Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


1 commentaire

#Carignan Story # 263 : Zoé, à la rencontre de Fernand.

Zoé, c’est un prénom bien sympathique. Venu du grec, il désigne la vie, tout simplement. Mais c’est aussi le nom donné à la cuvée du (petit) négoce des frères Parcé. Elle existe depuis 5 ou 6 ans, peut-être un peu plus, et elle m’a toujours enchanté pour son approche directe, sans fioritures, son sens bien alerte du plaisir simple. Jusque-là, elle était plus ou moins dominée par le Grenache noir, le Carignan venant en appui avec probablement d’autres bricoles occasionnelles. Tirée la plupart du temps de raisins de la Vallée de l’Agly, côté Maury, elle a fait sensation dans les bistrots où l’on pouvait la siffler à moins de 20 € ou chez les cavistes où elle se situait autour de 6 €. Un vin à boire, quoi.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

L’autre jour, j’ai croisé Marc Parcé, devenu depuis longtemps son propre commercial, toujours aussi pressé au point qu’il m’a klaxonné pour que j’aille plus vite. Rien de plus normal, nous allions au même endroit, à son dépôt de Rivesaltes où, comme lui, mes amis et moi stockons les cartons de notre maigre récolte du Puch. C’est ainsi que j’ai échangé une bouteille de Puch 2013 contre une Zoé 2013. « Tu vas voir, me lance-t-il, grand seigneur… Cette fois, c’est du Carignan, un vin que j’ai dédié à Fernand Vaquer ». Fernand est un vigneron exigeant et légendaire natif du village de Tresserre, dans les Aspres, où sa belle-fille, la bourguignonne et volubile Frédérique continue l’œuvre lancée à la fin des années 80 par son mari, Bernard, le fils de Fernand. Un personnage que ce Fernand, toujours méticuleux, un peu râleur, aimant le travail bien fait à l’image de son père, Fernand 1er, rugbyman bien connu des années 1920, longtemps dirigeant émérite de l’USAP, l’équipe de Perpignan. Aujourd’hui au repos (il a bien plus de 80 ans), Fernand Vaquer fils a toujours été frotté au Carignan au point d’en faire le cépage emblématique de son domaine, préférant vendre ses bouteilles en Vin de Table plutôt que de respecter le règlement des Côtes du Roussillon qui imposait que l’on se détache du Carignan au profit de dame Syrah. Quand j’ai débarqué dans sa cave la première fois je m’étais fait copieusement engueuler parce que je manifestais l’envie de griller une cigarette. J’ai dû user de beaucoup de diplomatie pour continuer ma dégustation.

L'actuel Fernand, carignaniste convaincu. Photo©MichelSmith

L’actuel Fernand, carignaniste convaincu. Photo©MichelSmith

Ce Côtes du Roussillon Villages Zoé 2013 est irrévérencieux au possible pour la bonne raison qu’avec 80 %, il dépasse largement la dose tolérée par l’AOP. On le trouve notamment en vente sur le site des Caves du Roussillon. Comme souvent avec ce millésime, du moins c’est l’analyse que j’en tire, le vin issu du Carignan n’a pas la souplesse qu’on lui trouve d’habitude. Que l’on se rassure, il est toujours très frais et prometteur ce qui ne m’empêche pas de lui trouver un poil de dureté. Non pas une réelle verdeur, mais une forme d’âpreté que l’on pourrait attribuer aux tannins parfois végétaux du Carignan. Mais j’arrête-là car on pourrait croire à me lire que ce vin n’est pas intéressant. Or, c’est tout le contraire car le fruit tant désiré, le côté charmeur du Carignan, pointe le bout de son nez et ce vin devient bien plus souriant que la première impression pouvait le laisser penser. Tout cela s’atténue encore au bout de 48 heures, ce qui me rassure et me pousse à recommander de ne pas ouvrir cette bouteille – comme d’autres – avant que le vin ne fasse ses pâques en bouteille, c’est-à-dire d’ici Avril. Et puisque Avril est un peu proche, je conseillerai d’attendre le mois de Juin pour être sûr d’avoir un vin au top de sa forme.

Question solides, on restera sur de la viande (canard et agneau inclus) bien saignante, mais on pourra aussi ouvrir le flacon pas trop chaud ni trop froid (16°) sur une escalivade de légumes, façon Pierre-Louis Marin !

Michel Smith


1 commentaire

#Carignan Story # 261 : Karolina, presque ou pas tout à fait ?

Le Carignan vit une période faste et c’est bon signe car, dans les assemblages, on rencontre de plus en plus de vins marqués à 50, 60, voire même à 70 % par ce bel hidalgo venu chercher fortune dans le sud de la France en traversant les Pyrénées dès le Moyen Âge. Ces proportions, prises entre de bonnes mains, bien sûr, donnent de forts beaux résultats sur un rayon de 300 km allant du Priorat au cœur de la Narbonnaise avec quelques bons points à distribuer sur les meilleurs terroirs du Minervois, des Corbières et du Roussillon. Lorsque le cépage est présent à 75 % dans un encépagement où le Grenache noir joue un rôle essentiel de « liant », parfois même avec un peu de Syrah, voire de Mourvèdre, la perspective d’avoir un vin original reste très forte. C’est encore plus vrai lorsque l’alchimie de l’assemblage résulte d’un choix formidablement qualitatif qui s’offre au vigneron quand celui-ci a pris l’initiative de s’installer dans le cadre d’un terroir majestueux avec de multiples parcelles de toutes compositions et expositions. Jusque là, je m’imposais de ne parler que des cuvées à 90/100 % Carignan, du moins c’est ce que j’ai essayé de faire. Mais cette fois-ci, je vais vous louer les mérites d’un vin carignanisé autour de 70 %. Si je le fais, faut croire que je traverse une semaine plutôt cool. Aussi parce que le vin est bon, pardi !

Photo©MichelSmith

La vallée du Maury. Photo©MichelSmith

Ce n’est pas pour me vanter, mais j’ai sorti un livre ces derniers mois sur les vignerons rattachés à l’aire d’appellation Maury, un fief Occitan au cœur d’une région Catalane. Un livre dont personne ne parle, bien entendu, dès lors qu’il vante un pays oublié par 95 % de nos compatriotes. Je vous passe les détails à la fois géologiques, géographiques, historiques et politiques, puisque tout cela est fort bien raconté par mon co-auteur, Jacques Paloc, en poste depuis des lustres dans la région pour le compte de l’INAO. Or, en réalisant cet ouvrage l’an dernier, j’ai rencontré un par un une quarantaine de vignerons pour voir ce qu’ils cachaient dans leurs caves. J’en ai cité quelques uns ici l’an dernier et même beaucoup plus si l’on reprend cette chronique dès ses débuts. Car le fait est là : si les officiels vantent en premier les qualités indéniables du Grenache noir dans cette Vallée des Merveilles (c’est le titre du livre), ce couloir naturel sur le flanc occidental des Corbières cache aussi de formidables poches de résistance sous la forme de parcelles d’antiques Carignans qui sont autant de pièces de musée.

Caroline Blonville, Mas Karolina. Photo©MichelSmith

Caroline Bonville, Mas Karolina. Photo©MichelSmith

À ce stade, vous êtes bien avancés, vous qui venez de vous coltinez deux paragraphes d’introduction… Et de vous dire une fois de plus : « Où diable veut-il nous mener en bateau ? » Voilà pourquoi je propose d’assembler les deux sujets – le Carignan et la vallée du Maury – pour en déduire qu’il y a dans ce secteur, pas forcément revendiquées au sein de l’appellation Maury, de magnifiques cuvées où le Carignan est mis à l’honneur dans des proportions inégales, parfois en IGP, souvent en Vin de France. Parmi les fans de Carignan dans le secteur, nombreux sont étrangers à la région. C’est le cas de Caroline Bonville, une fille de viticulteur Bordelais qui s’est retrouvée propriétaire du Mas Karolina, à Saint-Paul-de-Fenouillet, un bourg jadis très animé à 5 ou 6 km de Maury dans cette vallée qui s’enfonce vers l’Aude et l’Ariège, à une quarantaine de bornes de Perpignan.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

En bonne vigneronne, Caroline - elle vinifie par ailleurs un remarquable Maury « traditionnel », c’est-à-dire doux (en VDN, l’appellation remonte à 1936 et je vous parlerais un jour de la nouvelle AOP Maury sec) -, la dame ne cache pas qu’elle a un faible pour le Carignan des coteaux alentours. Elle ne cache pas non plus qu’elle ne lui accorde pas la totalité de la place qui lui revient dans sa cuvée « L’Enverre », son vin « haut de gamme » revendiqué sous l’ombrelle IGP Côtes Catalanes. Avec 70 ou 75 % de Carignan, selon le millésime, j’estime qu’elle met cependant assez de force et de générosité dans son assemblage pour que la cuvée trouve sa personnalité. Depuis 2007, les raisins proviennent d’une vigne sur schistes du côté de Rasiguères et d’une autre vigne sur marnes rouges, à Maury. Trois mille bouteilles sont proposées chaque année au bout d’un élevage d’un an en pièces de 500 litres suivant une vinification dans les mêmes pièces avec pigeage (au début) et environ quatre semaines de macération.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Carignan aux trois quarts, le 2011 embaume la garrigue et quantité d’herbes sèches, dont le fenouil. Bien concentré en bouche, le vin se fait tendre et vif, le fruit est cuit, équilibré, les tannins sont souples, mais bien en place, sans pour autant donner suite à une grande longueur. Très bonne impression sur de belles côtelettes d’agneau grillées. Goûtée un an auparavant, la version 2012 (70 % Carignan, 25 % Grenache et 5 % Syrah) s’annonçait joliment au nez, avec en bouche des notes fruitées plus éclatantes et une belle fraîcheur étalée jusqu’en finale. Sur les deux vins, l’impression est légère (13° d’alcool affichés) et la matière très agréable, sans aucune lourdeur ou notes excessives de boisé. Une durée optimale de garde ne devrait pas dépasser 6 ans, jusqu’à 10 ans dans une très bonne cave. La cuvée est commercialisée 19 € départ cave, ce qui est un peu élevé à mon sens. Mais il est vrai par ailleurs que la bouteille a beaucoup d’allure. Et les rendements de ces vignes est tellement bas qu’il tau bien trouver le juste prix !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Michel Smith

 


2 Commentaires

#Carignan Story # 259 : Pépé, c’est une belle histoire !

Vous le savez peut-être, vous qui suivez cette rubrique et la lisez de temps à autre, j’aime le vin simple, un peu frustre parfois, mais léger, tendre, pulpeux, frais, fruité. À contrario, je n’aime guère les vins trop puissants, lourds, grossiers. Lorsque j’ai goûté El Pépé la toute première fois, je l’ai aimé sans détour pour sa franchise, sa jeunesse, sa fougue. J’en avais parlé à l’époque, en 2013, et vous pouvez rejoindre le texte ici même. Si j’ai éprouvé le besoin de vous en toucher mot de nouveau par l’écrit, c’est que le 2013 du jeune Édouard Fortin fait son entrée chez moi. En beauté !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Quelques temps après notre rencontre, Édouard Fortin, alors débutant avec enthousiasme et courage dans la viticulture audoise, a failli tout perdre, tout lâcher. La faute à des connards sans noms ni cervelles qui n’avaient rien trouvé de mieux que de foutre le feu à la cave qui abritait ses cuves. Son infortune, relatée sur les réseaux sociaux et dans la presse locale par l’entremise de l’association Changer l’Aude en Vin, puis relayée par quelques blogs, dont le nôtre, m’avait touché au point de passer ce que l’on appelle une « commande solidaire » à la hauteur de mes modestes moyens, comme on dit pour s’excuser de ne pas être assez généreux. Douze bouteilles de ce Carignan 2013, cela suffirait bien assez à mon bonheur, croyais-je alors. Si mes souvenirs sont bons, ce vin tournait entre 8 et 10 € la bouteille départ cave. Et si j’avais su, j’en aurais réservé deux fois plus !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Celui-ci, comme beaucoup de 2013 d’ailleurs, est un peu vert sur le moment, voire astringent au premier abord. Mais il ne faut pas le rejeter car il est bourré de qualités. D’abord, il est bavard, spontané, passionné. Il batifole, il vous prend par les tripes et vous saisit sans demander son reste. Les Anglais n’hésiteraient pas à dire de lui qu’il est catchy, bref tout ce que j’aime dans un vin, ce côté direct, sans maquillage, sincère. Ce Pépé a une autre importance, toute particulière à mes yeux : il montre une vision d’un Carignan atypique, un cépage qui serait presque septentrional, sa terre d’origine étant située presque à la limite de sa culture, dans cette région précise où l’on monte d’un cran, où le Cabardès, au nord du Minervois, aux portes de Carcassonne, va frôler un autre climat, là où l’influence méditerranéenne se confond presque à l’influence océanique. On dit souvent que le Carignan a la faculté d’épouser son sol. Dans le cas du Pépé d’Édouard, le cépage épouse également le climat.

Je le bois « frais », comme à l’accoutumée. Et j’obtiens par la même occasion le « buvant » que j’escomptais, c’est-à-dire l’étrange sensation d’une grande familiarité, d’une joyeuse et croquante gourmandise. Songez qu’il ne titre que 12°, bien loin de nos Carignans « chauds » gorgés de puissance que l’on trouve du côté de Perpignan ou de Pézenas. Et pourtant, ce n’est pas un jus fluet, bien au contraire. Deux jours après l’ouverture, il se fait un brin plus suave, encore plus jouissif, merci au fruit qui domine toujours avec autant de panache et d’allégresse.

J’en ai profité pour goûter la cuvée « Solidarité » élaborée à partir des apports de confrères vignerons touchés par la mésaventure d’Édouard et rassemblés au sein du « collectif » Changer L’Aude en Vin. Plus puissant en alcool (14°), certainement moins riche en Carignan, c’est aussi un jovial aperçu de l’amitié dont on ne saurait se passer.

Pour rien au monde il ne faut rater ce talentueux vigneron !

Michel Smith


1 commentaire

# Carignan Story # 258 : tendre Monolithe

Ils sont du village de Villespy, sur le territoire de La Livinière, l’un des plus en vue du Minervois. Julien, le jeune fils, et Henri Deveyer, le père, ne possèdent qu’une dizaine d’hectares et sont à la tête d’un domaine au nom délicieusement romantique, Les Jeanneterres. Malheureusement pour leur appellation qui en aurait bien besoin, les vignerons qui osent vinifier à part leurs vieux Carignans plutôt que de les mettre dans la soupe communale ou domaniale, laquelle peut au demeurant être fort goûteuse, sont obligés de passer outre l’appellation et de se rabattre sur la mention passe-partout, Vin de France. Bizarrement, le Cinsault qu’ils vinifient aussi, a lui droit de cité et peut même se revendiquer Pays d’Oc ! C’est fou ce que les choses sont bien faîtes en ce bas monde…

Photo©MichelSmith

La cour de l’Hôtel d’Alibert. Photo©MichelSmith

C’est l’espiègle Frédéric Guiraud, patron du délicieux hôtel (et restaurant) d’Alibert, à Caunes-Minervois, qui me l’a fait découvrir un jour où nous étions chez lui à digresser autour d’un bon plat sur le cépage-maudit du Sud avec Didier Viguier qui, au sein de la Chambre d’Agriculture de l’Aude, passe pour un protecteur du Carignan. Ce Vin de France, vinifié seulement quand il en vaut la peine car il est « capricieux » selon ses auteurs, s’appelle donc « Monolithe ». Il est du millésime 2011, provient d’une petite parcelle centenaire au-dessus de La Livinière et il est commercialisé modestement au prix de 9 € départ cave ce qui, à mes yeux, constitue une affaire vue la taille de cette propriété.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

De ce coin-là, on connaissait déjà le Boulevard Napoléon déjà décrit ici. Contrairement à ce que son nom laisse penser, le vin de ce jour, du moins à mes yeux, n’a rien de monolithique. C’est un rouge avenant, bien dans son jus, souple mais équilibré malgré l’alcool affiché (15°), doté d’une certaine finesse et d’un fruité tendre et délicat en dépit d’une très légère amertume en finale. Perso, je le vois servi frais (14°) sur un cassoulet, mais je sens qu’il irait bien sur un chaud plat de tripes avec de belles pommes de terre et carottes. Je n’ai pas de conseils à donner, mais je pense que si les Deveyer se donnaient la peine d’en vinifier tous les ans, sans forcément attendre d’hasardeuses sur-maturités, ils auraient un rouge encore plus frais et subtil qui ne manquerait pas d’intérêt.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour joindre Julien Deveyer, envoyez un mail à cette adresse : julien.deveyer11@laposte.net

Michel Smith


2 Commentaires

#Carignan Story # 257 : le mystère du trio des Fabre

Non, je ne chercherai pas à vous entraîner dans un roman à clefs. Mon titre est fait pour attirer votre attention sur un vin, un vrai ! Un vin bien habillé qui plus est. Honnêtement, je ne sais pas au juste ce qui a poussé le Château Fabre-Cordon à m’adresser un jour trois bouteilles numérotées d’un même Carignan Vin de France dit de « vieilles vignes ». Pour ce qui est du millésime, c’est un autre mystère, même si un numéro de lot (08/13) laisse penser qu’il s’agit d’un 2013. Mais peu importe, car finalement ce détail ne revêt pas ici un caractère capital. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il s’agit d’un millésime récent. Voilà.

Revenons à la question initiale. Cet envoi a-t-il été effectué dans un désir de pédagogie ? Une quelconque mais légitime volonté d’expliquer, de démontrer ? Un souhait de simple partage d’expérience ? Un souci de faire participer le modeste défenseur de Carignan que je suis à je ne sais quelle prise de décision ? Il me semble qu’Olivier Zavattin, mon sommelier ami de Carcassonne, y soit pour quelque chose. Quoiqu’il en soit, les trois échantillons sont là depuis quelques mois et, comme d’habitude, ils se languissent d’attendre mon bon vouloir…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Fabre-Cordon est le nom d’un domaine des Corbières. La vigne y est cultivée en agro biologie depuis 2008 en compagnie de vergers d’abricotiers. Le siège est situé au sein du Parc de la Narbonnaise, non loin des étangs, à Peyriac-de-Mer, sur une zone plutôt plate, à distance, bien qu’ à portée de vue quand même, du massif des CorbièresMonique et Henri Fabre, les propriétaires à l’origine du domaine, sont aujourd’hui rejoints par leur fille, la jeune et jolie Amandine que l’on sent très motivée et qui figure, en compagnie de ses parents, dans ce petit clip que l’on peut visionner ici.

Le fait d’attendre a parfois ses inconvénients. Ne pas se presser, offre aussi des avantages. Le temps de préparation et de mise en bouche à une dégustation de Cognac, l’autre matin, et ces bouteilles vinrent à point nommé puisque nous fûmes trois à les goûter afin de tenter de les disséquer, d’en percer les mystères. Trois dégustateurs, trois auteurs, trois échantillons. Une précision s’impose : je ne pense pas que les vins évoqués ici, du moins dans ce millésime, seront disponibles à la vente. Du moins, ils ne figurent pas sur le site du domaine. Et une question subsidiaire : s’ils sont commercialisés, faut-il les acheter par trois ou peut-on se les procurer à l’unité ? Chaque bouteille porte le numéro d’une barrique (de 1 à 3) ce qui laisse penser qu’il s’agit plus d’un essai sur différents bois et (ou) brûlages que d’autres choses. C’est sur cette hypothèse que nous partîmes nez en avant sur le contenu de ces bouteilles.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Nous fûmes tous d’accord pour décréter de concert que le flacon « Barrique n°3 » était de loin le plus intéressant, le plus élégant : le boisé stylé détecté sans outrance au nez laissait place à une belle et harmonieuse fraîcheur en bouche avec des tannins bien présents et une très honorable persistance. La « n° 1 », en toute logique la première goûtée, laissait paraître une certaine platitude en bouche, sur une texture douce, voire aimable, et une bonne longueur. La « n°2 » faisait ressortir un peu plus d’expression et d’enthousiasme, une forme de largesse aussi, permettant à la matière de conduire sur une finale réglisse. On espère donc que, si une cuvée spéciale est envisagée à partir de ces vieilles vignes de Carignan, le modèle « n° 3 » sera retenu !

Affaire à suivre, comme on dit en pareille situation !

Michel Smith


2 Commentaires

#Carignan Story # 256 : Tu t’es vu sans Cabu ?

Ce slogan malin, trouvé par un anonyme (qu’il se dénonce, s’il me lit !) et repris je ne sais plus où sur le Net, tombe à pic pour entamer ma sacro-sainte messe dominicale sur le Carignan. En effet, cette phrase sonne tellement juste en ces temps troublés que j’ai décidé de la mettre en lumière. Cabu est né un 13 Janvier, jour où je rédige ce texte. S’il n’avait pas été massacré l’autre matin, il aurait aujourd’hui 77 ans (le 14, jour où je noircis ce papier) et l’on a choisi ce jour pour sa mise au repos en terre de Champagne. Je ne suis pas tintophile – bien que je l’ai été – mais je repense à cette autre formule de dessinateur : « de 7 à 77 ans ». Toujours jeune ce Charlie de Cabu ou ce Cabu de Charlie ! Un vrai gamin disent de lui ses amis. Allez savoir ce que vient faire une telle entrée en matière dans une rubrique régulièrement consacrée au Carignan ? Je vous le demande ! Aucun rapport, bien sûr, ci ce n’est que depuis ce jeu de massacre de la semaine dernière, je ne sais pourquoi, mais j’ai la vague impression de ne tomber que sur des Carignans exempts de toute humanité. Une série un peu tristounette. Certes, cela m’est arrivé auparavant, mais là il me semble avoir décroché le pompon ces temps-ci. Or, pas question de les mettre sous cloche ces bouteilles guère palpitantes : ici, je me suis juré un jour de parler de « tous » les vins de Carignan rencontrés sur ma route, les bons comme les moins bons, les grands comme les moins grands. Du coup, allons-y !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Celui-ci, je l’ai déniché sur la route de Narbonne, dans un magasin à la sortie de Lézignan-Corbières où je me suis arrêté comptant bien me procurer quelques flacons carignanisés. J’en ai trouvé un à moins de 5 € (en promo !) sur lequel j’ai déjà tout dit du mal et de la déviance qu’il m’inspirait, tandis que dans le même rayon, un autre vin m’a tenté, avant tout parce qu’il venait des PO (Pyrénées-Orientales), ensuite parce qu’il portait le nom d’une société viticole assez active du côté de Perpignan, enfin parce que le prix de vente de ce « Cayrol », 7,95 €, me paraissait raisonnable pour mon maigre budget vu que nous n’avons personne pour rembourser les frais engendrés par nos articles. Je ne sais si ce vin provient du négoce, d’une cave coopérative, ou s’il est composé de raisins d’un des deux domaines Lafage, puisque c’est de cette société dont il s’agit, l’un des vignobles aux portes de Perpignan, la Catalane, l’autre sur Maury, l’Occitane. Attention, les Lafage ne sont pas connus pour vinifier n’importe quel jus de chaussette : l’une de leurs cuvées, en 2012, a été notée 93 par Parker en personne ! Leur pur grenache connaît aussi un franc succès. Pour ma part, j’avoue ne jamais avoir vibré en buvant un vin signé Lafage. Mais, comme je le dis souvent, tous les goûts sont dans la nature, n’est-ce pas ? La cuvée « Cayrol », pur Carignan IGP Côtes Catalanes 2013 (je n’ai pas goûté ce millésime) est annoncée comme une nouveauté qui met en scène des Carignans de 60 ans de différentes parcelles entre Maury et Vingrau donc, logiquement, sur Tautavel, ou sur Estagel, même si le lieu de la commune n’est pas précisé sur la fiche technique obtenue sur Internet où le même vin acheté moins de 8 € à Lézignan est proposé en ligne à 12,50 € la bouteille… avec obligation de l’acheter par carton de six ! J’y apprends que les raisins sont récoltés à la main en caissettes de 10 à 12 kilos, qu’ils sont triés à la cave, macérés « à froid » pendant une semaine, vinifiés traditionnellement à 25° et qu’une partie (10 %) de la cuvée est élevée en barriques. Pas d’autres précisions techniques. Il faut le dire, l’approche de ce « Cayrol » 2012 au nez était assez enthousiasmante : on avait la finesse annonciatrice des ces terroirs voisins de l’Aude et des Corbières (dans la région, et jusque dans les années 60, les vins du coin bénéficiaient de la mention « Corbières du Roussillon »), ce nez sauvage d’herbes grillées et parfumées évocatrices de la garrigue. En bouche, le comportement est tout autre : s’il y a bien la longueur propre aux vieilles vignes de ce coin, du moins c’est comme ça que je le vois, il n’y a pas l’élégance escomptée, encore moins l’équilibre que l’on est en droit d’attendre pour un vin qui, normalement, du moins en 2013, franchit la barre des 12 €. Autres écueils : la verdeur des tannins et l’amertume dominante. Malheureusement, après deux jours en vidange, cette dureté ne s’en va pas. Encore une déception.

Michel Smith

B7JAFkKCcAAlKug


12 Commentaires

#Carignan Story # 255 : Je suis Manif, pas vous ? Bof !

On est d’accord : après les folles journées de la semaine qui vient de s’écouler, pas sûr que les gars de Charlie verraient d’un bon œil toutes ces pompes et circonstances, tous ces chefs venus en jets d’états, gardes du corps inclus, tous ces politiciens désireux de faire bonne figure derrière une vraisemblable première ligne composée de Hollande et de ses comparses Matteo, Angela, David, Mariano, d’autres encore. Pourvu qu’ils n’entonnent pas la Marseillaise ! Moi, que voulez-vous, je suis manif à l’ancienne. Je kiffe cette ambiance foutoire qui me rappelle l’odeur des merguez grillées à la sauvette sur le pavé de Paris que l’on avalait (les saucisses, pas les pavés…) entre deux joints persuadés que l’on allait refaire le monde.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Tout en cheminant sur le macadam, j’aime les parfums heureux de la zizanie, le mystère joyeux des rencontres, le mélange iconoclaste de ces jeunes délurés et de ces pépés syndiqués sagement coiffés d’une casquette de laine ou d’un feutre de pacotille. Voir ces médaillons, slogans griffonnés à la hâte, tracts maladroits, crayons brandis, vieux numéros de Charlie en pancartes, tout cela me réjouit. Plus encore lorsque je vois des compatriotes « arabes » ou « africains » qui n’ont pas peur ni honte de dire que la France est leur pays.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

C’est pourquoi je serai ce matin Place Catalogne à Perpignan avec – on ne sait jamais – le renfort d’une boutanche de Carignan, d’un verre et d’un tire-bouchon dans ma musette. Pourquoi l’écrire ici me direz-vous ? Simplement parce que je me sens libre de le faire, de vous en parler. Et que le Carignan, ce brave roturier que l’on a tenté d’éradiquer sans succès, ce cépage paysan que l’on a failli oublier, revient timidement sur le devant de la scène, tel un artiste qui a du talent mais qui n’ose le montrer. Le vin de Carignan, vin de manif, en voilà une bien bonne !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Si je dis cela c’est parce que le Carignan a un petit côté frondeur en lui, un coquin qui saurait bien se tenir, malgré tout. Oui, ne pas provoquer, éviter l’excès. Comme celui goûté l’autre jour au restaurant étoilé de Pierre Louis Marin, à Montner. Il s’agit d’un Côtes Catalanes « Bérénice » 2010, millésime assagi s’il en est, vinifié par le Domaine Ologaray-Sansa, à Vingrau. Un illustre inconnu, pour ce qui me concerne. Il faut le dire : ce Carignan n’a pas fait l’effet d’une bombe sur la cuisine pourtant posée du chef. Il était du genre « sage », comme son prix d’ailleurs qui, si mes souvenirs sont bons, ne dépassait pas les 20 € sur table.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Au départ, j’ai fait « bof » ! Rien de spécial, pas grand chose à dire.

C’était équilibré, frais, manquant peut-être un peu de fruit et de fond, avec un soupçon d’acescence en fin de bouche. Jusqu’au moment où j’ai eu l’idée, par simple curiosité, de changer le verre et de le verser dans un verre plus ventru et plus large, le genre de verre que l’on réserverait à un Volnay. Merci au maître d’hôtel, Patrick, de m’avoir laissé faire cet essai. Il s’est avéré concluant, puisque j’ai fini la bouteille. Reste que je reviens sur mon appréciation du début : « Bof » ! Ce sera le mot de la fin.

Je suis Charlie

13732_je_suis_charlie_1_460x230

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 12 173 autres abonnés