Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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#Carignan Story # 286 : Jour de Têt chez Rouaud

Si vous lisez cette rubrique dominicale depuis quelques années maintenant, vous savez que le Carignan blanc se bonifie avec le temps. « Soit. Rien de plus normal », allez-vous me rétorquer à juste titre, puisqu’il en va de même pour bien d’autres cépages comme le Chenin, le Melon de Bourgogne ou le Chardonnay… Oui, sauf qu’avec le Carignan blanc, le constat est plutôt inattendu. Pour la bonne raison que cela ne fait qu’une ou deux décennies à peine que l’on découvre ses qualités mises en avant le plus souvent d’ailleurs par des étrangers à la région, des vignerons curieux de voir si, à force d’être banalisé, ignoré, méprisé et rangé dans la case des blancs à tout faire, ce cépage au bord de l’éradication n’avait pas quelque chose de nouveau, de transcendant à nous transmettre.

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Les révélations en matière de Carignan blanc se sont multipliées ces derniers temps. Toutes se sont opérées à la suite de dégustations de vins vinifiés avec ce cépage lors de ces dix dernières années. Preuve, s’il en est, que j’ai eu raison de lancer cette rubrique. Mais je reviendrai là-dessus la semaine prochaine avec une magistrale et convaincante dégustation organisée à Caux, dans l’Hérault par des amis vignerons. Côté Roussillon, le Carignan blanc (parfois rose ou gris) ne semble pas trop se presser dans l’inscription au rang des volontaires à l’arrachage, c’est le moins qu’on puisse dire. Ils sont une vingtaine à en vinifier le plus souvent avec brio. Et j’ai pu le vérifier une fois de plus avec un Vin de France 2006, Têt Blanc, que Mireille Sauer, membre de Carignan Renaissance, a pu m’obtenir auprès de Jérôme et Sophie Rouaud, du domaine éponyme, deux adorables vignerons qui ont déjà fait l’objet d’une revue de détail dans les premiers mois de cette chronique, article que je n’arrive plus bien entendu à retrouver.

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Pourquoi Têt ? D’une part parce que les vignes sont réparties sur des terrasses de la vallée du même nom où le fleuve Têt descend du Carlit sur 120 kms, passant des Pyrénées à la mer via Perpignan, d’autre part parce que Sophie est d’origine vietnamienne et que ce mot lui rappelle certainement les célébrations du nouvel an. Le vin goûté, qui n’est plus en vente dans ce millésime 2006 (à titre d’exemple, le 2013 est à 16 € la bouteille prix départ) et qui n’a pas trop bougé malgré ses presque dix années, a conservé une robe blonde intacte, à peine dorée. Épicé au début, le nez capte des notes de fleurs des champs et de feuillus sur un fond d’essence de citrus. La bouche est ample, puissante, mais ronde, presque grassouillette, tout en conservant de l’équilibre et cette nécessaire fraîcheur altière qui distingue le vin d’un autre. En guise de conclusion, des touches de réglisse et de menthol apportent un peu de joie de vivre et contribue à mettre l’eau à la bouche. À ne surtout pas boire trop froid et à réserver pour un beau poisson paré pour le four.

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Chemin faisant, vient ensuite le Carignan rouge, du même domaine, entre temps certifié bio. Joliment intitulé Fleur de Carignan, ce Côtes Catalanes 2014 (7,50 € départ) est d’une tendresse affirmée. Finesse au nez, une certaine allégresse en bouche, il s’achève sur des notes d’amertume fraîche du plus bel effet. Je peux me tromper, mais il n’est pas fait pour la garde et on devrait pouvoir le boire à cheval sur 2015/2016 avant de se pencher sur le prochain millésime. Délicieux sur de classiques pâtes aux tomates fraîches et basilic.

Michel Smith

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#Carignan Story # 285 : La fierté de Dan !

La vie est pleine de surprises. En ce moment, je n’en ai que de bonnes. Par exemple, il faut que ce soit un Lorrain, Daniel Folz, restaurateur installé à deux enjambées du Massif des Baux, en Provence, qui lors de ses visites en Roussillon via les Corbières m’informe de l’existence d’un pur Carignan. Moi, le soi-disant expert, le spécialiste international, l’amoureux fou, l’inconditionnel, celui qui commence à être submergé par le nombre impressionnant de vins de Carignan qu’on lui propose de par le monde – j’exagère, bien sûr ! -, moi qui rejette désormais la moitié des échantillons goûtés par un magistral « non, ce n’est pas bon, pas digne de ma rubrique !», il me faut désormais faire appel à mes amis pour trier le bon grain de l’ivraie, débordé que je suis par le flot carignanesque… Bon, redevenons sérieux un instant.

Dan Folz et sa trouvaille... Photo©MichelSmith

Dan Folz et sa trouvaille… Photo©MichelSmith

Merci donc à mon pote Daniel, Dan pour les intimes. Car quand il se pose à Perpignan, non seulement il me fait plaisir en sollicitant une rencontre amicale autour d’un verre, mais en plus il ne débarque jamais les mains dans les poches. Ou alors si, mais toujours avec une bouteille – certains parlent de quilles alors qu’ils n’y ont jamais joué – sous le bras ou nichée dans la poche de son blouson. Tenez regardez donc vers la photo du dessus comme il à l’air fier de poser près de son dernier trésor qu’il doit me faire goûter. Aussi fier que Sébastien Agelet du Domaine De Mena lorsqu’il a vinifié ce vin pour la première fois dans sa cave de Paziols, dans l’Aude. Fier d’avoir cueilli ces grappes noires accrochées aux vignes plantées par son papi, le brave Augusti. Au bon vieux temps où le vin qu’il en tirait pouvait encore s’appeler Corbières ou Corbières du Roussillon sans avoir à s’abriter sous une autre dénomination.

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Celui-ci est un 2014, la deuxième vinification en Carignan de ce jeune vigneron barbu qui fait aussi un Cinsault fort remarqué. Et son prix départ cave avoisine les 10 €. Il arbore les couleurs de l’IGP Côtes Catalanes car les vignes se trouvent juste derrière la frontière qui sépare l’Aude des Pyrénées-Orientales, un endroit où l’on se sent encore ancré dans le massif des Corbières. Le nez est discret, mais fin, avec une pointe de tabac blond. Le jus est droit, dense, fruité, acidulé même, dans un registre plutôt bien ciselé. La finale est gentiment marquée par les tannins et l’on devine que le vin a encore besoin de passer un ou deux ans en bouteilles avant d’offrir ce qu’il a de meilleur. Mieux, je reste persuadé qu’il sera encore bien debout lorsque l’on attaquera la prochaine décennie.

Michel Smith

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L'escalivade et le Carignan blanc. Photo©MichelSmith


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#Carignan Story # 284 : de cargolade en escalivade…

Prenez un vigneron sympa comme le Sud en produit des tonnes. Philippe Modat, par exemple, sur lequel j’ai déjà écrit tout le bien que je pensais ici. Dans son vignoble enchanteur de Cassagnes, en plein Fenouillèdes, il recevait cet été ses amis parisiens parmi lesquels je m’étais incrusté sachant d’une part que Philippe est le roi de la cargolade et d’autre part que sa maman passe pour être la madone de la cuisine catalane ! Comme d’habitude, il y avait son copain, le vigneron Jean Gardiès, ténor du Roussillon, accompagné de son épouse, Christine. Leur Carignan rouge 2010 Les vignes de mon Père a déjà fait l’objet d’un article dans ces lignes, article que je n’ai pas retrouvé dans les archives de notre ancien hébergeur, mais dont j’ai heureusement gardé une trace sur mon ordinateur…

Vue sur le Domaine Modat à Cassagnes. Photo©MichelSmith

Vue sur le Domaine Modat à Cassagnes. Photo©MichelSmith

Voici ce que m’inspirait ce rouge, il y a 2 ou 3 ans : Cette cuvée, je l’ai goûtée l’autre jour à Perpignan chez Jean-Pierre Rudelle, marchand de vins de son état. C’était dans sa version 2010, en vente à l’heure actuelle au prix, certes conséquent, de 20 € (au Domaine Gardiès, on a toujours considéré à juste titre que les vins, fussent-ils du Roussillon ne devaient pas être bradés), et je dois dire que j’ai été véritablement impressionné. Élevé en demi-muids, le Carignan sur argilo-calcaire des coteaux de Vingrau, sur la route de Tautavel, étonne à la fois par sa densité, sa profondeur, sa structure bien ferme, sa longueur et sa pureté de fruit. Pas de doute, même si mon observation fait un peu cliché, ce vin fait partie de ces Carignans de légendes qui commencent à fleurir chez quelques maîtres vignerons. Mieux, je dirai que c’est un vin d’intelligence, la conséquence plus d’une réflexion que d’une précipitation.

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Lors de cette belle journée estivale, tandis que se préparait la cargolade, Jean Gardiès, que je n’avais pas revu depuis un bout de temps et dont les vignes sont désormais certifiées bio, nous a fait la surprise d’ouvrir une de ses nouvelles cuvées, un rare Carignan blanc. Je dis rare, or ce n’est pas tout à fait le cas puisque de plus en plus de vignerons mettent en avant ce cépage que l’on croyait relégué aux oubliettes il y a seulement 20 ans, mais qui revient pourtant en force ces temps-ci dans pas mal d’assemblages ou dans les cuvées où il est vinifié seul.

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C’est le cas ici avec ce Côtes Catalanes 2014 qui ne figure même pas sur le site Internet du domaine et dont le prix de vente se situe autour de 20 €. Il offre du charnu, un semblant de rondeur charmeuse en attaque, mais aussi et surtout une magistrale structure empreinte de fraîcheur laquelle maintient le palais en éveil tout en encadrant la bouche de sa persistance. Bien sûr qu’il allait bien sur les escargots farcis d’aïoli et cuits aux sarments !

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Pour mon plus grand plaisir, ce blanc faisait encore plus l’affaire sur l’escalivada de légumes, un plat typiquement catalan, qu’un enfant de 12 ans serait capable de réaliser tant il paraît facile. Ce qui compte pourtant, du moins tel est mon avis, c’est d’avoir à sa disposition un beau plat en terre pouvant aller au four, mais aussi du thym frais de la garrigue, un ou deux feuilles de laurier, une bonne huile d’olive, des poivrons rouges bien épluchés, de l’ail, des oignons de Toulouges, des aubergines et des courgettes du potager coupées en longues lamelles… sans oublier une grand mère cuisinière pour bien surveiller le plat afin qu’il ne brûle point. Cependant, chacun a sa recette, son petit plus, son truc.

L'escalivade et le Carignan blanc. Photo©MichelSmith

L’escalivade et le Carignan blanc. Photo©MichelSmith

Pour vous aider, je vous invite à visionner ici la recette que propose Pierre-Louis Marin, le chef de Montner. Ces légumes confits et croquants se mangent froids l’été. Bien entendu, pour bien l’accompagner, un blanc du pays s’impose dans sa jeunesse, à l’instar des Lucioles du Domaine Modat où je me trouvais ce jour-là et avec lequel je me suis régalé au début. Mais sans faire offense à Philippe, le plat préparé par sa maman (merci Madame !) était comme magnifié par le Carignan blanc de Jean. Sacrés vignerons !

Michel Smith


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#Carignan Story # 274 : le nouveau des Aspres

Dans le monde imaginaire et fort restreint du Cercle des Cavistes Carignanistes Convaincus Catalans, les bien connus 5C, le bruit s’est répandu telle une trainée de poudre : un nouveau-né enfanté et enregistré près de Perpignan, dans les Aspres en 2014, du côté d’un village au nom étrange de Trouillas, allait bientôt faire parler de lui. Seuls les initiés eurent la chance de pouvoir s’approcher de lui et, grâce à Jean-Pierre Rudelle (Le Comptoir des Crus) dans un premier temps, puis à l’ami Rodolphe Garcias, mon agent spécial dans les Aspres, animateur d’un fameux club de dégustation, j’en ai profité pour rencontrer le père-vigneron chez moi. En compagnie de ses échantillons, bien sûr. Il m’a présenté ses premiers vins, ceux de son Domaine de la Meunerie : un blanc et trois rouges dont un Carignan. Que des petites cuvées.

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À 42 ans, Stéphane Batlle (prononcez baille), yeux pétillants et physique apte au jeu de rugby, possède 17 ha de vignes dont les fruits étaient jusque-là en totalité réservés à la coopérative de Passa. Suite à ce qu’il dit être pudiquement « un accident de vie », tout en continuant de livrer du raisin à la cave coopérative, Stéphane est décidé de laisser libre cours à sa passion du vin et de construire poc a poc un domaine viticole à sa mesure dans un premier temps et dans l’un des meilleurs secteurs viticoles de sa commune. Perfectionniste dans l’âme – « je connais le moindre mètre carré de mes vignes » -, adepte du travail bien fait, il a réfléchi et « édifié » son projet durant 6 ans autour d’une ancienne meunerie avant de se lancer l’an dernier sur quelques parcelles choisies dont une de Carignans centenaires plantés sur une terre argilo calcaire très riche en fer. Avec une autre vigne, au sol plus sableux qu’il réserve à ses assemblages pour d’autres cuvées, dont un magistral Caruso pour moitié Grenache noir (12 €), il ne totalise qu’un hectare en Carignan.

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Ce sont ses vignes centenaires qui composent le Carignan 2014 (Côtes Catalanes, 14 €) que Stéphane a mis en bouteilles (un millier d’exemplaires) cet hiver. Le raisin a été trié à la parcelle, vendangé en caissettes de 12 kg, puis rangé dans une chambre froide réglée à 8° de température pendant 48 heures avant d’être éraflé, trié de nouveau sur table dans le but de ne garder que des grains intacts, grains qui seront versés directement dans une cuve inox. Dans la cuve recouverte mais non fermée hermétiquement (le couvercle repose sur des serviettes humides pour empêcher les moucherons de pénétrer) les grains de raisin vont macérer, maintenus à température ne dépassant pas 23°, ce pendant 14 jours avec foulages aux pieds et des piégeages réguliers u début assurés de la même manière par Stéphane en personne. Le vin n’est pas filtré.

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Présence du fer oblige, la robe est bien soutenue. Des notes de fleurs de garrigue et de petits fruits noirs interviennent dès le premier nez, suivies d’une touche de verdeur. En bouche, on a d’abord la sensation de croquer le raisin bien mûr : de l’opulence, de la densité, un peu de sucrosité (notes de figues sèches, le vin affiche 14,5° en alcool), mais on devine surtout une grande réserve. On le sent ferme, tendu, long au point que l’on se dit que c’est vraiment trop tôt de le boire, qu’il faut le garder au moins un an ou deux pour voir. À mon avis, il sera très appréciable entre 8 et 10 ans de garde. Et pour un premier vin, nul doute que c’est un sacré vin !

Michel Smith


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#Carignan Story # 267 : Les chaussettes rouges

Quand j’étais gosse nous avions les Chaussettes Noires qui braillaient dans le poste à peine sortis de leur banlieue de Créteil. Aujourd’hui, des contreforts des Albères, à porté de vue de la côte, nous viennent les Chaussettes RougesRed Socks in English – qui déferlent plus calmement chez nos cavistes catalans. Rouges les chaussettes ? Forcément, à force de fouler le raisin aux pieds… Les auteurs de ce Carignan de vieilles vignes, of course, Philippe Gard et Andy Cook, n’en sont pas à leurs premières armes. A travers des cuvées bien ficelées, en général de petits volumes, présentées sous l’ombrelle de deux sociétés, Tramontane Wines et Consolation, ces bons faiseurs de vins travaillent déjà le Grenache ou le Macabeu avec talent en y ajoutant des noms aussi inattendus que facétieux.

Réunion dominicale la fontaine de La Consolation. Photo©MichelSmith

Réunion dominicale la fontaine de La Consolation. Photo©MichelSmith

Sans exagérer, ils font sans doute partie des meilleurs vignerons que nous ayons dans cette partie du Roussillon et, depuis le temps que je le dis, j’ai franchement hâte de passer un moment avec eux histoire de mieux comprendre leur fonctionnement. Pour ce Carignan 2013, c’est plutôt la marque Consolation qui est mise à contribution. Un nom de circonstance puisqu’il évoque l’ermitage Maria de Consolacio caché dans une colline boisée au dessus de Collioure. Pardon à la Vierge gardienne des lieux (elle en a vu d’autres…), mais ce rouge prête à toutes les libations possibles et imaginables. Sauf qu’il vaut un peu mieux que l’accompagnement des traditionnelles grillades qui font la réputation de ce lieu de pèlerinage cher aux gens du pays lorsque les beaux jours arrivent.

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Philippe Gard, sert son blanc à La Consolation. Photo©MichelSmith

Je ne sais quelle mouche m’a piqué, mais dès le premier nez mis à hauteur du vin j’ai pensé d’abord à tous les abus – mais aussi et surtout à toutes les qualités – qu’un Carignan vendangé très mûr  et de forte extraction était capable d’offrir. Quel étrange paradoxe ! Par exemple, j’aurais aimé un peu moins de bois et un peu plus de fruit, mais que voulez-vous, je n’ai pas le goût universel, qui n’existe pas d’ailleurs sauf chez les prétentieux. Passons sur ces considérations et revenons sur le nez du vin : c’est fin, un brin sauvage mais propre, composé de bois sec, plantes éparses de la garrigue, notes grillées de laurier et de romarin. Tout de suite, est-ce la saison ?, je pense à un chevreau discrètement parfumé à l’aillée ou aux poireaux de vigne, en espérant qu’il en reste.

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Évoquer l’accompagnement solide sans attendre prouve que ce vin, même s’il paraît un peu sophistiqué, pourrait bien profiter de 2 à 5 ans de cave. Pourtant, il pourrait aussi s’ouvrir plus tôt, un soir entre copains après un match de rugby… ou de cricket tant il a cette retenue toute britishe. Est-ce parce que derrière Red Socks il y a un anglais associé à un bordelais ? Je ne vous l’ai pas encore dit, mais Consolation, la maison qui vinifie ce vin avec d’autres, se fournie à la source, aux domaines menés par Philippe Gard, celui de La Coume del Mas,un des grands de Collioure, et du Mas Cristine, vignoble tout proche, mais en appellation Côtes du Roussillon. D’où le choix de l’IGP Côtes Catalanes revendiquée pour ce Carignan 2013.

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Signe qui ne trompe pas, j’ai tout bu… en deux jours cela dit ! Par petites gorgées, car ils commencent tout juste à se goûter ces satanés 2013 ! Outre l’élégance du nez soulignée quelques lignes plus haut, la bouche est lisse, mais non dénuée d’assise. C’est plein et docile, sans débords, sans l’ombre d’un faux pli. Le fruit est là, confit, précis (cerise noire), savoureux quoique tout en retenue. Cela semble parfait, en dehors d’une légère amertume en finale, au point que si l’envie vous taraude de boire ce vin sans lui laisser le temps de se construire pleinement dans sa bouteille, il vous faudra le mettre en carafe en un lieu bien plus frais qu’une salle à manger. Vraiment un beau vin, au prix de 16 € le flacon chez mon caviste, carignaniste convaincu.

Michel Smith


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#Carignan Story # 261 : Karolina, presque ou pas tout à fait ?

Le Carignan vit une période faste et c’est bon signe car, dans les assemblages, on rencontre de plus en plus de vins marqués à 50, 60, voire même à 70 % par ce bel hidalgo venu chercher fortune dans le sud de la France en traversant les Pyrénées dès le Moyen Âge. Ces proportions, prises entre de bonnes mains, bien sûr, donnent de forts beaux résultats sur un rayon de 300 km allant du Priorat au cœur de la Narbonnaise avec quelques bons points à distribuer sur les meilleurs terroirs du Minervois, des Corbières et du Roussillon. Lorsque le cépage est présent à 75 % dans un encépagement où le Grenache noir joue un rôle essentiel de « liant », parfois même avec un peu de Syrah, voire de Mourvèdre, la perspective d’avoir un vin original reste très forte. C’est encore plus vrai lorsque l’alchimie de l’assemblage résulte d’un choix formidablement qualitatif qui s’offre au vigneron quand celui-ci a pris l’initiative de s’installer dans le cadre d’un terroir majestueux avec de multiples parcelles de toutes compositions et expositions. Jusque là, je m’imposais de ne parler que des cuvées à 90/100 % Carignan, du moins c’est ce que j’ai essayé de faire. Mais cette fois-ci, je vais vous louer les mérites d’un vin carignanisé autour de 70 %. Si je le fais, faut croire que je traverse une semaine plutôt cool. Aussi parce que le vin est bon, pardi !

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La vallée du Maury. Photo©MichelSmith

Ce n’est pas pour me vanter, mais j’ai sorti un livre ces derniers mois sur les vignerons rattachés à l’aire d’appellation Maury, un fief Occitan au cœur d’une région Catalane. Un livre dont personne ne parle, bien entendu, dès lors qu’il vante un pays oublié par 95 % de nos compatriotes. Je vous passe les détails à la fois géologiques, géographiques, historiques et politiques, puisque tout cela est fort bien raconté par mon co-auteur, Jacques Paloc, en poste depuis des lustres dans la région pour le compte de l’INAO. Or, en réalisant cet ouvrage l’an dernier, j’ai rencontré un par un une quarantaine de vignerons pour voir ce qu’ils cachaient dans leurs caves. J’en ai cité quelques uns ici l’an dernier et même beaucoup plus si l’on reprend cette chronique dès ses débuts. Car le fait est là : si les officiels vantent en premier les qualités indéniables du Grenache noir dans cette Vallée des Merveilles (c’est le titre du livre), ce couloir naturel sur le flanc occidental des Corbières cache aussi de formidables poches de résistance sous la forme de parcelles d’antiques Carignans qui sont autant de pièces de musée.

Caroline Blonville, Mas Karolina. Photo©MichelSmith

Caroline Bonville, Mas Karolina. Photo©MichelSmith

À ce stade, vous êtes bien avancés, vous qui venez de vous coltinez deux paragraphes d’introduction… Et de vous dire une fois de plus : « Où diable veut-il nous mener en bateau ? » Voilà pourquoi je propose d’assembler les deux sujets – le Carignan et la vallée du Maury – pour en déduire qu’il y a dans ce secteur, pas forcément revendiquées au sein de l’appellation Maury, de magnifiques cuvées où le Carignan est mis à l’honneur dans des proportions inégales, parfois en IGP, souvent en Vin de France. Parmi les fans de Carignan dans le secteur, nombreux sont étrangers à la région. C’est le cas de Caroline Bonville, une fille de viticulteur Bordelais qui s’est retrouvée propriétaire du Mas Karolina, à Saint-Paul-de-Fenouillet, un bourg jadis très animé à 5 ou 6 km de Maury dans cette vallée qui s’enfonce vers l’Aude et l’Ariège, à une quarantaine de bornes de Perpignan.

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En bonne vigneronne, Caroline – elle vinifie par ailleurs un remarquable Maury « traditionnel », c’est-à-dire doux (en VDN, l’appellation remonte à 1936 et je vous parlerais un jour de la nouvelle AOP Maury sec) -, la dame ne cache pas qu’elle a un faible pour le Carignan des coteaux alentours. Elle ne cache pas non plus qu’elle ne lui accorde pas la totalité de la place qui lui revient dans sa cuvée « L’Enverre », son vin « haut de gamme » revendiqué sous l’ombrelle IGP Côtes Catalanes. Avec 70 ou 75 % de Carignan, selon le millésime, j’estime qu’elle met cependant assez de force et de générosité dans son assemblage pour que la cuvée trouve sa personnalité. Depuis 2007, les raisins proviennent d’une vigne sur schistes du côté de Rasiguères et d’une autre vigne sur marnes rouges, à Maury. Trois mille bouteilles sont proposées chaque année au bout d’un élevage d’un an en pièces de 500 litres suivant une vinification dans les mêmes pièces avec pigeage (au début) et environ quatre semaines de macération.

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Carignan aux trois quarts, le 2011 embaume la garrigue et quantité d’herbes sèches, dont le fenouil. Bien concentré en bouche, le vin se fait tendre et vif, le fruit est cuit, équilibré, les tannins sont souples, mais bien en place, sans pour autant donner suite à une grande longueur. Très bonne impression sur de belles côtelettes d’agneau grillées. Goûtée un an auparavant, la version 2012 (70 % Carignan, 25 % Grenache et 5 % Syrah) s’annonçait joliment au nez, avec en bouche des notes fruitées plus éclatantes et une belle fraîcheur étalée jusqu’en finale. Sur les deux vins, l’impression est légère (13° d’alcool affichés) et la matière très agréable, sans aucune lourdeur ou notes excessives de boisé. Une durée optimale de garde ne devrait pas dépasser 6 ans, jusqu’à 10 ans dans une très bonne cave. La cuvée est commercialisée 19 € départ cave, ce qui est un peu élevé à mon sens. Mais il est vrai par ailleurs que la bouteille a beaucoup d’allure. Et les rendements de ces vignes est tellement bas qu’il tau bien trouver le juste prix !

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Michel Smith

 


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#Carignan Story # 255 : Je suis Manif, pas vous ? Bof !

On est d’accord : après les folles journées de la semaine qui vient de s’écouler, pas sûr que les gars de Charlie verraient d’un bon œil toutes ces pompes et circonstances, tous ces chefs venus en jets d’états, gardes du corps inclus, tous ces politiciens désireux de faire bonne figure derrière une vraisemblable première ligne composée de Hollande et de ses comparses Matteo, Angela, David, Mariano, d’autres encore. Pourvu qu’ils n’entonnent pas la Marseillaise ! Moi, que voulez-vous, je suis manif à l’ancienne. Je kiffe cette ambiance foutoire qui me rappelle l’odeur des merguez grillées à la sauvette sur le pavé de Paris que l’on avalait (les saucisses, pas les pavés…) entre deux joints persuadés que l’on allait refaire le monde.

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Tout en cheminant sur le macadam, j’aime les parfums heureux de la zizanie, le mystère joyeux des rencontres, le mélange iconoclaste de ces jeunes délurés et de ces pépés syndiqués sagement coiffés d’une casquette de laine ou d’un feutre de pacotille. Voir ces médaillons, slogans griffonnés à la hâte, tracts maladroits, crayons brandis, vieux numéros de Charlie en pancartes, tout cela me réjouit. Plus encore lorsque je vois des compatriotes « arabes » ou « africains » qui n’ont pas peur ni honte de dire que la France est leur pays.

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C’est pourquoi je serai ce matin Place Catalogne à Perpignan avec – on ne sait jamais – le renfort d’une boutanche de Carignan, d’un verre et d’un tire-bouchon dans ma musette. Pourquoi l’écrire ici me direz-vous ? Simplement parce que je me sens libre de le faire, de vous en parler. Et que le Carignan, ce brave roturier que l’on a tenté d’éradiquer sans succès, ce cépage paysan que l’on a failli oublier, revient timidement sur le devant de la scène, tel un artiste qui a du talent mais qui n’ose le montrer. Le vin de Carignan, vin de manif, en voilà une bien bonne !

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Si je dis cela c’est parce que le Carignan a un petit côté frondeur en lui, un coquin qui saurait bien se tenir, malgré tout. Oui, ne pas provoquer, éviter l’excès. Comme celui goûté l’autre jour au restaurant étoilé de Pierre Louis Marin, à Montner. Il s’agit d’un Côtes Catalanes « Bérénice » 2010, millésime assagi s’il en est, vinifié par le Domaine Ologaray-Sansa, à Vingrau. Un illustre inconnu, pour ce qui me concerne. Il faut le dire : ce Carignan n’a pas fait l’effet d’une bombe sur la cuisine pourtant posée du chef. Il était du genre « sage », comme son prix d’ailleurs qui, si mes souvenirs sont bons, ne dépassait pas les 20 € sur table.

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Au départ, j’ai fait « bof » ! Rien de spécial, pas grand chose à dire.

C’était équilibré, frais, manquant peut-être un peu de fruit et de fond, avec un soupçon d’acescence en fin de bouche. Jusqu’au moment où j’ai eu l’idée, par simple curiosité, de changer le verre et de le verser dans un verre plus ventru et plus large, le genre de verre que l’on réserverait à un Volnay. Merci au maître d’hôtel, Patrick, de m’avoir laissé faire cet essai. Il s’est avéré concluant, puisque j’ai fini la bouteille. Reste que je reviens sur mon appréciation du début : « Bof » ! Ce sera le mot de la fin.

Je suis Charlie

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