Les 5 du Vin

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Deux beaux blancs de Galice

Au bout du bout de l’Espagne, la Galice a longtemps été un de ses secrets viticoles les mieux gardés. Au tournant du millénaire, les albariños des Rias Baixas ont permis de lever un peu du voile. Mais il y a encore bien des trésors à (re)découvrir dans ce Far-West espagnol. La treixadura de Ribeiro, par exemple. Ou le godello de la Ribeira Sacra.

Cette vieille région de vin (Christophe Colomb avait du Ribeiro dans les cales de ses navires lorsqu’il a découvert les Antilles, ce qui en fait le plus vieux vin consommé au Nouveau Monde), compte 5 appellations. Rias Baixas se trouve près de la côte, tandis que les 4 autres (Ribeiro, Monterrei, Valdeorras et Ribeira Sacra), plus à l’est, se situent autour de 400 à 500 m d’altitude.

En Ribeiro. Plus vert que ça… (Photo (c) H. Lalau)

Bien que morcelé, le vignoble galicien présente plusieurs dénominateurs communs. L’influence atlantique, tout d’abord, qui garantit une bonne pluviométrie (même si elle s’estompe à mesure que l’on pénètre dans l’intérieur des terres).

La prédominance des cépages blancs, ensuite –  la région fournit certainement parmi les blancs les plus racés de toute l’Espagne, et à la belle vivacité – mais aussi, quelques rouges de caractère.

Enfin, il y a l’obstination des vignerons gallegos, face aux conditions difficiles de la viticulture régionale – dans certains cas, on peut vraiment la qualifier d’héroïque, vue les pentes et l’isolement de certaines parcelles. Ames sensibles et amateurs de vins faciles s’abstenir !

En Galice, les horreos protègent le grain des rongeurs, et décorent les abords des domaines viticoles (Photo (c) H. Lalau)

L’oenotouriste, lui, n’hésitera pas à découvrir une région que son isolement même a préservée. Un bout d’Espagne étonnamment vert, humide et frais, qui fait penser à la Bretagne ou à L’Irlande, et dont les vignobles pittoresques, accrochés au-dessus des rios et des rias, sans oublier les beaux villages aux maisons de granit, valent le détour.

Pour en revenir aux vins, voici deux belles cuvées dégustés ces dernières semaines.

Viña Mein Tega do Sal Ribeiro 2015

Viña Mein est une des références de l’appellation Ribeiro. Le propriétaire, Javier Alen, est un enfant du pays – il a passé une partie de son enfance à Leiro, près de San Clodio.  Devenu avocat à Madrid, il n’a jamais oublié sa terre d’origine et en 1987, il a décidé de rentrer à Leiro pour y devenir vigneron. Il restaure alors entièrement le vieux Pazo (manoir) de Viña Mein pour en faire un joli petit hôtel et un petit domaine viticole. Il a contribué de manière déterminante à la renaissance de la treixadura.

Cette cuvée compte d’ailleurs 75% de treixadura (complétés de 20% d’albariño et de 5% de loureira) ; elle est issue d’une parcelle de 3 hectares sur granits et sables, à Vilerma Baixa. Récoltée en plusieurs passes, afin de s’assurer de la bonne maturité de chaque cépage, la vendange n’est pas égrappée, et le moût est mis à fermenter directement dans les barriques de chêne français. Puis le vin y passe encore 9 mois d’élevage. Il n’est ni filtré ni clarifié.

Sa robe est pourtant aussi limpide que brillante, légèrement dorée. Ses arômes délicats évoquent les fleurs blanches, les abricots bien mûrs, les agrumes – ce dernier arôme se poursuit en bouche ; à noter l’acidité très bien fondue, le vif répond au gras jusqu’en finale, celle-ci étant relevée pour un soupçon d’eucalyptus et une pointe… de sel.

A noter que la viticulture comme les vinifications sont à présent dans les  mains de l’équipe de Comando G (Daniel Landi et Fernando Garcia), qui prouvent ici qu’ils n’y a pas que dans le grenache qu’ils excellent.

Bodegas Algueira Brandán Ribeira Sacra 2016

Les 16 hectares du Domaine Algueira se situent au bord du Sil (un affluent du Minho dont les pentes escarpées et le cours sinueux ne sont pas sans évoquer ceux du Douro) ; il a été patiemment constitué par depuis 1980 par Fernando Gonzáles, celui-ci rachetant régulièrement des parcelles de vieilles vignes. Le domaine est exploité en biodynamie. En rouge, il produit également une mencía de toute beauté.

La cuvée Brandán est un 100% godello. Bien qu’originaire de Valence, ce cépage apparenté au savagnin ne se trouve plus aujourd’hui qu’en Galice, dans le Léon et au Nord du Portugal (sous le nom de Gouveio). Plutôt productif, il ne craint pas la sécheresse, mais il est assez sensible aux maladies.

Les beaux arômes de pêche, de pomme, de poire et de frangipane annoncent un vin tout en finesse, et cela se confirme en bouche, sauf que celle-ci nous emmène très vite du côté d’une lande pierreuse, qu’on croirait fumante sous le soleil après la pluie; c’est à la fois ample, gras, sec et dynamique ; la finale, très longue, et délicatement aigrelette, nous ramène sur la poire, à laquelle s’ajoute une poignée d’amandes fraîches et d’herbes sèches.

Hervé Lalau

Importateurs:  Vino Ibérico (F)

La Buena Vida (B)

 

 


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Souverains poncifs 

C’est fou le nombre de bêtises qui circulent dans le domaine du vin, transmises de génération en génération, de sommelier en sommelier, de critique en critique, de buveur en buveur. Légendes urbaines, on-dits, souverains poncifs, ou simples conneries, parfois teintées de snobisme. Et l’âge ne fait rien à l’affaire. Une vieille bêtise reste une bêtise. En voici quelques unes, avec, quand c’est possible, le contre-exemple, en guise d’antidote…

 

Le Champagne fait moins mal à la tête que les autres bulles

Contre-exemples: innombrables (de migraines, aussi bien du côté du Champagne que des autres bulles); et pourtant, c’est vrai, on lit toujours ce genre d’affirmations mal étayées sur des sites de référence et même dans des sondages. C’est la preuve que la Champagne entretient bien son image de produit de luxe… et peut, parfois, être de mauvaise foi (l’histamine a bon  dos, pourquoi les Chardonnay-Pinot de Loire, du Jura ou de Bourgogne en auraient-ils moins que ceux de Champagne?).

Les blancs du Sud sont lourds

Les vins d’Espagne sont alcooleux

Contre-exemples: les vins de Galice (et bien d’autres).

Le Porto est un vin d’apéritif

Contre-exemple: le mode de consommation anglais du Porto, qu’on qualifiera de diversifié – cela va du foie gras au fromage, en passant par le chocolat, sans oublier le cigare. Dans sa nouvelle « The Choice of Amyntas », Somerset Maugham a d’ailleurs écrit de fort belles choses sur la façon de boire entre un et quatre verres de Porto, selon l’effet recherché, et en dehors des repas.

Le Málaga est un vin cuit

Contre exemple: tous les Málagas; certains contiennent une réduction de vin, l’arrope, mais pas tous; et c’est loin d’être l’élément principal des vins.

Le Madère, c’est pour la cuisine

Contre-exemples: la plupart des Madères qui ne sont pas présentés dans des petites bouteilles moches en grande distribution.

Le rosé, ça se boit dans l’année

Contre-exemple: tout ce qui ne ressemble pas à du blanc taché, au goût de bonbon, de vernis ou de pamplemousse (et que vous aurez la patience d’attendre). Lancez notre ami Marc sur ce thème, il est intarissable. Et à propos de tari, voyez Guillaume, au Domaine de la Bégude.

Les vins allemands sont sucrés

Contre-exemples: innombrables. Mais quel est le pourcentage de Français qui dégustent régulièrement des vins allemands depuis la dernière mise à sac du Palatinat?

Le Prosecco, c’est pour faire un Spritz

Contre-exemple: voir ICI

Le vin Nature rend moins saoul

Contre-exemple: aucun – j’aurais trop peur de choquer les vrais croyants!

La Clairette de Die est issue principalement du cépage Clairette

Et bien non, même que la Clairette ne peut dépasser 25% des cuvées – c’est là un des grands mystères des AOC françaises; apparemment, cela ne choque personne, et pourtant, cela revient à vendre autre chose que ce qu’il y a sur l’étiquette. On se croirait dans la politique.

Les rosés de Loire sont sucrés

Contre-exemple: l’AOC Rosé de Loire, justement. Contrairement au Rosé d’Anjou ou au Cabernet d’Anjou, c’est un vin sec. Vous avez dit « confusing »?`

La capsule à vis, c’est bon pour les petits vins à boire jeunes, au pique-nique 

Erreur funeste! Plus vous payez cher un vin, plus vous avez envie de le garder, et moins vous avez envie de le voir se gâter du fait d’un mauvais bouchon. Et je ne parle pas seulement du goût de bouchon, mais du syndrome du vin fatigué, dont on ne sait plus trop si c’est l’obturation ou le vin qui en est responsable. Rien de plus désagréable que de se demander si c’est le vigneron qui est en faute, ou le bouchonnier… Faites « pop » avec la bouche, si le bruit du bouchon vous manque à ce point!

Les fromages s’accompagnent de préférence de vin rouge

Contre-exemples: la majorité des pâtes dures, type Comté, Gruyère, Appenzell, qui supportent mal les tannins. Mais il y a tellement de sortes de fromages, et tellement de sortes de rouges, plus ou moins tanniques, qu’on ne peut pas généraliser.
D’ailleurs, que ce soit dans le domaine du vin, de l’art, de la science… ou de la politique, la généralisation abusive n’est-elle pas la plus belle définition de la connerie?
J’arrêterai là pour cette fois. Si vous voulez une suite, vous pouvez me fournir d’autres exemples, je me ferai un plaisir de dégonfler d’autres baudruches…

Hervé


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Albariños/Alvarinhos al Mundo

L’Albariño, alias Alvarinho, est une spécialité du Nord du Portugal et de la Galice (dans l’ordre que vous voulez).

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En toute logique, ce trésor partagé devrait rapprocher les deux régions, faire se multiplier les collaborations, les échanges techniques, les groupes de travail. Ce n’est pas le cas. La faute à l’histoire, à la bureaucratie, aux habitudes, à pas de chance… A croire qu’il est plus facile pour un flying winemaker australien de venir travailler en Alentejo, qu’à un oenologue portugais de passer le Rio Minho – et vice versa.

Il y a des exceptions, bien sûr, comme la Quinta Edmund do Val – un domaine portugais de 7 hectares (dont 6 d’Alvarinho), situé à Valença do Minho, et détenu… par un Espagnol, Edmundo Rafael Ruibal Sobral.

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Le produit est déclaré en Vinho Regional do Minho.

Dans sa version 2010, il nous offre toute la belle palette des arômes de ce cépage particulièrement bien doté par la nature – abricot, poire, mangue – lais aussi une rasade d’anis; en bouche, il allie vivacité et profondeur – c’est un vin qui a du coffre, du corps, de la présence. La finale iodée et légèrement saline invite au deuxième verre, ce qui est toujours bon signe. Après 4 ans, il présente encore une belle fraîcheur, mais a gagné avec le temps une grande cohésion.

Albariños al Mundo

Une belle initiative promeut depuis quelque temps ce beau cépage à la double orthographe: le Concours Albariños/Alvarinhos al Mundo. Initié par l’Unión Española de Catadores, sous l’impulsion de son dynamique président Fernando Gurucharri, ce concours itinérant est destiné à le faire mieux connaître sur les marchés de consommation. C’est pourquoi la première édition s’est tenue à Londres, la seconde à Dusseldorf et la troisème, ce vendredi, à Bruxelles.

J’y étais, ce qui m’a permis de déguster une quarantaine d’échantillons d’Albarinos – plus sans doute, que dans toute la dernière décennie! Ce qui m’a aussi permis de vérifier la grande diversité des produits issus ce cépage – le plus souvent aromatique, mais tour à tour vif ou gras, carré ou rond, au naturel ou boisé…

Au fait, saviez vous qu’on en fait même une excellente eau de vie?

Hervé Lalau


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Un rouge qui vient de la mer

La Galice a gagné ses galons de grande région viticole, d’abord dans le public espagnol, puis au-delà des frontières, grâce à ses blancs. Notamment ses blancs d’Albariño – un des cépages les plus fins au monde.

En matière de rouges, par contre, tout ou presque reste à faire.

Galice

Les zones viticoles de Galice (à l’Ouest, Rias Baixas)

Mais il y a de l’espoir! Ses températures plus fraîches que dans le reste de l’Espagne, ses sols pauvres (granite et schistes, principalement) et ses cépages locaux (Caíño, Loureiro…) sont autant d’atouts pour produire des vins aromatiques et singuliers. Saviez-vous que le premier vin consommé en Amérique, à l’arrivée des navires de Colomb, était un rouge de Ribadavia – aujourd’hui en appellation Ribeiro? Les archives ne disent pas quel goût il avait, mais on sait qu’il voyageait bien, notamment grâce à ses tannins et à son acidité.

D’aucuns voient dans ce finistère ibérique le futur du rouge espagnol. Rendez-vous dans 20 ans pour le dire: l’Espagne n’arrête pas de nous surprendre. Qui aurait prédit, il y a 20 ans, le succès de la Rlbera del Duero, de Rueda ou du Priorat, sans parler des étoiles montantes que sont Somontano ou Mentrida, et sans oublier la renaissance du vieux Callet de Mallorca, ou de la Mencía de Bierzo?

Revenons en Galice, et plus précisément en Rias Baixas, avec ce monocépage Loureiro de la maison Forjas del Salnés, sous la marque Goliardo.

photoTintos de Mar (Photo H. Lalau)

Tintos de mar

Le nez est très expressif, gourmand, séducteur – cerise, groseille, cassis, avec quelques notes iodées qui étonnent moins quand on lit le sous-titre: « Tintos de Mar ». La bouche, elle, est spectaculaire, l’acidité surprenante, les tannins très présents – ce n’est pas un défaut, c’est une structure. Ce vin a un côté sauvage qui fait partie de son charme; ceux qui prendront le temps de l’apprivoiser y gagneront de jolies sensations, des épices, du fumé, des fleurs, à nouveau du fruit noir, de la salinité aussi. C’est long, et ça ne ressemble à rien d’autre.

Imaginez un panier de fruits laissé sur un rocher, sur la côte rugueuse de la Galice, exposé aux embruns d’Atlantique; ajoutez un feu de camp et des herbes sur la lande. Vous aurez une petite idée de ce que nous propose Rodrigo Méndez et Raúl Pérez, les créateurs de ce vin décoiffant qui oscille entre finesse et rusticité. Bref, un vin pour amateurs un tant soit peu éclairés, ou au moins curieux de nature. Surprenez vos papilles!

Les lauriers de la victoire?

Le même vigneron propose également une cuvée d’assemblage (Caíño, Loureiro et Espadeiro), un peu dans les mêmes tonalités mais un tantinet plus sage, plus rond. Mais toujours très gourmand. On recommandera aussi son excellent blanc d’Albariño (pêche, poire, agrumes, vif et riche à la fois), le Leirana.

Pour info, Loureiro veut dire laurier en Portugais comme en Galicien. Bien adapté à l’humidité, mais craignant le gel, ce cépage est surtout présent sur la côte, aussi bien en Galice qu’au Nord du Portugal, en Vinho Verde, où on l’appelle également Loureira ou Marqués. Il est assez proche de la Mencía de Bierzo et de Ribeiro, et du Jaén du Dão – ces variantes étant plus adaptées à des climats un peu plus continentaux.

Hervé Lalau

Importateur: La Buena Vida (B).