Les 5 du Vin

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La Corse, côté Est et côté rosé

Je poursuis dans la veine corse de mon ami Marc, avec un rosé, cette fois.

Car le Sciaccarellu, cépage emblématique de Sud de la Corse, et notamment d’Ajaccio, se prête bien à la vinification en rosé – s’il est peu coloré (même en rouge), il est très parfumé, et assez peu tannique.

Au Nord d’Aléria, sur la Côte orientale de l’île, Eric Poli fait tout ce qu’il peut pour en conserver le fruit; il n’utilise que de la cuve, il régule soigneusement la température de fermentation et ne laisse pas la malo se faire, afin de garder de la vivacité. C’est réussi: voici un vin à la robe soutenue (saumon sauvage) qui déborde de fruits noirs et rouges (mûres, cassis, groseilles), dont la bouche allie rondeur, épices (poivre) et vivacité – de la joie liquide, comme j’avais pu l’écrire, en 2014, à propos de ce vin (qui à l’époque, contenait aussi du Niellucciu). Joie d’être en Corse, joie de faire du vin, d’offrir un peu de l’âme corse, sous forme liquide, à l’oenophile ou au touriste de passage. Joie de montrer que la côte orientale n’est plus cette grande usine à jaja des années 70.

Pour mémoire, Eric Poli possède également un domaine à Patrimonio, le Clos Alivu.

Alors, cet été, que vous pensiez rouge ou rosé, charpenté ou gourmand, pensez corse…

Domaine Poli: +33 4 95 38 86 38

 


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Connaissez-vous le Minustellu ?

Ce cépage discret retrouve un regain d’intérêt auprès de quelques viticulteurs de l’Île de Beauté. Il évoluait et évolue encore ailleurs sous d’autres pseudonymes, mais toujours avec grâce et raffinement fruité.

Cépage endémique de la Méditerranée

On le retrouve en Espagne sous le nom de Graciano où il apporte son expression et sa délicatesse aux assemblages de la Rioja. Il s’est fait rare en Languedoc le Morrastel alias Minustellu. Mais il reprend du souffle comme Cagnulari ou Bovale Sardo en Sardaigne. Quant à son origine, les experts hésitent, mais rappelons que la Sardaigne voisine de la Corse a été occupée tout d’abord par la couronne catalano-aragonèse dès 1323, avant d’être castillane jusqu’en 1720, de nombreux échanges de cépages ont eu lieu entre les deux régions. De là à voir le Graciano devenu Bovale passer les Bouches de Bonifaccio, le détroit qui sépare les deux îles…

Selon une autre hypothèse, le Minustellu serait venu de France au 19es, on l’aurait confondu à l’époque avec le Mourvèdre, pauvre Morrastel. Aujourd’hui, il comble d’aise quelques vignerons d’Ajaccio et de Sartène – et repart à la conquête de toute l’île.

Le Minustellu

 

C’est un cépage vigoureux, mais très tardif, tant pour le débourrement que pour la maturité des raisins. Son port est érigé et ses feuilles vert foncé et peu dentelées adoptent une forme pentagonale ou orbiculaire à 3 ou lobes au sinus pétiolaire chevauchant. Ses grappes, cylindro-coniques, ailées et compactes, sont grandes et portent des baies sphériques de taille moyenne d’un noir bleuté couvert de pruine. Il est sensible au vent en début de végétation, préfère une humidité sans excès, mais ne craint pas la sécheresse. La pourriture acide, comme l’oïdium, peut entamer sa résistance. Il donne des vins frais et parfumés.

 Le Minustellu de Gilles Seroin à Propriano

 

 Minustellu 2014 Vin de Pays de l’Île de Beauté Domaine Sant Armettu

Il nous tape tout de suite dans l’œil avec sa jolie robe violet pourpre, puis nous comble, espiègle, par ses parfums de maquis où le fumé du cade apparaît tout de go, suivi par les senteurs de sauge, de thym et d’iode, avant de nous parler d’agrumes façon cédrat et de baies rouges à la manière de l’arbouse et de la mûre. Bref, un concentré de Corse… en bouche, la fraîcheur étonne par sa délicatesse. Cette dernière met subtilement en avant les arômes de fruits rouges et noirs, teintés d’épices orientales comme le santal et le poivre cubèbe. Orientalisme qui transforme le cédrat en main de bouddha, l’arbouse en mangoustan. Le tout entouré d’un taf de fumée mélangée d’embruns légèrement salé.

Le Minestellu se révèle après 2 à 3 ans de bouteille.

www.santarmettu.com

Une belle bouteille pour les plats d’été ensoleillé comme les grillades accompagnées de piperade, mais aussi quelques produits de la mer comme la salade de poulpe et les linguine aux coques légèrement tomatés. En automne, les gibiers délicats comme la biche et les volailles aux champignons des bois l’accompagne avec grâce.

 

Ciao

 

 

Marcu

 


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Les 5 de l’été: mes rouges

Quelle bonne idée il a eue là, l’ami David, de nous donner son quinté des blancs de l’été, ne serait-ce que pour nous changer du rosé.

Je le rejoins à 100% dans sa dénonciation des modes, des habitudes, du « must drink ».

Et j’irai même plus loin. Soleil ou pas, je n’arrête pas de boire du rouge, et même du rouge solide.

Quand il fait très chaud, bien sûr, je ne chambre pas mes vins; je les rafraîchis un peu, au contraire; pas au point de les servir glacés, ce qui leur ôterait trop d’arômes et rendrait leurs tannins insupportables. Mais je les passe tout de même au frigo « le temps qu’il faut ». Il est plus facile d’attendre qu’ils se réchauffent que de les refroidir dans le verre!

Et puis, il faudrait parler d’une autre fraîcheur que celle de la température – la fraîcheur qui vient du vin lui-même, la fraîcheur qui équilibre l’alcool, et parvient même, dans certains vins, à vous la faire oublier.

Ceci pour vous expliquer que vous trouverez dans ma sélection, mon quinté, des produits pas vraiment conçus pour la terrasse ou pour le barbecue, et même des vins qu’on associerait plutôt avec une bonne daube au coin du feu, par une soirée de neige. Et pourtant…

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Si vous voulez vous donner la peine de me suivre au château… (Photo André Devald)

Cahors Château de Cayx 2011

Ce n’est pas tous les jours qu’on boit le vin d’un Prince, fût-il de Danemark. Mais ce n’est pas ça qui a dicté mon choix – plutôt le plaisir de revoir cette propriété au sommet.  La qualité n’a pas toujours été au niveau de la réputation, dira-t-on dans un vigoureux euphémisme. Les résultats obtenus par l’équipe de Guillaume Bardin et Alexandre Gélis, en à peine deux ans, sont impressionnants. Et pas seulement dans les cuvées de prestige.

Bon, la cuvée Royale est époustouflante, mais un peu chère. Alors je me suis rabattu sur la cuvée Château. « Elle est issue d’une sélection parcellaire de deuxièmes et troisièmes terrasses et éboulis », m’a dit M. Gélis. J’ai fait: « D’accord », avec un air entendu qui ne trompait personne. Et puis j’ai mis mon nez dans le verre. C’était princier. Épicé, fruité (noir, bien sûr, à Cahors), avec une touche de prune; le bois était bien intégré, la bouche longue, veloutée, la finale pleine de…  noblesse, avec une touche de violette – comme si le Prince Henri avait mis une fleur à la boutonnière de son habit. Pour une vingtaine d’euros, moi, je faisais partie du Gotha… des journaleux du vin.

Cavalier Pepe Taurasi Riserva Loggia del Cavaliere 2007

On change de pays, de vignoble, de cépage, nous voici sur les pentes des Apennins, à mi-chemin entre Mer Adriatique et Mer Tyrrhénienne.
Les vignes, discrètes, sont disséminées entre bosquets et cultures. C’est pourtant là que naît un des plus grands vins du Sud du l’Italie, le Taurasi.

Son seul défaut, sa coquetterie, c’est d’être souvent très long à se faire – quand il se fait. Mais pas ici – Cavaliere Pepe semble avoir trouvé le secret de l’Aglianico mûr, et accessible. Il n’est pas tombé dans le piège de l’extraction. Ce domaine d’une cinquantaine d’hectares se répartit en plusieurs parcelles, aux abords du très joli village de San Angelo all’Asca.

Cette cuvée haut de gamme présente de belles notes de marasquin, de fleurs et d’épices douces, presque orientales; sa bouche est juteuse, ample et pourtant très directe – la charpente acide nous guide sans faillir jusqu’à l’explosion finale, un giflée de cerises noires et un peu de pain grillé. Le vin a séjourné 18 mois en barrique, mais il n’a rien de corseté. 100% Aglianico.

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Clos d’Alzeto Ajaccio Rouge 2012

On ne visite pas ce domaine par hasard, c’est le plus haut de Corse, et vous aurez votre quota de virages avant d’y arriver. Mais l’endroit est si beau qu’on oublie vite; et encore plus vite quand on porte le verre à son nez et à ses lèvres.

Est-ce le dépaysement? Je pense à une mondeuse, voire à une syrah. Le poivré, le fumé, la fraîcheur. Mais mettons un peu d’ordre dans tout ça. Le nez démarre sur la fraise et la groseille bien mûres, puis on passe sur la réglisse et les herbes du maquis; en bouche, un peu de menthe prend le relais, c’est étonnant de précision, de finesse et de vigueur à la fois. Très beaux tannins, une pointe de sel en finale, hem, on en reprendrait bien une lampée. 17/20

70% schiaccarello, 20% grenache et 10% nielluccio.

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Coume Majou Cuvée du Casot 2009 Côtes du Roussillon Villages

Peut-être la meilleure cuvée que j’ai jamais goûtée de l’ami Charlier – complexe, charnue, épicée, très aboutie, des tannins superbes, du caractère, et aussi beaucoup de fruit. Sauf que j’adore aussi sa cuvée L’Eglise, dans un style plus simple, peut-être, mais tellement séduisant. Mes lectrices me pardonneront, j’espère, la comparaison, mais je n’ai jamais pu décider si je préférais une femme en robe de soirée ou en bain de soleil.

Et à ceux qui me penseraient que je fais du copinage, je précise que j’ai acheté ce vin (c’est le seul de mon quinté, d’ailleurs).

Casotété

Le fameux casot de la cuvée du même nom

Porto Barros Colheita 1966

Je termine par une sorte d’Ovni. La Colheita est aux Portos oxydatifs ce que le Vintage est aux Portos obtenus en milieu réducteur: une cuvée millésimée. Pas tous les ans, seulement les bonnes années.

La robe, plutôt dense, présente de belles nuances de feu. Le nez évoque le raisin sec, l’abricot sec, le café; la bouche est bien équilibrée, le sucre et l’alcool étant très bien fondus; les épices (fenouil…) la finale est saline, avec des notes de menthe et de gingembre. Cette fraîcheur est étonnante pour un vin de cet âge. Mise en bouteille: 2013.

Bien sûr, ce vin là n’ira pas au frigo. Il sera réservé à la soirée, un peu à la fraîche. Il sera ouvert un peu à l’avance, aussi. Et rebu régulièrement, jusqu’à l’obtention d’une bouteille parfaitement vide. Tiens, déjà?

Hervé Lalau

PS. Je m’aperçois que mes 5 vins viennent de terroirs du Sud, majoritairement méditerranéens. Ce n’est pas fait exprès. Mais j’assume. C’est là, sans doute, actuellement, que je trouve mon meilleur rapport plaisir-vin.

PS 2. Je vous souhaite de belles vacances, si vous avez la chance d’en prendre, et de bonnes dégustations.


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Chez Jean-Charles Abbatucci

Je continue mon petit tour de Corse entamé la semaine derrière avec le Domaine de Torraccia.

Nous sommes toujours au Sud de l’île, mais plus à l’Ouest, près d’Ajaccio – une appellation que Jean Charles Abbatucci ne revendique plus, bien qu’il ait contribué à la mettre en place.

Ses vins sont donc des simples Vins de France, et aucune mention du lieu de production ne peut apparaître sur leurs étiquettes – un sacré paradoxe, quand on sait qu’il sont issus de vieux cépages corses. Oui, mais pas dans les proportions admises par l’appellation.

C’est d’autant plus dommage qu’Abbatucci est sans doute le producteur de la région dont les vins s’exportent le mieux et que l’on trouve le plus facilement sur les belles tables, notamment aux Etats-Unis.

IMG_3898Jean-Charles Abbatucci au pied du cep (Photo © H. Lalau 2014)

A ce propos, juste une remarque de mon cru: j’ai du mal à comprendre pourquoi le cahier des charges d’une appellation, quelle qu’elle soit, peut accepter un cépage dans la limite de 10% de l’assemblage. Pour moi, qui suis un type simple, pas un stratège, si le cépage a un intérêt, une justification historique, une qualité intrinsèque, il devrait pourvoir être vinifié et vendu dans n’importe quelle proportion, et même « in purezza ». Comment le consommateur pourrait-il se faire une idée autrement? Et ne me parlez pas de tradition, j’ai vérifié: avant le phylloxera, on trouvait en Corse une foule de cépages dont le nom s’est perdu aujourd’hui, ou bien qui ont été sortis des listes.

A contrario, si un cépage n’a que 10% d’intérêt, alors pourquoi l’avoir accepté dans l’appellation?

Mais foin de polémiques, je suppose que comme moi, vous vous intéressez moins au sigle sur l’étiquette qu’au contenu sur la bouteille.

Ces nouveaux-anciens cépages, parlons-en – ils ont pour nom bianco gentile, riminese, rissola, brandira, minastrellu, carcajolo, morescola, montanaccia… et j’en oublie. Ils sont autant de terrae incognitae pour la plupart des dégustateurs. L’avantage, avec eux, c’est  qu’on peut déguster sans référence, sans oeillères, sans a priori. Ils sont aussi l’occasion de se rappeler que l’homme reste un des éléments déterminants du vin, même chez ceux qui s’abritent derrière le terroir.

Ces cépages ne seraient pas là si Jean-Charles ne les avaient pas récupérés, un à un. C’est lui qui les a sur-greffés sur des plants existants, pour diminuer les risques de mortalité des jeunes plants, et pour pouvoir rapidement les mettre en oeuvre. C’est lui qui décide aussi du lieu, et de leur emploi.

Il les vinifie rarement seuls – ils font le plus souvent partie d’assemblages complexes.

Derrière le vin, il y a la terre – une vallée plutôt enclavée, entre Ajaccio et Propriano; une sorte d’ermitage païen parsemé de buissons, de fleurs sauvages, où la vigne ondule sous le cagnard, se gorgeant des senteurs du maquis. Au fond, les collines vertes et bleutées sont vides, c’est l’écrin naturel idéal pour une création.

IMG_3878Derrière les fleurs sauvages, la vigne… (Photo © H. Lalau 2014)

Le créateur, bien sûr, dans ce cas-ci, c’est Jean-Charles, un autodidacte passionné, expérimentateur de première.

Faute de pouvoir parler de son cher Taravo sur la bouteille, il rend hommage à trois de ses ancêtres, grands personnages de l’histoire, au travers de sa série Collection: le Général, le Diplomate et le Ministre.

Passons donc en revue ces trois portraits…

Cuvée du Général 2013 (blanc)

Le nez est très élégant (citron, poire, groseille à maquereau), la bouche tendue, poursuit avec des notes de coing, de noix, de nèfles, c’est vif, croquant, le bois est très discret, le squelette du vin est plutôt sa belle acidité. D’après Jean-Charles, la groseille verte acide vient de la rissola brandira. Je ne le contredirai pas.

Composition: Biancone, Carcajolo Bianco, Paga Debiti, Riminese, Rossola Brandica, Vermentino.

Cuvée du Diplomate (blanc)

Autre personnage, autre style, plus enrobé, plus consensuel; le nez explose d’ abricot et de raisin mur – presque muscaté. La bouche est plus grasse, plus charnue, la finale, à la foi saline et sapide, séduit.

Composition: Bianco Gentile, Brustiano, Genovese, Rossola Bianca, Vermentino.

Cuvée du Ministre Impérial 2013 (rouge)

Fruit noir, violette, fraise, myrte, fenugrec, 14% d’alcool. 17/20

Composition: Morescola, Morescono, Aleatico, Carcajolo Nero, Montanaccia, Sciaccarello, Nielluccio

Jean-Charles Abbatucci nous a également fait déguster quelques vins à la barrique, en mono-cépage, ou en mono-cru.

Carcajolo 2013

Un seul cépage, mais de multiples arômes très délicats – violette, résine de pin, notes animales et beaucoup de fraîcheur. La bouche est à la fois vive et onctueuse, un vin très complet.

Monte Bianco Sciaccarello 2013

Une parcelle sélectionnée. Explosion de fraise et de framboise au nez, retour des mêmes en avant-bouche, une vraie gourmandise. Belle charpente tannique, sans excès. Et quelle vivacité!

 

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Vin de France, peut-être, mais grande cuvée… et vite bue (Photo © H. Lalau)

Hervé Lalau


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Qu’il est beau, le vignoble corse!

Pour les amoureux de la Corse et des jolies vues…

IMG_3879Domaine Comte Abbatucci

Et bien sûr, assez souvent, les vins sont jolis aussi, selon le principe non écrit qui veut qu’un bel endroit donne de beaux fruits. Peut-être parce que le vigneron s’efforce de rester au niveau de Dame Nature?

IMG_3944Domaine de Torraccia

IMG_4008Clos d’Alzeto

IMG_4147 (original)Etang de Diane

IMG_4034Domaine Vaccelli

IMG_4173Domaine Vico

IMG_3974Comte Péraldi

Hervé Lalau

 

 

 


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Quoi de neuf à Torraccia?

Torraccia, entre mer et montagne, Marc Imbert et sa femme Sarah marchent sur les traces du père de Marc, le charismatique Christian, qui a défriché le maquis et créé le domaine viticole.

A la vigne, Marc tente de toujours mieux cerner le potentiel de ses parcelles – celles-là même qu’enfant, déjà, il parcourait, humant les odeurs, flairant le vent, escaladant les affleurements de granit qui se réchauffent au soleil et diffusent sa chaleur. S’étonnant de la fraîcheur du sous bois qui conduit au la vieille bergerie. Voila pourquoi tous les raisins ne se valent pas. Voila pourquoi une vigne n’est pas une usine à vin. La nature, ça s’apprend aussi. Pour le vrai vigneron, c’est du domaine de l’intime.

Un jour peut-être, son fils Etienne prendra la suite. Ainsi va la vie des beaux vignobles où tout est toujours à refaire – le vigneron hérite et transmet.

IMG_3960A Torraccia (Photo © H. Lalau 2014)

A la cave, aussi, Marc apporte peu à peu sa touche personnelle. Faut-il plus extraire ou pas? Faut-il modifier les assemblages? Créer de nouvelles cuvées? Pas évident quand on est à la tête d’un des domaines les plus emblématiques de Corse.

Ses cuvées Oriu (la grotte, en langue corse) sont des vins de garde – même si aujourd’hui, le fringuant 2011 semble plus prêt à boire que le dense 2009. A l’autre bout du spectre, sa cuvée Niellucciu est conçue un peu comme un primeur.

Pour rappel, le Niellucciu est la version corse du Sangiovese (à moins que ce ne soit l’inverse); c’est le cépage de l’appellation Patrimonio. Dans le Sud de la Corse, il partage souvent la vedette avec l’exubérant Sciaccarellu – mais pas dans cette cuvée.

IMG_3957Quelques fleurs dans le maquis de Lecci (Photo © H. Lalau 2014)

Domaine de Torraccia Niellucciu 2013

Ce vin est un grand séducteur, qui accroche le dégustateur ou la dégustatrice par le croquant des ses fruits rouges et noirs (cerise, framboise), mais qui ne le laisse pas en rade (de Pinarellu ou d’ailleurs), comme un vulgaire Don Juan. La bouche révèle en effet une belle accroche tannique et une remarquable fraîcheur, sans oublier, nageant sur le tout, comme une senteur d’immortelle par une chaude après-midi d’été, quelques épices et une pointe de menthe. C’est gratuit, comme les fleurs du maquis!

IMG_4205Niellucciu 2013 (Photo © H. Lalau 2014)

Domaine de Torraccia Oriu blanc 2013

Ici, la vedette s’appelle Malvasia bianca. Alias Vermentinu. Alias Vermentino, en Toscane. Alias Rolle, en Provence. Quelque soit son nom, c’est un des plus beaux cépages méditerranéens – relativement facile à conduire, aromatique,vinifiable en sec comme en doux, en cuve ou en barrique, agréable sur le fruit ou « reposé ».
ici, dans sa prime jeunesse, il nous livre de jolies notes de pomme et de poire, de jasmin, auxquelles succèdent bientôt, en bouche, du coing, un bon gras, et une très jolie amertume. La pierre sous le soleil.

IMG_4229Oriu blanc 2013 (Photo © H. Lalau 2014)

Peu porté à l’autosatisfaction, Marc Imbert ne s’arrêtera probablement pas à ces deux belles réussites; sans doute s’attachera-t-il plutôt à comprendre comment il peut encore améliorer sa Rolls, l’Oriu rouge. Lui imprimer sa marque sans trahir. Innover pour perpétuer. Et il aura raison.

IMG_3968Sur les chemins de Torracia (Photo © H. Lalau 2014)

C’est aussi pour cela qu’il faut faire le détour de Torraccia. Quitter Cala Rossa, Porticcio, les villas, les marinas et  prendre la route de Lecci. Venir partager avec Marc et Sarah un petit moment de leur vie, de leur enthousiasme, de leurs doutes, de leurs efforts et de leur joli coin de Corse. Prendre le maquis.

Dites que vous venez de ma part.

Hervé Lalau

IMG_3933Et en prime, la vue sur mer avant de repartir… (Photo © H. Lalau 2014)


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Des mots pour la RVF

En général, ceux qui me connaissent disent que je suis bon camarade. Bonne pâte. Or, le numéro que je vais exécuter devant vous témoigne plutôt du contraire…

C’est à propos de la RVF.

Un peu de contexte, d’abord.

Je n’ai aucun lien avec la RVF. Même plus d’abonnement.

Je connais quelques uns de leurs dégustateurs, Gerbelle, Casamayor, Salama, que je rencontre épisodiquement. On se salue; on n’est ni concurrents, ni alliés. Ils viennent rarement déposer des commentaires sur mes blogs ou du courrier dans ma boîte. Disons qu’on s’ignore confraternellement.

Les choix éditoriaux des gens de la RVF ne sont pas toujours les miens, mais qu’importe. De temps à autre, je vais sur leur site pour voir ce qu’il y a de nouveau; quand il y en a.

Pero Longo…

J’aime bien savoir quels thèmes on y aborde. Les personnalités qu’ils mettent en avant. Leur analyse des millésimes. Les modes qu’ils lancent ou qu’ils reprennent au vol. C’est instructif. J’en prends et j’en laisse. La critique est facile. La critique de la critique, encore plus.

C’est en allant fureter sur ce site, justement, que je suis tombé sur un commentaire de vin. Il concerne un domaine corse que j’ai eu la chance de visiter voici quelques années, Pero Longo, à Sartène. Et plus précisément, la cuvée Sérénité. 

Mais voila, à le lire, je me sens perdu comme un touriste parisien au pied de l’Omu di Cagna.

Pero, il quale?

La photo de la RVF semble indiquer qu’il s’agit d’un blanc; le texte, lui, annonce « vin rouge ». Le « chapeau » et la légende de la photo évoquent un 2012. Le texte, juste en dessous, un 2011. J’aurais dû tourner à gauche au pin parasol.

rvf

Rouge et blanc à la fois, 2011 et demie…

Et ce ne sont pas les notes de dégustation qui vont beaucoup m’aider. Je cite:  « Les marques du bois ressortent un peu au nez et en attaque de bouche, mais la matière est présente avec une expression assez grasse et une belle ampleur aromatique en finale. A boire dans le courant de l’année. » 

Voila qui conviendrait aussi bien à un Chardonnay de Meursault qu’à un Gamay de Fleurie, voire un Bardolino, pourvu qu’ils soient passés en bois.

Quelle « expression »? Quelle « matière »? Quels arômes? Quel(s) cépage(s)? A quoi rime un commentaire aussi vague? A croire qu’il doit servir plusieurs fois!

On dit parfois que les chroniqueurs en font un peu trop, que la poésie prend le dessus sur la description. Mais là, on tombe dans l’excès inverse.

Donnez pour l’Adjecthon!

Le côté « bon camarade » en moi est ressorti du tréfonds de mon être. J’ai eu immédiatement l’envie de mettre sur pied une sorte de Téléthon pour mes confrères dans le besoin. Un Adjecthon. N’apportez pas d’argent, ni de sucre, ni de conserves, ni de vêtements, apportez vos mots, vos adjectifs, vos descripteurs sensoriels. Envoyez-les à Denis Saverot qui transmettra.

Je vais encore me faire des amis! Déjà que je suis grillé dans la grande famille des gentils blogueurs. Tant pis.

Bon, sérieusement,  le fin mot de l’histoire, maintenant. C’est ça l’important. Si ce méchant billet peut au moins servir à vous donner l’envie de découvrir Pero Longo, je n’aurai pas perdu mon temps.

Pero Longo

Pero Longo (Photo © H. Lalau)

La cuvée Sérénité est un blanc de Vermentino. Les vignes sont plantées sur les arènes granitiques de la vallée de l’Ortolo, près de la route qui mène à Roccapina et à son fameux lion couché. Les arènes, ce ne sont pas un cirque à la romaine, juste des sables de décomposition. Le domaine, d’une douzaine d’hectares, est exploité en biodynamie, les vins ne sont ni enzymés, ni levurés et très peu soufrés.

Je n’ai pas dégusté le 2012, ni le 2011. Mais le 2008, que j’ai bu sur place, offrait quant à lui des arômes de pêches blanches bien mûres et bien caractéristiques, pas mal de gras, du corps, un soupçon d’anis; une belle salinité, aussi. Heureusement que je garde toutes mes notes!

Propriétaire de Pero Longo depuis 1993, Pierre Richarme est un des pionniers du cru Sartène, un de ceux qui ont  bataillé le plus pour sa reconnaissance. Il milite par l’exemple, par la qualité de ses vins de petit rendement. Il exploite aussi des gîtes, qui permettent de s’mprégner du charme et de la… sérénité de son petit coin de paradis entre mer et montagne. Enfin, quand il ne brûle pas sous les feux allumés par quelques inconscients…

Vous voyez qu’il y avait matière à commentaire…

Hervé Lalau