Les 5 du Vin

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Cépages obscurs : le bon travail d’un caviste voyageur

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Rassembler des vins issus de cépages peu ou pas connus pour les proposer au public n’est pas simplement une affaire qu’on pourrait assimiler à une rubrique « cabinet de curiosités » : il contient, potentiellement, le projet d’ouvrir les esprits et d’élargir la gamme des profils gustatifs offerts par les vins. J’ai déjà évoqué, il me semble, le travail fait dans ce domaine par le caviste Soif d’Ailleurs, à Paris. Une dégustation organisée vendredi dernier m’a démontré encore que ce lieu dirigé par Mathieu Wehrung continue à explorer des chemins inconnus de la plupart des amateurs de vins. Je vous conseille une visite si vos pas vous amènent dans ce quartier vivant entre Marais et République

Soif d’Ailleurs
38 rue Pastourelle, 75003 Paris
Téléphone : +33 1 40 29 10 82
Ils ont aussi un site de vente sur l’internet :

 

D’abord, aucun des vins vendus dans cette jolie petite boutique n’est français, ce qui ne suffit pas, bien entendu, à rendre leur sélection intéressante. Il y a en stock quelques classiques, chers ou pas chers, mais devenus incontournables comme le Sauvignon Blanc de Cloudy Bay (Nouvelle Zélande) ou bien les bulles de Miolo (Brésil) dont Soif d’Ailleurs est devenu, en peu de temps, le plus important vendeur dans toute l’Europe. Mais les vins qui m’intéressent le plus sont les autres, ces domaines peu connus ou peu disponibles en France, comme, par exemple, l’excellent Koslovic (cépages terran ou malvasia, Croatie) ou Anselmo Mendes et ses exceptionnels alvarinhos (Portugal).

Certains vins de la gamme sont assez chers, mais jamais d’une manière délirante car les marges sont raisonnables, vu le travail accompli, et on peut y trouver des très bons vins à moins de 20 euros. Cela reste peut-être un poil exclusif si on considère le prix moyen des vins vendus en France, mais ce n’est pas hors de prix pour des choses qu’on aura bien du mal à trouver ailleurs.

La dégustation à laquelle j’ai assisté la semaine dernière a regroupé 9 vins, issus d’autant de cultivars et de 6 pays différents. N’étant pas ampélographie, mais ayant plus de 30 ans d’expérience professionnel dans le vin, je dois avouer que je n’avais entendu parler que deux des ces neuf cépages auparavant, dont le Räuschling, qui va ouvrir le bal de cette petite dégustation que les organisateurs ont intitulé «les cépages rescapés».

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Les vins blancs

R3 Räuschling 2014, AOC Zürichsee, Suisse

(Cépage Räuschling) Prix 45 euros

Notre ami Marc a récemment évoqué ici même ce cépage blanc Räuschling, devenu rare et localisé presque exclusivement de nos jours dans cette partie de la Suisse germanique. Je dis «devenu», car il fut autrefois bien plus répandu, en Suisse, en Allemagne et même en Alsace. L’expansion du Müller-Thurgau, plus facile et plus productif, lui aurait scié les pattes cependant, malgré une présence attestée dans ces régions qui remonte au 16ème siècle. La variété est issue d’un croisement entre le très fertile Gouais Blanc et, soit le Savagnin, soit un membre de la famille des pinots (les versions divergent).

Vin d’abord tendre mais d’une belle vivacité. Assez aromatique et doté d’une longueur agréable, il ferait un vin d’apéritif très plaisant et pourrait bien accompagner des poissons de toutes sortes. Il souffre en revanche de son origine helvète sur le plan du prix.

 

Curil Blanco 2012, (vin hors D.O. de la région d’Alicante, Espagne)

(cépage Trepat Blanc) Prix 20 euros

Cette variété blanche à l’avantage, dans un climat chaud, de produire peu d’alcool : 12% dans ce cas.

Robe profonde, entre or et ambre. Nez étonnant, sur le versant de l’oxydation et qui rappelle le curry. Texture un peu huileuse et notes d’amertume confirment une vinification avec de la macération pelliculaire. Ferme et très long en bouche, c’est un style à part qui plaira aux amateurs de ce genre de vin : on n’est pas tout à fait dans le domaine des vins « oranges », mais ce n’est pas loin.

 

Weingut Umathum, Königlicher Wein 2013, Burgenland, Autriche

(Cépage Lindenblättrige) Prix 23 euros

En réalité ce cépage ne m’était pas totalement inconnu car il s’agit de la variante autrichienne de celui connu sous le nom d’harsévelu en Hongrie. Cela dit, je ne pense pas voir dégusté un pur harsévelu plus d’un fois, tant il est généralement assemblé avec le Furmint, surtout à Tokay. Je connaissais auparavant les vins rouges de cet excellent domiane de Burgenland, qui sont importés depuis un moment en France.

Vin fin, un peu ferme par sa texture, mais délicat par ses saveurs vives et acidulées.

 

Azienda Rivetto, Nascetto borea 2013, Piemonte, Italie

(Cépage Nascetta) Prix 24 euros

Le domaine est situé à Serralunga d’Alba, donc dans l’aire d’appellation du Barolo, mais ce cépage n’est admis dans aucune des DOC ou DOCG du coin.

Beau nez, qui m’a fait penser à de la pomme verte avec des élans citronnés. Fin, savoureux est assez salin. Pourtant la mer n’est pas si proche ! La vivacité domine mais l’équilibre est bien pour ce style de vin.

 

Albet i Noya, Rion 2013, DO Penedes, Espagne

(Cépage inconnu) Prix 25 euros

Bien connu pour ses cavas de haut niveau, ce domaine explore la richesse ampélographique de la Catalogne en élaborant aussi des vins tranquilles. Le producteur n’a pas réussi à identifier cette variété et il a nommé le vin avec le prénom de sa grande mère.

Le nez m’a semblé marqué par un élevage sous bois, mais il est également frais. Cette fraîcheur est encore plus marquée en bouche, et la texture me fait penser à de la craie. Pas mal de précision dans les saveurs, mais cette texture crayeuse assèche un peu le palais en finale. C’est peut-être pinailler que de dire cela car avec un plat je suis sur que ce vin serait très bon.

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Les vins rouges

Hatzidakis Mavrotragano 2013, Santorini, Grèce

(Cépage Mavrotragano) Prix 35 euros

Je connaissais cette île des Cyclades pour son origine volcanique et donc ses sols si particuliers. Je ne connaissais que ses vins blancs remarquables fait avec l’excellent cépage Assyrtiko. Je ne sais pas grand chose sur cette variété rouge.

C’est manifestement un cépage tannique, qui contient aussi, il semblerait, une belle acidité (même si je soupçonne un peu d’ajustement de ce dernier ingrédient dans ce vin). Le fruit est un peu dominé par le double assaut de tannins et d’acidité, mais il est présent. C’est un vin intéressant, qu’on dit « de caractère », mais un peu brut de décoffrage avec de l’amertume en finale et une impression végétale. Trop cher dans ce cas.

 

Podere Gualandi, Foglia Tonda 2012

(Cépage Folia Tonda) Prix 44 euros

Le patron de Soif d’Ailleurs est enthousiaste à propos des vins de ce producteur atypique. Je le suis un peu moins car je les trouve souvent austères et parfois avec des arômes que je qualifie de «déviants». Je les trouve aussi bien trop chers, mais on m’explique que les rendements sont très bas, etc…

A la dégustation, la masse tannique impose sa structure, renforcé par une acidité importante et à peine rendu harmonieux par un peu de fruit. Beaucoup d’austérité mais, en contrepartie, une très belle longueur. Equilibré quand-même, c’est un vin très particulier et je serais curieux de voir son évolution. Pour l’instant on ne peut le conseiller qu’avec un plat salé pour amadouer ses tannins.

 

Bodegas Pablo Menguante, Vidalello 2011, DO Carinena, Espagne

(Cépage Vidadello) Prix 19 euros

Cette appellation aragonaise qui porte le nom d’une variété chère à Michel Smith n’a, curieusement, que très peu du cépage éponyme. Les vignes de ce vin sont franches de pied, mais je n’en sais pas plus.

Un beau nez qui a de l’intensité et de la profondeur dans ses arômes fruités, avec juste une patine raisonnable du à son élevage. Le bois est aussi perceptible en bouche, et les tannins sont fermes et un peu asséchants en finale. Cette finale laisse aussi percevoir de jolis arômes de cerise amère. Bon vin d’un prix abordable, qui peut bien se comporter à table avec des plats de viandes ou en sauce, à cause du sel.

 

Likya Acikara 2014, Lycie, Turquie

(Cépage Acikara) Prix 24 euros

Je ne sais rien de ce cépage qui fait partie de la vaste réserve ampélographique de la Turquie. Le vignoble est planté sur un sol très calcaire.

La robe est très sombre et violacé mais il ne s’agit pas d’un cépage teinturier. Beau nez qui évoque la cerise noire. C’est un très joli vin, assez peu tannique mais très frais et, en même temps, doté d’un alcool relativement puissant. Sa vivacité l’aide dans l’équilibre et le vin est net et très bien fait. J’aime ce vin qui me fait voyager.

 

Conclusion

Quand il s’agit du vin (et de bien d’autres choses), le voyage dans l’espace implique inévitablement des croisements avec le voyage dans le temps. Je sais bien qu’il ne suffit pas d’être différent pour être « bon », mais comme c’est agréable (et probablement très utile) d’explorer ces morceaux du riche patrimoine botanique de la vigne et ses produits. Pourvu que, dans les pays à la réglementation viticole cadenassée comme la France, on sache apprendre et piocher dans ce réservoir ampélographique profond et, il me semble, si mal exploitée.

 

David Cobbold


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Contre étiquette, l’envers du décor

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L’Envers du Décor est le nom d’un célèbre et excellent bistrot à vin, situé à Saint Emilion et propriété de François de Ligneris, pour qui j’ai beaucoup d’affection. Mais cela n’est pas du tout le sujet de ma chronique d’aujourd’hui !

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La contre-étiquette est de plus en plus utilisée sur des bouteilles de vin, et contient de plus en plus de mots et de signes. C’est un outil de communication et d’information qui peut être très utile, voire nécessaire. Pour une bonne partie, comme dans l’exemple ci-dessus, venu des USA, il est fortement chargé de mentions légales. Mais est-il toujours bien utilisé par les producteurs ?

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Je veux d’abord souligner l’écart, parfois frappant et redoutable, entre la vérité telle que nous le percevons et le discours des producteurs de vin et leurs diverses antennes « communicantes ». Ce qui a déclenché mon envie d’évoquer cette distorsion entre réalité et discours a été notre dégustation d’un vin d’Ardèche, mis en parallèle avec le texte imprimé sur son contre-étiquette. Un collègue a perçu exactement la même chose dans cette instance, alors il s’agit peut-être d’autre chose qu’une simple lubie personnelle. Cela aurait très bien pu arriver avec un vin d’ailleurs : là n’est pas la question, car je n’ai rien contre les vins d’Ardèche en particulier.

Commençons par les commentaires de dégustation tels qu’ils apparaissent sur la contre-étiquette de ce vin, nommé Chatus, Monnaie d’Or 2012. Le chatus est une variété rouge, rare et plutôt tannique, ancienne car mentionnée par Olivier de Serres et qu’on trouve dans l’Ardèche, mais aussi dans le Piémont sous le nom de Neiret.  Je prends encore mes précautions en soulignant que  ceci n’est pas une critique de cette variété, mais juste du lien défectueux entre ce vin (honnête, par ailleurs) et sa contre-étiquette.

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Le commentaire imprimé sur la contre-étiquette :

« arômes de cassis, de pâte de coing, de figues sèches et de réglisse » Et c’est tout, car rien n’est dit sur les impressions tactiles ou gustatives en bouche du vin : tout semble se passer au pif ou bien en rétro-olfaction.

Mon commentaire sur le même vin (uniquement olfactif) :

« arômes de terre humide et de sous-bois, notes de fruits rouges frais et cuits avec un léger accent boisé et animal. »

Je sais bien que l’appréciation des arômes est une affaire individuelle, mais quand-même !

Mieux encore, cette même contre-étiquette conseille de servir le vin à 20° et d’ouvrir la bouteille 6 heures avant le service ! Servir n’importe quel vin rouge à une telle température me semble une aberration qui a pour résultats principaux de déséquilibrer les sensations vers l’alcool et de détruire la finesse des saveurs. Conseiller au consommateurs d’ouvrir un vin 6 heures avant le service, surtout pour un vin qui ne sera jamais (je pense) mis sur une table en grande cérémonie, ne relève pas d’un sens aigu du réalisme. Ce vin est vendu autour de 8 euros, donc je doute que beaucoup de consommateurs aillent le préparer à la dégustation 6 heures avant. Il faut être plus terre à terre dans les usages !

Quand aux conseils d’accompagnement pour ce vin, la contre-étiquette brasse large : « ce vin charpenté accompagne à merveille daube de sanglier, cuisine provençale et fromages typés ». Pas facile à trouver, le sanglier, dans nos villes ou la plupart des habitants de ce pays vivent ! La cuisine provençale est assez diversifiée, faisant un usage important de légumes et, proche de la méditerranée, elle est souvent très poissonneuse. De quels mets parle-t-on exactement ? Quant aux fromages « typés », je ne sais pas trop ce que cela voudrait dire. Supposons qu’il s’agit de fromages aux goûts forts. Dans ce cas, le consommateur curieux pourra courir chez son fromager chercher un camembert, un époisses, un roquefort ou un banon, par exemple. Avec chacun des ces fromages, l’accord avec le vin en question, qui est plutôt tannique, serait catastrophique !

Quittons ce mauvais exemple pour regarder d’autres options. Il y a plusieurs catégories parmi les contre-étiquettes. D’abord la minimaliste. Dans celle-ci on trouve bon nombre de vins dépourvus de tout contre-étiquette.  Cette option est surtout réservée aux producteurs qui s’en foutent parce qu’ils vendent leurs vins à des gens qui les achètent pour leur étiquette faciale, ou bien qui ne savent pas lire.

La catégorie qui est sûrement la plus remplie est celle du « bla-bla enflé », dite aussi « pompe-à-vélo ». Ce type de texte va chanter les louages de la « noblesse du terroir », du « grand raffinement » ou de la « finale magistrale » du vin en question (tous ces exemples sont réels).

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Mais quelques producteurs honnêtes, et j’espère qu’ils seront de plus en plus nombreux, adoptent une approche purement factuelle et informative. Je trouve l’étiquette ci-dessus d’un vin de Loire (Château de Fesles, Bonnezeaux) exemplaire. J’en ai aussi rencontré plusieurs lors de mon récent voyage en Champagne. Ceux-ci se contentent d’indiquer sur leurs contre-étiquettes les origines parcellaires ou communales des raisins, de mentionner éventuellement l’approche culturelle dans leur vignoble, de nommer le ou les cépages et leur proportions, de préciser la durée de mise en cave ou la date du tirage et de dégorgement du vin, etc. La seule critique qu’on pourrait émettre à ce méthode « carte de visite » est qu’il s’adresse exclusivement à des professionnels ou à des amateurs avertis qui savent déduire de ces informations techniques ce qu’il convient de déduire, sans préjuger de leur avis sur le vin en question. Il s’agit de l’information pure et précise.

vin de merde


levrette

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Boire tue

J’aime bien aussi une dernière catégorie, rare mais avec de beaux exemples que je montre ci-dessus, qui relève de l’humour ou de la dérision. Elle existe souvent dans un contexte particulier, et souvent en réaction à des législations perçues comme excessives, ou bien à des excès de la catégorie « bla-bla enflé » déjà mentionnée.

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Donc il faut se battre, non seulement contre les cougars (autre nom du mountain lion, ou puma), mais aussi contre une mauvaise communication sur les contre-étiquettes.

 

David


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Quelques producteurs exemplaires en Champagne (1/2)

Je n’aime pas plus que notre collègue Jim Budd les excentricités aussi légalistes qu’absurdes du Comité Champagne, ni l’arrogance parfois suffisante de quelques grandes marques de cette région viticole. Mais je n’estime pas que cela constitue une raison pour bouder tous les vins de Champagne, ni pour ignorer des choses très intéressantes qui s’y passent. J’ai fait part ici, il y a un peu plus d’un mois, de quelques vins de Champagne que j’avais particulièrement apprécié au cours de l’année 2015 et l’arrivée de ce nouvel an m’a décidé de faire un court voyage de 2 jours pour rencontrer certains de ces producteurs, juger de visu de leur approche et goûter leurs vins. Pour faire bonne mesure, j’en ai rajouté un ou deux parmi ceux dont j’ai aimé les vins dans un passé récent.

Tous les producteurs que j’ai visités il y a une semaine sont des vignerons indépendants, c’est à dire, à la base, des récoltants-manipulants selon la terminologie champenoise, même si quelques-uns achètent aussi un peu de raisin à des voisins ou à des membres de leur famille pour compléter leur production. Parfois aussi, certains louent des vignes, n’ayant pas un domaine de taille suffisante. Ils ont aussi en commun (et cela me rassure car la finesse des leurs vins semblait l’indiquer) une attitude de « tête chercheuse », mais sans jamais avoir de « grosse tête ». Ils partagent une forme de perfectionnisme et la volonté de chercher de nouvelles voies qui éclairent l’ensemble de leur démarche. Aucun ne brandit des écussons de « biomachin » en guise d’argument de vente premier, même si certains des cinq producteurs visités travaillent dans un esprit biologique, avec ou sans la certification qui va avec. Avec ou sans labels, tous reconnaissent l’impérieuse nécessité de faire vivre leur terre et d’obtenir, par des approches diverses mais qui respectent toutes l’environnement, des raisins sains et savoureux. Leurs histoires sont différentes et leurs moyens sont inégaux aussi. Mais leur vins, chacun dans son style, respirent une forme d’honnêteté qui me plait beaucoup : une forme de transparence qui est souvent reflétée sur les contre-étiquettes de leurs flacons, factuelles et informatives. La diversité et la qualité des vins de Champagne est, à mon avis, en croissance actuelle en grande partie grâce à ce type de producteur.

Voici la liste de domaines visités (et des photos de leurs propriétaires). Tous sont très recommandables, mais avec des styles de vins et des gammes de prix qui reflètent soit leur situation géographique et encépagement, soit leur approche de la vinification dans sa globalité, soit, aussi, leur renommé. Il s’agit sûrement d’un peu de tout cela à la fois.

 

portrait Pierre TrichetPierre Trichet, Trois Puits (près de Reims, en allant vers la Montagne)

 

David PehuDavid Péhu, Champagne Péhu-Simonnet, Verzenay, Montagne de Reims Nord (crédit photo ci-dessus la Cave Dilettante)

IMG_7296Laurent Champ, chef de caves,  Champagne Vilmart et Cie, Rilly-la Montagne, Montagne de Reims Nord

vesselle3Didier Vesselle et son fils, Champagne Maurice Vesselle, Bouzy, Montagne de Reims Sud

Frères ColletLes frères Collet, Domaine René Collet, Fontaine Denis, Sézannais

 

Je vous parlerai cette semaine du premier et du dernier de cette liste de cinq. Leurs deux domaines  constituent les deux points géographiques les plus éloignés l’un de l’autre de cette série, et leurs crus sont aussi, pour l’essentiel, les moins prestigieux. Mais ils méritent autant votre attention, cher lecteur, que les trois  autres pour lesquels il faudra patienter une semaine de plus !

 

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Champagne Pierre Trichet

J’avais rencontré Pierre Trichet et une partie de sa gamme pour la première fois à la dégustation presse organisée à Paris en septembre 2015 par les Vignerons de Champagne. J’étais tellement impressionné par ses vins à cette occasion que j’ai promis de lui rendre visite à la première occasion. C’est maintenant chose faite et je n’ai pas été déçu. Le domaine familial, dont les bâtiments incorporent 4 ou 5 chambres d’hôte spacieuses, est basé dans le petit village de Trois Puits, tout près de Reims sur la route qui monte doucement vers le versant nord de la « montagne » et le village de Ludes. Il comporte un peu plus de quatre hectares, auxquels se rajoute le fruit de quatre autres que Pierre loue aux alentours, dont une parcelle dans le grand cru de Verzy. En tout, cela signifie 17 parcelles, ce qui lui donne la possibilité de pratiquer un travail précis en assemblage, approche qu’il privilégie, hormis le cas de sa parcelle à Verzy. Toutes ces parcelles se situent sur des communes classées en premiers ou grands crus : Trois Puits, Montbré, Ludes, Rilly, Cormontreuil et Verzy. Trichet produit 8 vins différents, plus une variante demi-sec de son brut non-millésimé que je n’ai pas dégusté.

vignes Pierre Trichet

 

 

 

Le travail des vignes est un ingrédient essentiel de l’approche de Pierre Trichet, qui opère des sélections massales de ses plantes les plus anciennes et qualitatives qu’il fait greffer et valider par un spécialiste en Alsace. Le domaine sera agrée Haute Valeur Environnementale en 2016 et le souhait est d’aller vers un maximum de transparence dans toute les procédures et peut-être un agriculture biologique. Pierre ne cherche pas a agrandir l »exploitation actuelle car il veut pouvoir tout surveiller, aussi bien à la vigne qu’à la cave. Interrogé sur son approche du vin, il m’a donné une réponse que j’ai trouvé inhabituelle et intéressante : « mes vins doivent avoir du nez ». Dans cela il est aidé par l’expressivité du fruit apporté par le pinot meunier qui fait partie de plusieurs assemblages. Il dit aussi ne pas savoir vendre autre chose que des vins qu’il aime. En cela il ne doit pas être seul, mais c’est bon à savoir. Sur l’aspect structurel du vin, il recherche la longueur en bouche davantage que la puissance, ce qui est probablement en bonne adéquation avec le potentiel de ses crus.

Trichet est aussi un passionné d’histoire et particulièrement de l’histoire de sa région : ce sont ses recherches qui l’ont amené à planter du pinot blanc dont une cuvée sortira prochainement, ainsi qu’une cuvée « petite mousse », à la pression réduite à 3,5 bars et qui s’appelle Secret d’Or.  A la différence des autres producteurs que j’ai visité à cette occasion, Pierre n’aime pas l’effet du fût en bois sur ses vins, après avoir pratiqué quelques essais. Malgré cela (car l’usage du fût est une réalité historique, en champagne somme ailleurs), sa source d’inspiration reste largement l’histoire et il cite cela devant un effet « terroir », ne produisant qu’un seul vin mono-cru.

Sur l’ensemble des ses 17 parcelles, c’est le pinot meunier qui domine, avec 53% des surfaces, suivi par le pinot noir (25%) et le chardonnay (près de 20%). Il y a aussi un demi-pourcent d’un cépage devenu rare en Champagne, le pinot blanc. Le vignoble a été planté par sa grand-mère, puis par son père, à partir de 1947. Au début elle vendait ses raisins à Taittinger, puis elle a constitué une petite coopérative. L’exploitation, comme souvent en Champagne, avait alors une activité mixte entre vignes, céréales et betteraves. La maison, entourée de ses bâtiments d’exploitation, est récente, comme la plupart de cette région car les bâtiments anciens, qui hébergeaient un couvent autrefois, furent détruites pendant la Première Guerre, mais la cave, qui date du 17ème siècle, a subsisté et les Trichet l’agrandissent progressivement. La marque Trichet-Didier, devenu récemment Pierre Trichet, existe depuis 1972 et Pierre à repris l’exploitation en 1986, imposant progressivement sa vision sur les 60,000 bouteilles de la production annuelle. La tenue de l’ensemble du domaine est impeccable, comme on peut le constater ci-dessous, mais il faisait moins beau et moins vert le jour de ma visite !

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Les vins dégustés 

Authentique (nm) Brut

Provenant de 16 de ses 17 parcelles et incluant à la fois beaucoup de meunier, de la cuvée et des tailles et 17% de vins de réserve, c’est la cuvé de base de la maison. Bon fruit, assez puissant et avec une belle finale sur la fraîcheur, c’est une excellente introduction au style de Pierre Trichet.

Secret d’Or (nm) Blanc de Blancs

Malgré les réticences de Pierre envers ce type de contenant, 20% de ce vin a été fermenté et conservé quelques mois en barriques. L’essentiel vient du millésime 2010 et le tirage date de février 2011. La bouteille dégustée avait été dégorgée en août 2015. Très grande fraîcheur, avec une vivacité citronnée, très salivante, mais aussi une texture caressante qui mène vers une finale plus stricte. Vendue au domaine pour 24 euros.

L’Exception Grand Cru 2008

Dominé par le pinot noir, c’est un vin fin et structuré, encore un peu austère mais très long. Il allie corps et finesse, dans un style vin de garde. 1.200 bouteilles produites.

Cuvée 1333 (Pinot Blanc)

Nous avons dégusté une bouteille dégorgée de cette cuvée qui n’est pas encore sur le marché et dont il n’y aura que 1.333 flacons. Très aromatique et plein de saveurs, ce Champagne a de la finesse et de la longueur mais j’ai trouvé que le dosage (provisoire) pouvait être plus léger, car la finale avait une pointe de lourdeur, peut-être aussi le fait d’un dosage récent.

Rosé Brut Tradition

Le vin rouge de ce rosé d’assemblage vient de vieilles vignes de meunier dont les raisins ont été éraflés. C’est un excellent rosé, de bonne couleur (un avantage selon mes goûts en la matière !), plein de fraîcheur, très fruité dans la gamme fraise, savoureux et long.

Pour finir, et dans une autre séance, j’ai dégusté à nouveau les deux vins qui m’avaient tant impressionné en septembre :

Héritage, Blanc de Blancs

Avec une base de la vendange 2009, ce vin limpide et claire ne montre nullement son âge. Sa superbe fraîcheur porte ses belles saveurs. Excellent, surtout à un prix très doux autour de 18 euros.

La Puissance, Blanc de Noirs

Le complément du vin précédent, ce vin est issu du cru de Verzy et du seul Pinot Noir. La base est également la vendange 2009. Naturellement d’apparence plus raide, car légèrement tannique, il a aussi une grande profondeur de saveurs. Long et puissant, avec une finale aussi vive qu’intense. ma meilleur note de la série.

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Domaine Collet

Ainsi nommé pour le distinguer de la coopérative Collet (ex Raoul Collet), basé à Aÿ et dont les vins sont vinifié avec ceux de Jacquart, ce producteur est le plus récent du groupe visité car les trois frères qui le dirigent ont fondé l’activité de vinification et de vieillissement avec le millésime 2007. Auparavant, leur père apportait les raisins de ses 5 hectares à une cave coopérative. Le vignoble est situé au sud-ouest de Sézanne sur la route vers Nogent et Provins. Ce secteur au sud de la côte de blancs, qui comporte environ 1400 hectares, est peu connu en dehors de la Champagne mais j’ai gouté plusieurs vins récemment du secteur qui me semblent intéressants, dont ceux de ce domaine qui brillent par leur éclat et leur précisions.

Frères Collet

Planté progressivement à partir des années 1960, le Domaine René Collet contient 60% de chardonnay et 40% de pinot noir et est en cours de certification bio. Chacun des trois frères Collet a un rôle spécifique dans l’entreprise (vignoble, vinification, commercial/comptabilité) mais peut en remplacer un autre en cas de besoin. Et ils ont démarré avec la volonté claire d’élaborer des vins au style marqué, bien au delà de la moyenne pour ce secteur peu connu. Pour ce faire ils n’ont pas hésité à investir massivement dans un équipement impressionnant pour un domaine aussi récent, le tout étant logé d’une manière inattendue dans un grand caveau creusé sous une maison moderne d’apparence modeste. Fûts et foudres en bois, un ergonome (une spécialité de Vicard paraît-il, également en bois), cuves inox de petit volume, matériel de refroidissement, pompes du dernier cri, le tout impeccablement rangé et propre.

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La gamme produite par ce domaine se divise en deux parties: deux vins intitulés Empreinte du Terroir, et trois autres qui portent la marque Anthime 300. Anthime est le prénom d’un oncle qui fut le dernier sabotier/tonnelier du coin, et le chiffre 300 signifie le contenu en litres de barriques utilisées pour la fermentation et la première phase de maturation des vins de cette gamme, avant l’assemblage et la mise en bouteille (tirage), qui n’intervient qu’au mois de juillet suivant la récolte, chez les Collet. Cette longue phase de maturation des vins clairs, quel que soit le contenu utilisé, est une approche partagée par plusieurs des vignerons qui figurent dans cet article, et je ne suis pas loin de penser quelle contribue à la finesse de leurs vins. D’autres vins sont en vente, mais sont issus d’une vinification coopérative et je ne les ai pas dégustés, m’intéressant surtout à la nouvelle démarche de ce domaine.

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Les vins dégustés

Empreinte du Terroir 2011, Chardonnay

20% des vins de cette cuvée passent en barriques, et 20% en foudres, le reste est vinifié et conservé en cuves inox avant l’assemblage. Dosé à 6 g, c’est un vin délicatement arrondi mais sans la moindre lourdeur, avec du fruit et une pointe élégante d’amertume. Très bon et raisonnable à 22 euros.

Empreinte du Terroir, extra brut (nm)

Bâti avec un assemblage de 70% de pinot noir avec 30% de chardonnay, il a des arômes et des saveurs plus « larges » que le précédent, une texture très suave et pas mal de puissance. Un excellent vin de champagne à 24 euros.

Anthime 300 Héritage (nm)

Composé à parts égales de vins des vendanges 2008 et 2009 (ce qui lui donne un âge respectable pur une cuvée non-millésimé, et sans que l’on y sente la moindre trace de fatigue), il est dominé à 70% par le cépage chardonnay, le reste en pinot noir. Toujours une fermentation et élevage sous bois, de différents contenus, et sans malo. Un vin très fin, allègre et vibrant, d’une finesse remarquable. J’ai trouvé cela si délicieux que j’en ai acheté un peu au prix de 27 euros la bouteille.

Anthime 300 Extrême, extra brut, Chardonnay (nm)

En réalité, ce vin est issu à 100% du millésime 2010 mais il ne le porte pas sur sa carte d’identité.Vinifié entièrement sous bois et sans malo, il est aussi vif que pur dans ses arômes, avec une dominante citron/citronnelle, plein de saveurs, long et très désaltérant.  Vendu à 39 euros la bouteille.

Anthime 300 Sensation Rosé (nm)

Issu d’une macération de moûts de pinot noirs (et un peu de chardonnay inclus dans la cuve) puis un assemblage avec 15% de chardonnay, c’est un vin qui procède un peu à l’envers de la majorité des rosés en champagne. Pas très intense en couleur, aux saveurs de fraise, vibrant et gourmand, c’est aussi fin que les autres vins de la gamme, même si je n’en aurai pas acheté, aimant des rosés un peu plus soutenus.

 

Voilà, et ce n’est qu’un début……

 

David Cobbold

 


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Les cépages ? Une jungle !

Notre invité de ce samedi, André Deyrieux (Winetourisminfrance) évoque la problématique des cépages dans une perspective didactique, et pour tout dire… oenotouristique.

Ce n’est pas un mystère, je m’intéresse passionnément à l‘oenotourisme. C’est-à-dire aux histoires que racontent les vignes et les vins, à la découverte de leurs patrimoines, de leur géo-histoire et de leur culture.

Et ce sont bien des patrimoines, enracinés dans la terre, à la recherche du ciel, que toutes les variétés de cette liane extraordinaire !

Tout me plaît de ces promenades que je fais en amateur, non en botaniste ou en ampélographe, dans ce monde merveilleux des cépages. On a bien de la chance d’avoir autant de richesse, et il est bien dommage de savoir que 20 cépages seulement font 90 % des vins…

Elles me fascinent, toutes les originalités de ces personnages de la grande scène des vignobles ! Ceux dont la peau épaisse fait les vins doux (Gewürztraminer, Muscat, Grenache, Petit Manseng…). Ceux dont la peau est fragile (Négret de Banhars) ; les tardifs adaptés au sud et les hâtifs adaptés au nord ; ceux qui nous parlent d’histoire (le Romain, le Maréchal Joffre) ; ceux riches en jus ; ceux aux petits grains ; ceux qui ont voyagé par les voies romaines ou les chemins de Saint-Jacques de Compostelle ; ceux dont la pruine est plus riche en terroir, sans parler des cépages non greffés pré-phylloxériques…

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André Deyrieux  (Photo (c) H. Lalau 2015)

 

Ce qui est bien aussi, c’est que l’ampélographie est compliquée. Un vrai fouillis : tous se sont ingéniés à la rendre plus complexes à coups de comparaisons hâtives, d’étymologies poétiques, d’orthographes à géométrie variable (Mancin, Monsenc, Mencen…), de trajets hasardeux… sans parler du fait que naturellement bien des cépages connaissent déjà de nombreuses variantes.

L’analyse ADN n’est venue que récemment mettre un peu de clarté et beaucoup de vérité dans les parentés et les origines.

Je me délecte pourtant des mythes. Combien reviennent d’Orient, comme le Persan (qui en fait est originaire du lieu-dit Princens, en Maurienne), l’Altesse (qui ne vient pas de Chypre, mais de terrasses d’altitude), ou la Syrah qui ne vient pas de Shiraz, mais du nord des Côtes-du-Rhône !

Je m’amuse de leurs noms (Cacaboué, Ragoûtant…) et de leurs étymologies, parfois vraies, souvent inconnues.

Le Vaccarèse est bien originaire du Vaccarès, et le Raisin des Abymes (la Jacquère) rappelle bien l’écroulement du Granier près de Chambéry en 1248. Mais si le Pagadebiti est un cépage corse qui doit son nom à sa qualité de payer les dettes du vigneron, le Grolleau n’assure pas quant à lui la fortune de ses vignerons du Val-de-Loire… Et passons sur le fait que Le Beaujolais est aussi un cépage, de même que le Rosé du Var…

Et parmi tous ces cépages, je préfère les plus rares, les oubliés, les retrouvés, ceux qui ont failli disparaître, ceux qu’on ne connaît pas encore et qu’on devrait retrouver pour les sauvegarder.

Il faut parfois partir sauver le soldat cépage ! Son nom ? Mornen, Aubun, Dureza, Bia, Corbeau et bien d’autres…

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Biodiversité, fierté locale, adaptation aux changements climatiques, résistance aux nouvelles maladies de la vigne, passion pour l’histoire, renaissance de traditions, fierté locale, valorisation de territoires ruraux, maintien d’une riche palette de vins face à l’uniformisation du goût… les raisons d’aimer les cépages rares sont multiples.

C’est pourquoi, je suis heureux, non content d’avoir participé en 2011 (déjà !) à la création des Rencontres des Cépages Modestes (plutôt destinées aux professionnels), de contribuer à l’organisation du premier salon des vins de cépages rares à Paris, un vrai salon destiné à les faire connaître du grand public !

Ce sera les 19 et 20 mars 2016, cela s’appelle le Salon Rare, le salon des cépages rares au profit des victimes de maladies rares – et il aura lieu dans les salons de la Mairie du XVIe.

Pour plus de renseignements: Le Salon Rare

André Deyrieux

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#Carignan Story # 301 : In fine

Ce titre ressemble au nom d’une cuvée, mais voilà, c’est celui de ma toute dernière rubrique carignanesque, la der des der, ma révérence à moi, mon ultime Carignan Story, entreprise commencée il y a 5 ans.

Déjà j’entends au loin les emmerdeurs-moqueurs: «Ouais, ce couillon arrête parce qu’il n’a plus rien à dire». Et les pinailleurs-enquiquineurs d’ajouter: «De toute façon il commençait à se répéter». Jusqu’aux railleurs patentés de surenchérir: «Personne ne la lisait, cette rubrique: au mieux une poignée de lecteurs chaque dimanche, c’est de la roupie de sansonnet»!

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Photo©MichelSmith

Autant l’affirmer tout de suite, sans aucune fausse modestie de ma part, quoique l’on dise, tout le monde a raison… enfin, en partie. Je mets fin à cette rubrique car, après m’être bien amusé, j’ai l’impression de me répéter, de tourner autour du pot, de ne plus avoir d’étonnement. Oh, je sais, sur les peut-être 250 et plus domaines visités et leurs vins dégustés, il y en a autant et peut-être plus que j’ai oublié ou d’autres que je n’ai pu voir, faute de temps et d’argent. Plus autant qui tout simplement, ne se sont pas bien manifestés auprès de moi ou qui n’ont pas répondu à mes appels à échantillons. Beaucoup plus que je n’espérais, cependant. Car ils sont au bas mot un bon demi-millier de vignerons, beaucoup moins de négociants et caves coopératives, dans le sud de la France, à consacrer ne serait-ce qu’une de leurs cuvées au bon vieux Carignan de pépé. Et quand je livre cette estimation, c’est sans compter sur les estrangers, les Sardes, Catalans, Chiliens, Israéliens, Californiens ou autres que je n’ai pu, ni su contacter.

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Photo©MichelSmith

Car je suis un journaliste défroqué lent et fainéant qui doute sans arrêt et qui promet un peu trop à tort et à travers. Ainsi, j’avais juré que j’irai faire un tour en Aragon pour explorer Cariñena dont on affirme que ce serait le fief du cépage. Des projets plus personnels m’en ont empêché. Je m’étais aussi promis d’explorer le Sulcis en Sardaigne, une des seules appellation dédiée au Carignano. J’aurais aimé aussi pouvoir sillonner le vieux pays, celui dont nous venons tous plus ou moins, la Palestine, l’Égypte, la Syrie, le Levant, la Turquie, qui sait la Mésopotamie, entre Tigre et Euphrate. Retrouver le cépage des pionniers, le Carignan de l’Algérie chérie, de la Tunisie, du Maroc. Puis me laisser transporter jusqu’en Argentine, Uruguay, Chili… L’Australie peut-être ? J’en ai trouvé des vins de ces contrées qui me sont arrivés je ne sais plus trop comment, souvent par plus intrépides que moi (n’est-ce pas Bruno Stirnemann et Jean-Marie Rimbert ?) et je vous ai livré ce que j’en pensais sur le moment, le plus objectivement possible, sans trop jouer le spécialiste, maladroitement parfois, en m’amusant, en me moquant.

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Au passage je vous demande aussi de me pardonner pour mon manque de rigueur journalistique, mes hésitations, mes imprécisions coutumières. J’ai même osé parler de mon propre Carignan, le Puch, celui que je fais depuis 7 ans avec des copains ! Vous vous rendez compte, un journaliste qui en vient à faire sa propre pub ? Quel manque de sérieux ! Me croirez vous si je vous dis que cela ne m’a rien rapporté, pas même une bouteille vendue ! Il se trouve que lorsque j’ai démarré cette rubrique, j’ai tenté dès le départ de me positionner en explorateur, en découvreur parfois, volontairement naïf, en véritable amateur. Certes un peu connaisseur, mais amateur et tenant à le rester. Et pour finir, j’ai modestement contribué avec des amis vignerons à la création d’une association ayant pour nom, Carignan Renaissance.

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Photo©MichelSmith

Pour ce dernier article dominical -(je passe le relais à Marie-Louise Banyuls), je vous propose un vin simple mais joyeux découvert lors de ma récente retraite sur la Côte Vermeille, aux 9 Caves, à Banyuls-sur-Mer qui s’affirme de plus en plus comme un lieu incontournable dans ce pays où les bonnes choses, en dehors du vin, se font rares alors qu’il y en a pléthore. Ce Carignan 2014 du Domaine de L’Encantade, à Trévillach, que j’ai dû payer autour de 10 € si mes souvenirs sont bons, revendique pleinement son appartenance à la mouvance des vins naturels vinifiés en macération carbonique dont je vous parlais dans mon avant-avant-dernier numéro, avec certification Nature et Progrès. Il ne fait que 12° et il paraît presque inoffensif au premier abord. Je l’ai bu en trois fois sur trois jours : le premier jour, il était bon, sans plus ; le second jour, il m’interpellait et me faisait comprendre qu’il était heureux de me rencontrer ; le troisième jour, j’avais du fruit et de la fraîcheur et cela se buvait avec une facilité déconcertante et réjouissante.

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Alors voilà, je continuerai à évoquer de temps en temps le Carignan dans mes articles réguliers paraissant le Jeudi. Merci à mes camardes de blog de m’avoir permis ce petit supplément hors des sentiers battus. Je vous quitte l’âme légère, laissant la place toute chaude à une amie. En attendant, bonne carignade à tous !

Michel Smith

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Domaine des Thermes: modestie et mérites d’un indépendant du Brulhois

Il est frappant de voir à quel point plusieurs petites appellations du Sud-Ouest sont dominées par des caves coopératives. J’ai évoqué récemment ici le cas de la Cave de Plaimont et leurs 98% de l’appellation Saint-Mont, mais on peut aussi citer des situations analogues de quasi-monopole à Buzet comme, juste en amont de là, en Brulhois. La raison est très probablement liée au fait que la viticulture dans cette région, aussi ancienne qu’elle soit, n’a souvent constitué qu’une partie modeste d’une activité agricole basée sur la polyculture. Partout dans ce coin du Sud-Ouest, élevage de vaches et de canards, cultures de céréales et de fruits côtoient un vignoble largement espacé et planté de cépages parfois peu connus en dehors de la région.

Un peu d’histoire et de géographie

Le mot Brulhois viendrait du celte brogilo via l’occitan brulhès, qui signifient bord de rivière boisé. La Garonne est toute proche et aujourd’hui encore, les sommets des collines sont copieusement boisés. Brulhois a acquis le statut d’AOC/AOP en 2011, venant de celui de VDQS et de la dénomination Côtes de Brulhois. Cette petite aire d’environ 300 hectares, dont seulement 200 hectares sont plantées, se situe à la confluence de trois départements : Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne et Gers, avec la majeure partie en Lot-et-Garonne. Elle se divise ainsi entre deux des régions actuelles, Aquitaine et Midi-Pyrenées, ce qui ne doit rien faire pour simplifier tout ce qui concerne les démarches administratives. Très majoritairement située en terre gasconne, sur la rive gauche de la Garonne, elle s’étend aussi sur une petite partie au nord du fleuve. Comme d’autres appellations qui longent la Garonne et ses affluents, elle se réfère à une origine gallo-romaine mais a probablement connu son apogée au XIIème et début XIVème siècles, sous l’occupation anglaise, lorsque des quantités nettement plus importantes de vins qui y étaient produits que maintenant; des sources citent 48,000 hectolitres, ce qui est entre 4 et 5 fois le volume actuel. Ces vins étant alors expédiés vers Bordeaux et l’Angleterre sur des gabares, en descendant la Garonne. Le déclin a suivi le départ des Anglais, car toute la région a perdu son principal marché, et la situation a dû se dégrader pendant et suite aux guerres de religion, ce pays d’Albret étant marqué par le protestantisme.

IMG_7055Une partie du vignoble  de coteau du Domaine des Thermes avec la vallée de la Garonne et la centrale de Golfech au fond

Bien plus tard, deux caves coopératives y furent fondées dans les années 1960. Elles ont depuis fusionnées pour constituer une seule entité: Les Vignerons du Brulhois. Seuls six producteurs de petite taille sont indépendants de cette structure, dont le Domaine des Thermes, proche du beau village d’Auvillar qui domine la vallée de la Garonne.

Enthousiasme et sincérité

Le domaine évoque des thermes car le site, très anciennement habité,  recèle des sources réputées. Sur ces collines douces, souvent bien garnies de bois où les chasseurs de de cèpes gardent bien les leurs (de sources), la famille Combarel est arrivée avant la guerre,  de son Aveyron d’origine, pour élever des moutons. La propriété de 50 hectares a bien évolué depuis lors. Les moutons ne sont plus là et Thierry Combarel, qui exploite le domaine avec sa dame, Dominique Jollet Peraldi, venue de sa Corse natale, travaille aussi maintenant 8 hectares et demi de vignes, plantés d’un belle gamme de cépages. Si l’appellation Brulhois n’admets que vins rouges et rosés, elle autorise pas mal de cépages : cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot, malbec, tannat et fer servadou (appellé pinenc un peu plus à l’ouest). A côté de cela, Thierry a planté du colombard et du petit manseng afin de pouvoir aussi élaborer deux vins blancs, un sec et un doux, en IGP Comté Tolosan.

IMG_7049Dominique et Thierry devant la vigne qui jouxte le chai

Comment émerger dans une masse de vins de partout, d’un niveau qualitatif croissant, et dont beaucoup bénéficient de l’atout d’une appellation connue comme Cahors, par exemple. Et surtout, comme c’est le cas de ce domaine, quand la taille critique est difficile à atteindre vu le faible nombre de droits de plantation accordés chaque année et, surtout, la nécessité de continuer à gagner sa vie en faisant tourner l’exploitation par une production, annexe mais majoritaire, de céréales ? C’est le dilemme de Thierry et de Dominique, qui pourtant se donnent beaucoup de mal, travaillant leur vignoble avec une approche plus que raisonnée, avec vendanges et façons à la main et une vrai volonté de faire le meilleur vin possible. Ils pensent au « bio » mais voient aussi les difficultés subies par quelques collègues au niveau des rendements et ne peuvent pas se le permettre. Mais Thierry utilise du soufre en poudre et ne traite en insecticide qu’une seule fois. Le vignes sont impeccablement tenues : on dirait un jardin.

IMG_7042L’accueil au Domaine des Thermes se fait dans une belle salle claire, avec enthousiasme et sincérité

C’est la deuxième fois que je leur rendais visite, et, après une intervalle de 2 ou 3 ans, j’ai pu constater les progrès fait dans les vins, mais aussi dans l’accueil, avec une très belle salle claire et leur esprit, vif , ouvert et communicatif, toujours à la disposition du visiteur. Thierry aimerait faire encore mieux. Il n’a pas pu faire des études poussées et compte sur les conseils d’un œnologue qui vient de loin. Mais, dans ce coin peu viticole, les oenologues conseils n’abondent pas et, de toute façon, il n’a pas les moyens d’être vigneron à 100%.

IMG_7050Peu de vins de la gamme utilisent de la barrique, entre autres pour des raisons de coût. Pourtant, je pense que cela est bénéfique pour ce style de vin.

L’autre gros problème est la vente. Faire tourner une exploitation de 50 hectares, même avec peu de vignes, prend tout son temps. Le budget pour se faire connaître lors de salons et autres manifestations n’est pas disponible et le couple ne peut pas voyager beaucoup pour vendre ses vins. Le résultat est une vente qui dépend encore beaucoup du vrac ou du bib, avec, à la clef, une faible valorisation. Même les bouteilles ne sont pas chères, car cette gamme-là va de 4 à 8 euros, ce dernier prix pour un rouge ayant subi un élevage en barriques et ayant au moins 5 ans d’âge !

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Quand je regarde les étiquettes de cette gamme de vins (surtout les rouges) j’ai du mal à y voir une identité visuelle, tant le graphisme et les couleurs semblent y être accumulés pêle-mêle. On dirait une collection de flacons de 5 domaines différents ! Les vins ont cependant une vraie personnalité, parfois un poil rugueux (tannat en malbec obligent), mais toujours d’une parfaite netteté et dans une expression sincère qui force l’admiration. J’ai beaucoup aimé le très vif vin doux produit avec du petit manseng récolté en novembre à 19° naturels dans le millésime 2014. Sa très belle équilibre dépend de l’acidité naturelle de ce cépage et la longueur est remarquable pour un vin de ce prix. La cuvée FMT 2012 (Fan de Mon Terroir), en collaboration avec le restaurant voisin l’Auberge de Bardigues, fait appel à du fer, du merlot et du tannat et donne un rouge assez intense, à l’accent rocailleux sur un fond suffisamment fruité. Mon rouge préféré lors de cette dégustation rapide était le Domaine de Thermes 2010, élevé en barriques de 2 ans. Je crois que l’assouplissement et l’aération progressive apporté par un élevage sous bois est bénéfique pour ces vins car j’ai trouvé les cuvées sans bois un peu trop anguleuses. Mais pas de bois neuf, et probablement des contenants plus grands. Mais on ne peut pas tout faire sur un petit budget.

IMG_7044La gamme est dominée par des vins rouges mais complétée par deux blancs et un rosé. On détecte une amélioration dans les étiquettes avec deux dernières additions à la gamme : les deux blancs.

 

Thierry et Dominique ont beaucoup de mérite. J’aime la franchise de leur approche, leur travail sincère et méticuleux et leur attachement à ce très beau site. Je souhaite que leurs vins trouvent des marchés plus étendus et que cela leur permette, petit à petit, à aller là ou ils veulent, probablement vers le haut car ils en sont très capables.

David Cobbold

(texte et photos)


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Deux appellations d’exception dans une séance: Condrieu et Côte Rôtie

 Domaine-du-CouletCôte Rôtie, Domaine du Coulet (pas présent à cette dégustation). Photo domaine et La Note Rouge

Il ne m’arrive pas souvent de déguster une série complète de vins issus de deux appellations aussi rares que discrètes. Cela s’est passé très récemment dans une seule séance et à Paris. J’ai aussi eu cette chance de les déguster dans des conditions presque idéales car j’étais le seul dégustateur présent au moment où je suis arrivé dans la boutique des très chics et chères cuisinières Cornue, dans le très chic et cher 7ème arrondissement. Il faut dire que j’avais du me taper une dégustation de la sélection « Foires aux Vins » d’un enseigne de GD avant, et même si cette sélection contenait quelques (trop rares) bons vins, là, j’allais changer sérieusement de braquet !

 CondrieuVignes à Condrieu vues du Rhône (photo Jack van Ommen)

Le menu contenait 16 vins de l’appellation Condrieu  dans le millésime 2013, et 26 vins de l’appellation Côte Rôtie, très majoritairement des 2012, mais avec quelques vins de 2013, 2011 ou 2010. Faut-il présenter ces appellations ? Bien sûr que si, car je doute que tous nos lecteurs les connaissent bien. Ces deux zones contiguës se trouvent juste au sud de Lyon, sur la rive droite du Rhône. Elles sont aussi d’une étonnante complémentarité, l’une ne produisant que du vin rouge, et l’autre que du blanc. Leur discrétion vient essentiellement de leur petite taille, elle même dictée par une topographie aussi étroite qu’exigeante : Côte Rôtie occupe 300 hectares de vignes et Condrieu 180. Associé à cette rareté, leur niveau de prix élevé reflète autant la qualité reconnue des vins que leur faible production. Les prix public (en France) des Condrieu que j’ai dégustés varie entre 28 euros et 80 euros la bouteille, tandis que la fourchette pour les Côte-Rôtie présents est quasiment identique (30/80). Comme en Bourgogne, les vins peuvent se scinder entre les cuvées de type « village », issus généralement d’assemblages entre diverses parcelles dans l’appellation, et des cuvées mono-parcellaires ou sectorielles, souvent plus chères.

L’encépagement est simple : Syrah pour les Côte-Rôtie et Viognier pour les Condrieu – bien qu’une des particularités de l’appellation Côte Rôtie, partagée avec quelques autres appellations de rouge de la région, est d’autoriser une part de raisins blancs dans le vin. Cette proportion peut atteindre 20% ici, mais la plupart des vins dégustés ce jour étaient des syrahs à 100% et, parmi les 5 cuvées contenant un peu de viognier, aucun ne dépassait 10% de ce cépage si tendre et parfumé.

La syrah a certainement ses origines dans cette région, issu qu’il est d’une mère savoyarde et iséroise (la mondeuse banche) et d’un père ardèchois (la dureza). Le viognier fait partie de la même famille que la syrah (serine) et serait soit son demi-frère ou soeur, soit un des ses grand-parents, car tous les détails de la famille restent à découvrir, même si on les sait liés par la mondeuse blanche.

Cette dégustation a aussi voulu ordonner les vins selon leur localité précise dans l’appellation, dont l’identité  à été déterminée par une sorte d’analyse de la nature des sols. Là nous entrons dans ce qui est pour moi une zone d’ombre et qui me semble obéir davantage à une doxa de la communication actuelle autour du vin qu’à une réalité pertinente pour le dégustateur. L’approche de chaque producteur, aussi bien à la viticulture qu’en vinification et élevage, me semble expliquer davantage les différences de goût entre les vins que les influences différentes entre sols contenant  « migmantitte sombre« , « granite à muscovite » ou « granite à biotite« , pour ce qui concerne Condrieu et selon les termes du carnet qui m’a été remis. Je veux bien étudier cette question sérieusement le jour où un producteur, ayant des parcelles sur les trois zones, me présente des vins issus de ces trois zones et  dont tout le processus d’élaboration, y compris l’âge des vignes et la nature de la matière végétale (clone, porte-greffe et tout), serait identique. On tiendra aussi compte de différences d’altitude, d’exposition et de drainage, facteurs qui sont, à mon avis, bien plus importants que la nature précise de différentes sortes de granites.

Mais passons à l’essentiel qui est la très grande qualité de l’ensemble des ces vins, à quelques exceptions près (il en fallait bien pour montrer que tout n’est jamais parfait dans ce monde).  Je vais parler d’abord des vins que j’ai préférés, et ils sont nombreux, puis faire quelques remarques plus critiques sur quelques rares  cuvées qui me semblaient d’un niveaux inférieur, et sur une qui a des soucis d’ordre technique. Un mot d’abord sur les conditions de ma dégustation. Les vins étaient servis à découverts. Les condrieu étaient un peu chauds, ce qui permis de voir lesquels ne dépendaient pas uniquement de la température de service pour la sensation de fraîcheur qui doit exister dans le vin pour son équilibre. Pas de problème avec les vins rouges en revanche. Je ne vous embêterai pas avec les notes sur 20 que j’ai attribués à ces vins. Je trouve ce système utile pour se souvenir de mes appréciations relatives mais je sais aussi ses limites. Mais je vous indique que, pour les vins que j’ai aimés, mes notes allaient de 15/20 à 18/20.

 

Vins blancs

 

1). Les Condrieu d’assemblage préférés

 

Domaine Christophe Pichon, Condrieu 2013

prix 30 euros

Riche, avec une belle qualité de fruit et une très belle texture soyeuse. Un vin parfumé et plein, sans excès d’alcool.

 

Guigal, Condrieu 2013

prix 36 euros

Un beau vin avec une jolie acidité qui lui donne l’équilibre naturel essentiel. De loin le plus grand producteur de l’appellation, avec 120,000 bouteilles ce qui, à mes yeux, est une sacré performance à ce niveau de qualité.

 

Les Vins de Vienne, Condrieu La Chambée 2013

prix 35 euros

Un vin fin et précis, avec beaucoup de fraîcheur.

 

2). Les Condrieu parcellaires préférés

 

Domaine Faury, Condrieu La Berne 2013

prix 40 euros

Très parfumé et fine de texture avec une structure souple. L’acidité et un peu faible à mon goût.

 

Domaine du Chêne, Condrieu Volan 2013

prix 33 euros

Vif et alerte, un vin délicat qui a beaucoup de finesse

 

Domaine François Villard, Condrieu Le Grand Vallon 2013

prix 35,50 euros

Parfumé, frais et long, avec une superbe texture. Un de mes vins préférés et qui démontre que le viognier,  ici et entre de bonne mains, peut être tout le contraire de ces soupes lourdes qu’on peut trouver trop souvent ailleurs.

 

Cave Yves Cuilleron, Condrieu La Petite Côte 2013

prix 28,50 euros

Aussi un de mes préférés. Très vif et avec un toucher toute en finesse, c’est un très joli vin.

 

Montez, Domaine du Monteillet, Condrieu Chanson 2013

prix NC (vin pas encore en bouteille)

Fin et bien aromatique, il a aussi une belle acidité pour ce type de vin.

 

Domaine Christophe Blanc, Condrieu Les Vallins 2013

prix 28 euros

Un vin concentré mais très fin qui donne une sensation dynamique très intéressante par son acidité intégré. Un des meilleurs de la série, et un des moins chers aussi !

 

Domaine Christophe Pichon, Condrieu Caresse 2013

prix 50 euros

Un beau vin qui semble assez intense, encore un peu serré et qui sera sans doute plus expressif dans une paire d’années.

 

Domaine Guigal, Condrieu la Doriane 2013

prix 63 euros

Ce vin est un assemblage de plusieurs parcelles. C’est assez dense et j’ai noté une présence d’alcool dans l’équilibre finale, ainsi qu’une note d’amertume. Aura probablement besoin d’un peu de temps aussi, mais j’avoue que j’attendais ce vin à un niveau supérieur, même s’il est bon.

 

Domaine Vernay, Condrieu Côte de Vernon 2013

prix 80 euros

Pour moi le meilleur vin de la série, mais c’est aussi, et de loin, le plus cher. Tout cela n’a rien d’inéluctable, mais cela arrive. Intense et avec beaucoup de fraîcheur et une très grande complexité dans les saveurs. C’est aussi long que fin. Un grand vin !

 

 

3). Les Condrieu que j’ai moins aimés

 

Domaine Louis Chèze, Condrieu Brèze 2013

prix 31 euros

J’ai trouvé que ce vin avait une texture plus ferme que d’autres et donnait une sensation un peu trop chaleureuse en finale

 

Domaine Mouton, Condrieu Côte Châtillon 2013

prix 30 euros

Rond et facile mais assez plat

 

Domaine Perret, Condrieu Clos Chanson 2013

prix 40 euros

M’a semblé assez simple et manquant de finesse. Il a cette finale d’amertume qu’on peut trouver dans ce cépage et qui fait le bonheur des asperges.

 

Vins rouges

 

1). Les Côte Rôtie d’assemblage préférés

 

Domaine Jasmin, Côte-Rôtie 2012

95% syrah, 5% viognier

prix 32 euros

Un très beau vin classique, d’une facture solide. Ce n’est peut-être pas le plus suave de la série mais c’est un des plus longs.

 

Guigal, Côte-Rôtie Brune et Blonde 2010

96% syrah, 4% viognier

prix 40 euros

Avec une production de 220,000 bouteilles par année, cette cuvée fait figure de géante dans l’appellation, ce qui ne l’empêche pas d’émerger parmi les très bonnes cuvées que j’ai dégusté. Sa petite part de viognier ainsi que son vieillissement supplémentaire (36 moins minimum en fûts dont 50% sont neufs) doivent en partie expliquer sa grande suavité. Mais ce vin est aussi dynamique, grâce à une belle vivacité et possède une bonne longueur.

 2). Les Côte Rôtie parcellaires préférés

 

Cave Yves Cuilleron, Côte-Rôtie Coteau de Bassenon 2012

90% syrah, 10% viognier

prix : 38 euros

Une qualité de fruit splendide et un fond ayant beaucoup de complexité. Le bois de son élevage est parfaitement absorbé même si  sa structure destine ce vin à une attente en cave de quelques années. Très bonne longueur.

 

Domaine Vernay, Côte-Rôtie Maison Rouge 2012

100% syrah

prix 78 euros

Je n’ai pas les moyens  d’acheter des vins comme celui-ci, mais je dois dire que je le regrette ! C’est fin, complexe et plein de saveurs intéressantes. Aussi riche que bien équilibré.

 

Domaine Duclaux, Côte-Rôtie Maison Rouge 2012

100% syrah

prix 56 euros

Une expression très pure du cépage dans cette région, donnant un vin fin mais ayant beaucoup de précision et de relief. Il a un petit côté rustique qui peut plaire aussi. En tout cas un très beau vin.

 

Guigal, Côte-Rôtie Château d’Ampuis 2010

93% syrah, 7% viognier

prix 82 euros

Ce vin cher est assez somptueux, intense et complexe, avec pas mal d’extraction et une sacrée longueur en bouche. A attendre impérativement.

 

Domaine de Bonserine, Côte-Rôtie La Garde 2011

100% syrah

prix 60 euros

Un vin avec une bonne intensité dans ses saveurs, de belle facture mais encore austère par ses tannins et qu’il faudra attendre.

 

Domaine Lafoy, Côte-Rôtie Rozier 2012

100% syrah

prix 36 euros

Vin intense et assez vif.

 

Domaine Gerin, Côte-Rôtie La Viallière 2012

100% syrah

prix 50 euros

Les nez est un peu réduit et marqué par son élevage, mais en bouche on découvre une belle intensité et des notes boisées agréables. Encore un vin qu’il vaudrait mieux attendre au moins 5 ans pour le voir s’épanouir.

 

Domaine Clusel, Côte-Rôtie Les Grandes Places 2012

100% syrah

prix 80 euros

L’acidité m’a semblée plus importante dans ce vin que dans la plupart. C’est long et tannique, le tout dans un style austère mais avec une bonne dose de finesse. Pas le plus sexy, mais bien fait et nécessitant de la garde. Un peu cher cependant.

 

 

3). Les Côte-Rôtie que j’ai moins aimés

 

Domaine Bernard, Coteaux de Bassenon 2012

100% syrah

prix 32 euros

Le nez très fumé reste très marqué par son élevage et ce vin assèche un peu le palais en finale

 

Domaine Stephan, Côte-Rôtie Coteau de Tupin 2011

100% syrah

prix 70 euros

Pour moi, ce vin est indigne de l’appellation. En plus, c’est un des plus chers ! Au nez, j’ai soupçonné l’ usage de la macération carbonique, technique qui fait que tous les vins ont à peu près la même odeur. La fiche technique le confirme. Il a en plus une acidité volatile décapante. Maigre, acide et sans fruit. Est-ce un accident sur cette bouteille ? Je l’espère pour les clients qui l’ont acheté.

 

Domaine Barge, Côte-Rôtie Le Combard 2012

93% syrah, 7% viognier

prix 38 euros

Un style relativement austère et tannique qui donne un vin ingrat pour l’instant par rapport aux autres. Peut-être qu’après quelques années …..

 

Domaine Bonnefond, Côte Rozier 2013

100% syrah

prix 40 euros

Un peu rustique et avec des tannins asséchants.

 

Domaine Semaska, Château de Montlys 2012

100% syrah

prix 55 euros

Nez de bois fumé un peu exotique. J’ai aussi senti un peu de CO2. Ne semble pas très résolu comme vin.

 IMG_6828Mauvaise photo (de moi) mais fine équipe qui est montée à Paris avec les vins des deux appellations. Les voici avec la série de condrieu posée sur un « piano » Cornue qui vaut le prix de trois Ducati Panigale R ! Je sais que je pendrai la plus légère des ces options si j’avais une telle somme.

Conclusions générales

1). Je ne connais pas la mode de sélection des 42 vins que j’ai dégusté (16 Condrieu et 26 Côte Rôtie), mais je pense que cet échantillonnage est assez représentatif des deux appellations.

2). Il est très rare pour moi de trouver un pourcentage de l’ordre de 80% de vins qui me semblent bons ou très bons, voire excellents, dans une telle série.

3). La fourchette de prix ne reflète pas systématiquement la qualité du vin. Comme toujours, d’autres facteurs comme la renommée du producteur et son réseau de distribution jouent un rôle non négligeable.

4). Les Condrieu sont des vins blancs à boire assez rapidement, et même si quelques cuvées pourront bénéficier de 2 ou 3 ans de garde supplémentaire, la plupart des vins ci-dessus sont déjà à boire.

5). Pour les Côte-Rôtie c’est plus compliqué et mes notes ci-dessus tentent de refléter ces variations de style.  On ne peut même pas déduire de la présence d’un part de viognier que le vin sera plus souple, nécessairement. Il est certain qu’il s’agit sont des vins de garde, même si on peut prendre plaisir à en voire certains dès maintenant.

David Cobbold

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