Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Die-moi tout!

Un voyage express en Diois m’a permis de prendre le pouls de cette région plus complexe qu’il n’y paraît.
Le Diois, c’est (plus que jamais) la Clairette de Die, qui me semble en très bonne voie, mais c’est aussi le Crémant de Die, et beaucoup plus confidentiels, les Coteaux de Die (en blanc tranquille); sans oublier le Châtillon en Diois (en trois couleurs), qui fait la part belle à l’aligoté et au gamay.

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La Drôme à Pontaix (Photo (c) H. Lalau 2015)

J’ai le plaisir de vous annoncer que les vendanges se sont plutôt bien passé: le soleil a été au rendez-vous tout l’été, mais avec assez d’épisodes pluvieux pour ne pas stresser la vigne, et cerise sur le gâteau, les muscats ont été rentrés avant la pluie.

J’ai pu rencontrer quelques vignerons de caves particulières, ainsi que des responsables de la Cave de Die, alias Jaillance, qui représente plus des 3/4 de la production.
Indépendamment de la structure, j’ai pu entendre des discours très positifs sur l’engagement qualitatif, et surtout, en voir les résultats concrets dans les vins. Je retiens surtout de très belles Clairette de Die Méthode Ancestrale, ou des Clairette de Die Tradition, ainsi que d’étonnants aligotés.

Je constate que Die a suivi une voie différente de Limoux: ici, ce le Crémant n’a pas pris le pas sur le doux.

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Dans les vignes de Châtillon… en Diois, bien sûr (Photo (c) H. Lalau)

 

Comme le confie Fabien Lombard, le Président du Syndicat de la Clairette (et vigneron au domaine de Peylong), « La Clairette, c’est d’abord ce que nos clients nous demandent! ».

Il faut dire qu’à mon humble avis, la Clairette – toutes cuvées confondues – n’a jamais été séduisante.

Oubliez les vins mous, prématurément oxydés, les faux goûts, les papilles anesthésiées par les sucre; la plupart des cuvées dégustées sont fines, et exhalent des notes très pures de fruit – tantôt agrume, tantôt tropical, et le sucre est maintenu à des niveaux d’autant plus acceptables que les acidités sont plus que correctes (notamment dans les cuvées intégrant beaucoup de clairette). Cette maîtrise est d’autant plus remarquable que la méthode traditionnelle est particulièrement délicate (pas question de rectifier au dosage).

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Photo (c) H. Lalau 2015

Quant aux aligotés, je leur trouve non seulement l’attrait de la surprise (mais que sont ils venus faire là?), mais aussi du punch, de la fraîcheur et une amertume bien sympathique en finale.

J’ai aussi été frappé par l’étendue de l’appellation (non en termes de surface plantée, mais en termes de longueur, puisqu’elle s’étend sur plus de 50km, au fil d’une Drôme qui zigzague entre collines molles et parois abruptes. Voila qui est propice à l’émergence de nombreux méso-climats; le haut de la vallée, naturellement, est plus élevé en altitude; d’autre part, on trouve aussi bien des coteaux pentus que des vignes de fond de vallée.

Mais la vérité est dans le verre, voici donc ma sélection de belles bouteilles dégustées à votre attention.

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Trois des bouteilles qui nous attendaient à la Maison de la Clairette de Vercheny

Domaine Peylong 2012 Clairette de Die
Anis, clairette, nez mur, pas dosé,
Notes florales, framboises, amertume sympa pas envahissante bien 15/20

Domaine de Monge Granon Cuvée de Minuit Crémant de Die
Légèrement oxydative, mais crémeuse à souhait, cette cuvée assemble 2011 et 2012; elle est toute opulence et vinosité.

Domaine de Peylong L’Oublié Coteaux de Die 2012
100% Clairette. Belle amertume, quelques de fleurs blanches, d’abricot et de pastis, assez gras en bouche. Parfait à boire aujourd’hui, après 3 ans… d’oubli. La clairette a besoin de temps.

Jaillance Châtillon en Diois Aligoté  2014 
Très belle acidité, citron, pierre à fusil, et pour finir, une savoureuse amertume.

Jaillance Clairette de Die Cuvée Impériale
Léger et aromatique, des jolies fleurs blanches, du maracuja, des belles notes de raisin mûr, mais tout en finesse. Aucune lourdeur en bouche malgré les 60g de sucre..

En résumé: à visiter d’urgence. Pour remettre ses papilles à l’heure; pour s’en mettre plein les mirettes, aussi, de cette jolie vallée comme blottie entre les montagnes environnantes. A ne pas manquer: les vignes autour de Châtillon, et puis Pontaix, avec ses passerelles sur la Drôme, et sa chapelle accolée à la roche.

Et pour dormir? J’ai ce qu’il vous faut: Le Domaine de Blacons, à Mirabel-et-Blacons, +33 6 29 40 96 73

Hervé LalauIMG_7183


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#Carignan # 194 : à Bellegarde, il n’y a pas que la Clairette.

Bon, je n’ai rien contre la belle Clairette du Midi, celle du Languedoc qui brille dans les assemblages à Châteauneuf-du-Pape. Encore moins contre celle de Bellegarde, mais comme mon sujet est le Carignan, j’men vais vous causer d’un petit ovni à base de Carignan blanc.Vous le savez peut-être, en la matière mon préféré reste de loin celui du Domaine Lecomte des Floris, « Lune Rousse », dont je vous chanterais les louanges bientôt, pour peu que je mette de l’ordre dans mes carnets de dégustations. Eh bien, ce petit dernier, celui du Clos des Boutes, à Bellegarde (Gard), se pose en challenger. Il est l’œuvre de Sylvain Boutée, modeste vigneron qui, avec 8 ha en bio (depuis 2007), régale son monde avec des Costières bien axés sur le fruit, une inévitable Clairette et, en Pays du Gard, un Carignan blanc de toute beauté !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Le 2011 peut paraître assez sobre de prime abord, mais en réalité, il sautille de joie une fois bien installé en bouche. Pour faire bien, on dirait qu’il a un « touché » remarquable tant il est dense, riche, droit et structuré. Je le verrais bien sur une terrine de lapin ou une fricassée de champignons des prés préparée avec un peu de crème fraîche. Son auteur me dit qu’il existe aussi un Carignan noir qu’à mon grand regret il n’a pu me faire goûter. Toujours est-il que ce vin, comme presque tous les autres de la cave, est commercialisé autour de 16 euros pour le particulier ce qui, lorsque l’on travaille sur des rendements plutôt bas, comme la plupart des bons vignerons du Sud, me semble raisonnable. Pour joindre le vigneron, essayez le téléphone : 04 66 20 00 36 ou 06 03 41 15 49. Ou encore votre bon vieux clavier : closdesboutes@yahoo.fr.

Michel Smith

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Die, Tonton, qu’est-ce que tu bois?

Le saviez-vous ? Die compte parmi les plus anciens terroirs de vin à bulles au monde. Laissez donc Tonton Hervé vous en conter l’histoire…

Il était une fois au bord des Alpes un peuple qui s’appelait les Voconces, et qui produisait du vin selon une curieuse méthode; d’après Pline l’Ancien, qui les cite dans son Histoire Naturelle, ces Gaulois plongeaient les récipients contenant le vin en début de fermentation dans les rivières de leurs montagnes pour lui conserver son pétillant – le principe même de la Méthode Dioise. Pline écrivait ceci en 77 après JC, ce qui ne nous rajeunit pas. Et des outils à vocation bachique retrouvés sur le site d’une ancienne villa viticole de Pontaix confirment le passé viticole antique de la région.

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Au bout du Diois

Vive le chemin de fer!

Preuve supplémentaire de la qualité des vins: au 14ème siècle, un édit interdit l’apport de vins extérieurs dans l’aire de production de la Clairette de Die.

Celle-ci connaît un premier essor au 18ème siècle, avec la création de nombreuses caves. Avec l’arrivée du chemin de fer, à la fin du 19ème siècle, elle part à la conquête du marché français; dès 1910, elle est reprise dans le classement des futures appellations. Ce statut d’AOC lui est conféré en 1942.
La production connaît un nouveau développement avec la création de la cave coopérative, en 1950. Développement qui se traduit par un accroissement de la superficie viticole.
Dans le même temps, les procédés de production sont mieux encadrés: en 1971, la Méthode Dioise Ancestrale -utilisée pour cette seule AOC- est précisée.

La méthode Dioise

Dans cette méthode, différente de celle utilisée pour les Crémants, la première fermentation est volontairement incomplète. Elle est ralentie ou arrêtée par le refroidissement du moût à basse température. Le moût est par la suite mis en bouteille, sans ajout de liqueur de tirage, et le processus de fermentation est relancé par une augmentation de la température, le dioxyde de carbone généré lors de cette fermentation en bouteille créant l’effervescence. La fermentation s’arrête naturellement lorsque le vin atteint un degré d’alcool proche de 7° à 9°. Les vins produits par la méthode rurale sont parfois troubles à cause de la présence de sédiments. A Die, on utilise un filtrage sous pression qui permet de clarifier le vin sans pour autant nuire à son effervescence.

Outre la Clairette de Die (paradoxalement, majoritairement issue de Muscat), les 31 communes de l’aire d’appellation du Diois produisent aussi le Crémant de Die (appellation reconnue en 1993). Il s’agit d’un vin effervescent élaboré selon la méthode dite traditionnelle.

En parlant de tradition, et pour ne pas rester la bouche sèche après toutes ces explications, j’ai débouché une Clairette Bio Tradition de chez Jaillance (alias Cave de Die). Voici mes notes de dégustation.

Robe : Brillant, or pâle, bulle fine. Nez: Pâte de coing, herbe fraîche, notes de fruits exotiques. Bouche: équilibrée, notes d’infusion (tilleul, camomille…) et belle nervosité, de l’élégance – il y a une vie après la touche sucrée.

Accords gourmands: tout seul, en milieu d’après-midi. Ou bien au dessert, sur des glaces, des tartes, des crumbles au fruits, ou un moelleux au chocolat.

Hervé Lalau

PS. Quand le sage montre la lune, est-ce que l’idiot regarde le Diois?

 

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