Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


2 Commentaires

#Carignan Story # 282 : parmi de vieux flacons…

Cela m’arrive de temps en temps : à force de collectionner, je suis tombé l’autre soir sur un lot de vieilleries pas si antiques que ça. Des vins divers et variés tirés d’un fond de cave. Mon œil fut attiré immédiatement par le gros flacon (tant pis pour toi, mon cher Hervé…) oublié du Château de Gaure, bouteille lourde d’un vert antique quelque peu grisé, joliment illustrée et estampillée Carignan. En relisant la contre-étiquette que tout le monde néglige de parcourir de peur d’y lire un discours banal et sans intérêt, j’en déduisis qu’il s’agissait d’un tri particulier effectué lors de la vendange 2008 au sein d’une parcelle ancienne plantée de rouge, du côté de Latour-de-France, dans le Roussillon. Le but ? Cueillir les grappes des carignans blancs disséminés – complantés si vous préférez – dans cette parcelle. Le mélange de cépages était classique dans la région où il arrive encore aujourd’hui, dans une vigne que l’on croit être majoritairement plantée de grenache rouge, par exemple, de trouver de ci de là quelques pieds de grenache blanc ou gris, parfois même du macabeu ou du muscat. Ce fut pour moi comme un rappel que la vigne n’a qu’une vie dès lors qu’on s’en occupe, et que si l’on veut que nos enfants en profitent, on se doit de l’entretenir en renouvelant ce qui est sans vie.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Signes d’un temps révolu où le vigneron – pauvre, la plupart du temps – remplaçait ses manquants au fur et à mesure avec les plants dont il disposait sans trop se soucier du cultivar en question. « Je ne sais plus ce que c’est, devait-il penser, mais je n’ai pas d’argent ni de temps pour aller chez le pépiniériste donc, je plante et on verra bien ce que ça donne » ! Pas de je m’enfoutisme à voir là-dedans, mais plutôt une grande logique paysanne, un simple raison pratique et financière dans un pays souvent reculé où les communications n’étaient en rien semblables à celles dont nous jouissons de nos jours. En outre, peut-être par simple effet de mode, peut-être aussi pour remplir les cuves, mais de la Côte Rôtie au Bordelais il était courant en ce temps-là d’ajouter jusqu’à 20 ou 30 % de vin blanc dans son rouge. L’essentiel étant de le vendre au courtier qui le trouvait franc et marchand. Car il fallait bien que l’argent rentre.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mais revenons à nos vieilles vignes. La zone du Fenouillèdes, maintes fois évoquée ici pour ses paysages de toute beauté et ses nombreux vignerons de talent intéressés dès le départ par la valeur de nos carignans, la plupart plantés sur schiste, a évité semble-t-il plus qu’ailleurs de sombrer dans la frénésie des arrachages massifs qui eurent lieu dans les années 80 au profit de la Syrah, certes élégante, mais légèrement putassière. Dans ce coin des Pyrénées-Orientales, on maintient en vie avec respect pas mal de vieilles vignes de Carignan, ou de Grenache. Certains vont jusqu’à les vénérer. Non par excès de conservatisme, mais parce que l’on sait que ces plants donnent des vins de haute volée et de très faibles rendements, tout en sachant pertinemment que, faute de pouvoir partir en Côtes du Roussillon, appellation où le cépage Carignan n’est guère en odeur de sainteté (jusqu’à récemment, car le vent tourne, fort heureusement…), ces vins seront étiquetés Côtes Catalanes – ex Vin de Pays, pour ceux qui suivent – ou Vin de France, soit ex Vin de Table.

C’est le cas de cette belle bouteille, Vin de Table (à l’époque) 2008, issu de raisins de Carignan blanc achetés sur place, donc un horrible vin de négoce (pardon pour le sarcasme), vinifié dans une seule barrique comme l’explique fort bien la contre-étiquette. Pour être honnête, je m’attendais au pire. Non pas que le Château de Gaure soit des plus mauvais, bien au contraire, mais parce que je suis encore aux prises avec ces horribles clichés et préjugés que je m’attache pourtant avec l’âge à combattre avec acharnement : le blanc du Sud ne vieillit pas, le négoce c’est de la merde, le vin est celui d’un riche propriétaire, ma cave n’est pas climatisée, etc.

coteduroussillon

Quelques mots sur le propriétaire de Gaure, Pierre Fabre. Ses ancêtres vignerons viennent du Gard, tandis que de son côté il a fait sa vie en Belgique. Amoureux du Sud, il s’est entiché d’un domaine de 200 ha de bois et de vignes à proximité de Limoux et de Carcassonne où il vient régulièrement se ressourcer et pratiquer son hobby, la peinture, celle-là même que l’on retrouve sur ses étiquettes. N’ayant que des vignes blanches sur le secteur de Limoux, il a acquis d’autres vignes rouges, Grenache surtout, mais aussi Carignan et Mourvèdre, dans la vallée de l’Agly à une cinquantaine de kilomètres de chez lui. Heureusement qu’il y a encore en France des gens comme lui, des gars qui prennent la peine d’investir dans une propriété de taille non seulement pour y vivre des heures de bonheur avec leurs enfants, mais aussi pour entretenir la terre, la cultiver (en bio), la faire vivre et en récolter des fruits. Oui, tout cela est heureux.

Si j’en crois les caciques, ceux qui clamaient jadis que le Sud était incapable de produire du bon vin blanc, ce dernier aurait du être sifflé dans sa première ou seconde année. N’allez surtout pas les écouter dans le cas où vous tomberiez sur un beau blanc comme celui-là ! Il me rappelle l’exceptionnelle droiture d’un autre Carignan blanc, celui de Daniel Le Conte des Floris, un 2004 de la région de Pézenas (Hérault) goûté il y a deux ans grâce à la générosité de son géniteur. La légère blondeur habituelle de la robe a pris une tonalité certes un peu plus foncée, mais sans aucun excès. Le nez n’est guère expressif, un peu strict peut-être, mais il est pourtant bien là, on le sent, on le devine. Avec ce 2008, tout se passe en bouche. Servi pas trop froid, comme il se doit, on a quelque chose de ténu, comme une sensation de puissance mêlée d’opulence. Voilà un vin qui marque le palais, qui s’impose avec force et noblesse. Aucun boisé hormis une très légère touche pain d’épices, des notes de pêche compotée, de pinède et de cédrat. Et en finale, cette bienveillante acidité qui vous émoustille le palais en faisant durer le plaisir. Pour ma part, j’aimerais le tester sur un poulet au citron ou sur un gros poisson, genre baudroie. Je suis ravi car il me reste un flacon du même vin que je vais attendre encore un peu !

Michel Smith


15 Commentaires

Où l’on reparle de Brad Pitt et de son vin

Esprits rationnels, passez votre chemin, ce billet n’est pas pour vous.

Quant aux autres, c’est selon.

« Ce n’est pas parce que les blogs sont gratuits qu’on peut se moquer des lecteurs en toute impunité », me disait hier Madame Pètesec, mon ancienne prof de maintien à l’Institut Bonne-Vie-et-Moeurs de Familleheureux (Hainaut).

Mortel, abandonne tout espoir, tu entres maintenant au Royaume du Grand N’Importe Quoi.

Bref, je vous aurai prévenus.

Il me revient que Brad Pitt (alias Mr. Jolie) s’intéresse de plus en plus au vin. Non comptant – pardon, non content de signer toutes les bouteilles de son  Miraval Provence (ce qui doit lui prendre du temps, même pour quelqu’un qui a l’habitude des autographes), voila qu’il s’apprête à prendre des parts dans un domaine des environs de Limoux, le Château de Gaure.

Un  domaine que nous connaissons bien, Marc et moi, pour avoir dégusté et apprécié à plusieurs reprises  son superbe Mauzac. En plus, le propriétaire, Pierre Fabre, est un type sympathique, qui partage sa vie entre la Belgique et son merveilleux petit coin de Languedoc.

Si vous avez l’occasion d’y passer, n’hésitez pas, dites que vous venez de la part de  Marc ou d’Hervé, ou même de Brad, vous serez bien reçus. Et vous boirez bon.

06

Château de Gaure

Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser le beau Brad à d’intéresser à ce domaine en particulier, me direz vous?

Les mathématiques, bien sûr!

Car avec cette joint-venture, on verra Pitt à Gaure.

Alors, je n’avais pas bien fait de vous prévenir? Est-ce que c’est de ma faute, à moi, si le premier avril tombe un lundi, cette année, et que c’est le jour de David?

Hervé

PS. « Et ça se prétend journaliste! ». C’est ce que dit de moi à mon rédac’ chef un retraité de la Narine Marchande. D’accord, mais c’est mieux que de devoir faire des piges au Journal du Hard. Hard Gaure, bien sûr!

Bon voila, je crois qu’on a fait le tour. A moins que Luc, peut-être…?