Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

L'escalivade et le Carignan blanc. Photo©MichelSmith


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#Carignan Story # 284 : de cargolade en escalivade…

Prenez un vigneron sympa comme le Sud en produit des tonnes. Philippe Modat, par exemple, sur lequel j’ai déjà écrit tout le bien que je pensais ici. Dans son vignoble enchanteur de Cassagnes, en plein Fenouillèdes, il recevait cet été ses amis parisiens parmi lesquels je m’étais incrusté sachant d’une part que Philippe est le roi de la cargolade et d’autre part que sa maman passe pour être la madone de la cuisine catalane ! Comme d’habitude, il y avait son copain, le vigneron Jean Gardiès, ténor du Roussillon, accompagné de son épouse, Christine. Leur Carignan rouge 2010 Les vignes de mon Père a déjà fait l’objet d’un article dans ces lignes, article que je n’ai pas retrouvé dans les archives de notre ancien hébergeur, mais dont j’ai heureusement gardé une trace sur mon ordinateur…

Vue sur le Domaine Modat à Cassagnes. Photo©MichelSmith

Vue sur le Domaine Modat à Cassagnes. Photo©MichelSmith

Voici ce que m’inspirait ce rouge, il y a 2 ou 3 ans : Cette cuvée, je l’ai goûtée l’autre jour à Perpignan chez Jean-Pierre Rudelle, marchand de vins de son état. C’était dans sa version 2010, en vente à l’heure actuelle au prix, certes conséquent, de 20 € (au Domaine Gardiès, on a toujours considéré à juste titre que les vins, fussent-ils du Roussillon ne devaient pas être bradés), et je dois dire que j’ai été véritablement impressionné. Élevé en demi-muids, le Carignan sur argilo-calcaire des coteaux de Vingrau, sur la route de Tautavel, étonne à la fois par sa densité, sa profondeur, sa structure bien ferme, sa longueur et sa pureté de fruit. Pas de doute, même si mon observation fait un peu cliché, ce vin fait partie de ces Carignans de légendes qui commencent à fleurir chez quelques maîtres vignerons. Mieux, je dirai que c’est un vin d’intelligence, la conséquence plus d’une réflexion que d’une précipitation.

Photo©MichelSmith

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Lors de cette belle journée estivale, tandis que se préparait la cargolade, Jean Gardiès, que je n’avais pas revu depuis un bout de temps et dont les vignes sont désormais certifiées bio, nous a fait la surprise d’ouvrir une de ses nouvelles cuvées, un rare Carignan blanc. Je dis rare, or ce n’est pas tout à fait le cas puisque de plus en plus de vignerons mettent en avant ce cépage que l’on croyait relégué aux oubliettes il y a seulement 20 ans, mais qui revient pourtant en force ces temps-ci dans pas mal d’assemblages ou dans les cuvées où il est vinifié seul.

Photo©MichelSmith

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C’est le cas ici avec ce Côtes Catalanes 2014 qui ne figure même pas sur le site Internet du domaine et dont le prix de vente se situe autour de 20 €. Il offre du charnu, un semblant de rondeur charmeuse en attaque, mais aussi et surtout une magistrale structure empreinte de fraîcheur laquelle maintient le palais en éveil tout en encadrant la bouche de sa persistance. Bien sûr qu’il allait bien sur les escargots farcis d’aïoli et cuits aux sarments !

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Pour mon plus grand plaisir, ce blanc faisait encore plus l’affaire sur l’escalivada de légumes, un plat typiquement catalan, qu’un enfant de 12 ans serait capable de réaliser tant il paraît facile. Ce qui compte pourtant, du moins tel est mon avis, c’est d’avoir à sa disposition un beau plat en terre pouvant aller au four, mais aussi du thym frais de la garrigue, un ou deux feuilles de laurier, une bonne huile d’olive, des poivrons rouges bien épluchés, de l’ail, des oignons de Toulouges, des aubergines et des courgettes du potager coupées en longues lamelles… sans oublier une grand mère cuisinière pour bien surveiller le plat afin qu’il ne brûle point. Cependant, chacun a sa recette, son petit plus, son truc.

L'escalivade et le Carignan blanc. Photo©MichelSmith

L’escalivade et le Carignan blanc. Photo©MichelSmith

Pour vous aider, je vous invite à visionner ici la recette que propose Pierre-Louis Marin, le chef de Montner. Ces légumes confits et croquants se mangent froids l’été. Bien entendu, pour bien l’accompagner, un blanc du pays s’impose dans sa jeunesse, à l’instar des Lucioles du Domaine Modat où je me trouvais ce jour-là et avec lequel je me suis régalé au début. Mais sans faire offense à Philippe, le plat préparé par sa maman (merci Madame !) était comme magnifié par le Carignan blanc de Jean. Sacrés vignerons !

Michel Smith


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#Carignan Story # 283 : Trilla, la nouvelle Mecque des vieux cépages !

On peut dire ce que l’on voudra, mais ce sont parfois les idées les plus simples qui sont les plus efficaces. Lorsque mon ami André Dominé, journaliste du vin d’origine allemande résidant à Trilla, bled improbable perdu dans les Hautes-Fenouillèdes, département des Pyrénées-Orientales, a eu l’idée d’organiser pendant le fête de son  village un mini salon du vin autour du thème des vieux cépages, nombreux furent ceux qui riaient sous cape. Moi le premier, qui ne voyait pas en quoi de vulgaires vieux cépages pouvaient intéresser le peuple du vin.

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La fête au village… Photo©MichelSmith

Première vague de Carignans... Photo©MichelSmith

Première vague de Carignans en dégustation libre au Carignan Corner… Photo©MichelSmith

A dire vrai, je n’en menais pas large, songeant que, oui, c’était peut-être possible, mais qu’il ne fallait pas s’attendre à une déferlante. Et ce fut bel et bien le cas au début : une poignée de vignerons locaux convoqués à exposer leurs vins, votre serviteur tentant timidement de faire goûter ses échantillons de Carignan récoltés au cours de ses pérégrinations et quelques rares visiteurs déambulant sans trop savoir où ils mettaient les pieds.

Depuis deux ans, tout change : la mayonnaise prend, les vignerons affluent – ils étaient 25 hier, venus de l’Aude, de l’Hérault et même d’Alsace -, tandis que mon Carignan Corner, offrant une vingtaine d’échantillons en dégustation libre, attirait aussi bien les simples leveurs de coudes que les amateurs sincères.

Dans ce mini-reportage, on trouvera des portraits de vignerons présents, tous carignanistes convaincus auteurs de mémorables vins issus du cépage Carignan largement décrits par le passé dans cette rubrique dominicale.

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Rémi Jaillet Photo©MichelSmith

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Saskia Van Der Horst Photo©MichelSmith

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Christine Civale et Luc Charlier Photo©MichelSmith

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Benoît Danjou Photo©MichelSmith

Depuis deux ans, tout change : la mayonnaise prend, les vignerons affluent – ils étaient 25 hier, venus de l’Aude, de l’Hérault et même d’Alsace -, tandis que mon Carignan Corner, offrant une vingtaine d’échantillons en dégustation libre, attire aussi bien les simples leveurs de coudes et les amateurs sincères.

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Carolin Bantlin Photo©MichelSmith

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Raymond Manchon Photo©MichelSmith

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Jean-Marie Rimbert Photo©MichelSmith

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Elizabeth et Jon Bowen Photo©MichelSmith

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France Crispeels Photo©MichelSmith

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Yvon Soto Photo©MichelSmith

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Jacques et Mikael Sire Photo©MichelSmith

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Patricia Boyer-Domergue Photo©MichelSmith

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John Bojanowski Photo©MichelSmith

Ils sont beaux, n’est-ce pas ? Comment ne pas les aimer ?

Attention ! La semaine prochaine, Dimanche, revenez sur nos ondes… Vous aurez droit au descriptif d’un Carignan exceptionnel vinifié par un anglais tout aussi exceptionnel et présenté en demi-bouteille : âmes sensibles ne surtout pas s’abstenir !

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Michel Smith


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#Carignan Story # 282 : parmi de vieux flacons…

Cela m’arrive de temps en temps : à force de collectionner, je suis tombé l’autre soir sur un lot de vieilleries pas si antiques que ça. Des vins divers et variés tirés d’un fond de cave. Mon œil fut attiré immédiatement par le gros flacon (tant pis pour toi, mon cher Hervé…) oublié du Château de Gaure, bouteille lourde d’un vert antique quelque peu grisé, joliment illustrée et estampillée Carignan. En relisant la contre-étiquette que tout le monde néglige de parcourir de peur d’y lire un discours banal et sans intérêt, j’en déduisis qu’il s’agissait d’un tri particulier effectué lors de la vendange 2008 au sein d’une parcelle ancienne plantée de rouge, du côté de Latour-de-France, dans le Roussillon. Le but ? Cueillir les grappes des carignans blancs disséminés – complantés si vous préférez – dans cette parcelle. Le mélange de cépages était classique dans la région où il arrive encore aujourd’hui, dans une vigne que l’on croit être majoritairement plantée de grenache rouge, par exemple, de trouver de ci de là quelques pieds de grenache blanc ou gris, parfois même du macabeu ou du muscat. Ce fut pour moi comme un rappel que la vigne n’a qu’une vie dès lors qu’on s’en occupe, et que si l’on veut que nos enfants en profitent, on se doit de l’entretenir en renouvelant ce qui est sans vie.

Photo©MichelSmith

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Signes d’un temps révolu où le vigneron – pauvre, la plupart du temps – remplaçait ses manquants au fur et à mesure avec les plants dont il disposait sans trop se soucier du cultivar en question. « Je ne sais plus ce que c’est, devait-il penser, mais je n’ai pas d’argent ni de temps pour aller chez le pépiniériste donc, je plante et on verra bien ce que ça donne » ! Pas de je m’enfoutisme à voir là-dedans, mais plutôt une grande logique paysanne, un simple raison pratique et financière dans un pays souvent reculé où les communications n’étaient en rien semblables à celles dont nous jouissons de nos jours. En outre, peut-être par simple effet de mode, peut-être aussi pour remplir les cuves, mais de la Côte Rôtie au Bordelais il était courant en ce temps-là d’ajouter jusqu’à 20 ou 30 % de vin blanc dans son rouge. L’essentiel étant de le vendre au courtier qui le trouvait franc et marchand. Car il fallait bien que l’argent rentre.

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Mais revenons à nos vieilles vignes. La zone du Fenouillèdes, maintes fois évoquée ici pour ses paysages de toute beauté et ses nombreux vignerons de talent intéressés dès le départ par la valeur de nos carignans, la plupart plantés sur schiste, a évité semble-t-il plus qu’ailleurs de sombrer dans la frénésie des arrachages massifs qui eurent lieu dans les années 80 au profit de la Syrah, certes élégante, mais légèrement putassière. Dans ce coin des Pyrénées-Orientales, on maintient en vie avec respect pas mal de vieilles vignes de Carignan, ou de Grenache. Certains vont jusqu’à les vénérer. Non par excès de conservatisme, mais parce que l’on sait que ces plants donnent des vins de haute volée et de très faibles rendements, tout en sachant pertinemment que, faute de pouvoir partir en Côtes du Roussillon, appellation où le cépage Carignan n’est guère en odeur de sainteté (jusqu’à récemment, car le vent tourne, fort heureusement…), ces vins seront étiquetés Côtes Catalanes – ex Vin de Pays, pour ceux qui suivent – ou Vin de France, soit ex Vin de Table.

C’est le cas de cette belle bouteille, Vin de Table (à l’époque) 2008, issu de raisins de Carignan blanc achetés sur place, donc un horrible vin de négoce (pardon pour le sarcasme), vinifié dans une seule barrique comme l’explique fort bien la contre-étiquette. Pour être honnête, je m’attendais au pire. Non pas que le Château de Gaure soit des plus mauvais, bien au contraire, mais parce que je suis encore aux prises avec ces horribles clichés et préjugés que je m’attache pourtant avec l’âge à combattre avec acharnement : le blanc du Sud ne vieillit pas, le négoce c’est de la merde, le vin est celui d’un riche propriétaire, ma cave n’est pas climatisée, etc.

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Quelques mots sur le propriétaire de Gaure, Pierre Fabre. Ses ancêtres vignerons viennent du Gard, tandis que de son côté il a fait sa vie en Belgique. Amoureux du Sud, il s’est entiché d’un domaine de 200 ha de bois et de vignes à proximité de Limoux et de Carcassonne où il vient régulièrement se ressourcer et pratiquer son hobby, la peinture, celle-là même que l’on retrouve sur ses étiquettes. N’ayant que des vignes blanches sur le secteur de Limoux, il a acquis d’autres vignes rouges, Grenache surtout, mais aussi Carignan et Mourvèdre, dans la vallée de l’Agly à une cinquantaine de kilomètres de chez lui. Heureusement qu’il y a encore en France des gens comme lui, des gars qui prennent la peine d’investir dans une propriété de taille non seulement pour y vivre des heures de bonheur avec leurs enfants, mais aussi pour entretenir la terre, la cultiver (en bio), la faire vivre et en récolter des fruits. Oui, tout cela est heureux.

Si j’en crois les caciques, ceux qui clamaient jadis que le Sud était incapable de produire du bon vin blanc, ce dernier aurait du être sifflé dans sa première ou seconde année. N’allez surtout pas les écouter dans le cas où vous tomberiez sur un beau blanc comme celui-là ! Il me rappelle l’exceptionnelle droiture d’un autre Carignan blanc, celui de Daniel Le Conte des Floris, un 2004 de la région de Pézenas (Hérault) goûté il y a deux ans grâce à la générosité de son géniteur. La légère blondeur habituelle de la robe a pris une tonalité certes un peu plus foncée, mais sans aucun excès. Le nez n’est guère expressif, un peu strict peut-être, mais il est pourtant bien là, on le sent, on le devine. Avec ce 2008, tout se passe en bouche. Servi pas trop froid, comme il se doit, on a quelque chose de ténu, comme une sensation de puissance mêlée d’opulence. Voilà un vin qui marque le palais, qui s’impose avec force et noblesse. Aucun boisé hormis une très légère touche pain d’épices, des notes de pêche compotée, de pinède et de cédrat. Et en finale, cette bienveillante acidité qui vous émoustille le palais en faisant durer le plaisir. Pour ma part, j’aimerais le tester sur un poulet au citron ou sur un gros poisson, genre baudroie. Je suis ravi car il me reste un flacon du même vin que je vais attendre encore un peu !

Michel Smith

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# Carignan Story # 281 : quand l’été pointe son nez…

Vous souvenez-vous – je m’adresse là aux rares habitués, aux vieux de la vieille – du Ça se boit bien (piqûre de rappel, pour ceux que ça intéresse) de l’autre dimanche ? Le Carignan d’un Anglais égaré aux Clos Perdus était certes facile à boire mais ne manquait pas pour autant de complexité ni de finesse. Xavier Plégades, qui me l’avait fait découvrir dans son antre de Narbonne, Le Célestin, m’a conseillé aussi de goûter un autre Carignan, bien plus abordable puisqu’il ne m’a coûté 8 euros à emporter. Alors, puisque l’été est bien installé et que les températures pointent au plus élevé…

Photo©MichelSmith

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C’est tendre, sans sulfites ajoutés, enjoué, souple, aimablement épicé, fruité, léger. Rien de plus ? Un peu plus quand même, car j’oubliais un petit grain accrocheur, un air de revenez-y. Et si ça se boit bien aussi, ce style de Carignan sans prétention est un parfait vin de saison, un vrai rouge d’été à boire, frais bien entendu, entouré d’une ribambelle de copains avec ce qu’il faut de petits légumes farcis, d’olives gentiment parfumées aux herbes, d’escargots de mer, de brochettes savoureuses et de poissons frits.

La Pointe, puisque c’est son nom, tout comme La Prairie (un pur Aramon), sont issus du Domaine de la Banjoulière, sur les terres de Corneilhan, dans l’Hérault. Si j’en crois ceux qui connaissent un peu le vigneron, Sébastien Benoit-Poujad, c’est lui qui dessine ses étiquettes de Vin de France. Seul hic, à moins qu’une contre-étiquette se soit envolée, notre vigneron ne semble pas savoir que l’on peut désormais indiquer le millésime sur le flacon. J’opte pour un 2014. Mais ce pourrait être du 2013… Allez savoir ! À méditer en tout cas pendant la sieste sous un pin parasol !

Michel Smith


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#Carignan Story # 280 : Ça se boit bien !

Mieux, le Carignan que j’ai bu l’an dernier dans un restaurant de Perpignan, La Cuisine des Sentiments, où la carte des vins fait l’effort de sortir des sentiers battus, ne manquait ni de douceur, ni de structure, ce qui est somme toute une des qualités premières du Carignan vinifié avec soin à partir de beaux raisins. Celui-là, du Domaine La Beille, était signé Agathe Larrère et Ashley Hausler. Il s’agissait d’un valeureux Côtes Catalanes (IGP) 2013 certifié AB (bio), originaire de Corneilla-La-Rivière, là même où Luc Charlier a sa cave et vinifie « le plus beau Carignan du monde », selon un certain Michel Smith qui en a bu des vertes et des pas mûres depuis qu’il est installé dans le Midi.

Photo©MichelSmith

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Une fois en bouche, le vin m’offrait un large et radieux sourire avec des tannins chaleureux mais doux. Malgré ses 14,5° de teneur en alcool, il glissait bien dans mon gosier, s’accordant au passage avec mon agneau, laissant une structure fraîche et gentiment poivrée. Je crois me souvenir que sur table il dépassait de peu les 20 € et, croyez moi, je n’avais nullement l’impression d’avoir été volé dans la mesure où le vin remplissait le rôle de compagnon de table que j’exigeais de lui. J’ai même pu emporter le fond de la bouteille pour le finir tranquillement chez moi. Un signe qui ne trompe pas : le vin se boit, donc il est bon !

Michel Smith

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#Carignan Story # 279 : Ben, au Célestin, chez Xavier !

Ce bougre de Xavier Plégades (Le Célestin, derrière les Halles, à Narbonne, voir ICI et encore ICI) m’étonnera toujours. Cela doit bien faire la troisième fois au moins, en peu de temps, que l’animal me fait le coup. Même plus besoin de lui demander ! « Tiens, Michel, tu tombes à pic : j’ai un Carignan pour toi. C’est un jeune anglais, Ben Adams, qui bosse en association avec ses compatriotes par chez toi, Paul Old et Stuart Nix, aux Clos Perdus. Il a vinifié une moitié de barrique dans son garage avec les moyens du bord. Une centaine de bouteilles, guère plus. C’est bon, mais un peu spécial, tu vas voir… ».

Photo©MichelSmith

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Les Clos Perdus, dont j’ai déjà évoqué certaines cuvées sur ce blog il y a quelques années, article que je ne retrouve plus dans nos archives, est un domaine intéressant qui possède plusieurs vignes dans le secteur de Maury/Tautavel, mais aussi plus proche de leur base, dans les Corbières maritimes, du côté de Peyriac-de-Mer entre autres. Paul Old, qui est un peu l’âme du domaine, est proche de la biodynamie et il a un faible pour le Carignan de vieilles vignes qui entre en quantité significative dans au moins deux de ses cuvées.

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Mais pour en revenir à Xavier, J’adore aller chez lui. Pas que pour lui et ses bouteilles soigneusement rangées dans sa cave souterraine, mais aussi pour son adorable compagne, Hyacinte (elle tient à cet orthographe), la parisienne, ainsi que pour la grande et malicieuse Léti (Laetitia) affairée le plus souvent aux fourneaux. Ce midi-là, elle nous avait concocté un tendre onglet accompagné de chou fleur des plus goûteux. Bien conseillé par Xavier, j’avais acheté cette mystérieuse bouteille de Carignan 2013 vendue 19 € à emporter, ou 25 € sur table. Un peu cher, j’en conviens, mais quand on sait qu’il y en a si peu… Et pui, je suis toujours prêt à ouvrir mon portefeuille pour goûter une nouveauté !

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Il se trouve que j’ai aimé le vin malgré son aspect artisanal. Je suppose que c’est Ben Adams lui-même qui a dessiné l’étiquette puisque j’ai appris qu’avant de s’installer dans le Languedoc, il a étudié les Beaux-arts à Londres. Dans le verre, j’ai retrouvé la simplicité que procure parfois le Carignan. Ce Corbières a un aspect léger, mais il est droit, vif et agréablement acidulé, rien de très spectaculaire, mais très Carignan en somme, et prêt à boire dès cet été sur des calamars à la planxa, par exemple. Le servir frais, bien entendu.

Michel Smith


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#Carignan Story # 278 : Carrément provençal !

Il vient du pays des Coteaux d’Aix-en-Provence. Mais comme souvent, en pareil cas, il ne peut revendiquer pleinement son origine vu que le Carignan, qui vit pourtant un réel renouveau et qui a jadis occupé une place de choix en Provence, a été excommunié ici comme ailleurs sans autre forme de procès. Résultat, le flacon arbore le doux, poétique et très patriotique nom de Vin de France. Fort heureusement, dans cette pratique de plus en plus usitée afin de palier à la connerie avérée – oui, c’est une bêtise irréparable que de vouer aux oubliettes de l’histoire un cépage qui ne vous veut que du bien -, on trouve des vins « réfugiés » à qui l’on donne le droit d’asile en leur accordant l’identité du cépage en plus de l’affichage de  leur année de naissance. Tout cela est hypocrite au possible, sachant qu’en cliquant sur un moteur bien connu, le nom de la propriété, Château de Calavon, en l’occurrence, apparaîtra nous permettant instantanément de localiser la véritable patrie de ce vin, de lui redonner une sorte d’identité. Alors, sonnez les fifres et chantez les cigales, voici venir le Carignan de Provence !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Carrément Carignan, donc. Vignes de 50 ans. Pur jus de 2013. Terre assez caillouteuse cultivée en agro biologie, depuis 5 générations dans la famille, les Audibert. Aujourd’hui, c’est Michel, cheveux au vent, qui s’atèle à maintenir la réputation de Calavon. Le tout à deux pas de l’ancienne Nationale 7, à 20 bornes d’Aix et 15 de Salon, dans la bourgade de Lambesc que certains n’hésitent pas à qualifier de petite Venise aixoise, non loin d’un fameux golf où, vers la mi-septembre, Michel Audibert patronne le Trophée Château de Calavon. Manque plus qu’à vous communiquer le prix de la bouteille pour être complet : 25 € départ cave.

Michel Audibert Photo©MichelSmith

Michel Audibert. Photo©MichelSmith

J’entends déjà les reproches de mes collègues fauchés comme les blés : même bon, le Carignan vaut-il ce tarif ? Pourquoi pas… Ce n’est pas le prix d’une place de concert d’une « artiste » sortie fraîchement d’une télé-réalité, ni celui d’une place « correcte » de finale de rugby. Alors, bon le vin ? Il l’est plus que bien des vins « chers » des appellations locales, Coteaux d’Aix, Luberon ou Baux, sachant qu’il est plus onéreux que certains carignanistes de la Vallée du Rhône toute proche. Ce qui en choquera plus d’un encore, c’est d’apprendre qu’il a été vinifié en macération carbonique puis élevé un an en cuve inox. Oui, c’est un fait : le vin est souvent d’autant plus bon qu’il a été mis en cuve raisins intacts et grappes entières.

Photo©MichelSmith

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Cela ne me surprend pas d’ailleurs puisque le brave vieux Carignan est tout à fait adapté à ce genre de vinification. L’avantage étant que le fruit (cerise/prune) est évident au nez, même si l’on devine aussi des notes boisée et épicées qui évoquent la garrigue. Tout ici s’affirme en finesse. Y compris au bout de 5 jours d’entame et de garde au réfrigérateur, la bouche est toujours aussi ferme et dense, structurée par une belle acidité, une fraîcheur qui s’inscrit de facto dans la trame du vin. On a tout juste une pointe d’amertume en finale, rien de bien dérageant cependant. Cela provient probablement d’une extraction tannique un chouïa trop poussée qui s’affiche encore plus lorsque l’on reprend la bouteille quelques jours après l’ouverture. Attendre encore un an ou deux pour que tout cela se fonde serait peut-être de ma part un conseil judicieux.

Photo©MichelSmith

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Si j’étais à votre place, je mettrais ce vin en carafe (non qu’il ait besoin d’un décantage, mais plus d’une aération) une ou deux heures avant d’en faire le cru du dimanche. Il n’y a rien de plus beau qu’une cave ventrue bien calée, inclinée, sur un lit de glace dans une grande soupière en porcelaine. Le proposer autour de 14/15° sur un bel oiseau : une bécasse, par exemple, un pigeonneau rôti avec une sauce légère au genièvre, ou un petit canard aux cerises, voire aux coings ou aux petits navets.

Michel Smith

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