Les 5 du Vin

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Vins mutés (ou pas) (5): VDN et mariages crémeux

Cinquième et dernier volet de notre série sur les vins mutés, vinés ou passerillés, avec les beaux mariages de l’ami Marc.

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Pas de technique ou à peine, David nous en parlé il y a peu, mais de la gourmandise avec des accords trop rarement faits chez les professionnels et encore plus rarement faits chez les particuliers. Les VDN sont pour moi la panacée quant à l’alliance avec le plateau de fromages, tout fonctionne ou quasi. Le seul tort des vins doux c’est qu’ils sont doux, que tout le monde n’aime pas spécialement le sucre et qu’ils ne sont pas à la mode. À part cela, ils appartiennent à un monde aussi vaste que les vins secs, quoique nombre de consommateurs croient qu’ils se ressemblent et ne font guère de différence entre toutes les variantes qui existent. Pourtant…

Accords inattendus

Il est des mariages imprévus, que l’on croit avant même la noce achevée voués à l’échec le plus cuisant. L’accord ou plus précisément les accords entre fromage de terroirs et d’affinages différents et un éventail représentatif de Vins Doux Naturels abondent dans ce sens. Certains en rient, d’autres crient au sacrilège, rien qu’à l’évocation de telles unions. Ont-ils essayé, se sont-ils donnés la peine d’y songer ? Troquons la routine du rouge corsé contre un plaisir surprenant, hédonisme insolite certes, mais combien réconfortant…

Fromages et VDN

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À l’heure des journées qui raccourcissent, des températures qui chutent, associer Vins Doux et fromages nous est salutaire et nous permet d’affronter la grisaille ambiante. Onctuosité du fromage et suavité du vin s’épousent avec une grâce mêlée de puissance. En partenaires avertis des choses de la vie, rien ne les effraient et c’est avec enthousiasme qu’ils échangent expériences et richesses acquises.

Le premier, le fromage, s’ouvre sur ses tonalités lactées, ses envolées fruitées, sa profondeur minérale.

Le second, le VDN, parle de la maturité de son fruit, des épices qui le soulignent, de ses accents torréfiés et biscuités qui parfois le font penser venir d’un orient imaginaire.

Ce sont des accords magiques, envoûtants qui ne laissent personne indifférent.

Ouvrez la bouche, ça commence

Muscat de Rivesaltes Tradition 1993 VDN Domaine Gardiès et Salers Tradition

(tradition écrit des deux côtés de la meule, faites attention !)

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Le vin

Couleur café au disque bistre léger, nez de raisins secs, Muscat comme il se doit, auxquels s’ajoutent des Smyrne et des Corinthe, de la mandarine et du kumquat confits, des accents de garrigue où se reconnaissent serpolet, cade et sauge, avec une séquence de tabac blond

Bouche fraîche et délicate qui laisse longtemps son souvenir. Une structure très éthérée, il est certes paré d’une oxydation ménagée mais elle ne se goûte pas. Évanescence des sucres, légèreté absolue des arômes, force tranquille d’un vin qui oublie son ego pour sans concession léguer ses richesses à qui l’écoute.

L’échange

Voilà un Salers qui semble encore avoir du lait sous le nez. Le vin, vieux sage, a pour lui l’expérience des années. Ces gamins, il ne faut pas les perturber, c’est avec pédagogie et tact qu’il se laisse aborder.

-«Vous semblez bien transparent Monsieur, c’est l’âge qui vous a fait perdre couleurs et présence ?» se moque le fromage.

-«Bien sûr, petit, laisse-moi te donner le bras, supporte un temps le poids de mes années, mon fardeau» supplie le vin doux.

D’un coup voilà le gamin plus gracieux, habillé comme un Arlequin où chaque partie d’habit brille d’une note aromatique différente. Les fleurs se sont écloses, les fruits se sont confits, le lait est devenu crème légère au goût délicat de noisette, le pain s’est transformé en brioche à la croûte épicée.

Tout en subtilité, sans avoir l’air d’y toucher, l’ancien, dénommé Muscat a sublimé le fromage.

Les accords du Morbier et du Rivesaltes ambré

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Fermes isolées et rudes contrées ont, en leur temps, enfantées le Morbier. La traite incomplète du matin se voilait de la noire suie du cul du chaudron, fine cendre protectrice qui gardait le maigrelet des affres de la journée. Le caillé du soir venait récompenser l’attente patiente. Le fromage enfin complet s’enorgueillissait de sa jolie raie.

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Le Rivesaltes ambré est élaboré à partir de raisins blancs (Rivesaltes tuilé = 50% de raisins rouges min.). Il s’élève 24 mois en milieu oxydatif. Ce type d’élevage le rapproche des Jerez ou des Madères et lui confère des arômes de fruits secs, d’épices douces, de tabac, …noyés dans une douceur agréable.

Celui des Verdaguer associe 95% de Macabeu de 5% de Grenaches gris et blanc

Rivesaltes ambré du Domaine Rancy 4 ans d’âge, vieux bronze, au nez fringant de cerise confite, de tabac blond, de liqueur de prunelle, de sirop de fraise mélangés d’un trait de caramel salé. La bouche, suave, garde une fraîcheur importante. Vivacité modérée qui lui permet le contact direct, le corps à corps avec le paysan franc comtois. L’échange se fait en trois mouvements, compréhension de deux mondes, de deux personnages, coup de foudre organoleptique. Plus rien n’existe, que le binôme sucré salé, le duo épicé fruité. Une impression de plénitude envahit rapidement nos papilles émerveillées par ce plaisir gourmand vécu avec tant de simplicité.

VDN et bouchée apéro

 Et si les VDN accompagnent volontiers un plateau, ils s’offrent facilement au jeu du verre gourmand.

Deux VDN, Maury Grenat (Cave des Vignerons) et Rivesaltes Ambré (Dom Bernat d’Oms), et toast anchois, Comté, poivron

Le Maury Grenat

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Robe grenat, de la cerise noire au nez nuancée de gelée de myrtille et de mûre, avec des notes de poivre noir, de vanille et de moka, un rien de biscuit beurré au fond du nez. La bouche délicate et gourmande offre sa suavité presque érotique de cerise au marasquin poudrée d’un rien d’iris et de poivre cubèbe avec une ombre de cannelle. Les tanins contiennent les baies juteuses dans leur soie fraîche, un rien sauvage où l’amertume délicate tresse le cordon qui en referme la bourse d’où s’échappe une fragrance de pêche de vigne. www.vigneronsdemaury.com

Le Rivesaltes Ambré

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Le type ambré, c’est-à-dire à base de raisins blancs, ici du Grenache blanc et Macabeu, offre tout de go son goût suave de caramel au beurre doux, d’oranges confites et de Corinthe, de noix sèches et d’amandes pilées, de thé léger et de tabac blond, avec un gras onctueux, une fraîcheur suffisante, un caractère capiteux bien fondu dans l’aimable douceur.  www.terroirs-romans.com

Accords :

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L’anchois enrichit le trio d’un trésor iodé, riche d’embruns à la salinité délicate. Quant au poivron, il joue les seconds rôles, tantôt doux, tantôt fruité. Le Comté aime leur montrer son caractère affirmé, sa force, mais aussi sa générosité. C’est une alliance particulière, nord sud. Serait-ce pour en catimini abuser les vins doux…

Le fruit intense et les tanins bien présents du Maury entrent en conflit ouvert tant avec le Comté qu’avec l’anchois. Sel et douceur s’entrechoquent, rien ne va. Puis d’un coup, les rivalités disparaissent. Le Catalan s’est laissé piéger par l’avalanche de goûts forts. Il en reconnait la moitié et apprécie, par anchois interposé, les épices, le bitter racé, le bouquet fumé lacé de cuir, du Comté qui ne sont pas si éloignés de son univers méditerranéen.

Le goût fort du comté, mais aussi de l’anchois, s’adoucit dès la première gorgée de Rivesaltes. C’est alors échanges de miel de sapin, de poires au sirop, puis encore de sucre qui se caramélise et de fruits secs qui se pralinent, d’amertumes fines qui jouent des airs d’agrumes.

 

Un petit coup de Rasteau doux pour terminer

Rasteau doux 2014 Domaine de Beaurenard

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Robe noire aux reflets pourpres ; les compotes de fruits noirs, cassis, cerises et mûres, explosent au nez, viennent ensuite quelques baies rouges, framboise et groseille, qui exhalent leur parfum comme si on venait de les écraser, les épices, cumin, cannelle et poivre, se mêlent aux plantes de garrigues, thym et genévrier ; la bouche donne l’impression de croquer un chocolat noir bourré à craquer d’une ganache très fruitée, la fraîcheur ne manque pas, les tannins ajoutent du croquant, le minéral apporte son architecture, douceur équilibrée, attention ! C’est gourmand, c’est suave, à friser rapidement l’addiction.

Un Rasteau… tardif

Le domaine familial situé à Châteauneuf-du-Pape appartient aux Coulon depuis sept générations, mais il remonte presque à la nuit des temps, un acte notarié signale son existence en 1695. Quant à Rasteau, c’est de l’histoire récente ! En 1980 la famille Coulon prend possession de 25 ha en Rasteau. Ce n’est pourtant qu’en 1998 que le premier Rasteau VDN naît. Il leur a fallu du temps pour bien comprendre toutes les réactions du terroir. Autant les Rasteau secs se sont conçus assez rapidement, autant repousser la maturité des Grenache à l’extrême demanda sa succession de millésime pour enfin atteindre l’équilibre voulu.

Les raisins se ramassent à la main, très mûrs, pour engranger un maximum de sucre, mais non flétris, pour garder toute la saveur du fruit. Le moût qui affiche plus de 260 g de sucre par litre est muté sur grain et laissé en macération pour garantir la profondeur de la couleur. Tannique bien évidement, le vin loge en barriques non neuves pendant 2 années et est mis non filtré en bouteille, ce qui explique le petit dépôt.

Les rendements avoisinent les 10 hl/ha. Les vignes sont plantées sur une ancienne terrasse de l’Ouvèze riche en galets roulés enchâssés dans leur matrice argileuse.

Et le fromage dans tout ça ?

 Il faut l’essayer avec un Munster au lait cru bien entendu, avec ou sans carvi, c’est top, voire une tuerie gourmande. C’est vrai qu’on peut en « crever » tellement c’est bon. Je ne vous en dis pas plus, à vous de l’essayer.

http://www.beaurenard.fr

 

Ciao

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Marco

 

 

 


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Dégustation monochrome

Serait-ce déjà l’automne ?

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L’heure où la nature commence à prendre ses teintes rouge et or, quelques noces succulentes, parfois surprenantes, viennent égayer nos plus courtes soirées. Elles unissent turbulences délicates, légèrement ocrées, aux pâtes rousses et plantureuses, les teints cuivrés aux reflets acajou aux crèmes orangées ou encore les écumes ambrées aux délicatesses blond foncé. 

Voilà définis en prose imagée quelques accords insolites entre fromages à croûte lavée, un soin qui confère petit à petit au fromage, durant l’affinage, une teinte d’ocre orangé, et des vins qu’on choisit clairs ou sombres, mais nuancés des mêmes tons automnaux.  

L’équinoxe approche, l’automne suit… buvons un coup pour oublier le bel été trépassé.

 

 

Fines bulles pour débuter…

1522 2002

La Cuvée 1522, millésime 2002, de la Maison Philipponnat, teinte le cristal de sa robe dorée aux nuances abricot. L’échancré en forme de poire et de pomme, moucheté de coriandre et de baies de sureau, hume le biscuit au beurre salé, la chicorée torréfiée, le tout bien poivré. Sa bouche a du caractère, pleine de sève, la lippe charnue, le baisé croquant, elle révèle sa maturité sans hésiter. Gourmande, elle offre ses fruits, blancs et dorés, l’acidulé de l’agrume, le velouté de l’abricot, la douceur de la pêche, pour recevoir en retour le remerciement pour tant de délectations.

Pure tête de cuvée de Pinot Noir (Ay, 60%) et de Chardonnay (Oger). C’est un Grand Cru.

La belle et la bête

C’est qu’il sent ce Pavé de Soignies, fromage de vache à la croûte orange, collante de morge odorante. Mais sa pâte n’avoue que douceur, crème noisette, pâte d’amande et lait à la chicorée. De plus, il est gredin et se jette avec volupté dans la marre… de champagne pour nous éclabousser. Voilà un caractère à désamorcer si l’on veut passer un agréable moment. Première chose, jeter au loin ses chaussettes colorées, ça le déstabilise, il faut à ce moment en profiter pour humer sa pâte ivoire. Pas d’inquiétude pour la Cuvée, elle sait y faire. Quelques bulles agiles révèlent ses saveurs sucrées, lait vanillé, pistaches grillées. Enlacement d’écumes fruitées attendrit la croûte de pain, teint la crème de lait, orne de mille baies la texture bien plus fine qu’il n’y paraît. Le Pavé dégrossi exprime sa gratitude, gemme citronnée lumineuse et fraîche, un échange au charme bucolique.

 Champagne haut de gamme + accords 2 015

Le Pavé de Soignies est un fromage belge de type Pont l’Évêque www.lebailli.be

www.philipponnat.com

 

Vin Doux de Maury et Mimolette

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Prestige 15 âge Maury Mas Amiel

L’habit sombre, bien taillé, aux senteurs raffinées de fruits secs, de feuilles de figuier. Les tempes poivrées, le cheveu encore épais aux reflets de cacao, de vanille et de cèdre. Les lèvres gourmandes, un rien salées, voire iodées, prêtes à happer qui passe à leur portée. L’haleine de menthe fraîche. Il a pour lui le statut qui se voit au cristal qu’il porte au doigt, sûre de sa position sociale, il sait comment assouvir son caractère animal. Sa proie ne s’en plaint pas heureuse de goûter ses réductions de fruits noirs parfumées d’Amareto.

Le vin : assemblage de 90% de Grenache Noir et 10% de Macabeu et Carignan, passé en bombonnes de verre pendant 1 an, puis élevé 14 en foudre de chêne.

Mimolette wikipédia

Existe-t-il fromage plus orange que la Mimolette ?

Pâte reposée au lait cru d’à peine six mois, rouquine et française de la côte d’opale, très peu salée, elle semble croiser le Maury sans éveiller son intérêt. Ils se recroisent pourtant, s’apprivoisent, se testent, le Prestige perd de sa superbe, la Mimolette reprend son souffle. C’est dans un jaillissement d’épices, cumin, fenugrec, que les nouveaux amants s’accomplissent.

www.masamiel.fr  

  

Bière et fromage, union belgo-belge

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Chimay capsule blanche

Ambre écarlate à l’écume écrue, à l’amertume sucrée qui chatouille le nez, nuancée d’écorce d’orange et de graines de coriandre, elle pétille légère sans discontinuer. Grasse, amère, fraîche, droite, mais gourmande, elle décline fruits rouges, chicorée torréfiée, seigle grillé, paille sèche, pour en final offrir une cuiller de gelée de prune.

Mariage abbatial

Compo Poteaupré

Crémeux, onctueux, il ressemble presque à un dessert ce Poteaupré. La bière le recadre, lui apporte une fraîcheur amère, darde ses flèches bitter dans l’embonpoint coulant. Ça le liposuce et le laisse svelte avec juste le goût de la crème. Mais là ne s’arrête pas l’avantage, du minéral apparaît, squelette fromager aux genoux en cailloux arrondis, aux vertèbres calcaires, ossature nouvelle qui s’habille de fleurs et de fruits, et ferme l’habit de boutons de châtaigne et de noisette.

www.chimay.com

 

La Fou’ Foune et le Comté

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Qui n’a jamais dégusté une Fou’Foune risque de mourir idiot…

La Fou’ Foune est un Lambic Cantillon de 2 ans dans lequel macèrent 300 g/l d’abricot Bergeron en provenance de la Vallée du Rhône. Leur macération dure un mois et demi. 5 g/l de sucre sont ajoutés lors de la mise en bouteille pour la prise de mousse.

Pour la petite histoire, la dénomination Fou’ Foune vient du surnom du cultivateur d’abricot. C’est le vigneron René Jean Dard du Domaine Dard et Ribo en Crozes-Hermitage qui décréta son patronyme. À l’époque la petite production lui était entièrement réservée.

La Fou’Foune est une bière finement acide dans laquelle se distingue davantage la note subtile du noyau que le charnu du fruit. Un rien d’orange amère et d’abricot sec en habillent le développement vif. La longueur est impressionnante, calculée sur une fraîcheur de plus en plus marquée par les subtils arômes du Bergeron.

Pâte cuite à la croûte ocrée tout le monde connaît le Comté, la voici à peine âgé de 12 mois en lice pour…

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Une initiation au plaisir du fruit défendu, l’abricot remplace la pomme, c’est le paradis sur terre.  

Il sentait encore le lait, le voilà gourmand, prêt à croquer tous les fruits qui passent. La Fou’ Foune en un tour de main (euphémisme) transforme la crème pâtissière, la vanille et le beurre frais en un joli croquant.

Il sentait encore le lait, le voici plein d’étoffe.

www.cantillon.be

 

Ciao

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Marc


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Vins luxembourgeois et laits crus

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Qui pense à associer nos pâtes molles préférées aux vins luxembourgeois? Sans doute pas grand monde, vu que la plupart des consommateurs ignorent que la rive gauche de la Moselle, entre Schengen et Wasserbillig, se couvre d’un superbe vignoble en coteaux. Dommage car si c’est beau à voir, c’est aussi bon à boire…

Vins du Luxembourg

Blancs, par la plupart, les vins de la Moselle luxembourgeoise siéent particulièrement bien aux pâtes onctueuses et s’adaptent avec facilité à presque l’ensemble du plateau. Fraîcheur et structure sont leurs atouts. De plus, nuances aromatiques, caractère minéral, élégance, droiture, font parties de leurs  avantages. Reste à leur dégoter quelques fromages au lait cru, il leur faut comme à nous du goût et de la qualité…

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Clos du Rocher

Les vins

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Cuvée Riesling brut Crémant du Luxembourg Pol Faber

Une jolie effervescence aux reflets verts teintés d’émeraude. Le nez confesse avec délicatesse le cépage qui le compose. Une subtile note d’hydrocarbure surprend les narines. Le fruit blanc, pomme douce et poire fondante, précèdent les parfums de rose et de fleur d’oranger. La bouche gourmande croque dans les fruits sentis, apprécie les fleurs respirées, se plaît du sucré acidulé de l’ananas. Le minéral vient ajouter son trait fumé. Le poivre et la bergamote, en final, se remarquent longuement.

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Riesling 2010 Grevenmacher Fels Grand Premier Cru Clos des Rochers

Jaune citron, il respire à plein nez le minéral iodé. Ce sont ensuite des confitures de prunes, quetsche et mirabelle, qui émerveillent, relevées d’une écorce de kumquat. La bouche est à la fois droite et complexe, nuançant au sein du minéral des arômes de poire croquante, d’asperge, de mandarine, de sésame grillé, le tout fondu dans une matière dense bien perceptible. Un Riesling bien sec, une denrée devenue rare…

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Clos du Paradis 2007 (Auxerrois) Vin de Table luxembourgeois Château Pauqué

Jaune doré, le nez confit, grillé, plein d’aromates, de fleurs sèches, de pain qui sort du four, d’épices, …

Le confit est encore plus présent en bouche, véritable cassate légèrement vanillé, puis viennent les essences de mandarine, céleri, mangue, rhubarbe, angélique, gentiane, apportant chacune leur nuance aromatique. Et puis, cette amertume racée, superbe impression racinaire à la délicate élégance, aidée de l’acidité, nous emporte loin. Puis, nous entraîne encore au pays des épices.

Les laits crus

Pourquoi pas deux figures emblématiques de la production française, histoire de leur redorer un peu le blason, Camembert de Normandie et Maroilles fermier. Eux qui au pays du fromage sont souvent regardés avec méfiance et consommés par les derniers aficionados qui subsistent dans l’Hexagone. Faut dire que les autorités sanitaires n’ont toujours pas compris qu’un fromage au lait cru est beaucoup plus résistant aux infections bactériennes qu’un fromage au lait thermisé (chauffage du lait pas plus haut que 72°C) ou pire un pasteurisé. Ce dernier n’appartient plus au monde des vivants et certes pas mauvais de goût, il est bien loin de la complexité du lait cru. Pour terminer par une image forte, le fromage au lait pasteurisé est un peu comme un immeuble vide, si on veut le squatter, aucun problème, tous les étages sont disponibles. À l’inverse, un fromage au lait est un immeuble bien rempli de bactérie évidemment mais bonnes pour notre petite santé été elles s’opposent avec brio à tout envahissement. Les autorités sanitaires n’ont pas tout à fait le même point de vue…

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Le Camembert de Normandie Réaux

Le Camembert par excellence, bien typé, rustique, fort en goût, fort en gueule, à la pâte qui même 4/4 affiné reste à la fois ferme et onctueuse, un bonheur. Généreux, il prodigue sans compter des notes aillées, des goûts de noisette, des saveurs minérales, des arômes de chicorée et de lait qui attache, des fragrances de champignon et de sous-bois. Un fromage qui a plein de choses à dire (bien loin des pâles imitations qui n’ont que la première partie du nom, Camembert n’est pas Camembert de Normandie!)

Les accords

Avec le Crémant

Un accord bien sympa, et assez attendu, bulles et Camembert forment souvent un duo savoureux. Le dosage du vin, loin d’être excessif, métamorphose le fromage en une pâtisserie des plus agréables. Elle équilibre le sel du fromage, booste ses épices, comme le poivre et le cumin,  puis amplifie encore sa saveur de crème pâtissière, de meringue citronnée. La petite finale sale le bout de la langue et redonne un regain de tonus, comme s’il en fallait…

Un duo qui fonctionne à l’image de l’Auguste et du clown blanc, le Crémant agit ici en faire-valoir, mais en final tout le monde s’y retrouve, surtout celui qui les a en bouche.

Avec le Riesling

Le vin apporte de la grâce à ce paysan en culotte de peau odorante. L’ail devient plus présent, mais le sel s’efface, le champignon se prend pour une morille, puis le citron vient rafraîchir l’ensemble et apporte son punch, en fait demander encore et encore.

Avec l’Auxerrois

Cela semble sage ou plutôt tout de go plongé dans la plénitude. Les voilà épanouis comme un couple qui semble avoir toujours existé. Le Camembert avec son goût de cacahuète encourage l’Auxerrois à se prendre pour un grand Bourgogne. Quel minéral ! Et puis, il y a cette impression sucrée, sans vraiment l’être, et les alcools qui veulent aussi leur part du lion, distillats de poire et de pomme, même la tourbe d’un whisky d’Islay vient s’inviter à la fête des papilles.

 

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Maroilles de la Ferme des Bahardes des Véronique et Pierre-Marie Juste à Etrouengt

Fabrication fermière, cet imposant carré de 720 g, ce beau Maroilles, fleure bon la campagne.

Parallélépipède orangé, cette croûte lavée certes odorante offre une douceur de pâte exceptionnelle. Le grain du caillé hyper fin a le goût des pistaches grillées, des amandes effilées, de la crème acidulée, des châtaignes rôties. Très sapide, la croûte salée caractéristique, le caractère bien trempé, il peut effrayer les âmes sensibles. Pourtant son cœur fondant  n’est que délicatesse et raffinement. Mais peut-être ont-elles été échaudées par d’industrielles productions qui souvent ont l’esprit plus amer que friand.

Les accords

Avec le Crémant

Incroyable développement d’un goût prononcé de poire, le crémant se transforme en cidre, avec le rugueux du fruit. Le fromage apporte encore des épices, comme du carvi, histoire de se la jouer façon Munster. Puis, le citron et la rhubarbe se confisent dans les sucres respectifs.

Avec l’Auxerrois

Un accord sec, hyper minéral, élégant et puissant, racé, que des qualités, voilà qui devrait en enthousiasmer plus d’un. Caramel, pain grillé, crème brûlée, c’est du dessert. Avec la croûte, la paille humide s’ajoute, une présence animale apparaît, mais rien n’y fait, le vin magnanime l’invite à se nimber d’une douceur qui rend l’accord encore plus addictif.

En prime, une pâte persillée pour terminer, la Fourme de Montbrison

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Profitez-en, elle risque de disparaître…

Un joli bleu au lait cru, à l’odeur forte de champignon, de cuir, de sous-bois de poil de vache, le goût d’oxydation de la moisissure bien droit avec son amertume caractéristique, sèche, elle a le goût du caillou qui lui donne de la race, du caractère, un délice pour qui aime lesmarbrures délectables. Celles qui offrent une moisissure moins envahissante et moins métalliques que dans bien des bleus. C’est l’apanage du lait cru.

Accompagnée d’un

Pinot Blanc 2011 Goldberg Grand Premier Cru Domaine du Cep d’Or

La robe presque blanche, ce Pinot développe en douceur, la suavité d’une pâte d’amande, le léger torréfié d’une chicorée un rien lactée, le floral mellifère de l’aubépine. Il tend d’emblée dans l’espace palatin son ossature, architecture minérale rafraîchie de rhubarbe confite, adoucie de gelée de reine-claude. À la fois vif et aimable, il se positionne comme un agréable compagnon de table.

Accord

Très pomme, poire, rhubarbe, le trio poivré et lactique avec un petit goût de champignon et le sucré d’une noix de pécan. Un agréable mariage auquel on assiste et participe avec plaisir.

 Äddi!

Marc