Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Comment survivre à un concours de vin ?

Il y a des gens qui dénigrent, un peu trop facilement, les concours de vins, mais sans nécessairement comprendre leur utilité dans un marché de plus en plus encombré par une production qui s’élargit et se diversifie chaque année, tant au niveau des origines géographiques que par d’autres désignations. J’ai déjà évoqué ici mes sentiments sur les concours. A condition qu’il s’agisse de concours sérieusement menés, dans de bonnes conditions et avec des dégustateurs expérimentés (ce qui n’est pas toujours le cas, on le sait bien), je dirai que leur utilité tient à trois facteurs.

D’abord à guider, puis à accélérer la vente de vins médaillés dans des lieux ou le consommateur doit choisir par lui-même, ce qui constitue, malheureusement, la grande majorité de cas dans presque tous les marchés du monde. Puis, à faire connaître des vins de producteurs, régions ou pays qui ne sont pas ou peu connus. Enfin, à créer une forme d’émulation parmi des producteurs susceptibles à soumettre leurs vins à ces concours. Mais tout cela suppose évidemment une parfaite organisation, avec températures de service des vins, environnement et verrerie adaptés, règles claires de silence et d’anonymat, contrôle des résultats par une système statistique fiable, et, enfin, une charge de travail raisonnable pour les dégustateurs.

CMB

J’écris ces lignes du lieu où vient de s’achever un de ces concours, le 22ème édition du Concours Mondial de Bruxelles qui, comme son titre ne l’indique pas, ne s’est produit que deux fois à Bruxelles depuis ses débuts. L’édition 2015 a eu lieu dans la ville balnéaire italienne de Jesolo, qui se trouve sur la côte adriatique, près de Venise. Avec environ 300 dégustateurs, plus de 8000 vins à tester sur trois jours (on ne déguste que le matin et avec un maximum de 50 vins par séance, subdivisés en séries homogènes qui peuvent comporter entre 7 et 16 vins), le choix d’un lieu pose quelques problèmes aux organisateurs. Le parti-pris de ce concours est de se tenir toujours, sauf exception, dans une région viticole, ce qui limite encore les options. Il faut transporter, loger et nourrir tout ce beau monde, assurer un lieu adéquat pour les séances et le stockage, préparation et mise à température des vins, puis organiser des excursions dans les vignobles aux alentours les trois après-midis.

 testata-home-jesoloDes vacances à Jesolo ? Pas exactement ma tasse de thé

J’avoue, bien que je comprenne parfaitement les contraintes mentionnées, que Jesolo n’est pas un lieu que j’aurai choisi personnellement. Si vous ne le connaissez pas, et si vous n’aimez ni Deauville ni Palavas-les-Flots, je vous le déconseille formellement. Il y a de beaux endroits dans le Veneto, mais Jesolo n’en fait pas partie. Imaginez Palavas-les-Flots  (par exemple) x 5 ou x 6, avec une dose de Deauville pour la frime et le clinquant dans certaines parties de ce long ruban de béton triste, hôtels et appartements confondus. Des milliers de boutiques vendent des tonnes de choses inutiles, la plupart moche. La plage, longue d’une bonne dizaine de kilomètres, est l’atout principal qui attire des foules d’hommes et de femmes sardines, ainsi que le fait d’être, justement, en foule. Elle est propre mais souvent encombrée par des rangs serrés de chaises-longues et de parasols, sans parler des crottes de toutous que les italiens rechignent à ramasser. Oui, il vaut mieux mettre ses aspirations esthétiques dans un sac bien ficelé pendant son séjour, mais, après tout, on est là pour travailler pour la cause du vin, à sa modeste manière. Et un après-midi à Venise, et deux sorties dans les vignobles de Prosecco et de Soave étaient là aussi pour ceux qui voulaient ou pouvaient y participer.

Revenons à ce concours, à son modèle économique et à la question des médailles. Je ne connais pas les détails du bilan de ce concours en particulier. Il s’agit évidemment d’une entreprise qui ne peut survivre qu’en gagnant suffisamment d’argent pour payer ses salariés et les frais conséquents d’une telle organisation annuelle. Rien de répréhensible là-dedans. Les sources de revenus sont connus dans les grandes lignes : les sponsors, locaux ou internationaux, permanents ou ponctuels ; les sommes cumulées de ce qui est payé par les producteurs des échantillons soumis ; enfin la vente de médailles autocollants pour les vins ayant obtenus cette récompense. Et quand on voit de près l’organisation impliqué par cette logistique, on peut dire que la somme par échantillon n’est pas déraisonnable. Les dégustateurs ne sont pas payés au Concours Mondial de Bruxelles, et cela je le regrette. Très peu de concours semblent être assez bien dotés pour rémunérer les professionnels qui y dégustent. Les grands concours anglais, Decanter ou IWSC, font partie de ceux-là. Les montants versés ne sont pas énormes (de l’ordre de 100 ou 150 d’euros par jour je crois), mais cette somme symbolique me semble une forme de justice pour le travail rendu, car il est ardu de rester concentré et de tenter d’être juste dans ses jugements pendant 4 heures par jour. Et on donne largement 4 jours de son temps pour y participer, déplacements compris.

Les concours reconnus internationalement n’ont pas le droit d’attribuer des médailles à plus d’un tiers des échantillons soumis. Ensuite, les bons concours doivent œuvrer toute l’année pour tenter de contrôler les vins mis en marché avec leurs médailles affichés afin de s’assurer qu’il s’agit bien de la même cuvée. Ce n’est pas si évident quand on connait la dispersion géographique des marchés. Pour revenir à mon cas personnel et à ce concours en particulier, je constate que j’étais, sur les trois jours, un peu plus généreux que cela en attribuant des notes qui pouvaient, prises seules, donner des médailles à 36% des 150 vins dégustés. Mais il n’y a aucune chance que le résultat final pour ces séries de vins coïncide avec mes jugements personnels. D’abord parce que je faisais partie d’un jury de 6 membres et que j’ignore quelles étaient leurs notations, sauf de temps en temps pour voir à quel point nous étions d’accord (ou pas) sur un vin. Puis parce que l’organisation prévoit des contrôles, à la fois par analyse statistique sur des notations parfois aberrantes (une fatigue momentanée arrive à tous), et aussi en présentant, parfois, la même série de vins à deux jurés différents sans que ceux-ci ne soient au courant. Il faut rajouter que la composition de chaque jury est pensé afin d’assurer une bonne diversité des origines, comme des métiers des dégustateurs. Dans le mien, on comptait une française (journaliste/formatrice), un brésilien (oenologue), un italien (oenologue), une bulgare (acheteuse), un suédois (journaliste) et votre serviteur (britannique). Cette diversité peut causer des visions différentes sur certains types de vins, mais je pense que c’est aussi une source de contrôle des excès de jugements personnels.

Quels sont les vins que mon jury a dû juger ? Parmi les provenances, cette année figuraient le Chili (sauvignon blanc), la vallée du Rhône, la Champagne, la Rioja, le Chianti, le Veneto,  la Sicile (grillo) et Rueda (verdejo). On ne sait jamais l’origine (ni cépage, ni région/appellation, ni pays) des séries dégustés : juste le type (blanc sec, rouge sec, effervescent, etc. Evidemment les bouteilles sont masquées et identifié par des numéros de série qui doivent être vérifié par le responsable de chaque table, qui doit également contrôler que l’échantillon n’est pas bouchonné. J’avais cette charge cette année, comme depuis trois ans. J’ai tenu des statistiques sur la proportion de vins bouchonnés ou altérés par un bouchon ne remplissant pas sa fonction (oxydation prématurée d’un flacon), cette année, et le chiffre frise 3%, un peu plus si je soustrais les vins fermés par une capsule à vis du total. Pour le TCA du au bouchon seul mon chiffre est de 1,7%. C’est toujours inacceptable selon moi. Je signale qu’Amorim est un des sponsors de ce concours.

Comment étaient les vins? Forcément très variables, comme dans n’importe presque quelle série. Il est bon de rappeler qu’une médaille d’argent doit, dans son esprit, correspondre à un vin libre de défauts, bien équilibré et agréable, tandis qu’un vin ne mérite une médaille d’or que s’il possède, en plus, finesse et une bonne intensité d’expression. Le catégorie suprême est celle de « Grand Gold » qui doit être réservée à des vins considérés comme exceptionnels. Je n’ai accordé ce niveau qu’à 2 vins sur les trois jours (sur un ensemble de 150 vins).

plovdiv-bulgarije-maartPlovdiv, en Bulgarie, sera le siège de la prochaine édition du CMB. Ouf !

Alors comment survivre dans tout cela ? J’avais du mal me première année à m’adapter aux grilles de notation que je trouvais trop rigides and limitants, étant habitué à étendre ma prose descriptive mais certainement trop personnelle et inapplicable dans une telle situation. Mais je m’y suis fait et, pour finir, je trouve que c’est assez bien fait. Cela permet bien de relativiser un vin par rapport à un autre du même type. Et la dernière ligne de notation, dotée d’un coefficient élevé, autorise l’injection d’une appréciation plus individuelle quant à la qualité globale du vin. Notre jury avait des écarts de notation que je peux qualifier de sains (entre 80 et 87/100 par exemple) sur un même vin lorsque j’en ai effectué des contrôles. Mais rien n’indique que ce fut toujours le cas et je suis contre une volonté de faire converger les avis de toute façon. Cela tombe bien, car cela ne fait pas partie des consignes de ce concours. On survit en faisant simplement le travail demandé. C’est fatigant par moment, bien entendu. Mais il y a un bel état d’esprit, en tout cas dans les groupes que j’ai eu à conduire. Et on peut aussi éviter les longues sorties en car ou des promenades à Palavas-les-Flots et lire un bon livre dans sa chambre ou travailler à d’autres projets si on le veut les après-midi et soirs. Puis j’ai trouvé un bar à vins agréable aussi.

Enfin nous venons d’apprendre que l’édition 2016 de ce concours aura lieu dans la ville bulgare de Plovdiv, une vrai ville historique avec une architecture plein d’intérêt, entouré de montagnes et, je l’espère, de vignobles. L’espoir et l’anticipation fait vivre. La vie n’est pas si compliquée pour finir.

 David 

 


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Les intégristes m’emmerdent!

Extrait d’une lettre d’Olivier De Moor à Michel Bettane, publiée récemment sur le blog de Jacques Berthomeau.

« J’ai été flatté de pouvoir figurer dans le guide Bettane et Dessauve suite à votre venue l’an passé. Après 20 ans de travail à notre propre compte. J’ai apprécié le temps consacré comme la précision que vous mettiez à écouter la façon que nous avons choisi pour faire nos vins.

 Cette année, je viens de lire que votre travail change et que faute de temps, ce que je comprends, vous réalisez votre dégustation, et votre sélection, après échantillonnage et collecte des bouteilles du 2013 au BIVB de Chablis.

 Je ne donnerai pas de bouteille au BIVB de Chablis, comme l’an passé je n’ai pas donné de bouteilles au BIVB pour le nouveau dégustateur du Wine Advocate en charge de la région, M. Neil Martin pour une dégustation similaire.

On peut considérer en effet que le vin parle par lui-même, et qu’il reflète le travail qui lui a donné naissance. Cette idée je l’espère. Mais elle reste à relativiser. Le vin au-delà de toute l’envie que nous lui transmettons demeure dans notre cas un produit vivant. Dépendant de sa propre humeur.

Plus important encore, je peux intégrer  ces variations, et son évolution normale que j’accepte en faisant déguster au domaine, en salon, mais je n’accepte plus de voir comparés nos vins à d’autres qui n’aient pas été fait dans la même éthique, et la même honnêteté. Vous pouvez considérer cette revendication comme incongrue; malheureusement elle ne l’est pas compte tenu des questions surtout environnementales.

 Je me permets de considérer que le vin doit autant être jugé sur son résultat que sur celui qui a conduit à le faire.

Je sais que M. Bettane aime beaucoup les Chablis. J’aime autant ma région que je maudis certaines pratiques. Je ne peux pas en conséquence, mettre nos vins au milieu d’une « compétition » à l’aveugle, sans règle du jeu. Je pense que cela avilie l’ensemble et finalement par mon choix je veux donner une chance à des pratiques plus vertueuses. »

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NIMBY

Il y a beaucoup de choses à dire en réponse à une telle prise de position, qui me semble avoir un petit côté « Not in My Back Yard« , alias NIMBY (voir ci-dessus quelques variantes de cet acronyme anglais, un syndrome de plus en plus courant).

La forme de la lettre de M. De Moor est polie et respectueuse. Mais le fond est incohérent et totalement inacceptable. Je reviendrais sur les incohérences de son argumentaire; mais ce qui est inacceptable, aussi bien pour un consommateur que pour un intermédiaire tel qu’un journaliste du vin, c’est le refus d’un producteur de voir ses vins comparés avec ceux d’autres vignerons, dans des conditions neutres et identiques pour tous.

nimby

Et si on inversait les rôles?  Quelle serait la réaction de mes lecteurs si je refusais de déguster les vins de tel ou tel producteur parce que je ne suis pas d’accord avec ses méthodes de culture, par exemple?

Personnellement, je suis totalement contre toute ségrégation entre les vins, contre tous les clans. Ainsi,  je ne fréquente pas les salons exclusivement dédiés au vin biologique, par exemple. Mais tous les vins méritent d’être dégustés et  je ne refuserai jamais de déguster un vin parce que son producteur adopte les principes de Rudolf Steiner, même si j’ai très peu d’estime pour ce personnage aux relents racistes et anti-alcool.

Il faut dire que ce genre de refus de se soumettre à la comparaison par une dégustation à l’aveugle n’est pas un cas unique. Les premiers crus classés de Bordeaux le pratiquent depuis longtemps. Cela fait des années que je ne participe plus au grand cirque annuel des « Primeurs » à Bordeaux, mais déjà en 2006, qui fut ma dernière année de participation, quelques autres châteaux nous obligeaient à circuler inutilement sur les routes si on voulait déguster leurs échantillons et donc, par là, se soustraire à toute comparaison directe avec les vins de leurs pairs, tout en nous conditionnant par un environnement choisi et leur discours de circonstance. Je refusais cela à cette époque et donc ne parlais pas de ces vins-là. Faire le contraire serait, selon moi, une manière de cautionner cette pratique et de rendre à terme notre travail impossible. J’y reviendrai aussi.

En Bourgogne il en va de même pour des raisons différentes : la demande pour la production de certains domaines dépassant de très loin l’offre, il est devenu inutile pour ces heureux producteurs de fournir des échantillons à la presse ou aux éditeurs de guides. Il y a des exceptions, et ces gens-là sont à féliciter pour leur humilité et leur diligence. Ils jouent le jeu d’une manière exemplaire. Dans d’autres régions ont trouve aussi, ici ou là, des producteurs qui jouent les vierges effarés comme ce Chablisien : des « pas de ça chez nous » qui deviennent même des « pas de ça autour de chez nous ».

La posture qui nous concerne ici semble relever d’un cas de figure particulier. De Moor refuse de voir ses vins comparés à d’autres qui ne seraient pas (tous, une partie…? il ne le précise pas) produits selon la même approche agricole que la sienne (on imagine qu’il s’agit d’une variante de la mouvance bio). Je me souviens avoir déjà chroniqué sur le cas d’un producteur (aussi « bio », faut-il le rappeler) qui ne voulait pas que ses vins soient vendus à côté de vins non-bio dans des magasins ! Sectaire, vous avez dit sectaire?

Holier than thou

Qu’un producteur se soucie de l’environnement et d’une éthique qu’il conçoit comme étant indispensable aussi bien à sa propre vie qu’à l’identité de ses produits est évidemment respectable. Je dirai même que c’est vital. Mais qu’il se permette d’apporter un jugement globalisant et sans nuances sur l’ensemble de ses collègues d’appellation me semble très discutable. Cela relève de l’arrogance et d’une attitude que nous qualifions, dans mon pays d’origine, de « holier than thou » (plus catholique que le Pape, en bon français). Car nous sommes, à ne pas douter, dans le domaine de la croyance et d’un refus des différences. Je n’ai pas de sympathie pour des gens qui polluent massivement et qui se moquent d’une certaine éthique de production de produits agricoles, mais jeter l’anathème sur toute approche un tant soit peu différente de la sienne me semble joindre l’ignorance à l’intolérance. Et qui dit que tous les producteurs de Chablis qui acceptent d’envoyer des échantillons au BIVB pour des dégustations sont des vilains pollueurs qui vident des tonnes de désherbants sur leurs terres ?

 bagnoleAllons-y pour des visites de chaque domaine viticole en bagnole afin de nous rendre compte de leur « intégrité » et de commenter, et toute indépendance, de la qualité de leurs vins ! Cela va faire gagner le bilan carbone je pense.

Mais la lettre de M. De Moor pose un autre problème majeur . Si tous les producteurs de vin se comportaient de la sorte, le travail des journalistes/critiques/dégustateurs deviendrait totalement impossible ou, du moins, beaucoup plus coûteux et nettement moins honnête envers leur lecteurs. Car on ne peut pas douter qu’un vin doit se juger, avant tout, par ses qualités organoleptiques, et que la dégustation à l’aveugle est la meilleure manière de soustraire toute influence externe à ce travail d’analyse. Refuser une comparaison avec les produits de ses pairs signifie refuser le jeu de la concurrence, quel que soit le prétexte évoqué. C’est un refus de combat qui équivaut à une sorte de désertion. Je suis d’accord, bien évidemment, que la dégustation comparative n’est pas une science, qu’il s’agit bien d’une opinion à un moment donné par une ou plusieurs personnes et qu’il y a des aléas qui peuvent faire que tel ou tel vin soit moins bien jugé (ou l’inverse !) qu’il ne le mériterait lors d’une séance. Mais est-ce que cela veut dire qu’on ne peut faire aucune confiance à des gens qui dégustent des milliers de vin chaque année depuis longtemps, et qui en rendent compte avec honnêteté et un certain savoir-faire ? Et quelle est l’alternative ? Une série de portraits de vignerons, avec description de leur approche, incluant un compte-rendu de dégustation dans un cadre choisi par eux? Et le temps passé à visiter 20, 50, 100 ou parfois bien davantage de producteurs d’une appellation, on y pense ? C’est bien entendu hors de question pour nous, sur un simple plan économique. Et c’est aussi une curieuse contradiction de la part de quelqu’un censé se soucier d’écologie que d’encourager par son attitude égoïste un inutile gaspillage d’énergies fossiles et ainsi accroître la pollution !

M. De Moor nous dit tout de même qu’il consent à nous faire déguster ses produits lors de certains salons. Il est gentil, mais lesquels, où et quand? Et est-ce que nous pouvons y travailler sans avoir à jouer des coudes et à piétiner pendant des heures pour arriver à son stand bondé ? De toute façon, nous apporterons avec nous nos expériences passées de sa production, qu’elles soient positives ou négatives, ce qui constitue une sorte de filtre, de crible en contradiction avec la recherche d’objectivité qui doit nous animer.

Je ne crois pas que cela soit réaliste, et je suis convaincu qu’une telle approche nous empêcherait de révéler au public bon nombre de nouveaux talents.

A ce propos, j’ai le souvenir d’avoir découvert (et apprécié) les vins de M. De Moor lors d’une dégustation à l’aveugle au BIVB à Chablis, portant sur le millésime 1996 !

David Cobbold


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Voyage en Styrie (3/3)

Après une interlude pour évoquer les gros méfaits du bouchon en liège massif, je retourne avec plaisir sur mes pas en Styrie, cette partie sud-est de l’Autriche qui produit (c’est mon avis et je le partage, selon le titre d’un bouquin d’André Santini !) parmi les plus beaux sauvignons blancs du monde. Le style n’est ni celui de la Nouvelle Zélande, hyper aromatique et parfois un peu stéréotypé dans cette moule thiolée, ni celui, plus retreint et parfois un brin sévère, du Centre Loire. Une texture suave et une certaine séduction aromatique sont bien là, mais on est plus proche des meilleurs sancerres et pouilly-fumés que des modèles extrêmes du Nouveau Monde qu’adore notre Marco. Après, comme toujours, c’est chaque vigneron qui forge son style, car le climat, c’est à dire le terroir, est globalement identique sur toute la région, à quelques nuances près. L’exposition des parcelles, en revanche, peut jouer un rôle essentiel en modifiant le méso-climat.

Erwin_Sabathi_Pössnitzberg Cette vue sur la Grosslage Possniztberg d’Erwin Sabathi illustre bien la topographie et disposition ondulante sud-est/sud/sud-ouest des meilleurs vignobles de Styrie (photo Sabathi)

Le lien avec mon sujet de la semaine dernière est le fait que 9 des producteurs sur les 10 que j’ai visité en deux jours et demie n’utilisent plus du tout le liège pour fermer leurs flacons : c’est soit la capsule à vis, soit le vinoloc (bouchon en verre). No bullshit with bloody corks pourrait être leur slogan, et ils vont au bout en mettant toute leur gamme, y compris les grands crus, sous capsule ou sous bouchon en verre.  Seul ombre à ce tableau,  Neumeister, au demeurent un des bons producteurs de ma tournée, avait un vin bouchonné dans la série des 66 sauvignons que j’ai dégusté à l’aveugle ! J’espère qu’il ne restera pas longtemps attaché au liège car Christoph Neumeister me semble être un garçon très pragmatique et ouvert.

Après Gross et Wolfgang Maitz (mon deuxième article d’il y a deux semaines), je me suis rendu chez Hannes Sabathi (à ne pas confondre avec Erwin Sabathi, à voir plus loin). Sa plus grande parcelle, nommée Kranachberg, est maintenant plantée à 80% de sauvignon blanc, signe de l’engagement progressif des producteurs du coin envers ce cultivar. Les deux meilleurs vins de sauvignon blanc dégustés chez lui furent le Kranachberg 2013 (en échantillon avant mise), fermenté et élevé en foudres de 1500 litres, à l’acidité vive mais vibrante et avec une concentration impressionnante ; puis son Kranachberg Reserve 2006, encore austère mais très fin et long.

SattlerWilli Sattler devant chez lui (photo DC)

Sattlerhof est probablement, avec Tement, le producteur styrien le mieux connu en dehors de son pays natal. En tout cas j’ai rencontré ses vins dans plusieurs marchés. Il partage la parcelle Kranachberg avec Hannes Sabathi. Willi Sattler conduit sur les routes tortueuses autour du village de Gamlitz à une vitesse de rallyman tout en expliquant les nuances de son domaine. Il soutient que le sauvignon blanc est une variété au caractère de caméléon (et je suis d’accord avec cela). Les vignobles très pentus nécessitent entre 500 et 600 heurs de travail par an et, en raison de ces pentes, les vendanges coûtent environ 1,70 euros par kilo de raisin. J’ai trouvé la plupart de ses vins jeunes de sauvignon assez austères, peut-être un peu réduits. Mais son erste lage (premier cru) Sernauberg 2013 et le grosse lage Kranachberg 2010 sont des vins splendides, spécialement ce dernier qui est d’une grande complexité et possèdent des odeurs et saveurs de fruits exotiques d’une grande gourmandise. Curieux de connaître d’autres aspects de la production de ce domaine de référence j’ai aussi dégusté un magnifique chardonnay (on l’appelle morillon ici), le Pfarrweingarten 2007, qui ne fut mise en bouteille qu’en 2011 : finesse et grande ampleur, avec une très belle texture et une longueur admirable. Puis, pour finir, un Weissburgunder (Pinot Blanc) de la même parcelle et aussi du millésime 2007. ce vin a séjourné 7 ans en barriques dont 30% de barriques neuves mais il ne sent nullement le bois. Très long et un peu salin, délicat au toucher et vibrant par son acidité bien intégré. Des vins admirables !

Kranachberg_1Le Kranachberg, parcelle classé grosse lage, exploité en partie par Sattler (photo Sattlerhof)

Dans un autre secteur, le Weingut Lachner Tinnacher, d’origine ancienne à juger par les beaux bâtiments classiques, qui ont été modernisés intérieurement avec soin et goût comme partout ici, est maintenant dirigé par la fille de la famille, Katharina, diplômé en oenologie. Elle a converti son vignoble en bio et produit des vins intéressants, précis et élégants, assez tactiles mais avec, pour certains vins, une pointe herbacé et d’amertume qui m’a un peu gêné : de bons vins mais pas encore au sommet pour la région à mon avis. Ce sont des vins qui auront probablement besoin d’un peu de temps. Cela dit, je sent que ce domaine serait sur une pente ascendante, car son vin « de base » dans l’hiérarchie STK, le Steierische Klassik 2013 a obtenu ma meilleur note (15/20) dans sa série lors de la dégustation à l’aveugle, grâce à son nez ample et tendre, sa jolie texture soyeuse et ses saveurs gourmandes de fruits à noyau finissantes sur une belle longueur vibrante. ses vins sont importés en France par Valade et Tansandine.

Katherina TinnacherKatharina Tinnacher vinifie maintenant les vins de son domaine familial (photo DC)

Erwin Sabathi est un autre fou du volant, et vit manifestement à 100 à l’heure. Il travaille en famille avec ses frères, et ils ont construit un winery exemplaire de modernité et d’efficacité en face de la maison familiale. C’est un des points qui m’a impressionné dans cette région : la capacité d’innover en vin comme en architecture, tout en gardant une continuité avec le fil de cette région. Les vins d’Erwin Sabathi sont parmi les meilleurs que j’ai dégusté lors de ce voyage. Sur place j’ai commencé par une magnifique série de vins de chardonnay/morillon : Pössnitzberg 2013 et Pössnitzberg Alte Reben (vielles vignes) 2013, suivi par le même vin en 2012. Des vins intenses mais fins, ayant beaucoup d’ampleur sans sembler gras. Des vins qu’on pourra garder 5 ans si on est patient mais délicieux maintenant. On n’est pas loin du niveau des meilleurs bourgognes blancs avec de tels vins, mais ils restent bien plus abordables ! La série de sauvignon blancs dégusté chez lui ou, plus tard, dans la grande dégustation anonyme, sont d’une régularité et d’une qualité exemplaire. Je pense en avoir dégusté une demi-douzaine en tout, entre les villages, les premiers et grands crus, les cuvées de vielles vignes et les autres, dans trois millésimes successives. Mes notes pour tous ces vins vont de 14,5/20 à 16,5/20, avec aucune fausse note. Un chef d’orchestre remarquable avec des musiciens de qualité.

Cette première journée fut dense, avec 6 visites qui se sont bien enchaînées après un vol très matinal de Paris à Graz, via Vienne. Les lendemain sera un peu plus relax, avec deux visites le matin puis la grande dégustation à l’aveugle l’après-midi. Les choses sont bien organisées en Autriche !

PolzLes générations se succèdent chez Polz, mais les vins grandissent, gagnant en finesse et en longueur. Christoph Polz en fait la démonstration (photo DC)

Ma première visite du lendemain fut chez Erich & Walter Polz, dont le domaine jouxte celui des Tement. Encore un jeune fils qui a pris la relève de ce domaine qui totalise maintenant 70 hectares. Le fait que le vignoble Polz n’avait de 4 hectares il y a 25 ans symbolise la réussite aussi rapide que récente de la viticulture de qualité dans cette région. Les meilleurs parcelles s’appellent Grassenitzberg (erste lage) et Hochgrassnitzberg (grosslage). Le sauvignon blanc est le plus planté des cépages chez Polz, couvrant 50% des surfaces. J’ai commencé par déguster d’autres vins, dont un très bon méthode traditionnelle rosé fait à partir de zweigelt et de pinot noir du millésime 2010. Ce vin délicieux, très faiblement dosé mais issu de raisins murs, a une excellent qualité de fruit et une très bonne équilibre. Il se vend sur place au prix d’un bon champagne de vigneron, c’est à dire 17 euros la bouteille et la qualité est comparable. J’ai aussi dégusté une série de 3 chardonnays/morillons. Pour ces vins, comme pour d’autres, la tendance chez Polz est d’aller vers des récipients vinaires de 500 litres, en gardant une proportion de barriques aussi, mais l’approche est pragmatique, jamais systématique, sauf pour la fermeture des bouteilles, car 100% de la production est sous capsule à vis depuis 2007, et, selon Polz, c’est sa clientèle qui a décidé (une petit leçon ici pour nos chers français rétrogrades !).  La parcelle Obegg dans le millésime 2011 a produit un vin au nez magnifique, puissant avec beaucoup de fond et de complexité. En bouche on ressent un peu de chaleur et sa texture légèrement crayeuse le destine à accompagner de la nourriture plutôt qu’à être bu seul, du moins pour l’instant. Le Morillon 2007 de la même parcelle montre plus de présence de bois. C’est riche et intense, et on sent l’évolution stylistique vers plus de finesse opéré par la jeune garde en comparaison avec ce vin élaboré par son père. Le Morillon Grassnitzberg 2012 n’a utilisé que de grands récipients. C’est plus fin et précis, aux saveurs succulentes. Les parfums d’estragon et de tilleul dansent sur le palais autour d’un centre plus ferme. Finale très délicate et style admirable.

IMG_6619La pureté des vins chez Polz trouve un écho dans le décor de la devanture de leur salle de dégustation qui laisse passer la lumière à travers des piles de bouteilles blanches (photo DC)

Quant aux sauvignons blancs de Polz, j’a dégusté sur place un échantillon avant mise du grosse lage Hochgrassnitzberg 2013, avant toute filtration. 50% du volume provient d’un pressurage de grappes entières, tandis que le reste à subit une macération préfermentaire de 6 à 8 heures. Des levures locales ont opéré la fermentation dans des foudres de 1500 litres. Ni bâtonnage, ni sulfitage, ni soutirage n’a eu lieu pendant les 12 mois d’élevage de ce vin qui sera mis en bouteille en avril après filtration. Ce vin a une très belle texture, un nez puissant et un fruité en parfait équilibre avec le reste. Juteux, fin et long, c’est un vin admirable. Le prix ? Environ 25 euros. Un des tout meilleurs vins de sauvignon que j’ai dégusté mors de ce voyage a suivi. Le 2012 « Jubilee Edition » (son nom n’est pas définitif) a été élaboré pour célébrer le centenaire du domaine Polz. Il provient du grand cru Hochgrassnitzberg et d’une vigne en terrasses. La fermentation fut très lente puis le vin a passé 28 mois dans des tonneaux de 500 litres, sans intervention. La qualité du fuit est exceptionnel et l’équilibre m’a semblé idéal pour un sauvignon blanc. Plein de fraîcheur, séduisant et complexe. Une pure délice ! J’ignore le prix de ce vin mais c’est très bon.

Dégusté à l’aveugle parmi la longue série de sauvignons blancs des 10 membres se l’association STK le Steirische Klassik 2013 de Polz était un des meilleurs de cette catégorie pour moi, dans un style raffiné, au bon fruit tendre et gourmand. Idem pour son vin de village 2019, curieusement nommé Spielfeld 84/88 ; avec son nez attrayant, son l’acidité modérée et à sa belle matière expressive sans aucun excès. Le erste lage Therese 2013 était encore parmi les meilleurs de sa catégorie avec un nez splendide qui mêle odeurs subtiles, aussi bien de fruits que de plantes aromatiques. Ce morceau de bonheur se poursuit avec une matière de belle densité, très savoureuse et salivante. La cuvée Czamilla, dans la même catégorie, était un cran en dessous. Enfin deux vins de Polz de la catégorie grosse lage m’ont fait très forte impression: le Hochgrassnitzberg 2012 (16,5/20) et le même vin en 2010 (17/20). Ces deux vins se placent parmi les meilleurs de leurs groupes respectifs. Oui, je recommande fortement les vins de ce domaine. Ils sont admirables de finesse et de subtilité de toucher !

Tement brothersComme si souvent lors de ce voyage, la jeune génération semble prend la relève partout en Styrie, comme ici chez Tement (photo Tement)

Tement est certainement le domaine phare de la région et de ce groupe. J’avais rencontré leurs vins pour la première fois il y a une douzaine d’années en France, lors de la préparation du premier guide qui a existé sur les vins importé en France (Le Guide Fleurus des Vins d’Ailleurs, publié en 2003). Ils m’avaient bien impressionnés à cette époque mais ils ont fait de beaux progrès depuis sur le chemin de la finesse, comme d’autres de leurs collègues. L’ensemble de ce domaine donne une impression de beauté et de maîtrise tranquille. Manfred Tement, toujours bien présent, donne de plus en plus de champ à la jeune génération, dont son fils Armin. Le domaine comporte 80 hectares en Autriche plus 20 de plus en Slovénie (vinifiés dans un chai à part). En effet, la frontière passe juste en dessous des bâtiments construits ou restaurés avec un goût impeccable. Tout (restaurant, maisons, chai, boutique et chambres d’hôte) est chauffé avec du bois récolté sur le domaine dont les parcelles ont des noms comme Grassnitzberg, Sernau ou Zieregg.

 Manfred TementManfred Tement dans sa salle de dégustation (photo DC)

Le sauvignon blanc entrée de gamme s’appelle Tomato Green (millésime 2014) et il est le seul fermé avec une capsule à vis, les autres ayant des vinolocs. Ce vin est vif est directe, léger et frais : un bon vin de soif. Puis le Steirische Klassik 2014 qui résulte d’un assemblage de parcelles en premier cru et d’autres au niveau village. Il a de la profondeur et de la complexité et une excellente longueur pour sa catégorie. J’ai aussi bien aimé un échantillon pas encore embouteillé de son domaine en Slovénie, appelle Ciringa Foslin Berge 2014 : très vif et salivant, avec une belle sensation de pureté et d’intensité. Prometteur. J’ai moins aimé son vin du niveau village, le Berghausener 2013, qui m’a semblé un peu réduit et manquant de fruit et d’harmonie. Je l’avais aussi dégusté à l’aveugle plus tard et je le trouvais un peu crayeux de texture et marqué par son élevage. Le Grassnitzberg erste lage 2013 qui m’a semblé un peu dissocié à ce stade. Les vins de grosse lage (grands crus) chez Tement passent leur premiers 12 mois d’élevage sans soutirage ni sulfitage, puis sont soutirés et légèrement sulfités avant la mise. Le Sernau 2013 a un très beau nez, bien expressif avec une excellente qualité de fruit. La texture est tendre, très fine et le vin développe en ampleur sans perdre de sa finesse. J’ai aussi dégusté le Sernau 2012 (à l’aveugle) a le caractère beurré et suave du nez ressortait, puis beaucoup de longueur en bouche et juste une petite impression de chaleur. Le Zieregg 2013 donne des odeurs plus pointues et épicées. En bouche c’est aussi plus dense en concentré, avec un épi-centre d’une belle intensité. Alliant grande finesse et une certaine puissance, il mérite une garde de quelques années je pense. Grand vin. Dans la dégustation à l’aveugle c’était au tour du Zieregg 2012 qui partage avec son voisin d’écurie un beau caractère crémeux. C’est un vin splendide, fin et vibrant aussi. Quant à la capacité de garde des sauvignon blancs de Tement, j’ai dégusté aussi le Zieregg 2007 et elle est pleinement avérée : encore un excellent vin !

IMG_6669Ce site du vignoble Neumeister, qui s’appelle, je crois, Saziani, domine l’église qui en est encore propriétaire (photo DC)

Ma dernière matinée était consacré aux visites des deux derniers domaines de l’association STK, qui se trouvent à l’est des autres, dans la sous-région appellée Südoststeirmark ou on trouve, dans certains secteurs, des sols d’origine volcanique. Le domaine Neumeister se trouve aux abords du village perché de Straden, dominé par le clocher de son église. D’ailleurs la meilleure parcelle des Neumeister appartient toujours à l’église : il est leur est loué sur un bail de 50 ans. Christoph Neumeister, qui cultive ses 30 hectares selon une approche que je qualifierai de « bio pragmatique » m’a amené en haut de la colline qui fait face à l’église, de manière à constater les différences d’exposition des vignes qui tournent autour de cette colline pointue, sauf évidemment sur les parties orientées vers le nord.

IMG_6646L’intérieur du chai/magasin/salle de dégustation de Neumeister est comme un tableau constructiviste : bois, acier, verre et béton alternent pour produire de la beauté formelle (photo DC)

Le chai du Weingut Neumeister est très moderne et d’une grande beauté esthétique. Je suis béat d’admiration devant le soin apporté à l’architecture, externe comme interne, dans cette région, du moins pour les domaines que j’ai visité. C’est aussi créatif que respectueux des matériaux et cela rehausse l’expérience du visiteur d’une manière remarquable. Ce visiteur, qui a peut-être fait un long chemin pour y parvenir, est très bien soigné ici car le domaine inclut un restaurant, géré par les parents de Christoph, et dont la cuisine a obtenu 3 toques et 17/20 au guide GaultMillau. Il s’appelle Saziani (c’est le nom d’une de leurs meilleurs parcelles de vigne) et, pour compléter l’expérience, il y a aussi sept chambres /appartements à loueur sur place dans le bien nommé Schlafgut Saziani. Je n’ai pas testé mais, si ces deux établissements sont au niveau des vins et du winery, cela doit être une très belle expérience !

Quid de ses vins du cépage sauvignon blanc alors ? On peut dire que le bilan est globalement très positif, mais sans tomber dans une langue de bois néo-stalinien ! Le erste lage Klausen Sauvignon Blanc 2013 est un vin délicat, au toucher fin, vendu au prix de 18 euros. Dégusté deux fois, dont une fois à l’aveugle ou il faisait partie des meilleurs de sa série. Ensuite, sur place, on m’a fait déguster une série de trois millésimes issus de vielles vignes. En l’occurrence ces vignes étaient plantées en 1937, 1951 et 1967 : donc ils ont entre 48 et 78 ans. Ce vignoble est en location et Christophe ne sait pas quel porte-greffes ont été utilisés, mais les baies sont toutes petites et les acidités se situent autour de 6,2/6,3. Ces vins ont passé 30 moins en barriques avant la mise en bouteilles. Il s’agit de vignobles ayant le statut « village » sur l’échelle du STK. Le Stradener Alte Reben 2011 a une intensité incroyable qui s’expriment toute en finesse. Il m’a semblé même légèrement tannique et d’une grande complexité. Se très grande fraîceur/acidité est totalement intégré dans le corps du vin. Magnifique ! Le millésime 2012 du même vin est plus puissant et expressif au nez, mais partage cette grande finesse de texture. C’est vibrant, long et élancé. A l’aveugle je le rapprocherais d’un riesling ou d’un chenin blanc de très belle qualité. Le 2013, qui n’est pas encore en bouteille, est également très beau. La texture me semble plus suave et ronde. Toujours intense mais d’un grand raffinement et longueur. Le prix de ces vins d’exception se situe autour des 50 euros. C’est beaucoup, mais c’est bien moins cher que les vins d’un Didier Dagueneau, par exemple, et c’est du même niveau.

Pendant le dégustation à l’aveugle, d’autres vins de Neumeister ont également fait très bonne figure, mis à part un (le grosse lage Moarfeitl 2012) qui était bien bouchonné. Je pense que ce seul membre de l’association STK qui utilise encore le liège devrait réfléchir à ce problème récurrent qui entache la qualité de ses vins. Son Steierische Klassik 2013, seul vin de sa gamme à utiliser la capsule à vis, était un des meilleurs de sa série, au nez chaleureux mais discret en fruit (poire), puis en bouche une belle intensité et longueur et une texture légèrement crayeuse. J’ai déjà parlé du erste lage Klausen 2013, comme du Stradener Alter Reben 2011, assimilable à un grand cru. Deux vins au top !

Schloss KappensteinL’entrée au Schloss Kapfenstein, centre du domaine Winkler-Hermaden, devenu un hotel-restaurant qui vous permettra un voyage dans le temps avec vue sur le présent (photo DC)

Ma dernière visite a incorporé une escale dans l’histoire de cette région, avec le domaine Winkler-Hermaden dont le symbole et couronnement physique est un château historique, devenu un remarquable hôtel et restaurant, ce Schloss Kapfenstein qui pointe ses murs blancs au sommet d’une colline escarpée à l’extrémité sud-est du pays, proche à la fois de l’Hongrie et et la Slovénie. L’attraction touristique constitué par le château/hotel et telle que 50% des ventes se font à la propriété.

détail Winkler (1)

Propriété familiale depuis 1898. Les vins sont maintenant vinifiés par Christoph, un jeune homme qui termine ses études de micro-biologie et qui est plein d’idées pour l’avenir du domaine. Certifié bio depuis 2012, le domaine et ses 40 hectares de vignes se divise en deux parties, dont une, autour de Klöch, produit surtout des traminers sur des sols volcaniques. En tout 13 variétés sont cultivés, dont pas mal de cépages rouges. J’ai dégusté un très beau pinot gris, le Ried Schlosskogel Grauburgunder 2013, joliment parfumé, délicieusement fruité et plein d’élégance. Un style admirable qui n’a aucune lourdeur. Puis trois gerwurztraminers, une des spécialités de la maison.  Le Gewurztraminer Klücher Oldberg 2013  est délicatement parfumé par des odeurs qui évoquent certaines roses anciennes. Belle acidité qui équilibre, plus ou moins, le sucre résiduel. Il y avait aussi un Gewurztraminer « orange » qui suit la mode qui sévit en Slovénie et ailleurs pour cette approche. C’est un vin étrange, tannique et à la finale dure, qui ne m’a procuré aucun plaisir. Un vin pour masochistes peut-être ?  Enfin un Traminer Kirchleiten 2008 très convaincante dont j’ai beaucoup aimé la belle matière suave, l’élagance du toucher et la longueur succulente. Il paraît que ce vin est analytiquement sec (4,2 gr/litre) mais cela ne semble pas le cas. En tout cas un équilibre parfaitement réussi. Je fus moins convaincu par leur Pinot Noir Winzerkogel 2012, un peu austère. Un autre rouge, peut-être plus intéressant et original, est Olivin Blauersweigelt 2011, à la texture certes  un peu rugueuse mais au bel caractère affirmé. Un vin issu de la méthode traditionelle et du pinot noir (dosage brut) m’a beaucoup plu en revanche, comme un étonnant Strowein fait avec du Merlot. Les sauvignons blancs de ce domaine, lors de la dégustation du groupe conduite à l’aveugle, m’ont tous semblé un cran ou deux en dessous des meilleurs, à l’exception du grosse lage Kirchleiten 2007, très parfumé, riche et épicé, aux très belles saveurs qui donnent beaucoup de plaisir.

dégustation Styrie

Ma petite conclusion à tout cela, je l’ai déjà formulée dans les précédents articles. Pour résumer, cette région est non seulement belle, elle est accueillante et ses meilleurs vignerons, représentés ici, travaillent intelligemment à la fois individuellement et collectivement. Ils produisent des vins exemplaires en respectant la nature et le consommateur. Allez voir par vous-mêmes !

David Cobbold

 

 


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Et le commercial, dans tout ça?

Les articles de presse ou les commentaires de vin sur les blogs font-ils vendre du vin?

Comme le dit très bien l’ami Luc Charlier, « ça dépend du vin ». Ca dépend aussi du media. De l’adéquation entre les deux.

Je serais surpris qu’un commentaire de vin dans L’Humanité puisse faire vendre beaucoup de Mouton-Rothschild. Mais qui sait?

Moi, en tout cas, j’ai très rarement l’aspect commercial à l’esprit quand je commente un vin.
C’est paradoxal, puisque sans vente, plus de vin. Mais j’essaie de faire abstraction de tout ce qui n’est pas le contenu de la bouteille.

Tout au plus me permettrai-je, une fois le vin dégusté, de m’enquérir de son prix et le cas échéant, d’insister sur son bon rapport qualité-prix. Je m’efforce en tout cas de ne jamais faire varier mon commentaire en fonction de la notoriété du vin, de sa disponibilité, ou même du volume produit.

Ce qui vous vaut le plaisir (?) de lire mes notes sur des trucs parfois difficiles à trouver, genre fino chypriote, rosé et muscat tunisiens, rouge crétois ou traminer slovène. Mais aussi, à l’occasion, des bulles de Loire ou d’Alsace produites en très grosses séries et vendues pour de très modiques sommes. Aucune coquetterie là-dedans. Juste le plaisir d’avoir découvert quelque chose et de le faire partager.
A l’inverse, je suis plutôt moins intéressé par les produits possédant déjà un grand statut. Parce que j’ai l’impression que je n’ai rien à apprendre à quiconque, que le service après-vente est déjà fait, et bien fait.

Aucun mépris de ma part. Ces vins-là peuvent être très bons.

icone

« Iconic »

Il y a quelques années, pour In Vino Veritas, j’avais lancé la rubrique Icones, ce qui m’a permis de passer en revue quelques « incontournables » – et même, de les déguster (car bien souvent, même chez les pros, on en parle plus qu’on en boit).

Le premier, je crois, c’était Haut-Brion. Si ma mémoire est bonne, il y a eu aussi Château Margaux, Beaucastel, Quinta de Noval. Et puis Klein Constantia. Grange, Tignanello, Egon Müller (grâce à Luc, d’ailleurs). Mon copain Gérard Devos a commenté Le Clos Sainte Hune, aussi. Marc (oui, notre Marc), Vega Sicilia.

J’ai bu de belles choses. C’était sympa. Surtout pour le côté historique: comment devient-on une icone? Pourquoi celui-là et pas un autre? Est-ce que c’est toujours du vin? Combien ça coûte? Est-ce que ça se garde? J’avais encore quelques idées (notamment pour la Bourgogne et puis l’Italie); mais ça ronronnait un peu; alors on a mis la rubrique en sommeil.

Et puis, je n’ai qu’une vie, mes journées sont déjà longues, je dois faire des choix.

« A quoi sert une chronique si elle est convenue,

Me disaient des Chiliens, les mains pleines d’invendus » (merci à Roda Gil).

Ma « mission », c’est moins Haut-Brion que le plaisir de la découverte partagée.

Alors je crois que je vais continuer à déguster à l’aveugle et à faire semblant que le prix et le statut n’ont pas d’importance. A ne pas déguster beaucoup d’icônes parce qu’on les voit rarement dans les dégustations organisées par leurs appellations; et qu’à 52 ans, non seulement je n’ai toujours pas de Rolex, mais je ne reçois toujours pas de Romanée Conti à déguster pour mes étrennes.

Quitte à gâcher mon beau talent, je crois que je vais me garder les vins trop abordables, méconnus, limite insignifiants.

Et vous savez quoi: le pire, c’est que ça me plaît!

Hervé Lalau


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La Styrie et le sauvignon blanc, ou comment se forger un style (1/3)

 la frontièreNous sommes à la frontière entre l’Autriche et la Slovénie, qui passe là, dans les vignes, au milieu d’une route, entre des bosquets, intangible et insignifiante

 

Le premier article de cette série de trois sera consacré à des considérations générales. Les deux suivants feront part de mes dégustations et mes rencontres avec la dizaine de producteurs que j’ai visité pendant trois journées passées dans cette partie méridionale du vignoble autrichien.

Depuis la crise engendrée par le scandale de vins trafiqués, il y a 30 ans, l’Autriche a su opérer un des plus spectaculaires retournements de situation qui je connaisse parmi tous les pays viticoles au monde. Sa production actuelle, même si elle ne pèse que pour 1% du volume mondial, fait régulièrement la une des revues spécialisées (ailleurs qu’en France !) pour sa qualité exceptionnelle, ainsi que grâce à une bonne diversité de types et de styles de vins pour un si petit pays. Que ce soit sur le plan de son organisation, sur celui du niveau de compétence de ses producteurs, en passant par le soin apporté à l’architecture vinicole et par la qualité de l’accueil pour des visiteurs, l’Autriche sait se montrer exemplaire et je conseille à bon nombre de producteurs ou amateurs français d’aller y faire un tour. Toutes mes visites m’ont convaincu du grand intérêt des meilleurs vins d’Autriche, qui me semblent représenter une proportion plus élevée de la production qu’ailleurs.

le modernismeLa beauté épurée de l’architecture vinicole en Autriche, et particulièrement en Styrie, est remarquable. Il y a là un respect de la matière et de l’artisanat qui suscite de l’admiration. Ici chez Neumeister, en Sudoststeirmark.

Mon récent déplacement en Styrie/Steirmark avait pour objectif principal de cerner la qualité et le style des meilleurs vins de Sauvignon blanc, cépage dont cette région s’est fait une petite spécialité. Bien sûr, le Grüner Veltliner est plus connu et bien plus planté en Autriche. Il est aussi plus original vu de la France. Mais il ne mûrit pas en Styrie, qui possède le climat le plus frais et le plus pluvieux de toutes les régions viticoles d’Autriche. Tandis que le sauvignon blanc, qui, comme le chardonnay, est présent dans la région depuis le 18ème siècle, produit des vins de plus en plus fins et intéressants et gagne du terrain, couvrant maintenant 750 hectares sur les 4.200 que comportent les trois sous-zones de la Styrie, traditionnellement plantées (et autrefois complantées) d’une dizaine de variétés différentes.

L’émulation a toujours bien fonctionné pour engendrer l’excellence. C’est ce moteur-là, ainsi que la volonté de distinguer les meilleurs vins d’un marquage trop générique qui guettent des vins élaborés avec des variétés connues, qui a motivé un groupe de 10 producteurs situés dans deux des sous-régions de la Styrie, le Sudsteirmark et le Sudoststeirmark, à grouper leurs forces de réflexion et de communication dans une association appelé Steirische Terroir & Klassik Weinguter (oui, je sais, c’est un peu long alors va pour STK pour faire dans l’acronyme). Ce sont toutes des entreprises familiales, de tailles variables, mais ayant un objectif qualitatif commun et la volonté de partager des expériences et de promouvoir des échanges. Ils ont élaboré une charte de qualité avec des cahiers de charges pour des vins qui répondent à quatre niveaux hiérarchiques : en ordre montant cela donne Steirische Klassik (génériques régionales), Orstwein (village ou commune), Erste STK Lage (premier cru) et Grosse STK Lage (grand cru). Ce classement volontaire est partagé par les 10 adhérents du groupe.

les vignes de l'égliseL’église a toujours su garder un oeil sur les meilleurs sites viticoles, en Autriche comme ailleurs en Europe

La Styrie jouxte la frontière slovène et certains domaines, comme Tement, débordent une barrière devenu très peu visible, même si les vins sont nécessairement vinifiés à part. Elle est belle et assez spectaculaire par la constance de pentes abruptes sur lesquelles il est parfois difficile de se tenir debout. La plupart du temps le rangs de vignes dévalent ces pentes, mais parfois, quand l’inclinaison devient trop forte, on y construit des terrasses. Les meilleures parcelles de vignes font face au sud, au sud-est et au sud-ouest afin de maximiser les rayons du soleil. Ailleurs ce sont des bois, avec une forte présence d’hêtre notamment. Les zones de plaines sont consacrées au maïs et autre céréales. Comme ailleurs en Europe, les meilleurs sites viticoles ont été exploités depuis longtemps par l’église. Souvent en Autriche, ces parcelles leur appartiennent encore, mais sont donnés en location longue durée à des vignerons. Bon nombre de ces parcelles se trouvent dans les classifications actuelles d’ErsteLage ou de Grosse Lage. Les règles pour l’élaboration des vins ayant ces deux statuts impliquent la définition du site, qui est toujours sur une pente bien orientée et à une altitude élevé pour assurer l’influence favorable du vent, un âge minimale des vignes, une viticulture raisonnée ou biologique (pas de désherbants ne d’engrais artificiels), des vendanges manuelles, si nécessaires en plusieurs passages. De toute manière les pentes ne permettraient pas l’emploi de la machine à vendanger. Les vins doivent être vinifiés en sec (sauf pour les vins issus du traminer) avec un potentiel d’alcool d’au moins 12,5%. Uniquement des raisins sains sont autorisés (pas de botrytis), et le rendement est limité à 45 hectolitres par hectare. Ces vins doivent avoir un potentiel de garde d’au moins 5 ans, ce qui est contrôlé en dégustant des vins des 5 derniers millésimes, parfois aussi des vins plus anciens, à chacun des domaines ayant adhéré à la charte. Les règles pour les Grosse Lage (grands crus), vont encore plus loin avec un rendement maximum de 35 hectolitres, des exigences quant à la nature des sols, des vignes d’au moins 15 ans d’âge et une capacité de vieillissement de 10 ans. Il leur faut en outre un élevage de 18 mois. Chaque catégorie porte une double identification, à la fois sur l’étiquette et sur la capsule.

 vignes en penteDe fortes pentes caractérisent les meilleurs parcelles, comme ici pour la parcelle nommée Zieregg, un grand cru appartenant à Tement

 

Comme en Bourgogne, par exemple, les parcelles classées ne sont que rarement le monopole d’un seul producteur. Comme le lieu-dit décrit en générale toute une pente ou parfois une colline, il peut aussi y avoir des orientations variables à l’intérieur d’un seul nom de lieu-dit, mais les vignes se situent toujours vers le haut de la pente, là ou le vent aura son meilleur effet pour sécher les raisins et la gel impactera le moins. Cette article ne parlera que des vins issus du sauvignon blanc, bien que j’ai pu déguster aussi des vins intéressants d’autres variétés ; Weissburgunder (pinot blanc), Grau Burgunder (pinot gris), Morillon (chardonnay) et Traminer (la version Gewürz et d’autres), sans parler de quelques pétillants faits avec du pinot noir et du chardonnay. On y produits aussi pas mal de vin rouges, essentiellement avec les cépages locaux Zweigelt et autres. Les lecteurs de mes articles connaissent ma réticence à m’étendre sur l’influence des structures géologiques car j’ai des doutes quant à leur influence réelle (et pas fantasmée) sur le goût d’un vin, mais il faut mentionner qu’il s’agit d’un ancien fond marin et donc que les sols sont essentiellement calcaires, parfois avec des dépôts sablonneux ou graveleux. Il y a aussi des zones schisteuses et même un secteur volcanique.

 mur de bouteillesDes murs de bouteilles font partie de l’architecture vinicole. C’est beau et astucieux

 

Comment résumer le style de ces sauvignons de Styrie? Il est parfois plus facile de dire ce qu’ils ne sont pas, mais je ferai aussi quelques remarques sur leurs évolutions stylistiques depuis quelques années, ayant pu déguster des échantillons qui remontaient une vingtaine d’années en arrière. Le style actuel est bien plus restreint que celui des Sauvignons néo-zélandais, par exemple, mais peut-être un peu plus expressif et tendre, surtout par leur textures plus raffinées que les Sauvignons de Loire. Et surtout il n’ont que rarement ces arômes végétaux de buis ou de poivron que je trouve si déplaisants et parfois agressifs. On pourrait les comparer à un bon Sancerre issu de cuve, avec peut-être un peu plus de volume en bouche, mais pas forcément. En dehors des vins dégustés lors des visites des 10 domaines, j’en ai dégusté une soixantaine dans une séance dédiée aux Sauvignons des 4 catégories et produits par les 10 producteurs du groupe, dont vous trouverez les noms en bas de cet article.

 les vins dégustésLes vins dégustés

Les vins du niveau de base de ce système de classement (bien qu’il y aient généralement dans la gamme des producteurs des vins encore plus accessibles en prix), les Steirische Klassik, se vendent entre 10 et 12 euros la bouteille. La série d’une dizaine des ces Sauvignons-là ont tous mérités des notes entre 13 et 15/20, et donc était d’un bon niveau. Les vins ayant une mention de village, qui se vendent entre 12 et 15 euros, ont parfois un peu plus d’intensité mais sont assez proche des Klassiks (notes entre 13,5 et 15,5). C’est avec les Erste Lage que les écarts se sont creusés. D’abord il y en avait bien plus, entre autres parce que différents millésimes étaient présentés, mais aussi parce que certain domaines touchent plusieurs communes. Je n’ai pas trouvé que la qualité globale était beaucoup au-dessus de celle des vins ayant la simple mention communale, mais, dans une série de 13 vins, 4 méritait une note égale ou supérieur à 15/20. Les prix pour ces vins tournent entre 17 et 20 euros. La série des Grosse Lage était de loin la plus importante, avec 30 vins, dont un, chez le seul de ces producteurs qui utilise encore le liège, était bouchonné. Là le niveau est monté d’un cran. Pas seulement par les prix (entre 25 et 35 euros), mais par la qualité, avec 9 vins auxquels j’ai attribué des notes égales ou supérieur à 16/20.

Qu’est-ce qu’on gagne en grimpant dans l’hiérarchie ? Plus d’intensité et de longueur en bouche, mais sans que le caractère « sauvignon » ne domine ni même se fait sentir. On est très loin d’un vin dit « de cépage ». Plus de raffinement aussi car il y a aussi, et surtout chez les meilleurs, une superbe suavité de texture qui ne vient pas d’un « gommage » par le bois, mais d’un emploi très intelligent de l’élevage en grands récipients en bois, dont très peu sont en bois neuf, et, certainement, d’une belle qualité de fruit. Ceci est particulièrement vrai pour le millésime 2013 qui est très prometteur et qui sera prochainement en vente.

Les meilleurs sauvignons de Styrie sont parmi les meilleurs que j’ai dégusté au monde. Il est bien fini le temps d’un boisage un peu lourd. Ces vins ont un équilibre et une texture presque parfaits. Et très peu m’ont déçu ! Oui l’émulation, et l’intelligence, font beaucoup de bien.

David Cobbold

liste des producteurs STK

Gross

Lachner Tinnacher

Wolfgang Maitz

Neumeister

Erich & Walter Polz

Erwin Sabathi

Hannes Sabathi

Sattlerhof

Tement

Winkler-Hermaden


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Le vin japonais

 

Une récente dégustation des vins japonais organisée par l’excellente caviste parisienne Soif d’Ailleurs ( http://soifdailleurs.com/) m’incite à vous parler aujourd’hui des vins du pays du soleil levant. Je vais revenir aux vins de cette dégustation à la fin de l’article, ainsi qu’à d’autres, dégustés lors d’une présentation de vins issus du cépage koshu à l’OIV il y a quelques temps. Mais d’abord quelques indications…

sweet wine in JapanLe marché du vin au Japon a bien évolué depuis ses débuts, au tournant du 19ème au 20ème siècle. L’influence du Portugal se faisait encore sentir dans ce charmant image où le « sweet wine » était à l’honneur.

Le Japon est un marché très important pour le vin qui, pour une partie, est aussi extrêmement connaisseur. Lors de voyages dans ce pays que j’aime beaucoup, j’ai trouvé, dans des boutiques spécialisées, certaines cuvées qu’on a du mal à dénicher en France et les questions après des conférences ou dégustations sont souvent très pointues. Mais sait-on assez qu’on produit aussi du vin au Japon ? Il semblerait que l’histoire de la production de vin au Japon a commencé par le fait de quelques jésuites qui y ont suivi les explorateurs portugais au 16ème siècle. Cette production était certainement destinée, avant tout, à la messe. De nos jours la viticulture dans cet archipel, dans lequel les montagnes occupent la majorité de la superficie, touche une zone allant de l’île de Kyushu, au sud, jusqu’à l’île de Hokkaïdo dans le nord. D’une manière générale au Japon, le climat de mousson, chaud, souvent couvert et humide en été, conjugue à peu près tout ce que la vigne déteste, d’où la présence d’hybrides qui, à défaut de donner toujours des vins passionnants, fournissent au moins des raisins sains et mûrs, consommés frais ou vinifiés..

Si la vigne couvre une superficie totale  de 30 000 hectares au Japon, la majeure partie est consacrée à la production de raisins de table. En matière de vin (ou de moût), la production japonaise totaliserait environ 370,000 hectolitres, ce qui serait à peu près l’équivalant à la somme des volumes produits en Corse, Savoie et Jura, ou bien au tiers du Beaujolais. Ce n’est pas une quantité négligeable mais j’avoue ne pas être très sûre de la fiabilité de mes sources et je pense qu’une partie de ce volume est destinée à la production de jus de raisin plutôt qu’à la vinification.

Koshu-Grapes-by-Genta_ghrGrappes de koshu. On voit bien la couleur rose des baies et le système traditionnel de conduite en pergola. (photo Genta)

Les régions viticoles les plus importants sont Yamanashi et Osaka, suivies de Yamagata et de Nagano. Parmi les cépages plantés, on trouve un certain nombre des variétés françaises les plus connues, mais aussi pas mal d’hybrides capables de résister à la forte humidité de l’archipel. Un seul cultivar de vitis vinifera semble être exclusif au Japon, bien que son origine se trouverait plutôt en Asie continentale, quelque part le long de la Route de la Soie. Il s’agit du koshu, qui serait arrivé de la Chine avec des moines bouddhistes. C’est une variété à la chaire blanche mais à la peau rose qui est cultivée essentiellement autour du Mont Fuji dans la région de Yamanashi. Ses raisins étaient surtout destiné à la table mais sont de plus en plus souvent vinifiés de nos jours. Les vignes de koshu sont traditionnellement très espacées (une centaine de pieds à l’hectare) et conduites en pergola, ce qui éloigne les grappes du sol et facilite la récolte. Mais cela fait beaucoup de grappes par pied de vigne (des centaines) et des expériences avec d’autres modes de conduite, plus favorables à la production de vins de qualité, sont en cours. Les grappes de koshu sont longues et la peau des baies épaisse, ce qui lui permet de résister à la pourriture consécutive aux fortes pluies pendant la saison de maturation. Les exploitations viticoles sont minuscules, 0,25 hectare en moyenne. Une poignée de producteurs possède de plus vastes domaines et achètent des raisins à des viticulteurs.

Lors du passage de l’association koshu of Japan en France en 2013, j’ai eu l’occasion de tester toute une série de vins de ce cépage fascinant, car très différent de tout ce qu’on peu trouver ailleurs.  Tous venaient de la région de Yamanashi, et la grande majorité du millésime 2011. La plupart des producteurs préfèrent un élevage court et en cuve mais quelques-uns s’essayent à un élevage en barriques. Tous les vins étaient secs avec des degrés d’alcool très raisonnables : entre 10,5% et 12% pour les vins dégustés. Les acidités variaient pas mal, selon les modes de vinification. Si on veut à tout prix faire des comparaisons, ces vins ressemblaient à quelque chose entre un riesling sec et un ugni blanc/trebbiano, en un peu plus parfumé. Le toucher est délicat, presque soyeux ; l’acidité bien présente et les parfums subtils mais pas expansifs. Les couleurs sont très pâles, sauf pour ceux ayant fréquenté du bois.

Alps Wine, Koshu 2011

Il m’a semblé plus pesant que les 11,5% annoncés, et je n’aurais pas deviné que le sucre résiduel se situait aussi bas que 1,1 gramme. Mais il est fin et vibrant, relativement intense parmi les vins de la série.

Grace Wine, Koshu Kayagatake 2011

Délicat et floral, très vif. Sensation de pureté dynamique.Très joli vin

Grace Wine, Koshu Private Reserve 2011

Aussi parfumé que son frère d’écurie mais plus structuré, un peu plus austère et avec une allonge supérieure. Le meilleur vin que j’ai dégusté dans cette série.

Yamanashi Wine, Sol Locet Koshu 2011

Fin, délicat et précis.

Yamanashi Wine, Sol Locet Koshu 2010

Un des rares vins (un peu) âgés dans la dégustation. Il montrait davantage de complexité et une longueur supérieure aux autres.

Suntory Tomi No Oka Koshu 2010

Ce vin a eu un vieillissement (je crois partiel) en bois. Il paraissait plus mûr et rond que les autres, avec une acidité bien plus faible (5,6 g/l). Texture plus soyeuse aussi.

Si aucun de ces vins n’est disponible en France, on peut y trouver deux autres cuvées de koshu, produites par des bordelais en partenariat avec des producteurs locaux. Celle de Bernard Magrez, goûtée il y a deux ans, montrait une vraie délicatesse de parfums et de texture, avec une sensation de légèreté, d’élégance et de fraîcheur, hélas bien trop chère (autour de 30 euros). Plus abordable (18 euros), mais pas dégustée, celle de Denis Dubourdieu, disponible sur www.lespassionnesduvin.com.

japonais 1le koshu avec ou sans vinification en fûts. C’est selon ses goûts, mais j’ai préféré le vin à droite pour sa plus grande complexité (photo DC)

 

 Maintenant ma plus récente dégustation, à la cave Soif d’Ailleurs

Elle a eu lieu le 30 janvier 2015 et concernait les vins d’un seul domaine : Diamond Winery. Cette production est le fait d’un jeune vinificateur japonais (désolé mais j’ai négligé de noter son nom) qui a travaillé en temps en Bourgogne, chez Simon Bize. Il y avait deux cuvées de koshu (blancs), et trois d’une variété hybride rouge nommé Muscat Bailey A (une hybride entre Muscat d’Hambourg et Bailey, obtenu en 1927 au Japon) Le caviste en question liste deux de ces vins, un blanc et un rouge, et je crois savoir qu’il s’agit de mes deux vins préférés de cette dégustation (à vérifier).

Diamond Winery Chanter YA, Amarillo 2013

cépage koshu 100%, cuve inox

Robe très pâle, translucide. Nez délicat et parfumé, floral. Vibrant mais sans avoir une forte acidité. Longueur moyenne et sensation de pureté très agréable.

Diamond Winery Chanter YA, Koshu 2013

cépage koshu 100%, élevage en barriques bourguignonnes (pas neufs)

La robe est un peu plus intense, aux reflets verts. Nez très fin mais ayant davantage de puissance que le précédent. Le bois me semble bien intégré. Très belle vibration au palais avec, là encore, plus de puissance et de complexité que pour la version cuve. L’acidité me semble aussi plus élevée, mis l’ensemble reste très délicat. Un très joli vin.

Muscat Bailey ALes étiquettes de ce domaine répondent à une esthétique double : japonaise et européenne. Et le noms des cuvées incorporent des jeux de mots/lettres que je suis incapable de vous restituer. Mon vin préféré de cette série se trouve à droite. C’est un des meilleurs vins issus d’une variété hybride que j’ai dégusté. (photo DC)

Diamond Winery Chanter Y, Y-carré 2012

cépage muscat bailey A 100%, 24 mois d’élevage sous bois

Le robe est relativement légère, du type pinot noir. Le nez me fait penser un peu au jambon fumé avec un peu de caramel et d’épices douces. Mais le vin est parfaitement sec et plus structuré en bouche que je n’imaginais. Il a de la fraîcheur et un bon équilibre acidité/tanins, mais ne m’enchante guère.

Diamond Winery Chanter Y, Y-cube 2012

cépage muscat bailey A 100%, 18 mois d’élevage sous bois

Issu d’une autre parcelle et ayant reçu une macération de 5 semaines, ce vin à une robe bien plus dense, de ton carmin. Le nez est aussi radicalement différent et assez intense autour de fruits noirs (cassis), avec toujours ce caractère un peu épicé et fumé. En bouche c’est très séduisant, bien fruité et un peu poivré, vibrant avec un joli toucher. Je mettrais bien ce vin dans une dégustation à l’aveugle !

Diamond Winery Chanter Y, Vrille 2012

cépage muscat bailey A 100%, 18 mois d’élevage sous bois

Issu d’une récolte plus tardive de 12 jours par rapport au précédent (vers les 12/13 octobre). C’est plus rond et charmeur, mais donne aussi une impression de chaleur qui perturbe un peu, pour moi, son équilibre. Belle densité et longueur, mais je préfère le Y-cube.

 

Le voyage forme la jeunesse et tout ceci me donne envie de retourner au Japon….

 

David Cobbold


7 Commentaires

Plongée en eau-de-vie charentaise

Mes excuses pour le retard de parution. Problèmes techniques sur ma ligne…

« Tout est dans le flacon » aurais-je pu titrer. Sauf que dans certains de ces flacons on a du ravissement à revendre, de la séduction à ne plus savoir qu’en faire. Tel est le miracle du Cognac. À condition d’y mettre le prix !

Cela m’a pris comme ça, au débotté, un beau jour d’octobre, alors que j’étais effaré par la vue d’échantillons en attente sur ma grande table blanche. Au milieu, trônait un petit lot de flacons de Cognac de différentes tailles. Je me suis dit : « Tiens, ce serait pas mal d’en causer à l’occasion des fêtes de fin d’année. D’autant qu’il te reste en stock quelques belles bouteilles à la robe acajou que tu pourrais ajouter à celles-ci… ». Puis, faute de place dans ma tête chargée de Toscane puis de Bandol, j’ai repoussé cela à plus tard. Fin décembre, entre deux fêtes stupides où l’on s’extasie sur un saumon médiocre et des truffes sans maturité, je me suis rappelé qu’il m’en restait une ou deux, de truffes, au congélateur. Et qu’il suffirait de deux amis bon goûteurs pour m’aider à venir à bout de ce trop plein de flacons d’eau-de-vie charentaise. Qu’un poulet fermier, quelques tranches de pain grillé à l’allure campagnarde, et de la plus grosse de mes truffes pouvait les attirer. Les épluchures iraient dans la cocotte où ma volaille baignerait dans le riesling, tandis que les lamelles ni trop fines ni trop épaisses recouvriraient le pain chaud avec un filet d’huile nouvelle de Toscane et que le tout serait coiffé d’un fin et translucide voile de lardo di Colonnata. Un tour de moulin sur chaque tranche et la magie d’une fin de dégustation opèrerait à coup sûr.

Inutile de vous dire que mes camarades, Emmanuel Cazes et Jean-Jacques Salvat, deux « pros » locaux, étaient ravis de pouvoir m’assister. Ils furent pile à l’heure, pour une fois, malgré leurs libations des deux jours précédant. L’occasion autour du café de leur expliquer que je vénère le Cognac plus que l’Armagnac, le Calvados et le Whisky réunis, fort probablement pour des raisons sentimentales qui seraient trop longues à développer ici. Leur dire qu’il m’arrive de m’en servir une goutte ou deux en compagnie d’un bon café, d’un cigare cubain et d’une bonne musique. Révéler aussi que je goûte l’eau-de-vie comme s’il s’agissait d’un vin tout en restant beaucoup plus passionné par le vin que par ce qu’il est convenu d’appeler « les alcools ». Plusieurs échantillons de huit maisons furent dégustés à découvert (à cause de la disparité des tailles et des formes de bouteilles) après une série de vins d’Alsace et d’inévitables Carignans dont je vous reparlerais un dimanche dans ma rubrique dédiée, comme on dit.

Voici mes commentaires, dans l’ordre de la dégustation, les échantillons ayant été regroupés par marques, sans aucune logique me dois-je de préciser. Un peu de désordre dans ce monde de luxe ne fait pas de mal après tout !

Delamain. Trois mignonettes sorties de mes étagères, dont un « Vesper » (Grande Champagne XO), qui, outre une très légère note de moisissure (ou champignon ?) au nez, m’a paru puissant, rondouillard, posé et marqué par un discret rancio de belle facture. Moins vieux, moins foncé de robe, le « Pale and Dry » (Grande Champagne XO), en général un de mes cognacs favoris pour sa franchise et son aspect sec, prend un style finement ciselé, vanillé, une trame élégante, une belle structure doublée d’une séduisante amertume fraîche. Avec la cuvée « Extra » (près de 300 €), on a une Grande Champagne plus âgée que les précédents : nez ouvert sur le cuir, la fumée, le bois de réglisse (surtout en bouche) et une certaine astringence en finale. Le moins cher du lot tourne quand même autour de 80 €, mais la maison de Jarnac reste une référence…

Navarre. Deux mignonettes de ce petit domaine (10 ha) de Gondeville qui jouit d’une certaine réputation pour ses vieux Pineau déjà décrits ici et qui possède encore pas mal de vignes de Colombard et de Folle Blanche en plus de son Ugni blanc. Un 1er Cru ample mais facile, bien fait et sans grande complexité, puis une Grande Champagne « Vieille réserve », finesse au nez mais puissant en bouche, moelleux et profond, touche de vanille en rétro olfaction, pointe d’astringence rustique en finale. Bon rapport qualité-prix.

Jean Fillioux. Cette maison familiale (depuis 5 générations) ne propose de par la situation de son domaine (25 ha) que des fines de Grande Champagne. A l’instar de cette vieille eau-de-vie « La Pouyade » au nez délicatement fumé de rose ancienne, c’est posé en bouche, épicé mais sans excès en dépit du bois que l’on sent bien mais qui garde un côté précieux, élégant. Je le verrais bien à l’écossaise avec une dose d’eau pure et fraîche, à l’apéritif, en compagnie d’amandes grillées et d’un bouquin palpitant ! Il y a paraît-il bien d’autres cuvées encore plus spectaculaires. Autour de 50 €.

Courvoisier. Fournisseur officiel de Napoléon III, la maison de Jarnac nous propose ici un mini échantillon de son « Essence de Courvoisier », assemblage de crus de Grande Champagne et des Borderies avec une part (pas de pourcentage) d’eaux-de-vie remontant au début des années 1900 associée à des lots plus récents. Chaque carafe est l’œuvre manuelle d’une trentaine d’artisans verriers de Baccarat, ce qui justifie (peut-être ?) son prix : 2.950 € le flacon de 70 cl. Poivre de Sichuan et autres épices, bigarade confite, iris, figue, pêche, iode… le genre de nez sur lequel on peut rester des heures. Gras en bouche, note de caramel légèrement brûlé, épices, profondeur, gingembre confit, sous-bois… on a une impressionnante longueur et une finale de toute beauté.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mas d’Alezon. Avec cette Fine Faugères, c’était mon petit clin d’œil piégé de la dégustation. En outre, c’était la première fois que je la goûtais en situation, avec sérieux et concentration. Distillée à l’alambic charentais, vieillie au moins 5 ans en fûts et rectifiée (à 40°) à l’eau pure du Mont Roucou, elle a son appellation depuis 1948. La Fine de Catherine Roque distillée par Mathieu Frécon et venant tout de suite après la grande cuvée de Courvoisier, n’a pas démérité, loin s’en faut. Certes la robe est moins acajou et le nez moins éloquent, mais l’attaque en bouche est précise et saisissante, avec ce qu’il faut de rondeur pour ne pas agresser et une finale faite de réglisse, de boisé, de salinité, de vieux cuir et de poivre. Imparable sur du chocolat noir (ne pas aller au-delà d’un 70% cacao), sur un moka ou sur un gâteau aux marrons. S’accompagne aussi d’un bon havane.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Merlet. « Cognac Brothers Blend » est la version moderne du Cognac vu par les frères Merlet dont le père s’est fait connaître dans les années 70 par la production, en pleine Saintonge, de crèmes de fruit, cassis en tête. Mais c’est le « Sélection Saint-Sauvant » que nous avons goûté, un assemblage de Grande et Petite Champagne (compte d’âge supérieur à 10 ans), ainsi que de Fins Bois (1992 et 2001) et de Petite Champagne de 1993. La robe est plutôt pâle, le nez porte sur le fruit blanc et la marmelade d’orange, tandis qu’en bouche on a de la puissance, de la profondeur et une finale poivrée/boisée. Un peu plus de 45° dans un élégant flacon, pour 80 € départ distillerie.

Hine. Depuis quelques années, je n’ai plus de contacts avec cette maison de Jarnac pour laquelle j’ai toujours eu beaucoup d’estime car elle élève ses cognacs dans d’anciennes caves de pierres. Résultat, je me suis senti obligé de sacrifier un flacon millésimé 1976 que j’avais jalousement gardé pour ma pomme ! Le « Family Reserve », mon favori d’une autre époque, est toujours en vente au prix de 503 €, alors qu’il faut aligner plus de 10.000 piastres pour posséder un « Hine 250 » ! Pour en revenir au 1976, il n’est plus sur le tarif, mais le 1975 frise les 450 €, tout de même. Il s’agit d’une Grande Champagne séduisante au possible : finesse intense au nez, notes de cuir, du moelleux en bouche, de l’amplitude aussi, on a l’impression de planer sur un nuage, dans une atmosphère épicée entre effluves de cannelle, cèdre, clou de girofle et de vanille…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Deau. Au dessus de la Charente, au milieu des vignes, le Cognac Deau compte sur 12 alambics de cuivre pour faire naître des cognacs qui mûrissent lentement dans 2.000 barriques de chênes du Limousin. Cette maison a la particularité de mettre en vente des coffrets, dont un composé de 3 élégantes « montres », des flacons de 40 cl qui servent d’ordinaire au maître de chais pour échantillonner ses eaux-de-vie. Commençons par le « XO », assemblage de Petite Champagne et de Fins Bois au nez assez strict et classique de prime abord qui devient presque envoûtant à l’aération. Fait pour le cigare et la méditation, il y a de la densité, de l’équilibre, quelques notes terreuses et feuillues sur une longue finale entre réglisse et vieux cuir. Le « Black » n’est pas d’une robe aussi foncée que son nom le laisserait supposer. C’est un assemblage de Grande et Petite Champagne de style « XO » : nez fin, aérien, floral ; bouche épaisse, assez majestueuse, fraîche et souriante ; notes de reine-claude confite et de verveine. Et toujours cette langoureuse façon de s’étendre en douceur, de se fondre en traînant avec de légères notes sucrées de marmelade d’agrumes et d’angélique. Pour moi, c’est du grand art ! Le « Louis Memory », quant à lui, très distingué au nez, concerne les eaux-de-vie les plus anciennes (Grande Champagne pour la plupart) assemblées en hommage à Louis Deau né sous le règne de Louis XIV : délicates notes de rancio au nez, de sous-bois, d’abricot sec et de vieux cuir, belle amertume fraîche et persistante en bouche sur une finale aux accents fumés et aux notes de gingembre confit.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Frapin. J’ai beaucoup apprécié le dynamisme de cette maison au temps où la pétillante Béatrice Cointreau la dirigeait au point que j’ai longtemps gardé une bouteille de « Château Fontpinot » que j’ai fini par ouvrir pour cette dégustation. Il s’agit d’une Grande Champagne de « très vieille réserve » amplement marqué par les fruits confits, l’abricot en premier lieu. C’est puissant en bouche, presque violent, persistant, avec une amertume prononcée, un boisé qui se mêle à des notes de cuir en finale. L’autre bouteille a été envoyée par le service de presse de la maison. Il s’agit d’un magistral « 1988«  issu des vignes du domaine, une Grande Champagne vieillie 25 ans en fûts de chêne et mise en bouteilles (numérotées) au château. Le nez est fin, marqué par de belles notes de poire williams et de noisette. L’attaque est ronde, mais très vite la droiture, la noblesse de l’allure, la persistance, les notes boisées et les touches de poivres doux prennent le dessus. Son prix : autour de 140 € chez les cavistes.

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Ce dernier Cognac est, pour ma part, le mieux noté de cette dégustation avec le Hine 1976 et le « Pale & Dry » de Delamain. Avec le recul, en goutant les échantillons de nouveau deux semaines après, puis en relisant mes notes étoilées, j’aurais pu être plus généreux avec la Maison Deau.

Enfin, une info de plus pour ceux qui aiment la découverte des vieilles eaux-de-vie : David Mell et son oncle Maurice Pinard, issu d’une famille de distillateurs, ont fondé une société, Les Antiquaires du Cognac, qui propose aux amateurs des eaux-de-vie exceptionnelles. Des cognacs de plus de 40 ans, qui sont autant de « monocrus » la plupart issus de la distillation de vins confiés par des viticulteurs réputés puis élevés avec soin. Chaque flacon est identifié avec la date de mise en bouteilles, le millésime est écrit à la plume, le nom du chai de stockage et la référence (par gps) permettent de retrouver la vigne qui est à l’origine du Cognac proposé, lequel est protégé par un magnifique coffret de chêne massif.

Michel Smith

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