Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 280 : Ça se boit bien !

Mieux, le Carignan que j’ai bu l’an dernier dans un restaurant de Perpignan, La Cuisine des Sentiments, où la carte des vins fait l’effort de sortir des sentiers battus, ne manquait ni de douceur, ni de structure, ce qui est somme toute une des qualités premières du Carignan vinifié avec soin à partir de beaux raisins. Celui-là, du Domaine La Beille, était signé Agathe Larrère et Ashley Hausler. Il s’agissait d’un valeureux Côtes Catalanes (IGP) 2013 certifié AB (bio), originaire de Corneilla-La-Rivière, là même où Luc Charlier a sa cave et vinifie « le plus beau Carignan du monde », selon un certain Michel Smith qui en a bu des vertes et des pas mûres depuis qu’il est installé dans le Midi.

Photo©MichelSmith

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Une fois en bouche, le vin m’offrait un large et radieux sourire avec des tannins chaleureux mais doux. Malgré ses 14,5° de teneur en alcool, il glissait bien dans mon gosier, s’accordant au passage avec mon agneau, laissant une structure fraîche et gentiment poivrée. Je crois me souvenir que sur table il dépassait de peu les 20 € et, croyez moi, je n’avais nullement l’impression d’avoir été volé dans la mesure où le vin remplissait le rôle de compagnon de table que j’exigeais de lui. J’ai même pu emporter le fond de la bouteille pour le finir tranquillement chez moi. Un signe qui ne trompe pas : le vin se boit, donc il est bon !

Michel Smith

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#Carignan Story # 279 : Ben, au Célestin, chez Xavier !

Ce bougre de Xavier Plégades (Le Célestin, derrière les Halles, à Narbonne, voir ICI et encore ICI) m’étonnera toujours. Cela doit bien faire la troisième fois au moins, en peu de temps, que l’animal me fait le coup. Même plus besoin de lui demander ! « Tiens, Michel, tu tombes à pic : j’ai un Carignan pour toi. C’est un jeune anglais, Ben Adams, qui bosse en association avec ses compatriotes par chez toi, Paul Old et Stuart Nix, aux Clos Perdus. Il a vinifié une moitié de barrique dans son garage avec les moyens du bord. Une centaine de bouteilles, guère plus. C’est bon, mais un peu spécial, tu vas voir… ».

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Les Clos Perdus, dont j’ai déjà évoqué certaines cuvées sur ce blog il y a quelques années, article que je ne retrouve plus dans nos archives, est un domaine intéressant qui possède plusieurs vignes dans le secteur de Maury/Tautavel, mais aussi plus proche de leur base, dans les Corbières maritimes, du côté de Peyriac-de-Mer entre autres. Paul Old, qui est un peu l’âme du domaine, est proche de la biodynamie et il a un faible pour le Carignan de vieilles vignes qui entre en quantité significative dans au moins deux de ses cuvées.

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Mais pour en revenir à Xavier, J’adore aller chez lui. Pas que pour lui et ses bouteilles soigneusement rangées dans sa cave souterraine, mais aussi pour son adorable compagne, Hyacinte (elle tient à cet orthographe), la parisienne, ainsi que pour la grande et malicieuse Léti (Laetitia) affairée le plus souvent aux fourneaux. Ce midi-là, elle nous avait concocté un tendre onglet accompagné de chou fleur des plus goûteux. Bien conseillé par Xavier, j’avais acheté cette mystérieuse bouteille de Carignan 2013 vendue 19 € à emporter, ou 25 € sur table. Un peu cher, j’en conviens, mais quand on sait qu’il y en a si peu… Et pui, je suis toujours prêt à ouvrir mon portefeuille pour goûter une nouveauté !

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Il se trouve que j’ai aimé le vin malgré son aspect artisanal. Je suppose que c’est Ben Adams lui-même qui a dessiné l’étiquette puisque j’ai appris qu’avant de s’installer dans le Languedoc, il a étudié les Beaux-arts à Londres. Dans le verre, j’ai retrouvé la simplicité que procure parfois le Carignan. Ce Corbières a un aspect léger, mais il est droit, vif et agréablement acidulé, rien de très spectaculaire, mais très Carignan en somme, et prêt à boire dès cet été sur des calamars à la planxa, par exemple. Le servir frais, bien entendu.

Michel Smith


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#Carignan Story # 278 : Carrément provençal !

Il vient du pays des Coteaux d’Aix-en-Provence. Mais comme souvent, en pareil cas, il ne peut revendiquer pleinement son origine vu que le Carignan, qui vit pourtant un réel renouveau et qui a jadis occupé une place de choix en Provence, a été excommunié ici comme ailleurs sans autre forme de procès. Résultat, le flacon arbore le doux, poétique et très patriotique nom de Vin de France. Fort heureusement, dans cette pratique de plus en plus usitée afin de palier à la connerie avérée – oui, c’est une bêtise irréparable que de vouer aux oubliettes de l’histoire un cépage qui ne vous veut que du bien -, on trouve des vins « réfugiés » à qui l’on donne le droit d’asile en leur accordant l’identité du cépage en plus de l’affichage de  leur année de naissance. Tout cela est hypocrite au possible, sachant qu’en cliquant sur un moteur bien connu, le nom de la propriété, Château de Calavon, en l’occurrence, apparaîtra nous permettant instantanément de localiser la véritable patrie de ce vin, de lui redonner une sorte d’identité. Alors, sonnez les fifres et chantez les cigales, voici venir le Carignan de Provence !

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Carrément Carignan, donc. Vignes de 50 ans. Pur jus de 2013. Terre assez caillouteuse cultivée en agro biologie, depuis 5 générations dans la famille, les Audibert. Aujourd’hui, c’est Michel, cheveux au vent, qui s’atèle à maintenir la réputation de Calavon. Le tout à deux pas de l’ancienne Nationale 7, à 20 bornes d’Aix et 15 de Salon, dans la bourgade de Lambesc que certains n’hésitent pas à qualifier de petite Venise aixoise, non loin d’un fameux golf où, vers la mi-septembre, Michel Audibert patronne le Trophée Château de Calavon. Manque plus qu’à vous communiquer le prix de la bouteille pour être complet : 25 € départ cave.

Michel Audibert Photo©MichelSmith

Michel Audibert. Photo©MichelSmith

J’entends déjà les reproches de mes collègues fauchés comme les blés : même bon, le Carignan vaut-il ce tarif ? Pourquoi pas… Ce n’est pas le prix d’une place de concert d’une « artiste » sortie fraîchement d’une télé-réalité, ni celui d’une place « correcte » de finale de rugby. Alors, bon le vin ? Il l’est plus que bien des vins « chers » des appellations locales, Coteaux d’Aix, Luberon ou Baux, sachant qu’il est plus onéreux que certains carignanistes de la Vallée du Rhône toute proche. Ce qui en choquera plus d’un encore, c’est d’apprendre qu’il a été vinifié en macération carbonique puis élevé un an en cuve inox. Oui, c’est un fait : le vin est souvent d’autant plus bon qu’il a été mis en cuve raisins intacts et grappes entières.

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Cela ne me surprend pas d’ailleurs puisque le brave vieux Carignan est tout à fait adapté à ce genre de vinification. L’avantage étant que le fruit (cerise/prune) est évident au nez, même si l’on devine aussi des notes boisée et épicées qui évoquent la garrigue. Tout ici s’affirme en finesse. Y compris au bout de 5 jours d’entame et de garde au réfrigérateur, la bouche est toujours aussi ferme et dense, structurée par une belle acidité, une fraîcheur qui s’inscrit de facto dans la trame du vin. On a tout juste une pointe d’amertume en finale, rien de bien dérageant cependant. Cela provient probablement d’une extraction tannique un chouïa trop poussée qui s’affiche encore plus lorsque l’on reprend la bouteille quelques jours après l’ouverture. Attendre encore un an ou deux pour que tout cela se fonde serait peut-être de ma part un conseil judicieux.

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Si j’étais à votre place, je mettrais ce vin en carafe (non qu’il ait besoin d’un décantage, mais plus d’une aération) une ou deux heures avant d’en faire le cru du dimanche. Il n’y a rien de plus beau qu’une cave ventrue bien calée, inclinée, sur un lit de glace dans une grande soupière en porcelaine. Le proposer autour de 14/15° sur un bel oiseau : une bécasse, par exemple, un pigeonneau rôti avec une sauce légère au genièvre, ou un petit canard aux cerises, voire aux coings ou aux petits navets.

Michel Smith


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#Carignan Story # 277 : Blanc, encore… et en route pour le C Day

En cette veille de Carignan Day (demain lundi, dès l’aube…) journée initiée par l’Association Carignan Renaissance que je vous invite à rejoindre soit à Montpellier, soit chez vous, restons encore sur le Carignan blanc, si vous le voulez bien, lui qui, presque en catimini, un peu à la sauvette, mais avec allant et brio, constitue l’ossature de bien des grands vins blancs du Roussillon et du Languedoc à l’image de ce Mas Jullien 2011 que j’évoquais dans un précédent papier. Quittons donc le Roussillon pour ce cœur du Languedoc, le très volcanique et fertile secteur de Nizas/Pézenas/Caux, où sévissent deux carignanistes convaincus et vignerons talentueux habitués de ces lignes, Daniel Lecomte des Floris et Philippe Richy.

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Revenons donc sur le Carignan blanc de Deborah et Peter Core, autres acteurs incontournables et grands interprètes du Mas Gabriel, dans le même secteur, à Caux plus précisément. C’est un heureux hasard qui fait que ce blanc, lui aussi, évoque les papillons. Je ne vais pas deviser sur les mérites de leur formidable rosé (de Carignan) déjà évoqué en début d’année dans cette même rubrique parmi mes découvertes de Millésime Bio, pour la simple et bonne raison, comme je le pressentais précédemment, qu’il est aujourd’hui épuisé et que, même en payant plus cher, vous n’en auriez point. Fallait m’écouter ! Non, si je reviens sur cette petite mais efficace propriété du Mas Gabriel, c’est que je viens de goûter leur blanc qui n’était pas encore en bouteille cet hiver, mais qui déjà donnait des signes de belle tenue.

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Autant le dire sans attendre, ce n’est pas un pur cent pour cent Carignan puisqu’il est associé à 20 % de Vermentino (ou Rolle), mais ce mariage entre une matière droite, noble et tranchante, avec un jus frétillant, frais et charnu, donne un résultat dont on se souviendra. En ce moment, en cette saison devrais-je dire où le poisson s’affiche volontiers, c’est un vin superbe que l’on peut se procurer à 14 € départ. Ce serait vraiment dommage de passer à côté, d’autant qu’à mon avis, il nous réserve encore des surprises pour les années à venir.

Michel Smith


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#Carignan Story # 276 : le blanc qui papillonne

Du blanc, enfin du blanc ! Du blanc pour rappeler que notre cher Carignan n’est pas que rouge ou rosé. Du blanc pour saisir au vol l’impact que peut avoir sur la dégustation non aveugle le nom d’une cuvée accolé sur une étiquette de vin. Du blanc bu chaud aussi, enfin à température ambiante (22°), pour changer et montrer que le blanc n’est pas nécessairement l’ami de la glace. En prenant le pouls du nez de cet Effet papillon bien de chez nous (il en existe un autre à Savennières, si ma mémoire ne me trahit pas), bouteille apportée sur ma table par Mireille, que je remercie au passage, j’ai senti comme un battement d’ailes, un léger papillonnage d’effluves monter du verre : il y avait des notes épicées douces et profondes, des miettes granitiques broyées réduites en poussières, du schiste rouillé comme brûlé par le temps, du fumé et de la fumée de sarments, de l’écorce de cédrat et du zeste de citron, enfin que des choses sérieuses, bonnes, apaisantes et stimulantes à la fois. Un vin naturel, en somme, un vrai vrai, comme je les aime.

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Bien entendu ce blanc 2014 brandit l’étendard Côtes Catalanes, certainement l’IGP qui rassemble le plus de vins de Carignan sous sa bannière. Cela ne me surprend pas car, en plus d’être montagne, ce vin est mer. Mer et montagne, donc bien Catalan, typique du Roussillon devrais-je dire. Aucun dépaysement pour moi ! En bouche, toujours à la même température, je le sens chaud, c’est vrai, mais sec, bien droit, massif comme le roc des Albères, tendre, friable et salin comme le sable d’Argelès, collant comme l’huile des plantes de la proche garrigue. Pourtant, s’il est bien de montagne, ce n’est pas des Albères qu’il vient, mais d’une montagne voisine elle aussi schisteuse, celle du Haut-Fenouillèdes, comme le stipule la contre-étiquette apposée par Marjorie et Stéphane Gallet du Domaine du Roc des Anges. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, le domaine des Gallet, à 30 ou 40 km de Perpignan, se trouve non loin du lieu où la rivière Maury va rejoindre son fleuve, l’Agly, aux portes de Corbières et de l’Aude. Le Roc des Anges est aussi connu pour son magistral Carignan rouge, le 1903 plus d’une fois décrit ici. Je crois savoir, sans en avoir la certitude, que ce vin est issu de vins achetés en altitude (autour de 400 m), du côté de Saint-Paul-de-Fenouillet où le raisin mûrit dans la journée et profite à fond des nuits fraîches pour se ressaisir.

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Cap vers l’ouest donc,  le long de la RD 117 qui mène vers Foix en traversant le Fenouillèdes. On ne le croirait pas comme ça, mais ce modeste ruban inauguré en 1824 sur le tracé d’une voie romaine n’est autre que l’ancienne Nationale reliant, côté français, la Catalogne au Pays Basque. Etymologiquement, nous sommes bien plus dans le pays des foins que dans celui du fenouil, même si cette plante ne manque pas dans les parages. Au passage, pour en finir avec un détail qui a tout de même son importance, notons que les gens du cru disent le (la pour certains) FenouillèdesFenolleda, Frenolheda ou Fenolhedes en occitan – pour désigner ce petit territoire pyrénéen qui fut un temps catalan (fenollet ou fenolhet dans cette langue) puisqu’il dépendait, avant le traité de Corbeil (1258), des comtés de Cerdagne et de Besalu. En réalité, des linguistes ont démontré depuis que dans le Fenouillèdes on utilisait presqu’autant de mots catalans qu’occitans. Pour éviter le risque d’une énième polémique linguistique, disons simplement que le Fenouillèdes est une région de moyenne montagne des Pyrénées-Orientales et de l’Aude où l’on parle un peu plus occitan que catalan en se servant toutefois de plus en plus de la langue française…

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Mais revenons à nos papillons. Aucune puissance exagérée malgré la chaleur de la matière qui papillonne en bouche. Au contraire, si l’on ne sent pas du tout d’excès d’alcool, on a quelque chose d’alerte, de rythmé, le tout dans un joli sens de l’équilibre ponctué de savoureuses notes salines.

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Et d’en revenir ainsi à la mer. C’est presque automatique, mais je repense à ces « oreilles » de denti, un fameux poisson de nos côtes si joliment préparé l’autre jour par Carlos Orta Cimas, le chef de mon restaurant favori Villa Mas où j’étais invité par mon ami carignaniste Philippe Modat. J’ai la conviction que ce blanc légèrement fumé, sauvage et minéral collerait à la chair fine de ce poisson tant apprécié des pêcheurs.

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Par acquis de conscience, j’ai revu L’effet papillon à une température beaucoup plus normale pour un blanc après un certain temps passé au réfrigérateur. Le nez est sur la finesse, la bouche délicate, subtile qui vire plus sur l’agrume en finale. L’idéal serait donc de le saisir à une température intermédiaire afin de vibrer à l’unisson et de ressentir les fameux battements d’aile que tout enfant de la campagne a connu au moins une fois dans sa vie en capturant l’insecte dans le creux de ses mains pour épater les autres. C’est ainsi que je propose de le cueillir à 16°, température qui convient parfaitement au Carignan rouge soit dit en passant, surtout en été.

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Stéphane et Marjorie Gallet. Photo©MichelSmith

Le nouveau blanc de Marjorie et Stéphane ne manque pas de succès et je ne serais pas surpris qu’il disparaisse vite des rayonnages de nos cavistes. Chez moi, aux Caves Maillol on m’a assuré qu’ils étaient sur le point d’en recevoir une deuxième fournée. Prix de vente : 10,50 €. Si j’étais vous, j’irais faire le plein sur le champ ! Les poissons de l’été vous remercieront et vous contribuerez, qui sait, grâce à cette belle étiquette, à faire revoler de plus belle ces insectes ailés qui, je ne sais pas pour vous, ont tendance à disparaître dans nos campagnes.

Michel Smith


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#Carignan Story # 275 : Retour sur trois, dont le plus grand !

Sans même me relire – promis, juré – pour voir ce que je pouvais écrire auparavant sur ces vins, je me suis amusé, grâce à une série de circonstances bienveillantes, à revoir quelques vins déjà décrits mais dans un millésime passé. À tout seigneur, tout honneur, j’ai d’abord mis la main sur « mon » Carignan du Puch, celui que nous réalisons à six individus pas toujours d’accord sur la méthode à suivre, mais faisant confiance finalement à l’un de nos associés que je ne citerai pas afin de ne pas le mettre mal à l’aise, un gars brillant qui a une grande expertise en matière de biodynamie, méthode de culture que nous ne revendiquons pas tout simplement parce nous ne la pratiquons pas vraiment. Et si nous le faisions, nous n’aurions pas de toute façon les moyens financiers nécessaires, sur un hectare, pour payer la certification.

Photo©MichelSmith

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Notre étiquette est Puch, un nom bien à nous pour désigner le sommet, pech en occitan, puig en catalan. Il faut dire que le Serrat d’El Puig est le nom du lieu-dit où se trouve notre vigne. Notre IGP est Côtes Catalanes. Notre « pays » est Tresserre, village de l’Aspres, entre l’Espagne et Perpignan. Pour nous amuser et pour casser les codes, nous changeons de couleur d’habillage chaque année avec, de préférence, un petit texte de présentation de plus en plus court, à mon grand regret vous vous en doutez. 2010, étiquette verte, est notre second millésime et sa robe paraît quelque peu évoluée, sachant que l’échantillon n’a pas connu d’autre cave que mon bureau parfois très chaud en été. Le nez n’est pas évident, tandis qu’une fois installé en bouche le vin a gardé son caractère acide, une franche et belle acidité sur une matière équilibrée et un fruité tendre aux notes confites. Pour moi, c’est un vin facile qu’il est grand temps de le boire – et nous avons vidé la bouteille sans mal avec des amis ce midi -, même si je sais qu’il peut tenir encore sans que je puisse me persuader de l’intérêt de le faire. Seule réserve : suis-je vraiment objectif pour en parler ? Pas vraiment, alors passons…

Le plus grand Carignan du monde ? Photo©MichelSmith

Le plus grand Carignan du monde ? Photo©MichelSmith

La dégustation n’étant pas à l’aveugle, je me réjouis par avance de venir à bout (facilement) du bouchon de verre qui coiffe ou décoiffe la haute bouteille de La Loute 2011, un Vin de France, enfanté sur les terres arides et sauvages des basses Fenouillèdes, là aussi à une vingtaine de kilomètres de Perpignan, dans ce que l’on peut qualifier l’arrière-pays. L’échantillon a été conservé (debout, c’est l’avantage) moins longtemps que le 2010 précédent, mais à l’abri de la lumière dans une pièce non climatisée. On change de registre car on a visiblement un vrai grand millésime estampillé de surcroît Cuvée du Jubilé. Le nez fonctionne à plein régime sur le registre de la garrigue, avec amplitude et finesse. La bouche est majestueuse, qui s’affirme sans hésitation. Le vin donne envie de s’incliner, de se recueillir, de s’isoler. Gelée de petits fruits noirs et rouges parfaitement murs en bouche, notes de ciste, laurier, thym, fenouil, matière fondue, tendre, pleine de sève, langoureuse, laissant apparaître des touches fumées, pierreuses, grillées. Grande longueur avec une pointe de fraîcheur délicatement parfumée (pinède) faisant de la finale un moment de contemplation, de ravissement, de bonheur. Tel un magistral Porto, c’est presque un vin religieux à boire seul dans un fauteuil en fermant les yeux et les oreilles pour se focaliser sur la musique du vent et les bruits de la nature. Je sais, ça doit vous fait marrer cette image, mais je vous assure avec force que c’est réellement ce que je ressens. Ou alors, choisissez un autre fond sonore, je ne sais pas moi, Mahler, par exemple !

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On peut difficilement faire mieux dans le registre du Carignan ! Pour info, il affiche une degré de 14,5°, contre 12,5° pour le vin précédent et le même degré d’alcool pour le troisième. Une seule question subsiste : faut-il le boire ? Pour ma part, c’est oui, on peut commencer. Mais uniquement sur des mets choisis (gigot d’agneau, par exemple) pour leur grande qualité et surtout, sans se précipiter car le vin, dans une bonne cave, peut à mon avis encore tenir bien au delà de 2020. Et c’est sans hésiter que je l’ai classé dans ma tête comme « Champion du monde des Carignans », toutes catégories !

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Arrivé la veille par voie postale, le vin suivant, lui aussi, est bâti pour aller jusqu’à 2020, au moins. Il s’agit d’un autre Vin de France, mais d’un 2013, provenant du Vaucluse et du secteur de Vaison-la-Romainele danois Rune Elkjaer tâte du Carignan depuis quelques années déjà. Bien que trop jeune et quelque peu bouleversé par le transport, j’aime son Carignan. Il affiche son nom de cépage de manière ostentatoire sur l’étiquette : nez épicé, riche en matière, épais, savoureux, plein de notes de fruits rouges très mûrs en bouche, la garrigue en plus, et il se goûte sans mal sur la fraîcheur. Facile, dans le bon sens du terme s’entend (il titre 12,5°), sa texture est assez veloutée et portée sans retenue sur la longueur pour nous conduire sur une finale quasi parfaite. Manque plus qu’une fricassée de champignons des bois, trompettes de la mort si possible, pour aller au paradis !

                                                                                                Michel Smith


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#Carignan Story # 274 : le nouveau des Aspres

Dans le monde imaginaire et fort restreint du Cercle des Cavistes Carignanistes Convaincus Catalans, les bien connus 5C, le bruit s’est répandu telle une trainée de poudre : un nouveau-né enfanté et enregistré près de Perpignan, dans les Aspres en 2014, du côté d’un village au nom étrange de Trouillas, allait bientôt faire parler de lui. Seuls les initiés eurent la chance de pouvoir s’approcher de lui et, grâce à Jean-Pierre Rudelle (Le Comptoir des Crus) dans un premier temps, puis à l’ami Rodolphe Garcias, mon agent spécial dans les Aspres, animateur d’un fameux club de dégustation, j’en ai profité pour rencontrer le père-vigneron chez moi. En compagnie de ses échantillons, bien sûr. Il m’a présenté ses premiers vins, ceux de son Domaine de la Meunerie : un blanc et trois rouges dont un Carignan. Que des petites cuvées.

Photo©MichelSmith

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À 42 ans, Stéphane Batlle (prononcez baille), yeux pétillants et physique apte au jeu de rugby, possède 17 ha de vignes dont les fruits étaient jusque-là en totalité réservés à la coopérative de Passa. Suite à ce qu’il dit être pudiquement « un accident de vie », tout en continuant de livrer du raisin à la cave coopérative, Stéphane est décidé de laisser libre cours à sa passion du vin et de construire poc a poc un domaine viticole à sa mesure dans un premier temps et dans l’un des meilleurs secteurs viticoles de sa commune. Perfectionniste dans l’âme – « je connais le moindre mètre carré de mes vignes » -, adepte du travail bien fait, il a réfléchi et « édifié » son projet durant 6 ans autour d’une ancienne meunerie avant de se lancer l’an dernier sur quelques parcelles choisies dont une de Carignans centenaires plantés sur une terre argilo calcaire très riche en fer. Avec une autre vigne, au sol plus sableux qu’il réserve à ses assemblages pour d’autres cuvées, dont un magistral Caruso pour moitié Grenache noir (12 €), il ne totalise qu’un hectare en Carignan.

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Ce sont ses vignes centenaires qui composent le Carignan 2014 (Côtes Catalanes, 14 €) que Stéphane a mis en bouteilles (un millier d’exemplaires) cet hiver. Le raisin a été trié à la parcelle, vendangé en caissettes de 12 kg, puis rangé dans une chambre froide réglée à 8° de température pendant 48 heures avant d’être éraflé, trié de nouveau sur table dans le but de ne garder que des grains intacts, grains qui seront versés directement dans une cuve inox. Dans la cuve recouverte mais non fermée hermétiquement (le couvercle repose sur des serviettes humides pour empêcher les moucherons de pénétrer) les grains de raisin vont macérer, maintenus à température ne dépassant pas 23°, ce pendant 14 jours avec foulages aux pieds et des piégeages réguliers u début assurés de la même manière par Stéphane en personne. Le vin n’est pas filtré.

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Présence du fer oblige, la robe est bien soutenue. Des notes de fleurs de garrigue et de petits fruits noirs interviennent dès le premier nez, suivies d’une touche de verdeur. En bouche, on a d’abord la sensation de croquer le raisin bien mûr : de l’opulence, de la densité, un peu de sucrosité (notes de figues sèches, le vin affiche 14,5° en alcool), mais on devine surtout une grande réserve. On le sent ferme, tendu, long au point que l’on se dit que c’est vraiment trop tôt de le boire, qu’il faut le garder au moins un an ou deux pour voir. À mon avis, il sera très appréciable entre 8 et 10 ans de garde. Et pour un premier vin, nul doute que c’est un sacré vin !

Michel Smith

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