Les 5 du Vin

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De beaux vins de Croatie et une petite interrogation sur le goût

Au détour d’un récent travail à Vienne (Autriche) j’ai pu déguster, lors d’un salon organisé par l’antenne locale de GaultMillau, une sélection très bien faite de vins de la Croatie, pays invité à ce salon dédié surtout à la cuisine mais qui incorporait aussi bon nombre de vignerons, à commencer par ceux d’Autriche bien entendu (magnifique Brut de Brundlmayer, dégusté pour la deuxième fois cette année et qui égale des grands champagnes). Les vins d’un des producteurs croates présents m’ont posé question, malgré ce qui semble être un certain engouement pour ces vins. Et cet engouement, en retour, me pose une autre question. Voyons cela d’abord par la dégustation, puis viendra le temps d’une interrogation autour du goût et ce qui peut l’influencer.

Les producteurs de la Croatie présents à ce salon venaient des trois principales régions viticoles du pays : l’Istrie, la Dalmatie et la Slavonie. Pour les lecteurs qui ne connaissent pas bien le pays, la carte démontre que les deux premières régions sont côtières et la troisième est plus fraîche, pluvieux et continentale. Des deux régions côtières, l’Istrie est lié historiquement au nord-est de l’Italie et a un climat qui subit des influences variées venant aussi bien des Alpes que de l’Adriatique, tandis que la Dalmatie, plus au sud et qui comporte de très nombreuses îles mais aussi une partie continentale, à un climat nettement plus chaud et franchement méditerranéen. Des différences dans les encépagements sont le reflet des ces trois climats.

Pour la Slavonie d’abord, les représentants étaient au nombre de deux. Du très connu Krauthaker, j’ai bien aimé le Graševina (nom du cépage), fin, fruité et à la belle texture lisse. Un Sauvignon Blanc très correcte et un Chardonnay moins intéressant complétaient la gamme présentée., mais j’ai déjà dégusté d’excellent liquoreux de ce producteur. Le producteur Galić m’était inconnu auparavant mais trois des quatre vins présentés m’ont bien plu : Graševina, Sauvignon Blanc et un assemblage nommé Bijelo 9 (bijelo signifie blanc). Tous les vins mentionnés valent entre 10 et 15 euros, ce qui est raisonnable.

Les chais en Croatie peuvent être d’une parfaite modernité : ici celui de Kozlovic en Istrie

Istria avait le plus grand nombre de producteurs représentés : six. Du producteur Clai, je n’ai pas du tout aimé le Brut Nature et je pense qu’il fait trop chaud dans cette région pour produire de bonnes bulles. Mais leur Malvazija, dans un style un peu à part du à une longue macération, est une réussite par sa richesse et sa belle complexité aromatique avec cette fermeté finale aux beaux amers induit par cette technique de vinification. Cela ne plaira pas à tout le monde mais c’est bien fait dans ce genre.

Kozlović présentait ce qui fut pour moi le plus beau Malvazija 2016 entrée de gamme que j’ai dégusté ce jour, car il réussit à en capter la finesse aromatique ainsi qu’une belle rondeur et une texture suave, sans en perdre la fraîcheur. Très bon et seulement dans le 10 euros. Mais le clou de la gamme présentée était sans aucun doute la cuvée Santa Lucia Malvazija 2015 (environ 22 euros). C’est un vin glorieux, très raffiné, suave et long. J’aimerais bien le comparer un jour avec de très beaux blancs d’ailleurs. J’avais un peu plus de mal avec leur Teran 2016, qui combine une certaine rusticité par ses tanins avec une forte acidité qui ne fait que les durcir. Ce n’est pas un cépage très aimable il me semble, bien qu’ayant un fort potentiel dans des versions plus travaillées en élevage ou assemblé avec un cépage plus fruité. Cela fut prouvé par leur cuvée Santa Lucia Noir 2013, qui assemble Merlot, Cabernet Sauvignon et Teran, lui donnant à la fois de l’ampleur, du fruit et de la longueur, sans aucunement retirer l’impression de précision apportée par le Teran. Meneghetti a produit un Malvasia très décent en 2016, ainsi qu’un autre blanc appelé Kuća Glavić issu d’un autre sorte de Malvasia, appelé Dubrovaska, et qui est très aromatique dans la veine d’un Viognier. Vin fin et frais aussi. Mais leur meilleur blanc s’appelle simplement Meneghetti White 2015 et assemble Chardonnay et Pinot Blanc avec un élevage de 18 mois en demi-muids. Très fin, vibrant et presque austère. A l’aveugle on ne trouverait pas un climat aussi sudiste je pense. Très belle longueur aussi. Le version rouge, appelé Meneghetti Red 2016, aura besoin de quelques années de garde mais sa belle finale est prometteuse. Le producteur Matosević est l’auteur d’un très joli Malvazija 2016, ainsi qu’une version très intéressante (Robinia Malvazija 2014) vieillie en barriques d’acacia : je trouvais que cela lui donnait une texture légèrement huileuse et de jolies amertumes en finale. Un producteur que je découvrais à cette occasion est Coronica, et son Gran Malvazija 2015 (18 euros) était un des meilleurs blancs dégusté ce jour. Ses 12 mois passés en demi-muids de 600 litres lui a donné de l’ampleur sans nuire à l’expression du fruit. Acidité et amertume sont en harmonie. Un beau vin, ainsi que son Gran Teran 2013 (22 euros), patiné par un élevage bien dosé qui a calmé les tanins, donnant un ensemble aussi juteux que frais et précis. Je vais laisser le plus singulier des producteurs istriens (Roxanich) pour la fin car ses vins soulèvent d’autres questions.

Pour lire une étiquette de Stina (très belle graphiquement parlant), il faut tourner le flacon

Nous passons donc en Dalmatie, région qui possède aussi une belle gamme de cépages autochtones intéressants dont le Tribidrag, aussi connu en Californie sous le nom de Zinfandel et aux Pouilles sous le nom de Primitivo. Mais également, en rouge, le Plavać Mali, un descendant du Tribidrag, et les blancs Pošip et Gegić, par exemple. 4 producteurs furent représentés de cette région. Le vin le plus marqué par le climat chaud de l’Adriatique et par son site, qui est un vignoble très pentu qui plonge vers la mer, était certainement le Saints Hills Dingać 2013, un pur Plavać Mali (Dingać étant le nom du vignoble). Le nez est fin, pas dominé par son élevage, exprimant des notes intenses de cerises et de prune dans un bel élan chaleureux. Un vin puissant qui mériterait une attente (25 euros).  Un bon Plavać Mali Su Roko 2015 aussi, plus abordable à 15 euros. Stina, sur l’île de Brać, avait la gamme la plus convaincante parmi les exposants dalmatiens présents, même si j’ai dégusté de beaux vins chez d’autres. J’ai beaucoup aimé son vibrant Tribidrag 2015, aux arômes de garrigue et au fruité délicieux, mais les deux cuvées de Plavać Mali dégustées, ainsi que celle de Pošip, sont aussi bien réussies. Prix aussi entre 15 et 25 euros, selon la cuvée. Du producteur Boškinac, sir l’île de Novatja, j’ai beaucoup aimé la cuvé Ocu 2015, avec le cépage Gegić et issu d’une vendange tardive et d’une longue macération. Excellent vin qui allie intensité et finesse, mais un peu cher à 50 euros peut-être. Rizmann est un domaine plus récent qui se situe sur le continent et un peu en altitude. Cela, combiné à des sols très calcaires, donne un accent plus frais à ses vins. Son meilleur pour moi était la cuvée Nonno 2016, fait de 85% de Pošip et le reste en Chardonnay : long, ample et puissant mais dont les jolis amers donne un bon équilibre (prix raisonnable à 15 euros). C’est un producteur posé mais passionné et je pense que l’avenir lui sourira.

Petit retour vers l’Istrie pour des vins qui mérite un débat. Mladen Roxanich a une allure actuelle marquée par la mode hipster et ses vins semblent bien plaire à cette catégorie de personnes qui aiment tout ce qui est conforme à leur mode, et, en même temps, tout ce qui les situent à part des autres. C’est le propre, semble-t-il, des amateurs de vins dits « nature ». Avec son style très marqué par l’oxydation, par l’acidité volatile et par une extraction assez puissante due à de longues macérations, sans parler de vieillissements prolongés, ce ne sont évidemment pas des vins pour tous les palais. Quant aux prix, ils sont aussi relativement élevés. Mes avis sont quand-même partagés selon les cuvées, dont une m’a bien plu. D’abord il est intéressant de déguster des vins plus âgées, car Roxanich présentait des vins de 2008, 2009 et 2010. Mais, dans le cas de son Teran 2008, des tanins rustiques restent rustiques même après 9 ans ! Le vin de Roxanich que j’ai beaucoup aimé s’appelle Inès in White 2009. Il fait appel à sept cépages blancs différents issus d’une même parcelle et est vinifié dans des foudres avec 2 mois de macération sur les peaux. Sa couleur est bien ambrée et le nez puissant évoque le fruits confits, les fruit en alcool et la marmelade d’orange amer. Aidé par une forte volatilité, il dégage une formidable puissance et a beaucoup de complexité (25 euros environ). Je pense qu’on peut tenter le coup avec un curry ! Les autres vins sont un peu « too much » pour moi car les défauts prennent le pas sur les qualités. Je n’aime pas être agressé par un vin et là, c’est souvent un assaut frontal ! Du coup, je me pose des questions sur les palais de ceux qui adorent ces vins-là car un des vins de Roxanich fut élu meilleur vin du salon par le jury Gault Millau, et je ne crois pas que c’était celui que j’ai aimé.

David Cobbold


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Fitou (ou ailleurs) : quel rapport entre prix et qualité ?

Je suis souvent surpris par les écarts de prix entre des vins d’un même niveau qualitatif et quand-même issus d’une même appellation.

Oh, je sais, la beauté n’existe que dans l’œil de celui ou de celle qui regarde, et donc cette histoire de qualité perçue n’est finalement qu’une affaire de goût personnel. Je sais aussi qu’il faut tenir compte de facteurs liés au marché (offre et demande) comme à une volonté de « positionnement » (oui, c’est une horrible expression « marketing », mais cela existe bien) de la part de certains producteurs qui visent plus haut que les autres; les exemples abondent dans toutes les appellations. On pourrait ajouter, comme facteur contribuant à ces différences de prix, les seuils de rentabilité pour certaines structures, en particulier les caves coopératives, encore que nous allons voir que ce ne sont pas toujours elles qui produisent les vins les moins chers. Une récente dégustation de vins de l’appellation Fitou m’en a apporté une nouvelle confirmation.

Petit rappel : cette appellation est la plus ancienne du Languedoc, puisqu’elle a été mise en place en 1948 (uniquement pour les rouges). Elle jouxte l’aire de l’AOP Corbières (qui elle, n’a vu le jour qu’en 1985) et bon nombre de producteurs ont des vignes dans les deux appellations.

L’aire de production concerne environ 2.500 hectares. Elle est divisée en deux parties, comme indiqué sur la carte. Les cépages sont le carignan, le grenache, la syrah et le mourvèdre. La partie orientale regarde et touche la Méditerranée.

Voici la liste des 12 vins que j’ai reçus récemment de la part de l’appellation Fitou et que j’ai dégustés d’abord à l’aveugle pour faire ma sélection.

L’écart entre les vins les plus chers et les moins chers dépasse le simple au double. J’ai annoté les vins que j’ai appréciés dans cette série et on peut constater que ce ne sont pas toujours les plus chers qui sont les meilleurs, du moins selon mon palais.

  • Château de Leucate-Cézelly, Château Leucate Cezelly, 2014

Cave coopérative faisant partie du Groupe Vinadéis

572 hectares

Prix départ : 18,50 €

Bouteille (trop) lourde. Nez qui mêle fruits noirs aux notes de fumée et de réglisse. Puissant et sombre. Caractère tannique assez prononcé, sauvé du “trop” par la belle qualité de son fruit.

 

  • Domaine de La Grange, Via Fonteius, 2014

Domaine familial

45 hectares – certifié bio

Prix départ : 11 €

  • Château de Nouvelles, Gabrielle, 2014

Domaine familial

45 hectares

Prix départ :16 €

Encore une bouteille lourde. Est-ce que cela ne grève pas le prix inutilement ? Nez d’aromates et de garrigue qui parle du pays. Assez charnu en bouche avec aussi un caractère un peu rocailleux par sa texture.

 

  • Domaine Lerys, Tradition, 2014

Domaine familial

22 hectares

Prix départ : 8,50 €

  • Clos Padulis, Padulis, 2014

Domaine familial

16 hectares

Prix départ : 9,5 €

Nez intense de fruits noirs de type cassis et murs. Ce caractère frais et juteux se confirme en bouche. Son fruité est très friand, donnant une sensation fraîche et pleine en même temps. Sa structure est athlétique mais pas trop imposante, ouvrant sur une belle finale équilibré. Pour moi le meilleur vin de la série et pourtant un des moins chers.

 

  • Domaine Bertrand-Bergé, Ancestrale, 2014

Domaine familial

26 hectares

Prix départ : 14,50 €

 

  • Domaine Esclarmonde, Partage, 2015

Domaine familial

19 hectares

Prix départ : 9,50 €

 

  • Les Maîtres Vignerons de Cascastel, Prestige, 2015

Cave coopérative

308 hectares

Prix depart : 8,50 €

 

  • Château Wiala, Rebelle, 2015

Domaine familial

7 hectares

Prix départ : 8,50 €

  • Les Caves du Mont-Tauch, T de Tauch, 2015

Cave coopérative

853 hectares

Prix départ : 14,50 €

Bouteille bordelaise très haute. Nez relativement discret, peut-être tenu en laisse par son élevage qui évite cependant de tout envahir. Ferme en bouche. Vin élégant malgré une légère sensation de sécheresse en finale.

 

  • Domaine de La Rochelierre, Noblesse du Temps, 2015

Domaine familial

7 hectares

Prix départ : 20 €

  • Domaine Sarrat d’En Sol, Sarrat d’en Sol, 2015

Domaine familial

2 hectares

Prix départ : 11 €

Belle étiquette moderne. Le nez m’a semblé un peu « animal » mais ce vin a une belle qualité de fruit qui arrive à lutter à jeu égal avec la sensation de dureté en finale. Beaucoup de carignan ? Aura besoin d’un peu de temps mais peut se boire avec des plats salés qui absorberont les tannins.

 

David 


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Carnet de notes de Vinexpo 2017 (1/2)

Comme je le disais la semaine dernière, l’édition 2017 de Vinexpo était belle, assez dense sur le plan professionnel, en ce qui me concerne, car j’avais pas mal d’engagements à honorer et j’ai du quitter le salon à 13h le mardi pour remonter à Paris et animer une soirée autour du vin. Je n’ai pu consacrer que le lundi après-midi a une promenade de dégustation au hasard et au gré de mes pas, dont voici une sélection des vins que j’ai beaucoup aimé.

Mais d’abord une étiquette d’un vin que j’ai aimé, autant que l’étiquette d’ailleurs. J’émets à cet égard le voeu que les étiquettes (en France surtout) poursuivent leur émancipation des codes graphiques d’une autre époque. On le fait bien ailleurs, pourquoi pas en France ? Si je devais trouver un seul vertu des vins dits « naturels » (et ce beaujolais n’en est pas, heureusement !), cela serait leur relative créativité graphique. Je dois avouer que je n’ai pas trouvé ce vin à Vinexpo, mais lors d’une présentation des sélections pour les Foires aux Vins à venir. Je crois bien qu’il s’agissait de celle du Repaire de Bacchus. L’alcool confortable annoncé sur l’étiquette n’a nullement dérangé l’équilibre de cet excellent vin mais traduisait naturellement le millésime 2015 dans cette région.

Les stands des vins autrichiens étaient, comme d’habitude, élégants, clairs et sans le côté cliquant et ostentatoire qui, pour moi, en pollue beaucoup d’autres. Seul vin effervescent dégusté cet après-midi là, j’ai beaucoup aimé cette bulle rosée élaborée par l’excellent producteur Bründlmayer, situé à Langenlois, dans la vallée du Kamp, qui est un affluent du Danube à l’ouest de Vienne. Il est fait avec les cépages Pinot Noir, St. Laurent et Zweigelt. Le Zweigelt est un croisement entre le St. Laurent et le Blaufränkisch, produit dans les années 1920 par Fritz Zweigelt et initialement nommé Rotburger par lui. Sa réussite est telle que cette variété est aujourd’hui la plus plantée des variétés rouges en Autriche, avec 14% du vignoble du pays.

Un peu plus loin, je me suis arrêté au stand de Johann Markowitsch. Voici une excellent exemple d’un des cépages parents du Zweigelt, le Blaufränkisch. Il fait aussi de magnifiques Pinot Noirs qui sont pleins sans être lourds, bien fruités et sans la sensation de dureté un peu végétale que je trouve trop souvent en Bourgogne.

Et voici l’homme avec une partie de sa gamme assez impressionnante :

Bien encouragé par ces débuts, je me suis un peu attardé sur deux autres stands autrichiens voisins, à commencer par celui de Markus Huber, qui produit dans le Traisental et où j’ai dégusté une fabuleuse séries de Rieslings. Auparavant, j’avais aussi dégusté ses bons Grüner Veltliner, mais je mettrai ses Rieslings au sommet, et à un niveau tout à fait remarquable. Aucun des ces trois vins n’avait la moindre trace des ces arômes déplaisants de type « pétrolé ». Certains tentent de vous faire croire que cet odeur franchement désagréable est un produit de la nature du sol. Au contraire, d’autres me disent que c’est un phénomène lié au binôme chaleur/soleil, hypothèse que j’ai tendance à croire car je trouve ces odeurs bien plus souvent dans des Rieslings issus de climats et millésimes plus chauds : Alsace plus que Moselle allemand, Australie plus que les parties fraîches de l’Autriche, etc.

Une dernière sur le stand des vins d’Autriche pour la route….

Ce producteur, Peter Schweiger était une vraie découverte pour moi, car j’avais déjà dégusté d’autres vins des trois précédents vignerons, soit en Autriche, soit ailleurs. Une délicieux Zweigelt mais aussi un très beau Riesling.

Notez que tous ces vins ont de belles étiquettes, du moins selon moi. Si vous êtes fiers de vos vins, pourquoi les présenter sous une robe moche ? Des étiquettes traditionnelles peuvent aussi être très belles. Mais je ne comprends pas les producteurs qui persistent avec des horreurs telles que les Fitou que Marc a montrées la semaine dernière.

La semaine prochaine, je vous amènerai en Croatie, en Géorgie, en Australie, mais aussi en France avec une gamme formidable de Muscadets et de vins de cépages étonnants produits par les Frères Couillaud.

Buvez bon, mais buvez autre chose que vos habitudes aussi…

David Cobbold

 

 

 

 


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La Grèce et sa richesse ampélographique (2)

Après un voyage dans les iles grecques la semaine dernière, je vous amène cette semaine sur la partie continentale de ce pays de montagnes entourées par la mer. Il s’agit de la suite de ma dégustation de vins grecs qui avait lieu le 27 mars dernier chez le restaurateur Mavrommatis, à Paris. Nous allons voyager du sud vers le nord, et d’ouest en est, partant du Péléponnese ou j’ai dégusté plusieurs vins intéressants, aussi bien dans la catégorie IGP que dans celle des AOC/AOP, car on trouve les deux en Grèce, comme en France.

Péloponnèse

Domaine Mercouri

Le Domaine Mercouri se trouve dans la partie occidentale de le péninsule d’Ichthis, à une trentaine de kilomètres d’Olympe. Un lieu béni des dieux, en quelque sorte ! Le domaine existe depuis plus de 150 ans et s’est fait une réputation autrefois pour ses vins, son huile d’olive et ses raisins secs. La famille Mercouri a aussi importé des pieds du cépage Refosco de la région de Frioul en Italie.  Après plusieurs phases de modernisation, le domaine est actuellement entre les mains de deux frères issu de la 4ème génération. Les vins dégustés étaient tous de la catégorie IGP. J’ai nettement préféré les rouges aux blancs.

vins blancs

IGP Péleponnèse, Foloï 2016. (cépages Roditis et Viognier / prix 12 euros)

Tendre, au fruité léger, bien aidé dans sa fraîcheur par un peu de CO2. Plaisant et simple.

IGP Ilia, Kallista 2015. (cépages Assyrtiko et Robola / prix 16 euros)

Le Robola a bien arrondi les angles de l’Assyrtiko dans l’assemblage. Une touche d’amertume en finale. Pas mal, mais cela ne m’a pas fasciné.

vins rouges

IGP Letrini, Domaine Mercouri 2014 (cépages Mavrodaphne et Refosco / Prix 19 euros)

Sa belle qualité de fruit rend ce vin très juteux. Cela est bien soutenu par des tannins fins et enrobé par une certaine rondeur qui m’a semblé provenir en partie d’un peu de sucre résiduel.

IGP Ilia, Avgoustiatis 2014 (cépage Avgoustiatis / prix 24,50 euros)

Vin intense et juteux, avec une très belle qualité de fruit et une excellente équilibre entre tannins et acidité. Long aussi. Très bon.

Domaine Papagiannakos (IGPs Markopoulo, Attiki et Péleponnèse)

vins blancs (je n’ai as aimé le rouge présenté)

IGP Markopoulo, Savatiano 2016 (Prix 12 euros)

Un joli vin blanc du cépage Savatiano, issu de très vielles vignes sur sols calcaires.Ce fin allie bien finesse et force.

IGP Attiki, Malagousia Kalogeri 2016 (prix 14 euros)

Un autre bon blanc mais dans un style très différent, bien parfumé. Le cépage Malagousia semble se situer entre un Muscat et un Viognier en profil.

 

Domaine Skouras, IGP Péleponnèse et AOC Nemea

Le cépage Agiorgitiko (ou St. Georges) est assez connu et produit de grands vins rouges dans et autour de la partie orientale du Péléponnèse, entre autre dans l’aire de l’AOC Nemea. Mais j’ai trouvé les trois vins de ce domaine que j’ai dégusté un peu dur, soit anguleux, soit trop boisés. La zone de prix, qui les situe entre 16 et 33 euros permettrait de trouver bien mieux.

Domaine Parparoussis, AOC Nemea

Pas aimé non plus son Nemea. Austère, amer et peu net au nez. Et bien trop cher à 35 euros.

Macédoine

Le cépage rouge roi de cette région est le Xinomavro, mais il ne semble pas facile de dompter ses tannins féroces qui paraissent souvent d’une sécheresse redoutable.

Domaine Kir Yanni

Je n’ai pas tout aimé dans la gamme des 4 vins rouges présentés par ce domaine, et je n’ai dégusté ni le blanc ni le rosé.

vins rouges

AOC Amyndeon, Kali Riza 2014 (cépage Xinomavro / prix 17 euros)

Un joli nez parfumé entre fruits et fleurs. Les tannins sont d’une puissance moyenne mais restent assez secs en finale. Forte acidité aussi, ce qui renforce l’impact des tannins.

AOC Naoussa, Ramnista 2012 (cépage Xinomavro / prix 22 euros)

Nez intense et très typé dans une gamme d’odeurs sombres. La chaire est relativement juteuse sur un fond tannique. Bonne longueur. Il faudrait être patient je pense.

 

Domaine Diamantakos

vin blanc

IGP Imathie, Preknadi 2016 (cépage Preknadi / prix 19 euros)

Le millésime 2016 de ce vin est bien plus agréable que le 2015 que j’ai trouvé lourd et alcooleux. Ce vin est frais et fin, avec du caractère qui vient avec la touche d’amertume en finale.

vin rouge

AOC Naoussa 2012 (cépage Xinomavro / prix 23 euros)

Le nez est bien plus parfumé que la plupart de vins de ce cépage que j’ai dégusté. Floral et délicat au palais aussi. Les tannins et l’amertume sont maitrisés ici.

J’ai aussi dégusté un 2103 du même vin, dans la continuité, aussi parfumé mais avec plus de structure.

Domaine Kechris

Ce domaine travaille beaucoup (mais pas exclusivement) avec un type de vin très traditionnel en Grèce : le Retsina. Si vous avez une mauvaise opinion du type, je vous encourage de goûter leurs vins !

vins blancs

Retsina Kechribari 2016 (cépage Roditis / prix 10 euros)

Vin parfumé et tendre, la touche de résineux étant délicate et bien intégrée.

Retsina, Les Larmes du Pin 2016 (cépage Assyrtiko / prix 22 euros)

Voilà un vin qui blufferait tout le monde ! Nez splendide, aussi expressif que subtil. L’élevage lui a apporté finesse et rondeur. Vin superbe.

Je l’ai nettement préféré au 2015 du même vin, au boisé plus marqué.

vin rouge

IGP Macédoine, Syllogi 2013 (cépage Xinomavro / prix 17,50 euros)

Un joli vin, plus fin que la plupart que j’ai dégusté issu de cette variété. Parfumé et assez long, avec un fruité attrayant autour de sa structure. Il rajoute une belle dimension par sa texture à une jolie fraîcheur.

 

Thessalonique

Domaine Gerovassiliou

Ce domaine se trouve en bordure de la mer et sur des sols essentiellement sablonneux sur fond calcaire. J’ai beaucoup aimé son vin rouge, issu d’un assemble de trois cépages.

IGP Epanomie, Avaton 2012 (cépages Limnio, Mavrotragano et Mavroudi / prix 32 euros)

Vinifié en cuves bois avec un macération pre-fermentaire à froid et pigeage après la fermentation alcoolique, puis un élevage en barriques pendant 12 mois. Le boisé reste encore marqué mais il y a une très belle matière, intense et longue. Vin ambitieux et très bien fait. (16/20)

Voilà, c’est tout pour l’instant. Nous partons à Cassis, avec Hervé et mon collègue Sébastien pour d’autres aventures que nous vous raconterons prochainement.

 

David

 

 

 

 

 

 

 

 


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Cépages oubliés – et parfois, c’est tant mieux!

Voici quelques années, lors de Campania Stories, j’ai découvert à Naples deux cépages rouges que je ne connaissais pas: le Pallagrello Nero et la Casavecchia.
J’ai immédiatement pensé à ces gens dont on apprend la mort dans le journal, alors qu’on n’en soupçonnait ni l’existence, ni l’importance: « Décès de Meredith Moitout, pionnier de l’aéropostale et inventeur de la musique sphérique ». En plus, on l’oublie aussi sec.

Vous savez que comme mon ami Marc (qui a été une sorte de pionnier en la matière),  je milite pour les cépages minoritaires, oubliés, délaissés. Pour la diversité. Mais encore faut-il qu’ils soient aptes à produire de belles choses. Pour ces deux variétés, j’ai comme un doute.

L’histoire ne les a pas traitées de la même façon. Pour les Napolitains du XIXème siècle, le Pallagrello Nero était le vin des grandes occasions. Il était même, à ce qu’on dit, très prisé des Bourbons, sous le nom de Piedimonte. Sauf qu’on est pas sûr qu’il s’agisse du même cépage. Et je n’ai pas de Bourbon sous la main pour vérifier. Une chose est à peu près certaine, ce n’est pas une variante du Pallagrello Bianco – le seul point commun entre les deux viendrait du fait qu’à une époque, on les étendait sur des lits de paille (paglia) pour les faire sécher au soleil.

Pour la Casavecchia, c’est un peu plus confus encore: l’expert nous dit qu’elle a des origines mystérieuses. Qu’elle aurait été retrouvée dans la montagne, près d’une vieille maison romaine (d’où son nom), après le phylloxéra; et qu’elle donnait plutôt un vin charnu, de consommation familiale. Là, je pense à Ferrat et à son vin qui faisait des centenaires, « à ne plus savoir qu’en faire ».
S’il s’agit de deux variétés très différentes, elles ont été sauvées à peu près en même temps, dans les années 90, et à peu près dans le même coin, les alentours du fleuve Volturno. Les premières mentions sur les étiquettes remontent à 1997. Cette introduction pour vous situer le contexte local.

Dans la Campanie profonde (Photo (c) H. Lalau)

Mais ça ne change rien à un constat assez décourageant: sur la quinzaine de vins dégustés, issus exclusivement de ces deux cépages, « in purezza » (jusqu’à preuve du contraire), il n’y en a pas plus de deux que j’aimerais acheter – sans parler de vous les recommander.
Le problème, à mon sens: leur extrême rusticité, leur côté végétal et la verdeur de leurs tannins (même si le Pallagrello Nero me semble s’en tirer un peu mieux). Tout se passe comme si ces cépages n’avaient survécu dans quelques zones de l’arrière-pays de Caserte que parce que la polyculture de subsistance leur offrait un débouché local. Raccrochez-les aux Etrusques, aux Grecs, aux Romains ou à Garibaldi, peu importe, ils sont ce qu’ils sont. J’ai posé la question à un oenologue local: arrive-t-on souvent à une bonne maturité phénolique, avec ces deux variétés? La réponse a été très nette: « Non ».

Alors, vouloir développer une identité en s’appuyant sur eux, et en monocépage, en plus, pour conquérir des marchés à l’extérieur? Je crie casse-cou.

A titre d’exemple, je vous livre un des mes commentaires de dégustation, à propos d’un des meilleurs vins de l’après-midi, dans un style boisé:

Terre Del Principe Terre del Volturno Casavecchia Centomoggia 2005

Nez de moka, épices en attaque (poivre noir), la bouche est relativement ronde. Avec le bois et le temps, les tannins finissent enfin par se fondre un peu. Quant à dire d’où vient ce vin et quel est son cépage… 

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Une chose est sûre: pas vraiment besoin de Vitanil dans la Casavecchia

On me dit que la Casavecchia aura très bientôt sa DOP, « Casavecchia de Pontelatone » ou quelque chose du genre. J’ai envie de dire que c’est une « pontalonnade ». On me dit aussi que des Argentins en plantent dans la Vallée d’Uco. Je leur souhaite bonne chance.
Je n’ai heureusement aucun pouvoir de décision, et sans doute pas un grand pouvoir de nuisance non plus; mais je ne peux que conseiller aux honnêtes vignerons qui font de leur mieux pour subsister de ne pas mettre tous leurs oeufs dans ce panier-là.

Peut-être ces deux cépages ont-ils un intérêt en assemblage. J’ai parfois du mal à cerner l’obsession des Italiens pour le mono-cépage, qu’ils semblent vouloir vanter jusque dans le nom de leurs appellation. Mais définir des appellations autour du Pallagrello Nero et de la Casavecchia me paraît avoir à peu près autant de sens que de vouloir relancer le démarreur à manivelle ou le poste à galène. Bon, j’exagère un peu, les vins de Terre del Principe montrent qu’on peut en tirer quelque chose. Au prix de gros efforts pour les apprivoiser. Idem pour Vini Alois (tiens, leur oenologue n’est autre que Carmine Valentino, dont j’ai pu apprécier le travail chez Casa Setaro, sur le Vésuve); mais je ne peux m’empêcher de me demander ce que ces magiciens-là feraient avec des cépages qui mûrissent mieux!

Je note par ailleurs que Terre del Principe, encore lui, propose une cuvée assemblant les deux variétés. Et compte tenu de leur faible notoriété, c’est presque de la coquetterie que de mettre leurs noms sur l’étiquette; Terre del Principe est une maison de qualité, voila la vraie garantie pour le consommateur.

C’est mon avis, il n’engage que moi, mais au-delà du cas de ces deux cépages, je me permets d’émettre quelques réserves à propos d’une idée trop simple, selon laquelle tout ce qui est petit est forcément gentil, que tout ce qui est vieux est forcément mieux.

Hervé Lalau


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La Grèce et sa richesse ampélographique (1)

Il y a quelques temps, j’ai relaté sur ce blog l’extraordinaire richesse ampélographique de la Géorgie, et même un peu avant d’y aller pour la première fois. Mais je n’oublie pas celle de la Grèce, et je me permets aussi de rappeler que nous devons le mot ampelopsis à la Grèce antique et au mot αμπελος (ampelos) qui signifie « vigne ».

Ce qui m’a à nouveau démontré une récente dégustation de vins grecs organisé par l’excellent restaurateur, traiteur et importateur de vins Mavrommatis, qui est installé à Paris où il possède plusieurs boutiques et restaurants. Regardez ici pour plus d’informations : www.mavrommatis.com/

L’année dernière, lors de l’édition 2016 de la même présentation, j’avais été particulièrement impressionné par les vins blancs. Cette année, bien que certains blancs m’aient enchanté, ce sont aussi des rouges qui ont figurés parmi les plus belles surprises de mes dégustations qui m’ont fait rencontrer environ 60 vins de différentes parties de la Grèce, allant de la Crète à la Macédoine, en passant par les Cyclades, le Péloponnèse et Céphalonie. Je vais vous en parler en plusieurs épisodes: cette semaine, cela sera au tour des îles, en commençant notre voyage en Crète.

Selon Effie Kallinikou, oenologue et export manager du Domaine Lyrarakis, 11 variétés autochtones sont identifiées et utilisées en Crète. On y trouve aussi des cépages classiques « internationaux » issus essentiellement de France, plus le Sangiovese italien et aussi l’Assyrtiko de la petite île voisine de Santorin. Mais évidemment, les cépages « internationaux » ne constituent pas l’intérêt principal d’un tel voyage.

Domaine Lyrarakis, Crète : vins blancs

(un seul de ces vins est importé pour l’instant et son prix public est donc indiqué)

Un très joli Assyrtiko 2016 plus fruité, plus rond et plus « accessible » (tout en restant fin et vif) que les versions de cette variété que j’ai pu déguster de Santorin et qui s’expriment souvent avec une austérité et/ou un niveau de concentration qui peuvent paraître un peu difficile pour certaines personnes (beaucoup diront « minéral »).

(15/20)

Plyto Pirovolikes 2016 (photo de la variété ci-dessus)

Cette variété Plyto a été sauvé de quasi-extinction par la famille Lyrarakis. Il viendrait de la partie est de l’île et la surface qui lui est consacré ne serait qu’une dizaine d’hectares en tout. La parcelle Pirovolikes est située à 650 mètres d’altitude. Aussi fin que gourmand, avec une touche de fraîcheur citronné et un alcool modeste, j’ai apprécié également sa belle longueur en bouche.

(16/20)

 

Plyto Pasarades 2016

Issu d’une parcelle situé un peu plus bas (480 mètres) je l’ai trouvé assez bon mais dans un style plus gras et lourd que le vin précédent.

(13,5/20)

 

Vilana 2016

9 euros

Ce vin provient de  la partie centrale de la Crête et cette variété est la plus plantée des cépages blancs dans l’île. Elle a tendance à produire beaucoup mais sur des terrains plus pauvres elle devient intéressant, comme ici avec un vin ferme et assez intense qui finit en longueur avec une pointe d’amertume agréable.

(14,5/20)

Dafni Pasarades 2016 (photo de la variété ci-dessus)

Le mot dafne signifie laurier sauce en grec, et ce vin sent fortement la feuille de laurier: odeur que je ne me souvent pas avoir détecté, du moins aussi nettement, dans un autre vin. Encore une variété ancienne sauvé par cette famille. Sa maturation tardive lui a assuré aussi une belle acidité. Vin intense, singulier et très bon.

(15,5/20)

 

 

Domaine Lyrarakis, Crète : vins rouges

(un seul de ces vins est importé pour l’instant et son prix public est donc indiqué)

 

Kotsifali 2015 (photo de la variété ci-dessus)

9 euros

100% cuve. Variété bien connue en Crète. La couleur est légère et le nez peu expressif, mais la texture en bouche est suave et le vin aussi rafraîchissant que fin, presque délicat.

(14/20)

 

Mandilari 2014

Cette variété se trouve un peu partout dans la partie sud de la mer Egée. Elevé 12 mois en barrique, celui-ci est intense et tannique mais a conservé un joli caractère fruité autour. Beau vin, de caractère mais pas rustique pour deux sous.

(15/20)

 

Domaine Sigalas, Santorin : vins blancs

Les vins de ce domaine ne sont pas bon marché mais un regard à cette photo peut donner au moins une partie de la cause ! J’en ai fait une sélection de mes préférés, dont deux font partie des meilleurs vins de la dégustation. Mais je n’ai pas tout aimé, trouvant quelques vins blancs un peu excessifs et lourds.

AOC Santorin, Assyrtiko 2015

29,50 euros

Tendre et à la texture arrondie, avec derrière cela une belle acidité. Cela reste assez cher pour un tel vin.

(14/20)

AOC Santorin, Assyrtiko 2016

29,50 euros

J’ai préféré ce millésime qui m’a semblé plus fin. Toujours des jolies rondeurs mais plus centré et puissant.

(15/20)

Les cuvées Aa et Kavalieros manquent de finesse à mon goût. Ce dernier est hyper-puissant.

AOC Santorin, Nychteri Grande Reserve 2012 (assyrtiko)

59 euros

Voilà un formidable vin de méditation. Il contient un peu de tout : un peu de sucre résiduel grâce à des vendages tardives, mais aussi une très belle acidité et une oxydation parfaitement intégrée dans le corps du vin et pas simplement plaquée dessus. Enorme complexité et une longueur qui va de pair. Grand vin qui vaut son prix.

(18/20)

Domaine Sigalas, Santorin : vin rouge

IGP Cyclades, Mavrotragano 2013

44 euros

Vignes de 50 ans, élevage 18 mois en futs de chêne. Un beau nez, intense, de fruit murs et pruneaux. Aussi intense en bouche, qui est charnue et chaleureuse. Un vin riche mais superbement équilibré

(17/20)

Domaine Argyros, Santorin : vins blancs

AOC Santorin, Assyrtiko 2016

23 euros

Assez vif et fin, avec un toucher presque tannique à la fin qui lui confère un accent austère. Un peu cher, mais il faut aussi voir les conditions de production.

(14/20)

AOC Santorin, Argyros Estate 2015 (assyrtiko)

27,50 euros

Issu de vignes très vieilles (150 ans et donc non-greffées) du village d’Epikopi. 20% de ce vin est élevé en barriques pendant 6 mois. Semble plus tendre et arrondi que le précédent, avec beaucoup de force et de puissance. C’est aussi un blanc au caractère tannique marquée. Très long aussi.

(15,5/20)

AOC Santorin, Pure, Volcanic Slopes Vineyard 2013 (assyrtiko)

40 euros

J’ai préféré ce vin a une autre, issu de très vieilles vignes et d’un élevage en barriques. Celui-ci a été vinifié en cuve souterraine en ciment et gardé sur lies pendant 14 mois. Vin complexe, riche et rond mais sans l’accent sucré que peut apporter la barrique. Parfums délicatement fruités. Délicieux, même se c’est un peu cher.

(16/20)

IGP Cyclades, Domaine Argyos, Aïdani 2016

25,50 euros

Autre cépage blanc de l’île. Rarement vinifié seul, sauf pour faire des vins doux, il a naturellement peu d’acidité et produit des faibles niveaux d’alcool. Ce vin est fin et fruité, bien équilibré et très plaisant, mais il ne vaut pas ce prix.

(14,5/20)

Domaine Argyros, Santorin : vin rosé

IGP Cyclades Atlantis rosé 2016

80% Assyrtiko, 20% Mandilaria (assemblage de raisins ou de vins ???)

Peu import la technique utilisée car j’estime que c’est le meilleur vin rosé que j’ai dégusté cette année. Très savoureux et bien équilibré, je pense que ce vin illustre ce qu’un bon vin rosé doit être : autre chose qu’un blanc ou un rouge, vif mais ayant de la structure. Cela nous change des pâles choses qui dominent en Provence !

(15/20)

Domaine Argyros, Santorin : vin rouge

IGP Cyclades Domaine Argyros, Mavrotragano 2012

40 euros

Cette variété indigène et rare possède deux variantes distinctes et on ne sait pas trop lequel est le « vrai ». Il a été utilisé traditionnellement pour faire des vin santo, seul ou en assemblage. Depuis peu, quelques producteurs le vinifie en sec, comme ici. C’est cher mais c’est aussi très bon ! Nez incroyable, profond et complexe. Très belle longueur. Tanins et acidités se livrent une bataille pour la gagne, et les tanins l’emportent à la fin, du justesse.

(16/20)

 

Domaine Gentilini, Céphalonie : vins blancs

Nous passons maintenant à l’ouest de la Grèce et à une île de la mer Ionienne.

AOC Robola de Céphalonie 2016

18 euros

Assemblage de vins issus de parcelles sises à 620 et 860 mètres d’altitude. Le cépage Robola se trouve dans toutes les îles Ioniennes, mais aussi maintenant un peu en Grèce centrale. En Céphalonie il a une appellation spécifique. Vin très fin et gourmand, à la fois tendre et doté d’une belle fraîcheur.

(14,5)

AOC Robola de Céphalonie, Wild Paths 2016

21 euros

Vinifié partiellement avec des levures indigènes, et, pour 20%, en barriques. Bien plus ferme que le précédent, il donne une sensation de pureté mais est aussi très serré en texture. Aura besoin d’un peu de temps mais très prometteur.

(15/20)

Domaine Gentilini, Céphalos : vin rouge

IGP Coteau de Ainos, Eclipse 2015 (cépage Mavrodaphni)

23,50 euros

Cette variété se trouve aussi bien dans les îles ioniennes que sur ne nord-ouest du Péloponnèse. Souvent utilisé pour faire des vins fortifiés et doux, mais ici en sec? Cépage bien coloré et tannique. Vinification avec grappes entières en barriques, sans incorporation du vin de presse. Elevage en fûts de chêne 12 mois, puis 12 mois en bouteilles. Vin superbement fruité, rendu délicat et tendre par son toucher très soyeux, ce qui est une performance à mettre au crédit de la vinification intégrale. Sa belle fraîcheur perce ensuite donnant du relief à la longue finale. Vin d’une très belle finesse que m’a tant séduit que j’ai plongé en achetant quelques bouteilles et magnums !

(16,5/20)

Bon voyage si vous avez la chance de vous rendre dans ce beau pays qui souffre en ce moment. Sinon, je vous donne rendez-vous dans une semaine pour parler de quelques vins de Grèce continentale.

 

David

 


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La Géorgie: réflexions sur le poids et le rôle des traditions

Les querelles entre pays voisins sur l’origine précise des premières vinifications volontaires ne m’intéressent que très peu. Qu’est-ce que cela peut faire que les premiers vins aient vu le jour dans des pays que nous appelons aujourd’hui Géorgie, ou Arménie, ou bien autre chose encore, puisque les frontières n’existaient pas à cette époque vieille de quelque 8.000 ans. Peu de choses en effet. Dans cet article je vais plutôt me préoccuper des certains aspects de ce que nous appelons «traditions viticoles», car celles-ci sont régulièrement évoquées en Géorgie, pays que je viens de visiter pour la troisième fois en 12 mois afin d’y dispenser des formations.

Si les Géorgiens font appel assez souvent au mot tradition, et en différentes circonstances, ce n’est pas uniquement parce que ce petit pays de 3,5 millions d’habitants est ancien, ni parce qu’il est cerné par des voisins surpuissants qui se sont révélés régulièrement dangereux pour l’intégrité de leurs frontières, de leurs pratiques mais aussi de leurs vies Il est frappant pour un visiteur de constater à quel point les traditions culturelles de la Géorgie, dans lesquelles il faut inclure l’univers viticole, sont restées au cœur de l’identité de ce pays. Des signes de fierté dans ces traditions sont exprimés fortement et visiblement par la population, et ce malgré (ou à cause) des ravages occasionnées par 200 ans d’occupation russe, dont quarante sous le régime soviétique.

On peut proposer différentes définitions du terme « tradition » en matière viticole, selon son point de vue. Une version cynique consisterait à dire que la somme des traditions est égale à la somme des erreurs du passé. Une version passéiste tenue par ceux qui veulent tourner le dos à la science, par exemple, proposerait plutôt que seule la tradition est vraie et que le diable est dans la modernité. Je proposerais plutôt une vision intermédiaire que je dois à Jean Cocteau en la paraphrasant un peu : « la tradition est une chose vivante et celui qui la regarde en se retournant risque de se voir transformé en statue de sel ». En tout état de cause je crois qu’il est nécessaire de comprendre des choses du passé pour appréhender le présent, puis tenter d’anticiper le futur. En revanche, passer son temps à regarder dans le rétroviseur rend inéluctable une rencontre avec un mur ou autre obstacle bien plus solide que vous. Les adeptes du « Bréxit » ou, en France, du Front National, feraient bien de méditer cela ! L’espoir que le bon sens peut prévaloir pourrait sembler vain quand on regarde les excès et les outrances de la vie moderne, mais j’ai tendance à m’y fier quand-même, préférant la posture résumé par un « yes, we can » à celle d’un « no future ».

Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos qvevris. Qu’est-ce que c’est ? Un qvevri est un récipient en terre cuite dans lequel on vinifie en Géorgie depuis probablement 8.000 ans. En France et ailleurs, on persiste à désigner ces vaisseaux sous le terme erroné d’amphore, car une amphore comporte deux anses de part et d’autre de son col allongé et servait, chez les Grecs et les Romains, à transporter puis à servir le vin (en gros, ce mot, utilisé aussi en latin, est dérivé du grec amphi = autour de, et phoros = porter : penser à « amphithéâtre » par exemple). Si on veut à tout prix utiliser un terme latin pour désigner ce qui fut, probablement, une invention de la région du Caucase, le mot dolia s’impose ! Cette méthode de vinification continue de nos jours en Géorgie et fait partie intégrale de l’image du vin géorgien, même si la proportion des vins géorgiens actuels qui sont vinifiés de cette manière est très faible : moins de 2% probablement, mais les estimations varient car beaucoup de ces vins sont destinés à une consommation domestique qui échappe aux statistiques.

L’importance des images et symboles, auxquels j’ajouterai l’imaginaire pur, est bien plus puissante dans le vin qu’un esprit rationnel peut l’admettre facilement. Il n’y a qu’évoquer la Géorgie auprès de quelques geeks du vin pour que la conversation s’oriente immédiatement et presqu’exclusivement aux vins faits dans ces qvevris. Peu importe qu’il soient ultra-minoritaires, et probablement très limités dans leur potentiel de vente dans des marchés hors de Géorgie ; ils possèdent une valeur symbolique très forte et tiennent une place dans le discours hors de toute proportion avec leur poids économique réel.

Mais mon propos n’est ni de les dénigrer, ni de les louer per se. Je veux juste les mettre à leur place et relater mes quelques expériences avec cette catégorie de vins qui se situe bien à part du reste, non seulement par sa rareté, mais à cause du profil gustatif qui est issu d’une technique d’une autre époque.

Expliquons d’abord le processus, pour les lecteurs qui ne le connaissent pas. Dans cette partie du monde, les récipients en terre cuite sont enterrés, qui n’est pas souvent les cas ailleurs. Cela a dû servir à l’origine à cacher cette ressource précieuse des intrus, mais la technique a aussi perduré car le fait d’entourer les qvevris de terre ou de sable permet de maintenir une température relativement fraîche et stable. La capacité de ces vaisseaux varie entre 800 et 3.200 litres. De nos jours, la question d’égrapper les raisins, totalement ou partiellement, se pose; mais historiquement on avait peu recours à cette technique, pas plus qu’à des outils de maîtrise des températures de fermentation par apport extérieur. Aujourd’hui, on peut introduire des drapeaux de froid dans les qvevris dont l’ouverture est large d’environ 50 centimètres. Ce qui est singulier, c’est la présence des peaux des raisins foulés aussi bien pour les vins blancs que pour les rouges. Le foulage se pratiquait traditionnellement dans des longs bacs qui furent creusés dans des troncs d’arbre. Certains chais actuels utilisent plutôt des bacs en acier inoxydable, plus faciles à nettoyer.

Quelques vins dégustés (sauf exception, tous chez leurs producteurs en Géorgie)

Je n’ai visité qu’une petite partie d’une unique région, la Kakhétie, qui se situe à l’est et qui est, de loin, le plus importante zone viticole du pays. Environ 70% des vins géorgiens en sont issus, dont tous les vins de qvevris mentionnés ci-dessous.

Alaverdi blanc, vin de monastère (dégusté récemment à la Cité du Vin à Bordeaux)

Fait au monastère éponyme fondée au 11ème siècle, voire plus tôt, et que j’ai visité sans y avoir pu déguster un vin. Robe intense, de couleur jaune paille aux reflets verts. On est loin du syndrome des vins « orange » : terme utilisé parfois abusivement pour décrire la catégorie, car nul besoin de laisser s’oxyder moûts ou vins dans le processus.

Parfaitement sec et assez tannique pour un blanc, ce qui donne une impression d’ultra-sècheresse. Ce n’est pas très aromatique : je pense que le tannins et la mode de vinification ont tendance à « bloquer » les arômes de ce type de vin. L’équilibre est bonne, même si on peut être surpris par la sensation de dureté au palais dans un vin blanc lorsqu’on n’a pas l’habitude. Pas d’impression d’acidité volatile comme dans certains.

Schuchmann Winery

Propriété depuis 2006 d’un investisseur allemand tombé amoureux du pays et qui a reconstruit les bâtiments avec goût, en y intégrant un hôtel, un spa et un restaurant. Le domaine annonce 120 hectares de vignes mais il y a aussi, comme très souvent, des achats de raisins  en complément. 12 cépages ont été plantés, dont 8 sont géorgiens. Seules quelques variétés locales sont utilisés pour leurs vins de qvevri

Ici les raisins sont égrappés et passent environ 15 jours avec leurs peaux en qvevri puis sont transférés par pompe dans un autre qvevri qui est scellé hermétiquement (plaque en lauze, avec l’étanchéité assurée par un joint en argile) pendant six mois environ. On recouvre ensuite cette plaque par quelques centimètres de sable propre que l’on peut humecter pour aider dans le maintien de la température par exemple. Après l’ouverture, et si tout va bien (il y a parfois de mauvaises surprises !), le vin est transféré dans des barriques anciennes pendant 6 à 12 mois. Un vieillissement supplémentaire en bouteilles (6 à 12 mois de nouveau) est imposé avant la vente. L’ensemble du processus prend donc entre 18 et 30 mois. La marque Vinoterra est utilisée pour leurs vins faits en qvervri.

Vinoterra, cépage Mtsvane (blanc) 2014

La phase de macération en qvevris a duré 6 mois, puis 6 mois en barriques anciennes et 2 ans en bouteille.

La robe est orange, brillante et intense.  Le vin ne m’a pas semblé totalement sec. L’acidité est moyenne, mais l’impression est augmentée par une bonne dose de volatile. Un goût un peu chimique à cause de cela.

Vinoterra, cépage Kisi (blanc) 2014

Cette variété est assez rare (on m’a annoncé environ 50 hectares plantés dans le pays), mais les vins qui en sont issus (vinification en qvevri ou moderne) m’ont souvent bien plu. Le vin a passé 3 ans en bouteille après son cycle qvevri puis barrique.

Encore une robe d’un orange intense. Une impression de volatilité encore dans l’acidité, mais une texture bien plus raffinée que pour le vin précédent. Tannins et une touche d’amertume en finale. La meilleur des trois dégusté à ce domaine.

Vinoterra, cépage Saperavi (rouge) 2014

La Saperavi est le grand cépage rouge de la Kakhétie, que l’on trouve aussi ailleurs en Géorgie – et qu’on commence à planter ailleurs, comme en Australie.  Il a un peu le profil d’un Cabernet Sauvignon, avec encore plus de couleur, car le jus n’est pas blanc. Ce vin a passé 6 mois en qvevri, puis 12 moins en barrique, puis du temps que j’ignore en bouteille.

Le nez est étrange, avec des notes de levure qui dominent le fruit. Il y a du fruit noir au fond, mais aussi une impression de faible maturité et même de champignon (géosmine ?) avec des notes moisies. Un peu de sucre résiduel n’arrive pas à masquer une amertume prononcée. Franchement pas bon du tout !

Schumi Winery

Un domaine de 60 hectares qui existe depuis 15 ans. L’apparence est un peu vieillotte, avec un hangar en tôle qui abrite bureaux et lieu de production et des bâtiments épars en cours de réfection. Une collection ampélographique devant les bâtiments réunit 400 variétés de vignes, dont 300 géorgiens, et une misée d’objets, essentiellement céramiques, démontre la culture très ancienne (largement avant JC et tout cas) du vin dans la région. J’y ai dégusté deux vins issus de qvevris.

Kisi 2015

Robe d’un or pâle, ce qui prouve encore que le vin de qvevri n’est pas nécessairement orange. Cette fois-ci le nez est assez aromatique et aussi floral que fruité, ce qui mets à mal mon hypothèse précédente à ce propos ! En bouche c’est très sec, aux saveurs complexes de raisins secs et de fruits exotiques. la matière est fine et les tannins légers. Bonne longueur. De loin le meilleur vin de qvervri dégusté à présent.

Mukuzani 2013

Mukuzani est une appellation de la région de Kakheti qui emploi le cépage Saperavi.

Robe rubis intense. Le nez, d’intensité moyenne, m’a rappelé le jambon fumé. C’est assez fruité en bouche mais aussi très tannique. Les tannins dominent la fin de bouche. Rustique.

Un des chanteurs déguste le Kisi 2016 après l’ouverture du qvevri

GWS winery

Un des plus grands producteurs de la région et même du pays, mais dont les vins sont, depuis quelques années, sur une pente qualitative nettement ascendante sous le direction d’un français, Philippe Lespy.  Certains qui sortent en ce moment sur le marché sous leurs différentes marques font partie des meilleurs vins que j’ai dégusté en Georgie. Le même propriétaire possède aussi le Château Mukhrani, pas très loin de Tbilisi. GWS possède quelques 400 hectares de vignes en Kakheti (qui sont tous cultivées !) et vend sa production sous plusieurs marques : Old Tbilissi (entrées de gamme) Tamada (milieu de gamme) et une marque récente et plus moderne, Vismino.

Les vins de qvevris que j’ai dégusté ici sont en cours d’élevage donc je ne peux donner que les origines (cépage/parcelle/ appellation etc.) car ils ne sont pas encore en bouteille. Tous sont issus du millésime 2015 et dégustés en phase d’élevage, plus un blanc sorti du qvevri sous mes yeux et donc du millésime 2016. Ces vins passent, ou passeront, 5 à 6 moins en qvevris, puis 12 mois dans des barriques de plusieurs vins.

Saperavi, Tavkveri 2015

Arômes de violette, très parfumé. Encore un peu âpre à ce stade mais on décèle de la finesse dans les beaux tannins. Belle longueur et jolies amertumes.

Saperavi, Maghrani 2015

Cet autre lieu-dit est singulier car il comporte un lot de cépage rouge inséré dans un bloc essentiellement planté de blanc. Autrefois, pour un vin « traditionnel » tous aurait été vendange ensemble. Ici les rouges ont été séparés. Vin très intéressant par sa finesse, son joli fruité et sa longueur. On finit sur des notes amères qui semblent assez typique dans ce style de vinification.

Saperavi, Akura 2015

Nez intense et complexe autour de baies noires, d’épices et une touche de verdeur qui relève l’ensemble.

Kisi 2016 (blanc)

Ce qvevri était ouvert devant moi, avec une cérémonie de toute beauté rendu très spéciale grâce aux chants polyphoniques.

Peu d’arômes au début : il fallait beaucoup l’aérer pour le libérer se son prison enterre cuite et ce milieu réducteur. je comprends la nécessité de mettre ces vins en milieu oxydatif pendant un bout de temps avant la mise en bouteille. Ferme, avec une texture tannique et une acidité raisonnable. Des arômes mi-tendres commencent à s’apercevoir à l’aération (fruits blancs et estragon). Sa structure lui a permis de tenir tête à un chevreau rôti (je dirais plutôt cramé, car les géorgiens aiment leur viande très cuite !)

Un feu de hêtre réchauffe les corps dans le Marani (le bâtiment qui abrite les qvervris) chez GWS, tandis que les chants traditionnels réchauffent les coeurs

Conclusion

Je ne peux pas conclure cet article sans parler de la beauté exceptionnelle d’une autre tradition de ce pays : le chant polyphonique. On trouve cela aussi en France, au Pays Basque ou en Corse bien entendu. Les chanteurs géorgiens que j’ai eu le privilège d’entendre sont largement à la hauteur de tout ce que j’ai pu entendre de ces deux autres exemples de chant avec lesquels il partagent bien des choses : un mélange du sacré et du profane, des voix essentiellement masculines, un sens du cérémonial, et, surtout, la capacité de m’émouvoir aux larmes par la beauté des sons et des harmonies.

En ce qui concerne la tradition et le vin, je ne crois pas en la tradition per se. Autrement dit, il ne sert à rien de dire que c’est une pratique « traditionnelle » (ce qui, en général, ne veut rien dire de précis, d’ailleurs) sans démontrer que le résultat est non seulement singulier et intéressant, mais qu’il peut apporter du plaisir au consommateur. Les vins issus de qvevris sont comme tous les autres, dans le sens ou il y a des bons et des pas bons. Il ne faut pas qu’ils deviennent une sorte de fantasme fétichiste, bons pour bobos ou hipsters. Un mélange de techniques traditionnelles et modernes leur est clairement bénéfique. J’ai dégusté, dans un restaurant, un vin blanc de qvevri que l’on pourrait qualifier de « très traditionnel » mais assez ignoble, transporté dans un bidon en plastique et qui était servi pour une fête dans la salle voisine. C’est un exemple typique du vin que tout un chacun fait à la campagne en Géorgie avec son vignoble qui, d’après ce que j’ai vu, est souvent très mal entretenu. Pas buvable en tout cas !

Les vins de qvevris, comme les chants polyphoniques, sont une sorte de trésor national qu’il convient non seulement de conserver, mais aussi de faire évoluer. La Géorgie est un beau pays mais que j’aimerais voir un peu mieux respecté sur le plan de son environnement par certains de ces citoyens.

Les vins géorgiens prennent ce chemin du respect et de la modernisation, doucement et sûrement, et ils auront un avenir dans des marchés internationaux en dehors des pays de l’ancien bloc soviétique s’ils sont bien menés, individuellement et collectivement.

David

 

PS. Je n’ai pas encore le résultat du match de rugby qui opposait la Géorgie à la Russie dimanche à Tbilisi, mais on peut prévoir un score important en faveur de la Géorgie, fierté nationale oblige. Good game !