Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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La capsule à vis progresse doucement en Belgique

Au contraire de la Grande-Bretagne, de la Suisse, des Pays-Bas et de l’Autriche (pour rester en Europe), la Belgique fait plutôt figure de pays conservateur en matière de bouchage.

On note cependant un début de changement, ces derniers mois; le nombre de bouteilles à capsules-à-vis progresse doucement, notamment dans la grande distribution, où se vendent aujourd’hui la majorité des vins.

Le constat

Le phénomène a débuté avec les vins du Nouveau Monde (notamment australiens et chiliens), dont les producteurs ont adopté depuis belle lurette la capsule comme bouchage standard. C’est d’ailleurs ce que leur demandent leurs clients principaux, de la Grande-Bretagne aux pays scandinaves en passant par le Canada. Et comme ils préfèrent ne pas avoir à embouteiller sous plusieurs bouchages, ils ont peu à peu réussi à convaincre leurs distributeurs belges d’accepter la capsule.

Le client final ne semble pas trop « tiquer » (le pas est tout de même moins grand que de passer au BIB!), alors le mouvement s’est un peu accéléré.

On trouve même à présent des vins européens embouteillés en capsule dans les linéaires du Plat Pays.

Photo (c) H. Lalau 2018

Ainsi, cette semaine, un relevé chez Carrefour Market m’a permis de repérer notamment un Grüner Veltliner autrichien (Steinig, de la Weingut Stadt Krems), un Riesling allemand de la Moselle (Peter & Peter/ZGM), un Luberon (La Ferme Julien, de chez Perrin, en blanc), trois IGP Pays d’Oc (Domaine de Lalande/Pierre Degroote), un Côtes-du-Rhône (Dirk Vermeersch), un vin de Lisbonne (le joli Porta 6, de Vidigal), un vin grec (le Xinomavro Black Squirrel de Katogi Averoff) et un vin bulgare (Côtes-de-Danube, Château Burgozone).

Un peu plus loin, la planche supérieure d’une gondole (plus basse, depuis le réaménagement du point de vente) présentait ostensiblement des vins capsulés, principalement sud-africains, chiliens, argentins et néo-zélandais. C’est dire que l’enseigne n’a absolument plus honte de ce bouchage.

Photo (c) H. Lalau

Bien sûr, la très grosse majorité des vins est toujours présentée sous bouchon – de liège, mais aussi de plastique, sans qu’il soit possible pour le consommateur de le savoir à l’avance, vu que le bouchon est masqué par la collerette.

Mais il semble tout de même qu’un tabou ait été brisé. La capsule n’est plus l’horreur absolue. Je ne suis pas certain qu’elle l’ait jamais été pour le consommateur, qui n’a jamais montré de réticence pour ce type de bouchon quand il s’agissait de muscats, de floc ou de pineaux, par exemple. Mais du côté des acheteurs, les réticences étaient évidentes.

Parfois, les intermédiaires se posent trop de questions – plus, en tout cas, que le client final. Dans le cas de Carrefour Market, on dirait bien que l’enseigne (dont l’offre a été sensiblement revue ces derniers mois, et dans le bon sens) ne se les pose plus. N’est-ce pas le contenu de la bouteille qui doit primer?

Mon commentaire

Vous savez que je milite pour la capsule à vis, ne serait-ce qu’au nom de la « transparence » du bouchage; je n’admets pas, en effet, que le travail du vigneron puisse être gâché par la seule opération qu’il ne maîtrise pas complètement.

Je ne prétends donc pas à une objectivité totale sur ce point (qui le pourrait, d’ailleurs, je suis aussi consommateur!). Mais la plupart des critiques de vins, qu’ils soient sommeliers de formation, ou journalistes comme moi, défendent toujours le bouchon de liège, au moins en public.

Il me semble donc que je ne fais que rééquilibrer une balance fortement tarée.

Et puis je ferai observer je n’ai rien à gagner à défendre cette position qui, bien qu’elle semble tellement naturelle à Genève, à Vienne, à Londres, à Montréal ou à Stockholm, passe toujours pour iconoclaste en Belgique ou en France, où je travaille principalement.

Alors oui, je ne vous le cache pas, j’attends avec impatience que plus de producteurs, notamment français et italiens, nous livrent les versions capsulées de leurs vins – celles qu’il expédient déjà dans les pays plus progressistes, ou moins fatalistes – ceux qui n’admettent ni le goût de bouchon, ni les vins prématurément fatigués qui sont le lot de tellement de nos dégustations.

Et je signe

Hervé Lalau


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Au Carrefour, à droite, vous prenez la Côte jusqu’à Perroy

En matière de chasselas, la Grande Distribution belge nous a plutôt habitué au genre fendant à raclette (dans ce cas de figure, je crois qu’on l’appelle fendant parce qu’on espère qu’il fendra le gras du fromage).

Alors jugez de ma surprise de trouver au Carrefour Market de Waterloo (publicité gratuite) la Cuvée 48 de la Cave de Jolimont, un Grand Cru Perroy La Côte 2016. Pour les non initités: Perroy est un village entre Gland et Morges. Comme d’autres communes de la zone, les vins qui en sont issus peuvent, moyennant certaines conditions, bénéficier de la mention Grand Cru.

La Côte dont on parle n’est pas celle qui va de Marsannay aux Maranges, mais, celle, bien suisse, qui va de Genève à Lausanne.

Tilleul, aubépine, acacia, ce vin est très délicat au nez; il s’ouvre, il s’épanouit lentement comme une jolie fleur blanche. La bouche présente assez peu d’acidité, mais une belle souplesse, un poil de gaz mais pas envahissant. La petite pointe d’amertume en finale ne fait que relancer le tout.

Il y a dans ce vin un charme qui opère en douceur; rien de tonitruant, rien de «rentre dedans», c’est subtil, aérien. Il fera certainement merveille sur un poisson en sauce, une viande blanche, un fromage à pâte dure, ou tout simplement à l’apéritif.

Le genre de vin qui rappelle aux touristes que quand ils vont en Suisse, ils peuvent aussi apprécier les vins locaux sur une gastronomie raffinée – parce que oui, les vins suisses peuvent être très raffinés.

16,42 euros chez Carrefour Belgique. Pas cher pour un grand cru, ou bien…

Hervé Chasse-la-lau 

PS. Pourquoi 48? Aucune idée!


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De la mention de l’origine sur les étiquettes de vin en Europe

Certains producteurs de vins sans Indication Géographique (VSIG) préfèrent manifestement rester discrets sur la provenance de leur vin; le consommateur doit alors se référer à la contre étiquette pour la connaître, tandis que l’étiquette principale comprend des mentions moins utiles.

Pourtant, la réglementation européenne, transcrite dans celle des différents pays membres, stipule bien que toutes les mentions obligatoires (dont la provenance fait bel et bien partie) doivent être regroupées dans un même champ visuel.

Ce que dit la réglementation

Voici ces mentions, telles que la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes en a dressé la liste, en France.

Les mentions obligatoires

-Dénomination de vente

-Titre alcoométrique volumique acquis

-Provenance
Cette indication figure soit en complément de la dénomination de vente (vin de France, vin de la Communauté européenne, etc.), soit par une mention complémentaire (« Produit de France, d’Italie, du Chili, etc.»).

-Volume nominal

-Nom de l’embouteilleur

-Numéro de lot

-Allergènes

-Message sanitaire

-Teneur en sucre
Cette mention obligatoire pour les vins mousseux est facultative mais réglementée pour les autres vins.

Les mentions obligatoires, à l’exception du numéro de lot et des allergènes, doivent être regroupées dans le même champ visuel.

La réalité du terrain

Certaines marques de vins sans IG s’amusent à contourner cette réglementation en reléguant ces mentions obligatoires sur une contre-étiquette beaucoup moins visible que l’étiquette principale. C’est peut-être licite, mais l’artifice est tout de même assez spécieux (car cela revient à faire de l’étiquette principale, celle qui fait face au client, un élément accessoire au plan de la réglementation). Et c’est d’autant plus dommage qu’un étiquetage plus clair permettrait de lever tout équivoque. Cet équivoque que dénoncent les interprofessions des producteurs du Midi de la France, quand des négociants français vendent sous leurs marques françaises des vins espagnols, par exemple. Avec le risque que le consommateur ne se méprenne sur la véritable origine du vin et ne l’achète donc pas en connaissance de cause.

Tous des vins de pays, vous êtes sûr, M. Casino? (Photo (c) H. Lalau 2017)

Autant je milite pour l’ouverture des marchés (les vignerons d’Espagne n’ont pas à rougir de leur travail, et le Marché unique garantit la libre circulation des marchandises en Europe), autant je pense que le consommateur a droit à une information claire.

Et quand on vend un produit sous une marque française, avec des mentions en français sur l’étiquette principale, je trouve que la moindre des choses est d’indiquer tout aussi lisiblement, sur cette même étiquette, s’il ne s’agit pas d’un vin français. En l’occurrence, la discrétion n’est pas une vertu.

« France hors Bordeaux »? Le rayon a beau être tout neuf, le Carrefour Market de Waterloo classe toujours aussi mal certains vins espagnols. (Photo (c) H. Lalau 2017)

 

C’est d’autant plus important quand le vin espagnol se retrouve, par erreur (?), mélangé à des vins français dans les supermarchés, et sous des bannières comme « Vin de Pays » ou « France »  (les distributeurs ne semblant pas toujours avoir à coeur d’informer correctement leurs clients, à moins qu’ils ne soient eux-mêmes dupes de leurs fournisseurs, comme les consommateurs).

Et c’est encore plus important quand on sait que les négociants en question vendaient encore il y a peu du vin français… sous les mêmes marques!

Hervé Lalau

 


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Supermarché belge, vin espagnol, étiquette et rayon français

Les vignerons du Midi de la France se plaignent que les vins espagnols qui concurrencent les leurs ne soient pas toujours très bien identifiés.

Dans le cas du Cabernet-Sauvignon-Merlot de Cambras, et pour l’enseigne Carrefour, en Belgique, on ne peut leur donner tort.

Certes, la contre-étiquette porte bien la mention Vin d’Espagne. Mais le vin est rangé dans le rayon des vins français (à côté d’un Beaumes-de-Venise), et la réglette porte toujours l’acronyme VDTF (Vin de Table de France, une mention désuète depuis 2009). Plus fort encore, sur son site Carrefour Drive, pour la même référence (05104841), le distributeur indique comme origine « France ».

Est-ce de la négligence ou un choix délibéré?
Réponse souhaitée.

Hervé Lalau