Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


1 commentaire

#Carignan Story # 261 : Karolina, presque ou pas tout à fait ?

Le Carignan vit une période faste et c’est bon signe car, dans les assemblages, on rencontre de plus en plus de vins marqués à 50, 60, voire même à 70 % par ce bel hidalgo venu chercher fortune dans le sud de la France en traversant les Pyrénées dès le Moyen Âge. Ces proportions, prises entre de bonnes mains, bien sûr, donnent de forts beaux résultats sur un rayon de 300 km allant du Priorat au cœur de la Narbonnaise avec quelques bons points à distribuer sur les meilleurs terroirs du Minervois, des Corbières et du Roussillon. Lorsque le cépage est présent à 75 % dans un encépagement où le Grenache noir joue un rôle essentiel de « liant », parfois même avec un peu de Syrah, voire de Mourvèdre, la perspective d’avoir un vin original reste très forte. C’est encore plus vrai lorsque l’alchimie de l’assemblage résulte d’un choix formidablement qualitatif qui s’offre au vigneron quand celui-ci a pris l’initiative de s’installer dans le cadre d’un terroir majestueux avec de multiples parcelles de toutes compositions et expositions. Jusque là, je m’imposais de ne parler que des cuvées à 90/100 % Carignan, du moins c’est ce que j’ai essayé de faire. Mais cette fois-ci, je vais vous louer les mérites d’un vin carignanisé autour de 70 %. Si je le fais, faut croire que je traverse une semaine plutôt cool. Aussi parce que le vin est bon, pardi !

Photo©MichelSmith

La vallée du Maury. Photo©MichelSmith

Ce n’est pas pour me vanter, mais j’ai sorti un livre ces derniers mois sur les vignerons rattachés à l’aire d’appellation Maury, un fief Occitan au cœur d’une région Catalane. Un livre dont personne ne parle, bien entendu, dès lors qu’il vante un pays oublié par 95 % de nos compatriotes. Je vous passe les détails à la fois géologiques, géographiques, historiques et politiques, puisque tout cela est fort bien raconté par mon co-auteur, Jacques Paloc, en poste depuis des lustres dans la région pour le compte de l’INAO. Or, en réalisant cet ouvrage l’an dernier, j’ai rencontré un par un une quarantaine de vignerons pour voir ce qu’ils cachaient dans leurs caves. J’en ai cité quelques uns ici l’an dernier et même beaucoup plus si l’on reprend cette chronique dès ses débuts. Car le fait est là : si les officiels vantent en premier les qualités indéniables du Grenache noir dans cette Vallée des Merveilles (c’est le titre du livre), ce couloir naturel sur le flanc occidental des Corbières cache aussi de formidables poches de résistance sous la forme de parcelles d’antiques Carignans qui sont autant de pièces de musée.

Caroline Blonville, Mas Karolina. Photo©MichelSmith

Caroline Bonville, Mas Karolina. Photo©MichelSmith

À ce stade, vous êtes bien avancés, vous qui venez de vous coltinez deux paragraphes d’introduction… Et de vous dire une fois de plus : « Où diable veut-il nous mener en bateau ? » Voilà pourquoi je propose d’assembler les deux sujets – le Carignan et la vallée du Maury – pour en déduire qu’il y a dans ce secteur, pas forcément revendiquées au sein de l’appellation Maury, de magnifiques cuvées où le Carignan est mis à l’honneur dans des proportions inégales, parfois en IGP, souvent en Vin de France. Parmi les fans de Carignan dans le secteur, nombreux sont étrangers à la région. C’est le cas de Caroline Bonville, une fille de viticulteur Bordelais qui s’est retrouvée propriétaire du Mas Karolina, à Saint-Paul-de-Fenouillet, un bourg jadis très animé à 5 ou 6 km de Maury dans cette vallée qui s’enfonce vers l’Aude et l’Ariège, à une quarantaine de bornes de Perpignan.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

En bonne vigneronne, Caroline - elle vinifie par ailleurs un remarquable Maury « traditionnel », c’est-à-dire doux (en VDN, l’appellation remonte à 1936 et je vous parlerais un jour de la nouvelle AOP Maury sec) -, la dame ne cache pas qu’elle a un faible pour le Carignan des coteaux alentours. Elle ne cache pas non plus qu’elle ne lui accorde pas la totalité de la place qui lui revient dans sa cuvée « L’Enverre », son vin « haut de gamme » revendiqué sous l’ombrelle IGP Côtes Catalanes. Avec 70 ou 75 % de Carignan, selon le millésime, j’estime qu’elle met cependant assez de force et de générosité dans son assemblage pour que la cuvée trouve sa personnalité. Depuis 2007, les raisins proviennent d’une vigne sur schistes du côté de Rasiguères et d’une autre vigne sur marnes rouges, à Maury. Trois mille bouteilles sont proposées chaque année au bout d’un élevage d’un an en pièces de 500 litres suivant une vinification dans les mêmes pièces avec pigeage (au début) et environ quatre semaines de macération.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Carignan aux trois quarts, le 2011 embaume la garrigue et quantité d’herbes sèches, dont le fenouil. Bien concentré en bouche, le vin se fait tendre et vif, le fruit est cuit, équilibré, les tannins sont souples, mais bien en place, sans pour autant donner suite à une grande longueur. Très bonne impression sur de belles côtelettes d’agneau grillées. Goûtée un an auparavant, la version 2012 (70 % Carignan, 25 % Grenache et 5 % Syrah) s’annonçait joliment au nez, avec en bouche des notes fruitées plus éclatantes et une belle fraîcheur étalée jusqu’en finale. Sur les deux vins, l’impression est légère (13° d’alcool affichés) et la matière très agréable, sans aucune lourdeur ou notes excessives de boisé. Une durée optimale de garde ne devrait pas dépasser 6 ans, jusqu’à 10 ans dans une très bonne cave. La cuvée est commercialisée 19 € départ cave, ce qui est un peu élevé à mon sens. Mais il est vrai par ailleurs que la bouteille a beaucoup d’allure. Et les rendements de ces vignes est tellement bas qu’il tau bien trouver le juste prix !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Michel Smith

 


12 Commentaires

#Carignan Story # 255 : Je suis Manif, pas vous ? Bof !

On est d’accord : après les folles journées de la semaine qui vient de s’écouler, pas sûr que les gars de Charlie verraient d’un bon œil toutes ces pompes et circonstances, tous ces chefs venus en jets d’états, gardes du corps inclus, tous ces politiciens désireux de faire bonne figure derrière une vraisemblable première ligne composée de Hollande et de ses comparses Matteo, Angela, David, Mariano, d’autres encore. Pourvu qu’ils n’entonnent pas la Marseillaise ! Moi, que voulez-vous, je suis manif à l’ancienne. Je kiffe cette ambiance foutoire qui me rappelle l’odeur des merguez grillées à la sauvette sur le pavé de Paris que l’on avalait (les saucisses, pas les pavés…) entre deux joints persuadés que l’on allait refaire le monde.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Tout en cheminant sur le macadam, j’aime les parfums heureux de la zizanie, le mystère joyeux des rencontres, le mélange iconoclaste de ces jeunes délurés et de ces pépés syndiqués sagement coiffés d’une casquette de laine ou d’un feutre de pacotille. Voir ces médaillons, slogans griffonnés à la hâte, tracts maladroits, crayons brandis, vieux numéros de Charlie en pancartes, tout cela me réjouit. Plus encore lorsque je vois des compatriotes « arabes » ou « africains » qui n’ont pas peur ni honte de dire que la France est leur pays.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

C’est pourquoi je serai ce matin Place Catalogne à Perpignan avec – on ne sait jamais – le renfort d’une boutanche de Carignan, d’un verre et d’un tire-bouchon dans ma musette. Pourquoi l’écrire ici me direz-vous ? Simplement parce que je me sens libre de le faire, de vous en parler. Et que le Carignan, ce brave roturier que l’on a tenté d’éradiquer sans succès, ce cépage paysan que l’on a failli oublier, revient timidement sur le devant de la scène, tel un artiste qui a du talent mais qui n’ose le montrer. Le vin de Carignan, vin de manif, en voilà une bien bonne !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Si je dis cela c’est parce que le Carignan a un petit côté frondeur en lui, un coquin qui saurait bien se tenir, malgré tout. Oui, ne pas provoquer, éviter l’excès. Comme celui goûté l’autre jour au restaurant étoilé de Pierre Louis Marin, à Montner. Il s’agit d’un Côtes Catalanes « Bérénice » 2010, millésime assagi s’il en est, vinifié par le Domaine Ologaray-Sansa, à Vingrau. Un illustre inconnu, pour ce qui me concerne. Il faut le dire : ce Carignan n’a pas fait l’effet d’une bombe sur la cuisine pourtant posée du chef. Il était du genre « sage », comme son prix d’ailleurs qui, si mes souvenirs sont bons, ne dépassait pas les 20 € sur table.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Au départ, j’ai fait « bof » ! Rien de spécial, pas grand chose à dire.

C’était équilibré, frais, manquant peut-être un peu de fruit et de fond, avec un soupçon d’acescence en fin de bouche. Jusqu’au moment où j’ai eu l’idée, par simple curiosité, de changer le verre et de le verser dans un verre plus ventru et plus large, le genre de verre que l’on réserverait à un Volnay. Merci au maître d’hôtel, Patrick, de m’avoir laissé faire cet essai. Il s’est avéré concluant, puisque j’ai fini la bouteille. Reste que je reviens sur mon appréciation du début : « Bof » ! Ce sera le mot de la fin.

Je suis Charlie

13732_je_suis_charlie_1_460x230


9 Commentaires

#Carignan Story # 233 : Kaya, le retour !

Alors que l’ami Vincent Pousson me signale l’arrivée sur le marché d’un nouveau jus de Carignan pour les pitchouns en provenance directe de l’Aude – à noter que l’on en a aussi chez nous, au Domaine Rivaton, par exemple -, comme je l’expliquais ici il y a quelques mois, et tandis que j’apprends que Gérard Bertrand nous a pondu une cuvée de Gewurztraminer (oui, vous avez bien lu, et c’est en Vin de France !) qu’à mon grand désespoir je n’ai pas encore eu l’occasion de goûter, je reviens volontiers dans la superbe Vallée de l’Agly qui m’intéresse au plus haut point ces temps-ci.

Photo©VincentPousson

Photo©VincentPousson

Il y a deux ans, du temps où nous étions sur d’autres lignes, je vous avais causé en bien du Carignan Kaya que l’on doit à Cathy et Daniel Laffite, couple de vignerons courageux installés à Las Fredas, entre Maury et Tautavel (Pyrénées-Orientales, pour ceux qui ne suivent pas…), au Domaine des Soulanes. Au passage, sachez que Kaya est le nom donné à un chat de la famille aujourd’hui décédé et enterré à proximité des vignes. Ceci mis à part, je ne sais si vous avez suivi mes conseils à l’époque en achetant cette cuvée, mais j’ai profité d’un passage chez mon ami Guillaume, caviste sur le Cours Palmarole à Perpignan pour goûter la même cuvée en 2013. Bon, on est d’accord, c’est encore un peu ferme et tannique en bouche, mais le vin a de la répartie, de la densité, du fruit et de la sincérité. Il faut l’attendre un an ou deux, peut-être bien trois.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Aux Caves Maillol ou à la propriété, ce joli Carignan IGP Côtes Catalanes est à 12 € la bouteille. Profitez en pour goûter la petite sœur, le Kaya rosé 2013, vendu deux fois moins cher : 6,40 €. C’est la vraie nouveauté du jour, un vin dans l’air du temps, gras, animé, fruité et acidulé qui se mariera avec presque tout : salades de tomates, terrines, courgettes et aubergines farcies, spaghetti à la bolognaise, pizze napolitaines, minestrone, sans oublier les poissons. Et puis tenez, puisque vous me lisez jusqu’au bout, je vous conseille de goûter la cuvée Jean Pull, du nom du fondateur du Domaine : un Côtes du Roussillon Villages de toute beauté à seulement 8 € départ cave.

Alors, qu’est-de qu’on dit ? Merci Michel…

Michel Smith

51XWQgIvMgL._SP160,160,0,T_https://www.youtube.com/watch?v=iwNMHKx90tg

Et un autre cadeau pour finir : le plus beau des disques de jazz qui vient de sortir pour l’été. Un moment poignant d’émotions que l’on doit à Keith Jarrett et à Charlie Haden… Une subtile alliance entre piano et contrebasse sur des classiques des années 50/60. Merveilleux avec un verre de Kaya rosé, à l’ombre, sur sa terrasse face à la mer ou à la montagne. Bon dimanche !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith


Poster un commentaire

#Carignan Story # 228 : Rien à voir avec des Romains, ce sont des Romarins…

Nul doute que Cylia et Laurent Pratx sont fiers de présenter leur premier cent pour cent Carignan. Basés pour l’instant dans une vieille demeure de Rivesaltes en bordure d’Agly avec leurs quatre enfants, ils vont s’installer dans un avenir proche en plein cœur du vignoble d’Espira-de-l’Agly. Ce jeune couple débordant d’enthousiasme pour leur Domaine Serre Romani (montagne des romarins) qui s’étend jusqu’au territoire du cru Maury, a la vigne pour porte-étendard, mais aussi l’olivier et l’abricot pour arrondir les fins de mois difficiles. La juste maturité du fruit, ils connaissent et, si elle s’exprime à merveille et avec panache dans un pur Grenache noir (9,90 €), une cuvée Providence de vieilles souches, elle se ressent aussi dans ce 2013 de belle extraction dédié au Carignan Catalan comme ils le stipulent avec force, et commercialisé à 7,50 € départ cave.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour ce premier millésime d’IGP Côtes Catalanes issu de Carignans plutôt anciens plantés sur les terres noires du secteur d’Espira-de-l’Agly, l’accent est mis sur la souplesse, la facilité. Tout en étant léger, le vin ne manque pas de chaleur. Ni de fruit : pur jus de chair de bigarreau en l’occurrence. Histoire de corser le tout, de petits accents tanniques et grillés viennent titiller le vin, comme pour l’encourager à marquer encore plus le palais. Ça se boit plutôt frais et sans tralala sur un poulet grillé au dessus de la braise avec force de romarin ou de thym. Les romarins ? Je les connais bien, eux qui fleurissent en pagaille de l’hiver au printemps dans cette vallée de l’Agly. On aimerait juste un peu plus de structure acide, un peu plus de peps comme disent les cuisiniers, pour le faire accompagner un thon saignant revenu de la planxa en une sorte d’aller-retour réglé avec maestria et minutie. Pour ma part, je l’ai trouvé fort à mon goût sur le couscous de poulet avec boulettes et courgettes fondantes. Bel été !

Laurent Pratx, heureux vigneron. Photo©MichelSmith

Laurent Pratx, heureux vigneron. Photo©MichelSmith

Michel Smith


3 Commentaires

#Carignan Story # 222 : de Fenouillèdes en Arabesques

Tout ce que je sais à propos de ce nouveau domaine des Fenouillèdes se trouve ici, sur le site My Major Company. Saskia Van der Horst, même pas 30 ans et déjà propriétaire d’un petit domaine d’à peine 5 ha, sur Montner, doit être hollandaise… ou belge, sauf qu’elle parle français comme vous et moi et que forcément ce genre de détail sur sa nationalité ne se remarque pas lorsqu’on lui parle de vive voix. Il me semble avoir goûté un de ses vins l’autre soir au Via del Vi, un fameux bar à vins de Perpignan. Il s’agissait des Champs d’Andrillou, à majorité grenache noir avec 40 % de carignan, un Côtes du Roussillon Villages tout en fraîcheur. J’ai cru au départ que c’était un Carignan pur, mais en revenant dessus 48 heures après, je me suis dit que ce n’était pas le cas en dépit de cette belle acidité qui le rendait si aimable et joyeux.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Le millésime 2013 marque la première vendange de Saskia. Elle a de la chance car c’était une bonne année. Avec ses vins présents en trois lieux différents sur Perpignan, Salsia m’a indiqué par téléphone que je pouvais aussi acheter son Côtes Catalanes presque pur Carignan (90 %) Le Roi Pêcheur à la Maison Guilhot, Place des Poilus ou, à deux pas de là, aux Indigènes, un autre bar à vins tenu de mains de maître par l’ami Nicolas Lefevre. Chose faite, pour la modique somme de 13 euros.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Robe sombre, bouche ferme, fruit très mûr en rétro olfaction (cerise et mûre), tannins présents mais pas méchants, on sent cependant que le vin a besoin d’un petit coup de pouce avant de pouvoir se livrer totalement. Plus d’aération ? Douze heures après, la finale devient assez poivrée et chocolatée. Et manque de fraîcheur, ce qui accentue mon peu d’enthousiasme du début. Dans l’ensemble, rien de franchement désagréable. Je ressens la matière, mais j’ai juste un manque flagrant, d’allant, d’entrain. Même si je ne sens pas particulièrement le bois neuf, je me demande si ce n’est pas un excès de cuvaison boisée qui masque la clarté de ce Carignan. Dommage. Peut-être que le mieux serait de l’attendre… au moins 3 ans. Mais du coup, je ne garantie rien. Pour le moment, c’est un vin en demi-teinte.

Michel Smith

PS. Pour ceux qui connaissaient et qui aimaient, eh bien le Bistrot des Crus, à Perpignan, c’est fini. On ne goûtera plus la généreuse cuisine de Maïté servie avec les bons petits vins de la région. Dommage, mais ainsi va la vie. On s’y était tant régalé, fallait bien que ça s’arrête un jour…


Poster un commentaire

#Carignan Story #216 : Sahonet, « avé plaisir » !

Cela ne surprendra pas les habitués de cette modeste chronique, mais comme beaucoup d’autres vins de ce cépage, le Carignan Vieilles Vignes 2012 de René Sahonet est un Côtes Catalanes. Il est né dans les Aspres, à Pollestres, presque aux portes de Perpignan, sur ces terrasses proches de l’autoroute et du TGV qui conduisent en Espagne. De ces terrasses, pour peu que l’on soit en hauteur, on devine la Grande Bleue qui baigne les rochers de Collioure tout au loin.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Et le vin dans tout ça ? On le sent d’abord épais, riche en matière, à la limite du sur-mûr, alors qu’en réalité, au fond du palais, il est frais, équilibré, bref bien dans sa peau. En plus, il s’améliore nettement au bout de sur 48 heures d’ouverture. Malgré quelques touches de rusticité, il se boit « avé plaisir », comme on dit ici.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Bon, la finale est un poil sèche, décevante et mon Carignan mériterait peut-être d’être un peu mieux considéré dans sa phase de vinification, mais ce vieux Carignan ne fait aucune honte à la région ! Si je me souviens bien, je l’ai payé 9 euros chez mon ami carignaniste de la Maison Guilhot, place des Poilus à Perpignan. Mais si vous voulez rencontrer le vigneron, son téléphone figure en bonne place sur la contre-étiquette. Allez, je vous le refile : 04 68 55 15 98.

Michel Smith


Poster un commentaire

#Carignan Story # 213 : Ô Vénus !

Vénus est le nom d’un domaine d’à peine 16 ha du (des ou de la) Fenouillède(s) dont cave et bureaux ont trouvé refuge dans l’ancienne coopérative de Saint-Paul-de-Fenouillet aujourd’hui avalée par celle d’Estagel, à 20 km plus en aval. Propriété de plusieurs actionnaires basés à Paris, dont Jean-François Nègre et Jean-Louis Coupet, j’avais reçu des échantillons de Vénus l’an dernier et j’avoue que je n’avais pas été très emballé par les vins pourtant issus d’un secteur frais et prometteur où se sont installés beaucoup de nouveaux venus dans le Roussillon. Disons qu’il y a presque un an, j’avais habillé Vénus pour l’hiver. Une habitude diront certains… Bref, j’avais fini par mettre de côté l’existence de ce domaine. La vie étant ainsi faite…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mais comme je traîne dans le secteur depuis quelques semaines pour les besoins d’un livre, je m’étais juré que je m’arrêterais un jour sur place, afin de voir de plus près ce qui se trame du côté de Vénus et, qui sait, de lui donner par la même occasion une nouvelle chance de me séduire. Eh oui, je ne suis pas un gars facile… Ce fut chose faite Jeudi dernier quand j’ai pu rencontrer Nathalie Abet, caviste de son état, et Versaillaise de surcroît, qui est aux commandes de Vénus avec le chef de culture natif de Saint-Paul, Gilles Gavignaud, lequel a cédé quelques hectares de ses propres vignes en 2003 pour la création du domaine.

Si je reste persuadé qu’un patient travail sur la conception des cuvées est nécessaire et qu’il reste à le faire d’urgence – j’y ai goûté un agréable rosé 2013 et une cuvée « haut de gamme » 2008 en Côtes du Roussillon Villages assez frais et solide mais vendue à un prix qui me semble démesuré (32 €) -, j’ai été favorablement surpris de tomber sur un rouge plus récent que l’an dernier, un Côtes Catalanes 2011 de courte macération (une semaine), composé à 95 % de vieux Carignans (5% Syrah) ayant mon âge ce qui rend le vin encore plus sympathique à mes yeux. Je plaisante, bien sûr. Le prix (7,50 € départ) n’a pas changé, mais je signale tout de même que l’on est en droit de se demander pourquoi un vin « entrée de gamme » est encore proposé dans ce millésime, alors que les 2012 sont sur le point de s’épuiser dans les domaines alentours et que 2013 sera bientôt embouteillé et mis sur le marché par bien des domaines.

Petit nez légèrement épicé, souplesse dès l’entrée en bouche, un tantinet cabotin, une saveur fruitée de bonne augure, on a là un aimable vin de soif qui, une fois de plus, devrait se comporter avec à propos sur des grillades à base de côtelettes et de saucisses. Un vin de plaisir qu’il convient de ne pas trop attendre. Rien d’extraordinaire, à vrai dire, rien d’astronomique puisqu’il s’agit de Vénus, mais quelque chose me dit que je me laisserais volontiers envoûter par les prochains millésimes ! D’ailleurs, j’attends 2013 avec impatience. Alors, suis-je convaincu ? Pour m’en tenir au seul Carignan, quand je goûte ce qui se fait dans les Fenouillèdes, je reste persuadé qu’un tel domaine a encore de gros progrès à faire.

Michel Smith

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 11 850 autres abonnés