Les 5 du Vin

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Réflexions sur les vins de Centre Loire

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Un trop bref séjour récent à Sancerre pour animer une table ronde organisée par le CNAOC et portant sur des sujets de fond (le réchauffement climatique, les maladies de la vigne et la réduction des intrants, avec leurs conséquences sur l’encépagement et d’autres règles des appellations) m’a donné l’occasion de demander aux responsables de cette région de m’organiser une dégustation de quelques vins du Centre Loire. Le préavis que j’ai pu donner étant court, je les remercie d’avoir su bien organiser cette dégustation qui a réuni 68 échantillons de l’ensemble des appellations de la région. Je rajoute que cette inter-profession, bien conduite par Benoit Roumet, a l’intelligence de produire un dossier de presse factuel et riche, entièrement libre du bla-bla polluant qui sévit trop souvent dans ce genre de document.

300px-008_Sancerre_sur_sa_butteSancerre (Photo Henri Moreau)

Voici les appellations de la région Centre Loire, par ordre alphabétique : Châteaumeillant (90 hectares : vins rouges et rosés de gamay ou pinot noir), Coteaux du Giennois (200 hectares : blancs de sauvignon ; rouges et rosés de pinot noir et gamay), Menetou Salon (550 hectares : blancs de sauvignon; rouges et rosés de pinot noir), Pouilly Fumé (1.320 hectares: blancs de sauvignon), Quincy (280 hectares: blancs de sauvignon), Reuilly (235 hectares: blancs de sauvignon, rouges et rosés de pinot noir, ainsi que «gris» de pinot gris), et enfin la plus grande et la plus connue, Sancerre (près de 3.000 hectares: blancs de sauvignon; rouges et rosés de pinot noir). Je sais bien que techniquement, les 30 hectares de Pouilly-sur-Loire en font partie aussi, mais il semble que le marché et les producteurs ont décidé d’un commun accord de laisser le chasselas aux Suisses ou aux Savoyards et il n’y avait aucun échantillon de cette appellation en voie (probable) de disparition.

carte Loire

La partie orientale du Val de Loire, là où le fleuve amorce son virage vers l’ouest, touche presque à la Bourgogne, ce qu’on voit à peu près sur la plus petite carte

Premier constat: cette région représente sur le plan géographique un point de rencontre entre vallée de la Loire et Bourgogne. Cela se confirme à la fois par son climat, plus nettement continental que les parties en aval sur la Loire, mais aussi par l’encépagement qui emprunte le gamay et pinot noir (et aussi, un tout petit peu, le pinot gris) à la Bourgogne, et le sauvignon blanc à la Loire. Rappelons que ce même sauvignon blanc existe aussi en Bourgogne, pas si loin de là, dans l’appellation Saint Bris, près de Chablis. Le cépage ne reconnaît pas les frontières que quelques imbéciles tentent de lui imposer par pur esprit de protectionnisme !

SANCERRE photo Bookinejpg autre image, plus estivale, du vignoble sancerrois où pentes et orientations varient pas mal (photo Bookine)

Deuxième constat: ces sept appellations connaissent des fortunes assez diverses, comme le reflètent leur tailles relatives. Sancerre mène clairement la danse régionale, avec plus du double de la surface de sa suivante, Pouilly Fumé. Si, historiquement, la proximité avec le fleuve a pu expliquer certains écarts de fortune, je pense qu’aujourd’hui, c’est surtout la facilité avec laquelle on prononce les mots qui joue un rôle prépondérant, sans parler de la qualité perçue des vins (vrai ou faux: j’ai bien dit «perçue»). Si on regarde les pourcentages des ventes réalisées à l’exportation, appellation par appellation il est clair que la taille et l’antériorité de l’appellation jouent un rôle, comme l’indique ce tableau :

 

appellation date création Superficie/ha % export
Sancerre 1936 3000 57%
Pouilly Fumé 1937 1320 53%
Menetou Salon 1959 550 13%
Quincy 1936 300 14%
Reuilly 1937 235 15%
Giennois 1998 200 17%
Châteaumeillant 2010 90 2%

 

Les deux plus grosses appellations sont, et de loin, celles qui exportent le plus. Menetou-Salon, qui les suit de loin, a un nom plus difficile à prononcer et une date de création plus récente. Je ne m’explique pas bien pourquoi Quincy est resté si petite et peu connue, mais il y a sûrement d’autres facteurs qui entrent en compte.

logo centre Loire

Maintenant, parlons de cette dégustation, qui donnera lieu à d’autres commentaires plus ou moins généraux. Je remercie les vignerons ayant accepté d’envoyer des échantillons avec si peu de préavis. Même si ce type de dégustation ne permet pas de donner une vision complète, et encore moins d’établir une quelconque hiérarchie dans la qualité, vu le nombre de vins représentant chaque appellation et chaque couleur (j’en donne les chiffres ci-dessous), avec 68 vins dégustés, je m’autoriserai quand même à faire quelques observations et à souligner mes vins préférés.

Les vins étaient jeunes, et parfois trop jeunes. Je m’explique: ils devaient tous être en vente actuellement: la majorité provenait des millésimes 2012 et 2013, mais avec pas mal de 2014 aussi, dont une forte proportion de Sancerre et de Quincy. La plupart de ces blancs de 2014 méritaient au moins 6 mois de plus d’élevage. La pression des marchés explique probablement une telle précipitation à mettre en vente des vins trop jeunes, car encore fermés et manquant d’affinage dans leurs textures comme dans leurs saveurs. Les millésimes 2012 et 2014 (avec un jugement de potentiel pour ce dernier à cause de sa jeunesse) m’ont parus au-dessus du 2013, dont la météo à rendu l’exercice difficile, je crois.

 

Les vins dégustés

Vins rouges : 1 Châteaumeillant, 1 Coteaux du Giennois, 3 Menetou-Salon, 5 Sancerre

Vins rosés : 2 Reuilly, 1 Menetou-Salon, 2 Sancerre (et un vin de table dont je parlerai)

Vins blancs : 4 Coteaux du Giennois, 4 Reuilly, 14 Quincy, 4 Menetou-Salon, 8 Pouilly-Fumé, 17 Sancerre

 

Mes vins préférés

Vins rouges

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, Première Cuvée 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, L’Ecrit 2012

Sancerre, M et E Roblin, L’Origine 2013

Sancerre, Domaine Henri Bourgeois, La Bourgeoise 2012

Vins rosés

Reuilly, Jean Tatin, Demoiselle Tatin 2014

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, 2014

Vins blancs

Quincy, Jean Tatin, Succulus 2013

Quincy, Domaine Portier, Quincyte 2013

Quincy, Domaine de la Commanderie, Siam 2013

Quincy, Domaine Villalain, Grandes Vignes 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, Le Carroir 2013

Menetou-Salon, Domaine Jean Teillier, Mademoiselle T 2013

Pouilly-Fumé, Château de Tracy, HD 2012

Pouilly-Fumé, Domaine Jaudrat Guyolot, Gemme Feu 2012

Pouilly-Fumé, Serge Dagueneau et Fille, Tradition 2014

Sancerre, Domaine Laporte, Le Grand Pachois 2012

Sancerre, Vincent Grall, 2014

Sancerre, Jean Reverdy et fils, La Reine Blanche 2014

 

Remarques sur ces résultats

D’abord le caveat habituel sur une dégustation, même à l’aveugle comme ici: ce n’est jamais qu’une photo instantanée, et qui ne montre qu’un fragment du paysage, vu la représentativité relative de cet échantillonnage. Seule une minorité des producteurs avaient proposé des échantillons. Mais on peut aussi constater que des producteurs dont j’ai déjà très bien dégusté des vins sont au rendez-vous. Je pense à Jean Tatin et au Domaine Portier à Reuilly et Quincy ; aux Domaines Pellé et Jean Teillier à Menetou-Salon ; au Château de Tracy à Pouilly et à Henri Bourgeois, au Domaine Laporte et à Vincent Grall à Sancerre.

Deux vins à part

J’ai mentionné un vin (rosé) produit sous la désignation « vin de table ». Il s’agit d’un cépage récemment sauvé de disparition et qui a été autorisé en plantation à titre expérimental, je crois (ou bien au titre de la sauvegarde de la bio-diversité, je ne sais plus !). Ce cultivar s’appelle le genouillet et le Domaine Villalain, de Quincy et de Reilly, a envoyé un échantillon de son millésime 2014. Je ne fus pas surpris d’apprendre qu’un des ses ancêtres est le gouais blanc, cette variété à la multiple descendance mais dont les vins peuvent aisément ressembler à de l’acide de batterie. Ce n’était pas franchement le cas pour ce vin, aux odeurs inhabituelles de paille et de sciure, avec une belle vivacité mais peu de fruit. Une curiosité, du moins pour l’instant.

Le pinot gris peut produire , sous l’appellation Reuilly, des vins qualifiés de rosé, mais dits « gris de gris » et en réalité blancs. J’ai beaucoup aimé celui de Jean Tatin, même si je dois le considérer comme un vin blanc. Le nez est très aromatique et la texture suave. Equilibre et longueur sont excellents, avec juste un pointe de tannicité à la fin qui trahit un travail de macération, peut-être.

Les défauts de certains vins

Un vin bouchonné, quelques vins trop soufrés et un bon nombre de blancs mis en bouteille trop jeunes. En mettant ces vins blancs sur le marché si rapidement, on a tendance à les simplifier. Et, du moins dans le cas des sancerres, il n’y a pas d’excuse du côté de la rentabilité. Après il y a des questions de style. En ce qui concerne les vins de sauvignon blanc, je n’aime pas les odeurs agressifs de buis ou, pire, de pipi de chat. Je crois que les deux proviennent d’une forte présence de molécules de la famille des thiols. On rencontre cela plus facilement lorsque les raisins ne sont pas assez murs. Peut-être aussi quand l’élevage n’a pas encore calmé ce type d’odeur primaire (un avis d’expert sera le bienvenue sur ce sujet technique).

J’ai aussi l’impression que Sancerre vit un peu sur sa renommée. Cela semble être les cas si on regarde la proportion de vins que j’ai apprécié par rapport au nombre d’échantillons dégustés : cela n’est surement pas très fiable sur le plan des statistiques, mais enfin…

Je n’ai pas les prix de ces vins, mais le rapport qualité/prix d’un Menetou-Salon, par exemple, est sans doute plus favorable en moyenne, que celui d’un Sancerre.

David Cobbold


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Voyage en Styrie (3/3)

Après une interlude pour évoquer les gros méfaits du bouchon en liège massif, je retourne avec plaisir sur mes pas en Styrie, cette partie sud-est de l’Autriche qui produit (c’est mon avis et je le partage, selon le titre d’un bouquin d’André Santini !) parmi les plus beaux sauvignons blancs du monde. Le style n’est ni celui de la Nouvelle Zélande, hyper aromatique et parfois un peu stéréotypé dans cette moule thiolée, ni celui, plus retreint et parfois un brin sévère, du Centre Loire. Une texture suave et une certaine séduction aromatique sont bien là, mais on est plus proche des meilleurs sancerres et pouilly-fumés que des modèles extrêmes du Nouveau Monde qu’adore notre Marco. Après, comme toujours, c’est chaque vigneron qui forge son style, car le climat, c’est à dire le terroir, est globalement identique sur toute la région, à quelques nuances près. L’exposition des parcelles, en revanche, peut jouer un rôle essentiel en modifiant le méso-climat.

Erwin_Sabathi_Pössnitzberg Cette vue sur la Grosslage Possniztberg d’Erwin Sabathi illustre bien la topographie et disposition ondulante sud-est/sud/sud-ouest des meilleurs vignobles de Styrie (photo Sabathi)

Le lien avec mon sujet de la semaine dernière est le fait que 9 des producteurs sur les 10 que j’ai visité en deux jours et demie n’utilisent plus du tout le liège pour fermer leurs flacons : c’est soit la capsule à vis, soit le vinoloc (bouchon en verre). No bullshit with bloody corks pourrait être leur slogan, et ils vont au bout en mettant toute leur gamme, y compris les grands crus, sous capsule ou sous bouchon en verre.  Seul ombre à ce tableau,  Neumeister, au demeurent un des bons producteurs de ma tournée, avait un vin bouchonné dans la série des 66 sauvignons que j’ai dégusté à l’aveugle ! J’espère qu’il ne restera pas longtemps attaché au liège car Christoph Neumeister me semble être un garçon très pragmatique et ouvert.

Après Gross et Wolfgang Maitz (mon deuxième article d’il y a deux semaines), je me suis rendu chez Hannes Sabathi (à ne pas confondre avec Erwin Sabathi, à voir plus loin). Sa plus grande parcelle, nommée Kranachberg, est maintenant plantée à 80% de sauvignon blanc, signe de l’engagement progressif des producteurs du coin envers ce cultivar. Les deux meilleurs vins de sauvignon blanc dégustés chez lui furent le Kranachberg 2013 (en échantillon avant mise), fermenté et élevé en foudres de 1500 litres, à l’acidité vive mais vibrante et avec une concentration impressionnante ; puis son Kranachberg Reserve 2006, encore austère mais très fin et long.

SattlerWilli Sattler devant chez lui (photo DC)

Sattlerhof est probablement, avec Tement, le producteur styrien le mieux connu en dehors de son pays natal. En tout cas j’ai rencontré ses vins dans plusieurs marchés. Il partage la parcelle Kranachberg avec Hannes Sabathi. Willi Sattler conduit sur les routes tortueuses autour du village de Gamlitz à une vitesse de rallyman tout en expliquant les nuances de son domaine. Il soutient que le sauvignon blanc est une variété au caractère de caméléon (et je suis d’accord avec cela). Les vignobles très pentus nécessitent entre 500 et 600 heurs de travail par an et, en raison de ces pentes, les vendanges coûtent environ 1,70 euros par kilo de raisin. J’ai trouvé la plupart de ses vins jeunes de sauvignon assez austères, peut-être un peu réduits. Mais son erste lage (premier cru) Sernauberg 2013 et le grosse lage Kranachberg 2010 sont des vins splendides, spécialement ce dernier qui est d’une grande complexité et possèdent des odeurs et saveurs de fruits exotiques d’une grande gourmandise. Curieux de connaître d’autres aspects de la production de ce domaine de référence j’ai aussi dégusté un magnifique chardonnay (on l’appelle morillon ici), le Pfarrweingarten 2007, qui ne fut mise en bouteille qu’en 2011 : finesse et grande ampleur, avec une très belle texture et une longueur admirable. Puis, pour finir, un Weissburgunder (Pinot Blanc) de la même parcelle et aussi du millésime 2007. ce vin a séjourné 7 ans en barriques dont 30% de barriques neuves mais il ne sent nullement le bois. Très long et un peu salin, délicat au toucher et vibrant par son acidité bien intégré. Des vins admirables !

Kranachberg_1Le Kranachberg, parcelle classé grosse lage, exploité en partie par Sattler (photo Sattlerhof)

Dans un autre secteur, le Weingut Lachner Tinnacher, d’origine ancienne à juger par les beaux bâtiments classiques, qui ont été modernisés intérieurement avec soin et goût comme partout ici, est maintenant dirigé par la fille de la famille, Katharina, diplômé en oenologie. Elle a converti son vignoble en bio et produit des vins intéressants, précis et élégants, assez tactiles mais avec, pour certains vins, une pointe herbacé et d’amertume qui m’a un peu gêné : de bons vins mais pas encore au sommet pour la région à mon avis. Ce sont des vins qui auront probablement besoin d’un peu de temps. Cela dit, je sent que ce domaine serait sur une pente ascendante, car son vin « de base » dans l’hiérarchie STK, le Steierische Klassik 2013 a obtenu ma meilleur note (15/20) dans sa série lors de la dégustation à l’aveugle, grâce à son nez ample et tendre, sa jolie texture soyeuse et ses saveurs gourmandes de fruits à noyau finissantes sur une belle longueur vibrante. ses vins sont importés en France par Valade et Tansandine.

Katherina TinnacherKatharina Tinnacher vinifie maintenant les vins de son domaine familial (photo DC)

Erwin Sabathi est un autre fou du volant, et vit manifestement à 100 à l’heure. Il travaille en famille avec ses frères, et ils ont construit un winery exemplaire de modernité et d’efficacité en face de la maison familiale. C’est un des points qui m’a impressionné dans cette région : la capacité d’innover en vin comme en architecture, tout en gardant une continuité avec le fil de cette région. Les vins d’Erwin Sabathi sont parmi les meilleurs que j’ai dégusté lors de ce voyage. Sur place j’ai commencé par une magnifique série de vins de chardonnay/morillon : Pössnitzberg 2013 et Pössnitzberg Alte Reben (vielles vignes) 2013, suivi par le même vin en 2012. Des vins intenses mais fins, ayant beaucoup d’ampleur sans sembler gras. Des vins qu’on pourra garder 5 ans si on est patient mais délicieux maintenant. On n’est pas loin du niveau des meilleurs bourgognes blancs avec de tels vins, mais ils restent bien plus abordables ! La série de sauvignon blancs dégusté chez lui ou, plus tard, dans la grande dégustation anonyme, sont d’une régularité et d’une qualité exemplaire. Je pense en avoir dégusté une demi-douzaine en tout, entre les villages, les premiers et grands crus, les cuvées de vielles vignes et les autres, dans trois millésimes successives. Mes notes pour tous ces vins vont de 14,5/20 à 16,5/20, avec aucune fausse note. Un chef d’orchestre remarquable avec des musiciens de qualité.

Cette première journée fut dense, avec 6 visites qui se sont bien enchaînées après un vol très matinal de Paris à Graz, via Vienne. Les lendemain sera un peu plus relax, avec deux visites le matin puis la grande dégustation à l’aveugle l’après-midi. Les choses sont bien organisées en Autriche !

PolzLes générations se succèdent chez Polz, mais les vins grandissent, gagnant en finesse et en longueur. Christoph Polz en fait la démonstration (photo DC)

Ma première visite du lendemain fut chez Erich & Walter Polz, dont le domaine jouxte celui des Tement. Encore un jeune fils qui a pris la relève de ce domaine qui totalise maintenant 70 hectares. Le fait que le vignoble Polz n’avait de 4 hectares il y a 25 ans symbolise la réussite aussi rapide que récente de la viticulture de qualité dans cette région. Les meilleurs parcelles s’appellent Grassenitzberg (erste lage) et Hochgrassnitzberg (grosslage). Le sauvignon blanc est le plus planté des cépages chez Polz, couvrant 50% des surfaces. J’ai commencé par déguster d’autres vins, dont un très bon méthode traditionnelle rosé fait à partir de zweigelt et de pinot noir du millésime 2010. Ce vin délicieux, très faiblement dosé mais issu de raisins murs, a une excellent qualité de fruit et une très bonne équilibre. Il se vend sur place au prix d’un bon champagne de vigneron, c’est à dire 17 euros la bouteille et la qualité est comparable. J’ai aussi dégusté une série de 3 chardonnays/morillons. Pour ces vins, comme pour d’autres, la tendance chez Polz est d’aller vers des récipients vinaires de 500 litres, en gardant une proportion de barriques aussi, mais l’approche est pragmatique, jamais systématique, sauf pour la fermeture des bouteilles, car 100% de la production est sous capsule à vis depuis 2007, et, selon Polz, c’est sa clientèle qui a décidé (une petit leçon ici pour nos chers français rétrogrades !).  La parcelle Obegg dans le millésime 2011 a produit un vin au nez magnifique, puissant avec beaucoup de fond et de complexité. En bouche on ressent un peu de chaleur et sa texture légèrement crayeuse le destine à accompagner de la nourriture plutôt qu’à être bu seul, du moins pour l’instant. Le Morillon 2007 de la même parcelle montre plus de présence de bois. C’est riche et intense, et on sent l’évolution stylistique vers plus de finesse opéré par la jeune garde en comparaison avec ce vin élaboré par son père. Le Morillon Grassnitzberg 2012 n’a utilisé que de grands récipients. C’est plus fin et précis, aux saveurs succulentes. Les parfums d’estragon et de tilleul dansent sur le palais autour d’un centre plus ferme. Finale très délicate et style admirable.

IMG_6619La pureté des vins chez Polz trouve un écho dans le décor de la devanture de leur salle de dégustation qui laisse passer la lumière à travers des piles de bouteilles blanches (photo DC)

Quant aux sauvignons blancs de Polz, j’a dégusté sur place un échantillon avant mise du grosse lage Hochgrassnitzberg 2013, avant toute filtration. 50% du volume provient d’un pressurage de grappes entières, tandis que le reste à subit une macération préfermentaire de 6 à 8 heures. Des levures locales ont opéré la fermentation dans des foudres de 1500 litres. Ni bâtonnage, ni sulfitage, ni soutirage n’a eu lieu pendant les 12 mois d’élevage de ce vin qui sera mis en bouteille en avril après filtration. Ce vin a une très belle texture, un nez puissant et un fruité en parfait équilibre avec le reste. Juteux, fin et long, c’est un vin admirable. Le prix ? Environ 25 euros. Un des tout meilleurs vins de sauvignon que j’ai dégusté mors de ce voyage a suivi. Le 2012 « Jubilee Edition » (son nom n’est pas définitif) a été élaboré pour célébrer le centenaire du domaine Polz. Il provient du grand cru Hochgrassnitzberg et d’une vigne en terrasses. La fermentation fut très lente puis le vin a passé 28 mois dans des tonneaux de 500 litres, sans intervention. La qualité du fuit est exceptionnel et l’équilibre m’a semblé idéal pour un sauvignon blanc. Plein de fraîcheur, séduisant et complexe. Une pure délice ! J’ignore le prix de ce vin mais c’est très bon.

Dégusté à l’aveugle parmi la longue série de sauvignons blancs des 10 membres se l’association STK le Steirische Klassik 2013 de Polz était un des meilleurs de cette catégorie pour moi, dans un style raffiné, au bon fruit tendre et gourmand. Idem pour son vin de village 2019, curieusement nommé Spielfeld 84/88 ; avec son nez attrayant, son l’acidité modérée et à sa belle matière expressive sans aucun excès. Le erste lage Therese 2013 était encore parmi les meilleurs de sa catégorie avec un nez splendide qui mêle odeurs subtiles, aussi bien de fruits que de plantes aromatiques. Ce morceau de bonheur se poursuit avec une matière de belle densité, très savoureuse et salivante. La cuvée Czamilla, dans la même catégorie, était un cran en dessous. Enfin deux vins de Polz de la catégorie grosse lage m’ont fait très forte impression: le Hochgrassnitzberg 2012 (16,5/20) et le même vin en 2010 (17/20). Ces deux vins se placent parmi les meilleurs de leurs groupes respectifs. Oui, je recommande fortement les vins de ce domaine. Ils sont admirables de finesse et de subtilité de toucher !

Tement brothersComme si souvent lors de ce voyage, la jeune génération semble prend la relève partout en Styrie, comme ici chez Tement (photo Tement)

Tement est certainement le domaine phare de la région et de ce groupe. J’avais rencontré leurs vins pour la première fois il y a une douzaine d’années en France, lors de la préparation du premier guide qui a existé sur les vins importé en France (Le Guide Fleurus des Vins d’Ailleurs, publié en 2003). Ils m’avaient bien impressionnés à cette époque mais ils ont fait de beaux progrès depuis sur le chemin de la finesse, comme d’autres de leurs collègues. L’ensemble de ce domaine donne une impression de beauté et de maîtrise tranquille. Manfred Tement, toujours bien présent, donne de plus en plus de champ à la jeune génération, dont son fils Armin. Le domaine comporte 80 hectares en Autriche plus 20 de plus en Slovénie (vinifiés dans un chai à part). En effet, la frontière passe juste en dessous des bâtiments construits ou restaurés avec un goût impeccable. Tout (restaurant, maisons, chai, boutique et chambres d’hôte) est chauffé avec du bois récolté sur le domaine dont les parcelles ont des noms comme Grassnitzberg, Sernau ou Zieregg.

 Manfred TementManfred Tement dans sa salle de dégustation (photo DC)

Le sauvignon blanc entrée de gamme s’appelle Tomato Green (millésime 2014) et il est le seul fermé avec une capsule à vis, les autres ayant des vinolocs. Ce vin est vif est directe, léger et frais : un bon vin de soif. Puis le Steirische Klassik 2014 qui résulte d’un assemblage de parcelles en premier cru et d’autres au niveau village. Il a de la profondeur et de la complexité et une excellente longueur pour sa catégorie. J’ai aussi bien aimé un échantillon pas encore embouteillé de son domaine en Slovénie, appelle Ciringa Foslin Berge 2014 : très vif et salivant, avec une belle sensation de pureté et d’intensité. Prometteur. J’ai moins aimé son vin du niveau village, le Berghausener 2013, qui m’a semblé un peu réduit et manquant de fruit et d’harmonie. Je l’avais aussi dégusté à l’aveugle plus tard et je le trouvais un peu crayeux de texture et marqué par son élevage. Le Grassnitzberg erste lage 2013 qui m’a semblé un peu dissocié à ce stade. Les vins de grosse lage (grands crus) chez Tement passent leur premiers 12 mois d’élevage sans soutirage ni sulfitage, puis sont soutirés et légèrement sulfités avant la mise. Le Sernau 2013 a un très beau nez, bien expressif avec une excellente qualité de fruit. La texture est tendre, très fine et le vin développe en ampleur sans perdre de sa finesse. J’ai aussi dégusté le Sernau 2012 (à l’aveugle) a le caractère beurré et suave du nez ressortait, puis beaucoup de longueur en bouche et juste une petite impression de chaleur. Le Zieregg 2013 donne des odeurs plus pointues et épicées. En bouche c’est aussi plus dense en concentré, avec un épi-centre d’une belle intensité. Alliant grande finesse et une certaine puissance, il mérite une garde de quelques années je pense. Grand vin. Dans la dégustation à l’aveugle c’était au tour du Zieregg 2012 qui partage avec son voisin d’écurie un beau caractère crémeux. C’est un vin splendide, fin et vibrant aussi. Quant à la capacité de garde des sauvignon blancs de Tement, j’ai dégusté aussi le Zieregg 2007 et elle est pleinement avérée : encore un excellent vin !

IMG_6669Ce site du vignoble Neumeister, qui s’appelle, je crois, Saziani, domine l’église qui en est encore propriétaire (photo DC)

Ma dernière matinée était consacré aux visites des deux derniers domaines de l’association STK, qui se trouvent à l’est des autres, dans la sous-région appellée Südoststeirmark ou on trouve, dans certains secteurs, des sols d’origine volcanique. Le domaine Neumeister se trouve aux abords du village perché de Straden, dominé par le clocher de son église. D’ailleurs la meilleure parcelle des Neumeister appartient toujours à l’église : il est leur est loué sur un bail de 50 ans. Christoph Neumeister, qui cultive ses 30 hectares selon une approche que je qualifierai de « bio pragmatique » m’a amené en haut de la colline qui fait face à l’église, de manière à constater les différences d’exposition des vignes qui tournent autour de cette colline pointue, sauf évidemment sur les parties orientées vers le nord.

IMG_6646L’intérieur du chai/magasin/salle de dégustation de Neumeister est comme un tableau constructiviste : bois, acier, verre et béton alternent pour produire de la beauté formelle (photo DC)

Le chai du Weingut Neumeister est très moderne et d’une grande beauté esthétique. Je suis béat d’admiration devant le soin apporté à l’architecture, externe comme interne, dans cette région, du moins pour les domaines que j’ai visité. C’est aussi créatif que respectueux des matériaux et cela rehausse l’expérience du visiteur d’une manière remarquable. Ce visiteur, qui a peut-être fait un long chemin pour y parvenir, est très bien soigné ici car le domaine inclut un restaurant, géré par les parents de Christoph, et dont la cuisine a obtenu 3 toques et 17/20 au guide GaultMillau. Il s’appelle Saziani (c’est le nom d’une de leurs meilleurs parcelles de vigne) et, pour compléter l’expérience, il y a aussi sept chambres /appartements à loueur sur place dans le bien nommé Schlafgut Saziani. Je n’ai pas testé mais, si ces deux établissements sont au niveau des vins et du winery, cela doit être une très belle expérience !

Quid de ses vins du cépage sauvignon blanc alors ? On peut dire que le bilan est globalement très positif, mais sans tomber dans une langue de bois néo-stalinien ! Le erste lage Klausen Sauvignon Blanc 2013 est un vin délicat, au toucher fin, vendu au prix de 18 euros. Dégusté deux fois, dont une fois à l’aveugle ou il faisait partie des meilleurs de sa série. Ensuite, sur place, on m’a fait déguster une série de trois millésimes issus de vielles vignes. En l’occurrence ces vignes étaient plantées en 1937, 1951 et 1967 : donc ils ont entre 48 et 78 ans. Ce vignoble est en location et Christophe ne sait pas quel porte-greffes ont été utilisés, mais les baies sont toutes petites et les acidités se situent autour de 6,2/6,3. Ces vins ont passé 30 moins en barriques avant la mise en bouteilles. Il s’agit de vignobles ayant le statut « village » sur l’échelle du STK. Le Stradener Alte Reben 2011 a une intensité incroyable qui s’expriment toute en finesse. Il m’a semblé même légèrement tannique et d’une grande complexité. Se très grande fraîceur/acidité est totalement intégré dans le corps du vin. Magnifique ! Le millésime 2012 du même vin est plus puissant et expressif au nez, mais partage cette grande finesse de texture. C’est vibrant, long et élancé. A l’aveugle je le rapprocherais d’un riesling ou d’un chenin blanc de très belle qualité. Le 2013, qui n’est pas encore en bouteille, est également très beau. La texture me semble plus suave et ronde. Toujours intense mais d’un grand raffinement et longueur. Le prix de ces vins d’exception se situe autour des 50 euros. C’est beaucoup, mais c’est bien moins cher que les vins d’un Didier Dagueneau, par exemple, et c’est du même niveau.

Pendant le dégustation à l’aveugle, d’autres vins de Neumeister ont également fait très bonne figure, mis à part un (le grosse lage Moarfeitl 2012) qui était bien bouchonné. Je pense que ce seul membre de l’association STK qui utilise encore le liège devrait réfléchir à ce problème récurrent qui entache la qualité de ses vins. Son Steierische Klassik 2013, seul vin de sa gamme à utiliser la capsule à vis, était un des meilleurs de sa série, au nez chaleureux mais discret en fruit (poire), puis en bouche une belle intensité et longueur et une texture légèrement crayeuse. J’ai déjà parlé du erste lage Klausen 2013, comme du Stradener Alter Reben 2011, assimilable à un grand cru. Deux vins au top !

Schloss KappensteinL’entrée au Schloss Kapfenstein, centre du domaine Winkler-Hermaden, devenu un hotel-restaurant qui vous permettra un voyage dans le temps avec vue sur le présent (photo DC)

Ma dernière visite a incorporé une escale dans l’histoire de cette région, avec le domaine Winkler-Hermaden dont le symbole et couronnement physique est un château historique, devenu un remarquable hôtel et restaurant, ce Schloss Kapfenstein qui pointe ses murs blancs au sommet d’une colline escarpée à l’extrémité sud-est du pays, proche à la fois de l’Hongrie et et la Slovénie. L’attraction touristique constitué par le château/hotel et telle que 50% des ventes se font à la propriété.

détail Winkler (1)

Propriété familiale depuis 1898. Les vins sont maintenant vinifiés par Christoph, un jeune homme qui termine ses études de micro-biologie et qui est plein d’idées pour l’avenir du domaine. Certifié bio depuis 2012, le domaine et ses 40 hectares de vignes se divise en deux parties, dont une, autour de Klöch, produit surtout des traminers sur des sols volcaniques. En tout 13 variétés sont cultivés, dont pas mal de cépages rouges. J’ai dégusté un très beau pinot gris, le Ried Schlosskogel Grauburgunder 2013, joliment parfumé, délicieusement fruité et plein d’élégance. Un style admirable qui n’a aucune lourdeur. Puis trois gerwurztraminers, une des spécialités de la maison.  Le Gewurztraminer Klücher Oldberg 2013  est délicatement parfumé par des odeurs qui évoquent certaines roses anciennes. Belle acidité qui équilibre, plus ou moins, le sucre résiduel. Il y avait aussi un Gewurztraminer « orange » qui suit la mode qui sévit en Slovénie et ailleurs pour cette approche. C’est un vin étrange, tannique et à la finale dure, qui ne m’a procuré aucun plaisir. Un vin pour masochistes peut-être ?  Enfin un Traminer Kirchleiten 2008 très convaincante dont j’ai beaucoup aimé la belle matière suave, l’élagance du toucher et la longueur succulente. Il paraît que ce vin est analytiquement sec (4,2 gr/litre) mais cela ne semble pas le cas. En tout cas un équilibre parfaitement réussi. Je fus moins convaincu par leur Pinot Noir Winzerkogel 2012, un peu austère. Un autre rouge, peut-être plus intéressant et original, est Olivin Blauersweigelt 2011, à la texture certes  un peu rugueuse mais au bel caractère affirmé. Un vin issu de la méthode traditionelle et du pinot noir (dosage brut) m’a beaucoup plu en revanche, comme un étonnant Strowein fait avec du Merlot. Les sauvignons blancs de ce domaine, lors de la dégustation du groupe conduite à l’aveugle, m’ont tous semblé un cran ou deux en dessous des meilleurs, à l’exception du grosse lage Kirchleiten 2007, très parfumé, riche et épicé, aux très belles saveurs qui donnent beaucoup de plaisir.

dégustation Styrie

Ma petite conclusion à tout cela, je l’ai déjà formulée dans les précédents articles. Pour résumer, cette région est non seulement belle, elle est accueillante et ses meilleurs vignerons, représentés ici, travaillent intelligemment à la fois individuellement et collectivement. Ils produisent des vins exemplaires en respectant la nature et le consommateur. Allez voir par vous-mêmes !

David Cobbold

 

 


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Si on s’achetait le nouveau Galet ?

Non, à l’inverse de mes confrères fins observateurs de la chose publique et électorale, quand bien même son discours séduit nombre de vignerons du Vaucluse au Bas-Rhin, je n’écrirai pas un mot de plus sur le spectre de la blonde Marine qui bat la campagne d’Amalou-les-Bains à Vichy. Tout cela finira bien en peau de zobi… et la moustache de s’envoler définitivement.

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Ne comptez pas non plus sur moi pour raviver le facétieux débat entre anciens et modernes, entre jeunes et vieux, entre journalistes vrais et blogueurs faux. Pas plus je ne souhaite revenir sur l’impérieuse nécessité d’inventer un spritz à la bordelaise où la glace en pagaille, l’eau à profusion et la tranche d’orange même pas sanguine permettront, selon les plus fins stratèges du cocktail ciblé markétinge, d’écouler dans le plus grand snobisme inversé le vin mauvais auquel on a osé donner le nom de Sauternes ou de Barsac. Non, je ne dirai rien au passage des vins dits natures ou naturels. Rien non plus sur le vin nu ou habillé. Non, mille fois non je ne piperai mot du grand bal des dupes, celui des primeurs, qui bat son plein en ce moment entre Garonne et Dordogne. Promis, c’est niet : silence sur Prowein comme sur Vinitaly d’ailleurs. Encore rien sur le site de vente par correspondance des Vignerons Indépendants, sur Bettane & Desseauve, sur la Revefe, sur les commentaires fleuves et les frasques passées de l’ami Luc. Rien non plus (et c’est navrant), sur le dernier numéro d’In Vino Veritas, l’indispensable revue belge que tout le monde s’arrache. Trèves de balivernes. Même pas un mot pour notre chère Tunisie et ses vins, en particulier ceux du Cap Bon.

Dico Cepages

En revanche, ne vous déplaise, je dis OUI. OUI, mille fois OUI, un OUI franc et massif, comme disait le Charlie de Colombey, un OUI en capitales tant la chose qui va suivre me tient à cœur et me paraît importante, pour ne pas dire primordiale. Alors, OUI au crowdfunding  (je vous l’accorde, en cette semaine de la Francophonie, le mot est sans doute aussi barbare  que le triste spritz au sauternes; mais il désigne le  financement de masse qu’est censé engendrer le recours au service de la Toile)! OUI à un projet titanesque, OUI à un travail ambitieux, valeureux, courageux. Oui à la somme d’une vie entière consacrée à la recherche génétique sur les plantes qui composent notre univers viticole. Oh, je sais, je suis nullissime en bateleur de foire, nul à chier en téléshopping, bon à rien en sciences, mais nom de Zeus, misez donc, faîtes comme moi et beaucoup d’autres, pariez vos euros et qui plus est à votre guise, sur le succès d’un ouvrage nécessaire qui a grandement besoin de vous pour exister.

Le livre est prêt : y’a plus qu’à imprimer !

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Un homme, que dis-je, un monsieur, un savant, un ampélographe émérite célébré de par le monde, le Professeur Pierre Galet, de l’École d’Agronomie de Montpellier, a décidé au soir de sa vie – il est né à Monaco, il a 94 ans aujourd’hui – de consacrer toutes ses forces à la réactualisation de son Dictionnaire Encyclopédique des Cépages et de leurs synonymes avec près de 10.000 cépages en France et dans le monde. Cet homme, qui a déjà inspiré des ouvrages de vulgarisation aujourd’hui en librairie à des prix bien plus élevés, ne manque ni de modestie, ni d’humour. Un jour, il avait résumé les difficultés de sa science par cette phrase : la vigne est le premier vêtement utilisé par l’Homme. Souvenons-nous d’Adam et Ève, on ne sait toujours pas de quel cépage il s’agissait !

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Lors de ma dernière connexion au site Fundovino consacré au rassemblement des fonds, sur les 20.000 € nécessaires, 14.000 € avaient déjà été collecté, soit 70% de l’objectif. Nous sommes donc dans la dernière ligne droite puisque les Éditions Libre et Solidaire souhaitent pouvoir commencer l’impression en Avril. La livraison de l’ouvrage de 1.200 pages et 3.000 photos est annoncée à un mois après la réalisation de la campagne. En fonction de l’argent investi, de nombreux cadeaux sont prévus dont un poster de Rémy Bousquet. N’étant pas aussi riche que je le souhaiterais, j’ai pour ma part misé sur une formule intermédiaire : pour 85 € investis, je vais recevoir le livre dédicacé par son auteur ainsi qu’un indispensable marque-page collector que je placerai d’office à l’entrée du texte consacré… au cépage Carignan. Puis j’irai voir l’Aspiran, le Cinsault, la Négrette, le Vaccarèse, la Clairette, la Roussette, etc.

Photo©MichelSmith

Papy Galet, l’été dernier, en compagnie d’une belle admiratrice venue du Gers ! Photo©MichelSmith

Au cas ou vous ne seriez pas encore convaincu par mon invitation en forme de supplique, allez donc faire un tour sur le blog de mon ami Vincent Pousson : sa plume sera peut-être plus efficace que la mienne. Ce faisant, nul doute que votre argent sera bien placé. Sachez qu’en allant sur la plateforme Fundovino mise en place par des passionnés, vous pourrez acquérir l’œuvre de votre vie ! Qui sait, celle que vous léguerez peut-être à vos enfants, qui eux mêmes… allez savoir, grâce vous, un jour, deviendront Vignerons.

Michel Smith


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La Styrie et le sauvignon blanc, ou comment se forger un style (1/3)

 la frontièreNous sommes à la frontière entre l’Autriche et la Slovénie, qui passe là, dans les vignes, au milieu d’une route, entre des bosquets, intangible et insignifiante

 

Le premier article de cette série de trois sera consacré à des considérations générales. Les deux suivants feront part de mes dégustations et mes rencontres avec la dizaine de producteurs que j’ai visité pendant trois journées passées dans cette partie méridionale du vignoble autrichien.

Depuis la crise engendrée par le scandale de vins trafiqués, il y a 30 ans, l’Autriche a su opérer un des plus spectaculaires retournements de situation qui je connaisse parmi tous les pays viticoles au monde. Sa production actuelle, même si elle ne pèse que pour 1% du volume mondial, fait régulièrement la une des revues spécialisées (ailleurs qu’en France !) pour sa qualité exceptionnelle, ainsi que grâce à une bonne diversité de types et de styles de vins pour un si petit pays. Que ce soit sur le plan de son organisation, sur celui du niveau de compétence de ses producteurs, en passant par le soin apporté à l’architecture vinicole et par la qualité de l’accueil pour des visiteurs, l’Autriche sait se montrer exemplaire et je conseille à bon nombre de producteurs ou amateurs français d’aller y faire un tour. Toutes mes visites m’ont convaincu du grand intérêt des meilleurs vins d’Autriche, qui me semblent représenter une proportion plus élevée de la production qu’ailleurs.

le modernismeLa beauté épurée de l’architecture vinicole en Autriche, et particulièrement en Styrie, est remarquable. Il y a là un respect de la matière et de l’artisanat qui suscite de l’admiration. Ici chez Neumeister, en Sudoststeirmark.

Mon récent déplacement en Styrie/Steirmark avait pour objectif principal de cerner la qualité et le style des meilleurs vins de Sauvignon blanc, cépage dont cette région s’est fait une petite spécialité. Bien sûr, le Grüner Veltliner est plus connu et bien plus planté en Autriche. Il est aussi plus original vu de la France. Mais il ne mûrit pas en Styrie, qui possède le climat le plus frais et le plus pluvieux de toutes les régions viticoles d’Autriche. Tandis que le sauvignon blanc, qui, comme le chardonnay, est présent dans la région depuis le 18ème siècle, produit des vins de plus en plus fins et intéressants et gagne du terrain, couvrant maintenant 750 hectares sur les 4.200 que comportent les trois sous-zones de la Styrie, traditionnellement plantées (et autrefois complantées) d’une dizaine de variétés différentes.

L’émulation a toujours bien fonctionné pour engendrer l’excellence. C’est ce moteur-là, ainsi que la volonté de distinguer les meilleurs vins d’un marquage trop générique qui guettent des vins élaborés avec des variétés connues, qui a motivé un groupe de 10 producteurs situés dans deux des sous-régions de la Styrie, le Sudsteirmark et le Sudoststeirmark, à grouper leurs forces de réflexion et de communication dans une association appelé Steirische Terroir & Klassik Weinguter (oui, je sais, c’est un peu long alors va pour STK pour faire dans l’acronyme). Ce sont toutes des entreprises familiales, de tailles variables, mais ayant un objectif qualitatif commun et la volonté de partager des expériences et de promouvoir des échanges. Ils ont élaboré une charte de qualité avec des cahiers de charges pour des vins qui répondent à quatre niveaux hiérarchiques : en ordre montant cela donne Steirische Klassik (génériques régionales), Orstwein (village ou commune), Erste STK Lage (premier cru) et Grosse STK Lage (grand cru). Ce classement volontaire est partagé par les 10 adhérents du groupe.

les vignes de l'égliseL’église a toujours su garder un oeil sur les meilleurs sites viticoles, en Autriche comme ailleurs en Europe

La Styrie jouxte la frontière slovène et certains domaines, comme Tement, débordent une barrière devenu très peu visible, même si les vins sont nécessairement vinifiés à part. Elle est belle et assez spectaculaire par la constance de pentes abruptes sur lesquelles il est parfois difficile de se tenir debout. La plupart du temps le rangs de vignes dévalent ces pentes, mais parfois, quand l’inclinaison devient trop forte, on y construit des terrasses. Les meilleures parcelles de vignes font face au sud, au sud-est et au sud-ouest afin de maximiser les rayons du soleil. Ailleurs ce sont des bois, avec une forte présence d’hêtre notamment. Les zones de plaines sont consacrées au maïs et autre céréales. Comme ailleurs en Europe, les meilleurs sites viticoles ont été exploités depuis longtemps par l’église. Souvent en Autriche, ces parcelles leur appartiennent encore, mais sont donnés en location longue durée à des vignerons. Bon nombre de ces parcelles se trouvent dans les classifications actuelles d’ErsteLage ou de Grosse Lage. Les règles pour l’élaboration des vins ayant ces deux statuts impliquent la définition du site, qui est toujours sur une pente bien orientée et à une altitude élevé pour assurer l’influence favorable du vent, un âge minimale des vignes, une viticulture raisonnée ou biologique (pas de désherbants ne d’engrais artificiels), des vendanges manuelles, si nécessaires en plusieurs passages. De toute manière les pentes ne permettraient pas l’emploi de la machine à vendanger. Les vins doivent être vinifiés en sec (sauf pour les vins issus du traminer) avec un potentiel d’alcool d’au moins 12,5%. Uniquement des raisins sains sont autorisés (pas de botrytis), et le rendement est limité à 45 hectolitres par hectare. Ces vins doivent avoir un potentiel de garde d’au moins 5 ans, ce qui est contrôlé en dégustant des vins des 5 derniers millésimes, parfois aussi des vins plus anciens, à chacun des domaines ayant adhéré à la charte. Les règles pour les Grosse Lage (grands crus), vont encore plus loin avec un rendement maximum de 35 hectolitres, des exigences quant à la nature des sols, des vignes d’au moins 15 ans d’âge et une capacité de vieillissement de 10 ans. Il leur faut en outre un élevage de 18 mois. Chaque catégorie porte une double identification, à la fois sur l’étiquette et sur la capsule.

 vignes en penteDe fortes pentes caractérisent les meilleurs parcelles, comme ici pour la parcelle nommée Zieregg, un grand cru appartenant à Tement

 

Comme en Bourgogne, par exemple, les parcelles classées ne sont que rarement le monopole d’un seul producteur. Comme le lieu-dit décrit en générale toute une pente ou parfois une colline, il peut aussi y avoir des orientations variables à l’intérieur d’un seul nom de lieu-dit, mais les vignes se situent toujours vers le haut de la pente, là ou le vent aura son meilleur effet pour sécher les raisins et la gel impactera le moins. Cette article ne parlera que des vins issus du sauvignon blanc, bien que j’ai pu déguster aussi des vins intéressants d’autres variétés ; Weissburgunder (pinot blanc), Grau Burgunder (pinot gris), Morillon (chardonnay) et Traminer (la version Gewürz et d’autres), sans parler de quelques pétillants faits avec du pinot noir et du chardonnay. On y produits aussi pas mal de vin rouges, essentiellement avec les cépages locaux Zweigelt et autres. Les lecteurs de mes articles connaissent ma réticence à m’étendre sur l’influence des structures géologiques car j’ai des doutes quant à leur influence réelle (et pas fantasmée) sur le goût d’un vin, mais il faut mentionner qu’il s’agit d’un ancien fond marin et donc que les sols sont essentiellement calcaires, parfois avec des dépôts sablonneux ou graveleux. Il y a aussi des zones schisteuses et même un secteur volcanique.

 mur de bouteillesDes murs de bouteilles font partie de l’architecture vinicole. C’est beau et astucieux

 

Comment résumer le style de ces sauvignons de Styrie? Il est parfois plus facile de dire ce qu’ils ne sont pas, mais je ferai aussi quelques remarques sur leurs évolutions stylistiques depuis quelques années, ayant pu déguster des échantillons qui remontaient une vingtaine d’années en arrière. Le style actuel est bien plus restreint que celui des Sauvignons néo-zélandais, par exemple, mais peut-être un peu plus expressif et tendre, surtout par leur textures plus raffinées que les Sauvignons de Loire. Et surtout il n’ont que rarement ces arômes végétaux de buis ou de poivron que je trouve si déplaisants et parfois agressifs. On pourrait les comparer à un bon Sancerre issu de cuve, avec peut-être un peu plus de volume en bouche, mais pas forcément. En dehors des vins dégustés lors des visites des 10 domaines, j’en ai dégusté une soixantaine dans une séance dédiée aux Sauvignons des 4 catégories et produits par les 10 producteurs du groupe, dont vous trouverez les noms en bas de cet article.

 les vins dégustésLes vins dégustés

Les vins du niveau de base de ce système de classement (bien qu’il y aient généralement dans la gamme des producteurs des vins encore plus accessibles en prix), les Steirische Klassik, se vendent entre 10 et 12 euros la bouteille. La série d’une dizaine des ces Sauvignons-là ont tous mérités des notes entre 13 et 15/20, et donc était d’un bon niveau. Les vins ayant une mention de village, qui se vendent entre 12 et 15 euros, ont parfois un peu plus d’intensité mais sont assez proche des Klassiks (notes entre 13,5 et 15,5). C’est avec les Erste Lage que les écarts se sont creusés. D’abord il y en avait bien plus, entre autres parce que différents millésimes étaient présentés, mais aussi parce que certain domaines touchent plusieurs communes. Je n’ai pas trouvé que la qualité globale était beaucoup au-dessus de celle des vins ayant la simple mention communale, mais, dans une série de 13 vins, 4 méritait une note égale ou supérieur à 15/20. Les prix pour ces vins tournent entre 17 et 20 euros. La série des Grosse Lage était de loin la plus importante, avec 30 vins, dont un, chez le seul de ces producteurs qui utilise encore le liège, était bouchonné. Là le niveau est monté d’un cran. Pas seulement par les prix (entre 25 et 35 euros), mais par la qualité, avec 9 vins auxquels j’ai attribué des notes égales ou supérieur à 16/20.

Qu’est-ce qu’on gagne en grimpant dans l’hiérarchie ? Plus d’intensité et de longueur en bouche, mais sans que le caractère « sauvignon » ne domine ni même se fait sentir. On est très loin d’un vin dit « de cépage ». Plus de raffinement aussi car il y a aussi, et surtout chez les meilleurs, une superbe suavité de texture qui ne vient pas d’un « gommage » par le bois, mais d’un emploi très intelligent de l’élevage en grands récipients en bois, dont très peu sont en bois neuf, et, certainement, d’une belle qualité de fruit. Ceci est particulièrement vrai pour le millésime 2013 qui est très prometteur et qui sera prochainement en vente.

Les meilleurs sauvignons de Styrie sont parmi les meilleurs que j’ai dégusté au monde. Il est bien fini le temps d’un boisage un peu lourd. Ces vins ont un équilibre et une texture presque parfaits. Et très peu m’ont déçu ! Oui l’émulation, et l’intelligence, font beaucoup de bien.

David Cobbold

liste des producteurs STK

Gross

Lachner Tinnacher

Wolfgang Maitz

Neumeister

Erich & Walter Polz

Erwin Sabathi

Hannes Sabathi

Sattlerhof

Tement

Winkler-Hermaden


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S’il y avait un roi du Sauvignon, ce serait peut-être un Bourgeois

Non, je n’aurai pas la prétention de dire que les meilleurs vins de Sauvignon Blanc viennent d’ici ou de là, ni qu’un tel ou un tel en soit le meilleur producteur de ce cépage assez protéiforme. Mais, par l’étendue géographique de sa production (toute la région du Centre Loire plus la Nouvelle Zélande), la largeur de sa gamme liée à sa qualité globale, sans oublier la capacité de vieillissement de certaines de ses cuvées, la Maison Henri Bourgeois serait un très sérieux candidat à ce genre de titre, certes un peu absurde.

IMG_6442Le père tranquille de la Maison Henri Bourgeois se prénomme Jean-Marie, techniquement à la retraite mais toujours actif. Mais cette Maison au prénom unique cache une vraie dynastie. J’y compte au moins 6 frères, cousins, pères ou oncles qui y jouent chacun un rôle. 

Je n’ai pas le souvenir d’avoir dégusté un mauvais vin de ce producteur sancerrois qui, à la différence de ses collègues, a su aussi s’ouvrir au challenge de produire également aux Antipodes sans renier ses origines ni son approche. Les Bourgeois sont vignerons depuis de nombreuses générations à Sancerre, mais l’entreprise tient son nom, Henri Bourgeois, du grand-père des actuels dirigeants qui exploitait seulement 2 hectares en 1950. Par son action et celles de ses fils, le domaine atteint aujourd’hui la taille respectable de 70 hectares répartis entre les appellations Sancerre et Pouilly Fumé. Jean-Marie Bourgeois, son frère et leurs fils, qui dirigent maintenant les affaires, ont aussi une activité de négoce qui leur permet de couvrir l’ensemble des autres appellations du Centre Loire : Menetou-Salon, Quincy, Châteaumeillant, Coteaux du Giennois, plus quelques IGP. Rien qu’en Sancerre blanc, la gamme est d’une complexité rare : j’en ai compté sept références ! J’avoue être perdu par moments, d’autant plus que les étiquettes ne sont pas des plus lisibles. Mais l’essentiel est dans le verre, et là il n’y pas de déception. Si vous envisagez une visite chez Henri Bourgeois, dont les diverses installations occupent, avec une discrétion admirable qui ne renie pas des équipements d’une parfaite modernité, une bonne partie du village de Chavignol, prévoyez large en temps !

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IMG_6439Deux ou trois visages de Chavignol : le village, dans son jus, le chai ultra-moderne d’Henri Bourgeois incrusté dans la colline, et, autour, le paysage roulant avec ses monticules (Sancerre au loin).

Mais une autre chapitre de l’histoire remarquable de cette famille s’écrit aux antipodes de la France, dans l’Ile du Sud de la Nouvelle Zélande. Jean-Marie Bourgeois y acquiert 98 hectares de terre en 2000, puis 11 de plus en 2003. Nommé Clos Henri, ce domaine a obtenu une certification bio en 2013 pour les 42 hectares en production. A la différence des pratiques locales, les plantations sont relativement denses et l’irrigation a été abandonnée. Comme à Sancerre, Clos Henri ne produit qu’à partir de deux variétés : sauvignon blanc et pinot noir. Ce n’est pas que la famille s’est limité à reproduire des schémas connus en sancerrois, car d’autres variétés ont été plantées, puis arrachées devant leur absence de réussite. L’énorme avantage des pays du Nouveau Monde est qu’on peut tout essayer, partout, et que seul le résultat sert de juge. On aimerait tant que la vieille Europe adopte cette approche.

IMG_6423Le restaurant La Côte des Monts Damnés, à Chavignol, sert une jolie cuisine qui renie pas des influences d’ailleurs. Jean-Marc Bourgeois est à la tête de cet établissement qui abrite aussi un hôtel.

Il faut aussi rajouter que cette famille excelle dans la voie de la transmission, car frères, fils et neveux travaillent tous sur le domaine ou dans des affaires annexes à Chavignol, sous le regard des pentes abruptes du vignoble des Mont Damnés. Familiale et aventureux, c’est possible !

IMG_6443Seule une petite partie des vins d’Henri Bourgeois est élevés sous bois, mais cela leur est clairement bénéfique, grâce à une grande attention à la taille du contenant et à la qualité des fûts.

L’objet de ma récente visite à Sancerre étant de tenter d’explorer les possibilités du cépage Sauvignon blanc à table. Mais tout commence chez Henri Bourgeois par une dégustation. A cette occasion j’ai pu admirer la pureté du fruit et la vivacité du du profil des trois Pinot Noirs de Marlborough : Petit Clos 2013, Bel Echo 2013 et Clos Henri 2013. Ce dernier plus riche et charnu avec une bonne longueur. Les sauvignons blancs du domaine NZ ne sont pas en reste, en particulier un Clos Henri 2012 somptueux de saveurs, long et intense. Quelques Sancerre avant d’aller déjeuner au bistrot des Monts Damnés : en particulier La Bourgeoise 2012, pièce maitresse de la gamme, qui m’a impressionné par sa belle finesse et sa superbe qualité de fruit.

A table, nous avons essayé différentes combinaisons afin de mettre à l’épreuve les capacités du sauvignon blanc. Elles se sont avérés conséquentes. Selon la cuvée, jeune ou plus âgée, avec ou sans élevage sous bois, nous avons pu jouer sur une large spectre ne nuances et trouver des bons accords avec terrine de poisson, poisson fumé, huître, poisson frais, agneau et, évidemment fromage de chèvre de Chavignol. Je dois dire que je suis un peu ambigu par rapport à la plupart des choses que je lis sur ce sujet très flou et éminemment personnel des accords mets/vin. D’un côté, j’ai parfois envie de dire que tout cela n’est que foutaise et ne sert qu’à vendre articles et livres. D’un autre, il y a quand-même plein de vins dont l’appréciation est diminuée, voire totalement détruite, par des mets qui ne conviennent pas.

En conclusion, je dirais que le sauvignon blanc offre quand même une gamme de possibilités à table plus large que la plupart des vins.

David Cobbold

(textes et photos)


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Norton (le cépage, pas la moto!)

Note : J‘avais promis, la semaine dernière, une suite à mon article sur le dosage en Champagne. Elle aura lieu la semaine prochaine car je n’ai pas eu le temps cette semaine de la préparer correctement.

Quand on me dit « Norton », je pense, a priori, à un truc un peu vieux mais sympa qui loge dans mon garage. A savoir, ceci:

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Mais Norton, c’est aussi le nom d’un cépage hybride, autrefois très répandu dans tout le nord-est et le centre des Etats-Unis. Détruit par la prohibition aussi sûrement que s’il s’agissait du phylloxera, cette variété peine à revenir des limbes et compte aujourd’hui quelques 200 hectares, je crois, essentiellement dans le Missouri et la Virginie. Il porte le nom d’un physicien et horticulteur nommé Daniel Norbonne Norton, qui vécut au début du 19ème siècle près de Richmond, en Virginie.

Selon Robinson, Harding et Vouillamoz (dans leur remarquable livre de référence Wine Grapes), il s’agirait d’un hybride entre une variété presque disparue de l’espèce vitis vinifera, l’enfariné noir, et une variété de vitis aestivalis.

Pourquoi j’en parle aujourd’hui ? D’abord parce que j’ai pu assister, samedi dernier à Paris, et grâce à Tim Johnston, à une rare dégustation de 7 vins issus de ce cépage. Ils provenaient de deux domaines différents et de 5 millésimes. Ces vins ont été importés pour l’occasion par un amateur américain, Andy Williams (pas le chanteur), fidèle client du bistrot Juvenile’s qui est devenu, en 20 ans, un véritable mini-carrefour pour quelques amateurs et producteurs du monde entier. Mais aussi parce que je trouve intéressant d’explorer les raisons de ces modes et goûts successives qui entraînent la montée en faveur ou la descente vers l’oubli de tel ou tel cultivar.

Les caractéristiques du Norton incluent une abondance de couleur et, apparemment, deux fois plus de l’antioxydant resvératrol que le cabernet sauvignon. Mais aussi une bonne acidité et très peu de tanins. En cherchant bêtement des points de repère pendant que je dégustais les vins, je me trouvait pas trop loin de certaines expression du dolcetto piémontais, mais pas exactement là non plus.

 IMG_6364Voilà les deux domaines dont les vins étaient présents à cette dégustation. J’aime bien l’étiquette de gauche, qui pourrait sortir d’un livre de Vermorel sur les cépages. 

 

La dégustation

Voici les notes prises le 18 octobre, chez Juvenile’s à Paris. L’ordre des notes est celui du service, décidé par les organisateurs.

Chrysalis Vineyards, Locksley Reserve Norton 2001

Le nez me semble un peu animal et assez nettement volatile. La sensation en bouche est pleine, lisse et chaleureuse, avec une bonne présence de fruit mais une structure qui ne repose que sur l’alcool qui domine trop l’équilibre (pas noté).

Horton Vineyards, Orange County Norton 2001

Aussi volatile que le précédent et un peu bizarre au nez. Je l’ai qualifié de  funky  dans mes notes, partiellement écrites en anglais. Présence de bois aussi, ce qui étonne dans un vin de 13 ans. Ces impressions se confirment en bouche, avec la chaleur en plus (pas noté).

Chrysalis Vineyards, Locksley Reserve Norton 2012

Bon fruité, assez chaleureux et tendant vers la confiture mais plaisamment suave en texture. Peu de structure toujours, mais une longueur décente. Ce vin semble plus complet et bien plus agréable que le 2001. (note de 13,5/20)

Horton Vineyards, Orange County Norton 2007

Assez riche au nez, avec une impression de fond que je n’ai pas senti auparavant dans cette série. La texture est fine et la structure très souple, quasiment sans présence tannique. Mais toujours cette impression de chaleur malgré le fait que les degrés annoncés ne sont pas énormes, autour de 13%. (Note de 13/20)

Chrysalis Vineyards, Estate Bottled Norton 2011

Le nez est un peu fermé mais semble avoir plus de complexité que les autres. Les saveurs fruitées ont de la fraîcheur et évoquent des baies noires. Le meilleur vin de la série avec un équilibre qui le rend très agréable. (Note de 14/20)

Horton Vineyards, Orange County Norton 2011

La fraîcheur importante de ce vin semble aller vers l’acétique. Le fruité est gourmand mais cette acidité perturbe l’ensemble. (note de 12/20)

Chrysalis Vineyards, Barrel Select Virginia Norton 2013

Le boisé est marqué mais pas d’une manière dérangeante. Une belle vivacité et un peu plus de longueur que la plupart des vins de cette série, probablement soutenue par le boisé. Belle qualité de fruit. (Note de 13,5/20)

Conclusions

Les informations fournies indiquent que ces vins se vendent aux USA pour des prix allant de 15$ à 30$ et la production est limitée. Vu le marché intérieur aux USA, il n’y a aucune chance de les voir en France un jour et ils ne me semblent pas du tout compétitifs sur un échiquier plus large que leur zone de production, où ils sont surtout achetés grâce à une forme de fierté locale. Leur principale qualité réside dans leurs saveurs fruitées, bien que celles-ci (du moins dans les échantillons présents) tendent vers le confituré. Des habitués de vins rouges tanniques les trouveront probablement trop souples, bien que leur acidité empêche toute impression de mollesse. Mais le vin, c’est la diversité, et les goûts des humains suivent le même principe.

 

David Cobbold

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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A plusieurs, c’est mieux et bien plus amusant!

Les chiffres des exportations de vin français en baisse nous l’indiquent clairement: les vins de ce pays ont parfois du mal à trouver leur place sur un échiquier mondial de plus en plus occupé par des produits de belle qualité, issus d’un nombre croissant de pays producteurs très actifs sur des marchés importants et ouverts.

Si l’on peut et l’on doit reconnaître les qualités individuelles d’une forte proportion de vins français (il n’y a jamais eu autant de bons), le manque de stratégie collective fait souvent que ces vins n’obtiennent pas, ou péniblement et par à-coups, la place qu’ils méritent.

Je ne parle pas ici des crus classés et consorts, des grands bourgognes ou des plus prestigieux vins du Rhône, ni des grandes marques de Champagne qui bénéficient d’une très belle image qui les protègent d’une réelle concurrence exogène, sans parler du travail individuel des marques pour assurer que cette image reste aussi visible que désirable. Et les producteurs importants, dont le volume de production et la largeur de gamme autorisent une organisation qui alloue une part significative de leur budget aux voyages, à la promotion et au réseau commercial, sont aussi généralement mieux armés dans ce combat quotidien pour maintenir ou augmenter les ventes que des producteurs de taille modeste.

C’est pourquoi, pour tous les autres, c’est à dire la vaste majorité des vignerons indépendants de ce pays, le partage avec des collègues de ces efforts essentiels pour la survie de leurs entreprises me semble être bien plus que du simple bon sens : presque une nécessité. Et je ne parle pas ici des actions de communication collectives conduites au niveaux nationaux, régionaux ou par une appellation, car celles-ci doivent donner une part égal du gâteau à chaque producteur, du moins en théorie. Les exemples de groupements volontaires entre vignerons pour mener des actions de promotion ou de commercialisations ne manquent pas, même si la plupart reste inconnue des consommateurs, et pour cause car leur objet n’est pas de se substituer au producteur, mais de lui donner les moyens d’atteindre des intermédiaires, journalistes ou revendeurs, qui, ensuite, mettront en avant les producteurs dont ils ont apprécié les vins.

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Puisque les journalistes se prennent pour des messies, il leur faut porter la bonne parole. Un collègue hollandais pris par une folie de grandeur au labo Oenoteam

 

Pour ne parler que de la France, un des plus anciens de ces groupements volontaires, qui réunit des producteurs de plusieurs régions français, est le club Vignobles et Signatures. A Bordeaux, depuis quelques années, plusieurs consultants ont étendu leurs services de conseil dans les domaines viti et vini pour proposer aussi à ceux de leurs clients qui le souhaitent la formation de clubs qui assurent des actions promotionnelles afin de faire connaître les vins de leur membres, comme leurs façons de travailler. Je pense à Stéphane Derenoncourt ou à Olivier Dauga, dont les activités ne sont pas limitées à la seule région bordelaise d’ailleurs.

Une récente addition est le club de vignerons intitulé «In a bottle», qui vient de fêter son premier anniversaire et dont les 17 membres sont tous suivis par le même laboratoire de conseil œnologique, Oenoteam, à Libourne. Julien Belle, Thomas Duclos et Stéphane Toutoundji en sont les trois œnologues consultants. Ce laboratoire, et ses consultants, ont un grand nombre de clients mais l’association de 17 entre eux est un acte volontaire et supplémentaire qui implique d’aller ensemble à la rencontre des professionnels du vin pour mieux vendre ensuite.

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Les moments les plus magiques des voyages de presse sont ces moments improvisés, comme quand Laurent de Bosredon nous sort deux flacons du monbazillac 1942 de son domaine. L’un était superbe, l’autre un peu moins (oh bouchon liège, quand tu nous tient !)

J’ai accepté avec intérêt une invitation d’aller voir sur place ce club en action au moment des vendanges de cette année. Le voyage s’est concentré sur la partie de le rive droite du bordelais ou se trouve la majorité des membres de ce club, entre Libourne et Castillon, avec une extension dans le bergeracois voisin au Château de Bélingard, domaine d’une très grande beauté situé en Périgord, sur les appellations Monbazillac et Côtes de Bergerac. J’ai envie de vous raconter la série d’activités et rencontres qui a constitué ces deux journées bien remplies, non pas en tant que récit d’un voyage de presse, mais pour illustrer mon propos sur l’intérêt d’un tel regroupement sur le plan d’une action de communication intelligente et approfondie.

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La dégustation chez Oenoteam, à Libourne, a lancé le voyage : bonnes conditions, vins à parfaite température et dégustateurs concentrés

Nous étions une petite dizaine de journalistes, issus de 5 pays : Angleterre, Allemagne, Belgique, Hollande et France. Les vendages en rouges étant en cours dans la région, l’occasion était parfaite pour voir des vignes, goûter des raisins, discuter des dates et techniques des vendanges, voir entrer des raisins et constater l’omniprésence des tables de tris dans les chais, entendre les avis des uns et des autres sur les perspectives qualitatives ce millésime miraculé (en gros c’est « Boudu sauvé des eaux » par le soleil de septembre), puis se rendre compte des investissements techniques réalisées par tous, et cela malgré la disparité entre leurs niveaux de sophistication qui correspondent, en gros, aux moyens disponibles. Et, bien entendu, déguster tous les vins de ce club dans au moins deux millésimes différents.

Louis Havaux en pleine forme après une dégustation

Son excellence Louis Havaux, toujours pro, toujours discret, toujours souriant, toujours en forme. Le vin nous maintient bien, il me semble!

L’organisation était aussi professionnelle que décontractée, deux qualités que j’estime essentielles pour la réussite d’une telle opération. Mes collègues étaient, de sûrcroit, attentifs et appliqués dans leur attitudes, sans être des «casse-pieds», ce qui est aussi vital mais difficilement contrôlable par un organisateur, sauf éventuellement par la sélection des candidats. Car combien de voyages de presse ou autres dégustations sont pollués par une ou deux personnes qui ne semblent prêter aucune attention à ce qui est dit ou versé dans leurs verres? Si on ne veut pas visiter la n-ième cuverie, chai à barrique ou chaîne d’embouteillage, on se tient tranquillement dans un coin, non? Et on parle le moins possible, et tout au plus en chuchotant, lors des dégustations longues, il me semble. On peut toujours attendre les repas pour la convivialité. Mais je digresse !

Ce voyage a débuté par une visite du laboratoire Oenoteam ou tout a commencé, puis, dans leur salle immaculée, une dégustation de l’ensemble des vins des membres du club dans le millésime 2012 (voir le première photo). Manière de constater le haut niveau d’équipement dont ce labo dispose et observer les ballets des échantillons issus des cuves en cours de fermentation, puis d’entrer dans le vif du sujet. J’étais plutôt impressionné par les qualités du millésime 2012, pourtant pas doté d’une si belle réputation. Les 2013, que nous avons dégusté le lendemain matin, s’en sortaient nettement moins bien.

Il est intéressant de noter que mes préférés ne sont pas nécessairement les vins les plus chers, ni ceux issus des appellations les plus prestigieuses. Je continue à penser que c’est le vigneron et ses aides qui font le vin, et sûrement pas son appellation, mais aussi que le prix n’est pas toujours un indicateur fiable de qualité. Je vous livre une liste de mes vins préférés, dans l’ordre alphabétique qui a plus ou moins correspondu à l’ordre de la dégustation, qui s’est faite à découvert. Tous les prix sont ttc départ des propriétés.

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Château Blissa, Côtes de Bourg : un des meilleurs vins de cette dégustation du millésime 2012, et un des moins chers aussi (voir ci-dessous)

Château Lanbersac, Puisseguin St. Emilion (9,80 euros)

Château Blissa, Côtes de Bourg (7,20 euros)

Château La Claymore, Lussac St. Emilion (10,75 euros)

Château Croque Michotte, Saint Emilion Grand Cru (23 euros)

Château La Tour du Pin Figeac, St. Emilion Grand Cru (30 euros)

Château La Grave Figeac, St. Emilion Grand Cru (24 euros)

Château Lajarre, Bordeaux Supérieur (6,60 euros)

Château Canon Montségur, Castillon Côtes de Bordeaux (6,90 euros)

Château Ogier de Gourgue, Côtes de Bordeaux (12,70 euros)

Château Saint Nicolas, Cadillac Côtes de Bordeaux (9,30 euros)

Oui, il est très possible de trouver un vin à 7 euros meilleur ou aussi bien qu’un autre à trois ou quatre fois ce prix-là. Et oui, un Bordeaux supérieur peut être meilleur qu’un Saint Emilion Grand Cru ou un Pomerol. Le vin est complexe, comme son appréciation !

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Les raisins de Cabernet Franc sur cette propriété bordelaise attendront encore quelques jours. Nous les avons goûtés et ils sont très prometteurs, plein de fruits et aux tanins presque murs.

 

Les autres activités de ce voyage se sont enchaînées logiquement pas des visites de propriétés en cours ou en attente imminente des vendanges. Des merlots de qualité variable mais globalement correcte étaient, pour la plupart, déjà ramassés. Les domaines visités étaient tous relativement modestes au niveau de leurs prix de vente et vendangent donc la majorité des leurs parcelles à la machine, comme 75% du vignoble français. Cela nous a permis de constater que cette méthode, grâce notamment à des systèmes de tri embarqués sur les dernières machines, qui sont souvent doublés par des tables de tri au chai, permettent d’éliminer la majorité des raisins abîmés ou autre matière indésirable. A condition que le vignoble ne soit pas trop loin du chai, je ne vois pas trop de raisons de préférer des vendanges manuelles pour la plupart des vins.

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Jean Trocard, au pied d’une de ses cuves à Château Laborde (Lalande de Pomerol) nous donne ses explications

Des dégustations de baies de merlot, cabernet sauvignon et cabernet franc avant vendange nous ont confirmé la nécessité d’attendre plus longtemps la maturité des deux cabernets, du moins dans la plupart de cas. Une autre dégustation nous a présenté les effets de différentes barriques, bois et tonneliers sur un même lot de merlot.  Des visites de chais et/ou de vignobles furent organisées à quatre domaines différents.

Puis il y a eu, le lendemain, une dégustation complète du millésime 2013 et une initiative originale, organisé par le producteur de caviar français Sturia (la France est maintenant le troisième producteur de caviar au monde, après la Chine et l’Italie), d’associer des mini-plats incorporant divers caviars avec des vins rouges du club «In a bottle»:  ce fut un exercice périlleux!

Ce programme était émaillé de rencontres et discussions avec un grand nombre des 17 producteurs. Et je garde pour la fin ce qui était, pour moi, le clou du programme: un apéritif et dîner dans la maison des Bosredon au Château de Bélingard, avec vue exceptionnelle sur la vallée de la Dordogne, ses vignes, ses bois en coteaux et le tout roulant vers l’horizon dans le nuit tombante. Un moment de détente magique accompagné par l’esprit vif et spontané des nos hôtes.

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Quand Bordeaux prend un air de Provence avec cet olivier, planté en 1955 et qui a donc survécu aux hivers de 1956 et 1985. Devant le chai de Château Laborde, à Lalande de Pomerol

Il est frappant de noter que bon nombre des adhérents de ce club, comme dans d’autres du même genre, ne viennent pas du milieu traditionnel viticole. Question de vision, d’organisation, de priorités commerciales ou de moyens? Je n’en sais rien, mais peut-être un peu de tout cela. Il est clair, en tout cas, que quelqu’un qui vient d’un autre univers arrive plus facilement à reconnaître qu’il a besoin de l’aide de spécialistes pour l’épauler dans les multiples fonctions qu’impliquent la production et vente du vin. Et il apporte, probablement, une ouverture d’esprit vers les marchés que n’a pas, toujours, un vigneron «de père en fils». Enfin, il a souvent davantage de moyens également. Mais quelqu’en soient les causes, les résultats me semblent assez probants.

J’ai beaucoup appris pendant ces deux jours, même si je plaiderais pour un peu moins de visites de cuveries! Ensemble, ce club à pu faire connaitre les vins et les personnalités de ses adhérents à un groupe de journalistes bien plus efficacement que si chacun y allait avec sa petite chanson. Je leur souhaite longue vie et réussite.

 David Cobbold

(texte et photos)

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PS. Et une mention spéciale pour un autre vin que n’a pas pu participer aux deux dégustations des 2012 et 2013, et pour cause : son propriétaire n’a pas estimé ces millésimes dignes d’être embouteillés sous son étiquette. Il s’agirait de Château Yquem ? Pas du tout, car son nom (curieux) est Château Grand Français, un vin d’appellation Bordeaux Supérieur situé près de Coutras, au nord de la région girondine. Mais j’ai dégusté, en magnums, les millésimes 2009 et 2010 de ce vin que se vend autour de 10 euros la bouteille. Il m’a semblé en tout points remarquable, surtout le 2010, et je serai très intéressé de glisser un flacon comme joker dans une série de vins aux noms plus prestigieux. Et Michel sera très content d’apprendre que ce domaine est en agriculture biologique !

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