de cade, l’amertume de ce dernier laisse longtemps son parfum, pareil à un trait de réglisse. C’est bon, c’est plein, c’est riche. Ici, le Grenache lâche du lest et partage la bouteille avec 30% de Mourvèdre et 20% de Carignan.

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Georges, si tu m’as lu, te connaissant, tu as eu le temps de cogiter et de trouver l’explication de cette curieuse élévation de terrain. D’elle, comme d’un piédestal, on domine de quelques mètres l’étendue vert gris clair du Plan, au loin les Dentelles, le Ventoux, et la route qui mène au prochain rendez-vous.

Côtes du Rhône néo vignerons 074

Jean-Pierre et Josy Allemand, chemin des Chèvres 84150 Jonquieres
+33 490 70 30 71  crescendo.vins@orange.fr

Ciao

Marc