Les 5 du Vin

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Impromptu sur les bords du Lac de Bienne

La météo nous avait prédit un temps maussade et voilà qu’il faisait beau au pied de la chaîne du Jura, côté suisse. C’était au début printemps dernier. Après un peu de bateau, une dégustation inopinée nous a permis de déguster quelques cuvées issues des vignobles qui bordent le lac, Bielersee AOC. Cela se passait à la Vinothek Viniterra de Twann. Vous l’aurez compris, nous étions dans la partie bernoise du lac de Bienne (Bielersee en allemand). C’est une région bilingue où francophones et germanophones se côtoient, un peu comme chez moi, mais peut-être avec moins d’aléas, du moins, je crois. Le lac de Bienne constitue avec celui de Neuchâtel et celui de Morat, le Pays des Trois-Lacs ou Drei-Seen-Land réparti entre les cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel et Vaud. Le canton de Neuchâtel borde l’extrémité ouest du lac de Bienne. Voilà le décor planté, place à la dégustation.

Sur le lac de Bienne

Accoudé au comptoir de la vinothèque

 

Elle semblait totalement improvisée, cette dégustation, mais la bonne humeur, l’entrain, l’endroit et puis la qualité du choix des vins et la présence des vignerons ont rapidement infirmé cette première impression. Mais quoi de plus sympa que de déguster dans une atmosphère décontractée où tout est prévu sans que cela ne se ressente.

Clos de Rive 2015 Chasselas Bielersee AOC Andrey Weinbau à Ligerz

Robe blanche au léger jaune, des fruits blancs et jaunes maculent de leur chair quelques cailloux éclatés, impression de marmelades de mirabelle et de poire aux accents fumés. Belle fraîcheur en bouche avec du croquant que la trace de carbonique rend plus perceptible, plus pointue. Les parfums de rose blanche et d’aubépine se pavanent avant de laisser la guimauve et l’amande terminer l’élégant discours. www.andreywein.ch  Un vin délicat qui a renforcé notre bonne humeur.

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weingut Bielerhaus à Ligerz

La robe lumineuse, presque fluo au mélange de vert et de jaune, au nez de gelée de pissenlit et de poire croquante couchée sur un lit de foin. La bouche suave, fraîche, rappelle les tisanes de montagne accompagnées d’un carré de chocolat blanc. La texture fluide au liseré délicatement amer au goût de réglisse. Un chasselas particulier mais dont le caractère affirmé plaît. www.bielerhaus.ch

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weinbau Schlössli à Twann

Transparence jaune aux nuances vertes qui évoque le citron et le melon poudrés de poivre noir et de muscade. La bouche offre un équilibre assez différent des deux premiers. Moins acide, il s’avère plus ample, plus large, parfumé d’angélique, de bigarreau et d’agrumes confits, style tutti frutti sans le sucre, mais avec une pointe saline. Un autre aspect du Chasselas bien plus nuancé qu’on le croit en général.

Fromentin 2015 Lac de Bienne AOC Domaine du Signolet à La Neuveville

Jaune blanc, nez de pêche blanche épinglée d’une étoile de carambole et coiffée d’une feuille de menthe poivrée. La bouche à la fois acidulée comme les jus mêlés d’une groseille à maquereau et d’un citron jaune et salée comme une goutte d’embrun. Après ce va-et-vient gustatif, le vin s’assagit et nous livre quelques subtiles nuances de mandarine, de noisette et de fougère. Sacré Savagnin alias Fromentin! www.lesignolet.ch

Blanc 2015 Bielersee AOC Anne-Claire Schott à Twann

Un vin particulier, la robe vert pâle, le nez respire l’asparagus et la rose ancienne, le silex, la fougère, un rien la rhubarbe. La bouche croque et nous fait craquer par cet oscillation subtile entre fraîcheur et amertume. Un duo qui vite se transforme en trio avec la suavité des fruits confits. Tout y est bien sec, mais avec de l’onctuosité. Il est à la fois tranchant et généreux, plein de caractère mais courtois. Et puis élégant, très élégant avec cet élan floral qui ne nous lâche pas. Le plus marrant, c’est que c’est un vin d’assemblage aux raisins cueillis le long des murets, là où le soleil le réchauffe le plus. Ces six cépages, Chasselas, Pinot Noir et Gris, Chardonnay, Sylvaner et Sauvignon ont été vinifié dans un œuf. www.schottweine.ch www.aromaderlandschaft.ch

Ce qui étonne aussi, c’est la grande fraîcheur de ces vins. Avant de rejoindre la vinothèque, un passage sur l’île Saint Pierre au milieu du lac de Bienne nous avait confronté à un équilibre tout différent.

Les Chasselas y étaient moins vifs, comme les autres cépages. Mais certes tout aussi agréables à déguster. L’explication la plus plausible, le sol. Sur l’île, la vigne pousse dans des sables de grès décomposés, donc un sol acide. Alors que sur la rive nord, autour de Twann, elle est plantée dans des calcaires, un sol basique. Ma courte expérience sur le sujet, selon laquelle un sol basique donne des vins plus acides et inversément un sol acide donne des vins moins acides, semble se vérifier, au moins quand la nature même du substrat n’offre qu’un seul type de roche; après, tout peut se nuancer.

Si vous passez par la Suisse, profitez-en pour y déguster quelques vins, ça en vaut la peine.

 

Widerluege!

 

 

 

Marko


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Au Mondial du Chasselas 

La sixième édition du Concours Mondial du Chasselas s’est tenue hier et avant-hier dans la bonne ville d’Aigle. Le succès de l’opération va croissant, puisque cette année, ce ne sont pas moins de 792 échantillons qui ont été proposés aux jurys. Mais l’organisation reste sans failles.

Comme le souligne Claude-Alain Mayor, le Concours s’ouvre à tous les styles de Chasselas, et des toutes origines. Il convenait donc de juger chaque vin pour ce qu’il est et non par rapport à une image figée ou locale d’un type de Chasselas.

Les jurés internationaux ont respecté cette feuille de route, attribuant des médailles d’or (163 au total) aussi bien à des jeunes Chasselas fringants qu’à des Chasselas plus reposés, à des Fendants qu’à des Gutedels, à des vins de Suisse qu’à des Pouilly sur Loire, des Crépy, des Chasselas de Hongrie ou d’Allemagne; à des secs qu’à des doux.

Preuve que le bon Chasselas présente un bon potentiel de vieillissement: la meilleure note du concours (96,3/100) a été attribuée à un vieux millésime.

Le déplacement à Aigle est aussi l’occasion pour le dégustateur de visiter quelques caves de la région – nous avions d’autant plus de facilité à le faire que ce week-end coïncidait avec l’opération caves-ouvertes en pays de Vaud.

Le Château d’Aigle, lieu des dégustations

 

Vous trouverez ci-dessous la liste des vins qui m’ont le plus séduit au cours de mon séjour.

Coups de cœur:

Gérald Besse (Martigny): Martigny Les Bans Fendant 2016

Bernard Cavé (Ollon): Aigle Chapelle 2016

Clos du Rocher Yvorne Grand Cru 2016

Clos du Rocher Yvorne Grand Cru 2006

Château Maison Blanche Yvorne Grand Cru 2016

Clos de la George Yvorne Premier Grand Cru 2016

Également appréciés:

Domaine des Abeilles d’Or (Satigny), Genève 2015

Château d’Auvernier Neuchâtel Non Filtré 2016

Cave de la Côte Morges Vieilles Vignes 2015.

Un seul regret, toujours le même: qu’il soit si difficile de trouver tous ces bons Chasselas hors de Suisse, notamment en France ou en Belgique. Mesdames et Messieurs les importateurs, si vous pouviez faire un petit effort…
                                     

Hervé Lalau


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Tant qu’on en parle du Chasselas…

Le Mondial du Chasselas nous a accueillis cette année sous la pluie, heureusement au creux du château d’Aigle nous étions à l’abri.

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Belle qualité générale des vins présentés, avec un petit bémol, quelques encaveurs commencent à céder aux sirènes des thiols. Ces derniers souvent appréciés par quelques jurés qui nous disent d’une façon que je qualifierai de naïve que ça se vend bien. Et ton terroir bordel ! Surtout que le Chasselas en est un bon marqueur. Une grosse partie de la production vaudoise (le Valais s’en fiche encore un peu) s’oriente vers des sélections parcellaires qui montrent bien à quel point quand on sort du déci frisant, le cépage peut offrir intérêt et surtout grand plaisir.

Mais passons.
Le Chasselas, considéré comme petit blanc juste sympa par une quantité non négligeable de professionnels, se révèle apte au vieillissement comme Hervé, avant-hier, nous en montrait un exemple remarquable. Alors replongeons aujourd’hui dans le monde méconnu des vieux Vaudois…

Quand le Chasselas s’abruptise

Rendez-vous à Cully chez les frères Dubois pour, après un passage en cave pour déguster le dernier millésime, rejoindre les salons du Petit Versailles (c’est le nom donné à la grosse bâtisse construite dans un style français, après la période bernoise du Vaud) pour la verticale tant attendue. Elle fut double, car un confrère encaveur, Luc Massy, présentait la sienne en parallèle.

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C’est parti pour le grand vertige

Dézaley-Marsens De la Tour 2014 Domaine Frères Dubois à Cully

Blanc vert, le nez encore fermé révèle un rien de pomme et de poire. Bouche légèrement saline qui livre des arômes de fruits blancs conformes au nez, mais y ajoute du poivre et une étoile de carambole. Fraîcheur assurée par la tension minérale (ça hérisse le poil de certains, mais trouvez-moi une explication à cette impression d’acidité en contradiction avec les analyses de pH haut et d’acidité basse!).

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Dézaley Chemin de Fer 2011 Luc Massy à Épesses

Pourquoi Chemin de Fer? Lors de la construction de la ligne de chemin de fer Lausanne Milan, à l’aube de l’année 1860, une série de terrains viticoles ont été expropriés. La compagnie a ensuite redonné d’autres parcelles en échange qui sont devenue le Clos du Chemin de Fer, un must du Dézaley.

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Jaune vert, le vin se révèle miellé avec quelques accents de camomille romaine. La bouche grasse s’équilibre d’un minéral adéquat dont les arabesques à l’amertume gracieuse nous dessinent gentiane et réglisse qu’humecte le jus d’un citron jaune. Longueur épicée. (Paraît qu’on ne peut plus dire «amertume», mais qu’il faut employer « les amers ». Je préfère amertume, ça rime bien avec enclume).

 

 Dézaley Chemin de Fer 2008 Luc Massy à Épesses

 Jaune vert fluo, ça fait parfois ça, le Chasselas, quand ça vieilli. Nez grillé avec dans ses volutes fumées de la verveine. Bouche un rien austère qui, aujourd’hui, ne dévoile que sa matière, sa structure terrienne.

Peut-être que le climat des plus variables en 2008 explique cette fermeture, quoique à partir de septembre, il s’était mis au beau.

Dézaley Chemin de Fer 2005 Luc Massy à Épesses

Jaune fluo (j’avais prévenu), le nez en forme de pomme à cidre maculée de gelée de coing, avec encore de l’iode, de la verveine et du vétiver, et ça n’est pas fini, il y a aussi du foin, des fleurs séchées et de l’anis. Bouche saline avec l’iode du nez et une saveur aussi succulente qu’une tranche de pain d’épices. Structure importante, quoi donne l’impression d’une fraîcheur concentrée.

En 2005, le vignoble a subi une énorme averse de grêle le 18 juillet; résultat: perte «sèche» de 80%. Le peu qui restait a fourni une matière très dense. 

Dézaley-Marsens De la Tour 2001 Domaine Frères Dubois à Cully

Doré intense à reflets verts, un nez qui fait saliver, pâtisseries diverses, avec en premier de la tarte au pomme avec son lit de crème, sa croûte grillée et puis ses effluves de gelées de rose et de pêche au sirop. Bouche fraîche au relief minéral bien perceptible sur lequel se déposent une poignée de fruits blancs bien mûrs balancés d’une pincée de sel. Longueur épicée.

Un millésime tardif, vendangé  du 10 au 15 octobre.

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Dézaley Chemin de Fer 1998 Luc Massy à Épesses

Doré vert, grillé et floral, parfum de rose et de jasmin avec une goutte de vétiver, et un rien de bois vernissé. La bouche onctueuse plaît plus que le nez. Sa structure imposante envahit le palais et y développe son ampleur parée d’épices et des fleurs senties.

Le grillé marque le terroir du Dézaley, qui s’amplifie peut-être dans ce millésime de faible production.

Dézaley-Marsens De la Tour 1995 Domaine Frères Dubois à Cully

Jaune fluo, y a pas d’âge pour luire dans la nuit. Le nez menthe et menthol avec le grillé caractéristique qui semble se développer avec le temps. Sur ce grillé pâtissier s’étalent des gelées de pomme et de citron ombrées de poivre blanc. Bouche à la fois fraîche et confite par la maturité du fruit. Un rien de jeunesse dans ce vin déjà « âgé » se  traduit par une saveur de chair de raisin.

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Les indigènes parlent de brulon pour le grillé, ou plutôt pain grillé, caractéristique des Dézaley.

Dézaley Chemin de Fer 1991 Luc Massy à Épesses

Vert doré et bien entendu le nez grillé avec une fugace odeur de cave, puis bien vite, une giration plus loin, le parfum délicat de la guimauve au citron, des épices, du curcuma et du cumin, la note tertiaire du propolis et madeleine de Proust, le sirop de reinette de notre jeunesse. La bouche fraîche change la donne et offre d’emblée de l’écorce d’orange et de citron qui rend le vin presque vif.

Ce qu’il y a d’étonnant avec les Chasselas, c’est que les vieux millésimes sont plein de surprises, il ne faut s’attendre à rien, parce qu’à chaque fois l’imprévisible est au rendez-vous.

Dézaley Chemin de Fer 1982 Luc Massy à Épesses

Doré fluo, on y échappera pas. Un nez de foin, grillé de soleil qui évoque jusqu’à la fève de cacao en passant par le pain toasté et le léger fumé. Puis encore une goutte de bouillon cube et de cuir, on sent qu’il a de l’âge. La bouche, par contre apparaît plus jeune  et croque le biscuit au beurre trempé dans la tisane de tilleul adouci de bois de réglisse.

Une année exceptionnelle couplée à une récolte exceptionnelle, soit 3 bouteilles par mètre cube, le triple d’une année moyenne. Abondance et qualité, le rêve de l’encaveur…

Dézaley-Marsens De la Tour 1975 Domaine Frères Dubois à Cully

Doré cuivré, il offre en premier nez la senteur délicate d’une rose ancienne soulignée de cumin avant de curieusement froisser quelques feuilles de cerfeuil, puis de passer aux fruits jaunes, abricot sec, mangue séchée et pêche au sirop. La bouche ne répond pas au nez et se la joue solo avec un amer de réglisse bien rafraîchissant, amplifié par une écorce confite de citron pour après s’allonger presque infiniment sur un lit de romarin poudré de poivre blanc.

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Nous voilà au bout ou tout en-dessous de cette abrupte falaise à l’image du Lavaux. Une descente en rappel qui nous a bien rappelé ou montré que le Chasselas à n’importe quelle altitude offre complexité et plaisir subtil. Merci aux Frères Dubois et à Luc Massy, c’était top !

Copie de IMG_2511 Un verre à la main, nos hôtes écoutent quelques commentaires…

Après une série de vieux millésimes, en suisse, ou du moins dans le canton de Vaud, on se refait la bouche avec le vin de l’année. Santé!

 

Ciao

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Marco

 

 


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Au pays du Chasselas

Non il ne s’agit pas de Moissac, mais de la Suisse, bien sûr, et plus précisément du Pays de Vaud.

En marge du Mondial du Chasselas, qui se tenait le week-end dernier dans la jolie bourgade d’Aigle, j’ai eu la chance de pouvoir déguster quelques très beaux vins issus de ce cépage emblématique de la Romandie. Un cépage dont ce sera bientôt la fête, le 25 juin, toujours à Aigle.

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En Lavaux (Photo (c) H. Lalau 2016)

2015 a été une très bonne année pour lui, partout en Suisse; les bonnes notes attribuées par mon jury lors du concours en attestent; c’est donc le moment idéal pour le découvrir, si ce n’est déjà fait.

En avant-goût, voici trois vins qui, à mon sens, illustrent bien la richesse, et du Chasselas, et des vins vaudois.

Calamin Domaine de la Chenalettaz 2015 Réserve du Margis

Calamin est un des deux grands crus du Lavaux (avec Dézaley), entre Lausanne et Montreux.  C’est le plus petit des deux (18 ha). Il doit son originalité à ses molasses argileuses et à ses fortes pentes (le vignoble monte à l’assaut du coteau, depuis les rives du Léman, à 300m d’altitude, jusqu’à 600 m).

Le Domaine de la Chenalettaz est la propriété de la famille Chevalley, qui produit toute la gamme des beaux crus de Lavaux (Calamin Grand Cru, Dézaley Grand Cru, mais aussi Saint Saphorin et Epesses).

Ce vin m’a séduit par sa richesse en nez et en bouche; il présente des notes de prune et de tilleul, un beau gras et une superbe amertume (non, ce n’est pas péjoratif: c’est la marque d’un vin complet, et qui ne finit pas mou). Oui, on peut être sec et gourmand.

Le Calamin présente généralement un beau potentiel de vieillissement, et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Mais il est déjà tellement bon qu’il faudra avoir une sacrée force de caractère pour résister à la tentation de l’ouvrir dès maintenant!

Du même grand Cru Calamin, j’ai également beaucoup apprécié le 2015 de Claude et Alexandre Duboux, à Epesses

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Dézaley-Marsens De La Tour 2015 Domaine des Frères Dubois

Les Frères Dubois sont installés au lieu-dit du Petit Versailles, à Cully, depuis trois générations. Ils produisent – entre autres – une belle gamme de Chasselas de Lavaux, du Grand Cru Dézaley-Marsens De La Tour au Grand Cru Calamin (Cuvée Le Petit Versailles), en passant par Epesses (La Braise d’Enfer), Saint-Saphorin, Puidoux ou Villette…

Ce Dézaley-Marsens est un Chasselas puissant et bien mûr, avec de superbes notes de mirabelle au nez; dans la bouche, relativement vive, c’est plutôt le floral qui domine (chèvrefeuille, jasmin); à ces arômes délicats se superpose de la réglisse, et en finale, une belle pointe saline (pour ne pas dire minérale). Ce vin est encore très jeune, il ne sera embouteillé qu’en septembre prochain. En attendant, les Dubois proposent toute une gamme de millésimes plus anciens; le 2014, issu d’une année un peu moins généreuse, est cependant étonnamment mûr; en Dézaley (comme en Calamin), on dit que le vin voit trois soleils: celui du ciel, son reflet dans le lac, et celui qu’emmagasinent les innombrables murettes qui soutiennent les terrasses du Lavaux. De plus, les Dubois récoltent toujours le plus tard possible, pour profiter au maximum de l’été indien, parfois, vaudois…

A noter que ce cru présente une excellente aptitude à la garde: le 1995, dégusté un peu plus tard, est de toute beauté; ce qu’il a perdu en aromatique, il semble l’avoir gagné en matière.

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Château Maison Blanche Yvorne Grand Cru 2014

Nous voici à Yvorne, en Chablais; ici, plus de lac pour refléter le soleil, mais un effet de foehn comparable à celui qu’on constate en Valais. C’est là que depuis 1673, se dresse la Maison Blanche, avec sa tour au toit pointu.

Autour de l’édifice, 7,5 ha de vignes de forte pente, aménagées en terrasses, composent une marqueterie de sols, du plus caillouteux aux alluvions les plus riches; c’est la conséquence d’un éboulement intervenu en 1584, qui a mélangé les calcaires du vieux socle du trias aux sols plus récents, décomposition des roches alpines.

Même les plus sceptiques en termes d’effet-terroir devront admettre que ce vin présente une grande complexité.

Ayant eu la chance de déguster ce même 2014 à deux reprises, en juin 2015 et en juin 2016, j’ai pu constater que cette année de plus lui a permis de mieux se fondre; le citron s’est un peu confit, de jolies notes de miel sont apparues; le côté fermentaire a disparu, par contre, pour laisser toute la place à des notes iodées; ce qui est remarquable, dans ce vin, c’est sa structure, son amplitude; une texture presque tannique, un côté solide.

Qui a dit que le Chasselas était aussi neutre que la Confédération Helvétique, qu’il produisait des vins fluets et inodores? OK, c’est moi, dans une autre vie… Comme quoi l’on peut évoluer, voire se bonifier…

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Depuis les années 1930, Maison Blanche est dans le giron de la famille Schenk. De quoi nous faire espérer en voir un jour les vins plus dignement représentés hors de Suisse.

Car voilà bien des produits dignes de figurer sur les plus belles tables de la gastronomie; si j’étais un homme d’affaires suisse venu signer un contrat en Belgique, et que j’invitais mon client à déjeuner dans un bel établissement, je serais fier de lui proposer ce bel ambassadeur du savoir-faire de mon pays… Et qu’on ne me dise pas que c’est trop cher quand c’est le prix de l’émotion!

Hervé Chasse-Lalau  IMG_9411


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Chasselas suite

David nous en parlait ce lundi. Je l’ai fait moi aussi il y a quelque temps, déjà. Revoici donc ce fameux Chasselas que tout le monde dénigre.
Moi le premier, d’ailleurs, je ne m’en cache pas. Depuis longtemps, je considère qu’une grosse partie de la production ressemble plus à de l’eau acidulée légèrement frisante qu’à du vin.
Il m’a fallu quelques rencontres avec de bons vignerons comme Cruchon, à Morges, dans La Côte ou Bovard à Cully, en Lavaux, pour découvrir que le Chasselas pouvait être vraiment bon, refléter le terroir, et vieillir avec grâce.

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Le mondial du Chasselas

Ce « Mondial » (un de plus) est une grosse dégustation qui dure deux mâtinées et offre une belle vue d’ensemble sur la production actuelle du Chasselas. On peut y trouver plus d’un vin à son goût. Seul hic, on ne sait pas ce ce qu’on a dégusté, à part les appellations. Force est de constater que la production vaudoise, malgré un millésime compliqué (2013) a présenté les meilleurs vins. Ceux qui arrivent à ce premier palier récompensé par l’argent. Peu d’or dans notre jury…
Le canton lémanique n’a toutefois pas remporté que des médailles, certaines séries ressemblaient au parcours du dégustateur combattant (une spécialisation à développer, « tu fais de la daube, j’ai des dégustateurs chevronnés pour les déguster… »); un dégustateur combattant qui s’efforçait de trouver un point positif dans ce qui colorait d’un pâle clair de lune la transparence du verre.
Il reste des efforts à faire… n’est-ce pas David?

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Visite exemple

Exemple de quoi ?
Exemple de la philosophie douteuse de certains producteurs qui vous affirment haut et fort que « réduire les rendements ne sert à rien, que le résultat est du pareil au même ». Sauf que lorsqu’on déguste un millésime victime de la grêle, où la récolte a été naturellement réduite de plus de 30% la récolte, le vin apparaît enfin concentré. Cherchez l’erreur!

Suisse Chasselas du Monde 023
Tout le monde s’extasie bien évidemment sur les vieux millésimes de ce domaine de La Côte. Ce sera le seul indice, nous ne sommes pas ici pour fustiger un producteur, mais tirer une petite sonnette qui devrait faire un petit dring dring chaque fois que vous ou nous sommes confrontés à ce genre de démonstration. Donc, dans ce domaine de La Côte, nous avons eu droit à une verticale de Chasselas. Plus le temps remontait, au plus le vin devenait complexe. La complexité de l’oxydation ménagée, un peu comme les Jerez, qui sans leur élevage particulier ne valent pas grand-chose, un blanc sec de Palomino Fino (c’est le cépage du Xeres) ressemble à s’y tromper à de la bibine. Donc, notre verticale de Chasselas vaudois a séduit une clientèle impressionnée par les vieilles années. Mais ce n’était bien souvent qu’une patine déposée sur une matière faiblarde, sauf l’année de la grêle.

Visite exemplaire

Cela se passe ailleurs, sans les autres dégustateurs malheureusement, sauf David, mon pote Daniel et notre guide émérite Yves Paquier bien accompagné par Azélina Verchère (une historienne qui nous a concocté un bouquin sur le vin chanté par les ménestrels); bref, ailleurs, là je cite le domaine, il en vaut la peine, c’est celui d’Alain Parisod, le Domaine de la Maison Blanche, qui nous a fait déguster son Épesses 2013.

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Dense, avec une trame presque tannique, il donne une impression de plénitude, une fraîcheur agréable et une longueur révélatrice d’accents floraux et fruités. Il a du croquant et nous met joie, nous dit que le Chasselas bien conduit génère de jolis vins. En voilà un de plus à mettre dans nos mémoires pour argumenter contre les sceptiques tout comme contre les vites satisfaits.

En prime, Alain nous offre un Sylvaner, encore un cépage méprisé (vivement le Zotzenberg, un prochain épisode, en Alsace cette fois). Un Sylvaner Réserve de la Grille 1994, une pure merveille, encore plein de fruits, certes confits et miellés, boostés par une fraîcheur délicate.

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Merci à Alain et à son petit patriarcat

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Allez, ciao! Ou bien?

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Marco

 


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Chasselas, il revient au galop

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Il y a des cépages qu’on méprise : un peu, beaucoup, à tort ou à raison. Le chasselas en fait partie, sans doute, sauf évidemment pour les vignerons qui en produisent. Pour éviter de répéter bêtement des idées reçues, j’ai décidé d’accepter une invitation à venir en Suisse et à participer en tant que juré au récent Concours Mondial du Chasselas, près de Lausanne, et si possible, visiter quelques domaines dans cette région vaudoise qui est le fief indiscuté de la variété. Autrement dit, d’aller apprendre sur place, comme l’a également fait mon éminent collègue Marc, qui aura sans doute son mot à dire sur ce sujet un jour. Etant dans le même jury, nous avons constaté nos avis parfois divergents sur certains des mêmes vins, mais aussi notre accord parfait sur d’autres. Ainsi va la vie et le goûts !

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 Marc V, homme de l’ombre  en Suisse (photo © David Cobbold)

 Mais quelle est cette variété qu’on sert souvent en grappes dorées et juteuses sur table, peut-être autant qu’elle est pressée et transformée en vin ? Le livre de référence de Vouillamoz, Robinson et Harding, Wine Grapes, en dit long. Le Chasselas est un cultivar ancien, comme l’attestent ses très nombreux synonymes (on en cite une soixantaine dans ce livre). Ses premières mentions remontent  au 16ème siècle et il est planté dans une dizaine de pays, tous en Europe sauf les Etats-Unis. Il est donc assez répandu, avec plus de 4.000 hectares en Suisse (son pays d’origine probable où il symbolise à lui seul la production du vin blanc), 2.400 hectares en France (surtout pour du raisin de table), plus de 1.000 hectares en Allemagne, mais aussi un peu ailleurs (Autriche, Italie, Espagne, Hongrie, Roumanie, Serbie, Croatie et Russie). Néanmoins, le commentaire d’introduction dans ce tome de référence est lapidaire : « French Switzerland’s characteristic variety producing soft, occasionally distinguished but often pretty ordinary whites. »  Ne pouvoir se distinguer qu’occasionnellement et être condamné à ne produire la plupart du temps que des vins ordinaires n’est guère propice à de l’enthousiasme !

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Vue sur vignoble dans le région de Lavaux, Vaud. Je vous conseille d’y passer, mais pas seulement pour la vue, aussi pour vous rendre au Lavaux Vinorama, en bordure du lac, ou vous pouvez déguster tous les vins du cru et voir un très beau film sur le cycle de la vigne et des gens qui font le vin (photo © David Cobbold)

C’est un peu dans cet état d’esprit, mêlé à une bonne dose de curiosité, que je suis donc parti en Suisse, jonglant avec les aléas des trains qui ne roulaient pas à cause de quelques gens qui font grève parce qu’on veut changer une structure: la même contre laquelle ils avaient fait grève il y a 17 ans ! (CGT, cela doit signifier « Contrat de Grève au Travail » ).

Et alors, peut-on trouver des vins intéressants faits avec le chasselas ? Oui, mais pas si souvent, et il faut aussi un peu de patience.

Les vins du concours que j’ai pu déguster ne représentaient qu’une infime partie des concurrents. Pendant la matinée à laquelle j’ai assisté, il y avait 22 vins du canton de Vaud, et 11 du Valais, tous issus du millésime 2013. Un certain nombre de ces vins avaient des défauts (souvent trop de soufre, parfois du gaz, plus rarement de l’oxydation), beaucoup m’ont semblé plats et sans relief, mais une des deux séries de vins vaudois contenait de bons vins que j’aurai bus avec plaisir. Il y a donc un peu d’espoir de sauver le soldat chasselas. Voyons comment….

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La vue sur le Lac Leman est splendide depuis le chai du Domaine d’Autecour, à Mont-sur-Rolle (photo © David Cobbold)

L’après-midi qui précédait cette séance, je suis arrivé à temps pour une visite d’une des régions phares du chasselas vaudois, La Côte, entre Lausanne et Genève. Là nous avons visité le Domaine d’Autecour, à Mont-sur-Rolle et assisté à une très intéressante dégustation de millésimes anciens de ce domaine impeccablement tenu par la famille Schenk; même si j’ai trouvé un peu curieux les désherbage d’une petite parcelle de vieilles vignes juste devant la maison (voir ci-dessous : Jim sera content de voir qu’il n’a pas que la Loire qui emploie de tels méthodes).

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 Même si la vue sur la parcelle de vignes, juste devant la maison, semble un peu moins réjouissante ! (photo © David Cobbold)

La principale leçon de cette dégustation verticale était que le chasselas, en tout cas certains chasselas, gagne énormément d’un vieillissement. Très curieusement il semble gagner des dimensions qu’il ne possède que rarement dans sa jeunesse : en particulier fraîcheur, complexité et longueur.

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On mêle outils traditionnels et modernes au Domaine de Autecour, à Mont-sur-Rolle (photo © David Cobbold)

Le Domaine de Autecour possède 6 hectares de vignes, dont 90% sont plantés de chasselas. Il achète aussi des raisins autour pour doubler sa production. Il est donc, selon la terminologie locale, « Vigneron/Encaveur ». Les méthodes de production mêlent outils traditionnels (foudres en bois) et plus modernes (cuves en béton et inox).  Voici, ci-dessous, mes notes de dégustation sur leurs vins, qui bénéficient (du moins certains) d’un statut de 1er Grand Cru, mais ne me demandez pas ce que cela signifie car j’avoue ne pas avoir tout compris : je crois que c’est une sorte de label accordé chaque année, un peu comme un cru bourgeois de nos jours.

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Les vins de la dégustation verticale du Domaine d’Autecour. Notez le passage à la capsule à vis, vers le milieu de la série. Je parie que ce changement technique va beaucoup aider dans la longévité et la netteté de ces vins (photo © David Cobbold)

Domaine d’Autecour 2012 (capsule à vis)

Légèrement frizzante, aux saveurs délicates d’abord, puis un peu fuyantes, ce vin gagne en longueur ensuite après un peu d’aération. Ses arômes tendres rappellent des fruits blancs. Assez neutre mais très agréable. Son absence d’acidité le rend très facilement abordable pour beaucoup que cette saveur peut rebuter dans un vin blanc (13/20)

Domaine d’Autecour 2010 (capsule à vis)

Le nez est différent de celui du 2012, ayant gagné de complexité en se promenant du côté des pêches blanches. Une acidité intégrée lui donne plus d’énergie en milieu de bouche et les saveurs, comme la longueur en profitent. Avec ce vin on passe dans une autre dimension du chasselas. (14,5/20)

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Pourquoi cette photo ? Parce que j’aime beaucoup le dessin de l’écorce de cette magnifique platane devant la salle de dégustation du Domaine d’Autecour. Cela me faisait penser au chasselas qui prend certes des rides, mais aussi gagne du relief, avec l’âge. (photo David Cobbold)

Domaine d’Autecour 2005

Le SO2 semble dominer au nez. En bouche un vin tendre, à la limite du mou, mais avec des saveurs plaisantes. C’est moins complexe que le 2010, même s’il possède une pointe de fraîcheur en fin de bouche. Une sensation crayeuse ressort en finale. Certains disent que c’est de la « minéralité », mais je pense que c’est l’effet du soufre. Après tout, le soufre est un minéral. (13/20)

Domaine d’Autecour 2001

Encore un nez un peu trop marqué par le SO2, puis arrivent soupçons de citron, de cire et de verveine. Un beau volume en bouche avec une sensation de maturité (fruits jaunes). Une fois le CO2 résiduel passé, ce vin manque un peu d’acidité mais dévoile une longueur surprenante. Gourmand et facile, il a très bien tenu ses 13 ans. (14/20)

Domaine d’Autecour 1998

Très belle robe. Le nez, de fleurs et d’agrumes, rappelle aussi par moments ces arômes de type « pétrole » de certains rieslings (et que je n’aime pas personnellement). Cette fois-ci la fraîcheur en bouche est bien là, donnant de la vibration à ce vin qui devient salivant. Belle finale très nette dans laquelle persiste des saveurs fruitées. (15/20)

Domaine d’Autecour 1990

Le nez est étonnamment fumé, comme si le vin avait été élevé dans une barrique toasté (ce qui n’était pas le cas). Très suave en texture avec des délicieuses saveurs de fruits murs. Ce très beau vin est assez puissant mais jamais pesant. Il finit sur d’élégantes notes toastées. (16,5/20)

Domaine d’Autecour 1983

La robe commence à toucher la gamme des tons ambrés. Le nez rappelle l’écorce d’orange. La bouche est intéressante mais commence à paraître dissocié, signe probable d’un vin qui a passé son optimum. Il y a aussi une franche sensation d’oxydation, probablement due à un bouchon devenu un peu lâche. (13,5/20)

Domaine de Autecour 1971

Robe d’un ambre dorée. Nez splendide et très riche : de cire, de miel et d’épices. En bouche il a cette combinaison intéressante entre fraîcheur et longueur, qui jouent des tours avec ses somptueuses saveurs de fruit exotiques. Une très belle longueur signe un vin assez fabuleux et totalement surprenant, du moins pour moi. (17/20)

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Vignes à Mont sur Rolle, Vaud (photo David Cobbold)

Conclusions sur cette dégustation

1. Oui le chasselas, du moins de bonne origine, peut vieillir et y a même intérêt. Lorsque le bouteille est bien conservée, le vin semble gagner en complexité, fraîcheur et longueur.

2. Il y a une très forte diversité dans la qualité, selon les millésimes.

3. Je pense qu’il y a toute raison de militer pour la capsule à vis avec cette variété. Moins besoin de soufrer, et meilleure conservation de ses arômes délicats. Il y a aussi, et surtout, le problème de la variation entre flacons du même millésime qui serait éliminé. Les producteurs m’ont dit avoir testé 5 ou 6 flacons des vieux millésimes pour n’en retenir que 3 de présentables. Ce cépage est donc très sensible à l’oxydation et le bouchon en liège n’est jamais fiable dans ce domaine. Le facteur liège pourrait expliquer, du moins en partie, le forte variation en qualité entre les millésimes dégustés.

4. Il serait intéressant de pratiquer une dégustation plus large, avec des vins issus de plusieurs domaines de qualité en Suisse, afin de valider ces impressions favorables mais qui restent nécessairement anecdotiques.

David Cobbold


8 Commentaires

Chasse-la, cette idée !

Idée saugrenue que le Chasselas ne vieillit pas !

J’étais en Suisse, Canton de Vaud, la semaine dernière. Le Léman reflétait avec intensité les derniers rayons d’un soleil finissant (dans le lac, évidemment).

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Au Domaine des Abbayes, propriété de la ville de Lausanne, quelques vieux millésimes de quelques vignerons des alentours étaient servis. Quelques années récentes, mais aussi des années septante, huitante et nonante. Comme ce remarquable 1993 de Christophe Chappuis, certes miellé, mais offrant une fraîcheur incroyable grâce au léger reliquat de carbonique. Et puis ce côté inattendu aux allures de gelées de groseille, notes particulières de fruits rouges.

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Ou encore les Dézaley Chemin de Fer de Luc Massy qui proposait un 2003 confit comme on pouvait s’y attendre, mais avec une fraîcheur encore amplifiée par la tension minérale qui rendait croquant l’abricot sec et le litchi. À l’inverse son 1998 offrait une structure aérienne des plus élégantes, tout en raffinement sur des amertumes délicates d’amande et de réglisse, suivi d’une longueur épicée de poivre blanc.

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Avant d’aller manger un morceau, les trois vins de Salomon Dubois, Dézaley 2001, 1990 et 1985 m’ont encore agréablement surpris. Beaucoup de finesse pour cette petite série de Chasselas axée sur la fluidité qui rend la texture de ces blancs des plus agréables. Ils coulent frais et parfumés de fruits blancs avec des envolées florales de violette et de de fleurs d’oranger. Nuances aromatiques qui s’amplifient avec l’âge.

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Aussi le Dézaley 1979 du vignoble de la Ville de Lausanne, un dernier exemple de longévité. Le plus curieux, c’est que ce Chasselas, comme les autres, présente très peu de traces d’évolution. Il reste frais, presque vivace, mais sans aucune agressivité et vous offre fruit et épices avec une générosité presque catholique…

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Faut dire que j’étais bien coaché, voire subtilement surveillé, par Alexandre Truffer de Vinum (édition francophone) et blog Roman du Vin http://romanduvin.ch et Laurent Probst du blog Vins Confédérés http://vinsconfederes.ch. Ensemble nous avons partagé l’agréable menu de l’Auberge de l’Onde à Saint Saphorin en compagnie de deux vignerons émérites du Lavaux, Blaise Duboux et Pierre Monachon.

Les vins servis étaient cette fois récents. Mais nouvelle surprise, la découverte du Grand Cru Calamin. Je le connaissais de nom sans jamais y avoir vraiment prêté attention, ce fut une révélation. Autant le Dézaley, autre Grand Cru du Lavaux, ils sont deux, plaît par sa structure élégante, son raffinement, voire parfois sa légèreté extrême, autant le Calamin étonne par sa puissance retenue, la profondeur de son langage, la complexité de ses réparties, il bluffe les papilles.

Le Calamin 2012 de Blaise Buboux m’a ravi et a fait un tabac avec l’écueil du féra fumé, poisson du lac déjà pas facile à apparier avec un vin, fumé c’est encore plus compliqué. Il aurait fait merveille avec la lotte enroulée de lard grillé sur lit de lentille. Le délicat Dézaley 2012 de Pierre Monachon régalait l’amuse-bouche, version miniature du papet vaudois, spécialité locale faite de saucisson au chou cuit sur lit de poireau (prononcé porau) et pomme de terre.

Le Calamin, c’est une coulée de terre qui a englouti au moyen âge le village en-dessous et s’est arrêté avant de plonger dans le lac. Le sol offre plus ou moins les mêmes composants d’origine morainique que le Dézaley mais en version chamboulée et certes avec une fraction argileuse plus importante. Un Grand Crus renommé que son voisin, mais à découvrir absolument.  

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Ce qu’il y a aussi de génial à l’Auberge de l’Onde, c’est Jérôme Aké Béda, ivoirien d’origine, il s’est pris de passion pour le vin et s’avère dithyrambique quand un Dézaley passe à sa portée.

www.aubergedelonde.ch

 

Le Chasselas n’est pas qu’un !

Aujourd’hui, presque l’entièreté du vignoble est plantée de Chasselas Fendant Roux, mais il existe bien d’autres variétés de Chasselas avec chacun leur particularité. Louis-Philippe Bovard du domaine éponyme a créé un conservatoire du cépage, on y compte 18 variétés. Trop jeune plantation pour vraiment mettre en évidence les différences entre individu, L-Ph B en fait néanmoins déjà quelques micro-cuvées. L’avenir est à la variété, merci pour cette recherche, certes encore il y a peu à contre-courant.

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Pour en finir avec le Chasselas, voici quelques coups de cœur dégustés lors de la « Dégustation d’Arrivage » sorte de primeur du dernier millésime en bouteille.

 

Dézaley Grand Cru cuvée Médinette 2012 Domaine Bovard

Élégant, délicatement frais avec une légère impression sucrée et le confort buccal d’un jus de reine-claude.

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Calamin Grand Cru cuvée Vincent 2012 Domaine Blaise Duboux

Il nous offre ses jolies rondeurs et ses expressifs fruits blancs à la chair croquante. Belle longueur sur les épices.

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Saint-Saphorin Les Manchettes 2012 Domaine Monachon

Bien savoureux, à la texture onctueuse et bien confit en bouche avec la fraîcheur amère et délicate de l’amande.
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Yvorne Grand Cru Maison Blanche 2012 Château Maison blanche

Très précis sur les fleurs et les fruits blancs sublimés par une fraîcheur éclatante.

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Aigle Grand Cru Clos du Crosex Grillé cuvée des Immortelles 2012

Un vin vinifié en amphore et qui propose une dynamique superbe qui vous emporte dans son maelström minéral.

 

Le Chasselas, une expérience à tenter…

 

Ciao

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Marco