Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Catalogne: combien de divisions… je veux dire, de dénominations?

L’actualité catalane m’a conduit à me poser une question qui, sans doute, n’a rien de très original : que se passerait-il si la Catalogne devenait indépendante ? N’ayant aucune compétence au niveau institutionnel, et n’étant ni Catalan, ni Espagnol, je me garderai bien de prendre parti sur l’aspect politique – je me limiterai au vin. Que représente donc la Catalogne en termes de production viticole?

 

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La région abrite 11 DO et une DO qualifiée. A savoir:

Alella
Catalunya
Conca de Barberà
Costers del Segre
Empordà
Montsant
Penedès
Pla de Bages
Priorat (DOCa/DOQ)
Tarragona
Terra Alta
Cava

La dernière appellation, la plus connue, est un cas un peu particulier : en effet, l’aire de la DO Cava ne se limite pas à la seule Catalogne – on en élabore aussi en Rioja, en Navarre, en à Valence, en Estrémadure et en Aragon, ainsi que dans la région du Douro.

Cependant, même si l’on note une hausse sensible des plantations et de la production hors Catalogne, notamment en Estrémadure, la grosse majorité du Cava (environ 85%) reste produite en Catalogne, et plus précisément dans le Penedès, le berceau de cette production.

Toutes productions confondues (avec ou sans DO, donc), la surface viticole régionale est d’environ 60.000 ha, et se répartit principalement dans les provinces de Barcelone et de Tarragone (plus de 80% du total régional). Mais cette surface ne représente qu’à peine 6% de la surface totale du vignoble espagnol.

En termes de productions, seules 2 appellations catalanes figurent dans le top 10 de la production espagnole : Cava (en deuxième position, avec environ 1,8 million d’hectos) et Catalunya (n°9, avec 450.000 hl).

Les 10 premières appellations de vin en Espagne

  1. Rioja : 2.765.611 hl, dont 37 % exportés
  2. Cava : 1.794.023 hl, dont 67 % exportés
  3. La Mancha : 632.789 hl, dont 57 % exportés
  4. Ribera del Duero : 583.793 hl, dont 14 % exportés
  5. Valdepeñas : 545.369 hl, dont 46 % exportés
  6. Valencia : 527.931 hl, dont 70 % exportés
  7. Rueda : 500.052 hl, dont 18 % exportés
  8. Cariñena : 496.210 hl, dont 70 % exportés
  9. Catalunya : 450.410 hl, dont 53 %
  10. Navarra : 381.705 hl, dont 37% exportés.

Données 2013

Le cas Cava

L’Espagne ne dépend donc pas massivement de la production viticole catalane, ni de ses exportations, sauf pour le Cava.

Le pays exporte aujourd’hui pas loin de la moitié de sa production, et le Cava constitue sa plus grosse exportation viticole (67% de sa production est consommée hors Espagne), devant le Rioja (consommé à 63% en Espagne).

Il faut aussi tenir compte de la production de vins IGP et VSIG, deux catégories pour lesquels la Catalogne n’est pas la région de production principale en Espagne.

Les vins espagnols qui finissent dans des assemblages plus ou moins plus identifiés du négoce et de la distribution française, par exemple, proviennent plutôt du Sud du pays.

Hervé Lalau


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Deux vins d’Aragon, vieille terre viticole

¡Generación! Garnacha y Tempranillo, Bajo Aragón

Chez les Yago Aznar, cela fait quatre générations qu’on cultive la vigne. Quant à faire du vin, l’envie est certes ancienne, mais se concrétise il y a à peine une quinzaine d’années. Riche de son expérience viticole, la famille construit alors une cave et met son premier millésime en bouteille en 2002. La gamme Generación, apparue bien après, se veut le réceptacle de la philosophie familiale: « GENERACIÓN es la capacidad de fusionar la inmensidad de lo vivido durante cuatro generaciones en una copa de vino », c’est avoir la capacité de fusionner en un seul verre l’immensité du vécu de quatre générations. Quatre cuvées existent, j’en ai choisi deux.

Generación 73 2015 IGP Bajo Aragón Bodega Tempore

Grenat cramoisi, ses notes fruitées nous rappellent les prunelles cueillies aux premières gelées, mais aussi les confitures de griottes et les gelées de myrtilles, des confits teintés de muscade et de cannelle et embellis d’une feuille de tomate. La bouche, fraîche, délicate, déroule ses tanins fins, juteux à souhait, épicés comme on aime. Un vin immédiat, d’un abord facile, sans toutefois être simple, et dont la plus grande qualité est la générosité de son fruit.

Ce 100% Grenache est élevé durant 12 mois en demi-muids neufs de 500 litres. Quant au chiffre 73, il désigne l’année de plantation des vignes. Le visage feuillu de l’étiquette est celui de Paula Yago qui dirige aujourd’hui le domaine avec son frère Víctor.

 

Generación 46 2014 IGP Bajo Aragón Bodega Tempore

 

Grenat carminé, aux senteurs insistantes de cassis, de prunes sombres, de figues noires et d’airelles saupoudrées de cardamome et de cumin. La bouche semble austère au premier abord, mais bien vite son agréable texture interpelle les papilles charmées par cette onctuosité inattendue. Séduction qui s’amplifie quand les marmelades de fruits mûrs déboulent, offrant le charnu de leur baie rafraîchi de zeste de citron et souligné de réglisse. Un vin de caractère qui s’apprivoise tout de go au contact d’un peu d’hémoglobine distillée par une entrecôte.

Le vin assemble 70% de Grenache et 30% de Tempranillo qui logent durant 1 an en barriques de chêne français et américain.

Quant au chiffre 46, c’est l’année de naissance de Manuel Yago, le père de Paula et Víctor, dont on voit le visage sur l’étiquette.

Le vignoble

Les 70 ha s’étendent sur la commune de Lécera, à une soixantaine de kilomètres au sud de Saragosse, entre 550 et 600 m d’altitude. Le sol très caillouteux se compose essentiellement de calcaire à matrice argilo-sableuse pauvre en matière organique. Il y tombe à peine 350 mm de pluie par an. Mais heureusement, la proximité de l’Èbre et les vents frais qui descendent des Pyrénées modèrent les chaleurs estivales. Le vignoble de la Bodega Tempore est conduit en mode biologique.  www.generaciontempore.com

 

Ciao

 

Marco

 

 

 

 


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La nouvelle Galice se teinte en rouge (volet 2)

Nous continuons la publication des commentaires de la dégustation entamée la semaine dernière; à savoir, celle des vins choisis par Antonio Portela pour représenter la Nouvelle Galice qui se teinte en rouge!

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Antonio Portela et Malène Fabregat

Cume do Avia 2016 – Val do Avia- Soc. Coop

C’est un projet de récupération d’une ancienne aldega. Un groupe de 8 producteurs qui ont décidé d’affronter le marché autrement, à partir d’un vignoble du Ribeiro plein d’avenir et qui est travaillé en BIO. Cette cuvée est un rouge sauvage, mais plaisant – projet à suivre.

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4 Muras 2016, Iria Otero, viñerona en Ribeira Sacra

Ce domaine réunit 4 amis dont Iria, qui est pharmacienne; ils sont manifestement passionnés, et si le vin que nous avons gouté ce soir-là ne m’a pas convaincu (il n’était pas « marchand », je veux dire par là qu’il présentait certains défauts), je pense qu’on devrait en entendre parler dans un proche avenir. La cuvée dégustée était un assemblage de mencía, de garnacha tintorera, de merenzao, de mouratón, de brancellao, et de quelques cépages blancs, le tout vinifié en gardant 40% de la rafle.

Portela do Vento 2016, Laura Lorenzo viñerona en Ribeira Sacra.

Daterra Viticultores est la bodega que partage Laura avec son compagne Álvaro Domínguez, et dans laquelle ils élaborent environ 20 000 bouteilles de vins blancs et rouges. Les raisins proviennent de 25 parcelles (4 ha) qu’ils ont achetés ou loués et que les propriétaires gardaient pour leur propre consommation ou avaient abandonnées. Cela leur donne beaucoup de possibilités pour faire des vins vraiment uniques. Les principaux cépages blancs sont Godello, Dona Blanca, Colgadeira et Palomino. Parmi les rouges, il faut mentionner Mencía, Mouretón, Garnacha Tintorera, Gran Negro et Merenzao;  ils sont tous vinifiés séparément  Dans l’élaboration de ces vins, des barriques de châtaignier et de chêne français sont utilisées ! Laura Lorenzo a beaucoup de talent, elle combine parfaitement la force atlantique de la Ribeira Sacra avec le côté plus délicat de la Mencia. J’ai gouté de très bons rouges de Laura, mais ce Portela do Vento ne m’a pas vraiment ému, j’ai trouvé qu’il manquait de personnalité, elle ne nous a pas habitués à un tel style de vin, très commercial,et, sans grand intérêt.

Sílice 2016, Amandi – Silice Viticultores Ribeira Sacra

Il y a longtemps que je veux vous présenter les vins de Fredi Torres, ça ne sera pas encore cette fois-ci, car ils méritent qu’on s’y attarde un peu plus. Juste quelques mots sur Silice, un vin de la Ribeira Sacra   composé de 80% de Mencia et 20% d’Albarello ( cépage qui occupait presque tout le vignoble de Ribeira Sacra avant le phylloxera), Merenzao et Grenache, et, des photos qui en disent long. Le vin a été élevé 9 mois sur lies en foudres de bois usagé de 5 200 litres. Le nez est très élégant avec une prédominance d’arômes floraux et de fruits rouges sauvages sur un fond de sous-bois. En bouche il est léger et avec des tanins fins et veloutés. Au passage, il nous laisse des souvenirs mentholés et minéraux, tandis que le boisé est très bien intégré. J’ai retenu surtout son caractère bourguignon, son fruité exquis : un vrai vin plaisir.

Vignes âgées entre 20 et 60 ans situées dans le magnifique site du Canyon de la rivière Sil, plantés sur des terrasses escarpées, des coteaux vertigineux, au-dessus du fleuve Sil, à des altitudes comprises entre 300 et 500 mètres sur des sols granitiques, ardoisés et sablonneux avec présence de quartz. Viticulture respectueuse de l’environnement.

Traste 2011, José Luis Arístegui, viñerón en Valdeorras

J’étais impatiente et curieuse de gouter ce vin dont j’avais tellement entendu parler, José Luis Aristegui est devenu un vigneron très médiatique et on ne lit que des commentaires élogieux à propos de ses vins et de ses vignes centenaires. Avec Traste, il dit « vouloir refléter la photographie d’un vieux vignoble et la transmettre dans la bouteille ». C’est un assemblage de 80% Garnacha Tintorera, 20% Mencía. J’ai été très déçue par ce 2011 qui est son premier millésime, je l’ai trouvé très oxydé, terreux…sans doute cette bouteille avait-elle été mal conservée. J’attends de trouver d’autres bouteilles pour me prononcer.

Couto Mixto 2016, Xico de Mandín, viñerón de frontera en Monterrei

« Xico » Mandin, est un petit viticulteur artisanal attaché à sa terre qui travaille ses vignes en bio. Il a de très vieilles vignes et des cépages indigènes plantés en gobelet. On y trouve des ceps centenaires de bastardo et de dona branca. Couto Mixto est un vin authentique de Bastardo, Caíño et Mencía qui exprime l’identité du terroir au travers d’une certaine rusticité. Il est élaboré dans un milieu naturel et vivant avec une intervention extérieure minimale. Un vin honnête pour boire sans prétention autre que de celle boire du vin pour se « désaltérer ». Xico veut, que son vin exprime sa « terre ». J’y ai trouvé des arômes de fruits des bois, de garrigue, accompagnées de notes épicées et terreuses. La bouche est dominée par une grande fraicheur, les tannins sont gras, la finale est assez persistante. C’est un rouge attractif qui plaira surement.

Quinta Toucedo 2015 Atrium Vitis, Quiroga entre Ribeira Sacra y Valdeorras

« Un projet très personnel où nous produisons des vins avec âme et cœur, fidèles à notre territoire la Ribeira Sacra , au terroir et à notre philosophie ».  Javier Mendoza et Ana Gadín sont l’âme d’Atrium Vitis, un jeune projet né en 2012, une petite cave familiale située à Quiroga, dans la merveilleuse Ribeira Sacra.  Ils y élaborent des vins comme ce

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70% Mencía et 30% Brancellao : un nez intense de fruits noirs mûrs et concentrés, de notes de plantes et d’épices. En bouche il est tout aussi intense, franc, direct et frais, onctueux et équilibré. Un vin complexe et élégant pour son âge mais, en même temps, rafraichissant et gourmand.

La Galice va-t-elle devenir le nouvel Eldorado des vins d’Espagne ?

Que savons-nous vraiment d’une des régions viticoles les plus variées d’Europe ? Combien de vins de Galice buvons-nous en Espagne ? Et combien de rouges? La réponse est: « très peu »; d’abord parce que les volumes sont très faibles, ensuite parce qu’ils sont très méconnus et ne correspondaient pas vraiment jusqu’à maintenant au goût des Espagnols, qui aiment généralement les vins plus concentrés et boisés.

Mais la mode change; ainsi, Luis Gutiérrez, le dégustateur de Parker, les donne en exemple quand il parle « des vins à boire plus qu’à déguster ». Pour l’instant, ces rouges représentent un volume très peu significatif, mais le nombre de créations de petits domaines récupérant les cépages autochtones, et de projets un peu fous est en perpétuelle augmentation, et ce style de rouge frais et fruités qualifiés d' »atlantiques » sont très tendance à l’heure actuelle chez les professionnels de Barcelone. Alors, soyez prêts pour en profiter les premiers…

Hasta pronto,

MarieLouise Banyols

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Raisins de Femia


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A ‘Taste of Spain’, la plus grande vitrine de Bodegas espagnoles jamais présentée à Vinexpo!

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Le ticket d’entée était à 50€, il y avait la queue—J’imagine que la plupart avaient reçu une invitation, c’était mon cas, d’ailleurs.

Je sais que Vinexpo parait déjà loin derrière nous, mais il faut que je vous raconte « A Taste of Spain », annoncé comme l’un des moments phare et passionnant de Vinexpo Bordeaux 2017. La 19e édition avait cette année pour invité d’honneur l’Espagne, ce qui explique cette dégustation! Organisé en collaboration avec le magazine Wine Spectator, l’évènement s’est déroulé dans la soirée du 19 juin au Palais de la Bourse, dans un environnement culturel et historique unique idéal pour une dégustation de vins espagnols exceptionnels.

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Il s’agissait d’une présentation sans précédent, regroupant plus de 100 des principales bodegas espagnoles sélectionnées par Wine Spectator et choisies pour refléter la diversité régionale, le leadership historique et la qualité des vins d’Espagne. Thomas Matthews, a déclaré “En tant que dégustateur responsable des vins espagnols pour le Wine Spectator depuis plus de 20 ans, j’ai suivi l’évolution dynamique du pays, en qualité, en style et en diversité. Nous sommes heureux de donner au pays la vitrine qu’il mérite ».  Pour l’occasion, les grands chefs Ferran Adrià et José Andrés avaient sélectionné 12 jeunes chefs espagnols qui avaient fait préparer les meilleures tapas espagnoles. Ils ont servi tout au long de la soirée de merveilleuses petites assiettes de leurs spécialités dont nous nous sommes régalés.

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Le succès de la soirée a étonné tout le monde, il y avait foule, au-delà des attentes, un mélange international de vignerons, viticulteurs, négociants, courtiers, importateurs et journalistes. La chaleur n’a découragé personne, et pourtant dans certaines parties, c’était suffoquant et déguster relevait de l’exploit. Peu importe, les Espagnols étaient très fiers d’être là, au Palais de la Bourse de Bordeaux, les organisateurs se sont félicités de ce succès et les participants avaient l’air heureux.

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Maria del Yerro , son fils et Peter Sisseck, regardez comme ils ont l’air heureux!

Rafael Palacios, présentait son blanc O Soro, un des meilleurs blancs espagnols!

Que rajouter, sans jouer les trouble-fêtes????

Eh bien, si j’adhère à tout ce qui a été dit et écrit, ce n’est qu’en partie; je ne puis vous cacher le sentiment de frustration que j’ai éprouvé tout au long de la soirée. Car ce Taste of Spain, n’a montré qu’un visage de l’Espagne viticole.

Les bodegas les plus renommées, les plus grandes marques y ont certes participé, et même plusieurs stars du vignoble espagnol étaient là en personne, Peter Sisseck, Alvaro Palacios, Rafael Palacios, pour ne citer qu’eux.  Beaucoup d’amis que j’ai eu tellement de plaisir à saluer, beaucoup de domaines dont j’apprécie les vins ont,  c’est vrai, très bien représenté la qualité du vignoble ibérique.

Mais où était la nouvelle Espagne viticole ? Tout ce pan de la nouvelle génération, les nombreux petits vignerons, tous ceux qui sont en train de révolutionner le vignoble espagnol, eux n’étaient pas présents.

Ce Taste of Spain est-il réservé à tous ceux qui avaient le moyen de se payer le stand (6.000€, si mes sources sont bonnes)? Je pose la question.

Encore et toujours un problème d’argent, car je ne ferai pas l’injure au Wine Spectator de croire qu’ils n’ont pas encore découvert l ‘Espagne viticole actuelle, qu’ils ont 15 ans de retard !  Peut-être ont-ils voulu protéger le marché français de la concurrence? Allez savoir? Attention, je ne suis pas en train de dire que les bodegas choisies ne valaient pas le détour, bien au contraire, je souligne simplement qu’en matière de nouveautés, présenter Borsao, Protos, Baron de Ley, Ramon Bilbao,Faustino, Codorniu, ou Terras Gauda ect, ect… c’est bien maigre et largement insuffisant. Quand je relis les propos du Wine Spectator : « Nous pensons que A Taste of Spain marquera un tournant dans la filière viticole espagnole. Avec un rassemblement sans précédent de grands producteurs et de chefs clés, cet événement présentera la richesse et la diversité d’une des cultures vin et gastronomie les plus dynamiques en Europe »…  je cherche encore le dynamisme de leur sélection !

Les domaines d’où seront issus les grands vins de l’Espagne de demain étaient absents. J’ai eu de la peine pour ce magnifique pays viticole qu’est l’Espagne, qui met en avant comme jamais il n’avait su le faire ses terroirs et ses cépages autochtones, qui explose de talents nouveaux dans chaque zone – pas un coin de l’Espagne n’échappe à ce renouveau. Ce pays qui nous livre des vins passionnants, émouvants et différents, n’a pas pu les présenter à Bordeaux. Quel dommage, et, quelle occasion manquée!

C’était quand même pour beaucoup et même pour moi, une soirée magique, nous avons gouté des grands vins et manger de la nourriture extraordinaire. Les participants n’ont pas été déçus, ils ont retrouvé l’Espagne qu’ils connaissaient, quand même pas celle de la Paella et des vins pas chers, heureusement. C’est ce que nous retiendrons, en espérant que l’Espagne du renouveau pourra se rattraper prochainement.

Hasta Pronto,

 

MarieLouise Banyols


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Les viticulteurs audois se trompent de cible

Au cours d’une manifestation, ce samedi, à Narbonne, des viticulteurs audois s’en sont pris à nouveau à la concurrence des vins espagnols, qualifiée de « déloyale ». Et exigent la fin des importations.

Voici les arguments entendus:

-Les caves de l’Aude sont pleines.

-Des marques comme Leclerc vendent des vins espagnols et font croire qu’ils sont français en mettant un clocher et un béret sur l’étiquette.

-Les Espagnols et les Italiens sont exonérés de taxe foncière sur les terres agricoles

-Leurs charges sont moins importantes sur leurs salariés.

Olé!

Deux commentaires.

-Le premier, persifleur: l’Espagne possède également des églises; et pas mal d’Espagnols portent des bérets (les Basques, notamment).

-Le second, plus sérieux. Si les vignerons français paient trop de taxes sur le foncier et sur le travail (même sur la main d’oeuvre importée), n’est-ce pas plutôt au gouvernement français, à Bercy, qu’ils doivent s’en prendre, plutôt qu’aux Espagnols? Aux candidats à la présidence, c’est un allégement fiscal qu’ils doivent demander; et non une interdiction des importations qui, les viticulteurs audois le savent bien, est impossible dans le cadre européen, avec le principe de la libre circulation des marchandises.

Et au fait, comment se fait-il que le consommateur français ne détecte pas la supercherie que les viticulteurs audois dénoncent? Comment se peut-que le vin espagnol premier prix lui plaise tout autant que celui proposé par les viticulteurs audois?

Et si, en attendant que le fisc français lâche son étreinte sur les viticulteurs audois (ce qui pourrait prendre un peu de temps), ceux-ci se focalisaient plutôt sur une production à valeur ajoutée? Une production qui leur permette de vivre de leur travail sans être en concurrence frontale avec les entrées de gamme, qu’ils viennent d’Espagne ou d’ailleurs? S’ils faisaient en sorte que leurs caves soient un peu moins pleines, mais que les vins dans les cuves aient une véritable raison d’exister? Des chances de plaire, en France et ailleurs? De se différencier?

C’est généralement le cas des vins dont je vous parle ici; il n’y a pas si longtemps, j’évoquais ceux de Gayda, d’Anne de Joyeuse, de Mas, de Lorgeril et de Serrat de Goundy, en IGP Oc. Ou encore, le Fitou du Clos Padulis et le Corbières du Clos Canos. La cause est entendue: l’Aude possède de beaux terroirs; et de bons vignerons, qu’il s’agisse de caves particulières, de coopératives ou en négoces. Mais il y en a d’autres, moins bons.

Je sais, c’est plus facile de commenter que de tailler la vigne et de vendre le vin. L’Aude a toute ma sympathie. Mais la voie du protectionnisme franco-français est un cul-de-sac, d’autant que le marché hexagonal est en perte de vitesse.

Pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de citer un commentaire de soutien aux manifestants, déposé sur le site du Figaro, et signé « Haralde 37 »

« Soutien aux vignerons qui font rayonner la France à l’international. »

Donc, si je comprends bien, il est normal que la France exporte des vins pour rayonner à l’international, mais il n’est pas normal qu’elle en importe?

Les vignerons espagnols n’ont pas le droit de rayonner à l’international?

Her Lalau


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Vega Sicilia : l’étoile brillante et ses satellites

Il y a un mois j’ai eu le privilège de participer à une dégustation et présentation de l’ensemble des vins produits par la société Tempos, propriété de la famille Alvarez. Ces noms ne vous diront peut-être rien, mais sachez qu’il s’agit des propriétaires du célèbre Bodega Vega Sicilia dans le région du Ribera del Duero en Espagne. Et pas seulement, car ils possèdent aussi Alion, également à Ribera, ainsi que Pintia à Toro et Macan à Rioja. En dehors de l’Espagne, on trouve aussi dans leur giron Oremus, à Tokaj en Hongrie.

La famille Alvarez a acheté la BodegaVega Sicilia en 1982. Le reste a été acquis ou a été développé ex-nihilo (ou presque) par la suite, petit à petit. Le site web du groupe, qui se trouve incrusté dans celui de son domaine phare, parle de deux axes fondamentaux dans sa stratégie de développement : « la consistance de la qualité du produit comme élément de garantie dans les différents crus, et le dévouement au client comme élément référentiel dans son activité quotidienne. » Sa stratégie de développement a suivi « une règle de croissance basée sur l’implantation de nouvelles caves dans des zones d’élaboration avec un potentiel qualitatif et différentiateur suffisant. Le chiffre de 300 000 l/cave environ a été considéré comme le point d’équilibre idéal entre la qualité et le volume de produit ; bien qu’il existe des cas comme celui de Vega Sicilia, où sont élaborés trois vins différents ; et d’autres comme Alión ou Pintia, où un seul vin par cave est élaboré. De cette manière, l’augmentation de volume produit dans chaque cave individuellement a été évitée. »  

La commercialisation des vins de Vega Sicilia a toujours été particulière, avec la nécessité de s’inscrire sur une liste, puis d’attendre que l’on veuille bien vous assigner un lot de vin. Le site Tempos Vega Sicilia explique la procédure ainsi : « au niveau commercial, les vins sont vendus dans un total de 88 pays et à un nombre approximatif de 4 500 clients du monde entier, tant particuliers que professionnels. La possibilité d’acheter directement au groupe est soumise, en premier lieu, à l’admission comme client, sur demande écrite préalable ; et en deuxième lieu, à l’assignation d’un coupon personnalité variable en fonction des caractéristiques de chaque cru. »

En réalité, les choses sont un peu plus simples pour le client de ses vins, du moins ici en France, car ils sont importés par la société Vins du Monde et sont disponibles, en quantités limitées, à des prix que je mentionne dans mes notes de dégustation. Vous verrez que la plupart se ne sont pas des vins pour tout le monde, ne serait-ce que par leur prix, mais certains sont franchement admirables, réservés certes à une élite d’amateurs ayant les moyens nécessaires.

Nous avons commencé cette dégustation par un vin blanc sec :

Oremus Dry Mandolas 2015, Tokaj

cépage : Furmint 100%

prix : 20 euros

J’ai beaucoup aimé ce vin pour sa manière de combiner finesse de texture et vivacité. C’est aussi suave que salivant en bouche et a une très belle longueur. Les arômes, directes et nets, s’articulent autour de notes de pomme verte et de citron. L’équilibre penche sur le versant de la vivacité. Vin très vibrant.

(note 16/20)

Macan Clasico 2013, Riojà

cépage : tempranillo

prix : 45 euros

Ce domaine est situé dans la partie Alavesa (basque) de la Riojà. Il s’agit  d’une copropriété avec Benjamin de Rothschild, fondée en 2000 et dont le premier millésime fut le 2009.

Nez très parfumé, à tendance florale. Texture élégante et raffinée qui ne masque pas une belle puissance de matière, avec des tannins mi-fermes et une sensation chaleureuse en finale.

(note 15/20)

 

Macan Seleccion 2013, Riojà

cépage : tempranillo

prix : 80 euros

Nez plus sombre, avec des accents terriens sur fond de fruits noirs. Beaucoup d’intensité et bel équilibre. Cette cuvée est à la fois plus « taiseux » et plus tannique que la version « clasico ». Il semble aujourd’hui assez austère mais il a de la réserve.

(note 16/20)

 

Pintia 2012, Toro

cépage : tinta de toro (tempranillo)

prix : 57 euros

Ce vin est tout en muscles et en nerfs. Il est intensément tannique, ce qui rend la finale sèche et l’ensemble peu plaisant. Le fruité est presque totalement dominé et la chaleur de l’alcool est aussi bien présente. Peu agréable donc, et un vin qui ne me semble pas au niveau des autres vins de cette série.

(note 13,5/20)

Alion 2013, Ribera del Duero

cépage : tinto fino (tempranillo)

prix : 80 euros

Le deuxième domaine de ce propriétaire dans la région Ribera del Duero, avec un vignoble de 130 hectares, mais aussi des apports du domaine Vega Sicilia de même propriétaire. La vision exigeante et clairement à long terme du propriétaire est démontré par le fait que les vignes ne rentrent pas dans les vins d’Alion avant d’avoir atteint au moins 10 ans.

Nez expressif et aussi riche que fin. C’est probablement l’acidité qui apporte une partie de cette impression de fraîcheur. Bien mieux équilibré et agréable que le Toro, avec une belle longueur et bien plus de fruit. Ce vin reste très jeune, avec des tannins pas encore fondus, mais il est vibrant et a beaucoup d’élan.

(note 16,5/20)

Valbuena 2012, Ribera del Duero

cépages : tinto fino (tempranillo) 100% (dans d’autres millésime on trouve parfois un peu de merlot, mais il avait coulé en 2012)

prix : 130 euros

Le domaine de Vega Sicilia couvre près de 1,000 hectares et inclut 210 hectares de vignes, ce qui lui permets la production de plusieurs vins, dont celui-ci. L’élavage se fait en barriques neuves à 70%, dont 20% sont nord américains et le reste français. L’élevage dure 15 mois.

Nez profond et complexe, d’une très belle intensité. Les sensations olfactives sont veloutées, et les arômes sont essentiellement de fruite noirs avec un léger accent fumé. En bouche, les sensations sont aussi intense que vibrantes. Ce vin est dynamique, alerte et intensément fruité. Les saveurs sont pointues et il y a une impression de chaleurs, mais les tannins sont bien maitrisés et intégrés.

(note : 17,5/20)

 

Vega Sicilia Unico

(ce vin ne porte pas de millésime, traditionellement)

cépages : tinto fino (tempranillo) et cabernet sauvignon

prix : 250 euros

Le vieillissement prolongé de ce vin, d’abord en barriques, puis en bouteilles a produit une robé un peu plus évoluée que pour les vins précédents. Le nez l’est encore plus. Il est d’une grande complexité avec des couches et des couches qui se dévoilent progressivement à l’aération. C’est bien la texture qui marque le plus sa différence, polie et patinée qu’elle semble en bouche. La vivacité est aussi impressionnante. C’est subtil et sophistiqué, avec une grande longueur. Un très grand vin.

(note 19/20)

 J’ai du partir avant la dégustation du Tokay Oremus 3 puttonyos

en résumé

Une très belle dégustation. Je n’ai pas les moyens d’acheter la plupart des vins ici, mais j’avoue avoir été très séduit, sauf par le Toro dont je ne comprends pas bien l’intérêt dans cette gamme.

David


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Le hasard fait bien les choses, parfois (la surprise venue des Canaries)

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Lors de mes pérégrinations récentes dans des bars d’une partie de l’Andalousie, à la recherche des Manzanilla et des Jérèz (voir mon article de lundi dernier), j’ai bu, dans un bar à tapas à Granada (La Tana, ci-dessus et très recommandé), un vin rouge qui m’a beaucoup plu.

Il avait un goût que je n’avais jamais rencontré auparavant. Il est difficile de le décrire rétrospectivement, mais il avait une texture assez suave sans être parfaitement lisse, des tanins fins mais assez peu marqués, une acidité suffisante mais relativement faible, un fruité raffiné de bonne intensité, une corpulence moyenne et une très bonne longueur. Il avait aussi quelque chose de légèrement terreux mais pas dans un sens péjoratif.

Dit comme cela, je me rend compte que c’est d’une banalité affligeante et qu’une telle description ne vous donnera aucune notion du goût de ce vin. N’ayant pas pris des notes, je suis incapable de faire mieux maintenant, mais ce vin m’a paru singulier, en tout cas différent de tout ce que j’ai pu déguster avant. Je me demande, en outre, si l’on est capable de décrire les sensations et émotions qui peuvent déclencher un vin au moment de sa dégustation. Les longues liste d’arômes que je vois dénommés parfois me semblent relever d’un fantasme issu des Précieuses Ridicules. Mais mes propres descriptions, généralement bien plus étriquées, ne valent pas mieux !

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Ayant beaucoup aimé ce vin, j’ai demandé à voir le flacon, car le barman de cet excellent bar à tapas, qui était archi-bondé un vendredi soir, m’avait simplement demandé si je voulais mon verre de rouge plutôt suave ou plutôt puissant, ce que je trouve bien plus pertinent que de nommer une appellation ou un producteur.

En regardant l’étiquette je constate que le vin venait des Canaries et, en faisant des recherches, j’apprends que son cépage est le Palomino Negro, aussi connu sous les noms de Listan Negro ou de Listan Prieto. Le Palomino Blanco est la variété de base de la plupart des Jérèz, mais je ne connaissais pas sa variante foncée. Il paraît qu’il est largement planté aux Iles Canaries, avec plus de 5.000 hectares. Il ne s’agit donc pas d’un cépage rare. De plus, les analyses génétiques lui ont trouvé une identité commune, malgré quelques différences due à sa reproduction par semis de grains plutôt que par bouturage, avec le cépage connue sous le nom de Misión, très largement planté en Amérique du Sud et en Amérique Latine, y compris jusqu’en Californie, autrefois.

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N’ayant pas encore eu le plaisir de visiter les Iles Canaries, ma source d’information sur le vin vient du web, et particulièrement du site très bien fait du producteur de ce vin que j’ai tant aimé. Bodegas Viñátigo puise ses racines dans une parcelle de vignes centenaires située près du village de La Guancha, sur la partie nord de Tenerife. Aujourd’hui le domaine possède huit parcelles différentes, dispersées dans des localités variées de Tenerife, mais vinifie également des raisins achetés auprès de vignerons sous contrat avec des objectifs qualitatifs. Le projet de Viñátigo est de rénover la vinification locale tout en préservant l’héritage des variétés locales. Outre le Listan Negro, ils produisent des vins à partir de Gual, Marmajuelo, Vijariego, Tintilla, Baboso, Malvasia et d’autres, parfois réintroduit par eux-mêmes.

Le vin de Viñatigo que j’ai dégusté ce soir-là ne vaut que 10 euros en Espagne et j’en aurais bu la bouteille entière avec plaisir. Je ne crois pas qu’on puisse le trouver en France, mais il est bien diffusé aux USA, parfois au double de ce prix. J’espère pouvoir m’organiser un voyage aux Canaries prochainement et rendre visite à ce producteur.

David

PS. Peut-être que Marie-Louise pourra nous éclairer davantage sur ce producteur et ses vins ?