Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#Carignan Story # 266 : Et voilà t’y pas qu’ça mousse !

La carignanesque surprise est venue par le train (ou l’avion, je ne sais plus) de Bruxelles, grâce à notre ami et complice Marc Vanhellemont que je tiens à remercier ici publiquement. Débarqué à Perpignan pour un concours et une nuit autour du Grenache, il avait ce soir-là dans sa besace cette étrange bouteille à dégoupiller. N’étant pas un spécialiste de la chose brassicole, je me garderai bien de trop rentrer dans le domaine technique et j’invite d’ores et déjà Marc, comme Luc-Léon (private joke) d’ailleurs, à compléter ce que je vais publier ce Dimanche. Je leur demande aussi instamment de me corriger au cas où je publierais une grosse bourde. Une chose est sûre : Cantillon et Carignan font la paire : ce sont deux noms qui vont bien ensemble !

Photo©MichelSmith

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L’objet mousseux identifié provient donc de la Brasserie Cantillon, institution fondée en 1900 et devenue en quelques temps la championne des bières dites « naturelles » fermentées pour la plupart spontanément en fûts anciens (également en amphores !) à l’image d’une gueuze bio très appréciée des connaisseurs. Après avoir tâté du Riesling et du Chardonnay depuis pas mal d’années, après une bière au Pineau d’Aunis, voilà que la valeureuse brasserie Cantillon s’est essayée au Carignan dans le cadre d’une gamme dite Vigneronne. Ici, si j’ai bien compris, le moût est mis à macérer dans le lambic et cela donne une bière assez colorée à l’œil. Au départ, le nez est un peu dur, mais pas pour trop longtemps. Arrive alors une certaine touche de finesse qui se fait sentir avec l’apparition notamment de délicates notes de framboise. En bouche, l’attaque est douce, ronde et l’on est vite rassuré par une belle amertume que j’attribue naïvement au houblon (s’il y en a !), ce qui a pour effet d’ajouter une fraîcheur fruitée bienvenue assez persistante allant  jusqu’en finale.

Photo©MichelSmith

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Je ne sais trop comment marier cette bière au Carignan. Avec un jarret de veau ou de cochon ? Toujours est-il que dans l’ensemble, c’est une bien belle trouvaille qui me donne envie d’aller visiter la Brasserie Cantillon. Depuis le temps que je le dis, va falloir que je réserve mon train !

Michel Smith

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#Carignan Story # 265 : Une petite nature…

Persuadé, depuis le temps que l’on se fréquente, que vous commencez à croire sur parole chacune de mes sornettes, vous savez que, tout en étant d’une bonne nature je ne suis pas pour autant naturophile, encore moins naturophobe. Ce qui compte pour moi, c’est le vin dans son entièreté, le vin tel qu’il m’apparaît (la vue), tel qu’il se hume (le nez), tel qu’il se gobe (la bouche)… et, j’ajouterai pour finir en beauté, tel qu’il se pisse ! Un matin, cet hiver, je me pavanais en ville d’Alès pour faire mes courses en compagnie d’une charmante consœur, chef de rubrique à la dent dure mais juste, qui jadis, au temps où je gagnais ma vie en tentant d’écrire, corrigeait impitoyablement mes papiers, Adeline Brousse, pour ne pas la nommer, aujourd’hui retirée dans les Cévennes où elle loue deux gîtes de luxe. Alors que nous divaguions dans les travées des Halles de l’Abbaye, parmi les marchands de tripous et de farçous descendus de la Lozère et de l’Aveyron, je tombais en arrêt face à l’étal d’un caviste.

Serge, Caviste de Campagne... Photo©MichelSmith

Serge, Caviste de Campagne… Photo©MichelSmith

Serge Roussel, « caviste de campagne » (06 11 09 64 49) – c’est ainsi qu’il se présente sur sa carte de visite -, affable et bienveillant, y exposait quelques flacons de l’Hérault et du Gard dont quelques trouvailles du coin. Je lui ai acheté ce Carignan 2013, IGP Cévennes, pour une somme convenable (8,50 €). Avec en prime un jeu de mots de plus affiché sur l’étiquette  : NaturOphile. Il s’agit d’une cuvée bio vinifiée en macération carbonique au Mas Clément, un domaine qui décline aussi le genre en Syrah pure. En dehors du fait qu’il soit bio, nulle part sur le site du domaine est-il fait mention d’une particularité « nature » ou d’une cuvée exempte de soufre ajouté. Rien à dire sur cet aspect des choses, vu que je considère que tout bon vigneron qui se respecte a le droit de se revendiquer un peu de la nature qui l’entoure ou de celle qui le compose.

Photo©MichelSmith

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Ceci étant dit, le vin est d’une simplicité biblique. Un peu trop, même. Et si je me mets à jouer les sévères, c’est que je regrette presque une certaine absence de terroir, ou de caractère bien trempé. Ce Carignan a quelque chose de linéaire, sans grand relief, un aspect fluet, court en bouche, facile dans le sens où on ne cherchera pas à le garder pour une belle occasion, encore moins pour le repas du Dimanche. C’est propre, sans déviance, un brin enjoué, au point que je l’ai rebouché puis placé au réfrigérateur pour mon habituel test de confirmation. Le lendemain, ayant pris soin de sortir la bouteille du frigo une demi heure avant, le vin n’avait guère évolué, offrant juste une agréable touche fruitée teintée de notes boisées n’ayant rien à voir, me semble-t-il, avec un quelconque élevage sous bois. Un bon petit vin de grillades, en quelque sorte !

Michel Smith

 Photo©MichelSmith

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#Carignan Story # 264 : Un sacré bon Plan !

J’ai connu Rémi Duchemin au Mas de Mortiès il y a près de dix ans alors qu’il était associé dans une aventure viticole en plein cœur du Pic Saint-Loup. D’emblée, j’avais été conquis par son sérieux, sa vision simple et pragmatique des choses de la vigne et de la vinification. Je l’ai retrouvé toujours aussi passionné et enthousiaste il y a peu lors d’une réunion de Carignan Renaissance, association qui regroupe plusieurs carignanistes vignerons en compagnie d’amateurs et d’observateurs. Réservé, quelque peu timide, ce grand gaillard s’est installé à son compte dans le secteur très prisé des Terrasses du Larzac où fourmille une foule de talents. Comme d’autres, il se réjouit d’avoir pu mettre la main sur quelques vieilles parcelles de Carignan dans le cadre de sa propriété du Plan de L’Homme (Plan de l’Om – l’orme – en Occitan), à une trentaine de kilomètres au nord de Montpellier.

Rémi Duchemin. Photo©MichelSmith

Rémi Duchemin. Photo©MichelSmith

Au passage, je relève un détail qui vous paraîtra anodin mais qui pour moi est riche de sens : Rémi est le deuxième mes amis vignerons – le premier étant Luc Lapeyre dans le Minervois – ayant la chance d’avoir un siège social dans une rue Marcellin Albert, du nom de ce cafetier-vigneron d’entre Corbières et Minervois qui, il y a un peu plus d’un siècle, prit la tête de la révolte des Vignerons du Midi lors d’une mémorable crise viticole qui ébranla le Sud de la France. Est-ce pour cette raison que Rémi a attribué à son Carignan la consonne grecque « X » (« khi »), histoire de nous poser la question de savoir « qui » se cache derrière (ou dans) ce vin ?

Photo©MichelSmith

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Goûté récemment une première fois un peu à la va-vite, je le confesse, le 2012, un Vin de France, m’est apparu superbe de fraîcheur, éclatant en bouche, complet, bien en chair et fort élégant. Pas plus tard qu’hier, une autre bouteille du même millésime ouverte entre copains fut accueillie à bras ouverts et jugée magnifique à l’unanimité par une tablée toute entière. À vrai dire, j’étais assez fier de la servir car, parmi les convives se trouvait mon ami Étienne Montès du Domaine La Casenove, un des premiers vignerons rencontré peu de temps après mon arrivée en Roussillon à l’époque où le Carignan était encore mal vu, mal compris aussi. Nous avions dans nos verres l’illustration parfaite de ce que le Carignan peut livrer en émotions. Nous étions nombreux à ressentir des notes de café, de truffe pour certains, un vin harmonieux s’appuyant sur une belle rondeur en bouche, des accents de cerise cœur de pigeon, une structure épatante et des tannins fondus, tendres et grumeleux menant à une finale gracieuse.

Photo©MichelSmith

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J’estime que ce vin peut attendre 3 à 4 ans avant une ouverture et un service en carafe sur un pigeonneau cuit à la goutte de sang. Mais on peut aussi l’attendre pour aborder 2020 en beauté !

Michel Smith


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#Carignan Story # 263 : Zoé, à la rencontre de Fernand.

Zoé, c’est un prénom bien sympathique. Venu du grec, il désigne la vie, tout simplement. Mais c’est aussi le nom donné à la cuvée du (petit) négoce des frères Parcé. Elle existe depuis 5 ou 6 ans, peut-être un peu plus, et elle m’a toujours enchanté pour son approche directe, sans fioritures, son sens bien alerte du plaisir simple. Jusque-là, elle était plus ou moins dominée par le Grenache noir, le Carignan venant en appui avec probablement d’autres bricoles occasionnelles. Tirée la plupart du temps de raisins de la Vallée de l’Agly, côté Maury, elle a fait sensation dans les bistrots où l’on pouvait la siffler à moins de 20 € ou chez les cavistes où elle se situait autour de 6 €. Un vin à boire, quoi.

Photo©MichelSmith

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L’autre jour, j’ai croisé Marc Parcé, devenu depuis longtemps son propre commercial, toujours aussi pressé au point qu’il m’a klaxonné pour que j’aille plus vite. Rien de plus normal, nous allions au même endroit, à son dépôt de Rivesaltes où, comme lui, mes amis et moi stockons les cartons de notre maigre récolte du Puch. C’est ainsi que j’ai échangé une bouteille de Puch 2013 contre une Zoé 2013. « Tu vas voir, me lance-t-il, grand seigneur… Cette fois, c’est du Carignan, un vin que j’ai dédié à Fernand Vaquer ». Fernand est un vigneron exigeant et légendaire natif du village de Tresserre, dans les Aspres, où sa belle-fille, la bourguignonne et volubile Frédérique continue l’œuvre lancée à la fin des années 80 par son mari, Bernard, le fils de Fernand. Un personnage que ce Fernand, toujours méticuleux, un peu râleur, aimant le travail bien fait à l’image de son père, Fernand 1er, rugbyman bien connu des années 1920, longtemps dirigeant émérite de l’USAP, l’équipe de Perpignan. Aujourd’hui au repos (il a bien plus de 80 ans), Fernand Vaquer fils a toujours été frotté au Carignan au point d’en faire le cépage emblématique de son domaine, préférant vendre ses bouteilles en Vin de Table plutôt que de respecter le règlement des Côtes du Roussillon qui imposait que l’on se détache du Carignan au profit de dame Syrah. Quand j’ai débarqué dans sa cave la première fois je m’étais fait copieusement engueuler parce que je manifestais l’envie de griller une cigarette. J’ai dû user de beaucoup de diplomatie pour continuer ma dégustation.

L'actuel Fernand, carignaniste convaincu. Photo©MichelSmith

L’actuel Fernand, carignaniste convaincu. Photo©MichelSmith

Ce Côtes du Roussillon Villages Zoé 2013 est irrévérencieux au possible pour la bonne raison qu’avec 80 %, il dépasse largement la dose tolérée par l’AOP. On le trouve notamment en vente sur le site des Caves du Roussillon. Comme souvent avec ce millésime, du moins c’est l’analyse que j’en tire, le vin issu du Carignan n’a pas la souplesse qu’on lui trouve d’habitude. Que l’on se rassure, il est toujours très frais et prometteur ce qui ne m’empêche pas de lui trouver un poil de dureté. Non pas une réelle verdeur, mais une forme d’âpreté que l’on pourrait attribuer aux tannins parfois végétaux du Carignan. Mais j’arrête-là car on pourrait croire à me lire que ce vin n’est pas intéressant. Or, c’est tout le contraire car le fruit tant désiré, le côté charmeur du Carignan, pointe le bout de son nez et ce vin devient bien plus souriant que la première impression pouvait le laisser penser. Tout cela s’atténue encore au bout de 48 heures, ce qui me rassure et me pousse à recommander de ne pas ouvrir cette bouteille – comme d’autres – avant que le vin ne fasse ses pâques en bouteille, c’est-à-dire d’ici Avril. Et puisque Avril est un peu proche, je conseillerai d’attendre le mois de Juin pour être sûr d’avoir un vin au top de sa forme.

Question solides, on restera sur de la viande (canard et agneau inclus) bien saignante, mais on pourra aussi ouvrir le flacon pas trop chaud ni trop froid (16°) sur une escalivade de légumes, façon Pierre-Louis Marin !

Michel Smith


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#Carignan Story # 261 : Karolina, presque ou pas tout à fait ?

Le Carignan vit une période faste et c’est bon signe car, dans les assemblages, on rencontre de plus en plus de vins marqués à 50, 60, voire même à 70 % par ce bel hidalgo venu chercher fortune dans le sud de la France en traversant les Pyrénées dès le Moyen Âge. Ces proportions, prises entre de bonnes mains, bien sûr, donnent de forts beaux résultats sur un rayon de 300 km allant du Priorat au cœur de la Narbonnaise avec quelques bons points à distribuer sur les meilleurs terroirs du Minervois, des Corbières et du Roussillon. Lorsque le cépage est présent à 75 % dans un encépagement où le Grenache noir joue un rôle essentiel de « liant », parfois même avec un peu de Syrah, voire de Mourvèdre, la perspective d’avoir un vin original reste très forte. C’est encore plus vrai lorsque l’alchimie de l’assemblage résulte d’un choix formidablement qualitatif qui s’offre au vigneron quand celui-ci a pris l’initiative de s’installer dans le cadre d’un terroir majestueux avec de multiples parcelles de toutes compositions et expositions. Jusque là, je m’imposais de ne parler que des cuvées à 90/100 % Carignan, du moins c’est ce que j’ai essayé de faire. Mais cette fois-ci, je vais vous louer les mérites d’un vin carignanisé autour de 70 %. Si je le fais, faut croire que je traverse une semaine plutôt cool. Aussi parce que le vin est bon, pardi !

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La vallée du Maury. Photo©MichelSmith

Ce n’est pas pour me vanter, mais j’ai sorti un livre ces derniers mois sur les vignerons rattachés à l’aire d’appellation Maury, un fief Occitan au cœur d’une région Catalane. Un livre dont personne ne parle, bien entendu, dès lors qu’il vante un pays oublié par 95 % de nos compatriotes. Je vous passe les détails à la fois géologiques, géographiques, historiques et politiques, puisque tout cela est fort bien raconté par mon co-auteur, Jacques Paloc, en poste depuis des lustres dans la région pour le compte de l’INAO. Or, en réalisant cet ouvrage l’an dernier, j’ai rencontré un par un une quarantaine de vignerons pour voir ce qu’ils cachaient dans leurs caves. J’en ai cité quelques uns ici l’an dernier et même beaucoup plus si l’on reprend cette chronique dès ses débuts. Car le fait est là : si les officiels vantent en premier les qualités indéniables du Grenache noir dans cette Vallée des Merveilles (c’est le titre du livre), ce couloir naturel sur le flanc occidental des Corbières cache aussi de formidables poches de résistance sous la forme de parcelles d’antiques Carignans qui sont autant de pièces de musée.

Caroline Blonville, Mas Karolina. Photo©MichelSmith

Caroline Bonville, Mas Karolina. Photo©MichelSmith

À ce stade, vous êtes bien avancés, vous qui venez de vous coltinez deux paragraphes d’introduction… Et de vous dire une fois de plus : « Où diable veut-il nous mener en bateau ? » Voilà pourquoi je propose d’assembler les deux sujets – le Carignan et la vallée du Maury – pour en déduire qu’il y a dans ce secteur, pas forcément revendiquées au sein de l’appellation Maury, de magnifiques cuvées où le Carignan est mis à l’honneur dans des proportions inégales, parfois en IGP, souvent en Vin de France. Parmi les fans de Carignan dans le secteur, nombreux sont étrangers à la région. C’est le cas de Caroline Bonville, une fille de viticulteur Bordelais qui s’est retrouvée propriétaire du Mas Karolina, à Saint-Paul-de-Fenouillet, un bourg jadis très animé à 5 ou 6 km de Maury dans cette vallée qui s’enfonce vers l’Aude et l’Ariège, à une quarantaine de bornes de Perpignan.

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En bonne vigneronne, Caroline - elle vinifie par ailleurs un remarquable Maury « traditionnel », c’est-à-dire doux (en VDN, l’appellation remonte à 1936 et je vous parlerais un jour de la nouvelle AOP Maury sec) -, la dame ne cache pas qu’elle a un faible pour le Carignan des coteaux alentours. Elle ne cache pas non plus qu’elle ne lui accorde pas la totalité de la place qui lui revient dans sa cuvée « L’Enverre », son vin « haut de gamme » revendiqué sous l’ombrelle IGP Côtes Catalanes. Avec 70 ou 75 % de Carignan, selon le millésime, j’estime qu’elle met cependant assez de force et de générosité dans son assemblage pour que la cuvée trouve sa personnalité. Depuis 2007, les raisins proviennent d’une vigne sur schistes du côté de Rasiguères et d’une autre vigne sur marnes rouges, à Maury. Trois mille bouteilles sont proposées chaque année au bout d’un élevage d’un an en pièces de 500 litres suivant une vinification dans les mêmes pièces avec pigeage (au début) et environ quatre semaines de macération.

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Carignan aux trois quarts, le 2011 embaume la garrigue et quantité d’herbes sèches, dont le fenouil. Bien concentré en bouche, le vin se fait tendre et vif, le fruit est cuit, équilibré, les tannins sont souples, mais bien en place, sans pour autant donner suite à une grande longueur. Très bonne impression sur de belles côtelettes d’agneau grillées. Goûtée un an auparavant, la version 2012 (70 % Carignan, 25 % Grenache et 5 % Syrah) s’annonçait joliment au nez, avec en bouche des notes fruitées plus éclatantes et une belle fraîcheur étalée jusqu’en finale. Sur les deux vins, l’impression est légère (13° d’alcool affichés) et la matière très agréable, sans aucune lourdeur ou notes excessives de boisé. Une durée optimale de garde ne devrait pas dépasser 6 ans, jusqu’à 10 ans dans une très bonne cave. La cuvée est commercialisée 19 € départ cave, ce qui est un peu élevé à mon sens. Mais il est vrai par ailleurs que la bouteille a beaucoup d’allure. Et les rendements de ces vignes est tellement bas qu’il tau bien trouver le juste prix !

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Michel Smith

 


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#Carignan Story # 259 : Pépé, c’est une belle histoire !

Vous le savez peut-être, vous qui suivez cette rubrique et la lisez de temps à autre, j’aime le vin simple, un peu frustre parfois, mais léger, tendre, pulpeux, frais, fruité. À contrario, je n’aime guère les vins trop puissants, lourds, grossiers. Lorsque j’ai goûté El Pépé la toute première fois, je l’ai aimé sans détour pour sa franchise, sa jeunesse, sa fougue. J’en avais parlé à l’époque, en 2013, et vous pouvez rejoindre le texte ici même. Si j’ai éprouvé le besoin de vous en toucher mot de nouveau par l’écrit, c’est que le 2013 du jeune Édouard Fortin fait son entrée chez moi. En beauté !

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Quelques temps après notre rencontre, Édouard Fortin, alors débutant avec enthousiasme et courage dans la viticulture audoise, a failli tout perdre, tout lâcher. La faute à des connards sans noms ni cervelles qui n’avaient rien trouvé de mieux que de foutre le feu à la cave qui abritait ses cuves. Son infortune, relatée sur les réseaux sociaux et dans la presse locale par l’entremise de l’association Changer l’Aude en Vin, puis relayée par quelques blogs, dont le nôtre, m’avait touché au point de passer ce que l’on appelle une « commande solidaire » à la hauteur de mes modestes moyens, comme on dit pour s’excuser de ne pas être assez généreux. Douze bouteilles de ce Carignan 2013, cela suffirait bien assez à mon bonheur, croyais-je alors. Si mes souvenirs sont bons, ce vin tournait entre 8 et 10 € la bouteille départ cave. Et si j’avais su, j’en aurais réservé deux fois plus !

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Celui-ci, comme beaucoup de 2013 d’ailleurs, est un peu vert sur le moment, voire astringent au premier abord. Mais il ne faut pas le rejeter car il est bourré de qualités. D’abord, il est bavard, spontané, passionné. Il batifole, il vous prend par les tripes et vous saisit sans demander son reste. Les Anglais n’hésiteraient pas à dire de lui qu’il est catchy, bref tout ce que j’aime dans un vin, ce côté direct, sans maquillage, sincère. Ce Pépé a une autre importance, toute particulière à mes yeux : il montre une vision d’un Carignan atypique, un cépage qui serait presque septentrional, sa terre d’origine étant située presque à la limite de sa culture, dans cette région précise où l’on monte d’un cran, où le Cabardès, au nord du Minervois, aux portes de Carcassonne, va frôler un autre climat, là où l’influence méditerranéenne se confond presque à l’influence océanique. On dit souvent que le Carignan a la faculté d’épouser son sol. Dans le cas du Pépé d’Édouard, le cépage épouse également le climat.

Je le bois « frais », comme à l’accoutumée. Et j’obtiens par la même occasion le « buvant » que j’escomptais, c’est-à-dire l’étrange sensation d’une grande familiarité, d’une joyeuse et croquante gourmandise. Songez qu’il ne titre que 12°, bien loin de nos Carignans « chauds » gorgés de puissance que l’on trouve du côté de Perpignan ou de Pézenas. Et pourtant, ce n’est pas un jus fluet, bien au contraire. Deux jours après l’ouverture, il se fait un brin plus suave, encore plus jouissif, merci au fruit qui domine toujours avec autant de panache et d’allégresse.

J’en ai profité pour goûter la cuvée « Solidarité » élaborée à partir des apports de confrères vignerons touchés par la mésaventure d’Édouard et rassemblés au sein du « collectif » Changer L’Aude en Vin. Plus puissant en alcool (14°), certainement moins riche en Carignan, c’est aussi un jovial aperçu de l’amitié dont on ne saurait se passer.

Pour rien au monde il ne faut rater ce talentueux vigneron !

Michel Smith


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# Carignan Story # 258 : tendre Monolithe

Ils sont du village de Villespy, sur le territoire de La Livinière, l’un des plus en vue du Minervois. Julien, le jeune fils, et Henri Deveyer, le père, ne possèdent qu’une dizaine d’hectares et sont à la tête d’un domaine au nom délicieusement romantique, Les Jeanneterres. Malheureusement pour leur appellation qui en aurait bien besoin, les vignerons qui osent vinifier à part leurs vieux Carignans plutôt que de les mettre dans la soupe communale ou domaniale, laquelle peut au demeurant être fort goûteuse, sont obligés de passer outre l’appellation et de se rabattre sur la mention passe-partout, Vin de France. Bizarrement, le Cinsault qu’ils vinifient aussi, a lui droit de cité et peut même se revendiquer Pays d’Oc ! C’est fou ce que les choses sont bien faîtes en ce bas monde…

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La cour de l’Hôtel d’Alibert. Photo©MichelSmith

C’est l’espiègle Frédéric Guiraud, patron du délicieux hôtel (et restaurant) d’Alibert, à Caunes-Minervois, qui me l’a fait découvrir un jour où nous étions chez lui à digresser autour d’un bon plat sur le cépage-maudit du Sud avec Didier Viguier qui, au sein de la Chambre d’Agriculture de l’Aude, passe pour un protecteur du Carignan. Ce Vin de France, vinifié seulement quand il en vaut la peine car il est « capricieux » selon ses auteurs, s’appelle donc « Monolithe ». Il est du millésime 2011, provient d’une petite parcelle centenaire au-dessus de La Livinière et il est commercialisé modestement au prix de 9 € départ cave ce qui, à mes yeux, constitue une affaire vue la taille de cette propriété.

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De ce coin-là, on connaissait déjà le Boulevard Napoléon déjà décrit ici. Contrairement à ce que son nom laisse penser, le vin de ce jour, du moins à mes yeux, n’a rien de monolithique. C’est un rouge avenant, bien dans son jus, souple mais équilibré malgré l’alcool affiché (15°), doté d’une certaine finesse et d’un fruité tendre et délicat en dépit d’une très légère amertume en finale. Perso, je le vois servi frais (14°) sur un cassoulet, mais je sens qu’il irait bien sur un chaud plat de tripes avec de belles pommes de terre et carottes. Je n’ai pas de conseils à donner, mais je pense que si les Deveyer se donnaient la peine d’en vinifier tous les ans, sans forcément attendre d’hasardeuses sur-maturités, ils auraient un rouge encore plus frais et subtil qui ne manquerait pas d’intérêt.

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Pour joindre Julien Deveyer, envoyez un mail à cette adresse : julien.deveyer11@laposte.net

Michel Smith

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