Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Ça c’est de la techno !

Passée la Toussaint, je ne m’attendais pas à trouver une boutique ouverte dans les parages de la plage de Paulillesla maison Cazes (groupe ADVINI) est ici chez elle depuis qu’elle a racheté Les Clos de Paulilles, entre Port-Vendres et Banyuls-sur-MerSouvenez-vous, je vous en disait du bien, des Paulillesil y a peu.

Ce matin-là, elle était grande ouverte, cette boutique où les produits Cazes, du Vinaigre de Banyuls au Muscat de Rivesaltes en passant par une foultitude de rosés et de rouges à la gloire du Roussillon ne manquent pas. Étant en villégiature (comme disent les vieux) chez mes amis Nivet qui m’ont proposé en leur absence de garder leurs chambres d’hôtes du Domaine de Valcros, à cent mètres de là, pendant quelques jours, j’ai flashé (comme disent les jeunes) sur une nouveauté doublement nouvelle.

Paulilles, la baie et ses vignes vues d'en haut cet automne. Photo©MichelSmith

Paulilles, la baie et ses vignes vues d’en haut cet automne. Photo©MichelSmith

Ben oui, quoi, cet ex-Vin de pays devenu Côtes Catalanes, n’en déplaise aux pinailleurs, est non seulement Nouveau, mais pour la première fois – du moins j’espère ne pas me tromper – vinifié en rosé. Il est sorti vers la mi-octobre, un mois avant la vague des primeurs d’AOP. Et comme j’avais des salades à croquer, avec les anchois du pays, je me suis dit que ce 2015, tout frais, tout beau, tout nouveau, tout bio, tout techno, ferait bien mon affaire. À 6 € la bouteille dûment vissée, je ne pouvais pas trop me tromper. Et je puis l’affirmer désormais, c’est un achat sans risques pour tous ceux qui fréquentent les rayonnages des magasins bio.

Photo©MichelSmith

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Les amateurs de musique techno y mettront peut-être leur grain de sel, sais pas moi, du jus de pamplemousse Made in Florida avec moult glaçons. Pourquoi pas ? Mais ce serait dommage car ce vin a beau être techno à fond la forme, il parade non sans un certain brio. En bon supporter des vins de Tariquet, je l’ai goûté à une température tempérée, c’est-à-dire autour de 20°, une idée sournoise, comme pour mieux mettre en avant ses défauts.

Eh bien figurez-vous que de défauts il n’a point, pas de poils dans le potage ni de mouches dans le confiturier, pas un pet de travers ! Bon d’accord, la robe est aussi pâlichonne qu’un rosé de Provence avec cette teinte pêche de vigne à peine rehaussée de reflets grisés. Paraît que c’est ce qui marche, que c’est ce que la clientèle demande de Dunkerque à Tamanrasset. Oui, je sais, le nez se montre aimablement fruité sur de légères notes de pastèques, de grenade et de fenouil, sans oublier l’inévitable petite touche vernissée qui respire la techno bien faite. Et alors ? Bonbon anglais dîtes vous ? Non, je ne trouve pas. Pour accentuer l’offense faite aux amateurs de vins qui ne marchent qu’aux vins nus et vivants, ce rosé est plein, savoureux et pulpeux en bouche. En outre, il est bien plus long qu’une queue de cerise !

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Techno ou pas, au passage, j’en profite pour mentionner ce superbe blanc bu la veille, un échantillon envoyé il y a longtemps par Patrick Reverdy et son fils Laurent, du Château La Voulte Gasparets, par ailleurs un des grands crus des Corbières. Si ce domaine me déçoit quelque peu en rouge (moins de Carignan ?), il me séduit de plus en plus en blanc prouvant s’il en était besoin aux yeux des je-sais-tout que le blanc est – à mon avis – l’avenir du Languedoc et du Roussillon. Et ce Corbières, probablement marqué par le Rolle, n’était plus très jeune (2012) en dépit des apparences. C’est toujours bon signe, ça.

Michel Smith

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#Carignan Story # 294 : dans la série du pas cher

Bonne surprise l’autre jour lors d’une visite éclair à Maury : mes amis de la Cave Les Vignerons, la coopérative si vous préférez, me tombent sur le choux en brandissant fièrement une bouteille. « Tiens, c’est notre nouvelle cuvée de Carignan dans la série des Maurynates. On vient d’avoir une médaille d’or à Paris !« , me lance l’infatigable Aurélie Pereira, la jeune présidente du cru. Ici, beaucoup d’amateurs croient volontiers que le secteur n’est couvert que de Grenaches sur schistes, mais Maury et la Vallée de l’Agly, c’est aussi un peu le domaine du Carignan comme ont pu le constater les habitués de cette rubrique. Goûté sur place en début d’été, je n’étais guère emballé par l’échantillon présenté. Je me suis donc offert une autre bouteille ouverte récemment.

Photo©MichelSmith

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Comme il se doit, ce Côtes Catalanes Vieilles Vignes 2014 commercialisé à 6,20 € sur la boutique en ligne de la Cave, est bien marqué par son paysage chaleureux et rocailleux. Au nez, on a des notes assez concentrées, voire corsées, de figue, prune, café, épices avec des touches de garrigue. La bouche est souple et l’alcool ressort plus que l’acidité requérant, du moins à mon goût, une consommation à température cave (13 à 14°). Avec des tannins assez marqués sur une trame de fruits cuits paraissant très mûrs, la finale, sans être très allongée, est bien dessinée. Voilà une très honnête bouteille qui n’aura aucun mal à se mesurer dans les mois qui viennent à une bonne viande !

Michel Smith 

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#Carignan Story # 293 : le parti pris du petit prix

Cerné par 500 ha de garrigue et une centaine d’hectares de vignes, allure toscane au pied des Corbières un peu à l’écart de l’Agly et de ses flots capables des pires débordements, le Château de Jau offre une halte paisible en fin d’été avec une boutique qui ressemble plus à une galerie d’art qu’à un magasin ou « caveau de vente » classique. Cela tient à coup sûr de la passion pour l’art contemporains qui anime la famille Dauré depuis des lustres, Sabine et Bernard en particulier. Leur rencontre avec Benjamin Vautier, dit Ben, l’artiste Napolitano-Niçois dans les années 90 a donné naissance à une collection de vins dits « de soif » faciles et sans prétention, connus sous le nom de Jaja de Jau, série d’abord déclinée en rouge, rosé et blanc, puis augmentée depuis quelques années par une brochette de vins de cépages pour la plupart « internationaux », dont une cuvée heureusement laissée au Carignan.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour moins de 5 €, j’ai trouvé cette bouteille dans le rayon vin de mon hyper Carrefour, à Claira, au nord de Perpignan, magasin dans lequel je ne m’aventure guère plus d’une fois par an pour acheter les choses essentielles que vous imaginez et que je glisse dans un chariot en ferraille. Le plus souvent par simple curiosité, j’en profite toujours pour jeter un coup d’œil au rayon vins. Parfois, comme cette fois-ci, je suis pris par une envie d’achat en espérant tomber sur quelque chose d’intéressant.

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Ce petit prix est une sorte de parti-pris chez les Dauré. Cela s’explique par une vendange mécanique, des vinifications rondement menées, un appel au négoce si la récolte maison ne suffit pas et un gros tirage qui peut dépasser le demi-million d’exemplaires. Résultat, ce Côtes Catalanes 2014 au nez rustique mais sans défaut, s’annonce souple et légèrement corsé en bouche, avec ce qu’il faut de fruit pour retenir l’attention, peu de complexité et encore moins de longueur. Pourtant, il remplit son rôle de « vin de l’amitié » surtout si l’on décide de l’ouvrir et de le servir bien frais avec des tapas, saucisses grillées et autres plats simples, avant un bon match de rugby à la télé. Les grincheux et les âmes sensibles n’auront qu’à s’abstenir !

Michel Smith

Le boudin catalan et le Puch 2015 Photo©MichelSmith


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Carignan 292 : Tiens, voilà du boudin !

Parfois, j’ai l’impression de la ramener un peu trop… Ainsi, l’autre Samedi, alors que la troupe de vendangeurs amis rentrait de quelques heures passées à la vigne du Puch sous les bourrasques d’un vent du Sud qui, pour une fois, balayait le ciel chargé de lourds nuages, je découpais fébrilement quelques tranches d’un boudin noir et bien catalan acheté chez Marion Puig, à Thuir.

L'équipe de la vendange 2015 se retrouve chez François Douville, au Domaine des Conques. Photo©MichelSmith

L’équipe de la vendange 2015 se retrouve chez François Douville, au Domaine des Conques. Photo©MichelSmith

Fidèles à la coutume qui veut qu’à ce moment précis nous attaquions le repas des vendanges par le débouchage de quelques flacons du Carignan nouvellement mis en bouteilles (le 2014), je me suis laissé emporter par le suspense pas toujours très agréable que provoque la dégustation de son propre vin… enfin, celui que je fais en compagnie de mes camarades associés. On le mire, on le tournoie, on le fait se fondre en bouche, tout cela pour s’entendre dire qu’il est bien entendu différent de celui du précédant millésime, qu’il pétille encore un peu sur la langue, qu’il est dans le style 2011 mais bien meilleur que 2012, qu’il paraît léger, qu’il est chamboulé par la mise et que, finalement, il conviendra d’attendre la fin de l’hiver qui arrive pour se prononcer.

Vignes du Puch à Tresserre, Le Canigou en Majesté. Photo©MichelSmith

Vignes du Puch à Tresserre, Le Canigou en Majesté. Photo©MichelSmith

C’est à cet instant précis que je tiens mon verre d’une main et que je saisis une tranche de ce boudin noir si bien marbré de museau et de morceaux de langue. Je mange et je bois le plus classiquement du monde refusant de me prononcer si hâtivement sur un vin aussi jeunot. Mais bon, l’épicurien reprend vite le dessus car je remarque une chose d’une désarmante banalité : notre Puch 2014 marche du tonnerre de Zeus avec ce boudin de pays. L’accord est parfait. Un peu comme deux amants qui se trouveraient un goût commun à partager avec amour au beau milieu d’une foule où il y aurait quantité d’autres choses à grignoter.

Le boudin catalan et le Puch 2015 Photo©MichelSmith

Le boudin catalan et le Puch 2015 Photo©MichelSmith

Nul doute que ce commentaire même pas digne d’une page d’un bouquin de Philippe Delerm paraîtra d’une parfaite inutilité en ce Dimanche si spécial pour moi et si ordinaire pour d’autres, mais il y a parfois des constatations capitales qui se doivent d’être soulignées : mon jeune et modeste Carignan 2014 du Puch est un parfait vin de boudin !

C’est déjà ça, non ? Si seulement la Légion pouvait nous en commander quelques cartons, cela mettrait un peu de beurre dans nos épinards !

Michel Smith

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#Carignan Story # 286 : Jour de Têt chez Rouaud

Si vous lisez cette rubrique dominicale depuis quelques années maintenant, vous savez que le Carignan blanc se bonifie avec le temps. « Soit. Rien de plus normal », allez-vous me rétorquer à juste titre, puisqu’il en va de même pour bien d’autres cépages comme le Chenin, le Melon de Bourgogne ou le Chardonnay… Oui, sauf qu’avec le Carignan blanc, le constat est plutôt inattendu. Pour la bonne raison que cela ne fait qu’une ou deux décennies à peine que l’on découvre ses qualités mises en avant le plus souvent d’ailleurs par des étrangers à la région, des vignerons curieux de voir si, à force d’être banalisé, ignoré, méprisé et rangé dans la case des blancs à tout faire, ce cépage au bord de l’éradication n’avait pas quelque chose de nouveau, de transcendant à nous transmettre.

Photo©MichelSmith

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Les révélations en matière de Carignan blanc se sont multipliées ces derniers temps. Toutes se sont opérées à la suite de dégustations de vins vinifiés avec ce cépage lors de ces dix dernières années. Preuve, s’il en est, que j’ai eu raison de lancer cette rubrique. Mais je reviendrai là-dessus la semaine prochaine avec une magistrale et convaincante dégustation organisée à Caux, dans l’Hérault par des amis vignerons. Côté Roussillon, le Carignan blanc (parfois rose ou gris) ne semble pas trop se presser dans l’inscription au rang des volontaires à l’arrachage, c’est le moins qu’on puisse dire. Ils sont une vingtaine à en vinifier le plus souvent avec brio. Et j’ai pu le vérifier une fois de plus avec un Vin de France 2006, Têt Blanc, que Mireille Sauer, membre de Carignan Renaissance, a pu m’obtenir auprès de Jérôme et Sophie Rouaud, du domaine éponyme, deux adorables vignerons qui ont déjà fait l’objet d’une revue de détail dans les premiers mois de cette chronique, article que je n’arrive plus bien entendu à retrouver.

Photo©MichelSmith

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Pourquoi Têt ? D’une part parce que les vignes sont réparties sur des terrasses de la vallée du même nom où le fleuve Têt descend du Carlit sur 120 kms, passant des Pyrénées à la mer via Perpignan, d’autre part parce que Sophie est d’origine vietnamienne et que ce mot lui rappelle certainement les célébrations du nouvel an. Le vin goûté, qui n’est plus en vente dans ce millésime 2006 (à titre d’exemple, le 2013 est à 16 € la bouteille prix départ) et qui n’a pas trop bougé malgré ses presque dix années, a conservé une robe blonde intacte, à peine dorée. Épicé au début, le nez capte des notes de fleurs des champs et de feuillus sur un fond d’essence de citrus. La bouche est ample, puissante, mais ronde, presque grassouillette, tout en conservant de l’équilibre et cette nécessaire fraîcheur altière qui distingue le vin d’un autre. En guise de conclusion, des touches de réglisse et de menthol apportent un peu de joie de vivre et contribue à mettre l’eau à la bouche. À ne surtout pas boire trop froid et à réserver pour un beau poisson paré pour le four.

Photo©MichelSmith

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Chemin faisant, vient ensuite le Carignan rouge, du même domaine, entre temps certifié bio. Joliment intitulé Fleur de Carignan, ce Côtes Catalanes 2014 (7,50 € départ) est d’une tendresse affirmée. Finesse au nez, une certaine allégresse en bouche, il s’achève sur des notes d’amertume fraîche du plus bel effet. Je peux me tromper, mais il n’est pas fait pour la garde et on devrait pouvoir le boire à cheval sur 2015/2016 avant de se pencher sur le prochain millésime. Délicieux sur de classiques pâtes aux tomates fraîches et basilic.

Michel Smith

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#Carignan Story # 285 : La fierté de Dan !

La vie est pleine de surprises. En ce moment, je n’en ai que de bonnes. Par exemple, il faut que ce soit un Lorrain, Daniel Folz, restaurateur installé à deux enjambées du Massif des Baux, en Provence, qui lors de ses visites en Roussillon via les Corbières m’informe de l’existence d’un pur Carignan. Moi, le soi-disant expert, le spécialiste international, l’amoureux fou, l’inconditionnel, celui qui commence à être submergé par le nombre impressionnant de vins de Carignan qu’on lui propose de par le monde – j’exagère, bien sûr ! -, moi qui rejette désormais la moitié des échantillons goûtés par un magistral « non, ce n’est pas bon, pas digne de ma rubrique !», il me faut désormais faire appel à mes amis pour trier le bon grain de l’ivraie, débordé que je suis par le flot carignanesque… Bon, redevenons sérieux un instant.

Dan Folz et sa trouvaille... Photo©MichelSmith

Dan Folz et sa trouvaille… Photo©MichelSmith

Merci donc à mon pote Daniel, Dan pour les intimes. Car quand il se pose à Perpignan, non seulement il me fait plaisir en sollicitant une rencontre amicale autour d’un verre, mais en plus il ne débarque jamais les mains dans les poches. Ou alors si, mais toujours avec une bouteille – certains parlent de quilles alors qu’ils n’y ont jamais joué – sous le bras ou nichée dans la poche de son blouson. Tenez regardez donc vers la photo du dessus comme il à l’air fier de poser près de son dernier trésor qu’il doit me faire goûter. Aussi fier que Sébastien Agelet du Domaine De Mena lorsqu’il a vinifié ce vin pour la première fois dans sa cave de Paziols, dans l’Aude. Fier d’avoir cueilli ces grappes noires accrochées aux vignes plantées par son papi, le brave Augusti. Au bon vieux temps où le vin qu’il en tirait pouvait encore s’appeler Corbières ou Corbières du Roussillon sans avoir à s’abriter sous une autre dénomination.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Celui-ci est un 2014, la deuxième vinification en Carignan de ce jeune vigneron barbu qui fait aussi un Cinsault fort remarqué. Et son prix départ cave avoisine les 10 €. Il arbore les couleurs de l’IGP Côtes Catalanes car les vignes se trouvent juste derrière la frontière qui sépare l’Aude des Pyrénées-Orientales, un endroit où l’on se sent encore ancré dans le massif des Corbières. Le nez est discret, mais fin, avec une pointe de tabac blond. Le jus est droit, dense, fruité, acidulé même, dans un registre plutôt bien ciselé. La finale est gentiment marquée par les tannins et l’on devine que le vin a encore besoin de passer un ou deux ans en bouteilles avant d’offrir ce qu’il a de meilleur. Mieux, je reste persuadé qu’il sera encore bien debout lorsque l’on attaquera la prochaine décennie.

Michel Smith

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L'escalivade et le Carignan blanc. Photo©MichelSmith


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#Carignan Story # 284 : de cargolade en escalivade…

Prenez un vigneron sympa comme le Sud en produit des tonnes. Philippe Modat, par exemple, sur lequel j’ai déjà écrit tout le bien que je pensais ici. Dans son vignoble enchanteur de Cassagnes, en plein Fenouillèdes, il recevait cet été ses amis parisiens parmi lesquels je m’étais incrusté sachant d’une part que Philippe est le roi de la cargolade et d’autre part que sa maman passe pour être la madone de la cuisine catalane ! Comme d’habitude, il y avait son copain, le vigneron Jean Gardiès, ténor du Roussillon, accompagné de son épouse, Christine. Leur Carignan rouge 2010 Les vignes de mon Père a déjà fait l’objet d’un article dans ces lignes, article que je n’ai pas retrouvé dans les archives de notre ancien hébergeur, mais dont j’ai heureusement gardé une trace sur mon ordinateur…

Vue sur le Domaine Modat à Cassagnes. Photo©MichelSmith

Vue sur le Domaine Modat à Cassagnes. Photo©MichelSmith

Voici ce que m’inspirait ce rouge, il y a 2 ou 3 ans : Cette cuvée, je l’ai goûtée l’autre jour à Perpignan chez Jean-Pierre Rudelle, marchand de vins de son état. C’était dans sa version 2010, en vente à l’heure actuelle au prix, certes conséquent, de 20 € (au Domaine Gardiès, on a toujours considéré à juste titre que les vins, fussent-ils du Roussillon ne devaient pas être bradés), et je dois dire que j’ai été véritablement impressionné. Élevé en demi-muids, le Carignan sur argilo-calcaire des coteaux de Vingrau, sur la route de Tautavel, étonne à la fois par sa densité, sa profondeur, sa structure bien ferme, sa longueur et sa pureté de fruit. Pas de doute, même si mon observation fait un peu cliché, ce vin fait partie de ces Carignans de légendes qui commencent à fleurir chez quelques maîtres vignerons. Mieux, je dirai que c’est un vin d’intelligence, la conséquence plus d’une réflexion que d’une précipitation.

Photo©MichelSmith

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Lors de cette belle journée estivale, tandis que se préparait la cargolade, Jean Gardiès, que je n’avais pas revu depuis un bout de temps et dont les vignes sont désormais certifiées bio, nous a fait la surprise d’ouvrir une de ses nouvelles cuvées, un rare Carignan blanc. Je dis rare, or ce n’est pas tout à fait le cas puisque de plus en plus de vignerons mettent en avant ce cépage que l’on croyait relégué aux oubliettes il y a seulement 20 ans, mais qui revient pourtant en force ces temps-ci dans pas mal d’assemblages ou dans les cuvées où il est vinifié seul.

Photo©MichelSmith

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C’est le cas ici avec ce Côtes Catalanes 2014 qui ne figure même pas sur le site Internet du domaine et dont le prix de vente se situe autour de 20 €. Il offre du charnu, un semblant de rondeur charmeuse en attaque, mais aussi et surtout une magistrale structure empreinte de fraîcheur laquelle maintient le palais en éveil tout en encadrant la bouche de sa persistance. Bien sûr qu’il allait bien sur les escargots farcis d’aïoli et cuits aux sarments !

Photo©MichelSmith

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Pour mon plus grand plaisir, ce blanc faisait encore plus l’affaire sur l’escalivada de légumes, un plat typiquement catalan, qu’un enfant de 12 ans serait capable de réaliser tant il paraît facile. Ce qui compte pourtant, du moins tel est mon avis, c’est d’avoir à sa disposition un beau plat en terre pouvant aller au four, mais aussi du thym frais de la garrigue, un ou deux feuilles de laurier, une bonne huile d’olive, des poivrons rouges bien épluchés, de l’ail, des oignons de Toulouges, des aubergines et des courgettes du potager coupées en longues lamelles… sans oublier une grand mère cuisinière pour bien surveiller le plat afin qu’il ne brûle point. Cependant, chacun a sa recette, son petit plus, son truc.

L'escalivade et le Carignan blanc. Photo©MichelSmith

L’escalivade et le Carignan blanc. Photo©MichelSmith

Pour vous aider, je vous invite à visionner ici la recette que propose Pierre-Louis Marin, le chef de Montner. Ces légumes confits et croquants se mangent froids l’été. Bien entendu, pour bien l’accompagner, un blanc du pays s’impose dans sa jeunesse, à l’instar des Lucioles du Domaine Modat où je me trouvais ce jour-là et avec lequel je me suis régalé au début. Mais sans faire offense à Philippe, le plat préparé par sa maman (merci Madame !) était comme magnifié par le Carignan blanc de Jean. Sacrés vignerons !

Michel Smith

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