Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Chantecôtes, à Sainte-Cécile-Les-Vignes

A Sainte-Cécile-Les-Vignes (Vaucluse), la Cave Chantecôtes vinifie les raisins issus de quelque 850ha, centrés sur les communes de Sainte-Cécile et de Lagarde.

80 hectares sont déjà classés en Côtes-du-Rhône-Villages Sainte-Cécile (dont la moitié en bio).

Dans leur magnifique caveau de dégustation, au centre du village, les coopérateurs proposent un assortiment assez complet de Côtes-du-Rhône (simples ou villages, et même un Cairanne), que j’ai pu déguster en compagnie de la direction. Celle-ci n’avait pas hésité à proposer des 2016 tirés sur cuve, notamment des Sainte-Cécile (puisque la nouvelle mention naîtra avec ce millésime). Une certaine dose de témérité, alors que les vins n’étaient pas tout à fait prêts, mais surtout une belle preuve de confiance dans le nouveau «Villages».

Voici ma sélection.

Chantecôtes Côtes du Rhône Villages (futur Sainte Cécile) 2016

Le grenache, dominant dans l’assemblage est cependant quelque peu éclipsé au nez par le carignan et la syrah, qui donnent à cette cuvée toute jeune un petit côté sauvage ; on les retrouve en début de bouche, avec de la réglisse et du fumé ; puis, sa majesté le grenache reprend ses droits ; tout en puissance, il en impose ; une agréable sensation de gras, confortable (sans doute du glycérol).

Chantecôtes Cuvée C Cairanne 2014

2014 a été un millésime idéal pour la syrah et Chantecôtes en a tiré le meilleur parti ; sans être monstrueux, ce Cairanne a pas mal de structure ; j’aime ses notes de cuir et sa finale un peu rugueuse. Il n’a pas vu le bois. 7,9 euros.

Côtes du Rhône Cuvée Les Deux Chapelles 2012

Beaucoup de syrah dans cette cuvée qui nous offre de la prune, de la mûre, de la figue et de belles épices : le bois est bien intégré (Chantecôtes a préféré un élevage demi-muids), c’est complexe, complet. 13,60 euros.

Côtes du Rhône Saint-Vincent 2012

Joli nez de prune, de fraise et de cerise ; en bouche, le bois et ses épices prennent le relais ; les tannins sont très lisses ; belle matière. Issu de grenache, syrah, carignan et mourvèdre, ce vin a passé 12 mois en fûts de chêne (neufs et usagés). Ne changez pas la recette ! 8,55 euros.

 

En résumé: une bonne adresse pour qui cherche des Côtes-du-Rhône loyaux et marchands, aux prix tout à fait honnêtes. Et même, pour certains, une petite touche de folie qui témoigne d’une certaine recherche, et qui plaira à l’oenophile. La coopération dans ce qu’elle a de plus authentique et de plus sincère.

 

Hervé Lalau


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Rouge Bleu, à Sainte Cécile-les-Vignes

Rouge Bleu. Derrière ce joli nom se cache (très peu) un joli domaine de Sainte-Cécile, nouvelle dénomination des Côtes du Rhône Villages avec mention de commune.

A l’écart du bourg, avec vue sur la garrigue et au fond, les fameuses dentelles de Montmirail, Rouge Bleu est exploité depuis 2012 par un jeune couple de passionnés; Caroline est Australienne, œnologue de formation; Thomas, lui, est Vosgien, et a fait lui aussi carrière dans le vin, mais du côté commercial.

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Les Dentelles, vues de Rouge Bleu (Photo (c) H. Lalau 2016)

«Inspiration biodynamique», petits rendements, cuvées spéciales, exportation, la philosophie des deux associés ne les porte pas vraiment à la facilité. Et pour boucler les fins de mois, ils tiennent aussi des chambres d’hôtes (charme et calme garantis).

Voici trois cuvées de rouges (pas bleus) illustrant leur travail commun, respectueux des fruits de mère nature, mais oenologiquement très précis. Je précise qu’il s’agit des cuvées à la vente, car ici, on aime laisser aux vins le temps de se faire.

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Une autre Dentelle, en bouteille, celle-là (Photo (c) H. Lalau 2016)

Dentelle 2013

La fraîcheur du Carignan, la souplesse du Grenache, dans un style tout en… dentelle qui révèle plus qu’il ne couvre. La pureté du fruit (prune, cerise) se développe du premier nez jusqu’à la finale en bouche ; l’élégance de la texture est soulignée par des tannins très lisses et une pointe d’épices douces.15/20

Mistral 2012

70% Grenache, complétés de Syrah et de Mourvèdre, nous offrent un vin assez gourmand ; un nez de mûre, une bonne structure assez souple, des tannins bien fondus. Etonnamment jeune pour un 2012. La vendange, non éraflée, fermente lentement et à basse température, pour plus de finesse – et le but est magistralement atteint. Elevage en barrique usagée pendant un an puis 18 mois d’affinage en cuve béton.

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Est-ce le vent qui donne sa fraîcheur à ce Mistral gagnant? (Photo (c) H. Lalau 2016)

Mistral 2014

Une acidité un peu plus marquée que dans le 2012. Le nez de cerise est relevé par de la cannelle; la bouche commence tout en délicatesse, mais se développe peu à peu, jusqu’à devenir opulente; à la cannelle du nez se mêlent du romarin, de la gentiane et des herbes sèches. Les tannins sont robustes, mais suaves, et sa belle fraîcheur de ce vin fait tout à fait oublier ses 14 degrés d’alcool.

Côtes du Rhône Villages Sainte Cécile

Re-situons le domaine dans son contexte et son actualité: 15 caves particulières et 3 coopératives se partagent la nouvelle mention Sainte Cécile. Celle-ci voisine avec la nouvelle AOP Cairanne, à l’Est (et oui, ça bouge dans le Rhône, au moins côté Méridional!), et avec Suze la Rousse, au Nord. Son aire  (1370ha) est plutôt caillouteuse, surtout au Sud ; ce sont les fameuses garrigues, des parcelles assez planes où affleurent les galets roulés. Des sols qui mélangent le calcaire, le sable et l’argile, qui donnent des vins fruités, épicés, et moyennement structurés (avec, bien sûr, des nuances dues à la patte du vigneron).

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Qui veut des cailloux? (Photo (c) H. Lalau 2016)

 

Je compte sur notre ami Georges Truc pour nous en détailler l’histoire géologique (est-ce la même qu’au Plan de Dieu?)… me doutant que les galets ne sont pas arrivés là par l’opération du Saint Esprit.

Hervé Lalau img_0702

http://www.rouge-bleu.com/fr/


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Trois petits jeunes qui montent entre Sablet et Séguret

Ils sont trois, ils sont jeunes, à la tête de petites structures, et ils font du vin en Côtes du Rhône Villages Sablet ou Séguret.

L’analogie s’arrête là, car ils ont chacun leur histoire, leur personnalité.

N’empêche qu’ils détiennent chacun une parcelle de l’avenir de ces terroirs, promis, à ce qu’on dit, à devenir des crus à part entière.

Village_de_SéguretSéguret, le village, son mamelon et ses vignes (Photo Véronique Pagnier)

Darricau-Vaillé

Julien Darricau est Landais, tombé dans le vin et dans le Vaucluse par passion. Marine Vaillé, sa compagne, est Héraultaise, et se charge de tout ce qui touche à la commercialisation. Ils ne font rien comme tout le monde: ils ne possèdent ni vignes ni caves, habitent au pied du Ventoux, mais achètent leurs raisins à Sablet ou Séguret, et vinifient chez des amis.

Cette cuvée, par exemple:

Côtes du Rhône Villages Séguret 2013, cuvée « Scène de Ménage »

Le fruit de Monsieur Grenache et de Madame Syrah…

S’il boude un peu au premier nez, ce vin a le sang chaud: un peu d’agitation, et il nous jette à la figure, non pas le vase de belle-maman, mais un très joli fruit noir, et puis des notes florales (violette, jasmin?) qui reviennent en bouche. Celle-ci surprend par sa fraîcheur et ses tannins serrés. 10 euros.

Ménage

Domaine de Crève Cœur

Pablo Höcht n’est pas de famille vigneronne (son père est artiste-peintre). Après des études d’ingénieur chimiste, il se tourne cependant vers l’œnologie ; il trouve un emploi à Gigondas, chez l’excellent Louis Barruol (Saint Cosme); puis en parallèle, en 2010, démarre son propre domaine, sur 2 puis 5 ha, à cheval sur Plan du Dieu, Sablet et Séguret. Difficile de choisir entre ses différentes cuvées – même le rosé est de toute beauté. Allez, en voici deux…

Pablo1Pablo Höcht et ses vins sont comme sa cave: béton brut! (Photo (c) H. Lalau 2015)

Sablet 2013

Issue d’une parcelle de 2ha en terrasses, plantée de vignes de 80 ans (80% grenache et 20 mourvèdre), cette cuvée a été vinifié en cuve béton, élevée douze mois barrique non neuve. C’est un vin de petit rendement, et de raisins non éraflés.

Très dense, il présente un côté austère, au départ; mais à l’aération nous parviennent des superbes notes balsamiques, avec un peu d’alcool de prune;  la bouche est énorme, mais heureusement, une note d’amertume vient rafraîchir la finale, compensant la faible acidité. Impressionnant.

Séguret 2014

Très floral au nez (violette, romarin, sous bois); en bouche, du fumé, encore de la prune, une sacrée présence et pour finir en beauté, une pointe de sel et de réglisse. Un vint brut de décoffrage, et qui présente un beau potentiel de garde. 12 mois de barrique.

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Domaine Malmont

Fils de l’ancien propriétaire du domaine de la Cabasse, Nicolas Haeni s’est trouvé un nouveau terrain d’expérimentations sur les hauteurs de Séguret – ou plutôt, il se l’est créé, en tout cas terrassé, avec son ami Josep Luis Perez, du Mas Martinet, en Priorat; avant de le planter à raison de 4.000 plants à l’hectare, «pour une production plus qualitative». Malmont, le nom de son domaine, reprend simplement celui de son lieu-dit.

Nicolas y observe que les maturités sont plus tardives que dans le bas de Séguret (2 semaines plus tard en moyenne qu’à la Cabasse, par exemple), ce qui confère plus de fraîcheur aux vins.

Le premier millésime produit a été 2013 ; en 2015, Nicolas table sur 15.000 bouteilles (blanc et rouge).

Malmont2Un Suisse à Séguret: Nicolas Haeni (Photo (c) H. Lalau 2015)

Malmont Blanc 2014

Cette roussanne présente un nez très fin de fruits jaunes, avec quelques notes fumées; en bouche, c’est un subtil mélange de gras et de fraîcheur, de miel et d’amer.

Malmont Séguret 2014

La finesse est de rigueur en rouge aussi; le côté carré et la fraîcheur de la syrah, la rondeur et gras du grenache: c’est le meilleur des deux mondes, dans une approche plus policée que polissonne. La finale surprend par sa délicatesse florale, pour un vin aussi puissant!

Malmont

En guise de conclusion

Nous autres journalistes avons souvent la tentation de généraliser, de trouver une explication qui concilie tout. Ici, pourtant, malgré un dénominateur commun – la zone de production, je ne vois aucune morale à l’histoire, aucune recette reproductible – ces trois exploitations et leurs vignerons sont aussi différents qu’on peut l’être, leurs vins aussi. Peut-on parler de relève, de passage de témoin, de nouvelle génération, de nouvelle typologie de vignerons? Je n’en sais rien. Marc le dira mieux que moi, il connaît beaucoup mieux le Rhône que moi.

Sans doute qu’en en visitant trois autres domaines, mon impression eut été encore différente. Mais là, pour moi, c’étaient trois coups de coeur; pour les vins, et aussi pour les gens qui les font. C’est ce que j’aime dans ce métier. La découverte; et les vins qui donnent envie de parler. Pourquoi bouderais-je mon plaisir, surtout quand je peux le partager?

Attention, ce sont de petites exploitations, il n’y aura peut-être pas du vin pour tout le monde…

 

Hervé Lalau

Et un grand merci à Interrhône pour la balade…


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Ardèche, des vins troglodytes

Préhistoire et Ardèche, voilà qui va bien ensemble

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Le relief calcaire très découpé de la région recèle bon nombre de grottes, dont certaines étaient déjà occupées par l’homme il y a des dizaines de milliers d’années. Nos ancêtres aurignaciens buvaient déjà le nectar des dieux, et auraient par conséquent précédé les Géorgiens, va savoir. Qui oserait affirmer qu’ils n’élaboraient pas quelques crus très prisés jusqu’au-delà du Rhône et que les marques rouges, ces gros points appliqués avec la paume de la main, ne veulent pas tout simplement dire: ici, se sont bues 30 outres de cuvée mammouth en l’honneur de la Mère.Ardèche préhistoire 2015 108

Histoire de se la jouer façon cavernicole

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En l’honneur de nos ancêtres de bien avant les Gaulois, nous avons fait une dégustation dans la grotte de Saint Marcel. Après une petite visite des beautés lapidaires, nous nous sommes concentrés sur les flacons apportés ou plutôt descendus. En lice sous la voûte karstique, les vins des Côtes du Rhône ardéchoises. Une bien belle sélection bue dans des conditions presque idéales, l’atmosphère de la grotte est des plus pures, T° et pression y sont adéquates. Voici quelques coups de cœur.

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Et puis non. Avant d’en faire les commentaires, il faut expliquer le vrai pourquoi d’une dégustation dans un tel lieu. Tout simplement parce qu’on y élève du vin! Raphaël Pommier, du Domaine Notre Dame de Cousignac, a eu l’idée de faire vieillir quelques barriques au fond de la grotte. Après l’accord rapide du directeur et nettement moins rapides des autorités, il a pu descendre 36 hl et obtenu que ses collègues vignerons de Saint Marcel et environs puissent y entreposer 1.200 bouteilles. C’est tout frais, nous n’avons par conséquent pas encore suffisamment de recul pour percevoir l’influence de l’endroit sur l’élevage en barriques ou l’affinage en bouteilles.

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Bon, voici donc quelques coups de cœur (pris sur l’ensemble des Côtes du Rhône ardéchoises). Je ne parlerai pas des robes, à la lueur des bougies, c’est plutôt compliqué de s’en faire une idée.

Mistral 2013 Côtes du Rhône Domaine de Coulange

Du fruit qui développe ses notes graciles de framboise, de cerise et de myrtille avec modération mais grande constance, il suffit d’être patient pour en avoir plein la bouche et en apprécier la saveur fraîche, juste enveloppée d’une trame tannique soyeuse.
Assemblage : 80% de Grenache et 20% de Syrah (5,50€)

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Domaine de Couron 2012 Côtes du Rhône Village

Entre puissance et élégance avec une belle amertume qui évoque la racine de gentiane et apporte une saveur et une fraîcheur toute particulière aux arômes de cade, de genévrier, avant de souligner les gelées de cassis et de groseille légèrement poivrées.
Assemblage : Grenache, Syrah et Mourvèdre (7,30€)

Le Chapitre 2011 Côtes du Rhône Domaine du Chapitre

Très élégant au nez, puis en bouche on mord dans le charnu des fruits, un jus gourmand s’en écoule teinté de menthol rafraîchissant. La longueur évoque les mêmes fruits, mais cette fois confits et épicés de poivres et de cannelles.
Assemblage : 60% Grenache et 40% de Syrah (10€)

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Cuvée des Galets 2012 Côtes du Rhône Domaine Nicolas Croze

C’est une cuvée pour Michel, un 100% Carignan d’un rustique sympa, un vin de repas, croquant et jovial comme on les aime, quand on aime ça, vin de partage un peu bourru qui a l’élégance paysanne, une superbe tension minérale saline et des tanins mûrs certes mais qui ne laissent pas les papilles indifférentes. (10€)

La Calade 2013 Côtes du Rhône Villages Mas de Libian

Quel jus superbe, coloré de poivre, de violette, d’iris, de mure, de fraise, cela n’arrête pas, une volubilité fruitée délicieuse que la soie tannique laisse couler à plein flot. Frais, gourmand, riche, mais aussi raffiné et bien équilibré, ce vin se boit avec délectation.
Assemblage : 90% de Mourvèdre et 10% de Grenache (12€)

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Côtes du Rhône 2013 Domaine Notre Dame de Cousignac

Très sympa, à le sentir, on a l’impression de marcher dans la garrigue au moment où les premiers rayons chauds du soleil emportent les effluves jusqu’à nos narines. Les tanins fins se maculent d’un fruité délicat rehaussé d’une impression saline qui fait saliver.
Assemblage : 63% de Grenache, 32% de Syrah et 5% de Counoise (7€)

Per El 2014 Côtes du Rhône Villages Domaine Saladin

Un blanc pour changer, frais et savoureux, avec cet accent citronné qui d’emblée rafraîchit autant le nez que la bouche. Un rien de gelée de pomme pour l’onctueux de la texture, du minéral pour la tension, c’est bien, la tension, puis du poivre, de la groseille blanche pour allonger la fraîcheur, et finir sur du poivre avec un rien de cumin pour bien fixer les impressions savoureuses sur les papilles.
Assemblage : Marsanne, Bourboulenc, Viognier, Clairette rose et blanche et Grenache rose (19€)

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Diamant Rouge 2012 Côtes du Rhône Cellier des Gorges de l’Ardèche

Un joli jus qui s’écoule tendrement et nous comble de joie florale et fruitée aux parfums de violette et de griotte. Les tanins sont délicats et ne font aucune entrave au développement aromatique.
Assemblage : 80% de Syrah et 20% de Grenache (10€)

Viognier Côtes du Rhône 2012 Château Rochecolombe

Un Viognier d’une étonnante fraîcheur qui rappelle le citron, jus et écorce compris, par conséquent à la fois acide et amer mais tout en subtilité, histoire de s’affirmer avant de céder à la rose et à la violette sans oublier la confiture d’abricot. (7,20€)

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Côtes du Rhône Villages 2014 Vignerons Ardéchois

Bien structuré, le vin déploie rapidement ses fragrances de fruits rouges et noirs agrémentés de senteurs de garrigues. Les tanins bien sympas offrent leur soie. Jolie petite longueur sur les fruits épicés.
Assemblage : Grenache et Syrah (5,50€)

Après, on est bien content de retrouver le soleil, même si ce jour-là il nous faisait passer de 12°C à 36°C en une centaine de marches.

Et ayons une pensée pour Grârtep, le meilleur vigneron solutréen (s’il faut en croîre les entailles sur stalagmites)…

Ciao

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Marco


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Les Villages sur la voie du Cru : Signargues (IV)

Ce sera mon dernier morceau sur ce thème pas très populaire il est vrai – je m’en rends compte après coup – des nouveaux villages qui se donnent un air de cru. À ma demande, le Service de Presse d’Inter-Rhône, le gouvernement en quelque sorte des vins de la vallée, m’avait fixé un rendez-vous avec le Président de l’appellation Côtes du Rhône Villages Signargues afin de m’organiser, le lendemain du salon Découvertes en Vallée du Rhône, une dégustation des vins là où il le souhaiterait le plus pratique. Ce fut arrangé fissa dans les murs de la Cave Coopérative de Rochefort-du-Gard, plus connue sous le nom des Vignerons du Castelas. C’est dans une salle de cette dernière cave qu’une bonne douzaine d’échantillons furent rassemblés à l’invitation du Président Francis Fabre, lequel fut mon guide ce jour-là. Sur les quelques 25 domaines qui revendiquent cette appellation, y compris ceux qui adhèrent aux deux petites coopératives locales (trois si on ajoute un adhérent de la cave de Tavel), cela fait une bonne moyenne, même si l’on aurait pu s’attendre à plus. Il y avait aussi quelques échantillons du négoce local qui marque de plus en plus son intérêt pour le secteur.

En plein mistral sur le plateau de Signargues, le Président Francis Fabre. Photo©MichelSmith

En plein mistral sur le plateau de Signargues, le Président Francis Fabre. Photo©MichelSmith

Signargues ne correspond aucunement au nom d’une commune, mais bien à celui d’un lieu-dit qui empiète sur 4 communes gardoises, Rochefort-du-Gard, la plus importante, Domazan, Estézargues et Saze, le tout à 10 km d’Avignon, pas très loin non plus de Tavel. En choisissant ce lieu-dit, le tour était jouable pour envisager d’être dans la nouvelle fournée des villages, il y a 10 ans déjà. En effet, le site concerné par Signargues fait partie d’une série de trois vastes plateaux-promontoires qui se voisinent orientés nord-sud et rassemblent par la même occasion la grosse majorité des vignerons concernés par l’appellation.

Le village d'Estézargues. Photo©MichelSmith

Le village d’Estézargues. Photo©MichelSmith

Nous sommes ici dans la zone la plus précoce de la vallée du Rhône, la plus méridionale aussi. Recouvert de galets roulés rougis par l’oxyde de fer (parfois sur une couche de deux mètres), ce bel ensemble qui préfigure la garrigue gardoise est composé d’un socle argilo calcaire avec, en profondeur, d’importantes langues argileuses qui font que la zone ne souffre jamais en période de sécheresse. De ces terrasses planes et fort ventées appelées ici « plaines », on distingue à l’est le Rhône défiler vers son delta en une plaine alluviale très fertile surveillée par Châteauneuf-du-Pape, les Dentelles de Montmirail et le mont Ventoux. Cette disposition confère une réelle unité au « cru », parfaitement dans l’esprit de ces « villages avec indication géographique ».

Prêt pour la dégustation ! Photo©MichelSmith

Prêt pour la dégustation ! Photo©MichelSmith

Dans cet ancien lit du Rhône doté de grandes parcelles, la vigne est mécanisée à 80% pour ne pas dire plus, sur près de 500 ha en production avec presque autant en potentiel. Le cahier des charges de Signargues impose le Grenache noir à 50% minimum, lequel doit être complété par de la Syrah et/ou du Mourvèdre dans une proportion minimale de 20%. Il reste quelques vieux Carignans autorisés en cépage secondaire. Voici mes commentaires des Côtes du Rhône Villages Signargues dégustés ce matin-là, dans un ordre parfaitement aléatoire, tous du millésime 2013 et tous en bouteilles. Dans la mesure du possible, le prix de vente départ cave vous sera donné.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Domaine de Magalanne, Lou Biou. Pointe fine et agréable au nez, souple et facile en attaque, belle fraîcheur persistante sur une matière présente sans être imposante. À 40% Mourvèdre, 20% Carignan et 40% Syrah, ce Biou, qui désigne le taureau en provençal, ne m’apparaît pas conforme aux règles d’encépagement de l’appellation (à moins que j’aie mal compris) puisqu’il n’a pas de Grenache. En revanche, le raisin a été vendangé à la main et le vin a passé 10 mois en barriques. 9,50 €.

Domaine des Romarins. Simple, facile, chaleureux tout en étant vif, sans grande longueur, mais très agréable à boire maintenant. Grenache et Syrah à égalité, avec 10% de Mourvèdre. 7,50 €.

-Château des Coccinelles. Belle robe, nez sur la réserve, bouche pleine, sérieuse, mais non dénuée de fraîcheur, le vin est bien en place et se révèle finalement assez facile à boire sur une belle viande saignante. Avec de beaux tannins pour veilleurs, Syrah et Grenache à égalité, on peut attendre 2 à 3 ans. Une de mes meilleures notes. Certifié bio, 10 €.

Photo©MichelSmith

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Domaine du Fournier, Les Vignerons du Castelas. Nez fin de tabac et de garrigue, les 30.000 bouteilles de ce domaine adhérent à la coopérative de Rochefort-du-Gard, font montre d’une belle fraîcheur et de notes de réglisse. À ma demande, j’ai pu goûter à titre de curiosité le 2012 que j’ai trouvé bien bâti et armé d’une matière dense et solide. Majorité de Syrah et 30% de Grenache, c’est le meilleur rapport qualité-prix : 6,20 €.

Photo©MichelSmith

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Maison Chapoutier. Élevé en cuve béton sur une année, le vin livre de la fraîcheur en attaque, puis des sensations de vieux bois, laurier, épices. Bonne longueur et jolis tannins, plus dans l’élégance que dans la fermeté. À boire entre maintenant et 2017. Syrah et Grenache. 10,10 €.

Maison Bouachon, Les Bariannes. Sous la houlette du groupe Skalli, cette maison de Châteauneuf-du-Pape présente un Signargues facile d’approche au nez légèrement rustique. Heureusement, il se signale en bouche avec une belle fraîcheur et une longueur estimable. D’ici 2017, 7,50 €.

Pierre-Henri Morel-Ferraton. Basé à Tain-L’Hermitage, ce vigneron nous gratifie d’un vin assez élégant de prime abord qui semble assez marqué par la Syrah, même si on nous annonce aussi du Grenache. La bouche est ferme et dense, manquant un peu de charme si l’on se souvient du nez. 7,50 €.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Domaine Marie Blanche. Vinifié par Jean-Jacques Delorme, de Saze, cette cuvée au départ un poil rustique va terminer la dégustation avec ma meilleure note. Le vin fascine par sa plénitude, son épaisseur, sa densité, son fruité intense, sa longueur en bouche et ses beaux tannins assez solides qui vont le conduire au moins sur 5 ans de cave. Grenache, Syrah, Mourvèdre, 15.000 bouteilles, 7,50 €. Un bel achat.

Domaine de la Valériane, Les Cailloux. Très belle robe et nez composite de vieux bois, tabac, épices… On sent de l’épaisseur, du solide, des tannins assez marqués, un style très concentré. Un peu trop même. Pas de fiche technique.

Domaine des Boumianes. Joli nez, mais bouche assez étriquée, rustique, voire simplette. 60% Grenache, 30% Syrah et reste Mourvèdre. Très petite cuvée (2.000 bouteilles) élevée 11 mois en cuve béton. Certifié bio. 8 €.

Cave Coopérative d’Estézargues, Granacha. Pas de fiche technique pour ce vin non filtré qui doit, de par son nom, être très axé sur le Grenache. Un rouge jovial, ample, large, opulent, facile et généreux, doté d’une bonne longueur. Une de mes meilleures notes.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Château Terre Forte. Sans fiche technique, on arrive à savoir quand même que le vin est fait de Grenache, Syrah, Mourvèdre et Carignan et qu’il est élevé en barriques de trois vins. Les nez s’annonce complexe et fin, mais la bouche est excessivement parfumée (noix de coco ?) et de ce fait pratiquement ingoûtable.

Domaine des Amariniers, Cave de Tavel. Un seul adhérent en Signargues à la coopérative de Tavel pour un vin passe-partout, assez bien équilibré, idéal sur une grillade. 6 €.

Michel Smith


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Rhône-sud: le Plan et le Massif sur la voie du Cru (III)

Voilà deux Côtes du Rhône Villages – avec mentions géographiques, faut-il le préciser – déjà bien en place, deux Villages qui font le bonheur des explorateurs de bons vins en même temps qu’ils font honneur à leurs terroirs. Pour continuer ma série en beauté, nous avons là, avec le Plan de Dieu et le Massif d’Uchaux, deux appellations qui à mon humble avis sont en train de se forger une belle réputation parmi les amateurs de vins du Rhône méridional. Ce que je dis est purement gratuit et n’enlève rien à la valeur des Gadagne ou autres Puyméras mentionnés dans mon précédent article. Sans oublier Signargues, que j’explorerai pour vous jeudi prochain,  lors de mon dernier article sur le sujet des nouveaux villages qui se donnent des airs de crus.

Sont ils faux ou sincères ces villages-crus ? Les prétentions de leurs vignerons sont-elles justifiés ou abusent-ils bassement de la situation ? Usent-ils de leurs réelles valeurs ou de leurs bonnes relations politiques ? Comme toujours, ce seront les consommateurs qui auront les derniers mots : ils diront plus tard si, comme Vacqueyras ou Vinsobres avant eux, ils ont vu justes. Pour ma part, j’ai goûté ces vins non pas à l’aveugle, mais en allant de stand en stand et en priant à chaque fois le vigneron pour qu’il ne me récite pas sa fiche technique avant que je puisse tremper mon nez et mes lèvres dans son vin. Il va sans dire que tous les producteurs n’étaient pas exposants à Découvertes en Vallée du Rhône. Il y aura donc des absents dans ce qui suit… Dans la plupart des cas en cliquant sur le nom du domaine, vous aurez accès à son site Internet.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Plan de Dieu, j’y crois !

Une ancienne et vaste garrigue aujourd’hui colonisée par la vigne mais autrefois de si mauvaise réputation que, pour la traverser, il fallait s’en remettre à Dieu ! Du moins, c’est ce que dit la légende. Ce plateau uniforme et plat de 1.500 ha survolé de temps à autre par les jets de la base aérienne d’Orange, a pour originalité d’être recouvert d’un amas de gros galets roulés sur une épaisseur de 10 mètres. Ils reposent tantôt sur une couche d’argile bleue, tantôt sur des safres gréseux, socles qui heureusement maintiennent la fraîcheur et attire de ce fait les radicelles de la vigne qui sans cela auraient du mal à produire tant ce lieu peut devenir fournaise en été. Outre le Grenache, on y trouve aussi le Mourvèdre attiré par la chaleur des lieux, mais aussi la Syrah, le Carignan, la Counoise, le Picpoul, le Terret… L’appellation célèbre tout juste ses 10 ans et le secteur a toujours attiré les négociants les plus exigeants. Le Plan de Dieu concerne les communes de Jonquières, Camaret-sur-Aigues, Violès, Travaillan, toutes du Vaucluse. Décrétée en 2004, avec effet rétroactif pour le millésime 2003, elle rassemble une trentaine de domaines, dont certains assez importants. Autre originalité : elle est dirigée par un binôme de présidents enthousiastes, Alain Aubert et Hugues Meffre. Seuls huit domaines s’exposaient à Découvertes en Vallée du Rhône.

Domaine Le Grand Retour

Repris en 1999 par les Domaines André Aubert, cette vaste propriété de 150 ha nous donne un 2012 (60% Grenache, 30% Syrah et reste Mourvèdre) au nez fin et sans grande manifestation en bouche en dehors d’une structure d’apparence légère et des tannins souples. Le 2013 est un peu plus frais et long confirmant un bon « niveau villages » pour un prix qui va avec : 6,50 € départ cave.

Cave Les Coteaux du Rhône

Crée en 1926 et basée à Sérignan-du-Comtat, la cave regroupe 180 viticulteurs dont quelques uns sur le Plan de Dieu. Leur cuvée Panicaut 2012 pourrait aussi bien revendiquer la simple appellation Côtes-du-Rhône tant elle manque de précision et de définition. L’acidité se fait sentir et l’intensité du fruit est très moyenne. Grenache à 60% et Mourvèdre pour compléter.

Domaine Rose-Dieu

Damien Rozier, jeune vigneron de Travaillan, fait honneur à son appellation avec un 2012 à la fois plein, dense et épais, capable de tenir encore en cave 4 à 5 ans. Tannins présents mais fins. Grenache en majorité, puis Syrah et Mourvèdre avec un élevage en barriques. Le domaine ne compte qu’une dizaine d’hectares. Un bel investissement pour un peu moins de 7 € la bouteille départ cave.

Photo©MichelSmith

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Domaine des Pasquier

Basé à Sablet, ce domaine de 85 ha en travaille près de la moitié sur le Plan de Dieu. Leur 2012, prêt à boire, se présente sous de bons auspices (joli nez complexe de gibier à plumes, de truffe et d’épices), avec une attaque plutôt souple et aimable et une petite fraîcheur qui tient jusqu’en finale. Majorité de Grenache avec 35% de Syrah et 10% de Mourvèdre. 8,50 € départ cave.

Château La Courançonne

Ce domaine de Violès couvre 70 ha de vignes dont 50 % sur le Plan de Dieu et une bonne part (85%) acheté par le négoce local, ce qui est loin d’être un mauvais signe quand on connaît les noms des acheteurs. Le 2012 Gratitude s’intéresse aux plus vieux Grenaches (40%) mais se partage le reste à égalité entre Mourvèdre et Syrah. Le nez est encore sur la réserve et l’on ressent une présence affirmée en bouche avec une nette fermeté. Plénitude et harmonie en dépit d’une légère amertume qui ne choquera pas certains palais. 8,70 € départ cave.

Photo©MichelSmith

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Domaine de l’Arnesque

Propriétaire aussi en Châteauneuf-du-Pape au lieu-dit de L’Arnesque, le domaine possède un vignoble sur le Plan de Dieu avec des vignes que l’on peut qualifier de « vieilles ». Le seul domaine à présenter un 2011, j’avoue le trouver très évolué et sans grand intérêt. Prêt à la mise, on me présente le 2012 plus frais, d’une certaine densité s’achevant sur une finale peu enthousiaste. Proposé à 8,50 €, le vin est très Grenache (65%), complété par 20% de Syrah, 10% de Mourvèdre et 5% de Carignan.

Duvernay Vins Millésimes

Négociant à Châteauneuf-du-Pape, cette maison centenaire propose des vins sur presque tous les crus rhodaniens. Un seul Villages est sur la liste et c’est le très Grenache (75 %) Plan de Dieu que je goûte dans sa version 2012. Dès le nez on sent l’amour du travail bien fait. C’est copieux, dense et tannique avec des notes de cuir un peu « vert » qui réclame que ce vin séjourne encore quelques années en cave.

Domaine Lucien Tramier

Le plus beau 2012 goûté sur cette appellation : superbe éclat en bouche, beaucoup de densité, de fraîcheur et de gourmandise sans parler de tannins fort civilisés. Ce domaine de Jonquières privilégie les vieilles vignes de Grenache (70%) et de Syrah avec de longues macérations et un élevage de 10 mois en barriques. À 7 € départ cave, voilà une belle affaire !

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Massif d’Uchaux, c’est chaud !

Les amateurs bien informés fondent beaucoup d’espoir dans cette appellation désormais bien établie depuis son décret paru en 2005. Situé au nord d’Orange et de Châteauneuf-du-Pape, le massif est en fait un îlot rocheux assez boisé composé de grès et de sables siliceux où la vigne s’étage jusqu’à 250 mètres d’altitude ce qui tempère un peu mon titre. Disons pour résumer que les vins sont souvent assez chaleureux, mais qu’heureusement l’altitude vient renforcer la matière en fraîcheur et en fruit. «Ici, le système racinaire est obligé de se frayer un passage, d’où une montée de sève très longue favorable à la concentration et à la minéralité», explique notre géologue Georges Truc, fervent lecteur des 5 du Vin.

Une vingtaine de domaines, dont certains très connus, occupe le territoire viticole en compagnie de trois caves coopératives, celles de Sérignan-du-Comtat, de Sainte-Cécile-les-Vignes et de Rochegude qui comptent pour un tiers de la production. Entre 250 et 300 ha de vignes sont concernées par l’appellation, mais le potentiel est estimé au double sur les communes vauclusiennes de Lagarde-Paréol, Mondragon, Piolenc, Sérignan-du-Comtat et Uchaux. Comme pour le Plan de Dieu, deux présidents veillent au grain, Arnaud Guichard et Éric Plumet.

Georges Truc et les deux présidents du Massif d'Uchaux. Photo©MichelSmith

Georges Truc et les deux présidents du Massif d’Uchaux. Photo©MichelSmith

Domaine Vincent et Dominique Baumet

Basé à Rochegude, les Baumet exploitent 35 ha dont la moitié va à la coopérative. Ils ne vinifient que 10 % de leur production en Massif d’Uchaux. Équilibré, un 2010 (55% Grenache, 40% Syrah, reste Carignan) se goûte sans difficulté associant fraîcheur discrète et souplesse de bon aloi. Un 2012 goûté en magnum se boit facilement et n’affiche pas réellement une grande idée de ce que l’on pourrait atteindre au sein d’un cru. Environ 14 € départ cave, 47 € pour le magnum, une cuvée spéciale.

Cave Les Coteaux du Rhône

Déjà cité plus haut pour son Plan de Dieu, la version Massif d’Uchaux de cette cave coopérative me déçoit une fois de plus. Il s’agit d’un 2013 Arbouse qui affiche pas mal de dureté en bouche ainsi qu’un manque de fond. La cave revendique la plus grosse production du Massif d’Uchaux avec 29 ha que se partagent ses adhérents.

Domaine Saint-Michel

Magali et Bertrand Nicolas sont entourés de pins, de chênes verts et de genêts sur un domaine planté de 20 ha de vignes, dont 4 ha consacrés au Massif d’Uchaux. Leur cuvée générique 2011, un tantinet rustique, se présente dans un registre simple et facile, sans charme particulier.

Domaine de la Guicharde

Sur Mondragon, ce domaine est certifié en biodynamie à partir du millésime 2013. En attendant, le 2012 Genest (2 ans d’élevage en cuve), 60% Grenache, Syrah pour le reste, offre une belle vivacité, de la densité et une matière chaleureuse. Ouvert la veille, le 2011 se fait plus facile d’approche. Environ 13 € départ cave.

Château Simian

Propriétaire à Câteauneuf-duPape, la famille Serguier possède 26 ha de vignes dont 4 ha en Massif d’Uchaux, sur Piolenc. Leur cuvée Jocundaz 2013, 70% Grenache complété par la Syrah, offre une belle densité en attaque, une puissance chaleureuse avec heureusement un fruité qui vient rafraîchir l’atmosphère et une impression de minéralité en finale. Un bel achat à 10 € la bouteille départ cave. Un autre 2013, cuvée La Louronne, vinifiée à partir de vieux Grenaches, est plus sur la complexité avec un nez composite (herbes sèches, tabac, menthe sauvage…), de la souplesse en bouche, beaucoup de chaleur, un beau développement et une finale sur le fruit cuit (15 €). Une valeur sûre.

Domaine La Cabotte

En biodynamie (certifié en 2007), également propriétaires en Châteauneuf-du-Pape, Marie-Pierre Plumet et son mari, Éric, vinifient 3 cuvées en Massif d’Uchaux. Goûtée en 2013, la cuvée Garance (50% Grenache, le reste partagé à égalité entre Syrah et Mourvèdre) annonce un grand vin. Nez poivré et truffé, bouche droite tout en étant envoûtante et chaleureuse, joli fond de fruit, harmonie, élégance et longueur, tout y est au prix de 12 € départ cave. Un peu plus chère (15 €), la cuvée Gabriel 2012, moitié Grenache, moitié Syrah (cette dernière éraflée), propose un nez sur la finesse et une bouche plus arrondie, plus grasse, avec une belle présence fruitée. On sent le vin bien assis sur son socle (ici de la lauze blanche calcaire) après un élevage de 16 mois dont un tiers en demi-muids d’occasion.

Photo©MichelSmith

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Domaine des 5 Sens

Basé à Rochegude, ce domaine de 50 ha met la totalité de son vin en bouteilles et ce qui est déclaré en Massif d’Uchaux représente 15% de sa production. La cuvée 2012 La Vue offre un assez joli nez épicé, mais le vin en bouche, en dépit de quelques tannins sympathiques et d’un fruité affirmé, n’en reste pas moins plutôt légère , voire simplette. Un peu plus de 10 € départ cave.

Château d’Hugues

Avec 6 ha en culture dite « raisonnée », la cuvée 2012 présentée par le chef de culture Grégory Payan affiche un nez assez minéral sur une robe pas très soutenue. Mais le vin est dense, serré, très puissant, très long en bouche aussi, avec des tannins bien présents. Le 2009, nez fin et légèrement fumé, offre de l’amplitude en bouche, de la fraîcheur, mais des tannins un peu secs en finale. Le 2004 est tendre, toujours bien marqué par le fruit et élégant sur toute la ligne !

Domaine Crôs de la Mûre

Entre Uchaux et Mondragon, Éric Michel, rejoint par sa sœur Myriam, cultive son domaine de 17 ha en biologie. Près de la moitié de la superficie est classée en Villages Massif d’Uchaux, donnant notamment un 2011 au nez fin et accrocheur, un peu austère en bouche, mais tout de même bien équilibré avec une finale en douceur où le fruit mûr ressort très bien. Élevé en cuve béton, il s’agit d’un assemblage aux trois quarts Grenache associé au Mourvèdre avec un peu de Syrah. 15 € départ cave.

Château Saint Estève d’Uchaux

En biologie depuis 2006, ce domaine s’étend sur 45 ha de vignes, dont près de la moitié classée en Massif d’Uchaux. Une cuvée « générique » à 60% Grenache (le reste en Syrah), se goûte bien en 2012 avec un joli nez fin de garrigue, une certaine souplesse et de petits tannins légers, sans oublier de la fraîcheur en finale et une bonne longueur (8,50 €). Une Grande Réserve 2011 (9,70 €), majorité Grenache avec 40% de Syrah est toujours dans le registre de la finesse au nez, de la densité et de la structure en bouche, un côté imposant contrecarré par une belle fraîcheur et de la longueur. Une autre cuvée Vieilles Vignes goûtée en 2011 et 2012, ne manque pas d’intérêt.

Domaine de la Renjarde

Propriété sœur du Château La Nerthe à Châteauneuf avec le Prieuré de Montezargues à Tavel, La Renjarde s’étend sur 54 hectares travaillés en bio. Le Villages Massif d’Uchaux 2012, commercialisé entre 8 et 9 € selon les sources, a été tirée à 120.000 exemplaires. La bouche est élancée, bien droite, laissant place à une superbe matière ponctuée de notes salines avec une légère amertume en finale et des tannins grillés.

Michel Smith

 

 

 

 

 

 

 

 


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Rhône-sud : les Villages sur la voie du Cru (II)

Je ne sais pas ce qui nous prend à tous, aux 5 du Vin, mais depuis quelques mois nous sommes, semble-t-il, abonnés aux feuilletons, aux reportages fractionnés. Une chose est sûre, ce n’est pas par fainéantise : pour ne parler que de ma pomme (oui, même en vacances, je bosse…), que ce soit au retour d’une dégustation, d’un salon professionnel ou d’un reportage organisé, je m’aperçois que j’ai souvent énormément de choses à raconter. Bon signe, n’est-ce pas ? Signe que mon cerveau tourne rond (enfin, cela reste à voir…), que mon imagination bouillonne et que ma curiosité est loin de m’abandonner. Ce n’est pas pour dire du mal, mais j’ai quelques difficultés à trouver sur la sacro sainte blogosphère pinardière des blogs aussi riches et variés que le nôtre ! Espérons aussi au passage que le site officiel Vins-Rhône.com que je vous recommandais la semaine dernière et qui, à y regarder de plus près, consacre un article aux blogs « influenceurs » du vin, daignera rajouter les 5 parmi sa liste !

Sun un pont d'Avignon... Photo©MichelSmith

Sur un pont d’Avignon… Photo©MichelSmith

À titre d’exemple, je me souviens que lorsque j’étais allé faire une excursion en Toscane, l’an dernier, je m’étais fixé comme règle de ne m’intéresser qu’au seul cépage Sangiovese. Il se trouve que j’ai ramené dans ma besace de quoi alimenter ma part de blog sur 4 jeudis de suite ! Si vous en avez le courage, ça commençait ici. Avec les Côtes du Rhône Villages « suivis d’une mention géographique » (rappelez-vous, je vous briefais sur le sujet jeudi dernier), je compte bien vous tenir en haleine un bon moment, même si, dans l’ensemble, il s’agira de dégustations qui, je l’espère, ne seront pas trop barbantes à lire. Avant d’aller plus loin, il est bon de savoir que, pour l’heure, ces appellations récentes ne concernent que des vins rouges.

Châteauneuf-de-Gadagne. Photo©DanielMariotte

Châteauneuf-de-Gadagne. Photo©DanielMariotte

Commençons ce tour d’horizon par Gadagne, entre Rhône et Durance

Sur la rive gauche du Rhône, Gadagne est la plus récente et la plus modeste de ces nouvelles appellations dont certaines ont 10 ans. Tout part d’un village perché au sud-est d’Avignon, territoire historique que celui des félibres, qui fut d’abord classée Côtes du Rhône en 1937, puis Côtes du Rhône Villages en 1997 avant d’être consacré « presque cru » (appellation dont j’ai la primeur) en 2012. Pour la petite histoire, il eut été logique de lui donner le nom de Châteauneuf-de-Gadagne, puisque tel est son nom en réalité. Or, c’était sans compter sur la réticence des vignerons de Châteauneuf-du-Pape qui firent pression – du moins c’est ce que l’on raconte – pour que cette mention de Châteauneuf soit abandonnée au profit du simple nom de Gadagne. Il en allait de la confusion que le consommateur forcément tête en l’air aurait pu ne pas manquer de faire avec le célébrissime cru papal ! En plus de Châteauneuf-de-Gadagne, quatre communes vauclusiennes peuvent revendiquer l’AOP : Caumont-sur-Durance, Morères-lès-Avignon, Saint-Saturnin-lès-Avignon et Vedène. Les vignes sont situées sur un plateau couvert de galets roulés sur une superficie assez modeste : 34 ha. Ce qui explique qu’il n’y avait que trois exposants de ce cru lors du dernier salon Découvertes en Vallée du Rhône. Or, par étourderie, et je m’en excuse auprès d’eux, quelque peu dérouté par la diversité des lieux préposés à la dégustation, je n’ai finalement dégusté qu’un seul domaine.

Basé à Jonquerettes, présent sur Vacqueyras et Châteauneuf-du-Pape, le domaine qui vinifie des nombreuses cuvées en Côtes du Rhône, dont un excellent pur Grenache, n’en dédie qu’une seule au Gadagne : un Villages 2013 élevé un an en cuve, très marqué par la Syrah âgée de 45 ans (85 %), le reste étant composé d’autres cépages (un peu de Viognier…), franc mais rond en attaque, riche en matière et assez persistant en bouche. Une valeur sûre à 8,10 € la bouteille départ cave.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Puis par le prometteur Puyméras, au pied du Ventoux

Le plus à l’est des « villages crus », dans un paysage accidenté, Puyméras, un village attachant un peu à l’écart des grands circuits touristiques, prête son nom pour la cause du vin à quatre autres communes voisines posées à cheval sur deux départements, la Drôme et le Vaucluse : Faucon, Mérindol-les-Oliviers, Mollans-sur-Ouvèze, Saint-Romain. Les vignes qui se partagent le paysage avec les oliveraies et les champs de lavande occupent des terrasses assez sableuses et caillouteuses sur des terres rouges où l’on note la présence du calcaire. Classées Villages depuis 1979, puis Villages avec mention en 2005, les vignes (majorité de Grenache noir, entre 220 et 600 mètres d’altitude), profitent pleinement des températures nocturnes fraîches qui sont les bienvenues en été et qui donnent des vins très équilibrés. Pour le moment, environ 130 ha sont concernés par l’appellation et seuls deux domaines avaient fait le déplacement sur Avignon.

La cave coopérative de Puyméras compte 235 adhérents qui travaillent sur 1200 ha de vignes dont 120 sur la commune. Tout n’est pas encore déclaré en Puyméras, mais on trouve tout de même trois cuvées de bons rapports qualité-prix arborant l’appellation. La cuvée Comtesse (60% Grenache, le reste en Syrah) offre simplicité et souplesse avec juste ce qu’il faut de corpulence pour une viande grillée (5,60 €) ; pour 20 centimes de plus, la cuvée Chasseur, dominée par la Syrah (90 %), est dense et structurée, marquée par d’aimables tannins ; entre les deux (5,70 €), ma préférence va à la cuvée bio (10% des vins de la cave sont certifiés bio) au joli nez de garrigue (Grenache à 60%, reste en Syrah), à la fois dense et souple en bouche, ce qui n’empêche pas une certaine structure et des tannins agréablement frais.

  • Domaine Bernard

Basé à Saint-Romain, à 3 km de Vaison-la-Romaine sur la route de Nyons ce domaine livre la production de 35 ha à la cave précédemment citée. Sur les 5 ha restant, Ludovic Bernard travaille deux cuvées en Puyméras : l’une en 2012 (80% Grenache) livre un nez fin de garrigue et d’épices sur une bouche ronde et gracieuse, souple mais copieuse, marqués par de sympathiques et fins tannins en finale (7 €) ; l’autre en 2010, baptisée Augustin (le grand-père de Ludovic), est toujours majoritairement Grenache, mais elle est agrémentée par 20% de Syrah et 15% de Carignan. Une grosse partie de l’assemblage passe un an en barrique de deux vins. Cela donne un nez chaleureux au possible, très garrigue (laurier, romarin), une belle densité, beaucoup de précision aussi avec une finale marquée par le fruit rouge (cerise), le tout pour un prix délicieux : 9 €.

La semaine prochaine, nous irons du côté du Plan de Dieu et du Massif d’Uchaux pour finir, par un dernier article, sur les galets roulés de Signargues, dans le Gard.

Michel Smith