Les 5 du Vin

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#Carignan Story # 271 : Le loup farceur de Berlou

Autant vous l’avouer : entre la Toscane et la Catalogne, la route est buissonnière car assez longue, et j’avoue franchement ne pas avoir pris le temps de vous préparer un nouveau Carignan Story. Résultat, juste avant de partir de Siena, je viens de sortir du placard à archives le quatrième épisode de ma rubrique dominicale : il a un peu plus de 5 ans et si j’ai un peu modifié le début, ajouter des prix et corrigé certaines horreurs, j’ai laissé le reste tel quel, dans le même tonneau, si j’ose dire ainsi.

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Ce Carignan-là, on le trouve sur les coteaux de schistes, à l’ombre du massif du Caroux, pile au nord de Béziers et plus précisément dans un village cul-de-sac d’à peine 200 et quelques âmes nommé Berlou, le tout au cœur du Parc Régional du Haut-Languedoc, dans la vallée du Rieu Berlou, à moins de 10 km de Saint-Chinian responsable du nom de l’appellation locale. Un peu plus haut vers le nord, il fait plus frais et l’on peut dire ciao à l’influence méditerranéenne ! Sur le blason de la commune, j’ai vu un chêne d’un côté et de l’autre un loup tenant une grappe de raisin rouge dans sa patte. Se prendrait-il pour un sanglier ?  S’agit-il d’une grappe de Carignan, cépage qui se plaît si bien dans cette contrée ? Est-ce la véritable origine du nom de Berlou ? Le mystère demeure que ne manquera pas d’éclaircir notre vigneron lors d’une prochaine rencontre.

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Ici, la garrigue est reine et c’est précisément dans ce maquis que la vigne tente de se frayer un chemin depuis plusieurs générations grâce au labeur des paysans-vignerons. Parmi les aventuriers ayant posé leurs sacs en ce coin reculé du Languedoc, Jean-Marie Rimbert est une sorte de figure héroïque. C’est simple : avant on avait entendu parlé du Loup de Wall Street, maintenant il faudra compter sur le Loup de Berlou ! Grand, pour ne pas dire immense, massif, la voix caverneuse et l’accent rocailleux gentiment teinté de provençal, le jeu de mots fréquent, la blague aussi, subtil et jovial, aussi allumé qu’illuminé, le bonhomme a débarqué de son Ventoux natal en 1996. Avec une devise bien à lui, puisque dès le départ, il se dit « croqueur de plaisir plus que buveur de temps ».

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Le Domaine Rimbert qu’il dirige avec Isabelle, couvre aujourd’hui près de 30 ha partagés en une quarantaine de parcelles ici appelées « travers ». Une grande diversité s’offre au vigneron qui peut ainsi s’en donner à cœur-joie en vinifiant plusieurs cuvées «typées», cuvées dans lesquelles le vieux Carignan a souvent son mot à dire. La grande fierté de Jean-Marie est de revendiquer haut et fort son estime pour le cépage qui nous vaut cette chronique à épisodes. Depuis ses débuts, il lui consacre au moins deux cuvées régulières issues de raisins bien mûrs qu’il égrappe (ou pas) et qui fermentent à l’aide de leurs propres levures avant macération en cuve et pigeages réguliers.

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Ses vins sont toujours sur la finesse, un rien charmeurs. Que ce soit dans la version Carignator (15 €) ou Le Chant de Marjolaine (9 €), qu’il appelle aussi volontiers sa Carignatora, car plus tendre que le premier. Les deux n’ont pas d’autre appellation que celle de Vin de Table et cette mention leur va comme un gant. Personnellement, j’avoue un faible pour le Carignator, un vin aussi sombre que costaud, un temps construit sur plusieurs vendanges (aujourd’hui, il vend du 2012) à partir du fruit des plus vieilles vignes en partie fermenté en fûts puis élevé en barriques. Pour en savoir plus, allez sur son site et éventuellement insistez auprès de lui pour qu’il change le lien conduisant au site de l’Association Carignan Renaissance dont il est un des membres fondateurs.

J’ai goûté le Carignator 3, hélas dans le désordre qui marquait la fin de Vinisud (en 2010, ndlr), ce qui fait que je n’étais pas assez concentré pour noter dignement ce vin. Mais je me rappelle à la fois de sa fermeté, de son bel équilibre et de sa finale langoureuse. El Carignator II, son prédécesseur, était de la même trempe, marqué par un velouté de bon aloi et teinté d’une sacrée minéralité. Ce sont des vins élégants, que l’on réserve aux grandes occasions. Ils se tiennent avec dignité sur des plats de gibier et ils étonnent plus d’un amateur si l’on prend la peine de les servir anonymement dans une carafe sans annoncer ni le cépage ni sa provenance. Content de ce piège, je l’ai ainsi fait goûter à un anti-carignanasse primaire qui en est resté sur le cul !

Michel Smith

PS Un autre article de mon cru sur le sieur Rimbert et ses Carignans. Et pour ne pas faire de jaloux, signalons tout de même le valeureux Carignan de la petite cave locale raconté ici même


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#Carignan Story # 269 : la resucée de derrière les fagots.

Seuls quelques aventuriers facebookiens – dont Luc dit Léon, qui eut cru qu’un jour il commenterait sur Facebook ! – savent que je m’autorise crânement quelques vacances bien entendu méritées dans le paisible quartier de l’Oca (l’oie) en plein cœur de la médiévale cité de Sienne, Siena en italien. Soyez rassurés braves commentateurs, je ne vais pas me transformer en guide touristique et vous narrer mes itinéraires découvertes et mes lieux de perditions ou de rêveries : je me plais dans cette cité de Toscane et je savoure tout ce qui s’offre à moi, les plats de pasta, les églises, les paysages, les gens aussi, avec juste ce qu’il faut de retenue pour ne pas me transformer en touriste « de forte corpulence », comme on dit à mon endroit lorsque l’on tient à rester courtois. Si j’écris volontiers sur les vins de Rhône, j’ai du mal, je vous l’avoue, à me concentrer sur un de mes sujets de prédilection, le sieur Carignan. Pourtant, j’ai deux ou trois bouteilles en réserve qui m’attendent dans le coffre de ma petite caisse made in France miraculeusement garée sous les arbres qui enserrent la Fortezza di Santa Barbara connue aussi sous le nom de Medicina. Comme il s’agit pour partie (un sixième) de mon propre vin, le Puch, je ne tiens pas à donner du grain à moudre à certains lecteurs critiques qui, en cas d’article laudateur, n’y verraient qu’une forme de publicité déguisée. Et puis j’ai plutôt envie de Sangiovese, pour ne rien vous cacher.

"Mon" église San Domenico, à Sienne. Photo©MichelSmith

« Mon » église San Domenico, à Sienne. Photo©MichelSmith

Alors, tandis que les cloches de San Domenico se mettent à se balancer en des sons qui me rappellent les odeurs de la sacristie le dimanche mêlées à la mauvaise haleine du curé lorsque je servais la messe dans l’unique but de mater les filles du premier rang (aucun rapport, je sais, sauf que déjà je devais m’intéresser au sang du Christ), je me suis dit en songeant à mes quelques lecteurs dominicaux : « Pourquoi ne pas leur refiler une de tes premières chroniques ? » Sitôt dit, sitôt fait et j’ai retrouvé un texte qui j’espère devrait vous plaire. Si ce n’est pas le cas, tant pis ! Il s’agit en fait du premier article d’une série qui ne s’appelait pas encore Carignan Story publiée je ne sais même plus à quelle date précise, mais cela devait être en Février/Mars 2010 puisque, à l’époque, je sortais à peine d’un pénible souvenir : je fus en effet victime d’une ravageuse épidémie de gastro lors du Salon d’Angers ! J’avais intitulé mon article Gratifiant Carignan, ce cépage ayant contribué à sa façon à me remettre sur pieds. Allez, on y va !

Photo©MichelSmith

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Figurez-vous qu’un simple Carignan a fait l’affaire et a su réchauffer mon corps ô combien meurtri. Sa dénomination ? Vin de Pays des Coteaux du Littoral Audois (oui, oui, ça existe !). Son nom ? La Mauvaise Réputation. Son vigneron ? Alban Michel, un gars fou de Brassens au point qu’il a baptisé son domaine Les Sabots d’Hélène. Au passage, Hélène est aussi le prénom de sa compagne qui participe activement à la création d’étiquettes iconoclastes pour des vins qui ne le sont pas moins. Descendu de Lorraine (avec ses gros sabots) via la vallée du Rhône il y a quelques années pour s’établir enfin non loin de Perpignan dans les Corbières maritimes, le type s’est vite imposé dans le PVL, le Paysage Viticole Local, si vous préférez. badreputation-copie-1 Son millésime 2007 donne un vin au nez de garrigue et de fruits rouges cuits avec, en bouche, des accents de figue, de pruneau et de café. En cela, il est très Corbières. Le Carignan, l’un de mes cépages favoris soit dit au passage, ne se livre pas tout de suite. Il faut deux ou trois gorgées avant qu’il ne vous refile un gentil coup de poing (« Qu’est-ce qui te prend pour oser me réveiller ainsi ? »), comme pour mieux vous faire prendre conscience de la force de sa chaleur (près de 15° d’alcool), de son grain, mais aussi parfois, et, c’est le cas ici même, de sa grâce. Oui, c’est un vin baraqué mais fin, sensible. Ce Carignan-là a aussi des tannins, certes un peu secs, j’en conviens, mais qui font office de colonne vertébrale venant s’ajouter à une structure déjà bien construite basée sur l’acidité naturelle du cépage. C’est dans ces moments, lorsque l’on constate, contre toute attente, que le vin n’est ni lourd ni empoté, qu’on se dit que le sieur Carignan est vraiment un cépage bien adapté au Midi. Bref, malgré sa puissance, le vin a de l’élan en plus d’un bâti solide qui va lui assurer une bonne garde, de l’ordre de 10 ans tellement il est bien vinifié. Je vide, que dis-je, je sirote le même flacon depuis quatre jours par petites gorgées, à 14° de température, et, à chaque fois, il me réserve des surprises différentes. Et je m’auto congratule en me disant que j’ai eu raison de préconiser une petite garde à mes lecteurs quand, en son temps, je fus bien inspiré de leur recommander ce bougre de vigneron voyageur qui, comme beaucoup d’autres, a choisi de refaire sa vie entre Roussillon et Languedoc.

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Voilà, c’était un peu court, j’en conviens, pas très palpitant comme description, mais c’est de là que m’est venue l’idée de « chroniquer » sur le Carignan. Alors… Et surtout, cela me permet de vous refiler au passage une affichette annonçant une manifestation qui se tiendra à Rivesaltes l’autre dimanche, un salon qui vous donnera l’occasion de découvrir, parmi d’autres, les vins de l’ami Alban Michel et de sa belle Hélène.

Buona domenica a tutti ! Michel Smith


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#Carignan # 227 : Californie et Chili, vers la Renaissance

Sans tambours ni trompettes, notre jeune association Carignan Renaissance se bouge de plus en plus, même si elle ne compte à ce jour que 25 adhérents, dont une bonne vingtaine sont vignerons. Parmi les derniers arrivés, saluons le Mas Mellet, dans les Costières (Gard), le Plan Vermeersch en Vallée du Rhône (Drôme), le Domaine de Cébène à Faugères (Hérault), le Champ des Sœurs à Fitou (Aude), le Clos des Jarres en Minervois (Aude), le Château Montfin en Corbières (Aude).

Les vignerons carignanesques en recherche de logo. Photo©MichelSmith

Les vignerons carignanesques en recherche de logo. Photo©MichelSmith

Notre assemblée s’est magistralement déroulée l’autre jour, en lisière de Camargue, au Mas Mellet et j’en ai profité pour démissionner de mon poste de Président afin de laisser la place à plus jeune que moi. C’est donc le franco-languedo-germanique Sebastian Nickel qui prend ma suite avec pour mission d’animer plusieurs commissions, dont une technique. Pour ma part, je renouvelle mon soutien à l’association en tentant d’animer le site internet, ce qui ne sera pas une mince affaire !

Photo©MichelSmith

 Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Lors de cette réunion, plusieurs membres ont débouché des échantillons de purs Carignan. Dans un prochain article, je reviendrai sur l’appellation de Sardaigne, Carignano del Sulcis, la seule à ma connaissance consacrée à ce cépage. En attendant, je voudrais parler de quelques vins dégustés ce jour-là, des échantillons ramenés des Etats-Unis par Isabelle et Jean-Marie Rimbert du Domaine éponyme à Berlou, en territoire de Saint-Chinian. De Mendocino County, il y avait ce 97 % Carignan, Lioco 2010, léger (12°), en plein sur le fruit, facilement buvable autour d’une grillade, simple mais pas vulgaire (environ 20 $). En autre Carignan, d’Alexander Valley cette fois-ci, mis en œuvre par la société Il Vino e Vivo et millésimé 2009, portant le joli nom de Chiaroscuro, s’est montré quant à lui sans grand intérêt, tant il était parfumé et sucré.Plus obscur que clair…

Photo©MichelSmith

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Deux autres Californiens étaient à la hauteur. Le premier, celui de Neyers à Santa Helena, en provenance d’Evangelho Vineyard (Costa Contra County), un 2011 souple et élégant au comportement assez brillant et frais sans oublier une bonne longueur. Le second, présenté par notre membre Jon Bowen du Domaine Sainte-Croix, dans les Corbières, venait de l’Alexander Valley et des caves Broc Cellars, sises à Berkley. Un 2012 visiblement de macération carbonique. Nez au fruité charmant, confirmé en bouche avec éclat : rondeur en attaque, mais jolis élans de cerise bigarreau en retour et bonne longueur.

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Deux très bons Carignans de Californie sur quatre présentés, sans oublier un de tout à fait correct, voilà qui est de bonne augure pour l’amateur qui s’aventure dans l’Ouest américain. Mais la dégustation ne s’arrêtait pas là. L’autre vin de Jean-Marie, acheté à San Francisco, nous venait de l’Empedrado, au centre du Chili. Importé par Louis Dressner, il arborait le millésime 2012, avec 13,5° d’alcool. Son étiquette colorée et résolument moderne (si seulement la vieille Europe pouvait suivre le mouvement, histoire de dépoussiérer le vin…), portait le nom de Cuvée Antoine Nature.

Et pendant que l'on dégustait, la fougasse aux grattons d'Émilie nous attendait ! Photo©MichelSmith

Et pendant que l’on dégustait, la fougasse aux grattons d’Émilie nous attendait ! Photo©MichelSmith

Son auteur, Louis-Antoine Luyt (lire en Anglais), un jeune Bourguignon qui a déjà pas mal bourlingué, m’avait frappé par sa volonté et son caractère affichés dans un documentaire sur les vignerons français installés à l’étranger passé sur TF1 un Samedi après-midi. Voyant qu’il parlait de très vieilles vignes sans les nommer, je me doutais bien qu’il pouvait s’agir de Carignan. L’acidité est remarquable, le fruit est quant à lui d’une rare pureté et je stockerais volontiers quelques flacons de ce « nature » qui, apparemment, voyage merveilleusement bien sans son soufre…

Michel Smith

PS Félicitations au passage aux Vignerons de la toute nouvelle AOP Terrasses du Larzac, où l’on sait la valeur qu’ont les vieux Carignans dans les assemblages… Mesdames, Messieurs, rejoignez-nous vite à Carignan Renaissance !


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#Carignan Story # 206 : À Millésime Bio, petites nouvelles du beau pestiféré.

Pareil à l’an qui s’en est allé, je vous ai déjà infligé mes découvertes à Millésime Bio Jeudi dernier. J’y reviens en axant mon propos sur le Carignan. Dans les travées du salon devenu désormais incontournable, je suis tombé sur de plus en plus de visiteurs intrigués par le cépage maudit, le pestiféré, le malotru, le pisseux, le roturier. Mes amis journalistes canadiens me paraissaient bien partis pour en faire une vedette prochaine et nombreux furent les confrères de toutes nationalités à me poser des questions à son sujet. Tandis que des vignerons me vantaient leur vin de Pays d’Oc de pur Chardonnay, Sauvignon ou autre Cabernet, je me faisais un malin plaisir de leur rétorquer que tant que cette dénomination n’aura accepté que l’on fit un pur Carignan (le cépage y est toléré, mais pas seul) sous la couverture Pays d’Oc, je faisais le choix d’une grève sur le carreau. Ma décision était prise, unilatéralement, je ne goûterai plus, même sous la pression, tout Pays d’Oc réduisant le Carignan au simple rôle de figurant. Je sais, il ne faut jamais dire jamais…

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Résultat, j’errai dans le camp des « carignanistes » de gauche comme de droite, en fonction de l’allée, à la recherche du temps perdu… et ce fut l’occasion d’en apprendrede bien belles ! Tout d’abord que le Jour du Carignan, ou Carignan Day, était officiellement fixé par décret dictatorial des co-présidents pour le Vendredi 2 Mai. Que le lieu de la fête n’était pas encore décrété, mais que quiconque, n’importe quel vigneron amoureux du Carignan pourrait de son propre chef organiser sa fête avec ses clients et amis. J’apprenais aussi qu’il était fortement question que l’invité d’honneur de cette année soit Sylvain Fadat pour services rendus au « plant dur » et ce depuis plus de 30 ans ! Quant aux membres de l’Association Carignan Renaissance, force est de reconnaître qu’ils commencent de plus en plus à avoir la fibre militante, à jouer les vilains moustiques en piquant là où ça fait mal : pourquoi, par exemple, les appellations sudistes ne laisseraient-elles pas leurs vignerons utiliser comme ils l’entendent, dans les proportions qu’ils souhaitent, le cépage qui fait partie de leur décor, de leur cadre de vie depuis des générations ? Simple question. Simple revendication ?

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Oui, pourquoi s’entêtent-ils à vouloir considérer ce cépage comme secondaire, comme trop productif et exempt de valeur qualitative alors qu’il fait mieux souvent qu’un tas d’autres plants soit disant « nobles » ? Vaste et vieux débat sur lequel je reviendrai… Afin de prouver notre détermination inébranlable, et ce à l’instigation de la Grenache Association, elle-même organisatrice d’événements marquants, tels le Grenache Day ou les G Nights (je sais, l’expression Française en prend un sacré coup…), quelques hardis vignerons de Carignan Renaissance ont accepté de relever un défi en s’affrontant amicalement au divin Grenache, l’autre grand seigneur sudiste. C’était Dimanche dernier, veille de Millésime Bio, dans les salons rustiques du Château du Claud, à Saint-Jean-de-Védas, la banlieue chicos de Montpellier. Une ambiance du tonnerre, une « battle » comme ils disent pour faire « geek », le sourire de la haute savoyarde Marlène Angelloz instigatrice de la soirée, la gentillesse des invités, la bonne température des vins, tout a contribué à montrer que le Carignan pouvait jouer dans la cour des grands. On en a même profité, en petit comité, pour plancher sur l’idée d’un verre Zalto qui pourrait convenir à notre cépage chéri.

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Marlène Angelloz et Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Marlène Angelloz et Sebastian Nickel. Photo©MichelSmith

Et puis il y eut cette quelque peu bredouillante conférence organisée par mes soins sur le thème du réveil du bel endormi avec la complicité du co-président Sebastian Nickel (allez-y de vos jeux de mots à la gomme…), conférence à laquelle le site de Terre de Vins a bien voulu faire écho la veille de sa tenue. Pour m’éviter de dire des énormités, j’avais fait venir des vignerons experts en la matière, comme Marjorie Gallet (Le Roc des Anges), Bernard Vidal (La Liquière), John Bojanowski (Clos du Gravillas) et Sylvain Fadat (Domaine d’Aupilhac), tous ardents défenseurs de ce cépage, sans oublier l’œnologue Jean Natoli. Je les remercie publiquement de ne pas m’avoir laissé tomber. Puisqu’on en est au stade du « name dropping », merci aussi à mes collègues de blog Jim Budd et Marc Vanhellemont d’avoir sacrifié un peu de leur temps pour écouter mon bavardage en compagnie d’éminents confrères tels André Deyrieux ou Rosemary George. Sans oublier la touche gastronomique apportée par mon ami Bruno Stirnemann, de Pézenas. La dégustation qui s’en suivie eut un grand succès grâce à la présence de quelques Carignans blancs dont ceux du Domaine Le Comte des Floris.

Photo©MichelSmith

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Lors de Vinisud, le Lundi 24 à 10 heures, une autre conférence sera organisée sous l’égide de Sud de France sur le thème : « Le Carignan peut-il renforcer l’identité du vignoble Languedoc-Roussillon ? ». Là aussi il y aura quelques échantillons à goûter ! Pour le reste, l’association travaille sur son logo et sur la mise en route d’un site Internet. Et si vous souhaitez devenir membre de Carignan Renaissance, sous-titrée le Conservatoire du Carignan, je serais en mesure de vous fournir tous les éléments si vous me glissez un mot (pourlevin@free.fr). En attendant, pour vous prouver que j’ai tout de même travaillé lors de Millésime Bio, je vous présente la nouvelle étiquette d’un Carignan déjà évoqué ici, celui du Domaine La Rouviole qui, bien que Minervois, est obligé de s’abriter sous la mention Vin de France. Ce « Revenant », puisque c’est sont nom, symbolise à lui seul le retour et le succès du cépage sudiste. Le 2001 (5000 bouteilles, 13 € départ cave) est bien dans le style du cépage : finesse au nez, fraîcheur et matière en bouche. Ce sont des vignes de plus de 50 ans plantées sur des sols calcaires.

Michel Smith


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#Carignan Story # 203 : Quand le facteur est dans sa vigne…

Cela me va bien ça, comme nom de vin, L’Insoumis. Plus encore figurez-vous lorsqu’il s’agit d’un Carignan ! Celui-ci m’a été dévoilé par mon ami Jean-Marie Rimbert, vigneron de son état du côté de Berlou, en territoire de Saint-Chinian. Nous étions réunis, toute une bande de copains, autour d’une tablée au restaurant Trinque Fougasse à Montpellier. C’était pour la bonne cause carignanesque, afin de définir le plan d’action 2014 de notre association Carignan Renaissance, aussi connue sous le nom de Conservatoire du Carignan (site internet à venir, flash mob à organiser, confrontations avec la Grenache Association, conférences, etc) et payer nos cotisations tout en sirotant quelques spécimens de Carignans divers, dont ceux rassemblés sur cette photo.

Je ne vais pas tous les citer, d'autant qu'il y avait des absents ce jour-là. Mais vous reconnaitrez Jean-Marie sur la gauche et le couple Coustal

Je ne vais pas tous les citer, d’autant qu’il y avait des absents ce jour-là. Mais vous reconnaitrez Jean-Marie sur la gauche et le couple Coustal, Anne-Marie et Roland, de Terres Georges sur la droite. Photo©SebastianNickel

A lui seul, Jean-Marie le Carignator à qui j’ai consacré plus d’un billet sur ce blog (voir le dernier ici), s’était déplacé avec trois carignans de copains en plus du sien. Je les évoquerai à coup sûr en d’autres occasions, mais j’ai d’abord jeté mon dévolu sur cet Insoumis que l’on doit à un facteur-viticulteur, Serge Scherrer, venu de l’Est pour s’installer du côté de Saint-Quentin-la-Poterie, non loin d’Uzès, dans le Gard, charmante cité où son vin est paraît-il présent sur le marché. Avec un peu plus de 4 ha, il a créé le Domaine Agarrus en 2007 en adoptant le mot occitan qui désigne le chêne kermès que l’on trouve dans la région en quantité non négligeable.

Photo©SebastianNickel

Photo©SebastianNickel

Cultivées en biologie, ses vignes composées de nombreux cépages du coin dont du Cinsault et du Grenache, comptent aussi de nombreux pieds de Carignan qui étaient sur le point d’être arrachés au moment de l’achat. Ces Carignans entrent donc à part entière dans cet Insoumis que j’ai trouvé à 13 € sur le site Amicalement Vins. Il s’agit d’un Vin de France 2012 particulièrement fruité, aussi franc et direct qu’un coup de pied bien ajusté qui vous fait passer la balle entre les deux poteaux engendrant la clameur du stade. Vin facile, voire simple, il est tout à fait indiqué pour ces débuts de soirées où, après une journée de boulot, on retrouve les copains pour une partie de pétanque sur le nouveau terrain aménagé par Adeline et Yves dans leur Mas Perché, en lisière de Cévennes, là où les soirées sont à la fois gourmandes et douces.

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Allez, je termine en saisissant au vol l’inévitable jeu de mot déjà repéré sur un site de la toile : il faudrait être timbré pour passer à côté cet amical vin qui procure le simple plaisir des retrouvailles.

Michel Smith

 


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Fab 5, mais est-ce bien nous ?

Nous sommes Les 5 du vin mais certaines personnes (très peu nombreuses en réalité mais sssssshhh !) nous appellent les Fabulous Five, ou bien les Fantastic 5.  J’ai cherché, en vain, dans le magma intersidéral de l’internet, des images de nous autour d’une table avec une ou plusieurs jolis flacons en partage (un Carignan pour Michel, un vin vachement « minéral » pour Hervé, un Bourgueil 1893 de Lamé Delille Boucard pour Jim, un Vin Jaune pour Marc, un pinot noir d’Oregon pour moi).

En revanche plusieurs autres options m’ont été proposées, pour correspondre à ce descriptif numérico-laudatif. En voici quelques exemples :

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D’accord, je ne sais pas compter, ce sont bien entendu les Fantastic Four de Marvel Comics, chers à une période de ma jeunesse attardée.

Mais ceci, alors ?

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Ce sont les 5 leaders de l’équipe de basket masculin de l’University of Michigan, en 1991, aussi connu sous le descriptif des Fabulous Five. Hervé est au milieu je pense.

Moi j’ai un faible plutôt pour ce groupe de reggae, aussi connu sous le nom de Fab 5 .

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Je ne sais pas ou est passé le cinquième membre. Cela doit être Jim, qui prenait la photo.

Et le même Jim s’est déplacé pour la couverture de notre album collector. Regardez…

best of fab 5

Bon, maintenant je dois me taper Vinexpo. J’espère y trouver des choses amusantes.

David


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#Carignan Story # 170 : Le goût étrange et ambigu de la nature…

Eh bien oui, il y a comme ça des moments où le Carignan s’offre à moi de manière étrange. Cette bouteille, je l’ai bue sans difficultés l’autre jour sur les petits plats sur le pouce préparés par mon ami Manu, aux commandes de la seule vraie cave-bistrot à vins de la Côte Vermeille digne de ce nom, j’ai nommé le Xadic del Mar dont je vous ai déjà souvent dit du bien ici même. Dans ce minuscule espace face à l’horrible clocher de l’église de Banyuls-sur-Mer, non loin de la toujours rustique Cave L’Étoile où j’ai moi-même livré des raisins pendant des années, Manu mène sa barque cahincaha  tant elle est chargée de bouteilles aussi amusantes qu’iconoclastes.

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Le clocher le plus hideux de France ? Photo©MichelSmith

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La coopérative L’Étoile, où l’on trouve encore de vieux trésors banyulencques. Photo©MichelSmith

On a le prix du vin à emporter bien affiché dans les casiers posés à même le mur, un prix généralement sage, et il suffit de rajouter 4 euros de « droit de bouchon » pour l’avoir sur table. La proposition est on ne peut plus honnête. Donc, en partant, je me suis acheté deux ou trois « quilles », comme on dit maintenant dans les milieux branchés du vin, histoire de les goûter calmement chez moi.

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El Xadic, avenue du Puig del Mas, à Banyuls. Photo©MichelSmith

Et c’est ainsi que j’ai ouvert cette seconde bouteille du Domaine Calimàs. Elle nous vient de Latour de France ce qui permet à son auteur, Patrice Delthil (Tél. 06 26 33 12 31 ou 04 68 84 79 83), de faire un petit jeu de mots au passage en labellisant son Carignan en Vin de ‘Latour de’ France. Les nouveaux venus ne manquent jamais d’humour dans le Roussillon, même si Patrice a déjà une sacrée expérience puisqu’il a longtemps travaillé avec Cyril Fhal (Clos du Rouge Gorge), lequel a déjà eu droit à sa chronique il y a trois ans. Maintenant que j’y goûte en paix, chez moi, sans rien manger, je trouve ce rouge marqué par une pointe d’acescence, manquant de finesse, rempli de goûts étranges et de notes boisées pas toujours très nettes. Pourtant, je n’ose dire qu’il est mauvais puisque je le bois. Ce doit être ça, ce qu’on appelle le paradoxe du vin « nature » : un vin qui aurait le cul entre deux chaises, qui serait bizarre sans être repoussant ?

Étrange Esttra Lunat... Photo©MichelSmith

Étrange Esttra Lunat… Photo©MichelSmith

À moins que ce ne soit le jeu de ce coquin de Carignan du côté de Latour-de-France ? Voilà pourquoi il me semble nécessaire de bien carafer ce vin sur plusieurs heures avant que de le proposer. D’habitude, un vin qui ne me plaît pas au premier contact, je l’attends un ou deux jours, pour voir, tant je me méfie des pièges de Dame Nature. Combien de personnages rencontrés dans ma vie ne me plaisaient pas trop au prime abord avant qu’ils ne deviennent mes meilleurs potes ? Et puisque le vin c’est la vie… et que celui-là se dit « vivant », alors je le garderais volontiers 5 à 6 ans, rien que par curiosité.

Un militant du vin nature, tel est Patrice Delthil. Photo©MichelSmith

Un militant du vin nature, tel est Patrice Delthil. Photo©MichelSmith

Sur ce coup là, une fois l’avoir goûté, j’ai donc attendu. « L’Estra Lunat », puisque tel est son nom, titre 14°, ce qui est amplement suffisant. Il n’a pas de millésime affiché, mais je soupçonne que ce doit être un 2010, sinon je ne vois pas pourquoi le vigneron se donnerait la peine de préciser qu’il s’agit du « Lot n° 10 ». Il précise aussi qu’il « contient des sulfites ? ».

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mais pourquoi ce point d’interrogation ? Il se dit « naturel », mais on nous dit que le millésime 2011 trouvé sur un site à un peu moins de 15 € le flacon, contient 20 mg/l de sulfites ajoutés. Au nez, il évolue, mais est-ce en bien ou en mal ? C’est en tout cas une des rares fois que je me pose cette question. Pourtant, au bout de 48 heures, le nez de ces vieilles vignes redevient acceptable : notes mine de crayon épicées et boisées, mais un boisé proche du ciste, donc sans trop de reproche, hormis cet aspect, comment dirais-je, plus ou moins oxydé. La texture est belle, le vin est savoureux et les tannins soyeux.

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Sur un classique plat de pâtes, sauce tomate et lardons, costaud en basilic, la bouteille est achevée sans mal et non sans un certain plaisir. Allez comprendre. Paraît que si l’on vide la bouteille c’est que le vin est bon, non ? Ben oui, j’ai dû l’aimer ce vin puisque je l’ai bu !

Michel Smith

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