Les 5 du Vin

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Domaine des Thermes: modestie et mérites d’un indépendant du Brulhois

Il est frappant de voir à quel point plusieurs petites appellations du Sud-Ouest sont dominées par des caves coopératives. J’ai évoqué récemment ici le cas de la Cave de Plaimont et leurs 98% de l’appellation Saint-Mont, mais on peut aussi citer des situations analogues de quasi-monopole à Buzet comme, juste en amont de là, en Brulhois. La raison est très probablement liée au fait que la viticulture dans cette région, aussi ancienne qu’elle soit, n’a souvent constitué qu’une partie modeste d’une activité agricole basée sur la polyculture. Partout dans ce coin du Sud-Ouest, élevage de vaches et de canards, cultures de céréales et de fruits côtoient un vignoble largement espacé et planté de cépages parfois peu connus en dehors de la région.

Un peu d’histoire et de géographie

Le mot Brulhois viendrait du celte brogilo via l’occitan brulhès, qui signifient bord de rivière boisé. La Garonne est toute proche et aujourd’hui encore, les sommets des collines sont copieusement boisés. Brulhois a acquis le statut d’AOC/AOP en 2011, venant de celui de VDQS et de la dénomination Côtes de Brulhois. Cette petite aire d’environ 300 hectares, dont seulement 200 hectares sont plantées, se situe à la confluence de trois départements : Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne et Gers, avec la majeure partie en Lot-et-Garonne. Elle se divise ainsi entre deux des régions actuelles, Aquitaine et Midi-Pyrenées, ce qui ne doit rien faire pour simplifier tout ce qui concerne les démarches administratives. Très majoritairement située en terre gasconne, sur la rive gauche de la Garonne, elle s’étend aussi sur une petite partie au nord du fleuve. Comme d’autres appellations qui longent la Garonne et ses affluents, elle se réfère à une origine gallo-romaine mais a probablement connu son apogée au XIIème et début XIVème siècles, sous l’occupation anglaise, lorsque des quantités nettement plus importantes de vins qui y étaient produits que maintenant; des sources citent 48,000 hectolitres, ce qui est entre 4 et 5 fois le volume actuel. Ces vins étant alors expédiés vers Bordeaux et l’Angleterre sur des gabares, en descendant la Garonne. Le déclin a suivi le départ des Anglais, car toute la région a perdu son principal marché, et la situation a dû se dégrader pendant et suite aux guerres de religion, ce pays d’Albret étant marqué par le protestantisme.

IMG_7055Une partie du vignoble  de coteau du Domaine des Thermes avec la vallée de la Garonne et la centrale de Golfech au fond

Bien plus tard, deux caves coopératives y furent fondées dans les années 1960. Elles ont depuis fusionnées pour constituer une seule entité: Les Vignerons du Brulhois. Seuls six producteurs de petite taille sont indépendants de cette structure, dont le Domaine des Thermes, proche du beau village d’Auvillar qui domine la vallée de la Garonne.

Enthousiasme et sincérité

Le domaine évoque des thermes car le site, très anciennement habité,  recèle des sources réputées. Sur ces collines douces, souvent bien garnies de bois où les chasseurs de de cèpes gardent bien les leurs (de sources), la famille Combarel est arrivée avant la guerre,  de son Aveyron d’origine, pour élever des moutons. La propriété de 50 hectares a bien évolué depuis lors. Les moutons ne sont plus là et Thierry Combarel, qui exploite le domaine avec sa dame, Dominique Jollet Peraldi, venue de sa Corse natale, travaille aussi maintenant 8 hectares et demi de vignes, plantés d’un belle gamme de cépages. Si l’appellation Brulhois n’admets que vins rouges et rosés, elle autorise pas mal de cépages : cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot, malbec, tannat et fer servadou (appellé pinenc un peu plus à l’ouest). A côté de cela, Thierry a planté du colombard et du petit manseng afin de pouvoir aussi élaborer deux vins blancs, un sec et un doux, en IGP Comté Tolosan.

IMG_7049Dominique et Thierry devant la vigne qui jouxte le chai

Comment émerger dans une masse de vins de partout, d’un niveau qualitatif croissant, et dont beaucoup bénéficient de l’atout d’une appellation connue comme Cahors, par exemple. Et surtout, comme c’est le cas de ce domaine, quand la taille critique est difficile à atteindre vu le faible nombre de droits de plantation accordés chaque année et, surtout, la nécessité de continuer à gagner sa vie en faisant tourner l’exploitation par une production, annexe mais majoritaire, de céréales ? C’est le dilemme de Thierry et de Dominique, qui pourtant se donnent beaucoup de mal, travaillant leur vignoble avec une approche plus que raisonnée, avec vendanges et façons à la main et une vrai volonté de faire le meilleur vin possible. Ils pensent au « bio » mais voient aussi les difficultés subies par quelques collègues au niveau des rendements et ne peuvent pas se le permettre. Mais Thierry utilise du soufre en poudre et ne traite en insecticide qu’une seule fois. Le vignes sont impeccablement tenues : on dirait un jardin.

IMG_7042L’accueil au Domaine des Thermes se fait dans une belle salle claire, avec enthousiasme et sincérité

C’est la deuxième fois que je leur rendais visite, et, après une intervalle de 2 ou 3 ans, j’ai pu constater les progrès fait dans les vins, mais aussi dans l’accueil, avec une très belle salle claire et leur esprit, vif , ouvert et communicatif, toujours à la disposition du visiteur. Thierry aimerait faire encore mieux. Il n’a pas pu faire des études poussées et compte sur les conseils d’un œnologue qui vient de loin. Mais, dans ce coin peu viticole, les oenologues conseils n’abondent pas et, de toute façon, il n’a pas les moyens d’être vigneron à 100%.

IMG_7050Peu de vins de la gamme utilisent de la barrique, entre autres pour des raisons de coût. Pourtant, je pense que cela est bénéfique pour ce style de vin.

L’autre gros problème est la vente. Faire tourner une exploitation de 50 hectares, même avec peu de vignes, prend tout son temps. Le budget pour se faire connaître lors de salons et autres manifestations n’est pas disponible et le couple ne peut pas voyager beaucoup pour vendre ses vins. Le résultat est une vente qui dépend encore beaucoup du vrac ou du bib, avec, à la clef, une faible valorisation. Même les bouteilles ne sont pas chères, car cette gamme-là va de 4 à 8 euros, ce dernier prix pour un rouge ayant subi un élevage en barriques et ayant au moins 5 ans d’âge !

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Quand je regarde les étiquettes de cette gamme de vins (surtout les rouges) j’ai du mal à y voir une identité visuelle, tant le graphisme et les couleurs semblent y être accumulés pêle-mêle. On dirait une collection de flacons de 5 domaines différents ! Les vins ont cependant une vraie personnalité, parfois un poil rugueux (tannat en malbec obligent), mais toujours d’une parfaite netteté et dans une expression sincère qui force l’admiration. J’ai beaucoup aimé le très vif vin doux produit avec du petit manseng récolté en novembre à 19° naturels dans le millésime 2014. Sa très belle équilibre dépend de l’acidité naturelle de ce cépage et la longueur est remarquable pour un vin de ce prix. La cuvée FMT 2012 (Fan de Mon Terroir), en collaboration avec le restaurant voisin l’Auberge de Bardigues, fait appel à du fer, du merlot et du tannat et donne un rouge assez intense, à l’accent rocailleux sur un fond suffisamment fruité. Mon rouge préféré lors de cette dégustation rapide était le Domaine de Thermes 2010, élevé en barriques de 2 ans. Je crois que l’assouplissement et l’aération progressive apporté par un élevage sous bois est bénéfique pour ces vins car j’ai trouvé les cuvées sans bois un peu trop anguleuses. Mais pas de bois neuf, et probablement des contenants plus grands. Mais on ne peut pas tout faire sur un petit budget.

IMG_7044La gamme est dominée par des vins rouges mais complétée par deux blancs et un rosé. On détecte une amélioration dans les étiquettes avec deux dernières additions à la gamme : les deux blancs.

 

Thierry et Dominique ont beaucoup de mérite. J’aime la franchise de leur approche, leur travail sincère et méticuleux et leur attachement à ce très beau site. Je souhaite que leurs vins trouvent des marchés plus étendus et que cela leur permette, petit à petit, à aller là ou ils veulent, probablement vers le haut car ils en sont très capables.

David Cobbold

(texte et photos)


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Deux appellations d’exception dans une séance: Condrieu et Côte Rôtie

 Domaine-du-CouletCôte Rôtie, Domaine du Coulet (pas présent à cette dégustation). Photo domaine et La Note Rouge

Il ne m’arrive pas souvent de déguster une série complète de vins issus de deux appellations aussi rares que discrètes. Cela s’est passé très récemment dans une seule séance et à Paris. J’ai aussi eu cette chance de les déguster dans des conditions presque idéales car j’étais le seul dégustateur présent au moment où je suis arrivé dans la boutique des très chics et chères cuisinières Cornue, dans le très chic et cher 7ème arrondissement. Il faut dire que j’avais du me taper une dégustation de la sélection « Foires aux Vins » d’un enseigne de GD avant, et même si cette sélection contenait quelques (trop rares) bons vins, là, j’allais changer sérieusement de braquet !

 CondrieuVignes à Condrieu vues du Rhône (photo Jack van Ommen)

Le menu contenait 16 vins de l’appellation Condrieu  dans le millésime 2013, et 26 vins de l’appellation Côte Rôtie, très majoritairement des 2012, mais avec quelques vins de 2013, 2011 ou 2010. Faut-il présenter ces appellations ? Bien sûr que si, car je doute que tous nos lecteurs les connaissent bien. Ces deux zones contiguës se trouvent juste au sud de Lyon, sur la rive droite du Rhône. Elles sont aussi d’une étonnante complémentarité, l’une ne produisant que du vin rouge, et l’autre que du blanc. Leur discrétion vient essentiellement de leur petite taille, elle même dictée par une topographie aussi étroite qu’exigeante : Côte Rôtie occupe 300 hectares de vignes et Condrieu 180. Associé à cette rareté, leur niveau de prix élevé reflète autant la qualité reconnue des vins que leur faible production. Les prix public (en France) des Condrieu que j’ai dégustés varie entre 28 euros et 80 euros la bouteille, tandis que la fourchette pour les Côte-Rôtie présents est quasiment identique (30/80). Comme en Bourgogne, les vins peuvent se scinder entre les cuvées de type « village », issus généralement d’assemblages entre diverses parcelles dans l’appellation, et des cuvées mono-parcellaires ou sectorielles, souvent plus chères.

L’encépagement est simple : Syrah pour les Côte-Rôtie et Viognier pour les Condrieu – bien qu’une des particularités de l’appellation Côte Rôtie, partagée avec quelques autres appellations de rouge de la région, est d’autoriser une part de raisins blancs dans le vin. Cette proportion peut atteindre 20% ici, mais la plupart des vins dégustés ce jour étaient des syrahs à 100% et, parmi les 5 cuvées contenant un peu de viognier, aucun ne dépassait 10% de ce cépage si tendre et parfumé.

La syrah a certainement ses origines dans cette région, issu qu’il est d’une mère savoyarde et iséroise (la mondeuse banche) et d’un père ardèchois (la dureza). Le viognier fait partie de la même famille que la syrah (serine) et serait soit son demi-frère ou soeur, soit un des ses grand-parents, car tous les détails de la famille restent à découvrir, même si on les sait liés par la mondeuse blanche.

Cette dégustation a aussi voulu ordonner les vins selon leur localité précise dans l’appellation, dont l’identité  à été déterminée par une sorte d’analyse de la nature des sols. Là nous entrons dans ce qui est pour moi une zone d’ombre et qui me semble obéir davantage à une doxa de la communication actuelle autour du vin qu’à une réalité pertinente pour le dégustateur. L’approche de chaque producteur, aussi bien à la viticulture qu’en vinification et élevage, me semble expliquer davantage les différences de goût entre les vins que les influences différentes entre sols contenant  « migmantitte sombre« , « granite à muscovite » ou « granite à biotite« , pour ce qui concerne Condrieu et selon les termes du carnet qui m’a été remis. Je veux bien étudier cette question sérieusement le jour où un producteur, ayant des parcelles sur les trois zones, me présente des vins issus de ces trois zones et  dont tout le processus d’élaboration, y compris l’âge des vignes et la nature de la matière végétale (clone, porte-greffe et tout), serait identique. On tiendra aussi compte de différences d’altitude, d’exposition et de drainage, facteurs qui sont, à mon avis, bien plus importants que la nature précise de différentes sortes de granites.

Mais passons à l’essentiel qui est la très grande qualité de l’ensemble des ces vins, à quelques exceptions près (il en fallait bien pour montrer que tout n’est jamais parfait dans ce monde).  Je vais parler d’abord des vins que j’ai préférés, et ils sont nombreux, puis faire quelques remarques plus critiques sur quelques rares  cuvées qui me semblaient d’un niveaux inférieur, et sur une qui a des soucis d’ordre technique. Un mot d’abord sur les conditions de ma dégustation. Les vins étaient servis à découverts. Les condrieu étaient un peu chauds, ce qui permis de voir lesquels ne dépendaient pas uniquement de la température de service pour la sensation de fraîcheur qui doit exister dans le vin pour son équilibre. Pas de problème avec les vins rouges en revanche. Je ne vous embêterai pas avec les notes sur 20 que j’ai attribués à ces vins. Je trouve ce système utile pour se souvenir de mes appréciations relatives mais je sais aussi ses limites. Mais je vous indique que, pour les vins que j’ai aimés, mes notes allaient de 15/20 à 18/20.

 

Vins blancs

 

1). Les Condrieu d’assemblage préférés

 

Domaine Christophe Pichon, Condrieu 2013

prix 30 euros

Riche, avec une belle qualité de fruit et une très belle texture soyeuse. Un vin parfumé et plein, sans excès d’alcool.

 

Guigal, Condrieu 2013

prix 36 euros

Un beau vin avec une jolie acidité qui lui donne l’équilibre naturel essentiel. De loin le plus grand producteur de l’appellation, avec 120,000 bouteilles ce qui, à mes yeux, est une sacré performance à ce niveau de qualité.

 

Les Vins de Vienne, Condrieu La Chambée 2013

prix 35 euros

Un vin fin et précis, avec beaucoup de fraîcheur.

 

2). Les Condrieu parcellaires préférés

 

Domaine Faury, Condrieu La Berne 2013

prix 40 euros

Très parfumé et fine de texture avec une structure souple. L’acidité et un peu faible à mon goût.

 

Domaine du Chêne, Condrieu Volan 2013

prix 33 euros

Vif et alerte, un vin délicat qui a beaucoup de finesse

 

Domaine François Villard, Condrieu Le Grand Vallon 2013

prix 35,50 euros

Parfumé, frais et long, avec une superbe texture. Un de mes vins préférés et qui démontre que le viognier,  ici et entre de bonne mains, peut être tout le contraire de ces soupes lourdes qu’on peut trouver trop souvent ailleurs.

 

Cave Yves Cuilleron, Condrieu La Petite Côte 2013

prix 28,50 euros

Aussi un de mes préférés. Très vif et avec un toucher toute en finesse, c’est un très joli vin.

 

Montez, Domaine du Monteillet, Condrieu Chanson 2013

prix NC (vin pas encore en bouteille)

Fin et bien aromatique, il a aussi une belle acidité pour ce type de vin.

 

Domaine Christophe Blanc, Condrieu Les Vallins 2013

prix 28 euros

Un vin concentré mais très fin qui donne une sensation dynamique très intéressante par son acidité intégré. Un des meilleurs de la série, et un des moins chers aussi !

 

Domaine Christophe Pichon, Condrieu Caresse 2013

prix 50 euros

Un beau vin qui semble assez intense, encore un peu serré et qui sera sans doute plus expressif dans une paire d’années.

 

Domaine Guigal, Condrieu la Doriane 2013

prix 63 euros

Ce vin est un assemblage de plusieurs parcelles. C’est assez dense et j’ai noté une présence d’alcool dans l’équilibre finale, ainsi qu’une note d’amertume. Aura probablement besoin d’un peu de temps aussi, mais j’avoue que j’attendais ce vin à un niveau supérieur, même s’il est bon.

 

Domaine Vernay, Condrieu Côte de Vernon 2013

prix 80 euros

Pour moi le meilleur vin de la série, mais c’est aussi, et de loin, le plus cher. Tout cela n’a rien d’inéluctable, mais cela arrive. Intense et avec beaucoup de fraîcheur et une très grande complexité dans les saveurs. C’est aussi long que fin. Un grand vin !

 

 

3). Les Condrieu que j’ai moins aimés

 

Domaine Louis Chèze, Condrieu Brèze 2013

prix 31 euros

J’ai trouvé que ce vin avait une texture plus ferme que d’autres et donnait une sensation un peu trop chaleureuse en finale

 

Domaine Mouton, Condrieu Côte Châtillon 2013

prix 30 euros

Rond et facile mais assez plat

 

Domaine Perret, Condrieu Clos Chanson 2013

prix 40 euros

M’a semblé assez simple et manquant de finesse. Il a cette finale d’amertume qu’on peut trouver dans ce cépage et qui fait le bonheur des asperges.

 

Vins rouges

 

1). Les Côte Rôtie d’assemblage préférés

 

Domaine Jasmin, Côte-Rôtie 2012

95% syrah, 5% viognier

prix 32 euros

Un très beau vin classique, d’une facture solide. Ce n’est peut-être pas le plus suave de la série mais c’est un des plus longs.

 

Guigal, Côte-Rôtie Brune et Blonde 2010

96% syrah, 4% viognier

prix 40 euros

Avec une production de 220,000 bouteilles par année, cette cuvée fait figure de géante dans l’appellation, ce qui ne l’empêche pas d’émerger parmi les très bonnes cuvées que j’ai dégusté. Sa petite part de viognier ainsi que son vieillissement supplémentaire (36 moins minimum en fûts dont 50% sont neufs) doivent en partie expliquer sa grande suavité. Mais ce vin est aussi dynamique, grâce à une belle vivacité et possède une bonne longueur.

 2). Les Côte Rôtie parcellaires préférés

 

Cave Yves Cuilleron, Côte-Rôtie Coteau de Bassenon 2012

90% syrah, 10% viognier

prix : 38 euros

Une qualité de fruit splendide et un fond ayant beaucoup de complexité. Le bois de son élevage est parfaitement absorbé même si  sa structure destine ce vin à une attente en cave de quelques années. Très bonne longueur.

 

Domaine Vernay, Côte-Rôtie Maison Rouge 2012

100% syrah

prix 78 euros

Je n’ai pas les moyens  d’acheter des vins comme celui-ci, mais je dois dire que je le regrette ! C’est fin, complexe et plein de saveurs intéressantes. Aussi riche que bien équilibré.

 

Domaine Duclaux, Côte-Rôtie Maison Rouge 2012

100% syrah

prix 56 euros

Une expression très pure du cépage dans cette région, donnant un vin fin mais ayant beaucoup de précision et de relief. Il a un petit côté rustique qui peut plaire aussi. En tout cas un très beau vin.

 

Guigal, Côte-Rôtie Château d’Ampuis 2010

93% syrah, 7% viognier

prix 82 euros

Ce vin cher est assez somptueux, intense et complexe, avec pas mal d’extraction et une sacrée longueur en bouche. A attendre impérativement.

 

Domaine de Bonserine, Côte-Rôtie La Garde 2011

100% syrah

prix 60 euros

Un vin avec une bonne intensité dans ses saveurs, de belle facture mais encore austère par ses tannins et qu’il faudra attendre.

 

Domaine Lafoy, Côte-Rôtie Rozier 2012

100% syrah

prix 36 euros

Vin intense et assez vif.

 

Domaine Gerin, Côte-Rôtie La Viallière 2012

100% syrah

prix 50 euros

Les nez est un peu réduit et marqué par son élevage, mais en bouche on découvre une belle intensité et des notes boisées agréables. Encore un vin qu’il vaudrait mieux attendre au moins 5 ans pour le voir s’épanouir.

 

Domaine Clusel, Côte-Rôtie Les Grandes Places 2012

100% syrah

prix 80 euros

L’acidité m’a semblée plus importante dans ce vin que dans la plupart. C’est long et tannique, le tout dans un style austère mais avec une bonne dose de finesse. Pas le plus sexy, mais bien fait et nécessitant de la garde. Un peu cher cependant.

 

 

3). Les Côte-Rôtie que j’ai moins aimés

 

Domaine Bernard, Coteaux de Bassenon 2012

100% syrah

prix 32 euros

Le nez très fumé reste très marqué par son élevage et ce vin assèche un peu le palais en finale

 

Domaine Stephan, Côte-Rôtie Coteau de Tupin 2011

100% syrah

prix 70 euros

Pour moi, ce vin est indigne de l’appellation. En plus, c’est un des plus chers ! Au nez, j’ai soupçonné l’ usage de la macération carbonique, technique qui fait que tous les vins ont à peu près la même odeur. La fiche technique le confirme. Il a en plus une acidité volatile décapante. Maigre, acide et sans fruit. Est-ce un accident sur cette bouteille ? Je l’espère pour les clients qui l’ont acheté.

 

Domaine Barge, Côte-Rôtie Le Combard 2012

93% syrah, 7% viognier

prix 38 euros

Un style relativement austère et tannique qui donne un vin ingrat pour l’instant par rapport aux autres. Peut-être qu’après quelques années …..

 

Domaine Bonnefond, Côte Rozier 2013

100% syrah

prix 40 euros

Un peu rustique et avec des tannins asséchants.

 

Domaine Semaska, Château de Montlys 2012

100% syrah

prix 55 euros

Nez de bois fumé un peu exotique. J’ai aussi senti un peu de CO2. Ne semble pas très résolu comme vin.

 IMG_6828Mauvaise photo (de moi) mais fine équipe qui est montée à Paris avec les vins des deux appellations. Les voici avec la série de condrieu posée sur un « piano » Cornue qui vaut le prix de trois Ducati Panigale R ! Je sais que je pendrai la plus légère des ces options si j’avais une telle somme.

Conclusions générales

1). Je ne connais pas la mode de sélection des 42 vins que j’ai dégusté (16 Condrieu et 26 Côte Rôtie), mais je pense que cet échantillonnage est assez représentatif des deux appellations.

2). Il est très rare pour moi de trouver un pourcentage de l’ordre de 80% de vins qui me semblent bons ou très bons, voire excellents, dans une telle série.

3). La fourchette de prix ne reflète pas systématiquement la qualité du vin. Comme toujours, d’autres facteurs comme la renommée du producteur et son réseau de distribution jouent un rôle non négligeable.

4). Les Condrieu sont des vins blancs à boire assez rapidement, et même si quelques cuvées pourront bénéficier de 2 ou 3 ans de garde supplémentaire, la plupart des vins ci-dessus sont déjà à boire.

5). Pour les Côte-Rôtie c’est plus compliqué et mes notes ci-dessus tentent de refléter ces variations de style.  On ne peut même pas déduire de la présence d’un part de viognier que le vin sera plus souple, nécessairement. Il est certain qu’il s’agit sont des vins de garde, même si on peut prendre plaisir à en voire certains dès maintenant.

David Cobbold


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Le bon, le bizarre et le voyage

Voyager c’est découvrir, même si tout n’est que rarement bon, à commencer par les lieux de transit vers d’autres pays. Mais, une fois arrivé ailleurs, la vision des choses est forcément différente et son esprit est ouvert à cette nouveauté, sinon à quoi bon se déplacer ? Ces lignes sont inspirés d’un récent déplacement dans le Frioul, cette partie du nord-est d’Italie qui se trouve coincé entre Venise et la Slovénie. Morne plaine pour la plus grande partie qui entoure des villes comme Udine, dont la beauté architecturale ayant survécu aux ravages de la « grande » guerre est un bonheur pour le promeneur, le relief devient plus accidenté vers la frontière, puis est bordé par le surgissement des Alpes au nord et l’Adriatique au sud.


vitovskagrappe du cépage Vitarska : on va en parler, en mal, mais est-ce de sa faute ?

 

Nous voulons tous, probablement, du choix et de la diversité dans les variétés de vignes qui produisent nos vins. Il est vrai que le phylloxera en a éliminé un nombre incalculable. Puis le marketing efficace de quelques variétés, surtout issues de la France et dont les noms sont faciles à prononcer dans toutes les langues, à crée une domination des grands marchés par une petite dizaine de cépages. Alors les membres de ce blog, ainsi que d’autres amoureux du vin, cherchent souvent, par ci et par là, la perle rare, celle qui fera notre bonheur par ses caractéristiques uniques et si peu défendus jusqu’alors. Michel est le preux chevalier du carignan ; Jim va chasser le grolleau ou le pineau d’aunis en pays ligérien ; Marc adore la petite arvine ; etc, etc.

 

tutto-il-mondo-e-paeseSalu Mare est un excellent bar à Trieste dédié aux produits de la mer

 

Je suis en phase avec tout cela, bien que, de temps en temps, je tombe sur une variété dont les saveurs me font comprendre mieux pourquoi elle est restée si obscure ! Cela m’est arrivé de nouveau récemment lors d’une visite de la ville de Trieste. En me promenant dans les rues de cette ville, mi-port industrielle, mi symbole riche de la jonction entre trois grandes zones culturelles, je tombe par bonheur sur un des ces excellents bars/bistrots à vin qui fleurissent dans les villes d’Italie. Salu Mare est un lieu d’une grande originalité que j’ai beaucoup aimé. Ses tapas de belle qualité sont dédiés à la mer et ses vins sont tous blancs (il me semble). Le bacalla est formidable (voir photo ci-dessous).

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Le patron est un navigateur et plein de détails du lieu rappellent son sens manifeste d’humour, mais aussi les contraintes de la vie à bord : par exemple, à la place des verres à pied, il y a des gobelets à fond plat (qui m’ont fait un peu râler car il sont peu adaptés à l’appréciation des odeurs d’un vin) et des sanitaires en inox solidement ancrés au mur. Cela doit tanguer là-dedans après une belle soirée !

 

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C’est après avoir essayé de sentir mon vin dans ces verres que j’ai compris pourquoi le patron de ces lieux avait mis un gros nez en plastique sur une des étagères de la bibliothèque : c’est pour pouvoir capter les odeurs qui partaient dans la salle autrement. De plus, en retournant l’objet, je découvre une taille crayon : de quoi affûter ses sens, certainement.

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Ce n’est pas tout, car il met aussi à disposition de sa clientèle navigant en solitaire une petite bibliothèque, ainsi qu’une série de loupes d’amplitude variable pour ceux qui ont oublié leurs lunettes.

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Autre touche personnelle que j’ai aimé et exploité : une splendide tourne-disque avec ampli qui sert à exploiter une petite collection de 33 tours qui vont de l’opéra au jazz mainstream en passant par Police et Neil Young. Le lieu n’est pas bien grand mais décoré avec goût dans un style moderne et dépouillé qui mêle l’acier à l’ardoise et au bois, surtout blond. On se fait servir au comptoir d’où on aperçoit une cuisine moderne. J’ai demandé à déguster deux vins : un soave d’excellente facture puis un vin d’un cépage local appelé Vitovska et qui est planté dans une zone locale et limitée des deux côté de le frontière avec le voisin slovène. Je crois savoir pourquoi cette zone est si limitée.

 

salumarequelques tapas de Salu Mare  : du beau et du bon

Je sais qu’il est absurde et excessif de condamner un cépage pour cause d’un seul mauvais exemple, mais ce vin m’a fortement déplu et je n’ai pas pu finir mon verre de ce vin étrange au goût déplaisant produit par Skerk. La couleur n’était pas brune mais d’une jaune paille foncée. Comme mon article de la semaine dernière l’indique, je ne juge pas un vin par sa couleur. Je ne peux pas parler du nez vu la forme des verres, mais c’est en bouche que le déplaisir commença. Rêche et presque tannique par sa texture, dure et sec, manquant de fraîcheur et avec des saveurs déplaisantes de type oxydatives et qui font penser surtout à de la pomme blette, ce vin était sans grâce ni fruit. Je pense qu’il faudrait une dose de masochisme pour l’aimer. Il m’a semblé surtout venir d’une autre époque, heureusement révolue, et qui date avant les avancés de l’oenologie moderne. Pourtant l’étiquette est moderne par son graphisme, mais nous savons tous que l’habit ne fait jamais le moine ! Cépage ou vinification sont-elles en cause ? Peut-être les deux, même si je suis réticent à condamner un cépage pour un seule mauvais vin, qui plus est n’est pas donné (voir photo ci-dessous). En tout cas je doute que le Vitovska n’ait une grande carrière internationale devant lui. Quelqu’un a-t-il goûté un meilleur exemple ?


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En tout cas allez à Trieste, faites halte a Salu Mare et goûtez à autre chose, probablement…certainement même. C’est ici….

 

salumare a trieste

David Cobbold

 (photos de moi et trouvés sur Trip Advisor)


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Réflexions sur les vins de Centre Loire

Vignoble_du_Centre_Carte

Un trop bref séjour récent à Sancerre pour animer une table ronde organisée par le CNAOC et portant sur des sujets de fond (le réchauffement climatique, les maladies de la vigne et la réduction des intrants, avec leurs conséquences sur l’encépagement et d’autres règles des appellations) m’a donné l’occasion de demander aux responsables de cette région de m’organiser une dégustation de quelques vins du Centre Loire. Le préavis que j’ai pu donner étant court, je les remercie d’avoir su bien organiser cette dégustation qui a réuni 68 échantillons de l’ensemble des appellations de la région. Je rajoute que cette inter-profession, bien conduite par Benoit Roumet, a l’intelligence de produire un dossier de presse factuel et riche, entièrement libre du bla-bla polluant qui sévit trop souvent dans ce genre de document.

300px-008_Sancerre_sur_sa_butteSancerre  vers cette époque : en tout cas cela ressemblait à ça vendredi dernier (photo Henri Moreau)

Voici les appellations de la région Centre Loire, par ordre alphabétique : Châteaumeillant (90 hectares : vins rouges et rosés de gamay ou pinot noir), Coteaux du Giennois (200 hectares : blancs de sauvignon ; rouges et rosés de pinot noir et gamay), Menetou Salon (550 hectares : blancs de sauvignon; rouges et rosés de pinot noir), Pouilly Fumé (1.320 hectares: blancs de sauvignon), Quincy (280 hectares: blancs de sauvignon), Reuilly (235 hectares: blancs de sauvignon, rouges et rosés de pinot noir, ainsi que «gris» de pinot gris), et enfin la plus grande et la plus connue, Sancerre (près de 3.000 hectares: blancs de sauvignon; rouges et rosés de pinot noir). Je sais bien que techniquement, les 30 hectares de Pouilly-sur-Loire en font partie aussi, mais il semble que le marché et les producteurs ont décidé d’un commun accord de laisser le chasselas aux Suisses ou aux Savoyards et il n’y avait aucun échantillon de cette appellation en voie (probable) de disparition.

carte Loire

La partie orientale du Val de Loire, là où le fleuve amorce son virage vers l’ouest, touche presque à la Bourgogne, ce qu’on voit à peu près sur la plus petite carte

Premier constat: cette région représente sur le plan géographique un point de rencontre entre vallée de la Loire et Bourgogne. Cela se confirme à la fois par son climat, plus nettement continental que les parties en aval sur la Loire, mais aussi par l’encépagement qui emprunte le gamay et pinot noir (et aussi, un tout petit peu, le pinot gris) à la Bourgogne, et le sauvignon blanc à la Loire. Rappelons que ce même sauvignon blanc existe aussi en Bourgogne, pas si loin de là, dans l’appellation Saint Bris, près de Chablis. Le cépage ne reconnaît pas les frontières que quelques imbéciles tentent de lui imposer par pur esprit de protectionnisme !

SANCERRE photo Bookinejpg autre image, plus estivale, du vignoble sancerrois où pentes et orientations varient pas mal (photo Bookine)

Deuxième constat: ces sept appellations connaissent des fortunes assez diverses, comme le reflètent leur tailles relatives. Sancerre mène clairement la danse régionale, avec plus du double de la surface de sa suivante, Pouilly Fumé. Si, historiquement, la proximité avec le fleuve a pu expliquer certains écarts de fortune, je pense qu’aujourd’hui, c’est surtout la facilité avec laquelle on prononce les mots qui joue un rôle prépondérant, sans parler de la qualité perçue des vins (vrai ou faux: j’ai bien dit «perçue»). Si on regarde les pourcentages des ventes réalisées à l’exportation, appellation par appellation il est clair que la taille et l’antériorité de l’appellation jouent un rôle, comme l’indique ce tableau :

 

appellation date création Superficie/ha % export
Sancerre 1936 3000 57%
Pouilly Fumé 1937 1320 53%
Menetou Salon 1959 550 13%
Quincy 1936 300 14%
Reuilly 1937 235 15%
Giennois 1998 200 17%
Châteaumeillant 2010 90 2%

 

Les deux plus grosses appellations sont, et de loin, celles qui exportent le plus. Menetou-Salon, qui les suit de loin, a un nom plus difficile à prononcer et une date de création plus récente. Je ne m’explique pas bien pourquoi Quincy est resté si petite et peu connue, mais il y a sûrement d’autres facteurs qui entrent en compte.

logo centre Loire

Maintenant, parlons de cette dégustation, qui donnera lieu à d’autres commentaires plus ou moins généraux. Je remercie les vignerons ayant accepté d’envoyer des échantillons avec si peu de préavis. Même si ce type de dégustation ne permet pas de donner une vision complète, et encore moins d’établir une quelconque hiérarchie dans la qualité, vu le nombre de vins représentant chaque appellation et chaque couleur (j’en donne les chiffres ci-dessous), avec 68 vins dégustés, je m’autoriserai quand même à faire quelques observations et à souligner mes vins préférés.

Les vins étaient jeunes, et parfois trop jeunes. Je m’explique: ils devaient tous être en vente actuellement: la majorité provenait des millésimes 2012 et 2013, mais avec pas mal de 2014 aussi, dont une forte proportion de Sancerre et de Quincy. La plupart de ces blancs de 2014 méritaient au moins 6 mois de plus d’élevage. La pression des marchés explique probablement une telle précipitation à mettre en vente des vins trop jeunes, car encore fermés et manquant d’affinage dans leurs textures comme dans leurs saveurs. Les millésimes 2012 et 2014 (avec un jugement de potentiel pour ce dernier à cause de sa jeunesse) m’ont parus au-dessus du 2013, dont la météo à rendu l’exercice difficile, je crois.

 

Les vins dégustés

Vins rouges : 1 Châteaumeillant, 1 Coteaux du Giennois, 3 Menetou-Salon, 5 Sancerre

Vins rosés : 2 Reuilly, 1 Menetou-Salon, 2 Sancerre (et un vin de table dont je parlerai)

Vins blancs : 4 Coteaux du Giennois, 4 Reuilly, 14 Quincy, 4 Menetou-Salon, 8 Pouilly-Fumé, 17 Sancerre

 

Mes vins préférés

Vins rouges

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, Première Cuvée 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, Les Cris 2012

Sancerre, M et E Roblin, Origine 2013

Sancerre, Domaine Henri Bourgeois, La Bourgeoise 2012

Vins rosés

Reuilly, Jean Tatin, Demoiselle Tatin 2014

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, 2014

Vins blancs

Quincy, Jean Tatin, Succellus 2013

Quincy, Domaine Portier, Quincyte 2013

Quincy, Domaine de la Commanderie, Siam 2013

Quincy, Domaine Villalain, Grandes Vignes 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, Le Carroir 2013

Menetou-Salon, Domaine Jean Teiller, Mademoiselle T 2013

Pouilly-Fumé, Château de Tracy, HD 2012

Pouilly-Fumé, Domaine Landrat Guyollot, Gemme de Feu 2012

Pouilly-Fumé, Serge Dagueneau et Fille, Tradition 2014

Sancerre, Domaine Laporte, Le Grand Rochoy 2012

Sancerre, Vincent Grall, 2014

Sancerre, Jean Reverdy et fils, La Reine Blanche 2014

 

Remarques sur ces résultats

D’abord le caveat habituel sur une dégustation, même à l’aveugle comme ici: ce n’est jamais qu’une photo instantanée, et qui ne montre qu’un fragment du paysage, vu la représentativité relative de cet échantillonnage. Seule une minorité des producteurs avaient proposé des échantillons. Mais on peut aussi constater que des producteurs dont j’ai déjà très bien dégusté des vins sont au rendez-vous. Je pense à Jean Tatin et au Domaine Portier à Reuilly et Quincy ; aux Domaines Pellé et Jean Teillier à Menetou-Salon ; au Château de Tracy à Pouilly et à Henri Bourgeois, au Domaine Laporte et à Vincent Grall à Sancerre.

Deux vins à part

J’ai mentionné un vin (rosé) produit sous la désignation « vin de table ». Il s’agit d’un cépage récemment sauvé de disparition et qui a été autorisé en plantation à titre expérimental, je crois (ou bien au titre de la sauvegarde de la bio-diversité, je ne sais plus !). Ce cultivar s’appelle le genouillet et le Domaine Villalain, de Quincy et de Reilly, a envoyé un échantillon de son millésime 2014. Je ne fus pas surpris d’apprendre qu’un des ses ancêtres est le gouais blanc, cette variété à la multiple descendance mais dont les vins peuvent aisément ressembler à de l’acide de batterie. Ce n’était pas franchement le cas pour ce vin, aux odeurs inhabituelles de paille et de sciure, avec une belle vivacité mais peu de fruit. Une curiosité, du moins pour l’instant.

Le pinot gris peut produire , sous l’appellation Reuilly, des vins qualifiés de rosés, mais dits « gris de gris » et en réalité blancs à peine tachés. J’ai beaucoup aimé celui de Jean Tatin, même si je le considère plutôt comme un blanc. Le nez est très aromatique et la texture suave. Equilibre et longueur sont excellents, avec juste une pointe de tannicité à la fin qui trahit un travail de macération, peut-être.

Les défauts de certains vins

Un vin bouchonné, quelques vins trop soufrés et un bon nombre de blancs mis en bouteille trop jeunes. En mettant ces vins blancs sur le marché si rapidement, on a tendance à les simplifier. Et, du moins dans le cas des Sancerre, il n’y a pas d’excuse du côté de la rentabilité. Après, il y a des questions de style. En ce qui concerne les vins de sauvignon blanc, je n’aime pas les odeurs agressives de buis ou, pire, de pipi de chat. Je crois que les deux proviennent d’une forte présence de molécules de la famille des thiols. On rencontre cela plus facilement lorsque les raisins ne sont pas assez mûrs. Peut-être aussi quand l’élevage n’a pas encore calmé ce type d’odeur primaire (un avis d’expert serait le bienvenue sur ce sujet technique).

J’ai aussi l’impression que Sancerre vit un peu sur sa renommée. Cela semble être les cas si on regarde la proportion de vins que j’ai appréciés par rapport au nombre d’échantillons dégustés (même si ça n’est pas très fiable statistiquement)…

Je n’ai pas les prix de ces vins, mais le rapport qualité/prix d’un Menetou-Salon, par exemple, est sans doute plus favorable en moyenne, que celui d’un Sancerre.

David Cobbold


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Voyage en Styrie (3/3)

Après une interlude pour évoquer les gros méfaits du bouchon en liège massif, je retourne avec plaisir sur mes pas en Styrie, cette partie sud-est de l’Autriche qui produit (c’est mon avis et je le partage, selon le titre d’un bouquin d’André Santini !) parmi les plus beaux sauvignons blancs du monde. Le style n’est ni celui de la Nouvelle Zélande, hyper aromatique et parfois un peu stéréotypé dans cette moule thiolée, ni celui, plus retreint et parfois un brin sévère, du Centre Loire. Une texture suave et une certaine séduction aromatique sont bien là, mais on est plus proche des meilleurs sancerres et pouilly-fumés que des modèles extrêmes du Nouveau Monde qu’adore notre Marco. Après, comme toujours, c’est chaque vigneron qui forge son style, car le climat, c’est à dire le terroir, est globalement identique sur toute la région, à quelques nuances près. L’exposition des parcelles, en revanche, peut jouer un rôle essentiel en modifiant le méso-climat.

Erwin_Sabathi_Pössnitzberg Cette vue sur la Grosslage Possniztberg d’Erwin Sabathi illustre bien la topographie et disposition ondulante sud-est/sud/sud-ouest des meilleurs vignobles de Styrie (photo Sabathi)

Le lien avec mon sujet de la semaine dernière est le fait que 9 des producteurs sur les 10 que j’ai visité en deux jours et demie n’utilisent plus du tout le liège pour fermer leurs flacons : c’est soit la capsule à vis, soit le vinoloc (bouchon en verre). No bullshit with bloody corks pourrait être leur slogan, et ils vont au bout en mettant toute leur gamme, y compris les grands crus, sous capsule ou sous bouchon en verre.  Seul ombre à ce tableau,  Neumeister, au demeurent un des bons producteurs de ma tournée, avait un vin bouchonné dans la série des 66 sauvignons que j’ai dégusté à l’aveugle ! J’espère qu’il ne restera pas longtemps attaché au liège car Christoph Neumeister me semble être un garçon très pragmatique et ouvert.

Après Gross et Wolfgang Maitz (mon deuxième article d’il y a deux semaines), je me suis rendu chez Hannes Sabathi (à ne pas confondre avec Erwin Sabathi, à voir plus loin). Sa plus grande parcelle, nommée Kranachberg, est maintenant plantée à 80% de sauvignon blanc, signe de l’engagement progressif des producteurs du coin envers ce cultivar. Les deux meilleurs vins de sauvignon blanc dégustés chez lui furent le Kranachberg 2013 (en échantillon avant mise), fermenté et élevé en foudres de 1500 litres, à l’acidité vive mais vibrante et avec une concentration impressionnante ; puis son Kranachberg Reserve 2006, encore austère mais très fin et long.

SattlerWilli Sattler devant chez lui (photo DC)

Sattlerhof est probablement, avec Tement, le producteur styrien le mieux connu en dehors de son pays natal. En tout cas j’ai rencontré ses vins dans plusieurs marchés. Il partage la parcelle Kranachberg avec Hannes Sabathi. Willi Sattler conduit sur les routes tortueuses autour du village de Gamlitz à une vitesse de rallyman tout en expliquant les nuances de son domaine. Il soutient que le sauvignon blanc est une variété au caractère de caméléon (et je suis d’accord avec cela). Les vignobles très pentus nécessitent entre 500 et 600 heurs de travail par an et, en raison de ces pentes, les vendanges coûtent environ 1,70 euros par kilo de raisin. J’ai trouvé la plupart de ses vins jeunes de sauvignon assez austères, peut-être un peu réduits. Mais son erste lage (premier cru) Sernauberg 2013 et le grosse lage Kranachberg 2010 sont des vins splendides, spécialement ce dernier qui est d’une grande complexité et possèdent des odeurs et saveurs de fruits exotiques d’une grande gourmandise. Curieux de connaître d’autres aspects de la production de ce domaine de référence j’ai aussi dégusté un magnifique chardonnay (on l’appelle morillon ici), le Pfarrweingarten 2007, qui ne fut mise en bouteille qu’en 2011 : finesse et grande ampleur, avec une très belle texture et une longueur admirable. Puis, pour finir, un Weissburgunder (Pinot Blanc) de la même parcelle et aussi du millésime 2007. ce vin a séjourné 7 ans en barriques dont 30% de barriques neuves mais il ne sent nullement le bois. Très long et un peu salin, délicat au toucher et vibrant par son acidité bien intégré. Des vins admirables !

Kranachberg_1Le Kranachberg, parcelle classé grosse lage, exploité en partie par Sattler (photo Sattlerhof)

Dans un autre secteur, le Weingut Lachner Tinnacher, d’origine ancienne à juger par les beaux bâtiments classiques, qui ont été modernisés intérieurement avec soin et goût comme partout ici, est maintenant dirigé par la fille de la famille, Katharina, diplômé en oenologie. Elle a converti son vignoble en bio et produit des vins intéressants, précis et élégants, assez tactiles mais avec, pour certains vins, une pointe herbacé et d’amertume qui m’a un peu gêné : de bons vins mais pas encore au sommet pour la région à mon avis. Ce sont des vins qui auront probablement besoin d’un peu de temps. Cela dit, je sent que ce domaine serait sur une pente ascendante, car son vin « de base » dans l’hiérarchie STK, le Steierische Klassik 2013 a obtenu ma meilleur note (15/20) dans sa série lors de la dégustation à l’aveugle, grâce à son nez ample et tendre, sa jolie texture soyeuse et ses saveurs gourmandes de fruits à noyau finissantes sur une belle longueur vibrante. ses vins sont importés en France par Valade et Tansandine.

Katherina TinnacherKatharina Tinnacher vinifie maintenant les vins de son domaine familial (photo DC)

Erwin Sabathi est un autre fou du volant, et vit manifestement à 100 à l’heure. Il travaille en famille avec ses frères, et ils ont construit un winery exemplaire de modernité et d’efficacité en face de la maison familiale. C’est un des points qui m’a impressionné dans cette région : la capacité d’innover en vin comme en architecture, tout en gardant une continuité avec le fil de cette région. Les vins d’Erwin Sabathi sont parmi les meilleurs que j’ai dégusté lors de ce voyage. Sur place j’ai commencé par une magnifique série de vins de chardonnay/morillon : Pössnitzberg 2013 et Pössnitzberg Alte Reben (vielles vignes) 2013, suivi par le même vin en 2012. Des vins intenses mais fins, ayant beaucoup d’ampleur sans sembler gras. Des vins qu’on pourra garder 5 ans si on est patient mais délicieux maintenant. On n’est pas loin du niveau des meilleurs bourgognes blancs avec de tels vins, mais ils restent bien plus abordables ! La série de sauvignon blancs dégusté chez lui ou, plus tard, dans la grande dégustation anonyme, sont d’une régularité et d’une qualité exemplaire. Je pense en avoir dégusté une demi-douzaine en tout, entre les villages, les premiers et grands crus, les cuvées de vielles vignes et les autres, dans trois millésimes successives. Mes notes pour tous ces vins vont de 14,5/20 à 16,5/20, avec aucune fausse note. Un chef d’orchestre remarquable avec des musiciens de qualité.

Cette première journée fut dense, avec 6 visites qui se sont bien enchaînées après un vol très matinal de Paris à Graz, via Vienne. Les lendemain sera un peu plus relax, avec deux visites le matin puis la grande dégustation à l’aveugle l’après-midi. Les choses sont bien organisées en Autriche !

PolzLes générations se succèdent chez Polz, mais les vins grandissent, gagnant en finesse et en longueur. Christoph Polz en fait la démonstration (photo DC)

Ma première visite du lendemain fut chez Erich & Walter Polz, dont le domaine jouxte celui des Tement. Encore un jeune fils qui a pris la relève de ce domaine qui totalise maintenant 70 hectares. Le fait que le vignoble Polz n’avait de 4 hectares il y a 25 ans symbolise la réussite aussi rapide que récente de la viticulture de qualité dans cette région. Les meilleurs parcelles s’appellent Grassenitzberg (erste lage) et Hochgrassnitzberg (grosslage). Le sauvignon blanc est le plus planté des cépages chez Polz, couvrant 50% des surfaces. J’ai commencé par déguster d’autres vins, dont un très bon méthode traditionnelle rosé fait à partir de zweigelt et de pinot noir du millésime 2010. Ce vin délicieux, très faiblement dosé mais issu de raisins murs, a une excellent qualité de fruit et une très bonne équilibre. Il se vend sur place au prix d’un bon champagne de vigneron, c’est à dire 17 euros la bouteille et la qualité est comparable. J’ai aussi dégusté une série de 3 chardonnays/morillons. Pour ces vins, comme pour d’autres, la tendance chez Polz est d’aller vers des récipients vinaires de 500 litres, en gardant une proportion de barriques aussi, mais l’approche est pragmatique, jamais systématique, sauf pour la fermeture des bouteilles, car 100% de la production est sous capsule à vis depuis 2007, et, selon Polz, c’est sa clientèle qui a décidé (une petit leçon ici pour nos chers français rétrogrades !).  La parcelle Obegg dans le millésime 2011 a produit un vin au nez magnifique, puissant avec beaucoup de fond et de complexité. En bouche on ressent un peu de chaleur et sa texture légèrement crayeuse le destine à accompagner de la nourriture plutôt qu’à être bu seul, du moins pour l’instant. Le Morillon 2007 de la même parcelle montre plus de présence de bois. C’est riche et intense, et on sent l’évolution stylistique vers plus de finesse opéré par la jeune garde en comparaison avec ce vin élaboré par son père. Le Morillon Grassnitzberg 2012 n’a utilisé que de grands récipients. C’est plus fin et précis, aux saveurs succulentes. Les parfums d’estragon et de tilleul dansent sur le palais autour d’un centre plus ferme. Finale très délicate et style admirable.

IMG_6619La pureté des vins chez Polz trouve un écho dans le décor de la devanture de leur salle de dégustation qui laisse passer la lumière à travers des piles de bouteilles blanches (photo DC)

Quant aux sauvignons blancs de Polz, j’a dégusté sur place un échantillon avant mise du grosse lage Hochgrassnitzberg 2013, avant toute filtration. 50% du volume provient d’un pressurage de grappes entières, tandis que le reste à subit une macération préfermentaire de 6 à 8 heures. Des levures locales ont opéré la fermentation dans des foudres de 1500 litres. Ni bâtonnage, ni sulfitage, ni soutirage n’a eu lieu pendant les 12 mois d’élevage de ce vin qui sera mis en bouteille en avril après filtration. Ce vin a une très belle texture, un nez puissant et un fruité en parfait équilibre avec le reste. Juteux, fin et long, c’est un vin admirable. Le prix ? Environ 25 euros. Un des tout meilleurs vins de sauvignon que j’ai dégusté mors de ce voyage a suivi. Le 2012 « Jubilee Edition » (son nom n’est pas définitif) a été élaboré pour célébrer le centenaire du domaine Polz. Il provient du grand cru Hochgrassnitzberg et d’une vigne en terrasses. La fermentation fut très lente puis le vin a passé 28 mois dans des tonneaux de 500 litres, sans intervention. La qualité du fuit est exceptionnel et l’équilibre m’a semblé idéal pour un sauvignon blanc. Plein de fraîcheur, séduisant et complexe. Une pure délice ! J’ignore le prix de ce vin mais c’est très bon.

Dégusté à l’aveugle parmi la longue série de sauvignons blancs des 10 membres se l’association STK le Steirische Klassik 2013 de Polz était un des meilleurs de cette catégorie pour moi, dans un style raffiné, au bon fruit tendre et gourmand. Idem pour son vin de village 2019, curieusement nommé Spielfeld 84/88 ; avec son nez attrayant, son l’acidité modérée et à sa belle matière expressive sans aucun excès. Le erste lage Therese 2013 était encore parmi les meilleurs de sa catégorie avec un nez splendide qui mêle odeurs subtiles, aussi bien de fruits que de plantes aromatiques. Ce morceau de bonheur se poursuit avec une matière de belle densité, très savoureuse et salivante. La cuvée Czamilla, dans la même catégorie, était un cran en dessous. Enfin deux vins de Polz de la catégorie grosse lage m’ont fait très forte impression: le Hochgrassnitzberg 2012 (16,5/20) et le même vin en 2010 (17/20). Ces deux vins se placent parmi les meilleurs de leurs groupes respectifs. Oui, je recommande fortement les vins de ce domaine. Ils sont admirables de finesse et de subtilité de toucher !

Tement brothersComme si souvent lors de ce voyage, la jeune génération semble prend la relève partout en Styrie, comme ici chez Tement (photo Tement)

Tement est certainement le domaine phare de la région et de ce groupe. J’avais rencontré leurs vins pour la première fois il y a une douzaine d’années en France, lors de la préparation du premier guide qui a existé sur les vins importé en France (Le Guide Fleurus des Vins d’Ailleurs, publié en 2003). Ils m’avaient bien impressionnés à cette époque mais ils ont fait de beaux progrès depuis sur le chemin de la finesse, comme d’autres de leurs collègues. L’ensemble de ce domaine donne une impression de beauté et de maîtrise tranquille. Manfred Tement, toujours bien présent, donne de plus en plus de champ à la jeune génération, dont son fils Armin. Le domaine comporte 80 hectares en Autriche plus 20 de plus en Slovénie (vinifiés dans un chai à part). En effet, la frontière passe juste en dessous des bâtiments construits ou restaurés avec un goût impeccable. Tout (restaurant, maisons, chai, boutique et chambres d’hôte) est chauffé avec du bois récolté sur le domaine dont les parcelles ont des noms comme Grassnitzberg, Sernau ou Zieregg.

 Manfred TementManfred Tement dans sa salle de dégustation (photo DC)

Le sauvignon blanc entrée de gamme s’appelle Tomato Green (millésime 2014) et il est le seul fermé avec une capsule à vis, les autres ayant des vinolocs. Ce vin est vif est directe, léger et frais : un bon vin de soif. Puis le Steirische Klassik 2014 qui résulte d’un assemblage de parcelles en premier cru et d’autres au niveau village. Il a de la profondeur et de la complexité et une excellente longueur pour sa catégorie. J’ai aussi bien aimé un échantillon pas encore embouteillé de son domaine en Slovénie, appelle Ciringa Foslin Berge 2014 : très vif et salivant, avec une belle sensation de pureté et d’intensité. Prometteur. J’ai moins aimé son vin du niveau village, le Berghausener 2013, qui m’a semblé un peu réduit et manquant de fruit et d’harmonie. Je l’avais aussi dégusté à l’aveugle plus tard et je le trouvais un peu crayeux de texture et marqué par son élevage. Le Grassnitzberg erste lage 2013 qui m’a semblé un peu dissocié à ce stade. Les vins de grosse lage (grands crus) chez Tement passent leur premiers 12 mois d’élevage sans soutirage ni sulfitage, puis sont soutirés et légèrement sulfités avant la mise. Le Sernau 2013 a un très beau nez, bien expressif avec une excellente qualité de fruit. La texture est tendre, très fine et le vin développe en ampleur sans perdre de sa finesse. J’ai aussi dégusté le Sernau 2012 (à l’aveugle) a le caractère beurré et suave du nez ressortait, puis beaucoup de longueur en bouche et juste une petite impression de chaleur. Le Zieregg 2013 donne des odeurs plus pointues et épicées. En bouche c’est aussi plus dense en concentré, avec un épi-centre d’une belle intensité. Alliant grande finesse et une certaine puissance, il mérite une garde de quelques années je pense. Grand vin. Dans la dégustation à l’aveugle c’était au tour du Zieregg 2012 qui partage avec son voisin d’écurie un beau caractère crémeux. C’est un vin splendide, fin et vibrant aussi. Quant à la capacité de garde des sauvignon blancs de Tement, j’ai dégusté aussi le Zieregg 2007 et elle est pleinement avérée : encore un excellent vin !

IMG_6669Ce site du vignoble Neumeister, qui s’appelle, je crois, Saziani, domine l’église qui en est encore propriétaire (photo DC)

Ma dernière matinée était consacré aux visites des deux derniers domaines de l’association STK, qui se trouvent à l’est des autres, dans la sous-région appellée Südoststeirmark ou on trouve, dans certains secteurs, des sols d’origine volcanique. Le domaine Neumeister se trouve aux abords du village perché de Straden, dominé par le clocher de son église. D’ailleurs la meilleure parcelle des Neumeister appartient toujours à l’église : il est leur est loué sur un bail de 50 ans. Christoph Neumeister, qui cultive ses 30 hectares selon une approche que je qualifierai de « bio pragmatique » m’a amené en haut de la colline qui fait face à l’église, de manière à constater les différences d’exposition des vignes qui tournent autour de cette colline pointue, sauf évidemment sur les parties orientées vers le nord.

IMG_6646L’intérieur du chai/magasin/salle de dégustation de Neumeister est comme un tableau constructiviste : bois, acier, verre et béton alternent pour produire de la beauté formelle (photo DC)

Le chai du Weingut Neumeister est très moderne et d’une grande beauté esthétique. Je suis béat d’admiration devant le soin apporté à l’architecture, externe comme interne, dans cette région, du moins pour les domaines que j’ai visité. C’est aussi créatif que respectueux des matériaux et cela rehausse l’expérience du visiteur d’une manière remarquable. Ce visiteur, qui a peut-être fait un long chemin pour y parvenir, est très bien soigné ici car le domaine inclut un restaurant, géré par les parents de Christoph, et dont la cuisine a obtenu 3 toques et 17/20 au guide GaultMillau. Il s’appelle Saziani (c’est le nom d’une de leurs meilleurs parcelles de vigne) et, pour compléter l’expérience, il y a aussi sept chambres /appartements à loueur sur place dans le bien nommé Schlafgut Saziani. Je n’ai pas testé mais, si ces deux établissements sont au niveau des vins et du winery, cela doit être une très belle expérience !

Quid de ses vins du cépage sauvignon blanc alors ? On peut dire que le bilan est globalement très positif, mais sans tomber dans une langue de bois néo-stalinien ! Le erste lage Klausen Sauvignon Blanc 2013 est un vin délicat, au toucher fin, vendu au prix de 18 euros. Dégusté deux fois, dont une fois à l’aveugle ou il faisait partie des meilleurs de sa série. Ensuite, sur place, on m’a fait déguster une série de trois millésimes issus de vielles vignes. En l’occurrence ces vignes étaient plantées en 1937, 1951 et 1967 : donc ils ont entre 48 et 78 ans. Ce vignoble est en location et Christophe ne sait pas quel porte-greffes ont été utilisés, mais les baies sont toutes petites et les acidités se situent autour de 6,2/6,3. Ces vins ont passé 30 moins en barriques avant la mise en bouteilles. Il s’agit de vignobles ayant le statut « village » sur l’échelle du STK. Le Stradener Alte Reben 2011 a une intensité incroyable qui s’expriment toute en finesse. Il m’a semblé même légèrement tannique et d’une grande complexité. Se très grande fraîceur/acidité est totalement intégré dans le corps du vin. Magnifique ! Le millésime 2012 du même vin est plus puissant et expressif au nez, mais partage cette grande finesse de texture. C’est vibrant, long et élancé. A l’aveugle je le rapprocherais d’un riesling ou d’un chenin blanc de très belle qualité. Le 2013, qui n’est pas encore en bouteille, est également très beau. La texture me semble plus suave et ronde. Toujours intense mais d’un grand raffinement et longueur. Le prix de ces vins d’exception se situe autour des 50 euros. C’est beaucoup, mais c’est bien moins cher que les vins d’un Didier Dagueneau, par exemple, et c’est du même niveau.

Pendant le dégustation à l’aveugle, d’autres vins de Neumeister ont également fait très bonne figure, mis à part un (le grosse lage Moarfeitl 2012) qui était bien bouchonné. Je pense que ce seul membre de l’association STK qui utilise encore le liège devrait réfléchir à ce problème récurrent qui entache la qualité de ses vins. Son Steierische Klassik 2013, seul vin de sa gamme à utiliser la capsule à vis, était un des meilleurs de sa série, au nez chaleureux mais discret en fruit (poire), puis en bouche une belle intensité et longueur et une texture légèrement crayeuse. J’ai déjà parlé du erste lage Klausen 2013, comme du Stradener Alter Reben 2011, assimilable à un grand cru. Deux vins au top !

Schloss KappensteinL’entrée au Schloss Kapfenstein, centre du domaine Winkler-Hermaden, devenu un hotel-restaurant qui vous permettra un voyage dans le temps avec vue sur le présent (photo DC)

Ma dernière visite a incorporé une escale dans l’histoire de cette région, avec le domaine Winkler-Hermaden dont le symbole et couronnement physique est un château historique, devenu un remarquable hôtel et restaurant, ce Schloss Kapfenstein qui pointe ses murs blancs au sommet d’une colline escarpée à l’extrémité sud-est du pays, proche à la fois de l’Hongrie et et la Slovénie. L’attraction touristique constitué par le château/hotel et telle que 50% des ventes se font à la propriété.

détail Winkler (1)

Propriété familiale depuis 1898. Les vins sont maintenant vinifiés par Christoph, un jeune homme qui termine ses études de micro-biologie et qui est plein d’idées pour l’avenir du domaine. Certifié bio depuis 2012, le domaine et ses 40 hectares de vignes se divise en deux parties, dont une, autour de Klöch, produit surtout des traminers sur des sols volcaniques. En tout 13 variétés sont cultivés, dont pas mal de cépages rouges. J’ai dégusté un très beau pinot gris, le Ried Schlosskogel Grauburgunder 2013, joliment parfumé, délicieusement fruité et plein d’élégance. Un style admirable qui n’a aucune lourdeur. Puis trois gerwurztraminers, une des spécialités de la maison.  Le Gewurztraminer Klücher Oldberg 2013  est délicatement parfumé par des odeurs qui évoquent certaines roses anciennes. Belle acidité qui équilibre, plus ou moins, le sucre résiduel. Il y avait aussi un Gewurztraminer « orange » qui suit la mode qui sévit en Slovénie et ailleurs pour cette approche. C’est un vin étrange, tannique et à la finale dure, qui ne m’a procuré aucun plaisir. Un vin pour masochistes peut-être ?  Enfin un Traminer Kirchleiten 2008 très convaincante dont j’ai beaucoup aimé la belle matière suave, l’élagance du toucher et la longueur succulente. Il paraît que ce vin est analytiquement sec (4,2 gr/litre) mais cela ne semble pas le cas. En tout cas un équilibre parfaitement réussi. Je fus moins convaincu par leur Pinot Noir Winzerkogel 2012, un peu austère. Un autre rouge, peut-être plus intéressant et original, est Olivin Blauersweigelt 2011, à la texture certes  un peu rugueuse mais au bel caractère affirmé. Un vin issu de la méthode traditionelle et du pinot noir (dosage brut) m’a beaucoup plu en revanche, comme un étonnant Strowein fait avec du Merlot. Les sauvignons blancs de ce domaine, lors de la dégustation du groupe conduite à l’aveugle, m’ont tous semblé un cran ou deux en dessous des meilleurs, à l’exception du grosse lage Kirchleiten 2007, très parfumé, riche et épicé, aux très belles saveurs qui donnent beaucoup de plaisir.

dégustation Styrie

Ma petite conclusion à tout cela, je l’ai déjà formulée dans les précédents articles. Pour résumer, cette région est non seulement belle, elle est accueillante et ses meilleurs vignerons, représentés ici, travaillent intelligemment à la fois individuellement et collectivement. Ils produisent des vins exemplaires en respectant la nature et le consommateur. Allez voir par vous-mêmes !

David Cobbold

 

 


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Si on s’achetait le nouveau Galet ?

Non, à l’inverse de mes confrères fins observateurs de la chose publique et électorale, quand bien même son discours séduit nombre de vignerons du Vaucluse au Bas-Rhin, je n’écrirai pas un mot de plus sur le spectre de la blonde Marine qui bat la campagne d’Amalou-les-Bains à Vichy. Tout cela finira bien en peau de zobi… et la moustache de s’envoler définitivement.

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Ne comptez pas non plus sur moi pour raviver le facétieux débat entre anciens et modernes, entre jeunes et vieux, entre journalistes vrais et blogueurs faux. Pas plus je ne souhaite revenir sur l’impérieuse nécessité d’inventer un spritz à la bordelaise où la glace en pagaille, l’eau à profusion et la tranche d’orange même pas sanguine permettront, selon les plus fins stratèges du cocktail ciblé markétinge, d’écouler dans le plus grand snobisme inversé le vin mauvais auquel on a osé donner le nom de Sauternes ou de Barsac. Non, je ne dirai rien au passage des vins dits natures ou naturels. Rien non plus sur le vin nu ou habillé. Non, mille fois non je ne piperai mot du grand bal des dupes, celui des primeurs, qui bat son plein en ce moment entre Garonne et Dordogne. Promis, c’est niet : silence sur Prowein comme sur Vinitaly d’ailleurs. Encore rien sur le site de vente par correspondance des Vignerons Indépendants, sur Bettane & Desseauve, sur la Revefe, sur les commentaires fleuves et les frasques passées de l’ami Luc. Rien non plus (et c’est navrant), sur le dernier numéro d’In Vino Veritas, l’indispensable revue belge que tout le monde s’arrache. Trèves de balivernes. Même pas un mot pour notre chère Tunisie et ses vins, en particulier ceux du Cap Bon.

Dico Cepages

En revanche, ne vous déplaise, je dis OUI. OUI, mille fois OUI, un OUI franc et massif, comme disait le Charlie de Colombey, un OUI en capitales tant la chose qui va suivre me tient à cœur et me paraît importante, pour ne pas dire primordiale. Alors, OUI au crowdfunding  (je vous l’accorde, en cette semaine de la Francophonie, le mot est sans doute aussi barbare  que le triste spritz au sauternes; mais il désigne le  financement de masse qu’est censé engendrer le recours au service de la Toile)! OUI à un projet titanesque, OUI à un travail ambitieux, valeureux, courageux. Oui à la somme d’une vie entière consacrée à la recherche génétique sur les plantes qui composent notre univers viticole. Oh, je sais, je suis nullissime en bateleur de foire, nul à chier en téléshopping, bon à rien en sciences, mais nom de Zeus, misez donc, faîtes comme moi et beaucoup d’autres, pariez vos euros et qui plus est à votre guise, sur le succès d’un ouvrage nécessaire qui a grandement besoin de vous pour exister.

Le livre est prêt : y’a plus qu’à imprimer !

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Un homme, que dis-je, un monsieur, un savant, un ampélographe émérite célébré de par le monde, le Professeur Pierre Galet, de l’École d’Agronomie de Montpellier, a décidé au soir de sa vie – il est né à Monaco, il a 94 ans aujourd’hui – de consacrer toutes ses forces à la réactualisation de son Dictionnaire Encyclopédique des Cépages et de leurs synonymes avec près de 10.000 cépages en France et dans le monde. Cet homme, qui a déjà inspiré des ouvrages de vulgarisation aujourd’hui en librairie à des prix bien plus élevés, ne manque ni de modestie, ni d’humour. Un jour, il avait résumé les difficultés de sa science par cette phrase : la vigne est le premier vêtement utilisé par l’Homme. Souvenons-nous d’Adam et Ève, on ne sait toujours pas de quel cépage il s’agissait !

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Lors de ma dernière connexion au site Fundovino consacré au rassemblement des fonds, sur les 20.000 € nécessaires, 14.000 € avaient déjà été collecté, soit 70% de l’objectif. Nous sommes donc dans la dernière ligne droite puisque les Éditions Libre et Solidaire souhaitent pouvoir commencer l’impression en Avril. La livraison de l’ouvrage de 1.200 pages et 3.000 photos est annoncée à un mois après la réalisation de la campagne. En fonction de l’argent investi, de nombreux cadeaux sont prévus dont un poster de Rémy Bousquet. N’étant pas aussi riche que je le souhaiterais, j’ai pour ma part misé sur une formule intermédiaire : pour 85 € investis, je vais recevoir le livre dédicacé par son auteur ainsi qu’un indispensable marque-page collector que je placerai d’office à l’entrée du texte consacré… au cépage Carignan. Puis j’irai voir l’Aspiran, le Cinsault, la Négrette, le Vaccarèse, la Clairette, la Roussette, etc.

Photo©MichelSmith

Papy Galet, l’été dernier, en compagnie d’une belle admiratrice venue du Gers ! Photo©MichelSmith

Au cas ou vous ne seriez pas encore convaincu par mon invitation en forme de supplique, allez donc faire un tour sur le blog de mon ami Vincent Pousson : sa plume sera peut-être plus efficace que la mienne. Ce faisant, nul doute que votre argent sera bien placé. Sachez qu’en allant sur la plateforme Fundovino mise en place par des passionnés, vous pourrez acquérir l’œuvre de votre vie ! Qui sait, celle que vous léguerez peut-être à vos enfants, qui eux mêmes… allez savoir, grâce vous, un jour, deviendront Vignerons.

Michel Smith


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La Styrie et le sauvignon blanc, ou comment se forger un style (1/3)

 la frontièreNous sommes à la frontière entre l’Autriche et la Slovénie, qui passe là, dans les vignes, au milieu d’une route, entre des bosquets, intangible et insignifiante

 

Le premier article de cette série de trois sera consacré à des considérations générales. Les deux suivants feront part de mes dégustations et mes rencontres avec la dizaine de producteurs que j’ai visité pendant trois journées passées dans cette partie méridionale du vignoble autrichien.

Depuis la crise engendrée par le scandale de vins trafiqués, il y a 30 ans, l’Autriche a su opérer un des plus spectaculaires retournements de situation qui je connaisse parmi tous les pays viticoles au monde. Sa production actuelle, même si elle ne pèse que pour 1% du volume mondial, fait régulièrement la une des revues spécialisées (ailleurs qu’en France !) pour sa qualité exceptionnelle, ainsi que grâce à une bonne diversité de types et de styles de vins pour un si petit pays. Que ce soit sur le plan de son organisation, sur celui du niveau de compétence de ses producteurs, en passant par le soin apporté à l’architecture vinicole et par la qualité de l’accueil pour des visiteurs, l’Autriche sait se montrer exemplaire et je conseille à bon nombre de producteurs ou amateurs français d’aller y faire un tour. Toutes mes visites m’ont convaincu du grand intérêt des meilleurs vins d’Autriche, qui me semblent représenter une proportion plus élevée de la production qu’ailleurs.

le modernismeLa beauté épurée de l’architecture vinicole en Autriche, et particulièrement en Styrie, est remarquable. Il y a là un respect de la matière et de l’artisanat qui suscite de l’admiration. Ici chez Neumeister, en Sudoststeirmark.

Mon récent déplacement en Styrie/Steirmark avait pour objectif principal de cerner la qualité et le style des meilleurs vins de Sauvignon blanc, cépage dont cette région s’est fait une petite spécialité. Bien sûr, le Grüner Veltliner est plus connu et bien plus planté en Autriche. Il est aussi plus original vu de la France. Mais il ne mûrit pas en Styrie, qui possède le climat le plus frais et le plus pluvieux de toutes les régions viticoles d’Autriche. Tandis que le sauvignon blanc, qui, comme le chardonnay, est présent dans la région depuis le 18ème siècle, produit des vins de plus en plus fins et intéressants et gagne du terrain, couvrant maintenant 750 hectares sur les 4.200 que comportent les trois sous-zones de la Styrie, traditionnellement plantées (et autrefois complantées) d’une dizaine de variétés différentes.

L’émulation a toujours bien fonctionné pour engendrer l’excellence. C’est ce moteur-là, ainsi que la volonté de distinguer les meilleurs vins d’un marquage trop générique qui guettent des vins élaborés avec des variétés connues, qui a motivé un groupe de 10 producteurs situés dans deux des sous-régions de la Styrie, le Sudsteirmark et le Sudoststeirmark, à grouper leurs forces de réflexion et de communication dans une association appelé Steirische Terroir & Klassik Weinguter (oui, je sais, c’est un peu long alors va pour STK pour faire dans l’acronyme). Ce sont toutes des entreprises familiales, de tailles variables, mais ayant un objectif qualitatif commun et la volonté de partager des expériences et de promouvoir des échanges. Ils ont élaboré une charte de qualité avec des cahiers de charges pour des vins qui répondent à quatre niveaux hiérarchiques : en ordre montant cela donne Steirische Klassik (génériques régionales), Orstwein (village ou commune), Erste STK Lage (premier cru) et Grosse STK Lage (grand cru). Ce classement volontaire est partagé par les 10 adhérents du groupe.

les vignes de l'égliseL’église a toujours su garder un oeil sur les meilleurs sites viticoles, en Autriche comme ailleurs en Europe

La Styrie jouxte la frontière slovène et certains domaines, comme Tement, débordent une barrière devenu très peu visible, même si les vins sont nécessairement vinifiés à part. Elle est belle et assez spectaculaire par la constance de pentes abruptes sur lesquelles il est parfois difficile de se tenir debout. La plupart du temps le rangs de vignes dévalent ces pentes, mais parfois, quand l’inclinaison devient trop forte, on y construit des terrasses. Les meilleures parcelles de vignes font face au sud, au sud-est et au sud-ouest afin de maximiser les rayons du soleil. Ailleurs ce sont des bois, avec une forte présence d’hêtre notamment. Les zones de plaines sont consacrées au maïs et autre céréales. Comme ailleurs en Europe, les meilleurs sites viticoles ont été exploités depuis longtemps par l’église. Souvent en Autriche, ces parcelles leur appartiennent encore, mais sont donnés en location longue durée à des vignerons. Bon nombre de ces parcelles se trouvent dans les classifications actuelles d’ErsteLage ou de Grosse Lage. Les règles pour l’élaboration des vins ayant ces deux statuts impliquent la définition du site, qui est toujours sur une pente bien orientée et à une altitude élevé pour assurer l’influence favorable du vent, un âge minimale des vignes, une viticulture raisonnée ou biologique (pas de désherbants ne d’engrais artificiels), des vendanges manuelles, si nécessaires en plusieurs passages. De toute manière les pentes ne permettraient pas l’emploi de la machine à vendanger. Les vins doivent être vinifiés en sec (sauf pour les vins issus du traminer) avec un potentiel d’alcool d’au moins 12,5%. Uniquement des raisins sains sont autorisés (pas de botrytis), et le rendement est limité à 45 hectolitres par hectare. Ces vins doivent avoir un potentiel de garde d’au moins 5 ans, ce qui est contrôlé en dégustant des vins des 5 derniers millésimes, parfois aussi des vins plus anciens, à chacun des domaines ayant adhéré à la charte. Les règles pour les Grosse Lage (grands crus), vont encore plus loin avec un rendement maximum de 35 hectolitres, des exigences quant à la nature des sols, des vignes d’au moins 15 ans d’âge et une capacité de vieillissement de 10 ans. Il leur faut en outre un élevage de 18 mois. Chaque catégorie porte une double identification, à la fois sur l’étiquette et sur la capsule.

 vignes en penteDe fortes pentes caractérisent les meilleurs parcelles, comme ici pour la parcelle nommée Zieregg, un grand cru appartenant à Tement

 

Comme en Bourgogne, par exemple, les parcelles classées ne sont que rarement le monopole d’un seul producteur. Comme le lieu-dit décrit en générale toute une pente ou parfois une colline, il peut aussi y avoir des orientations variables à l’intérieur d’un seul nom de lieu-dit, mais les vignes se situent toujours vers le haut de la pente, là ou le vent aura son meilleur effet pour sécher les raisins et la gel impactera le moins. Cette article ne parlera que des vins issus du sauvignon blanc, bien que j’ai pu déguster aussi des vins intéressants d’autres variétés ; Weissburgunder (pinot blanc), Grau Burgunder (pinot gris), Morillon (chardonnay) et Traminer (la version Gewürz et d’autres), sans parler de quelques pétillants faits avec du pinot noir et du chardonnay. On y produits aussi pas mal de vin rouges, essentiellement avec les cépages locaux Zweigelt et autres. Les lecteurs de mes articles connaissent ma réticence à m’étendre sur l’influence des structures géologiques car j’ai des doutes quant à leur influence réelle (et pas fantasmée) sur le goût d’un vin, mais il faut mentionner qu’il s’agit d’un ancien fond marin et donc que les sols sont essentiellement calcaires, parfois avec des dépôts sablonneux ou graveleux. Il y a aussi des zones schisteuses et même un secteur volcanique.

 mur de bouteillesDes murs de bouteilles font partie de l’architecture vinicole. C’est beau et astucieux

 

Comment résumer le style de ces sauvignons de Styrie? Il est parfois plus facile de dire ce qu’ils ne sont pas, mais je ferai aussi quelques remarques sur leurs évolutions stylistiques depuis quelques années, ayant pu déguster des échantillons qui remontaient une vingtaine d’années en arrière. Le style actuel est bien plus restreint que celui des Sauvignons néo-zélandais, par exemple, mais peut-être un peu plus expressif et tendre, surtout par leur textures plus raffinées que les Sauvignons de Loire. Et surtout il n’ont que rarement ces arômes végétaux de buis ou de poivron que je trouve si déplaisants et parfois agressifs. On pourrait les comparer à un bon Sancerre issu de cuve, avec peut-être un peu plus de volume en bouche, mais pas forcément. En dehors des vins dégustés lors des visites des 10 domaines, j’en ai dégusté une soixantaine dans une séance dédiée aux Sauvignons des 4 catégories et produits par les 10 producteurs du groupe, dont vous trouverez les noms en bas de cet article.

 les vins dégustésLes vins dégustés

Les vins du niveau de base de ce système de classement (bien qu’il y aient généralement dans la gamme des producteurs des vins encore plus accessibles en prix), les Steirische Klassik, se vendent entre 10 et 12 euros la bouteille. La série d’une dizaine des ces Sauvignons-là ont tous mérités des notes entre 13 et 15/20, et donc était d’un bon niveau. Les vins ayant une mention de village, qui se vendent entre 12 et 15 euros, ont parfois un peu plus d’intensité mais sont assez proche des Klassiks (notes entre 13,5 et 15,5). C’est avec les Erste Lage que les écarts se sont creusés. D’abord il y en avait bien plus, entre autres parce que différents millésimes étaient présentés, mais aussi parce que certain domaines touchent plusieurs communes. Je n’ai pas trouvé que la qualité globale était beaucoup au-dessus de celle des vins ayant la simple mention communale, mais, dans une série de 13 vins, 4 méritait une note égale ou supérieur à 15/20. Les prix pour ces vins tournent entre 17 et 20 euros. La série des Grosse Lage était de loin la plus importante, avec 30 vins, dont un, chez le seul de ces producteurs qui utilise encore le liège, était bouchonné. Là le niveau est monté d’un cran. Pas seulement par les prix (entre 25 et 35 euros), mais par la qualité, avec 9 vins auxquels j’ai attribué des notes égales ou supérieur à 16/20.

Qu’est-ce qu’on gagne en grimpant dans l’hiérarchie ? Plus d’intensité et de longueur en bouche, mais sans que le caractère « sauvignon » ne domine ni même se fait sentir. On est très loin d’un vin dit « de cépage ». Plus de raffinement aussi car il y a aussi, et surtout chez les meilleurs, une superbe suavité de texture qui ne vient pas d’un « gommage » par le bois, mais d’un emploi très intelligent de l’élevage en grands récipients en bois, dont très peu sont en bois neuf, et, certainement, d’une belle qualité de fruit. Ceci est particulièrement vrai pour le millésime 2013 qui est très prometteur et qui sera prochainement en vente.

Les meilleurs sauvignons de Styrie sont parmi les meilleurs que j’ai dégusté au monde. Il est bien fini le temps d’un boisage un peu lourd. Ces vins ont un équilibre et une texture presque parfaits. Et très peu m’ont déçu ! Oui l’émulation, et l’intelligence, font beaucoup de bien.

David Cobbold

liste des producteurs STK

Gross

Lachner Tinnacher

Wolfgang Maitz

Neumeister

Erich & Walter Polz

Erwin Sabathi

Hannes Sabathi

Sattlerhof

Tement

Winkler-Hermaden

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