Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


7 Commentaires

Côtes de Gascogne blancs secs, suite et dégustation

Une sélection des meilleurs affaires parmi les vins à moins de 6 euros de cette dégustation

La semaine dernière j’ai présenté d’une manière assez succinte cette appellation qui est la deuxième en taille parmi les vins IGP de France. Mais une mésaventure du clavier vous a privé de l’article prévu, qui incluait mes impressions lors d’une dégustation assez large de ses vins, essentiellement des blancs secs qui dominent la production dans cette région. C’est reparti pour un tour….

Grâce à l’aide d’Alain Desprats, le directeur des Côtes de Gascogne, cette dégustation à l’aveugle a réuni, au Château de Mons, 7 vins rosés, 38 blancs secs et, pour terminer, 9 rouges (dans cet ordre de dégustation). J’aurais peut-être dû demander aussi des échantillons de blancs doux, catégorie dont la production augmente entre 10 et 15% chaque année en Gascogne, mais je n’ai pas voulu en faire plus à cette occasion.

Le vignoble de Gascogne s’enroule sur les pentes généralement douces des collines calcaires du Gers, parmi bocages, bois, champs de céréales et quelques rares zones de pâturage. Cela donne un paysage doux et chaleureux, doré et presque luxuriant par endroits en ce fin de mois d’août. Ce vignoble est en expansion, comme on le voit clairement par le nombre de parcelles de très jeunes vignes. Il est aussi fortement mécanisé, permettant ainsi une réduction de coûts significative, ce qui explique aussi, en dehors des qualités propres des vins, sa grande réussite commerciale qui est très largement fondée sur des exportations. Les domaines sont souvent (mais pas toujours) assez grands pour un pays viticole comme la France, dépassant régulièrement les cent hectares.

Les cépages plantés laissent une trace claire de l’origine de ce vignoble, qui est essentiellement le résultat d’une reconversion de l’ancien vignoble produisant de l’Armagnac à partir d’une majorité d’Ugni Blanc, avec le Colombard en appoint. Entre parenthèses, je n’ai jamais bien compris pourquoi on n’appelle pas cette première variété par le nom de son pays d’origine (l’Italie), c’est à dire Trebbiano, car je trouve que cela sonne tellement mieux que Ugni Blanc. En tout cas cette variété est encore bien présente dans certains assemblages, à côté du dit Colombard, mais aussi du Sauvignon Blanc et d’une part croissante de Gros Manseng. Un peu de Chardonnay et de Petit Manseng complètent ce portefeuille pour les cépages blancs. Avec la liberté qui caractérise la catégorie des IGP, on peut y produire vins issus de mono-cépages ou d’assemblages, selon sa volonté.

Mes préférés

Voici mes préférés dans la catégorie des blancs secs. L’ordre de la présentation respecte l’ordre de la dégustation qui a commencée avec les vins les plus légers. A ce propos, il est intéressant de noter que beaucoup des vins, du moins dans la première partie, titrait autour de 11% d’alcool, chose devenue très rare de nos jours, exception faite de l’Allemagne. Je signale aussi que j’avais demandé des échantillons de deux cuvées au maximum par producteur pour éviter tout biais en faveur des gammes les plus larges.

Tariquet Classic 2016

(Ugni blanc, Colombard, Sauvignon, Gros Manseng : prix 5,60). Un pionnier de la catégorie et un vin d’une belle régularité qui s’est encore confirmée à cette occasion. Ne tirez pas sur le pianiste, il fait très bien ! J’ai l’impression que cette cuvée a gagné en profondeur aussi. Le nez fin et relativement complexe trouve confirmation en bouche avec un bel équilibre entre fruit et acidité, de la netteté et une longueur qui fait honneur dans cette catégorie de prix (14/20).

Domaine Saint-Lannes, Signature 2016

(Colombard, Gros Manseng, Ugni Blanc : prix 5,60). Malgré un côté un peu herbacé, ce vin a un bon équilibre générale et reste très agréable dans le registre d’une fraîcheur bien ciselée (13,5/20).

Domaine Arton, Les Hauts d’Arton 2016

(Colombard, Sauvignon, Gros Manseng : prix 6,20). Ce domaine est le plus à l’est de l’aire, près de Lectoure. Son joli nez fin a un aspect fumé qui rajoute de la complexité. Belle tenue en bouche, sur le versant de l’austérité mais avec du fond (13,5/20).

Les Hauts de Montrouge 2016

(Colombard, Sauvignon : prix 4 euros). Produit par la cave coopérative de Nogaro, ce joli vin a un beau nez dont les accents toastés/grillés font penser à un usage bien dosé de bois, mais cela serait surprenant. en tout cas il évite bien les excès de thiols qui guettent souvent les vins de ces deux cépages. De la finesse et une très belle acidité. Un des meilleurs rapports qualité/prix de cette dégustation. (14/20)

Villa Dria, Colombard – Sauvignon 2016

(prix 6 euros). Vivacité et intensité se retrouvent en équilibre dans ce vin. On peut appeler cela « minéralité » si cela vous plaît. En tout cas un joli fruit citrique, du volume et de la longueur (14/20).

Caprice Colombelle 2016

(Colombard, Gros Manseng : prix 5,50). Un des nombreux vins de l’autre géant de la région, l’excellente Cave de Plaimont.  Nez fin et complexe qui rajouté une certaine complexité à sa vivacité naturelle. En bouche on découvre des saveurs de fruits exotiques sans la moindre sensation de lourdeur (14/20).

Domaine de Miselle 2016

(Colombard 80% et Gros Manseng : prix 5 euros). Un concurrent sérieux pour le prix du meilleur rapport qualité/prix de cette dégustation. Un beau nez assez plein, et de jolies saveurs qui évitent toute caricature via une texture raffinée et des saveurs bien maîtrisées (14,5/20).

Domaine de Joÿ, Sauvignon Blanc 2016

(prix 6,20).Un joli sauvignon blanc, bien vif et reconnaissable mais pas trop vert. Sa jolie fruité et sa bonne tenue en bouche lui donne du coffre et de l’élégance (14,5/20)

Domaine Saint Lannes, Gros Manseng 2016

(prix 6,60). Le deuxième vin de ce producteur, que je ne connaissais pas auparavant, à sortir à l’aveugle. Ce vin possède un gras que je n’avais pas encore senti dans la série. Changement de cépage sans doute. Belle intensité et longueur et un excellent équilibre entre fruité et texture (14/20).

Domaine Laffitte, Sauvignon – Gros Manseng 2016

(prix inconnu). Nez bien parfumé par des notes de vanille. Il y a du bois ? Cela semblerait se confirmer en bouche avec une très belle matière arrondie et bien équilibrée. Une certaine richesse pour la catégorie mais sans aucune lourdeur pour ce vin raffiné (15/20).

Domaine Chiroulet, Terres Blanches 2016

(Gros Manseng, Sauvignon Blanc, Ugni Blanc : prix 6,50). Un très bon vin avec un certain volume, du gras et un équilibre intéressant entre fruit et matière; droit et fin avec une belle longeur (14,5/20).

Domaine de Cassaigne 2015

(Gros Manseng, Colombard : prix 7 euros). Deuxième vin de la Cave de Plaimont a réussir son examen de passage ! Ce domaine de 30 hectares entoure le Château de Cassaigne, ancienne résidence d’été de évêques de Condom, et est géré par Plaimont depuis son centre à Condom. Du volume au nez, en partie grâce à un élevage bien maitrisé : à signaler que ce vin a un an de plus que la plupart des autres. Très belle texture mais une certaine fermeté, voire une pointe d’amertume en fin de bouche. Cela lui donne un caractère à part (14/20).

Domaine de Pellehaut, Réserve Famille Berault 2015

(Sauvignon, Chardonnay Gros Manseng, Petit Manseng : prix 13 euros). Son beau nez semble marqué par le chardonnay et par un élevage réussi. La texture suave confirme pour ce vin complet, fin et d’une très belle longueur en bouche (15/20).

Les Maestrojuan, père et fils, qui produisent le vin ci-dessus et possèdent deux domaines : Entras et Bordenave.

Entras, Lo Cèu 2014

(Petit Manseng, Ugni Blanc, Colombard : prix 15 euros). Mon coup de coeur de toute la dégustation des blancs secs, à tel point que j’en ai acheté après une visite à ce domaine tenu par la famille Maestrojuan. Lo Cèu signifie le ciel en gascon, mais cette cuvée s’appelait auparavant Planeta ce qui lui a valu quelques ennuis avec le producteur sicilien éponyme ! La robe est aussi intense que le nez. Vin riche, gourmand et puissant en bouche. Long et très bon (15,5/20).

A signaler aussi que j’ai dégusté récemment, mais hors ce cadre (et donc pas à l’aveugle), un excellent blanc sec de Petit Manseng du Domaine Pellehaut, qui se confirme comme un des autres leaders de l’appellation sur le plan qualitatif.

 

En conclusion

Il est difficile de trouver des vins blancs secs d’un meilleur rapport qualité/prix que les Côtes de Gascogne (hormis peut-être les Muscadets). Ce que confirme leur réussite commerciale. La semaine prochaine je vous parlerai des rosés et rouges que j’ai dégustés. Le bilan était plus nuancé, même si l’échantillon était plus étroit.

David

 

 

 

 

 


36 Commentaires

Incursion brève chez Tariquet…

Comme souvent, le dernier papier de David me fait réagir .

Il se trouve que, comme lui, j’ai toujours eu un faible pour l’IGP Côtes de Gascogne à l’instar de ce colombard appuyé de 30 % de sauvignon du Domaine de Bordes à la fois très peu cher, lisse et éclatant de fraîcheur en bouche. Il faut aussi goûter celui du Domaine de Millet où le colombard joue cette fois-ci avec l’ugni blanc (40 %) donnant une bouche un peu grassouillette parfois, mais pleine de rebondissements. Le Domaine de Pellehaut, bien sûr, avec son Été Gascon certes empreint de douceur, mais ô combien frais en finale, sans parler de son Ampéloméryx qui associe cinq cépages blancs dont le chardonnay et le sauvignon. Et tant d’autres vins à commenter… Ceux de la maison Rigal par exemple, qui fleurent si bon le Sud-Ouest : Les Touterelles ou Il était une fois le Colombard. Sans oublier ceux, bien sûr, d’Alain Brumont ou de la cave de Plaimont, comme le souligne David. Bien d’autres encore…

IMG_5034

Paysage typique du vignoble Gascon… Photo©MichelSmith

Tariquet : un petit film sur le vignobles…

Tout cela me fait penser à Tariquet qu’il est devenu bien vu par les temps qui courent d’insulter à longueur de commentaires assassins et de messages aussi bêtes que méchants sur les lignes des réseaux sociaux. Tout cela parce qu’une bande d’intellos rétrogrades auto déclarés amateurs de vins d’artisans ou d’artistes (quelle expression suffisante !) s’esclaffe et s’offusque que l’on puisse bâtir en France un domaine de 900 hectares. Contrairement à d’autres, lorsqu’il n’y a rien à boire dans un café en dehors d’un soda merdeux et uniforme, d’un ruineux quart Vichy ou Perrier ou d’une bière industrielle à peine maltée, je me contente volontiers d’un blanc (ou rosé) de Tariquet qui, en plus, me fait l’apéro. Et c’est bien pour cette raison que, tandis que je passais cet hiver à proximité de leur stand sur Vinisud, alors que j’avais quelques minutes d’avance sur mon programme, je me suis pointé sans rien d’autre requête qu’une simple demande : « Est-ce que je peux déguster » ? Bien entendu, des vendeurs empressés et bien sapés se sont précipités sur moi vu qu’ils n’avaient pas grand monde à cette heure plutôt matinale où je goûte le mieux. Pour ma part, j’étais prêt à assassiner, à pourfendre, à dégommer, à tirer à vue sur les monstrueux vins de ces propriétaires qui n’ont d’autre réputation que d’être de gros industriels affichant un score de 8 millions et demi de bouteilles mises en marché chaque année.

Au fur et à mesure qu’il me servait des blancs à parfaite température, j’ai fini par faire comprendre à mon interlocuteur endimanché que je n’étais pas un commercial et que je ne souhaitais pas connaître les caractéristiques techniques de chaque vin avant de déguster, encore moins le prix à négocier à partir d’un certain nombre de palettes. Tout était estampillé Côtes de Gascogne, tout était blanc, rien que du 2013, sachant que nous ne dépasserions pas la barre des 10 euros prix public, c’est tout ce qu’il me fallait savoir et je n’en demandais pas plus. Hélas, l’encépagement était marqué sur la bouteille, mais je n’en fis pas un drame dans la mesure où j’ai réussi à l’exclure de mon esprit en dégustant.

Premier vin : un chenin/chardonnay tout simple, grassouillet, marqué par un petit fruit, le truc sans vice ni vertu. Passons et excusons nous auprès de lui tant il est vrai que le premier blanc du matin n’est jamais transcendant…

Second vin : le « Classic », soit 40 % du volume du domaine, ce qui doit faire plusieurs centaines de milliers de cols. Un assemblage très couleur locale, très « pays » avec 35 % de colombard, 45 % d’ugni blanc, 10 % de gros manseng et 10 % de sauvignon. Approche sur la rondeur, très belle fraîcheur par la suite et finale un poil sur la sucrosité. À 5 euros le flacon, j’ai aimé sans honte et j’en ferais volontiers mon apéro du soir pour célébrer ma victoire à la pétanque. N’en déplaise à mes suiveurs de Facebook.

Troisième vin : un chardonnay frais, droit, équilibré, pas passionnant pour mon goût, mais très bien bâti et fort probablement à la hauteur d’un plat de crustacés genre langoustines mayonnaise.

Quatrième vin : un sauvignon pur tout aussi frais que le précédent, bien dense en bouche, bien dans sa peau et bigrement jovial pour finir. À 6,50 euros, j’en fais volontiers mon apéro et je le sers même sur ma terrine campagnarde.

Cinquième vin : un « Réserve » brut de cuve, donc refusé. Tout de même goûté, je l’ai jugé trop boisé. D’où le risque à faire goûter des vins en cours d’élevage… Et qu’on ne me dise pas qu’un pro doit pouvoir tout affronter…

Sixième vin : un gros manseng et chardonnay attaquant et vif, dense, copieux, jolie petite longueur et finale sur le fruit. À 7,50 euros, ça m’irait bien pour un poulet à la crème ou une volaille à l’estragon.

Sixième vin : un chardonnay « Tête de Cuvée » 2011 moyen et un peu trop savonneux à mon goût.

Septième vin : un « Rosé de Presse » 2013 tout simple mais bien frais et bon, sans plus.

Huitième vin : un marselan 2013 aussi alerte et frais que le précédent, tout en rondeur avec de jolies touches poivrée. À 7 euros le flacon, j’ai peut être meilleur. Mais là encore, si je suis dans une banale brasserie avec un lapin tout aussi banal malgré la moutarde, je prends !

ugniblanc-g

Conclusion : Tariquet – à qui, je ne dois rien et qui n’a rien à me vendre – est un domaine sur lequel on peu compter avec des vins (je n’ai pas tout goûté, car il y en avait d’autres) corrects et sans prétention autre que celle de faire plaisir dans l’immédiat. Maintenant, si ça ne plaît pas à certains qu’ils aillent se faire empapaouter. Je dis ça gentiment, les gars alors, c’est pas la peine de monter sur vos grands chevaux ou de me montrer vos crocs ! Et en plus, je signe…

Michel Smith