Les 5 du Vin

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Septentrionalement vôtre

Le salon professionnel Vino Vision, qui se tiendra à Paris (France) du 12 au 14 février prochain, et qui se veut le salon international des vins septentrionaux, m’envoie un joli dossier de presse. Sans surprise, on y rappelle tous les avantages qu’il y a à être septentrional quand le climat de la planète se réchauffe (au moins pour l’Hémisphère Nord).

Il y a pas mal de données intéressantes dans ce dossier; mais vous me connaissez, c’est le petit grain de poussière dans la machine de promo pourtant bien huilée qui a attiré mon attention.

En l’occurrence, une carte, qui répartit les vignobles mondiaux entre méridionaux et septentrionaux.

Il y a d’abord le fait que certains vignobles n’y apparaissent pas: Hongrie, Croatie, Serbie, Slovénie, Slovaquie, Tchéquie, Ukraine, Bulgarie, Moldavie, Roumanie, Chypre, Tunisie, Algérie, Turquie, Géorgie, Arménie, Chine, Russie, Ontario, Pérou, Bolivie, Mexique, Uruguay et Brésil, notamment, sont passés par pertes et profits (ce qui est d’autant plus dommage que nous ne saurons donc jamais où les classer!).

Mais surtout, il y a la répartition des pays qui figurent sur cette carte.

Notre douce France a eu droit à un traitement spécial; elle est coupée en deux entre Nord et Sud, sur une ligne qui va du Beaujolais aux Charentes; ce qui, au plan climatique, est assez justifié. On aurait pu encore la recouper dans l’autre sens (Est-Ouest), pour tenir compte de l’influence océanique, mais bon, ne compliquons pas l’affaire, la division Nord-Sud est déjà intéressante, surtout pour un salon dont c’est l’argument principal de différenciation.

Mais alors, pourquoi  ne pas avoir appliqué ce principe aux autres grands pays? A l’Italie, par exemple – entre Piémont et Sicile, il y a plus qu’une marge climatique! A l’Espagne, aussi: moi qui ai eu la chance de pouvoir visiter la Galice et l’Andalousie, je peux vous certifier que la première est bel et bien un vignoble septentrional (un Breton ne s’y trouverait pas dépaysé), tandis que la seconde est on ne peut plus méridionale.

J’ai gardé le plus étonnant pour la fin: le cas de l’Argentine (classée intégralement dans la catégorie septentrionale) et du Chili (classé lui tout aussi intégralement dans la catégorie méridionale). Quand on a eu, comme moi, le plaisir de voler de Santiago à Mendoza, on se dit que quelque chose cloche.

D’abord, les deux pays font 3.000 km du Nord au Sud, et par là même, ils sont climatiquement très variés. Rien qu’au Chili, entre le climat chaud d’Elqui (au Nord), où l’on produit principalement du Muscat pour la production de Pisco, et le climat frais de Malleco (1300 km plus au Sud), et ses excellents pinots noirs, il y a à peu près la même différence qu’entre Chablis et Alicante. Et la même distance.

Pour vous donner une idée de l’échelle: la distance entre Elqui et Malleco est de plus de 1.300 km.

Et pour ce qui est de la partie centrale des deux pays, là où se fait l’essentiel de la production viticole, ce que l’on appelle la Vallée Centrale au Chili, et le Cuyo en Argentine, je peux témoigner que c’est du côté argentin qu’il fait le plus chaud, et de loin. La faute à l’effet de foehn causé par les Andes, qui font du plateau de Mendoza un vrai désert. Toutes proportions gardées, pour un Mendocino, traverser la frontière pour aller au Chili, c’est un peu rejouer Bienvenue chez les Ch’tis. Et tout ça, sans changer de latitude.

Bref, cette carte est à revoir!

Cela n’enlève rien à l’intérêt que certains vignerons peuvent trouver à présenter ensemble leurs produits à Paris. Aussi divers soient-ils, d’ailleurs. Moi, je n’aurais pas plus l’idée de mettre le muscadet avec le riesling alsacien ou le Bordeaux avec le Bandol que de mettre le Banyuls avec le champagne; mais je suppose que logistiquement, commercialement, et en termes de salon, cela peut avoir du sens. C’est ce qui compte, puisqu’il ne s’agit pas d’un salon de consommateurs, mais d’un salon d’affaires.

Et puis, Paris, capitale du vin, cela sonne bien. Dommage que le salon ne se tienne pas à Montmartre, on aurait pu goûter le vin du lieu 😉

Hervé Lalau

 

 


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Cassis et l’influence des éléments

Les temps sont très difficiles, aujourd’hui, pour bon nombre de vignerons dont les vignes sont plus ou moins durement touchées par le gel. En attendant d’y voir plus clair et de réfléchir à des moyens d’être plus solidaire avec eux, je pense au beau mouvement de solidarité qui s’est exprimé, voici quelques années, entre les vignerons eux-mêmes, pour Raimond de Villeneuve et son domaine de 25 hectares, le Château de Roquefort, à Roquefort-la-Bédoule; un domaine  ravagé par la grêle en juillet 2012 – il n’avait pas pu récolter plus de 15 kilos de raisin cette année-là!

Actuellement, Raimond vend les derniers flacons de trois cuvées élaborés avec des raisins que des collègues lui ont offerts afin que son exploitation puisse survivre. Avec Hervé, nous en avons dégusté une, chez lui (voir photo ci-dessous) lors d’un récent déplacement à Cassis, pour travailler sur un livre. Et cela me fait penser que la nature, bêtement placée par quelques citadins dans un espace de vertu morale qui n’est pas le sien, peut être très belle, mais aussi très cruelle.

 

Cassis, ou la Provence en blanc

Maintenant, place à la beauté singulière de Cassis, et à ses influences marines qui se manifestent d’une manière bien visible par la condensation nuageuse arrivant d’une mer fraîche au contact avec une masse terrestre plus chaude. J’ai vu ce phénomène dans plusieurs endroits de la terre, comme sur la côte ouest des Etats-Unis ou la côte chilienne, par exemple, mais c’était la première fois que j’ai eu l’occasion de l’observer dans le Sud de la France.

Nous commençons ce petit voyage en images par la côte et quelques images de type « carte postale » de ce bout de la Méditerranée, pour voir ensuite la formation de brume, puis de nuages qui peuvent, en partie, expliquer pourquoi cette appellation provençale de Cassis constitue aujourd’hui une belle goutte de blanc dans un océan de plus en plus (tristement) rose.

Je souhaite bien du courage à tous ceux et celles qui doivent aussi maudire la nature en ce moment.

David Cobbold

 

 


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Terroir (retour) et quelques vins de Corbières

Climat (surtout), sol (un tout petit peu), bactéries et plantes (beaucoup), culture et transformation (énormément, tous les deux), législation (trop souvent).

Ce sous-titre un peu long résume à peu près les principaux éléments qui font qu’un vin ne ressemblera jamais tout à fait à un autre. Et j’ai rajouté des qualificatifs personnels sur le poids relatif de ces éléments, ce qui ne manquera pas d’énerver certains. Tant pis, je tiens à ma proposition ! Bien entendu, les choix du producteur agissent sur une partie des ces éléments et modèrent ou exaltent leur importance. Il peut être déterminant dans beaucoup de cas. Ce n’est pas pour autant que j’inclus l’homme dans mon acception du mot terroir.

Prenons quelques exemples: le choix de planter à 3.000 ou à 10.000 pieds à l’hectare (si la pluviométrie du secteur autorise cette dernière option) va modifier le rendement au pied et donc l’intensité des saveurs dans les raisins, et cela relève de la culture, parfois aussi de la législation ; celui de désherber chimiquement ou d’enherber (avec ou sans griffages périodiques) va affecter la vie organique et microbienne du sol et affecter la composition des raisins, ce qui, encore une fois relève du choix viticulturel du vigneron ; des options prises en matière de températures de fermentation, durées de cuvaison, et contenants pour le processus de fermentation et de maturation peuvent aussi modifier considérablement les saveurs d’un vin, et c’est encore une fois le vigneron qui décide, quand la législateur veut bien le laisser tranquille. Je dirais en conséquence que l’homme est plus important que le terroir (c’est à dire le milieu naturel). Bien sur il doit faire avec ce que la nature et le législateur (en Europe) lui donne ou lui laisse faire, mais, dans une fourchette donnée, ce sont ses choix qui décideront des la qualité relative de son vins par rapport à ceux des ses voisins.

Et pour simplifier une donne déjà complexe, je ne parle même pas d’altitude ou d’orientation du vignoble, ni de choix de cépages, de clones, de porte-greffes, de techniques ni de dates de vendanges, etc, etc. C’est pour toutes ces raisons que je continue d’avoir beaucoup de mal à gober le discours dominant sur le sens du mot terroir qui met en avant la nature géologique des sols comme étant le principal, voire le seul élément affectant le goût d’un vin, ce qui n’est pas du tout crédible ! Lisez ou écoutez les discours de 95% des producteurs et vous comprendrez. Pour moi, cela n’a aucun sens et sert uniquement à faire deux choses: minimiser le rôle de l’homme et faire croire que chaque vigneron (ou village ou appellation) a dans son sol un ingrédient magique que personne ne peut lui « prendre ». Passons sur ce qui ne sont, après tout, que des astuces de marketing déguisé en langage de la terre : vous savez, celle qui ne ment jamais, selon le triste et déplorable maréchal .

Je viens à une récente dégustation, en deux temps, de quelques vins de Corbières et de Corbières Boutenac. Je ne suis pas du tout favorable à la multiplication des appellations, mais je dois avouer que les 6 vins de Boutenac dégustés étaient dans une catégorie supérieure à une plus grande série d’une vingtaine de vins rouges de l’appellation « simple » Corbières dégustée quelques jours auparavant. Ils sont aussi plus chers, ce qui peut fournir une partie de l’explication, car une vision cynique du sens de ce mot « terroir » est de dire que le terroir c’est une histoire d’argent avant tout. C’est excessif, mais il y a aussi du vrai là-dedans aussi.

Deux vins rouges de Corbières m’ont plu dans la série présentée récemment par cette appellation à la presse à Paris. Les vins étaient divisés en deux groupes qui devaient correspondre, je pense, aux cuvées non-boisées et boisées. C’est peut être une coïncidence, mais les deux vins qui m’ont séduit arrivaient vers le tout début de chaque série, c’est à dire parmi les moins concentrés, je pense.

Le Château Amandières Grande Cuvée 2012 est produit par les Maîtres Vignerons de Cascatel. Il vaut 5,50 euros prix public. Cet argent serait très bien dépensé par quiconque tomberait sur un flacon de ce vin au joli nez de fruit ayant une certaine profondeur et sans fausse note. Cette qualité de fruit se poursuit en bouche, sur un fond de tanins souples et sans aucun poids excessif. Un vin qu’on pourrait qualifier de facile, et pourquoi pas, car c’est délicieux, parfaitement équilibré et pas cher du tout pour une telle qualité. L’assemblage inclut carignan, syrah et grenache dans des proportions que j’ignore (et je m’en fous, disons suffisantes).

Le cuvée plus ambitieuse venaient du Domaine Auriol, et s’appelle Intense 2013 de Claude Vialade. Les cépages annoncés sur l’étiquette faciale sont syrah, carignan et grenache, et la zone d’origine est les Coteaux d’Alaric. Ce vin, intense en couleur comme au nez, sent le sous-bois, comme le mur, le pruneau et la prune avec des touches discrètes de réglisse. Cela fait pas mal. Aussi juteux que structuré il est sérieux et vibrant, grâce au dialogue entre acidité et tanins. C’est long et frais, également d’un rapport qualité/prix excellent à 7,50 euros.

Des 6 vins dégustés à une autre occasion de l’appellation Corbières-Boutenac, tous était nettement plus chers (entre 12 et 19 euros). Peut-être est-ce pour justifier cette appellation dans l’appellation ? Trois ne m’ont pas semblé très intéressants, en tout cas pas plus que le deux vins cités ci-dessus. La cuvée Belle Dame 20100 de Sainte Lucie d’Aussou, par son fruité intense un peu « fruit bomb » a des atouts incontestables (12 euros). Mes deux vins préférés de cette coutre série étaient un des moins chers, le Château Fabre Gasparrets 2011 (13,75 euros), un vin splendide et délicieux que je recommanderai à tous ceux que n’ont jamais goûté un très bon vin de cette région, et le plus cher, l’Atal Sia 2011 d’Ollieux Romanis (19 euros), un vin plus austère et dense, mais qui va faire ses preuves avec du temps.

Tout ça pour dire quoi ? Que le prix ne dit pas tout et l’appellation non plus. Que ce sont toujours le hommes qui font les vins, et pas le terroir, qui ne fournit qu’un cadre, plus ou moins serré, surtout si on y rajoute le ou les cépages. Qu’il y a des vins délicieux en Corbières, et d’autres un peu moins. Des banalités, probablement.

 

David Cobbold