Les 5 du Vin

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La régularité dans la qualité : le cas Charles Heidsieck

Cela fait pas mal d’années que je trouve les vins de Charles Heidsieck remarquables. Ils sortent régulièrement très bien placés, voir au sommet des dégustations de Champagne que je pratique, soit pour les besoins d’un article, soit pour le fun, comme il y a deux ans sur le champ de bataille de Waterloo. Et cela aussi bien pour leur cuvée non-millésimé que pour les cuvées millésimés.

A quoi cela tient-il ? A mes goûts personnels ? Sûrement. A un travail méticuleux et créatif dans l’approvisionnement, la vinification et l’assemblage ? Très certainement. A un vieillissement bien conduit ? Aussi. A plein de choses, mais le constat est bel et bien là : je n’ai pas le souvenir récent d’avoir dégusté un mauvais champagne de cette maison depuis très longtemps.

L’autre jour j’ai eu la chance de participer à une trop courte dégustation de vieux millésimes de deux cuvées de Charles Heidsieck, mais aussi, en guise d’apéritif, de la dernière version mise en vente de leur cuvée millésimé, le 2006. Les vieux millésimes ont été soigneusement choisi dans l’oenothèque de la firme pour une mise en marché aussi limitée en volume que limitant par les prix, dans le cadre d’une opération qui s’intitule « La Collection Crayères ». Cette dégustation m’a montré, une fois de plus, tout l’intérêt des vieux champagnes quand ceux-ci ont été bien conservé.

D’abord le nouveau venu :

Charles Heidsieck 2006

Très frais et tendu, mais avec une grande délicatesse des saveurs. Ce vin me semble plus souple que le 2005 mais reste d’une grande jeunesse d’expression à 11 ans après sa date de récolte. J’aime beaucoup sa clarté et sa finesse (16,5/20)

Et les vieux :

Charles Heidsieck, Champagne Charlie 1983

Ce vin date d’une époque ou le dosage maximal autorisé était de 15 grammes. On annoncé 12 à 13 gr pour ce vin, mais on ne les sent plus et je doute que la vague courante de champagnes non-dosés pourront avoir une telle longévité. On verra bien.

La robe est ambrée et intense. La dosage est totalement intégré dans ce vin à la texture patinée et à la finale qui reste d’une vivacité étonnante. Odeurs et saveurs de fruits jaunes secs, de noix et noisettes et de café donnent une idée de la richesse de ce vin splendide et très fin. (17,5/20)

Charles Heidsieck Cuvée Royale 1981

Une cuvée qui n’existe plus de nos jours, et dont les quelques bouteilles mises en vente le seront dans leur livrée d’origine, qui date évidemment un peu mais qui donne à ce vin une partie de son cachet authentique. Cette année peu médiatisée à produit de très beaux vins en quantités très limitées.

Encore plus sombre et intense en couleur que le précédent. Le nez de noix et de noisette se combine avec un bouquet de zeste d’agrumes. Plus vif que le 1983, les saveurs vibrent littéralement sur la langue et révèlent des échos de pâte de coing et de fruits cuits. Rondeur et soyeux sont les marqueurs de sa texture. Fait à parts égales de Pinot Noir et de Chardonnay, ce vin tient remarquablement bien à l’aération aussi : pas du tout fatigué malgré ses 35 ans passées. Un vin magnifique ! (18,5/20)

Charles Heidsieck possède 65 hectares de vignes dont la moitié se situe dans la Marne et l’autre dans l’Aube. Je note au passage que très rares sont les Maisons de Champagne à avouer posséder un vignoble dans l’Aube, alors que presque tous s’y fournissent largement en raisins ou en moût. Les traditions, comme les préjugés, ont souvent la vie longue et qui va bien au-delà du rationnel.

David Cobbold


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Wayford, une bulle et une histoire exemplaire du Sud-Ouest… anglais

 

Je me trouvais dans le Sud-Ouest ce weekend; dans le Sud-Ouest… de l’Angleterre. Et j’ai dégusté, en arrivant, un « sparkling wine » de bonne facture, assez fin, aux saveurs délicatement fruitées, sans grande intensité mais très plaisant et bien fait. Le vin est de plus bien présenté dans un habillage sobre avec une étiquette claire. Le Wayford Winery 2014 est issu à 100% de Pinot Noir et provient d’un vignoble situé à quelques kilomètres du village qu’habite ma mère. Renseignement pris, ce vignoble était en vendanges le samedi 7 et le dimanche 8 octobre et j’ai décidé d’aller voir tout cela sur place.

L’année 2016 a vu la fondation d’un nombre record de wineries dans ce pays qui a eu le malheur de voter cette stupidité qu’on appelle « le Brexit » l’année dernière. C’est un autre sujet mais c’en est un qui a le don de m’agacer profondément, vu les tonnes de mensonges proférées à l’occasion par le «exiteurs ». Qu’on les rassemble avec les Catalans indépendantistes, par exemple !

Mais revenons à nos moutons : 64 entreprises de production de vin ont vu le jour en 2016 en Angleterre et au Pays de Galles, ce qui constitue une augmentation de 73% sur les chiffres de 2015 (source : l’administration fiscale et douanière britannique). Ceci est à rajouter au chiffre cumulé d’environ 500 producteurs de raisins à vin et une base viticole de plus de 2.000 hectares plantés à fin 2015. La production totale de vin dans ces deux parties de la Grande-Bretagne dépasse maintenant 5 millions de bouteilles, dont la grande majorité est faite de vin blanc et surtout de bulles élaborées selon la méthode dite « traditionnelle ». Le vignoble moyen d’un producteur est donc de petite taille, autour de 4 hectares, même si quelques rares producteurs comme Denbies et Nyetimber font office de géants avec une centaine d’hectares chacun. Et je rappelle que le Champenois Taittinger à récemment acquis et planté, avec son importateur britannique, une soixantaine d’hectares dans le Kent (sud-est).

Le vignoble que j’ai visité ce weekend, Wayford, est lui situé bien plus à l’Ouest, dans le Somerset. Il illustre bien ces petits producteurs naissants qui émaillant de plus en plus tous les coins du Sud du pays. Son vignoble couvre 1,7 hectare, les raisins sont pressés et vinifiés ailleurs, et l’initiative vient d’un groupe d’amateurs enthousiastes, en l’occurence tous membres du Rotary Club de Crewkerne, et dont un des membres fondateurs est un agriculteur du coin qui a fourni le terrain. Il est probable que les 4 membres fondateurs (ils sont aujourd’hui une vingtaine de familles à partager, bénévolement, les travaux de la vigne, ce qui doit en faire le plus petit domaine coopératif du monde viticole !) ne se doutaient pas des efforts nécessaires à leur entreprise. Mais, depuis la plantation en 2007 de 4.000 pieds de pinot noir sur une pente orientée plein sud dans la vallée de l’Axe (à l’ouest de Yeovil), les membres de ces familles, pour une bonne partie retraités, se sont retroussés les manches chaque année et les 1.200 bouteilles de leur premier millésime mise en vente, le 2014, sont maintenant presque épuisées. Bientôt le 2015, avec des quantités heureusement en croissance, va atteindre les magasins et bistrots de la région. Ils me disent qu’il est encore meilleur mais je ne l’ai pas dégusté.

Même en sachant ce qu’on va y trouver, on est presque surpris de découvrir un coteau couvert de vignes dans ce vert paysage aux bocages, au détour d’une de ces tortueuses routes de campagne enfoncées entre talus, prairies et bois, et dont l’étroitesse vous oblige à chercher un recoin pour pouvoir croiser un véhicule qui arrive en face. Le samedi matin de ma visite, les feuilles de vigne commençaient à jaunir ou à rougir par endroits et les vendangeurs, peu nombreux mais concentrés, s’activaient sous un ciel gris. Familles et amis doivent signer une décharge avant d’attaquer avec ciseaux et petits bacs en plastique qui seront chargés sur une remorque pour une heure de route jusqu’au pressoir. Le vignoble est totalement enherbé et tondu une fois l’an. Je n’ai vu aucune trace de produits désherbants et le seul équipement semble être une tondeuse tirée par un vieux tracteur. Tout le reste se fait à la main. A la différence de quelques autres vignobles dans le sud-ouest, Wayford a échappé au gel du printemps 2017 et j’ai vu pas mal de raisins, en apparence très sains, sur les vignes.

Que penser de tout cela ? Mais que du bien, selon moi! Il n’est pas question, du moins pour l’instant, d’une concurrence sérieuse à d’autres vins effervescents. Avec deux milliers d’hectares à peine en production, les bulles anglaises ne risquent pas d’arriver en masse en France pour couper l’herbe sous les pieds des bulles françaises, par exemple. Le nombre de bouteilles produites ne pèse pas lourd face aux bulles d’ailleurs : Champagne, Crémants, Cava ou Prosecco, chacune de ces désignations produisent plus de 10 fois la production totale de l’Angleterre. Et ces vins anglais ne sont pas bradés non plus. Le Pinot Noir 2014 de Wayford Winery se vend au détail au prix de 25 livres sterling la bouteille (soit 28 euros), et des producteurs plus connus comme Nyetimber vendent leur cuvée non-millésimée autour de 40 euros, ce qui les positionne quasiment au même niveau de prix qu’une grande marque de Champagne.

Ces vins, pris dans leur ensemble, aident à satisfaire la soif légendaire des Britanniques pour les bulles en particulier et pour le vin en général, tout en augmentant la connaissance du vin par la curiosité qu’ils sollicitent. Et des domaines comme Wayford constituent aussi un beau témoignage de la logique d’une action collaborative, sans grande ressources, mais dans un pays qui n’est pas trop freiné par des règles qui inhibent des initiatives entrepreneuriales de toutes les tailles et formes, y compris dans l’agriculture.

David Cobbold


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Prends ça dans les dents!

Reprenant une publication de la British Dental Association, plusieurs médias britanniques  mettent en garde les consommateurs: boire du Prosecco peut être dangereux pour les dents.

En effet, le Prosecco combinerait trois éléments nocifs pour les dents: le gaz carbonique, le sucre et l’alcool.

Et les autres effervescents? Pour le Dr Coates, de Riveredge Cosmetic Dentistery, « le Prosecco est bien pire que le Champagne, parce que ce dernier n’est pas aussi sucré. Le Prosecco a un pH de 3,35 (…) et affaiblit l’émail des dents ».

Voila qui me semble bien curieux: de nombreux Champagnes présentent un pH très proche de 3, et sont donc plus acides que les Proseccos!

Certes, les Proseccos sont généralement plus sucrés (la plupart sont des Extra Dry), mais si c’est l’acidité qui attaque l’émail, alors il n’y a guère de raison de faire de différence avec les autres mousseux, même Bruts. Sans parler du cidre.

D’un autre côté, les Britanniques consomment à présent beaucoup plus souvent du Prosecco que du Champagne. Les Belges aussi.

Hervé Lalau


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Une minute, un vignoble, le retour

Le programme « 1 Minute 1 Vignoble » revient sur les écrans à la rentrée. 18 films d’une minute chacun seront diffusés sur France 2 vers 14h chaque samedi et dimanche, du 2 septembre au 19 novembre 2017.

Cette émission de vulgarisation soutenue par Vin & Société concerne actuellement 6 régions viticoles françaises : Bordeaux, Bourgogne, Champagne, Languedoc, Provence et Côtes du Rhône.


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Souverains poncifs 

C’est fou le nombre de bêtises qui circulent dans le domaine du vin, transmises de génération en génération, de sommelier en sommelier, de critique en critique, de buveur en buveur. Légendes urbaines, on-dits, souverains poncifs, ou simples conneries, parfois teintées de snobisme. Et l’âge ne fait rien à l’affaire. Une vieille bêtise reste une bêtise. En voici quelques unes, avec, quand c’est possible, le contre-exemple, en guise d’antidote…

 

Le Champagne fait moins mal à la tête que les autres bulles

Contre-exemples: innombrables (de migraines, aussi bien du côté du Champagne que des autres bulles); et pourtant, c’est vrai, on lit toujours ce genre d’affirmations mal étayées sur des sites de référence et même dans des sondages. C’est la preuve que la Champagne entretient bien son image de produit de luxe… et peut, parfois, être de mauvaise foi (l’histamine a bon  dos, pourquoi les Chardonnay-Pinot de Loire, du Jura ou de Bourgogne en auraient-ils moins que ceux de Champagne?).

Les blancs du Sud sont lourds

Les vins d’Espagne sont alcooleux

Contre-exemples: les vins de Galice (et bien d’autres).

Le Porto est un vin d’apéritif

Contre-exemple: le mode de consommation anglais du Porto, qu’on qualifiera de diversifié – cela va du foie gras au fromage, en passant par le chocolat, sans oublier le cigare. Dans sa nouvelle « The Choice of Amyntas », Somerset Maugham a d’ailleurs écrit de fort belles choses sur la façon de boire entre un et quatre verres de Porto, selon l’effet recherché, et en dehors des repas.

Le Málaga est un vin cuit

Contre exemple: tous les Málagas; certains contiennent une réduction de vin, l’arrope, mais pas tous; et c’est loin d’être l’élément principal des vins.

Le Madère, c’est pour la cuisine

Contre-exemples: la plupart des Madères qui ne sont pas présentés dans des petites bouteilles moches en grande distribution.

Le rosé, ça se boit dans l’année

Contre-exemple: tout ce qui ne ressemble pas à du blanc taché, au goût de bonbon, de vernis ou de pamplemousse (et que vous aurez la patience d’attendre). Lancez notre ami Marc sur ce thème, il est intarissable. Et à propos de tari, voyez Guillaume, au Domaine de la Bégude.

Les vins allemands sont sucrés

Contre-exemples: innombrables. Mais quel est le pourcentage de Français qui dégustent régulièrement des vins allemands depuis la dernière mise à sac du Palatinat?

Le Prosecco, c’est pour faire un Spritz

Contre-exemple: voir ICI

Le vin Nature rend moins saoul

Contre-exemple: aucun – j’aurais trop peur de choquer les vrais croyants!

La Clairette de Die est issue principalement du cépage Clairette

Et bien non, même que la Clairette ne peut dépasser 25% des cuvées – c’est là un des grands mystères des AOC françaises; apparemment, cela ne choque personne, et pourtant, cela revient à vendre autre chose que ce qu’il y a sur l’étiquette. On se croirait dans la politique.

Les rosés de Loire sont sucrés

Contre-exemple: l’AOC Rosé de Loire, justement. Contrairement au Rosé d’Anjou ou au Cabernet d’Anjou, c’est un vin sec. Vous avez dit « confusing »?`

La capsule à vis, c’est bon pour les petits vins à boire jeunes, au pique-nique 

Erreur funeste! Plus vous payez cher un vin, plus vous avez envie de le garder, et moins vous avez envie de le voir se gâter du fait d’un mauvais bouchon. Et je ne parle pas seulement du goût de bouchon, mais du syndrome du vin fatigué, dont on ne sait plus trop si c’est l’obturation ou le vin qui en est responsable. Rien de plus désagréable que de se demander si c’est le vigneron qui est en faute, ou le bouchonnier… Faites « pop » avec la bouche, si le bruit du bouchon vous manque à ce point!

Les fromages s’accompagnent de préférence de vin rouge

Contre-exemples: la majorité des pâtes dures, type Comté, Gruyère, Appenzell, qui supportent mal les tannins. Mais il y a tellement de sortes de fromages, et tellement de sortes de rouges, plus ou moins tanniques, qu’on ne peut pas généraliser.
D’ailleurs, que ce soit dans le domaine du vin, de l’art, de la science… ou de la politique, la généralisation abusive n’est-elle pas la plus belle définition de la connerie?
J’arrêterai là pour cette fois. Si vous voulez une suite, vous pouvez me fournir d’autres exemples, je me ferai un plaisir de dégonfler d’autres baudruches…

Hervé


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Au bout d’une semaine dense, le Schioppettino de Davide Moschioni

Il y a des semaines comme cela.  A vrai dire, il y en a beaucoup quand on aime le vin et qu’on a la chance d’être confronté à des occasions très diverses qui tournent autour de cette boisson magique. Tout n’y est pas rose et fait de bonheur pur, bien entendu, et il fait aussi tenir le rythme sans (trop) perdre la boussole. La semaine passée est un exemple parmi d’autres. Elle inclut aussi des journées au bureau à écrire, préparer des travaux à venir, rédiger comptes-rendus et mails et gérer le quotidien de toute petite entreprise, plus une réunion à l’extérieur, quelques dégustations programmées ou improvisées et une journée de formation dispensée le samedi.

Lundi soir, dîner chez un membre (généreux, comme vous allez le voir) d’un des cercles d’amateurs de vins que j’anime. A l’apéritif, Dom Pérignon 1988 en magnum, puis 1982 en bouteilles : les deux extraordinaires, peut-être surtout le 1982 ce soir-là, même si le 1988 ira probablement plus loin dans le temps. Servis dans des verres que je n’aurai pas choisis pour de tels vins, mais quelle finesse et quelle puissance pour des Champagnes de ces âges!

Au repas qui a suivi, d’abord un Corton-Charlemagne 2005 de Bouchard Père et Fils, qui m’a semblé un poil fatigué. Problème de bouchon pas assez étanche, probablement ; en tout cas en deçà du niveau habituel des grand blancs de cette estimable Maison. Ensuite, Calon-Ségur 1990 en double magnum : un vin très ferme et carré, encore trop jeune et un poil austère à mon goût, mais impressionnant. Puis Beychevelle 1945 : je l’aurai servi avant le Saint-Estèphe car il est sur le déclin avec de jolies restes, tout en élégance mais un peu dominé par l’acidité maintenant. Puis, avec le fromage, un Porto Taylors Vintage 1968, très fin, très suave, encore très fruité mais sans la puissance habituelle de Vintages de ce producteur. Avec le dessert, un Quarts de Chaume, Château de Suronde 1989 : très beau. Nous avons fini avec un magnifique Armagnac Laberdolive de 1937, puis retour à la maison en métro. Même pas mal !

Mardi soir, travail pour animer une soirée du Wine & Business Club et présenter à 150 personnes deux vins peut-être pas très bien connus mais de très belle qualité et que je bois avec autant de plaisir que certains des précédents. Premièrement, le Château de Fontenay, près de Tours, avec des Touraine et Touraine-Chenonceaux que je trouve aussi fins et précis que plaisants et très abordables en prix. Deuxièmement un vin des Costières de Nîmes à l’étiquette moderne et à la qualité irréprochable: le Domaine de Scamandre.

Mercredi soir, relâche.

Jeudi midi, déjeuner/dégustation pour un club pour lequel je présentais 3 vins de Bordeaux issus de ma sélection personnelle parmi les Talents de Bordeaux Supérieur du millésime 2014, plus un blanc de la même région en apéritif. Ces vins se vendent au détail entre 6,50 et 10,50 euros la bouteille et sont, pour moi, parmi les meilleurs rapports qualité/prix disponibles en France aujourd’hui. Le blanc se nomme Château Lauduc Classic blanc 2016, les trois vins rouges Château Lacombe-Cadiot 2014 (un des rares vins de cette appellation né dans la région médocaine),  Château l’Insoumise, cuvée Prestige 2014 (un Bordeaux Sup de la rive droite, près de St. André de Cubzac), et Château Moutte Blanc 2014, un autre Bordeaux Sup qui vient du Médoc, tout près de Margaux, un très beau vin de palus qui contient 25% de petit verdot.

Le jeudi soir, deuxième soirée de la semaine pour un autre club du Wine & Business Club à Paris, cette fois-ci avec des vins étrangers : les excellents Tokaji du Domaine Holdvölgy, et les vins de Sonoma de Francis Ford Coppola, issus de sa série Director’s Cut, tous les deux importés en France par South World Wines. Beaucoup d’intensité dans le Tokay sec de Holdvölgy, qui, pour une fois, n’est pas fait avec le Furmint mais avec l’autre cépage important de l’appellation, le Hárslevelű, et un magnifique liquoreux (mais pas un aszú : il s’agit d’un assemblage entre un szamorodni et un aszú, je crois). Tout bon partout, pour faire court. Coppola présentait un Chardonnay, un Cabernet Sauvignon et un Zinfandel.

Vendredi matin, repos, course à pied et gym; vendredi soir, relâche.

Samedi, formation toute la journée pour un groupe de 16 personnes, surtout amateurs mais aussi trois professionnels, qui se sont inscrits à l’Académie du Vin de Paris pour le Niveau 1 du cursus WSET.

La fine équipe (il manque juste Sébastien Durand-Viel qui donnait un cours ce jour-là) de notre école, l’Académie du Vin de Paris, à Londres quand cette école fut élue, début 2016, parmi les 8 meilleurs formateurs des 650 qui dispensent les cours WSET au monde.

Le samedi soir, retour à la maison où j’ai dégusté, de ma cave, le vin qui m’a fait peut-être le plus grand plaisir de tous ceux de la semaine. Je sais bien que le moment est important dans l’appréciation d’un vin : le fait de ne pas être dans une situation de travail, de se sentir relaxé et tout cela. Mais ce vin rouge m’a semblé intense et très agréable, plein sans être surpuissant, solidement bâti mais également très fruité. Et cela, malgré ou à cause d’un âge qui est respectable sans être canonique : 13 ans. Ce vin, je l’ai dégusté à différents stades de sa vie, car j’en avais acheté une caisse en 2005 lors d’un voyage en Italie pour le compte de la Revue de Vin de France, qui éditait à l’époque chaque année un cahier spécial sur les vins italiens . Il ne m’a jamais semblé aussi bien que maintenant. C’est le vin du titre de cet article et le voici :

Moschioni, Schioppettino (non filtrato) 2003, Colli Orientali del Friuli, Italia

 Davide Moschioni, Vignaiuolo in Gagliano di Cividale del Friuli

D’abord, un mot sur cette variété qui a été sauvée de la disparition dans les années 1970, à l’instar d’autres variétés locales comme le Pignolo ou le Tazzelenghe. Elle n’était même pas autorisée à la plantation avant 1981 ! On en trouve des deux côtés des la frontière actuelle entre le Friuli d’Italie et la Slovénie, et elle possède, logiquement, plusieurs synonymes : Pocalza en Slovénie, Ribolla Nera en Italie (mais il n’a pas de lien avec la Ribolla Gialla). Le terme Schioppettino signifierait « croustillant », soit parce que sa peau donne cette sensation (il s’agit effectivement d’une variété tannique), soit parce qu’il aurait été vinifié à une époque en vin frizzante. Le statut de DOC lui fut accordé en 1987, aussi bien en Colli Orientali del Friuli qu’en Friuli Isonzo, mais on le trouve aussi en IGT Venezia Giulia. Heureuse sauvetage, comme nous allons le voir !

Robe très dense et étonnamment jeune, avec ses bords encore d’un ton rubis malgré son âge qui devient respectable. Le bouchon, en revanche, laisse à désirer sur le plan de l’étanchéité car je constate des remontées du vin jusqu’à deux tiers de sa longueur. Il était temps d’ouvrir ce flacon! Le nez présente en effet un petit coup d’oxydation au départ, avant de me plonger dans des eaux profondes d’une masse très dense de fruits noirs, de cigare et de cerises à l’eau de vie. C’est assez entêtant ! Les tanins qui furent très denses dans sa jeunesse commencent à bien se fondre. Ils sont encore croquants et bien présents, donnant une belle colonne vertébrale à cette masse impressionnante et très qualitative de fruit sombre. Tout cela donne une belle sensation de plénitude, remplissant la bouche sans aucunement l’agresser. Le vin atteint son équilibre par une belle sensation de fraîcheur en finale et cette touche d’amertume si caractéristique de bon nombre de vins italiens.

C’est un vin à la forte personnalité, mais qui sait aussi séduire par la remarquable qualité de son fruit et constitue un excellent choix pour un vin de garde.

Je constate que ce vin vaut maintenant entre 35 et 50 euros la bouteille, selon le pays en Europe. J’ai dû l’acheter un peu moins cher à l’époque, sur place. Il n’est pas distribué en France, à ma connaissance.

David

PS. Aujourd’hui, dimanche, repos le matin, écriture puis gym l’après-midi, puis direction le Stade Jean Bouin ce soir pour soutenir le Stade Français contre Toulon. Allez les soldats roses qui ont su résister au grand méchant Capital cher à Léon !


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Champagne Chassenay d’Arce

Notre invité, aujourd’hui, n’est autre que notre camarade Olivier Borneuf. Le plus champenois des Toulousains nous parle d’un de ses coups de coeur – dans les fines bulles, bien sûr.

Chassenay d’Arce est une coopérative – et fière de l’être. Une posture difficile à assumer car la coopération traîne des casseroles et les efforts récemment consentis par certaines d’entre elles trouvent difficilement échos auprès des amateurs ou de la presse spécialisée. Une situation paradoxale alors même que la crise pousse de nombreux secteurs d’activité à muter vers des systèmes coopératifs vertueux. Il suffit d’allumer son poste de télévision pour entendre le Crédit Mutuel nous expliquer que ses « adhérents » sont propriétaires de leur banque.

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Je crois en effet que la coopération viticole à une carte à jouer dans ce contexte de crise, du reste si elle retrouve ses valeurs fondatrices de territoire, d’adhésion et de production de qualité. Il me semble que Chassenay d’Arce fait partie de ces coopératives vertueuses, leurs Champagnes déjà reconnus et appréciés continuent de progresser année après année.

Les vignerons fondateurs ont créé Chassenay d’Arce en 1956, sur la commune de Ville-sur-Arce, dans la Côte des Bars. Depuis plus de cinquante ans, 130 familles adhérent à la coopérative sur 325ha environ.

Le territoire

L’Aube souffre cruellement de la comparaison avec les régions du nord. Faute d’avoir une échelle des crus à l’instar de la Marne, elle communique en bloc et efface de facto les subtiles diversités qui la composent. Parmi les vignobles de la Côte du Barrois, la Vallée de l’Arce : des marnes kimméridgiennes caillouteuses qui accueillent trois cépages (90% pinot noir, 9% chardonnay, 2ha de pinot blanc) sur 12 crus. Il me semble, en comparaison avec les autres vins de la région, que les champagnes y trouvent un finesse particulière et un peut-être plus de fraicheur. D’ailleurs, Chassenay d’Arce isole depuis quelques années des parcelles à fort potentiel pour souligner ces caractères.

L’adhésion

L’adhérent est aujourd’hui un client qu’il faut garder, un client c’est des hectares donc des bouteilles et la concurrence est rude. De l’adhésion au clientélisme il n’y a qu’un pas : les rôles s’inversent irrémédiablement, l’intérêt collectif cédant progressivement sa place au profit individuel. Certains signes m’invitent pourtant à penser que Chassenay d’Arce réussit à préserver cette cohésion. Pour n’en citer qu’un : tous les adhérents vendent exclusivement la marque Chassenay d’Arce.

La force de la coopération c’est la mise en commun de moyens de production puissants au service des adhérents. Encore faut-il que ces derniers fassent l’effort de vendanger des raisins de qualité ! Je n’ai pas encore assisté aux vendanges mais je peux témoigner de la qualité des vins. Voici ceux retenus lors de ma dégustation.

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Cuvée Première 

Bouquet mentholé, réglisse, arômes de pêche et de miel. Attaque équilibrée, dosage fondu. Finale de longueur moyenne mais avec une belle fraîcheur, arrière goût salin. Bonne entrée de gamme.

Millésimé 2005 

Bouquet aromatique, on retrouve le menthol et la réglisse. Attaque ample, mousse fine. Bonne longueur, ample sur le beurre et le miel en arrière-goût. Un vin riche de très bonne qualité, à maturité, qui trouvera sa place à table.

Pinot Blanc 2006

Bouquet fin, citron, fleurs jaunes, quelques notes de pralin. Bouche légère, souple, finale en fraicheur sur le citron avec un arrière goût salin. Le champagne rafraichissant par excellence.

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Cuvée Confidence Rosé 

Bouquet très fin, cerise, macaron. La bouche est aérienne, la finale éclatante sur les fruits rouges acidulés, framboise, bonne allonge. Ce rosé a la rare qualité d’évoquer sa couleur dans ses saveurs et son goût ! Très bonne cuvée.

Cuvée Confidence (base 2005) 

Complexe, fin, épanoui. Notes florales, cerise, réglisse, miel. Délicat et vineux, savoureux finissant long sur la réglisse et le menthol, le miel ensuite. Beau Champagne dans un millésime riche.

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