Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


6 Commentaires

Que la Corse demeure!

Ce mercredi, notre cher collègue Hervé (toujours à l’affût du scoop, même vieux d’un siècle!) nous rappelait que le vénérable Victor Rendu dressait un portrait assez défavorable de la viticulture pré-phylloxérique sur l’Ile de Beauté. La Corse s’en est-elle… rendu compte? Je le crois.

Aujourd’hui, la viticulture corse s’est prise en main et pourrait, si elle poursuit ses efforts de reconnaissance de tous ses atouts ‘terroirs’, elle pourrait devenir demain, comme le prétendait Rendu, un des plus beaux vignobles de la Méditerranée.

Ce qui argue dans ce sens, c’est notamment l’avancée qualitative de la Côte Orientale, encore il y a peu soumise au dictat de la productivité. Notre dernier voyage sur place nous a bien montré que le temps des piquettes est révolu.

À Vinisud, cette année, les cuvées Prestige du Président concoctées par l’Union des Vignerons de l’Ile de Beauté, que ce soit en blanc, en rouge ou en rosé nous offraient un grand plaisir de dégustation (ma préférence pour le rosé croquant, délicatement fruité, à la texture suave). Ces hauts de gamme de la coopération coûtent entre 7€ et 10€ départ cave. www.uvib.fr

Dans un autre registre, que dire de Christian Estève du Clos Canereccia à Rotani, près d’Aleria, toujours sur la Côte Orientale? J’ai dégusté toute sa gamme à Vinisud. Il maîtrise toute la palette du Vermentinu, du blanc sympa et croquant à celui, plus ambitieux macéré pendant 25 jours en amphore et élevé sur lies en amphores d’élevage durant 5 mois. Un Vermentinu structuré, tout en relief, frais et salin.

Même progression pour ses rouges dans lesquels le Niellucciu partage la bouteille de la cuvée de Pierre avec la Syrah et le Grenache, déjà moins dans la cuvée Clos Canereccia, son milieu de gamme; et se retrouve seul dans la cuvée amphore.

Côté « anciens nouveaux cépages », j’aime beaucoup son Bianco Gentile, bien sec et aromatique, comme son Carcaghjolu Neru en amphore aux tanins serrés, aux fruits noirs concentrés, à l’amertume discrète mais bien perceptible sur la longueur.  www.closcanereccia.com

Partons un peu plus au Sud, dans l’appellation Vin de Corse Porto Vecchio. Troisième personnage important et attachant, Marc Imbert, dont les vins m’interpellent un peu plus à chaque millésime. À chaque fois, il y a quelque chose de plus, un fruité encore mieux dessiné, une trame plus serrée, une élégance plus aérienne… Cette fois, c’est son Oriu blanc qui m’a fasciné. Je le trouve très pur, très droit, mais avec énormément de générosité, de croquant, de suavité, tout en conservant une énorme fraîcheur qui ne doit rien à l’acidité. On dira une tension minérale, n’en déplaise à certains… Un Vermentinu de Porto-Vecchio dans sa plus belle expression.

Les rouges ne sont pas en reste, rouge de plaisir comme le Torraccia, rouge de bonne garde comme l’Oriu rouge qui assemble 80% de Niellucciu et 20% de Sciaccarellu élevé en cuve béton.

www.domaine-de-torraccia.com

Autres exemples? remontons au Nord, avec Thomas Santamaria, un vigneron de Patrimonio découvert à La Levée de la Loire il y a deux semaines. Sa cuvée Tranoï 2013 (entre nous) civilise les tanins du Niellucciu et offre ainsi une élégance très racée à ce cépage emblématique de l’appellation, sauf que Thomas l’a étiqueté en Vin de France, sa parcelle tout au bout d’Oletta est à la limite extérieure de l’appellation.

Bref, le vignoble corse moderne ne manque pas de jolies cuvées! Il y en a pour tous les goûts et aujourd’hui, notre ami Victor n’aurait sans doute pas rendu la même copie aujourd’hui qu’en 1850.

Et pour finir en beauté et gourmandise, quelques tranches de jambon corse de chez Michel Matteucci (dégusté à Vinisud). Un jambon cru qui grâce à son sel maîtrisé (c’est à dire peu salé) offre une subtilité de goûts et de saveurs du style ‘y en a jamais assez’. Avec l’Oriu blanc ou le Canereccia blanc en amphore, c’est top. Je préfère nettement le vin blanc avec la charcuterie, il rafraîchit le palais en décapant le gras et en neutralisant le sel. Et quand il y en a peu, du sel, l’accord est encore plus merveilleux.  michel.matteucci20125@gmail.com

Pace e salute

Marco

 

 


4 Commentaires

Les vins de Corse vers 1850

Je fais assez souvent référence à L’Ampélographie française, de Victor Rendu. L’ouvrage de cet Inspecteur général de l’agriculture a pour moi deux grands intérêts: nous montrer une photo de la viticulture française avant le phylloxéra (le livre date de 1857); et nous rappeler que rien n’est immuable dans ce bas-monde, même quand on se prétend les héritiers de traditions immémoriales.

Si j’ouvre ce livre à la page des vins de Corse, par exemple, j’y découvre un tableau plutôt sombre; Rendu a des mots très durs pour la viticulture locale, ses cépages et surtout ses pratiques. Il ne consacre d’ailleurs que 8 pages et demie aux vins de l’île, quand, par exemple, il en consacre le double aux vins du Roussillon, un territoire pourtant moins étendu.

 

Seuls quelques crus de Bastia, de Calvi, du Cap Corse et surtout le Tallano, près de Sartène, échappent à sa critique féroce. Curieusement, aucuns de ces noms ne sont aujourd’hui utilisés dans la hiérarchie des vins de Corse. Une idée pour une future montée en gamme ?

Il est à noter qu’au Cap Corse, à l’époque, on trouve déjà du Muscat, mais aussi de la Malvoisie, et du Genovese, alias Bianchetta, dont Rendu nous dit qu’il abaisse la qualité des Muscats. Et il souligne qu’ils sont « loin de valoir ceux de Rivesaltes ou de Frontignan ».

Il ajoute qu’à Luri, on produit un vin semblable au Madère, à partir de raisins passerillés et vieillis en petits tonneaux pendant 3 à 4 ans (ce qui nous rappelle le Vin Santo toscan… ou le Rappu).

De Tallano, il nous vante le Vermentino et le Montanaccio, alias Sciaccarello, mais aussi un plant actuellement en pleine réhabilitation: le Carcajolo nero.

Le plus surprenant, peut-être, est que Rendu nous parle de la Corse comme d’un vignoble qui réussit mieux en blanc qu’en rouge.

Hervé Lalau


Poster un commentaire

La Corse me manque

La Corse me manque. Notamment le Sud, où j’ai passé le plus clair de mes vacances, dans les années 70. Quelle aventure, pour le petit banlieusard que j’étais, que de traquer le lézard dans le maquis ou la girelle entre les rochers du Valinco…

Depuis, quelques séjours à titre professionnel m’ont remis le bel accent de Corse dans l’oreille, et le goût de ses vins dans la bouche.

Outre la beauté des lieux, difficile de ne pas être séduit par la pugnacité des quelques vignerons du Sud de l’île qui ont choisi la voie de la différence et de la qualité. Ils ont en commun des cépages aux noms exotiques: Vermentinu et Bianco Gentile en blanc, Nielluciu et Sciaccarellu en rouge, qui composent l’essentiel de leurs cuvées. Il partagent aussi la faiblesse de leurs effectifs: 4 vignerons en AOP Corse Porto-Vecchio, 8 en AOP Corse Sartène, 6 en AOP Corse Figari. Ici, les assemblées générales sont certainement plus vite bouclées qu’en Bordeaux-Bordeaux Sup.

A part ça, les trois AOP sont aussi différentes que peuvent l’être trois soeurs. La Corse est une mosaïque de petits terroirs, de vallées plus ou moins encaissées, avec des influences maritimes diverses, une géologie assez tourmentée (même si la base, au Sud, est granitique). Ajoutez à cela l’individualisme des locaux, et une assez grande dispersion des domaines, et vous obtenez une palette de produits plutôt large, pour un si petit morceau de planète. Une polyphonie bien corse.

A Torraccia (Photo (c) H.  Lalau 2011)

Vosne et Gigondas

A Porto-Vecchio, par exemple, avec le même matériel de base, les trois cépages déjà cités, les quatre producteurs offrent ainsi pour certains, comme Fior di Lecci, des vins plutôt puissants, concentrés, costauds; tandis que les voisins de Torraccia présentent plutôt des produits sur la finesse. J’ai dégusté là des rouges à 12,5°, qui nous parlent d’un temps d’élégance qu’on croyait révolu. La comparaison est un peu bateau (on est sur une île, après tout!), mais ici, Vosne touche parfois Gigondas.

Figari, elle, possède certainement le terroir le plus chaud mais ses vins  sont pourtant rarement dépourvus de fraîcheur. Sartène, dont les vignes se répartissent sur plusieurs vallées plus ou moins parallèles, avec d’assez grandes distances entre les parcelles, présente sans doute la plus grande diversité.

Surtout, j’ai fait là de belles rencontres: Marc Imbert (oui, le fils de l’autre, au Domaine de Torraccia), qui a quitté les paillettes des grands Bordeaux et des Californiens trendy pour reprendre la propriété familiale de Lecci; Jean Ferracci, du Clos de Sarcone, homme de petits rendements mais de grand coeur et de grande endurance, à Figari. Pierre Richarme, infatigable défenseur de l’appellation Sartène, biodynamiste non-sectaire, et qui a lui-même la force tranquille de ses vins de Pero Longo.

J’aurais bien sûr scrupule à oublier les autres, la dynamique Gwenaële Boucher, du Domaine Granajolo; le jeune Pierre Gueyraud, de Fior di Lecci, à Porto-Vecchio – un fonceur, celui-là; ou encore, les Quilichini, mère et fille, au Castellu di Baricci, qui mettent autant de coeur dans leurs foudres que dans l’aménagement de leurs jolies chambres d’hôtes; Philippe Farinelli, qui, au Domaine Sarapale, semble préférer la compagnie des vignes et des foudres à celles de people de passage dans les superbes gîtes que son épouse et lui ont si magnifiquement retapés…

Charme et servitudes de l’insularité

La Corse est une île de contrastes, de séductions faciles et de beautés profondes, où le farniente côtoie l’effort. Quand les nuits estivales sont rangées dans la boîte à mémoire, place aux vrais vignerons, qui s’échinent face à des rendements ridicules, à des fermentations délicates, aux coûts du transport qui font le charme de la vie insulaire,  la concurrence des vins de coopé à bas prix…

Pour paraphraser la chanson (pas vraiment polyphonique, je le crains), «Et tout ça fait d’excellents vins corses»…

Hervé Lalau


Poster un commentaire

La Corse, côté Est et côté rosé

Je poursuis dans la veine corse de mon ami Marc, avec un rosé, cette fois.

Car le Sciaccarellu, cépage emblématique de Sud de la Corse, et notamment d’Ajaccio, se prête bien à la vinification en rosé – s’il est peu coloré (même en rouge), il est très parfumé, et assez peu tannique.

Au Nord d’Aléria, sur la Côte orientale de l’île, Eric Poli fait tout ce qu’il peut pour en conserver le fruit; il n’utilise que de la cuve, il régule soigneusement la température de fermentation et ne laisse pas la malo se faire, afin de garder de la vivacité. C’est réussi: voici un vin à la robe soutenue (saumon sauvage) qui déborde de fruits noirs et rouges (mûres, cassis, groseilles), dont la bouche allie rondeur, épices (poivre) et vivacité – de la joie liquide, comme j’avais pu l’écrire, en 2014, à propos de ce vin (qui à l’époque, contenait aussi du Niellucciu). Joie d’être en Corse, joie de faire du vin, d’offrir un peu de l’âme corse, sous forme liquide, à l’oenophile ou au touriste de passage. Joie de montrer que la côte orientale n’est plus cette grande usine à jaja des années 70.

Pour mémoire, Eric Poli possède également un domaine à Patrimonio, le Clos Alivu.

Alors, cet été, que vous pensiez rouge ou rosé, charpenté ou gourmand, pensez corse…

Domaine Poli: +33 4 95 38 86 38

 


3 Commentaires

Connaissez-vous le Minustellu ?

Ce cépage discret retrouve un regain d’intérêt auprès de quelques viticulteurs de l’Île de Beauté. Il évoluait et évolue encore ailleurs sous d’autres pseudonymes, mais toujours avec grâce et raffinement fruité.

Cépage endémique de la Méditerranée

On le retrouve en Espagne sous le nom de Graciano où il apporte son expression et sa délicatesse aux assemblages de la Rioja. Il s’est fait rare en Languedoc le Morrastel alias Minustellu. Mais il reprend du souffle comme Cagnulari ou Bovale Sardo en Sardaigne. Quant à son origine, les experts hésitent, mais rappelons que la Sardaigne voisine de la Corse a été occupée tout d’abord par la couronne catalano-aragonèse dès 1323, avant d’être castillane jusqu’en 1720, de nombreux échanges de cépages ont eu lieu entre les deux régions. De là à voir le Graciano devenu Bovale passer les Bouches de Bonifaccio, le détroit qui sépare les deux îles…

Selon une autre hypothèse, le Minustellu serait venu de France au 19es, on l’aurait confondu à l’époque avec le Mourvèdre, pauvre Morrastel. Aujourd’hui, il comble d’aise quelques vignerons d’Ajaccio et de Sartène – et repart à la conquête de toute l’île.

Le Minustellu

 

C’est un cépage vigoureux, mais très tardif, tant pour le débourrement que pour la maturité des raisins. Son port est érigé et ses feuilles vert foncé et peu dentelées adoptent une forme pentagonale ou orbiculaire à 3 ou lobes au sinus pétiolaire chevauchant. Ses grappes, cylindro-coniques, ailées et compactes, sont grandes et portent des baies sphériques de taille moyenne d’un noir bleuté couvert de pruine. Il est sensible au vent en début de végétation, préfère une humidité sans excès, mais ne craint pas la sécheresse. La pourriture acide, comme l’oïdium, peut entamer sa résistance. Il donne des vins frais et parfumés.

 Le Minustellu de Gilles Seroin à Propriano

 

 Minustellu 2014 Vin de Pays de l’Île de Beauté Domaine Sant Armettu

Il nous tape tout de suite dans l’œil avec sa jolie robe violet pourpre, puis nous comble, espiègle, par ses parfums de maquis où le fumé du cade apparaît tout de go, suivi par les senteurs de sauge, de thym et d’iode, avant de nous parler d’agrumes façon cédrat et de baies rouges à la manière de l’arbouse et de la mûre. Bref, un concentré de Corse… en bouche, la fraîcheur étonne par sa délicatesse. Cette dernière met subtilement en avant les arômes de fruits rouges et noirs, teintés d’épices orientales comme le santal et le poivre cubèbe. Orientalisme qui transforme le cédrat en main de bouddha, l’arbouse en mangoustan. Le tout entouré d’un taf de fumée mélangée d’embruns légèrement salé.

Le Minestellu se révèle après 2 à 3 ans de bouteille.

www.santarmettu.com

Une belle bouteille pour les plats d’été ensoleillé comme les grillades accompagnées de piperade, mais aussi quelques produits de la mer comme la salade de poulpe et les linguine aux coques légèrement tomatés. En automne, les gibiers délicats comme la biche et les volailles aux champignons des bois l’accompagne avec grâce.

 

Ciao

 

 

Marcu

 


1 commentaire

Les 5 de l’été: mes rouges

Quelle bonne idée il a eue là, l’ami David, de nous donner son quinté des blancs de l’été, ne serait-ce que pour nous changer du rosé.

Je le rejoins à 100% dans sa dénonciation des modes, des habitudes, du « must drink ».

Et j’irai même plus loin. Soleil ou pas, je n’arrête pas de boire du rouge, et même du rouge solide.

Quand il fait très chaud, bien sûr, je ne chambre pas mes vins; je les rafraîchis un peu, au contraire; pas au point de les servir glacés, ce qui leur ôterait trop d’arômes et rendrait leurs tannins insupportables. Mais je les passe tout de même au frigo « le temps qu’il faut ». Il est plus facile d’attendre qu’ils se réchauffent que de les refroidir dans le verre!

Et puis, il faudrait parler d’une autre fraîcheur que celle de la température – la fraîcheur qui vient du vin lui-même, la fraîcheur qui équilibre l’alcool, et parvient même, dans certains vins, à vous la faire oublier.

Ceci pour vous expliquer que vous trouverez dans ma sélection, mon quinté, des produits pas vraiment conçus pour la terrasse ou pour le barbecue, et même des vins qu’on associerait plutôt avec une bonne daube au coin du feu, par une soirée de neige. Et pourtant…

IMG_4331

Si vous voulez vous donner la peine de me suivre au château… (Photo André Devald)

Cahors Château de Cayx 2011

Ce n’est pas tous les jours qu’on boit le vin d’un Prince, fût-il de Danemark. Mais ce n’est pas ça qui a dicté mon choix – plutôt le plaisir de revoir cette propriété au sommet.  La qualité n’a pas toujours été au niveau de la réputation, dira-t-on dans un vigoureux euphémisme. Les résultats obtenus par l’équipe de Guillaume Bardin et Alexandre Gélis, en à peine deux ans, sont impressionnants. Et pas seulement dans les cuvées de prestige.

Bon, la cuvée Royale est époustouflante, mais un peu chère. Alors je me suis rabattu sur la cuvée Château. « Elle est issue d’une sélection parcellaire de deuxièmes et troisièmes terrasses et éboulis », m’a dit M. Gélis. J’ai fait: « D’accord », avec un air entendu qui ne trompait personne. Et puis j’ai mis mon nez dans le verre. C’était princier. Épicé, fruité (noir, bien sûr, à Cahors), avec une touche de prune; le bois était bien intégré, la bouche longue, veloutée, la finale pleine de…  noblesse, avec une touche de violette – comme si le Prince Henri avait mis une fleur à la boutonnière de son habit. Pour une vingtaine d’euros, moi, je faisais partie du Gotha… des journaleux du vin.

Cavalier Pepe Taurasi Riserva Loggia del Cavaliere 2007

On change de pays, de vignoble, de cépage, nous voici sur les pentes des Apennins, à mi-chemin entre Mer Adriatique et Mer Tyrrhénienne.
Les vignes, discrètes, sont disséminées entre bosquets et cultures. C’est pourtant là que naît un des plus grands vins du Sud du l’Italie, le Taurasi.

Son seul défaut, sa coquetterie, c’est d’être souvent très long à se faire – quand il se fait. Mais pas ici – Cavaliere Pepe semble avoir trouvé le secret de l’Aglianico mûr, et accessible. Il n’est pas tombé dans le piège de l’extraction. Ce domaine d’une cinquantaine d’hectares se répartit en plusieurs parcelles, aux abords du très joli village de San Angelo all’Asca.

Cette cuvée haut de gamme présente de belles notes de marasquin, de fleurs et d’épices douces, presque orientales; sa bouche est juteuse, ample et pourtant très directe – la charpente acide nous guide sans faillir jusqu’à l’explosion finale, un giflée de cerises noires et un peu de pain grillé. Le vin a séjourné 18 mois en barrique, mais il n’a rien de corseté. 100% Aglianico.

IMG_3290

Clos d’Alzeto Ajaccio Rouge 2012

On ne visite pas ce domaine par hasard, c’est le plus haut de Corse, et vous aurez votre quota de virages avant d’y arriver. Mais l’endroit est si beau qu’on oublie vite; et encore plus vite quand on porte le verre à son nez et à ses lèvres.

Est-ce le dépaysement? Je pense à une mondeuse, voire à une syrah. Le poivré, le fumé, la fraîcheur. Mais mettons un peu d’ordre dans tout ça. Le nez démarre sur la fraise et la groseille bien mûres, puis on passe sur la réglisse et les herbes du maquis; en bouche, un peu de menthe prend le relais, c’est étonnant de précision, de finesse et de vigueur à la fois. Très beaux tannins, une pointe de sel en finale, hem, on en reprendrait bien une lampée. 17/20

70% schiaccarello, 20% grenache et 10% nielluccio.

IMG_4012

Coume Majou Cuvée du Casot 2009 Côtes du Roussillon Villages

Peut-être la meilleure cuvée que j’ai jamais goûtée de l’ami Charlier – complexe, charnue, épicée, très aboutie, des tannins superbes, du caractère, et aussi beaucoup de fruit. Sauf que j’adore aussi sa cuvée L’Eglise, dans un style plus simple, peut-être, mais tellement séduisant. Mes lectrices me pardonneront, j’espère, la comparaison, mais je n’ai jamais pu décider si je préférais une femme en robe de soirée ou en bain de soleil.

Et à ceux qui me penseraient que je fais du copinage, je précise que j’ai acheté ce vin (c’est le seul de mon quinté, d’ailleurs).

Casotété

Le fameux casot de la cuvée du même nom

Porto Barros Colheita 1966

Je termine par une sorte d’Ovni. La Colheita est aux Portos oxydatifs ce que le Vintage est aux Portos obtenus en milieu réducteur: une cuvée millésimée. Pas tous les ans, seulement les bonnes années.

La robe, plutôt dense, présente de belles nuances de feu. Le nez évoque le raisin sec, l’abricot sec, le café; la bouche est bien équilibrée, le sucre et l’alcool étant très bien fondus; les épices (fenouil…) la finale est saline, avec des notes de menthe et de gingembre. Cette fraîcheur est étonnante pour un vin de cet âge. Mise en bouteille: 2013.

Bien sûr, ce vin là n’ira pas au frigo. Il sera réservé à la soirée, un peu à la fraîche. Il sera ouvert un peu à l’avance, aussi. Et rebu régulièrement, jusqu’à l’obtention d’une bouteille parfaitement vide. Tiens, déjà?

Hervé Lalau

PS. Je m’aperçois que mes 5 vins viennent de terroirs du Sud, majoritairement méditerranéens. Ce n’est pas fait exprès. Mais j’assume. C’est là, sans doute, actuellement, que je trouve mon meilleur rapport plaisir-vin.

PS 2. Je vous souhaite de belles vacances, si vous avez la chance d’en prendre, et de bonnes dégustations.


7 Commentaires

Chez Jean-Charles Abbatucci

Je continue mon petit tour de Corse entamé la semaine derrière avec le Domaine de Torraccia.

Nous sommes toujours au Sud de l’île, mais plus à l’Ouest, près d’Ajaccio – une appellation que Jean Charles Abbatucci ne revendique plus, bien qu’il ait contribué à la mettre en place.

Ses vins sont donc des simples Vins de France, et aucune mention du lieu de production ne peut apparaître sur leurs étiquettes – un sacré paradoxe, quand on sait qu’il sont issus de vieux cépages corses. Oui, mais pas dans les proportions admises par l’appellation.

C’est d’autant plus dommage qu’Abbatucci est sans doute le producteur de la région dont les vins s’exportent le mieux et que l’on trouve le plus facilement sur les belles tables, notamment aux Etats-Unis.

IMG_3898Jean-Charles Abbatucci au pied du cep (Photo © H. Lalau 2014)

A ce propos, juste une remarque de mon cru: j’ai du mal à comprendre pourquoi le cahier des charges d’une appellation, quelle qu’elle soit, peut accepter un cépage dans la limite de 10% de l’assemblage. Pour moi, qui suis un type simple, pas un stratège, si le cépage a un intérêt, une justification historique, une qualité intrinsèque, il devrait pourvoir être vinifié et vendu dans n’importe quelle proportion, et même « in purezza ». Comment le consommateur pourrait-il se faire une idée autrement? Et ne me parlez pas de tradition, j’ai vérifié: avant le phylloxera, on trouvait en Corse une foule de cépages dont le nom s’est perdu aujourd’hui, ou bien qui ont été sortis des listes.

A contrario, si un cépage n’a que 10% d’intérêt, alors pourquoi l’avoir accepté dans l’appellation?

Mais foin de polémiques, je suppose que comme moi, vous vous intéressez moins au sigle sur l’étiquette qu’au contenu sur la bouteille.

Ces nouveaux-anciens cépages, parlons-en – ils ont pour nom bianco gentile, riminese, rissola, brandira, minastrellu, carcajolo, morescola, montanaccia… et j’en oublie. Ils sont autant de terrae incognitae pour la plupart des dégustateurs. L’avantage, avec eux, c’est  qu’on peut déguster sans référence, sans oeillères, sans a priori. Ils sont aussi l’occasion de se rappeler que l’homme reste un des éléments déterminants du vin, même chez ceux qui s’abritent derrière le terroir.

Ces cépages ne seraient pas là si Jean-Charles ne les avaient pas récupérés, un à un. C’est lui qui les a sur-greffés sur des plants existants, pour diminuer les risques de mortalité des jeunes plants, et pour pouvoir rapidement les mettre en oeuvre. C’est lui qui décide aussi du lieu, et de leur emploi.

Il les vinifie rarement seuls – ils font le plus souvent partie d’assemblages complexes.

Derrière le vin, il y a la terre – une vallée plutôt enclavée, entre Ajaccio et Propriano; une sorte d’ermitage païen parsemé de buissons, de fleurs sauvages, où la vigne ondule sous le cagnard, se gorgeant des senteurs du maquis. Au fond, les collines vertes et bleutées sont vides, c’est l’écrin naturel idéal pour une création.

IMG_3878Derrière les fleurs sauvages, la vigne… (Photo © H. Lalau 2014)

Le créateur, bien sûr, dans ce cas-ci, c’est Jean-Charles, un autodidacte passionné, expérimentateur de première.

Faute de pouvoir parler de son cher Taravo sur la bouteille, il rend hommage à trois de ses ancêtres, grands personnages de l’histoire, au travers de sa série Collection: le Général, le Diplomate et le Ministre.

Passons donc en revue ces trois portraits…

Cuvée du Général 2013 (blanc)

Le nez est très élégant (citron, poire, groseille à maquereau), la bouche tendue, poursuit avec des notes de coing, de noix, de nèfles, c’est vif, croquant, le bois est très discret, le squelette du vin est plutôt sa belle acidité. D’après Jean-Charles, la groseille verte acide vient de la rissola brandira. Je ne le contredirai pas.

Composition: Biancone, Carcajolo Bianco, Paga Debiti, Riminese, Rossola Brandica, Vermentino.

Cuvée du Diplomate (blanc)

Autre personnage, autre style, plus enrobé, plus consensuel; le nez explose d’ abricot et de raisin mur – presque muscaté. La bouche est plus grasse, plus charnue, la finale, à la foi saline et sapide, séduit.

Composition: Bianco Gentile, Brustiano, Genovese, Rossola Bianca, Vermentino.

Cuvée du Ministre Impérial 2013 (rouge)

Fruit noir, violette, fraise, myrte, fenugrec, 14% d’alcool. 17/20

Composition: Morescola, Morescono, Aleatico, Carcajolo Nero, Montanaccia, Sciaccarello, Nielluccio

Jean-Charles Abbatucci nous a également fait déguster quelques vins à la barrique, en mono-cépage, ou en mono-cru.

Carcajolo 2013

Un seul cépage, mais de multiples arômes très délicats – violette, résine de pin, notes animales et beaucoup de fraîcheur. La bouche est à la fois vive et onctueuse, un vin très complet.

Monte Bianco Sciaccarello 2013

Une parcelle sélectionnée. Explosion de fraise et de framboise au nez, retour des mêmes en avant-bouche, une vraie gourmandise. Belle charpente tannique, sans excès. Et quelle vivacité!

 

IMG_3907

Vin de France, peut-être, mais grande cuvée… et vite bue (Photo © H. Lalau)

Hervé Lalau