Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


4 Commentaires

Bulles : une (petite et modeste) revue de détail

J’y vais tous les ans vu que ça a lieu chaque année au même endroit, à la même période et toujours selon le même principe : invités à un mois de Noël par Jean-Pierre Rudelle, le patron du Comptoir des Crus à Perpignan, les représentants des maisons de Champagne viennent avec armes et bagages faire goûter aux amateurs deux (parfois trois) de leurs cuvées, vins que l’on retrouve en vente pour ce jour-là à un prix «d’ami ».

Simple comme bonjour, cette initiative est aussi l’occasion pour moi de faire une petite révision champenoise. Et si j’en profite pour revoir mes avis sur des marques qui me sont familières, grandes ou petites, je m’attache aussi à découvrir de nouveaux noms comme le champagne Charpentier (acheté 16 € l’an dernier) qui a fait le bonheur de ma cave durant l’année écoulée.

20171125_112750_resized

Idée de décor ! Photo : BrigitteClément

Je vous en parlais en 2013 et déjà j’étais enthousiaste à l’idée que cette journée devienne une sorte de rituel. Il suffit de s’offrir un verre (10 € remboursés en cas d’achat) et de se promener au gré des barriques (renversées debout) transformées en comptoir de présentation et de dégustation. On peut même s’amuser à faire cela en accéléré. En se pointant par exemple dès l’ouverture, vers onze heures du matin. Le tour complet prend environ une heure trente avec une quinzaine d’arrêts et un temps plus ou moins long passé à discuter avec les représentants en fonction de l’intérêt de leurs vins ou (et) de leur connaissance du terrain. Bref, cela représente un apéritif studieux, juste avant d’aller déjeuner la faim au ventre quelque part en ville.

Version 2

Le champagne expliqué aux clients… Photo : BrigitteClément

Un exemple à suivre

Tous les cavistes (ou presque tous) devraient pouvoir organiser une telle journée et il me semble qu’ils sont de pus en plus nombreux à le faire dans d’autres grandes villes. Pour rendre la chose encore plus palpitante, il y a des habituées parmi les maisons qui font se déplacer une de leurs « commerciaux ». Cela permet de faire des comparaisons avec les vins voisins, de noter des changements de goûts ou de chef de cave. Puis chaque année quelques nouvelles marques en remplacent d’autres avec, parfois une ou deux cuvées d’exception, histoire de briller – ou de frimer – plus encore aux yeux des amateurs. L’avantage, c’est que ça tourne. Cette année, point de Pol Roger, de Krug, Jacquesson, Drappier ou Veuve Clicquot, guère plus de grosses pointures comme Moët et Chandon, peu de petits récoltants-manipulants et aucune coopérative de taille, à l’instar de celle de Mailly présente lors de je ne sais plus quelle édition.

Voici donc les bulles les plus marquantes de ma tournée 2017.

20171125_112802_resized

Quelques remarques préalables : pas d’ordre précis dans cette revue et toujours pas de notes chiffrées, je préfère la (ma) description, brève et parfois sommaire. Peu de description sur le ressenti au nez car dans ce genre de dégustation on est un peu pressé par le public et il faut aller droit au but : la bouche. Sachant que cette dégustation ne se faisait pas à l’aveugle, la seule chose que j’avais devant les yeux, en dehors du vin, était la marque du champagne, le nom de la maison si vous préférez. Pour ne pas être trop influencé, je refusais toute explication sur la composition de la cuvée et sur son prix de vente dont je n’ai eu connaissance qu’à la fin. Parlons-en du prix : dans ce qui suit, je vous donne le tarif consenti pour ce jour-là et le prix normal en boutique pour les jours à venir. Et quid du verre ? Sincèrement, j’ai oublié de noter ce détail (le nom de la verrerie) qui a pourtant son importance. Tout ce que je sais, c’est que j’ai décliné la flûte que l’on me tendait et que, grâce à mon pote caviste, j’ai pu bénéficier d’un beau verre assez large afin que je puisse considérer le champagne comme ce qu’il est : un vin à part entière et non une simple boisson à bulles.

-Deutz. Avec cette maison d’Aÿ la dégustation démarre toujours bien : j’ai l’impression d’être chez moi, de cultiver mon jardin. Tout commence avec un Brut Classic à majorité pinot noir qui m’enchante toujours tout bêtement parce qu’il « nettoie bien la bouche », qu’il la « prépare » à affronter la suite. Je ne sais pas pourquoi je mets tous ces mots entre guillemets, mais je les trouve adaptés à cette sensation de belle acidité, de fruits blancs et de longueur honorable (35,10 € au lieu de 39 €). Le blanc de blancs 2011 qui suit est encore plus engageant : crémeux dès le nez, il l’est ensuite en bouche. Matière riche, amplitude, fraîcheur et longueur, tout y est ! (62,10 € au lieu de 69 €). Au passage, j’attends avec impatience la nouvelle cuvée William Deutz 1990 de pur pinot-noir que je viens de mettre en cave pour quelques mois.

-Charles Heidsieck. Pas de problème non plus avec cette maison qui assure dans la régularité depuis pas mal d’années. Brut Réserve à la mousse frénétique, enthousiasme et fraîcheur en bouche, sans oublier l’équilibre, le tout avec une jolie finale (35,10€ au lieu de 39 €). Le Rosé Réserve assure lui aussi d’emblée une très belle prestation : droiture, netteté, franchise (48,60 € au lieu de 54 €).

-Le Gallais. Dans la vallée de la Marne, à Boursault, la maison produit une Cuvée des Cèdres (brut nature) : nez assez fin, bouche directe et expressive sur un équilibre bien dessiné (31,50 € au lieu de 35 €). La Cuvée du Manoir, par laquelle j’aurais dû commencer, donne un vin d’apéritif, plus marqué par l’acidité d’une pomme granny-smith (26,10 € au lieu de 29 €).

-Grier. Pas une marque champenoise, mais une maison sud africaine qui passe là-bas pour être le pionnier du mousseux de qualité. Installée depuis quelques années au fond de la vallée de l’Agly, dans les Pyrénées-Orientales, la famille Grier progresse indéniablement dans ses assemblages de macabeu, carignan blanc, grenache gris et autres vieux cépages locaux associés au chardonnay du coin (25%). Nez fin légèrement épicé, bouche pleine, riche, structurée et longue (11,70 € au lieu de 13 €). Deux vins sud-africains pour suivre : le brut Villiera Tradition (chardonnay pour moitié, reste pinot noir et meunier), 18 mois sur lies, croustillant, long et frais jusqu’en finale (11,70 € au lieu de 13 €) ; l’autre, le Monro brut, particulièrement droit en bouche, très long et marqué par une belle acidité (22,50 € au lieu de 25 €). D’excellents rapports qualité-prix et mon choix pour cette année.

-Bollinger. Une seule cuvée à goûter, celle qui fait figure de BSA, le Spécial Cuvée. Densité et matière en bouche, richesse et longueur sans emphase, c’est un classique auquel j’adhère volontiers (44,10 € au lieu de 49 €).

-Lallier. Difficile de passer après Bollinger, mais ce Brut Nature, aussi puissant que sérieux en bouche est joliment structuré et doté d’une belle longueur (31,50 € au lieu de 35 €). Le Grande Réserve, m’est paru moins bavard bien qu’il se distingue par sa richesse et sa longueur (26,10 € au lieu de 29 €).

-Ruinart. Un très chardonnay R de Ruinart dense, vif, animé, mais crémeux, fin et équilibré. Il me semble noter un changement dans le rajeunissement de cette cuvée que je goûte pour la première fois avec un plaisir intense (41,40 € au lieu de 46 €) alors qu’auparavant je n’étais guère attiré. Le Blanc de blancs quant à lui est très frais, assez craquant, aussi soigné en longueur qu’en équilibre (62,10 € au lieu de 69 €). Le rosé était trop glacé pour être sérieusement annoté, si ce n’est que je l’ai trouvé d’une richesse assez éclatante (62,10 € au lieu de 69 €).

20171125_114815_resized

-Henri Giraud. En progression, me semble-t-il, par rapport aux années précédentes, cette maison d’Epernay m’a bluffé avec son Esprit Nature bien sec, pinot noir et meunier, lumineux en bouche, marqué par une belle acidité (35,10 € au lieu de 39 €). Le Blanc de craie est un pur chardonnay (si j’ai bien compris) qui fait beaucoup d’effet : hauteur, puissance, netteté, équilibre, longueur (44,10 € au lieu de 49 €).

-Jean-Noël Haton. Vignerons indépendants de Damery, les Haton proposent un Brut Classic blanc de noirs d’une belle franchise idéale pour l’apéritif accompagné de crustacés (20,60 € au lieu de 22,90 €). Une autre cuvée Extra retient l’attention pour sa largesse, son amplitude, sa fraîcheur et ses notes poivrées (32,40 € au lieu de 36 €).

-Besserat-Bellefon. Toujours un faible pour cette maison qui se maintient à un bon niveau qualitatif. Une cuvée Grande Tradition au joli nez grillé, simple mais bien ficelée en bouche avec ce qu’il faut de fruits blancs et une finale sur la fraîcheur (21,60 € au lieu de 24 €). En brut, la Cuvée des Moines (déclinée en plusieurs cuvées, y compris rosé) se remarque par sa droiture, son amplitude, sa fraîcheur et son fruité persistant jusqu’en finale (28,80 € au lieu de 32 €). On notera enfin un magnifique Grand Cru Blanc de blancs toujours marqué par une large amplitude, beaucoup de noblesse côté matière et une grande élégance générale (40,50 € au lieu de 45 €).

-Philipponnat. Remarquable cuvée Royale Réserve (non dosé) pour cette maison de Mareuil-sur-Aÿ plus connue pour son fameux Clos des Goisses absent de cette dégustation. Le nez ne manque pas de distinction, tandis qu’en bouche on ressent la vinosité du pinot noir allié à la complexité d’une part non négligeable de vins de réserve. Amplitude, fermeté et longueur pour un vin digne d’une belle entrée en matière lors d’un repas entre amoureux du vin (35,10 € au lieu de 39 €).

-Marie Sara. Marque d’une maison auboise donnant naissance à une agréable cuvée de brut à la fois simple et souple, aux notes crémées et à la longueur honorable pour une dominante meunier (21,60 € au lieu de 24 €). Une autre cuvée Extra Brut (non dosée), typée pinot noir, se révèle plus épicée avec des notes grillées (32,40 € au lieu de 36 €).

20171125_120326_resized

-Laurent Perrier. L’Ultra Brut, que l’on ne présente plus, se distingue une fois de plus par sa complexité et sa longueur en bouche sur des notes pierreuses et fumées (43,20 € au lieu de 48 €), tandis que le brut (normal) La Cuvée, toujours aussi régulier, est tout simplement magnifique d’amplitude et d’expressivité, sans parler de son infinie longueur (35,10 € au lieu de 39 €). J’ai aussi retenu la même cuvée en rosé pour son imposante matière, sa densité et sa longueur en bouche (71,10 € au lieu de 79 €).

-Taittinger. Un Brut Prestige assez fin et complexe au nez, serré et dense en bouche (35,10 € au lieu de 39 €). La cuvée Grands Crus offre une trame toujours imposante et serrée sur des notes de fleurs des champs et une finale harmonieuse (47,70 € au lieu de 53 €).

-Charpentier. Une maison typique de la vallée de la Marne avec un Brut Tradition simple de par sa conception architecturale, aux trois quarts pinot noir, surtout marqué par des bulles très fines et de jolies notes fruitées (17 € au lieu de 18,90 €). Le rosé, assemblage pinot noir et chardonnay, nous promène sur de fines notes de fruits rouges dans une ambiance un peu plus vineuse (23,30 € au lieu de 25,90 €).

-Gosset. Le brut Excellence (majorité de pinot noir avec 40 % de chardonnay), très croustillant en bouche, offre de l’éclat, beaucoup de luminosité et de longueur (35,10 € au lieu de 39 €).

                                                                                                         Michel Smith

 


9 Commentaires

Hall of Merit, les 5 producteurs de mon Panthéon français

La semaine dernière, notre ami Jim nous a donné son « Hall of Fame » du vin en France – ou plutôt faudrait-il parler de  « Hall of Shame », dans son cas!

Ma sélection relève d’une autre approche. Il s’agit de cinq producteurs français (je pourrais faire la même chose pour d’autres pays, mais restons local) qui ont toute mon admiration pour avoir réuni les cinq critères suivants dans leur production :

  1. Ils élaborent avec régularité et sans faille des bons vins depuis des années.
  2. Ils sont ou ont été innovants dans leur approche.
  3. Ils pratiquent des prix très raisonnables dans leurs appellations respectives
  4. Sans être des structures géantes, ils produisent des quantités qui rendent leurs vins disponibles assez largement et dans plusieurs pays et circuits ou en tout cas une partie de leurs gammes).
  5. Ils ne bénéficient pas de la rente de situation qui consiste à avoir hérité d’un domaine ou d’une unité de production dans une appellation ou zone  prestigieuse.

En prenant en compte tout cela, je nomme les 5 suivants, même s’il y a, forcément, d’autres candidats très valables ici ou là. Et, du coup, je suis bien obligé d’ignorer aussi certaines régions.

Champagne : Serge Mathieu

Loire : Henry Marionnet

Rhône : Marcel Richaud

Languedoc : Hecht & Bannier (H&B)

Bordeaux : la famille Despagne (Château La Tour Mirambeau, etc)

Maintenant, je vais vous donner mes raisons spécifiques pour chaque choix, hormis le critère de qualité qui est forcément un peu personnel. Et je devrais rajouter aussi parmi ces critères, la qualité humaine, élément à mes yeux indispensable pour figurer dans mon palmarès. Tous ces vignerons/producteurs remplissent évidemment cette condition.

Champagne Serge Mathieu, Aube

Michel Jacob et Isabelle Mathieu, l’équipe gagnante

http://www.champagne-serge-mathieu.fr

Quelqu’un qui se connecte au site web de ce producteur verra que j’ai écrit une introduction à leurs vins. Je peux dont être accusé d’une forme de biais en leur faveur. Mais mon texte reflète exactement ce que je pense, depuis longtemps, concernant la qualité des vins de cet excellent producteur encore peu reconnu en France, mais dont 70% de la production sont exportés. On peut aussi me reprocher d’inclure dans ma courte sélection un producteur de Champagne, si on considère qu’être nés dans cette région et d’hériter d’un vignoble constitue déjà une forme de « rente de situation », selon mes propres critères. Oui, mais ce domaine se situe dans l’Aube, dans un village peu connu et loin des grands crus de la Marne.

J’étais tombé par hasard sur ce producteur il y a 20 ans en faisant des recherches pour un petit guide de la Champagne pour un éditeur anglais. Je ne le connaissais pas à l’époque et j’écrivais ceci dans ce petit guide : « This family estate makes some beautifully fragrant Champagnes which are properly aged before being sold ». Cela reste tout aussi vrai aujourd’hui, même si ma connaissance de leur approche méticuleuse à la viticulture et à la vinification s’est approfondie depuis. Et je n’ai jamais été déçu par aucun de leurs vins. Comme souvent en Champagne, je juge la qualité d’un producteur surtout à l’aune de sa cuvée la plus vendue, qui est toujours son brut non-millésimé. Si le reste de la gamme est à la hauteur, le Brut Tradition de Serge Mathieu, issu à 100% du Pinot Noir, est pour moi aussi exemplaire que raisonnable en prix. En plus, il vieillit très bien.

Henry et Jean-Sébastien Marionnet, Touraine, Loire

Jean-Sébastien et Henry Marionnet

http://www.henry-marionnet.com/

Etre vigneron à Soings-en-Sologne est tout le contraire d’une rente de situation. Il faut faire bien et le faire savoir en permanence pour émerger, sans pouvoir exagérer sur les prix. C’est le cas d’Henry Marionnet depuis une trentaine d’années, et maintenant de son fils Jean-Sébastien. Cette année, le vin primeur de Marionnet était une fois de plus un des meilleurs vins primeurs que j’ai pu déguster. Ils élaborent un vin sans soufre ajouté depuis 25 ans, bien avant la mode galopante actuelle. Ils ont eu le culot de planter 5 hectares de vignes non-greffées, ce qui nous offre une possibilité unique de déguster, que cela soit avec le  gamay, le malbec ou le sauvignon, côte à côte, des vins faits de la même manière et issus de la même parcelle ; l’un avec une vigne franche de pied et l’autre avec une vigne greffée. La différence est aussi nette que saisissante et nous indique le degré de perte d’intensité de saveurs qui résulte du greffage opéré afin de résister au phylloxera. En trente ans, je n’ai jamais goûté un mauvais vin de ce producteur qui remplit avec brio tous mes critères pour cette sélection.

Marcel Richaud, Cairanne, Rhône Sud

Marcel Richaud et ses enfants

http://www.chateauneuf.dk (NB. Ce producteur ne semble pas posséder son propre site web, ce qui est assez curieux, mais ce site donne des informations factuelles sur le domaine)

Marcel Richaud a pris la suite de son père sur le domaine familial situé près de Cairanne, dans le Rhône méridional. Au lieu de vendre ses raisins à la cave coopérative, il a voulu élaborer des vins lui-même et cela avec une forte éthique aussi bien dans la vigne que dans ses vinifications. Si ses vins sont appréciés par le microcosme du « vin nature », il le sont également par un public bien plus large. Autrement dit, ils sont propres, libres de brettanomyces, d’oxydation prématurée et d’autres petits désagréments. La gamme offre des choix et des prix très raisonnables, selon le niveau. Là aussi, je n’ai jamais été déçu par un vin de Marcel Richaud, même si je ne les connais que depuis une vingtaine d’années : la pureté du fruit et la belle texture des vins les plus accessibles est remarquable , comme sont l’intensité et la complexité des cuvées plus limités, comme l’Ebrescade. Il est largement responsable, certes avec d’autres, de l’émergence de Cairanne en tant que « cru » dans le Rhône.

Hecht & Bannier, négociants, Languedoc et Provence

François Bannier & Grégory Hecht

http://hechtbannier.com

Il s’agit de deux personnes, François Bannier et Grégory Hecht, que je connais personnellement et je peux donc être accusé d’un biais en leur faveur. Je crois qu’il n’en est rien et, pour ma défense, je signale que d’autres que moi ont déjà largement approuvé leur démarche et la qualité de leurs vins. Hecht et Bannier ont démontré, dès leurs débuts en 2002, qu’ils ont de l’audace (et il en faut pour créer une entreprise dans le vin quand on ne naît pas dedans et que cette entreprise est innovante), un savoir faire et un vrai amour du vin et des choses bien faites. Aucun de leurs vins ne m’a jamais déçu, même si j’ai forcément des préférences. N’ayant pas l’argent pour acheter des vignes, ils ont décidé, dans la tradition des négociants/éleveurs qui ont fait la réussite de la Champagne, de la Bourgogne ou de la Vallée du Rhône, d’acheter des lots de vins soigneusement choisis dans différentes appellations du vaste Sud, de les élever avec soin, puis de les vendre, bien habillés, dans tous les coins du monde. Et les prix aux consommateur restent parfaitement raisonnables, entre 7 et 20 euros selon l’appellation. Leur originalité consiste a avoir instauré ce travail de sélection et d’élevage soigné dans une région qui en était dépourvue en dehors de quelques grandes structures et ainsi de présenter aux distributeurs et aux consommateurs une gamme qui rend lisible une région si importante.

Famille Despagne, Naujan & Postiac (région Entre-deux-Mers), Bordeaux

Thibault, Baseline et Jean-Louis Despagne

http://despagne.fr/

La famille Despagne possède 5 châteaux dans cette belle région de l’Entre-deux-Mers, pourtant pas favorisée par les a priori des consommateurs qui ne regardent que les étiquettes et les appellations : Tour-de-Mirambeau, Mont-Pérat, Bel-Air-Perponcher, Rauzan-Despagne et Lion-Beaulieu. Premiers vignerons français à être certifiés ISO9001 et ISO14001, ils ont aussi su créer un nouveau standard pour les vins de la région avec la gamme Girolate, issus de vignes plantées à 10.000 pieds à l’hectare et avec une vinification intégrale, rouge comme blanc. Mais ce sont, comme toujours, par leurs vins les plus accessibles que les Despagne doivent être jugés, selon moi. Là aussi, je n’ai pas le souvenir d’une déception. Après Jean-Louis, le père, la relève est assuré par Thibault et Baseline et leurs équipes. Qualité, régularité, ténacité, créativité, accessibilité… tous les critères sont présents ici, « in spades » comme on dirait dans mon pays natal.

David Cobbold 

 


Poster un commentaire

99 + 1 bonnes raisons de…

…manger du gras et de boire du Champagne

Notre société actuelle nous culpabilise trop, fait attention à ci, à ça, mange pas trop, ne bois pas, bien qu’on nous une tonne de saloperies à table, quand on n’y fait pas gaffe. Alors, quand on la chance de déguster du bon gras comme celui du jambon qu’il soit iberico, de Bigorre ou culatello, pourquoi renoncer à ce régal? Le gras donne du goût, quant au maigre, tout seul, il est sec et manque de goût.

Ça me rappelle cette cliente qui, voulant faire de la blanquette, se prend une barquette de veau bien maigre, alors que moi, je tentais de trouver certes du maigre, mais entouré de gras, de couenne et de cartilage. La mettant en garde à propos de ce maigre dominant, elle me répondit d’un regard d’incompréhension, l’air de dire, mais justement, il n’y a pas de gras, c’est ça qui est bon. Le boucher, lui, comprit tout de suite et me découpa juste pour moi un joli morceau entouré de couenne, de cartilage et de gras.

Et pour nous qui sommes avant tout œnophiles, comme le souligne Blandine, l’auteur :

Parce que même dans le vin, il y a du gras

Et puis, le gras ça nous donne déjà l’occasion de boire du champagne, ça le décape un peu, ça nous rince le gosier et ça nous permet ensuite, de le savourer, ce cru d’Avize, d’Ay ou d’ailleurs.

Allez, juste une rincette…

Et comme dit Isabelle l’auteur :

« Parce qu’il n’y a rien de mieux pour faire démarrer les conversations et parce qu’aucune grande histoire d’amour n’a commencé autour d’un bol de salade… »

Voilà deux petits livres bien sympas, écrit le premier autour du par Blandine Vié, qu’on peut retrouver sur le blog gourmand gretagarbure, et le second par Isabelle Bachelard qui nous a pondu l’an dernier les 99+1 bonnes raisons de boire un verre de vin. On ne peut lui en vouloir !

99 + 1 (bonnes) raisons de boire du champagne et 99+1 (bonnes) raisons de manger du gras sont parus aux éditions Artémis, 104 pages au prix de 7,90€

Qu’on se le dise !

Zut, j’ai des yeux dans mon Champagne

 

Ciao

 

Marco #balance ton porc mais pas son gras


7 Commentaires

La régularité dans la qualité : le cas Charles Heidsieck

Cela fait pas mal d’années que je trouve les vins de Charles Heidsieck remarquables. Ils sortent régulièrement très bien placés, voir au sommet des dégustations de Champagne que je pratique, soit pour les besoins d’un article, soit pour le fun, comme il y a deux ans sur le champ de bataille de Waterloo. Et cela aussi bien pour leur cuvée non-millésimé que pour les cuvées millésimés.

A quoi cela tient-il ? A mes goûts personnels ? Sûrement. A un travail méticuleux et créatif dans l’approvisionnement, la vinification et l’assemblage ? Très certainement. A un vieillissement bien conduit ? Aussi. A plein de choses, mais le constat est bel et bien là : je n’ai pas le souvenir récent d’avoir dégusté un mauvais champagne de cette maison depuis très longtemps.

L’autre jour j’ai eu la chance de participer à une trop courte dégustation de vieux millésimes de deux cuvées de Charles Heidsieck, mais aussi, en guise d’apéritif, de la dernière version mise en vente de leur cuvée millésimé, le 2006. Les vieux millésimes ont été soigneusement choisi dans l’oenothèque de la firme pour une mise en marché aussi limitée en volume que limitant par les prix, dans le cadre d’une opération qui s’intitule « La Collection Crayères ». Cette dégustation m’a montré, une fois de plus, tout l’intérêt des vieux champagnes quand ceux-ci ont été bien conservé.

D’abord le nouveau venu :

Charles Heidsieck 2006

Très frais et tendu, mais avec une grande délicatesse des saveurs. Ce vin me semble plus souple que le 2005 mais reste d’une grande jeunesse d’expression à 11 ans après sa date de récolte. J’aime beaucoup sa clarté et sa finesse (16,5/20)

Et les vieux :

Charles Heidsieck, Champagne Charlie 1983

Ce vin date d’une époque ou le dosage maximal autorisé était de 15 grammes. On annoncé 12 à 13 gr pour ce vin, mais on ne les sent plus et je doute que la vague courante de champagnes non-dosés pourront avoir une telle longévité. On verra bien.

La robe est ambrée et intense. La dosage est totalement intégré dans ce vin à la texture patinée et à la finale qui reste d’une vivacité étonnante. Odeurs et saveurs de fruits jaunes secs, de noix et noisettes et de café donnent une idée de la richesse de ce vin splendide et très fin. (17,5/20)

Charles Heidsieck Cuvée Royale 1981

Une cuvée qui n’existe plus de nos jours, et dont les quelques bouteilles mises en vente le seront dans leur livrée d’origine, qui date évidemment un peu mais qui donne à ce vin une partie de son cachet authentique. Cette année peu médiatisée à produit de très beaux vins en quantités très limitées.

Encore plus sombre et intense en couleur que le précédent. Le nez de noix et de noisette se combine avec un bouquet de zeste d’agrumes. Plus vif que le 1983, les saveurs vibrent littéralement sur la langue et révèlent des échos de pâte de coing et de fruits cuits. Rondeur et soyeux sont les marqueurs de sa texture. Fait à parts égales de Pinot Noir et de Chardonnay, ce vin tient remarquablement bien à l’aération aussi : pas du tout fatigué malgré ses 35 ans passées. Un vin magnifique ! (18,5/20)

Charles Heidsieck possède 65 hectares de vignes dont la moitié se situe dans la Marne et l’autre dans l’Aube. Je note au passage que très rares sont les Maisons de Champagne à avouer posséder un vignoble dans l’Aube, alors que presque tous s’y fournissent largement en raisins ou en moût. Les traditions, comme les préjugés, ont souvent la vie longue et qui va bien au-delà du rationnel.

David Cobbold


12 Commentaires

Wayford, une bulle et une histoire exemplaire du Sud-Ouest… anglais

 

Je me trouvais dans le Sud-Ouest ce weekend; dans le Sud-Ouest… de l’Angleterre. Et j’ai dégusté, en arrivant, un « sparkling wine » de bonne facture, assez fin, aux saveurs délicatement fruitées, sans grande intensité mais très plaisant et bien fait. Le vin est de plus bien présenté dans un habillage sobre avec une étiquette claire. Le Wayford Winery 2014 est issu à 100% de Pinot Noir et provient d’un vignoble situé à quelques kilomètres du village qu’habite ma mère. Renseignement pris, ce vignoble était en vendanges le samedi 7 et le dimanche 8 octobre et j’ai décidé d’aller voir tout cela sur place.

L’année 2016 a vu la fondation d’un nombre record de wineries dans ce pays qui a eu le malheur de voter cette stupidité qu’on appelle « le Brexit » l’année dernière. C’est un autre sujet mais c’en est un qui a le don de m’agacer profondément, vu les tonnes de mensonges proférées à l’occasion par le «exiteurs ». Qu’on les rassemble avec les Catalans indépendantistes, par exemple !

Mais revenons à nos moutons : 64 entreprises de production de vin ont vu le jour en 2016 en Angleterre et au Pays de Galles, ce qui constitue une augmentation de 73% sur les chiffres de 2015 (source : l’administration fiscale et douanière britannique). Ceci est à rajouter au chiffre cumulé d’environ 500 producteurs de raisins à vin et une base viticole de plus de 2.000 hectares plantés à fin 2015. La production totale de vin dans ces deux parties de la Grande-Bretagne dépasse maintenant 5 millions de bouteilles, dont la grande majorité est faite de vin blanc et surtout de bulles élaborées selon la méthode dite « traditionnelle ». Le vignoble moyen d’un producteur est donc de petite taille, autour de 4 hectares, même si quelques rares producteurs comme Denbies et Nyetimber font office de géants avec une centaine d’hectares chacun. Et je rappelle que le Champenois Taittinger à récemment acquis et planté, avec son importateur britannique, une soixantaine d’hectares dans le Kent (sud-est).

Le vignoble que j’ai visité ce weekend, Wayford, est lui situé bien plus à l’Ouest, dans le Somerset. Il illustre bien ces petits producteurs naissants qui émaillant de plus en plus tous les coins du Sud du pays. Son vignoble couvre 1,7 hectare, les raisins sont pressés et vinifiés ailleurs, et l’initiative vient d’un groupe d’amateurs enthousiastes, en l’occurence tous membres du Rotary Club de Crewkerne, et dont un des membres fondateurs est un agriculteur du coin qui a fourni le terrain. Il est probable que les 4 membres fondateurs (ils sont aujourd’hui une vingtaine de familles à partager, bénévolement, les travaux de la vigne, ce qui doit en faire le plus petit domaine coopératif du monde viticole !) ne se doutaient pas des efforts nécessaires à leur entreprise. Mais, depuis la plantation en 2007 de 4.000 pieds de pinot noir sur une pente orientée plein sud dans la vallée de l’Axe (à l’ouest de Yeovil), les membres de ces familles, pour une bonne partie retraités, se sont retroussés les manches chaque année et les 1.200 bouteilles de leur premier millésime mise en vente, le 2014, sont maintenant presque épuisées. Bientôt le 2015, avec des quantités heureusement en croissance, va atteindre les magasins et bistrots de la région. Ils me disent qu’il est encore meilleur mais je ne l’ai pas dégusté.

Même en sachant ce qu’on va y trouver, on est presque surpris de découvrir un coteau couvert de vignes dans ce vert paysage aux bocages, au détour d’une de ces tortueuses routes de campagne enfoncées entre talus, prairies et bois, et dont l’étroitesse vous oblige à chercher un recoin pour pouvoir croiser un véhicule qui arrive en face. Le samedi matin de ma visite, les feuilles de vigne commençaient à jaunir ou à rougir par endroits et les vendangeurs, peu nombreux mais concentrés, s’activaient sous un ciel gris. Familles et amis doivent signer une décharge avant d’attaquer avec ciseaux et petits bacs en plastique qui seront chargés sur une remorque pour une heure de route jusqu’au pressoir. Le vignoble est totalement enherbé et tondu une fois l’an. Je n’ai vu aucune trace de produits désherbants et le seul équipement semble être une tondeuse tirée par un vieux tracteur. Tout le reste se fait à la main. A la différence de quelques autres vignobles dans le sud-ouest, Wayford a échappé au gel du printemps 2017 et j’ai vu pas mal de raisins, en apparence très sains, sur les vignes.

Que penser de tout cela ? Mais que du bien, selon moi! Il n’est pas question, du moins pour l’instant, d’une concurrence sérieuse à d’autres vins effervescents. Avec deux milliers d’hectares à peine en production, les bulles anglaises ne risquent pas d’arriver en masse en France pour couper l’herbe sous les pieds des bulles françaises, par exemple. Le nombre de bouteilles produites ne pèse pas lourd face aux bulles d’ailleurs : Champagne, Crémants, Cava ou Prosecco, chacune de ces désignations produisent plus de 10 fois la production totale de l’Angleterre. Et ces vins anglais ne sont pas bradés non plus. Le Pinot Noir 2014 de Wayford Winery se vend au détail au prix de 25 livres sterling la bouteille (soit 28 euros), et des producteurs plus connus comme Nyetimber vendent leur cuvée non-millésimée autour de 40 euros, ce qui les positionne quasiment au même niveau de prix qu’une grande marque de Champagne.

Ces vins, pris dans leur ensemble, aident à satisfaire la soif légendaire des Britanniques pour les bulles en particulier et pour le vin en général, tout en augmentant la connaissance du vin par la curiosité qu’ils sollicitent. Et des domaines comme Wayford constituent aussi un beau témoignage de la logique d’une action collaborative, sans grande ressources, mais dans un pays qui n’est pas trop freiné par des règles qui inhibent des initiatives entrepreneuriales de toutes les tailles et formes, y compris dans l’agriculture.

David Cobbold


Poster un commentaire

Prends ça dans les dents!

Reprenant une publication de la British Dental Association, plusieurs médias britanniques  mettent en garde les consommateurs: boire du Prosecco peut être dangereux pour les dents.

En effet, le Prosecco combinerait trois éléments nocifs pour les dents: le gaz carbonique, le sucre et l’alcool.

Et les autres effervescents? Pour le Dr Coates, de Riveredge Cosmetic Dentistery, « le Prosecco est bien pire que le Champagne, parce que ce dernier n’est pas aussi sucré. Le Prosecco a un pH de 3,35 (…) et affaiblit l’émail des dents ».

Voila qui me semble bien curieux: de nombreux Champagnes présentent un pH très proche de 3, et sont donc plus acides que les Proseccos!

Certes, les Proseccos sont généralement plus sucrés (la plupart sont des Extra Dry), mais si c’est l’acidité qui attaque l’émail, alors il n’y a guère de raison de faire de différence avec les autres mousseux, même Bruts. Sans parler du cidre.

D’un autre côté, les Britanniques consomment à présent beaucoup plus souvent du Prosecco que du Champagne. Les Belges aussi.

Hervé Lalau


Poster un commentaire

Une minute, un vignoble, le retour

Le programme « 1 Minute 1 Vignoble » revient sur les écrans à la rentrée. 18 films d’une minute chacun seront diffusés sur France 2 vers 14h chaque samedi et dimanche, du 2 septembre au 19 novembre 2017.

Cette émission de vulgarisation soutenue par Vin & Société concerne actuellement 6 régions viticoles françaises : Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Languedoc, Provence et Côtes du Rhône.