Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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#Carignan Story # 301 : In fine

Ce titre ressemble au nom d’une cuvée, mais voilà, c’est celui de ma toute dernière rubrique carignanesque, la der des der, ma révérence à moi, mon ultime Carignan Story, entreprise commencée il y a 5 ans.

Déjà j’entends au loin les emmerdeurs-moqueurs: «Ouais, ce couillon arrête parce qu’il n’a plus rien à dire». Et les pinailleurs-enquiquineurs d’ajouter: «De toute façon il commençait à se répéter». Jusqu’aux railleurs patentés de surenchérir: «Personne ne la lisait, cette rubrique: au mieux une poignée de lecteurs chaque dimanche, c’est de la roupie de sansonnet»!

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Photo©MichelSmith

Autant l’affirmer tout de suite, sans aucune fausse modestie de ma part, quoique l’on dise, tout le monde a raison… enfin, en partie. Je mets fin à cette rubrique car, après m’être bien amusé, j’ai l’impression de me répéter, de tourner autour du pot, de ne plus avoir d’étonnement. Oh, je sais, sur les peut-être 250 et plus domaines visités et leurs vins dégustés, il y en a autant et peut-être plus que j’ai oublié ou d’autres que je n’ai pu voir, faute de temps et d’argent. Plus autant qui tout simplement, ne se sont pas bien manifestés auprès de moi ou qui n’ont pas répondu à mes appels à échantillons. Beaucoup plus que je n’espérais, cependant. Car ils sont au bas mot un bon demi-millier de vignerons, beaucoup moins de négociants et caves coopératives, dans le sud de la France, à consacrer ne serait-ce qu’une de leurs cuvées au bon vieux Carignan de pépé. Et quand je livre cette estimation, c’est sans compter sur les estrangers, les Sardes, Catalans, Chiliens, Israéliens, Californiens ou autres que je n’ai pu, ni su contacter.

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Car je suis un journaliste défroqué lent et fainéant qui doute sans arrêt et qui promet un peu trop à tort et à travers. Ainsi, j’avais juré que j’irai faire un tour en Aragon pour explorer Cariñena dont on affirme que ce serait le fief du cépage. Des projets plus personnels m’en ont empêché. Je m’étais aussi promis d’explorer le Sulcis en Sardaigne, une des seules appellation dédiée au Carignano. J’aurais aimé aussi pouvoir sillonner le vieux pays, celui dont nous venons tous plus ou moins, la Palestine, l’Égypte, la Syrie, le Levant, la Turquie, qui sait la Mésopotamie, entre Tigre et Euphrate. Retrouver le cépage des pionniers, le Carignan de l’Algérie chérie, de la Tunisie, du Maroc. Puis me laisser transporter jusqu’en Argentine, Uruguay, Chili… L’Australie peut-être ? J’en ai trouvé des vins de ces contrées qui me sont arrivés je ne sais plus trop comment, souvent par plus intrépides que moi (n’est-ce pas Bruno Stirnemann et Jean-Marie Rimbert ?) et je vous ai livré ce que j’en pensais sur le moment, le plus objectivement possible, sans trop jouer le spécialiste, maladroitement parfois, en m’amusant, en me moquant.

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Au passage je vous demande aussi de me pardonner pour mon manque de rigueur journalistique, mes hésitations, mes imprécisions coutumières. J’ai même osé parler de mon propre Carignan, le Puch, celui que je fais depuis 7 ans avec des copains ! Vous vous rendez compte, un journaliste qui en vient à faire sa propre pub ? Quel manque de sérieux ! Me croirez vous si je vous dis que cela ne m’a rien rapporté, pas même une bouteille vendue ! Il se trouve que lorsque j’ai démarré cette rubrique, j’ai tenté dès le départ de me positionner en explorateur, en découvreur parfois, volontairement naïf, en véritable amateur. Certes un peu connaisseur, mais amateur et tenant à le rester. Et pour finir, j’ai modestement contribué avec des amis vignerons à la création d’une association ayant pour nom, Carignan Renaissance.

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Pour ce dernier article dominical -(je passe le relais à Marie-Louise Banyuls), je vous propose un vin simple mais joyeux découvert lors de ma récente retraite sur la Côte Vermeille, aux 9 Caves, à Banyuls-sur-Mer qui s’affirme de plus en plus comme un lieu incontournable dans ce pays où les bonnes choses, en dehors du vin, se font rares alors qu’il y en a pléthore. Ce Carignan 2014 du Domaine de L’Encantade, à Trévillach, que j’ai dû payer autour de 10 € si mes souvenirs sont bons, revendique pleinement son appartenance à la mouvance des vins naturels vinifiés en macération carbonique dont je vous parlais dans mon avant-avant-dernier numéro, avec certification Nature et Progrès. Il ne fait que 12° et il paraît presque inoffensif au premier abord. Je l’ai bu en trois fois sur trois jours : le premier jour, il était bon, sans plus ; le second jour, il m’interpellait et me faisait comprendre qu’il était heureux de me rencontrer ; le troisième jour, j’avais du fruit et de la fraîcheur et cela se buvait avec une facilité déconcertante et réjouissante.

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Alors voilà, je continuerai à évoquer de temps en temps le Carignan dans mes articles réguliers paraissant le Jeudi. Merci à mes camardes de blog de m’avoir permis ce petit supplément hors des sentiers battus. Je vous quitte l’âme légère, laissant la place toute chaude à une amie. En attendant, bonne carignade à tous !

Michel Smith

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#Carignan Story # 300 : Le Rouge

Son domaine est le Clos Rouge. Rouge comme cette terre de ruffes édifiée en terrassettes qui sont autant de marchepieds menant sur le plateau du Larzac puis, par le bout du nez comme dirait Brassens, jusqu’en Auvergne. Quelque part en sortant de l’autoroute qui annonce Millau et son viaduc archi visité, sur la commune de Saint-Jean-de-la-Blaquière, on arrive à se faufiler par une petite route entre deux oliveraies jusqu’au hameau qui abrite une cave suffisamment grande pour recevoir le fruit de 5 ha de vignes variées, Grenache, Cinsault, Syrah et Carignan, en particulier.

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Le nom donné au vin qui m’intéresse, un pur Carignan, est Kokkinos. Ne me demandez pas pour quelle raison, j’ai oublié de poser la question à sa maîtresse, Krystel, laquelle m’a reçu l’autre jour dans sa tenue la moins élégante, celle d’une vigneronne affairée au soutirage des ses vins me rappelant au passage la photo que j’avais d’elle pilotant son Massey Fergusson. La dame, qui vit à Montpellier, fait son vin toute seule, même si souvent elle est assistée de son époux, du moins pour les tâches qui nécessitent de la force physique.

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Bon, et ce rouge alors ? Pour quelle raison est-ce un Vin de Pays de l’Hérault et non un Terrasses du Larzac comme les autres vins de la cave ? Comme toujours parce que le Carignan, pourtant chez lui, n’est toujours pas jugé digne d’une appellation à lui tout seul. Il doit être associé à d’autres cépages, même si en Languedoc quelques vignerons émérites déjà cités ici lui reconnaissent de grandes vertus.

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Ce Kokkinos 2014 aurait-il un petit côté coquin ? Pas vraiment, quand bien même il paraît léger en bouche avec ses 12,5° d’alcool. Le nez est plus qu’engageant où l’on sent l’influence de la garrigue. En bouche, on pourrait croire qu’il manque un peu de caractère, mais son style est comme ça, facile, sans audace particulière, nous donnant de bon cœur un goût prononcé de fraîche vendange toute foisonnante de ses parfums de baies noires. Oui, bon, d’accord, il manque un peu de persistance, il se complaît dans une certaine rusticité, mais il est vrai que si on l’accorde avec des mets simples, salades, pâtés, viandes ou poissons grillés, il ne déçoit pas.. Son prix ? Autour de 12 € départ.

Michel Smith


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#Carignan Story # 299 : Nature, c’est aussi bon !

Alors que je me trouvais en milieu de semaine aux pieds des Albères, grâce à mon ami André Dominé qui m’avait attiré dans un guet-apens du côté de Saint-André, je ne savais vraiment pas que j’allais consacrer une de mes dernières chroniques sur le Carignan (oui, je sais, rectifiez ce « C » majuscule que l’on ne saurait voir…) en m’attardant sur un sujet quelque peu explosif, du moins chez les gens du vin, ceux qui s’érigent en spécialistes. D’ailleurs, s’il y en a qui pensent à ce stade que je vais ferrailler, ils peuvent changer de chaîne. Je n’ai nulle envie de polémiquer, juste l’impérieuse nécessité de remettre les pendules à l’heure. Avouons-le, j’ai toujours été intrigué par les tenants du vin nature sans comprendre réellement ce qui les motivait. Leur mode de vie n’était-il pas plus philosophique que pragmatique ? J’ai tenté d’y répondre et même il n’y a pas si longtemps, sans que cela déclenche les foudres de Zeus.

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Enfin, nous y voilà ! Je suis sur le point de tout comprendre. Du moins je pense que je suis sur la bonne voie, sachant que j’y voyais déjà quelque chose depuis un bout de temps – je ne suis pas un rapide, vous savez, mais peut-être aussi avais-je peur de la réaction de mes camarades en plus de celle de personnes qui se disent «vignerons en vins natures» mais dont les vins sont tout juste bons à abreuver les caniveaux lesquels, comme chacun sait, meurent de soif ! Même dans les bistrots à vins dits spécialisés en vins nus de tous poils, le discours des naturistes convaincus est en train de changer: de jeunes vignerons sérieux et talentueux comprennent enfin le vrai sens de la tendance qui va vers des vins dits naturels. Je me suis donc exprimé sur ces vins-là il y a quelques jours après ma brève rencontre avec le sieur Antonin (voir le lien plus haut), mais une autre entrevue a fait de moi un journaliste un peu moins con sur le sujet. Sujet qui, n’en déplaise aux sceptiques, attire de plus en plus de jeunes dans les filets du vin. Alors je dis «Halte au feu !» et cessons de diaboliser ceux de nos vignerons qui cherchent d’autres voies, ceux qui ne veulent pas suivre les routes rassurantes de l’œnologie moderne.

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Je sais, je m’attends à ce que certains m’érigent en traître officiel de la cause du vin. J’en connais qui se foutront de moi et de ma naïveté. Ou qui me reprocheront de tourner ma veste un peu vite. D’autres vont soutenir que je suis foutu, définitivement apte à l’enfermement pour un long séjour à l’asile des vieillards de mon choix. Mais je reste serein car réaliste, ayant conscience du peu de notoriété dont je dispose et, de ce fait, du peu de lecteurs aptes à se pencher, un dimanche, sur cet article et surtout en allant jusqu’au bout.

C’est pour cela que le sujet des vins dits natures (ou dits naturels) est en réalité un faux sujet, un vrai piège à cons dans ce sens où il expose des gars et des filles qui, sous l’étendard « nature » font tout et n’importe quoi. En gros, comme je le subodorais déjà, il y a parmi eux des bons et des mauvais, les bons vins et les autres comme disait un camarade journaliste bien avant moi.

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Avant d’en venir à celui qui, mieux encore qu’Antonin, m’a présenté sa conception du vin nature tout en me servant de son Carignan, voilà ce que j’ai compris. Un vigneron nature n’est pas (ou peut être) un rigolo, un fainéant ou un illuminé. Ce peut être aussi aussi un gars ou une fille qui a fait des études viticoles, qui a voyagé et rencontré d’autres vignerons, même dits conventionnels, qui ne rechigne pas au travail de la vigne et accepte de tout faire, à commencer par la taille par temps de Tramontane réfrigérée. Ce peut être un type qui bichonne sa vigne et qui raisonne selon un cahier des charges en culture biologique certifiée, se recommandant ou pas des préceptes de la biodynamie, un vigneron qui laboure sa terre et nourrit bien sa plante, lui apportant tous les oligoéléments et les préparations destinés à l’aider dans son cycle végétatif, à la protéger, à la fortifier. Bref, un artisan honnête qui ose et qui n’a pas peur de sauver son vin en lui apportant un minimum de soufre si le besoin s’en fait sentir. Un paysan au vrai sens du terme, un type qui ne triche pas en ajoutant dans son moût tous les produits industriels préconisés par la plupart des œnologues. Un pro qui prend des risques, mais de manière calculée, pour ne pas mettre son vignoble et sa famille en péril.

En fait, si j’osais, je dirais que le vigneron qui travaille le plus naturellement possible doit pouvoir se passer de l’œnologue, un peu comme un gars qui gère sa vie au grand air, se nourrit sainement et fait un exercice physique quotidien n’aura pas besoin de voir son médecin traitant aussi souvent que d’autres. Il est vrai que le débat a été faussé dès le départ : dans l’esprit des journalistes du vin, moi le premier jusque ces dernières années, un vin nature devait être exempt de sulfites, point final. Eh bien non ! N’en déplaise aux pinailleurs de service, le soufre, en quantité raisonnée, est utilisé plus souvent qu’on ne le croit. Sauf, dans certains cas où les conditions sont réunies pour vinifier sur le fil, pour explorer le vin de manière différente afin de mettre à jour d’autres facettes, d’autres traits de son caractère en gardant à l’esprit que le vin est toujours dépendant de l’homme et qu’avec de beaux raisins beaucoup de choses sont possibles.

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Et c’est ce que fait Stéphane Morin que je viens de rencontrer. Guère besoin d’aller plus loin dans l’explication car le credo de mon personnage de la semaine, à moins de l’avoir mal interprété, ressemble à l’essentiel de ce qui vient d’être écrit. Je dois toutefois préciser à ce stade que je n’avais pas été complètement emballé par une de ses cuvées Malophet il y a deux ans. Force est de croire que sa vision du Carignan s’est arrangée depuis avec cette dernière cuvée Les Petites Mains.

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Encore jeune, après un certain succès comme professionnel de la photographie, Stéphane Morin, musicien à ses heures, ne se voyait plus passer sa vie derrière un écran : il lui fallait le grand air et un travail d’artisan. Et c’est ainsi, en 2005, qu’après de nombreux stages formateurs chez les uns et les autres, y compris dans des domaines conventionnels, qu’il s’est décidé à monter son domaine de 12 ha dans une région qu’il connaît comme sa poche, à proximité de vignerons qu’il estime, comme Jean-François Nicq. Résumer ses vins n’est guère compliqué : tous en Vin de France, ils sont bons et peu alcoolisés ; ils s’appréhendent facilement et sont digestes de par leur acidité naturelle ; ils sont amicaux et vite accessibles. Stéphane n’est pas anti soufre, mais contre l’abus de soufre. Il est surtout adepte des levures indigènes et du travail du vin par gravité. Il ne filtre pas ses vins et il apporte des soins particuliers à sa terre.

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Syrah et Grenache, surtout, le Canigou pour veilleur, un sol de granite en décomposition pour la plus grosse part du domaine, il n’a que peu de Carignan à sa disposition : à peine 70 ares. La plupart de ses cuvées dépassent rarement les 12° car il préfère vendanger ses vins tôt, misant plus sur un savant dosage de l’acidité pour éviter les lourdeurs souvent communes à cette région. Adepte de la vinification en semi-carbonique, son Carignan 2014 (environ 15 €), Les Petites Mains, a été vinifié en cuve bois avec une macération ne dépassant pas deux semaines. Fin au nez, touches de laurier, léger mais précis et dense, à l’image de ses autres vins, c’est un rouge qui commence à bien se goûter sur la franchise et la fraîcheur. Je le vois sur un cul de veau à l’angevine ou une côtes de porc fermière accompagnée de légumes craquants, à l’image de ce plat simplissime goûté il y a peu aux Indigènes, un bistrot très nature, à Perpignan, où le plat du jour ne dépasse jamais les 10 euros !

Michel Smith

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#Carignan Story # 298 : le beau travail…

C’était cette année, en Juin dernier, chez Rémi Duchemin en son Domaine du Plan de l’Homme qui possède une adresse prédestinée pour un fidèle du Carignan, au 15 avenue Marcellin Albert, à Saint-Félix-de-Lodez, presque à l’ombre du Mont Baudile, ou Mont Saint-Baudille, haut-lieu sacré des Terrasses du Larzac. Une de ces dégustations d’après réunion de l’Association Carignan Renaissance faisant suite à un ordre du jour bien tassé lui-même suivi d’une de ces discussions sans fin où chaque passionné tente de refaire le monde du Carignan. Bref, l’ambiance était joyeuse et plusieurs membres avaient même marqué leur intérêt pour l’organisation d’une festive Carignan Pride (avec défilé de tracteurs !) chez un ou plusieurs cavistes de Perpignan. Finalement, une première ébauche de cette fête se fera le Samedi 14 Novembre, chez Jean-Pierre Rudelle à la cave du Comptoir des Crus où tous les lecteurs de cette rubrique sont cordialement invités à partir de 16 heures, qu’on se le dise !

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C’était donc une de ces soirées où les flacons s’ouvrent à tout berzingue et se retrouvent illico sur une table à la merci des goûteurs-buveurs-brouillons que nous sommes tous tellement nous avons hâte parfois de nous mettre à table. Il y avait le Casanova du Mas de Martin, le Vieilles Vignes de Claude Vialade, L’Interdit d’Yves Simon, L’Infini du Domaine Lanye-Barral, le Mas Coutelou blanc, le rosé Marcel illustré par Anna Kühn, sans oublier un fameux Carignano del Sulcis Riserva 2008 déniché par l’ami Bruno Stirnemann et sur lequel je reviendrai un jour. Ce vin, Is Arena, de la Cantine Sardus Pater, dominait les autres de par sa fraîcheur et la qualité de son fruit.

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Sauf un seul vin – il n’y avait pas de Roussillon cette fois-là, du moins si mes souvenirs sont bons -, un seul rouge qui tenait tête au vin sarde. Ce vin était héraultais, arborant fièrement l’IGP Côtes de Thongue. Son nom : La Font de L’Olivier. Son vigneron : Bruno Granier. Son territoire : Magalas, commune au nord de Béziers. Aux yeux des initiés, ce domaine et ce gars ne sont pas des inconnus. Sauf que pour moi, qui suis toujours en retard d’une guerre, c’était la première fois (du moins, je le croyais…) que je goûtais ce vin provenant de vieilles vignes de Carignan plantées sur Villafranchien. Ici, les raisins sont vendangés à la main pour une vinification en carbonique du plus bel effet. Renseignements pris, on me dit que le type est très méticuleux dans son travail et qu’il bichonne ses vignes avec amour. Je n’en doute aucunement car son 2012 est non seulement d’une chaleur bienveillante qui évoque à merveille le Midi avec ses subtiles touches de garrigue, mais il est d’une structure, d’une densité et d’une longueur qui ne peuvent être que le résultat d’un travail bien soigné. En plus, il paraît que le vin est très raisonnable en prix.

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Mais par quel détour de mon esprit se fait-il que je repense à ce vin ? L’autre jour, j’ai tenté de mettre de l’ordre dans ma « salle de dégustation » où trônaient une centaine de bouteilles vides, celles qui m’avaient impressionné ces dernières décennies. Or, une bouteille a attiré mon attention. Comme par hasard, il s’agit de la même Font de l’Olivier, mais dans un millésime 2003 (voir photo) qui m’avait coûté à l’époque 7,40 €. Comme quoi, bien avant de songer à cette rubrique qui va bientôt s’arrêter, j’avais déjà en moi le goût du Carignan ! Et j’avais même signalé ce vin dans mon livre Les Grands Crus du Languedoc et du Roussillon paru en 2005 !

Michel Smith

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#Carignan Story # 297 : Basaltique, c’est magnifique !

Il me semble qu’à maintes reprises j’ai pu déjà ici même vous vanter les mérites du Carignan blanc vinifié par Daniel Le Conte des Floris, vigneron à Pézenas. C’est un fait, sa cuvée Lune Blanche fait désormais autorité. Une référence comme on dit, elle a sa place parmi les grands vins blancs du Languedoc, ceux que l’on garde 5 ans minimum avant de goûter ce qu’ils ont dans le ventre, ce qu’ils ont à nous livrer de pureté et de droiture, par exemple sur une poularde aux champignons à peine crémés. Le Carignan de ce secteur, plus précisément entre Caux et Nizas, est décidément bien considéré dans mes dégustations : rappelez-vous de mon chouchou de l’été, le Clos des Papillons, souvenez-vous aussi des belles bouteilles sorties des chais de Basile Saint-Germain aux Aurelles dans mes premiers papiers hélas aujourd’hui introuvables sur le net.

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En quoi cette région représente-t-elle un intérêt particulier pour les vignerons de Pézenas, de Caux ou des environs ? En cette partie de l’Hérault, l’activité volcanique de la fin du Tertiaire a laissé des coulées de lave aujourd’hui visibles (parfois sous forme d’éboulis) sur un plateau d’environ 350 ha et de faible altitude en partie exploité par des carrières de basaltes. Mais les vignerons du pays ont aussi trouvé refuge sur ces terrains où le Carignan était planté jusque dans les années 70 en compagnie du Grenache, bien avant que la Syrah ne fasse son trou dans le vignoble languedocien.

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Lorsque l’année le permet, et que la qualité est au rendez-vous en même temps qu’une certaine quantité, Daniel Le Conte des Floris s’autorise cette cuvée spéciale issue d’une parcelle influencée par la présence du basalte. Le dernier millésime dans cette cuvée, après 2004, était 2007. Aujourd’hui, je goûte en avant-première le Languedoc Pézenas tout nouveau-né, un 2014 quasi pur jus Carignan que l’on peut se procurer au domaine pour la modique somme de 15 €. Autant le dire tout de suite, ce vin est à mes yeux un monument ! Un vin de collection, exemple probablement unique de ce que mon cher Carignan peut donner sur ce type de terroir. Au passage, ce vin démontre en plus l’extraordinaire flexibilité de ce cépage sur des sols variés allant du calcaire au schiste en passant par le sable, le granit et… le basalte.

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Le nez est pointu, hyper fin, avec des notes de gelée de petits fruits rouges et de poudre de pierre sur fond de poivre gris. En bouche, la trame du vin impressionne. Il laisse l’image d’un bloc rocheux qui promet d’être difficile à pénétrer. On devine au début, après une heure d’aération dans le verre, un aspect serré et ferme en attaque. Puis le vin tapisse la bouche de sa fraîcheur et de cette minéralité poudrée évoquée au nez. Une fois le palais conquis, il devient souple, aimable, presque soyeux, mais sans douceur, sans mollesse. Le palais reste en éveil un long moment et le vin fait sa révérence de manière élégante laissant de fines touches de fraise des bois et de merises confites en guise d’adieux. Un vin charmeur, persistant, prenant et même envoutant qui doit s’épanouir de préférence entre 2020 et 2025. Je le verrais bien accompagnant une gigue de chevreuil ou un cuissot de sanglier cuit à la broche.

Michel Smith

PS  Quelle horreur ! Deux ou trois jours après  mon papier du dimanche, je m’aperçois que  j’ai oublié de citer les carignans basaltiques de mon ami Philippe Richy, du Domaine Stella  Nova, à Caux. En tapant son nom dans le cadre « recherche » de cette page, vous trouverez aussi  quelques lignes sur ses vins que j’adore !

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#Carignan Story # 296 : Trop et pas assez !

C’est Marie-Louise Banyols, notre émérite sommelière catalane qui, l’autre jour, m’a confié cette bouteille de Cariñena en même temps qu’elle m’annonçait sa retraite de Lavinia où elle dirigeait les achats vins. Tout de suite j’ai pris conscience qu’il ne s’agissait pas d’un banal Carignan, puisque le cépage Cariñena qui compose ce vin est issu du territoire de l’appellation aragonaise Cariñena mentionnée plus d’une fois ici. En outre, celui-ci a été vinifié par un Californien installé en Aragon depuis 2003, Michael Cooper. Mieux encore, ce vin que je viens de déguster, sera le second vin de cette appellation décrit dans cette rubrique. Souvenez-vous, la première fois, c’était il n’y a pas si longtemps.

Marie-Louise Banyols, jeune retraitée. Photo©MichelSmith

Marie-Louise Banyols, jeune retraitée. Photo©MichelSmith

Michael Cooper, si j’ai bien compris, s’intéresse aux cépages anciens en Espagne à travers une gamme de vieilles vignes travaillées de manière artisanale et mises en bouteilles numérotées, généralement en petites quantités. Ce vin-là, par exemple, baptisé Cierzo, du nom de la tramontane locale, vent froid et violent venu du nord, n’a été tiré qu’à 1.024 bouteilles dans le millésime 2009. Ce qu’il y a également d’intéressant dans cette démarche, c’est que la Cariñena, dans ce cas précis, est planté à 700 mètres d’altitude dans la Sierra de Algeiren sur un sol pierreux d’argiles ferrugineuses.

Photo©MichelSmith

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Pour mieux appuyer son honorable démarche, Michael aurait pu se contenter de livrer à nos palais ce vin tel quel, dans sa nudité, si vous préférez. Las, probablement débordé par son enthousiasme et l’espoir de vendre son vin à un prix plus élevé que les autres, notre ami américain lui a infligé un élevage qui, à mon humble avis, ne sied aucunement au registre du cépage : 24 mois en barriques françaises (bois neuf) en plus d’une maturation de 30 mois en bouteilles, tout cela me paraît un peu too much ! À la fois trop d’emprise du bois et pas assez de place laissée à la pureté de ce cépage pris à la source à une altitude somme toute assez rare, car je pense bien que c’est le premier Carignan que je goûte à dépasser les 500 mètres.

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Il en résulte, et ce dès l’approche au nez, comme un sentiment de déjà vu et de lassitude face à cette omniprésence boisée. Un style qui me semble proche du goût ibérique si tant est qu’il existe. Je n’y peux rien et j’ai beau m’ouvrir, faire des efforts de concentration et d’adaptation, mais je ne peux m’y faire, tant le bois perturbe le vin et le dirige vers l’amertume en milieu de bouche et la planche fumée en finale.

Mon amie de Montréal, Brigitte, qui m’accompagnait dans ma dégustation, a émis une opinion différente : «J’aime ce vin !» me lança-t-elle avec force conviction… Pour m’avouer un peu plus tard qu’elle adorait tout ce qui avait le goût du fumé, à commencer par le saumon de son pays et les anchois de Cantabrie. Il s’en fallut de peu, pour accompagner ce 2009 pourtant non dénué d’un fond de fruits rouges, que je serve des toasts bien chauds d’un pain campagnard avec une tranche de hareng de la Baltique posée dessus ! Une fois de plus, entre poc y mas, tous les goûts sont dans la nature et on n’y peut rien.

Michel Smith

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#Carignan Story # 295 : le patience des Pères

Ce que j’aime à Narbonne, chez Xavier Plégades, outre l’accent et la gouaille du personnage, c’est le malin plaisir qu’il éprouve à me sortir de ses casiers un Carignan inconnu, ce goût qu’il a pour le partage et cette cuisine d’instinct qui semble partir d’un coin de plaque de feu, cette simple disposition des produits sur l’ardoise, ce jaillissement d’idées à partir de quelques anchois ou de coquillages qu’il s’est procuré avec d’autres trouvailles aux Halles toutes proches. Pas de science ni d’école, encore moins de chichi. Même quand ce n’est pas son jour officiel d’ouverture, le bougre arrive à me délecter sur le pouce ne serait-ce qu’avec une salade ou de simples croquettes. Pour vous faire une idée, relisez ce que j’ai pu écrire sur Xavier par le passé en suivant ce lien.

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Ne vous méprenez pas, mais le Célestin que je cite si souvent dans cette série de chroniques n’est en rien un restaurant branché ou un énième bar pour noctambules épris de boissons à la mode, de bières et d’artifices liés à la mixologie ambiante. Mis à part le fait que le gars se range sans ambiguïté dans le camp des naturistes, ce lieu particulier n’est qu’une enseigne gourmande de plus, une adresse de base à rajouter à la liste déjà bien fournie en bonnes tables qu’offre le registre gourmand de la sous-préfecture de l’Aude.

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Que l’on emporte le flacon ou qu’on le boive sur place, nous sommes ici dans un lieu dédié au vin dans un cadre presque minimaliste fait de murs blancs, de quelques affiches cinématographiques et de belles tables en bois blond. Mais surtout, si je reviens toujours et encore au Célestin, c’est parce que son patron, Xavier, est un suiveur de cépages rares et que son goût avéré pour le jus de la treille le pousse, comme en cuisine, à sortir des sentiers battus, à aiguiser sa curiosité, à fouiner dans sa région pour accueillir dans ses murs des vins peu habituels et si peu conventionnels.

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J’en ai eu l’exemple encore l’autre midi avec ce pur Carignan 2014 venu de La Livinière, en Minervois, mais estampillé Vin de France, Les Clos des Pères, une cuvée La Borio qu’il m’a conseillé de goûter pour une somme raisonnable, 14 € à emporter (départ propriété, la bouteille est à 9 €). Les raisins de cette vieille vigne sauvée par un tout jeune couple Anne-Laure et Julien Gieules sont cueillis à la main, puis rangés en cagettes avant d’être vidés et vinifiés dans une cuve en inox.

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Ce qui séduit d’abord ici, c’est l’étiquette qui est du meilleur goût. Elle sied parfaitement au style du vin. Visiblement les raisins sont assez concentrés en maturité et l’extraction est bien poussée si l’on se fie à l’intensité pourpre de la robe. Et le vin a besoin d’un décantage en règle si j’en juge par la retenue du nez où l’on devine quand bien même toutes sortes de parfums d’épices, de laurier, de fruits noirs et de garrigue. Cette élégante concentration se ressent nettement en bouche avec des accents de fruits chocolatés et des notes de café. Pourtant, on ressent que ce vin n’est pas tout à fait prêt, qu’il a besoin de patience. D’ici deux ans, à mon avis, il sera parfaitement apte à servir une pintade aux champignons ou pour un petit gibier à plumes.

Michel Smith

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