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La Grèce et sa richesse ampélographique (2)

Après un voyage dans les iles grecques la semaine dernière, je vous amène cette semaine sur la partie continentale de ce pays de montagnes entourées par la mer. Il s’agit de la suite de ma dégustation de vins grecs qui avait lieu le 27 mars dernier chez le restaurateur Mavrommatis, à Paris. Nous allons voyager du sud vers le nord, et d’ouest en est, partant du Péléponnese ou j’ai dégusté plusieurs vins intéressants, aussi bien dans la catégorie IGP que dans celle des AOC/AOP, car on trouve les deux en Grèce, comme en France.

Péloponnèse

Domaine Mercouri

Le Domaine Mercouri se trouve dans la partie occidentale de le péninsule d’Ichthis, à une trentaine de kilomètres d’Olympe. Un lieu béni des dieux, en quelque sorte ! Le domaine existe depuis plus de 150 ans et s’est fait une réputation autrefois pour ses vins, son huile d’olive et ses raisins secs. La famille Mercouri a aussi importé des pieds du cépage Refosco de la région de Frioul en Italie.  Après plusieurs phases de modernisation, le domaine est actuellement entre les mains de deux frères issu de la 4ème génération. Les vins dégustés étaient tous de la catégorie IGP. J’ai nettement préféré les rouges aux blancs.

vins blancs

IGP Péleponnèse, Foloï 2016. (cépages Roditis et Viognier / prix 12 euros)

Tendre, au fruité léger, bien aidé dans sa fraîcheur par un peu de CO2. Plaisant et simple.

IGP Ilia, Kallista 2015. (cépages Assyrtiko et Robola / prix 16 euros)

Le Robola a bien arrondi les angles de l’Assyrtiko dans l’assemblage. Une touche d’amertume en finale. Pas mal, mais cela ne m’a pas fasciné.

vins rouges

IGP Letrini, Domaine Mercouri 2014 (cépages Mavrodaphne et Refosco / Prix 19 euros)

Sa belle qualité de fruit rend ce vin très juteux. Cela est bien soutenu par des tannins fins et enrobé par une certaine rondeur qui m’a semblé provenir en partie d’un peu de sucre résiduel.

IGP Ilia, Avgoustiatis 2014 (cépage Avgoustiatis / prix 24,50 euros)

Vin intense et juteux, avec une très belle qualité de fruit et une excellente équilibre entre tannins et acidité. Long aussi. Très bon.

Domaine Papagiannakos (IGPs Markopoulo, Attiki et Péleponnèse)

vins blancs (je n’ai as aimé le rouge présenté)

IGP Markopoulo, Savatiano 2016 (Prix 12 euros)

Un joli vin blanc du cépage Savatiano, issu de très vielles vignes sur sols calcaires.Ce fin allie bien finesse et force.

IGP Attiki, Malagousia Kalogeri 2016 (prix 14 euros)

Un autre bon blanc mais dans un style très différent, bien parfumé. Le cépage Malagousia semble se situer entre un Muscat et un Viognier en profil.

 

Domaine Skouras, IGP Péleponnèse et AOC Nemea

Le cépage Agiorgitiko (ou St. Georges) est assez connu et produit de grands vins rouges dans et autour de la partie orientale du Péléponnèse, entre autre dans l’aire de l’AOC Nemea. Mais j’ai trouvé les trois vins de ce domaine que j’ai dégusté un peu dur, soit anguleux, soit trop boisés. La zone de prix, qui les situe entre 16 et 33 euros permettrait de trouver bien mieux.

Domaine Parparoussis, AOC Nemea

Pas aimé non plus son Nemea. Austère, amer et peu net au nez. Et bien trop cher à 35 euros.

Macédoine

Le cépage rouge roi de cette région est le Xinomavro, mais il ne semble pas facile de dompter ses tannins féroces qui paraissent souvent d’une sécheresse redoutable.

Domaine Kir Yanni

Je n’ai pas tout aimé dans la gamme des 4 vins rouges présentés par ce domaine, et je n’ai dégusté ni le blanc ni le rosé.

vins rouges

AOC Amyndeon, Kali Riza 2014 (cépage Xinomavro / prix 17 euros)

Un joli nez parfumé entre fruits et fleurs. Les tannins sont d’une puissance moyenne mais restent assez secs en finale. Forte acidité aussi, ce qui renforce l’impact des tannins.

AOC Naoussa, Ramnista 2012 (cépage Xinomavro / prix 22 euros)

Nez intense et très typé dans une gamme d’odeurs sombres. La chaire est relativement juteuse sur un fond tannique. Bonne longueur. Il faudrait être patient je pense.

 

Domaine Diamantakos

vin blanc

IGP Imathie, Preknadi 2016 (cépage Preknadi / prix 19 euros)

Le millésime 2016 de ce vin est bien plus agréable que le 2015 que j’ai trouvé lourd et alcooleux. Ce vin est frais et fin, avec du caractère qui vient avec la touche d’amertume en finale.

vin rouge

AOC Naoussa 2012 (cépage Xinomavro / prix 23 euros)

Le nez est bien plus parfumé que la plupart de vins de ce cépage que j’ai dégusté. Floral et délicat au palais aussi. Les tannins et l’amertume sont maitrisés ici.

J’ai aussi dégusté un 2103 du même vin, dans la continuité, aussi parfumé mais avec plus de structure.

Domaine Kechris

Ce domaine travaille beaucoup (mais pas exclusivement) avec un type de vin très traditionnel en Grèce : le Retsina. Si vous avez une mauvaise opinion du type, je vous encourage de goûter leurs vins !

vins blancs

Retsina Kechribari 2016 (cépage Roditis / prix 10 euros)

Vin parfumé et tendre, la touche de résineux étant délicate et bien intégrée.

Retsina, Les Larmes du Pin 2016 (cépage Assyrtiko / prix 22 euros)

Voilà un vin qui blufferait tout le monde ! Nez splendide, aussi expressif que subtil. L’élevage lui a apporté finesse et rondeur. Vin superbe.

Je l’ai nettement préféré au 2015 du même vin, au boisé plus marqué.

vin rouge

IGP Macédoine, Syllogi 2013 (cépage Xinomavro / prix 17,50 euros)

Un joli vin, plus fin que la plupart que j’ai dégusté issu de cette variété. Parfumé et assez long, avec un fruité attrayant autour de sa structure. Il rajoute une belle dimension par sa texture à une jolie fraîcheur.

 

Thessalonique

Domaine Gerovassiliou

Ce domaine se trouve en bordure de la mer et sur des sols essentiellement sablonneux sur fond calcaire. J’ai beaucoup aimé son vin rouge, issu d’un assemble de trois cépages.

IGP Epanomie, Avaton 2012 (cépages Limnio, Mavrotragano et Mavroudi / prix 32 euros)

Vinifié en cuves bois avec un macération pre-fermentaire à froid et pigeage après la fermentation alcoolique, puis un élevage en barriques pendant 12 mois. Le boisé reste encore marqué mais il y a une très belle matière, intense et longue. Vin ambitieux et très bien fait. (16/20)

Voilà, c’est tout pour l’instant. Nous partons à Cassis, avec Hervé et mon collègue Sébastien pour d’autres aventures que nous vous raconterons prochainement.

 

David

 

 

 

 

 

 

 

 


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Cépages oubliés – et parfois, c’est tant mieux!

Voici quelques années, lors de Campania Stories, j’ai découvert à Naples deux cépages rouges que je ne connaissais pas: le Pallagrello Nero et la Casavecchia.
J’ai immédiatement pensé à ces gens dont on apprend la mort dans le journal, alors qu’on n’en soupçonnait ni l’existence, ni l’importance: « Décès de Meredith Moitout, pionnier de l’aéropostale et inventeur de la musique sphérique ». En plus, on l’oublie aussi sec.

Vous savez que comme mon ami Marc (qui a été une sorte de pionnier en la matière),  je milite pour les cépages minoritaires, oubliés, délaissés. Pour la diversité. Mais encore faut-il qu’ils soient aptes à produire de belles choses. Pour ces deux variétés, j’ai comme un doute.

L’histoire ne les a pas traitées de la même façon. Pour les Napolitains du XIXème siècle, le Pallagrello Nero était le vin des grandes occasions. Il était même, à ce qu’on dit, très prisé des Bourbons, sous le nom de Piedimonte. Sauf qu’on est pas sûr qu’il s’agisse du même cépage. Et je n’ai pas de Bourbon sous la main pour vérifier. Une chose est à peu près certaine, ce n’est pas une variante du Pallagrello Bianco – le seul point commun entre les deux viendrait du fait qu’à une époque, on les étendait sur des lits de paille (paglia) pour les faire sécher au soleil.

Pour la Casavecchia, c’est un peu plus confus encore: l’expert nous dit qu’elle a des origines mystérieuses. Qu’elle aurait été retrouvée dans la montagne, près d’une vieille maison romaine (d’où son nom), après le phylloxéra; et qu’elle donnait plutôt un vin charnu, de consommation familiale. Là, je pense à Ferrat et à son vin qui faisait des centenaires, « à ne plus savoir qu’en faire ».
S’il s’agit de deux variétés très différentes, elles ont été sauvées à peu près en même temps, dans les années 90, et à peu près dans le même coin, les alentours du fleuve Volturno. Les premières mentions sur les étiquettes remontent à 1997. Cette introduction pour vous situer le contexte local.

Dans la Campanie profonde (Photo (c) H. Lalau)

Mais ça ne change rien à un constat assez décourageant: sur la quinzaine de vins dégustés, issus exclusivement de ces deux cépages, « in purezza » (jusqu’à preuve du contraire), il n’y en a pas plus de deux que j’aimerais acheter – sans parler de vous les recommander.
Le problème, à mon sens: leur extrême rusticité, leur côté végétal et la verdeur de leurs tannins (même si le Pallagrello Nero me semble s’en tirer un peu mieux). Tout se passe comme si ces cépages n’avaient survécu dans quelques zones de l’arrière-pays de Caserte que parce que la polyculture de subsistance leur offrait un débouché local. Raccrochez-les aux Etrusques, aux Grecs, aux Romains ou à Garibaldi, peu importe, ils sont ce qu’ils sont. J’ai posé la question à un oenologue local: arrive-t-on souvent à une bonne maturité phénolique, avec ces deux variétés? La réponse a été très nette: « Non ».

Alors, vouloir développer une identité en s’appuyant sur eux, et en monocépage, en plus, pour conquérir des marchés à l’extérieur? Je crie casse-cou.

A titre d’exemple, je vous livre un des mes commentaires de dégustation, à propos d’un des meilleurs vins de l’après-midi, dans un style boisé:

Terre Del Principe Terre del Volturno Casavecchia Centomoggia 2005

Nez de moka, épices en attaque (poivre noir), la bouche est relativement ronde. Avec le bois et le temps, les tannins finissent enfin par se fondre un peu. Quant à dire d’où vient ce vin et quel est son cépage… 

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Une chose est sûre: pas vraiment besoin de Vitanil dans la Casavecchia

On me dit que la Casavecchia aura très bientôt sa DOP, « Casavecchia de Pontelatone » ou quelque chose du genre. J’ai envie de dire que c’est une « pontalonnade ». On me dit aussi que des Argentins en plantent dans la Vallée d’Uco. Je leur souhaite bonne chance.
Je n’ai heureusement aucun pouvoir de décision, et sans doute pas un grand pouvoir de nuisance non plus; mais je ne peux que conseiller aux honnêtes vignerons qui font de leur mieux pour subsister de ne pas mettre tous leurs oeufs dans ce panier-là.

Peut-être ces deux cépages ont-ils un intérêt en assemblage. J’ai parfois du mal à cerner l’obsession des Italiens pour le mono-cépage, qu’ils semblent vouloir vanter jusque dans le nom de leurs appellation. Mais définir des appellations autour du Pallagrello Nero et de la Casavecchia me paraît avoir à peu près autant de sens que de vouloir relancer le démarreur à manivelle ou le poste à galène. Bon, j’exagère un peu, les vins de Terre del Principe montrent qu’on peut en tirer quelque chose. Au prix de gros efforts pour les apprivoiser. Idem pour Vini Alois (tiens, leur oenologue n’est autre que Carmine Valentino, dont j’ai pu apprécier le travail chez Casa Setaro, sur le Vésuve); mais je ne peux m’empêcher de me demander ce que ces magiciens-là feraient avec des cépages qui mûrissent mieux!

Je note par ailleurs que Terre del Principe, encore lui, propose une cuvée assemblant les deux variétés. Et compte tenu de leur faible notoriété, c’est presque de la coquetterie que de mettre leurs noms sur l’étiquette; Terre del Principe est une maison de qualité, voila la vraie garantie pour le consommateur.

C’est mon avis, il n’engage que moi, mais au-delà du cas de ces deux cépages, je me permets d’émettre quelques réserves à propos d’une idée trop simple, selon laquelle tout ce qui est petit est forcément gentil, que tout ce qui est vieux est forcément mieux.

Hervé Lalau


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La Grèce et sa richesse ampélographique (1)

Il y a quelques temps, j’ai relaté sur ce blog l’extraordinaire richesse ampélographique de la Géorgie, et même un peu avant d’y aller pour la première fois. Mais je n’oublie pas celle de la Grèce, et je me permets aussi de rappeler que nous devons le mot ampelopsis à la Grèce antique et au mot αμπελος (ampelos) qui signifie « vigne ».

Ce qui m’a à nouveau démontré une récente dégustation de vins grecs organisé par l’excellent restaurateur, traiteur et importateur de vins Mavrommatis, qui est installé à Paris où il possède plusieurs boutiques et restaurants. Regardez ici pour plus d’informations : www.mavrommatis.com/

L’année dernière, lors de l’édition 2016 de la même présentation, j’avais été particulièrement impressionné par les vins blancs. Cette année, bien que certains blancs m’aient enchanté, ce sont aussi des rouges qui ont figurés parmi les plus belles surprises de mes dégustations qui m’ont fait rencontrer environ 60 vins de différentes parties de la Grèce, allant de la Crète à la Macédoine, en passant par les Cyclades, le Péloponnèse et Céphalonie. Je vais vous en parler en plusieurs épisodes: cette semaine, cela sera au tour des îles, en commençant notre voyage en Crète.

Selon Effie Kallinikou, oenologue et export manager du Domaine Lyrarakis, 11 variétés autochtones sont identifiées et utilisées en Crète. On y trouve aussi des cépages classiques « internationaux » issus essentiellement de France, plus le Sangiovese italien et aussi l’Assyrtiko de la petite île voisine de Santorin. Mais évidemment, les cépages « internationaux » ne constituent pas l’intérêt principal d’un tel voyage.

Domaine Lyrarakis, Crète : vins blancs

(un seul de ces vins est importé pour l’instant et son prix public est donc indiqué)

Un très joli Assyrtiko 2016 plus fruité, plus rond et plus « accessible » (tout en restant fin et vif) que les versions de cette variété que j’ai pu déguster de Santorin et qui s’expriment souvent avec une austérité et/ou un niveau de concentration qui peuvent paraître un peu difficile pour certaines personnes (beaucoup diront « minéral »).

(15/20)

Plyto Pirovolikes 2016 (photo de la variété ci-dessus)

Cette variété Plyto a été sauvé de quasi-extinction par la famille Lyrarakis. Il viendrait de la partie est de l’île et la surface qui lui est consacré ne serait qu’une dizaine d’hectares en tout. La parcelle Pirovolikes est située à 650 mètres d’altitude. Aussi fin que gourmand, avec une touche de fraîcheur citronné et un alcool modeste, j’ai apprécié également sa belle longueur en bouche.

(16/20)

 

Plyto Pasarades 2016

Issu d’une parcelle situé un peu plus bas (480 mètres) je l’ai trouvé assez bon mais dans un style plus gras et lourd que le vin précédent.

(13,5/20)

 

Vilana 2016

9 euros

Ce vin provient de  la partie centrale de la Crête et cette variété est la plus plantée des cépages blancs dans l’île. Elle a tendance à produire beaucoup mais sur des terrains plus pauvres elle devient intéressant, comme ici avec un vin ferme et assez intense qui finit en longueur avec une pointe d’amertume agréable.

(14,5/20)

Dafni Pasarades 2016 (photo de la variété ci-dessus)

Le mot dafne signifie laurier sauce en grec, et ce vin sent fortement la feuille de laurier: odeur que je ne me souvent pas avoir détecté, du moins aussi nettement, dans un autre vin. Encore une variété ancienne sauvé par cette famille. Sa maturation tardive lui a assuré aussi une belle acidité. Vin intense, singulier et très bon.

(15,5/20)

 

 

Domaine Lyrarakis, Crète : vins rouges

(un seul de ces vins est importé pour l’instant et son prix public est donc indiqué)

 

Kotsifali 2015 (photo de la variété ci-dessus)

9 euros

100% cuve. Variété bien connue en Crète. La couleur est légère et le nez peu expressif, mais la texture en bouche est suave et le vin aussi rafraîchissant que fin, presque délicat.

(14/20)

 

Mandilari 2014

Cette variété se trouve un peu partout dans la partie sud de la mer Egée. Elevé 12 mois en barrique, celui-ci est intense et tannique mais a conservé un joli caractère fruité autour. Beau vin, de caractère mais pas rustique pour deux sous.

(15/20)

 

Domaine Sigalas, Santorin : vins blancs

Les vins de ce domaine ne sont pas bon marché mais un regard à cette photo peut donner au moins une partie de la cause ! J’en ai fait une sélection de mes préférés, dont deux font partie des meilleurs vins de la dégustation. Mais je n’ai pas tout aimé, trouvant quelques vins blancs un peu excessifs et lourds.

AOC Santorin, Assyrtiko 2015

29,50 euros

Tendre et à la texture arrondie, avec derrière cela une belle acidité. Cela reste assez cher pour un tel vin.

(14/20)

AOC Santorin, Assyrtiko 2016

29,50 euros

J’ai préféré ce millésime qui m’a semblé plus fin. Toujours des jolies rondeurs mais plus centré et puissant.

(15/20)

Les cuvées Aa et Kavalieros manquent de finesse à mon goût. Ce dernier est hyper-puissant.

AOC Santorin, Nychteri Grande Reserve 2012 (assyrtiko)

59 euros

Voilà un formidable vin de méditation. Il contient un peu de tout : un peu de sucre résiduel grâce à des vendages tardives, mais aussi une très belle acidité et une oxydation parfaitement intégrée dans le corps du vin et pas simplement plaquée dessus. Enorme complexité et une longueur qui va de pair. Grand vin qui vaut son prix.

(18/20)

Domaine Sigalas, Santorin : vin rouge

IGP Cyclades, Mavrotragano 2013

44 euros

Vignes de 50 ans, élevage 18 mois en futs de chêne. Un beau nez, intense, de fruit murs et pruneaux. Aussi intense en bouche, qui est charnue et chaleureuse. Un vin riche mais superbement équilibré

(17/20)

Domaine Argyros, Santorin : vins blancs

AOC Santorin, Assyrtiko 2016

23 euros

Assez vif et fin, avec un toucher presque tannique à la fin qui lui confère un accent austère. Un peu cher, mais il faut aussi voir les conditions de production.

(14/20)

AOC Santorin, Argyros Estate 2015 (assyrtiko)

27,50 euros

Issu de vignes très vieilles (150 ans et donc non-greffées) du village d’Epikopi. 20% de ce vin est élevé en barriques pendant 6 mois. Semble plus tendre et arrondi que le précédent, avec beaucoup de force et de puissance. C’est aussi un blanc au caractère tannique marquée. Très long aussi.

(15,5/20)

AOC Santorin, Pure, Volcanic Slopes Vineyard 2013 (assyrtiko)

40 euros

J’ai préféré ce vin a une autre, issu de très vieilles vignes et d’un élevage en barriques. Celui-ci a été vinifié en cuve souterraine en ciment et gardé sur lies pendant 14 mois. Vin complexe, riche et rond mais sans l’accent sucré que peut apporter la barrique. Parfums délicatement fruités. Délicieux, même se c’est un peu cher.

(16/20)

IGP Cyclades, Domaine Argyos, Aïdani 2016

25,50 euros

Autre cépage blanc de l’île. Rarement vinifié seul, sauf pour faire des vins doux, il a naturellement peu d’acidité et produit des faibles niveaux d’alcool. Ce vin est fin et fruité, bien équilibré et très plaisant, mais il ne vaut pas ce prix.

(14,5/20)

Domaine Argyros, Santorin : vin rosé

IGP Cyclades Atlantis rosé 2016

80% Assyrtiko, 20% Mandilaria (assemblage de raisins ou de vins ???)

Peu import la technique utilisée car j’estime que c’est le meilleur vin rosé que j’ai dégusté cette année. Très savoureux et bien équilibré, je pense que ce vin illustre ce qu’un bon vin rosé doit être : autre chose qu’un blanc ou un rouge, vif mais ayant de la structure. Cela nous change des pâles choses qui dominent en Provence !

(15/20)

Domaine Argyros, Santorin : vin rouge

IGP Cyclades Domaine Argyros, Mavrotragano 2012

40 euros

Cette variété indigène et rare possède deux variantes distinctes et on ne sait pas trop lequel est le « vrai ». Il a été utilisé traditionnellement pour faire des vin santo, seul ou en assemblage. Depuis peu, quelques producteurs le vinifie en sec, comme ici. C’est cher mais c’est aussi très bon ! Nez incroyable, profond et complexe. Très belle longueur. Tanins et acidités se livrent une bataille pour la gagne, et les tanins l’emportent à la fin, du justesse.

(16/20)

 

Domaine Gentilini, Céphalonie : vins blancs

Nous passons maintenant à l’ouest de la Grèce et à une île de la mer Ionienne.

AOC Robola de Céphalonie 2016

18 euros

Assemblage de vins issus de parcelles sises à 620 et 860 mètres d’altitude. Le cépage Robola se trouve dans toutes les îles Ioniennes, mais aussi maintenant un peu en Grèce centrale. En Céphalonie il a une appellation spécifique. Vin très fin et gourmand, à la fois tendre et doté d’une belle fraîcheur.

(14,5)

AOC Robola de Céphalonie, Wild Paths 2016

21 euros

Vinifié partiellement avec des levures indigènes, et, pour 20%, en barriques. Bien plus ferme que le précédent, il donne une sensation de pureté mais est aussi très serré en texture. Aura besoin d’un peu de temps mais très prometteur.

(15/20)

Domaine Gentilini, Céphalos : vin rouge

IGP Coteau de Ainos, Eclipse 2015 (cépage Mavrodaphni)

23,50 euros

Cette variété se trouve aussi bien dans les îles ioniennes que sur ne nord-ouest du Péloponnèse. Souvent utilisé pour faire des vins fortifiés et doux, mais ici en sec? Cépage bien coloré et tannique. Vinification avec grappes entières en barriques, sans incorporation du vin de presse. Elevage en fûts de chêne 12 mois, puis 12 mois en bouteilles. Vin superbement fruité, rendu délicat et tendre par son toucher très soyeux, ce qui est une performance à mettre au crédit de la vinification intégrale. Sa belle fraîcheur perce ensuite donnant du relief à la longue finale. Vin d’une très belle finesse que m’a tant séduit que j’ai plongé en achetant quelques bouteilles et magnums !

(16,5/20)

Bon voyage si vous avez la chance de vous rendre dans ce beau pays qui souffre en ce moment. Sinon, je vous donne rendez-vous dans une semaine pour parler de quelques vins de Grèce continentale.

 

David

 


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La Géorgie: réflexions sur le poids et le rôle des traditions

Les querelles entre pays voisins sur l’origine précise des premières vinifications volontaires ne m’intéressent que très peu. Qu’est-ce que cela peut faire que les premiers vins aient vu le jour dans des pays que nous appelons aujourd’hui Géorgie, ou Arménie, ou bien autre chose encore, puisque les frontières n’existaient pas à cette époque vieille de quelque 8.000 ans. Peu de choses en effet. Dans cet article je vais plutôt me préoccuper des certains aspects de ce que nous appelons «traditions viticoles», car celles-ci sont régulièrement évoquées en Géorgie, pays que je viens de visiter pour la troisième fois en 12 mois afin d’y dispenser des formations.

Si les Géorgiens font appel assez souvent au mot tradition, et en différentes circonstances, ce n’est pas uniquement parce que ce petit pays de 3,5 millions d’habitants est ancien, ni parce qu’il est cerné par des voisins surpuissants qui se sont révélés régulièrement dangereux pour l’intégrité de leurs frontières, de leurs pratiques mais aussi de leurs vies Il est frappant pour un visiteur de constater à quel point les traditions culturelles de la Géorgie, dans lesquelles il faut inclure l’univers viticole, sont restées au cœur de l’identité de ce pays. Des signes de fierté dans ces traditions sont exprimés fortement et visiblement par la population, et ce malgré (ou à cause) des ravages occasionnées par 200 ans d’occupation russe, dont quarante sous le régime soviétique.

On peut proposer différentes définitions du terme « tradition » en matière viticole, selon son point de vue. Une version cynique consisterait à dire que la somme des traditions est égale à la somme des erreurs du passé. Une version passéiste tenue par ceux qui veulent tourner le dos à la science, par exemple, proposerait plutôt que seule la tradition est vraie et que le diable est dans la modernité. Je proposerais plutôt une vision intermédiaire que je dois à Jean Cocteau en la paraphrasant un peu : « la tradition est une chose vivante et celui qui la regarde en se retournant risque de se voir transformé en statue de sel ». En tout état de cause je crois qu’il est nécessaire de comprendre des choses du passé pour appréhender le présent, puis tenter d’anticiper le futur. En revanche, passer son temps à regarder dans le rétroviseur rend inéluctable une rencontre avec un mur ou autre obstacle bien plus solide que vous. Les adeptes du « Bréxit » ou, en France, du Front National, feraient bien de méditer cela ! L’espoir que le bon sens peut prévaloir pourrait sembler vain quand on regarde les excès et les outrances de la vie moderne, mais j’ai tendance à m’y fier quand-même, préférant la posture résumé par un « yes, we can » à celle d’un « no future ».

Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos qvevris. Qu’est-ce que c’est ? Un qvevri est un récipient en terre cuite dans lequel on vinifie en Géorgie depuis probablement 8.000 ans. En France et ailleurs, on persiste à désigner ces vaisseaux sous le terme erroné d’amphore, car une amphore comporte deux anses de part et d’autre de son col allongé et servait, chez les Grecs et les Romains, à transporter puis à servir le vin (en gros, ce mot, utilisé aussi en latin, est dérivé du grec amphi = autour de, et phoros = porter : penser à « amphithéâtre » par exemple). Si on veut à tout prix utiliser un terme latin pour désigner ce qui fut, probablement, une invention de la région du Caucase, le mot dolia s’impose ! Cette méthode de vinification continue de nos jours en Géorgie et fait partie intégrale de l’image du vin géorgien, même si la proportion des vins géorgiens actuels qui sont vinifiés de cette manière est très faible : moins de 2% probablement, mais les estimations varient car beaucoup de ces vins sont destinés à une consommation domestique qui échappe aux statistiques.

L’importance des images et symboles, auxquels j’ajouterai l’imaginaire pur, est bien plus puissante dans le vin qu’un esprit rationnel peut l’admettre facilement. Il n’y a qu’évoquer la Géorgie auprès de quelques geeks du vin pour que la conversation s’oriente immédiatement et presqu’exclusivement aux vins faits dans ces qvevris. Peu importe qu’il soient ultra-minoritaires, et probablement très limités dans leur potentiel de vente dans des marchés hors de Géorgie ; ils possèdent une valeur symbolique très forte et tiennent une place dans le discours hors de toute proportion avec leur poids économique réel.

Mais mon propos n’est ni de les dénigrer, ni de les louer per se. Je veux juste les mettre à leur place et relater mes quelques expériences avec cette catégorie de vins qui se situe bien à part du reste, non seulement par sa rareté, mais à cause du profil gustatif qui est issu d’une technique d’une autre époque.

Expliquons d’abord le processus, pour les lecteurs qui ne le connaissent pas. Dans cette partie du monde, les récipients en terre cuite sont enterrés, qui n’est pas souvent les cas ailleurs. Cela a dû servir à l’origine à cacher cette ressource précieuse des intrus, mais la technique a aussi perduré car le fait d’entourer les qvevris de terre ou de sable permet de maintenir une température relativement fraîche et stable. La capacité de ces vaisseaux varie entre 800 et 3.200 litres. De nos jours, la question d’égrapper les raisins, totalement ou partiellement, se pose; mais historiquement on avait peu recours à cette technique, pas plus qu’à des outils de maîtrise des températures de fermentation par apport extérieur. Aujourd’hui, on peut introduire des drapeaux de froid dans les qvevris dont l’ouverture est large d’environ 50 centimètres. Ce qui est singulier, c’est la présence des peaux des raisins foulés aussi bien pour les vins blancs que pour les rouges. Le foulage se pratiquait traditionnellement dans des longs bacs qui furent creusés dans des troncs d’arbre. Certains chais actuels utilisent plutôt des bacs en acier inoxydable, plus faciles à nettoyer.

Quelques vins dégustés (sauf exception, tous chez leurs producteurs en Géorgie)

Je n’ai visité qu’une petite partie d’une unique région, la Kakhétie, qui se situe à l’est et qui est, de loin, le plus importante zone viticole du pays. Environ 70% des vins géorgiens en sont issus, dont tous les vins de qvevris mentionnés ci-dessous.

Alaverdi blanc, vin de monastère (dégusté récemment à la Cité du Vin à Bordeaux)

Fait au monastère éponyme fondée au 11ème siècle, voire plus tôt, et que j’ai visité sans y avoir pu déguster un vin. Robe intense, de couleur jaune paille aux reflets verts. On est loin du syndrome des vins « orange » : terme utilisé parfois abusivement pour décrire la catégorie, car nul besoin de laisser s’oxyder moûts ou vins dans le processus.

Parfaitement sec et assez tannique pour un blanc, ce qui donne une impression d’ultra-sècheresse. Ce n’est pas très aromatique : je pense que le tannins et la mode de vinification ont tendance à « bloquer » les arômes de ce type de vin. L’équilibre est bonne, même si on peut être surpris par la sensation de dureté au palais dans un vin blanc lorsqu’on n’a pas l’habitude. Pas d’impression d’acidité volatile comme dans certains.

Schuchmann Winery

Propriété depuis 2006 d’un investisseur allemand tombé amoureux du pays et qui a reconstruit les bâtiments avec goût, en y intégrant un hôtel, un spa et un restaurant. Le domaine annonce 120 hectares de vignes mais il y a aussi, comme très souvent, des achats de raisins  en complément. 12 cépages ont été plantés, dont 8 sont géorgiens. Seules quelques variétés locales sont utilisés pour leurs vins de qvevri

Ici les raisins sont égrappés et passent environ 15 jours avec leurs peaux en qvevri puis sont transférés par pompe dans un autre qvevri qui est scellé hermétiquement (plaque en lauze, avec l’étanchéité assurée par un joint en argile) pendant six mois environ. On recouvre ensuite cette plaque par quelques centimètres de sable propre que l’on peut humecter pour aider dans le maintien de la température par exemple. Après l’ouverture, et si tout va bien (il y a parfois de mauvaises surprises !), le vin est transféré dans des barriques anciennes pendant 6 à 12 mois. Un vieillissement supplémentaire en bouteilles (6 à 12 mois de nouveau) est imposé avant la vente. L’ensemble du processus prend donc entre 18 et 30 mois. La marque Vinoterra est utilisée pour leurs vins faits en qvervri.

Vinoterra, cépage Mtsvane (blanc) 2014

La phase de macération en qvevris a duré 6 mois, puis 6 mois en barriques anciennes et 2 ans en bouteille.

La robe est orange, brillante et intense.  Le vin ne m’a pas semblé totalement sec. L’acidité est moyenne, mais l’impression est augmentée par une bonne dose de volatile. Un goût un peu chimique à cause de cela.

Vinoterra, cépage Kisi (blanc) 2014

Cette variété est assez rare (on m’a annoncé environ 50 hectares plantés dans le pays), mais les vins qui en sont issus (vinification en qvevri ou moderne) m’ont souvent bien plu. Le vin a passé 3 ans en bouteille après son cycle qvevri puis barrique.

Encore une robe d’un orange intense. Une impression de volatilité encore dans l’acidité, mais une texture bien plus raffinée que pour le vin précédent. Tannins et une touche d’amertume en finale. La meilleur des trois dégusté à ce domaine.

Vinoterra, cépage Saperavi (rouge) 2014

La Saperavi est le grand cépage rouge de la Kakhétie, que l’on trouve aussi ailleurs en Géorgie – et qu’on commence à planter ailleurs, comme en Australie.  Il a un peu le profil d’un Cabernet Sauvignon, avec encore plus de couleur, car le jus n’est pas blanc. Ce vin a passé 6 mois en qvevri, puis 12 moins en barrique, puis du temps que j’ignore en bouteille.

Le nez est étrange, avec des notes de levure qui dominent le fruit. Il y a du fruit noir au fond, mais aussi une impression de faible maturité et même de champignon (géosmine ?) avec des notes moisies. Un peu de sucre résiduel n’arrive pas à masquer une amertume prononcée. Franchement pas bon du tout !

Schumi Winery

Un domaine de 60 hectares qui existe depuis 15 ans. L’apparence est un peu vieillotte, avec un hangar en tôle qui abrite bureaux et lieu de production et des bâtiments épars en cours de réfection. Une collection ampélographique devant les bâtiments réunit 400 variétés de vignes, dont 300 géorgiens, et une misée d’objets, essentiellement céramiques, démontre la culture très ancienne (largement avant JC et tout cas) du vin dans la région. J’y ai dégusté deux vins issus de qvevris.

Kisi 2015

Robe d’un or pâle, ce qui prouve encore que le vin de qvevri n’est pas nécessairement orange. Cette fois-ci le nez est assez aromatique et aussi floral que fruité, ce qui mets à mal mon hypothèse précédente à ce propos ! En bouche c’est très sec, aux saveurs complexes de raisins secs et de fruits exotiques. la matière est fine et les tannins légers. Bonne longueur. De loin le meilleur vin de qvervri dégusté à présent.

Mukuzani 2013

Mukuzani est une appellation de la région de Kakheti qui emploi le cépage Saperavi.

Robe rubis intense. Le nez, d’intensité moyenne, m’a rappelé le jambon fumé. C’est assez fruité en bouche mais aussi très tannique. Les tannins dominent la fin de bouche. Rustique.

Un des chanteurs déguste le Kisi 2016 après l’ouverture du qvevri

GWS winery

Un des plus grands producteurs de la région et même du pays, mais dont les vins sont, depuis quelques années, sur une pente qualitative nettement ascendante sous le direction d’un français, Philippe Lespy.  Certains qui sortent en ce moment sur le marché sous leurs différentes marques font partie des meilleurs vins que j’ai dégusté en Georgie. Le même propriétaire possède aussi le Château Mukhrani, pas très loin de Tbilisi. GWS possède quelques 400 hectares de vignes en Kakheti (qui sont tous cultivées !) et vend sa production sous plusieurs marques : Old Tbilissi (entrées de gamme) Tamada (milieu de gamme) et une marque récente et plus moderne, Vismino.

Les vins de qvevris que j’ai dégusté ici sont en cours d’élevage donc je ne peux donner que les origines (cépage/parcelle/ appellation etc.) car ils ne sont pas encore en bouteille. Tous sont issus du millésime 2015 et dégustés en phase d’élevage, plus un blanc sorti du qvevri sous mes yeux et donc du millésime 2016. Ces vins passent, ou passeront, 5 à 6 moins en qvevris, puis 12 mois dans des barriques de plusieurs vins.

Saperavi, Tavkveri 2015

Arômes de violette, très parfumé. Encore un peu âpre à ce stade mais on décèle de la finesse dans les beaux tannins. Belle longueur et jolies amertumes.

Saperavi, Maghrani 2015

Cet autre lieu-dit est singulier car il comporte un lot de cépage rouge inséré dans un bloc essentiellement planté de blanc. Autrefois, pour un vin « traditionnel » tous aurait été vendange ensemble. Ici les rouges ont été séparés. Vin très intéressant par sa finesse, son joli fruité et sa longueur. On finit sur des notes amères qui semblent assez typique dans ce style de vinification.

Saperavi, Akura 2015

Nez intense et complexe autour de baies noires, d’épices et une touche de verdeur qui relève l’ensemble.

Kisi 2016 (blanc)

Ce qvevri était ouvert devant moi, avec une cérémonie de toute beauté rendu très spéciale grâce aux chants polyphoniques.

Peu d’arômes au début : il fallait beaucoup l’aérer pour le libérer se son prison enterre cuite et ce milieu réducteur. je comprends la nécessité de mettre ces vins en milieu oxydatif pendant un bout de temps avant la mise en bouteille. Ferme, avec une texture tannique et une acidité raisonnable. Des arômes mi-tendres commencent à s’apercevoir à l’aération (fruits blancs et estragon). Sa structure lui a permis de tenir tête à un chevreau rôti (je dirais plutôt cramé, car les géorgiens aiment leur viande très cuite !)

Un feu de hêtre réchauffe les corps dans le Marani (le bâtiment qui abrite les qvervris) chez GWS, tandis que les chants traditionnels réchauffent les coeurs

Conclusion

Je ne peux pas conclure cet article sans parler de la beauté exceptionnelle d’une autre tradition de ce pays : le chant polyphonique. On trouve cela aussi en France, au Pays Basque ou en Corse bien entendu. Les chanteurs géorgiens que j’ai eu le privilège d’entendre sont largement à la hauteur de tout ce que j’ai pu entendre de ces deux autres exemples de chant avec lesquels il partagent bien des choses : un mélange du sacré et du profane, des voix essentiellement masculines, un sens du cérémonial, et, surtout, la capacité de m’émouvoir aux larmes par la beauté des sons et des harmonies.

En ce qui concerne la tradition et le vin, je ne crois pas en la tradition per se. Autrement dit, il ne sert à rien de dire que c’est une pratique « traditionnelle » (ce qui, en général, ne veut rien dire de précis, d’ailleurs) sans démontrer que le résultat est non seulement singulier et intéressant, mais qu’il peut apporter du plaisir au consommateur. Les vins issus de qvevris sont comme tous les autres, dans le sens ou il y a des bons et des pas bons. Il ne faut pas qu’ils deviennent une sorte de fantasme fétichiste, bons pour bobos ou hipsters. Un mélange de techniques traditionnelles et modernes leur est clairement bénéfique. J’ai dégusté, dans un restaurant, un vin blanc de qvevri que l’on pourrait qualifier de « très traditionnel » mais assez ignoble, transporté dans un bidon en plastique et qui était servi pour une fête dans la salle voisine. C’est un exemple typique du vin que tout un chacun fait à la campagne en Géorgie avec son vignoble qui, d’après ce que j’ai vu, est souvent très mal entretenu. Pas buvable en tout cas !

Les vins de qvevris, comme les chants polyphoniques, sont une sorte de trésor national qu’il convient non seulement de conserver, mais aussi de faire évoluer. La Géorgie est un beau pays mais que j’aimerais voir un peu mieux respecté sur le plan de son environnement par certains de ces citoyens.

Les vins géorgiens prennent ce chemin du respect et de la modernisation, doucement et sûrement, et ils auront un avenir dans des marchés internationaux en dehors des pays de l’ancien bloc soviétique s’ils sont bien menés, individuellement et collectivement.

David

 

PS. Je n’ai pas encore le résultat du match de rugby qui opposait la Géorgie à la Russie dimanche à Tbilisi, mais on peut prévoir un score important en faveur de la Géorgie, fierté nationale oblige. Good game !


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Foglia Tonda, une intruse au pays du Sangiovese

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Quand on parle de la Toscane, on pense aux collines coiffées de pins, aux allées bordées de cyprès, aux villages médiévaux. L’évocation bachique ne tarde pas. Des noms s’affichent devant les yeux : Chianti, Brunello di Montalcino, Vino Nobile di Montepulciano, Carmignano, tous en DOCG, tous prestigieux, tous majoritairement à base du cépage Sangiovese. Et pourtant, depuis une bonne quinzaine d’années de nouveaux cépages apparaissent.

 Qui dit nouveaux…

Dit en fait anciens ! Hormis les cépages internationaux qui ont fait le succès des Super Toscan (Sassicaia, Ornellaia et compagnie…), d’autres cépages réapparaissent. Comme dans le sud-est de la région, où le domaine Droandi met en bouteille la Foglia Tonda. Le premier témoignage de l’existence du cépage remonte à 1877. Giuseppe dei Conti Di Rovasenda le cite dans son essai «Saggio per una ampelografia universale». Ce botaniste, aussi important que Viala ou Galet en France, l’aurait remarqué au Castello di Broglio, au sein du vignoble du Baron Ricasoli. La Foglia Tonda, disparue ou presque avec le phylloxera, n’est réapparue qu’il y a une vingtaine d’années sans qu’on sache vraiment comment (fa parte dei misteri italiani)…

Le cépage

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Vigoureux, il est un rien plus tardif que le Sangiovese. À rendements bien maîtrisés, il offre un pH bas, une bonne acidité et un taux élevé de polyphénols. Il est cependant sensible à la pourriture grise et à l’oïdium. Sa feuille est de taille moyenne et peu découpée, sa grappe conique présente des grains bleu noir, serrés et de forme ovoïde. Son vin est de couleur sombre, aromatique, floral et fruité, au taux en tannins élevé et demande par conséquent élevage et vieillissement.

Le vin

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Foglia Tonda 2014 Toscana IGT Mannucci Droandi

D’un rubis sanguin, le vin fait éclater le parfum des fraises en plein nez, après l’explosion fruitée, la violette discrète fait son apparition, suivie d’aiguilles de pin et d’un soupçon de cannelle. Les tanins heurtent quelque peu la bouche, c’est qu’elle a une tournure rustique la Foglia ! Bien vite, ses formes pleines, sa grande fraîcheur et la texture moelleuse de ses pâtes de pruneaux et de figues sèches modère les velléités tanniques.

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Mannucci Droandi

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Une histoire familiale qui remonte 18ème et qui mélange bonne tradition et regard vers le futur. Le domaine se partage en deux vignobles. Le premier se nomme Ceppeto, 6 ha perchés à 350 m d’altitude sur la colline du château de Starda, sur la commune de Gaiole, à l’est des Monts Chianti, au nord-est de Sienne. Orienté au sud, il offre ses pentes aux Sangiovese, Merlot, Canaiolo et d’autres cépages traditionnels voués à un développement ultérieur. Le deuxième, le Campolucci se situe à quelques kilomètres qui suffisent pour changer de province de sous-région, Colli Aretini. Toujours sur la face orientale des Monts du Chianti, à une altitude plus basse de cent mètres, tourné vers le sud et proche de la commune de Montevarchi, province d’Arezzo. Cabernet et Syrah s’ajoutent à la liste des cépages déjà cités. C’est là que pousse la Foglia Tonda.

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La cellule expérimentale…

Il est toujours curieux ou amusant de parler de vignoble expérimental et d’y cultiver, en fait, des cépages anciens, presque oubliés de tous. Le Domaine Mannucci Droandi collabore à deux niveaux avec l’Institut Expérimental pour la Viticulture du Ministère des Politiques Agricoles et Forestières de la section d’Arezzo.

La première recherche des méthodes de lutte contre les affections cryptogamiques et parasitaires. Action qui vise à diminuer au maximum l’emploi de produits chimiques en vue d’une viticulture éco-compatible.

La deuxième replante de vieux cépages en voie d’extinction, autrefois répandus dans la région. De la petite centaine de variétés étudiées, le domaine en a sélectionné quelques-unes dont la Foglia Tonda.

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www.mannuccidroandi.com

Les nouveaux anciens cépages, c’est mon truc, j’aime ça au point de leur trouver parfois des qualités que d’autres jugent mineures. Mais qu’importe, au diable la standardisation et vive la diversité!

Ciao

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Marco


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Ces cépages dont on ne parle pas (ou si peu) en Champagne

S’il est une appellation importante dont on peut admirer l’unicité, c’est bien la Champagne; ce qui fournit surement une des raisons de son succès mondial. 34.000 hectares et un seul type de vin produit (ou presque, car que pèsent les Coteaux Champenois ou les Rosés des Riceys ?). Mais le corollaire (et le risque) d’une telle homogénéité, non pas dans la qualité mais dans le style général des vins, c’est quand même une certaine uniformité. Comment alors introduire, ci et là, un brin de folie qui augmenterait les choix stylistiques de l’amateur averti ?

encepagementUn schéma officiel du CIVC qui oublie les 4 autres cultivars, certes très minoritaires

 

Bien sûr, il y a les approches culturelles, dont un nombre croissant de producteurs se targuent, en mettant en avant le bio ceci ou le bio cela. Plus significatif dans le résultat à la dégustation sont les procédures de vinification et de vieillissement: bois/pas bois ; malo/pas malo ; durée sur lies plus ou moins longue, etc, etc.  Mais une autre piste, qui mérite plus ample exploration à mon avis est la diversité, longtemps restée cachée, des cépages champenois. Même pour un public averti, je me demande combien savent qu’en réalité, il existe sept cépages autorisés en Champagne et non pas les trois seuls mentionnés dans presque tous les documents officiels. Le site officiel du CIVC mentionne enfin, et depuis peu, les quatre autres, mais en précisant qu’ils ne représentent que 0,3% du vignoble champenois. Les raisons du pourquoi du comment de cette absence de diversité sont certainement multiples, et autant liées à des histoires de rendement et de résistance aux maladies qu’à des questions de potentiel qualitatif. Mais je constate que quelques producteurs croient à l’intérêt de ces variétés très minoritaires et produisent un nombre croissant de cuvées très méritoires qui font appel à eux, seules ou en assemblage.

Ce sont quelques dégustations récentes ou plus anciennes qui m’encouragent à évoquer ce sujet, mais sans que cela soit pris pour une sélection rigoureuse basée sur une dégustation comparative conduite dans les règles. Non, il s’agit ici d’impressions et d’interrogations. Affaire à suivre sans doute, comme bien d’autres que nous évoquons ici, car rien n’est définitif dans le monde du vin.

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Ma première rencontre avec ces cépages presque perdus de la Champagne s’est fait il y a près de 20 ans, grâce aux frères Aubry, à Jouy-les-Reims. Entre 1989 et 1990 ils ont greffé, successivement, des plants d’Arbane et de Petit Meslier, puis de Pinot Blanc et de Pinot Gris (le premier est souvent appelé Enfumé et le second Fromenteau, en Champagne). Les deux premiers ont été vinifiés en 1993, et les deux autres l’année suivante. J’ai du déguster leur cuvée intitulée Le Nombre d’Or, réalisé avec les sept cépages, pour la première fois vers 1997 ou 1998 et je l’ai tellement aimée que j’en ai achetée par la suite. Plus récemment, j’ai pu goûter aussi plusieurs vins en mono-cépage faits avec l’Arbane ou le Pinot Blanc. Ils sont souvent issu de la région auboise car ces variétés étaient autrefois davantage implantés dans cette partie de la Champagne que dans la Marne. Pour celles que j’ai pu déguster, à différentes occasions, des producteurs de l’Aube comme Moutard, Fleury, Drappier et Chassenay d’Arce élaborent tous des cuvées avec une ou plusieurs de ces variétés. Et il y en a d’autres ailleurs, je sais.

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Ma dégustation récente de la cuvée Pinot Blanc 2008 de Chassenay d’Arce fait partie des plus réussites dans le genre car j’ai trouvé ce vin très accompli, aussi fin que frais, joliment parfumé, plein et rond en bouche, sans être envahissant ni lourd. Ce vin se vend au prix de 41 euros, mais j’estime qu’il les vaut bien, du moins sur une échelle de valeur champenoise. Cette expérience m’a alerté quant à l’intérêt de ce cépage et je me suis empressé de déguster une autre cuvée de pur Pinot Blanc, issu cette fois-ci de l’autre extrémité de la Champagne.

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J’ai déjà dit ICI tout le bien que je pense des Champagnes de Pierre Trichet qui est basé dans le village de Trois-Puits, tout près de Reims. Il vient de sortir une cuvée de pur Pinot Blanc appelée 1333, ce qui désigne le nombre de bouteilles produites de ce vin. Là encore, j’ai été impressionné par la sapidité délicate de ce cépage quand il est vinifié en Champagne. Il me semble à la fois un peu plus rond et un peu plus fruité qu’un Chardonnay, et donc capable de donner du plaisir plus jeune. Ce ne sont là que des impressions basées sur un petit nombre d’expériences, mais j’espère pouvoir les mettre à l’épreuve d’autres dégustations plus larges bientôt.

Si on regarde maintenant les origines et caractéristiques de ces quatre variétés, pour l’instant très minoritaires, peut-être pourrait-on déceler quelques causes de leur quasi-disparition.

Arbane ou Arbanne : le nom est dérivé du latin alba (blanc), qui a donné Albane, puis plusieurs autres synonymes  plus ou moins proches. Ce cépage fait partie du petit groupe ampélographique (groupement provisoire géographique) des Tressots, dont le Tressot lui-même (rien à voir avec le Trousseau du Jura), le Bachet Noir et le Peurion. Cette vieille variété était autrefois très plantée dans l’Aube, autour de Bar-sur-Aube. Réputé vigoureux et au débourrement précoce, mais à la maturation tardive et avec des baies et des grappes de petite taille. Ces trois dernières caractéristiques pouvant aisément expliquer son abandon, mais lui donne aussi des atouts dans le contexte du réchauffement climatique. Il est aussi sensible au mildiou.

Olivier Horiot, aux Riceys, en produit une cuvée très rare, et Moutard-Diligent, à Buxeuil, une cuvée vieilles vignes, également 100% Arbane.

Petit Meslier : issu d’un croisement naturel entre le gouais (notre « Casanova des vignes ») et le savagnin. C’est donc un cousin du Grüner Veltliner. Il fait partie du groupe important des Messiles, avec le Chenin Blanc, le Colombard, le Pineau d’Aunis, le Sauvignon Blanc ou le Gros Meslier, par exemple. On le trouvait aussi autrefois dans le Sancerrois ou il était mentionné dès 1783. C’est aussi une variété au débourrement précoce, donc à risque au printemps, mais il mûrit plus tôt que l’Arbane. Cependant, il est sensible au millerandage et au botrytis et a aussi des petites baies et grappes. Voilà déjà des raisons probables pour son quasi-abandon, bien qu’il ait été prisé pour sa capacité à maintenir son acidité dans les années chaudes. Mais cette acidité nécessite évidemment une durée plus longue sur lies et entraîne des coûts supplémentaires. Duval-Leroy produit une cuvée de pure Petit Meslier, issu d’une parcelle dans la Vallée de la Marne, mais je ne l’ai pas encore dégustée. Très curieusement, on trouve un peu de Petit Meslier en Australie, plus précisément dans l’Eden Valley (South Australia) que je vais bientôt visiter.

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Pinot Gris (appelé localement Fromenteau) : il s’agit d’une mutation par la couleur du Pinot Noir. Très planté en Italie, on le trouve aussi partout en Europe centrale et orientale, mais aussi en Californie, en Oregon, en Argentine, en Australie et en Nouvelle Zélande, par exemple. En France sa principale région est l’Alsace mais on le trouve aussi en Val de Loire, souvent sous le nom erroné de Malvoisie (comme en Suisse). Il subsiste aussi en Bourgogne et en Champagne, deux régions ou il était beaucoup plus présent autrefois. Son acidité faible le rend peu propice à une extension importante en Champagne.

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Pinot Blanc (parfois appelé l’Enfumé) : Cet autre membre de la famille des Pinots donne quelques cuvées mono-cépage convaincantes en Champagne et semble gagner du terrain. C’est un mutant du Pinot Gris (et donc un double mutant du Pinot Noir !) et a souvent, dans le passé, été confondu avec le Chardonnay. Il est plus régulier en production que le Pinot Gris et mûrit plus vite que le Pinot Noir. Il me semble un peu mal aimé en Alsace, mais, à titre personnel, je le trouve souvent plus fin et plaisant que la plupart des Pinots Gris alsaciens. Il est planté un peu partout en Europe Centrale et Orientale, de la Suisse à l’Ukraine, sans oublier le Nord d’Italie. Il a aussi rencontré un petit succès local dans certaines parties de la Californie et de l’Oregon, régions où j’en ai dégusté de bons exemples, comme Ben Nacido à Santa Maria. Sans oublier le Canada et la vallée d’Okanagan. Pourquoi a-t-il failli disparaître de la Champagne ? J’avoue ne pas bien comprendre. Il résiste bien au froid, mais il est assez vulnérable aux maladies cryptogamiques. Je parierais néanmoins sur une extension de ses très modestes surfaces dans les années à venir en Champagne.

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David Cobbold

 


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Cave de Plaimont 2/2

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Voici la deuxième partie de ma dégustation des vins (une partie seulement) de l’excellente Cave de Plaimont dans le Gers, qui couvre plusieurs appellations de la région (voir carte ci-dessus). Je n’ai pas dégusté les vins doux à cette occasion, ni les Madirans. La semaine dernière, j’ai parlé des vins blancs secs. Je vais passer sur les rosés de ma dégustation, qui sont corrects mais qui ne m’ont pas emballés, pour vous parler cette semaine uniquement des vins rouges. J’ai émis quelques conclusions à la fin de cet article.

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Les vins rouges de Plaimont

Favori de Gascogne 2014

(Merlot et Cabernet Sauvignon / Prix 3 euros)

Couleur rubis clair. Nez net, avec des notes d’une intensité moyenne de fruits rouges et des touches de sous-bois. Un fruité très plaisant en bouche pour ce joli vin qui est même remarquable à ce prix-là. 

Rive Haute 2014

(Merlot et Tannat / Prix 4 euros)

Robe proche du vin précédent. Les tannins y sont plus présents, donnant une structure un poil plus austère. Plus qu’honnête à ce prix.

Corolle 2015

(Merlot et Cabernet Sauvignon / Prix 4,70 euros)

Je n’aime pas la forme du flacon qui rappelle certains rosés de Provence. Vin tendu et un peu amer en finale. Le plus faible de la gamme, de loin.

Nature Secrète 2014

(Vin bio : Merlot et Cabernet Sauvignon / Prix 5,20 euros)

Le nez est net, à la différence de la version blanc de ce vin. Un vin pimpant et frais qui possède aussi une petite structure aux tannins fins bien suffisante pour cadrer son joli fruité. Encore un excellent rapport qualité/prix.

Domaine de Bazin 2014

(Merlot et Syrah/ Prix 5,40)

Couleur rubis, de moyenne intensité. Assez aromatique autour de fruits rouges, de prune et une touche d’épices. L’attaque est assez ronde et la texture soyeuse. Un vin plein avec une bonne longueur. Tout à fait remarquable à ce prix et bon en tout cas. 

Béret Noir 2014, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon / Prix 6 euros)

L’encépagement lui donne une forte coloration sud-ouest. Le Fer Servadou s’appelle Pinenc dans cette région, et Braucol à Gaillac et il fait partie de la famille des carmenets. Vin vif, ayant du relief. Il est même un peu anguleux à ce stade. Un bon gascon à l’accent rocailleux mais qui viellera bien trois à cinq ans.

 

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Moonseng 2015

(Merlot et Manseng Noir / Prix 6,20)

Issu d’une parcelle à côté de Lectoure, voici un vin qui possède une vrai originalité (y compris dans le nom et dans l’habillage qui font probablement allusion à Fleurance, ville voisine de Lectoure qui consacre les astres chaque année) avec l’emploi d’un cépage rare qui a été remis en production par Plaimont : le manseng noir. Le volume reste encore confidentielle en attendant l’arrivée en production de nouvelles plantations mais l’avenir est prometteur car ce vin semble avoir trouvé son marché et est en rupture de stock chaque année. Il fait dire que c’est une vrai réussite : vivacité et caractère sont au rendez-vous, avec des tannins fins et une bonne présence de fruits noirs en bouche. Fin et assez long, c’est un très bon vin qui pourrait même se vendre plus cher. Mais c’est tout à l’honneur de Plaimont de le maintenir à un prix plus que raisonnable. Voici un petit film sur le Manseng Noir.

 

Domaine de Cassaigne 2014

(Merlot et Syrah / Prix 7,20)

Ce vin m’a semble trop marqué par le bois au nez. La matière est belle cependant, mais l’élevage reste bien trop dominant. Je ne suis pas un phobique du bois cependant, mais trop, c’est trop !

Les Hauts de Bergelle 2012, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon/ Prix 6,20 euros)

Robe dense entre le rubis et le grenat. Le nez a des notes de fumé et d’épices au-dessus de sa base de fruits rouges. Dans ce cas l’élevage a bien joué son rôle en arrondissant la matière tannique, qui reste quand même bien présent. Bonne longueur. A conseiller sur des mets salés pour réduire l’impact du tannins et faire ressortir son fruit. 

Château Saint Gô 2011, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon / Prix 9,20 euros)

Le nez est fondu et le bois bien assimilé. Une belle structure et une superbe qualité dans la matière. Vin harmonieux et complet dans son genre. J’en déguste de ce niveau de qualité qui valent deux fois ce prix !

Monastère de Saint Mont 2010, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon / Prix 15,30 euros)

Un vin riche et très gourmand qui apparaît encore d’une jeunesse étonnante. La matière est dense, voire un peu épaisse. Je me demande même si l’extraction n’a pas été trop appuyée dans ce cas. Très belle longueur mais à attendre encore de préférence, sauf si on les aime massifs.

 

Aussi dégustés, à une autre occasion dans la même semaine :

Château de Sabazan 2014, AOC Saint Mont

(85% Tannat et le reste en Cabernet Franc / Prix 15 euros environ)

La mise est récente pour ce vin issu de ce qui est considéré comme un grand millésime localement. C’est puissant et l’acidité est bien présente (un des marqueurs du tannat). C’est même un peu mordant car il a pour effet de durcir les tannins. A oublier pendant 4 ou 5 ans à mon avis, et là il devrait se révéler pleinement.

La Madeleine 2015, AOC Saint Mont

(100% Tannat / Prix 35 euros)

Un échantillon pas encore en bouteille. Grand potentiel pour ce vin issus d’un parcelle de très vieilles vignes (plus de 100 ans) proche de la ville de Marciac. Beaucoup de volume au nez dominé par les fruits noirs. Le boisé est encore marqué, ce qui est normal à ce stade. On atteint les sommets dans la gamme de prix des vins de Plaimont mais c’est un vin rare et la qualité est bien au rendez-vous. J’attends de le déguster plus tard pour le cerner réellement.

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Conclusions

A partir de sa base historique à Saint Mont (ci-dessus), Plaimont a su se développer d’une manière cohérente en s’associant avec, ou en englobant, plusieurs autres structures coopératives du Gers et des Pyrénées Atlantiques.

Quant aux vins (le nerf de la guerre, quand-même), il s’agit d’une gamme remarquable dans l’ensemble, avec très peu de faiblesses comme j’ai pu le constater. La modestie des prix de la très grande majorité des ces vins n’est pas leur seule attraction, loin de là. Il s’agit de vins de caractère, qui illustrent bien leur climat océanique, et qui jouent habilement sur la grande variété des cépages de la région, et les combinant différemment selon les cas. Je pense que ce dernier point sera augmenté dans les années à venir, à condition toutefois que les autorités nationaux  daignent prendre en compte tout le potentiel de cette diversité pour laquelle la Cave de Plaimont fait beaucoup pour en conserver ce qui peut encore l’être. Sur le plan commercial et local, leurs boutiques de vente sont claires, modernes et très agréables pour le client de passage. On y voit aussi, à côté des flacons en verre, la poursuite d’une vente en vrac, dont une bonne partie aux coopérateurs eux-mêmes qui viennent y remplir leur bidons en plastique. C’est cela aussi la réalité du vin en France.

 

David Cobbold