Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Revoir Colombo, revivre Cornas !

Enquêtrice de choc, notre Marie-Louise a déjà presque tout déballé sur les frasques du personnage, comme vous pourrez le constater en suivant ce lien. J’ajouterai pour ma part que, pour résumer mon sentiment à chaque occasion où je me retrouve face à lui, Jean-Luc Colombo ne change pas et fait figure de fou génial qui remue ciel et terre pour atteindre son but. La communication étant chez lui une seconde nature, il peut déplacer des montagnes, renverser des obstacles, tout chambouler pour enfin obtenir le résultat, « son » objectif. Il ne le dit pas, mais son credo dans la vie consisterait à faire preuve d’une très forte notoriété face aux vignerons/négociants déjà bien établis entre Vienne et Valence, j’ai nommé Jaboulet, Chapoutier, Guigal et les autres. Un rien mégalo, il veut lui aussi sa part de gâteau sur la carte des grands crus du nord-rhodanien. Malgré tout cela, l’homme ne néglige pas l’amitié, bien au contraire : il la cultive. Et c’est pour cette raison majeure que je suis venu l’embrasser à l’occasion de ses 30 ans de présence et de fidélité à Cornas.

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Des tipis dressés au bas de Cornas pour abriter les festivités de Colombo. Au fond, les vignes de ce petit cru qui ne dépasse pas 200 ha. Photo:MichelSmith

Car il faut bien le dire, hormis la présence d’une ou deux vedettes – qu’il est loin le temps où l’on s’arrêtait sur la 86 chez le grand Auguste (Clape) dans l’espoir d’acheter un ou deux cartons en s’entendant dire : « Désolé, je n’ai plus rien à vendre, mais si vous voulez, j’ai tout à déguster ! » -, Cornas n’a jamais été le cru chéri de la plupart des goûteurs professionnels qui préférent les salamalecs d’un Marcel (Guigal) aux plaisirs plus simples d’un Voge ou d’un Lionnet. Trop au sud ce cru du Nord ! Trop beaujolais comme sonorité que ce Cornas granitique dernier de la liste. Et puis trop Ardèche, trop péquenot… Trop ? Oui, sauf pour des anglais dénicheurs de crus comme Tim (Johnston) ou John (Livingstonelesquels ne rataient rien des vins à découvrir dans ce « couloir magique » où émergeaient d’autres appellations méconnues telles Crozes-Hermitage ou Saint-Joseph. C’était l’époque où l’agriculteur du coin hésitait encore entre les arbres fruitiers et la vigne. Certains faisaient les deux, ce qui était plus rassurant à leurs yeux.

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Bordée par le Rhône, la petite ville de Tain et sa colline de l’Hermitage. Photo: MichelSmith

Alors ? Alors je n’ai jamais compris pourquoi la cote (les prix) d’un côte-rôtie ou même d’un hermitage pouvait être telle qu’elle reléguait Cornas au plus bas de l’échelle. Une injustice de plus à mes yeux de débutant ! Colombo pensait un peu comme moi. Dès son installation à Cornas, alors simple patron avec son épouse, Anne, d’un Centre œnologique toujours en activité, JLC s’est présenté, chemise ouverte et sourire au vent, comme le chantre de cette appellation oubliée et méprisée. Tout en attirant autour de sa personne une bande de jeunes vignerons en quête de gloire et de marchés. Un peu à la manière d’un Georges Vernay, il fonde à leur intention Rhône Vignobles. Ce titi marseillais qui adore cuisiner dans sa cheminée, va se construire un domaine qu’il souhaite inscrire dans la biodiversité puis dans la bio tout court. Parallèlement, il fonde son entreprise au sein de laquelle il révèlera quelques climats notoires devenus depuis les grands représentants de Cornas.

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Colombo (à gauche) et la gastronomie, une longue histoire. Photo : MichelSmith

Non content de développer une société de conseil parallèlement à une boîte de négoce, ce mec nous paraissait fou au point de mettre son vin en bouteille bordelaise pour le vendre au tarif d’un grand cru ! De quoi faire sortir Parker de ses sentiers battus et voir frémir les babines de Bettane. Et maintenant, voilà qu’il dirige une florissante et grande winery en bas du village, rue des Violettes, toujours avec Anne, mais aussi avec sa fille, Laure, véritable ressort ambulant aux joues bien roses, mariée à un vigneron de Saint-Péray et toute jeune maman d’une ravissante petite Lili. La soixantaine engagée, tel un parrain du bas de la Canebière, Jean-Luc Colombo règne en maître sur ses cuves et ses barriques, s’accordant quelques escapades dans son nouveau vignoble proche de son autre base familiale, à Carry-le-Rouet, et de sa chère Méditerranée.

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Photo : MichelSmith

On pourrait faire un livre sur ce personnage de roman. Lors de sa fête bisannuelle si bien décrite par Marie-Louise jeudi dernier, fête à laquelle j’étais également invité, tandis que notre sommelière nationale se débrouillait pour se concentrer sur les vieux millésimes (en 7, depuis 1987) des Ruchets, le cru-phare (et bio) de la famille Colombo, j’ai voulu de mon côté prendre quelques notes sur les vins mis en dégustation libre. J’en ai profité pour me concocter un petit tasting particulier avec l’aide de ma compagne, Brigitte, qui me présentait un à un les vins sans commentaires superflus tandis que j’étais confortablement assis sur une belle chaise en plastique, le carnet posé sur une nappe en papier encombrée de gadgets américains, vu que les US étaient à l’honneur. Ainsi, pour vous punir (ou vous récompenser) d’avoir lu jusqu’au bout, voici mes notes, en commençant par les blancs. Les prix indiqués sont TTC. Lors des Automnales, il y avait des réductions intéressantes sur bon nombre de cuvées.

-IGP Méditerranée 2016 « Les Collines de Laure ». On devine une certaine altitude dans ce vin d’aspect facile (mais pas ennuyeux), ponctué de notes pierreuses et marqué par une belle acidité au point d’être à l’aise sur les huîtres laiteuses de Marennes. 10 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Abeilles ». Assemblage roussanne/clairette, délicat et gras en bouche, il reste dans la simplicité et demande un an ou deux de bouteille pour révéler pleinement ses arômes floraux. 9,90 €.

-Côtes du Rhône 2016 « La Redonne ». Roussanne associée au viogner, ce blanc ne manque pas de tempérament de par sa fraîcheur, sa densité et sa structure forte d’une belle acidité. Sur des charcuteries. 14 €.

-IGP Méditerranée 2015 « Les Anthénors ». Il s’agit d’une clairette plantée sur les hauteurs de la Côte Bleue, près de Carry-le-Rouet, sur la commune de Sausset-les-Pins. Du gras, de la gourmandise et de la largesse en bouche, c’est un vin très élégant, assez inattendu, marqué par la longueur et qui s’accorde à merveille avec les poissons de là-bas. 28 €.

-Condrieu 2016 « Amour de Dieu ». Typé viognier (abricot sec), le vin est tendre à souhait, riche, voluptueux et plein en bouche. Il manque juste à mon goût un poil de structure, mais peut-être est il trop jeune ? Reste, qu’il se conduit fort bien à l’apéro ! 45 €.

-Sain-Péray 2016 « La Belle de Mai ». Le domaine bio de Laure et de son mari, peuplé d’animaux, donne ici un blanc auquel je n’étais plus habitué dans cette appellation : un style intense, tendre et régulier, mais aussi un fond de fraîcheur bienvenue et une très belle longueur. On ne s’en lasse pas ! Ce fut mon blanc favori durant ce week-end, même si j’estime qu’il a encore besoin de quelques années de cave. 28 €.

-Méditerranée 2016 « Les Collines de Laure ». Un premier rouge facile, syrah pure, dense et bien rythmé en bouche, notes viandeuses et épicées. Parfait pour un tajine de poulet ou de pigeon. 10,10 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Abeilles ». Rouge simple où le fruit s’accorde avec les petits tannins poivrés. Un assemblage, grenache, mourvèdre, syrah à boire frais sur de petites grillades. 9,90 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Forots ». Plus de classe à l’évidence : matière bien balancée par l’opulente d’une expressive syrah, voilà un rouge droit dans ses bottes, capable de tenir 4 à 5 ans grâce à ses tannins joliment associés aux fruits rouges. Finesse en fin de bouche. 14 €.

-Saint-Joseph 2016 « Les Lauves ». Sur la réserve, dense, trame tendue, droiture et équilibre, tannins bien en vue, fruit un peu vert en finale, cela ressemble à un bon vin de garde. 25 €.

-Côte Rôtie 2015 « La Divine ». À la fois tendu, serré et très porté sur le schiste, sans oublier la fraîcheur et l’élégance, voilà un vin secret qui n’est pas prêt de se livrer dans l’immédiat. Syrah bien sûr, avec une pointe de viognier. 48 €.

-Châteauneuf-du-Pape 2014 « Les Bartavelles ». Encore un rouge sous tension, notes de fruits rouges en veilleuse, longueur. Ce n’est pas un foudre de guerre à mon avis, mais il serait plus sage de le rejuger dans 5 ans. Environ 40 €.

-Cornas 2015 « Les Méjeans ». Cette bouteille bourguignonne (serait-ce du négoce ?) livre un rouge dense, prenant et vif. Finale sur des tannins plutôt secs. Attendre encore… 29 €.

Cornas 2015 « Terres Brûlées ». D’emblée le nez s’impose sur la finesse. Assemblage soigné des raisins du domaine provenant des différentes parcelles, c’est l’archétype du cornas qui vous saisit avec fermeté dans son enveloppe d’épaisseur, de densité. Longueur remarquable, les tannins sont bien là, presque trop sévères pour le moment. Laisser passer au moins 10 ans avant de goûter ce vin sur un gibier à plumes, un salmis de palombe, par exemple. 39 €.

-Cornas 2015 « Les Ruchets ». Bien décidée à imprimer son style sur cette parcelle de vieilles vignes face au levant, une vigne qui symbolise l’attachement de ses parents à Cornas, Laure Colombo a réalisé à n’en pas douter une de ses pièces maîtresses. Nez encore plus fin et pointu que le précédent, on ressent en bouche toute la force de ce terroir bien spécifique. Structure prononcée, matière et tannins en réserve, complexité, longueur, c’est un vin que l’on garde 20 ans sans craintes, pour accompagner un canard au sang ou un chevreuil avec une sauce aux truffes. En élevage, la version 2017 s’annonce majestueuse ! 67 €.

-Cornas 2015 « La Louvée ». Nez très fin et caressant, délicatement épicé, voilà une vraie cuvée « sudiste » avec son amplitude gracieuse et harmonieuse, une belle épaisseur en bouche, une force contenue et des tannins magnifiques qui se cachent en réserve. Entre 10 et 20 ans de garde selon la cave. L’agneau s’imposera ! 75 €.

À mon grand regret, l’autre grande cuvée de Laure, « Le Vallon de l’Aigle » 2015 (Cornas), n’était pas proposée à la dégustation. Vinifié uniquement dans les très grands millésimes, elle ne dépasse pas le millier de bouteilles. Il paraît que c’est quelque chose d’unique ! Environ 130 €.

Michel Smith

 


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Ventoux : un vent chaud venu du Sud

Ce n’est pas de la neige sur le sommet de cette montagne chère aux cyclistes, mais la blancheur de la pierre calcaire

J’ai posté plein de photos la semaine dernière. Il n’y en aura que peu cette semaine car je n’ai pas le temps. Mais l’article est assez détaillé au cas où cela vous intéresse.

 Aborder une appellation, même d’une manière incomplète, apporte souvent son lot d’idées reçues en tous genres que nous essayons de déblayer en dégustant les vins à l’aveugle bien sûr, mais aussi en mettant en sourdine les images qui nous arrivent de nos expériences passées cumulées. Ce n’est jamais gagné et, parfois, les vins confirment les tendances inévitables dues au binôme climat/cépages. Mais chaque producteur garde son espace de liberté, qui n’est pas toujours énorme mais qui peut, lors d’une dégustation horizontale des vins d’un millésime donnée, créer des différences significatives non seulement dans le domaine de la qualité perçue de chaque vin, mais aussi entre les styles des vins, tout étant relatif bien entendu. Tout cela s’est avéré pour moi lors d’une récente et compréhensive dégustation de vins rouges de l’appellation Ventoux.

Les données de base de l’appellation

Le Ventoux se situe dans la partie sud de la vallée du Rhône, à l’Est d’Avignon et  de Carpentras. Cette appellation s’intitulait Côtes-du-Ventoux avant 2008.  Elle jouxte le Luberon au Sud et la zone Beaumes de Venise/Gigondas au Nord-Ouest. Sur une superficie de 7.450 hectares,  le vignoble est disposé autour du Mont-Ventoux, comme son nom le suggère. Le secteur géographique est principalement sous influence méditerranéenne, avec quelques zones sous influence continentale, donc un peu plus fraîches. L’ensoleillement est important sur l’ensemble de l’aire, restant dans une fourchette comprise entre 2 600 et 2 800 heures/an. Ce qui correspond à un maximum annuel de dix jours de brume. Les précipitations sont rares mais parfois violentes. Elles atteignent 600 à 700 mm par an mais un seul épisode orageux peut en quelques heures déverser jusqu’à 200 mm. Le vent dominant est le mistral, qui souffle du nord vers le sud et qui assèche non seulement les terres mais aussi la vigne, rendant relativement faibles les risques de maladies cryptogamiques. Localement, l’altitude peut aussi influer sur le caractère du vin.

Structure du vignoble

L’appellation se divise en trois zones géographiques : le bassin de Malaucène au nord, le piémont du Ventoux à l’est de Carpentras et le nord du Calavon jusqu’à Apt. Le vignoble regroupe environ le tiers de tous les vignerons du Vaucluse. L’exploitation agricole type dans l’appellation pratique souvent de la polycultureconséquence du morcellement de la propriété. Les grands domaines de plus de 20 ha sont en augmentation mais encore minoritaires. La petite exploitation de 10 ha reste majoritaire (90 %) ce qui explique l’importance des caves coopératives dans l’AOC. Dans ce type d’exploitation, la partie vigne représente 3,5 ha et monte jusqu’à 5 ha en y incluant le raisin de table. Plusieurs producteurs significatifs sont aussi présents dans des appellations autour (Côtes du Rhône, Lubéron, Cairanne, Gigondas, etc.)

 

Encépagement

Les mêmes cépages sont utilisés pour les vins rouges et rosés : grenache noirsyrahcinsaultmourvèdre et carignan. Les cépages secondaires sont le picpoul noir et la counoise, avec un plafond maximal de 20 % pour cet ensemble.

Ma dégustation

Cette dégustation portait uniquement sur les vins rouges, et essentiellement sur les millésimes 2014 et 2015, avec deux vins de 2016 et un chacun de 2012 et de 2010. Cela était le choix de chaque producteur, comme la cuvée sélectionnée car une seule était possible par producteur. Il en résulte parfois des écarts  importants en matière de prix, mais le prix moyen pour l’ensemble des échantillons dégustés se situait entre 10  à 15 euros (prix public ttc bien entendu). Je n’ai sélectionné, pour ce compte-rendu, que les vins que j’ai estimés bons ou très bons, quelques soit leur niveaux de prix. Ils figurent par ordre croissant de millésime, puis par ordre ascendant de prix avec les prix de vente public mentionnés.

2010

Un seul vin dégusté dans ce millésime, donc pas de commentaire possible sur la qualité perçue de cette année.

Chêne Bleu, Abelard (64,50 euros)

Ce domaine et ce vin sont atypiques. Très soigneusement présentée dans un flacon de type bordelais, avec une belle étiquette sous aspect de gravure ancienne, la cuvée s’habille bien pour tenter de justifier son prix bien au-delà des plus chers de cette appellation; son le nom n’apparaît que sur la contre-étiquette. On vise clairement un autre marché que celui des Ventoux habituels. Cette cuvée est dominée par le Grenache avec un apport de Syrah, mais sans autre précision donnée. Le vin a passé 18 mois en fûts de chêne.

Le robe n’est pas celle d’un vin jeune, bien entendu, mais garde un aspect assez juvénile. Le nez est complexe et raffiné, évoquant les fruits cuits, le sous-bois et le cuir avec un soupçon de truffe. La rondeur en bouche est agréable mais le fruité est en phase d’atténuation tandis que la texture n’est pas encore assez suave pour supporter cette évolution. L’alcool ressort bien trop en finale – je crains que la dominante Grenache en soit responsable. C’est un bon vin, certes, mais on est en droit d’être bien plus exigeant à ce prix, il me semble. (note : 14,5/20)

2012

Un seul vin dégusté dans ce millésime, donc pas de commentaire possible sur la qualité perçue de cette année.

Domaine La Camarette, Loris (11 euros)

70% syrah et 30% grenache pour ce vin au nez discret aux touches de vanille qui indique un élevage sous bois. Belle qualité de fruit sur un palais qui sonne clair, mais avec une finale plus austère dans laquelle le bois prends un peu le dessus. Mais un vin de garde, bien fait et d’un bon rapport qualité/prix. (note 14,5/20)

2014

13 vins dégustés mais seulement 5 retenus. On sent un millésime assez compliqué.

Château Bonodona (11 euros)

Une étiquette simple et classique pour ce vin d’un domaine historique actuellement vinifié par la cave Terra Ventoux.

Nez harmonieux, assez intense et dominé par les fruits rouges et noirs avec une touche discret de bois. De la belle chaire juteuse en bouche qui ouvre sur une finale plus austère. Bon vin à ce prix. (14/20)

Domaine du Tix, cuvée Bramefan (14 euros)

Bouteille lourde et étiquette soignée dans un style traditionnelle.

Nez fin dont le retenu semble dénoter un élevage soigné. Très belle pureté du fruité de ce vin dont la clarté d’expression écarte tout soupçon de sur-extraction. C’est précis et très fin, peut-être moins exubérant que certains mais d’une constitution qui laisse entrevoir une belle garde. Très belle affaire à ce prix (16/20)

 

Domaine de Peyre, La Gazette No : 2 (15 euros)

Le domaine d’une journaliste convertie dans la production de vin après des années passées à la revue GaultMillau. La bouteille est de forme bordelaise et l’étiquette de format de … gazette.

Ce vin épouse une forme un peu à part des autres de cette série, avec une robe plus claire et un nez plus évolué qui comporte de jolies notes de sous-bois et de vieux cuir par dessus d’un fruité de type confit et sec. L’impression générale est élégante et raffinée; cela se confirme en bouche avec aussi une certaine force alcoolique et des notes de cerises, et leur noyaux qui donnent une pointe d’amertume en finale (14,5/20)

 

Mas Oncle Ernest, Rien ne sert de courir (15,50 euros)

Un vin et un domaine qui casse les codes, aussi bien pas son nom et l’intitulé de la cuvée que par la forme bordelaise du flacon.

Le nez intrigue avec ses combinaisons entre fruits, épices et une pointe d’animalité que me fait soupçonner une présence de bretts, pas trop mais un peu quand-même. La texture est suave et le fruité bien mur. C’est bon, pas trop extrait, plein de caractère et assez harmonieux. Mon soupçon de bretts se confirme par une texture un peu crayeuse. Certains diront que c’est le « goût du terroir », mais en tout cas ce n’est pas envahissant. (14,5/20)

 

Château Pesquié, Artemia (30 euros)

La bouteille est lourde et l’étiquette moderne et soignée pour un vin dont le prix le situe clairement dans le segment haut de l’appellation.

Un bon fond de fruits noirs au nez qui marque aussi un travail d’élevage soigné et qui apporte une note agréable de fermeté. Très belle qualité de fruit en bouche avec un dialogue intéressant entre l’élan donné par le fruit et le fond plus fermé apporté par l’élevage. Une très belle cuvée de demie-garde (5/10 ans) qui s’améliore bien avec une bonne aération aujourd’hui. (note 16/20)

 

2015

8 vins retenus sur 12 échantillons dégustés. Une niveau de qualité bien supérieur à celui de 2014, dans l’ensemble.

 

Château Croix des Pins (10 euros)

Etiquette épurée et élégante, bouteille normale.

Nez discret mais fin, légèrement poivré. Le fruité est là en bouche, tenue, peu envahissant mais frais. Un vin très plaisant et bien équilibré, encore jeune mais prometteur avec une jolie finesse de toucher. (14,5/20)

 

Martinelle (11 euros)

Etiquette simple et élégante.

Nez dense de fruits noirs, clairement sudiste et assez épicé. Charnu et puissant en bouche, il est aussi aidé par des tanins longs qui ajoutent une autre dimension au corps du vin. Très bon et destiné à une garde de quelques années. Prix plus que raisonnable pour cette qualité. (15,5/20)

 

Orca, vieilles vignes (11 euros)

Orca signifierait petite amphore, selon l’étiquette mais les flacons qui se présentent sur l’étiquette n’ont pas d’anses et ne sont donc pas, techniquement, des amphores.

Grenache majoritaire dans ce vin au nez assez fermé pour l’instant. Traces d’un élevage de qualité mais pas dominant. On vise clairement un profil de vin de garde. En bouche le fruité est bien présent, entre cerise et cassis, bien juteux et aussi intense que séduisant. La texture est mi-ferme, mi-veloutée : clairement en devenir. Mais sa matière est si pleine et si bien équilibré qu’on aurait presque envie de le boire de suite. Un des meilleurs vins de la série et un des moins chers aussi. (16,5/20)

 

Domaine de la Gasqui (12 euros)

Grenache, Carignan et Cinsault, un assemblage à l’ancienne et une étiquette du même tonneau

Nez un peu réduit au départ mais qui révèle ensuite un joli fond de fruits et d’épices. Ce fruité bien vibrant devient encore plus présent en bouche. Vin aussi fin que savoureux à l’équilibre admirable et au prix bien placé. (15,5/20)

 

Gentilice, Cave de Canteperdrix (entre 12 et 15 euros)

L’élevage est assez présent au nez mais n’écrase pas une très belle matière. Cette qualité de fruit prend bien son élan en bouche avec un vin à la belle texture soyeuse qui entoure une superbe matière. Gourmand et avec une belle longueur. Excellent vin. (16/20)

 

Domaine Cambades, Crépuscule (15 euros)

50% Syrah et 50% Grenache pour ce vin à l’étiquette sombre, logiquement crépusculaire. La contre-étiquette, pour une fois, est claire et informative.

Nez juteux, frais et expressif. En bouche la très belle matière fruitée et aussi gourmande que puissante. Les tanins sont aussi bien présents mais sans dominer l’ensemble. Belle longueur et un caractère juteux très présent sur toute la durée.

 

Domaine Allois, Terre d’Ailleuls Domaine Allois, Terre d’Ailleuls (18 euros)

Bouteille lourde et étiquette moderne, signée. La contre-étiquette est un peu trop « bla-bla » pour mon goût.

Nez fumé sur base de fruits noirs. Le caractère puissant de ce vin s’affirme rapidement en bouche. Intense, assez chargé en tanins par rapport au fruit, c’est un bon vin charpenté qui fonctionnera bien avec grillades et plats riches en saveurs car il lui faut du sel ! (15/20)

 

Domaine de Fondrèche, Il était une fois (30 euros)

La cuvée haut de gamme de ce domaine phare de l’appellation qui a récemment abandonné la certification « bio » qu’il détenait depuis un moment, et pour raisons écologiques il me semble. Intéressant !

Nez fin aux cerises à l’alcool. Très concentré, mais sans excès, en tout cas plus que la plupart des vins de cette série. Sa structure tannique en fait une belle cuvée de garde. On pourrait le déguster plus rapidement avec des plats salés mais je le garderai bien 5 ans car il est plus raffiné que la moyenne. (16/20)

 

2016

Seulement deux échantillons reçus mais une très belle qualité pour les deux. Ce millésime semble très prometteur.

 

Domaine Brusset, Les Boudalles (9 euros)

Une présentation sérieuse, comme tous les vins de cet excellent producteur qui rayonne dans la région. Le nez est plus sombre et terrien que celui du vin suivant du même millésime, mais il contient aussi son lot de fruits rouges et noirs. Beaucoup de fraîcheur aussi en bouche et une jolie texture, plus dense que la cuvée Pur Jus de Landra, et qui caresse la langue sans l’agresser. Vin alerte et très gourmand, bien placé en prix.

 

Landra Pur Jus (10 euros)

L’étiquette est simple, graphique et claire et le vin est aussi directe, bien en phase avec son nom de cuvée car le nez est très fruité et juteux (tendance fruits noirs), aux notes d’épices. Cela donne une belle impression tonique de fraîcheur. Beaucoup de gourmandise aussi en bouche et une sensation de vivacité, presque de légèreté dans l’expression de son fruit. Un ensemble dynamique avec un soupçon de piquant (CO2) qui apporte une touche supplémentaire de vivacité. Délicieux vin de soif (15/20).

 

David Cobbold


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Côtes du Rhône, inspirations florales et plats de légumes

Un menu qui semble être taillé sur mesure pour Hervé, notre inconditionnel carnivore…

 

Cela se passait la semaine dernière dans un resto végétarien (pas végétalien) de Bruxelles, chez Hortense & Humus (tout un programme). Un endroit relativement petit et certes mignon, dont l’entrée était occupée par une création végétale du fleuriste Thierry Boutemy, histoire de nous mettre tout de suite dans l’ambiance printanière. Un têtu rayon de soleil éclairait de son spot revigorant l’œuvre bucolique et il nous était demander de humer branches, fleurs et folles racines aux effluves réchauffés par l’astre. Voilà un exercice que je faisais petit, sans verre à la main, dans la boutique de mon grand-père fleuriste. J’allais mettre mon nez juvénile dans chaque fleur (pas d’extrapolation grivoise svp), ça forme la mémoire olfactive, c’est un bon exercice.

Retour chez Hortense  

Pour les dégustateurs qui ont un peu de mal à trouver dans leur mémoire à quoi correspond ce qu’ils sentent, le duo formé par Thierry Boutemy et Vicky Corbeels (Wine Lady of the Year 2015 – une spécialité belge) s’est prêté au jeu. Voici, un verre de Côtes du Rhône à la main, leurs commentaires…

Haut-Coustias blanc 2014 Côtes du Rhône Villages Cairanne Domaine de l’Oratoire Saint-Martin

Vicky : « Un vin produit en biodynamie, avec un nez velouté de pêche sèche et puis en bouche une belle ampleur, ce qui n’empêche pas ce vin d’être extrêmement droit et sec. Je retrouve des amandes mélangées avec du beurre, comme de la frangipane : pas de l’amande verte, mais bien de l’amande cuisinée comme en pâtisserie. »

Thierry : « Je sens que c’est un vin plus complexe qui embrasse le palais. A nouveau, il me porte dans des souvenirs d’enfance, dans des notes de bois frais, quand on gratte un arbre avec les ongles, qu’on enlève l’écorce et que l’on sent l’odeur de la sève, une odeur très fraiche qui a aussi parfois une odeur d’amande. »

Côtes du Rhône rouge 2014 Maison Lavau

Vicky : « J’ai au nez des fruits confits et du poivre noir, mais en bouche la fraîcheur fruitée et l’acidité de la cerise. Un vin parfait pour l’apéro avec des charcuteries. Après aération, c’est le raisin noir séché qui ressort. Une robe qui atteste d’une certaine évolution alors que c’est un vin encore assez jeune ».

Thierry : « Là, je vois des fleurs et à nouveau de la prune, l’odeur, ça représente le printemps, les fleurs de cerisiers, tout ce qui fleurit au printemps, à la fin du cycle de la fleur. D’un point de vue botanique, le cerisier, la prune, le pruneau, c’est la même famille, celle des ‘prunus’. Et l’écorce du prunus lorsqu’on la coupe, elle sent l’amande, cette fraicheur d’amande… »

Après à table

 Place aux légumes, suite logique de ces premiers bouquets printaniers. Sachant qu’il est toujours assez compliqué d’accorder vins et plats de légumes.

L’entrée : Rouleaux de printemps aux pommes, chou rouge, mayonnaise de colza & radis + Côtes du Rhône blanc 2015 Domaine Roche Audran

 

Pour le vin, il respire la fleur d’amandier, la rosée qui s’envole des genêts aux premiers rayons de soleil, le fenouil fraîchement poussé et la note d’agrume du citron confit. La bouche onctueuse ne manque pas de fraîcheur, ce qui est de bon augure pour le mariage végétal. En effet, le plat, plutôt bien acidulé, pourrait déstructurer totalement le vin, mais l’acidité de ce dernier agit comme une solution tampon et en neutralise la vivacité. Par contre, il faut aimer l’amertume développée par les légumes au contact du vin. Une recette printanière qui rafraîchit le palais.

Assemblage de 60% de Grenache, 25% de Viognier et 15% de Clairette

Le plat : Chou frisé et oignon, jeune blettes, graines grillées et jaune d’œuf + Côtes du Rhône Villages Rousset les Vignes 2012 Domaine la Banate

La Banate, un domaine que j’aime beaucoup, j’y suis allé, belle rencontre.

À quelques encablures de la Montagne de La Lance gît le Domaine de La Banate, sis sur la commune de Rousset-les-Vignes. Jean t’Kint y produit une cuvée de rouge faite de 80% de Grenache et 20% de syrah issue des vieilles vignes qui entourent la cave. Élevé en cuve pendant 10 mois, puis encore affiné en bouteille pendant 2 ans, ce Côtes du Rhône Villages Rousset-les-Vigne 2012 dégusté en 2016 offre toujours autant de plaisir aujourd’hui. La robe claire, le nez fruité et épicé avec des accents de garrigue, la bouche aérienne mais bien accrochée à la terre qui l’a vu naître. Un vin élégant, délicat, mais pas sans caractère.

Alors ça sur que des légumes, aïe aïe, très compliqué, du moins dans mes aprioris. Dont il ne faut jamais trop tenir compte, souvent, ils se trompent comme ici. Pareil côté amertume du plat, faut croire que les jeunes poussent n’ont pas encore eu le temps de s’assagir, mais le vin, malgré son caractère aérien, ne se laisse pas faire et met au pas les velléités des blettes et des graines grillées, défrise le chou (facile) et s’entend même avec le jaune d’œuf qui lie cette histoire végétale.

Le dessert : Betterave blanche cuite en croûte de café, crème de chocolat blanc, miso & yaourt de brebis + Côtes du Rhône blanc 2011 Domaine Trapadis

 

Doré intense, le nez respire l’encaustique, la cire d’abeille, avant de retrouver le fruit un moment caché par cette légère oxydation ménagée. On hume alors de la poire confite, de l’abricot sec, des pêches jaunes au sirop et des gelées d’agrumes, du coing. La bouche saline se dit qu’elle sera étonnante, voire détonante, avec le dessert et cela se confirme. La betterave se transforme en clafouti nappé de chocolat parsemé de zestes confits, le café souligne d’un trait à l’amertume délicate les épices du vin non remarquées avant. L’ensemble procure une sensation de satiété des plus agréables.

 

Assemblage de 90% de Grenache et 10% de Clairette

Un repas sympa, comme quoi, faut pas systématiquement une tranche de rosbif à tous les repas.

Je laisse le mot de la fin à l’artiste floral

« Ma vision d’ensemble, pour cette installation, c’est celle de la région à cette saison précise. Alors qu’on est au début du printemps et pour rester en résonnance avec le cycle végétatif de la vigne, je vois du végétal et du bois avec de la sève qui monte, des arbres et des fleurs d’arbres, des arbres en fleurs et des fleurs qui donnent des fruits, pas des fleurs des champs… Beaucoup de fleurs d’amandier, de pêcher, de cerise, de prunus, le tout en connexion avec la garrigue et une végétation assez sèche…» Thierry Boutemy

Ciao

 

 

Marco

 

 

 


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Gigondas, avec ou sans « minéralité ».

vins-gigondas-font-sane-slide05Dans cette photo du Domiane de Font-Sane, avec le Mont Ventoux au fond, on sent bien l’influence de l’altitude sur le vignoble

La sensation de puissance, en grande partie due à leur taux alcool, qui se dégage de bon nombre de vins de Châteauneuf-du-Pape peut inciter à la méfiance de la part de certains. Bien qu’il y ait beaucoup de vins magnifiques issus de cette appellation, on a parfois envie d’un peu moins de chaleur, même au creux de l’hiver. Cela explique peut-être pourquoi, confronté à des propositions de déguster à deux endroits différents les vins de Châteauneuf et ceux de Gigondas le même jour et à la même heure, à Paris, récemment, j’ai pris la deuxième option : mon plan « B ».

blocvisuel_2_490x400Certains domaines, mais pas tous, utilisent ce flacon qui singe celui de Châteauneuf. 

J’ai été heureux de mon choix car j’ai pu déguster beaucoup de bons vins dans un confort relatif, vu qu’il n’y avait pas trop de monde. Moins prestigieux, le Gigondas? Et alors? Je préfère de loin éviter les hordes bousculantes et mal-polies et déguster dans de bonnes conditions!


vignoble-la-bouissiereCette photo d’une partie du vignoble de la Bouïssière me fait penser que relief, pente, orientation et environnement jouent ensemble un rôle prépondérant dans l’influence du terroir et pèsent bien plus que la nature du sous-sol.

Au total, 42 domaines ont présenté des vins de différents millésimes, dont 28 avaient aussi amené des échantillons de leur millésime 2015, en cours d’élevage pour certains. Il y avait également une présentation de la géologie de l’aire de Gigondas par l’estimé Georges Truc, assortie d’une dégustation conduite par David Lefebvre qui était censé illustrer le concept « minéralité et terroir ». Vu que les propriétaires et vinificateurs des 6 vins étaient différents, que les techniques de vinification aussi, et qu’aucune information n’était fournie sur le matériel végétal ni sur l’orientation/altitude des vignes en question, cette dégustation ne prouvait rien quant à la validité d’un tel concept ! Mais les dégustations libres étaient très intéressantes et je vous livrerai quelques commentaires sur mes vins préférés.

gigondas_village_et_tourellesLe village qui donne son nom à l’appellation

Le millésime 2015

J’ai dégusté les 27 vins de ce millésime qui étaient présentés dans une salle à part des stands des producteurs. Joli millésime dans l’ensemble et qui devrait bien évoluer. Mes préférés (à peu près dans l’ordre) étaient :

Domaine des Bosquets

Domaine La Bouïssière

Château de Saint Cosme, Les Claux

Domaine de Cabasse

Domaine Montirius

Domaine du Pourra

Domaine du Cayron

Domaine de Font-Sane

Domaine du Goupillon d’Or

Domaine de Piaugier

Domaine Pierre Amadieu

La dégustation principale et mes producteurs préférés

Chacun présentait le ou les millésimes et cuvées de son choix à son stand. J’ai pu presque tout goûter.

Domaine Raspail-Ay 2014

J’ai connu les vins de ce domaine il y a plus de 30 ans quand j’ai commencé dans le vin comme caviste, et je l’avais visité à cette époque. Le millésime 2014 présenté avait une belle matière juteuse et une bonne longueur.

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Domaine des Bosquets, 2014 et 2015

Un grand coup de cœur pour les vins de ce domaine : avec le 2015 j’en ai dégusté 4 et ils sont au top, pour moi. Seul petit inconvénient : des prix un peu élevés; mais enfin, la qualité doit se payer, non? Dans le millésime 2014 j’ai dégusté trois cuvées : le vin d’assemblage qui est harmonieux, suave, long et équilibré ; Le Lieu Dit, délié mais avec une impression d’alcool assez présente ; enfin, mon préféré dans cette série très relevée, Les Collines, lequel, derrière un boisé qui demandera un an de plus pour s’assimiler totalement, est vif, avec des saveurs bien précises et une sensation vibrante qui donnera beaucoup de plaisir.

bouissiere

Domaine de la Bouïssière 2014 et 2015

Leur 2015 est un bien joli vin, complet, chaleureux et plein. La cuvée Tradition 2014 a un bon fruité avec de la structure derrière, et la cuvée Font de Tonin 2014 est excellent avec une matière dont la fraîcheur éclate au palais.

Domaine de Coyeux, Imperis 2014

Très beau fruité juteux.

Château la Croix des Pins 2014

Deux cuvées de très belle qualité dans ce millésime: Les Dessous des Dentelles, assez gourmand, puissant sans excès, avec une jolie texture, de la finesse et une bonne longueur ; Le Parpaillon, qui a davantage de densité et une belle force de caractère.

Domaine de Font-Sane 2014 et 2015

Après le 2015, bien équilibré, j’ai dégusté deux cuvées du millésime 2014: « Tradition » (mais pourquoi donc tant de cuvées utilisent ce mot qui ne signifie pas grand chose?), qui a un bon fruité, une structure moyenne mais des tannins un peu trop présents; puis « Terrasses des Dentelles », qui a un bien joli nez raffiné et un coeur solide.

Domaine du Grapillon d’Or 2013 et 2015

Le 2015 et juteux et fin. Je n’ai pas bien dégusté le 2014 présenté, mais la cuvée Excellence 2013 a une très belle qualité de fruit et une texture soyeuse.

Domaine Montirius 2011 et 2015

Leur 2015, juteux, élégant et frais, fait partie de mes préférés dans ce millésime. La cuvée Terre des Ainés j’ai trouvé asséché par des tannins trop dominants et j’ai préféré la cuvée Confidentiel 2011, aux arômes claires et à la matière affinée et longue, soutenue par une belle structure.

Maison Ogier 2014

Pour sa cuvée Dentelles 2014, propre et assez vif, au fruité clair et net.

saint-cosme

Château de Saint Cosme 2012 et 2015

Louis Barruol, dont nous avons souvent apprécié les commentaires pleins de sagesse sur ce blog et qui préside actuellement l’appellation Gigondas, présentait deux cuvées. La plus jeune, Les Claux 2015, est le meilleur des 2015 que j’ai dégustés à cette occasion, délicieux par la pureté de son fruit (nez splendide, mais je sais que cet aspect est mouvant à ce stade) et d’un caractère très vivant. Puis une cuvée de garde qu’il faudra attendre: Château de Saint Cosme 2012, fin et bien fruité, mais à la structure encore austère.

Domaine Saint Damien 2014

Cuvée Vieilles Vignes, 2014 souple et gourmande, très agréable, et une cuvée plus ambitieuse, La Louisiane 2014, au très beau fruité, fin et long.

Domaine Les Semelles de Vent 2013 et 2014

Deux millésimes d’une cuvée nommée Clos du Garde, aussi réussies l’une que l’autre. Le 2013 montre de jolies notes combinant fruité et fumé, une matière relativement déliée et souple et un caractère bien gourmand. Le 2014 est plus intense, aux notes de réglisse et de fruits noirs bien mur, aussi bien au nez qu’en bouche, avec des tanins longs et bien intégrés.

Domaine de la Tourade 2014

Une cuvée nommée Font des Aieux, issues de vignes de 70 ans. Intense, encore austère mais avec une belle matière. Un vin qu’il faudra attendre entre 3 et 5 ans à mon avis.

Par négligence de ma part, je n’ai pas dégusté les vins de deux producteurs : Famille Perrin et Domaine Les Teyssonnières 

gigondas003-1024x595Une autre photo du Domaine La Bouïssière, qui produit quelques uns de mes vins préférés de cette dégustation

Conclusion

Les vins de Gigondas utilisent, en gros, les mêmes cépages qu’à Châteauneuf et les assemblages sont aussi largement dominés par le Grenache, mais ils bénéficient d’une altitude supérieure et des expositions plus variées, du fait de la topographie accidentée fournie par les Dentelles de Montmirail et ses éboulis. Cela leur confère une fraîcheur et un équilibre que j’ai bien apprécié dans ce climat sudiste.

Les meilleurs vins de Gigondas offrent au consommateur un compromis intéressant entre fruit, structure et puissance. Leur puissance alcoolique, due largement au cépage Grenache, semble souvent mieux maîtrisé qu’à Châteauneuf, et les prix sont aussi plus abordables. Certains méritent amplement un peu de repos dans une bonne cave, car leur structure a besoin de temps pour se fondre et se patiner. D’autres ont été élaborés pour une consommation plus rapide, pendant la période ou leur fruité reste éclatant. Il convient donc de bien choisir sa cuvée (et son producteur) en fonction de son projet de consommation.

David Cobbold


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Viennoiseries

Un court passage dans la bonne ville de Vienne (Isère) m’a permis de faire mieux connaissance avec un cru en voie de renaissance, Seyssuel. La ville de Vienne (ancienne métropole de la romanité gauloise, puis de la chrétienté) mérite le détour; ses vins aussi, tant en blanc qu’en rouge.

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Le coteau de Seyssuel a revêtu sa parure d’automne (Photo H. Lalau 2016)

 

14 domaines ont à présent réinvesti ces beaux coteaux datant de l’époque romaine et qui, jusqu’au 19ème siècle, tenaient la dragée haute aux plus jolies crus du Rhône Nord. Pour cette première approche, j’en ai choisi quatre: deux blancs de Viognier, et deux rouges de Syrah. Quatre vins qui démontrent que la valeur n’attend pas l’AOP; et si les prix peuvent sembler un peu chers, c’est que les vins sont déjà très demandés, non pour la mention officielle qui ne figure pas encore sur l’étiquette, mais pour la réputation de leurs élaborateurs respectifs. La preuve, par l’absurde, que notre système marche parfois sur la tête. Mais revenons aux vins…

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Un des instigateurs de la reconquête: Yves Cuilleron (Photo (c) H. Lalau 2016)

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De leurs deux hectares de viognier orientés au Sud, Les Vignobles de Seyssuel (alias Louis Chèze, Georges Treynard et les frères Marthouret) ont tiré un blanc sec, d’une étonnante fraîcheur. Aucune lourdeur, des notes de pin, de citron, et le vin est parfait à boire aujourd’hui. 17 euros.

 

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Christophe Pichon, Cuvée Diapason 2015

Producteur réputé de Côte Rôtie, de Saint Joseph et de Condrieu, Christophe Pichon fait cependant figure de «petit jeune» à Vienne, puisqu’il y est le dernier arrivé. Son viognier présente un très bel équilibre ; avec ses notes d’abricot et de mangue, il n’est pas sans évoquer le Condrieu, mais avec un surcroît de vivacité (la marque du schiste ou du basalte?). Les 10 mois passés sous le bois n’ont pas trop marqué ce bébé qui vient pourtant d’être mis en bouteille ; il joue les funambules entre tension et gras, et on apprécie l’exercice. Même si, c’est sûr, il vaut mieux encore l’attendre quelques mois. 26 euros.

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Ripa Sinistra Yves Cuilleron 2014 et 2010

Non, cette cuvée d’Yves Cuilleron n’a rien de sinistre, au sens actuel et français du terme : Ripa Sinistra veut tout simplement dire «rive gauche».

La version 2014 présente un nez très ouvert de violette et d’eau de rose, une bouche charnue, sanguine, et si le bois se montre en finale, il ne domine pas. La même cuvée en 2010 présente des notes dévolution, mais maîtrisée ; elle séduit par la suavité de son chocolat et par son fumé. Les deux sont tout à faits recommandables, on préférera l’une ou l’autre en fonction du moment et du plat ; la première, pour son fruité-floral ; la seconde, pour son ampleur.

Vigne en haute densité (entre 8000 et 10.000 pieds). 3.300 bouteilles. Suivant les millésimes, le vin est déclaré en Vins de Pays des Côtes Rhodaniennes ou en Vin de France (en attendant la consécration de l’AOP?).

 

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A Vienne, la romanité est bien présente. Les amateurs de vins combineront utilement une visite du temple de Livie…

et une visite de la cave du Temple, sur sa gauche (Photo H. Lalau 2016

Autres vins appréciés : Sotanum 2014 et Heluicum 2014 (Les Vins de Vienne), Lucidus 2014 (Michel Chapoutier),  Viognier Cuvée Frontière 2015 (Julien Pilon) et Asiaticus  2013 (Pierre Gaillard).

 

Et sinon, que voir à Vienne?

Beaucoup de choses: le théâtre antique, le temple, le Mont Pipet (pour la vue sur la ville et sur le coude du Rhône), le musée romain de Saint Romain en Gal (juste de l’autre côté du pont), la cathédrale Saint Maurice, le musée lapidaire, les maisons du vieux quartier. Les gourmets se rendront également au marché, place de l’hôtel de ville, et fréquenteront quelques uns des bons établissement de la ville et de ses environs (on citera La Pyramide, Le Bec Fin, Les Saveurs du Marché, et à Seyssuel, Le Domaine des Sept Fontaines). En pays viennois, la gourmandise est une vertu que l’on cultive comme les cardons, les pommes… et la vigne.

 

Hervé Lalau


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Suite paysagère en Côtes du Rhône

Un vin n’est pas simplement le produit d’une fermentation maîtrisée, c’est avant tout la synthèse, ou mieux, la quintessence d’un ensemble de choses…

Chose !

Un terme vague pour parler de tout ce qui compose ce nectar culturel. Sol, vigne, vigneron, climat… se réfèrent à la terre, au palpable, au concret, à ce qui nourrit le raisin, l’élève, le transforme. Mais il manque pour être complet l’histoire, la culture de l’endroit, les influences proches ou lointaines, le savoir-faire… qui personnalisent la transformation du raisin. Cet ensemble de choses architecturent le paysage dans lequel se love le vignoble, le sertissent ici dans la roche, l’étalent ailleurs dans la plaine, le tapissent là-bas au creux d’une combe. Les paysages viticoles sont multiples et conditionnent en grande partie le style des vins produits dans chaque espace particulier.

L’étude

Le syndicat des Vignerons des Côtes du Rhône s’est penché sur cette architecture particulière et fédératrice qu’est un paysage viticole et en a identifié 16 tout au long de la Vallée. Une série d’entités qui sont autant d’endroits, à la fois proches et différents, qui se démultiplient et forment un véritable patchwork loin de l’uniformité que peut dans l’esprit commun suggérer un environnement viticole.

L’étude ne s’arrête au simple recensement des dits paysages, mais en fait un outil pour les valoriser, les protéger, les développer, les faire découvrir, … et puis, elle tisse le lien entre cette foule d’entités si différentes qui pourtant grâce au Rhône s’entrecroisent.

Un livre en est issu « Paysage et environnement des Côtes du Rhône »

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http://www.syndicat-cotesdurhone.com/paysage-et-environnement-des-cotes-du-rhone-donnez-votre-avis-484-page.html

Pas moins de 16 paysages différents, intitulés Vigne …,  y sont décrits, en voici deux exemples librement commentés…

Vigne héroïque et vigne à portée de main

 L’une à l’extrême nord de la Vallée, l’autre au sud d’Avignon, la vigne fait le grand écart, à la fois en distance et en perspective.

carte_statique

Perspectives bien particulières qui engendrent une vision paradoxale de ces deux vignobles. Le premier, qui couvre les appellations Côte Rôtie et Condrieu, semble à portée de main, comme dessiné par la main d’un géant. Hachures vertes sur fond gris, les deux entités tapissent de leur patchwork une verticalité qui rapproche le paysage à la façon d’un zoom.

L’autre, avec ses grands aplats bordés de haies, semble s’éloigner à chaque pas. On n’en voit jamais l’ensemble, la vigne se cache comme une vaguelette balayée par le vent.

La vigne héroïque

 Laurent Combier juillet 2013 081

 

Héroïque est bien le mot ! Mais il faut y marcher pour bien comprendre le pourquoi du terme. La pente y est raide et le travail ardu. À certains endroits, on se croit suspendu dans le ciel. Le massif du Pilat, fait de schiste et de granit, s’arrête net en bordure du Rhône. Pour encore amplifier l’escarpé, les coteaux se voient incisés par une multitude de petites rivières qui découpent en lanières comme une frange la bordure rocheuse. C’est là que l’homme a choisi de cultiver la vigne. Heureusement, la renommée du vignoble garantit le prix du labeur.

La structure paysagère

Les villages se lovent au pied des coteaux, comme Ampuis, ou parfois se sertissent dans l’angle d’un vallon ou s’accrochent à un éperon rocheux. Malleval en est un exemple remarquable. Petite cité médiévale, elle connut une certaine richesse durant l’essor de la soie lyonnaise. Elle offre aujourd’hui une balade agréable entre maisons moyenâgeuses et anciennes installations « soyeuses ».

Les échalas, le mode de conduite de la vigne, foisonnent. Ils zèbrent, aidés des murets de pierres sèches, le vignoble de traits noirs et gris.

Les actions locales

Laurent Combier juillet 2013 088 

Les vignerons sont les premiers acteurs du paysage. D’eux dépend sa sauvegarde, mais aussi son organisation, sa beauté. À la façon d’un peintre, ils peuvent colorer du vert de l’enherbement les rangs de vignes et trouver ainsi une alternative au désherbage qui dans ces pentes fulgurantes où la concurrence entre végétaux reste souvent l’unique solution. Plusieurs domaines participent à l’expérimentation qui recherche les meilleures variétés de graminées pour un enherbement définitif.

Assis entre deux échalas, un verre à la main

S’installer au sein du paysage pour déguster quelques flacons s’avère être une excellente façon pour découvrir la production locale. Mais quelle production ! Qui choisir, entre Ampuis et Limony. Quel vigneron de Côte Rôtie, de Condrieux, d’une partie de Saint Joseph ou encore le mythique Château Grillet, le choix paraît vraiment difficile…

Au hasard des rencontres… Le Domaine Clusel-Roch et sa cuvée Viallière 2014, pourpre sombre, elle hume la racine d’iris et la violette aux coroles maculées de jus de griotte et de framboise. En bouche la fraîcheur extasie, ample elle nous envahit et nous mène aux épices, poivre noir et cumin,  qui soulignent le fruité. La texture apparaît dense. Les tanins encore un rien hérissé renforcent structure et signent de leur grain le caractère du vin.

bouteille_vialliere

Vendange manuelle partiellement égrappée, macération 3 à 4 semaines, élevage de 2 ans en pièces dont 30% neuves.

www.domaine-clusel-roch.fr

Un Condrieu avant de migrer vers le sud: l’incontournable Coteau de Vernon 2013 du Domaine Vernay. Tout doré aux nuances émeraude, il respire la rose et le mimosa teinté d’un rien de violette, fragrances florales qui mettent la bouche en d’excellentes dispositions. Délicate, cette dernière n’en oublie pas l’ampleur qui sied au grand vin. La voilà donc aérienne avec une accroche bien terrestre, ce minéral qui tend grâce à sa fraction cristalline la structure et compense finalement la carence acide. Sur cet équilibre viennent se poudrer les épices, s’enraciner les fleurs et se répartir les fruits, baies et charnus au croquant espiègle et succulent. Nous voici ravi de tant de raffinement.

Découvertes 2015 024

Les Viognier approchent les 80 ans et poussent, plantés à 10.000 pieds/ha, sur une terrasse granitique exposée au sud sud-est. La vinification se fait en barrique comme l’élevage de 18 mois dont un quart en pièces neuves.

www.domaine-georges-vernay.fr

 Grand écart

La vigne à portée de main

 À l’autre bout des Côtes du Rhône, au sud-est d’Avignon subsiste un large ruban de terrasse Villafranchienne, faite des mêmes galets roulés que les mythiques castels papaux.  Le plateau s’entrecoupe de haies vives et de bosquets, ce qui raccourcit la perspective. Seuls les coteaux en bordures offrent un large panorama sur la plaine potagère du Comtat, un vue imprenable d’Avignon et pointe au  loin les reliefs, Ventoux, Luberon, Monts du Vaucluse. Haute de 115 mètres, l’ancienne terrasse alterne paysages fermés et ouverts, ombre et lumière, à la façon bocagère.

gadagne-terroir32

Un bon moyen de la parcourir

Certes le terrain souvent ombragé permet même au plus chaud de l’été de se balader parmi les vignes, mais la bicyclette apparaît comme le moyen le plus efficace et le plus ludique pour comprendre presque dans son entièreté l’entité. Deux parcours y sont balisés, un court de 6 Km et un plus long qui fait une boucle de 16 Km, du sommet jusqu’au bord de la Sorgue. Les circuits traversent parcelles, coupent les haies de cyprès, s’abritent derrière les récents talus enherbés, remontent les coteaux, …

www.provence-a-velo.fr/circuits-velos/VTC/offres-100-1.html

Une appellation phare… et toute neuve!

Si le sud-est d’Avignon offre un bel échantillonnage de Côtes du Rhône, il abrite également la dernière arrivée des Côtes du Rhône Villages avec nom de commune. C’est entre cyprès et feuillus brise-vent, le Mistral peut y être redoutable, que gisent les Côtes du Rhône Villages Gadagne. L’entité emprunte son nom au village de Châteauneuf de Gadagne.

 Châteauneuf_de_Gadagne_-_vignoble_expérimental_1

Assis à l’ombre d’une haie, un verre à la main

 Gadagne 2014 Domaine des Bois de Saint Jean

La robe grenat clair, il offre un nez grillé comme la tartine de pain que l’on couvre de  confiture de fruits rouges parfumée de cannelle et relevée de poivre. La bouche, suave et fruitée comme le nez, s’ouvre sans rechigner et offre d’emblée impressions de garrigue et léger fumé. Les tanins bien mûrs tissent le fond soyeux et la bonne longueur nous fait découvrir les épices qui bientôt souligneront le fruit.

Rhône Sopexa sélexion 2016 114

Assemblage de 85% de Syrah et 15% d’autres, vinifiés et élevés en cuve inox.

www.domaineduboisdesaintjean.fr

Fragment d’histoire

 Avant de quitter l’endroit, rappelons que c’est le lieu de naissance de la Coupo Santo le célèbre poème et chant écrit par Frédéric Mistral pour remercier la délégation d’écrivains et d’hommes politiques catalans venus encourager le mouvement de défense de la culture provençale au milieu du 19es.

Prouvençau, veici la Coupo
Que nous vèn di Catalan
A-de-rèng beguen en troupo
Lou vin pur de noste plan

= Provençaux, voici la coupe
Qui nous vient des Catalans.
Tour à tour buvons ensemble
Le vin pur de notre cru…

Ciao

 

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Marco

 

 

 

 


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25 ans de Vacqueyras… et maintenant?

La semaine dernière, les vignerons de Vacqueyras ont dignement fêté les 25 ans de leur cru en présentant à la presse une rétrospective par dégustation verticale interposée. C’était d’autant plus courageux que manifestement, les vins des années 90 n’étaient pas forcément conçus pour la garde; aussi certains ont ils mieux traversé le temps que d’autres – ce n’est pas qu’une question de décennies, sans doute plutôt une question de conservation. Par ailleurs, la maîtrise des températures de vinification s’est améliorée ces dernières années, ce qui n’a pas pu nuire.

Mes trois préférés, dans les millésimes de plus de 10 ans: Le Sang des Cailloux, dans les millésimes 1992 et 1997, tout deux étonnamment frais pour leur âge, et le Domaine de la Monardière Vieilles Vignes 2003, qui a su échapper au piège d’une année très chaude.

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Le plateau des Garrigues, un des terroirs de Vacquéras, et ses galets. Au fond, les Dentelles de Montmirail (photo (c) H. Lalau 2015)

A table, sur des plats aux truffes amoureusement concoctés par Guy Julien, le chef de La Beaugravière, à Mondragon, dont c’est la noble spécialité, ces vins se sont tout à fait bien comportés. Mais je dois à la vérité de dire que d’autres cuvées anciennes, comme le Seigneur de Fontimple 1995 ou le Montvac 1993, que j’avais écartées à cause de leur sécheresse, m’ont agréablement surpris.

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Un des « vieux » rescapés du temps (Photo (c) H. Lalau 2015)

 

J’ai eu cependant beaucoup plus de plaisir, en moyenne, avec les millésimes plus récents: Montvac 2009, et Mas des Restanques 2005, notamment, sans oublier le petit jeune de la bande, le Chapoutier 2014.

Ce qui m’a été confirmé dès le lendemain avec une deuxième dégustation, celles des millésimes à la vente (de 2010 à 2014).

Sur la quarantaine de vins présentés, sans surprise, le taux de vins intéressants (ou tout simplement, buvables) est plus élevé que dans les vieux millésimes.

Il faut cependant faire le tri entre les millésimes – à l’évidence, 2014 parait plus faible. 2010 et 2012, par contre, m’ont emballé.

Voici mes préférés.

Vacqueyras5

Un de mes favoris: La Fourmone (ici en 2011)

Le domaine Sang des Cailloux – un domaine dont j’ai apprécié tous les millésimes présentés, et tout particulièrement le 2012.

La Monardière – très régulier également, avec une petite préférence pour le 2010 (Cuvée les Deux Monardes).

La Charbonnière (en 2012 comme en 2013)

La Fourmone (Cuvée Les Ceps d’Or 2011)

La Fontaine du Clos (pour son Castillon 2013, vif, sur les épices et le fruit noir)

Montvac (pour sa cuvée Variation 2012)

Vignerons de Caractère, Cuvée Eternité (aussi bien pour le 2007, très expressif, que pour le 2012, à la belle matière, au boisé présent mais bien fondu).

Ouréa (Cuvée ‘O 2013)

 

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Pas mal, pour une coopé – oh, le vilain a priori: c’est un beau vin, un point c’est tout! (Photo (c) H. Lalau 2015)

Un petit cran en dessous, mais toujours très plaisants, je classerai Laurus 2011, Brunely (Cuvée Tour aux Cailles 2013), Font Sarade (Premier Vin 2014) et le Clos des Cazaux 2011.

Mais que peut-on attendre d’un Vacqueyras, au juste?

En rouge, sans doute pas la corpulence et la générosité d’un Châteauneuf du Pape ou d’un Gigondas (sauf exceptions – n’oublions pas que les aires des deux derniers se touchent); mais du fruit, du nerf, de l’équilibre; et dans les bonnes années, de la profondeur. Des tannins parfois sévères, mais souvent justes. Sans oublier, et ce n’est pas à négliger, un bon rapport qualité-prix.

La stratégie du cru semble d’ailleurs avoir été payante, puisque les surfaces homologuées ont doublé en 25 ans, pour atteindre environ 1500 ha. Dans le même temps, les rendements ont baissé – de 38hl/ha à 30hl/ha.

La production moyenne est de l’ordre de 44.000 hl, dont environ 40% sont exportés.

On ne peut cependant se contenter de raisonner en termes généraux: il faut à la fois tenir compte de l’effet terroir (les trois grands types de sols), et de l’effet producteur (assemblages, élevage).

En termes de sols, Vacqueyras en recèle de trois types:

  • Le plateau des Garrigues – des cailloutis alluvionnaires, en terrasses, déposés par l’Ouvèze. Un sol qui favorise l’élaboration de vins rouges puissants et très aromatiques.
  • Les safres et marnes, alternances de grès fins, appelés localement « safres » et de marnes sableuses bleues et grises, sur calcaire. Les safres sont plutôt favorables aux vins rouges et les marnes aux vins blancs
  • Les calcaires blancs et gypses, en éboulis -excellents terroirs de rouges comme de blancs, mais assez minoritaires sur l’appellation.

 

Coupe géologique (Vacqueyras) / Geological profile (Vacqueyras)

Coupe géologique des sols de Vacqueyras 

En termes de cépages, le Roi s’appelle Grenache, la Reine Syrah. J’avoue cependant un petit faible pour les cuvées comprenant une bonne part de mourvèdre, mais je n’en fais pas une obsession.

En blanc, c’est selon; excusez la banalité, mais l’assemblage (notamment la proportion de viognier et de clairette) me semble influencer grandement le résultat, de même que l’élevage. Bien difficile de donner un avis général.

Dans cette couleur (qui reste très minoritaire dans l’appellation), j’ai apprécié le Seigneur des Lauris 2013 (Arnoux), La Fourmone Cuvée Le Fleurantine 2014, sans oublier le Sang des Cailloux… 1997, auquel je donnerais 15 ans de moins.

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Et une belle cuvée de négociant (Photo (c) H. Lalau 2015)

Par ailleurs, quelle que soit la couleur, 2015 s’annonce très bien, si j’en juge par les échantillons dégustés au Sang des Cailloux; à la fois nerveux, gourmands et complets; de plus, la maîtrise des vinifications ne fait que progresser. On devrait donc entendre parler, et en bien, de Vacqueyras dans les années qui viennent…

 

Hervé Lalau