Les 5 du Vin

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Cépages obscurs : le bon travail d’un caviste voyageur

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Rassembler des vins issus de cépages peu ou pas connus pour les proposer au public n’est pas simplement une affaire qu’on pourrait assimiler à une rubrique « cabinet de curiosités » : il contient, potentiellement, le projet d’ouvrir les esprits et d’élargir la gamme des profils gustatifs offerts par les vins. J’ai déjà évoqué, il me semble, le travail fait dans ce domaine par le caviste Soif d’Ailleurs, à Paris. Une dégustation organisée vendredi dernier m’a démontré encore que ce lieu dirigé par Mathieu Wehrung continue à explorer des chemins inconnus de la plupart des amateurs de vins. Je vous conseille une visite si vos pas vous amènent dans ce quartier vivant entre Marais et République

Soif d’Ailleurs
38 rue Pastourelle, 75003 Paris
Téléphone : +33 1 40 29 10 82
Ils ont aussi un site de vente sur l’internet :

 

D’abord, aucun des vins vendus dans cette jolie petite boutique n’est français, ce qui ne suffit pas, bien entendu, à rendre leur sélection intéressante. Il y a en stock quelques classiques, chers ou pas chers, mais devenus incontournables comme le Sauvignon Blanc de Cloudy Bay (Nouvelle Zélande) ou bien les bulles de Miolo (Brésil) dont Soif d’Ailleurs est devenu, en peu de temps, le plus important vendeur dans toute l’Europe. Mais les vins qui m’intéressent le plus sont les autres, ces domaines peu connus ou peu disponibles en France, comme, par exemple, l’excellent Koslovic (cépages terran ou malvasia, Croatie) ou Anselmo Mendes et ses exceptionnels alvarinhos (Portugal).

Certains vins de la gamme sont assez chers, mais jamais d’une manière délirante car les marges sont raisonnables, vu le travail accompli, et on peut y trouver des très bons vins à moins de 20 euros. Cela reste peut-être un poil exclusif si on considère le prix moyen des vins vendus en France, mais ce n’est pas hors de prix pour des choses qu’on aura bien du mal à trouver ailleurs.

La dégustation à laquelle j’ai assisté la semaine dernière a regroupé 9 vins, issus d’autant de cultivars et de 6 pays différents. N’étant pas ampélographie, mais ayant plus de 30 ans d’expérience professionnel dans le vin, je dois avouer que je n’avais entendu parler que deux des ces neuf cépages auparavant, dont le Räuschling, qui va ouvrir le bal de cette petite dégustation que les organisateurs ont intitulé «les cépages rescapés».

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Les vins blancs

R3 Räuschling 2014, AOC Zürichsee, Suisse

(Cépage Räuschling) Prix 45 euros

Notre ami Marc a récemment évoqué ici même ce cépage blanc Räuschling, devenu rare et localisé presque exclusivement de nos jours dans cette partie de la Suisse germanique. Je dis «devenu», car il fut autrefois bien plus répandu, en Suisse, en Allemagne et même en Alsace. L’expansion du Müller-Thurgau, plus facile et plus productif, lui aurait scié les pattes cependant, malgré une présence attestée dans ces régions qui remonte au 16ème siècle. La variété est issue d’un croisement entre le très fertile Gouais Blanc et, soit le Savagnin, soit un membre de la famille des pinots (les versions divergent).

Vin d’abord tendre mais d’une belle vivacité. Assez aromatique et doté d’une longueur agréable, il ferait un vin d’apéritif très plaisant et pourrait bien accompagner des poissons de toutes sortes. Il souffre en revanche de son origine helvète sur le plan du prix.

 

Curil Blanco 2012, (vin hors D.O. de la région d’Alicante, Espagne)

(cépage Trepat Blanc) Prix 20 euros

Cette variété blanche à l’avantage, dans un climat chaud, de produire peu d’alcool : 12% dans ce cas.

Robe profonde, entre or et ambre. Nez étonnant, sur le versant de l’oxydation et qui rappelle le curry. Texture un peu huileuse et notes d’amertume confirment une vinification avec de la macération pelliculaire. Ferme et très long en bouche, c’est un style à part qui plaira aux amateurs de ce genre de vin : on n’est pas tout à fait dans le domaine des vins « oranges », mais ce n’est pas loin.

 

Weingut Umathum, Königlicher Wein 2013, Burgenland, Autriche

(Cépage Lindenblättrige) Prix 23 euros

En réalité ce cépage ne m’était pas totalement inconnu car il s’agit de la variante autrichienne de celui connu sous le nom d’harsévelu en Hongrie. Cela dit, je ne pense pas voir dégusté un pur harsévelu plus d’un fois, tant il est généralement assemblé avec le Furmint, surtout à Tokay. Je connaissais auparavant les vins rouges de cet excellent domiane de Burgenland, qui sont importés depuis un moment en France.

Vin fin, un peu ferme par sa texture, mais délicat par ses saveurs vives et acidulées.

 

Azienda Rivetto, Nascetto borea 2013, Piemonte, Italie

(Cépage Nascetta) Prix 24 euros

Le domaine est situé à Serralunga d’Alba, donc dans l’aire d’appellation du Barolo, mais ce cépage n’est admis dans aucune des DOC ou DOCG du coin.

Beau nez, qui m’a fait penser à de la pomme verte avec des élans citronnés. Fin, savoureux est assez salin. Pourtant la mer n’est pas si proche ! La vivacité domine mais l’équilibre est bien pour ce style de vin.

 

Albet i Noya, Rion 2013, DO Penedes, Espagne

(Cépage inconnu) Prix 25 euros

Bien connu pour ses cavas de haut niveau, ce domaine explore la richesse ampélographique de la Catalogne en élaborant aussi des vins tranquilles. Le producteur n’a pas réussi à identifier cette variété et il a nommé le vin avec le prénom de sa grande mère.

Le nez m’a semblé marqué par un élevage sous bois, mais il est également frais. Cette fraîcheur est encore plus marquée en bouche, et la texture me fait penser à de la craie. Pas mal de précision dans les saveurs, mais cette texture crayeuse assèche un peu le palais en finale. C’est peut-être pinailler que de dire cela car avec un plat je suis sur que ce vin serait très bon.

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Les vins rouges

Hatzidakis Mavrotragano 2013, Santorini, Grèce

(Cépage Mavrotragano) Prix 35 euros

Je connaissais cette île des Cyclades pour son origine volcanique et donc ses sols si particuliers. Je ne connaissais que ses vins blancs remarquables fait avec l’excellent cépage Assyrtiko. Je ne sais pas grand chose sur cette variété rouge.

C’est manifestement un cépage tannique, qui contient aussi, il semblerait, une belle acidité (même si je soupçonne un peu d’ajustement de ce dernier ingrédient dans ce vin). Le fruit est un peu dominé par le double assaut de tannins et d’acidité, mais il est présent. C’est un vin intéressant, qu’on dit « de caractère », mais un peu brut de décoffrage avec de l’amertume en finale et une impression végétale. Trop cher dans ce cas.

 

Podere Gualandi, Foglia Tonda 2012

(Cépage Folia Tonda) Prix 44 euros

Le patron de Soif d’Ailleurs est enthousiaste à propos des vins de ce producteur atypique. Je le suis un peu moins car je les trouve souvent austères et parfois avec des arômes que je qualifie de «déviants». Je les trouve aussi bien trop chers, mais on m’explique que les rendements sont très bas, etc…

A la dégustation, la masse tannique impose sa structure, renforcé par une acidité importante et à peine rendu harmonieux par un peu de fruit. Beaucoup d’austérité mais, en contrepartie, une très belle longueur. Equilibré quand-même, c’est un vin très particulier et je serais curieux de voir son évolution. Pour l’instant on ne peut le conseiller qu’avec un plat salé pour amadouer ses tannins.

 

Bodegas Pablo Menguante, Vidalello 2011, DO Carinena, Espagne

(Cépage Vidadello) Prix 19 euros

Cette appellation aragonaise qui porte le nom d’une variété chère à Michel Smith n’a, curieusement, que très peu du cépage éponyme. Les vignes de ce vin sont franches de pied, mais je n’en sais pas plus.

Un beau nez qui a de l’intensité et de la profondeur dans ses arômes fruités, avec juste une patine raisonnable du à son élevage. Le bois est aussi perceptible en bouche, et les tannins sont fermes et un peu asséchants en finale. Cette finale laisse aussi percevoir de jolis arômes de cerise amère. Bon vin d’un prix abordable, qui peut bien se comporter à table avec des plats de viandes ou en sauce, à cause du sel.

 

Likya Acikara 2014, Lycie, Turquie

(Cépage Acikara) Prix 24 euros

Je ne sais rien de ce cépage qui fait partie de la vaste réserve ampélographique de la Turquie. Le vignoble est planté sur un sol très calcaire.

La robe est très sombre et violacé mais il ne s’agit pas d’un cépage teinturier. Beau nez qui évoque la cerise noire. C’est un très joli vin, assez peu tannique mais très frais et, en même temps, doté d’un alcool relativement puissant. Sa vivacité l’aide dans l’équilibre et le vin est net et très bien fait. J’aime ce vin qui me fait voyager.

 

Conclusion

Quand il s’agit du vin (et de bien d’autres choses), le voyage dans l’espace implique inévitablement des croisements avec le voyage dans le temps. Je sais bien qu’il ne suffit pas d’être différent pour être « bon », mais comme c’est agréable (et probablement très utile) d’explorer ces morceaux du riche patrimoine botanique de la vigne et ses produits. Pourvu que, dans les pays à la réglementation viticole cadenassée comme la France, on sache apprendre et piocher dans ce réservoir ampélographique profond et, il me semble, si mal exploitée.

 

David Cobbold


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Bordeaux oui, mais « primeurs » non.

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Je ne déguste plus les centaines d’échantillons (trop précocement) préparés pour les Primeurs par des producteurs de Bordeaux depuis l’édition consacrée au millésime 2005. Cela fera donc bientôt 10 ans. La première de mes raisons est que je ne crois plus à l’intérêt de ce système de « prévente payée » pour le consommateur. La deuxième est que je ne crois plus en un lien fiable entre les échantillons présentées et les vins qui seront mis en bouteille 12 à 18 mois plus tard, après plusieurs tests et après avoir vu une propriétaire faire changer un échantillon de son vin quant elle voyait les visages des dégustateurs ayant tâté de la première version!  Enfin, j’ai constaté qu’un nombre croissant de châteaux refusait de soumettre leurs échantillons à la dégustation à l’aveugle, induisant pour nous les journalistes une tournée infernale, consommatrice de carburant et de temps, sans parler d’une mise en condition inévitable quand on doit aller dans le chai en question pour goûter l’échantillon et entendre les discours des responsables en même temps.

Je sais que je ne suis pas seul dans le domaine des doutes quant à la fiabilité de ce procédé. Mon collègue Bernard Burtschy, qui retourne chaque année déguster les vins après leur mise en bouteille, a dit sa grande déception devant les écarts entre les échantillons qu’il avait notés pour le millésimes 2012 et 2013, et les versions en bouteille de bon nombre des mêmes vins.

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Les Primeurs, cette année, ce devrait être du sport…

 

Maintenant, j’apprends que pour la future séance qui portera sur le millésime 2015 et qui aura lieu début avril, l’Union des Grands Crus a pris la décision de regrouper les dégustations des vins de ses membres en un seul endroit et sur deux journées, et de ne plus proposer les vins en dégustation à l’aveugle. Je ne trouve rien à redire quant à la première partie de cette décision, mais la deuxième partie, qui va retirer toute semblance d’objectivité à cet exercice déjà difficile, est une énorme erreur à mes yeux. Regrouper les vins dans un seul lieu, c’est du bon sens, à condition que le lieu soit assez grand, ce qui est probablement le cas pour le nouveau stade de Bordeaux qui a été choisi. La consommation inutile de carburant devra donc baisser. Mais priver ceux qui le veulent de la possibilité de déguster à l’aveugle est choquant !

Je crois que Michel Bettane a déjà dit qu’il n’irait pas dans ces conditions et Jancis Robinson dit ceci sur son site ;

« But the change I most resent is that the UGC will no longer sanction blind tasting. I’m sure there has been lobbying from the shrinking but much-appreciated majority who do not insist on our visiting them to taste at the château. They presumably think that we penalise wines tasted blind. But this proposed change robs us of a major aspect of these primeurs tastings. I have discussed it with Michel Bettane, who said he would no longer participate in the UGC tastings if blind tasting (which he requested originally, I believe) were no longer permitted. Presumably all this will drive more and more media tasters into the hands of the large négociants who organise primeurs tastings in parallel with the UGC ones. Is this really what the UGC wants, I wonder? Perhaps it is no coincidence that these changes, unlikely to be welcomed with open arms, are being proposed for a vintage about which there has been as much hype as the 2015? »

Je crois qu’elle a raison. Elle a également organisé un sondage parmi ses nombreux lecteurs pour savoir s’ils pensent qu’une dégustation à l’aveugle était plus crédible qu’une dégustation à découverte. 78% ont voté pour la dégustation à l’aveugle.

Avec un peu de chance, d’autres critiques vont aussi déserter cette farce des Bordeaux Primeurs et le soufflé va enfin tomber. On peut toujours rêver !

Je refuse, en revanche, de verser dans le « Bordeaux bashing » adopté par certains. Il y a beaucoup d’excellents vins à Bordeaux (d’accord, pas en 2013 !). Et il y a beaucoup d’excellents et honnêtes producteurs, dont certains font des vins qui représentent les meilleurs rapports qualité/prix en France. Mais ce cirque des Primeurs doit cesser ou bien changer radicalement si les producteurs concernés veulent garder un semblant de crédibilité.

David Cobbold


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Hétérogène, vous avez dit hétérogène, le Gaillac ?

Si on devait ne présenter qu’une seule appellation, de surcroît de taille modeste, dont les vins sont d’une très grande disparité aussi bien en termes de types qu’en termes de styles, le cas de Gaillac me semble parfaitement adapté. Et je vous parlerai aussi sur le même ton de la qualité, malheureusement trop souvent déficiente, du moins selon mes appréciations.

Regardons d’abord quelques chiffres de base, avant de partir vers mes impressions lors d’une récente dégustation d’une quarantaine de vins produits par une vingtaine producteurs de cette appellation du Sud-Ouest.

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Quelques chiffres clés de l’appellation

Quand je dis modeste, cela signifie une surface de moins 4.000 hectares, bien qu’aucun chiffre ne soit visible sur le site officiel de l’appellation (pourquoi ?).

La production gaillacoise est légèrement dominée par le vin rouge (53,5%), mais le rosé, comme ailleurs, a maintenant doublé le blanc pour s’afficher à 34% du total, ne laissant que 12,5% aux pauvres blancs qui sont pourtant souvent (c’est un avis) les vins les plus intéressants de cette appellation diversifiée. On voit en tout cas que la mode du rosé fait des dégâts ailleurs qu’en Provence !

Rien que du classique, jusque là, vous me direz. Mais le jeu se corse car, parmi les seuls blancs, on compte des bulles de différentes sortes (perlants et méthodes ancestrales), des secs, des doux et des liquoreux (qui peuvent être somptueux). En ce qui concerne les cépages, j’ai compté 8 rouges et 5 blancs, sans les variantes et autres versions en cours d’expérimentation. On vante souvent la diversité représentée par les 13 cépages de Châteauneuf, mais Gaillac en a autant !

Pour les variétés rouges, on trouve le trio classique du Bordelais, avec merlot, cabernet sauvignon et cabernet franc, puis, plus curieusement peut-être, gamay et syrah, auxquels se rajoutent les locaux de l’étape: braucol (alias fer servadou), duras et prunelart (ou prunelard), ce dernier récemment sauvé de l’oubli par Robert Plageoles.

En blanc, venu peut-être aussi du Bordelais, le sauvignon blanc et la muscadelle (mais curieusement pas de sémillon), ainsi que trois locaux: le loin de l’œil, le mauzac et l’ondenc. Ce dernier doit aussi sa survie en grande partie au déjà nommé Plageoles qui non seulement a beaucoup oeuvré pour la conservation de variétés locales, mais aussi, par la qualité de ses vins, a inspiré d’autres à replanter ces variétés autrefois plus présents mais devenu presque inexistants suite au phylloxera et ses suites productivistes.

Dégustation de vins issus de cépages dits autochtones

Je n’aime pas beaucoup ce terme «autochtone». Est-ce à cause de quelques relents maurassiens que je crois y déceler ? Est-ce ma paranoïa (généralement bien cachée) d’étranger? Ou est-ce parce que je trouve qu’il est singulièrement difficile de pointer avec certitude une origine géographique spécifique pour un cépage quelconque? Peu importe. En tout cas la dégustation récente à laquelle j’ai pu assister à Paris était consacrée aux vins issus de variétés ainsi désignées.

Mais il ne suffit pas de dire «cépage rare» pour s’extasier devient un vin qui en est issu. Tout vin doit être jugé selon le plaisir gustatif qu’il procure, même si on a forcément de la sympathie pour des cépages rares. Et, dans le cas de cette dégustation, je dois dire que le compte plaisir n’y était pas, assez souvent car sur les 36 vins dégustés, je n’ai trouvé que 10 que j’aurais vraiment aimé boire. Je veux bien que toute l’appellation n’était pas présente, et que certains des producteurs les plus réputés n’ont pas envoyé (ou très peu) d’échantillons, mais j’estime qu’un score pareil est faible de nos jours. Voyons cela de plus près, par type de vin.

Mauzac_G2_CS_crGrappe de mauzac

Méthodes ancestrales

Les régions qui ont conservé, en tant qu’appellation réglementée, cette manière, la plus ancienne, de faire des vins à bulles, ne sont pas nombreuses : Gaillac, Limoux, Die et Bugey/Cerdon me semblent être les seules appellations concernées, hormis quelques producteurs isolés par ci par là mais qui ne sont pas, je crois, encadrés dans des systèmes d’appellation contrôlées (et ce n’est pas une reproche). A Gaillac, le cépage utilisé pour ce type est le mauzac, exclusivement si je ne me trompe pas.

Il y avait 8 vins de ce type présentés et j’an ai retenu trois.

J’ai beaucoup aimé le vin de Château de Rhodes, délicieux par sa qualité de fruit, sa finesse de toucher et son équilibre aussi délicat que savoureux qui laissait une part faible au sucre, aidant la profondeur des saveurs sans les alourdir. Château l’Enclos des Roses et Château de Terrides ont aussi présenté des vins très appréciables de ce type.

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Blancs secs

Le sous-thème de cette dégustation tournait autour des cépages « autochtones » et donc n’ont été présenté que des vins qui contenaient une part importante d’une ou plusieurs des trois variétés suivantes : loin de l’oeil (len de l’el en occitan), mauzac ou ondenc.

12 vins de ce type ont été présentés.

J’en ai retenu un nombre assez faible : trois. Domaine Rotier cuvée Renaissance 2014, (80% len de l’el, 20% sauvignon blanc) avait pour lui vivacité, structure et une certaine complexité, avec un équilibre plaisant et une bonne longueur. Château l’Enclos des Roses a produit un bon Premières Côtes 2011 salin et salivant, savoureux et sec en finale (100% mauzac). Un autre vin de la désignation Premières Côtes m’a plu, le Domaine de Brin, Pierres Blanches 2014 (65% mauzac, 35% len de l’el), malgré une légère impression de lourdeur.

Aucun vin rosé n’a été présenté. Pourquoi ? En ont-ils honte malgré les 34% que ce type de vin pèse dans la production de l’appellation ?

1288253313braucolGrappe de braucol

Les vins rouges

C’est ici que la diversité de styles était la plus marquée. Braucol (nom local pour le fer servadou), duras et prunelart/prunelard étaient les régionaux de l’étape, parfois en mono-cépage, parfois en assemblage, avec ou sans des apports bordelais ou d’ailleurs (syrah en particulier).

DurasGrappe de duras

Le prunelart est une variété ancienne, autrefois plus largement plantée dans la région et qui a failli disparaître, comme d’autres, avec le phylloxera. Ce sont les travaux de Robert Plageoles qui l’ont sauvé de l’oubli et, probablement, de la disparition. D’autres vignerons ont vu l’intérêt de ce cépage malgré son faible rendement. Il semblerait qu’il est un des parents du malbec, l’autre étant une obscure variété appelle madeleine noire des charentes. Je ne sais pas si j’ai bien compris mais j’ai l’impression que cette variété n’est admis, pour l’instant, que comme ingrédient assemblé à Gaillac, car les deux vins mono-cépage de prunelart que j’ai goûté étaient étiquetés en Vin de France.

Prunelard_N__grappe_Grappe de prunelart

16 vins étaient présentés en rouge sec

J’en ai retenu cinq, ce qui n’est pas grandiose comme taux de réussite. Trop de vins présentaient des défauts, soit de réduction soit avec une forte présence de bretts, soit souffraient d’une extraction ou d’un boisage que j’ai estimé excessif. Le meilleur pour moi était le Duras de Robert et Bernard Plageoles 2012, le seul vin présenté par ce domaine phare de l’appellation. Il m’a semblé vif, frais et très juteux, parfaitement équilibré et parfait à boire maintenant. Je sais par expérience aussi que ce vin se garde également très bien ayant quelques vieux millésimes dans ma cave. Ensuite le Domaine Rotier, l’Ame 2010 (80% duras, 20% braucol). Plus ferme que le vin précédent malgré son âge, il montrait une combinaison intéressante entre austérité et fraîcheur, sans avoir la qualité de fruit du vin des Plageoles. Château l’Enclos les Roses a aussi produit un beau 2010 dans un style plus riche, charnu et dense : sa puissance et sa longueur sont le gage d’une bonne garde. J’ai aussi beaucoup aimé le Domaine de Brin Vendemia 2014 (duras 70%, merlot 30%) pour son caractère juteux et bien fruité, le tout avec une belle longueur. Enfin un pur prunelart : Domaine de Salmes Prunelart 2010 (Vin de France). Ce vin m’a séduit par sa concentration assumée qui n’a ni négligé une bonne dose de fraîcheur, ni de la finesse dans l’extraction des tannins.

 

Conclusion

Alors oui, de bonnes choses et des vins intéressants, y compris par leurs différences et originalités, mais il y avait bien trop d’inégalités pour une appellation qui doit encore faire ses preuves dans le domaine de la régularité dans la qualité entre ses différents producteurs. La semaine prochaine je vous parlerai d’une appellation qui m’a présenté un tout autre visage sur ce plan.

 

David Cobbold

 

 

 

 

 

 


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Patientia requiritur vinum

Sonnez trompettes, descendez esprit saint de Noël, vibrez clochettes et la bise au petit Jésus qui attend sagement dans son berceau de paille !

Oui, bientôt, proche du sapin (dieu que ça sent la mort…), vont revenir les repas de luxe, les pugilats de famille, les panoplies de Star Wars, les sempiternelles prouesses gastronomiques passablement astronomiques quand il s’agit de faire les comptes et qui plus est sont si souvent refoulées par l’estomac trop gâté. Et par dessus le marché, monseigneur le vin et son cortège parfois insupportable de poncifs, de commentaires jetés en l’air à qui mieux-mieux, de phrases savantes éructées comme pour honorer chaque bouteille servie et montrer que tonton Michel, lui, au moins, il s’y connaît. Et trop souvent de nos jours, ces paroles blessantes et assommantes pour le vin, au premier rang desquelles ces mots aussi définitifs qu’assassins : « Mais il est trop vieux ton pinard, tout juste bon pour l’évier » ! Les mêmes qui disent ça trouveront sublime le vin bouchonné ou marqué par la planche de chêne.

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Alors, d’emblée un conseil amical me vient à l’esprit : plutôt que de choisir entre bienveillance de circonstance ou énervement justifié face à un tel affront, respirez un bon coup et sachez vous montrer patient. Adoptez l’esprit de Noël en ne pensant qu’à vous, en vous retranchant, en prenant le temps de vous isoler pour mieux saisir ce que le vin tente de vous chuchoter. Car le vin ne parle vraiment qu’à ceux qui ont la patience de l’écouter.

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Ne laissez pas le vin vous noyer l’esprit…

Je m’explique. Lorsque je m’entends dire à la cantonade qu’il faut laisser du temps au vin, ne pas se précipiter dessus, l’attendre un chouïa, j’ai la désagréable sensation que mes compagnons de table pensent tout bas : « ça y est, v’la le vieux qui radote encore… » C’est vrai que, trop souvent je suis le plus âgé de la bande, mais ce n’est pas une raison pour ne pas m’écouter dans mon rôle d’amateur mesuré ou d’amoureux transis… Mais diable, c’est vrai quoi ! Face au vin, il faut se montrer patient. La patience est une des vertus que je place en tête de mes préoccupations, même s’il n’est pas rare que je sois le premier à m’énerver lorsque, notamment, les convives expédient le vin de manière un peu trop précipitée. Retenez-vous bande d’abrutis ! Et prenez le temps de considérer le vin avant de vous prononcer. Soyez à son écoute.

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Voulez-vous savoir mon souhait le plus ardent en cette fin d’année ?  J’aimerais tant, face à un grand Jurançon ou à un Petit Chablis , que l’on entende pour une fois ma plaidoirie – et celle des autres – plutôt que de laisser les démolisseurs prendre le dessus de la conversation et foncer tête baissée à la guerre comme à la guerre. Pourquoi suis-je en train d’écrire tout cela ? Allez, je vous fais une confidence rétroactive et vous plante le décor : mes copains, mes p’tits gars (c’est plus fort que moi, je pense toujours être le plus vieux, donc le plus docte, le plus sage, etc), mes partenaires de vignes sont un dimanche à la table de Victoria Robinson, à Collioure. Il fait beau dans cette ruelle sans bagnoles qui ruisselle presque de chaleur. La cuisine de notre anglaise olé-olé – Victoria est très hispanisante – est précise, originale et alerte tandis que les bouteilles sont débouchées fraîches pour un traditionnel repas d’après vendanges.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Et voilà t’y pas qu’ils sont tous en train de me chanter l’air du « notre Carignan, ce n’est pas un grand vin et il n’ira jamais très loin. Et en plus, à 9 € départ cave, il est trop cher quand on le compare aux autres« . J’ai beau leur expliquer en long, en large et en travers que nous n’avons qu’un hectare de vieilles vignes ne dépassant pas les 20 hl/ha, leur présenter un magnum de 2010 mis de côté dans mon bureau, flacon que je trouve certes un poil étriqué, mais d’un équilibre remarquable, s’ouvrant sagement et convenablement dans le verre, d’une très honnête « allonge«  comme on dit maintenant dans les salons et les magazines pour faire connaisseur, longueur rehaussée d’un agréable vent de fraîcheur (j’adore complimenter notre Puch), rien n’y fait ! J’ai l’impression d’être le seul à l’aimer, le seul à lui trouver de l’intérêt. Mieux, plus j’ai la patience de l’attendre et plus il vient vers moi.

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Cette scène se répète bien trop souvent à mon goût de nos jours. C’est à qui enverra promener un noble Muscadet qui aurait besoin de quelques minutes pour se réveiller. À qui démolira l’aimable Volnay qui n’a même pas le temps de se frotter les yeux. À qui dézinguera mon cher Juliénas quelque peu paresseux qui tente désespérément de rester encore un instant emmitouflé sous sa couette. C’est alors que mon sang ne fait qu’un tour et je déplore parfois sans retenue que l’on ne sache plus aborder le vin avec patience, comme il le faudrait, tel que je l’ai appris. « Peut-être est-il trop vieux » ?, se hasarde une voix. Rien n’y fait. Ce vin est trop vieux, point final. Circulez, la messe est dite et le vin ne fera même pas de vinaigre. Ite misa est. Amen ! Une fois de plus, la face cachée du vin n’aura aucune chance de s’exprimer.

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Alors oui, on en est là : plus personne, hormis quelques rares originaux, passant automatiquement pour des passéistes poussiéreux, plus un buveur ne reconnaît l’intérêt d’un vin vinifié sans chichi et sans artifices ouvert cinq ans au minimum après sa récolte. On préfère disserter sur le vin dit nature, sur le zéro soufre ou le zéro intrants, sur le demi-muids en ciment brut, sur la cuve en terre cuite de forme ovoïde sensée apporter un je-ne-sais-quoi en plus, mais personne au grand jamais n’admettra que ce vin puisse avoir les cuisses d’un Jupiter et quantité de tripes dans le ventre. Pourquoi ? Parce qu’il n’est ni Bordeaux, ni Bourgogne, parce que son degré est sage, que ses tannins sont lisses, qu’il a plus que les doigts d’une seule main en nombre d’années de bouteilles, parce qu’il est carrément carignan et qu’il lui est arrivé une fois ou deux de se faire estampiller « bon vin de copain« . Branle-bas de combat, le voilà rangé ni une ni deux au rayon des petits vins pas chers, de vins freluquets du genre à brader en priorité aux cavistes de grandes surfaces avec pour message : à boire d’urgence !

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Car dans ce monde de zapping ou tout doit aller très vite, on en est là : le resto-bistro-cave du quartier, il lui faut du vin à la page comme disait ma Mémé (bises, au passage…), un vin tendance qui change d’étiquette (si possible marrante) toutes les semaines, il faut des petites commandes, de la nouveauté à tire-larigot, du nez, de la cuisse, du relief dans toutes les couleurs, dans tous les styles, mais avant tout, il faut des vins à boire vite. Du vin à consommer sur le pouce, comme celui dont on se sert pour faire fonctionner au doigt et à l’oeil le dernier iPhone ou la tablette iPad Air 2 que l’on jettera dans six mois. WP_20151018_035.jpg

J’en reviens donc à mon 2010 en magnum. Il était tellement à chier que les trois-quarts de la table se sont resservis. Et comme il ne restait plus grand-chose d’autre à la fin du fromage, plusieurs convives se sentirent obligés de finir le magnum et d’admettre que, finalement… il n’était pas si mal, bien plus intéressant qu’au début grâce à l’aération. J’en rigole encore. Quant au 2013, actuellement encore en vente pour quelques mois, et un peu sur la réserve, son équilibre et sa fraîcheur sont parmi ce que l’on a fait de mieux : il commence juste à sourire et il sera à point d’ici l’approche de la décennie 2020. Ce que je dis là pourrait s’appliquer à quantité d’autres vins de la Loire, du Sud-Ouest, du Centre et d’ailleurs souvent bien trop vite expédiés ad patres.

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Aujourd’hui, pour les soi-disant amateurs, comme pour les cavistes, bistrotiers ou restaurateurs branchés jus de la treille, on décrète qu’un vin a passé un certain cap avec un sens prononcé pour l’arbitraire, l’urgence ou le jugement hâtif. Il faut passer au plus vite à un autre vin sans même laisser l’ombre d’un espoir à celui que l’on goûte alors que, c’est bien connu, il traînera un peu des pieds et ne s’exposera pas dans l’immédiat. Or, ce n’est pas parce que ce vin ne vous dit pas grand chose qu’il faut le boire sans réfléchir, ne pas l’attendre, ne pas lui donner une seconde chance, ne pas lui laisser de place et de temps pour l’épanouissement, lui ôter d’emblée, et sans autre forme de procès, toute possibilité d’afficher son caractère, sa profondeur, son esprit, son tempérament. J’en ai eu encore la preuve l’autre jour avec un riesling de plus de 15 ans bu et assimilé sur trois jours, un vin dont je vous reparlerai prochainement.

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Pas le temps de le laisser respirer, pas le temps de le regarder, de le considérer, de l’écouter, que déjà il est catalogué et passe pour un has been. Entendons-nous, je n’ai jamais proclamé que ce beau jus de 2010 dont je parlais plus haut irait jusqu’à dépasser la décennie, mais c’est le principe qui m’écœure, me blesse et me fait réagir. Et c’est pour cette raison qu’au moment des fêtes et même après, faîtes-moi le plaisir d’être plus ouvert, moins hâtif, moins catégorique. Prenez le temps de laisser vos préjugés au vestiaire. Et même avec le Champagne, soyez patients !

Michel Smith

(Photos©MichelSmith, sauf pour la dernière)

Post scriptum – Si je vous ai fait le coup du titre en latin (ma deuxième langue écrite de l’époque, mais tout de même merci Google), ce n’est pas pour faire mon intéressant, ni pour me faire corriger par Léon, allias Luc Charlier, mais plutôt pour m’amuser, me souvenant tout à coup de mes premières bitures – je devais avoir 8 ans, et je vous assure qu’elles étaient très légères en quantité et suffisamment fortes en intensité pour que je m’en souvienne – lorsque je remplissais avec soin les burettes sur le meuble de la sacristie pour le service de la messe du curé de la chapelle Sainte-Barbe de Vineuil, village proche de Chantilly, lieu de culte qui, dans ce creux des années 50, était encore bigrement fréquenté et dont la crèche était fort appréciée !

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Rugby World Cup (3 et fin): le rugby, c’est boolshit, comme le foot !

Je parle du marchandising qui tourne autour, surtout celui du vin. Z’avez vu les belles bouteilles qu’on sort pour ce genre d’évènement ? Déjà pour le foot avec son ballon rond, c’est moche. Mais pour le rugby, on a l’impression que la bouteille subit une mauvaise grossesse avec son profil de polichinelle au goître hypertrophié.

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Dans un style plus cubique, voici les BiB de la cave de Buzet. Très original, j’espère qu’ils en enverront au Mondial du BiB. La cave avait sorti ça en 2011, j’ai l’impression qu’elle n’a pas récidivé, dommage, y avait de l’idée.

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Y a aussi la série de bouteilles à l’étiquette qui fait référence au ballon ovale. Flacons qui sont rarement bus et finissent sur l’étagère des aficionados. Qui ont d’ailleurs raison de ne pas les déboucher, la déception est souvent bien plus grande que la transformation ratée d’un essai à 1 min de la fin du match.

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Par contre, celles au ballon se débouchent, la preuve. Mais on en boit pas trop…

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Photo : http://www.moipourvous.net/article-29275148.html

Y a des trucs plus design, comme le porte-bouteille de Pierre Lacaze. C’est un peu encombrant, mais ça a de la gueule. A réserver aux grands évènements.

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Ou le coffret à bouteille de forme ovoïde dans laquelle on peut aussi transporter par exemple une bouteille de cuvée Bulles de l’Ovalie de Fleury-Gilles à forte proportion de Pinot Meunier. http://www.champagne-fleuryetfils.fr

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Ou celui du Château Lagrezette à Cahors, sorti il y a quelques années et qui contient un très beau 100% Malbec.

81103627_oY a le mignon tire-bouchon en étain signé Arvilux. Un joli cadeau pour qui aime à la fois le sport et le vin… et qui possède une bonne poigne.

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Des accessoires qui combleront les envies des supporters!

Terminons par une jolie dégustation

Fictive, bien sûr (me revoici dan sel second degré, attention!). Toute ressemblance avec une cuvée existante serait le fruit du pur hasard…

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Trois couleurs qui font envie dans leur écrin ovale

La Cuvée Drop 2015 (c’est l’avantage de l’hémisphère sud) Peel-Off Vineyards

Blanc lumineux comme un ciel Sud’Af’, il offre un nez quelque peu végétal qui rappelle les belles pelouses avant le match, mélange de gazon fraîchement coupé, de chaux fraîchement appliquée et de terre fraîchement humide. Cette dernière renforce le caractère minéral du vin. Minéral salin qu’on goûte tout de go en bouche.
Il possède une jolie trame et des arômes francs qui sautillent comme un springbok sur les papilles.

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La Cuvée Wallabies 2015 Turnover Vineyards

Rosé à la belle nuance orangée comme l’Ayers Rock en Australie, il fleure bon les chaussettes après l’entrainement, mâtiné de fruits en mêlée. Léger comme un ailier, il propose avec délicatesse quelques prunes et pêches aux All Blacks, bien distribuées.

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La Cuvée Grand Chelem 2010 Domaine Tripdanglais

Rouge violacé comme l’œil poché d’un demi après la mêlée, il respire le cuir et la sueur. C’est un beau vin qui a du muscle et du caractère, les tanins bien hérissés comme les poils d’un pilier. Certes saucé, il a ce relent d’ail façon pesto qui lui donne un air italien. Avec le temps, il prend l’accent métallique du tartare à la roumaine.

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Une belle dégustation!

Et vive le XV de France, j’ai toujours bien aimé cette équipe, dans la dèche comme dans la victoire.

Ciao

 

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Marc

Photo©MichelSmith


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Dégustation : comment prendre de bonnes notes ?

Un petit exercice de rentrée pour rester dans le coup, ça vous dit ? Il aura fallu une chronique récente d’Andrew Jefford, sur Decanter, pour que je revienne à ma façon très personnelle sur l’art et la manière de déguster, ou plutôt sur le moyen idéal de prendre des notes en cours de dégustation, y compris dans les cas les plus périlleux où les prétendants champions vous bousculent et lâchent leurs appréciations à haute voix incapables qu’ils sont de prendre des notes. Bon, vous allez me dire que ce qui compte le plus, c’est un carnet de notes et un crayon. Bien vu, mais je vous affirme portant que cela ne suffit pas. Non que je me prenne pour un crack dans ce genre d’exercice que je pratique de moins en moins d’ailleurs, mais plus parce qu’il me paraît manquer quelques éléments d’importance dans le court exposé d’Andrew Jefford, je me permettrai d’ajouter mon grain de sel au plat servi de manière compilée mais efficace par ce distingué journaliste britannique qui a la chance d’habiter dans l’Hérault.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour ceux qui ne lisent pas le shakespearien (nul n’est parfait !), je résume ce qu’il nous dit à propos de la pratique qu’il conviendrait d’avoir dans la rédaction de notes de dégustations. En premier lieu, pas de « salade de fruit », ou du moins pas trop. En cela il n’a pas tort : se limiter à une demi douzaine de fruits et (ou) d’épices par vin, cela suffit amplement. Il ne s’agit pas de compiler. En seconde position, Jefford aborde la structure qu’il recommande de ne pas négliger. Là, je suis aussi d’accord. Troisième aspect, l’équilibre et l’harmonie. Idem, nous sommes bien sur la même longueur d’onde. Ensuite, Andrew nous conseille de prendre position. Et de dire pourquoi nous aimons ce vin, ou pourquoi on le déteste. C’est vrai, c’est capital. Soyez compréhensif, nous invite-t-il par la suite, expliquant qu’il faut prendre le temps de comparer le vin à d’autres, de parler de son avenir. Et pour finir, il nous demande de nous surprendre, d’en dire plus en quelque sorte, de se laisser aller vers la poésie du vin. Pourquoi pas, c’est une agréable façon de voir le vin, non ?

L'équipe de la RVF au boulot ! Photo©MichelSmith

L’équipe de la RVF au boulot ! Photo©MichelSmith

Tout cela est parfait, mais en tant que Français, donc passablement doté d’un esprit cartésien, je me dois d’intervenir et d’ajouter mon grain de sel : et je le fais sans aucune prétention, car, si je déguste volontiers, je me refuse de passer pour un de ces horribles experts qui hantent la winosphère. En effet, j’ai peut-être mal lu, mais il manque un distinguo de taille dans l’énoncé de Jefford. Car, prendre des notes sur un vin, c’est un peu comme si un médecin tâtait le pouls d’un malade à un moment donné, matin ou soir, bon ou mauvais. Du gris dehors, une pression psychologique à l’intérieur de vos murs, des pensées noires ou roses qui vous turlupinent le ciboulot, le banquier que vous avez envie de zigouiller, le nouvel amour de votre vie que vous rêvez d’honorer, un courant d’air froid ou chaud qui traverse la table, un parfum de produit d’entretien ou une overdose de patchouli vulgaris, tout est fait lors d’une dégustation pour vous mettre des bâtons dans les roues, vous pourrir la vie et vous bousiller le peu de jugeote que vous pourriez encore avoir en réserve.

Prises de notes codifiées dans les concours...Photo©MichelSmith

Prises de notes codifiées dans les concours… Pas de place pour la poésie ! Photo©MichelSmith

Tout cet encombrement d’esprit, il conviendrait de le noter, non pour chaque vin, mais en tête de dégustation en même temps que la date, l’heure de la journée et le lieu. Par exemple, de la sorte : « Circonstances défavorables en ce matin du 10 Décembre 2020 : il fait moins douze dehors. En plus, ma femme m’annonce qu’elle demande le divorce et qu’elle exige la garde de ma nouvelle Ferrari. J’ai appris qu’elle me trompait avec le plombier… ou le facteur, je ne sais plus. Mon voisin de dégustation est l’horrible Nestor Boideleau qui pue du bec et s’est arrosé de Fleur de Chablis de Dior ». Nanti de cette observation, vous pouvez certes vous en remettre aux directives d’Andrew Jefford. Tout en puisant un peu dans ce qui suit.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Autre aspect de la prise de notes lors des dégustations, ce bougre d’Andrew, à mon grand étonnement, ne parle pas de notations sur 20 ou sur 100, ni même d’attributions d’étoiles que je pratique de mon côté. Il aurait pu au moins se prononcer là-dessus de manière catégorique, voire recommander un autre système. Comment s’y prend-il lui ? Pour ma part, le système d’étoiles (de un à cinq) me permet d’avoir une vision globale de la dégustation et de repérer rapidement, même plusieurs années après, le ou les vins ayant retenu mon attention. Et puis, s’il y a une autre chose qu’il me paraît important de noter, c’est bien la sensation de fraîcheur désaltérante qui se dégage d’un vin même rouge. Peut-être le journaliste, contraint au raccourci, à la synthétisation si commune dans les rédactions de sites Internet, voulait-il mettre cela sous le registre de l’équilibre ? Allez savoir…

Photo©MichelSmith

Difficile de noter avec un risotto à la truffe… Photo©MichelSmith

Bien sûr, il convient aussi d’analyser la qualité des tannins, et surtout la netteté de la matière. Ne pas oublier non plus la sacro-sainte persistance en bouche, ce temps bref réservé aux caudalies (on l’évalue mentalement en secondes) où le goût du vin, surtout s’il vous paraît bon ou intéressant, va mettre plus ou moins de temps à s’évanouir dans votre palais. Moi, ce truc là, en dehors du plaisir plus ou moins intense ressenti, j’y tiens énormément lorsque je sens que je suis confronté à un grand vin. C’est à ce moment-là qu’un Terrasses du Larzac peut en remontrer à un Pomerol, ou qu’un Collioure peut-être plus spectaculaire qu’un Bandol. Là enfin où l’on peut se hasarder à envisager une durée de vie optimum pour le vin et même oser la quantifier.

Photo©MichelSmith

Le journaliste allemand André Dominé au travail. Photo©MichelSmith

Merci quand même au journaliste anglais de nous avoir donné un aperçu de ce qu’il convient de relever et de noter en goûtant un vin. Mais peut-être avez-vous, vous aussi, un point de vue sur ce sujet ? Peut-être avez vous une observation à faire sur la prise de notes la plus efficace lors des dégustations ? À moins que vous ne fassiez partie des quelques amateurs qui s’en passent volontiers ! Ne prenant pas de notes, peuvent-ils être considérés dès lors comme étant de vrais amateurs ?

Michel Smith


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Le Chenin dans tous ses états

S’est tenue, vendredi dernier à Faye d’Anjou, une journée d’étude sur le cépage chenin blanc. Trois des 5 y ont assisté, et Hervé puis Marc auront probablement, plus tard cette semaine, des choses à en dire. A moi donc d’ouvrir le bal.

IMG_7060Cette journée était organisé dans le petit village désertique (plus de café et la moitié des maisons à vendre) de Faye d’Anjou avec l’intitule suivant : « La Chenin, histoire et actualités »

D’abord, félicitations aux organisateurs pour leur initiative et la qualité des interventions qui furent denses et rarement trop longues. Je crois n’avoir dormi que pendant deux d’entre elles ! Puis ils ont eu la bonne idée d’y associer des travaux pratiques avec deux dégustations de chenins ligériens. J’espère qu’une prochaine fois la chose aura une envergure plus internationale, comme les regrettées journées de chenin avec concours qui ont eu lieu à Fontevraud il y a quelques années. J’ai le souvenir, à ces occasions, du refus stupide de l’appellation Vouvray de présenter des échantillons à ce concours, en disant, le nez fermement orienté vers le ciel, « mais nous ne produisons pas de chenin, nous produisons du vouvray ». Vu ce que Jim a raconté récemment sur ce blog, cette appellation-là n’est pas à une décision inepte et mesquine près !

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Le chenin blanc est une variété quelque peu paradoxale : versatile quant aux types de vins produits (blanc secs, demi-secs, liquoreux ou effervescents), adaptable à une large gamme de climats (du tempéré au chaud),  elle est également exigeante au niveau des soins et de la surveillance lorsqu’il s’agit de produire des vins de haute qualité, comme elle a une grande sensibilité à son emplacement (exposition etc). Mais le paradoxe est, qu’à la différence des chardonnays, sauvignon blanc et, à moindre degré, riesling, le chenin a manqué une grande carrière internationale, du moins jusqu’à présent. Les causes sont certainement multiples. On pourrait citer en premier lieu des facteurs geo-économiques : le Val de Loire n’ayant jamais obtenu ce statut de région de référence stylistique qui a fait la fortune de Bordeaux, de Bourgogne ou du Champagne. La faute aussi à une absence historique d’une négoce aussi qualitative que puissante, ce qui est à l’opposé des trois régions déjà cités, auxquelles on peut rajouter la Vallée du Rhône. L’absence d’une ville majeure de référence qui concentre une grande partie de l’activité commerciale de la région a du aussi joueur en sa défaveur : en effet, Nantes n’a jamais été une ville de vin comme Bordeaux, Beaune ou Reims/Epernay, et ni Angers, ni Tours n’ont pu prendre cette place-là.  Puis il faut aussi citer le rôle de cépage « tout-venant » que l’Afrique du Sud, qui est le pays ayant de loin la plus grande surface de chenin au monde, à donné à cette variété. Ainsi l’Afrique du Sud n’a jamais mis le chenin en avant, comme, par exemple, les argentins l’ont fait pour le malbec. Et en France, ses surfaces sont divisées parmi un grand nombre de petites appellations dont les notoriétés peinent à franchir les frontières de l’hexagone. Même si ce n’était pas le cas, le refus de la plupart des producteurs de mettre le nom du cépage sur leurs étiquettes (ce qui est pourtant autorisé), n’aurait rien fait pour améliorer sa reconnaissance par un public plus large que quelques aficianados.

IMG_7066Patrick Baudoin est le Président du Syndicat Anjou Blanc. Il est aussi le producteur d’un des meilleurs vins de la région que j’ai pu déguster ce jour-là.

Car les faits sont têtus malgré tout le bien que nous pouvons penser du potentiel de ce très intéressant cultivar (j’ai dégusté à diverses occasions des vins formidables issus de plusieurs appellations ligériennes, mais aussi sud-africains, aussi bien en sec qu’en liquoreux), et malgré son ancienneté indiscutable. Si Rabelais le mentionne dans Gargantua en 1534 dans un phrase qui évoque déjà la vinothérapie (note 1), la variété est surement plus ancienne, le chenin blanc  n’occupe que la 28ème place (chiffres de 2010) dans le palmarès des variétés les plus plantées au monde, et le 11ème ou 12ème parmi des variétés blanches. En France, son lieu d’origine probable (mais pas certain), le chenin n’occupe que le 16ème place. L’Afrique du Sud en possède presque deux fois la surface de la France (18,500 hectares contre 9,800 hectares), mais ailleurs il ne pèse pas lourd et il s’est assez peu répandu car quatre pays, en incluent les USA et l’Argentine, totalisent 95% des surfaces totales dans le monde. Cela dit, il est entendu que ce n’est ni la notoriété ni le nombre d’hectares plantés qui déterminent le potentiel qualitatif d’un cépage. Regardez aussi le grüner veltliner, ou, plus rare encore, la petite arvine ! Mais le rôle historique de la France en établissant des benchmarks pour des vins de qualité via un certain nombre de cépages aurait dû, il me semble, donner une place plus importante au chenin blanc. Cependant la roue tourne et on peu espérer qu’elle tournera vers une plus grande reconnaissance ce cette grande variété à l’avenir.

IMG_7062Savennières est probablement une des plus consistantes des appellations de chenin. Voici un des bons que j’ai dégusté

 

Pour poursuivre le chapitre technique et historique, l’ampélographe Jean-Michel Boursiquot nous a confirmé qu’un des parents du chenin blanc est le savagnin ou traminer, mais que l’autre reste à découvrir. En revanche il a énormément de liens de parenté avec un grand nombre d’autres variétés, aussi bien en France (le colombard, par exemple) que dans des pays aussi éloignés que l’Autriche ou le Portugal. Comme toute variété ancienne, le chenin a beaucoup de synonymes. Il a aussi au moins un faux ami : le chenin noir, qui lui est totalement distinct sur le plan ampélographique. Si la mobilité des cépages était, au moyen âge, le résultat des déplacements monastiques ou des lubies des puissants, elle a pris une autre ampleur, plus commerciale, à partir de la fin du 18ème siècle, comme nous l’a expliqué l’historien Benoit Musset. Ainsi on trouve du chenin dans le sud-ouest et dans le Languedoc (à Limoux notamment).

IMG_7067Ce vin magnifique de l’obscure appellation Anjou Coteaux de la Loire, est fait avec des raisins confits.

 

Aujourd’hui, la grande interrogation des producteurs de chenin ligériens est de savoir vers quel type de vin faut-il s’orienter. La production des liquoreux selon une méthode naturelle est assujetti à des variations du aux conditions climatiques qui rend l’exercice aléatoire et donc peu rentable. Vous rajoutez à cette difficulté déjà majeure une désaffection quasi-générale pour des vins sucrés et vous avez déjà la réponse ! Bulles ou vins secs, certainement. Pour la bulle, elle occupe déjà une bonne partie de la production, même s’il est difficile de qualifier la part de chenin dédié à cette part, car la plupart des 6 appellations ligérienne de vins effervescents autorise des assemblages avec d’autres cépages, particulièrement le chardonnay. Mais est-ce que la valorisation est suffisante dans ce cas ? On ne recherché pas une grande concentration (certains duraient « minéralité ») dans ce type de vin et cela nuirait probablement à un usage intelligent des meilleurs sites.

IMG_7063Un autre bon Savennières

 

Pour éviter d’être trop sérieux dans cette affaire, qui pourtant le mérite amplement, j’ai proposé le texte suivant aux organisateurs en guise de conclusion : « le chenin est long et la pente est parfois raide, et, chenin faisant, j’ai croisé Miss Botrytis et Mlle Bulles. Un jour il fera sec j’espère. »

Je sais qu’il est de bon ton de moquer la réalité des marchés, et donc du marketing. Mais là encore les faits sont têtus. Combien d’habitants de New York, grande ville de consommation de vins de qualité, savant que le chenin blanc est le cépage de l’appellation Anjou ? Ou qu’Anjou se trouve en Val de Loire ? Le producteur du vin ci-dessous semble avoir tout compris au problème du lien entre étiquette et consommateur. Il s’agit de l’informer, et non pas de le mystifier. Non seulement tout est résumé avec élégance sur l’étiquette, mais le vin est aussi très bon.

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Une dégustation faite il y a un peu plus d’un an (voir ici https://les5duvin.wordpress.com/2014/07/14/la-difficile-conversion-des-habitudes-le-cas-des-anjou-blanc-secs/) m’a révélé, pas pour la première fois, tout le potentiel qualitatif des Anjou blancs. Cette fois-ci j’ai dégusté bien moins de vins, mais issus de différentes appellations, car Saumur et Savennières, sans parler des bulles et vins doux, étaient aussi de la partie. Je pense qu’un des mes collègues  évoquera la dégustation de 80 vins qu’ils ont pu faire la veille de ce colloque, mais je tiens à mentionner quelques vins que j’ai beaucoup aimé et qui étaient présentés dans une dégustation qui a clôturé la journée :

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Savennières

Château de Breuil

Domaine de Closel, Clos du Papillon 2011

Dpmaine Laureau, Les Genêts 2005

Domaine aux Moines 2013

Anjou blanc

Domane Cady 2014

Domaine Ogereau, En chenin 2013

Domaine Patrick Beaudoin, Les Gâts 2012 (un grand vin pour moi)

Domaine de Juchepie, Le Clos 2012

 

Pour finir sur une note de (grande) douceur, et pour rendre hommage aux grands vins doux et moelleux produits avec le chenin, j’ai aussi beaucoup aimé ce vin :

Anjou Côteaux de la Loire

Musset-Roulier, Raisins Confits 2010

 

David Cobbold

 

1). « Et avec gros raisins chenins estuvèrent les jambes de Frogier, mignonnement, si bien qu’il fust tanstot guerry. »
François Rabelais GARGANTUA 1534 LIVRE I chap. XX

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