Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Le BOB du BIB suite

Second étage de l’exposition temporaire d’art du BIB avec le thème des métaphores. Déjà bien connu sur les étiquettes du vin, souvent efficace, parfois usé voire abscon, il a l’avantage, pour une petite surface, d’utiliser l’image plutôt que le discours. Ce devrait être le thème préféré de l’habillage des BIB mais il semblerait que les professionnels souffrent souvent du syndrome de la boîte blanche.

Mais qu’est-ce qu’on pourrait  bien raconter sur une si grande surface?

Le BOB générique, vendu sans marque et que le producteur s’approprie en apposant son étiquette. Facile et pas cher. L’image doit convenir à tous les terroirs et tous les caractères. La nature morte est le thème favori des illustrations. Ce n’est pas toujours évident d’y trouver la référence aux grand peintres flamands, mais avec beaucoup d’imagination….

Le vin par l’image, ou comment représenter à l’extérieur ce qu’on peut trouver à l’intérieur.

Il y a la définition selon Google. Si vous tapez vin + image vous aurez le vin en mouvement dans un verre. Le liquide semble toujours prêt à s’échapper. C’est vrai qu’à plat, ça fait flaque, ou lac, ou tâche. Cette image ne doit pas coûter bien cher à l’emploi parce qu’elle est récurrente sur tous les supports.

 

La vigne pour le vin, à l’origine la plante, comme on trouve aussi l’olivier pour l’huile d’olive, l’orange pour son jus et la poule pour l’oeuf (autant de produits mis en BIB). Là aussi, il y a des génériques à faire fuir. Mais il y a quelques recherches de sens, le vieux cep accompagné du repas entre amis vignerons, image conviviale du vin.

L’origine aussi avec la belle feuille verte à côté du pigeonnier d’origine. Le lieu existe, ça s’appelle le terroir.

Le terroir justement. Un argument fort pour les appellations et pas si facile à mettre en scène. Je ne résiste pas à l’envie de montrer une image déjà bien ancienne créée pour la communication de la cave de Rasteau et qu’on retrouve sur leur BIB

La tradition, le geste ancestral, les vendanges manuelles, la main de paysan, la transmission, magnifiquement illustré ici par Plaimont, mais c’est la même image que pour leur cuvée en bouteille.

Le bio est un thème inspirant et plein de clichés.

En tête des ventes : Le carton à la manière carton. Brut, nature, sans artifice, sans additifs, bio quoi.

Plus pédagogique, la photo macro d’insectes (les bêtes à bonDieu qui remplacent les insecticides ou celles qui leur survivent)

ou leur représentation bucolique, avec cet air de légèreté naturelle qui peut être souligné par le nom de la cuvée

La Com de la honte

Pour finir un lot de BOB qui explique que « bien que ce soit du carton, c’est la même chose qu’en bouteille ». Ce qui est rarissime dans la réalité.

 

à suivre?

Nadine

 


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Le BOB du BIB. Propos estival sur l’habillage du Bag-in-Box ®

Notre excellente et pertinente consœur Nadine propose de nous parler des faces cachées du BIB, un support de communication pas toujours bien exploité…

Le BOB* (Box-on-Bag), est l’attribut marketing du vin en boite. Il présente une large surface de communication, permet toutes les audaces, reçoit aussi bien les photos que le graphisme, le verbe comme les pictogrammes. On peut y présenter le domaine et son terroir, le profil et les passions du vigneron, le choix de la cuvée, la biodiversité de son lieu d’origine, les attractions touristiques et tout ce qui fait le fameux story-telling du vin cher à nos amis du marketing. On peut tout imaginer, on pourrait tout oser, tenter le romantisme ou la provocation, le classicisme ou l’art contemporain. Que nenni, la boîte de l’outre à vin reçoit rarement les honneurs de l’imagination.

Pourquoi tant d’indifférence devant cette opportunité de lieu d’expression ? En guise d’exposition temporaire d’art du BIB, voici ma sélection. Tous les vins de ces boites sont commentés sur http://www.blog-du-bib.fr/

De l’art classique avec  la collection « Villages de Caractères », label donné aux plus beaux villages d’Ardèche et repris par les Vignerons Ardéchois pour promouvoir leur gamme de cépages. C’est le peintre Robert Sgarra qui a réalisé 7 oeuvres pour 7 de ces villages. http://www.blog-du-bib.fr/degustation/viognier-de-caractere/

 

De l’art conceptuel

Osé le bidon de Fuel! Le BOB est totalement métamorphosé. Besoin d’explications? Ceux qui connaissent le slogan « En France on a pas de pétrole mais on a des idées » on fait la moitié du chemin. http://www.blog-du-bib.fr/degustation/french-fuel/

 

Minimaliste illustration pour la cuvée des dames. Là aussi toutes la surface du BOB est occupée. Le choix du trait rouge comme les lèvres ou la passion, un fond blanc comme la toile de peintre, une inscription en 3D, le rosé de provence se fait son cinéma.  http://www.blog-du-bib.fr/degustation/cotes-de-provence-rose/

 

 

Rubicubistique, cette version est inamovible

 

Le chic noir

avec de belles photos, la vigne comme si vous y étiez, avec le discours qui va avec http://www.blog-du-bib.fr/degustation/grenache-rouge/

Ou juste informatif, guère plus que les mentions de l’étiquette réparties sur la plus grande surface http://www.blog-du-bib.fr/degustation/rose-cevennes/

 

La marque stylée

Catégorie avec pas mal d’exemples surtout dans la Grande distribution et souvent plagiés, comme Système U (plagié par les vins d’Espagne). Plus stylé avec BiboVino, producteur distributeur exclusivement en BIB qui a choisi le violet parme par porter les couleurs de la collection « Les vins vrais »  ou Sopardis avec sa marque « de Verre en Verre » maintenant plagiée par Carrefour.

 

 

La blague

de l’humour plus ou moins réussi (comme le BOB du titre, pardon!), sans commentaire

 

A suivre la grande catégorie des métaphores

La non moins importante version carton de la bouteille

Les natures

Les bavards

Les essais graphiques

Nadine

 


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Il est permis de rêver: la communication et le vin ailleurs

Story-telling-Chineune publicité en faveur du vin en Chine. Cela ne me fait pas rêver (enfin, cela dépend de quel aspect on parle), mais c’est au moins autorisé là-bas.

En France nous sommes gouvernés par une loi très restrictive, voire imbécile (car prendre les gens pour des débiles enfantins est en soi signe d’imbécillité) quant aux moyens de communiquer sur le vin. Il est vrai que d’autres pays ont des lois encore plus strictes. Ces autres pays, pour l’essentiel (il y aussi des relents de prohibition dans certains pays scandinaves) sont gouvernés par des régimes à coloration musulmane ou hindoue. La France, à priori, est un pays laïque mais agit parfois comme si elle était entre les mains d’une secte puritaine.

Je ne reviendrai pas sur les derniers avatars de cette mentalité pathétique qui considère que personne n’est capable d’auto-réguler sa consommation d’alcool parce que quelques-uns semblent avoir (ou avoir eu) des difficultés dans ce domaine. Prenant la forme d’un nième cafouillage gouvernemental avec erreurs, incompétences et mensonges à la clé, ils montrent tout de même qu’avec l’ANPAA nous avons en face un redoutable appareil de lobbying qui vise peut-être une forme de prohibition pure et simple. Si ces gens obtenaient tout ce qu’il veulent (on peut considérer, comme Michel, que le risque est faible mais restons vigilants tout de même), chacun sera bien protégé de tout en vivant avec des sortes d’airbags sécuritaires autour, le monde sera gris, et on vivra tous très vieux, très pauvre et très malheureux. Peut-être même que nous aurons Mme Boutin pour Président.

Je veux plutôt vous donner à voir quelques exemples de ce que d’autres pays peuvent voir comme publicité pour et autour du vin, et sans que le taux d’alcoolisme soient plus important chez eux qu’ici.

Image1pour un restaurant bar-à-vins aux USA

Image2and you can have it with bubbles if you prefer

On pense parfois, avec un brin de nostalgie, au temps (de crise aussi) où la France défendait avec ardeur ses vins et ses vignerons…..

Image3eh oui, et cette campagne était financé par l »état !

En Grande Bretagne, la publicité pour du vin, y compris par des revendeurs, n’est pas interdite. Voici un exemple d’un clip pour la chaîne de magasins Majestic Wine.

Mais il existe aussi des pays producteurs, pas très loin d’ici, ou la consommation du vin est encouragée et des campagnes publicitaires en faveur du vin sont financés par l’état. Regardez l’Espagne, qui a vu, il est vrai, sa consommation de vin baisser d’une manière encore plus dramatique que celle de la France. Le gouvernement espagnol a rappelé l’interdiction de communiquer sur le vin dans le médias, TV compris, et nous avons vu des films TV de toute beauté pour la marque Freixenent, par exemple. Mais aussi une campagne de communication nationale pour le vin en général avec un célèbre acteur espagnol qui se trouve aussi être propriétaire d’un vignoble, comme porte-drapeau. Impensable en France apparemment.

On ne doit pas oublier non plus que communiquer ne se résume pas à de la publicité (ou à de la propagande, si vous préférez). Car cela restreindrait le champ à quelques grosses structures ayant les moyens de se payer des agence de communication, des pages de revues, des spots à la TV ou au cinéma. On peut très bien communiquer avec intelligence et avec peu de moyens de nos jours, grâce à cet outil formidable qui est l’internet et grâce auquel ce blog, entre autres, existe. Un producteur italien (et j’ai oublié lequel) a même fait un site web dans lequel il offre une formation générale sur le vin qui traite de l’ensemble des vins, et non seulement que des siens. Un tel effort louable mériterait d’être suivi par d’autres.

Fermer (ou même menacer de fermer) de tels sites serait évidemment une stupidité sans nom. Et je ne parle même pas de la question, essentielle, de la liberté de la presse qui est déjà mis en cause en France par le jugement (en 2010) condamnant un article sur le Champagne paru dans le Parisien (je crois). A la limite, que la publicité pour le vin soit encadrée ou même disparaisse ne me gêne pas tant que cela. Mais défendons à tout prix le droit de communiquer librement.

David


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N’importe quoi!

Le samedi, aux 5 du Vin, c’est soit le jour des invités, soit le jour de rien.

Cette semaine, j’ai décidé d’en faire le jour du n’importe quoi.

Je me propose en effet de donner quelques conseils à ceux qui vont bientôt nous pondre de jolis communiqués de vendanges; je sais, ils ne m’ont rien demandé, c’est un acte totalement gratuit de ma part. Voire malicieux.

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Après la pluie viennent les vendanges, et les communiqués… 
(photo Brocken Inaglory)

On y va.

« 2013, millésime de vigneron » 

C’est beau, ça fait pro, et puis c’est valorisant pour le vigneron. En plus, effectivement, certains travaillent mieux que d’autres; et puis cette année, le soleil n’a pas brillé pour tout le monde.

« 2013, millésime de bio »

Bon, changeons de sujet, j’ai mon douzième traitement à passer, et une demande de dérogation à envoyer.

« 2013, millésime classique »

Ca ne mange pas de pain, coulure classique, gelées classiques, grêles classiques, pourriture classique.

« 2013, millésime sauvé des eaux »

Ca fera plaisir aux vendeurs de systèmes d’osmose inverse.

« 2013, millésime hétérogène »

Oui, mais allez faire comprendre à toute une région qu’il ne vaut mieux pas ramasser, cette année… C’est syndicalement, humainement, socialement impossible. Alors on va faire comme si; au pire, on chaptalisera, on osmosera, on cryoextraira, on thermovinifiera, on bidouillera et le consommateur boira ce qu’on lui donnera.

« 2013, millésime de merde »

Restons polis, Jean-Pierre! Et puis, ça n’est pas vrai partout. Alors, c’est à vous de voir la bouteille vachement vide ou un petit peu pleine.

« 2013, millésime exceptionnel »

Un peu galvaudé. Mais qui sait, c’est peut-être vrai pour le Fenouillèdes Sud, pour Figari ou pour l’Est du Luberon?

Sinon, j’ai aussi ça en stock:

« 2013, millésime intéressant »

C’est pas ce qu’on dit quand on ne sait pas quoi dire?

Et maintenant, on vote.

D’avance, mes excuses les plus sincères à tous les vignerons que mon persiflage  fait rire jaune, vert, pourri ou millerandé.

Je compatis. Vraiment. Votre activité est très dépendante de la nature, c’est votre gloire et votre croix.

Le raisin, c’est d’abord la nature qui vous le donne. Vous le transformez de votre mieux, je vous crois sincères, pour la plupart d’entre vous. Raison de plus pour ne pas dorer la pilule du consommateur qui lui, n’y est pour rien.

En tout cas, je ne le ferai pas.

Sur-vendre un millésime comme 2013, ça serait vraiment n’importe quoi.

Hervé


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Bière et vin: similitudes et différences

Biere-Egypte

 Consommation de bière (avec une grande paille!) en Egypte

La bière est produite depuis plus longtemps que le vin, mais elle n’a jamais joui du même prestige. Du temps des Anciens Egyptiens, on pouvait mesurer le prestige d’un dignataire par le nombre d’objets ou produits enfermés avec lui dans son tombeau, ce qui peut aussi donner une idée de la valeur relative des produits en question, en fonction de leur nombre. Il y avait environ 10 fois plus de bière que de vin dans certains tombeaux de la vallée des rois, ce qui démontre, certes, que la bière est plus utile que le vin comme boisson déaltérante dans un pays chaud, mais aussi que le vin fût tenu comme plus prestigieux.

vignes_Egypte_

 Vendange et foulage en Egypte

Aujourd’hui, l’écart de prix entre les vins les plus chers et les vins les moins chers n’a jamais été aussi élévé (ce qui consitue un autre argument pour l’abandon de cette stupide restriction protectionniste des droits de plantation). Alors oui, le vin est toujours considéré comme plus prestigieux que la bière.

Ces deux marchés, la bière et le vin, sont en expansion régulière mais lente; mais aussi, en mutation profonde quant à leur organisation. Pour simplifier un peu, on boit de plus en plus de bière dans les pays qui n’en buvaient que peu autrefois, et de moins en moins dans les pays qui en buvaient beaucoup. C’est exactement l’inverse pour le vin. Pour prendre deux exemples d’aujourd’hui, et il y en a bien d’autres, les Espagnols boivent plus de bière que du vin, tandis que les Anglais dépensent plus par an sur le vin que sur la bière. Mais dans le cas du vin, comme de la bière, la progression actuelle du marché vient surtout des pays asiatiques.

heineken

Une autre différence significative se trouve du côté de la production des deux produits. La production de la bière est très concentrée, avec 4 sociétés dont la totalité de la production pèse pour 42% du marché mondial : le Belgo-Américano-Brésilien ABInBev, l’Américain SabMiller, le Néerlandais Heineken et le Danois Carlsberg. Des Chinois comme Tsingtao font partie du Top 10 mondial et sans doute vont grimper plus loin. Avec l’accélération de la concentration de cette industrie de la bière, et la disparition de très nombreuses affaires familiales, on assiste aussi à la multiplication, dans les marchés matures, des brasseries artisanales, car le goût devient plus sophistiqués et une partie des consommateurs ne veulent pas boire la même chose que tout le monde. En plus ils veulent un produit ayant un goût affirmé. Si la Belgique a indiscutablement servi de modèle pour cela, d’autres pays, comme les Etats-Unis ou la France l’ont suivie.

pub-vin-Bordeaux

Pas grand’ chose de comparable du côté du vin, car, même si des grands groupes comme Gallo, Constellation ou Concha y Toro existent, ensemble ils ne pèsent qu’une petite fraction du marché mondial. Ce qui caractérise la production du vin est son extrême fractionnement, et surtout en Europe. Est-ce là une bonne chose ? Pas nécessairement, et en tout cas pas uniquement. Il y a de la place en France, pour ne prendre que cet exemple-là, pour davantage de sociétés dont la taille dépasse les 10, 20 ou 30 millions de bouteilles pas an. Trop de fragmentation tue la communication. La Loi Evin, par exemple, aurait eu un effet bien moins tétanisant sur les producteurs de vin s’ils avaient eu plus de puissance de feu. Les producteurs de bière communiquent toujours, alors qu’ils sont régis par la même loi.

Les producteurs de vin sont soit trop petits, soit bien trop timorés, hormis quelques exemples comme Bernard Magrez,Gérard Bertrand et quelques marques de Champagne. Des campagnes collectives ne peuvent pas remplacer une campagne sur une marque. De surcroît, ces campagnes sont d’une mièvrerie et d’une pauvreté créative affligeante : l’image ci-dessus n’étant, malheureusement, qu’un montage !

David