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#Carignan Story # 271 : Le loup farceur de Berlou

Autant vous l’avouer : entre la Toscane et la Catalogne, la route est buissonnière car assez longue, et j’avoue franchement ne pas avoir pris le temps de vous préparer un nouveau Carignan Story. Résultat, juste avant de partir de Siena, je viens de sortir du placard à archives le quatrième épisode de ma rubrique dominicale : il a un peu plus de 5 ans et si j’ai un peu modifier le début, ajouter des prix et corriger certaines horreurs, j’ai laissé le reste tel quel, dans le même tonneau, si j’ose dire ainsi.

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Ce Carignan-là, on le trouve sur les coteaux de schistes, à l’ombre du massif du Caroux, pile au nord de Béziers et plus précisément dans un village cul-de-sac d’à peine 200 et quelques âmes nommé Berlou, le tout au cœur du Parc Régional du Haut-Languedoc, dans la vallée du Rieu Berlou, à moins de 10 km de Saint-Chinian responsable du nom de l’appellation locale. Un peu plus haut vers le nord, il fait plus frais et l’on peut dire ciao à l’influence méditerranéenne ! Sur le blason de la commune, j’ai vu un chêne d’un côté et de l’autre un loup tenant une grappe de raisin rouge dans sa patte. Se prendrait-il pour un sanglier ?  S’agit-il d’une grappe de Carignan, cépage qui se plaît si bien dans cette contrée ? Est-ce la véritable origine du nom de Berlou ? Le mystère demeure que ne manquera pas d’éclaircir notre vigneron lors d’une prochaine rencontre.

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Ici, la garrigue est reine et c’est précisément dans ce maquis que la vigne tente de se frayer un chemin depuis plusieurs générations grâce au labeur des paysans-vignerons. Parmi les aventuriers ayant posé leurs sacs en ce coin reculé du Languedoc, Jean-Marie Rimbert est une sorte de figure héroïque. C’est simple : avant on avait entendu parlé du Loup de Wall Street, maintenant il faudra compter sur le Loup de Berlou ! Grand, pour ne pas dire immense, massif, la voix caverneuse et l’accent rocailleux gentiment teinté de provençal, le jeu de mots fréquent, la blague aussi, subtil et jovial, aussi allumé qu’illuminé, le bonhomme a débarqué de son Ventoux natal en 1996. Avec une devise bien à lui, puisque dès le départ, il se dit « croqueur de plaisir plus que buveur de temps ».

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Le Domaine Rimbert qu’il dirige avec Isabelle, couvre aujourd’hui près de 30 ha partagés en une quarantaine de parcelles ici appelées « travers ». Une grande diversité s’offre au vigneron qui peut ainsi s’en donner à cœur-joie en vinifiant plusieurs cuvées «typées», cuvées dans lesquelles le vieux Carignan a souvent son mot à dire. La grande fierté de Jean-Marie est de revendiquer haut et fort son estime pour le cépage qui nous vaut cette chronique à épisodes. Depuis ses débuts, il lui consacre au moins deux cuvées régulières issues de raisins bien mûrs qu’il égrappe (ou pas) et qui fermentent à l’aide de leurs propres levures avant macération en cuve et pigeages réguliers.

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Ses vins sont toujours sur la finesse, un rien charmeurs. Que ce soit dans la version Carignator (15 €) ou Le Chant de Marjolaine (9 €), qu’il appelle aussi volontiers sa Carignatora, car plus tendre que le premier. Les deux n’ont pas d’autre appellation que celle de Vin de Table et cette mention leur va comme un gant. Personnellement, j’avoue un faible pour le Carignator, un vin aussi sombre que costaud, un temps construit sur plusieurs vendanges (aujourd’hui, il vend du 2012) à partir du fruit des plus vieilles vignes en partie fermenté en fûts puis élevé en barriques. Pour en savoir plus, allez sur son site et éventuellement insistez auprès de lui pour qu’il change le lien conduisant au site de l’Association Carignan Renaissance dont il est un des membres fondateurs.

J’ai goûté le Carignator 3, hélas dans le désordre qui marquait la fin de Vinisud (en 2010, ndlr), ce qui fait que je n’étais pas assez concentré pour noter dignement ce vin. Mais je me rappelle à la fois de sa fermeté, de son bel équilibre et de sa finale langoureuse. El Carignator II, son prédécesseur, était de la même trempe, marqué par un velouté de bon aloi et teinté d’une sacrée minéralité. Ce sont des vins élégants, que l’on réserve aux grandes occasions. Ils se tiennent avec dignité sur des plats de gibier et ils étonnent plus d’un amateur si l’on prend la peine de les servir anonymement dans une carafe sans annoncer ni le cépage ni sa provenance. Content de ce piège, je l’ai ainsi fait goûter à un anti-carignanasse primaire qui en est resté sur le cul !

Michel Smith

PS Un autre article de mon cru sur le sieur Rimbert et ses Carignans. Et pour ne pas faire de jaloux, signalons tout de même le valeureux Carignan de la petite cave locale raconté ici même


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Terroir (retour) et quelques vins de Corbières

Climat (surtout), sol (un tout petit peu), bactéries et plantes (beaucoup), culture et transformation (énormément, tous les deux), législation (trop souvent).

Ce sous-titre un peu long résume à peu près les principaux éléments qui font qu’un vin ne ressemblera jamais tout à fait à un autre. Et j’ai rajouté des qualificatifs personnels sur le poids relatif de ces éléments, ce qui ne manquera pas d’énerver certains. Tant pis, je tiens à ma proposition ! Bien entendu, les choix du producteur agissent sur une partie des ces éléments et modèrent ou exaltent leur importance. Il peut être déterminant dans beaucoup de cas. Ce n’est pas pour autant que j’inclus l’homme dans mon acception du mot terroir.

Prenons quelques exemples: le choix de planter à 3.000 ou à 10.000 pieds à l’hectare (si la pluviométrie du secteur autorise cette dernière option) va modifier le rendement au pied et donc l’intensité des saveurs dans les raisins, et cela relève de la culture, parfois aussi de la législation ; celui de désherber chimiquement ou d’enherber (avec ou sans griffages périodiques) va affecter la vie organique et microbienne du sol et affecter la composition des raisins, ce qui, encore une fois relève du choix viticulturel du vigneron ; des options prises en matière de températures de fermentation, durées de cuvaison, et contenants pour le processus de fermentation et de maturation peuvent aussi modifier considérablement les saveurs d’un vin, et c’est encore une fois le vigneron qui décide, quand la législateur veut bien le laisser tranquille. Je dirais en conséquence que l’homme est plus important que le terroir (c’est à dire le milieu naturel). Bien sur il doit faire avec ce que la nature et le législateur (en Europe) lui donne ou lui laisse faire, mais, dans une fourchette donnée, ce sont ses choix qui décideront des la qualité relative de son vins par rapport à ceux des ses voisins.

Et pour simplifier une donne déjà complexe, je ne parle même pas d’altitude ou d’orientation du vignoble, ni de choix de cépages, de clones, de porte-greffes, de techniques ni de dates de vendanges, etc, etc. C’est pour toutes ces raisons que je continue d’avoir beaucoup de mal à gober le discours dominant sur le sens du mot terroir qui met en avant la nature géologique des sols comme étant le principal, voire le seul élément affectant le goût d’un vin, ce qui n’est pas du tout crédible ! Lisez ou écoutez les discours de 95% des producteurs et vous comprendrez. Pour moi, cela n’a aucun sens et sert uniquement à faire deux choses: minimiser le rôle de l’homme et faire croire que chaque vigneron (ou village ou appellation) a dans son sol un ingrédient magique que personne ne peut lui « prendre ». Passons sur ce qui ne sont, après tout, que des astuces de marketing déguisé en langage de la terre : vous savez, celle qui ne ment jamais, selon le triste et déplorable maréchal .

Je viens à une récente dégustation, en deux temps, de quelques vins de Corbières et de Corbières Boutenac. Je ne suis pas du tout favorable à la multiplication des appellations, mais je dois avouer que les 6 vins de Boutenac dégustés étaient dans une catégorie supérieure à une plus grande série d’une vingtaine de vins rouges de l’appellation « simple » Corbières dégustée quelques jours auparavant. Ils sont aussi plus chers, ce qui peut fournir une partie de l’explication, car une vision cynique du sens de ce mot « terroir » est de dire que le terroir c’est une histoire d’argent avant tout. C’est excessif, mais il y a aussi du vrai là-dedans aussi.

Deux vins rouges de Corbières m’ont plu dans la série présentée récemment par cette appellation à la presse à Paris. Les vins étaient divisés en deux groupes qui devaient correspondre, je pense, aux cuvées non-boisées et boisées. C’est peut être une coïncidence, mais les deux vins qui m’ont séduit arrivaient vers le tout début de chaque série, c’est à dire parmi les moins concentrés, je pense.

Le Château Amandières Grande Cuvée 2012 est produit par les Maîtres Vignerons de Cascatel. Il vaut 5,50 euros prix public. Cet argent serait très bien dépensé par quiconque tomberait sur un flacon de ce vin au joli nez de fruit ayant une certaine profondeur et sans fausse note. Cette qualité de fruit se poursuit en bouche, sur un fond de tanins souples et sans aucun poids excessif. Un vin qu’on pourrait qualifier de facile, et pourquoi pas, car c’est délicieux, parfaitement équilibré et pas cher du tout pour une telle qualité. L’assemblage inclut carignan, syrah et grenache dans des proportions que j’ignore (et je m’en fous, disons suffisantes).

Le cuvée plus ambitieuse venaient du Domaine Auriol, et s’appelle Intense 2013 de Claude Vialade. Les cépages annoncés sur l’étiquette faciale sont syrah, carignan et grenache, et la zone d’origine est les Coteaux d’Alaric. Ce vin, intense en couleur comme au nez, sent le sous-bois, comme le mur, le pruneau et la prune avec des touches discrètes de réglisse. Cela fait pas mal. Aussi juteux que structuré il est sérieux et vibrant, grâce au dialogue entre acidité et tanins. C’est long et frais, également d’un rapport qualité/prix excellent à 7,50 euros.

Des 6 vins dégustés à une autre occasion de l’appellation Corbières-Boutenac, tous était nettement plus chers (entre 12 et 19 euros). Peut-être est-ce pour justifier cette appellation dans l’appellation ? Trois ne m’ont pas semblé très intéressants, en tout cas pas plus que le deux vins cités ci-dessus. La cuvée Belle Dame 20100 de Sainte Lucie d’Aussou, par son fruité intense un peu « fruit bomb » a des atouts incontestables (12 euros). Mes deux vins préférés de cette coutre série étaient un des moins chers, le Château Fabre Gasparrets 2011 (13,75 euros), un vin splendide et délicieux que je recommanderai à tous ceux que n’ont jamais goûté un très bon vin de cette région, et le plus cher, l’Atal Sia 2011 d’Ollieux Romanis (19 euros), un vin plus austère et dense, mais qui va faire ses preuves avec du temps.

Tout ça pour dire quoi ? Que le prix ne dit pas tout et l’appellation non plus. Que ce sont toujours le hommes qui font les vins, et pas le terroir, qui ne fournit qu’un cadre, plus ou moins serré, surtout si on y rajoute le ou les cépages. Qu’il y a des vins délicieux en Corbières, et d’autres un peu moins. Des banalités, probablement.

 

David Cobbold

 

 

 

 

 

 

 

 


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#Carignan Story # 270 : allez, encore un effort…

Quelques fois je suis pris de découragement. Je me dis que je pourrais mettre la clef sous la porte, que ce serait beaucoup plus simple pour moi de ne plus rien écrire, de ne rien faire, de profiter de mes vacances toscanes sous les regards protecteurs de mes saints voisins, Domenico et Caterina. Laisser les choses glisser sur mon cuir tanné par les ans et, tout simplement, vagabonder corps et âme. Faire comme mes confrères qui, lorsqu’ils sont en vacances, donnent parfois sur le registre du strict minimum syndical. Commencer par dresser une liste de choses à ne surtout pas négliger, comme siroter mon Campari-soda un peu plus à l’ombre que d’habitude, oublier le Carignan, penser à goûter les pici au ragoût de lièvre, dénicher un bon Sangiovese ne dépassant pas 10 €, passer boire une tasse de chocolat chaud chez Nannini (le roi du café), écouter les musiciens du Tubo, m’asseoir sur le marbre bien frais pour lire un chapitre de mon Livre de Poche en tirant sur mon mini Romeo y Julieta… En voilà des choses à faire en cette bonne ville de Siena, des choses faciles, belles, capitales et urgentes.

Siena, vue du Jardin botanique de l'Université. Photo©MichelSmith

Siena, vue du Jardin botanique de l’Université. La pluie menace… Photo©MichelSmith

Au lieu de ça, je rumine. Je pense à entretenir cette satanée rubrique que personne ne songe à lire. Tiens, par exemple, je me questionne encore sur le rôle parfois excessif que jouent certains œnologues dans la conception d’un vin. La chose n’est pas nouvelle et pourtant elle alimente encore les pensées du vieux critique en vins que je suis devenu. Sujet bateau, s’il en est, marronnier de toujours, débat insoluble mais pourtant capital.

Il y a quelques mois, je m’étais énervé ici même sur un Carignan que je trouvais mal fagoté, Les Jamelles, acheté à un prix très raisonnable dans un magasin des Corbières : le vin puait la noix de coco et cela avait eu le don de me mettre hors de moi d’autant plus que je savais que j’allais recevoir, à ma demande, des échantillons d’une autre cuvée de Carignan conçue par le même œnologue bourguignon, Laurent Delaunay, acclamé un peu partout, surtout dans les pays anglo-saxons, comme un talentueux créateur de vins. Pis, il m’avait été recommandé par un ami vigneron qui le savait « fou de Carignan ».

Mais avant d’aller plus loin, voici un petit avant-goût de ce qui m’attendait au travers du site d’une des maisons que l’oenologue sus mentionné a créé : « Convaincu par le formidable potentiel des terroirs du Languedoc, c’est en 2005 qu’il (Laurent Delaunay, ndlr) rachète la Maison Abbotts, créée en 1996 à Marseillette, près de Carcassonne par la jeune et talentueuse oenologue australienne, Nerida Abbott. Séduite par la région et la diversité de ses terroirs, animée par une grande rigueur et une infinie précision, elle a toujours travaillé à produire les meilleurs vins des appellations du Languedoc-Roussillon ».

Je me lance donc en compagnie de quelques amis, et les vins d’Abbotts & Delaulay sont placés au milieu d’une dégustation informelle où se trouvent quelques crus du Sud. Les trois échantillons de Carignan, en Vin de France, sont goûtés en tentant d’effacer de mon esprit les reproches passés. Cela commence par un 2012 où, rebelote, le goût de vanille teintée de noix de coco se met en avant, certes de manière un peu moins caricaturale que lors de ma dégustation des Jamelles, mais suffisamment pour me choquer.

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Qu’à cela ne tienne, je laisse passer l’orage. J’attaque le second échantillon, version 2011 du même vin : là, j’admets que la matière s’impose avec plus d’ambition. Mais la puissance arrive telle un tsunami et déroule son tapis de planches macérées à l’alcool. Un bon point tout de même puisque la fraîcheur semble faire surface… Las, avec le 2010, on tombe de nouveau dans les mêmes travers avec ce yukulélé exotique pour moi insupportable. Il y a bien du fruit en finale, mais aussi un paquet de bois carrément inhospitalier.

Mes camarades trouvent que j’exagère un peu. Ils me font remarquer que cette série est certes « commerciale », mais techniquement bien faite. Alors…

Alors, quelques semaines plus tard, avant d’aller boire mon café au bar Il Palio sur la fameuse place du Campo, je jette à nouveau un coup d’œil sur le site de la maison australo-languedo-bourguignonne Abbotts & Delaunay histoire d’en savoir un peu plus. Est-ce le même Carignan 2012 qui compose la cuvée Alto Stratus mise en avant sur le site ? Bien que n’ayant pas noté ce nom de cuvée sur mes petits papiers, je n’en doute pas. « La vendange est manuelle, et faite seulement avec des raisins mûrs. 40% de la vinification est faite traditionnellement, et 60% à partir de vendange entière. L’élevage est de 9 mois, 60% en fûts et 40% en cuve inox afin d’apporter de la fraîcheur. A la dégustation, on aperçoit une robe foncée et vive. L’Alto Stratus a un nez légèrement sauvage et végétal, avec des notes de rhubarbe, de réglisse, de pain d’épice et de poire. Son attaque est très ronde et gourmande. Ses notes crémeuses et fruitées rappellent le clafouti aux griottes acidulées de mon enfance ».

J’en déduis que je dois me faire trop vieux, qu’il est temps que j’arrête, que je laisse tomber le pinard et que je me mette à l’aquarelle une bonne fois pour toute. Cerise sur le clafoutis, ce vin fort nuageux est commercialisé sur le site maison à 19,50 € la bouteille ! On m’annonce que Bettane et Desseauve l’avaient (trop généreusement ?) noté 14,5/20. Je ne sais pas pourquoi, mais cette dernière précision me rassure… Ciao tutti !

Michel Smith


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#Carignan Story # 269 : la resucée de derrière les fagots.

Seuls quelques aventuriers facebookiens – dont Luc dit Léon, qui eut cru qu’un jour il commenterait sur Facebook ! – savent que je m’autorise crânement quelques vacances bien entendu méritées dans le paisible quartier de l’Oca (l’oie) en plein cœur de la médiévale cité de Sienne, Siena en italien. Soyez rassurés braves commentateurs, je ne vais pas me transformer en guide touristique et vous narrer mes itinéraires découvertes et mes lieux de perditions ou de rêveries : je me plais dans cette cité de Toscane et je savoure tout ce qui s’offre à moi, les plats de pasta, les églises, les paysages, les gens aussi, avec juste ce qu’il faut de retenue pour ne pas me transformer en touriste « de forte corpulence », comme on dit à mon endroit lorsque l’on tient à rester courtois. Si j’écris volontiers sur les vins de Rhône, j’ai du mal, je vous l’avoue, à me concentrer sur un de mes sujets de prédilection, le sieur Carignan. Pourtant, j’ai deux ou trois bouteilles en réserve qui m’attendent dans le coffre de ma petite caisse made in France miraculeusement garée sous les arbres qui enserrent la Fortezza di Santa Barbara connue aussi sous le nom de Medicina. Comme il s’agit pour partie (un sixième) de mon propre vin, le Puch, je ne tiens pas à donner du grain à moudre à certains lecteurs critiques qui, en cas d’article laudateur, n’y verraient qu’une forme de publicité déguisée. Et puis j’ai plutôt envie de Sangiovese, pour ne rien vous cacher.

"Mon" église San Domenico, à Sienne. Photo©MichelSmith

« Mon » église San Domenico, à Sienne. Photo©MichelSmith

Alors, tandis que les cloches de San Domenico se mettent à se balancer en des sons qui me rappellent les odeurs de la sacristie le dimanche mêlées à la mauvaise haleine du curé lorsque je servais la messe dans l’unique but de mater les filles du premier rang (aucun rapport, je sais, sauf que déjà je devais m’intéresser au sang du Christ), je me suis dit en songeant à mes quelques lecteurs dominicaux : « Pourquoi ne pas leur refiler une de tes premières chroniques ? » Sitôt dit, sitôt fait et j’ai retrouvé un texte qui j’espère devrait vous plaire. Si ce n’est pas le cas, tant pis ! Il s’agit en fait du premier article d’une série qui ne s’appelait pas encore Carignan Story publiée je ne sais même plus à quelle date précise, mais cela devait être en Février/Mars 2010 puisque, à l’époque, je sortais à peine d’un pénible souvenir : je fus en effet victime d’une ravageuse épidémie de gastro lors du Salon d’Angers ! J’avais intitulé mon article Gratifiant Carignan, ce cépage ayant contribué à sa façon à me remettre sur pieds. Allez, on y va !

Photo©MichelSmith

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Figurez-vous qu’un simple Carignan a fait l’affaire et a su réchauffer mon corps ô combien meurtri. Sa dénomination ? Vin de Pays des Coteaux du Littoral Audois (oui, oui, ça existe !). Son nom ? La Mauvaise Réputation. Son vigneron ? Alban Michel, un gars fou de Brassens au point qu’il a baptisé son domaine Les Sabots d’Hélène. Au passage, Hélène est aussi le prénom de sa compagne qui participe activement à la création d’étiquettes iconoclastes pour des vins qui ne le sont pas moins. Descendu de Lorraine (avec ses gros sabots) via la vallée du Rhône il y a quelques années pour s’établir enfin non loin de Perpignan dans les Corbières maritimes, le type s’est vite imposé dans le PVL, le Paysage Viticole Local, si vous préférez. badreputation-copie-1 Son millésime 2007 donne un vin au nez de garrigue et de fruits rouges cuits avec, en bouche, des accents de figue, de pruneau et de café. En cela, il est très Corbières. Le Carignan, l’un de mes cépages favoris soit dit au passage, ne se livre pas tout de suite. Il faut deux ou trois gorgées avant qu’il ne vous refile un gentil coup de poing (« Qu’est-ce qui te prend pour oser me réveiller ainsi ? »), comme pour mieux vous faire prendre conscience de la force de sa chaleur (près de 15° d’alcool), de son grain, mais aussi parfois, et, c’est le cas ici même, de sa grâce. Oui, c’est un vin baraqué mais fin, sensible. Ce Carignan-là a aussi des tannins, certes un peu secs, j’en conviens, mais qui font office de colonne vertébrale venant s’ajouter à une structure déjà bien construite basée sur l’acidité naturelle du cépage. C’est dans ces moments, lorsque l’on constate, contre toute attente, que le vin n’est ni lourd ni empoté, qu’on se dit que le sieur Carignan est vraiment un cépage bien adapté au Midi. Bref, malgré sa puissance, le vin a de l’élan en plus d’un bâti solide qui va lui assurer une bonne garde, de l’ordre de 10 ans tellement il est bien vinifié. Je vide, que dis-je, je sirote le même flacon depuis quatre jours par petites gorgées, à 14° de température, et, à chaque fois, il me réserve des surprises différentes. Et je m’auto congratule en me disant que j’ai eu raison de préconiser une petite garde à mes lecteurs quand, en son temps, je fus bien inspiré de leur recommander ce bougre de vigneron voyageur qui, comme beaucoup d’autres, a choisi de refaire sa vie entre Roussillon et Languedoc.

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Voilà, c’était un peu court, j’en conviens, pas très palpitant comme description, mais c’est de là que m’est venue l’idée de « chroniquer » sur le Carignan. Alors… Et surtout, cela me permet de vous refiler au passage une affichette annonçant une manifestation qui se tiendra à Rivesaltes l’autre dimanche, un salon qui vous donnera l’occasion de découvrir, parmi d’autres, les vins de l’ami Alban Michel et de sa belle Hélène.

Buona domenica a tutti ! Michel Smith


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#Carignan Story # 267 : Les chaussettes rouges

Quand j’étais gosse nous avions les Chaussettes Noires qui braillaient dans le poste à peine sortis de leur banlieue de Créteil. Aujourd’hui, des contreforts des Albères, à porté de vue de la côte, nous viennent les Chaussettes RougesRed Socks in English – qui déferlent plus calmement chez nos cavistes catalans. Rouges les chaussettes ? Forcément, à force de fouler le raisin aux pieds… Les auteurs de ce Carignan de vieilles vignes, of course, Philippe Gard et Andy Cook, n’en sont pas à leurs premières armes. A travers des cuvées bien ficelées, en général de petits volumes, présentées sous l’ombrelle de deux sociétés, Tramontane Wines et Consolation, ces bons faiseurs de vins travaillent déjà le Grenache ou le Macabeu avec talent en y ajoutant des noms aussi inattendus que facétieux.

Réunion dominicale la fontaine de La Consolation. Photo©MichelSmith

Réunion dominicale la fontaine de La Consolation. Photo©MichelSmith

Sans exagérer, ils font sans doute partie des meilleurs vignerons que nous ayons dans cette partie du Roussillon et, depuis le temps que je le dis, j’ai franchement hâte de passer un moment avec eux histoire de mieux comprendre leur fonctionnement. Pour ce Carignan 2013, c’est plutôt la marque Consolation qui est mise à contribution. Un nom de circonstance puisqu’il évoque l’ermitage Maria de Consolacio caché dans une colline boisée au dessus de Collioure. Pardon à la Vierge gardienne des lieux (elle en a vu d’autres…), mais ce rouge prête à toutes les libations possibles et imaginables. Sauf qu’il vaut un peu mieux que l’accompagnement des traditionnelles grillades qui font la réputation de ce lieu de pèlerinage cher aux gens du pays lorsque les beaux jours arrivent.

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Philippe Gard, sert son blanc à La Consolation. Photo©MichelSmith

Je ne sais quelle mouche m’a piqué, mais dès le premier nez mis à hauteur du vin j’ai pensé d’abord à tous les abus – mais aussi et surtout à toutes les qualités – qu’un Carignan vendangé très mûr  et de forte extraction était capable d’offrir. Quel étrange paradoxe ! Par exemple, j’aurais aimé un peu moins de bois et un peu plus de fruit, mais que voulez-vous, je n’ai pas le goût universel, qui n’existe pas d’ailleurs sauf chez les prétentieux. Passons sur ces considérations et revenons sur le nez du vin : c’est fin, un brin sauvage mais propre, composé de bois sec, plantes éparses de la garrigue, notes grillées de laurier et de romarin. Tout de suite, est-ce la saison ?, je pense à un chevreau discrètement parfumé à l’aillée ou aux poireaux de vigne, en espérant qu’il en reste.

Photo©MichelSmith

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Évoquer l’accompagnement solide sans attendre prouve que ce vin, même s’il paraît un peu sophistiqué, pourrait bien profiter de 2 à 5 ans de cave. Pourtant, il pourrait aussi s’ouvrir plus tôt, un soir entre copains après un match de rugby… ou de cricket tant il a cette retenue toute britishe. Est-ce parce que derrière Red Socks il y a un anglais associé à un bordelais ? Je ne vous l’ai pas encore dit, mais Consolation, la maison qui vinifie ce vin avec d’autres, se fournie à la source, aux domaines menés par Philippe Gard, celui de La Coume del Mas,un des grands de Collioure, et du Mas Cristine, vignoble tout proche, mais en appellation Côtes du Roussillon. D’où le choix de l’IGP Côtes Catalanes revendiquée pour ce Carignan 2013.

Photo©MichelSmith

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Signe qui ne trompe pas, j’ai tout bu… en deux jours cela dit ! Par petites gorgées, car ils commencent tout juste à se goûter ces satanés 2013 ! Outre l’élégance du nez soulignée quelques lignes plus haut, la bouche est lisse, mais non dénuée d’assise. C’est plein et docile, sans débords, sans l’ombre d’un faux pli. Le fruit est là, confit, précis (cerise noire), savoureux quoique tout en retenue. Cela semble parfait, en dehors d’une légère amertume en finale, au point que si l’envie vous taraude de boire ce vin sans lui laisser le temps de se construire pleinement dans sa bouteille, il vous faudra le mettre en carafe en un lieu bien plus frais qu’une salle à manger. Vraiment un beau vin, au prix de 16 € le flacon chez mon caviste, carignaniste convaincu.

Michel Smith


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#Carignan Story # 266 : Et voilà t’y pas qu’ça mousse !

La carignanesque surprise est venue par le train (ou l’avion, je ne sais plus) de Bruxelles, grâce à notre ami et complice Marc Vanhellemont que je tiens à remercier ici publiquement. Débarqué à Perpignan pour un concours et une nuit autour du Grenache, il avait ce soir-là dans sa besace cette étrange bouteille à dégoupiller. N’étant pas un spécialiste de la chose brassicole, je me garderai bien de trop rentrer dans le domaine technique et j’invite d’ores et déjà Marc, comme Luc-Léon (private joke) d’ailleurs, à compléter ce que je vais publier ce Dimanche. Je leur demande aussi instamment de me corriger au cas où je publierais une grosse bourde. Une chose est sûre : Cantillon et Carignan font la paire : ce sont deux noms qui vont bien ensemble !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

L’objet mousseux identifié provient donc de la Brasserie Cantillon, institution fondée en 1900 et devenue en quelques temps la championne des bières dites « naturelles » fermentées pour la plupart spontanément en fûts anciens (également en amphores !) à l’image d’une gueuze bio très appréciée des connaisseurs. Après avoir tâté du Riesling et du Chardonnay depuis pas mal d’années, après une bière au Pineau d’Aunis, voilà que la valeureuse brasserie Cantillon s’est essayée au Carignan dans le cadre d’une gamme dite Vigneronne. Ici, si j’ai bien compris, le moût est mis à macérer dans le lambic et cela donne une bière assez colorée à l’œil. Au départ, le nez est un peu dur, mais pas pour trop longtemps. Arrive alors une certaine touche de finesse qui se fait sentir avec l’apparition notamment de délicates notes de framboise. En bouche, l’attaque est douce, ronde et l’on est vite rassuré par une belle amertume que j’attribue naïvement au houblon (s’il y en a !), ce qui a pour effet d’ajouter une fraîcheur fruitée bienvenue assez persistante allant  jusqu’en finale.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Je ne sais trop comment marier cette bière au Carignan. Avec un jarret de veau ou de cochon ? Toujours est-il que dans l’ensemble, c’est une bien belle trouvaille qui me donne envie d’aller visiter la Brasserie Cantillon. Depuis le temps que je le dis, va falloir que je réserve mon train !

Michel Smith

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#Carignan Story # 265 : Une petite nature…

Persuadé, depuis le temps que l’on se fréquente, que vous commencez à croire sur parole chacune de mes sornettes, vous savez que, tout en étant d’une bonne nature je ne suis pas pour autant naturophile, encore moins naturophobe. Ce qui compte pour moi, c’est le vin dans son entièreté, le vin tel qu’il m’apparaît (la vue), tel qu’il se hume (le nez), tel qu’il se gobe (la bouche)… et, j’ajouterai pour finir en beauté, tel qu’il se pisse ! Un matin, cet hiver, je me pavanais en ville d’Alès pour faire mes courses en compagnie d’une charmante consœur, chef de rubrique à la dent dure mais juste, qui jadis, au temps où je gagnais ma vie en tentant d’écrire, corrigeait impitoyablement mes papiers, Adeline Brousse, pour ne pas la nommer, aujourd’hui retirée dans les Cévennes où elle loue deux gîtes de luxe. Alors que nous divaguions dans les travées des Halles de l’Abbaye, parmi les marchands de tripous et de farçous descendus de la Lozère et de l’Aveyron, je tombais en arrêt face à l’étal d’un caviste.

Serge, Caviste de Campagne... Photo©MichelSmith

Serge, Caviste de Campagne… Photo©MichelSmith

Serge Roussel, « caviste de campagne » (06 11 09 64 49) – c’est ainsi qu’il se présente sur sa carte de visite -, affable et bienveillant, y exposait quelques flacons de l’Hérault et du Gard dont quelques trouvailles du coin. Je lui ai acheté ce Carignan 2013, IGP Cévennes, pour une somme convenable (8,50 €). Avec en prime un jeu de mots de plus affiché sur l’étiquette  : NaturOphile. Il s’agit d’une cuvée bio vinifiée en macération carbonique au Mas Clément, un domaine qui décline aussi le genre en Syrah pure. En dehors du fait qu’il soit bio, nulle part sur le site du domaine est-il fait mention d’une particularité « nature » ou d’une cuvée exempte de soufre ajouté. Rien à dire sur cet aspect des choses, vu que je considère que tout bon vigneron qui se respecte a le droit de se revendiquer un peu de la nature qui l’entoure ou de celle qui le compose.

Photo©MichelSmith

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Ceci étant dit, le vin est d’une simplicité biblique. Un peu trop, même. Et si je me mets à jouer les sévères, c’est que je regrette presque une certaine absence de terroir, ou de caractère bien trempé. Ce Carignan a quelque chose de linéaire, sans grand relief, un aspect fluet, court en bouche, facile dans le sens où on ne cherchera pas à le garder pour une belle occasion, encore moins pour le repas du Dimanche. C’est propre, sans déviance, un brin enjoué, au point que je l’ai rebouché puis placé au réfrigérateur pour mon habituel test de confirmation. Le lendemain, ayant pris soin de sortir la bouteille du frigo une demi heure avant, le vin n’avait guère évolué, offrant juste une agréable touche fruitée teintée de notes boisées n’ayant rien à voir, me semble-t-il, avec un quelconque élevage sous bois. Un bon petit vin de grillades, en quelque sorte !

Michel Smith

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