Les 5 du Vin

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Gloire au Caviste!

Voici un vin qui devrait être en bonne place chez tous les cavistes! Car il leur rend hommage. Le Caviste, c’est son nom.

Hélas, il est suisse!

Ne vous méprenez pas, je n’ai rien contre les vins suisses, bien au contraire (et ceux qui me lisent régulièrement le savent bien). Mon « hélas » se rapporte uniquement à l’aspect commercial. Nos voisins suisses exportent très peu leurs vins chez nous. C’est évidemment plus compliqué pour eux, qui ne sont pas dans l’Union européenne; et peut-être moins rentable. Mais nos importateurs s’intéressent-ils beaucoup à eux?

Toujours est-il que ce Caviste est une cuvée de la coopérative d’Ollon, alias Les Artisans Vignerons d’Ollon.

Photo (c) H. Lalau 2017

 

Ollon est une commune vaudoise à la limite du Valais – vous traversez le Rhône, et vous êtes en Valais. Vous continuez à peine une petite dizaine de km, et vous êtes en France. Ce n’est pas loin, donc. Mais en aviez-vous déjà entendu parler? Si oui, bravo, vous êtes un oenophile curieux. Sinon, dommage, car cette jolie commune a un riche passé viticole, qui remonte sans doute à l’arrivée des moines de l’abbaye de Saint-Maurice.

Et puis surtout, aujourd’hui, elle compte une vingtaine de vignerons, qui, s’ils ne révèrent pas tous Saint-Maurice, vouent un culte à Saint-Chasselas, le cépage le plus important du lieu.

La cuvée Le Caviste (2016) est d’ailleurs un 100% chasselas. 100% accessible. Sans chichis. Légèrement perlant, il séduit d’abord par de jolies fleurs – amandier, tilleul – puis nous emmène du coté des fruits (pomme, melon); la bouche est harmonieuse, assez ronde, mais une pointe d’amertume la sauve de la mollesse et prolonge la finale. Avec, en prime, un peu de pierre à fusil. Vous pouvez bien sûr l’essayer sur une raclette, dont il compensera le gras; mais je le vois bien aussi à l’apéro, avec une gougère, par exemple; ou encore sur une charcuterie. Et le poisson? Pourquoi pas, mais n’abusez pas des sauces, ce vin a une certaine subtilité, il ne faut pas la recouvrir.

Caviste, quel beau métier!

Revenons un instant sur le terme de caviste (au sens moderne de vendeur de vin, plutôt que de chef de cave, ce qui était sa définition initiale). Voila un métier que j’aime bien.

Je suis né en un temps où l’on achetait plutôt chez des spécialistes qu’en grandes surfaces – en tout cas, pour les produits dits nobles. Chez moi, il y avait un tripier-volailler, un charcutier, plusieurs bouchers, un poissonnier, un marchand de légumes. Et un marchand de vin.

Certains ont disparu. D’autres vivotent. D’autres, encore sont devenus des franchisés, intégrés à des chaînes, comme mon caviste, qui n’a plus la possibilité d’acheter les vins qui lui plaisent. C’est devenu un simple revendeur.

Pourtant, n’est-ce pas là tout l’intérêt d’un caviste que d’être aux deux bouts de la chaîne? Qui, mieux que celui qui a acheté le vin, qui connaît le producteur, qui aime le produit, peut le vendre au client? Si l’idée est de se démarquer d’une grande surface où les produits doivent se vendre tout seuls, alors il faut que les recommandations s’appuient sur l’expérience, sur la raison et même sur un peu de sentiment, non?

Pour toutes ces raisons – et peut-être aussi parce que je suis un indécrottable naïf, je pense que les vrais cavistes, qui vendent du conseil tout autant que du vin et du prix, ont un avenir.

Et ceux-ci seraient peut-être bien inspirés de contacter les Artisans Vignerons d’Ollon, pour mettre Le Caviste à leur assortiment. Pour le nom, mais pas seulement. Avez-vous pensé à tous les touristes qui visitent la Suisse tous les ans, et qui aimeraient recréer un peu de cette ambiance de vacances une fois rentrés chez eux?

Pour information, ce vin coûte 13,5 francs suisses (sur place).

Info: http://www.avollon.ch/

Hervé Lalau

 


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Chasselas de Gérald Besse ou l’effet terroir

En juin dernier, à l’occasion du Mondial du Chasselas, nous sommes passés chez Gérald Besse, encaveur à Martigny, à l’entrée du Valais. Gérald s’est offert une toute nouvelle cave, hyper fonctionnelle, notre copine Nadine qui était du voyage vous la décrira demain. Moi, je m’attache aujourd’hui aux Fendants qui se déclinent ici en trois cuvées. Trois flacons bien différents les uns des autres, en cause trois terroirs bien distincts, autant par la pente que par l’orientation, la pluviométrie et le sol, bien évidemment.

Les Fendant

Pour qui ne le sait pas, Fendant désigne en Valais (et en Valais seulement) les vins issus du cépage Chasselas. C’est le blanc sec qui accompagne traditionnellement nos raclettes hivernales (la raclette est elle aussi originaire du canton). Et bien plus si affinités! Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence les trois Chasselas de Gérald.

Champortay 2016 Fendant Valais Martigny

Blanc au léger jaune, il n’est guère bavard, il faut l’aérer, le remuer, le bousculer pour qu’il sorte de son indifférence à l’égard de notre nez. Mais on parvient à lui arracher quelques senteurs de fruits blancs légèrement épicés. En bouche, le voilà un peu plus prolixe, parlant de pomme délicatement acidulée, de poire croquante, de poivre blanc, avant de nous révéler après un dernier tour au creux du verre les pétales de rose qu’il cachait en son sein. Mais n’oublions pas de parler de son agréable fraîcheur, une fraîcheur presque vive qui nous fait saliver et qui le désigne comme un excellent vin d’apéritif.

Les vignes poussent du côté des Rappes dans la combe de Martigny où le sol pentu peut avoisiner les 55%. Il se compose d’éboulis calcaires. Vinification et élevage en cuve.

Martigny 2016 Fendant Valais Martigny

La robe blanc jaune à peine prononcée révèle tout de go ses parfums de fleurs d’acacia et de vigne qui s’entoure d’une taffe de fumée aux senteurs de noisettes grillées. La bouche semble austère. La première gorgée nous laisse sur le palier. À la deuxième, le pied dans la porte on entrevoit la pierre à fusil, les fruits secs en train de griller. On entre et on est frappé par la note saline qu’on n’avait jusque-là pas captée. Pas plus que l’amertume gracieuse qui avec le sel dispense une fraîcheur particulière, sapide, mais pas acide.

La vigne pousse plus bas dans des alluvions mélangées de colluvions calcaires, un sol plus riche. Vinification et élevage en cuve.

Les Bans 2016 Fendant Valais Martigny

 Le troisième est surprenant, tout d’abord par sa robe plus intense, plus jaune, et puis par sa pointe de carbonique qui espiègle nous pique la langue, par son côté confit. Il respire les fleurs à plein nez, le genêt se diffuse comme un parfum ensoleillé, tandis que le narcisse apporte son élégance. En bouche, les fruits jaunes remplacent les fleurs, confits ils se déclinent en pêche abricot, en mangue, en mirabelle, qui se fourrent de pâte d’amande. Un ensemble qui offre ampleur et onctuosité au vin, mais pas sans oublier la fraîcheur, une fraîcheur poivrée qui nous amuse et nous donne envie d’y revenir au plus vite.

Le sol ici se compose de schiste. La vinification et l’élevage se font en cuve.

Après, nous avons dégusté toutes les autres cuvées de Gérald et y en a !

L’endroit où se trouve sa cave, sur les hauteurs de Martigny, mérite le détour, le paysage nous fait rapidement comprendre la particularité des vignobles de pentes, la pénibilité du travail et la diversité des terroirs.

 

Ciao!

 

Marco  


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Impromptu sur les bords du Lac de Bienne

La météo nous avait prédit un temps maussade et voilà qu’il faisait beau au pied de la chaîne du Jura, côté suisse. C’était au début printemps dernier. Après un peu de bateau, une dégustation inopinée nous a permis de déguster quelques cuvées issues des vignobles qui bordent le lac, Bielersee AOC. Cela se passait à la Vinothek Viniterra de Twann. Vous l’aurez compris, nous étions dans la partie bernoise du lac de Bienne (Bielersee en allemand). C’est une région bilingue où francophones et germanophones se côtoient, un peu comme chez moi, mais peut-être avec moins d’aléas, du moins, je crois. Le lac de Bienne constitue avec celui de Neuchâtel et celui de Morat, le Pays des Trois-Lacs ou Drei-Seen-Land réparti entre les cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel et Vaud. Le canton de Neuchâtel borde l’extrémité ouest du lac de Bienne. Voilà le décor planté, place à la dégustation.

Sur le lac de Bienne

Accoudé au comptoir de la vinothèque

 

Elle semblait totalement improvisée, cette dégustation, mais la bonne humeur, l’entrain, l’endroit et puis la qualité du choix des vins et la présence des vignerons ont rapidement infirmé cette première impression. Mais quoi de plus sympa que de déguster dans une atmosphère décontractée où tout est prévu sans que cela ne se ressente.

Clos de Rive 2015 Chasselas Bielersee AOC Andrey Weinbau à Ligerz

Robe blanche au léger jaune, des fruits blancs et jaunes maculent de leur chair quelques cailloux éclatés, impression de marmelades de mirabelle et de poire aux accents fumés. Belle fraîcheur en bouche avec du croquant que la trace de carbonique rend plus perceptible, plus pointue. Les parfums de rose blanche et d’aubépine se pavanent avant de laisser la guimauve et l’amande terminer l’élégant discours. www.andreywein.ch  Un vin délicat qui a renforcé notre bonne humeur.

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weingut Bielerhaus à Ligerz

La robe lumineuse, presque fluo au mélange de vert et de jaune, au nez de gelée de pissenlit et de poire croquante couchée sur un lit de foin. La bouche suave, fraîche, rappelle les tisanes de montagne accompagnées d’un carré de chocolat blanc. La texture fluide au liseré délicatement amer au goût de réglisse. Un chasselas particulier mais dont le caractère affirmé plaît. www.bielerhaus.ch

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weinbau Schlössli à Twann

Transparence jaune aux nuances vertes qui évoque le citron et le melon poudrés de poivre noir et de muscade. La bouche offre un équilibre assez différent des deux premiers. Moins acide, il s’avère plus ample, plus large, parfumé d’angélique, de bigarreau et d’agrumes confits, style tutti frutti sans le sucre, mais avec une pointe saline. Un autre aspect du Chasselas bien plus nuancé qu’on le croit en général.

Fromentin 2015 Lac de Bienne AOC Domaine du Signolet à La Neuveville

Jaune blanc, nez de pêche blanche épinglée d’une étoile de carambole et coiffée d’une feuille de menthe poivrée. La bouche à la fois acidulée comme les jus mêlés d’une groseille à maquereau et d’un citron jaune et salée comme une goutte d’embrun. Après ce va-et-vient gustatif, le vin s’assagit et nous livre quelques subtiles nuances de mandarine, de noisette et de fougère. Sacré Savagnin alias Fromentin! www.lesignolet.ch

Blanc 2015 Bielersee AOC Anne-Claire Schott à Twann

Un vin particulier, la robe vert pâle, le nez respire l’asparagus et la rose ancienne, le silex, la fougère, un rien la rhubarbe. La bouche croque et nous fait craquer par cet oscillation subtile entre fraîcheur et amertume. Un duo qui vite se transforme en trio avec la suavité des fruits confits. Tout y est bien sec, mais avec de l’onctuosité. Il est à la fois tranchant et généreux, plein de caractère mais courtois. Et puis élégant, très élégant avec cet élan floral qui ne nous lâche pas. Le plus marrant, c’est que c’est un vin d’assemblage aux raisins cueillis le long des murets, là où le soleil le réchauffe le plus. Ces six cépages, Chasselas, Pinot Noir et Gris, Chardonnay, Sylvaner et Sauvignon ont été vinifié dans un œuf. www.schottweine.ch www.aromaderlandschaft.ch

Ce qui étonne aussi, c’est la grande fraîcheur de ces vins. Avant de rejoindre la vinothèque, un passage sur l’île Saint Pierre au milieu du lac de Bienne nous avait confronté à un équilibre tout différent.

Les Chasselas y étaient moins vifs, comme les autres cépages. Mais certes tout aussi agréables à déguster. L’explication la plus plausible, le sol. Sur l’île, la vigne pousse dans des sables de grès décomposés, donc un sol acide. Alors que sur la rive nord, autour de Twann, elle est plantée dans des calcaires, un sol basique. Ma courte expérience sur le sujet, selon laquelle un sol basique donne des vins plus acides et inversément un sol acide donne des vins moins acides, semble se vérifier, au moins quand la nature même du substrat n’offre qu’un seul type de roche; après, tout peut se nuancer.

Si vous passez par la Suisse, profitez-en pour y déguster quelques vins, ça en vaut la peine.

 

Widerluege!

 

 

 

Marko


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Au Mondial du Chasselas 

La sixième édition du Concours Mondial du Chasselas s’est tenue hier et avant-hier dans la bonne ville d’Aigle. Le succès de l’opération va croissant, puisque cette année, ce ne sont pas moins de 792 échantillons qui ont été proposés aux jurys. Mais l’organisation reste sans failles.

Comme le souligne Claude-Alain Mayor, le Concours s’ouvre à tous les styles de Chasselas, et des toutes origines. Il convenait donc de juger chaque vin pour ce qu’il est et non par rapport à une image figée ou locale d’un type de Chasselas.

Les jurés internationaux ont respecté cette feuille de route, attribuant des médailles d’or (163 au total) aussi bien à des jeunes Chasselas fringants qu’à des Chasselas plus reposés, à des Fendants qu’à des Gutedels, à des vins de Suisse qu’à des Pouilly sur Loire, des Crépy, des Chasselas de Hongrie ou d’Allemagne; à des secs qu’à des doux.

Preuve que le bon Chasselas présente un bon potentiel de vieillissement: la meilleure note du concours (96,3/100) a été attribuée à un vieux millésime.

Le déplacement à Aigle est aussi l’occasion pour le dégustateur de visiter quelques caves de la région – nous avions d’autant plus de facilité à le faire que ce week-end coïncidait avec l’opération caves-ouvertes en pays de Vaud.

Le Château d’Aigle, lieu des dégustations

 

Vous trouverez ci-dessous la liste des vins qui m’ont le plus séduit au cours de mon séjour.

Coups de cœur:

Gérald Besse (Martigny): Martigny Les Bans Fendant 2016

Bernard Cavé (Ollon): Aigle Chapelle 2016

Clos du Rocher Yvorne Grand Cru 2016

Clos du Rocher Yvorne Grand Cru 2006

Château Maison Blanche Yvorne Grand Cru 2016

Clos de la George Yvorne Premier Grand Cru 2016

Également appréciés:

Domaine des Abeilles d’Or (Satigny), Genève 2015

Château d’Auvernier Neuchâtel Non Filtré 2016

Cave de la Côte Morges Vieilles Vignes 2015.

Un seul regret, toujours le même: qu’il soit si difficile de trouver tous ces bons Chasselas hors de Suisse, notamment en France ou en Belgique. Mesdames et Messieurs les importateurs, si vous pouviez faire un petit effort…
                                     

Hervé Lalau


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Tant qu’on en parle du Chasselas…

Le Mondial du Chasselas nous a accueillis cette année sous la pluie, heureusement au creux du château d’Aigle nous étions à l’abri.

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Belle qualité générale des vins présentés, avec un petit bémol, quelques encaveurs commencent à céder aux sirènes des thiols. Ces derniers souvent appréciés par quelques jurés qui nous disent d’une façon que je qualifierai de naïve que ça se vend bien. Et ton terroir bordel ! Surtout que le Chasselas en est un bon marqueur. Une grosse partie de la production vaudoise (le Valais s’en fiche encore un peu) s’oriente vers des sélections parcellaires qui montrent bien à quel point quand on sort du déci frisant, le cépage peut offrir intérêt et surtout grand plaisir.

Mais passons.
Le Chasselas, considéré comme petit blanc juste sympa par une quantité non négligeable de professionnels, se révèle apte au vieillissement comme Hervé, avant-hier, nous en montrait un exemple remarquable. Alors replongeons aujourd’hui dans le monde méconnu des vieux Vaudois…

Quand le Chasselas s’abruptise

Rendez-vous à Cully chez les frères Dubois pour, après un passage en cave pour déguster le dernier millésime, rejoindre les salons du Petit Versailles (c’est le nom donné à la grosse bâtisse construite dans un style français, après la période bernoise du Vaud) pour la verticale tant attendue. Elle fut double, car un confrère encaveur, Luc Massy, présentait la sienne en parallèle.

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C’est parti pour le grand vertige

Dézaley-Marsens De la Tour 2014 Domaine Frères Dubois à Cully

Blanc vert, le nez encore fermé révèle un rien de pomme et de poire. Bouche légèrement saline qui livre des arômes de fruits blancs conformes au nez, mais y ajoute du poivre et une étoile de carambole. Fraîcheur assurée par la tension minérale (ça hérisse le poil de certains, mais trouvez-moi une explication à cette impression d’acidité en contradiction avec les analyses de pH haut et d’acidité basse!).

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Dézaley Chemin de Fer 2011 Luc Massy à Épesses

Pourquoi Chemin de Fer? Lors de la construction de la ligne de chemin de fer Lausanne Milan, à l’aube de l’année 1860, une série de terrains viticoles ont été expropriés. La compagnie a ensuite redonné d’autres parcelles en échange qui sont devenue le Clos du Chemin de Fer, un must du Dézaley.

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Jaune vert, le vin se révèle miellé avec quelques accents de camomille romaine. La bouche grasse s’équilibre d’un minéral adéquat dont les arabesques à l’amertume gracieuse nous dessinent gentiane et réglisse qu’humecte le jus d’un citron jaune. Longueur épicée. (Paraît qu’on ne peut plus dire «amertume», mais qu’il faut employer « les amers ». Je préfère amertume, ça rime bien avec enclume).

 

 Dézaley Chemin de Fer 2008 Luc Massy à Épesses

 Jaune vert fluo, ça fait parfois ça, le Chasselas, quand ça vieilli. Nez grillé avec dans ses volutes fumées de la verveine. Bouche un rien austère qui, aujourd’hui, ne dévoile que sa matière, sa structure terrienne.

Peut-être que le climat des plus variables en 2008 explique cette fermeture, quoique à partir de septembre, il s’était mis au beau.

Dézaley Chemin de Fer 2005 Luc Massy à Épesses

Jaune fluo (j’avais prévenu), le nez en forme de pomme à cidre maculée de gelée de coing, avec encore de l’iode, de la verveine et du vétiver, et ça n’est pas fini, il y a aussi du foin, des fleurs séchées et de l’anis. Bouche saline avec l’iode du nez et une saveur aussi succulente qu’une tranche de pain d’épices. Structure importante, quoi donne l’impression d’une fraîcheur concentrée.

En 2005, le vignoble a subi une énorme averse de grêle le 18 juillet; résultat: perte «sèche» de 80%. Le peu qui restait a fourni une matière très dense. 

Dézaley-Marsens De la Tour 2001 Domaine Frères Dubois à Cully

Doré intense à reflets verts, un nez qui fait saliver, pâtisseries diverses, avec en premier de la tarte au pomme avec son lit de crème, sa croûte grillée et puis ses effluves de gelées de rose et de pêche au sirop. Bouche fraîche au relief minéral bien perceptible sur lequel se déposent une poignée de fruits blancs bien mûrs balancés d’une pincée de sel. Longueur épicée.

Un millésime tardif, vendangé  du 10 au 15 octobre.

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Dézaley Chemin de Fer 1998 Luc Massy à Épesses

Doré vert, grillé et floral, parfum de rose et de jasmin avec une goutte de vétiver, et un rien de bois vernissé. La bouche onctueuse plaît plus que le nez. Sa structure imposante envahit le palais et y développe son ampleur parée d’épices et des fleurs senties.

Le grillé marque le terroir du Dézaley, qui s’amplifie peut-être dans ce millésime de faible production.

Dézaley-Marsens De la Tour 1995 Domaine Frères Dubois à Cully

Jaune fluo, y a pas d’âge pour luire dans la nuit. Le nez menthe et menthol avec le grillé caractéristique qui semble se développer avec le temps. Sur ce grillé pâtissier s’étalent des gelées de pomme et de citron ombrées de poivre blanc. Bouche à la fois fraîche et confite par la maturité du fruit. Un rien de jeunesse dans ce vin déjà « âgé » se  traduit par une saveur de chair de raisin.

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Les indigènes parlent de brulon pour le grillé, ou plutôt pain grillé, caractéristique des Dézaley.

Dézaley Chemin de Fer 1991 Luc Massy à Épesses

Vert doré et bien entendu le nez grillé avec une fugace odeur de cave, puis bien vite, une giration plus loin, le parfum délicat de la guimauve au citron, des épices, du curcuma et du cumin, la note tertiaire du propolis et madeleine de Proust, le sirop de reinette de notre jeunesse. La bouche fraîche change la donne et offre d’emblée de l’écorce d’orange et de citron qui rend le vin presque vif.

Ce qu’il y a d’étonnant avec les Chasselas, c’est que les vieux millésimes sont plein de surprises, il ne faut s’attendre à rien, parce qu’à chaque fois l’imprévisible est au rendez-vous.

Dézaley Chemin de Fer 1982 Luc Massy à Épesses

Doré fluo, on y échappera pas. Un nez de foin, grillé de soleil qui évoque jusqu’à la fève de cacao en passant par le pain toasté et le léger fumé. Puis encore une goutte de bouillon cube et de cuir, on sent qu’il a de l’âge. La bouche, par contre apparaît plus jeune  et croque le biscuit au beurre trempé dans la tisane de tilleul adouci de bois de réglisse.

Une année exceptionnelle couplée à une récolte exceptionnelle, soit 3 bouteilles par mètre cube, le triple d’une année moyenne. Abondance et qualité, le rêve de l’encaveur…

Dézaley-Marsens De la Tour 1975 Domaine Frères Dubois à Cully

Doré cuivré, il offre en premier nez la senteur délicate d’une rose ancienne soulignée de cumin avant de curieusement froisser quelques feuilles de cerfeuil, puis de passer aux fruits jaunes, abricot sec, mangue séchée et pêche au sirop. La bouche ne répond pas au nez et se la joue solo avec un amer de réglisse bien rafraîchissant, amplifié par une écorce confite de citron pour après s’allonger presque infiniment sur un lit de romarin poudré de poivre blanc.

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Nous voilà au bout ou tout en-dessous de cette abrupte falaise à l’image du Lavaux. Une descente en rappel qui nous a bien rappelé ou montré que le Chasselas à n’importe quelle altitude offre complexité et plaisir subtil. Merci aux Frères Dubois et à Luc Massy, c’était top !

Copie de IMG_2511 Un verre à la main, nos hôtes écoutent quelques commentaires…

Après une série de vieux millésimes, en suisse, ou du moins dans le canton de Vaud, on se refait la bouche avec le vin de l’année. Santé!

 

Ciao

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Marco

 

 


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Au pays du Chasselas

Non il ne s’agit pas de Moissac, mais de la Suisse, bien sûr, et plus précisément du Pays de Vaud.

En marge du Mondial du Chasselas, qui se tenait le week-end dernier dans la jolie bourgade d’Aigle, j’ai eu la chance de pouvoir déguster quelques très beaux vins issus de ce cépage emblématique de la Romandie. Un cépage dont ce sera bientôt la fête, le 25 juin, toujours à Aigle.

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En Lavaux (Photo (c) H. Lalau 2016)

2015 a été une très bonne année pour lui, partout en Suisse; les bonnes notes attribuées par mon jury lors du concours en attestent; c’est donc le moment idéal pour le découvrir, si ce n’est déjà fait.

En avant-goût, voici trois vins qui, à mon sens, illustrent bien la richesse, et du Chasselas, et des vins vaudois.

Calamin Domaine de la Chenalettaz 2015 Réserve du Margis

Calamin est un des deux grands crus du Lavaux (avec Dézaley), entre Lausanne et Montreux.  C’est le plus petit des deux (18 ha). Il doit son originalité à ses molasses argileuses et à ses fortes pentes (le vignoble monte à l’assaut du coteau, depuis les rives du Léman, à 300m d’altitude, jusqu’à 600 m).

Le Domaine de la Chenalettaz est la propriété de la famille Chevalley, qui produit toute la gamme des beaux crus de Lavaux (Calamin Grand Cru, Dézaley Grand Cru, mais aussi Saint Saphorin et Epesses).

Ce vin m’a séduit par sa richesse en nez et en bouche; il présente des notes de prune et de tilleul, un beau gras et une superbe amertume (non, ce n’est pas péjoratif: c’est la marque d’un vin complet, et qui ne finit pas mou). Oui, on peut être sec et gourmand.

Le Calamin présente généralement un beau potentiel de vieillissement, et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Mais il est déjà tellement bon qu’il faudra avoir une sacrée force de caractère pour résister à la tentation de l’ouvrir dès maintenant!

Du même grand Cru Calamin, j’ai également beaucoup apprécié le 2015 de Claude et Alexandre Duboux, à Epesses

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Dézaley-Marsens De La Tour 2015 Domaine des Frères Dubois

Les Frères Dubois sont installés au lieu-dit du Petit Versailles, à Cully, depuis trois générations. Ils produisent – entre autres – une belle gamme de Chasselas de Lavaux, du Grand Cru Dézaley-Marsens De La Tour au Grand Cru Calamin (Cuvée Le Petit Versailles), en passant par Epesses (La Braise d’Enfer), Saint-Saphorin, Puidoux ou Villette…

Ce Dézaley-Marsens est un Chasselas puissant et bien mûr, avec de superbes notes de mirabelle au nez; dans la bouche, relativement vive, c’est plutôt le floral qui domine (chèvrefeuille, jasmin); à ces arômes délicats se superpose de la réglisse, et en finale, une belle pointe saline (pour ne pas dire minérale). Ce vin est encore très jeune, il ne sera embouteillé qu’en septembre prochain. En attendant, les Dubois proposent toute une gamme de millésimes plus anciens; le 2014, issu d’une année un peu moins généreuse, est cependant étonnamment mûr; en Dézaley (comme en Calamin), on dit que le vin voit trois soleils: celui du ciel, son reflet dans le lac, et celui qu’emmagasinent les innombrables murettes qui soutiennent les terrasses du Lavaux. De plus, les Dubois récoltent toujours le plus tard possible, pour profiter au maximum de l’été indien, parfois, vaudois…

A noter que ce cru présente une excellente aptitude à la garde: le 1995, dégusté un peu plus tard, est de toute beauté; ce qu’il a perdu en aromatique, il semble l’avoir gagné en matière.

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Château Maison Blanche Yvorne Grand Cru 2014

Nous voici à Yvorne, en Chablais; ici, plus de lac pour refléter le soleil, mais un effet de foehn comparable à celui qu’on constate en Valais. C’est là que depuis 1673, se dresse la Maison Blanche, avec sa tour au toit pointu.

Autour de l’édifice, 7,5 ha de vignes de forte pente, aménagées en terrasses, composent une marqueterie de sols, du plus caillouteux aux alluvions les plus riches; c’est la conséquence d’un éboulement intervenu en 1584, qui a mélangé les calcaires du vieux socle du trias aux sols plus récents, décomposition des roches alpines.

Même les plus sceptiques en termes d’effet-terroir devront admettre que ce vin présente une grande complexité.

Ayant eu la chance de déguster ce même 2014 à deux reprises, en juin 2015 et en juin 2016, j’ai pu constater que cette année de plus lui a permis de mieux se fondre; le citron s’est un peu confit, de jolies notes de miel sont apparues; le côté fermentaire a disparu, par contre, pour laisser toute la place à des notes iodées; ce qui est remarquable, dans ce vin, c’est sa structure, son amplitude; une texture presque tannique, un côté solide.

Qui a dit que le Chasselas était aussi neutre que la Confédération Helvétique, qu’il produisait des vins fluets et inodores? OK, c’est moi, dans une autre vie… Comme quoi l’on peut évoluer, voire se bonifier…

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Depuis les années 1930, Maison Blanche est dans le giron de la famille Schenk. De quoi nous faire espérer en voir un jour les vins plus dignement représentés hors de Suisse.

Car voilà bien des produits dignes de figurer sur les plus belles tables de la gastronomie; si j’étais un homme d’affaires suisse venu signer un contrat en Belgique, et que j’invitais mon client à déjeuner dans un bel établissement, je serais fier de lui proposer ce bel ambassadeur du savoir-faire de mon pays… Et qu’on ne me dise pas que c’est trop cher quand c’est le prix de l’émotion!

Hervé Chasse-Lalau  IMG_9411


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Chasselas suite

David nous en parlait ce lundi. Je l’ai fait moi aussi il y a quelque temps, déjà. Revoici donc ce fameux Chasselas que tout le monde dénigre.
Moi le premier, d’ailleurs, je ne m’en cache pas. Depuis longtemps, je considère qu’une grosse partie de la production ressemble plus à de l’eau acidulée légèrement frisante qu’à du vin.
Il m’a fallu quelques rencontres avec de bons vignerons comme Cruchon, à Morges, dans La Côte ou Bovard à Cully, en Lavaux, pour découvrir que le Chasselas pouvait être vraiment bon, refléter le terroir, et vieillir avec grâce.

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Le mondial du Chasselas

Ce « Mondial » (un de plus) est une grosse dégustation qui dure deux mâtinées et offre une belle vue d’ensemble sur la production actuelle du Chasselas. On peut y trouver plus d’un vin à son goût. Seul hic, on ne sait pas ce ce qu’on a dégusté, à part les appellations. Force est de constater que la production vaudoise, malgré un millésime compliqué (2013) a présenté les meilleurs vins. Ceux qui arrivent à ce premier palier récompensé par l’argent. Peu d’or dans notre jury…
Le canton lémanique n’a toutefois pas remporté que des médailles, certaines séries ressemblaient au parcours du dégustateur combattant (une spécialisation à développer, « tu fais de la daube, j’ai des dégustateurs chevronnés pour les déguster… »); un dégustateur combattant qui s’efforçait de trouver un point positif dans ce qui colorait d’un pâle clair de lune la transparence du verre.
Il reste des efforts à faire… n’est-ce pas David?

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Visite exemple

Exemple de quoi ?
Exemple de la philosophie douteuse de certains producteurs qui vous affirment haut et fort que « réduire les rendements ne sert à rien, que le résultat est du pareil au même ». Sauf que lorsqu’on déguste un millésime victime de la grêle, où la récolte a été naturellement réduite de plus de 30% la récolte, le vin apparaît enfin concentré. Cherchez l’erreur!

Suisse Chasselas du Monde 023
Tout le monde s’extasie bien évidemment sur les vieux millésimes de ce domaine de La Côte. Ce sera le seul indice, nous ne sommes pas ici pour fustiger un producteur, mais tirer une petite sonnette qui devrait faire un petit dring dring chaque fois que vous ou nous sommes confrontés à ce genre de démonstration. Donc, dans ce domaine de La Côte, nous avons eu droit à une verticale de Chasselas. Plus le temps remontait, au plus le vin devenait complexe. La complexité de l’oxydation ménagée, un peu comme les Jerez, qui sans leur élevage particulier ne valent pas grand-chose, un blanc sec de Palomino Fino (c’est le cépage du Xeres) ressemble à s’y tromper à de la bibine. Donc, notre verticale de Chasselas vaudois a séduit une clientèle impressionnée par les vieilles années. Mais ce n’était bien souvent qu’une patine déposée sur une matière faiblarde, sauf l’année de la grêle.

Visite exemplaire

Cela se passe ailleurs, sans les autres dégustateurs malheureusement, sauf David, mon pote Daniel et notre guide émérite Yves Paquier bien accompagné par Azélina Verchère (une historienne qui nous a concocté un bouquin sur le vin chanté par les ménestrels); bref, ailleurs, là je cite le domaine, il en vaut la peine, c’est celui d’Alain Parisod, le Domaine de la Maison Blanche, qui nous a fait déguster son Épesses 2013.

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Dense, avec une trame presque tannique, il donne une impression de plénitude, une fraîcheur agréable et une longueur révélatrice d’accents floraux et fruités. Il a du croquant et nous met joie, nous dit que le Chasselas bien conduit génère de jolis vins. En voilà un de plus à mettre dans nos mémoires pour argumenter contre les sceptiques tout comme contre les vites satisfaits.

En prime, Alain nous offre un Sylvaner, encore un cépage méprisé (vivement le Zotzenberg, un prochain épisode, en Alsace cette fois). Un Sylvaner Réserve de la Grille 1994, une pure merveille, encore plein de fruits, certes confits et miellés, boostés par une fraîcheur délicate.

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Merci à Alain et à son petit patriarcat

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Allez, ciao! Ou bien?

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Marco