Les 5 du Vin

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22 rouges du Roussillon à la conquête du marché belge

Ce jeudi, à Bruxelles, se tenait une dégustation de 22 vins rouges (secs) du Roussillon ; avec comme dénominateur commun, le fait qu’ils ne sont pas encore importés en Belgique, ou seulement très localement. Le Bureau d’Information des Vins du Roussillon avait justement organisé cette session pour les présenter à des importateurs potentiels. Certains des professionnels présents semblent déjà avoir trouvé chaussure à leur pied – quant aux absents, comme toujours, ils ont eu tort…

Les importateurs belges au travail (Photo (c) H. Lalau 2017

A noter que toutes les AOC de rouges secs de la région étaient représentées – Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon Villages avec ou sans mention de commune, Maury sec et Collioure, ainsi que l’IGP Côtes Catalanes.

Voici mes préférés (et ils sont nombreux):

Dom Brial Côtes du Roussillon Cuvée Crest Petit 2013

Domaine Vaquer Côtes du Roussillon Les Aspres Cuvée Epsilon 2014

Domaine Madeloc Collioure Cuvée Serral 2014

Domaine Piétri-Géraud Collioure Cuvée Sine Nomine 2015

Vignobles du Terrassous Cuvée Villare Juliani 2015

Mas Cristine Côtes du Roussillon 2015

Domaine Piquemal Terres Grillées 2015

Château Moléon Côtes du Roussillon Villages Caramany 2015

Domaine des Schistes Côtes du Roussillon Villages Tautavel La Coumeille 2015

La Coume du Roy Carignan IGP Côtes Catalanes 2016

Quelques flacons parmi ceux présentés à Bruxelles (Photo (c) H. Lalau 2017

 

Plus qu’encourageant

Au-delà de ce palmarès personnel, plutôt flatteur (10 vins retenus sur 22, c’est plus qu’honorable), je soulignerai la bonne qualité d’ensemble des vins proposés, et ce, sur tous les millésimes – l’échantillon comprenait une majorité de 2015 et de 2016 – deux beaux millésimes, mais aussi des 2014, des 2013 et un 2012, qui n’a d’ailleurs pas démérité.

Deux (grandes) satisfactions : primo, le nombre de cuvées alcooleuses, sèches, trop extraites et/ou trop boisées est en nette diminution; secundo, on trouve déjà de très beaux vins à tout petit prix (6 euros pour le Château Moléon, par exemple, c’est un vrai prix d’ami).

Une surprise: la forte présence des Collioure dans ma sélection, et plus globalement, parmi les vins que j’ai le plus appréciés. Non que cette appellation m’ait jamais déplu, mais ce jeudi-là, tous les Collioure présentés (ils étaient quatre) m’ont vraiment séduit – il était d’autant plus difficile pour moi de les départager.

Une remarque: il est encore nécessaire d’expliquer qu’il y a des Maury Secs. Pour certains importateurs belges, Maury égal VDN. Un point c’est tout. A leur décharge, bon nombre de consommateurs le pensent aussi – c’est que la petite notoriété de cette appellation s’est d’abord faite sur le doux. Il faudra encore travailler pour dissiper cette confusion.

Un (petit) regret, enfin: deux cuvées étaient bouchonnées. Regrettablement, totalement et irrémédiablement. Cela peut paraître anecdotique, mais deux sur 22, c’est énorme. Au risque de me répéter, nos amis Roussillonnais ont-ils pensé à la capsule à vis ?

Hervé Lalau

 


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Trois vins et une autre bête noire

On va faire court aujourd’hui. C’est la période des vacances après tout !

Dans ma liste de choses qui m’énervent un peu (ou beaucoup), et dont les sens des mes remarques certains lecteurs n’ont pas tout compris (voilà ce qui ne change pas), j’aurais du ajouter les bouchons en liège massif. Mais qu’est-ce qu’on attend pour interdire cette escroquerie organisée, qui vole les gens en les privant des plaisirs dûs et, souvent, chèrement payés ?

Mais cette semaine j’ai décidé de choisir un peu au hasard trois flacons de ma petite cave dans ce beau pays gascon ou il fait une température très raisonnable ce dimanche. Il y a un rosé et deux rouges. Tous viennent du sud, mais aucun du sud-ouest : c’est un peu la loi du hasard, mais pas entièrement. Il s’agit d’échantillons offerts par les producteurs ou leurs attachés de presse, mais le choix de ces trois-là est un peu le fruit du hasard.

Les trois grâces de cette chronique, prises un peu au hasard

1). Vin rosé

AOC Bellet, Château de Bellet, Baron G, 2016

(Prix 27 euros)

Petite appellation près de Nice et un des très rares domaines qui porte le nom de son appellation sans être en situation de monopole, comme Château Margaux. Il porte aussi le label bio européen et sa couleur est assez profonde, ce qui constitue un plus pour moi. Son prix me semble élevé, mais cela doit être la rareté (bouteille numérotée et petitesse de l’appellation). Nez très frais et friand, qui me fait penser à des fraises et framboises mêlés, avec un zeste d’écorce d’agrumes, mais je ne connais rien aux nez des vins. Ce soupçon d’amertume se traduit aussi en palais avec un vin qui est structuré, très légèrement tannique et parfaitement sec. Aucune impression d’alcool, ni de sucre qui traine, comme dans tant de rosés du sud. Ce côté ferme et savoureux le destine clairement à la table et même avec des mets relativement puissants. Un très bon rosé.

Les plus : sa couleur soutenue, sa structure, son équilibre, son caractère

Les moins : son prix, un bouchon liège

 

2). Vin rouge

AOC Côtes du Roussillon, Mas Janiel 2016 (François Lurton)

(prix : 16 euros)

L’étiquette porte la mention « sans soufre », ce qui devrait plaire aux inconditionnels du genre. Celui-ci est propre, c’est à dire qu’il sent le fruit et non pas l’écurie. Robe violacé, nez assez fruité plus un accent entre bois et épices. C’est bon et parfaitement défini, mais ni exubérant ni exceptionnel comme certains prétendent être un résultat inéluctable d’une vinification sans soufre. Charnu par son fruité, mais aussi encore ferme par la jeunesse de ses tanins, ce qui est logique vu le millésime. Avec un plat légèrement salé cela s’arrange bien (n’est-ce pas Marco ?).

Les plus : la qualité globale, bon fruit simple et directe

Les moins : le prix (vu l’absence de complexité), bouchon liège

 

3). Vin rouge

Coule Majou, La Loute 2012, cépage Carignan, Vin de France

(prix, sous réserve : autour de 25 euros)

J’avais des réticences à parler d’un vin d’un ami (Luc Charlier), mais pourquoi pratiquer le ghetto des ses amis vignerons? Je suis largement capable de dire que je déteste ce vin si je le pensais.

Bouchon en verre, donc déjà un très bon point. Robe encore très jeune pour un vin qui targue les 5 ans. Nez intense, davantage que le vin précédent qui est pourtant plus jeune et de la même région, mais pas du même cépage probablement. Cele évoque les baies sauvages, le sous-bois, l’iris et la réglisse. Magnifique texture en bouche, alliée à une très belle fraîcheur. Aussi long que gourmand, avec une très belle finale en parfaite équilibre. Un excellent vin avec de la finesse et une sacré présence, qui fait mentir plein de médisances sur le carignan en particulier et les vins du sud en générale. Je vais tacher de connaître son prix pour en acheter mais je crains qu’il n’y en ait plus! Nous avons fini la bouteille avec un chili con carne pas trop épicé, et cela allait très bien.

Les plus : l’intensité des arômes et saveurs, la fraîcheur, l’originalité, le bouchon en verre

Les moins : r.a.s.

David

(la vieille 998 avait perdu ses flancs de carénage ce jour-là mais elle marchait bien)


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Fitou (ou ailleurs) : quel rapport entre prix et qualité ?

Je suis souvent surpris par les écarts de prix entre des vins d’un même niveau qualitatif et quand-même issus d’une même appellation.

Oh, je sais, la beauté n’existe que dans l’œil de celui ou de celle qui regarde, et donc cette histoire de qualité perçue n’est finalement qu’une affaire de goût personnel. Je sais aussi qu’il faut tenir compte de facteurs liés au marché (offre et demande) comme à une volonté de « positionnement » (oui, c’est une horrible expression « marketing », mais cela existe bien) de la part de certains producteurs qui visent plus haut que les autres; les exemples abondent dans toutes les appellations. On pourrait ajouter, comme facteur contribuant à ces différences de prix, les seuils de rentabilité pour certaines structures, en particulier les caves coopératives, encore que nous allons voir que ce ne sont pas toujours elles qui produisent les vins les moins chers. Une récente dégustation de vins de l’appellation Fitou m’en a apporté une nouvelle confirmation.

Petit rappel : cette appellation est la plus ancienne du Languedoc, puisqu’elle a été mise en place en 1948 (uniquement pour les rouges). Elle jouxte l’aire de l’AOP Corbières (qui elle, n’a vu le jour qu’en 1985) et bon nombre de producteurs ont des vignes dans les deux appellations.

L’aire de production concerne environ 2.500 hectares. Elle est divisée en deux parties, comme indiqué sur la carte. Les cépages sont le carignan, le grenache, la syrah et le mourvèdre. La partie orientale regarde et touche la Méditerranée.

Voici la liste des 12 vins que j’ai reçus récemment de la part de l’appellation Fitou et que j’ai dégustés d’abord à l’aveugle pour faire ma sélection.

L’écart entre les vins les plus chers et les moins chers dépasse le simple au double. J’ai annoté les vins que j’ai appréciés dans cette série et on peut constater que ce ne sont pas toujours les plus chers qui sont les meilleurs, du moins selon mon palais.

  • Château de Leucate-Cézelly, Château Leucate Cezelly, 2014

Cave coopérative faisant partie du Groupe Vinadéis

572 hectares

Prix départ : 18,50 €

Bouteille (trop) lourde. Nez qui mêle fruits noirs aux notes de fumée et de réglisse. Puissant et sombre. Caractère tannique assez prononcé, sauvé du “trop” par la belle qualité de son fruit.

 

  • Domaine de La Grange, Via Fonteius, 2014

Domaine familial

45 hectares – certifié bio

Prix départ : 11 €

  • Château de Nouvelles, Gabrielle, 2014

Domaine familial

45 hectares

Prix départ :16 €

Encore une bouteille lourde. Est-ce que cela ne grève pas le prix inutilement ? Nez d’aromates et de garrigue qui parle du pays. Assez charnu en bouche avec aussi un caractère un peu rocailleux par sa texture.

 

  • Domaine Lerys, Tradition, 2014

Domaine familial

22 hectares

Prix départ : 8,50 €

  • Clos Padulis, Padulis, 2014

Domaine familial

16 hectares

Prix départ : 9,5 €

Nez intense de fruits noirs de type cassis et murs. Ce caractère frais et juteux se confirme en bouche. Son fruité est très friand, donnant une sensation fraîche et pleine en même temps. Sa structure est athlétique mais pas trop imposante, ouvrant sur une belle finale équilibré. Pour moi le meilleur vin de la série et pourtant un des moins chers.

 

  • Domaine Bertrand-Bergé, Ancestrale, 2014

Domaine familial

26 hectares

Prix départ : 14,50 €

 

  • Domaine Esclarmonde, Partage, 2015

Domaine familial

19 hectares

Prix départ : 9,50 €

 

  • Les Maîtres Vignerons de Cascastel, Prestige, 2015

Cave coopérative

308 hectares

Prix depart : 8,50 €

 

  • Château Wiala, Rebelle, 2015

Domaine familial

7 hectares

Prix départ : 8,50 €

  • Les Caves du Mont-Tauch, T de Tauch, 2015

Cave coopérative

853 hectares

Prix départ : 14,50 €

Bouteille bordelaise très haute. Nez relativement discret, peut-être tenu en laisse par son élevage qui évite cependant de tout envahir. Ferme en bouche. Vin élégant malgré une légère sensation de sécheresse en finale.

 

  • Domaine de La Rochelierre, Noblesse du Temps, 2015

Domaine familial

7 hectares

Prix départ : 20 €

  • Domaine Sarrat d’En Sol, Sarrat d’en Sol, 2015

Domaine familial

2 hectares

Prix départ : 11 €

Belle étiquette moderne. Le nez m’a semblé un peu « animal » mais ce vin a une belle qualité de fruit qui arrive à lutter à jeu égal avec la sensation de dureté en finale. Beaucoup de carignan ? Aura besoin d’un peu de temps mais peut se boire avec des plats salés qui absorberont les tannins.

 

David 


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Ventoux : un vent chaud venu du Sud

Ce n’est pas de la neige sur le sommet de cette montagne chère aux cyclistes, mais la blancheur de la pierre calcaire

J’ai posté plein de photos la semaine dernière. Il n’y en aura que peu cette semaine car je n’ai pas le temps. Mais l’article est assez détaillé au cas où cela vous intéresse.

 Aborder une appellation, même d’une manière incomplète, apporte souvent son lot d’idées reçues en tous genres que nous essayons de déblayer en dégustant les vins à l’aveugle bien sûr, mais aussi en mettant en sourdine les images qui nous arrivent de nos expériences passées cumulées. Ce n’est jamais gagné et, parfois, les vins confirment les tendances inévitables dues au binôme climat/cépages. Mais chaque producteur garde son espace de liberté, qui n’est pas toujours énorme mais qui peut, lors d’une dégustation horizontale des vins d’un millésime donnée, créer des différences significatives non seulement dans le domaine de la qualité perçue de chaque vin, mais aussi entre les styles des vins, tout étant relatif bien entendu. Tout cela s’est avéré pour moi lors d’une récente et compréhensive dégustation de vins rouges de l’appellation Ventoux.

Les données de base de l’appellation

Le Ventoux se situe dans la partie sud de la vallée du Rhône, à l’Est d’Avignon et  de Carpentras. Cette appellation s’intitulait Côtes-du-Ventoux avant 2008.  Elle jouxte le Luberon au Sud et la zone Beaumes de Venise/Gigondas au Nord-Ouest. Sur une superficie de 7.450 hectares,  le vignoble est disposé autour du Mont-Ventoux, comme son nom le suggère. Le secteur géographique est principalement sous influence méditerranéenne, avec quelques zones sous influence continentale, donc un peu plus fraîches. L’ensoleillement est important sur l’ensemble de l’aire, restant dans une fourchette comprise entre 2 600 et 2 800 heures/an. Ce qui correspond à un maximum annuel de dix jours de brume. Les précipitations sont rares mais parfois violentes. Elles atteignent 600 à 700 mm par an mais un seul épisode orageux peut en quelques heures déverser jusqu’à 200 mm. Le vent dominant est le mistral, qui souffle du nord vers le sud et qui assèche non seulement les terres mais aussi la vigne, rendant relativement faibles les risques de maladies cryptogamiques. Localement, l’altitude peut aussi influer sur le caractère du vin.

Structure du vignoble

L’appellation se divise en trois zones géographiques : le bassin de Malaucène au nord, le piémont du Ventoux à l’est de Carpentras et le nord du Calavon jusqu’à Apt. Le vignoble regroupe environ le tiers de tous les vignerons du Vaucluse. L’exploitation agricole type dans l’appellation pratique souvent de la polycultureconséquence du morcellement de la propriété. Les grands domaines de plus de 20 ha sont en augmentation mais encore minoritaires. La petite exploitation de 10 ha reste majoritaire (90 %) ce qui explique l’importance des caves coopératives dans l’AOC. Dans ce type d’exploitation, la partie vigne représente 3,5 ha et monte jusqu’à 5 ha en y incluant le raisin de table. Plusieurs producteurs significatifs sont aussi présents dans des appellations autour (Côtes du Rhône, Lubéron, Cairanne, Gigondas, etc.)

 

Encépagement

Les mêmes cépages sont utilisés pour les vins rouges et rosés : grenache noirsyrahcinsaultmourvèdre et carignan. Les cépages secondaires sont le picpoul noir et la counoise, avec un plafond maximal de 20 % pour cet ensemble.

Ma dégustation

Cette dégustation portait uniquement sur les vins rouges, et essentiellement sur les millésimes 2014 et 2015, avec deux vins de 2016 et un chacun de 2012 et de 2010. Cela était le choix de chaque producteur, comme la cuvée sélectionnée car une seule était possible par producteur. Il en résulte parfois des écarts  importants en matière de prix, mais le prix moyen pour l’ensemble des échantillons dégustés se situait entre 10  à 15 euros (prix public ttc bien entendu). Je n’ai sélectionné, pour ce compte-rendu, que les vins que j’ai estimés bons ou très bons, quelques soit leur niveaux de prix. Ils figurent par ordre croissant de millésime, puis par ordre ascendant de prix avec les prix de vente public mentionnés.

2010

Un seul vin dégusté dans ce millésime, donc pas de commentaire possible sur la qualité perçue de cette année.

Chêne Bleu, Abelard (64,50 euros)

Ce domaine et ce vin sont atypiques. Très soigneusement présentée dans un flacon de type bordelais, avec une belle étiquette sous aspect de gravure ancienne, la cuvée s’habille bien pour tenter de justifier son prix bien au-delà des plus chers de cette appellation; son le nom n’apparaît que sur la contre-étiquette. On vise clairement un autre marché que celui des Ventoux habituels. Cette cuvée est dominée par le Grenache avec un apport de Syrah, mais sans autre précision donnée. Le vin a passé 18 mois en fûts de chêne.

Le robe n’est pas celle d’un vin jeune, bien entendu, mais garde un aspect assez juvénile. Le nez est complexe et raffiné, évoquant les fruits cuits, le sous-bois et le cuir avec un soupçon de truffe. La rondeur en bouche est agréable mais le fruité est en phase d’atténuation tandis que la texture n’est pas encore assez suave pour supporter cette évolution. L’alcool ressort bien trop en finale – je crains que la dominante Grenache en soit responsable. C’est un bon vin, certes, mais on est en droit d’être bien plus exigeant à ce prix, il me semble. (note : 14,5/20)

2012

Un seul vin dégusté dans ce millésime, donc pas de commentaire possible sur la qualité perçue de cette année.

Domaine La Camarette, Loris (11 euros)

70% syrah et 30% grenache pour ce vin au nez discret aux touches de vanille qui indique un élevage sous bois. Belle qualité de fruit sur un palais qui sonne clair, mais avec une finale plus austère dans laquelle le bois prends un peu le dessus. Mais un vin de garde, bien fait et d’un bon rapport qualité/prix. (note 14,5/20)

2014

13 vins dégustés mais seulement 5 retenus. On sent un millésime assez compliqué.

Château Bonodona (11 euros)

Une étiquette simple et classique pour ce vin d’un domaine historique actuellement vinifié par la cave Terra Ventoux.

Nez harmonieux, assez intense et dominé par les fruits rouges et noirs avec une touche discret de bois. De la belle chaire juteuse en bouche qui ouvre sur une finale plus austère. Bon vin à ce prix. (14/20)

Domaine du Tix, cuvée Bramefan (14 euros)

Bouteille lourde et étiquette soignée dans un style traditionnelle.

Nez fin dont le retenu semble dénoter un élevage soigné. Très belle pureté du fruité de ce vin dont la clarté d’expression écarte tout soupçon de sur-extraction. C’est précis et très fin, peut-être moins exubérant que certains mais d’une constitution qui laisse entrevoir une belle garde. Très belle affaire à ce prix (16/20)

 

Domaine de Peyre, La Gazette No : 2 (15 euros)

Le domaine d’une journaliste convertie dans la production de vin après des années passées à la revue GaultMillau. La bouteille est de forme bordelaise et l’étiquette de format de … gazette.

Ce vin épouse une forme un peu à part des autres de cette série, avec une robe plus claire et un nez plus évolué qui comporte de jolies notes de sous-bois et de vieux cuir par dessus d’un fruité de type confit et sec. L’impression générale est élégante et raffinée; cela se confirme en bouche avec aussi une certaine force alcoolique et des notes de cerises, et leur noyaux qui donnent une pointe d’amertume en finale (14,5/20)

 

Mas Oncle Ernest, Rien ne sert de courir (15,50 euros)

Un vin et un domaine qui casse les codes, aussi bien pas son nom et l’intitulé de la cuvée que par la forme bordelaise du flacon.

Le nez intrigue avec ses combinaisons entre fruits, épices et une pointe d’animalité que me fait soupçonner une présence de bretts, pas trop mais un peu quand-même. La texture est suave et le fruité bien mur. C’est bon, pas trop extrait, plein de caractère et assez harmonieux. Mon soupçon de bretts se confirme par une texture un peu crayeuse. Certains diront que c’est le « goût du terroir », mais en tout cas ce n’est pas envahissant. (14,5/20)

 

Château Pesquié, Artemia (30 euros)

La bouteille est lourde et l’étiquette moderne et soignée pour un vin dont le prix le situe clairement dans le segment haut de l’appellation.

Un bon fond de fruits noirs au nez qui marque aussi un travail d’élevage soigné et qui apporte une note agréable de fermeté. Très belle qualité de fruit en bouche avec un dialogue intéressant entre l’élan donné par le fruit et le fond plus fermé apporté par l’élevage. Une très belle cuvée de demie-garde (5/10 ans) qui s’améliore bien avec une bonne aération aujourd’hui. (note 16/20)

 

2015

8 vins retenus sur 12 échantillons dégustés. Une niveau de qualité bien supérieur à celui de 2014, dans l’ensemble.

 

Château Croix des Pins (10 euros)

Etiquette épurée et élégante, bouteille normale.

Nez discret mais fin, légèrement poivré. Le fruité est là en bouche, tenue, peu envahissant mais frais. Un vin très plaisant et bien équilibré, encore jeune mais prometteur avec une jolie finesse de toucher. (14,5/20)

 

Martinelle (11 euros)

Etiquette simple et élégante.

Nez dense de fruits noirs, clairement sudiste et assez épicé. Charnu et puissant en bouche, il est aussi aidé par des tanins longs qui ajoutent une autre dimension au corps du vin. Très bon et destiné à une garde de quelques années. Prix plus que raisonnable pour cette qualité. (15,5/20)

 

Orca, vieilles vignes (11 euros)

Orca signifierait petite amphore, selon l’étiquette mais les flacons qui se présentent sur l’étiquette n’ont pas d’anses et ne sont donc pas, techniquement, des amphores.

Grenache majoritaire dans ce vin au nez assez fermé pour l’instant. Traces d’un élevage de qualité mais pas dominant. On vise clairement un profil de vin de garde. En bouche le fruité est bien présent, entre cerise et cassis, bien juteux et aussi intense que séduisant. La texture est mi-ferme, mi-veloutée : clairement en devenir. Mais sa matière est si pleine et si bien équilibré qu’on aurait presque envie de le boire de suite. Un des meilleurs vins de la série et un des moins chers aussi. (16,5/20)

 

Domaine de la Gasqui (12 euros)

Grenache, Carignan et Cinsault, un assemblage à l’ancienne et une étiquette du même tonneau

Nez un peu réduit au départ mais qui révèle ensuite un joli fond de fruits et d’épices. Ce fruité bien vibrant devient encore plus présent en bouche. Vin aussi fin que savoureux à l’équilibre admirable et au prix bien placé. (15,5/20)

 

Gentilice, Cave de Canteperdrix (entre 12 et 15 euros)

L’élevage est assez présent au nez mais n’écrase pas une très belle matière. Cette qualité de fruit prend bien son élan en bouche avec un vin à la belle texture soyeuse qui entoure une superbe matière. Gourmand et avec une belle longueur. Excellent vin. (16/20)

 

Domaine Cambades, Crépuscule (15 euros)

50% Syrah et 50% Grenache pour ce vin à l’étiquette sombre, logiquement crépusculaire. La contre-étiquette, pour une fois, est claire et informative.

Nez juteux, frais et expressif. En bouche la très belle matière fruitée et aussi gourmande que puissante. Les tanins sont aussi bien présents mais sans dominer l’ensemble. Belle longueur et un caractère juteux très présent sur toute la durée.

 

Domaine Allois, Terre d’Ailleuls Domaine Allois, Terre d’Ailleuls (18 euros)

Bouteille lourde et étiquette moderne, signée. La contre-étiquette est un peu trop « bla-bla » pour mon goût.

Nez fumé sur base de fruits noirs. Le caractère puissant de ce vin s’affirme rapidement en bouche. Intense, assez chargé en tanins par rapport au fruit, c’est un bon vin charpenté qui fonctionnera bien avec grillades et plats riches en saveurs car il lui faut du sel ! (15/20)

 

Domaine de Fondrèche, Il était une fois (30 euros)

La cuvée haut de gamme de ce domaine phare de l’appellation qui a récemment abandonné la certification « bio » qu’il détenait depuis un moment, et pour raisons écologiques il me semble. Intéressant !

Nez fin aux cerises à l’alcool. Très concentré, mais sans excès, en tout cas plus que la plupart des vins de cette série. Sa structure tannique en fait une belle cuvée de garde. On pourrait le déguster plus rapidement avec des plats salés mais je le garderai bien 5 ans car il est plus raffiné que la moyenne. (16/20)

 

2016

Seulement deux échantillons reçus mais une très belle qualité pour les deux. Ce millésime semble très prometteur.

 

Domaine Brusset, Les Boudalles (9 euros)

Une présentation sérieuse, comme tous les vins de cet excellent producteur qui rayonne dans la région. Le nez est plus sombre et terrien que celui du vin suivant du même millésime, mais il contient aussi son lot de fruits rouges et noirs. Beaucoup de fraîcheur aussi en bouche et une jolie texture, plus dense que la cuvée Pur Jus de Landra, et qui caresse la langue sans l’agresser. Vin alerte et très gourmand, bien placé en prix.

 

Landra Pur Jus (10 euros)

L’étiquette est simple, graphique et claire et le vin est aussi directe, bien en phase avec son nom de cuvée car le nez est très fruité et juteux (tendance fruits noirs), aux notes d’épices. Cela donne une belle impression tonique de fraîcheur. Beaucoup de gourmandise aussi en bouche et une sensation de vivacité, presque de légèreté dans l’expression de son fruit. Un ensemble dynamique avec un soupçon de piquant (CO2) qui apporte une touche supplémentaire de vivacité. Délicieux vin de soif (15/20).

 

David Cobbold


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Bruno et Vincent Delubac, à Cairanne

Les frères Delubac illustrent bien l’évolution intervenue à Cairanne en quelques décennies. Et plus généralement, dans le vignoble français.

Ce sont leurs parents qui ont démarré l’activité viticole, en 1956, après que le gel eut décimé les oliviers. Arrivés aux manettes du domaine, comme beaucoup d’autres, les deux frères ont d’abord cherché à faire des vins puissants, opulents, impressionnants » ; c’était la mode. Et puis, comme dit Vincent, le plus jeune et le plus bavard des deux: «Quand on débute, on veut imprimer sa marque, on veut se  faire une place au soleil».

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Une des vignes des frères Delubac, à Cairanne (Photo H. Lalau)

C’était aussi leur époque Syrah, ce cépage qu’on présentait alors comme tellement améliorateur ; aujourd’hui, ils sont revenus à plus de mesure ; au bon vieux Grenache du Rhône Méridional, et surtout au Mourvèdre « qui doit avoir les pieds dans l’eau et la tête au soleil », sans oublier leurs chers Carignans. Et à des vins plus délicats. Ses modèles, Vincent les cherche, non plus tellement à Châteauneuf-du-Pape, mais plutôt en Bourgogne.

Le domaine compte 30 hectares, dont 26 à Cairanne – le Village vient d’accéder au statut de cru à part entière, il s’est doté de quelques règles draconiennes (notamment l’interdiction de la vendange à la machine, tout comme Châteauneuf) ; et aidés qu’ils sont par deux beaux millésimes (2015 et 2016) les vignerons semblent décidés à tout faire pour justifier cette promotion.

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Le vin qui illustre ce propos date cependant d’avant cette reconnaissance, puisqu’il s’agit d’un 2012, la cuvée Les Bruneau.

Un bien beau panier de fruits frais (prunelle, cerise, guigne), enveloppés de fumé ; en bouche, une grande fraîcheur, un côté presque ferrugineux. Ce vin ample présente assez de concentration pour ne pas paraître fluet, et assez de finesse pour ne pas paraître monolithique. La quadrature du Cairanne ? Mais qu’est-ce donc qu’un Cairanne? «L’élégance», à ce qu’on dit. Mais dans ce cas précis, l’élégance est assez robuste, dynamique et gorgée de soleil. Ce qui n’a rien de contradictoire.

Le seul vrai paradoxe, c’est que le mot ubac désigne le côté ombré d’une vallée…

Pour les amateurs de chiffres, cette cuvée assemble plus ou moins 50% de Grenache, 25% de Syrah, 15% de Mourvèdre et 10% de Carignan (avec quelques variations selon le millésime).

Sur place, j’ai aussi pu déguster une première cuvée de syrah 2016 qui sera versée à l’assemblage. C’est croquant, sanguin, plein d’allant. Très prometteur !

Hervé Lalau

 

 

 


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Minervois-La Livinière

360px-Aude_(flume)Minervois, au nord de Carcassonne, et Corbières, au sud, se regardent à travers de la basse vallée de l’Aude qui les sépare. La première zone se situant sur les contreforts de la Montagne Noire, et le deuxième sur une partie du piémont des Pyrénées Orientales.

Environ quinze jours après avoir exploré, rapidement, l’appellation Corbières-Boutenac, j’ai visité son pendant de l’autre côté de la basse vallée de l’Aude, Minervois-La-Livinière. De part et d’autre de l’axe Carcassonne-Narbonne, qui se situe dans le sillon tectonique qui sépare les Pyrénées du Massif Central, deux zones de piémont servent de socle aux appellations languedociennes jumelles, Corbières et Minervois. A l’intérieur de ces deux zones assez étendues, et forcément hétéroclites sur le plan de la qualité des vins qui y sont produits, un groupe de producteurs dans chaque zone a mené une opération dont le but était de sortir leur production, ou du moins une partie, d’un problème d’image et de prix qui les handicapait sur le plan de la reconnaissance de la qualité, et donc de la rentabilité.

DSC_0154Cabanon de vigneron (il lui manque la couverture en lauzes) à côté du chai du Château Maris, avec la Montagne Noire au fond.

Le premier à dégainer, après les longueurs habituelles imposées par les rigidités du système d’appellations en France, fut Minervois-La-Livinière, qui sera le sujet de cet article. L’appellation existe officiellement depuis 1999. Corbières-Boutenac, dont j’ai déjà parlé ici, lui a emboîté le pas quelques années plus tard, en 1985. Dans les deux cas, l’approche fut très comparable : délimiter une aire d’appellation restreinte avec des désignations parcellaires précises selon les critères habituels (climat local, exposition, altitude et types de sols), mais aussi imposer des règles de production (encépagement, rendement, vieillissement avant vente, etc.). Pour mener à bien un tel projet, puis pour le faire durer dans le temps en portant des résultats à la hauteur des espérances, il fallait aussi un petit groupe d’hommes et de femmes à la fois convaincus et tenaces.

DSC_0149Murs de pierres plates ponctuent le paysages et forment terrasses, comme ici au Clos d’Ora de Gérard Bertrand. La pose verticale est la plus résistante, mais la plus difficile à exécuter.

Minervois-La Livinière, ou La Livinière tout court comme les brochures de l’appellation aiment à la présenter, concerne actuellement un petit nombre d’hectares mais dont le nombre varie considérablement selon les sources: 350 hectares selon les documents de l’appellation, ou bien 200 hectares selon le site officiel des vins du Languedoc. Faudrait peut-être se mettre d’accord ! Comme à Boutenac, le potentiel classé est bien au-dessus de ce modeste chiffre, car l’aire comporte 2.700 hectares et touche 6 communes, et les producteurs utilisent tous (ou presque) les deux appellations dans leurs gammes. Encore une fois comme à Boutenac, l’appellation Minervois-La-Livinière ne s’applique qu’aux seuls vins rouges. Les blancs ou les rosés sont nécessairement sous l’appellation de base, Minervois.

DSC_0129A La Livinière, on s’efforce aussi de retrouver les variétés de vigne rares, et même non-identifiées comme ici, en les plantant dans un conservatoire ampélographique

Les règles de l’appellation ont cru bon de limiter l’altitude maximale des parcelles acceptées à 330 mètres, et ceci d’une manière qui me semble assez arbitraire, surtout à la lumière du réchauffement climatique et de la nécessité de réduire les taux d’alcool dans les vins du sud. A part cela, je n’ai pas les moyens de trop chipoter sur la logique de ces règles qui, après tout, ont été établis par les producteurs eux-mêmes, même si je trouve certaines inutilement compliquées et restrictives. Des petits arrangements permettent parfois de simplifier un peu les choses! La Livinière et Boutenac font appel au même quatuor de cépages principaux (syrah, grenache, carignan et mourvèdre), mais avec des priorités différentes. Alors que Boutenac impose entre 30 et 50% de Carignan (attention: à la vigne, pas dans les vins !), La Livinière impose que les trois autres constituent au moins 60% de l’encépagement. Dans les faits c’est la Syrah qui domine dans la plupart des vins de La Livinière, ce qui n’est pas le cas à Boutenac. La Livinière a aussi eu la sagesse de laisser en place quelques variétés plus rares : Lledoner Pelut, Cinsault, Aspiran Noir, Picpoul Noir et Terret Noir.

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Les contraintes techniques d’une appellation, qu’elle soient géographiques, végétales ou autres, sont une chose mais le vin se fait par les hommes et femmes, et c’est là où la volonté, la sensibilité, le talent et les techniques jouent des rôles qui font l’essentiel de le différence entre un vin et un autre dans la même appellation. A La Livinière des personnalités fortes ont joué, je dirais nécessairement, des rôles clés dans la genèse et la promotion/défense de l’appellation. Cela a commencé avec ses fondateurs Maurice Piccinini et Roger Piquet, respectivement en charge de la cave coopérative La Livinière et propriétaire du domaine privé Château de Gourgazaud. Cela s’est poursuivi avec Michel Escande, de Borie de Maurel, suivi par Patricia Domergue, du Clos Centeilles. Et la présidente actuelle est aussi une femme, Isabelle Coustal, propriétaire de Château Sainte Eulalie (voir photo ci-contre).

ETIC-OCA0007Comme les Cazes, de Bordeaux, bon nombre de producteurs ou d’investisseurs d’autres pays ou régions de France sont venus s’installer dans le Minervois, en apportant savoir-faire et faire-savoir.

A la différence de Boutenac, des investisseurs venus d’ailleurs, parfois de loin, parfois de plus près, pèsent aussi dans l’appellation La Livinière et y apportent à la fois leur regard, leur savoir-faire, leur capacité à faire connaître, et leur réseaux commerciaux. Deux producteurs importants de la région languedocienne, Gérard Bertrand et la famille de Lorgeril, y côtoient les Cazes (de Bordeaux), les Grands Chais de France (de partout mais d’origine alsacienne), ou l’Anglais Robert Eden et l’Ecossais Guy Crawford. Est-ce cela, ou l’ancienneté un peu plus importante qui expliquerait l’impact plus grand de La Livinière (50% de plus de surfaces exploitées aujourd’hui) ? Je n’en sais rien mais je pense que cela joue.

Cette fois-ci je n’ai pas demandé à procéder d’abord à une dégustation extensive de tous les vins de l’appellation. Je le regrette maintenant car cela ne m’a pas permis pas d’avoir une idée du niveau général des vins de La Livinière, comme j’ai pu le faire avec ceux de Boutenac. Le voyage de presse, très bien organisé et encadré, a permis pas mal de visites et de dégustations assez détaillées dans sept domaines, puis des rencontres avec d’autres producteurs et quelques-uns de leurs vins lors de repas. Les domaines visités étaient Clos Centeilles, Borie de Maurel, Ostal Cazes, Clos d’Ora, Château de Fauzan, Château Maris et La Borie Blanche. Pour ma part, les dégustations les plus marquantes étaient celles des vins de Clos Centeilles, d’Ostal Cazes et de Château Maris, avec de bons ou très bons vins parmi ceux dégustés ailleurs ou lors des repas.

Le cas de Clos d’Ora est un peu à part dans cet ensemble. Il ne s’agit pas d’un clos au sens de clôturé, mais de 9 hectares faisant partie du vignoble de Laville Bertrou, géré comme une entité spécifique avec son petit chai très moderne et dépouillé et son lieu de réception au dessus. Le point qui frappe beaucoup d’observateurs, moi compris, est le prix de vente de ce vin. Un peu à la Californienne, il vise un public très différent du reste de l’appellation et qui considère que plus un vin est cher, plus il est désirable ; car le Clos d’Ora se vend aux alentours de 200 euros la bouteille (le domaine annonce 185), alors que le prix moyen des très bonnes cuvées dans l’appellation est plutôt autour des 25/30 euros. J’ai dégusté ce vin en trois millésimes et il est très bon, pas surpuissant mais finement équilibré. Mais rien ne justifie objectivement un tel prix hormis une volonté de se positionner d’une manière symboliquement très forte, ce que Gérard Bertrand a osé faire. On pourrait penser que cela ferait sourire ou grincer des dents les autres producteurs de l’appellation, mais on aurait tort. En tout cas l’écho que j’ai eu était qu’ils sont heureux que leur appellation ait été choisie pour une opération de communication de ce type. Car il y a beaucoup de «comm» autour du projet, avec toute la panoplie du discours appuyé sur la biodynamie et du mulet qui tire la herse entre les rangs (comme par hasard en action au moment de notre visite), sur le terroir d’exception, etc, etc.

Je vous parlerai maintenant des vins plus abordables que j’ai aussi beaucoup aimé et qui donne un peu une idée des styles qu’on peut trouve à La Livinière, tout en situant un peu les domaines qui sont à leur origine.

DSC_0140Patricia Domergue dans ses vignes au Clos Centeilles, près du village de Siran. Elle s’est bien battue pour son appellation et fait des vins formidables

 

Clos Centeilles

La maison et le chai se trouvent ensemble et tout près du petit village triste de Siran, où nous logions dans l’hôtel de charme du Château de Siran, qui est réellement charmant et qui doit être un des rares bâtiments de ce village ayant un peu de cachet. Patricia Boyer-Domergue (qui n’est pas «du pays») a acheté ce domaine en 1990 et a longtemps présidé avec énergie la jeune appellation. Le clos est réel et ancien, et part de la petite église du 13ème siècle, Notre-Dame-des-Centeilles. Patricia ne s’est pas contenté de suivre les règles des appellations mais a aussi beaucoup œuvré pour préserver et expérimenter la richesse ampélographique locale, devenue malheureusement historique en grande partie. Elle cultive, entre une vingtaine d’autres variétés, Rivayrenc (de différentes couleurs), Œillade et Araignan. Un des ses beaux vins blancs est issu de 15 variétés différentes en s’appelant Mosaïque de Centeilles. Le 2015, sous une désignation vin de pays, est complexe, un peu gras, de belle texture et long. La gamme est de ses vins est large car, sur ses 12 hectares de vignoble, Centeilles produit 9 vins différents à partir de 23 cépages., et dans à peu près tous les types (sauf bulles). Mais un seul est de l’appellation Minervois-La-Livinière, et il est magnifique, alors je vais m’y limiter.

DSC_0143Magnifique calade au Clos Centeilles. J’aime tant le beau travail de pierre.

Verticale de Clos Centeilles

Chose rare : certains de ces vins sont encore disponibles à la vente au domaine, et seront plus faciles à trouver sur commande quand la nouvelle cave/oenothèque sera terminée.

1992

L’année de naissance de Cécile, la fille de Patricia, qui commence à travailler à temps partiel sur le domaine tout en poursuivant ses études. Ce vin est encore un peu austère, donc resté très jeune, avec de la mâche causée par des tannins fermes, beaucoup de fond et de densité. Long et vibrant.

2001

Dégusté à l’aveugle mais à un autre moment, lors de la présentation de « La Collection de La Livinière 2016 »

Beau nez, évolué mais complet et accompli, avec une grande complexité. C’est raffiné et vibrant en bouche et l’ensemble est d’une grande finesse. Un vin toute en élégance qui a vieilli remarquablement.

2003

On dirait un Barolo de bel âge, tant les arômes de vieux cuir sautent au nez. D’une grande complexité, ce vin formidable est un des meilleurs que j’ai dégusté lors de ce voyage.

2007

Le nez est fabuleux et se révèle progressivement, couche par couche, avec une part de truffes généreusement servies, de la réglisse et de la prune en abondance. C’est aussi charmeur qu’intense et très long. Un autre vin splendide.

2009

La composition est donnée pour un tiers de chaque cépage, entre Syrah, Grenache et Mourvèdre. Je ne sais pas s’il en va de même pour les autres millésimes mais je soupçonne que cela varie selon le millésime et la matière.

Encore un nez formidable. Des tannins fins, presque fondus. Vin dynamique qui conserve une expression marquée par le fruit.

2010

Dégusté à l’aveugle mais à un autre moment, lors de la présentation de « La Collection La Livinière 2016 ».

Un jeunot, selon les canons de ce producteur, car les millésimes postérieurs ne sont pas encore à la vente. Le nez est plus chaleureux que pour les autres, avec des notes de cacao et de torréfaction. C’est aussi plus robuste par sa matière, avec une pointe de sécheresse en finale qui montre que les tannins ne sont pas encore fondus. C’est un très bon vin mais qui mériterait un peu de patience.

DSC_0148Fabrice Darmaillacq, le Directeur Technique de l’Ostal Cazes, avec les bouteilles de la dégustation verticale

L’Ostal Cazes

Basé à l’ancienne Tuilerie Saint-Joseph, qui fut d’abord restaurée et derrière laquelle un chai moderne fut construit par Robert Eden (dont je parlerai plus tard), ce domaine fut crée par Jean-Michel Cazes et sa famille en 2002, après l’acquisition de deux propriétés puis le bâtiment. Il occupe maintenant 60 hectares de vignes et 25 d’oliviers sur un ensemble de 150 hectares. Il est géré sur place Fabrice Darmaillacq, le Directeur Technique, qui nous a rejoint à plusieurs reprises pendant le voyage et dont les commentaires furent toujours très intéressants. Les vins partent en tiré-bouché à Bordeaux pour intégrer le réseau de distribution de la famille Cazes.

Verticale de L’Ostal Cazes

2003

Année de canicule et de vendanges précoces. Le vignoble venait d’être acquis et donc les replantations qui allait le modifier en profondeur n’avaient pas encore eu lieu. Les bords de la robe dense sont bien brunis. Le nez m’a semble assez bordelais, avec des notes de cèdre et de mine de plomb (mais est-ce imaginaire, connaissant le propriétaire ?) Les arômes me semblent par ailleurs un peu brouillés. En bouche c’est d’abord charnu, puis avec une touche de vivacité et un peu d’amertume en finale.

2004

Une année très contrastée avec la précédente, ayant été frais et pluvieux. La robe est similaire au 2003. Le nez est plus frais et plus tenu dans son expression. Ferme et « minéral », un peu monolithique dans son expression.

2005

La robe semble nettement plus jeune et le beau nez à encore la fragrance des fruits rouges frais. C’est un vin au stylé élancé et fin qui évite l’amertume des deux précédents et possède une belle longueur.

2007

La robe est encore plus juvénile que celle du 2005. Le nez combine notes épicées et de fruit confits dans un registre aussi jeune et frais. L’amertume est bien maitrisée et la texture soyeuse. Ce vin a gardé une jeunesse étonnante et reste parfaitement équilibré. Il était mon préféré de cette dégustation.

2009

Robe dense et nez chaleureux, aussi fumé qu’épicé. Je sens du fruit en confiture en bouche avec une finale trop chaleureuse à mon goût. N’a pas l’élégance des 2005 et 2007.

2010

L’année fut sèche. Beaucoup d’intensité de couleur et un nez dense, et peu expressif encore. Cet aspect massif est aussi évident en bouche. Les tannins sont bien présents mais l’équilibre tient bien. Vin long et bien structuré qu’il convient d’attendre quelques années.

2011

L’été fut pluvieux puis la période avant les vendanges fut plutôt sèche. Rendement généreux. Le nez est sur le versant de fruits confits et de la cuisson. Ce vin semble plus austère et ses composants (acidité/tannins/fruit) ne sont pas encore bien fondus. Vibrant de jeunesse, je pense qu’il fait mentir, comme d’autres bons vins de cette appellation, la tendance du marché à consommer ces vins jeunes. Il leur faut, au contraire, entre 7 et 12 ans pour se révéler, après une phase de jeunesse où leur fruité s’exprime pleinement.

2012

Un année très sèche, malgré des pluies vers le 15 août. La robe semble un peu moins dense. Le nez est délicieusement friand et offre toute la gourmandise de son fruit. Doté d’une jolie fraîcheur, moins tannique et concentré que le 2011 qui sera potentiellement plus complexe peut-être, on peut boire ce vin aujourd’hui.

Le domaine n’a pas mis en bouteille le millésime 2013.

2014

Nez très frais et un vin carré, clair et net. Les saveurs en bouche sont précises et dynamiques, la qualité du fruit excellente et l’ensemble est bien équilibré malgré une pointe d’amertume en finale (mais qui pourrait être un atout dans le temps). N’a pas le charme du 2012 pour l’instant et finit sur une note chaleureuse.

En tout, une belle dégustation qui prouve encore une fois la bonne capacité de garde de ces vins.

DSC_0169Robert Eden, de Château Maris, en pleine explication des ses vins

Château Maris

Celui qui a construit le chai d’Ostal Cazes et qui l’occupait alors s’appelle Robert Eden; cet Anglais a roulé sa bosse en Australie et ailleurs avant d’atterrir dans ce coin du Languedoc. Il a maintenant un nouveau chai, construit selon des principes très écologiques pour vinifier et faire mûrir les vins de son domaine, le Château Maris. On connaît encore peu ces vins en France car ils étaient jusqu’ici surtout exportés (un peu partout), mais cela commence à évoluer et on peut en trouver dans des réseaux « bio », ou chez Metro. Eden a acquis le domaine en 1997 et l’a rapidement converti en viticulture bio et biodynamique. On trouve dans le chai toute la panoplie du genre avec des cuves en béton et en bois, des œufs en béton, une climatisation naturelle et, pour le visiteur, des odeurs très agréables et une sonorité apaisante. « Et alors? » me direz-vous. Je vous répondrai que c’est bien agréable lorsqu’on y passe une heure à déguster et à écouter.

Nous avons dégusté une bonne série de vins et je ne suis pas certain que tous revendiquent l’appellation Minervois-La Livinière. Tant pis, ils sont bons quand-même, mais pas donnés. Pourquoi est-ce que les vins « bio » sont souvent vendus si chers ?

DSC_0163

Les Anciens 2014

Un pur Carignan, ce vin est un délice avec une belle intensité de fruit et beaucoup de fraîcheur. Long, pur et très bon. (Prix dans les 19 euros).

Las Combes 2013

Un pur Grenache, très juteux aussi et qui a su rester frais. (Même prix).

Les Planels 2014, Minervois La Livinière

80% Syrah, 20% Grenache. Vibrant et très juteux. Excellent. (prix inconnu)

Les Amandiers 2014

Un pur Syrah, élevé en barriques neuves. Soyeux de texture avec une superbe qualité de fruit et très long. (prix 35 euros)

Brama 2014 (blanc)

Grenache gris à 100% vinifié à la bourguignonne (je crois). Long et gras, mais avec une vivacité extraordinaire. J’ai beaucoup aime ce vin. (prix dans les 30 euros)

Mirren de LorgerilMirren de Lorgeril

Vignobles de Lorgeril, Borie Blanche (verticale de la cuvée La Croix)

Les Lorgeril sont propriétaires d’une demi-douzaine de domaines en Languedoc et en Roussillon. Borie Blanche fut acquis il y a 20 ans en le chai actuel est occupé depuis 2002. La vinification fait appel à un fonctionnement par gravité et un système de pigeage aménagé dans un chai ancien qui reste naturellement frais grâce à se construction en hauteur et partiellement enterré. On voit ici une combinaison intéressante entre techniques anciennes, bien aidés par des choses très modernes car la suivie de la vigne est aidé par de l’imagerie satellite. Grenache et Syrah dominent les plantations, dont les nouvelles reviennent au système du gobelet.

Des deux millésimes de la cuvée appelée Borie Blanche, terroirs d’Altitude, j’ai bien aimé le 2012, frais et délicat, mais j’ai trouvé le 2013 anguleux et simple. Ce vin vaut dans les 10 euros, ce qui constitue une entrée de gamme pour l’appellation. S’en est suivie une bonne verticale de la cuvée haute de gamme, appelée La Croix. Son prix de vente se situe entre 25 et 30 euros.

La Croix 2008

Le nez reste marqué par le bois. En bouche on trouve une matière splendide, vibrante et juteuse. Sa tenue dans le temps est remarquable, le vin semblant encore jeune et vivace.

La Croix 2009

La matière est très belle, charnu et longue en bouche. Les tannins semblent plus fermes, ou bien plus extraits. J’ai préféré le 2008 sur le plan du style.

La Croix 2010

Nez magnifique, aussi frais que profond. Très intense et long en bouche, il semble très complet mais aura besoin de temps car sa densité est encore un peu chargée.

La Croix 2011

On trouve peut-être davantage de précision dans ce vin hyper juteux avec un équilibre parfait. C’est aussi fin que gourmand. Excellent vin.

La Croix 2012

Précis mais plus austère que les deux précédents. Les tannins semblent déjà fondus et l’équilibre est bonne.

Comme chez l’Ostal Cazes, il n’y a pas eu de 2013

La Croix 2014

Prometteur, forcément très serrée encore. Patience….

D’autres vins que j’ai bien aimés, lors de divers dégustations ou repas :

Château de Fauzan, La Balme 2008 (environ 15 euros, je crois : distribué en France par Grands Chais de France)

Encore un vin qui a su conservé une belle qualité de fruit après 8 ans. Je commence à croire dans la capacité de garde des meilleurs vins de cette appellation. Structuré et équilibré aussi. J’ai dégusté d’autres vins prometteurs de ce domaine. L’approche de ce jeune vigneron, qui est aussi très intéressant à écouter sur l’histoire et la géographie de sa région, laisse penser que ce domaine va très bien évoluer dans les années à venir.

Clos des Roques, Mal Pas 2008 (16 euros)

Un vin dans lequel domine le mourvèdre (avec du syrah) et qui a subit une vinification intégrale. Excellent.

Domaine de Tholomies 2011

Ce domaine a été acquis par Grands Chais de France, le plus grand producteur de vin dans ce pays et qui amorce un virage remarqué vers des produits haute de gamme en complément à ses activité de base. Dans la Languedoc, cette société a aussi rachetée Les Belles Eaux (ex-Axa millésime) et l’ancien domaine de Chantal Comte, la Tuilerie. Vin très juteux autour d’une superbe qualité de fruit. C’est peut-être encore un peu massif mais sa longueur et son équilibre indiquent un beau potentiel. Le millésime 2011 sort souvent très bien dans les dégustations que j’ai pu faire dans cette région, bien que je n’aime pas trop généraliser sur les millésimes.

Château de Cesseras 2012 (environ 15 euros)

Faisant partie de la sélection « Collection 2016 » qui a été faite par un jury de sommeliers et de journalistes, ce vin a un nez splendide, aussi élégant que complexe. Son caractère m’a semble presque bourguignon, entre autres par sa finale en dentelle. Cela semble aussi une bonne affaire.

Domaine La Syranière 2013 (23 euros)

Peut-être un peu marqué par son élevage encore mais une belle réussite dans une année qui semble avoir été difficile. Dans la gamme « vin de garde », avec beaucoup de matière et une belle précision. Je l’ai gouté deux fois, dont une à l’aveugle avec la série « Collection 2016 ».

Borie de Maurel, La Féline 2014 (environ 15 euros)

La touche laissée par la macération carbonique m’a un peu gêné au nez, mais la suite est charnue, riche et longue en bouche.

 

Conclusion

Une bien belle appellation, aussi bien sur le plan physique (topographie, paysages et lieux) que pour la qualité de ses meilleurs vins. Nul besoin de payer 200 euros, ni même 50, pour se faire très plaisir avec un Minervois-La Livinière. Une trentaine euros suffiront pour acheter les meilleurs cuvées et on peut aussi trouver de belles choses autour de 15 euros, du moins en France.

Une de mes bonnes surprises a été la très bonne tenue dans le temps de certains vins. Peut-être que la part relativement forte du syrah y est pour quelque chose ?

Je suis personnellement rétif aux arômes gazeuses induits par une macération carbonique mal maitrisée et je trouve que cette technique fait se ressembler les vins les uns aux autres, tout en durcissant les tannins. Mais peu de vins dégustés souffraient de cela et plusieurs domaines n’ont pas, ou de moins en moins, recours à cette technique.

C’est aussi une région ou les fortes personnalités sont bien présents, ce qui rend les visites souvent passionnantes.

David Cobbold

(texte et photos)


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Boutenac en Corbières

L’appellation Corbières-Boutenac date maintenant d’une dizaine d’années. Les dossiers de presse et autres documents parlent du «Cru Boutenac». Je ne vois pas bien comment on peut attribuer le mot «cru» à toute une appellation, car ce terme est généralement réservé à une parcelle, voire à un domaine. Comme 26 producteurs (dont 3 caves coopératives) revendiquent cette appellation pour au moins une partie de leur production, on ne peut pas dire qu’il  partagent tous la même parcelle! Mais passons…

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Quelques généralités

La partie du vignoble ayant droit à cette appellation spécifique occupe une aire approximativement centrale dans la partie septentrionale de la plus vaste zone de l’appellation Corbières, la plus grande du Languedoc. Cela si situe donc entre Narbonne et Carcassonne, et juste au sud de Lezignan-Corbières. Dans l’aire en question, seules des parcelles spécifiques peuvent revendiquer la désignation Boutenac et elles ont été agréées par des géologues (c’est une manie en France !).  2.668 hectares ont ainsi été classés comme pouvant produire du Corbières-Boutenac, mais seulement 184 hectares en produisent pour le moment, et la récolte 2015 a donné 6.600 hectolitres. On peut dire qu’il s’agit d’une toute petite appellation en devenir et qui correspond à une volonté plus large de hiérarchiser l’offre dans cette énorme région du Languedoc.

IMG_7629La Montagne d’Alaric

Le Corbières-Boutenac ne peut être que rouge. De plus, les cépages autorisés (Carignan, Grenache, Mourvèdre et Syrah) doivent respecter certaines contraintes sur le plan de leurs proportions: au moins 70% pour l’ensemble des trois premiers, et entre 30% et 50% de Carignan. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Je n’entrerai pas plus sur les détails du cahier des charges, qui impose aussi, et c’est une bonne chose, un élevage d’au moins 15 mois après la récolte.

photo syndicat Cru Boutenac

La région est très belle, parfois spectaculaire. La vigne s’incruste dans des paysages souvent sauvages avec des excroissances rocheuses, des collines et des montagnes, des forêts et des maquis, et des petites rivières turbulentes qui serpentent dans les vallées entre des villages aux ruelles étroites. En tout cas le parti-pris des responsables de cette appellation, qui est présidé par Pierre Bories (Château Ollieux Romanis), de limiter la zone géographique et aussi de restreindre l’accès à des producteurs bien motivés par la possibilité de monter en gamme par rapport à l’appellation Corbières se trouve bien justifié par la qualité moyenne des vins que j’ai pu déguster.

Les vins dégustés

Ma dégustation d’une trentaine de vins de différents millésimes à précédée quelques visites dont je vous parlerai après car mon voyage s’inscrivait dans le cadre d’une opération qui s’intitule Camins de Boutenac et qui donne la possibilité à des randonneurs de découvrir une partie de l’appellation à pied, en faisant des haltes dans les domaines.

IMG_7610Mes vins préférés du dernier millésime, 2014

Maintenant, voici les vins dégustés : il y avait un de 2007, un de 2010, six de 2011, six de 2012, six de 2013 et douze de 2014. Je vais noter uniquement mes vins préférés de chaque série. Les prix indiqués sont soit le prix départ ttc fourni par le producteur, soit le prix le moins cher trouvé sur Wine Searcher.

Je passe sur les deux plus anciens, qui ne m’ont pas épatés. Les vins notés par la suite paraissent dans l’ordre de leur service, qui était aléatoire hormis la séparation des millésimes.

Château Saint Estève, Ganymède 2011 (prix 15,5 euros ttc)

Nez riche et chaleureux, sans excès. Plein en bouche avec des notes boisées qui entourent un bon fruit. Une bonne intensité pour ce vin harmonieux et long.

Château Aiguilloux, cuvée Anne-Georges 2011 (prix 15 euros ttc)

Il réussit la prouesse de conserver les qualités de fruit d’un vin bien plus jeune, donnant un caractère vibrant aussi bien au nez qu’en bouche. Les tannins restent fermes et l’ensemble est très dynamique.

Domaine La Bouysse, l’Indécent 2012 (prix 30 euros ttc)

Fait d’un tiers chacun de Mourvèdre, de Grenache et de Carignan, raisins triés sur table puis vinifiés en barriques ouverts avec pigeage quotidien pendant un mois, on comprends que la quantité de travail impliqué à provoqué le nom de cette cuvée. Le nez est vif et rappelle le sous-bois ainsi qu’un fruité éclatant et très juteux. C’est très gourmand, frais et bien équilibré, mais il porte bien l’accent rocailleux de pays (et du paysage). Son acidité naturelle lui donne un air juvénile. Je l’ai re-dégusté lors d’une soirée et le situe parmi les meilleurs de l’appellation. Il roule sur le palais comme l’orage autour des montagnes.

Domaine La Bouysse, Mazerac 2012 (prix 15 euros ttc)

Il y avait d’autres vins intercalés entre ces deux cuvées de la même propriété, donc cette suite est le fruit du hasard et de mon appréciation des deux vins en question. La robe est intense et très jeune. On y sent de l’ambition, mais l’élevage en futs qui a duré 12 mois lui a donné de la patine sans étouffer la très belle qualité de fruit. Fin et alerte, avec une belle longueur. Bravo à ce domaine qui a su produire deux excellents vins dont celui-ci, à moitié prix de l’autre, donne plus que la moitié du plaisir.

Château Aiguilloux, cuvée Anne-Georges 2012 (prix 15 euros ttc)

Belle régularité pour cette cuvée qui sort dans deux millésimes. Bien fruité, c’est un vin assez complet et juteux dont les tannins sont encore fermes. A attendre encore un an ou deux de préférence.

Ollieux Romanis, Alta Sia 2013 (prix 19 euros ttc)

Le Carignan atteint 45% de l’assemblage dans ce vin dont le fruité est succulent et mur, avec un fort accent de garrigue. Un vin de mi-corps, dont les tannins soutiennent l’ensemble sans le dominer. Vivant et très agréable.

Château de Caraguilhes, Echappée Belle 2014 (prix 24 euros)

Ici le Carignan atteint les 80% de l’assemblage, le reste étant du Mourvèdre. J’ai peut-être mal compris les règles (sévères) de l’appellation, mais c’est marqué sur la fiche ! Que de la cuve et de la bouteille pour l’élevage. Je passe sur la trace laissée par la macération carbonique (que je n’aime pas car il fait se ressembler tous les vins qui l’utilisent à outrance), pour me délecter du délicieux fruité de ce vin fringant et juteux, parfaitement équilibré.

Château de Villamajou, Grand Vin 2014 (prix 18 euros ttc)

Les bords de ce vin montrent un peu d’évolution, probablement due à son mode d’élevage qui a eu l’avantage de lui donner une très belle texture suave. Beau nez qui laisse parler des fruits noirs avec une bonne impression de fraîcheur. Vin ample, charnu et assez chaleureux autour d’une expression de fruits bien murs. Belle longueur.

Château Maylandie, Villa Ferrae 2014 (prix 12 euros ttc)

Le nez est intense et gourmand, même si l’effet de la macération carbonique me gêne un peu. La belle qualité de son fruit est son principal atout. Il n’a peut-être pas la complexité des meilleurs mais c’est un vin vibrant et alerte et son style direct et pur le rend très recommandable à boire dès maintenant. En plus son prix est dès plus accessibles.

Château Ollieux Romanis, Cuvée Or 2014 (Prix 21,50 ttc)

La robe est très dense mais le nez apparaît claire et net, avec une très belle expression de fruit. L’élevage reste encore présent, mais d’une manière raisonnable. Le palais évite tout surcharge aussi, avec une bonne intensité des saveurs fruités qui sont précises et parfaitement intégrées dans le corps du vin. Un vin maitrisé et élégant, de demie-garde.

Gérard Bertrand, La Forge 2014 (prix 50 euros ttc)

Le prix de cette cuvée remarquable n’est pas très raisonnable mais l’ambition y est affichée. J’ai pu, par le passé, constater qu’il peut très bien vieillir ayant dégusté il y a deux ans un remarquable 2001 de ma cave. Robe dense (on s’y attendrait !). Beaucoup de volume au nez et les signes d’un élevage bien maîtrisé qui laisse la clarté du fruit s’exprimer. Ce vin est gourmand, stylé, précis et harmonieux, avec un joli retour d’acidité en finale.

IMG_7613Robinet de cuve au Château La Voulte Gasparets

Château La Voulte Gasparets, Cuvée Romain Pauc 2014 (prix 20 euros ttc)

La robe a une intensité moyenne, mais c’est autre chose au nez qui est à la fois fin et assez puissant. Belle densité au palais avec un fruité gourmand bien présent. Je ne suis pas certain que les tannins sont à parfaite maturité mais ils ont bien été assagis par l’élevage. Vin assez complet, complexe et long.

Conclusion de la dégustation

12 vins sélectionnés (ceux ayant obtenu des scores entre 14,5 et 16/20) sur 32 échantillons représente un niveau très honorable. Dans l’ensemble les vins avaient un style assez homogène et un bon niveau moyen. On peut dire que le pari est en train d’être gagné par les fondateurs de cette jeune appellation. En particulier j’ai noté un meilleur équilibre que dans le passé pour les vins élevés sous bois, avec un dosage bien plus fin de l’apport de la barrique ou autre contenant.

IMG_7620Château de Luc, propriété de la famille Fabre, magnifique dans son jus 

Les visites

Visiter les sites viticoles peut être très intéressant et agréable, rencontrer les vignerons est généralement riche d’enseignements, mais visiter un nième chai à barrique, ou, pire, chaîne d’embouteillage n’est pas ma tasse de thé. Le programme était heureusement allégé ce côté-là. Nous avons visité le Château La Voulte Gasparets, au moment où des randonneurs sont arrivés pour une pause dégustation, puis, plus longuement, le Château de Luc, qui est une des propriétés de la famille Fabre et où écouter Louis Fabre parler d’histoire, de géographie, de vin ou de toute autre chose est absolument passionnant. J’y serais resté une journée entière et le lieu est magnifique.

IMG_7621Louis Fabre dans ses oeuvres

IMG_7638Une des nombreuses créations du vinaigrier Cyril Codina, à Lagrasse

Pour varier les plaisirs, nous avons aussi visité un musée étonnant dans la très belle petite ville de Lagrasse qui se situe juste en dehors de la zone de Boutenac. Ce musée un peu kitsch rassemble moult objets divers ayant trait au passé de la région et propose des projections « poly-sensorielles » qui évoquent des aspects du passé, comme le tram vapeur qui reliait Lézignan aux villages d’amont. Tout cela a été rassemblé et réalisé par un bonhomme remarquable, Cyril Codina, qui est aussi un vinaigrier hors pair. Je n’ai jamais vu autant de vinaigres différents, dont une bonne partie proviennent de ses 5,5 hectares de vignes.

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La fin du parcours a rendu honneur à un aspect essentiel du passé et de la structure sociale de cette région : les caves coopératives. La Cave des Demoiselles, à Saint Laurent-de-la-Caberisse fut officiellement fondée en 1914 mais ses débuts et le chantier de construction datent de l’année avant. Entre temps, la guerre avait déjà fait son sale ouvrage et le manque d’hommes valides a fait que ce sont les femmes qui ont terminé le chantier et lancé l’activité de la cave, d’où son nom.

Je retournerai avec plaisir dans cette belle région, et très certainement à deux roues car les routes sinueuses y sont très attrayantes et ma petite Ducati devrait bien s’y plaire, hormis les bosses assez nombreuses.

David (qui sera bientôt français, j’espère)