Les 5 du Vin

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VSIGP (1): Vin de France, oui, mais avec quelle stratégie de marque?

Premier volet de notre semaine VSIGP – Vins sans Indication Géographique de Provenance, pour les intimes. On démarre avec le Vin de France, et c’est David qui s’y colle…

Une stratégie de marque digne de son nom implique tout le processus, de l’élaboration du produit jusqu’au réseaux de distribution. A mes yeux, une appellation, même prestigieuse, ne peut se substituer à une stratégie de marque individuelle, et tous les vins qui réussissent à vendre leurs vins bien au-delà du prix moyen de leur appellation en sont la preuve, depuis les vins du DRC jusqu’à la production d’un Marcel Lapierre, par exemple. S’il est vrai que beaucoup  de vins médiocres se reposent sur la marque « ombrelle » que constitue l’appellation, qu’elle soit AOP, IGP ou autre, ce n’est jamais le cas de ceux qui réussissent.

Cela ne veut pas dire que l’appellation ne sert à rien. Elle fournit un cadre, une espèce de garantie d’origine qui peut et doit aider le consommateur. Mais c’est le producteur qui est, in fine, responsable aussi bien de la qualité de ses vins que de la réussite de son marketing. Cette question va se poser avec d’autant plus d’acuité que le cadre en question sera large. C’est la cas de la désignation Vin de France, dans laquelle je disais il y a quelques semaines que je croyais en tant que cadre permettant la constitution d’entités de production capables de rivaliser avec celles du Nouveau Monde.  Mais il faut que les producteurs dans cette catégorie, qui autorise des assemblages très larges (à condition de rester en France) ainsi qu’une vaste choix de cépages, aient une bonne stratégie qui s’adapte à la catégorie et aux prix demandés dans les marchés visés.

Par le biais de la dégustation de 7 échantillons de cette catégorie, j’ai voulu tester l’aspect produit, n’ayant pas au moment d’écrire ni les prix de vente public, ni d’autres éléments du marketing-mix pour juger du reste, hormis les noms des cuvées et l’habillage des flacons. En revanche, pour la plupart des cuvées, les prix ex-cellars sont annoncée entre moins de 2,50 et 4 euros. On peut imaginer des prix de vente public au double des ces chiffres.

D’abord, les vins blancs :

Kiwi Cuvée Bin 086, Sauvignon Blanc 2015 

(producteur en Loire : Lacheteau) capsule à vis

Une attaque frontale du pays qui a le mieux réussit avec ce cépage : non seulement ils ont pris le nom donné au habitants de la Nouvelle Zélande, mais ils utilisent la terminologie courante pour désigner une cuvée de vin en Australie (Bin + un numéro de lot). C’est plus que culotté, cela frise la copie ! La capsule à vis convient parfaitement, en revanche, et le vin est très bien fait. C’est même facilement le meilleur de cette série de blancs : aromatique sans excès, touchant la gamme classique des asperges, citron et groseille à maquereau, mais sans tomber dans l’excès. Vibrant et alerte en bouche, assez pleine de texture et d’une longueur efficace. Un vin que je boirais avec plaisir.

Je serai curieux de connaître son prix, même si je ne suis pas convaincu par cette stratégie d’imitation que je vois mis en place.

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Daudet-Naudin, Chardonnay 2015

(producteur situé en Bourgogne) bouchon liège massif

Je pense que la capsule serait plus appropriée comme fermeture et aiderait à conserver plus de fraîcheur dans ce vin qui en a besoin. L’habillage est dans le registre classico-moderne, assez élégant. Le vin me semble plus sudiste qu’un Bourgogne, avec un boisé discret mais présent, un palais bien rond et presque chaleureux, une pointe d’amertume en finale et un profil un peu mou. Pas désagréable, mais peut mieux faire.

Patriarche Père et Fils, Viognier 2015

(producteur en Bourgogne) bouchon liège aggloméré

Le nez est séduisant à l’aune du registre habituel de ce cépage, mais le vin me semble mou en bouche et manque de précision. La sensation d’amertume en finale est assez caractéristique. Habillage classico-moderne.

Secret d’Automne, Viognier-Sauvignon 2015 (moelleux)

(producteur en Ardèche : Vignerons Ardéchois) pas vu le bouchon

Vin plaisant, sans histoires, aux saveurs agréables, tendres et fruitées. Peut convenir à certains marchés mais quelle tristesse, cet habillage ! Je ne décèle aucune stratégie particulière dans la présentation de ce vin qui est d’une banalité affligeante.

 

Les vins rouges

 

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Café du Midi, Merlot 2015

Je ne sais pas qui est le producteur ni où se trouve sa base, n’ayant pas l’étiquette définitive. Bouchon aggloméré.

L’étiquette doit être provisoire car il n’y a presque aucune mention légale dessus ! On joue clairement sur une image classique de la France (« Café », puis « Midi » et un dessin d’une terrasse de café).  Le nez est chaleureux et rond, de type prunes cuites. Même rondeur assez fruitée en bouche. Souple, simple et plaisant. Je ne vois pas trop ce que ce vin propose, outre son origine, face aux merlots entrée de gamme de Chili, par exemple, qui sont souvent meilleurs.

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La Villette, Cabernet Sauvignon 2015

Le producteur est basé en Bourgogne. Bouchon en liège aggloméré

On voit ici une volonté claire de construire une marque, avec des ingrédients visuels qui créent l’ image d’une France traditionnelle d’une autre époque. Ce n’est pas du modernisme, mais c’est bien fait. Ce vin est le meilleur des trois rouges que j’ai dégusté et confirme mon impression à la dégustation qui a suivi la conférence de presse il y a quelques semaines. Nez fin et précis, marqué par un boisé (probablement des copeaux) mais aussi très fruité (cassis). Il a aussi une bonne petite structure pour le tenir deux ou trois ans sans problème, et une excellente fraîcheur. Très agréable, ce vin vaut largement certains issus d’IGP ou d’AOP.

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Syrah (non millésimé), Vins Descombe

La producteur se trouve dans le département du Rhône. Bouchon synthétique.

L’approche visuelle et simple et moderne, avec le nom du cépage et une signature. Pas de millésime, donc assemblage verticale. Un peu de gaz au départ. Bon fruité, assez expressif. Acidité élevée et une pointe d’amertume en finale. Aurait besoin d’un peu plus de rondeur pour plaire au plus grand nombre. Correct, quand même.

 

Conclusion générale

Cette dégustation était bien trop restreinte pour pouvoir tirer de vraies conclusions, d’autant plus que je ne dispose pas d’éléments sur les options commerciales, y compris les volumes produits et les prix de vente. Il y avait deux bons vins dans le lot, et, sur ces mêmes vins, un parti pris (très différent) lisible à travers les habillages. Mais je trouve que le niveau de créativité est trop pauvre (sur la base de cette courte sélection, du moins) pour réellement aider les marques en question à faire leur trou et démontrer tout l’intérêt de cette catégorie. Peut-être est-il trop tôt pour voir émerger de véritable stratégies innovantes ?

Affaire à suivre, dans un an ou deux peut-être…..

 

David

(PS, je serai en route ce lundi pour deux journées de piste au circuit du Vigean avec l’engin ci-dessous. C’est bien rouge mais cela sera sans vins, forcément)

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Que vaut le Pinot Noir d’Alsace ?

Je sais bien que mon titre est un peu ambigu, voire carrément absurde. Mais j’ai voulu voir ce que ce cépage, tant prisé au niveau international (il n’y a que voir les prix, non seulement des bourgognes rouges, mais aussi des bons pinots d’Allemagne, des Etats-Unis ou des pays de l’Hémisphère Sud) pouvait faire de nos jours en Alsace, région qui s’est longtemps contenté de le cantonner dans un style de vin rouge léger, voire de vin rosé.

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Le Pinot Noir n’arrive qu’à la dixième place parmi les cultivars les plus plantés au monde, et représente à peine 2% du vignoble (à vin) mondial. Je rappelle que les dix cépages les plus plantés dans ce monde ne couvrent que 36% des surfaces viticoles (source : Database of Regional National Global Winegrape Bearing Areas by Variety 2000 and 2010, University of Adelaide’s Wine Economics Research Centre). Ce qui met à mal certains bobards que j’entends parfois sur la domination supposée de quelques variétés de vigne. Par exemple j’ai entendu, samedi dernier, Jean-Michel Deiss (un alsacien) dire lors d’une conférence que 8 cépages comptaient pour 90% de la production mondial du vin ! Il faudrait tout de même vérifier les chiffres avant de tenter de soutenir, en publique, des thèses personnelles, teintés peut-être d’une forme de paranoïa viticole, et en tout cas très peu étayées par des faits réels ?

Quand on entre « Pinot Noir d’Alsace » dans son moteur de recherche, voici ce qu’on trouve sur Wikipedia :

« Le pinot noir apparaît en Alsace au Moyen Âge en provenance de la Bourgogne. Les sources mentionnent régulièrement du vin rouge alsacien, notamment les inventaires de caves des abbayes et les dîmes de vin prélevées par l’Église ; le pinot noir n’est alors qu’un des cépages noirs parmi tous ceux qui sont cultivés pour produire du vin rouge.

Son déclin commence à la fin du xvie siècle puis s’accélère suite aux ravages de la Guerre de Trente Ans ; l’habitude de faire des vins rouges ne subsiste que dans quelques localités au xxe siècle, principalement OttrottRodern et Marlenheim.

L’appellation d’origine « vins d’Alsace » est créée par l’ordonnance du 2 novembre 1945, puis devient appellation d’origine contrôlée par le décret du 3 octobre 1962, avant que ne soient définis des dénominations de cépage en 1971 ainsi que le cahier des charges de la production et de la commercialisation (décrets du 2 janvier 1970 et du 30 juin 1971) achevé par l’obligation de la mise en bouteille (loi du 5 juillet 1972) dans des flûtes (décret du 30 juin 1971).

Mondialement le Pinot Noir est en augmentation car ses surfaces ont cru de 45% entre 2000 et 2010, et il est probable que ce mouvement se poursuivra. Il n’est dépassé en vitesse d’expansion que par le Tempranillo et la Syrah parmi les 10 premières variétés.

En Alsace la progression du pinot noir est arrivé plus tôt et les surfaces ont même reculé entre 2005 et 2014. Ces surfaces restent modestes, car les chiffres officiels fournies par l’inter-profession alsacienne indiquent 1360 hectares pour le pinot noir « pâle et traditionnel » (vin rosé plus ou moins foncé) et seulement 224 hectares pour le pinot noir vinifié en rouge. Je ne sais pas trop ou se situe le curseur entre ces deux styles de vins, mais il est clair (sans jeu de mots) que le style léger reste dominant, même si on fait de plus en plus de vins dont le couleurs comme les saveurs n’ont rien à envier à des vins rouges de Pinot Noir d’ailleurs, que cela soit de Bourgogne, d’Allemagne, de Suisse, des USA, d’Australie, de la Nouvelle Zélande ou de l’Afrique du Sud. Pour dire les choses plus simplement, environ 10% du vignoble alsacien est planté de Pinot Noir, aujourd’hui le seul cépage de sa couleur autorisé, mais la vaste majorité est vinifié en rosé ou en rouge clair.

Avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, nous avons récemment dégusté, à l’aveugle, un vingtaine d’échantillons de Pinot Noir d’Alsace. Ces vins se situaient plutôt dans la catégorie des vins rouges, bien qu’il y avait des disparités assez fortes entre les styles, y compris dans le département de la coloration. Cette dégustation fut intéressante par cette diversité de styles, mais finalement un peu décevante par la faible proportion de bons vins dans la série. Sur les 19 échantillons dégustés, je n’aurai souhaité boire que 5 de ces vins, ce qui est une proportion assez faible de nos jours. Et quelques grands noms présents dans la série (après avoir enlevé les chaussettes) nous ont particulièrement déçus !

Les Prix des vins dégustés

La fourchette de prix pour les 19 vins dégustés allait de 7,40 à 35 euros. Si la plupart des vins que nous avons aimés se trouve dans la partie haute de cette fourchette, deux des plus chers ne sont pas bien sortis de l’épreuve d’une dégustation à l’aveugle et deux des vins que nous avons aimés se vendent à un niveau médiane de la fourchette. Ils constituent donc des bonnes affaires pour ce type de vin car le pinot noir est globalement assez cher.

Voyons cela de plus près :

Les tops

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Muré, Pinot Noir « V » 2013

Issu du grand cru Vorbourg qui ne peut pas dire son nom en entier sur l’étiquette (quelle hypocrisie ces règles dans les appellations !). Beau nez profond et complexe qui combine arômes fruités et floraux. C’est le caractère frais et très juteux qui marque d’abord le palais, avant de découvrir une texture raffinée qui enveloppe une matière fine et délicatement fruité, structurée juste ce qu’il faut pour assurer une garde de 5 ans.

(note 16/20, prix public 29,40 euros)

 

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Barmes Buecher, vieilles vignes 2013

Issu du grand cru Hengst, ce vin illustre, comme tous les vins que nous avons aimés, l’importance d’un site bien exposé pour faire un beau pinot noir dans cette région. Au nez, ce vin n’est guère expressif au début et semble plutôt métallique, mais il s’ouvre ensuite sur de notes agréables de fruits noirs. La matière est ample, à la texture veloutée qui cache à peine une structure ferme. C’est un beau vin de garde, plus austère que les autres vins que nous avons aimé.

(note 15,5/20, prix public 27 euros)

 

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Paul Buescher, Pinot Noir « H » 2013

Est-ce que ce vin est issu du grand cru Hengst ou d’une parcelle nommé Herrenweg qui n’est pas classé grand cru ? Difficile de savoir car le site du producteur ne le dit pas.  En tout cas c’est un bien joli vin, à la robe profonde, presque violacée, parfumé et ample, légèrement fumé, gourmand à souhait.

(note 15,5/20, prix public 24 euros)

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Henri Schoenlitz, Pinot Noir Herrenreben 2014

Nez suave de fruits noirs. La belle matière est aussi succulente que raffinée, grâce à un élevage en bois si bien dosé qu’il est à peine perceptible : cela donne juste ce qu’il fait d’arrondi et d’allonge au vin.

(note 15,5/20, prix public 18,50 euros)

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Zinck, Pinot Noir Terroir 2014

Belle couleur qui pourrait constituer une définition du terme « rubis ». C’est intense et brillant, transparent sans être dilué. Nez profond dans la gamme de fruits noirs et rouges. Texture fine, beaucoup de fraîcheur et des saveurs fruitées très précises et avenantes. La structure est fine, aux tanins délicats mais présents. Parfait équilibre et bonne longueur. Une boisson de bonheur qui ne force pas son talent pour donner un plaisir immédiat.

(note 15/20, prix public 17 euros)

 

Les moyens (éventuellement acceptables)

Cave de Hunawihr

Charles Frey

Jean-Marc Simonis

J-L et F Mann

 

Les flops (des vins que nous n’avons pas aimé du tout, pour différentes raisons)

Marcel Deiss, Burlenberg 2012

Paul Blanck, Pinot Noir « F » 2010

Leon Beyer

Hugel

Robert Klingenfus

J Gsell

Kuenz Bas

Maurice Schoech

Schmidt

 

Conclusion

On peut trouver d’excellents Pinot Noirs en Alsace dans le style vin rouge, et ils peuvent soutenir la comparaison à certains Bourgognes d’un niveau village, voir au-dessus. Ils sont généralement moins tanniques et plus fruités dans leur style. Ils sont aussi moins chers. Mais il faut les choisir avec beaucoup d’attention. Certains producteurs, très réputés pour leurs vins blancs, n’ont pas réussi dans le domaine des rouges, en tout cas sur la base des vins que nous avons dégustés.

 

David Cobbold


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Les Crémants de Savoie au banc d’essai

La famille des Crémants accueille depuis peu un nouveau rejeton: le Crémant de Savoie.

Si la région peut s’enorgueillir d’une longue tradition de bulles, ce passage sous la bannière des Crémants signifie pour ses producteurs de nouvelles contraintes; et surtout, on l’espère, un nouvel élan qualitatif. C’est justement pour le mesurer que début mars, en compagnie de l’ami Marc, j’ai pris le chemin de Talloires, au bord du lac d’Annecy, où se tenait le premier concours des Crémants de Savoie. Tenait-on là un produit capable de percer hors des frontières régionales, voire nationales, de séduire au-delà de la clientèle captive des vacanciers? La réponse est oui. Quinze fois oui, ou presque – quinze était le nombre des Crémants présentés pour ce premier millésime officiel.

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Au bord du lac d’Annecy, l’Abbaye de Talloires était le superbe écrin de cette compétition (Photo (c) H. Lalau 2016)

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En face, le lac, propice aux rêveries… (Photo (c) H. Lalau 2016)

Voici mon quinté, avec en prime, quelques réflexions de mon cru.

André et Michel Quénard

Le nez nous emmène faire une ballade dans l’alpage, entre verveine et absinthe; la bulle très fine exalte encore ces beaux parfums, y ajoute un peu de pâte d’amande, et dépose le tout en bouche, où c’est l’acidité qui prend le relais – franche, mais en rien mordante. La finale nous parle de saveurs bien plus lointaines que les hauteurs de Chignin, comme le quinquina et le wasabi. Quel voyage!

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Cave de Chautagne Crémant de Savoie

 Une bulle fine, un nez qui balance entre fleurs et agrume, une bouche plein de vivacité, mais assez de structure et de gras pour ne pas tomber dans le mordant, j’ai eu un vrai coup de coeur  pour ce vin aux équilibres subtils. (80% Jacquère, Pinot Noir et Gamay). Si ce vin vous tente, dépêchez vous – ce premier millésime est déjà presque épuisé, nous confie l’oenologue…

Jean-François Quénard 

Un nez qui explose, salin, iodé, pierre à fusil; la bouche aussi donne dans le minéral, mais on perçoit aussi de l’ampleur, un confort buccal, quelques notes de noix  et de beurre qui parlent d’une oxydation bien maîtrisée. La finale sur l’amertume est bienvenue – elle donne l’envie de la gorgée suivante (Jacquère, Pinot et Chardonnay). 

Jean Vullien

On note d’abord une très belle mousse, bien persistante; chaque bulle ou presque vient chatouiller le nez et livrer son arôme floral ou fruité – qui la rhubarbe, qui la pêche, qui le jasmin et l’ananas; en bouche, c’est plutôt riche, vineux, avec une touche de pain grillé. Le dosage est particulièrement discret; tout finit dans une belle envolée d’amertume légère mais rafraîchissante, et là encore, on en redemande (40% Jacquère, 40% Chardonnay et 20% Altesse).

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Blard & Fils Brut Alpin

Voici une cuvée bien à part, où le grillé le dispute à la fraîcheur du menthol et du pamplemousse; en bouche, quelques notes de noix et d’amandes décorent une structure vineuse, déjà évoluée. Les vins des Blard étaient déjà bien cotés du temps de la Méthode Traditionnelle, ils ont très bien négocié le virage du Crémant.

J’ai également apprécié: Domaine de l’Idylle, Cave de Cruet (deux cuvées), Jean Perrier. Soit 9 sur 15 – une très belle moyenne.

En conclusion

Les Crémants de Savoie ont eu raison de miser sur leurs forces locales, leurs cépages originaux, et notamment la Jacquère, pour élaborer des Crémants bien à eux (Jacquère et Altesse ne peuvent représenter moins de 60% de l’assemblage). C’est un signe d’authenticité, mais c’est aussi un gage de succès, à mon sens: en ces temps de compétition féroce, dans le secteur des bulles, qui a besoin d’un Crémant de Chardonnay de plus? Pas moi. J’ai aussi noté que la Jacquère acquiert une nouvelle dimension dans l’effervescence, des aromatiques plus riches que la plupart des vins tranquilles de ce cépage que j’ai pu goûter jusqu’ici.

Après, c’est une question de style, de patte du vigneron.

De bon dosage, d’abord – je ne crois pas forcément dans le brut nature pour des bases de Jacquère; il ne faut pas exagérer non plus, au risque de dénaturer la base du produit, et son originalité: sa vivacité et sa sympathique amertume.

C’est aussi une question d’affinage – le temps sur latte devait pouvoir augmenter avec les stocks de vin prévus pour les bulles – n’oublions pas que nous jugeons le premier millésime. Gageons que les années qui suivent devraient nous apporter toujours plus d’harmonie.

C’est enfin une question d’assemblage – il me semble que dans le rôle de l’arrondi, l’altesse donne plus de personnalité au Crémant de Savoie que le Chardonnay. C’est là une piste à suivre (pour autant qu’il y ait assez d’altesse pour ne pas déshabiller les belles cuvées de Roussette de Savoie). Le Pinot Noir, par contre, tient bien sa place, apportant fruits noirs et vinosité – à se demander pourquoi les valeureux Savoyards n’ont pas d’emblée obtenu le droit au Crémant rosé, comme l’Alsace, par exemple…

Mais n’abordons pas les sujets qui fâchent, réjouissons-nous plutôt que d’emblée, les Crémants de Savoie soient si bons, au point que les nouveaux venus au club pourraient déjà en remontrer aux autres. Rendez-vous au prochain concours des Crémants…

Hervé Lalau

Gérard Gauby et ses Vieilles Vignes !


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Et si le vin est bon… le vigneron l’est aussi

J’avais prévu un bon kilomètre de prétentieuses réflexions et dégustations sur le grand Riesling. Les circonstances de la vie me font remettre cette chose à plus tard. En échange de votre patience – à moins qu’il n’y ait une sorte de « ouf ! » de soulagement de votre part -, je vais vous servir en titre une lapalissade.P9120025.JPG

En effet, je vais évoquer un problème maintes fois abordé (trop à mon goût) sur les réseaux sociaux. Sur Facebook comme ailleurs, il est de bon ton de déblatérer sur les méthodes culturales des vignerons. Parfois, cela ressemble même à un combat de coqs. En voilà un qui y va de son commentaire forcément pertinent sur tel ou tel maléfique produit de synthèse, tandis que d’autres batifolent sur les avantages et les inconvénients du soufre en poudre ou du cuivre qu’il serait logique d’appliquer avec une extrême modération. Quand ce ne sont pas des conseils distillés plus ou moins amicalement, on diabolise tel vigneron parce qu’une photo montre un sol dénudé ou, à l’inverse, un travail de labours trop prononcé. Un tracteur sur sa parcelle et c’est une cata écolo, une jument et sa charrue  devient nettement plus politiquement correcte.

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Sans compter bien entendu sur les éventuelles remarques désobligeantes concernant l’élevage, le vigneron est ainsi rhabillé pour toujours, accusé de telle ou telle déviance, voire de négligence. Il est constamment surveillé par les chiens de garde, exposé à la vindicte des pseudo critiques ou livré à la prétendue expertise de consommateurs débutants à peine capables de surveiller leur orthographe. Il se trouve que je commence à en avoir ras la casquette de ce flot de platitudes, de redites, de leçons passéistes ou de conseils péremptoires. Et si j’en ai l’occasion – ou le temps -, je ne me gène pas pour le dire.

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Depuis longtemps, j’ai un principe bien chevillé en moi, celui du respect. Tout vin qui à répétition se révèle être bon, voire excellent, quelque soit son millésime, ne peut être que l’œuvre d’un vigneron exemplaire. Qu’est-ce qu’un vigneron exemplaire, me direz-vous ? Pour moi, c’est un gars ou une fille qui cherche à comprendre mais qui en apprend chaque année sur le mystère du vin. Un gars ou une fille qui respecte sa terre et qui vit presque en osmose avec elle, qui fait corps avec ses parcelles, qui s’y promène régulièrement. C’est aussi un gars ou une fille qui doute mais qui n’a pas peur de travailler et qui sait ce qu’il y a à faire sur un domaine pour obtenir le meilleur des vins.

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Bien sûr qu’il y a des chances pour que je me pose des questions sur sa façon de traiter son vignoble, sa philosophie de travail. Évidemment que sa vision du pressurage, que sa conduite des vinifications et de l’élevage sont des éléments qui m’intéressent. Mais là n’est pas le principal dans un vin. On doit avant toute chose se poser la simple question de savoir si le vin que l’on goûte est bon ou pas. Évidemment que c’est son goût à soi et non celui de son voisin ou des propagateurs de ragots qui va déterminer la qualité du vin. Si le vin est bon, c’est que le vigneron est bon et que ce dernier a compris l’essentiel du rapport intime qu’il y a entre lui, l’homme, son environnement, sa terre, son cépage, son climat. Peu importe ce qu’il y a dans l’assiette : si c’est bon, c’est bon et je le mange. Avec le verre de vin c’est un peu pareil, non ?

Gérard Gauby et ses Vieilles Vignes !

Alors vous comprenez que les censeurs, les experts, les doctes commentateurs, les critiques patentés et les messieurs je-sais-tout-car-j’ai-tout-vu-et-compris, ces gens-là, je les renvois volontiers à leur chères études. Suffit de trouver que le vin est bon (ou mauvais), et c’est bien là l’essentiel !

Michel Smith

©Photos MichelSmith


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Cépages obscurs : le bon travail d’un caviste voyageur

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Rassembler des vins issus de cépages peu ou pas connus pour les proposer au public n’est pas simplement une affaire qu’on pourrait assimiler à une rubrique « cabinet de curiosités » : il contient, potentiellement, le projet d’ouvrir les esprits et d’élargir la gamme des profils gustatifs offerts par les vins. J’ai déjà évoqué, il me semble, le travail fait dans ce domaine par le caviste Soif d’Ailleurs, à Paris. Une dégustation organisée vendredi dernier m’a démontré encore que ce lieu dirigé par Mathieu Wehrung continue à explorer des chemins inconnus de la plupart des amateurs de vins. Je vous conseille une visite si vos pas vous amènent dans ce quartier vivant entre Marais et République

Soif d’Ailleurs
38 rue Pastourelle, 75003 Paris
Téléphone : +33 1 40 29 10 82
Ils ont aussi un site de vente sur l’internet :

 

D’abord, aucun des vins vendus dans cette jolie petite boutique n’est français, ce qui ne suffit pas, bien entendu, à rendre leur sélection intéressante. Il y a en stock quelques classiques, chers ou pas chers, mais devenus incontournables comme le Sauvignon Blanc de Cloudy Bay (Nouvelle Zélande) ou bien les bulles de Miolo (Brésil) dont Soif d’Ailleurs est devenu, en peu de temps, le plus important vendeur dans toute l’Europe. Mais les vins qui m’intéressent le plus sont les autres, ces domaines peu connus ou peu disponibles en France, comme, par exemple, l’excellent Koslovic (cépages terran ou malvasia, Croatie) ou Anselmo Mendes et ses exceptionnels alvarinhos (Portugal).

Certains vins de la gamme sont assez chers, mais jamais d’une manière délirante car les marges sont raisonnables, vu le travail accompli, et on peut y trouver des très bons vins à moins de 20 euros. Cela reste peut-être un poil exclusif si on considère le prix moyen des vins vendus en France, mais ce n’est pas hors de prix pour des choses qu’on aura bien du mal à trouver ailleurs.

La dégustation à laquelle j’ai assisté la semaine dernière a regroupé 9 vins, issus d’autant de cultivars et de 6 pays différents. N’étant pas ampélographie, mais ayant plus de 30 ans d’expérience professionnel dans le vin, je dois avouer que je n’avais entendu parler que deux des ces neuf cépages auparavant, dont le Räuschling, qui va ouvrir le bal de cette petite dégustation que les organisateurs ont intitulé «les cépages rescapés».

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Les vins blancs

R3 Räuschling 2014, AOC Zürichsee, Suisse

(Cépage Räuschling) Prix 45 euros

Notre ami Marc a récemment évoqué ici même ce cépage blanc Räuschling, devenu rare et localisé presque exclusivement de nos jours dans cette partie de la Suisse germanique. Je dis «devenu», car il fut autrefois bien plus répandu, en Suisse, en Allemagne et même en Alsace. L’expansion du Müller-Thurgau, plus facile et plus productif, lui aurait scié les pattes cependant, malgré une présence attestée dans ces régions qui remonte au 16ème siècle. La variété est issue d’un croisement entre le très fertile Gouais Blanc et, soit le Savagnin, soit un membre de la famille des pinots (les versions divergent).

Vin d’abord tendre mais d’une belle vivacité. Assez aromatique et doté d’une longueur agréable, il ferait un vin d’apéritif très plaisant et pourrait bien accompagner des poissons de toutes sortes. Il souffre en revanche de son origine helvète sur le plan du prix.

 

Curil Blanco 2012, (vin hors D.O. de la région d’Alicante, Espagne)

(cépage Trepat Blanc) Prix 20 euros

Cette variété blanche à l’avantage, dans un climat chaud, de produire peu d’alcool : 12% dans ce cas.

Robe profonde, entre or et ambre. Nez étonnant, sur le versant de l’oxydation et qui rappelle le curry. Texture un peu huileuse et notes d’amertume confirment une vinification avec de la macération pelliculaire. Ferme et très long en bouche, c’est un style à part qui plaira aux amateurs de ce genre de vin : on n’est pas tout à fait dans le domaine des vins « oranges », mais ce n’est pas loin.

 

Weingut Umathum, Königlicher Wein 2013, Burgenland, Autriche

(Cépage Lindenblättrige) Prix 23 euros

En réalité ce cépage ne m’était pas totalement inconnu car il s’agit de la variante autrichienne de celui connu sous le nom d’harsévelu en Hongrie. Cela dit, je ne pense pas voir dégusté un pur harsévelu plus d’un fois, tant il est généralement assemblé avec le Furmint, surtout à Tokay. Je connaissais auparavant les vins rouges de cet excellent domiane de Burgenland, qui sont importés depuis un moment en France.

Vin fin, un peu ferme par sa texture, mais délicat par ses saveurs vives et acidulées.

 

Azienda Rivetto, Nascetto borea 2013, Piemonte, Italie

(Cépage Nascetta) Prix 24 euros

Le domaine est situé à Serralunga d’Alba, donc dans l’aire d’appellation du Barolo, mais ce cépage n’est admis dans aucune des DOC ou DOCG du coin.

Beau nez, qui m’a fait penser à de la pomme verte avec des élans citronnés. Fin, savoureux est assez salin. Pourtant la mer n’est pas si proche ! La vivacité domine mais l’équilibre est bien pour ce style de vin.

 

Albet i Noya, Rion 2013, DO Penedes, Espagne

(Cépage inconnu) Prix 25 euros

Bien connu pour ses cavas de haut niveau, ce domaine explore la richesse ampélographique de la Catalogne en élaborant aussi des vins tranquilles. Le producteur n’a pas réussi à identifier cette variété et il a nommé le vin avec le prénom de sa grande mère.

Le nez m’a semblé marqué par un élevage sous bois, mais il est également frais. Cette fraîcheur est encore plus marquée en bouche, et la texture me fait penser à de la craie. Pas mal de précision dans les saveurs, mais cette texture crayeuse assèche un peu le palais en finale. C’est peut-être pinailler que de dire cela car avec un plat je suis sur que ce vin serait très bon.

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Les vins rouges

Hatzidakis Mavrotragano 2013, Santorini, Grèce

(Cépage Mavrotragano) Prix 35 euros

Je connaissais cette île des Cyclades pour son origine volcanique et donc ses sols si particuliers. Je ne connaissais que ses vins blancs remarquables fait avec l’excellent cépage Assyrtiko. Je ne sais pas grand chose sur cette variété rouge.

C’est manifestement un cépage tannique, qui contient aussi, il semblerait, une belle acidité (même si je soupçonne un peu d’ajustement de ce dernier ingrédient dans ce vin). Le fruit est un peu dominé par le double assaut de tannins et d’acidité, mais il est présent. C’est un vin intéressant, qu’on dit « de caractère », mais un peu brut de décoffrage avec de l’amertume en finale et une impression végétale. Trop cher dans ce cas.

 

Podere Gualandi, Foglia Tonda 2012

(Cépage Folia Tonda) Prix 44 euros

Le patron de Soif d’Ailleurs est enthousiaste à propos des vins de ce producteur atypique. Je le suis un peu moins car je les trouve souvent austères et parfois avec des arômes que je qualifie de «déviants». Je les trouve aussi bien trop chers, mais on m’explique que les rendements sont très bas, etc…

A la dégustation, la masse tannique impose sa structure, renforcé par une acidité importante et à peine rendu harmonieux par un peu de fruit. Beaucoup d’austérité mais, en contrepartie, une très belle longueur. Equilibré quand-même, c’est un vin très particulier et je serais curieux de voir son évolution. Pour l’instant on ne peut le conseiller qu’avec un plat salé pour amadouer ses tannins.

 

Bodegas Pablo Menguante, Vidalello 2011, DO Carinena, Espagne

(Cépage Vidadello) Prix 19 euros

Cette appellation aragonaise qui porte le nom d’une variété chère à Michel Smith n’a, curieusement, que très peu du cépage éponyme. Les vignes de ce vin sont franches de pied, mais je n’en sais pas plus.

Un beau nez qui a de l’intensité et de la profondeur dans ses arômes fruités, avec juste une patine raisonnable du à son élevage. Le bois est aussi perceptible en bouche, et les tannins sont fermes et un peu asséchants en finale. Cette finale laisse aussi percevoir de jolis arômes de cerise amère. Bon vin d’un prix abordable, qui peut bien se comporter à table avec des plats de viandes ou en sauce, à cause du sel.

 

Likya Acikara 2014, Lycie, Turquie

(Cépage Acikara) Prix 24 euros

Je ne sais rien de ce cépage qui fait partie de la vaste réserve ampélographique de la Turquie. Le vignoble est planté sur un sol très calcaire.

La robe est très sombre et violacé mais il ne s’agit pas d’un cépage teinturier. Beau nez qui évoque la cerise noire. C’est un très joli vin, assez peu tannique mais très frais et, en même temps, doté d’un alcool relativement puissant. Sa vivacité l’aide dans l’équilibre et le vin est net et très bien fait. J’aime ce vin qui me fait voyager.

 

Conclusion

Quand il s’agit du vin (et de bien d’autres choses), le voyage dans l’espace implique inévitablement des croisements avec le voyage dans le temps. Je sais bien qu’il ne suffit pas d’être différent pour être « bon », mais comme c’est agréable (et probablement très utile) d’explorer ces morceaux du riche patrimoine botanique de la vigne et ses produits. Pourvu que, dans les pays à la réglementation viticole cadenassée comme la France, on sache apprendre et piocher dans ce réservoir ampélographique profond et, il me semble, si mal exploitée.

 

David Cobbold


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Bordeaux oui, mais « primeurs » non.

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Je ne déguste plus les centaines d’échantillons (trop précocement) préparés pour les Primeurs par des producteurs de Bordeaux depuis l’édition consacrée au millésime 2005. Cela fera donc bientôt 10 ans. La première de mes raisons est que je ne crois plus à l’intérêt de ce système de « prévente payée » pour le consommateur. La deuxième est que je ne crois plus en un lien fiable entre les échantillons présentées et les vins qui seront mis en bouteille 12 à 18 mois plus tard, après plusieurs tests et après avoir vu une propriétaire faire changer un échantillon de son vin quant elle voyait les visages des dégustateurs ayant tâté de la première version!  Enfin, j’ai constaté qu’un nombre croissant de châteaux refusait de soumettre leurs échantillons à la dégustation à l’aveugle, induisant pour nous les journalistes une tournée infernale, consommatrice de carburant et de temps, sans parler d’une mise en condition inévitable quand on doit aller dans le chai en question pour goûter l’échantillon et entendre les discours des responsables en même temps.

Je sais que je ne suis pas seul dans le domaine des doutes quant à la fiabilité de ce procédé. Mon collègue Bernard Burtschy, qui retourne chaque année déguster les vins après leur mise en bouteille, a dit sa grande déception devant les écarts entre les échantillons qu’il avait notés pour le millésimes 2012 et 2013, et les versions en bouteille de bon nombre des mêmes vins.

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Les Primeurs, cette année, ce devrait être du sport…

 

Maintenant, j’apprends que pour la future séance qui portera sur le millésime 2015 et qui aura lieu début avril, l’Union des Grands Crus a pris la décision de regrouper les dégustations des vins de ses membres en un seul endroit et sur deux journées, et de ne plus proposer les vins en dégustation à l’aveugle. Je ne trouve rien à redire quant à la première partie de cette décision, mais la deuxième partie, qui va retirer toute semblance d’objectivité à cet exercice déjà difficile, est une énorme erreur à mes yeux. Regrouper les vins dans un seul lieu, c’est du bon sens, à condition que le lieu soit assez grand, ce qui est probablement le cas pour le nouveau stade de Bordeaux qui a été choisi. La consommation inutile de carburant devra donc baisser. Mais priver ceux qui le veulent de la possibilité de déguster à l’aveugle est choquant !

Je crois que Michel Bettane a déjà dit qu’il n’irait pas dans ces conditions et Jancis Robinson dit ceci sur son site ;

« But the change I most resent is that the UGC will no longer sanction blind tasting. I’m sure there has been lobbying from the shrinking but much-appreciated majority who do not insist on our visiting them to taste at the château. They presumably think that we penalise wines tasted blind. But this proposed change robs us of a major aspect of these primeurs tastings. I have discussed it with Michel Bettane, who said he would no longer participate in the UGC tastings if blind tasting (which he requested originally, I believe) were no longer permitted. Presumably all this will drive more and more media tasters into the hands of the large négociants who organise primeurs tastings in parallel with the UGC ones. Is this really what the UGC wants, I wonder? Perhaps it is no coincidence that these changes, unlikely to be welcomed with open arms, are being proposed for a vintage about which there has been as much hype as the 2015? »

Je crois qu’elle a raison. Elle a également organisé un sondage parmi ses nombreux lecteurs pour savoir s’ils pensent qu’une dégustation à l’aveugle était plus crédible qu’une dégustation à découverte. 78% ont voté pour la dégustation à l’aveugle.

Avec un peu de chance, d’autres critiques vont aussi déserter cette farce des Bordeaux Primeurs et le soufflé va enfin tomber. On peut toujours rêver !

Je refuse, en revanche, de verser dans le « Bordeaux bashing » adopté par certains. Il y a beaucoup d’excellents vins à Bordeaux (d’accord, pas en 2013 !). Et il y a beaucoup d’excellents et honnêtes producteurs, dont certains font des vins qui représentent les meilleurs rapports qualité/prix en France. Mais ce cirque des Primeurs doit cesser ou bien changer radicalement si les producteurs concernés veulent garder un semblant de crédibilité.

David Cobbold


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Hétérogène, vous avez dit hétérogène, le Gaillac ?

Si on devait ne présenter qu’une seule appellation, de surcroît de taille modeste, dont les vins sont d’une très grande disparité aussi bien en termes de types qu’en termes de styles, le cas de Gaillac me semble parfaitement adapté. Et je vous parlerai aussi sur le même ton de la qualité, malheureusement trop souvent déficiente, du moins selon mes appréciations.

Regardons d’abord quelques chiffres de base, avant de partir vers mes impressions lors d’une récente dégustation d’une quarantaine de vins produits par une vingtaine producteurs de cette appellation du Sud-Ouest.

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Quelques chiffres clés de l’appellation

Quand je dis modeste, cela signifie une surface de moins 4.000 hectares, bien qu’aucun chiffre ne soit visible sur le site officiel de l’appellation (pourquoi ?).

La production gaillacoise est légèrement dominée par le vin rouge (53,5%), mais le rosé, comme ailleurs, a maintenant doublé le blanc pour s’afficher à 34% du total, ne laissant que 12,5% aux pauvres blancs qui sont pourtant souvent (c’est un avis) les vins les plus intéressants de cette appellation diversifiée. On voit en tout cas que la mode du rosé fait des dégâts ailleurs qu’en Provence !

Rien que du classique, jusque là, vous me direz. Mais le jeu se corse car, parmi les seuls blancs, on compte des bulles de différentes sortes (perlants et méthodes ancestrales), des secs, des doux et des liquoreux (qui peuvent être somptueux). En ce qui concerne les cépages, j’ai compté 8 rouges et 5 blancs, sans les variantes et autres versions en cours d’expérimentation. On vante souvent la diversité représentée par les 13 cépages de Châteauneuf, mais Gaillac en a autant !

Pour les variétés rouges, on trouve le trio classique du Bordelais, avec merlot, cabernet sauvignon et cabernet franc, puis, plus curieusement peut-être, gamay et syrah, auxquels se rajoutent les locaux de l’étape: braucol (alias fer servadou), duras et prunelart (ou prunelard), ce dernier récemment sauvé de l’oubli par Robert Plageoles.

En blanc, venu peut-être aussi du Bordelais, le sauvignon blanc et la muscadelle (mais curieusement pas de sémillon), ainsi que trois locaux: le loin de l’œil, le mauzac et l’ondenc. Ce dernier doit aussi sa survie en grande partie au déjà nommé Plageoles qui non seulement a beaucoup oeuvré pour la conservation de variétés locales, mais aussi, par la qualité de ses vins, a inspiré d’autres à replanter ces variétés autrefois plus présents mais devenu presque inexistants suite au phylloxera et ses suites productivistes.

Dégustation de vins issus de cépages dits autochtones

Je n’aime pas beaucoup ce terme «autochtone». Est-ce à cause de quelques relents maurassiens que je crois y déceler ? Est-ce ma paranoïa (généralement bien cachée) d’étranger? Ou est-ce parce que je trouve qu’il est singulièrement difficile de pointer avec certitude une origine géographique spécifique pour un cépage quelconque? Peu importe. En tout cas la dégustation récente à laquelle j’ai pu assister à Paris était consacrée aux vins issus de variétés ainsi désignées.

Mais il ne suffit pas de dire «cépage rare» pour s’extasier devient un vin qui en est issu. Tout vin doit être jugé selon le plaisir gustatif qu’il procure, même si on a forcément de la sympathie pour des cépages rares. Et, dans le cas de cette dégustation, je dois dire que le compte plaisir n’y était pas, assez souvent car sur les 36 vins dégustés, je n’ai trouvé que 10 que j’aurais vraiment aimé boire. Je veux bien que toute l’appellation n’était pas présente, et que certains des producteurs les plus réputés n’ont pas envoyé (ou très peu) d’échantillons, mais j’estime qu’un score pareil est faible de nos jours. Voyons cela de plus près, par type de vin.

Mauzac_G2_CS_crGrappe de mauzac

Méthodes ancestrales

Les régions qui ont conservé, en tant qu’appellation réglementée, cette manière, la plus ancienne, de faire des vins à bulles, ne sont pas nombreuses : Gaillac, Limoux, Die et Bugey/Cerdon me semblent être les seules appellations concernées, hormis quelques producteurs isolés par ci par là mais qui ne sont pas, je crois, encadrés dans des systèmes d’appellation contrôlées (et ce n’est pas une reproche). A Gaillac, le cépage utilisé pour ce type est le mauzac, exclusivement si je ne me trompe pas.

Il y avait 8 vins de ce type présentés et j’an ai retenu trois.

J’ai beaucoup aimé le vin de Château de Rhodes, délicieux par sa qualité de fruit, sa finesse de toucher et son équilibre aussi délicat que savoureux qui laissait une part faible au sucre, aidant la profondeur des saveurs sans les alourdir. Château l’Enclos des Roses et Château de Terrides ont aussi présenté des vins très appréciables de ce type.

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Blancs secs

Le sous-thème de cette dégustation tournait autour des cépages « autochtones » et donc n’ont été présenté que des vins qui contenaient une part importante d’une ou plusieurs des trois variétés suivantes : loin de l’oeil (len de l’el en occitan), mauzac ou ondenc.

12 vins de ce type ont été présentés.

J’en ai retenu un nombre assez faible : trois. Domaine Rotier cuvée Renaissance 2014, (80% len de l’el, 20% sauvignon blanc) avait pour lui vivacité, structure et une certaine complexité, avec un équilibre plaisant et une bonne longueur. Château l’Enclos des Roses a produit un bon Premières Côtes 2011 salin et salivant, savoureux et sec en finale (100% mauzac). Un autre vin de la désignation Premières Côtes m’a plu, le Domaine de Brin, Pierres Blanches 2014 (65% mauzac, 35% len de l’el), malgré une légère impression de lourdeur.

Aucun vin rosé n’a été présenté. Pourquoi ? En ont-ils honte malgré les 34% que ce type de vin pèse dans la production de l’appellation ?

1288253313braucolGrappe de braucol

Les vins rouges

C’est ici que la diversité de styles était la plus marquée. Braucol (nom local pour le fer servadou), duras et prunelart/prunelard étaient les régionaux de l’étape, parfois en mono-cépage, parfois en assemblage, avec ou sans des apports bordelais ou d’ailleurs (syrah en particulier).

DurasGrappe de duras

Le prunelart est une variété ancienne, autrefois plus largement plantée dans la région et qui a failli disparaître, comme d’autres, avec le phylloxera. Ce sont les travaux de Robert Plageoles qui l’ont sauvé de l’oubli et, probablement, de la disparition. D’autres vignerons ont vu l’intérêt de ce cépage malgré son faible rendement. Il semblerait qu’il est un des parents du malbec, l’autre étant une obscure variété appelle madeleine noire des charentes. Je ne sais pas si j’ai bien compris mais j’ai l’impression que cette variété n’est admis, pour l’instant, que comme ingrédient assemblé à Gaillac, car les deux vins mono-cépage de prunelart que j’ai goûté étaient étiquetés en Vin de France.

Prunelard_N__grappe_Grappe de prunelart

16 vins étaient présentés en rouge sec

J’en ai retenu cinq, ce qui n’est pas grandiose comme taux de réussite. Trop de vins présentaient des défauts, soit de réduction soit avec une forte présence de bretts, soit souffraient d’une extraction ou d’un boisage que j’ai estimé excessif. Le meilleur pour moi était le Duras de Robert et Bernard Plageoles 2012, le seul vin présenté par ce domaine phare de l’appellation. Il m’a semblé vif, frais et très juteux, parfaitement équilibré et parfait à boire maintenant. Je sais par expérience aussi que ce vin se garde également très bien ayant quelques vieux millésimes dans ma cave. Ensuite le Domaine Rotier, l’Ame 2010 (80% duras, 20% braucol). Plus ferme que le vin précédent malgré son âge, il montrait une combinaison intéressante entre austérité et fraîcheur, sans avoir la qualité de fruit du vin des Plageoles. Château l’Enclos les Roses a aussi produit un beau 2010 dans un style plus riche, charnu et dense : sa puissance et sa longueur sont le gage d’une bonne garde. J’ai aussi beaucoup aimé le Domaine de Brin Vendemia 2014 (duras 70%, merlot 30%) pour son caractère juteux et bien fruité, le tout avec une belle longueur. Enfin un pur prunelart : Domaine de Salmes Prunelart 2010 (Vin de France). Ce vin m’a séduit par sa concentration assumée qui n’a ni négligé une bonne dose de fraîcheur, ni de la finesse dans l’extraction des tannins.

 

Conclusion

Alors oui, de bonnes choses et des vins intéressants, y compris par leurs différences et originalités, mais il y avait bien trop d’inégalités pour une appellation qui doit encore faire ses preuves dans le domaine de la régularité dans la qualité entre ses différents producteurs. La semaine prochaine je vous parlerai d’une appellation qui m’a présenté un tout autre visage sur ce plan.

 

David Cobbold

 

 

 

 

 

 

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