Les 5 du Vin

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En léger différé du Mondial du Chasselas

J’ai toujours autant de plaisir à participer au Mondial du Chasselas, à retrouver la jolie cité d’Aigle et son château entouré de vignes (déguster dans un beau cadre ne doit pas être retenu contre les organisateurs!), et le Chasselas.

Côté organisation, comme d’habitude, ce fut sans faille – la précision suisse, mais avec la convivialité du vignoble du Chablais. J’ai l’air de faire de la promo, mais non, je ne suis pas payé pour le dire, c’est seulement ce que je pense.

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A ma table

Peu de déchet à la table mon jury – les vins (essentiellement des 2017) étaient, pour l’essentiel, très propres sur eux ; et dans bon nombre de cas, séduisants, voire éclatants d’arômes floraux et fruités, gourmands et tellement plaisants ! Ce genre de compétition vous fait regretter de ne pas pouvoir boire ce qu’on déguste (et croyez-moi, ce n’est pas le cas partout). Les quelques vins moins intéressants sont vite passés à la trappe de notre mémoire, ce fut donc une belle édition.

Notre présidente de jury, Marjorie Bonvin, est une jeune oenologue à la fois compétente et ouverte, qui a su bien tenir les troupes, tout en leur permettant de s’exprimer.

Au total, sur les deux journées, j’ai pu juger 83 vins.

Soulignons qu’ici, à la différence de bon nombre d’autres concours, la plupart des grands noms présentent des vins – par fierté (le Chasselas reste un cépage identitaire pour les vignerons suisses) et par souci de se situer par rapport aux autres.

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A-côtés

Par ailleurs, nous avons eu droit à quelques beaux à-côtés, qui nous permettent de mettre des noms sur certains vins (je vous rappelle que toutes les dégustations du concours se font à l’aveugle).

Que serait le Mondial du Chasselas sans la traditionnelle soirée raclette du premier soir – cette année, elle se tenait au caveau d’Yvorne, une adresse à retenir si l’on veut s’immerger dans l’art de vivre du vigneron vaudois; l’occasion aussi de faire agréablement passer fromage et pommes de terre avec une bonne rasade de Chasselas – il faut bien se caler…

Le plus sympa, c’est que pour ce faire, on utilise force grands crus, comme le Clos du Rocher, le Clos de L’Abbaye, le Domaine de la Commune d’Yvorne ou le Domaine de La George (tous trois d’Yvorne). Etonnant mélange de bonne franquette et de vins d’exception. Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si on ouvrait un Petrus à l’occasion d’un barbecue (y a qu’à essayer, me direz-vous. D’accord, j’apporte la viande!).

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Chez Obrist

En «after» du premier jour, nous avons également pu visiter la maison Obrist, à Vevey. La proximité du siège international de Nestlé, sur les bords du Léman, ne nous a pas obligés à boire du lait – mais plutôt les produits du bon jus de la treille. Et nous avons pu remonter dans le temps avec une dégustation de deux crus fameux, le Château de Chardonne (le 2016 était une véritable symphonie d’arômes floraux et d’épices) et La Cure d’Attalens (avec un 2009 encore en pleine forme, très miel, et un 1999 qui partait du côté oxydé de la Force, mais il y a des amateurs). La preuve, en tout cas, qu’un peu de patience sied aux bons Chasselas – c’est d’ailleurs pour ça qu’il y a des Grands Crus, non?

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Les repas nous ont aussi permis d’apprécier le Chasselas du Chant des Resses, à Yvorne, un 2016 parfait à boire aujourd’hui à la fois soyeux et minéral; et puis le Neuchâtel Blanche Loye 2016 des Caves de Chambleau; issu d’un terroir un peu plus au Nord, mais élevé sur lies, à l’ancienne, ce vin allie une bonne acidité et une belle richesse en bouche.

Avec Swiss Wine Promotion

Par la suite, en compagnie de Jean-Marc Amez-Droz (Swiss Wine Promotion), nous avons pu découvrir d’autres expressions de ce fameux cépage. Toujours en Vaud, celle du Chasselas 2016 Les 4 Vents, de Perroy La Vaudoise, à la très belle rétro de fleurs d’acacia; en Valais, celle du Fendant Brûlefer 2016 (du nom d’une parcelle de mi-coteau exposée plein sud), d’une grande richesse de fruit, mais aussi très minéral.

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Et enfin, avant de repartir, à quelques encablures de Genève, mais toujours en Vaud, l’excellente Cuvée Spéciale 2017 des Frères Dutruy (fruité, salinité, nervosité, la belle devise du Chasselas de la Côte, sur Mollasses gréseuses).

Pour terminer, une petite video tournée par la télévision locale sur au Château d’Aigle, lors du Mondial. Le Mondial du Chasselas, bien sûr – what else?

 

Hervé Lalau

 


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Au Carrefour, à droite, vous prenez la Côte jusqu’à Perroy

En matière de chasselas, la Grande Distribution belge nous a plutôt habitué au genre fendant à raclette (dans ce cas de figure, je crois qu’on l’appelle fendant parce qu’on espère qu’il fendra le gras du fromage).

Alors jugez de ma surprise de trouver au Carrefour Market de Waterloo (publicité gratuite) la Cuvée 48 de la Cave de Jolimont, un Grand Cru Perroy La Côte 2016. Pour les non initités: Perroy est un village entre Gland et Morges. Comme d’autres communes de la zone, les vins qui en sont issus peuvent, moyennant certaines conditions, bénéficier de la mention Grand Cru.

La Côte dont on parle n’est pas celle qui va de Marsannay aux Maranges, mais, celle, bien suisse, qui va de Genève à Lausanne.

Tilleul, aubépine, acacia, ce vin est très délicat au nez; il s’ouvre, il s’épanouit lentement comme une jolie fleur blanche. La bouche présente assez peu d’acidité, mais une belle souplesse, un poil de gaz mais pas envahissant. La petite pointe d’amertume en finale ne fait que relancer le tout.

Il y a dans ce vin un charme qui opère en douceur; rien de tonitruant, rien de «rentre dedans», c’est subtil, aérien. Il fera certainement merveille sur un poisson en sauce, une viande blanche, un fromage à pâte dure, ou tout simplement à l’apéritif.

Le genre de vin qui rappelle aux touristes que quand ils vont en Suisse, ils peuvent aussi apprécier les vins locaux sur une gastronomie raffinée – parce que oui, les vins suisses peuvent être très raffinés.

16,42 euros chez Carrefour Belgique. Pas cher pour un grand cru, ou bien…

Hervé Chasse-la-lau 

PS. Pourquoi 48? Aucune idée!


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Gloire au Caviste!

Voici un vin qui devrait être en bonne place chez tous les cavistes! Car il leur rend hommage. Le Caviste, c’est son nom.

Hélas, il est suisse!

Ne vous méprenez pas, je n’ai rien contre les vins suisses, bien au contraire (et ceux qui me lisent régulièrement le savent bien). Mon « hélas » se rapporte uniquement à l’aspect commercial. Nos voisins suisses exportent très peu leurs vins chez nous. C’est évidemment plus compliqué pour eux, qui ne sont pas dans l’Union européenne; et peut-être moins rentable. Mais nos importateurs s’intéressent-ils beaucoup à eux?

Toujours est-il que ce Caviste est une cuvée de la coopérative d’Ollon, alias Les Artisans Vignerons d’Ollon.

Photo (c) H. Lalau 2017

 

Ollon est une commune vaudoise à la limite du Valais – vous traversez le Rhône, et vous êtes en Valais. Vous continuez à peine une petite dizaine de km, et vous êtes en France. Ce n’est pas loin, donc. Mais en aviez-vous déjà entendu parler? Si oui, bravo, vous êtes un oenophile curieux. Sinon, dommage, car cette jolie commune a un riche passé viticole, qui remonte sans doute à l’arrivée des moines de l’abbaye de Saint-Maurice.

Et puis surtout, aujourd’hui, elle compte une vingtaine de vignerons, qui, s’ils ne révèrent pas tous Saint-Maurice, vouent un culte à Saint-Chasselas, le cépage le plus important du lieu.

La cuvée Le Caviste (2016) est d’ailleurs un 100% chasselas. 100% accessible. Sans chichis. Légèrement perlant, il séduit d’abord par de jolies fleurs – amandier, tilleul – puis nous emmène du coté des fruits (pomme, melon); la bouche est harmonieuse, assez ronde, mais une pointe d’amertume la sauve de la mollesse et prolonge la finale. Avec, en prime, un peu de pierre à fusil. Vous pouvez bien sûr l’essayer sur une raclette, dont il compensera le gras; mais je le vois bien aussi à l’apéro, avec une gougère, par exemple; ou encore sur une charcuterie. Et le poisson? Pourquoi pas, mais n’abusez pas des sauces, ce vin a une certaine subtilité, il ne faut pas la recouvrir.

Caviste, quel beau métier!

Revenons un instant sur le terme de caviste (au sens moderne de vendeur de vin, plutôt que de chef de cave, ce qui était sa définition initiale). Voila un métier que j’aime bien.

Je suis né en un temps où l’on achetait plutôt chez des spécialistes qu’en grandes surfaces – en tout cas, pour les produits dits nobles. Chez moi, il y avait un tripier-volailler, un charcutier, plusieurs bouchers, un poissonnier, un marchand de légumes. Et un marchand de vin.

Certains ont disparu. D’autres vivotent. D’autres, encore sont devenus des franchisés, intégrés à des chaînes, comme mon caviste, qui n’a plus la possibilité d’acheter les vins qui lui plaisent. C’est devenu un simple revendeur.

Pourtant, n’est-ce pas là tout l’intérêt d’un caviste que d’être aux deux bouts de la chaîne? Qui, mieux que celui qui a acheté le vin, qui connaît le producteur, qui aime le produit, peut le vendre au client? Si l’idée est de se démarquer d’une grande surface où les produits doivent se vendre tout seuls, alors il faut que les recommandations s’appuient sur l’expérience, sur la raison et même sur un peu de sentiment, non?

Pour toutes ces raisons – et peut-être aussi parce que je suis un indécrottable naïf, je pense que les vrais cavistes, qui vendent du conseil tout autant que du vin et du prix, ont un avenir.

Et ceux-ci seraient peut-être bien inspirés de contacter les Artisans Vignerons d’Ollon, pour mettre Le Caviste à leur assortiment. Pour le nom, mais pas seulement. Avez-vous pensé à tous les touristes qui visitent la Suisse tous les ans, et qui aimeraient recréer un peu de cette ambiance de vacances une fois rentrés chez eux?

Pour information, ce vin coûte 13,5 francs suisses (sur place).

Info: http://www.avollon.ch/

Hervé Lalau

 


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Chasselas de Gérald Besse ou l’effet terroir

En juin dernier, à l’occasion du Mondial du Chasselas, nous sommes passés chez Gérald Besse, encaveur à Martigny, à l’entrée du Valais. Gérald s’est offert une toute nouvelle cave, hyper fonctionnelle, notre copine Nadine qui était du voyage vous la décrira demain. Moi, je m’attache aujourd’hui aux Fendants qui se déclinent ici en trois cuvées. Trois flacons bien différents les uns des autres, en cause trois terroirs bien distincts, autant par la pente que par l’orientation, la pluviométrie et le sol, bien évidemment.

Les Fendant

Pour qui ne le sait pas, Fendant désigne en Valais (et en Valais seulement) les vins issus du cépage Chasselas. C’est le blanc sec qui accompagne traditionnellement nos raclettes hivernales (la raclette est elle aussi originaire du canton). Et bien plus si affinités! Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence les trois Chasselas de Gérald.

Champortay 2016 Fendant Valais Martigny

Blanc au léger jaune, il n’est guère bavard, il faut l’aérer, le remuer, le bousculer pour qu’il sorte de son indifférence à l’égard de notre nez. Mais on parvient à lui arracher quelques senteurs de fruits blancs légèrement épicés. En bouche, le voilà un peu plus prolixe, parlant de pomme délicatement acidulée, de poire croquante, de poivre blanc, avant de nous révéler après un dernier tour au creux du verre les pétales de rose qu’il cachait en son sein. Mais n’oublions pas de parler de son agréable fraîcheur, une fraîcheur presque vive qui nous fait saliver et qui le désigne comme un excellent vin d’apéritif.

Les vignes poussent du côté des Rappes dans la combe de Martigny où le sol pentu peut avoisiner les 55%. Il se compose d’éboulis calcaires. Vinification et élevage en cuve.

Martigny 2016 Fendant Valais Martigny

La robe blanc jaune à peine prononcée révèle tout de go ses parfums de fleurs d’acacia et de vigne qui s’entoure d’une taffe de fumée aux senteurs de noisettes grillées. La bouche semble austère. La première gorgée nous laisse sur le palier. À la deuxième, le pied dans la porte on entrevoit la pierre à fusil, les fruits secs en train de griller. On entre et on est frappé par la note saline qu’on n’avait jusque-là pas captée. Pas plus que l’amertume gracieuse qui avec le sel dispense une fraîcheur particulière, sapide, mais pas acide.

La vigne pousse plus bas dans des alluvions mélangées de colluvions calcaires, un sol plus riche. Vinification et élevage en cuve.

Les Bans 2016 Fendant Valais Martigny

 Le troisième est surprenant, tout d’abord par sa robe plus intense, plus jaune, et puis par sa pointe de carbonique qui espiègle nous pique la langue, par son côté confit. Il respire les fleurs à plein nez, le genêt se diffuse comme un parfum ensoleillé, tandis que le narcisse apporte son élégance. En bouche, les fruits jaunes remplacent les fleurs, confits ils se déclinent en pêche abricot, en mangue, en mirabelle, qui se fourrent de pâte d’amande. Un ensemble qui offre ampleur et onctuosité au vin, mais pas sans oublier la fraîcheur, une fraîcheur poivrée qui nous amuse et nous donne envie d’y revenir au plus vite.

Le sol ici se compose de schiste. La vinification et l’élevage se font en cuve.

Après, nous avons dégusté toutes les autres cuvées de Gérald et y en a !

L’endroit où se trouve sa cave, sur les hauteurs de Martigny, mérite le détour, le paysage nous fait rapidement comprendre la particularité des vignobles de pentes, la pénibilité du travail et la diversité des terroirs.

 

Ciao!

 

Marco  


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Impromptu sur les bords du Lac de Bienne

La météo nous avait prédit un temps maussade et voilà qu’il faisait beau au pied de la chaîne du Jura, côté suisse. C’était au début printemps dernier. Après un peu de bateau, une dégustation inopinée nous a permis de déguster quelques cuvées issues des vignobles qui bordent le lac, Bielersee AOC. Cela se passait à la Vinothek Viniterra de Twann. Vous l’aurez compris, nous étions dans la partie bernoise du lac de Bienne (Bielersee en allemand). C’est une région bilingue où francophones et germanophones se côtoient, un peu comme chez moi, mais peut-être avec moins d’aléas, du moins, je crois. Le lac de Bienne constitue avec celui de Neuchâtel et celui de Morat, le Pays des Trois-Lacs ou Drei-Seen-Land réparti entre les cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel et Vaud. Le canton de Neuchâtel borde l’extrémité ouest du lac de Bienne. Voilà le décor planté, place à la dégustation.

Sur le lac de Bienne

Accoudé au comptoir de la vinothèque

 

Elle semblait totalement improvisée, cette dégustation, mais la bonne humeur, l’entrain, l’endroit et puis la qualité du choix des vins et la présence des vignerons ont rapidement infirmé cette première impression. Mais quoi de plus sympa que de déguster dans une atmosphère décontractée où tout est prévu sans que cela ne se ressente.

Clos de Rive 2015 Chasselas Bielersee AOC Andrey Weinbau à Ligerz

Robe blanche au léger jaune, des fruits blancs et jaunes maculent de leur chair quelques cailloux éclatés, impression de marmelades de mirabelle et de poire aux accents fumés. Belle fraîcheur en bouche avec du croquant que la trace de carbonique rend plus perceptible, plus pointue. Les parfums de rose blanche et d’aubépine se pavanent avant de laisser la guimauve et l’amande terminer l’élégant discours. www.andreywein.ch  Un vin délicat qui a renforcé notre bonne humeur.

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weingut Bielerhaus à Ligerz

La robe lumineuse, presque fluo au mélange de vert et de jaune, au nez de gelée de pissenlit et de poire croquante couchée sur un lit de foin. La bouche suave, fraîche, rappelle les tisanes de montagne accompagnées d’un carré de chocolat blanc. La texture fluide au liseré délicatement amer au goût de réglisse. Un chasselas particulier mais dont le caractère affirmé plaît. www.bielerhaus.ch

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weinbau Schlössli à Twann

Transparence jaune aux nuances vertes qui évoque le citron et le melon poudrés de poivre noir et de muscade. La bouche offre un équilibre assez différent des deux premiers. Moins acide, il s’avère plus ample, plus large, parfumé d’angélique, de bigarreau et d’agrumes confits, style tutti frutti sans le sucre, mais avec une pointe saline. Un autre aspect du Chasselas bien plus nuancé qu’on le croit en général.

Fromentin 2015 Lac de Bienne AOC Domaine du Signolet à La Neuveville

Jaune blanc, nez de pêche blanche épinglée d’une étoile de carambole et coiffée d’une feuille de menthe poivrée. La bouche à la fois acidulée comme les jus mêlés d’une groseille à maquereau et d’un citron jaune et salée comme une goutte d’embrun. Après ce va-et-vient gustatif, le vin s’assagit et nous livre quelques subtiles nuances de mandarine, de noisette et de fougère. Sacré Savagnin alias Fromentin! www.lesignolet.ch

Blanc 2015 Bielersee AOC Anne-Claire Schott à Twann

Un vin particulier, la robe vert pâle, le nez respire l’asparagus et la rose ancienne, le silex, la fougère, un rien la rhubarbe. La bouche croque et nous fait craquer par cet oscillation subtile entre fraîcheur et amertume. Un duo qui vite se transforme en trio avec la suavité des fruits confits. Tout y est bien sec, mais avec de l’onctuosité. Il est à la fois tranchant et généreux, plein de caractère mais courtois. Et puis élégant, très élégant avec cet élan floral qui ne nous lâche pas. Le plus marrant, c’est que c’est un vin d’assemblage aux raisins cueillis le long des murets, là où le soleil le réchauffe le plus. Ces six cépages, Chasselas, Pinot Noir et Gris, Chardonnay, Sylvaner et Sauvignon ont été vinifié dans un œuf. www.schottweine.ch www.aromaderlandschaft.ch

Ce qui étonne aussi, c’est la grande fraîcheur de ces vins. Avant de rejoindre la vinothèque, un passage sur l’île Saint Pierre au milieu du lac de Bienne nous avait confronté à un équilibre tout différent.

Les Chasselas y étaient moins vifs, comme les autres cépages. Mais certes tout aussi agréables à déguster. L’explication la plus plausible, le sol. Sur l’île, la vigne pousse dans des sables de grès décomposés, donc un sol acide. Alors que sur la rive nord, autour de Twann, elle est plantée dans des calcaires, un sol basique. Ma courte expérience sur le sujet, selon laquelle un sol basique donne des vins plus acides et inversément un sol acide donne des vins moins acides, semble se vérifier, au moins quand la nature même du substrat n’offre qu’un seul type de roche; après, tout peut se nuancer.

Si vous passez par la Suisse, profitez-en pour y déguster quelques vins, ça en vaut la peine.

 

Widerluege!

 

 

 

Marko


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Au Mondial du Chasselas 

La sixième édition du Concours Mondial du Chasselas s’est tenue hier et avant-hier dans la bonne ville d’Aigle. Le succès de l’opération va croissant, puisque cette année, ce ne sont pas moins de 792 échantillons qui ont été proposés aux jurys. Mais l’organisation reste sans failles.

Comme le souligne Claude-Alain Mayor, le Concours s’ouvre à tous les styles de Chasselas, et des toutes origines. Il convenait donc de juger chaque vin pour ce qu’il est et non par rapport à une image figée ou locale d’un type de Chasselas.

Les jurés internationaux ont respecté cette feuille de route, attribuant des médailles d’or (163 au total) aussi bien à des jeunes Chasselas fringants qu’à des Chasselas plus reposés, à des Fendants qu’à des Gutedels, à des vins de Suisse qu’à des Pouilly sur Loire, des Crépy, des Chasselas de Hongrie ou d’Allemagne; à des secs qu’à des doux.

Preuve que le bon Chasselas présente un bon potentiel de vieillissement: la meilleure note du concours (96,3/100) a été attribuée à un vieux millésime.

Le déplacement à Aigle est aussi l’occasion pour le dégustateur de visiter quelques caves de la région – nous avions d’autant plus de facilité à le faire que ce week-end coïncidait avec l’opération caves-ouvertes en pays de Vaud.

Le Château d’Aigle, lieu des dégustations

 

Vous trouverez ci-dessous la liste des vins qui m’ont le plus séduit au cours de mon séjour.

Coups de cœur:

Gérald Besse (Martigny): Martigny Les Bans Fendant 2016

Bernard Cavé (Ollon): Aigle Chapelle 2016

Clos du Rocher Yvorne Grand Cru 2016

Clos du Rocher Yvorne Grand Cru 2006

Château Maison Blanche Yvorne Grand Cru 2016

Clos de la George Yvorne Premier Grand Cru 2016

Également appréciés:

Domaine des Abeilles d’Or (Satigny), Genève 2015

Château d’Auvernier Neuchâtel Non Filtré 2016

Cave de la Côte Morges Vieilles Vignes 2015.

Un seul regret, toujours le même: qu’il soit si difficile de trouver tous ces bons Chasselas hors de Suisse, notamment en France ou en Belgique. Mesdames et Messieurs les importateurs, si vous pouviez faire un petit effort…
                                     

Hervé Lalau


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Tant qu’on en parle du Chasselas…

Le Mondial du Chasselas nous a accueillis cette année sous la pluie, heureusement au creux du château d’Aigle nous étions à l’abri.

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Belle qualité générale des vins présentés, avec un petit bémol, quelques encaveurs commencent à céder aux sirènes des thiols. Ces derniers souvent appréciés par quelques jurés qui nous disent d’une façon que je qualifierai de naïve que ça se vend bien. Et ton terroir bordel ! Surtout que le Chasselas en est un bon marqueur. Une grosse partie de la production vaudoise (le Valais s’en fiche encore un peu) s’oriente vers des sélections parcellaires qui montrent bien à quel point quand on sort du déci frisant, le cépage peut offrir intérêt et surtout grand plaisir.

Mais passons.
Le Chasselas, considéré comme petit blanc juste sympa par une quantité non négligeable de professionnels, se révèle apte au vieillissement comme Hervé, avant-hier, nous en montrait un exemple remarquable. Alors replongeons aujourd’hui dans le monde méconnu des vieux Vaudois…

Quand le Chasselas s’abruptise

Rendez-vous à Cully chez les frères Dubois pour, après un passage en cave pour déguster le dernier millésime, rejoindre les salons du Petit Versailles (c’est le nom donné à la grosse bâtisse construite dans un style français, après la période bernoise du Vaud) pour la verticale tant attendue. Elle fut double, car un confrère encaveur, Luc Massy, présentait la sienne en parallèle.

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C’est parti pour le grand vertige

Dézaley-Marsens De la Tour 2014 Domaine Frères Dubois à Cully

Blanc vert, le nez encore fermé révèle un rien de pomme et de poire. Bouche légèrement saline qui livre des arômes de fruits blancs conformes au nez, mais y ajoute du poivre et une étoile de carambole. Fraîcheur assurée par la tension minérale (ça hérisse le poil de certains, mais trouvez-moi une explication à cette impression d’acidité en contradiction avec les analyses de pH haut et d’acidité basse!).

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Dézaley Chemin de Fer 2011 Luc Massy à Épesses

Pourquoi Chemin de Fer? Lors de la construction de la ligne de chemin de fer Lausanne Milan, à l’aube de l’année 1860, une série de terrains viticoles ont été expropriés. La compagnie a ensuite redonné d’autres parcelles en échange qui sont devenue le Clos du Chemin de Fer, un must du Dézaley.

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Jaune vert, le vin se révèle miellé avec quelques accents de camomille romaine. La bouche grasse s’équilibre d’un minéral adéquat dont les arabesques à l’amertume gracieuse nous dessinent gentiane et réglisse qu’humecte le jus d’un citron jaune. Longueur épicée. (Paraît qu’on ne peut plus dire «amertume», mais qu’il faut employer « les amers ». Je préfère amertume, ça rime bien avec enclume).

 

 Dézaley Chemin de Fer 2008 Luc Massy à Épesses

 Jaune vert fluo, ça fait parfois ça, le Chasselas, quand ça vieilli. Nez grillé avec dans ses volutes fumées de la verveine. Bouche un rien austère qui, aujourd’hui, ne dévoile que sa matière, sa structure terrienne.

Peut-être que le climat des plus variables en 2008 explique cette fermeture, quoique à partir de septembre, il s’était mis au beau.

Dézaley Chemin de Fer 2005 Luc Massy à Épesses

Jaune fluo (j’avais prévenu), le nez en forme de pomme à cidre maculée de gelée de coing, avec encore de l’iode, de la verveine et du vétiver, et ça n’est pas fini, il y a aussi du foin, des fleurs séchées et de l’anis. Bouche saline avec l’iode du nez et une saveur aussi succulente qu’une tranche de pain d’épices. Structure importante, quoi donne l’impression d’une fraîcheur concentrée.

En 2005, le vignoble a subi une énorme averse de grêle le 18 juillet; résultat: perte «sèche» de 80%. Le peu qui restait a fourni une matière très dense. 

Dézaley-Marsens De la Tour 2001 Domaine Frères Dubois à Cully

Doré intense à reflets verts, un nez qui fait saliver, pâtisseries diverses, avec en premier de la tarte au pomme avec son lit de crème, sa croûte grillée et puis ses effluves de gelées de rose et de pêche au sirop. Bouche fraîche au relief minéral bien perceptible sur lequel se déposent une poignée de fruits blancs bien mûrs balancés d’une pincée de sel. Longueur épicée.

Un millésime tardif, vendangé  du 10 au 15 octobre.

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Dézaley Chemin de Fer 1998 Luc Massy à Épesses

Doré vert, grillé et floral, parfum de rose et de jasmin avec une goutte de vétiver, et un rien de bois vernissé. La bouche onctueuse plaît plus que le nez. Sa structure imposante envahit le palais et y développe son ampleur parée d’épices et des fleurs senties.

Le grillé marque le terroir du Dézaley, qui s’amplifie peut-être dans ce millésime de faible production.

Dézaley-Marsens De la Tour 1995 Domaine Frères Dubois à Cully

Jaune fluo, y a pas d’âge pour luire dans la nuit. Le nez menthe et menthol avec le grillé caractéristique qui semble se développer avec le temps. Sur ce grillé pâtissier s’étalent des gelées de pomme et de citron ombrées de poivre blanc. Bouche à la fois fraîche et confite par la maturité du fruit. Un rien de jeunesse dans ce vin déjà « âgé » se  traduit par une saveur de chair de raisin.

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Les indigènes parlent de brulon pour le grillé, ou plutôt pain grillé, caractéristique des Dézaley.

Dézaley Chemin de Fer 1991 Luc Massy à Épesses

Vert doré et bien entendu le nez grillé avec une fugace odeur de cave, puis bien vite, une giration plus loin, le parfum délicat de la guimauve au citron, des épices, du curcuma et du cumin, la note tertiaire du propolis et madeleine de Proust, le sirop de reinette de notre jeunesse. La bouche fraîche change la donne et offre d’emblée de l’écorce d’orange et de citron qui rend le vin presque vif.

Ce qu’il y a d’étonnant avec les Chasselas, c’est que les vieux millésimes sont plein de surprises, il ne faut s’attendre à rien, parce qu’à chaque fois l’imprévisible est au rendez-vous.

Dézaley Chemin de Fer 1982 Luc Massy à Épesses

Doré fluo, on y échappera pas. Un nez de foin, grillé de soleil qui évoque jusqu’à la fève de cacao en passant par le pain toasté et le léger fumé. Puis encore une goutte de bouillon cube et de cuir, on sent qu’il a de l’âge. La bouche, par contre apparaît plus jeune  et croque le biscuit au beurre trempé dans la tisane de tilleul adouci de bois de réglisse.

Une année exceptionnelle couplée à une récolte exceptionnelle, soit 3 bouteilles par mètre cube, le triple d’une année moyenne. Abondance et qualité, le rêve de l’encaveur…

Dézaley-Marsens De la Tour 1975 Domaine Frères Dubois à Cully

Doré cuivré, il offre en premier nez la senteur délicate d’une rose ancienne soulignée de cumin avant de curieusement froisser quelques feuilles de cerfeuil, puis de passer aux fruits jaunes, abricot sec, mangue séchée et pêche au sirop. La bouche ne répond pas au nez et se la joue solo avec un amer de réglisse bien rafraîchissant, amplifié par une écorce confite de citron pour après s’allonger presque infiniment sur un lit de romarin poudré de poivre blanc.

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Nous voilà au bout ou tout en-dessous de cette abrupte falaise à l’image du Lavaux. Une descente en rappel qui nous a bien rappelé ou montré que le Chasselas à n’importe quelle altitude offre complexité et plaisir subtil. Merci aux Frères Dubois et à Luc Massy, c’était top !

Copie de IMG_2511 Un verre à la main, nos hôtes écoutent quelques commentaires…

Après une série de vieux millésimes, en suisse, ou du moins dans le canton de Vaud, on se refait la bouche avec le vin de l’année. Santé!

 

Ciao

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Marco