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Le vin japonais

 

Une récente dégustation des vins japonais organisée par l’excellente caviste parisienne Soif d’Ailleurs ( http://soifdailleurs.com/) m’incite à vous parler aujourd’hui des vins du pays du soleil levant. Je vais revenir aux vins de cette dégustation à la fin de l’article, ainsi qu’à d’autres, dégustés lors d’une présentation de vins issus du cépage koshu à l’OIV il y a quelques temps. Mais d’abord quelques indications…

sweet wine in JapanLe marché du vin au Japon a bien évolué depuis ses débuts, au tournant du 19ème au 20ème siècle. L’influence du Portugal se faisait encore sentir dans ce charmant image où le « sweet wine » était à l’honneur.

Le Japon est un marché très important pour le vin qui, pour une partie, est aussi extrêmement connaisseur. Lors de voyages dans ce pays que j’aime beaucoup, j’ai trouvé, dans des boutiques spécialisées, certaines cuvées qu’on a du mal à dénicher en France et les questions après des conférences ou dégustations sont souvent très pointues. Mais sait-on assez qu’on produit aussi du vin au Japon ? Il semblerait que l’histoire de la production de vin au Japon a commencé par le fait de quelques jésuites qui y ont suivi les explorateurs portugais au 16ème siècle. Cette production était certainement destinée, avant tout, à la messe. De nos jours la viticulture dans cet archipel, dans lequel les montagnes occupent la majorité de la superficie, touche une zone allant de l’île de Kyushu, au sud, jusqu’à l’île de Hokkaïdo dans le nord. D’une manière générale au Japon, le climat de mousson, chaud, souvent couvert et humide en été, conjugue à peu près tout ce que la vigne déteste, d’où la présence d’hybrides qui, à défaut de donner toujours des vins passionnants, fournissent au moins des raisins sains et mûrs, consommés frais ou vinifiés..

Si la vigne couvre une superficie totale  de 30 000 hectares au Japon, la majeure partie est consacrée à la production de raisins de table. En matière de vin (ou de moût), la production japonaise totaliserait environ 370,000 hectolitres, ce qui serait à peu près l’équivalant à la somme des volumes produits en Corse, Savoie et Jura, ou bien au tiers du Beaujolais. Ce n’est pas une quantité négligeable mais j’avoue ne pas être très sûre de la fiabilité de mes sources et je pense qu’une partie de ce volume est destinée à la production de jus de raisin plutôt qu’à la vinification.

Koshu-Grapes-by-Genta_ghrGrappes de koshu. On voit bien la couleur rose des baies et le système traditionnel de conduite en pergola. (photo Genta)

Les régions viticoles les plus importants sont Yamanashi et Osaka, suivies de Yamagata et de Nagano. Parmi les cépages plantés, on trouve un certain nombre des variétés françaises les plus connues, mais aussi pas mal d’hybrides capables de résister à la forte humidité de l’archipel. Un seul cultivar de vitis vinifera semble être exclusif au Japon, bien que son origine se trouverait plutôt en Asie continentale, quelque part le long de la Route de la Soie. Il s’agit du koshu, qui serait arrivé de la Chine avec des moines bouddhistes. C’est une variété à la chaire blanche mais à la peau rose qui est cultivée essentiellement autour du Mont Fuji dans la région de Yamanashi. Ses raisins étaient surtout destiné à la table mais sont de plus en plus souvent vinifiés de nos jours. Les vignes de koshu sont traditionnellement très espacées (une centaine de pieds à l’hectare) et conduites en pergola, ce qui éloigne les grappes du sol et facilite la récolte. Mais cela fait beaucoup de grappes par pied de vigne (des centaines) et des expériences avec d’autres modes de conduite, plus favorables à la production de vins de qualité, sont en cours. Les grappes de koshu sont longues et la peau des baies épaisse, ce qui lui permet de résister à la pourriture consécutive aux fortes pluies pendant la saison de maturation. Les exploitations viticoles sont minuscules, 0,25 hectare en moyenne. Une poignée de producteurs possède de plus vastes domaines et achètent des raisins à des viticulteurs.

Lors du passage de l’association koshu of Japan en France en 2013, j’ai eu l’occasion de tester toute une série de vins de ce cépage fascinant, car très différent de tout ce qu’on peu trouver ailleurs.  Tous venaient de la région de Yamanashi, et la grande majorité du millésime 2011. La plupart des producteurs préfèrent un élevage court et en cuve mais quelques-uns s’essayent à un élevage en barriques. Tous les vins étaient secs avec des degrés d’alcool très raisonnables : entre 10,5% et 12% pour les vins dégustés. Les acidités variaient pas mal, selon les modes de vinification. Si on veut à tout prix faire des comparaisons, ces vins ressemblaient à quelque chose entre un riesling sec et un ugni blanc/trebbiano, en un peu plus parfumé. Le toucher est délicat, presque soyeux ; l’acidité bien présente et les parfums subtils mais pas expansifs. Les couleurs sont très pâles, sauf pour ceux ayant fréquenté du bois.

Alps Wine, Koshu 2011

Il m’a semblé plus pesant que les 11,5% annoncés, et je n’aurais pas deviné que le sucre résiduel se situait aussi bas que 1,1 gramme. Mais il est fin et vibrant, relativement intense parmi les vins de la série.

Grace Wine, Koshu Kayagatake 2011

Délicat et floral, très vif. Sensation de pureté dynamique.Très joli vin

Grace Wine, Koshu Private Reserve 2011

Aussi parfumé que son frère d’écurie mais plus structuré, un peu plus austère et avec une allonge supérieure. Le meilleur vin que j’ai dégusté dans cette série.

Yamanashi Wine, Sol Locet Koshu 2011

Fin, délicat et précis.

Yamanashi Wine, Sol Locet Koshu 2010

Un des rares vins (un peu) âgés dans la dégustation. Il montrait davantage de complexité et une longueur supérieure aux autres.

Suntory Tomi No Oka Koshu 2010

Ce vin a eu un vieillissement (je crois partiel) en bois. Il paraissait plus mûr et rond que les autres, avec une acidité bien plus faible (5,6 g/l). Texture plus soyeuse aussi.

Si aucun de ces vins n’est disponible en France, on peut y trouver deux autres cuvées de koshu, produites par des bordelais en partenariat avec des producteurs locaux. Celle de Bernard Magrez, goûtée il y a deux ans, montrait une vraie délicatesse de parfums et de texture, avec une sensation de légèreté, d’élégance et de fraîcheur, hélas bien trop chère (autour de 30 euros). Plus abordable (18 euros), mais pas dégustée, celle de Denis Dubourdieu, disponible sur www.lespassionnesduvin.com.

japonais 1le koshu avec ou sans vinification en fûts. C’est selon ses goûts, mais j’ai préféré le vin à droite pour sa plus grande complexité (photo DC)

 

 Maintenant ma plus récente dégustation, à la cave Soif d’Ailleurs

Elle a eu lieu le 30 janvier 2015 et concernait les vins d’un seul domaine : Diamond Winery. Cette production est le fait d’un jeune vinificateur japonais (désolé mais j’ai négligé de noter son nom) qui a travaillé en temps en Bourgogne, chez Simon Bize. Il y avait deux cuvées de koshu (blancs), et trois d’une variété hybride rouge nommé Muscat Bailey A (une hybride entre Muscat d’Hambourg et Bailey, obtenu en 1927 au Japon) Le caviste en question liste deux de ces vins, un blanc et un rouge, et je crois savoir qu’il s’agit de mes deux vins préférés de cette dégustation (à vérifier).

Diamond Winery Chanter YA, Amarillo 2013

cépage koshu 100%, cuve inox

Robe très pâle, translucide. Nez délicat et parfumé, floral. Vibrant mais sans avoir une forte acidité. Longueur moyenne et sensation de pureté très agréable.

Diamond Winery Chanter YA, Koshu 2013

cépage koshu 100%, élevage en barriques bourguignonnes (pas neufs)

La robe est un peu plus intense, aux reflets verts. Nez très fin mais ayant davantage de puissance que le précédent. Le bois me semble bien intégré. Très belle vibration au palais avec, là encore, plus de puissance et de complexité que pour la version cuve. L’acidité me semble aussi plus élevée, mis l’ensemble reste très délicat. Un très joli vin.

Muscat Bailey ALes étiquettes de ce domaine répondent à une esthétique double : japonaise et européenne. Et le noms des cuvées incorporent des jeux de mots/lettres que je suis incapable de vous restituer. Mon vin préféré de cette série se trouve à droite. C’est un des meilleurs vins issus d’une variété hybride que j’ai dégusté. (photo DC)

Diamond Winery Chanter Y, Y-carré 2012

cépage muscat bailey A 100%, 24 mois d’élevage sous bois

Le robe est relativement légère, du type pinot noir. Le nez me fait penser un peu au jambon fumé avec un peu de caramel et d’épices douces. Mais le vin est parfaitement sec et plus structuré en bouche que je n’imaginais. Il a de la fraîcheur et un bon équilibre acidité/tanins, mais ne m’enchante guère.

Diamond Winery Chanter Y, Y-cube 2012

cépage muscat bailey A 100%, 18 mois d’élevage sous bois

Issu d’une autre parcelle et ayant reçu une macération de 5 semaines, ce vin à une robe bien plus dense, de ton carmin. Le nez est aussi radicalement différent et assez intense autour de fruits noirs (cassis), avec toujours ce caractère un peu épicé et fumé. En bouche c’est très séduisant, bien fruité et un peu poivré, vibrant avec un joli toucher. Je mettrais bien ce vin dans une dégustation à l’aveugle !

Diamond Winery Chanter Y, Vrille 2012

cépage muscat bailey A 100%, 18 mois d’élevage sous bois

Issu d’une récolte plus tardive de 12 jours par rapport au précédent (vers les 12/13 octobre). C’est plus rond et charmeur, mais donne aussi une impression de chaleur qui perturbe un peu, pour moi, son équilibre. Belle densité et longueur, mais je préfère le Y-cube.

 

Le voyage forme la jeunesse et tout ceci me donne envie de retourner au Japon….

 

David Cobbold


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Plongée en eau-de-vie charentaise

Mes excuses pour le retard de parution. Problèmes techniques sur ma ligne…

« Tout est dans le flacon » aurais-je pu titrer. Sauf que dans certains de ces flacons on a du ravissement à revendre, de la séduction à ne plus savoir qu’en faire. Tel est le miracle du Cognac. À condition d’y mettre le prix !

Cela m’a pris comme ça, au débotté, un beau jour d’octobre, alors que j’étais effaré par la vue d’échantillons en attente sur ma grande table blanche. Au milieu, trônait un petit lot de flacons de Cognac de différentes tailles. Je me suis dit : « Tiens, ce serait pas mal d’en causer à l’occasion des fêtes de fin d’année. D’autant qu’il te reste en stock quelques belles bouteilles à la robe acajou que tu pourrais ajouter à celles-ci… ». Puis, faute de place dans ma tête chargée de Toscane puis de Bandol, j’ai repoussé cela à plus tard. Fin décembre, entre deux fêtes stupides où l’on s’extasie sur un saumon médiocre et des truffes sans maturité, je me suis rappelé qu’il m’en restait une ou deux, de truffes, au congélateur. Et qu’il suffirait de deux amis bon goûteurs pour m’aider à venir à bout de ce trop plein de flacons d’eau-de-vie charentaise. Qu’un poulet fermier, quelques tranches de pain grillé à l’allure campagnarde, et de la plus grosse de mes truffes pouvait les attirer. Les épluchures iraient dans la cocotte où ma volaille baignerait dans le riesling, tandis que les lamelles ni trop fines ni trop épaisses recouvriraient le pain chaud avec un filet d’huile nouvelle de Toscane et que le tout serait coiffé d’un fin et translucide voile de lardo di Colonnata. Un tour de moulin sur chaque tranche et la magie d’une fin de dégustation opèrerait à coup sûr.

Inutile de vous dire que mes camarades, Emmanuel Cazes et Jean-Jacques Salvat, deux « pros » locaux, étaient ravis de pouvoir m’assister. Ils furent pile à l’heure, pour une fois, malgré leurs libations des deux jours précédant. L’occasion autour du café de leur expliquer que je vénère le Cognac plus que l’Armagnac, le Calvados et le Whisky réunis, fort probablement pour des raisons sentimentales qui seraient trop longues à développer ici. Leur dire qu’il m’arrive de m’en servir une goutte ou deux en compagnie d’un bon café, d’un cigare cubain et d’une bonne musique. Révéler aussi que je goûte l’eau-de-vie comme s’il s’agissait d’un vin tout en restant beaucoup plus passionné par le vin que par ce qu’il est convenu d’appeler « les alcools ». Plusieurs échantillons de huit maisons furent dégustés à découvert (à cause de la disparité des tailles et des formes de bouteilles) après une série de vins d’Alsace et d’inévitables Carignans dont je vous reparlerais un dimanche dans ma rubrique dédiée, comme on dit.

Voici mes commentaires, dans l’ordre de la dégustation, les échantillons ayant été regroupés par marques, sans aucune logique me dois-je de préciser. Un peu de désordre dans ce monde de luxe ne fait pas de mal après tout !

-Delamain. Trois mignonettes sorties de mes étagères, dont un « Vesper » (Grande Champagne XO), qui, outre une très légère note de moisissure (ou champignon ?) au nez, m’a paru puissant, rondouillard, posé et marqué par un discret rancio de belle facture. Moins vieux, moins foncé de robe, le « Pale and Dry » (Grande Champagne XO), en général un de mes cognacs favoris pour sa franchise et son aspect sec, prend un style finement ciselé, vanillé, une trame élégante, une belle structure doublée d’une séduisante amertume fraîche. Avec la cuvée « Extra » (près de 300 €), on a une Grande Champagne plus âgée que les précédents : nez ouvert sur le cuir, la fumée, le bois de réglisse (surtout en bouche) et une certaine astringence en finale. Le moins cher du lot tourne quand même autour de 80 €, mais la maison de Jarnac reste une référence…

-Navarre. Deux mignonettes de ce petit domaine (10 ha) de Gondeville qui jouit d’une certaine réputation pour ses vieux Pineau déjà décrits ici et qui possède encore pas mal de vignes de Colombard et de Folle Blanche en plus de son Ugni blanc. Un 1er Cru ample mais facile, bien fait et sans grande complexité, puis une Grande Champagne « Vieille réserve », finesse au nez mais puissant en bouche, moelleux et profond, touche de vanille en rétro olfaction, pointe d’astringence rustique en finale. Bon rapport qualité-prix.

-Jean Fillioux. Cette maison familiale (depuis 5 générations) ne propose de par la situation de son domaine (25 ha) que des fines de Grande Champagne. A l’instar de cette vieille eau-de-vie « La Pouyade » au nez délicatement fumé de rose ancienne, c’est posé en bouche, épicé mais sans excès en dépit du bois que l’on sent bien mais qui garde un côté précieux, élégant. Je le verrais bien à l’écossaise avec une dose d’eau pure et fraîche, à l’apéritif, en compagnie d’amandes grillées et d’un bouquin palpitant ! Il y a paraît-il bien d’autres cuvées encore plus spectaculaires. Autour de 50 €.

-Courvoisier. Fournisseur officiel de Napoléon III, la maison de Jarnac nous propose ici un mini échantillon de son « Essence de Courvoisier », assemblage de crus de Grande Champagne et des Borderies avec une part (pas de pourcentage) d’eaux-de-vie remontant au début des années 1900 associée à des lots plus récents. Chaque carafe est l’œuvre manuelle d’une trentaine d’artisans verriers de Baccarat, ce qui justifie (peut-être ?) son prix : 2.950 € le flacon de 70 cl. Poivre de Sichuan et autres épices, bigarade confite, iris, figue, pêche, iode… le genre de nez sur lequel on peut rester des heures. Gras en bouche, note de caramel légèrement brûlé, épices, profondeur, gingembre confit, sous-bois… on a une impressionnante longueur et une finale de toute beauté.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-Mas d’Alezon. Avec cette Fine Faugères, c’était mon petit clin d’œil piégé de la dégustation. En outre, c’était la première fois que je la goûtais en situation, avec sérieux et concentration. Distillée à l’alambic charentais, vieillie au moins 5 ans en fûts et rectifiée (à 40°) à l’eau pure du Mont Roucou, elle a son appellation depuis 1948. La Fine de Catherine Roque distillée par Mathieu Frécon et venant tout de suite après la grande cuvée de Courvoisier, n’a pas démérité, loin s’en faut. Certes la robe est moins acajou et le nez moins éloquent, mais l’attaque en bouche est précise et saisissante, avec ce qu’il faut de rondeur pour ne pas agresser et une finale faite de réglisse, de boisé, de salinité, de vieux cuir et de poivre. Imparable sur du chocolat noir (ne pas aller au-delà d’un 70% cacao), sur un moka ou sur un gâteau aux marrons. S’accompagne aussi d’un bon havane.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-Merlet. « Cognac Brothers Blend » est la version moderne du Cognac vu par les frères Merlet dont le père s’est fait connaître dans les années 70 par la production, en pleine Saintonge, de crèmes de fruit, cassis en tête. Mais c’est le « Sélection Saint-Sauvant » que nous avons goûté, un assemblage de Grande et Petite Champagne (compte d’âge supérieur à 10 ans), ainsi que de Fins Bois (1992 et 2001) et de Petite Champagne de 1993. La robe est plutôt pâle, le nez porte sur le fruit blanc et la marmelade d’orange, tandis qu’en bouche on a de la puissance, de la profondeur et une finale poivrée/boisée. Un peu plus de 45° dans un élégant flacon, pour 80 € départ distillerie.

-Hine. Depuis quelques années, je n’ai plus de contacts avec cette maison de Jarnac pour laquelle j’ai toujours eu beaucoup d’estime car elle élève ses cognacs dans d’anciennes caves de pierres. Résultat, je me suis senti obligé de sacrifier un flacon millésimé 1976 que j’avais jalousement gardé pour ma pomme ! Le « Family Reserve », mon favori d’une autre époque, est toujours en vente au prix de 503 €, alors qu’il faut aligner plus de 10.000 piastres pour posséder un « Hine 250 » ! Pour en revenir au 1976, il n’est plus sur le tarif, mais le 1975 frise les 450 €, tout de même. Il s’agit d’une Grande Champagne séduisante au possible : finesse intense au nez, notes de cuir, du moelleux en bouche, de l’amplitude aussi, on a l’impression de planer sur un nuage, dans une atmosphère épicée entre effluves de cannelle, cèdre, clou de girofle et de vanille…

Photo©MichelSmith

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-Deau. Au dessus de la Charente, au milieu des vignes, le Cognac Deau compte sur 12 alambics de cuivre pour faire naître des cognacs qui mûrissent lentement dans 2.000 barriques de chênes du Limousin. Cette maison a la particularité de mettre en vente des coffrets, dont un composé de 3 élégantes « montres », des flacons de 40 cl qui servent d’ordinaire au maître de chais pour échantillonner ses eaux-de-vie. Commençons par le « XO », assemblage de Petite Champagne et de Fins Bois au nez assez strict et classique de prime abord qui devient presque envoûtant à l’aération. Fait pour le cigare et la méditation, il y a de la densité, de l’équilibre, quelques notes terreuses et feuillues sur une longue finale entre réglisse et vieux cuir. Le « Black » n’est pas d’une robe aussi foncée que son nom le laisserait supposer. C’est un assemblage de Grande et Petite Champagne de style « XO » : nez fin, aérien, floral ; bouche épaisse, assez majestueuse, fraîche et souriante ; notes de reine-claude confite et de verveine. Et toujours cette langoureuse façon de s’étendre en douceur, de se fondre en traînant avec de légères notes sucrées de marmelade d’agrumes et d’angélique. Pour moi, c’est du grand art ! Le « Louis Memory », quant à lui, très distingué au nez, concerne les eaux-de-vie les plus anciennes (Grande Champagne pour la plupart) assemblées en hommage à Louis Deau né sous le règne de Louis XIV : délicates notes de rancio au nez, de sous-bois, d’abricot sec et de vieux cuir, belle amertume fraîche et persistante en bouche sur une finale aux accents fumés et aux notes de gingembre confit.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-Frapin. J’ai beaucoup apprécié le dynamisme de cette maison au temps où la pétillante Béatrice Cointreau la dirigeait au point que j’ai longtemps gardé une bouteille de « Château Fontpinot » que j’ai fini par ouvrir pour cette dégustation. Il s’agit d’une Grande Champagne de « très vieille réserve » amplement marqué par les fruits confits, l’abricot en premier lieu. C’est puissant en bouche, presque violent, persistant, avec une amertume prononcée, un boisé qui se mêle à des notes de cuir en finale. L’autre bouteille a été envoyée par le service de presse de la maison. Il s’agit d’un magistral « 1988«  issu des vignes du domaine, une Grande Champagne vieillie 25 ans en fûts de chêne et mise en bouteilles (numérotées) au château. Le nez est fin, marqué par de belles notes de poire williams et de noisette. L’attaque est ronde, mais très vite la droiture, la noblesse de l’allure, la persistance, les notes boisées et les touches de poivres doux prennent le dessus. Son prix : autour de 140 € chez les cavistes.

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Ce dernier Cognac est, pour ma part, le mieux noté de cette dégustation avec le Hine 1976 et le « Pale & Dry » de Delamain. Avec le recul, en goutant les échantillons de nouveau deux semaines après, puis en relisant mes notes étoilées, j’aurais pu être plus généreux avec la Maison Deau.

Enfin, une info de plus pour ceux qui aiment la découverte des vieilles eaux-de-vie : David Mell et son oncle Maurice Pinard, issu d’une famille de distillateurs, ont fondé une société, Les Antiquaires du Cognac, qui propose aux amateurs des eaux-de-vie exceptionnelles. Des cognacs de plus de 40 ans, qui sont autant de « monocrus » la plupart issus de la distillation de vins confiés par des viticulteurs réputés puis élevés avec soin. Chaque flacon est identifié avec la date de mise en bouteilles, le millésime est écrit à la plume, le nom du chai de stockage et la référence (par gps) permettent de retrouver la vigne qui est à l’origine du Cognac proposé, lequel est protégé par un magnifique coffret de chêne massif.

Michel Smith

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Muscadet dans le temps (2/2)

Suite à mon article de la semaine dernière, j’ai poursuivi mes investigations sur la capacité de vieillissement de certaines cuvées de Muscadet avec une deuxième série de vins. Cette série était constituée de vins ayant subi un élevage au moins égal à 18 mois, et parfois bien plus, mais qui revendiquaient aussi une désignation communale à l’intérieur de la grande zone de Muscadet. A ce jour, seulement trois communes possèdent officiellement ce statut-là: Gorges, Clisson et Le Pallet. Mais bien d’autres sont en attente: Goulaine, Château-Thébaud, Monnières-Saint-Fiacre, Mouzillon-Tillières, La Haye-Foussière, Vallet….fermez le ban, en se souvenant aussi qu’il existait déjà trois désignations sous-régionales de Muscadet : Sèvre et Maine, Côteaux de la Loire, et Côtes de Grandlieu (sans parler du « sur lie » ou « pas-sur-lie ») !

IMG_6462Mes vins préférés de cette dégustation. Ces étiquettes ne sont pas trop moches, et certaines sont même honorables, mais il faut dire que le niveau moyen dans l’appellation, aussi bien sur le plan de la clarté que sur celui de l’esthétique, est assez proche du degré zéro ! Il reste du boulot pour les graphistes de la région Nantaise. 

Etant totalement contre la multiplication des appellations pour les vins en général, j’ai du mal à comprendre comment une telle explosion de désignations pourrait aider cette région qui a pourtant bien besoin de sortir de l’ornière. Certes, on pourra toujours dire que cela va appuyer la sacro-sainte recherche d’une identification au « terroir ». Mais qu’est-ce que cela veut dire en réalité, et quelle importance cela peut-il avoir quand on voit le poids dans le bilan final du travail de chaque producteur ?

Certes, il était nécessaire, pour la santé économique de cette région viticole, de trouver une manière de vendre les meilleurs muscadets plus cher que la triste moyenne régionale actuelle. Mais est-il vraiment utile d’avoir au moins 10 nouvelles sous-régions pour une zone pas si vaste que cela (9.000 hectares en tout)? Et, de surcroît, ces communes ont souvent des noms à rallonge qui seront totalement impossibles à retenir pour un Français, sans parler des barbares qui importent, parfois, ces vins-là. Je crains que la fierté locale ait, une fois de plus, primé sur l’analyse marketing dans cette affaire et que tout cela ne mène à rien, ou à pas grand chose, car les différences entre toutes ces appellations communales ne sont pas toujours évidentes. Ayant effectué une dégustation triée par cru communal l’an passé lors du Salon des Vins de Loire à Angers, je n’ai pas été convaincu d’une quelconque typicité communale. Et, même si elle existait, serait-elle pertinente pour le consommateur ?

Comme toujours, la vérité est dans le verre, et nous verrons que la qualité dépend surtout du couple vigneron/millésime et non d’une sorte de loi sacrée du sol, ou, plus exactement, du binôme sol/meso-climat.

IMG_6469Les Daltons ? Non, votre serviteur entouré par les Cormerais, père et fils

 

Deuxième partie de ma dégustation de Muscadets ayant de l’âge : les Muscadets avec désignation communale.

14 vins sélectionnés sur un total de 24 échantillons dégustés

Les élevages des vins de cette série sont longs : 18 mois au minimum et souvent bien plus

Comme la semaine dernière, le service des vins était en semi-aveugle, seul le millésime et l’appellation étant connus.

 

Clos du Pont 1990, Sèvre et Maine, Mouzillon (16/20)

Beaucoup de complexité au nez qui est marqué par des notes fumées. Si c’est dû à un élevage sous bois, celui-ci est bien réussi. Belle richesse au palais aussi avec un ensemble long et savoureux, très bien équilibré (plus à la vente).

Clos du Pont 2002, Sèvre et Maine, Mouzillon (16/20)

Le nez est un peu fermé, assez complexe avec une impression de bois qui reste discret. En bouche c’est intense et riche en saveurs. Excellent vin que je mettrais avec intérêt dans des dégustations à l’aveugle avec des blancs d’autres régions (plus à la vente).

Domaine du Haut Bourg 2001, Côtes de Grandlieu, Bouaye (16/20)

Le nez est splendide avec de jolis parfums aériens. Ce vin manifeste une grande délicatesse, comme de la dentelle. L’équilibre me semble idéale (plus en vente).

Bonnet Huteau 2005, Sèvre et Maine, Goulaine (15,5/20)

Le nez a beaucoup de complexité et une profondeur intéressante. La texture est soyeuse et ses belles saveurs sont longues et salivantes. Un vin splendide qui en vaut largement d’autres vendus à deux fois ce prix (12 euros).

Domaine du Haut Bourg 2002, Côtes de Grandlieu, Bouaye (15,5/20)

Un joli nez, parfumé avec des arômes floraux. Belle association de vivacité et de souplesse. Gourmand et délicat. Très bon vin (plus à la vente, malheureusement).

Domaine de la Fruitière, M de la Fruitière 2002, Sèvre et Maine, Château Thébaud (15,5/20)

Vin très suave avec des saveurs magnifiques, complexes et gourmandes. Cette richesse apparente lui va bien, car la sensation de sur-maturité est parfaitement maîtrisée et se trouve portée en longueur par une très belle fraîcheur. Vaut son prix (25,40 euros)

Pierre Luneau Papin, Excelsior 2002, Sèvre et Maine, Goulaine (15/20)

Une très beau nez, plus puissant et chaleureux que la plupart de cette série. Ce vin semble relever d’un autre style mais est bien réussi dans son profil, comme tous les vins dégustés de ce domaine (plus à la vente).

Michel Luneau, Tradition Stanislas 2003, Sèvre et Maine, Mouzillon (14,5/20)

Vin très savoureux avec une impression de richesse et de rondeur très agréable. Bonne longueur et prix très modeste pour une telle qualité (10,50 euros).

Bonnet Huteau, Heritage 2003, Sèvre et Maine, Goulaine (14,5/20)

Le nez, si pas très expansif, est plein de finesse pour un millésime plutôt rond dans son expression. En bouche la sensation est différente : légèrement oxydative avec des notes de caramel (peut-être un bouchon peu étanche ?). Bonne fraîcheur en finale qui prouve le tenue de ce vin mais pourquoi est-ce que ces vins n‘adoptent pas tous la capsule à vis ? Un peu cher (25 euros).

Bonnet Huteau, Heritage 2002, Sèvre et Maine, Goulaine (14,5/20)

Le nez donne une impression crémeuse, avec une belle complexité. Pas très long, mais des saveurs d’une fraîcheur parfaite à 12 ans d’âge (23 euros).

Michel Bregeon 2004, Sèvre et Maine, Gorges (14,5/20)

Beaucoup de vivacité et même un soupçon d’arômes de type végétal. Mais c’est un vin aussi délicat que vif, avec un joli équilibre autour de son acidité. (10,20 euros)

Les Bêtes Curieuses 2004, Sèvre et Maine, Gorges (14/20)

Les arômes transmettent une sensation de pureté. Tendre, salivant, mais pas d’une grande complexité, c’est un bon vin très agréable, frais et fin (13,80 euros).

Domaine du Haut Bourg , Origine 2003, Côtes de Grandlieu, Bouaye (14/20)

Le nez semble relativement tendre. Est-ce du au millésime ou à l’influence d’un élevage sous bois ? Ou aux deux ? La texture est très belle en tout cas, même si ce vin manque un peu de vivacité en fin de bouche. Encore un tarif des plus raisonnables (9 euros).

Pierre Luneau Papin, Excelsior 2005, Sèvre et Maine, Goulaine (14/20)

Encore un peu fermé, le nez fait preuve de finesse et d’une belle vivacité. En bouche ce vin reste un peu austère et sa texture et légèrement crayeuse, mais il a beaucoup de fond et va surement très bien évoluer (25 euros).

 

Visite du vignoble

Jo Landron
Jo Landron dans ses vignes. C’est un des pionniers du bio et de la biodynamie dans la région mais il évite bien de tomber dans les pièges du sectarisme

Le lendemain de la dégustation dont le compte-rendu apparaît pour moitié ci-dessus et pour moitié la semaine précédente, le bureau du Wine & Business Club de Nantes (oui, il y a à Nantes des hommes d’affaires qui sont fiers de leur vignoble) a organisé une série de visites dans le vignoble, ce qui m’a permis d’améliorer mes connaissances et rencontrer des gens formidables. Dans l’ordre, nous nous sommes rendus chez Bruno Cormerais, Gilbert Bossard et Jo Landron. Merci à eux pour leur accueil. Bruno et Gilbert sont en train de passer la main à leur fils respectifs. Le fils de Jo s’installe, par choix, sur un domaine plus petit que celui d’une quarantaine d’hectares bâti par son père. Tous font partie de ceux qui croient en leur appellation et dont les vins font honneur. Une promenade dans les vignes avec Jo Landron est très instructive et m’a permis de découvrir quelques beaux coins cachés aux abords de la rivière.

Conclusion

IMG_6463Certains, comme Bruno Cormerais, mettent tant l’accent sur sa commune (en l’occurence Clisson) qu’on ne voit même plus Muscadet sur l’étiquette. Je ne pense pas que cela aide bien l’ensemble, même si ses étiquettes font partie des plus belles de l’appellation

J’ai déjà exprimé mon scepticisme quant à l’intérêt de la multiplications de sous-appellations ou désignations locales. Mais ce qui me semble bien plus important est la qualité d’une proportion significative des échantillons dégustés. Sans tenir compte des prix de vente (pas toujours connus car certains vins ne sont plus à la vente), j’ai retenu comme « bons » ou « très bons » la moitié des 58 échantillons dégustés dans ces deux séries. Il s’agit, pour moi, d’une proportion très élevée et marque, une fois de plus, le potentiel qualitatif de cette appellation qui soufre pourtant de plusieurs handicaps.  A commencer par le nom de son cépage unique, inconnu ailleurs et doté d’un nom difficile à retenir et peu vendeur : qui voudrait afficher « melon de bourgogne » sur son étiquette ? Pourtant c’est bien ce cépage unique, délicat et plastique, et donc pas dominateur par rapport au travail du vigneron, qui fait l’identité des vins de Muscadet. Il ne faudrait surtout pas céder aux sirènes de l’aromatisation facile et commencer à y rajouter sauvignon ou colombard. Peut-être trouver un nom de cépage plus sexy que « melon » ? Autre ligne d’attaque possible : insister sur les capacités de bonne garde de ces vins, et les valoriser parfois mieux, au regard des prix très bas de certaines cuvées retenues (6 euros pour des vins de qualité ayant 10 ans d’âge, est-ce bien raisonnable ?).

Et tout cas, cette dégustation, comme celle organisée il y a peu de temps à titre privé par le caviste Yves Legrand, m’a convaincu que les meilleurs Muscadets sont à situer au niveaux des très bons blancs d’ailleurs en France, bourgogne compris. Merci à Interloire pour sa parfaite organisation dans ses locaux près de Nantes. Je trouve dommage et peu rationnel que certains producteurs ne veuillent par participer à ces actions collectives. Sont-ils capables de monter de telles opérations pour faire connaître leurs vins ? Merci aussi à l’équipe d’amateurs de vin (mais grands professionnels par ailleurs) du Wine & Business Club de Nantes de m’avoir organisé aussi une belle tournée dans le vignoble.

 

David Cobbold

(textes et photos, sauf celle de Jo Landron dont je n’ai pas réussi à trouver le nom de l’auteur)


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La leçon de rosé

À une époque, au début des années 1960, j’ai connu La Leçon de Twist par  Les Chaussettes Noires tout justes essorées du Golf Drouot. Faudra désormais compter sur La Leçon de Rosé by Bandol, grand vin de Provence !

L’été est bien rangé avec les maillots au fond du tiroir à souvenirs, l’automne aussi d’ailleurs, et pourtant… Est-ce une soudaine envie de soleil en ce jour de petit jésus apparu sur sa couche de paille dans sa crèche avec les joujoux par milliers dans les petits souliers (air aussi connu) ? À moins que ce ne soit un simple appel de notre azuréenne Méditerranée ? Tant de précautions prises pour annoncer l’impensable aux éventuels lecteurs de Noël. Oui, sans aucune raison apparente,  je souhaite revenir sur un sujet brûlant : le vin rosé. Si je ne le faisais pas maintenant, jamais je ne le ferais. Peu importe, les robes, les nez, les techniques, les sols, les dates de vendanges, les encépagements… Foin de tout ce micmac savant qui va si bien avec la science œnologique. Pas grave non plus si nous sommes en plein début de l’hiver, en un jour saint pour la chrétienté où nous sommes sensés vider des flacons de grands crus. Laissons toute cette problématique au Centre du Rosé puisque ce vin fascine tant nos nez aussi experts que nobles. Et buvons du Bandol rosé, y compris à Noël !

Photo©MichelSmith

François Pyeraud, Domaine Tempier. Photo©MichelSmith

D’ailleurs, peu importe la saison, pourvu que l’on ait l’ivresse. Car, après tout on en a un peu marre de subir les clichés, les dictats saisonniers. Descendez la cheminée si le cœur vous en dit. Déchirez vos papiers cadeaux, étrennez vos consoles, déballez tablettes et téléphones, riez, pleurez… Quoique vous fricotiez avec vos grands crus de réveillonnades, l’important pour moi, même si ce texte est antidaté, c’est de retenir votre attention ne serait-ce que pour quelques minutes, en vous faisant déguster du rosé. Et pourquoi ? Eh bien parce que je reviens d’un de mes vieux terroirs, d’un cru témoin de mes premiers émois œnophiliques (il est pas beau ce mot ?), d’un morceau de Provence où j’ai appris, il y a plus de 30 ans, grâce à des maîtres tels Henri de Saint-Victor ou Lucien Peyraud, à mettre mon nez là où il ne fallait pas, à regarder le vin dans les yeux, à le gronder, à le comprendre, à le questionner, à le suivre. Oui les amis, je vais écrire sur Bandol. Rien de plus logique puisque je reviens de Bandol. Enfin, j’y étais au début de ce mois.

Damien Roux, l'Hermitage. Photo©MichelSmith

Damien Roux, l’Hermitage. Photo©MichelSmith

Cela n’a pas faites gros titres de Var Matin, j’en conviens, mais j’étais invité à la fameuse Fête du Millésime, trente troisième du nom qui, comme chaque année, début Décembre, attire une foule de visiteurs sur les quais du port. Fort bien organisés, les responsables de l’Association des Vins de Bandol avaient pris l’initiative de me contacter quelques jours auparavant afin de savoir si j’avais un thème particulier de dégustation à (me) proposer, histoire de travailler un peu le samedi matin, la matinée suivante étant consacrée au jury réuni pour sélectionner deux vins rouges « de longue garde » comme le veut la tradition. Profitant de la perche tendue, faisant mon malin comme d’habitude, je proposais une dégustation aveugle de « vieux » blancs et de « vieux » rosés en prélude à une dégustation plus conséquente de rouges du millésime 2004. Oui, des fois il m’arrive d’avoir des fulgurances, de la curiosité pour les vieilleries en bouteilles. Que voulez-vous, à cause de l’importance accordée au Mourvèdre, depuis mes premiers pas entre La Cadière-d’Azur et Le Castellet, j’ai pris à la lettre ce que me tançaient jadis les Vignerons : « Non seulement le Bandol peut le faire, mais il doit vieillir pour être apprécié à sa juste valeur… »

L'Olivette, plus que bien noté en 2005 et remarquable en 2013 ! Photo©MichelSmith

L’Olivette, plus que bien noté en 2005 et superbe en 2013 ! Photo©MichelSmith

Promis, on reparlera des rouges la semaine prochaine, car ils restent pour moi une vraie spécificité de Bandol, même si cette couleur est aujourd’hui largement dépassée par le rosé. Je reviendrai aussi sur les blancs qui ne représentent que 2 à 4 % des ventes, car avant d’aller plus loin, je souhaite vous faire part de mon scepticisme affiché lors du premier contact. En réclamant des millésimes « anciens », blancs et rosés à goûter à l’aveugle, je provoquais sciemment les vignerons. Je les mettais au défi de me présenter des vins dignes d’intérêt et je ne pensais pas obtenir plus de 4 ou 5 échantillons par couleur avec la plupart des vins sur le déclin. Quant aux rouges 2004, je pensais aller jusqu’à 12 bouteilles au plus, soupçonnant au passage les vignerons d’un manque d’esprit de garde pour un millésime, certes de belle tenue en Provence, mais suscitant moins d’enthousiasme et de réputation ailleurs. Force est de constater que je m’étais trompé sur toute la ligne ce qui n’est pas nouveau chez moi.

Salettes absent à la dégustation, mais remarquable en 2013 ! Photo©MichelSmith

Salettes absent à la dégustation, mais remarquable en 2013 ! Photo©MichelSmith

Le rosé, donc. Pourquoi lui ? Depuis la fin des années 1980 où je notais sur mes calepins qu’aux dires des vignerons, il grimpait en flèche sur le tableau des ventes, j’avais conscience que Bandol me faisait goûter des vins exceptionnels dans cette appellation et dans cette couleur, bien plus intéressants que ceux des Côtes de Provence qui, depuis, c’est vrai, ont nettement progressé de leur côté. En m’installant en ce samedi de Décembre, à proximité du village du Castellet au dessus des restanques (terrasses) de vignes dans une pièce isolée au sein de la Maison des Vins de Bandol (ne pas confondre avec celle située face au casino de Bandol…) , on m’informe qu’ils représentent désormais 70 % de la production, jusqu’à 80 % dans certains domaines. Quand je pense qu’il y a une vingtaine d’années, malgré la qualité, je m’inquiétais dans je ne sais plus quel article de les voir frôler la barre des 50 %… au risque de détrôner les rouges ! Pour cette dégustation, après les blancs dont je vous entretiendrai la semaine prochaine, je me retrouve donc avec 12 rosés masqués que je vais goûter à ma demande en compagnie de deux vignerons désignés par leurs pairs, François Peyraud (Tempier) et Damien Roux (L’Hermitage), tandis que deux autres confrères de la RVF et une consœur d’IVV (In Vino Vertitas, dont notre Hervé Lalau est le rédacteur-en-chef) goûtent des millésimes plus récents dans une autre salle avec d’autres vignerons pour les chaperonner.

Damien Roux et François Peyraud au boulot ! Photo©MichelSmith

Damien Roux et François Peyraud au boulot ! Photo©MichelSmith

L’avantage de ce système réside dans le fait que chacun de nous peut déguster en paix, à son rythme en compagnie d’interlocuteurs valables et bénévoles en cas de questionnements. Damien et François ont respecté la règle de silence exigée en début de session. Ils sont intervenus pour changer une ou deux bouteilles défectueuses (satanés lièges !), puis pour échanger et confronter nos notes entre chaque séance. L’entente et l’organisation étaient parfaites, y compris la température de la pièce et celle des vins (tous à 13°, quelque soit la couleur), je me dois de le préciser car cet aspect des choses est tellement rare et si souvent mal compris par ceux qui pourtant dépensent de l’argent pour nous inviter.

Sur les douze rosés présentés, millésimes 2010 à 1996, un seul, dont je tairai le nom par charité chrétienne, n’eut pas l’heur de me plaire. Je l’ai trouvé trop simple, trop souple, trop creux et il s’agissait d’un 2009 d’un domaine connu. Onze vins furent bien notés et la moitié furent plus que bien notés, entre 3 et 4 étoiles, alors que les autres obtinrent 2 étoiles. Commençons par le plus ancien, le 1996 de La Tour du Bon. Avec sa robe de vieux cognac et son attaque sans grande conviction, il avait du fruit, une bonne longueur et de la fraîcheur en embuscade. La Bégude 2010, le plus jeune du lot, affichait une robe plus soutenue que les autres et bien éloignée de la mode des rosés pâlichons. Dense, structuré, acidulé, il avait lui aussi une belle longueur en bouche.

À ce stade de la relecture de mes notes, un constat s’impose : ce furent les vins dont l’âge ne dépassait guère 10 ans (2008, 2007, 2005, 2004) qui s’en sortaient le mieux. Hormis deux exceptions, le 2002 de Souviou, solide de robe en dépit d’un disque orangé, rond, floral, riche en matière; et le 2001 de Sainte-Anne à la robe légèrement jaunie, très frais en bouche, profond, intense, poivré, limite tannique, deux vins que je verrais bien l’un sur un saint-pierre au four, l’autre sur une faisane au chou.

Pradeaux, excellent en 2013, ne participait pas à ma dégustation. Photo©MichelSmith

Pradeaux, excellent en 2011, ne participait pas à ma dégustation. Photo©MichelSmith

Passons à quatre beaux vins qui n’ont pourtant pas atteints les sommets de ma notation. La Laidière 2008, belle robe pâle, souplesse en attaque, courageux sursaut de fraîcheur en milieu de bouche, finale pamplemousse, offrait une longueur un peu timide. La Bastide 2005, robe très légèrement ambrée, tendre nez de grenade, gourmand et frais, manquait juste un peu de finesse mais ne faiblissait guère en longueur. L’Olivette 2005, robe tirant un peu sur l’ambre, affichait une matière dense, large et fruitée, un bel éclat, de la longueur, avec une acidité assez forte en finale. Au passage, la version 2013 de ce rosé goûté la veille au soir, était insolente d’éclat, de vivacité et de longueur, tout comme Les Salettes 2013 dont j’ai regretté l’absence d’échantillons dans cette dégustation. Tempier 2006, même type de robe, bien sec en bouche, petit fruit subtil en finale et bonne longueur, aurait pu quant à lui faire mieux avec un surcroît d’intensité.

Un autre bon rosé en 2013 et pourtant absent à ma dégustation. Photo©MichelSmith

Un autre bon rosé en 2013 et pourtant absent à ma dégustation. Photo©MichelSmith

Deux vins exceptionnels pour finir. Pibarnon 2004, avec sa robe corail, était à l’apogée de sa forme, parfaitement net, alerte, doté d’une matière superbe, probablement le plus persistant en bouche, tandis que que le même, version 2009, probablement victime de son millésime chaud, avait la couleur d’un vin gris, une matière bien présente, certes, une finale poivre-épices et une longueur de moindre durée. Puis Terrebrune 2007, robe teintée de reflets d’or, nez fin, texture soyeuse, impeccable, délicatement agrumes, qui brillait par son aspect sec et sa grande longueur.

Conclusion : Mesdames et Messieurs les Vignerons de Bandol, gardez vos rosés quelques années (certains le font déjà) et revendez-les nous une fois transformés en oeuvres d’art ! Parmi les crus manquants, j’aurais bien aimé avoir ceux de La Salette, de Pradeaux, de Lafran-Vayrolles… Suite au prochain numéro avec les blancs et surtout les rouges 2004.

 

Michel Smith

 

 

 

 

 

 


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Muscadet : un trésor caché ? (1/2)

Je vais publier cet article, qui concerne essentiellement la capacité de vieillir des vins de Muscadet, en deux parties à une semaine d’intervalle. En voici la première, avec un compte-rendu de dégustation qui concerne les Muscadets vieillis mais sans mention communale. Cette sélection comporte 15 vins sur les 33 échantillons dégustés. La semaine prochaine, vous aurez droit aux vins avec mention communale et à ma sélection de 15 vins sur les 24 échantillons dégustés, ainsi qu’à quelques remarques en guise de conclusion.

muscadet-bregeon-5Est-ce que le Muscadet est toujours un vin pâle, simple et assez vif ? Parfois oui, mais parfois les choses sont bien plus complexes, comme je l’ai découvert, et pas pour la première fois, lors de cette dégustation.

Il y a deux réactions possibles quand on suggère, en compagnie, de commander une bouteille de Muscadet à table. La première est un regard d’injurié qui tente de cacher l’insulte par un masque d’étonnement ; la deuxième est un œil approbateur, mêlé d’une pointe d’admiration et, parfois, d’un brin de méfiance. Les deux types de réactions, avec des nuances en ce qui concerne le second, nécessitent qualifications et explications.

La première réaction «type» est celle d’un amateur lambda, qui se méfie encore du Muscadet, ou, au mieux, ne le conçoit que dans le registre très mineur de vin pour rincer des fruits de mer. La faute à un passé, pas trop éloigné, rempli de flots de vins médiocres, produits avec des rendements déraisonnables et copieusement soufrés. La deuxième pourrait être celle d’un professionnel du vin, convaincu par la qualité remarquable des meilleurs vins de Muscadet mais conscient que cette qualité dépend, surtout, du producteur et de son approche.

Carte-des-rgions-viticoles-du-Pays-nantais-et-de-Vendee-C-M.CRIVELLAROPour bien situer la géographie et l’influence océanique, un peu de recul peut être utile

 Les causes de cette désaffection, pour ce qui a longtemps été une des appellations françaises de blancs secs les plus en vogue, ont déjà été mentionnées. Mais la mécanique du renouveau dans la qualité des meilleurs vins de cette région nantaise, donc océanique, méritent qu’on s’y attarde un peu. Comme toujours, le point de départ, et qui reste la pierre angulaire, a été la volonté et le talent de quelques producteurs opiniâtres. Ceux-là continuent à mener le bal. Mais la prise de conscience du potentiel du cépage melon de bourgogne (un nom curieux et un peu malheureux qui fait partie des petits handicaps de l’appellation) est devenue plus large. Après tout, cette variété est un cousin du chardonnay car les deux ont pour co-géniteur le gouais blanc, parfois connu sous l’intitulé de «Casanova des vignes».

Après une vague de modernistes qui ont tenté de lui donner des lettres de noblesse avec des élevages sous bois, d’autres, peut-être plus sages, ont insisté sur ses capacités de vieillissement en bouteille ou bien en cuve enterrée et vitrifiée. Ce sont ces vins-là que j’ai voulu tester lors d’une récente dégustation près de Nantes, organisée pour moi par Interloire, et qui a réuni près de 60 échantillons. Le vin le plus jeune de cette série provenait du millésime 2005, et le plus ancien de 1982. Et la fourchette des prix, du moins pour les vins encore à la vente, allait de 6 à 50 euros : ce dernier prix, excessif à mon avis, étant exceptionnel dans une série dont la valeur moyenne tournait autour de 15 euros pour des flacons ayant une bonne dizaine d’années de mûrissement derrière eux. Et, vu le niveau des meilleurs vins que j’ai dégustés, il serait très difficile d’égaler leur rapport qualité/prix dans ce pays.

carte MusadetLes sous-régions du Muscadet existait déjà. Maintenant arrivent les appellation communales : Clisson, Gorges et Le Pallet. D’autres attendent leur heure. Cela ne va pas simplifier la donne pour le consommateur, mais c’est probablement une solution pour tirer une partie de l’appellation vers le haut. L’influence géographique de l’eau, et pas uniquement de l’océan, est assez évidente sur cette carte.

La dégustation s’est ordonnée en deux séries de vins. D’abord les Muscadet-sur-Lie sans appellation communale, ensuite les Muscadet-sur-Lie avec appellation communale, que celle-ci soit actuelle ou en cours de confirmation par les instances, de plus en plus centralisées, qui gouvernent ce genre de chose. Les vins du premier groupe étant globalement plus âgés que ceux du deuxième car la mise en place des ces communes désignées, opération clé dans l’image nouvelle que Muscadet souhaite projeter, est relativement récente.

Les Muscadet-sur-Lie sans désignation communale

Les vins notés sont mes préférés parmi les échantillons présentés. Tous les vins étaient servis en semi-aveugle, car je ne connaissais que leurs millésimes. Les écarts de prix entre vins d’un niveau équivalents m’ont semblé assez importants. Outre le positionnement prix très ambitieux d’une des cuvées, je pense que ces écarts reflètent surtout la renommé des producteurs et leur réussite commerciale. Mais je dirais aussi que les vins les moins chers parmi ma sélection méritent clairement d’être vendus à des prix un peu plus élevés. L’ordre des notes suit celui de mes préférences, puis l’ordre alphabétique dans chaque série ayant la même note.

Domaine de la Landelle, l’Astrée 1999 (15,5/20)

Ce vin était servi en magnum.

Un très beau nez, aussi fin qu’expressif. Belle complexité de saveurs qui combinent finesse et une certaine puissance avec une belle acidité intégrée qui assure une finale fine et salivante (28 euros, pour le magnum)

 

Michel Luneau, Vins de Mouzillon 2005 (15/20)

Le nez semble plus discret que la plupart, mais aussi plus fin. J’aime bien sa pointe d’amertume qui rend plus précise la sensation de ses belles saveurs. Un ensemble long, salivant et très fin, encore plus remarquable vu son prix très modeste. (6 euros)

 

Pierre Luneau Papin, L d’Or 1999 (15/20)

Une première bouteille fut bouchonnée. La deuxième était splendide : joli nez floral. Beaucoup de gourmandise en bouche avec de belles saveurs fruitées. C’est frais, long et parfaitement harmonieux avec un équilibre idéal. (plus à la vente)

 

Louis Métaireau, Grand Mouton, One 2005 (14,5/20)

Le nez est fin mais assez puissant, dans un registre un peu herbacé. Tendre à l’attaque, le vin à ensuite une bonne tenue ferme, une acidité moyenne, un bon équilibre et longueur. Le prix me semble assez délirant cependant, à entre deux et six fois le niveau de ses concurrents proches en qualité (36 euros).

 

Domaine Landron, Le Fief du Breil 2000 (14,5/20)

La première bouteille était oxydée (bouchon poreux, probablement). La deuxième étalait une belle richesse s’arômes et de saveurs, avec beaucoup de matière et une texture fine. Bonne longueur et une acidité pour soutenir cet ensemble (25 euros)

 

Château de la Pingossière 1990 (14,5/20)

Le nez est simple et un peu fermé. Bien équilibré en bouche, assez puissant mais avec une bonne fraîcheur et une très bonne longueur (n’est plus en vente).

 

Domaine de la Poitevinière 2005 (14,5/20)

La première bouteille était bouchonnée. La deuxième avait une robe jaune paille, donc très prononcé pour un muscadet de cet âge. Le nez semble aussi assez évolué, avec des arômes qui me rappellent des vieux sauvignons. Bien arrondi en bouche aussi, avec des saveurs exotiques mais très agréables et complexes. Encore un vin vendu à un prix très faible (5,80 euros)

 

Château de l’Aulnaye 2003 (14/20)

Un très beau nez, aussi riche que fin. Bonne équilibre entre vivacité de la matière et finesse de texture (9,5 euros)

 

Château de la Bourdinière 1990 (14/20)

Bonne intensité au nez. Un peu d’amertume en bouche mais les saveurs sont larges et assez longues, ce qui lui donne une belle complexité. Un peu cher peut-être (27 euros).

 

Bruno Cormerais, Vieilles Vignes 1989 (14/20)

Ce producteur, qui a aussi présenté un 1982 d’une jeunesse étonnante, a fait ici un vin au nez floral expressif et à l’acidité bien présente qui lui donne un bon équilibre, même si les saveurs manquent un peu de précision (plus à la vente).

 

Domaine de la Landelle, Les Blanches 1998 (14/20)

Le nez est vif, même un peu vert. Ses belles saveurs et sa vivacité prononcée indiquent qu’il pourra encore tenir longtemps (12 euros)

 

Domaine Landron, Le Fief du Breil 2005 (14/20)

Nez vif, aux arômes qui rappellent le genet. C’est précis dans la définition des saveurs et assez long (18 euros)

 

Pierre Luneau Papin, L d’Or 2005 (14/20)

Un beau nez, riche et complexe. Une très bonne largeur dans les saveurs et un parfait équilibre, malgré une pointe de sècheresse en finale (18 euros)

 

Louis Métaireau, Grand Mouton, Premier Jour 1989 (14/20)

Au premier nez, présence de soufre et une sensation de réduction. Le vin se révèle en bouche avec une sensation saline marquée. Semble étonnamment jeune malgré ses 25 ans. Mais deux euros par année passée est un tarif bien trop élevé pour ce vin ! (52 euros)

 

Domaine de la Perrière, Olivier de Clisson 2005 (14/20)

Le nez assez herbacé me donne une impression de réduction au début. L’attaque est tendre, mais est suivie d’une impression vivace, avec des saveurs très nettes (7 euros)

 

 David Cobbold


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Terrasses du Larzac

Ecrire sur quoi pour lundi ? C’est la question que je me pose presque chaque semaine (il y a des semaines ou la réponse s’impose et donc cette question ne se pose pas).

Depuis deux mois, il y a embarras du choix d’un sujet, tant les dégustations, colloques, rencontres avec des vignerons et autres sources possibles se bousculent dans le calendrier du journaliste/dégustateur vivant à Paris. Et cela, sans parler des nos propres initiatives d’aller vers le vignoble de tel ou tel pays ou région.  Cela en devient même gênant à Paris, tant les attaché(e)s de presse semblent se donner le mot pour se faire concurrence tous les lundis et faire du chiffre dans les dégustations. Nous avons atteint de sommités du surcharge récemment, avec jusqu’à 5 manifestations un seul lundi. Pourquoi un tel acharnement à rendre impossible la vie d’un professionnel qui aimerait tant rendre justice, à sa manière, à tout le monde ? Il y a des jours ou j’envie Michel Smith dans sa Catalogne d’adoption !

terrasses-du-larzac

 

Cette semaine, j’ai pris la décision de parler d’une appellation du Languedoc, région que je dois visiter environ une fois par an, mais dont je déguste bien plus souvent des vins. Il s’agit de l’appellation Terrasses du Larzac. Le vignoble à l’air spectaculaire, en tout cas.

Voici le texte que je trouve sur la pages d’accueil du site de cette appellation que je crois être récente :

Situé au nord-ouest de Montpellier, le vignoble des Terrasses du Larzac est marqué par la fraîcheur qui descend du plateau montagneux du Larzac, avec pour repère symbolique le Mont Baudile culminant à plus de 850m. Cette situation géographique particulière, avec des amplitudes thermiques jour/nuit pouvant atteindre plus de 20 degrés en été, favorise une maturation lente et progressive des raisins bénéfique pour la complexité aromatique et la fraîcheur des vins. 

Pour révéler toute la grandeur de ce terroir, les vignerons des Terrasses du Larzac jouent sur la gamme des 5 cépages languedociens (grenache, syrah, mourvèdre, cinsault, carignan) afin d’exprimer au mieux la personnalité de chaque type de sol (argilo-calcaire, ruffes, galets, etc.), sachant qu’ici le terroir prime le cépage. Enfin, par un minutieux travail d’assemblage (3 cépages au minimum) et un élevage d’au moins 12 mois, nous donnons une signature unique à nos vins d’appellation.

En dehors du bla-bla habituel sur le terroir qui primerait sur tout (et que l’on peut trouver à l’identique partout ailleurs), on trouve dans ce texte quelques éléments factuels. L’usage de plusieurs cépages en assemblage et le rôle de l’altitude pour fournir une amplitude thermique importante au vignoble. Je pense que ce dernier ingrédient est le plus important dans une région chaude, quelle que soit les règles, souvent peu logiques, qui imposent les cépages autorisées dans telle ou telle appellation. A propos de cépages, et en dépit de ce qui est dit dans le texte ci-dessus, j’ai noté que seulement deux des vins que j’ai dégusté et commenté ci-dessous contiennent du cinsault, et jamais pour plus de 8% de l’assemblage. J’ai aussi noté dans les fiches produites lors de la dégustation que les rendements y semblent très faibles, car tous les producteurs présents affichent des rendements de 25 hl/ha. J’imagine que cela est due à la topographie et la sécheresse estivale, et peut-être aussi l’espacement des vignes.

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Les vins que j’ai pu déguster de cette jeune appellation m’ont favorablement impressionnés. Leur fourchette de prix, qui va, en gros, de 1 à 3, commence à refléter la réputation de certains vignerons qui vendent leurs cuvées à 30 euros, mais aussi, probablement, la qualité des vins (et du prix de revient) des moins connus des producteurs présents, car il n’y avait aucun vin à moins de 11 euros. J’imagine bien que les conditions de production, et particulièrement les rendements, imposent un certain niveau de prix, mais il faut constater que nous ne sommes ni dans une appellation très accessible, ni dans une appellation élito-spéculative. Si des lecteurs veulent utiliser nos avis dans ce blog pour guider leurs achats, qu’ils notent que les vins que j’ai préférés ne sont pas nécessairement les plus chers. Autrement dit, même en dégustant à découvert, je ne me suis pas laissé entièrement aspirer par les noms et les prix. Je dirai donc que, comme toujours, le prix du vin dans ce cas reflète davantage des facteurs de marché (la renommée et les ventes passées du producteur) que la qualité intrinsèque du vin.

Ma dégustation des vins des Terrasses du Larzac

Mas des Brousses 2012

syrah, mourvèdre, grenache (15,50 euros)

Nez frais qui mêle un bon fruit mûr à des notes épicées. En bouche c’est délicieux, relativement tendre, avec une structure légère et un équilibre parfait. C’est alerte et gourmand, très réussi et d’un bon rapport qualité/prix (15/20)

Mas Cal Demoura, Les Combariolles 2012

syrah, mourvèdre, carignan, grenache (23 euros)

Nez frais qui évoque le sous-bois et la garrigue. Bon fruit en bouche mais un peu moins d’ampleur de de charme que le précédent (14/20)

Domaine de la Réserve d’O, cuvée Hissez O 2008

syrah, grenache, cinsault (19 euros)

Intense et fin, avec une très belle matière et beaucoup de fond. Les années supplémentaires de vieillissement par rapport aux autres vins de la série lui ont certainement fait du bien. (15/20)

Mas des Chimères, Nuit Grave 2012

syrah, mourvèdre, grenache (11 euros)

Plus austère de profil et simple dans son volume, ce vin a un joli équilibre entre fruit et tanins. (14/20)

Le Clos des Serres, La Blaca 2012

syrah, grenache, carignan (14,50 euros)

Les nez m’a semblé animal, probablement par un effet de réduction. Ce vin est également serré, voire un peu sévère en bouche et aura besoin d’un ou deux ans de plus en bouteille ou d’une bonne aération. (13/20)

Mas Haut Buis, Costa Caoude 2012

grenache, carignan, syrah (22 euros)

Un très beau nez, expressif. En bouche, une impression de profondeur et de velouté chaleureux qui doit certainement quelque chose à la part de grenache (45%). Belle longueur. (15/20)

Mas Julien 2011

carignan, mourvèdre, syrah, grenache (29 euros)

Un nez superbe, aussi complexe que bien fruité. Charnu en bouche, avec des tanins veloutés. Long et très beau. Un vin de classe, un peu cher mais qui peut valoir son prix pour des amateurs (15,5/20)

Domaine de Montcalmes 2011

syrah, grenache, mourvèdre (22 euros)

Nez intense. Même intensité en bouche mais encore un peu fermé. Belle fraîcheur. L’ensemble aura besoin d’un peu plus de temps. (14,5/20)

Domaine du Pas de l’Escalette, Le Grand Pas 2012

grenache, carignan, syrah

Le nez ne m’a pas semblé net, car très animal. Cela se confirme en bouche, avec une texture et une finale asséchante et crayeuse. Je soupçonne une présence de bretts. Le propriétaire m’a assuré du contraire mais je n’ai pas aimé ce vin.

Domaine de la Réserve d’O 2010 (en magnum)

syrah, grenache, cinsault (30 euros le magnum)

Un peu à part dans cette série, car issu d’un millésime plus ancien et, de surcroît, servi en magnum. Un très beau nez, exaltant par ses parfums. La bouche confirme avec une très belle qualité de fruit qui entoure des tanins encore présents mais raffinés et une très belle fraîcheur. (16/20)

A noter qu’on produit ici aussi des blancs assez fins (par rapport à la plupart des blancs de la région), mais qui ne peuvent se vendre que sous la désignation IGP. Les prix sont malheureusement du même niveau que les rouges, donc un peu chers quand on les compare à d’autres blancs de qualité équivalente d’ailleurs, car, pour 25 euros la bouteille j’estime qu’on peut trouver de meilleurs vins vins blanc en Bourgogne, en Alsace ou en Loire, par exemple.

David

 


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Soif d’ailleurs et de la Croatie

Tandis que deux de mes collègues se promenaient en Autriche, j’ai poursuivi le chemin qui borde le Danube sur sa rive droite, vers le sud et la Croatie. Il est vrai que j’ai pu le faire sans quitter Paris, grâce à une récente dégustation dans la belle boutique du caviste parisien Soif d’Ailleurs. Mais j’ai déjà pu visiter les vignobles de ce pays à deux occasions et j’en avais parlé sur ce blog.

Soif d’Ailleurs est un objet rare en France : une boutique entièrement dédiée aux vins d’importation. Cela ne plaira peut-être pas aux vino-nationalistes, mais tant pis pour eux ! Ce qui double son intérêt est le fait que la gamme est large et les vins sont bien choisis. Ce qui le triple est qu’ils sont vendus à des prix très raisonnables. Et, en prime, l’endroit est beau, dépouillé et bien éclairé, avec une salle de dégustation/conference dans le fond et les flacons bien présentés. Seul petit bémol (du moins pour moi) est qu’il faut s’aventurer au fin fond du 3ème arrondissement de Paris pour y aller. Passons sur cette considération bêtement égoïste.

new_wine_regions_of_croatia_large

Notre sujet étant les vins croates, un petit rappel s’impose car j’imagine que peu de nos lecteurs sont très familiers avec la production de ce pays issu de l’ex Yougoslavie, qui a rejoint la Communauté Européenne en 2013. La Croatie, qui autrefois faisait partie de l’Empire austro-hongrois, à une histoire avec le vin aussi longue que toutes les zones périphériques de la mer méditerranée, et dont elle conserve trace à travers une collection impressionnante de cépages dont certains sont aussi rares qu’anciens. Si la Croatie reste un petit pays, avec une production qui le situe au 30ème rang mondiale, la consommation de vin par habitant le met en deuxième ou troisième place !

Les régions viticoles croates peuvent se diviser en trois ou quatre principales parties (voir carte ci-dessus), dont deux se trouvent sur la mer Adriatique. La zone intérieure est essentiellement constitué par la Slavonie qui se trouve bordée au nord par la Slovénie (ne pas confondre), puis une partie orientale qui est frontalière avec la Hongrie et la Serbie. La plus méridionale et chaude des grandes regions est la Dalmatie, qui longe la côte et couvre pléthore d’îles, dont les plus connues se nomment Hvar et Korcula. Au nord-ouest du pays, l’Istrie, qui a longtemps été sous domination italienne, a un profil très distinct de la Dalmatie et constitue une sorte de pont vers la Slovenie et le Frioul italien.

baranja_croatia1vignoble en Slavonie

La Slavonie a un climat continental, avec des températures hivernales fraîches et une production largement dédiée aux vins blancs. C’est également une région de forêts et le chêne de Slavonie est très réputé dans tous les pays autour pour les vaisseaux vinaires. Le style des vins est à comparer à ceux des pays proches : Slovénie, Autriche et Hongrie en particulier.

Dalmatievignoble de la côte dalmate

La côte dalmate a un climat bien plus tempéré et chaud, bien que l’humidité peut y poser problème, comme cet été. Les vins rouges y dominent, à travers de nombreux cépages très intéressants, comme le Tribidrag (qui est la version originale du Zinfandel de Californie), ou le Plavac Mali, un de ses enfants. Certains des vignobles y sont très spectaculaires et deux parcelles ont été classés avec l’équivalent d’un rang de grand cru : Dingac et Postup. Ces vins commandent des prix élévés sur place mais sont peu exportés.

istriavignoble istrian

L’Istrie, région partagé avec la Slovénie, contient une autre gamme de cépages don’t le très intéressant Teran, variété rouge que l’on trouve également en Slovénie et aussi en Italie sous le nom de Refosco. Malheureusement cette variété est actuellement la victime d’une tentative grotesque de protectionnisme politico-économique de la part des slovènes alors qu’ils n’en ont jamais eu le monopole. D’ailleurs qui peut justifier la “propriété” d’un variété de plante ? Les meilleurs vins blancs utilisent souvent une forme de Malvoisie.

Ma petite dégustation (little tasting, le Big Tasting a eu lieu ce weekend !)

les prix mentionnés sont ceux de la boutique Soif d’Ailleurs à Paris

1). région Slavonie

Krauthaker Zelenac 2012 (blanc sec)

Cépage : 100% zelen (une variété très rare, paraît-il)

Prix 13 euros

Tendre et assez aromatique, autour d’arômes de fruits blancs. Sensation de richesse en bouche et saveurs gourmandes relevées par une acidité moyenne et enrobé dans une texture un peu grasse. Longueur décente pour la catégorie de prix.

Krauthaker Grasevina IBPB 2009 (blanc moelleux, mais je ne sais pas ce que signifie IPBP, désolé)

cépage : 100% grasevina (la variété la plus plantée dans le région)

prix : 27/28 euros

Nez très expressif et complexe : fruits exotiques comme mangue carambole, lychee. Puis écorces d’orange en bouche aussi. Belle sucrosité et texture très suave. Somptueux, même s’il est un peu juste en acidité pour un parfait équilibre.

2). région Istrie

Coronica Malvasja Istarska 2013 (blanc sec)

cépage : 100% malvasie d’Istrie

prix 14 euros

Présence marqué de CO2 (pour éviter du soufre ou pour garder de l’acidité ?). Vibrant du coup, avec de jolis parfums. Sensation de pureté et de délicatesse. J’aime beaucoup, même avec le gaz.

Kozlovic Teran 2012 (rouge sec)

cépage 100% teran (l’objet de ce litige aussi bête qu’indéfendable de la part des slovènes)

prix 14 euros

Un vin encore un peu austère, mais c’est le profil type de cette variété selon ceux que j’ai pu déguster ailleurs. Belle fraîcheur et équilibre, grâce à des tannins bien extraits et sans excès qui aurait pu masquer une joli fruité de cerises amers. Une combinaison réussite entre fermeté et délicatesse.

3). région Dalmatie

Zlatan Plenkovic Posip 2012 (blanc sec)

cépage : 100% posip (la plus planté des variétés blanches sur cette partie de la côte)

prix 19 euros

Présence d’un peu de CO2, certainement pour alléger un peu le poids de ce cépage qui tend vers la richesse en alcool. Parfums de fruits et de fleurs. Tendre, voir un peu mou en bouche. Presque bien équilibré et agréable à boire.

Leo Gracin Babic Tirada 2009 (rouge sec)

cépage : 100% babic

prix +/- 22 euros

Sa richesse en alcool le situe dans la famille des grenache, mais cette variété a bien plus d’acidité il semble. Si le fruité est proche de la confiture, la bouche reste bien vibrante et alerte, sans la lourdeur qui guette trop souvent le grenache mur. Long et très gourmand.

Stina Plavac Mali 2010 (rouge sec)

cépage 100% plavac mali

prix 19 euros

Assez intense, chaleureux et un peu tannique. Beaucoup d’intensité dans une belle matière. Long. Me fait penser à un beau chateauneuf. On sent un peu le lien de parenté abec le zin.

Zlatan Plenkovic Crljenac Kastelanski 2009 (rouge sec)

cépage 100% crljenac kastelanski (alais tribidrag, alias zinfandel, alais primitivo)

prix 29 euros

Très riche et très gourmand. L’alcool doit y être conséquent, mais que c’est bon et expressif. Mon vin préféré, avec le précédent. On voyage là !

 

Carnet d’adresses

Soif d’Ailleurs, 38 rue Pastourelle, 75003 Paris (www.soifdailleurs.com)

Et l’importateur en France de ces vins croates est Thierry Lurton, de Château Camarsac (http://www.thierrylurton.com/33-les-vins-croates)

 

David Cobbold

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