Les 5 du Vin

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Impromptu sur les bords du Lac de Bienne

La météo nous avait prédit un temps maussade et voilà qu’il faisait beau au pied de la chaîne du Jura, côté suisse. C’était au début printemps dernier. Après un peu de bateau, une dégustation inopinée nous a permis de déguster quelques cuvées issues des vignobles qui bordent le lac, Bielersee AOC. Cela se passait à la Vinothek Viniterra de Twann. Vous l’aurez compris, nous étions dans la partie bernoise du lac de Bienne (Bielersee en allemand). C’est une région bilingue où francophones et germanophones se côtoient, un peu comme chez moi, mais peut-être avec moins d’aléas, du moins, je crois. Le lac de Bienne constitue avec celui de Neuchâtel et celui de Morat, le Pays des Trois-Lacs ou Drei-Seen-Land réparti entre les cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel et Vaud. Le canton de Neuchâtel borde l’extrémité ouest du lac de Bienne. Voilà le décor planté, place à la dégustation.

Sur le lac de Bienne

Accoudé au comptoir de la vinothèque

 

Elle semblait totalement improvisée, cette dégustation, mais la bonne humeur, l’entrain, l’endroit et puis la qualité du choix des vins et la présence des vignerons ont rapidement infirmé cette première impression. Mais quoi de plus sympa que de déguster dans une atmosphère décontractée où tout est prévu sans que cela ne se ressente.

Clos de Rive 2015 Chasselas Bielersee AOC Andrey Weinbau à Ligerz

Robe blanche au léger jaune, des fruits blancs et jaunes maculent de leur chair quelques cailloux éclatés, impression de marmelades de mirabelle et de poire aux accents fumés. Belle fraîcheur en bouche avec du croquant que la trace de carbonique rend plus perceptible, plus pointue. Les parfums de rose blanche et d’aubépine se pavanent avant de laisser la guimauve et l’amande terminer l’élégant discours. www.andreywein.ch  Un vin délicat qui a renforcé notre bonne humeur.

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weingut Bielerhaus à Ligerz

La robe lumineuse, presque fluo au mélange de vert et de jaune, au nez de gelée de pissenlit et de poire croquante couchée sur un lit de foin. La bouche suave, fraîche, rappelle les tisanes de montagne accompagnées d’un carré de chocolat blanc. La texture fluide au liseré délicatement amer au goût de réglisse. Un chasselas particulier mais dont le caractère affirmé plaît. www.bielerhaus.ch

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weinbau Schlössli à Twann

Transparence jaune aux nuances vertes qui évoque le citron et le melon poudrés de poivre noir et de muscade. La bouche offre un équilibre assez différent des deux premiers. Moins acide, il s’avère plus ample, plus large, parfumé d’angélique, de bigarreau et d’agrumes confits, style tutti frutti sans le sucre, mais avec une pointe saline. Un autre aspect du Chasselas bien plus nuancé qu’on le croit en général.

Fromentin 2015 Lac de Bienne AOC Domaine du Signolet à La Neuveville

Jaune blanc, nez de pêche blanche épinglée d’une étoile de carambole et coiffée d’une feuille de menthe poivrée. La bouche à la fois acidulée comme les jus mêlés d’une groseille à maquereau et d’un citron jaune et salée comme une goutte d’embrun. Après ce va-et-vient gustatif, le vin s’assagit et nous livre quelques subtiles nuances de mandarine, de noisette et de fougère. Sacré Savagnin alias Fromentin! www.lesignolet.ch

Blanc 2015 Bielersee AOC Anne-Claire Schott à Twann

Un vin particulier, la robe vert pâle, le nez respire l’asparagus et la rose ancienne, le silex, la fougère, un rien la rhubarbe. La bouche croque et nous fait craquer par cet oscillation subtile entre fraîcheur et amertume. Un duo qui vite se transforme en trio avec la suavité des fruits confits. Tout y est bien sec, mais avec de l’onctuosité. Il est à la fois tranchant et généreux, plein de caractère mais courtois. Et puis élégant, très élégant avec cet élan floral qui ne nous lâche pas. Le plus marrant, c’est que c’est un vin d’assemblage aux raisins cueillis le long des murets, là où le soleil le réchauffe le plus. Ces six cépages, Chasselas, Pinot Noir et Gris, Chardonnay, Sylvaner et Sauvignon ont été vinifié dans un œuf. www.schottweine.ch www.aromaderlandschaft.ch

Ce qui étonne aussi, c’est la grande fraîcheur de ces vins. Avant de rejoindre la vinothèque, un passage sur l’île Saint Pierre au milieu du lac de Bienne nous avait confronté à un équilibre tout différent.

Les Chasselas y étaient moins vifs, comme les autres cépages. Mais certes tout aussi agréables à déguster. L’explication la plus plausible, le sol. Sur l’île, la vigne pousse dans des sables de grès décomposés, donc un sol acide. Alors que sur la rive nord, autour de Twann, elle est plantée dans des calcaires, un sol basique. Ma courte expérience sur le sujet, selon laquelle un sol basique donne des vins plus acides et inversément un sol acide donne des vins moins acides, semble se vérifier, au moins quand la nature même du substrat n’offre qu’un seul type de roche; après, tout peut se nuancer.

Si vous passez par la Suisse, profitez-en pour y déguster quelques vins, ça en vaut la peine.

 

Widerluege!

 

 

 

Marko


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Bain vs INAO

Alexandre Bain
Alexandre Bain (Photo (c) Jim Budd)

Je n’ai pas le plaisir de connaître Alexandre Bain, vigneron de Tracy, ni ses vins. Et peut-être que c’est mieux ainsi, si je veux tenter d’émettre un avis impartial.

D’après Corinne Caillaud, du Figaro, qui semble bien le connaître, bien qu’elle traite rarement de vin, il s’agit d’un bon vigneron. Il appartient à la mouvance nature, et selon ses propres termes « il cherche une autre voie ». C’est, je cite toujours, « un homme dont la passion est de réaliser un pur vin de terroir ».
Rien de mal à cela, mais pas non plus de quoi lui valoir une notoriété nationale, ni les honneurs de la rubrique économie/entreprise du Figaro; sauf qu’en septembre 2015, M. Bain s’est vu retirer l’appellation Pouilly-Fumé pour ne pas s’être soumis à un contrôle obligatoire.
Un peu moins de deux ans plus tard, le tribunal administratif de Dijon a jugé que la sanction était abusive, car disproportionnée, et vient donc de lui rendre l’appellation. Et avec elle, selon les termes de ma consœur, « sa fierté ».

Dont acte. La dignité de M. Bain et ses choix en matière culturale n’ont d’ailleurs jamais été mis en cause. Pour tout dire, je ne vois même pas ce qu’ils viennent faire dans un article censé faire la lumière sur une décision de justice. Les déclarations de M. Bain ne m’y aident pas vraiment non plus: « J’espère avoir ouvert une voie, parce qu’une autre viticulture est possible », souligne-t-il. Parle-t-il d’une viticulture sans intrants? Ou d’une viticulture sans contrôles?

Joker

Moi qui ne suis a priori ni pour ni contre le naturisme, la biodynamie, le bio, ou toute autre forme de conduite de la vigne, et qui ai plutôt tendance à me ranger du côté du vigneron sincère que de la machine administrative et des règlements superflus, je reste sur ma faim. Quel était donc l’objet du contrôle? Pourquoi M. Bain n’a-t-il pas pu s’y soumettre? Enfin, et surtout, quel sens faut-il donner à la décision du tribunal?
Si elle fait jurisprudence, quels seront donc à présent les moyens de contrôle d’une appellation sur les vignerons qui s’en réclament?
À quels contrôles peut-on se soustraire? À quels contrôles ne peut-on pas se soustraire? Et à quelle fréquence?
Si la perte de l’AOC est une sanction disproportionnée en cas d’impossibilité de contrôle, quelle sanction plus proportionnée peut-elle être appliquée, tout en défendant les intérêts du consommateur censé faire confiance à la mention?
Question subsidiaire, qui me semble découler du joli story telling de ma consœur du Figaro, les vignerons « qui cherchent une autre voie » devraient-ils bénéficier ils d’un joker face aux contrôles, au motif qu’ils seraient plus sympathiques, plus tendance ou parce qu’ils vendent bien leurs vins?
L’avocat de M. Bain, Maître Éric Morain, semble bien argumenter en ce sens: pour lui, « il est temps d’ouvrir le chantier des réformes des contrôles et la reconnaissance des pratiques de vinification naturelle». J’ai du mal à comprendre: si la vinification est naturelle, quel problème il y a-t-il à la contrôler?

Obligation de moyens, ou de résultat?

À défaut de mettre les points sur tous ces i-là, je crains fort que le message ne soit brouillé, chez les vignerons en appellation. Rappelons que jusqu’à présent, ces vignerons choisissent volontairement de revendiquer une mention et de se soumettre à ses contraintes. Il s’agit d’un patrimoine partagé.
Il convient d’être plus précis. Essayons donc de mettre de côté tout affect pour ne retenir que les faits. Une des cuvées de M. Bain a bel et bien fait l’objet d’un contrôle d’agrément (ou plutôt, comme il faut dire depuis 2008, d’habilitation). Dommage que ce ne soit pas précisé dans l’article du Figaro. Elle a été refusée au motif qu’elle était oxydée. Un défaut que M. Bain a contesté. Pour lui, « c’est une affaire de goût ». Dans ce cas, un recours est possible et une deuxième dégustation doit avoir lieu. Plusieurs rendez-vous pour ce faire ont été annulés entre mars et septembre 2015, dont un, en raison des vendanges. Cependant, M. Bain nie s’être soustrait aux contrôles; et déclare avoir fait appel de sa rétrogradation « pour une question de principe » (car ses vins, même sans appellation, ont apparemment continué à bien se vendre).
Il y a cependant une autre question de principe, pour moi: au fond, M. Bain reconnaît-il à ses pairs le droit de juger ses vins?
Il faudrait à présent ouvrir un deuxième procès: celui de la typicité. A quel point peut-on s’écarter du type moyen d’une appellation sans la perdre? Et que faut-il faire d’un vin qui respecterait l’obligation de moyens (le cahier des charges), mais qui présenterait un défaut à l’arrivée, ou au moins une déviance par rapport au type supposé de l’appellation, lors de la dégustation d’agrément (pardon, d’habilitation)? Même si dans sa décision, le Tribunal administratif de Dijon ne s’est pas attaché à la qualité du produit, mais s’est plutôt intéressé au déséquilibre qu’il pouvait y avoir entre la faute de M. Bain, jugée peu grave, et sa sanction, cette décision a tout de même pour effet qu’un Pouilly-Fumé jugé oxydé par la commission d’agrément retrouve sa place dans l’appellation. Ce qui n’est pas tout à fait anodin.
On pourrait bien sûr supprimer les dégustations d’habilitation. Ce serait le plus simple. D’autant que le pourcentage de refus est assez faible. Mais les AOC y perdraient sans doute en cohésion (ne parlons pas de crédibilité, elle varie trop d’une appellation à l’autre).
Une autre piste serait d’en dispenser les vins nature, moyennant un avertissement au consommateur, du genre: « Ce vin nature peut présenter de sensibles différences par rapport au type de son appellation ».
Le seul hic – très justement soulevé par l’avocat de M. Bain: les pratiques de la vinification dite naturelle ne sont pas reconnues légalement. Le mot même de nature ou de naturel prête à confusion; pensons aux Vins Doux Naturels (pourtant bien soufrés); et plus globalement, à tous les producteurs honnêtes qui soufrent leurs vins, mais qui n’auraient pas trop envie que le législateur réserve le mot  « nature » aux vins sans soufre.
Cette affaire nous promet de jolis développements.

Hervé Lalau


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Et si les meilleurs vins rosés ne venaient pas de Provence ?

Depuis quelques années, la Provence a tant misé sur un seul type de vin, le rosé (et de surcroît avec une tonalité clairement très pâle, en tout cas bien plus que l’image ci-dessus), qu’elle semble exercer une forme de quasi-hégémonie sur ce marché, du moins dans l’imaginaire des consommateurs. Mais l’engouement pour le vin rosé, qui est parti de cette belle région aussi capable de produire de grands vins rouges et blancs, fait de plus en plus d’émules un peu partout ailleurs, et cela me fait poser la question suivante : est-ce que d’autres climats ne sont pas mieux adaptés à produire ce type de vin si populaire que la zone climatique de la Méditerranée, qui est forcément relativement chaude ? Evidemment cela dépend de ce qu’on recherche dans un rosé, mais je pense que la notion de fraîcheur est essentielle dans ce type de vin, du moins en général, car il y a bien sur des rosés de garde qui échappent à la masse.

Je ne vais pas m’occuper que de la couleur dans cet article, car peu importe la robe d’un vin, mais il en sera aussi question. Ma préoccupation principale est cette impression désaltérante de fraîcheur que donnent les bons rosés, et qui vient à la fois de l’acidité, de la netteté des saveurs fruités, et d’une relative légèreté en alcool. Car j’ai souvent une impression de lourdeur, presque d’écœurement dans beaucoup de rosés de Provence, impression que je crois réelle mais que la plupart tentent de masquer par l’effet induit par une couleur très pâle. Vendre du vin c’est aussi jouer sur tous les ressorts chez un consommateur, et cette histoire de pâleur me rappelle la grande réussite commerciale des Scotch whiskies ayant une couleur bien plus pâle que les autres, comme J&B ou Cutty Sark, à partir des années 1960 et 1970 (voir l’image des whiskies ci-dessus). Le consommateur a l’impression, d’une manière quasi-subliminale, de boire moins d’alcool quand le produit est moins coloré. Je sais que cela peut sembler très basique, mais je crois que c’est vrai. Regardez aussi le succès des alcools blancs.

Pour revenir à la question du climat (que je pense être l’ingrédient le plus important dans l’équation complexe du terroir) il me semble que des climats plus frais que celui de la Provence sont mieux adaptés à la production de vins rosés qui donnent une vrai impression de fraîcheur, et cela quelque soit la température de service. Cela semble couler de source, mais, d’une manière plus anecdotique, c’était une dégustation d’une quarantaine de vins rosés pour les besoins d’un article qui a engendré cette réflexion. Théorie et pratique se combinent donc.

La semaine dernière nous avons dégusté, avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, 38 vins rosés de différentes provenances : Loire, Alsace, Beaujolais, Savoie, Rhône, Provence, Languedoc, Roussillon et Bordeaux. On ne peut pas dire que l’échantillonnage était représentatif des proportions de rosés produites dans toutes ses régions, mais cela permettait quand-même d’avoir un début d’idée sur des profils, qui est plutôt confirmé par d’autres expériences passées. Nous avons dégusté tous les vins à la température de la pièce (17°C), ce qui écarte un effet masquant qui résulte d’une température fraîche. J’estime que si un vin ne semble pas bien équilibré à cette température, alors il ne l’est pas et le rafraîchir ne sert qu’à masquer cela. Sept vins étaient horribles, quinze seraient acceptables pour la plupart des consommateurs, et dix-sept étaient bons ou très bons selon nous. Mais ce qui me frappait le plus dans cette dégustation était le haut niveau qualitatif des rosés de Savoie, du Beaujolais et, à moindre degré, de Bordeaux. Je leur trouvais un supplément de fraîcheur, une netteté de saveurs et une impression globale de plaisir spontané, simple mais plein. Je ne suis pas obsédé par les degrés d’alcool dans des vins ; d’ailleurs je regarde assez rarement cette information sur les étiquettes, mais je l’ai quand même fait dans ce cas. Pour les régions que je viens de citer, ces degrés se situaient entre 11,5° et 12°, tandis que pour les vins rosés de Provence et du Languedoc, les niveaux tournaient entre 13° et 14°. Il y avait des vins très clairs et d’autres aux tons prononcés parmi les bons et très bons vins. La couleur n’a donc aucun rapport avec les qualités gustatives d’un vin rosé. Autre élément, qui a son importance pour la plupart des acheteurs de bouteilles : le prix. Les prix des vins rosés de Savoie, de Beaujolais ou de Bordeaux, du moins pour les vins que nous avons dégustés, semblent bien inférieurs à ceux de Provence, par exemple.

En conclusion, je pense qu’un climat tempéré ou frais est plus apte à produire des bons vins rosés qu’un climat méditerranéen. Or c’est plutôt le contraire sur le plan de la proportion des vins rosés produits de nos jours dans ces grandes zones. Encore un paradoxe français ?

 

David

 


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Au bout d’une semaine dense, le Schioppettino de Davide Moschioni

Il y a des semaines comme cela.  A vrai dire, il y en a beaucoup quand on aime le vin et qu’on a la chance d’être confronté à des occasions très diverses qui tournent autour de cette boisson magique. Tout n’y est pas rose et fait de bonheur pur, bien entendu, et il fait aussi tenir le rythme sans (trop) perdre la boussole. La semaine passée est un exemple parmi d’autres. Elle inclut aussi des journées au bureau à écrire, préparer des travaux à venir, rédiger comptes-rendus et mails et gérer le quotidien de toute petite entreprise, plus une réunion à l’extérieur, quelques dégustations programmées ou improvisées et une journée de formation dispensée le samedi.

Lundi soir, dîner chez un membre (généreux, comme vous allez le voir) d’un des cercles d’amateurs de vins que j’anime. A l’apéritif, Dom Pérignon 1988 en magnum, puis 1982 en bouteilles : les deux extraordinaires, peut-être surtout le 1982 ce soir-là, même si le 1988 ira probablement plus loin dans le temps. Servis dans des verres que je n’aurai pas choisis pour de tels vins, mais quelle finesse et quelle puissance pour des Champagnes de ces âges!

Au repas qui a suivi, d’abord un Corton-Charlemagne 2005 de Bouchard Père et Fils, qui m’a semblé un poil fatigué. Problème de bouchon pas assez étanche, probablement ; en tout cas en deçà du niveau habituel des grand blancs de cette estimable Maison. Ensuite, Calon-Ségur 1990 en double magnum : un vin très ferme et carré, encore trop jeune et un poil austère à mon goût, mais impressionnant. Puis Beychevelle 1945 : je l’aurai servi avant le Saint-Estèphe car il est sur le déclin avec de jolies restes, tout en élégance mais un peu dominé par l’acidité maintenant. Puis, avec le fromage, un Porto Taylors Vintage 1968, très fin, très suave, encore très fruité mais sans la puissance habituelle de Vintages de ce producteur. Avec le dessert, un Quarts de Chaume, Château de Suronde 1989 : très beau. Nous avons fini avec un magnifique Armagnac Laberdolive de 1937, puis retour à la maison en métro. Même pas mal !

Mardi soir, travail pour animer une soirée du Wine & Business Club et présenter à 150 personnes deux vins peut-être pas très bien connus mais de très belle qualité et que je bois avec autant de plaisir que certains des précédents. Premièrement, le Château de Fontenay, près de Tours, avec des Touraine et Touraine-Chenonceaux que je trouve aussi fins et précis que plaisants et très abordables en prix. Deuxièmement un vin des Costières de Nîmes à l’étiquette moderne et à la qualité irréprochable: le Domaine de Scamandre.

Mercredi soir, relâche.

Jeudi midi, déjeuner/dégustation pour un club pour lequel je présentais 3 vins de Bordeaux issus de ma sélection personnelle parmi les Talents de Bordeaux Supérieur du millésime 2014, plus un blanc de la même région en apéritif. Ces vins se vendent au détail entre 6,50 et 10,50 euros la bouteille et sont, pour moi, parmi les meilleurs rapports qualité/prix disponibles en France aujourd’hui. Le blanc se nomme Château Lauduc Classic blanc 2016, les trois vins rouges Château Lacombe-Cadiot 2014 (un des rares vins de cette appellation né dans la région médocaine),  Château l’Insoumise, cuvée Prestige 2014 (un Bordeaux Sup de la rive droite, près de St. André de Cubzac), et Château Moutte Blanc 2014, un autre Bordeaux Sup qui vient du Médoc, tout près de Margaux, un très beau vin de palus qui contient 25% de petit verdot.

Le jeudi soir, deuxième soirée de la semaine pour un autre club du Wine & Business Club à Paris, cette fois-ci avec des vins étrangers : les excellents Tokaji du Domaine Holdvölgy, et les vins de Sonoma de Francis Ford Coppola, issus de sa série Director’s Cut, tous les deux importés en France par South World Wines. Beaucoup d’intensité dans le Tokay sec de Holdvölgy, qui, pour une fois, n’est pas fait avec le Furmint mais avec l’autre cépage important de l’appellation, le Hárslevelű, et un magnifique liquoreux (mais pas un aszú : il s’agit d’un assemblage entre un szamorodni et un aszú, je crois). Tout bon partout, pour faire court. Coppola présentait un Chardonnay, un Cabernet Sauvignon et un Zinfandel.

Vendredi matin, repos, course à pied et gym; vendredi soir, relâche.

Samedi, formation toute la journée pour un groupe de 16 personnes, surtout amateurs mais aussi trois professionnels, qui se sont inscrits à l’Académie du Vin de Paris pour le Niveau 1 du cursus WSET.

La fine équipe (il manque juste Sébastien Durand-Viel qui donnait un cours ce jour-là) de notre école, l’Académie du Vin de Paris, à Londres quand cette école fut élue, début 2016, parmi les 8 meilleurs formateurs des 650 qui dispensent les cours WSET au monde.

Le samedi soir, retour à la maison où j’ai dégusté, de ma cave, le vin qui m’a fait peut-être le plus grand plaisir de tous ceux de la semaine. Je sais bien que le moment est important dans l’appréciation d’un vin : le fait de ne pas être dans une situation de travail, de se sentir relaxé et tout cela. Mais ce vin rouge m’a semblé intense et très agréable, plein sans être surpuissant, solidement bâti mais également très fruité. Et cela, malgré ou à cause d’un âge qui est respectable sans être canonique : 13 ans. Ce vin, je l’ai dégusté à différents stades de sa vie, car j’en avais acheté une caisse en 2005 lors d’un voyage en Italie pour le compte de la Revue de Vin de France, qui éditait à l’époque chaque année un cahier spécial sur les vins italiens . Il ne m’a jamais semblé aussi bien que maintenant. C’est le vin du titre de cet article et le voici :

Moschioni, Schioppettino (non filtrato) 2003, Colli Orientali del Friuli, Italia

 Davide Moschioni, Vignaiuolo in Gagliano di Cividale del Friuli

D’abord, un mot sur cette variété qui a été sauvée de la disparition dans les années 1970, à l’instar d’autres variétés locales comme le Pignolo ou le Tazzelenghe. Elle n’était même pas autorisée à la plantation avant 1981 ! On en trouve des deux côtés des la frontière actuelle entre le Friuli d’Italie et la Slovénie, et elle possède, logiquement, plusieurs synonymes : Pocalza en Slovénie, Ribolla Nera en Italie (mais il n’a pas de lien avec la Ribolla Gialla). Le terme Schioppettino signifierait « croustillant », soit parce que sa peau donne cette sensation (il s’agit effectivement d’une variété tannique), soit parce qu’il aurait été vinifié à une époque en vin frizzante. Le statut de DOC lui fut accordé en 1987, aussi bien en Colli Orientali del Friuli qu’en Friuli Isonzo, mais on le trouve aussi en IGT Venezia Giulia. Heureuse sauvetage, comme nous allons le voir !

Robe très dense et étonnamment jeune, avec ses bords encore d’un ton rubis malgré son âge qui devient respectable. Le bouchon, en revanche, laisse à désirer sur le plan de l’étanchéité car je constate des remontées du vin jusqu’à deux tiers de sa longueur. Il était temps d’ouvrir ce flacon! Le nez présente en effet un petit coup d’oxydation au départ, avant de me plonger dans des eaux profondes d’une masse très dense de fruits noirs, de cigare et de cerises à l’eau de vie. C’est assez entêtant ! Les tanins qui furent très denses dans sa jeunesse commencent à bien se fondre. Ils sont encore croquants et bien présents, donnant une belle colonne vertébrale à cette masse impressionnante et très qualitative de fruit sombre. Tout cela donne une belle sensation de plénitude, remplissant la bouche sans aucunement l’agresser. Le vin atteint son équilibre par une belle sensation de fraîcheur en finale et cette touche d’amertume si caractéristique de bon nombre de vins italiens.

C’est un vin à la forte personnalité, mais qui sait aussi séduire par la remarquable qualité de son fruit et constitue un excellent choix pour un vin de garde.

Je constate que ce vin vaut maintenant entre 35 et 50 euros la bouteille, selon le pays en Europe. J’ai dû l’acheter un peu moins cher à l’époque, sur place. Il n’est pas distribué en France, à ma connaissance.

David

PS. Aujourd’hui, dimanche, repos le matin, écriture puis gym l’après-midi, puis direction le Stade Jean Bouin ce soir pour soutenir le Stade Français contre Toulon. Allez les soldats roses qui ont su résister au grand méchant Capital cher à Léon !


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Luberon rouge: du bon et du moins bon

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On dit parfois qu’à la différence des trains, les vins dont on doit parler sont ceux qui arrivent à l’heure: autrement dit, ceux qui nous donnent entière satisfaction. Et en général, j’ai tendance à adopter ce principe en passant sous une voile pudique les vins qui ne me plaisent pas pour différentes raisons. J’ai tourné ma récente dégustation de vins rouges de l’appellation Luberon (ex Côtes de Luberon) plusieurs fois dans mon esprit avant de me résoudre à en faire le sujet d’un article car j’étais un peu déçu par cette série: pas de véritable coup de cœur parmi les 13 vins que j’ai dégusté, mais quand-même une demi-douzaine de bons vins. Est-ce suffisant ? Certains diront oui, mais je suis peut-être trop exigeant. Après tout, quand j’ai commencé à travailler dans le vin, il y a plus de 30 ans, seulement 10% des vins d’une appellation me semblaient être acceptables ou mieux que cela. Aujourd’hui on est plus près de 50 ou de 60%. C’est un sacré progrès et il faut en être conscient et aussi reconnaissant aux producteurs pour leur efforts. Et, si je peux me permettre un bref item pro-domo, on peut également remercier l’ensemble des prescripteurs, journalistes ou pas, pour leurs niveaux d’exigence qui ont aussi poussé les producteurs à relever leur niveau de jeu.

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Avant de voir le cas de cette dégustation en détail et de tenter de donner les raisons de ma (petite) déception, voici quelques faits sur cette appellation situé à l’extrémité sud des appelations du Rhône et la beauté physique, très provençale, de ces paysages fait partie, très certainement, de sa capacité à séduire.

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Le vignoble du Luberon AOC couvre quelques 3,300 hectares et s’inscrit entièrement à l’intérieur du Parc naturel régional éponyme, touchant 36 communes. Il produit actuellement, selon les chiffres d’Inter Rhône, 53% de vin rosé, 27% de rouge et 21% de blanc. Si la montée de la part de vin rosé suit la triste tendance nationale, la part des blancs dans un vignoble sudiste me semble intéressante et souligne peut-être une aptitude climatique de cette zone. Effectivement, une rapide étude des températures moyennes, maximales et minimales pendant la phase végétative de la vigne indique que le température moyenne entre avril et septembre est de 17,6°C, tandis que l’amplitude thermique moyenne pour les 3 mois de juin, juillet et août est proche de 14 degrés. Les altitudes varient entre 200 et 500 mètres. Je ne sais pas si ces facteurs climatologiques sont inhabituels dans la zone sud, mais cela semble fournir un terrain favorable aux vins blancs dont une bonne partie est commercialisée sous l’étiquette La Vieille Ferme de la famille Perrin. Mais je n’arrive pas à m’expliquer, en tout cas par des facteurs liés au climat, le fait que beaucoup des vins rouges que j’ai dégusté manquaient de fraîcheur et avaient parfois des tanins amers.

Les cépages autorisés en rouge sont :  syrahgrenache noir, mourvèdrecarignan et cinsault, mais on autorise aussi, en cépages secondaires, picpoul noircounoise noiregamay et pinot noir

Ma dégustation en générale

Il s’agissait d’un envoi fait par l’appellation et qui s’est constitué uniquement de vins rouges. Les vins étaient de différents millésimes, entre 2011 et 2015.

Difficile dans ce cas de comparer réellement les productions de chaque domaine, mais l’idée était d’avoir une idée globale de ce qu’on peut trouver dans le commerce sous le nom Luberon.

Beaucoup de ces vins semblait rechercher un peu trop d’extraction et, du coup, ont produit des tanins un peu sévères et, parfois, des amertumes excessifs. Des acidités m’ont semblé aussi un peu déficientes dans certains vins. Bon nombre sont en agriculture biologique, mais sans que cela ait un lien évident avec la qualité des vins. Il y avait aussi une tendance vers la bouteille très lourde dans les cuvées les plus chères. Je pense que cela devrait passer de mode.

Sur le plan positif, la qualité du fruit et de la maturité est excellente dans l’ensemble des vins. On serait étonné à moins dans un climat sudiste, mais quand-même.

Le Lubéron est une région à la mode sur le plan touristique, et cela se reflète aussi dans les prix de ces vins, qui, sans être déraisonnables (sauf pour un vin), n’est pas non plus très bas, avec un prix moyen autour de 12 euros.

Les meilleurs de la série

Château La Verrerie, Grand Deffand 2013

Syrah 95%, 5% Grenache

(prix 35 euros)

Ce vin, issu d’une parcelle spécifique, a la robe dense et le nez mur et puissant qui évoque des fruits noirs, la terre et les feuilles mortes. En bouche il est structuré autour de tanins fermes qui assèchent un peu la finale. C’est un bon jus assez intense, dans un style qui frise un peu trop la violence à mon goût. Aura besoin de quelques années en cave. Vin ambitieux, certes, mais prix élevé pour cette qualité.

 

Les Terres de Mas Lauris 2015

Grenache 60%, Syrah 40%

(prix 9 euros)

Joli fruité de type fruit noir. Des tanins bien présents et une amertume agréable donnent un vin de caractère, un peu raide pour l’instant. A attendre deux ou trois ans. Prix très raisonnable : on constate, entre ce vin et le précédent, que l’écart de prix entre deux vins de cette appellation peut être conséquent sans que le plaisir gustatif ne suit le même écart !

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Domaine des Peyre, Le Méridional 2014

Grenache Noir 50%, Syrah 35%, Carignan 15%

(prix 12,50 euros)

La robe rubis est plus claire que la plupart des vins de cette série. J’ai aimé le côté accessible et souple de ce vin qui a soigneusement évité tout excès en matière d’extraction. Un fruité fin, assez discret mais avec une bonne persistance. Il a de l’intensité en bouche avec des saveurs précises et des tanins fermes mais bien intégrés. Bonne longueur.

 

La Cavale 2014, Vignobles Paul Dubrule

Grenache, Syrah, Carignan

(prix 20 euros)

Robe d’un rubis de moyenne intensité. Nez fin, équilibré entre fruité discret et notes boisés qui tendent vers le sous-bois. Ce raffinement d’ensemble se confirme en bouche par un toucher fin, une relative allégresse, des tanins discrets et un fruité suffisant. Joli vin.

 

Château Val Joanis, Les Griottes 2015

90% syrah, 10% Grenache

(Prix 13/14 euros)

Issu d’un vignoble situés à près de 500 mètres d’altitude, ce vin a une robe rubis sombre aux bords pourpres. Nez intense qui mêle fruits aux épices. Ce fruité semble acidulé et vif en bouche, dans une structure souple, fine et peu tannique. La fiche technique annonce un élevage en barriques dont 30% sont neuves, mais ce bois est totalement intégré et je ne l’ai pas remarqué (toujours déguster avant le lire une fiche technique !). Très agréable par sa fraîcheur et la qualité de son fruité.

 

Marennon, Versant Nord

Syrah 80% Grenache 20%

Prix : 8,50 euros

J’ai perdu mes notes sur ce vin mais je me souviens de l’avoir trouvé bien équilibré entre fruité et structure. Il représente aussi un excellent rapport qualité/prix.

 

Les moins bien ou mal aimés

 

Fontenille 2014

Grenache 70% Syrah 30%

(prix inconnu)

Robe intense, pourpre. Nez intense et complexe, aux fruits noirs mais avec un accent animal qui me fait craindre une contamination de type brettanomyces. Belle qualité de fruits et structure en adéquation. La finale est ferme mais assez équilibré. A l’aération le côté animal semble se renforcer, et ma crainte aussi.

 

Château Clapier, cuvée Soprano 2014

Syrah 55% Grenache 25% Pinot Noir 20%

(Prix 13 euros)

Nez réduit, puis des arômes peu nets, à l’expression fruité brouillonne. Amertume et raideur en finale.

 

Château La Dorgonne 2011

Syrah 95% Grenache 5%

(Prix 13 euros)

Semble fatigué, oxydé et manquant de fruit mais conservant encore un boisé excessif.

Le bio n’est pas une panacée !

 

Château Les Eydins, cuvées des Consuls 2011

Grenache 70% Carignan 20% Syrah 10%

(Prix 14 euros)

Etiquette horrible, arômes médicinaux et tannins secs. Mais c’est bio alors certains vont adorer !

 

Bastide du Claux, Le Claux 2014

Syrah 65% Grenache 25% Mourvèdre 10%

(Prix 14 euros)

Dur et asséchant, à la finale amère. Bouteille d’une lourdeur inutile.

 

Domaine Théric, Les Luberonnes, Le Puy des Arts 2011

Grenache 60% Syrah 40%

(Prix 12 euros)

Robe évoluée, aux bords pâles. Une amertume sensible en bouche qui masque le fruit. Vin solide mais trop rustique et à la finale dure.

 

Domaine Le Novi, Amo Roujo

Grenache 85%, Syrah/Cinsault/Marselan 15%

(Prix introuvable)

Bouteille lourde et présentation soignée mais j’ai trouvé ce vin trop extrait et alcooleux. Il peut plaire à certains palais par sa puissance. Et c’est du bio.

 

David


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Une verticale sur 10 ans de trois domaines médocains

CA Grand Crus, filiale du Crédit Agricole, possède un certain nombre de domaines viticoles, surtout à Bordeaux. Si cette entité a récemment vendu le Château Rayne Vigneau à Sauternes, il lui reste, dans le Bordelais, les châteaux Grand Puy Ducasse à Pauillac, Meyney à Saint Estèphe, La Tour du Mons à Margaux et Blaignan dans le Médoc, ainsi que le Clos Saint Vincent à St. Emilion, puis, en Bourgogne, le Château de Santenay: soit près de 350 hectares de vignes en tout. Cela en fait, non pas un géant de la viticulture, mais un des « institutionnels » ayant une véritable politique de vin. La Directrice Technique des domaines est Anne Le Naour et le Directeur Général Thierry Budin.

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J’ai eu la chance de pouvoir participer, la semaine dernière, à une très intéressante dégustation verticale, parfaitement organisée, qui présentait 10 millésimes de trois de ces propriétés : Meyney, Grand Puy Ducasse et La Tour de Mons. La période couverte par cette dégustation allait de 2006 à 2015, ce dernier étant représenté par des échantillons en cours d’élevage. Cet article sera un compte-rendu de ma dégustation avec quelques mots de présentation des domaines et une conclusion.

Les prix des vins

Voilà un sujet qu’il ne faut jamais éluder lorsqu’il s’agit de vins en général, et de grands vins de Bordeaux en particulier, tant cette catégorie a été soumise à des effets spéculatifs déraisonnables ces dernières décennies. Une bonne nouvelle en ce qui concerne ces trois vins : les prix restent raisonnables pour le secteur. Pour les millésimes que j’ai dégusté, les prix de Château Meyney (Saint-Estèphe) vont de 25 à 40 euros selon le millésime, le plus cher étant le 2010 qui est devenu difficile à trouver en France. Le magnifique 2006, par exemple, ne vaut que 30 euros, ce que je pense être une excellente affaire; ce vin est du niveau d’un cru classé mais à des prix autrement plus abordables. Pour Grand Puy Ducasse, cru classé de Pauillac, la fourchette est de 35 à 50 euros, et pour La Tour de Mons, cru bourgeois de Margaux, elle se situe entre 15 et 25 euros. Vu ces prix et la dégustation que j’ai faite, Meyney en particulier représente une très bonne affaire en ce moment.

Les vins chateau-meyney-saint-estephe

Château Meyney

Je commencerai par Meyney car ce fut mon vin préféré des trois pour l’ensemble des millésimes dégustés. Le Château Meyney est l’une des plus anciennes propriétés du Médoc. En 1662, les propriétaires en étaient les Pères Feuillants, artisans des premières plantations. Aujourd’hui, le vignoble de 51 hectares d’un seul tenant s’étend sur des croupes qui dominent la Gironde. Outre les graves qui composent le sol, on observe ici, comme à Petrus, une veine d’argile bleue en sous-sol, à environ 2,6 m de profondeur sur quelques 3 m d’épaisseur. CA Grands Crus a racheté la propriété en 2004 et Hubert de Boüard en est l’œnologue conseil.

Je sais bien que les notes ne sont pas une panacée mais elle me semblent très utiles pour juger de la qualité relative d’un vin dans un contexte donné et, dans ce cas, tous ces vins sont comparables car venant de la même région et utilisant les mêmes cépages. Ma note moyenne pour les 10 millésimes dégustés de Meyney était de 16,9/20, ce qui est très élevé, surtout compte tenu du fait que deux millésimes dits « faibles » (2007 et 2013) faisaient partie de la série.

Château Meyney 2006

Nez resplendissant, très expressif et d’une intensité de fruit assez exceptionnel pour un vin de 10 ans. Cela se confirme en bouche, donnant un vin riche, raisonnablement charnu et éclatant de vie. Très beau vin d’une grande finesse et qui donne un plaisir immédiat maintenant. (18,5/20)

Château Meyney 2007

Le nez est assez torréfié et les tanins semblent denses pour un millésime relativement léger. Du coup ils tendent à assécher un peu le palais en fin de bouche. Mais pas de trace de saveurs végétales. (15/20)

Château Meyney 2008

Ce millésime fait partie de ceux qui se trouvent, et depuis un moment, en phase austère, voire fermée – et ce vin ne fait pas exception à la règle. jugeons-le plutôt sur sa belle charpente et sa longueur prometteuse. Certainement à attendre encore un bout de temps. (16/20)

Château Meyney 2009

A côté d’autres vins de la région dans ce millésime un peu atypique par son exubérance, celui-ci se la joue droit et fin. Il contient néanmoins une belle richesse de matière qui donne une texture charnue et une grande longueur. (17/20)

Château Meyney 2010

Comme bon nombre de vins de ce très grand millésime, celui-ci est en train de se fermer. Mais on sent une très belle fraîcheur qui s’accompagne de beaucoup d’intensité dans les saveurs. La longueur impressionnante annonce un très grand classique. (18,5/20)

Château Meyney 2011

La structure est ferme et ce vin semble aussi dans une phase austère. Bonne précision dans les saveurs, même si cela semble un peu mâché pour l’instant. (15,5/20)

Château Meyney 2012

Une vrai réussite que ce vin fin, précis et long en bouche. J’ai beaucoup aimé son équilibre quasi-parfait entre tanins et fruit. (17/20)

Château Meyney 2013

Un bien joli vin dans un millésime difficile. Précis et fruité, assez soupe et agréable dès maintenant. (16/20)

Château Meyney 2014

Encore une fois la qualité du fruit ressort. La matière a clairement plus de potentiel que pour le 2013, et, logiquement, l’extraction est plus importante. Du coup le fruité exalté est souligné par une belle structure et prolongé par une excellente longueur. (17,5/20)

Château Meyney 2015

Encore plus d’intensité que le 2014. Il faudra attendre la mise en bouteille définitive mais ce vin est très prometteur, complet et long. (18,5/20 : note provisoire)

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Château Grand Puy Ducasse

Les 40 hectares du vignoble de ce Grand Cru Classé sont répartis sur trois grandes parcelles dans l’aire de Pauillac. On doit cette configuration originale à son fondateur, Pierre Ducasse, qui a rassemblé sous un même nom ce vignoble au XVIIIème siècle. Fait unique parmi les crus classés de cette appellation, les bâtiments, dont la belle maison 18ème, se trouvent dans la ville de Pauillac et regardent l’estuaire à travers la rue qui longe les quais (voir photo). Il appartient à CA Grands Crus depuis 2004 et Hubert de Boüard en est l’œnologue conseil, comme à Meyney.

Château Grand Puy Ducasse 2006

J’ai été gêné par une pointe d’amertume en finale ainsi que par un profil sec et anguleux de ce vin. Ce n’est pas un mauvais vin, mais il est loin de la qualité de Meyney dans ce millésime. (15/20)

Château Grand Puy Ducasse 2007

Joli fruité et un vin assez complet qui me semble bien réussi dans ce millésime. (15,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2008

A toute l’austérité qui est si typique de ce millésime; A attendre impérativement car peu de plaisir pour l’instant. (14,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2009

Le profile atypique est chaleureux de l’année l’aide beaucoup par rapport aux trois millésimes précédents. Long et intense, bien fruité, mais avec juste une pointe d’alcool en finale et une petite touche d’amertume dans les tanins. (16/20)

Château Grand Puy Ducasse 2010

Vin aussi intense que complet. Très belle équilibre entre fruité, acidité et structure tannique. Aussi beau que long. Facilement le meilleur millésime de ce château dans cette série. (17,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2011

Très bon aussi, dans un millésime qui n’a guère attiré des louanges pourtant. J’aime aussi son équilibre qui repose en partie sur un refus de trop extraire. (16/20)

Château Grand Puy Ducasse 2012

Le bois domine trop le nez pour le moment, et la matière me semble anguleuse avec une finale très sèche. Préférez le 2011 ! (14/20)

Château Grand Puy Ducasse 2013

Bien plus harmonieux au nez que le 2013. Vin juteux et frais, donnant encore une réussite dans un millésime pas évident. (15,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2014

Le fond est puissant mais il embarque avec lui un très joli fruité et des tanins murs. Très bon équilibre. (16,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2015

On sent davantage de densité qu’avec les autres millésimes sauf le 2010. Mais il est austère pour l’instant et les tanins finissent un peu sec. A voir plus tard (pas noté car je suis incapable de le juger à ce stade).

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Château La Tour de Mons

Les 48 hectares du vignoble de ce Cru Bourgeois sont répartis dans la partie Nord de l’Appellation Margaux, sur les bords de la Garonne. Le vignoble est planté ainsi: 56% merlot, 38% cabernet sauvignon, 6% petit verdot. Le domaine est administré par CA Grands Crus depuis 2012 seulement, donc seuls les 4 derniers millésimes dégustés ont été réalisés sous sa responsabilité. L’œnologue conseil est Eric Boissenot.

Château La Tour de Mons 2006

Un joli nez fumé et un palais intense mais trop austère. Finit sèchement. (13,5/20)

Château La Tour de Mons 2007

Plus souple, ce qui donne un vin agréable qui exprime un fruité arrondi dans ce millésime peu côté (14/20)

Château La Tour de Mons 2008

Plus complet que le 2006, mais il garde le profil austère typique de l’année. (14/20)

Château La Tour de Mons 2009

Le richesse de ce millésime lui fait du bien. Il n’abandonne pas son carapace austère mais il a plus de fruit et une belle longueur. (14,5/20)

Château La Tour de Mons 2010

Le nez est fin et les arômes sont empreints d’élégance. Si la structure reste ferme à ce stade, l’équilibre est là. Un bon vin. (15/20)

Château La Tour de Mons 2011

Je découvre un peu ce millésime dont on parle si peu et je trouve encore un très joli vin avec un fruité joyeux, de la finesse et une belle structure qui joue les prolongations. (15,5/20)

Château La Tour de Mons 2012

Peut-être est-il en phase de fermeture mais ce millésime me parait serré et assez austère, bien que les saveurs aient une bonne précision et que les tannins soient fins. (15/20 ?)

Château La Tour de Mons 2013

Vin plus claire, dont l’extraction a été allégée à juste titre. C’est une réussite dans ce millésime. (14/20)

Château La Tour de Mons 2014

Un très joli vin, avec un beau fruité et des tanins raisonnables, donc en phase avec la matière. (15/20)

Château La Tour de Mons 2015

Le potentiel est bien là, avec de l’intensité, beaucoup de fraîcheur et une bonne longueur. (16/20)

 

Conclusion

Trois domaines manifestement très bien gérés et dont les progrès, en matière de précision et de finesse, m’ont semblé évident sur les derniers millésimes.

Cerise sur le gâteau : les prix sont très abordables pour leurs catégories respectives.

 

David


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Collioure et Banyuls, c’est la fête (1/2)

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Non, je ne dis pas que c’est la fête tout le temps dans ces terres de vigne et de garrigue si dures, si pentues, baignées par la mer en bas mais secouées par le vent partout, où le soleil comme la sécheresse peuvent être aussi impitoyables que les pentes et les pierres. Ni que ces vins, qui le méritent pourtant, soient sollicités par consommateurs, revendeurs ou importateurs du monde entier au point que les producteurs ne sachent plus comment répartir leurs flacons.

Mais, une fois par an, la petit ville de Banyuls, qui compte moins de 5.000 habitants, organise une fête des vendanges formidable qui est une ode à la vigne, au vin et au partage et qui est remarquable pour plusieurs raisons. Je crois bien que j’en ai déjà parlé ici, il y a quelques années, mais je vais redire mon admiration pour cet événement aussi populaire qu’exemplaire dans sa tenue. Bandas et bikers, élus et bourgeois, commerçants et artisans, vignerons et consommateurs, jeunes et vieux se côtoient paisiblement dans un joyeux bordel qui trouve naturellement son modus vivendi  sur une plage de sable gris et galets remplie de 15.000 humains de tous âges et de toutes tenues rassemblés pour fêter le vin, en mangeant et en buvant ensemble. Cela se passe un dimanche d’octobre chaque année depuis 21 ans. Que les ayatollahs du sans-joie passent leur chemin et se taisent. C’est la vie et vous n’allez pas l’arrêter.

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On m’a fait l’honneur cette année d’être le parrain de cet événement. Je ne sais pas trop pourquoi et je ne me sens pas obligé d’en parler pour autant. Mais cette affaire me touche profondément. Je voulais aussi donner à ce déplacement un manteau de respectabilité en demandant à l’inter-profession de m’organiser, le vendredi avant le weekend de la fête, une large dégustation des vins de la zone : ce qui fut fait et dans les règles de l’art, c’est à dire à l’aveugle, dans de bonnes conditions et avec des vins bien répartis par type et à bonne température. Qu’Isabelle Blin-Moly en soit ici remerciée.

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Place aux vins!

Maintenant, place aux vins! On le sait peut-être, mais les appellations Collioure et Banyuls recouvrent la même zone, la première pour des vins secs des trois couleurs et l’autre pour des vins mutés de presque tous les types et couleurs. Les vins dégustés étaient issus de deux types de vins secs (Collioure blanc et Collioure rouge), puis de trois types de vins mutés (Banyuls Rimage, Banyuls Traditionnel et Banyuls Grand Cru). L’aire de l’appellation si situe entre mer et montagne, autour des villes portuaires de Banyuls, Cerbère, Collioure et Port Vendres, le long de la côte rocheuse. Cette semaine je vous parlerai uniquement des vins secs, donc de l’appellation Collioure. La semaine prochaine sera consacré aux vins mutés, aux différents types de Banyuls, donc.

L’ordre de mes vins préférés n’indique aucune hiérarchie, mais simplement l’ordre de la dégustation. Et je n’ai sélectionné que ceux qui me semblait émerger au-dessus des autres. Si jamais vous vous étonnez du nombre de vins produits par Terre des Templiers dans cette sélection, il faut savoir que cette cave coopérative vinifie environ trois quarts des raisins des deux appellations, et travaille très bien aussi. La dégustation était totalement à l’aveugle, bien entendu, et n’étaient présents que les échantillons que les producteurs ont bien voulu envoyer.

Collioure blanc (19 vins dégustés) : mes 4 vins préférés

Domaine de la Casa Blanca 2015

Grenache gris et Grenache blanc à parts égales, fûts et cuves à parts égales (Prix public : 20,00 euros)

Allègre et fin, ce vin délié masque au premier abord une très belle longueur que est accompagné de beaucoup de fraîcheur. L’expression est aussi directe que nette et l’équilibre est une réussite.

Terre des Templiers, Les Schistes de Valbonne 2015

Grenache gris 65%, Grenache blanc 15%, le reste étant composé de Marsanne, Roussanne et Vermentino. Fermentation de 2/3 du volume en demi-muids de chêne neuf et d’un vin. (Prix public : 15,80 euros)

Un vin relativement complexe, long et harmonieux dont la belle intensité termine sur une note plus ferme et apporte beaucoup de longueur. Très beau vin à ce niveau de prix.

Domaine Madeloc, Penya 2015

Grenache gris 70%, Vermentino 30%, en barriques pendant 15 mois (Prix public : 23 euros).

Je ne sais pas si cela est en partie attribuable à ce flacon (et donc au bouchon qui ne fait pas bien son travail) mais le nez m’a paru assez oxydatif. Le vin a une très belle richesse en bouche en revanche. Il m’a semblé du coup aller vers une position intermédiaire avec les vins mutés et oxydés. Intéressant dans un style à part.

Terre des Templiers, Premium 2015

Grenache gris 100%, sur lies fines et sous bois, pièces ouillées et bâtonnées (Prix public : 30,80).

Nez splendide, d’une grande précision avec de la finesse. La même chose en bouche. Un vin aussi complexe que précis, long et salivant, vraiment excellent. Le prix est élevé mais justifié

 

Collioure Rouge (31 vins dégustés) : mes 7 vins préférés

Terre des Templiers, Terres des Oms 2015

Grenache noir 50%, Carignan 35%, Mourvèdre 15%, vinification en cuve (Prix public : 20,50 euros).

Vin assez dense et charnu mais dont l’intensité produit aussi de la longueur en bouche. Un très bon vin qu’il vaut mieux attendre 2 ou 3 ans.

Terre des Templiers, Premium 2015

Syrah 30%, Mourvèdre 30%, Grenache Noir 30%, Carignan 10%, en fûts de chêne neufs et d’un vin pour 70% de l’assemblage, travail des lies. (Prix public : 30 euros)

Nez harmonieux. Vin alerte et juteux en bouche avec une belle fraîcheur. Les tannins émargent ensuite mais l’équilibre est bien là. Je pensais, à l’aveugle que s’agissait du même producteur que le dernier blanc de ma sélection : bonne pioche !

Domaine de Traginer, cuvée d’Octobre 2014

Grenache 25%, Carignan 25%, Mourvèdre 25%, Syrah 25%, en barrique pendant 14 mois (Prix public : 20,00 euros)

Intense et presque noir, à l’œil comme au nez. En bouche aussi juteux que rond, avec une qualité de fruit resplendissante. Un vin intense mais frais, succulent sur toute la ligne. J’aime beaucoup ce style.

Clos Saint Sébastien, Inspiration Marine 2015

Grenache noir 90%, Mourvèdre 10%, pré-fermentation à froid, macération pendant 4 semaines puis élevage pendant un an en foudres. (Prix public : 25,00 euros).

Un vin intense, structuré et tannique dans une style austère qui nécessitera de la garde. Belle longueur pour ce beau vin impressionnant.

Clos Saint Sébastien, Inspiration Céleste 2014

Grenache noir 90%, Mourvèdre 10%, pré-fermentation ç froid, macération pendant 4 semaines puis élevage pendant un an en foudres. (Prix public : 25,00 euros)

Deuxième vin sélectionné de ce même producteur, au même prix et avec une vinification proche. Dans le millésime précédent, et avec une autre cuvée, le registre est similaire mais avec peut-être encore plus d’austérité dans le style. Un beau vin qui nécessitera quelques années de garde.

Terre des Templiers, Prestige 2014

Syrah 65%, Grenache Noir 15%, Carignan 15%, Mourvèdre 5%, macération pré-fermentaire à froid, macération de 30 jours, futs neufs et travail sur lies. (Prix public : 35,50 euros)

Peut-être le plus beau vin de cette série de Collioure rouge. Le nez est très typé syrah. Une qualité de fruit magnifique et beaucoup d’intensité, comme de la longueur. Il faudra l’attendre un peu mais tout est là.

Domaine Madeloc, Crestall 2013

Mourvèdre 50%, Syrah 50%, macération pré-fermentaire à froid, vinification en inox et extraction douce, élevage pendant 18 mois en barriques neuves. (Prix public : 23,00 euros).

Un vin lisse et élégant. Sa texture soyeuse et son harmonie globale font très plaisir. L’intensité est là et la longueur en bouche aussi. Très beau vin à un prix raisonnable pour cette qualité.

David

Et à la semaine prochaine pour les Banyuls….