Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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VSIGP (1): Vin de France, oui, mais avec quelle stratégie de marque?

Premier volet de notre semaine VSIGP – Vins sans Indication Géographique de Provenance, pour les intimes. On démarre avec le Vin de France, et c’est David qui s’y colle…

Une stratégie de marque digne de son nom implique tout le processus, de l’élaboration du produit jusqu’au réseaux de distribution. A mes yeux, une appellation, même prestigieuse, ne peut se substituer à une stratégie de marque individuelle, et tous les vins qui réussissent à vendre leurs vins bien au-delà du prix moyen de leur appellation en sont la preuve, depuis les vins du DRC jusqu’à la production d’un Marcel Lapierre, par exemple. S’il est vrai que beaucoup  de vins médiocres se reposent sur la marque « ombrelle » que constitue l’appellation, qu’elle soit AOP, IGP ou autre, ce n’est jamais le cas de ceux qui réussissent.

Cela ne veut pas dire que l’appellation ne sert à rien. Elle fournit un cadre, une espèce de garantie d’origine qui peut et doit aider le consommateur. Mais c’est le producteur qui est, in fine, responsable aussi bien de la qualité de ses vins que de la réussite de son marketing. Cette question va se poser avec d’autant plus d’acuité que le cadre en question sera large. C’est la cas de la désignation Vin de France, dans laquelle je disais il y a quelques semaines que je croyais en tant que cadre permettant la constitution d’entités de production capables de rivaliser avec celles du Nouveau Monde.  Mais il faut que les producteurs dans cette catégorie, qui autorise des assemblages très larges (à condition de rester en France) ainsi qu’une vaste choix de cépages, aient une bonne stratégie qui s’adapte à la catégorie et aux prix demandés dans les marchés visés.

Par le biais de la dégustation de 7 échantillons de cette catégorie, j’ai voulu tester l’aspect produit, n’ayant pas au moment d’écrire ni les prix de vente public, ni d’autres éléments du marketing-mix pour juger du reste, hormis les noms des cuvées et l’habillage des flacons. En revanche, pour la plupart des cuvées, les prix ex-cellars sont annoncée entre moins de 2,50 et 4 euros. On peut imaginer des prix de vente public au double des ces chiffres.

D’abord, les vins blancs :

Kiwi Cuvée Bin 086, Sauvignon Blanc 2015 

(producteur en Loire : Lacheteau) capsule à vis

Une attaque frontale du pays qui a le mieux réussit avec ce cépage : non seulement ils ont pris le nom donné au habitants de la Nouvelle Zélande, mais ils utilisent la terminologie courante pour désigner une cuvée de vin en Australie (Bin + un numéro de lot). C’est plus que culotté, cela frise la copie ! La capsule à vis convient parfaitement, en revanche, et le vin est très bien fait. C’est même facilement le meilleur de cette série de blancs : aromatique sans excès, touchant la gamme classique des asperges, citron et groseille à maquereau, mais sans tomber dans l’excès. Vibrant et alerte en bouche, assez pleine de texture et d’une longueur efficace. Un vin que je boirais avec plaisir.

Je serai curieux de connaître son prix, même si je ne suis pas convaincu par cette stratégie d’imitation que je vois mis en place.

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Daudet-Naudin, Chardonnay 2015

(producteur situé en Bourgogne) bouchon liège massif

Je pense que la capsule serait plus appropriée comme fermeture et aiderait à conserver plus de fraîcheur dans ce vin qui en a besoin. L’habillage est dans le registre classico-moderne, assez élégant. Le vin me semble plus sudiste qu’un Bourgogne, avec un boisé discret mais présent, un palais bien rond et presque chaleureux, une pointe d’amertume en finale et un profil un peu mou. Pas désagréable, mais peut mieux faire.

Patriarche Père et Fils, Viognier 2015

(producteur en Bourgogne) bouchon liège aggloméré

Le nez est séduisant à l’aune du registre habituel de ce cépage, mais le vin me semble mou en bouche et manque de précision. La sensation d’amertume en finale est assez caractéristique. Habillage classico-moderne.

Secret d’Automne, Viognier-Sauvignon 2015 (moelleux)

(producteur en Ardèche : Vignerons Ardéchois) pas vu le bouchon

Vin plaisant, sans histoires, aux saveurs agréables, tendres et fruitées. Peut convenir à certains marchés mais quelle tristesse, cet habillage ! Je ne décèle aucune stratégie particulière dans la présentation de ce vin qui est d’une banalité affligeante.

 

Les vins rouges

 

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Café du Midi, Merlot 2015

Je ne sais pas qui est le producteur ni où se trouve sa base, n’ayant pas l’étiquette définitive. Bouchon aggloméré.

L’étiquette doit être provisoire car il n’y a presque aucune mention légale dessus ! On joue clairement sur une image classique de la France (« Café », puis « Midi » et un dessin d’une terrasse de café).  Le nez est chaleureux et rond, de type prunes cuites. Même rondeur assez fruitée en bouche. Souple, simple et plaisant. Je ne vois pas trop ce que ce vin propose, outre son origine, face aux merlots entrée de gamme de Chili, par exemple, qui sont souvent meilleurs.

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La Villette, Cabernet Sauvignon 2015

Le producteur est basé en Bourgogne. Bouchon en liège aggloméré

On voit ici une volonté claire de construire une marque, avec des ingrédients visuels qui créent l’ image d’une France traditionnelle d’une autre époque. Ce n’est pas du modernisme, mais c’est bien fait. Ce vin est le meilleur des trois rouges que j’ai dégusté et confirme mon impression à la dégustation qui a suivi la conférence de presse il y a quelques semaines. Nez fin et précis, marqué par un boisé (probablement des copeaux) mais aussi très fruité (cassis). Il a aussi une bonne petite structure pour le tenir deux ou trois ans sans problème, et une excellente fraîcheur. Très agréable, ce vin vaut largement certains issus d’IGP ou d’AOP.

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Syrah (non millésimé), Vins Descombe

La producteur se trouve dans le département du Rhône. Bouchon synthétique.

L’approche visuelle et simple et moderne, avec le nom du cépage et une signature. Pas de millésime, donc assemblage verticale. Un peu de gaz au départ. Bon fruité, assez expressif. Acidité élevée et une pointe d’amertume en finale. Aurait besoin d’un peu plus de rondeur pour plaire au plus grand nombre. Correct, quand même.

 

Conclusion générale

Cette dégustation était bien trop restreinte pour pouvoir tirer de vraies conclusions, d’autant plus que je ne dispose pas d’éléments sur les options commerciales, y compris les volumes produits et les prix de vente. Il y avait deux bons vins dans le lot, et, sur ces mêmes vins, un parti pris (très différent) lisible à travers les habillages. Mais je trouve que le niveau de créativité est trop pauvre (sur la base de cette courte sélection, du moins) pour réellement aider les marques en question à faire leur trou et démontrer tout l’intérêt de cette catégorie. Peut-être est-il trop tôt pour voir émerger de véritable stratégies innovantes ?

Affaire à suivre, dans un an ou deux peut-être…..

 

David

(PS, je serai en route ce lundi pour deux journées de piste au circuit du Vigean avec l’engin ci-dessous. C’est bien rouge mais cela sera sans vins, forcément)

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Riesling d’Alsace, la paix (2 ème fournée)

Je suis maintenant sur un autre riesling, un 2005, un autre genre bien que lui aussi de Vendanges Tardives. Je suis dans l’interprétation bien dosée, précise et sage des dames Faller. Le vin a été vinifié par Laurence, aujourd’hui partie rejoindre le paradis des vignerons, à partir d’une vigne d’une autre terre, d’une autre vigne, celle du Schlossberg, celle d’un autre Grand Cru. La blondeur n’est plus vraiment vénitienne car elle est moins soutenue. Outre de très légers reflets gris-vert, on a un vin plus lumineux, plus ensoleillé, plus jaune, plus blond quoi. Ici, on est sur la douceur fruitée, notes d’angélique et de poire confites, de fleur de tilleul par la même occasion. La douceur est présente tout du long, un peu trop penseront certains chichiteux. Pour ma part, je la trouve certes aguichante, mais belle et pas du tout ennuyeuse. Encore une fois on doit cette beauté singulière à la grâce et la fraîcheur acidulée qui l’habille. Revue quatre jours plus tard, alors que le flacon était à moitié vidé, cette grâce particulière semblait revivre avec un surcroît d’intensité.

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Ce 2005 me revient en bouche avec limpidité. Il s’étale en gras et fraîcheur, avec une saveur d’une insondable diversité (tilleul, mangue, ananas, miel, truffe, clémentine, cédrat confit, écorce de citron…), une richesse démultipliée, plus prononcée et bien plus persistante qu’au début de l’ouverture. La finale est d’une telle infinie longueur qu’elle me fait renoncer au comptage des caudalies vers lequel il m’arrive de glisser. Et c’est sans parler de l’étendue de fraîcheur qui tapisse le palais un bon moment après avoir avalé le vin. Cela me fait penser à un vaste horizon de montagnes qui pourraient bien ressembler à la Route des Crêtes vosgiennes. Une fois de plus, j’ai débouché un monument, un modèle du genre riesling.

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Plus vieux ? Voyons un 2004, par exemple. Prenons un des plus grands noms : le Clos Saint Urbain (vous saurez tout ici, en allant jusqu’au bout) en plein cœur du très volcanique Rangen, celui de Thann qui fut tant admiré par Michel de Montaigne. En ce temps-là, pas au temps de Montaigne, bien sûr, mais au temps béni où je me rendais souvent Alsace, l’immense Léonard Humbrecht était encore aux côtés de son fils Olivier comme il l’est probablement toujours, mais de manière plus discrète. Peu importe d’ailleurs, car la discrétion est ici affaire de famille : on a beau être grand par la taille, par la qualité du travail et les soins que l’on apporte à la vigne, ce sont des valeurs dont on ne se vante pas. Comme d’autres l’ont écrit avant moi, c’est en buvant son vin que l’on voit le vigneron.

Robe jaune jonquille, la finesse du nez ne demande qu’à répondre aux sollicitations de ma main qui ne cesse de faire tournoyer le liquide. À chaque mouvement de mon poignet, le vin exhale, tantôt crémeux, tantôt floral, une pointe de rose fanée par ci, un nuage de lilas mauves et d’iris par là. Indéniable finesse au nez, bouquet intense, on sent une fois de plus venir la truffe blanche qui va pouvoir accompagner un risotto aux petits pois.

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J’ai vraiment eu du pif en mettant ce vin de côté, car je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup encore en vente. En effet, il fallait parier à l’époque sur la structure et la puissance du riesling associé à la roche du Rangen pour se dire que cela en vaudrait la peine plus de dix ans après. Pour une fois que je m’envoie des fleurs… En bouche un aspect prégnant, une présence inouïe et persistante, une volonté incontrôlable de vouloir marquer le palais, une manière noble de s’imposer. Vingt quatre heures après, un peu plus de caractère salin, semble-t-il, plus herbacé aussi, avec la force qui s’en suit, le riesling n’est pas prêt de s’effacer. Les effluves floraux se sont presque tous volatilisés mais l’impression de finesse est encore là. Et la fraîcheur reste en bouche telle une veilleuse qui vous enjoint de fermer les paupières sans pour autant s’endormir. Un rêve éveillé. Hélas, je n’ai plus de foie gras mi-cuit au naturel à me mettre sous la dent… encore moins de risotto.

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Évidemment, après une telle pointure, il va falloir être très clément envers le vin qui suit, juste dans la foulée. Une teinte de bronze assez prononcée, un nez de fruits confits (pruneau, ananas, pomme…), un tantinet oxydé, assez concentré et mou en bouche, au premier abord, ce 2004 du Rosenberg, celui de Wettolsheim, est un beau piège de dégustation aveugle pour la bonne raison qu’il est déroutant, complètement inattendu. Ses parents, Geneviève et François (ce dernier aujourd’hui disparu) Barnès, sont des biodynamistes convaincus, comme la plupart des vignerons qui m’ont interpellé en Alsace ces trente dernières années. Le vin qui, tout compte fait peut paraître un peu brumeux au départ, se dévoile peu à peu et s’ouvre sur la fraîcheur. Étrangement, il nous fait d’abord penser à un Jerez avec quelques touches de noisette fraîche en bouche, mais comme j’ai horreur de ces comparaisons, je n’insiste pas…

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À l’aération forcée, il évolue toujours dans son sens initial, voguant sur l’oxydatif, allant de plus en plus vers la ténacité, la longueur et une finale plutôt sèche et feuillue d’un fort bel effet ma foi. Il me fait penser à un écrivain classique d’un autre siècle ruminant son histoire, penché sur une table éclairée par une chandelle. Ma compagne, elle, n’a guère apprécié ce style, ce qui fait que j’ai bu ce riesling très spécial à moi tout seul comme à chaque fois que j’ouvre une bouteille de fino d’ailleurs. À l’instar du précédant, il affiche bien ses 14° d’alcool et c’est à température cave que je l’apprécie le mieux (entre 13 et 15°) sur un fromage à pâte dure, vieux cantal ou beaufort. Je serais aussi curieux de voir ce qu’il donnerait sur un vieux parmesan, mais voilà, je n’en ai pas sous la main. Mon fromager non plus !

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Je sais que les dégustations sont toujours matière à caution, que ça ne passionne pas le gros de nos chers Lecteurs, que les mots utilisés pour décrire un vin ne plaisent pas à tout le monde, et qu’en outre la naïveté que j’aie qui consiste à aborder un vin comme s’il s’agissait d’un personnage important, ne sied guère. Mais voilà, vous n’y couperez pas ! Afin de rattraper mon retard sur le sujet du dieu Riesling, vous aurez droit Jeudi prochain à une troisième et dernière fournée. Tant pis pour vous !

Michel Smith

 

 

 

 

 

Gérard Gauby et ses Vieilles Vignes !


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Et si le vin est bon… le vigneron l’est aussi

J’avais prévu un bon kilomètre de prétentieuses réflexions et dégustations sur le grand Riesling. Les circonstances de la vie me font remettre cette chose à plus tard. En échange de votre patience – à moins qu’il n’y ait une sorte de « ouf ! » de soulagement de votre part -, je vais vous servir en titre une lapalissade.P9120025.JPG

En effet, je vais évoquer un problème maintes fois abordé (trop à mon goût) sur les réseaux sociaux. Sur Facebook comme ailleurs, il est de bon ton de déblatérer sur les méthodes culturales des vignerons. Parfois, cela ressemble même à un combat de coqs. En voilà un qui y va de son commentaire forcément pertinent sur tel ou tel maléfique produit de synthèse, tandis que d’autres batifolent sur les avantages et les inconvénients du soufre en poudre ou du cuivre qu’il serait logique d’appliquer avec une extrême modération. Quand ce ne sont pas des conseils distillés plus ou moins amicalement, on diabolise tel vigneron parce qu’une photo montre un sol dénudé ou, à l’inverse, un travail de labours trop prononcé. Un tracteur sur sa parcelle et c’est une cata écolo, une jument et sa charrue  devient nettement plus politiquement correcte.

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Sans compter bien entendu sur les éventuelles remarques désobligeantes concernant l’élevage, le vigneron est ainsi rhabillé pour toujours, accusé de telle ou telle déviance, voire de négligence. Il est constamment surveillé par les chiens de garde, exposé à la vindicte des pseudo critiques ou livré à la prétendue expertise de consommateurs débutants à peine capables de surveiller leur orthographe. Il se trouve que je commence à en avoir ras la casquette de ce flot de platitudes, de redites, de leçons passéistes ou de conseils péremptoires. Et si j’en ai l’occasion – ou le temps -, je ne me gène pas pour le dire.

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Depuis longtemps, j’ai un principe bien chevillé en moi, celui du respect. Tout vin qui à répétition se révèle être bon, voire excellent, quelque soit son millésime, ne peut être que l’œuvre d’un vigneron exemplaire. Qu’est-ce qu’un vigneron exemplaire, me direz-vous ? Pour moi, c’est un gars ou une fille qui cherche à comprendre mais qui en apprend chaque année sur le mystère du vin. Un gars ou une fille qui respecte sa terre et qui vit presque en osmose avec elle, qui fait corps avec ses parcelles, qui s’y promène régulièrement. C’est aussi un gars ou une fille qui doute mais qui n’a pas peur de travailler et qui sait ce qu’il y a à faire sur un domaine pour obtenir le meilleur des vins.

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Bien sûr qu’il y a des chances pour que je me pose des questions sur sa façon de traiter son vignoble, sa philosophie de travail. Évidemment que sa vision du pressurage, que sa conduite des vinifications et de l’élevage sont des éléments qui m’intéressent. Mais là n’est pas le principal dans un vin. On doit avant toute chose se poser la simple question de savoir si le vin que l’on goûte est bon ou pas. Évidemment que c’est son goût à soi et non celui de son voisin ou des propagateurs de ragots qui va déterminer la qualité du vin. Si le vin est bon, c’est que le vigneron est bon et que ce dernier a compris l’essentiel du rapport intime qu’il y a entre lui, l’homme, son environnement, sa terre, son cépage, son climat. Peu importe ce qu’il y a dans l’assiette : si c’est bon, c’est bon et je le mange. Avec le verre de vin c’est un peu pareil, non ?

Gérard Gauby et ses Vieilles Vignes !

Alors vous comprenez que les censeurs, les experts, les doctes commentateurs, les critiques patentés et les messieurs je-sais-tout-car-j’ai-tout-vu-et-compris, ces gens-là, je les renvois volontiers à leur chères études. Suffit de trouver que le vin est bon (ou mauvais), et c’est bien là l’essentiel !

Michel Smith

©Photos MichelSmith


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Cépages obscurs : le bon travail d’un caviste voyageur

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Rassembler des vins issus de cépages peu ou pas connus pour les proposer au public n’est pas simplement une affaire qu’on pourrait assimiler à une rubrique « cabinet de curiosités » : il contient, potentiellement, le projet d’ouvrir les esprits et d’élargir la gamme des profils gustatifs offerts par les vins. J’ai déjà évoqué, il me semble, le travail fait dans ce domaine par le caviste Soif d’Ailleurs, à Paris. Une dégustation organisée vendredi dernier m’a démontré encore que ce lieu dirigé par Mathieu Wehrung continue à explorer des chemins inconnus de la plupart des amateurs de vins. Je vous conseille une visite si vos pas vous amènent dans ce quartier vivant entre Marais et République

Soif d’Ailleurs
38 rue Pastourelle, 75003 Paris
Téléphone : +33 1 40 29 10 82
Ils ont aussi un site de vente sur l’internet :

 

D’abord, aucun des vins vendus dans cette jolie petite boutique n’est français, ce qui ne suffit pas, bien entendu, à rendre leur sélection intéressante. Il y a en stock quelques classiques, chers ou pas chers, mais devenus incontournables comme le Sauvignon Blanc de Cloudy Bay (Nouvelle Zélande) ou bien les bulles de Miolo (Brésil) dont Soif d’Ailleurs est devenu, en peu de temps, le plus important vendeur dans toute l’Europe. Mais les vins qui m’intéressent le plus sont les autres, ces domaines peu connus ou peu disponibles en France, comme, par exemple, l’excellent Koslovic (cépages terran ou malvasia, Croatie) ou Anselmo Mendes et ses exceptionnels alvarinhos (Portugal).

Certains vins de la gamme sont assez chers, mais jamais d’une manière délirante car les marges sont raisonnables, vu le travail accompli, et on peut y trouver des très bons vins à moins de 20 euros. Cela reste peut-être un poil exclusif si on considère le prix moyen des vins vendus en France, mais ce n’est pas hors de prix pour des choses qu’on aura bien du mal à trouver ailleurs.

La dégustation à laquelle j’ai assisté la semaine dernière a regroupé 9 vins, issus d’autant de cultivars et de 6 pays différents. N’étant pas ampélographie, mais ayant plus de 30 ans d’expérience professionnel dans le vin, je dois avouer que je n’avais entendu parler que deux des ces neuf cépages auparavant, dont le Räuschling, qui va ouvrir le bal de cette petite dégustation que les organisateurs ont intitulé «les cépages rescapés».

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Les vins blancs

R3 Räuschling 2014, AOC Zürichsee, Suisse

(Cépage Räuschling) Prix 45 euros

Notre ami Marc a récemment évoqué ici même ce cépage blanc Räuschling, devenu rare et localisé presque exclusivement de nos jours dans cette partie de la Suisse germanique. Je dis «devenu», car il fut autrefois bien plus répandu, en Suisse, en Allemagne et même en Alsace. L’expansion du Müller-Thurgau, plus facile et plus productif, lui aurait scié les pattes cependant, malgré une présence attestée dans ces régions qui remonte au 16ème siècle. La variété est issue d’un croisement entre le très fertile Gouais Blanc et, soit le Savagnin, soit un membre de la famille des pinots (les versions divergent).

Vin d’abord tendre mais d’une belle vivacité. Assez aromatique et doté d’une longueur agréable, il ferait un vin d’apéritif très plaisant et pourrait bien accompagner des poissons de toutes sortes. Il souffre en revanche de son origine helvète sur le plan du prix.

 

Curil Blanco 2012, (vin hors D.O. de la région d’Alicante, Espagne)

(cépage Trepat Blanc) Prix 20 euros

Cette variété blanche à l’avantage, dans un climat chaud, de produire peu d’alcool : 12% dans ce cas.

Robe profonde, entre or et ambre. Nez étonnant, sur le versant de l’oxydation et qui rappelle le curry. Texture un peu huileuse et notes d’amertume confirment une vinification avec de la macération pelliculaire. Ferme et très long en bouche, c’est un style à part qui plaira aux amateurs de ce genre de vin : on n’est pas tout à fait dans le domaine des vins « oranges », mais ce n’est pas loin.

 

Weingut Umathum, Königlicher Wein 2013, Burgenland, Autriche

(Cépage Lindenblättrige) Prix 23 euros

En réalité ce cépage ne m’était pas totalement inconnu car il s’agit de la variante autrichienne de celui connu sous le nom d’harsévelu en Hongrie. Cela dit, je ne pense pas voir dégusté un pur harsévelu plus d’un fois, tant il est généralement assemblé avec le Furmint, surtout à Tokay. Je connaissais auparavant les vins rouges de cet excellent domiane de Burgenland, qui sont importés depuis un moment en France.

Vin fin, un peu ferme par sa texture, mais délicat par ses saveurs vives et acidulées.

 

Azienda Rivetto, Nascetto borea 2013, Piemonte, Italie

(Cépage Nascetta) Prix 24 euros

Le domaine est situé à Serralunga d’Alba, donc dans l’aire d’appellation du Barolo, mais ce cépage n’est admis dans aucune des DOC ou DOCG du coin.

Beau nez, qui m’a fait penser à de la pomme verte avec des élans citronnés. Fin, savoureux est assez salin. Pourtant la mer n’est pas si proche ! La vivacité domine mais l’équilibre est bien pour ce style de vin.

 

Albet i Noya, Rion 2013, DO Penedes, Espagne

(Cépage inconnu) Prix 25 euros

Bien connu pour ses cavas de haut niveau, ce domaine explore la richesse ampélographique de la Catalogne en élaborant aussi des vins tranquilles. Le producteur n’a pas réussi à identifier cette variété et il a nommé le vin avec le prénom de sa grande mère.

Le nez m’a semblé marqué par un élevage sous bois, mais il est également frais. Cette fraîcheur est encore plus marquée en bouche, et la texture me fait penser à de la craie. Pas mal de précision dans les saveurs, mais cette texture crayeuse assèche un peu le palais en finale. C’est peut-être pinailler que de dire cela car avec un plat je suis sur que ce vin serait très bon.

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Les vins rouges

Hatzidakis Mavrotragano 2013, Santorini, Grèce

(Cépage Mavrotragano) Prix 35 euros

Je connaissais cette île des Cyclades pour son origine volcanique et donc ses sols si particuliers. Je ne connaissais que ses vins blancs remarquables fait avec l’excellent cépage Assyrtiko. Je ne sais pas grand chose sur cette variété rouge.

C’est manifestement un cépage tannique, qui contient aussi, il semblerait, une belle acidité (même si je soupçonne un peu d’ajustement de ce dernier ingrédient dans ce vin). Le fruit est un peu dominé par le double assaut de tannins et d’acidité, mais il est présent. C’est un vin intéressant, qu’on dit « de caractère », mais un peu brut de décoffrage avec de l’amertume en finale et une impression végétale. Trop cher dans ce cas.

 

Podere Gualandi, Foglia Tonda 2012

(Cépage Folia Tonda) Prix 44 euros

Le patron de Soif d’Ailleurs est enthousiaste à propos des vins de ce producteur atypique. Je le suis un peu moins car je les trouve souvent austères et parfois avec des arômes que je qualifie de «déviants». Je les trouve aussi bien trop chers, mais on m’explique que les rendements sont très bas, etc…

A la dégustation, la masse tannique impose sa structure, renforcé par une acidité importante et à peine rendu harmonieux par un peu de fruit. Beaucoup d’austérité mais, en contrepartie, une très belle longueur. Equilibré quand-même, c’est un vin très particulier et je serais curieux de voir son évolution. Pour l’instant on ne peut le conseiller qu’avec un plat salé pour amadouer ses tannins.

 

Bodegas Pablo Menguante, Vidalello 2011, DO Carinena, Espagne

(Cépage Vidadello) Prix 19 euros

Cette appellation aragonaise qui porte le nom d’une variété chère à Michel Smith n’a, curieusement, que très peu du cépage éponyme. Les vignes de ce vin sont franches de pied, mais je n’en sais pas plus.

Un beau nez qui a de l’intensité et de la profondeur dans ses arômes fruités, avec juste une patine raisonnable du à son élevage. Le bois est aussi perceptible en bouche, et les tannins sont fermes et un peu asséchants en finale. Cette finale laisse aussi percevoir de jolis arômes de cerise amère. Bon vin d’un prix abordable, qui peut bien se comporter à table avec des plats de viandes ou en sauce, à cause du sel.

 

Likya Acikara 2014, Lycie, Turquie

(Cépage Acikara) Prix 24 euros

Je ne sais rien de ce cépage qui fait partie de la vaste réserve ampélographique de la Turquie. Le vignoble est planté sur un sol très calcaire.

La robe est très sombre et violacé mais il ne s’agit pas d’un cépage teinturier. Beau nez qui évoque la cerise noire. C’est un très joli vin, assez peu tannique mais très frais et, en même temps, doté d’un alcool relativement puissant. Sa vivacité l’aide dans l’équilibre et le vin est net et très bien fait. J’aime ce vin qui me fait voyager.

 

Conclusion

Quand il s’agit du vin (et de bien d’autres choses), le voyage dans l’espace implique inévitablement des croisements avec le voyage dans le temps. Je sais bien qu’il ne suffit pas d’être différent pour être « bon », mais comme c’est agréable (et probablement très utile) d’explorer ces morceaux du riche patrimoine botanique de la vigne et ses produits. Pourvu que, dans les pays à la réglementation viticole cadenassée comme la France, on sache apprendre et piocher dans ce réservoir ampélographique profond et, il me semble, si mal exploitée.

 

David Cobbold


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Contre étiquette, l’envers du décor

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L’Envers du Décor est le nom d’un célèbre et excellent bistrot à vin, situé à Saint Emilion et propriété de François de Ligneris, pour qui j’ai beaucoup d’affection. Mais cela n’est pas du tout le sujet de ma chronique d’aujourd’hui !

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La contre-étiquette est de plus en plus utilisée sur des bouteilles de vin, et contient de plus en plus de mots et de signes. C’est un outil de communication et d’information qui peut être très utile, voire nécessaire. Pour une bonne partie, comme dans l’exemple ci-dessus, venu des USA, il est fortement chargé de mentions légales. Mais est-il toujours bien utilisé par les producteurs ?

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Je veux d’abord souligner l’écart, parfois frappant et redoutable, entre la vérité telle que nous le percevons et le discours des producteurs de vin et leurs diverses antennes « communicantes ». Ce qui a déclenché mon envie d’évoquer cette distorsion entre réalité et discours a été notre dégustation d’un vin d’Ardèche, mis en parallèle avec le texte imprimé sur son contre-étiquette. Un collègue a perçu exactement la même chose dans cette instance, alors il s’agit peut-être d’autre chose qu’une simple lubie personnelle. Cela aurait très bien pu arriver avec un vin d’ailleurs : là n’est pas la question, car je n’ai rien contre les vins d’Ardèche en particulier.

Commençons par les commentaires de dégustation tels qu’ils apparaissent sur la contre-étiquette de ce vin, nommé Chatus, Monnaie d’Or 2012. Le chatus est une variété rouge, rare et plutôt tannique, ancienne car mentionnée par Olivier de Serres et qu’on trouve dans l’Ardèche, mais aussi dans le Piémont sous le nom de Neiret.  Je prends encore mes précautions en soulignant que  ceci n’est pas une critique de cette variété, mais juste du lien défectueux entre ce vin (honnête, par ailleurs) et sa contre-étiquette.

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Le commentaire imprimé sur la contre-étiquette :

« arômes de cassis, de pâte de coing, de figues sèches et de réglisse » Et c’est tout, car rien n’est dit sur les impressions tactiles ou gustatives en bouche du vin : tout semble se passer au pif ou bien en rétro-olfaction.

Mon commentaire sur le même vin (uniquement olfactif) :

« arômes de terre humide et de sous-bois, notes de fruits rouges frais et cuits avec un léger accent boisé et animal. »

Je sais bien que l’appréciation des arômes est une affaire individuelle, mais quand-même !

Mieux encore, cette même contre-étiquette conseille de servir le vin à 20° et d’ouvrir la bouteille 6 heures avant le service ! Servir n’importe quel vin rouge à une telle température me semble une aberration qui a pour résultats principaux de déséquilibrer les sensations vers l’alcool et de détruire la finesse des saveurs. Conseiller au consommateurs d’ouvrir un vin 6 heures avant le service, surtout pour un vin qui ne sera jamais (je pense) mis sur une table en grande cérémonie, ne relève pas d’un sens aigu du réalisme. Ce vin est vendu autour de 8 euros, donc je doute que beaucoup de consommateurs aillent le préparer à la dégustation 6 heures avant. Il faut être plus terre à terre dans les usages !

Quand aux conseils d’accompagnement pour ce vin, la contre-étiquette brasse large : « ce vin charpenté accompagne à merveille daube de sanglier, cuisine provençale et fromages typés ». Pas facile à trouver, le sanglier, dans nos villes ou la plupart des habitants de ce pays vivent ! La cuisine provençale est assez diversifiée, faisant un usage important de légumes et, proche de la méditerranée, elle est souvent très poissonneuse. De quels mets parle-t-on exactement ? Quant aux fromages « typés », je ne sais pas trop ce que cela voudrait dire. Supposons qu’il s’agit de fromages aux goûts forts. Dans ce cas, le consommateur curieux pourra courir chez son fromager chercher un camembert, un époisses, un roquefort ou un banon, par exemple. Avec chacun des ces fromages, l’accord avec le vin en question, qui est plutôt tannique, serait catastrophique !

Quittons ce mauvais exemple pour regarder d’autres options. Il y a plusieurs catégories parmi les contre-étiquettes. D’abord la minimaliste. Dans celle-ci on trouve bon nombre de vins dépourvus de tout contre-étiquette.  Cette option est surtout réservée aux producteurs qui s’en foutent parce qu’ils vendent leurs vins à des gens qui les achètent pour leur étiquette faciale, ou bien qui ne savent pas lire.

La catégorie qui est sûrement la plus remplie est celle du « bla-bla enflé », dite aussi « pompe-à-vélo ». Ce type de texte va chanter les louages de la « noblesse du terroir », du « grand raffinement » ou de la « finale magistrale » du vin en question (tous ces exemples sont réels).

Chateau-de-Fesles-Bonnezeaux-1998-375ml-Back-Label

Mais quelques producteurs honnêtes, et j’espère qu’ils seront de plus en plus nombreux, adoptent une approche purement factuelle et informative. Je trouve l’étiquette ci-dessus d’un vin de Loire (Château de Fesles, Bonnezeaux) exemplaire. J’en ai aussi rencontré plusieurs lors de mon récent voyage en Champagne. Ceux-ci se contentent d’indiquer sur leurs contre-étiquettes les origines parcellaires ou communales des raisins, de mentionner éventuellement l’approche culturelle dans leur vignoble, de nommer le ou les cépages et leur proportions, de préciser la durée de mise en cave ou la date du tirage et de dégorgement du vin, etc. La seule critique qu’on pourrait émettre à ce méthode « carte de visite » est qu’il s’adresse exclusivement à des professionnels ou à des amateurs avertis qui savent déduire de ces informations techniques ce qu’il convient de déduire, sans préjuger de leur avis sur le vin en question. Il s’agit de l’information pure et précise.

vin de merde


levrette

fine grapes

Boire tue

J’aime bien aussi une dernière catégorie, rare mais avec de beaux exemples que je montre ci-dessus, qui relève de l’humour ou de la dérision. Elle existe souvent dans un contexte particulier, et souvent en réaction à des législations perçues comme excessives, ou bien à des excès de la catégorie « bla-bla enflé » déjà mentionnée.

sign-mt-lion

Donc il faut se battre, non seulement contre les cougars (autre nom du mountain lion, ou puma), mais aussi contre une mauvaise communication sur les contre-étiquettes.

 

David


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Quelques producteurs exemplaires en Champagne (1/2)

Je n’aime pas plus que notre collègue Jim Budd les excentricités aussi légalistes qu’absurdes du Comité Champagne, ni l’arrogance parfois suffisante de quelques grandes marques de cette région viticole. Mais je n’estime pas que cela constitue une raison pour bouder tous les vins de Champagne, ni pour ignorer des choses très intéressantes qui s’y passent. J’ai fait part ici, il y a un peu plus d’un mois, de quelques vins de Champagne que j’avais particulièrement apprécié au cours de l’année 2015 et l’arrivée de ce nouvel an m’a décidé de faire un court voyage de 2 jours pour rencontrer certains de ces producteurs, juger de visu de leur approche et goûter leurs vins. Pour faire bonne mesure, j’en ai rajouté un ou deux parmi ceux dont j’ai aimé les vins dans un passé récent.

Tous les producteurs que j’ai visités il y a une semaine sont des vignerons indépendants, c’est à dire, à la base, des récoltants-manipulants selon la terminologie champenoise, même si quelques-uns achètent aussi un peu de raisin à des voisins ou à des membres de leur famille pour compléter leur production. Parfois aussi, certains louent des vignes, n’ayant pas un domaine de taille suffisante. Ils ont aussi en commun (et cela me rassure car la finesse des leurs vins semblait l’indiquer) une attitude de « tête chercheuse », mais sans jamais avoir de « grosse tête ». Ils partagent une forme de perfectionnisme et la volonté de chercher de nouvelles voies qui éclairent l’ensemble de leur démarche. Aucun ne brandit des écussons de « biomachin » en guise d’argument de vente premier, même si certains des cinq producteurs visités travaillent dans un esprit biologique, avec ou sans la certification qui va avec. Avec ou sans labels, tous reconnaissent l’impérieuse nécessité de faire vivre leur terre et d’obtenir, par des approches diverses mais qui respectent toutes l’environnement, des raisins sains et savoureux. Leurs histoires sont différentes et leurs moyens sont inégaux aussi. Mais leur vins, chacun dans son style, respirent une forme d’honnêteté qui me plait beaucoup : une forme de transparence qui est souvent reflétée sur les contre-étiquettes de leurs flacons, factuelles et informatives. La diversité et la qualité des vins de Champagne est, à mon avis, en croissance actuelle en grande partie grâce à ce type de producteur.

Voici la liste de domaines visités (et des photos de leurs propriétaires). Tous sont très recommandables, mais avec des styles de vins et des gammes de prix qui reflètent soit leur situation géographique et encépagement, soit leur approche de la vinification dans sa globalité, soit, aussi, leur renommé. Il s’agit sûrement d’un peu de tout cela à la fois.

 

portrait Pierre TrichetPierre Trichet, Trois Puits (près de Reims, en allant vers la Montagne)

 

David PehuDavid Péhu, Champagne Péhu-Simonnet, Verzenay, Montagne de Reims Nord (crédit photo ci-dessus la Cave Dilettante)

IMG_7296Laurent Champ, chef de caves,  Champagne Vilmart et Cie, Rilly-la Montagne, Montagne de Reims Nord

vesselle3Didier Vesselle et son fils, Champagne Maurice Vesselle, Bouzy, Montagne de Reims Sud

Frères ColletLes frères Collet, Domaine René Collet, Fontaine Denis, Sézannais

 

Je vous parlerai cette semaine du premier et du dernier de cette liste de cinq. Leurs deux domaines  constituent les deux points géographiques les plus éloignés l’un de l’autre de cette série, et leurs crus sont aussi, pour l’essentiel, les moins prestigieux. Mais ils méritent autant votre attention, cher lecteur, que les trois  autres pour lesquels il faudra patienter une semaine de plus !

 

logo-pierre-trichet

 

Champagne Pierre Trichet

J’avais rencontré Pierre Trichet et une partie de sa gamme pour la première fois à la dégustation presse organisée à Paris en septembre 2015 par les Vignerons de Champagne. J’étais tellement impressionné par ses vins à cette occasion que j’ai promis de lui rendre visite à la première occasion. C’est maintenant chose faite et je n’ai pas été déçu. Le domaine familial, dont les bâtiments incorporent 4 ou 5 chambres d’hôte spacieuses, est basé dans le petit village de Trois Puits, tout près de Reims sur la route qui monte doucement vers le versant nord de la « montagne » et le village de Ludes. Il comporte un peu plus de quatre hectares, auxquels se rajoute le fruit de quatre autres que Pierre loue aux alentours, dont une parcelle dans le grand cru de Verzy. En tout, cela signifie 17 parcelles, ce qui lui donne la possibilité de pratiquer un travail précis en assemblage, approche qu’il privilégie, hormis le cas de sa parcelle à Verzy. Toutes ces parcelles se situent sur des communes classées en premiers ou grands crus : Trois Puits, Montbré, Ludes, Rilly, Cormontreuil et Verzy. Trichet produit 8 vins différents, plus une variante demi-sec de son brut non-millésimé que je n’ai pas dégusté.

vignes Pierre Trichet

 

 

 

Le travail des vignes est un ingrédient essentiel de l’approche de Pierre Trichet, qui opère des sélections massales de ses plantes les plus anciennes et qualitatives qu’il fait greffer et valider par un spécialiste en Alsace. Le domaine sera agrée Haute Valeur Environnementale en 2016 et le souhait est d’aller vers un maximum de transparence dans toute les procédures et peut-être un agriculture biologique. Pierre ne cherche pas a agrandir l »exploitation actuelle car il veut pouvoir tout surveiller, aussi bien à la vigne qu’à la cave. Interrogé sur son approche du vin, il m’a donné une réponse que j’ai trouvé inhabituelle et intéressante : « mes vins doivent avoir du nez ». Dans cela il est aidé par l’expressivité du fruit apporté par le pinot meunier qui fait partie de plusieurs assemblages. Il dit aussi ne pas savoir vendre autre chose que des vins qu’il aime. En cela il ne doit pas être seul, mais c’est bon à savoir. Sur l’aspect structurel du vin, il recherche la longueur en bouche davantage que la puissance, ce qui est probablement en bonne adéquation avec le potentiel de ses crus.

Trichet est aussi un passionné d’histoire et particulièrement de l’histoire de sa région : ce sont ses recherches qui l’ont amené à planter du pinot blanc dont une cuvée sortira prochainement, ainsi qu’une cuvée « petite mousse », à la pression réduite à 3,5 bars et qui s’appelle Secret d’Or.  A la différence des autres producteurs que j’ai visité à cette occasion, Pierre n’aime pas l’effet du fût en bois sur ses vins, après avoir pratiqué quelques essais. Malgré cela (car l’usage du fût est une réalité historique, en champagne somme ailleurs), sa source d’inspiration reste largement l’histoire et il cite cela devant un effet « terroir », ne produisant qu’un seul vin mono-cru.

Sur l’ensemble des ses 17 parcelles, c’est le pinot meunier qui domine, avec 53% des surfaces, suivi par le pinot noir (25%) et le chardonnay (près de 20%). Il y a aussi un demi-pourcent d’un cépage devenu rare en Champagne, le pinot blanc. Le vignoble a été planté par sa grand-mère, puis par son père, à partir de 1947. Au début elle vendait ses raisins à Taittinger, puis elle a constitué une petite coopérative. L’exploitation, comme souvent en Champagne, avait alors une activité mixte entre vignes, céréales et betteraves. La maison, entourée de ses bâtiments d’exploitation, est récente, comme la plupart de cette région car les bâtiments anciens, qui hébergeaient un couvent autrefois, furent détruites pendant la Première Guerre, mais la cave, qui date du 17ème siècle, a subsisté et les Trichet l’agrandissent progressivement. La marque Trichet-Didier, devenu récemment Pierre Trichet, existe depuis 1972 et Pierre à repris l’exploitation en 1986, imposant progressivement sa vision sur les 60,000 bouteilles de la production annuelle. La tenue de l’ensemble du domaine est impeccable, comme on peut le constater ci-dessous, mais il faisait moins beau et moins vert le jour de ma visite !

Trichet-Didier

 

Les vins dégustés 

Authentique (nm) Brut

Provenant de 16 de ses 17 parcelles et incluant à la fois beaucoup de meunier, de la cuvée et des tailles et 17% de vins de réserve, c’est la cuvé de base de la maison. Bon fruit, assez puissant et avec une belle finale sur la fraîcheur, c’est une excellente introduction au style de Pierre Trichet.

Secret d’Or (nm) Blanc de Blancs

Malgré les réticences de Pierre envers ce type de contenant, 20% de ce vin a été fermenté et conservé quelques mois en barriques. L’essentiel vient du millésime 2010 et le tirage date de février 2011. La bouteille dégustée avait été dégorgée en août 2015. Très grande fraîcheur, avec une vivacité citronnée, très salivante, mais aussi une texture caressante qui mène vers une finale plus stricte. Vendue au domaine pour 24 euros.

L’Exception Grand Cru 2008

Dominé par le pinot noir, c’est un vin fin et structuré, encore un peu austère mais très long. Il allie corps et finesse, dans un style vin de garde. 1.200 bouteilles produites.

Cuvée 1333 (Pinot Blanc)

Nous avons dégusté une bouteille dégorgée de cette cuvée qui n’est pas encore sur le marché et dont il n’y aura que 1.333 flacons. Très aromatique et plein de saveurs, ce Champagne a de la finesse et de la longueur mais j’ai trouvé que le dosage (provisoire) pouvait être plus léger, car la finale avait une pointe de lourdeur, peut-être aussi le fait d’un dosage récent.

Rosé Brut Tradition

Le vin rouge de ce rosé d’assemblage vient de vieilles vignes de meunier dont les raisins ont été éraflés. C’est un excellent rosé, de bonne couleur (un avantage selon mes goûts en la matière !), plein de fraîcheur, très fruité dans la gamme fraise, savoureux et long.

Pour finir, et dans une autre séance, j’ai dégusté à nouveau les deux vins qui m’avaient tant impressionné en septembre :

Héritage, Blanc de Blancs

Avec une base de la vendange 2009, ce vin limpide et claire ne montre nullement son âge. Sa superbe fraîcheur porte ses belles saveurs. Excellent, surtout à un prix très doux autour de 18 euros.

La Puissance, Blanc de Noirs

Le complément du vin précédent, ce vin est issu du cru de Verzy et du seul Pinot Noir. La base est également la vendange 2009. Naturellement d’apparence plus raide, car légèrement tannique, il a aussi une grande profondeur de saveurs. Long et puissant, avec une finale aussi vive qu’intense. ma meilleur note de la série.

logo_Collet

 

Domaine Collet

Ainsi nommé pour le distinguer de la coopérative Collet (ex Raoul Collet), basé à Aÿ et dont les vins sont vinifié avec ceux de Jacquart, ce producteur est le plus récent du groupe visité car les trois frères qui le dirigent ont fondé l’activité de vinification et de vieillissement avec le millésime 2007. Auparavant, leur père apportait les raisins de ses 5 hectares à une cave coopérative. Le vignoble est situé au sud-ouest de Sézanne sur la route vers Nogent et Provins. Ce secteur au sud de la côte de blancs, qui comporte environ 1400 hectares, est peu connu en dehors de la Champagne mais j’ai gouté plusieurs vins récemment du secteur qui me semblent intéressants, dont ceux de ce domaine qui brillent par leur éclat et leur précisions.

Frères Collet

Planté progressivement à partir des années 1960, le Domaine René Collet contient 60% de chardonnay et 40% de pinot noir et est en cours de certification bio. Chacun des trois frères Collet a un rôle spécifique dans l’entreprise (vignoble, vinification, commercial/comptabilité) mais peut en remplacer un autre en cas de besoin. Et ils ont démarré avec la volonté claire d’élaborer des vins au style marqué, bien au delà de la moyenne pour ce secteur peu connu. Pour ce faire ils n’ont pas hésité à investir massivement dans un équipement impressionnant pour un domaine aussi récent, le tout étant logé d’une manière inattendue dans un grand caveau creusé sous une maison moderne d’apparence modeste. Fûts et foudres en bois, un ergonome (une spécialité de Vicard paraît-il, également en bois), cuves inox de petit volume, matériel de refroidissement, pompes du dernier cri, le tout impeccablement rangé et propre.

Domaine-Collet-Anthime-Héritage-340x791

La gamme produite par ce domaine se divise en deux parties: deux vins intitulés Empreinte du Terroir, et trois autres qui portent la marque Anthime 300. Anthime est le prénom d’un oncle qui fut le dernier sabotier/tonnelier du coin, et le chiffre 300 signifie le contenu en litres de barriques utilisées pour la fermentation et la première phase de maturation des vins de cette gamme, avant l’assemblage et la mise en bouteille (tirage), qui n’intervient qu’au mois de juillet suivant la récolte, chez les Collet. Cette longue phase de maturation des vins clairs, quel que soit le contenu utilisé, est une approche partagée par plusieurs des vignerons qui figurent dans cet article, et je ne suis pas loin de penser quelle contribue à la finesse de leurs vins. D’autres vins sont en vente, mais sont issus d’une vinification coopérative et je ne les ai pas dégustés, m’intéressant surtout à la nouvelle démarche de ce domaine.

Foudres-en-chêne-du-Domaine-Collet

Les vins dégustés

Empreinte du Terroir 2011, Chardonnay

20% des vins de cette cuvée passent en barriques, et 20% en foudres, le reste est vinifié et conservé en cuves inox avant l’assemblage. Dosé à 6 g, c’est un vin délicatement arrondi mais sans la moindre lourdeur, avec du fruit et une pointe élégante d’amertume. Très bon et raisonnable à 22 euros.

Empreinte du Terroir, extra brut (nm)

Bâti avec un assemblage de 70% de pinot noir avec 30% de chardonnay, il a des arômes et des saveurs plus « larges » que le précédent, une texture très suave et pas mal de puissance. Un excellent vin de champagne à 24 euros.

Anthime 300 Héritage (nm)

Composé à parts égales de vins des vendanges 2008 et 2009 (ce qui lui donne un âge respectable pur une cuvée non-millésimé, et sans que l’on y sente la moindre trace de fatigue), il est dominé à 70% par le cépage chardonnay, le reste en pinot noir. Toujours une fermentation et élevage sous bois, de différents contenus, et sans malo. Un vin très fin, allègre et vibrant, d’une finesse remarquable. J’ai trouvé cela si délicieux que j’en ai acheté un peu au prix de 27 euros la bouteille.

Anthime 300 Extrême, extra brut, Chardonnay (nm)

En réalité, ce vin est issu à 100% du millésime 2010 mais il ne le porte pas sur sa carte d’identité.Vinifié entièrement sous bois et sans malo, il est aussi vif que pur dans ses arômes, avec une dominante citron/citronnelle, plein de saveurs, long et très désaltérant.  Vendu à 39 euros la bouteille.

Anthime 300 Sensation Rosé (nm)

Issu d’une macération de moûts de pinot noirs (et un peu de chardonnay inclus dans la cuve) puis un assemblage avec 15% de chardonnay, c’est un vin qui procède un peu à l’envers de la majorité des rosés en champagne. Pas très intense en couleur, aux saveurs de fraise, vibrant et gourmand, c’est aussi fin que les autres vins de la gamme, même si je n’en aurai pas acheté, aimant des rosés un peu plus soutenus.

 

Voilà, et ce n’est qu’un début……

 

David Cobbold

 


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Les cépages ? Une jungle !

Notre invité de ce samedi, André Deyrieux (Winetourisminfrance) évoque la problématique des cépages dans une perspective didactique, et pour tout dire… oenotouristique.

Ce n’est pas un mystère, je m’intéresse passionnément à l‘oenotourisme. C’est-à-dire aux histoires que racontent les vignes et les vins, à la découverte de leurs patrimoines, de leur géo-histoire et de leur culture.

Et ce sont bien des patrimoines, enracinés dans la terre, à la recherche du ciel, que toutes les variétés de cette liane extraordinaire !

Tout me plaît de ces promenades que je fais en amateur, non en botaniste ou en ampélographe, dans ce monde merveilleux des cépages. On a bien de la chance d’avoir autant de richesse, et il est bien dommage de savoir que 20 cépages seulement font 90 % des vins…

Elles me fascinent, toutes les originalités de ces personnages de la grande scène des vignobles ! Ceux dont la peau épaisse fait les vins doux (Gewürztraminer, Muscat, Grenache, Petit Manseng…). Ceux dont la peau est fragile (Négret de Banhars) ; les tardifs adaptés au sud et les hâtifs adaptés au nord ; ceux qui nous parlent d’histoire (le Romain, le Maréchal Joffre) ; ceux riches en jus ; ceux aux petits grains ; ceux qui ont voyagé par les voies romaines ou les chemins de Saint-Jacques de Compostelle ; ceux dont la pruine est plus riche en terroir, sans parler des cépages non greffés pré-phylloxériques…

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André Deyrieux  (Photo (c) H. Lalau 2015)

 

Ce qui est bien aussi, c’est que l’ampélographie est compliquée. Un vrai fouillis : tous se sont ingéniés à la rendre plus complexes à coups de comparaisons hâtives, d’étymologies poétiques, d’orthographes à géométrie variable (Mancin, Monsenc, Mencen…), de trajets hasardeux… sans parler du fait que naturellement bien des cépages connaissent déjà de nombreuses variantes.

L’analyse ADN n’est venue que récemment mettre un peu de clarté et beaucoup de vérité dans les parentés et les origines.

Je me délecte pourtant des mythes. Combien reviennent d’Orient, comme le Persan (qui en fait est originaire du lieu-dit Princens, en Maurienne), l’Altesse (qui ne vient pas de Chypre, mais de terrasses d’altitude), ou la Syrah qui ne vient pas de Shiraz, mais du nord des Côtes-du-Rhône !

Je m’amuse de leurs noms (Cacaboué, Ragoûtant…) et de leurs étymologies, parfois vraies, souvent inconnues.

Le Vaccarèse est bien originaire du Vaccarès, et le Raisin des Abymes (la Jacquère) rappelle bien l’écroulement du Granier près de Chambéry en 1248. Mais si le Pagadebiti est un cépage corse qui doit son nom à sa qualité de payer les dettes du vigneron, le Grolleau n’assure pas quant à lui la fortune de ses vignerons du Val-de-Loire… Et passons sur le fait que Le Beaujolais est aussi un cépage, de même que le Rosé du Var…

Et parmi tous ces cépages, je préfère les plus rares, les oubliés, les retrouvés, ceux qui ont failli disparaître, ceux qu’on ne connaît pas encore et qu’on devrait retrouver pour les sauvegarder.

Il faut parfois partir sauver le soldat cépage ! Son nom ? Mornen, Aubun, Dureza, Bia, Corbeau et bien d’autres…

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Biodiversité, fierté locale, adaptation aux changements climatiques, résistance aux nouvelles maladies de la vigne, passion pour l’histoire, renaissance de traditions, fierté locale, valorisation de territoires ruraux, maintien d’une riche palette de vins face à l’uniformisation du goût… les raisons d’aimer les cépages rares sont multiples.

C’est pourquoi, je suis heureux, non content d’avoir participé en 2011 (déjà !) à la création des Rencontres des Cépages Modestes (plutôt destinées aux professionnels), de contribuer à l’organisation du premier salon des vins de cépages rares à Paris, un vrai salon destiné à les faire connaître du grand public !

Ce sera les 19 et 20 mars 2016, cela s’appelle le Salon Rare, le salon des cépages rares au profit des victimes de maladies rares – et il aura lieu dans les salons de la Mairie du XVIe.

Pour plus de renseignements: Le Salon Rare

André Deyrieux

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