Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Qu’est-ce que le Sud-Ouest ?

C’est le genre de questions qui semble idiote, tellement la réponse est évidente. Le Sud-Ouest de la France, c’est le sud-ouest de la France !

Sauf que pour ce qui est du vin, personne ne sait vraiment où fixer ses limites.

Faut-il prendre comme frontières celles de l’ancienne région Midi-Pyrénées? Mais alors, on exclut les appellations Irouléguy, Béarn, Tursan, Duras, Côtes-du-Marmandais, Buzet, Jurançon et tout le Bergeracois, appellations qui se trouvent en (Nouvelle) Aquitaine.

Faut-il plutôt s’en tenir au Sud-Ouest géographique? Dans ce cas, Bordeaux en fait partie, bien sûr.

D’ailleurs, n’est-ce pas à Bordeaux qu’est situé le siège du journal… Sud-Ouest ?

«Grand vin du Sud-Ouest»

Oui, mais si Bordeaux revendique sans restriction l’héritage culinaire du Sud-Ouest (foie gras, confit, magret…), côté vins, il fait plutôt bande à part – au moins depuis que les «vins du Haut-Pays» (Bergerac, Cahors, Gaillac…) ne viennent plus compléter ses cuvées. Vous ne verrez jamais sur une bouteille de Bordeaux la mention «Grand vin du Sud-Ouest» !

D’ailleurs, bon nombre d’ouvrages de référence, comme le Guide Hachette ou le Grand Larousse du Vin, excluent Bordeaux du Sud-Ouest – tout en y intégrant le Bergeracois.

Le ministère de l’Agriculture, lui, a découpé le vignoble français en 10 bassins; dans l’acception ministérielle, le «Bassin Viticole Sud-Ouest» ne comprend ni la Gironde (Bordeaux) ni la Dordogne (Bergeracois), ces deux départements composant le «Bassin Viticole Aquitaine».

Par contre, le «Bassin Viticole Sud-Ouest» intègre les vignobles des Landes, du Béarn et du Pays basque.

C’est ce découpage que suit l’Interprofession des Vins du Sud-Ouest, qui regroupe non seulement les AOP, mais également les IGP de 11 départements: 8 en région Occitanie (Lot, Gers, Aveyron, Haute-Garonne, Tarn, Tarn-et-Garonne, Ariège et Hautes-Pyrénées), et 3 en Nouvelle-Aquitaine (Lot-et-Garonne, Landes et Pyrénées-Atlantiques). Bien que ce périmètre exclue le Bergeracois, les vins qui en sont issus sont parfois intégrés dans la communication de l’organisation, de même que les Côtes-de-Duras.

Pour plus d’info: http://www.france-sudouest.com/fr/page/missions

Cépages: la foire aux origines

L’encépagement est-il un facteur discriminant pour identifier « l’espace Sud-Ouest » ? Pas vraiment, car les quelques 60 cépages de la région, d’origines diverses, débordent largement des frontières administratives.

Le grand ancêtre des cépages dits «bordelais», le Cabernet franc, est en effet originaire du pied des Pyrénées (peut-être même du Pays Basque espagnol) – il est apparenté au Morenoa et au Txakoli Noir. De même que le Carménère.

Le Merlot, lui, est un croisement entre le Cabernet Franc et la Magdeleine Noire des Charentes (mais celle-ci est également apparentée à l’Abouriou lot-et-garonnais).

A l’inverse, le sauvignon fait partie de la famille des Traminers, dont le berceau  est le centre de l’Europe centrale. De même que le Petit Manseng, apparenté au savagnin.

Ou encore, le Colombard, apparenté au Gouais, alias Heunisch.

Le Malbec, fils du Prunelard et demi-frère du Merlot

Le Malbec, qu’on a cru un temps bourguignon, est un croisement entre un cépage tarnais, le Prunelard, et la Magdeleine noire des Charentes, dont on a déjà vu qu’elle avait enfanté le Merlot.

La Négrette, elle, divise les ampélographes – présente à Fronton, mais aussi en Vendée (et jadis aussi à Gaillac), on évoque à son propos une origine chypriote, mais aussi agenaise ou pyrénéenne.

Entre les locaux qui n’en sont pas, et les internationaux qui sont d’anciens locaux, on s’y perd un peu.

Patrimoine commun 

Bref, le Sud-Ouest est d’abord l’espace de ceux qui se sentent du Sud-Ouest, qu’ils soient Gascons, Guyennais, Béarnais, Basques, Quercynois, Périgourdins, Albigeois, Rouergats, voire Limousins, Saintongeais ou Angoumois (pour autant qu’ils se reconnaissent de ces anciennes provinces abolies à la Révolution).

La Guyenne historique

 

La Gascogne historique

 

Il n’a pas plus de limites fixes que le «Midi-Moins-le-Quart», autre (joli) terme par lequel on le désigne parfois. Notons en outre qu’il englobe des domaines linguistiques assez divers, entre le Basque et les différentes formes de la langue d’Oc que sont le Gascon, le Saintongeais, le Limousin ou le Languedocien (pour simplifier).

Par ailleurs, les cinq plus grosses AOC/IGP de l’ensemble Sud-Ouest (hors Bordeaux) se trouvent toutes en Occitanie, à commencer par l’IGP Côtes-de-Gascogne, qui représente à peu près autant d’hectos que les 9 suivantes réunies (voir tableau ci-dessous).

 

Les 10 plus grandes AOC/IGP du Sud-Ouest (chiffres 2015)

IGP Côtes de Gascogne          12.182 ha       1.063.138 hl

AOC Cahors                            3.434 ha         187.803 hl

IGP Côtes du Tarn                  2443 ha          179.029 hl

AOC Gaillac                            3.059 ha         140.315 hl

IGP Comté Tolosan                1.623 ha         119.978

AOC Buzet                              2091 ha          115.000 hl

AOC Fronton                           1.400 ha         67.421 hl

AOC Côtes du Marmandais    1.314 ha         67.000 hl

IGP Côtes du Lot                     722 ha            60.760 hl

AOC Madiran                          1.169 ha         53.729 hl

 

En résumé, même si cela pourrait devenir un enjeu commercial, la «marque» Sud-Ouest appartient donc aussi bien aux Occitans qu’aux Aquitains (nouveaux ou anciens). Peut-être feraient-ils mieux de la partager, comme un patrimoine culturel commun ? Vu d’ailleurs, en effet, une rivalité trop affirmée serait sans doute mal perçue.

Hervé Lalau


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Les blancs de Gascogne montent à Bruxelles

Le 15 mai prochain se tiendra à Bruxelles la première édition du SOUTH WEST WHITE WINE TOUR, où sera présentée une sélection de bons blancs de l’IGP Côtes-de-Gascogne et des AOC Saint-Mont et Pacherenc-du-Vic-Bilh. Sélection opérée par le comité de dégustation d’In Vino Veritas.

Au château de Mons (Photo (c) H. Lalau 2017)

Particularité des vins dégustés et sélectionnés: ils contiennent tous de forts pourcentages de Manseng (Petit ou Gros). Notons qu’ils portent déjà dans leur nom une forme de noblesse : en effet, ce sont les raisins de la manse, du manoir, les raisins que l’on réserve aux belles bouteilles…

Pour découvrir cette sélection, c’est ICI

Plus d’info sur la journée du 15/5: apic@skynet.be

Hervé Lalau


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En passant par Saint-Sardos

Au coeur de la Lomagne, dans le Tarn-et-Garonne, se trouve l’appellation Saint-Sardos (quand on la cherche bien). Héritière d’un vieux vignoble monastique, celui de l’abbaye de Grand Selve, à Bouillac, elle doit sa renaissance aux efforts de la coopérative éponyme, qui assure encore aujourd’hui l’essentiel de la production. Correction: toute la production, si l’on excepte deux vignerons indépendants.

L’aire d’appellation (230 ha) couvre 23 communes, mais les vignes sont à ce point dispersées qu’on peut facilement passer dans le coin sans en voir une seule. Je peux en témoigner.

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En Lomagne, on voit plus de tournesol, de blé et d’ail que de vignes.

Et pourtant, c’est sûr, il y en a! (Photo (c) H. Lalau 2016)

Gilles de Morban est une des marques de la cave coopérative.  C’est ce vin – dans sa version 2011 – que j’ai dégusté sur place par une belle et chaude soirée de vacances, fin juillet. L’assemblage est dominé par la Syrah (une particularité locale, car c’est la seule AOP du Sud-Ouest qui l’autorise en cépage principal), complétée par du Tannat (deuxième cépage principal) et du Cabernet Franc. Il n’a vu que la cuve.

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Je suppose que la bouteille présentée au concours…

n’était pas bouchonnée! (photo (c) H. Lalau 2016)

Un assemblage original qui illustre les différentes influences de cette zone, entre Atlantique, Pyrénées et Méditerranée.  

Pivoine, cassis, romarin, violette, le nez de ce Gascon est bien affirmé. Sa bouche ne l’est pas moins –  je pense à un de ces mousquetaires forts en gueule qui émaillent les romans de Dumas ou de Merle. Piment d’Espelette ou ail de Lomagne, faites votre choix.

La finale est un peu rugueuse, mais un peu de tannin n’a jamais fait de mal à personne, ni une pointe d’acidité, surtout sur un plat un peu gras comme en propose la gastronomie locale. Ah, les joies de l’oie!

Très inspiré, sur ce coup-là, le Guide Hachette suggère plutôt un steak-frites. Je n’aurai qu’un seul mot: bof!

Hervé Lalau

PS. Sur les deux bouteilles achetées par mes soins à Beaumont de Lomagne (même millésime, même lot), une était malheureusement et irrémédiablement bouchonnée. Un modèle du genre. Je n’ai pas osé racheter une troisième bouteille pour affiner la statistique. Vivement les capsules à vis!


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Promesses de Gascogne

Le titre, c’est pour faire joli, car en Côtes de Gascogne, on n’en est plus aux promesses: on ne m’a pas attendu pour produire de belles choses – surtout en blanc – et on sait les vendre. Si marge de progression commerciale il y a, c’est plus avec les rouges  (la région a peut-être déniché son grand cépage emblématique avec le Manseng Noir) et surtout avec les blancs de Manseng, Petit ou Gros, qui m’ont littéralement bluffé, seuls ou en assemblage, lors de mon passage dans la région, la semaine dernière.

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Par une belle matinée d’octobre, au Château d’Arton (photo (c) H. Lalau 2015)

Quelques chiffres

Quelques chiffres, pour situer les choses. L’Indication Géographique de Provenance Côtes de Gascogne (c’est son petit nom), ce sont 13.000 ha centrés sur le Gers, avec quelques extensions dans les Landes et le Lot-et-Garonne; 1.100 producteurs, dont 900 coopérateurs, apportant leurs raisins à 6 caves coopératives, et 200 caves particulières, plus une dizaine de négociants.

En termes de production, ce sont quelque 90 millions de bouteilles dont 85% de blanc, 7% de rouge et 8% de rosé. En termes de commercialisation, c’est 70% de ventes à l’exportation, pour 30% en France (et seulement un tiers en GD française).

En résumé, il s’agit de la plus belle réussite commerciale du vin français de ces 20 dernières années. Une réussite d’autant plus spectaculaire que personne ne l’attendait; qu’elle s’est faite avec des cépages méconnus – le Colombard et l’Ugni, au départ; que la lutte est féroce, sur les marchés tiers, avec les blancs du ‘Nouveau Monde’ (Sauvignon de Nouvelle Zélande ou d’Afrique du Sud, Chardonnay du Chili…); et que dans le même temps, des AOC à forte notoriété, comme le Muscadet, ont beaucoup souffert à l’export.

Mais qu’est-ce qui explique ce succès?

L’audace. Et la nécessité.

Au fil 1970, les vignerons de Gascogne voient les ventes de leur produit phare, l’Armagnac, s’éroder. Certains décident de se tourner vers le vin. Les cépages qu’ils distillent ne sont pas tous adaptés pour le vin; la Folle Blanche est donc écartée, reste le Colombard, qui présente une belle palette aromatique, et l’Ugni Blanc, certes plus neutre, mais qui donne une certaine structure à l’assemblage. C’est sur cet attelage original que parient quelques précurseurs, parmi lesquels la famille Grassa, du domaine de Tariquet (oui, c’est un vrai château, mais les IGP n’ont pas droit au nom de château). Et le pari est audacieux: qui aurait osé miser, à l’époque, sur cette région, au point se se constituer, comme les Grassa, le plus gros vignoble privé de France  (1.200 hectares)? Des fous? Des visionnaires?

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Les vignes de Tariquet – enfin, quelques unes… (Photo (c) H. Lalau 2015)

Au fait, pour cette fois, épargnez moi le couplet sur le gros industriel du vin, qui produit de la merde et qui écrase les petits vignerons inspirés. J’ai dégusté 33 blancs de Gascogne à l’aveugle, lundi dernier, et le Classic 2014 de Tariquet est sorti parmi les trois meilleurs. Et ce n’est pas l’ami Michel qui me démentira.

Et puis, deux jours plus tard, j’ai rencontré un des deux fils Grassa, Armin. Rien à redire. Pas de diarrhée verbale, pas de discours expansionniste à caractère pathologique, même pas de « moi, je » à répétition – je connais à Cahors des propriétaires de domaines à l’ego beaucoup plus encombrant!

Et il n’y a pas que Tariquet qui impressionne, en Côtes de Gascogne. Que penser d’un domaine comme Guillaman (90 ha, un vigneron, une vigneronne et trois employés), qui produit (et vend, jusqu’au bout du monde!) quelque 650.000 bouteilles d’une seule cuvée, son Colombard-Ugni Les Pierres Blanches? En plus, là encore, c’est très bon!

Les autres exemples du dynamisme gascon ne manquent pas;  je pense à Arton (un superbe endroit: château pour l’Armagnac, domaine pour ses excellents Mansengs et rouges de Syrah-Cabernet); à Magnaut, aussi à l’aise avec le Tannat qu’avec le Manseng, avec les cuvées de plaisir qu’avec les vins plus structurés; à Cassagnoles (comment font-ils pour donner au Colombard cette dimension presque suave?)… et j’en oublie, bien sûr.

IMG_7544Le Château de Cassaigne (Photo (c) H. Lalau 2015)

Une sélection

Alors, pour ne pas trop en oublier, voici ma sélection… sans commentaires de vins. Je laisse à mon ami Marc, qui était également présent lors de ces deux jours en Gascogne, le soin de détailler ses impressions dans une chronique ultérieure (c’est quand il veut).

Juste quelques généralités, donc, pour aujourd’hui:

-Les meilleurs Colombard-Ugni (les cuvées de base, pour la plupart des domaines) sont non seulement vifs et aromatiques, mais aussi légers en alcool et pourtant, structurés – un paradoxe gascon!

-Les Sauvignons sauvignonnent. Les Chardonnays sont corrects, mais pas exceptionnels.

-Plus prometteurs me semblent les Mansengs (Gros et Petit), qui allient les notes de fruits très mûrs, le miel, le coing, la poire, une bonne acidité, et selon les choix du vigneron, une dose de sucre plus ou moins importante, mais toujours superbement intégrée, contre-balancée qu’elle est par l’acidité naturelle du cépage. On les connaissait  – et on les appréciait – à Pacherenc et en Jurançon; les versions Made in Côtes de Gascogne n’ont rien à leur envier. On en redemande!

Quant aux rouges, n’en déplaise aux chantres de l’AOP (Appel à l’Ordre et à la Prohibition?) qui aiment tant établir des listes de cépages limitatives, voire à préciser des pourcentages de cépages principaux, secondaires ou accessoires (il faut croire que ça fait vivre l’administration), il est heureux qu’ils soient souvent issus, ici, en IGP, d’assemblages originaux: en Côtes de Gascogne, on peut en effet assembler cépages atlantiques et méditerranéens, ce qui n’est pas courant.

Au carrefour de cette double influence climatique et humaine, la Gascogne a toutes les raisons de mélanger; d’une part, la grande famille des Carménets (Cabernets, Merlot, Carménère…) est tout aussi gasconne que bordelaise (en fait, elle est originaire du Béarn et du Pays basque). Celle des Cotoïdes (Côt-Malbec, Tannat, Manseng Noir, Prunelard…) est quercynoise… et gersoise. Quant à la Syrah, venant du Rhône, si on la considère comme un cépage « améliorateur » en Languedoc, pourquoi pas en Gascogne?

On attendra de voir ce que donne le Manseng Noir – je n’en ai dégusté qu’une cuvée signée Plaimont; très intéressante, certes, mais où ce cépage était minoritaire.

IMG_7510Cave canem! (Photo (c) H. Lalau 2015)

Assemblages à dominante de Colombard

Domaine de Tariquet Classic 2014*** (contient aussi du Sauvignon), Domaine Guillaman 2014***, Domaine de Miselle*** (contient aussi du Gros Manseng), Domaine de Magnaut 2014***, Domaine du Rey 2014** (contient aussi du Sauvignon Gris), Domaine de L’Herré 2014**,  Villa Dria 2014**, Domaine de Ménard Cuvée Marine 2014**  (avec Sauvignon et Manseng), Domaine Chiroulet Terres Blanches 2014**, Domaine Saint Lannes 2014**.

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Oui, je confirme, j’aime le Tariquet Classic et les Dernières Grives aussi (Photo (c) H. Lalau 2015)

Assemblages à dominante de Manseng (ou Manseng 100%)

Domaine de Papolle Gros Manseng 2014*** (40 g de sucre); Domaine Chiroulet Vent d’Hiver 2011***, Domaine de Pellehaut Cuvée Eté Gascon 2011***, Domaine Saint Lannes 2014***, Domaine d’Arton Cuvée Victoire 2011*** (Gros et Petit Mansengs), Domaine Magnaut Cuvée Équilibre de Manseng 2014***, Domaine de Cassaigne 2013 (20% Colombard)**,  Domaine des Cassagnoles Gros Manseng Sélection 2014**, Malartic Vintus 2013 (Manseng Gros et Petit)**, Domaine Les Remparts Gouttes de Lune 2013**,  Domaine Picardon La Soleillerie 2014 (Gros et Petit Mansengs)**, Domaine de Maubet 2014**, Domaine de Séailles Orfeo 2014**.

Côtes de Gascogne Rouge

Domaine d’Arton Cuvée Réserve 2012*** et 2010***, Domaine Chiroulet Grande Réserve 2014***, Domaine de Saint Lannes 2004*** (oui, c’est bien 2004!), Domaine de Magnaut L’Esprit Passion Tannat 2011**,
(Merlot-Manseng Noir)**, Domaine de Cassaigne Grand Vin 2013**, Domaine d’Arton La Croix d’Arton 2013**, Les Hauts de Guillaman 2012**.

IMG_7487Qui a dit que la Gascogne n’était bonne qu’à faire des blancs de soif? Pas Chiroulet! (Photo (c) H. Lalau 2015)

Vingt ans après

Au fait, vous connaissez ma théorie sur les beaux paysages qui font les vignerons fiers, et donc les beaux vins; pour saugrenue qu’elle puisse paraître, elle se vérifie encore ici, avec les superbes ondulations de la Gascogne tantôt bossue, tantôt vallonnée, mais jamais monotone – les vins non plus. N’imaginez surtout pas un océan de vignes – ici, il y a de la place, alors les grands blocs de vignobles sont rares. Ce qui n’est pas plus mal pour le viticulteur, ne serait-ce que pour répartir les risques de grêle.

Au retour de ces quelques jours en Gascogne, je  me suis dit: mais pourquoi avoir attendu 20 ans pour venir déguster dans ce pays de cocagne?

La réponse est aussi bête que la segmentation des vins en France: c’est qu’il s’agit d’une IGP. D’un ancien Vin de Pays. Et les IGP sont rarement citées sur les cartes officielles. Même dans les guides, on les renvoie souvent aux dernières pages – genre, « si vous passez dans le coin… » On a quand même de la peine à croire que Tursan ou Buzet sont tellement plus intéressants…

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Ne cherchez pas les Côtes de Gascogne sur la carte des vins du Sud-Ouest de Hachette: pas d’AOP, pas de mention…

Une petite voix me dit que nous autres journaleux ne sommes pas chargés de la réglementation des vins;  que c’est le résultat qui compte; que des Vini da Tavola dament régulièrement le pion à des DOCG, en Italie; que des Grands Crus Classés, à Bordeaux, peuvent déchoir; que ma dernière dégustation de Clos de Vougeot a été pitoyable.

Bref, qu’on s’en fout, des sigles, pourvu qu’on ait du vin, du vrai! Si l’IGP veut dire plus de liberté pour faire des vins qui plaisent, je signe des deux mains. La qualité, ce n’est pas l’élitisme, l’art pour l’art, les querelles sur le sexe des cépages ou la prétendue tradition (qui ne remonte jamais qu’au phylloxéra, de toute façon…).

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Allez, parce que c’est vous, la voici, la carte (éditée par le Syndicat)…

Par ailleurs, je rappelle que l’aire des Côtes de Gascogne a été jugée assez qualitative pour abriter deux AOP (Floc de Gascogne et Armagnac). Et que les trois sous-zones qui la composent sont les trois crus de l’Armagnac: Bas Armagnac, Haut Armagnac et Ténarèze. Mais pas question de le mentionner sur l’étiquette d’un IGP, bien sûr…

Quoi qu’il en soit, vive les Gascons et leurs promesses tenues. Vive la Gascogne et vive les IGP!

IMG_7476Hervé Lalau

PS. Merci à Alain Desprats et Amandine Lalanne pour leur professionnalisme; et à tous les vignerons pour leur accueil sympathique, authentique et pas collet monté pour un sou – en un mot, gascon.


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Serendipitous Vinexpo

Désolé pour mon titre en anglais mais il n’y a pas de mot en français capable de rendre le sens de ce concept que j’aime tant : serendipity. Il s’agit du don, ou de l’occasion, de faire par hasard des rencontres  ou des découvertes heureuses. Ma journée d’hier, le première de l’actuelle édition de Vinexpo, s’est déroulé ainsi, en partie programmée, en partie au hasard des rencontres dans les multiples et interminables allées de cette gigantesque place de marché. Après une nuit assez courte (victoire du Stade Français en finale du TOP 14 oblige !) le matin fut consacré à ma participation en tant que juré a la coupe des crus bourgeois dans un millésime finalement séduisant (2012). Là je faisais équipe avec un jeune homme très aimable et enthousiaste de Taiwan, Paul Peng Wang, et le sommelier du restaurant le Chapon Fin à Bordeaux : un palais sûr.

IMG_6859Une des mes feuilles lors de cette dégustation qui consiste, pour chaque table, à éliminer des vins dans chaque série jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que 12 qui seront dégustés par un super-jury. Je ne connais pas encore le nom du vainqueur ce cette édition de la Coupe des Crus Bourgeois.

 

Cette opération avait lieu dans un château du Haut-Médoc, puis en voiture vers Vinexpo avec un très sympathique acheteur du groupe Casino avec qui j’ai fait connaissance. De suite, en entrant dans ce gigantesque salon, au premier stand en vue après l’entrée que nous avions pris un peu par hasard, je tombe sur un stand qui abrite un visage familier : Philippe Fezas du Domaine de Chiroulet, excellent et avisé producteur en Gascogne.

IMG_6867Philippe Fezas (à gauche) et Julien Ilbert. L’un est gascon, l’autre lotois. Les deux font bien et partagent un stand à Vinexpo.

 

Et, autre hasard (mais est-ce que cela existe réellement ?), il partageait son stand avec un très bon et créatif producteur de Cahors qui fait partie du renouveau de cette appellation qui m’impressionne tant. D’abord j’admirais les étiquettes de sa gamme avant de découvrir que le producteur est Julien Ilbert du Château Combel la Serre. Puis que le dessinateur des ces superbes étiquettes n’est autre que l’estimable Vincent Pousson, dont j’ignorais ces talents-là (voir photo ci-dessous). Et le rosé à gauche, appelé Causse, est un des meilleurs que j’ai dégusté cette année. Fait avec du malbec, c’est un vrai vin, très loin des tous ces pâles et maigres choses qu’on appelle maintenant « rosés de piscine » et qu’un ferait mieux de verser, justement, dans une piscine.

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Bien entendu cela s’est poursuivi par une dégustation de la gamme de chacun de ces producteurs, qui n’ai fait que confirmer, voir rehausser, mon opinion de leurs vins. Et, lendemain de finale de rugby oblige, cette dégustation s’est transformé en une millefeuille de commentaires sur les vins, d’une excellente casse-croûte et de discussions comme un jeu de billard à trois bandes sur le match de la veille, de la saison que ce match clôturait, du XV de France et sur autres considérations essentielles.

Après ces retrouvailles et découvertes (les gammes et derniers vins de deux vignerons cités), place à mes devoirs pour l’émission de radio auquel je contribue modestement chaque semaine depuis 11 ans maintenant sur la chaîne BFM Business (la seule radio en France qui croit à une émission consacrée au vin). Nous avons parlé dans cette émission produite en directe de Champagne, d’autres bulles du monde, des vins du Maroc, du Liban et d’Autriche, entre autres sujets et avec des intervenants de ces pays.

Sortant de là une paire d’heures plus tard, non sans avoir dégusté un magnifique blanc de blanc 2002 qui sera prochainement mis sur le marché par Lanson, je tombe d’bord sur une ancienne élève, jeune femme chinoise qui travaille maintenant pour Bettane & Desseauve et qui me salut avec grand enthousiasme, ce qui me désempare. Puis, un peu plus loin, au détour d’une allée, sur un stand de vins de Nouvelle Zélande, tous issus de petits domaines indépendants qui sont importés en Europe par une dame qui fait aussi du vin là bas, du nom de Gabrielle Simmers. Une heure de dégustations plus tard, au moment de la fermeture des portes, je repars avec deux bouteilles de jolis vins pour récompenser les amis qui m’héberge à Bordeaux, dont un superbe Pinot Noir de North Otago. Le producteur s’appelle Valli et la cuvée Waitaki Vineyard 2012. Et voici un lien vers la page fesse de bouc de la dame qui a réuni une gamme large et qui comporte des vins intéressants, dont le meilleurs ne sont pas toujours les plus chers.

https://www.facebook.com/SalmanazarNZ

Tout cela est peut-être d’une banalité affligeante pour ceux qui fréquentent les salons de vins, mais je ne me lasse pas de cette manière de pouvoir faire son boulot tout en ayant la possibilité de parfois (et même souvent) s’amuser, apprendre, découvrir ou retrouver des gens, des saveurs, des horizons différentes. C’est cela serendipity. Et c’est pourquoi j’aime Vinexpo.

David Cobbold


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Plaisirs simples et, parfois, une touche de luxe

Très honnêtement, j’ai autant de plaisir avec des choses simples qu’avec des produits souvent qualifiés dans la catégorie « luxe ». Mais que veut dire ce mot bizarre ? Je crois qu’il ne s’agit pas simplement l’aspect factice et « bling-bling » du luxe qui envahit de plus en plus la plupart des médias, comme des boutiques des centres villes. Pour moi, ce sont surtout des choses peu accessibles, soit par leur prix (si possible lié à leur qualité), soit par leur rareté, soit par la difficulté d’en jouir aussi souvent qu’on le souhaiterait. Le temps, par exemple, est une denrée qui, pour des individus très (trop ?) pris par l’intensité du quotidien peut sembler relever du luxe.

Si j’applique cette définition au monde du vin, je suis amené à inclure dans la catégorie « luxe » des vins rares, mais pas nécessairement très chers, des vins d’ailleurs auxquels je n’ai pas facilement accès en France, et aussi, bien entendu, des flacons très prisés par des amateurs fortunés et dont les prix se sont envolés dans le stratosphère. Ce qui est la cas maintenant pour à peu près tous les vins de Bourgogne hors les régions maconnaise et chablisienne. Ensuite il faut déterminer, chacun en fonction de ses moyens, ce qui est inaccessible (ou pas « raisonnable ») et ce qui l’est moins. Dans mon cas, je refuse de dépenser plus de 50 euros sur une bouteille de vin, sauf de très rares exceptions et dans un moment de folie ou de richesse très passagère. Et, en générale, je ne dépasse que très rarement la moitié de cette somme là. Je parle là d’un achat « vente à emporter », mais j’essaie aussi de m’en tenir là dans les restaurants, ce qui est une exercice difficile ! Mais, de temps en temps, je découvre un flacon ayant sommeillé dans ma cave, ou m’ayant été donné par quelqu’un d’aussi généreux qu’attentionné, et qui me procure un plaisir immense, à la hauteur (peut-être) de la valeur monétaire du flacon en question qui dépasse mes propres limites budgétaires.

IMG_6386Une belle étiquette qui a un peu soufferte dans ma cave, mais peu importe, la bouteille est vide. Oui, le shiraz australien peut être d’une finesse aussi remarquable qu’un très bon Côte Rôtie.

Ce fut les cas l’autre jour, en extrayant de ma cave une belle bouteille à partager avec des amis à la maison. Clonakilla est un domaine familiale situé au nord du capital d’Australie (Canberra, pour ceux qui cherchent). Ce n’est pas une zone viticole célèbre comme Coonawarra ou Barossa, mais John Kirk, qui est arrivé en Australie en 1968  d’Ireland après des études de biochimie en Angleterre, a décidé d’y acheter du terrain puis d’y planter de la vigne à partir de 1971. Dans cette zone appelé Murrumbateman, le climat est relativement frais et la viticulture fut d’abord un « hobby » pour John Kirk. Après avoir été rejoint par son fils Tim, cette activité s’est développé au point de devenir un des domaines de référence du pays, surtout pour son vin phare, un shiraz/viognier. Cette cuvée fut produite pour la première fois en 1992, inspiré par une dégustation faite par Tim chez Marcel Guigal. Pour ceux ou celles qui doute de la capacité de ce pays-continent à produire des vins ayant autant de finesse que d’intensité, ce vin devrait les convaincre pleinement. Ce Clonakilla Shiraz viognier 2001 que j’ai dégusté dans sa 13ème année était vibrant, raffiné, soyeux, fruité, complexe, long, équilibré et, finalement, assez exceptionnel pour m’émouvoir. Que demander de plus ? Une caisse dans ma cave, là, tout de suite ! Difficile pour moi car le prix de ce millésime (si on peut encore en trouver en Australie) dépasse les 100 euros. Un millésime récent peut peut-être se procurer pour un peu plus de 50 euros. Une folie drôlement tentante et merci à l’ami qui me l’a offert !

IMG_6400Scène du marché de samedi à Valence d’Agen : potirons, raisins et chataignes. Après on déjeune…

Maintenant revenons sur terre pour d’autres plaisirs simples et infiniment plus abordables. Ja passe une semaine en Gascogne afin de profiter de l’automne qui alterne les rayonnement des couleurs de feu avec le gris/brun humide et les brumes matinales. Après des courses au marché de samedi, quoi de mieux qu’un déjeuner dans la partie bistrot du restaurant l’Horloge, à Auvillar.

IMG_6397La façade du restaurant l’Horloge, à Auvillar (82). Havre de paix, de bonne nourriture, vin et musique. En été dehors sous les platanes, maintenant dedans

C’est mon restaurant préféré du secteur, et, autre cause essentiel à mon bon plaisir, la carte de vins est très bien choisie et les prix y sont abordables. A chaque visite je prends plaisir à laisser Jérome, le sommelier; me servir à l’aveugle des vins au verre issus de ses récentes découvertes. Voilà une autre forme de luxe, ne pas avoir à choisir ! Je me trompe plus souvent que je ne devrais sur leur origine, mais on s’en fout ! L’essentiel est dans le verre et pas dans le « savoir » qu’on mettra autour.

IMG_6388Les deux vins qui m’ont été servis au verre ce jour-là

Le blanc vient de Limoux mais ne bénéfice par de cette appellation. Peut-être contient-il trop de chenin, ou pas assez de chardonnay. J’ignore la raison, et ces règles absurdes des AOP je commence à m’en moquer et de m’en méfier, car cela ne conduit pas toujours vers une qualité accrue.  Le vin était parfait, droit, fin, gourmand, pleinement satisfaisant avec une soupe laiteuse (la crème était délayée comme il faut et pas épaisse) de chataîgnes, délicate et réchauffante. Je ne connaissais pas ce Domaine de Hautes Terres, mais il sait faire du bon vin. Idem pour le rouge, un Minervois ayant beaucoup de fraîcheur (merci la part de carignan) et juste ce qu’il fallait de fruit et de structure pour accompagner la lapin. La cuvée est parfaitement nommé et ces deux vins prouvent, une fois de plus, que le Languedoc évolue vers de plus en plus de finesse dans sa meilleur production.

Deux vins parfaits, pas chers, bien servis et le tout (repas pour deux avec trois verres de vin et un café) pour 50 euros. Ma limite pour l’achat d’une seule bouteille d’exception. La beauté des plaisirs (relativement) simples. Je ne vais pas si souvent au restaurant, mais j’aimerais bien que cela soit toujours comme cela !

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David