Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Dégustation exceptionnelle de vénérables apéritifs à base de vin !

C’est Jean-Pierre Rudelle, le caviste du Comptoir des Crus à Perpignan, qui avait organisé cette dégustation pour ses clients ; il a eu la gentillesse de m’y inviter.

Déguster un bon apéritif au goût d’autrefois, voilà un plaisir dont je ne me serais privée pour rien au monde ! Jean-Pierre nous a proposé 5 apéritifs aujourd’hui oubliés et qui sont à redécouvrir; en outre, il s’agissait de très vieilles bouteilles dénichées tout au long de sa vie professionnelle et qu’il nous a généreusement, fait partager.

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Ambassadeur Cusenier rouge, fin des années 80

Rappelez-vous la publicité :« L’Ambassadeur, quelle excellence ! « 

Pour mémoire, l’Ambassadeur est un apéritif à base de vin, un mélange de vins doux naturels et de plantes aromatiques : quinine, écorces d’orange, bigarade, vanille, cacao, gentiane… Titrant 16°, il est conservé au moins deux ans en foudre de chêne. Il a été créé en 1936 par Pierre Pourchet. Il appartient maintenant au groupe Pernod-Ricard.

Sa robe rubis était légèrement tuilée, le nez  très expressif était marqué par les agrumes, j’ai aimé son côté sucré-amer et très parfumé notamment par l’écorce d’orange et la gentiane. Je n’ai pas l’impression qu’il se soit complexifié en vieillissant; il a perdu en couleur et m’a paru plus doux, plus sucré que celui qu’on peut gouter aujourd’hui. L’amertume est due à la quinine, cette plante qui a des vertus médicinales, qui excite les glandes salivaires et stomacales, qui développe l’appétit et facilite la digestion.

 

 

Cinzano, bouteille des années 50, environ 60 ans

La couleur était marron foncé avec des reflets verdâtres, le nez offrait des notes de cacao, de réglisse avec un côté médicinal très prononcé. En bouche, le sucré et l’amer s’équilibraient, mais toujours cette impression un peu sirupeuse, qui cependant n’était pas lourde. A la maison on aurait pu y rajouter une rondelle de citron pour le rafraîchir et l’accompagner d’olives…

 

 

Entrepôt Vinicole Corbières Roussillon / »Malaga français », bouteille des années 50, environ 60 ans.

C’était la première fois que je buvais un « Malaga français », j’imagine que le succès du vrai Malaga a donné des idées aux négociants catalans, et comme la législation de l’époque ne l’interdisait pas pourquoi s’en priver. Je ne sais pas comment il a été élaboré, je n’ai rien trouvé concernant cette bouteille, ni sur les « Malagas français ».

Sa robe offrait une belle couleur acajou, le nez annonçait beaucoup de douceur avec des notes de caramel, de raisins secs, et,  de vieux Rivesaltes. La bouche était très sirupeuse, sans pour autant atteindre la sucrosité des Malaga, et dégageait des notes de caramel et de fruits secs, noisettes, noix amandes. Ça n’était pas désagréable, il manquait quelques biscuits secs.

 

 

Maison Violet/ BYRRH bouteille des années 60, environ 50 ans.

Très belle bouteille, en litre, bouchon à tête, mais en plastique. Cette bouteille aux enchères aurait sans doute affiché une jolie valeur.

C’est un quinquina Je trouve sa définition historique magnifique :« Le Byrrh se recommande au consommateur par l’honnêteté de sa composition. Il est obtenu avec des vins vieux, exceptionnellement généreux, mis au contact de saines substances amères de premier choix. Il est, en même temps que le meilleur stimulant, un reconstituant de premier ordre, au goût savoureux, éminemment tonique et hygiénique. Il doit aux vins naturels, qui, seuls, servent à sa préparation, sa haute supériorité ; il emprunte aux substances amères avec lesquelles il est mis en contact un arôme agréable et de saines propriétés cordiales. Ce produit n’est pas un médicament ; c’est cependant une consommation véritablement fortifiante, qui convient à tous. Il peut être bu à toute heure, soit pur à la dose d’un verre à bordeaux, soit dans un grand verre, étendu d’eau ordinaire ou d’eau de seltz ; il devient alors une boisson très agréable, sans perdre aucune de ses propriétés toniques. »

Le Byrrh, pour moi, c’est toute mon enfance, l’apéritif le plus demandé par les maraîchers aux «Expéditeurs», mais surtout, c’était l’apéritif préféré de mon père. Tous étaient convaincus de ses vertus toniques, et du formidable coup de fouet qu’il donnait en cas de fatigue – ou non !

Ici, la robe a un peu souffert, elle a beaucoup perdu de sa couleur. Au nez dominaient des notes de café vert et d’orange. En bouche, on sentait sa vieillesse, il était décharné, on percevait quand même l’amertume et le sucré d’un vin naturel vieilli en fûts, mais l’équilibre n’y était plus, la finale était un peu marquée par l’alcool et manquait de fraicheur. Mais, quelle importance, cette bouteille de 50 ans m’a remplie d’émotions et a fait remonter à la surface de merveilleux souvenirs de mon enfance; en fermant les yeux, je revoyais mon père, je l’entendais rire…

 

 

G.I.C.B/Banyuls vieille réserve bouteille des années 50, environ 60 ans.

Grenache Noir : 70%, Grenache Gris et Blanc : 30%

Sa robe était couleur marron, aux reflets tuilés. Au nez, on décelait surtout des notes de torréfaction, de pruneau et de figue sèche. Il révélait en bouche une attaque souple aux arômes de pruneau, et de café; le vin était onctueux et chaleureux, mais pas très complexe, sa finale sur le caramel. Un Banyuls sans vice ni vertu, plutôt décevant.

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Moi, je les aime bien, ces apéritifs; et j’en bois encore assez régulièrement, mais, la preuve a été faite ce soir qu’ils ne gagnent rien à vieillir en bouteilles. Peu importe, nous avons partagé de riches moments, chacun avait une histoire à raconter ou à se remémorer, un grand merci à Jean-Pierre d’avoir ouvert ces flacons pour nous.

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 

 

 


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Bulles : une (petite et modeste) revue de détail

J’y vais tous les ans vu que ça a lieu chaque année au même endroit, à la même période et toujours selon le même principe : invités à un mois de Noël par Jean-Pierre Rudelle, le patron du Comptoir des Crus à Perpignan, les représentants des maisons de Champagne viennent avec armes et bagages faire goûter aux amateurs deux (parfois trois) de leurs cuvées, vins que l’on retrouve en vente pour ce jour-là à un prix «d’ami ».

Simple comme bonjour, cette initiative est aussi l’occasion pour moi de faire une petite révision champenoise. Et si j’en profite pour revoir mes avis sur des marques qui me sont familières, grandes ou petites, je m’attache aussi à découvrir de nouveaux noms comme le champagne Charpentier (acheté 16 € l’an dernier) qui a fait le bonheur de ma cave durant l’année écoulée.

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Idée de décor ! Photo : BrigitteClément

Je vous en parlais en 2013 et déjà j’étais enthousiaste à l’idée que cette journée devienne une sorte de rituel. Il suffit de s’offrir un verre (10 € remboursés en cas d’achat) et de se promener au gré des barriques (renversées debout) transformées en comptoir de présentation et de dégustation. On peut même s’amuser à faire cela en accéléré. En se pointant par exemple dès l’ouverture, vers onze heures du matin. Le tour complet prend environ une heure trente avec une quinzaine d’arrêts et un temps plus ou moins long passé à discuter avec les représentants en fonction de l’intérêt de leurs vins ou (et) de leur connaissance du terrain. Bref, cela représente un apéritif studieux, juste avant d’aller déjeuner la faim au ventre quelque part en ville.

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Le champagne expliqué aux clients… Photo : BrigitteClément

Un exemple à suivre

Tous les cavistes (ou presque tous) devraient pouvoir organiser une telle journée et il me semble qu’ils sont de pus en plus nombreux à le faire dans d’autres grandes villes. Pour rendre la chose encore plus palpitante, il y a des habituées parmi les maisons qui font se déplacer une de leurs « commerciaux ». Cela permet de faire des comparaisons avec les vins voisins, de noter des changements de goûts ou de chef de cave. Puis chaque année quelques nouvelles marques en remplacent d’autres avec, parfois une ou deux cuvées d’exception, histoire de briller – ou de frimer – plus encore aux yeux des amateurs. L’avantage, c’est que ça tourne. Cette année, point de Pol Roger, de Krug, Jacquesson, Drappier ou Veuve Clicquot, guère plus de grosses pointures comme Moët et Chandon, peu de petits récoltants-manipulants et aucune coopérative de taille, à l’instar de celle de Mailly présente lors de je ne sais plus quelle édition.

Voici donc les bulles les plus marquantes de ma tournée 2017.

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Quelques remarques préalables : pas d’ordre précis dans cette revue et toujours pas de notes chiffrées, je préfère la (ma) description, brève et parfois sommaire. Peu de description sur le ressenti au nez car dans ce genre de dégustation on est un peu pressé par le public et il faut aller droit au but : la bouche. Sachant que cette dégustation ne se faisait pas à l’aveugle, la seule chose que j’avais devant les yeux, en dehors du vin, était la marque du champagne, le nom de la maison si vous préférez. Pour ne pas être trop influencé, je refusais toute explication sur la composition de la cuvée et sur son prix de vente dont je n’ai eu connaissance qu’à la fin. Parlons-en du prix : dans ce qui suit, je vous donne le tarif consenti pour ce jour-là et le prix normal en boutique pour les jours à venir. Et quid du verre ? Sincèrement, j’ai oublié de noter ce détail (le nom de la verrerie) qui a pourtant son importance. Tout ce que je sais, c’est que j’ai décliné la flûte que l’on me tendait et que, grâce à mon pote caviste, j’ai pu bénéficier d’un beau verre assez large afin que je puisse considérer le champagne comme ce qu’il est : un vin à part entière et non une simple boisson à bulles.

-Deutz. Avec cette maison d’Aÿ la dégustation démarre toujours bien : j’ai l’impression d’être chez moi, de cultiver mon jardin. Tout commence avec un Brut Classic à majorité pinot noir qui m’enchante toujours tout bêtement parce qu’il « nettoie bien la bouche », qu’il la « prépare » à affronter la suite. Je ne sais pas pourquoi je mets tous ces mots entre guillemets, mais je les trouve adaptés à cette sensation de belle acidité, de fruits blancs et de longueur honorable (35,10 € au lieu de 39 €). Le blanc de blancs 2011 qui suit est encore plus engageant : crémeux dès le nez, il l’est ensuite en bouche. Matière riche, amplitude, fraîcheur et longueur, tout y est ! (62,10 € au lieu de 69 €). Au passage, j’attends avec impatience la nouvelle cuvée William Deutz 1990 de pur pinot-noir que je viens de mettre en cave pour quelques mois.

-Charles Heidsieck. Pas de problème non plus avec cette maison qui assure dans la régularité depuis pas mal d’années. Brut Réserve à la mousse frénétique, enthousiasme et fraîcheur en bouche, sans oublier l’équilibre, le tout avec une jolie finale (35,10€ au lieu de 39 €). Le Rosé Réserve assure lui aussi d’emblée une très belle prestation : droiture, netteté, franchise (48,60 € au lieu de 54 €).

-Le Gallais. Dans la vallée de la Marne, à Boursault, la maison produit une Cuvée des Cèdres (brut nature) : nez assez fin, bouche directe et expressive sur un équilibre bien dessiné (31,50 € au lieu de 35 €). La Cuvée du Manoir, par laquelle j’aurais dû commencer, donne un vin d’apéritif, plus marqué par l’acidité d’une pomme granny-smith (26,10 € au lieu de 29 €).

-Grier. Pas une marque champenoise, mais une maison sud africaine qui passe là-bas pour être le pionnier du mousseux de qualité. Installée depuis quelques années au fond de la vallée de l’Agly, dans les Pyrénées-Orientales, la famille Grier progresse indéniablement dans ses assemblages de macabeu, carignan blanc, grenache gris et autres vieux cépages locaux associés au chardonnay du coin (25%). Nez fin légèrement épicé, bouche pleine, riche, structurée et longue (11,70 € au lieu de 13 €). Deux vins sud-africains pour suivre : le brut Villiera Tradition (chardonnay pour moitié, reste pinot noir et meunier), 18 mois sur lies, croustillant, long et frais jusqu’en finale (11,70 € au lieu de 13 €) ; l’autre, le Monro brut, particulièrement droit en bouche, très long et marqué par une belle acidité (22,50 € au lieu de 25 €). D’excellents rapports qualité-prix et mon choix pour cette année.

-Bollinger. Une seule cuvée à goûter, celle qui fait figure de BSA, le Spécial Cuvée. Densité et matière en bouche, richesse et longueur sans emphase, c’est un classique auquel j’adhère volontiers (44,10 € au lieu de 49 €).

-Lallier. Difficile de passer après Bollinger, mais ce Brut Nature, aussi puissant que sérieux en bouche est joliment structuré et doté d’une belle longueur (31,50 € au lieu de 35 €). Le Grande Réserve, m’est paru moins bavard bien qu’il se distingue par sa richesse et sa longueur (26,10 € au lieu de 29 €).

-Ruinart. Un très chardonnay R de Ruinart dense, vif, animé, mais crémeux, fin et équilibré. Il me semble noter un changement dans le rajeunissement de cette cuvée que je goûte pour la première fois avec un plaisir intense (41,40 € au lieu de 46 €) alors qu’auparavant je n’étais guère attiré. Le Blanc de blancs quant à lui est très frais, assez craquant, aussi soigné en longueur qu’en équilibre (62,10 € au lieu de 69 €). Le rosé était trop glacé pour être sérieusement annoté, si ce n’est que je l’ai trouvé d’une richesse assez éclatante (62,10 € au lieu de 69 €).

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-Henri Giraud. En progression, me semble-t-il, par rapport aux années précédentes, cette maison d’Epernay m’a bluffé avec son Esprit Nature bien sec, pinot noir et meunier, lumineux en bouche, marqué par une belle acidité (35,10 € au lieu de 39 €). Le Blanc de craie est un pur chardonnay (si j’ai bien compris) qui fait beaucoup d’effet : hauteur, puissance, netteté, équilibre, longueur (44,10 € au lieu de 49 €).

-Jean-Noël Haton. Vignerons indépendants de Damery, les Haton proposent un Brut Classic blanc de noirs d’une belle franchise idéale pour l’apéritif accompagné de crustacés (20,60 € au lieu de 22,90 €). Une autre cuvée Extra retient l’attention pour sa largesse, son amplitude, sa fraîcheur et ses notes poivrées (32,40 € au lieu de 36 €).

-Besserat-Bellefon. Toujours un faible pour cette maison qui se maintient à un bon niveau qualitatif. Une cuvée Grande Tradition au joli nez grillé, simple mais bien ficelée en bouche avec ce qu’il faut de fruits blancs et une finale sur la fraîcheur (21,60 € au lieu de 24 €). En brut, la Cuvée des Moines (déclinée en plusieurs cuvées, y compris rosé) se remarque par sa droiture, son amplitude, sa fraîcheur et son fruité persistant jusqu’en finale (28,80 € au lieu de 32 €). On notera enfin un magnifique Grand Cru Blanc de blancs toujours marqué par une large amplitude, beaucoup de noblesse côté matière et une grande élégance générale (40,50 € au lieu de 45 €).

-Philipponnat. Remarquable cuvée Royale Réserve (non dosé) pour cette maison de Mareuil-sur-Aÿ plus connue pour son fameux Clos des Goisses absent de cette dégustation. Le nez ne manque pas de distinction, tandis qu’en bouche on ressent la vinosité du pinot noir allié à la complexité d’une part non négligeable de vins de réserve. Amplitude, fermeté et longueur pour un vin digne d’une belle entrée en matière lors d’un repas entre amoureux du vin (35,10 € au lieu de 39 €).

-Marie Sara. Marque d’une maison auboise donnant naissance à une agréable cuvée de brut à la fois simple et souple, aux notes crémées et à la longueur honorable pour une dominante meunier (21,60 € au lieu de 24 €). Une autre cuvée Extra Brut (non dosée), typée pinot noir, se révèle plus épicée avec des notes grillées (32,40 € au lieu de 36 €).

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-Laurent Perrier. L’Ultra Brut, que l’on ne présente plus, se distingue une fois de plus par sa complexité et sa longueur en bouche sur des notes pierreuses et fumées (43,20 € au lieu de 48 €), tandis que le brut (normal) La Cuvée, toujours aussi régulier, est tout simplement magnifique d’amplitude et d’expressivité, sans parler de son infinie longueur (35,10 € au lieu de 39 €). J’ai aussi retenu la même cuvée en rosé pour son imposante matière, sa densité et sa longueur en bouche (71,10 € au lieu de 79 €).

-Taittinger. Un Brut Prestige assez fin et complexe au nez, serré et dense en bouche (35,10 € au lieu de 39 €). La cuvée Grands Crus offre une trame toujours imposante et serrée sur des notes de fleurs des champs et une finale harmonieuse (47,70 € au lieu de 53 €).

-Charpentier. Une maison typique de la vallée de la Marne avec un Brut Tradition simple de par sa conception architecturale, aux trois quarts pinot noir, surtout marqué par des bulles très fines et de jolies notes fruitées (17 € au lieu de 18,90 €). Le rosé, assemblage pinot noir et chardonnay, nous promène sur de fines notes de fruits rouges dans une ambiance un peu plus vineuse (23,30 € au lieu de 25,90 €).

-Gosset. Le brut Excellence (majorité de pinot noir avec 40 % de chardonnay), très croustillant en bouche, offre de l’éclat, beaucoup de luminosité et de longueur (35,10 € au lieu de 39 €).

                                                                                                         Michel Smith

 


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Lirac, une appellation dont on ne parle pas assez

Si ce n’est déjà fait, il  vous faut d’urgence faut aller explorer cette appellation trop souvent considérée comme un «sous-Châteauneuf». Pour les 70 ans du Cru Lirac, Emmanuelle Assemat-Sals (Castel Oualou) a créé une cuvée anniversaire. Voila qui n’est pas spécialement original, mais ce flacon de très belle facture m’a beaucoup plu.

 

Cuvée Signature 2016 Lirac Castel Oualou

Violet pourpre, elle respire la jeunesse et la gaieté, gaieté du fruit qui nous ravit dès la première gorgée et nous entraîne tout de go dans la garrigue y respirer le thym, le cade et l’arbouse. Herbes folles maculées du jus des mûre, groseille et fraise noire. La bouche nous rafraîchit et nous séduit par ses accents de réglisse et de fumé qui soulignent les fruits sentis. Les tanins se déploient comme un boutis empli du charnu des baies. Sur la langue, on ne s’y trompe pas, c’est suave, c’est savoureux, s’en est presque érotique si on ferme les yeux…

 

De quoi il est fait

La cuvée signature assemble 36% de Grenache, 52% de Syrah et 12% de Mourvèdre issus de parcelles aux sols faits de galets roulés et de calcaires délités. La vendange éraflée fermente 30 jours à 26°C et subit remontages et délestages. Le vin est élevé en cuve enterrée durant quelques mois.

Avec le Domaine des Garrigues et le Domaine des Causses & de Saint Eynes, le Castel Oualou constituent les Vignobles Assemat, qui s’étendent sur plus de 60 ha en Lirac et Côtes-du-Rhône.

www.vignobles-assemat.fr

 

C’est pas long, mais c’est bon!

 

Ciao

 

 

Marco

 

 


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Chasselas de Gérald Besse ou l’effet terroir

En juin dernier, à l’occasion du Mondial du Chasselas, nous sommes passés chez Gérald Besse, encaveur à Martigny, à l’entrée du Valais. Gérald s’est offert une toute nouvelle cave, hyper fonctionnelle, notre copine Nadine qui était du voyage vous la décrira demain. Moi, je m’attache aujourd’hui aux Fendants qui se déclinent ici en trois cuvées. Trois flacons bien différents les uns des autres, en cause trois terroirs bien distincts, autant par la pente que par l’orientation, la pluviométrie et le sol, bien évidemment.

Les Fendant

Pour qui ne le sait pas, Fendant désigne en Valais (et en Valais seulement) les vins issus du cépage Chasselas. C’est le blanc sec qui accompagne traditionnellement nos raclettes hivernales (la raclette est elle aussi originaire du canton). Et bien plus si affinités! Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence les trois Chasselas de Gérald.

Champortay 2016 Fendant Valais Martigny

Blanc au léger jaune, il n’est guère bavard, il faut l’aérer, le remuer, le bousculer pour qu’il sorte de son indifférence à l’égard de notre nez. Mais on parvient à lui arracher quelques senteurs de fruits blancs légèrement épicés. En bouche, le voilà un peu plus prolixe, parlant de pomme délicatement acidulée, de poire croquante, de poivre blanc, avant de nous révéler après un dernier tour au creux du verre les pétales de rose qu’il cachait en son sein. Mais n’oublions pas de parler de son agréable fraîcheur, une fraîcheur presque vive qui nous fait saliver et qui le désigne comme un excellent vin d’apéritif.

Les vignes poussent du côté des Rappes dans la combe de Martigny où le sol pentu peut avoisiner les 55%. Il se compose d’éboulis calcaires. Vinification et élevage en cuve.

Martigny 2016 Fendant Valais Martigny

La robe blanc jaune à peine prononcée révèle tout de go ses parfums de fleurs d’acacia et de vigne qui s’entoure d’une taffe de fumée aux senteurs de noisettes grillées. La bouche semble austère. La première gorgée nous laisse sur le palier. À la deuxième, le pied dans la porte on entrevoit la pierre à fusil, les fruits secs en train de griller. On entre et on est frappé par la note saline qu’on n’avait jusque-là pas captée. Pas plus que l’amertume gracieuse qui avec le sel dispense une fraîcheur particulière, sapide, mais pas acide.

La vigne pousse plus bas dans des alluvions mélangées de colluvions calcaires, un sol plus riche. Vinification et élevage en cuve.

Les Bans 2016 Fendant Valais Martigny

 Le troisième est surprenant, tout d’abord par sa robe plus intense, plus jaune, et puis par sa pointe de carbonique qui espiègle nous pique la langue, par son côté confit. Il respire les fleurs à plein nez, le genêt se diffuse comme un parfum ensoleillé, tandis que le narcisse apporte son élégance. En bouche, les fruits jaunes remplacent les fleurs, confits ils se déclinent en pêche abricot, en mangue, en mirabelle, qui se fourrent de pâte d’amande. Un ensemble qui offre ampleur et onctuosité au vin, mais pas sans oublier la fraîcheur, une fraîcheur poivrée qui nous amuse et nous donne envie d’y revenir au plus vite.

Le sol ici se compose de schiste. La vinification et l’élevage se font en cuve.

Après, nous avons dégusté toutes les autres cuvées de Gérald et y en a !

L’endroit où se trouve sa cave, sur les hauteurs de Martigny, mérite le détour, le paysage nous fait rapidement comprendre la particularité des vignobles de pentes, la pénibilité du travail et la diversité des terroirs.

 

Ciao!

 

Marco  


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En quête de crachoirs

Oui, le crachoir, parlons-en du crachoir. Encore un sujet redondant chez moi. Faudrait d’ailleurs que j’aille consulter, car ce doit être la troisième ou quatrième fois que j’aborde ce terrain (glissant) au sein de ce blog. La dernière fois, c’était il y a deux ans à propos d’une fête du vin, celle d’Aniane, au nord de l’Hérault et aux portes du Larzac. Un article plutôt positif d’ailleurs que l’on peut visionner ici. Aujourd’hui, si je reviens là-dessus, c’est parce que j’estime que le sujet du crachoir devient de plus en plus sérieux et préoccupant en même temps que l’objet, le crachoir donc, se fait de plus en plus rare. Bien trop rare à mon grand regret.

Photo©MichelSmith

Voyons voir où se situe la source de mon ire. Le week-end dernier, j’ai participé à une fête bon enfant vers laquelle je vous incitais à aller dans mon article de dimanche passé. Organisée par les vignerons du Minervois parmi lesquels il me reste quelques amis qui supportent encore mes remarques parfois acerbes, je dois dire qu’elle était fort bien menée. Une cinquantaine de vignerons heureux faisaient couler le vin avec bonne humeur au sein d’un village attachant ayant pour nom Bize-Minervois.

Auprès d’eux, à chacune des barriques visitées – oui, désormais les vignerons ne sont plus derrière une table mais devant ou à côté d’une barrique dressée à la verticale -, je m’étonnais de ne point voir de crachoir. Et devinez la suite : pour bien déguster les vins – ce n’est que plus tard que je me suis empressé de les boire -, je devais me faufiler entre les vignerons et la foule en goguette afin de trouver un pied de platane et un peu de terre libre pour y cracher mon vin et non pas mon venin. J’ai même failli arroser des promeneurs en bordure de Cesse, c’est dire que je mettais du coeur à l’ouvrage ! Vous saisissez, maintenant ? Et comprenez mon désespoir ? Pas un crachoir à l’horizon !

Bien entendu, vous me connaissez, à la moindre oreille attentive, dès que j’en avais l’occasion, j’exposais mon ressentiment. Et souvent j’obtenais pour réponse quelque chose comme ça : « Michel, enfin, les gens sont là pour boire, non pour déguster » ! Merci les gars, j’avais compris. C’est vrai que j’avais l’air un peu snob (ou couillon) sur ce coup là avec mon obsession pour le crachoir. Pas démontés, mes amis vignerons renchérissaient sur l’air du « Il s’agit d’une fête populaire autour des mets et des vins ». Soit, je veux bien accepter cet argument, même s’il va à l’encontre du thème choisi pour cette fête fort réussie par ailleurs. Dès lors, je ne pouvais pas esquisser mon irritation : « Moi, je veux bien. Mais dans vos pubs et votre dossier de presse, par ailleurs largement repris par le journal du coin, il est bien question de mariages mets et vins et non de beuveries façon féria de Béziers ou de Nîmes où tout le monde picole à gogo jusqu’à se rouler par terre. Quoi qu’il en soit, pour un mariage parfait, il faut déguster afin de choisir les vins que l’on espère être en accord avec les différents plateaux proposés ».

Visiblement, mon argument ne faisait pas mouche. En cette période de vendanges, mes interlocuteurs avaient d’autres chats à fouetter pris qu’ils étaient dans le flot des « qu’estce que c’est ? » de la foule d’assoiffés qui tendaient leurs coupes. « Une pure roussanne, madame, élevée sans bois provenant d’une vigne exposée nord-est… ». Et moi d’insister plus lourd que jamais : « Justement, c’est au travers de ce genre de manifestation que vous avez un message qui me paraît important à faire passer, celui de la dégustation qui permet, en recrachant, de mieux choisir les vins capables de se marier aux mets préparés par les grandes brigades du pays. En expliquant aux amateurs qu’ils peuvent cracher sans gêne, vous devenez des prescripteurs du savoir déguster et non du savoir picoler ».

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Maître Thierry officiant dans la VIP room…

Bon, à un moment, tandis qu’une vigneronne plus réceptive que les autres – la seule par ailleurs à être venue avec son crachoir – me déclarait qu’elle allait soulever la question au cours du prochain debriefing avec les organisateurs, je me suis senti obligé de resservir une proposition formulée au cours de cette fameuse fête du vin d’Anianne évoquée plus haut où il était question de crachoirs en terre cuite conçus par les potiers du pays. Pourquoi ne pas reprendre cette idée, trop compliquée semble-t-il, d’un crachoir « identitaire » (pardon pour ce qualificatif généralement réservé à l’extrême-droite), un objet artistique et pratique, commun à tous les vignerons et siglé de surcroît au nom de l’appellation ou de la manifestation ?

Sur cette proposition, je me suis dis que je ferais mieux de me rendre à « l’espace VIP » où Thierry, notre élégant sommelier régional, débouchait une centaine de vins pour une magistrale dégustation. Mon premier souci fut de vérifier l’épineuse question des crachoirs. Et là, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir deux énormes vasques de plastique transparent qui, justement, laissaient transparaître quelques tâches peu reluisantes dans une mer de rouge agitée. A l’évidence, personne ne s’était soucié de vérifier par avance que plusieurs crachoirs dignes de ce nom pouvaient être disposés sur le lieu de la dégustation.

Malgré ce déconvenues, je n’étais pas découragé et j’ai dégusté la plupart des vins exposés avant que les vieilles pies (VIP) ne débarquent bruyamment. Pour boire, non pour cracher.

Michel Smith


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Impromptu sur les bords du Lac de Bienne

La météo nous avait prédit un temps maussade et voilà qu’il faisait beau au pied de la chaîne du Jura, côté suisse. C’était au début printemps dernier. Après un peu de bateau, une dégustation inopinée nous a permis de déguster quelques cuvées issues des vignobles qui bordent le lac, Bielersee AOC. Cela se passait à la Vinothek Viniterra de Twann. Vous l’aurez compris, nous étions dans la partie bernoise du lac de Bienne (Bielersee en allemand). C’est une région bilingue où francophones et germanophones se côtoient, un peu comme chez moi, mais peut-être avec moins d’aléas, du moins, je crois. Le lac de Bienne constitue avec celui de Neuchâtel et celui de Morat, le Pays des Trois-Lacs ou Drei-Seen-Land réparti entre les cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel et Vaud. Le canton de Neuchâtel borde l’extrémité ouest du lac de Bienne. Voilà le décor planté, place à la dégustation.

Sur le lac de Bienne

Accoudé au comptoir de la vinothèque

 

Elle semblait totalement improvisée, cette dégustation, mais la bonne humeur, l’entrain, l’endroit et puis la qualité du choix des vins et la présence des vignerons ont rapidement infirmé cette première impression. Mais quoi de plus sympa que de déguster dans une atmosphère décontractée où tout est prévu sans que cela ne se ressente.

Clos de Rive 2015 Chasselas Bielersee AOC Andrey Weinbau à Ligerz

Robe blanche au léger jaune, des fruits blancs et jaunes maculent de leur chair quelques cailloux éclatés, impression de marmelades de mirabelle et de poire aux accents fumés. Belle fraîcheur en bouche avec du croquant que la trace de carbonique rend plus perceptible, plus pointue. Les parfums de rose blanche et d’aubépine se pavanent avant de laisser la guimauve et l’amande terminer l’élégant discours. www.andreywein.ch  Un vin délicat qui a renforcé notre bonne humeur.

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weingut Bielerhaus à Ligerz

La robe lumineuse, presque fluo au mélange de vert et de jaune, au nez de gelée de pissenlit et de poire croquante couchée sur un lit de foin. La bouche suave, fraîche, rappelle les tisanes de montagne accompagnées d’un carré de chocolat blanc. La texture fluide au liseré délicatement amer au goût de réglisse. Un chasselas particulier mais dont le caractère affirmé plaît. www.bielerhaus.ch

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weinbau Schlössli à Twann

Transparence jaune aux nuances vertes qui évoque le citron et le melon poudrés de poivre noir et de muscade. La bouche offre un équilibre assez différent des deux premiers. Moins acide, il s’avère plus ample, plus large, parfumé d’angélique, de bigarreau et d’agrumes confits, style tutti frutti sans le sucre, mais avec une pointe saline. Un autre aspect du Chasselas bien plus nuancé qu’on le croit en général.

Fromentin 2015 Lac de Bienne AOC Domaine du Signolet à La Neuveville

Jaune blanc, nez de pêche blanche épinglée d’une étoile de carambole et coiffée d’une feuille de menthe poivrée. La bouche à la fois acidulée comme les jus mêlés d’une groseille à maquereau et d’un citron jaune et salée comme une goutte d’embrun. Après ce va-et-vient gustatif, le vin s’assagit et nous livre quelques subtiles nuances de mandarine, de noisette et de fougère. Sacré Savagnin alias Fromentin! www.lesignolet.ch

Blanc 2015 Bielersee AOC Anne-Claire Schott à Twann

Un vin particulier, la robe vert pâle, le nez respire l’asparagus et la rose ancienne, le silex, la fougère, un rien la rhubarbe. La bouche croque et nous fait craquer par cet oscillation subtile entre fraîcheur et amertume. Un duo qui vite se transforme en trio avec la suavité des fruits confits. Tout y est bien sec, mais avec de l’onctuosité. Il est à la fois tranchant et généreux, plein de caractère mais courtois. Et puis élégant, très élégant avec cet élan floral qui ne nous lâche pas. Le plus marrant, c’est que c’est un vin d’assemblage aux raisins cueillis le long des murets, là où le soleil le réchauffe le plus. Ces six cépages, Chasselas, Pinot Noir et Gris, Chardonnay, Sylvaner et Sauvignon ont été vinifié dans un œuf. www.schottweine.ch www.aromaderlandschaft.ch

Ce qui étonne aussi, c’est la grande fraîcheur de ces vins. Avant de rejoindre la vinothèque, un passage sur l’île Saint Pierre au milieu du lac de Bienne nous avait confronté à un équilibre tout différent.

Les Chasselas y étaient moins vifs, comme les autres cépages. Mais certes tout aussi agréables à déguster. L’explication la plus plausible, le sol. Sur l’île, la vigne pousse dans des sables de grès décomposés, donc un sol acide. Alors que sur la rive nord, autour de Twann, elle est plantée dans des calcaires, un sol basique. Ma courte expérience sur le sujet, selon laquelle un sol basique donne des vins plus acides et inversément un sol acide donne des vins moins acides, semble se vérifier, au moins quand la nature même du substrat n’offre qu’un seul type de roche; après, tout peut se nuancer.

Si vous passez par la Suisse, profitez-en pour y déguster quelques vins, ça en vaut la peine.

 

Widerluege!

 

 

 

Marko


24 Commentaires

Bain vs INAO

Alexandre Bain
Alexandre Bain (Photo (c) Jim Budd)

Je n’ai pas le plaisir de connaître Alexandre Bain, vigneron de Tracy, ni ses vins. Et peut-être que c’est mieux ainsi, si je veux tenter d’émettre un avis impartial.

D’après Corinne Caillaud, du Figaro, qui semble bien le connaître, bien qu’elle traite rarement de vin, il s’agit d’un bon vigneron. Il appartient à la mouvance nature, et selon ses propres termes « il cherche une autre voie ». C’est, je cite toujours, « un homme dont la passion est de réaliser un pur vin de terroir ».
Rien de mal à cela, mais pas non plus de quoi lui valoir une notoriété nationale, ni les honneurs de la rubrique économie/entreprise du Figaro; sauf qu’en septembre 2015, M. Bain s’est vu retirer l’appellation Pouilly-Fumé pour ne pas s’être soumis à un contrôle obligatoire.
Un peu moins de deux ans plus tard, le tribunal administratif de Dijon a jugé que la sanction était abusive, car disproportionnée, et vient donc de lui rendre l’appellation. Et avec elle, selon les termes de ma consœur, « sa fierté ».

Dont acte. La dignité de M. Bain et ses choix en matière culturale n’ont d’ailleurs jamais été mis en cause. Pour tout dire, je ne vois même pas ce qu’ils viennent faire dans un article censé faire la lumière sur une décision de justice. Les déclarations de M. Bain ne m’y aident pas vraiment non plus: « J’espère avoir ouvert une voie, parce qu’une autre viticulture est possible », souligne-t-il. Parle-t-il d’une viticulture sans intrants? Ou d’une viticulture sans contrôles?

Joker

Moi qui ne suis a priori ni pour ni contre le naturisme, la biodynamie, le bio, ou toute autre forme de conduite de la vigne, et qui ai plutôt tendance à me ranger du côté du vigneron sincère que de la machine administrative et des règlements superflus, je reste sur ma faim. Quel était donc l’objet du contrôle? Pourquoi M. Bain n’a-t-il pas pu s’y soumettre? Enfin, et surtout, quel sens faut-il donner à la décision du tribunal?
Si elle fait jurisprudence, quels seront donc à présent les moyens de contrôle d’une appellation sur les vignerons qui s’en réclament?
À quels contrôles peut-on se soustraire? À quels contrôles ne peut-on pas se soustraire? Et à quelle fréquence?
Si la perte de l’AOC est une sanction disproportionnée en cas d’impossibilité de contrôle, quelle sanction plus proportionnée peut-elle être appliquée, tout en défendant les intérêts du consommateur censé faire confiance à la mention?
Question subsidiaire, qui me semble découler du joli story telling de ma consœur du Figaro, les vignerons « qui cherchent une autre voie » devraient-ils bénéficier ils d’un joker face aux contrôles, au motif qu’ils seraient plus sympathiques, plus tendance ou parce qu’ils vendent bien leurs vins?
L’avocat de M. Bain, Maître Éric Morain, semble bien argumenter en ce sens: pour lui, « il est temps d’ouvrir le chantier des réformes des contrôles et la reconnaissance des pratiques de vinification naturelle». J’ai du mal à comprendre: si la vinification est naturelle, quel problème il y a-t-il à la contrôler?

Obligation de moyens, ou de résultat?

À défaut de mettre les points sur tous ces i-là, je crains fort que le message ne soit brouillé, chez les vignerons en appellation. Rappelons que jusqu’à présent, ces vignerons choisissent volontairement de revendiquer une mention et de se soumettre à ses contraintes. Il s’agit d’un patrimoine partagé.
Il convient d’être plus précis. Essayons donc de mettre de côté tout affect pour ne retenir que les faits. Une des cuvées de M. Bain a bel et bien fait l’objet d’un contrôle d’agrément (ou plutôt, comme il faut dire depuis 2008, d’habilitation). Dommage que ce ne soit pas précisé dans l’article du Figaro. Elle a été refusée au motif qu’elle était oxydée. Un défaut que M. Bain a contesté. Pour lui, « c’est une affaire de goût ». Dans ce cas, un recours est possible et une deuxième dégustation doit avoir lieu. Plusieurs rendez-vous pour ce faire ont été annulés entre mars et septembre 2015, dont un, en raison des vendanges. Cependant, M. Bain nie s’être soustrait aux contrôles; et déclare avoir fait appel de sa rétrogradation « pour une question de principe » (car ses vins, même sans appellation, ont apparemment continué à bien se vendre).
Il y a cependant une autre question de principe, pour moi: au fond, M. Bain reconnaît-il à ses pairs le droit de juger ses vins?
Il faudrait à présent ouvrir un deuxième procès: celui de la typicité. A quel point peut-on s’écarter du type moyen d’une appellation sans la perdre? Et que faut-il faire d’un vin qui respecterait l’obligation de moyens (le cahier des charges), mais qui présenterait un défaut à l’arrivée, ou au moins une déviance par rapport au type supposé de l’appellation, lors de la dégustation d’agrément (pardon, d’habilitation)? Même si dans sa décision, le Tribunal administratif de Dijon ne s’est pas attaché à la qualité du produit, mais s’est plutôt intéressé au déséquilibre qu’il pouvait y avoir entre la faute de M. Bain, jugée peu grave, et sa sanction, cette décision a tout de même pour effet qu’un Pouilly-Fumé jugé oxydé par la commission d’agrément retrouve sa place dans l’appellation. Ce qui n’est pas tout à fait anodin.
On pourrait bien sûr supprimer les dégustations d’habilitation. Ce serait le plus simple. D’autant que le pourcentage de refus est assez faible. Mais les AOC y perdraient sans doute en cohésion (ne parlons pas de crédibilité, elle varie trop d’une appellation à l’autre).
Une autre piste serait d’en dispenser les vins nature, moyennant un avertissement au consommateur, du genre: « Ce vin nature peut présenter de sensibles différences par rapport au type de son appellation ».
Le seul hic – très justement soulevé par l’avocat de M. Bain: les pratiques de la vinification dite naturelle ne sont pas reconnues légalement. Le mot même de nature ou de naturel prête à confusion; pensons aux Vins Doux Naturels (pourtant bien soufrés); et plus globalement, à tous les producteurs honnêtes qui soufrent leurs vins, mais qui n’auraient pas trop envie que le législateur réserve le mot  « nature » aux vins sans soufre.
Cette affaire nous promet de jolis développements.

Hervé Lalau