Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 277 : Blanc, encore… et en route pour le C Day

En cette veille de Carignan Day (demain lundi, dès l’aube…) journée initiée par l’Association Carignan Renaissance que je vous invite à rejoindre soit à Montpellier, soit chez vous, restons encore sur le Carignan blanc, si vous le voulez bien, lui qui, presque en catimini, un peu à la sauvette, mais avec allant et brio, constitue l’ossature de bien des grands vins blancs du Roussillon et du Languedoc à l’image de ce Mas Jullien 2011 que j’évoquais dans un précédent papier. Quittons donc le Roussillon pour ce cœur du Languedoc, le très volcanique et fertile secteur de Nizas/Pézenas/Caux, où sévissent deux carignanistes convaincus et vignerons talentueux habitués de ces lignes, Daniel Lecomte des Floris et Philippe Richy.

Photo©MichelSmith

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Revenons donc sur le Carignan blanc de Deborah et Peter Core, autres acteurs incontournables et grands interprètes du Mas Gabriel, dans le même secteur, à Caux plus précisément. C’est un heureux hasard qui fait que ce blanc, lui aussi, évoque les papillons. Je ne vais pas deviser sur les mérites de leur formidable rosé (de Carignan) déjà évoqué en début d’année dans cette même rubrique parmi mes découvertes de Millésime Bio, pour la simple et bonne raison, comme je le pressentais précédemment, qu’il est aujourd’hui épuisé et que, même en payant plus cher, vous n’en auriez point. Fallait m’écouter ! Non, si je reviens sur cette petite mais efficace propriété du Mas Gabriel, c’est que je viens de goûter leur blanc qui n’était pas encore en bouteille cet hiver, mais qui déjà donnait des signes de belle tenue.

Photo©MichelSmith

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Autant le dire sans attendre, ce n’est pas un pur cent pour cent Carignan puisqu’il est associé à 20 % de Vermentino (ou Rolle), mais ce mariage entre une matière droite, noble et tranchante, avec un jus frétillant, frais et charnu, donne un résultat dont on se souviendra. En ce moment, en cette saison devrais-je dire où le poisson s’affiche volontiers, c’est un vin superbe que l’on peut se procurer à 14 € départ. Ce serait vraiment dommage de passer à côté, d’autant qu’à mon avis, il nous réserve encore des surprises pour les années à venir.

Michel Smith


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#Carignan Story # 276 : le blanc qui papillonne

Du blanc, enfin du blanc ! Du blanc pour rappeler que notre cher Carignan n’est pas que rouge ou rosé. Du blanc pour saisir au vol l’impact que peut avoir sur la dégustation non aveugle le nom d’une cuvée accolé sur une étiquette de vin. Du blanc bu chaud aussi, enfin à température ambiante (22°), pour changer et montrer que le blanc n’est pas nécessairement l’ami de la glace. En prenant le pouls du nez de cet Effet papillon bien de chez nous (il en existe un autre à Savennières, si ma mémoire ne me trahit pas), bouteille apportée sur ma table par Mireille, que je remercie au passage, j’ai senti comme un battement d’ailes, un léger papillonnage d’effluves monter du verre : il y avait des notes épicées douces et profondes, des miettes granitiques broyées réduites en poussières, du schiste rouillé comme brûlé par le temps, du fumé et de la fumée de sarments, de l’écorce de cédrat et du zeste de citron, enfin que des choses sérieuses, bonnes, apaisantes et stimulantes à la fois. Un vin naturel, en somme, un vrai vrai, comme je les aime.

Photo©MichelSmith

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Bien entendu ce blanc 2014 brandit l’étendard Côtes Catalanes, certainement l’IGP qui rassemble le plus de vins de Carignan sous sa bannière. Cela ne me surprend pas car, en plus d’être montagne, ce vin est mer. Mer et montagne, donc bien Catalan, typique du Roussillon devrais-je dire. Aucun dépaysement pour moi ! En bouche, toujours à la même température, je le sens chaud, c’est vrai, mais sec, bien droit, massif comme le roc des Albères, tendre, friable et salin comme le sable d’Argelès, collant comme l’huile des plantes de la proche garrigue. Pourtant, s’il est bien de montagne, ce n’est pas des Albères qu’il vient, mais d’une montagne voisine elle aussi schisteuse, celle du Haut-Fenouillèdes, comme le stipule la contre-étiquette apposée par Marjorie et Stéphane Gallet du Domaine du Roc des Anges. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, le domaine des Gallet, à 30 ou 40 km de Perpignan, se trouve non loin du lieu où la rivière Maury va rejoindre son fleuve, l’Agly, aux portes de Corbières et de l’Aude. Le Roc des Anges est aussi connu pour son magistral Carignan rouge, le 1903 plus d’une fois décrit ici. Je crois savoir, sans en avoir la certitude, que ce vin est issu de vins achetés en altitude (autour de 400 m), du côté de Saint-Paul-de-Fenouillet où le raisin mûrit dans la journée et profite à fond des nuits fraîches pour se ressaisir.

Photo©MichelSmith

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Cap vers l’ouest donc,  le long de la RD 117 qui mène vers Foix en traversant le Fenouillèdes. On ne le croirait pas comme ça, mais ce modeste ruban inauguré en 1824 sur le tracé d’une voie romaine n’est autre que l’ancienne Nationale reliant, côté français, la Catalogne au Pays Basque. Etymologiquement, nous sommes bien plus dans le pays des foins que dans celui du fenouil, même si cette plante ne manque pas dans les parages. Au passage, pour en finir avec un détail qui a tout de même son importance, notons que les gens du cru disent le (la pour certains) FenouillèdesFenolleda, Frenolheda ou Fenolhedes en occitan – pour désigner ce petit territoire pyrénéen qui fut un temps catalan (fenollet ou fenolhet dans cette langue) puisqu’il dépendait, avant le traité de Corbeil (1258), des comtés de Cerdagne et de Besalu. En réalité, des linguistes ont démontré depuis que dans le Fenouillèdes on utilisait presqu’autant de mots catalans qu’occitans. Pour éviter le risque d’une énième polémique linguistique, disons simplement que le Fenouillèdes est une région de moyenne montagne des Pyrénées-Orientales et de l’Aude où l’on parle un peu plus occitan que catalan en se servant toutefois de plus en plus de la langue française…

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Mais revenons à nos papillons. Aucune puissance exagérée malgré la chaleur de la matière qui papillonne en bouche. Au contraire, si l’on ne sent pas du tout d’excès d’alcool, on a quelque chose d’alerte, de rythmé, le tout dans un joli sens de l’équilibre ponctué de savoureuses notes salines.

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Et d’en revenir ainsi à la mer. C’est presque automatique, mais je repense à ces « oreilles » de denti, un fameux poisson de nos côtes si joliment préparé l’autre jour par Carlos Orta Cimas, le chef de mon restaurant favori Villa Mas où j’étais invité par mon ami carignaniste Philippe Modat. J’ai la conviction que ce blanc légèrement fumé, sauvage et minéral collerait à la chair fine de ce poisson tant apprécié des pêcheurs.

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Par acquis de conscience, j’ai revu L’effet papillon à une température beaucoup plus normale pour un blanc après un certain temps passé au réfrigérateur. Le nez est sur la finesse, la bouche délicate, subtile qui vire plus sur l’agrume en finale. L’idéal serait donc de le saisir à une température intermédiaire afin de vibrer à l’unisson et de ressentir les fameux battements d’aile que tout enfant de la campagne a connu au moins une fois dans sa vie en capturant l’insecte dans le creux de ses mains pour épater les autres. C’est ainsi que je propose de le cueillir à 16°, température qui convient parfaitement au Carignan rouge soit dit en passant, surtout en été.

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Stéphane et Marjorie Gallet. Photo©MichelSmith

Le nouveau blanc de Marjorie et Stéphane ne manque pas de succès et je ne serais pas surpris qu’il disparaisse vite des rayonnages de nos cavistes. Chez moi, aux Caves Maillol on m’a assuré qu’ils étaient sur le point d’en recevoir une deuxième fournée. Prix de vente : 10,50 €. Si j’étais vous, j’irais faire le plein sur le champ ! Les poissons de l’été vous remercieront et vous contribuerez, qui sait, grâce à cette belle étiquette, à faire revoler de plus belle ces insectes ailés qui, je ne sais pas pour vous, ont tendance à disparaître dans nos campagnes.

Michel Smith


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#Carignan # 194 : à Bellegarde, il n’y a pas que la Clairette.

Bon, je n’ai rien contre la belle Clairette du Midi, celle du Languedoc qui brille dans les assemblages à Châteauneuf-du-Pape. Encore moins contre celle de Bellegarde, mais comme mon sujet est le Carignan, j’men vais vous causer d’un petit ovni à base de Carignan blanc.Vous le savez peut-être, en la matière mon préféré reste de loin celui du Domaine Lecomte des Floris, « Lune Rousse », dont je vous chanterais les louanges bientôt, pour peu que je mette de l’ordre dans mes carnets de dégustations. Eh bien, ce petit dernier, celui du Clos des Boutes, à Bellegarde (Gard), se pose en challenger. Il est l’œuvre de Sylvain Boutée, modeste vigneron qui, avec 8 ha en bio (depuis 2007), régale son monde avec des Costières bien axés sur le fruit, une inévitable Clairette et, en Pays du Gard, un Carignan blanc de toute beauté !

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Le 2011 peut paraître assez sobre de prime abord, mais en réalité, il sautille de joie une fois bien installé en bouche. Pour faire bien, on dirait qu’il a un « touché » remarquable tant il est dense, riche, droit et structuré. Je le verrais bien sur une terrine de lapin ou une fricassée de champignons des prés préparée avec un peu de crème fraîche. Son auteur me dit qu’il existe aussi un Carignan noir qu’à mon grand regret il n’a pu me faire goûter. Toujours est-il que ce vin, comme presque tous les autres de la cave, est commercialisé autour de 16 euros pour le particulier ce qui, lorsque l’on travaille sur des rendements plutôt bas, comme la plupart des bons vignerons du Sud, me semble raisonnable. Pour joindre le vigneron, essayez le téléphone : 04 66 20 00 36 ou 06 03 41 15 49. Ou encore votre bon vieux clavier : closdesboutes@yahoo.fr.

Michel Smith

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