Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Photoshop & réalité

Des consommateurs, des éditorialistes et même une députée se sont émus que certaines marques (Nestlé, Carrefour, Lidl) aient pris l’habitude de corriger les photos illustrant leurs produits grecs ou « à la grecque », photos prises sur la très photogénique île de Santorin, pour en enlever les croix des églises.

Pour l’hebdomadaire Marianne, le faire remarquer vous classe automatiquement dans la catégorie des ringards, quand ce n’est pas dans celle des fachos – ce qu’à Lénine ne plaise! Pourtant, quitte à choquer mon confrère Hadrien Mathoux, je trouve que le ridicule est beaucoup plus du côté des marques que du côté de ceux qui dénoncent la manipulation. Il parle d' »obsession ». Mais qui en a fait la démonstration le premier: celui qui a enlevé les croix, ou celui qui l’a fait remarquer?

 

Ceci n’est pas sans me rappeler ces reportages diffusés à l’envers ou bien partiellement floutés sur nos chaînes nationales, afin que l’on ne puisse reconnaître une marque, une enseigne… ou un nom sur une étiquette de vin.

J’ai toujours trouvé ce procédé des plus lamentables: les médias, à mon sens, sont là pour rendre compte de la réalité, et non pour la maquiller. Et ils devraient prendre leurs lecteurs ou téléspectateurs pour des adultes, et non pour des esprits trop faibles pour affronter le monde qui les entoure.

Quant aux publicitaires – eux n’ont bien sûr aucun compte à rendre à la réalité; on sait bien que la fonction même d’une publicité est de vous inciter à acheter le produit, la marque ou le service, quitte à choisir les angles, à enjoliver l’image. Mais justement, à ce propos: une croix sur la photo d’une église, aujourd’hui, est-elle de nature à ternir une image? Personnellement, je trouve la question incongrue, voire inconvenante. Quel fils de pub a-t-il pu avoir cette idée?

Imaginez un peu que demain, on interdise les croissants dans les boulangeries au motif qu’il s’agit d’un symbole musulman? Ou va donc se nicher la prétendue « neutralité »?!

Mais il y a encore autre chose, peut-être aussi importante: les consommateurs savent-ils que les yaourts dits « à la grecque » ne sont pas grecs? Certains sont produits en France, d’autre en Espagne. Alors, n’est-il pas quelque peu abusif d’utiliser sur l’emballage une photo de Grèce, avec ou sans colonne, avec ou sans frise, avec ou sans croix? N’est-ce pas induire le client en erreur?

Voila qui me fait furieusement penser à ces négociants qui dissimulent l’origine espagnole de leurs vins derrière une iconographie ou des mentions bien françaises. Et aux distributeurs qui acceptent de jouer avec eux ce jeu quelque peu pervers, à mon sens, en vendant ces produits dans la partie du rayon dévolue aux vins français, et non avec les vins espagnols.

C’est toujours le cas pour le Cabernet-Sauvignon Merlot « Cépages Sélectionnés Rond & Fruité » à la marque Cambras, chez Carrefour Belgique; malgré les remarques par écrit que j’ai envoyées à ce propos au service de relations publiques de cette chaîne.

Comme quoi, le pouvoir de la presse…

Hervé Lalau


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La Grèce et sa richesse ampélographique (2)

Après un voyage dans les iles grecques la semaine dernière, je vous amène cette semaine sur la partie continentale de ce pays de montagnes entourées par la mer. Il s’agit de la suite de ma dégustation de vins grecs qui avait lieu le 27 mars dernier chez le restaurateur Mavrommatis, à Paris. Nous allons voyager du sud vers le nord, et d’ouest en est, partant du Péléponnese ou j’ai dégusté plusieurs vins intéressants, aussi bien dans la catégorie IGP que dans celle des AOC/AOP, car on trouve les deux en Grèce, comme en France.

Péloponnèse

Domaine Mercouri

Le Domaine Mercouri se trouve dans la partie occidentale de le péninsule d’Ichthis, à une trentaine de kilomètres d’Olympe. Un lieu béni des dieux, en quelque sorte ! Le domaine existe depuis plus de 150 ans et s’est fait une réputation autrefois pour ses vins, son huile d’olive et ses raisins secs. La famille Mercouri a aussi importé des pieds du cépage Refosco de la région de Frioul en Italie.  Après plusieurs phases de modernisation, le domaine est actuellement entre les mains de deux frères issu de la 4ème génération. Les vins dégustés étaient tous de la catégorie IGP. J’ai nettement préféré les rouges aux blancs.

vins blancs

IGP Péleponnèse, Foloï 2016. (cépages Roditis et Viognier / prix 12 euros)

Tendre, au fruité léger, bien aidé dans sa fraîcheur par un peu de CO2. Plaisant et simple.

IGP Ilia, Kallista 2015. (cépages Assyrtiko et Robola / prix 16 euros)

Le Robola a bien arrondi les angles de l’Assyrtiko dans l’assemblage. Une touche d’amertume en finale. Pas mal, mais cela ne m’a pas fasciné.

vins rouges

IGP Letrini, Domaine Mercouri 2014 (cépages Mavrodaphne et Refosco / Prix 19 euros)

Sa belle qualité de fruit rend ce vin très juteux. Cela est bien soutenu par des tannins fins et enrobé par une certaine rondeur qui m’a semblé provenir en partie d’un peu de sucre résiduel.

IGP Ilia, Avgoustiatis 2014 (cépage Avgoustiatis / prix 24,50 euros)

Vin intense et juteux, avec une très belle qualité de fruit et une excellente équilibre entre tannins et acidité. Long aussi. Très bon.

Domaine Papagiannakos (IGPs Markopoulo, Attiki et Péleponnèse)

vins blancs (je n’ai as aimé le rouge présenté)

IGP Markopoulo, Savatiano 2016 (Prix 12 euros)

Un joli vin blanc du cépage Savatiano, issu de très vielles vignes sur sols calcaires.Ce fin allie bien finesse et force.

IGP Attiki, Malagousia Kalogeri 2016 (prix 14 euros)

Un autre bon blanc mais dans un style très différent, bien parfumé. Le cépage Malagousia semble se situer entre un Muscat et un Viognier en profil.

 

Domaine Skouras, IGP Péleponnèse et AOC Nemea

Le cépage Agiorgitiko (ou St. Georges) est assez connu et produit de grands vins rouges dans et autour de la partie orientale du Péléponnèse, entre autre dans l’aire de l’AOC Nemea. Mais j’ai trouvé les trois vins de ce domaine que j’ai dégusté un peu dur, soit anguleux, soit trop boisés. La zone de prix, qui les situe entre 16 et 33 euros permettrait de trouver bien mieux.

Domaine Parparoussis, AOC Nemea

Pas aimé non plus son Nemea. Austère, amer et peu net au nez. Et bien trop cher à 35 euros.

Macédoine

Le cépage rouge roi de cette région est le Xinomavro, mais il ne semble pas facile de dompter ses tannins féroces qui paraissent souvent d’une sécheresse redoutable.

Domaine Kir Yanni

Je n’ai pas tout aimé dans la gamme des 4 vins rouges présentés par ce domaine, et je n’ai dégusté ni le blanc ni le rosé.

vins rouges

AOC Amyndeon, Kali Riza 2014 (cépage Xinomavro / prix 17 euros)

Un joli nez parfumé entre fruits et fleurs. Les tannins sont d’une puissance moyenne mais restent assez secs en finale. Forte acidité aussi, ce qui renforce l’impact des tannins.

AOC Naoussa, Ramnista 2012 (cépage Xinomavro / prix 22 euros)

Nez intense et très typé dans une gamme d’odeurs sombres. La chaire est relativement juteuse sur un fond tannique. Bonne longueur. Il faudrait être patient je pense.

 

Domaine Diamantakos

vin blanc

IGP Imathie, Preknadi 2016 (cépage Preknadi / prix 19 euros)

Le millésime 2016 de ce vin est bien plus agréable que le 2015 que j’ai trouvé lourd et alcooleux. Ce vin est frais et fin, avec du caractère qui vient avec la touche d’amertume en finale.

vin rouge

AOC Naoussa 2012 (cépage Xinomavro / prix 23 euros)

Le nez est bien plus parfumé que la plupart de vins de ce cépage que j’ai dégusté. Floral et délicat au palais aussi. Les tannins et l’amertume sont maitrisés ici.

J’ai aussi dégusté un 2103 du même vin, dans la continuité, aussi parfumé mais avec plus de structure.

Domaine Kechris

Ce domaine travaille beaucoup (mais pas exclusivement) avec un type de vin très traditionnel en Grèce : le Retsina. Si vous avez une mauvaise opinion du type, je vous encourage de goûter leurs vins !

vins blancs

Retsina Kechribari 2016 (cépage Roditis / prix 10 euros)

Vin parfumé et tendre, la touche de résineux étant délicate et bien intégrée.

Retsina, Les Larmes du Pin 2016 (cépage Assyrtiko / prix 22 euros)

Voilà un vin qui blufferait tout le monde ! Nez splendide, aussi expressif que subtil. L’élevage lui a apporté finesse et rondeur. Vin superbe.

Je l’ai nettement préféré au 2015 du même vin, au boisé plus marqué.

vin rouge

IGP Macédoine, Syllogi 2013 (cépage Xinomavro / prix 17,50 euros)

Un joli vin, plus fin que la plupart que j’ai dégusté issu de cette variété. Parfumé et assez long, avec un fruité attrayant autour de sa structure. Il rajoute une belle dimension par sa texture à une jolie fraîcheur.

 

Thessalonique

Domaine Gerovassiliou

Ce domaine se trouve en bordure de la mer et sur des sols essentiellement sablonneux sur fond calcaire. J’ai beaucoup aimé son vin rouge, issu d’un assemble de trois cépages.

IGP Epanomie, Avaton 2012 (cépages Limnio, Mavrotragano et Mavroudi / prix 32 euros)

Vinifié en cuves bois avec un macération pre-fermentaire à froid et pigeage après la fermentation alcoolique, puis un élevage en barriques pendant 12 mois. Le boisé reste encore marqué mais il y a une très belle matière, intense et longue. Vin ambitieux et très bien fait. (16/20)

Voilà, c’est tout pour l’instant. Nous partons à Cassis, avec Hervé et mon collègue Sébastien pour d’autres aventures que nous vous raconterons prochainement.

 

David

 

 

 

 

 

 

 

 


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La Grèce et sa richesse ampélographique (1)

Il y a quelques temps, j’ai relaté sur ce blog l’extraordinaire richesse ampélographique de la Géorgie, et même un peu avant d’y aller pour la première fois. Mais je n’oublie pas celle de la Grèce, et je me permets aussi de rappeler que nous devons le mot ampelopsis à la Grèce antique et au mot αμπελος (ampelos) qui signifie « vigne ».

Ce qui m’a à nouveau démontré une récente dégustation de vins grecs organisé par l’excellent restaurateur, traiteur et importateur de vins Mavrommatis, qui est installé à Paris où il possède plusieurs boutiques et restaurants. Regardez ici pour plus d’informations : www.mavrommatis.com/

L’année dernière, lors de l’édition 2016 de la même présentation, j’avais été particulièrement impressionné par les vins blancs. Cette année, bien que certains blancs m’aient enchanté, ce sont aussi des rouges qui ont figurés parmi les plus belles surprises de mes dégustations qui m’ont fait rencontrer environ 60 vins de différentes parties de la Grèce, allant de la Crète à la Macédoine, en passant par les Cyclades, le Péloponnèse et Céphalonie. Je vais vous en parler en plusieurs épisodes: cette semaine, cela sera au tour des îles, en commençant notre voyage en Crète.

Selon Effie Kallinikou, oenologue et export manager du Domaine Lyrarakis, 11 variétés autochtones sont identifiées et utilisées en Crète. On y trouve aussi des cépages classiques « internationaux » issus essentiellement de France, plus le Sangiovese italien et aussi l’Assyrtiko de la petite île voisine de Santorin. Mais évidemment, les cépages « internationaux » ne constituent pas l’intérêt principal d’un tel voyage.

Domaine Lyrarakis, Crète : vins blancs

(un seul de ces vins est importé pour l’instant et son prix public est donc indiqué)

Un très joli Assyrtiko 2016 plus fruité, plus rond et plus « accessible » (tout en restant fin et vif) que les versions de cette variété que j’ai pu déguster de Santorin et qui s’expriment souvent avec une austérité et/ou un niveau de concentration qui peuvent paraître un peu difficile pour certaines personnes (beaucoup diront « minéral »).

(15/20)

Plyto Pirovolikes 2016 (photo de la variété ci-dessus)

Cette variété Plyto a été sauvé de quasi-extinction par la famille Lyrarakis. Il viendrait de la partie est de l’île et la surface qui lui est consacré ne serait qu’une dizaine d’hectares en tout. La parcelle Pirovolikes est située à 650 mètres d’altitude. Aussi fin que gourmand, avec une touche de fraîcheur citronné et un alcool modeste, j’ai apprécié également sa belle longueur en bouche.

(16/20)

 

Plyto Pasarades 2016

Issu d’une parcelle situé un peu plus bas (480 mètres) je l’ai trouvé assez bon mais dans un style plus gras et lourd que le vin précédent.

(13,5/20)

 

Vilana 2016

9 euros

Ce vin provient de  la partie centrale de la Crête et cette variété est la plus plantée des cépages blancs dans l’île. Elle a tendance à produire beaucoup mais sur des terrains plus pauvres elle devient intéressant, comme ici avec un vin ferme et assez intense qui finit en longueur avec une pointe d’amertume agréable.

(14,5/20)

Dafni Pasarades 2016 (photo de la variété ci-dessus)

Le mot dafne signifie laurier sauce en grec, et ce vin sent fortement la feuille de laurier: odeur que je ne me souvent pas avoir détecté, du moins aussi nettement, dans un autre vin. Encore une variété ancienne sauvé par cette famille. Sa maturation tardive lui a assuré aussi une belle acidité. Vin intense, singulier et très bon.

(15,5/20)

 

 

Domaine Lyrarakis, Crète : vins rouges

(un seul de ces vins est importé pour l’instant et son prix public est donc indiqué)

 

Kotsifali 2015 (photo de la variété ci-dessus)

9 euros

100% cuve. Variété bien connue en Crète. La couleur est légère et le nez peu expressif, mais la texture en bouche est suave et le vin aussi rafraîchissant que fin, presque délicat.

(14/20)

 

Mandilari 2014

Cette variété se trouve un peu partout dans la partie sud de la mer Egée. Elevé 12 mois en barrique, celui-ci est intense et tannique mais a conservé un joli caractère fruité autour. Beau vin, de caractère mais pas rustique pour deux sous.

(15/20)

 

Domaine Sigalas, Santorin : vins blancs

Les vins de ce domaine ne sont pas bon marché mais un regard à cette photo peut donner au moins une partie de la cause ! J’en ai fait une sélection de mes préférés, dont deux font partie des meilleurs vins de la dégustation. Mais je n’ai pas tout aimé, trouvant quelques vins blancs un peu excessifs et lourds.

AOC Santorin, Assyrtiko 2015

29,50 euros

Tendre et à la texture arrondie, avec derrière cela une belle acidité. Cela reste assez cher pour un tel vin.

(14/20)

AOC Santorin, Assyrtiko 2016

29,50 euros

J’ai préféré ce millésime qui m’a semblé plus fin. Toujours des jolies rondeurs mais plus centré et puissant.

(15/20)

Les cuvées Aa et Kavalieros manquent de finesse à mon goût. Ce dernier est hyper-puissant.

AOC Santorin, Nychteri Grande Reserve 2012 (assyrtiko)

59 euros

Voilà un formidable vin de méditation. Il contient un peu de tout : un peu de sucre résiduel grâce à des vendages tardives, mais aussi une très belle acidité et une oxydation parfaitement intégrée dans le corps du vin et pas simplement plaquée dessus. Enorme complexité et une longueur qui va de pair. Grand vin qui vaut son prix.

(18/20)

Domaine Sigalas, Santorin : vin rouge

IGP Cyclades, Mavrotragano 2013

44 euros

Vignes de 50 ans, élevage 18 mois en futs de chêne. Un beau nez, intense, de fruit murs et pruneaux. Aussi intense en bouche, qui est charnue et chaleureuse. Un vin riche mais superbement équilibré

(17/20)

Domaine Argyros, Santorin : vins blancs

AOC Santorin, Assyrtiko 2016

23 euros

Assez vif et fin, avec un toucher presque tannique à la fin qui lui confère un accent austère. Un peu cher, mais il faut aussi voir les conditions de production.

(14/20)

AOC Santorin, Argyros Estate 2015 (assyrtiko)

27,50 euros

Issu de vignes très vieilles (150 ans et donc non-greffées) du village d’Epikopi. 20% de ce vin est élevé en barriques pendant 6 mois. Semble plus tendre et arrondi que le précédent, avec beaucoup de force et de puissance. C’est aussi un blanc au caractère tannique marquée. Très long aussi.

(15,5/20)

AOC Santorin, Pure, Volcanic Slopes Vineyard 2013 (assyrtiko)

40 euros

J’ai préféré ce vin a une autre, issu de très vieilles vignes et d’un élevage en barriques. Celui-ci a été vinifié en cuve souterraine en ciment et gardé sur lies pendant 14 mois. Vin complexe, riche et rond mais sans l’accent sucré que peut apporter la barrique. Parfums délicatement fruités. Délicieux, même se c’est un peu cher.

(16/20)

IGP Cyclades, Domaine Argyos, Aïdani 2016

25,50 euros

Autre cépage blanc de l’île. Rarement vinifié seul, sauf pour faire des vins doux, il a naturellement peu d’acidité et produit des faibles niveaux d’alcool. Ce vin est fin et fruité, bien équilibré et très plaisant, mais il ne vaut pas ce prix.

(14,5/20)

Domaine Argyros, Santorin : vin rosé

IGP Cyclades Atlantis rosé 2016

80% Assyrtiko, 20% Mandilaria (assemblage de raisins ou de vins ???)

Peu import la technique utilisée car j’estime que c’est le meilleur vin rosé que j’ai dégusté cette année. Très savoureux et bien équilibré, je pense que ce vin illustre ce qu’un bon vin rosé doit être : autre chose qu’un blanc ou un rouge, vif mais ayant de la structure. Cela nous change des pâles choses qui dominent en Provence !

(15/20)

Domaine Argyros, Santorin : vin rouge

IGP Cyclades Domaine Argyros, Mavrotragano 2012

40 euros

Cette variété indigène et rare possède deux variantes distinctes et on ne sait pas trop lequel est le « vrai ». Il a été utilisé traditionnellement pour faire des vin santo, seul ou en assemblage. Depuis peu, quelques producteurs le vinifie en sec, comme ici. C’est cher mais c’est aussi très bon ! Nez incroyable, profond et complexe. Très belle longueur. Tanins et acidités se livrent une bataille pour la gagne, et les tanins l’emportent à la fin, du justesse.

(16/20)

 

Domaine Gentilini, Céphalonie : vins blancs

Nous passons maintenant à l’ouest de la Grèce et à une île de la mer Ionienne.

AOC Robola de Céphalonie 2016

18 euros

Assemblage de vins issus de parcelles sises à 620 et 860 mètres d’altitude. Le cépage Robola se trouve dans toutes les îles Ioniennes, mais aussi maintenant un peu en Grèce centrale. En Céphalonie il a une appellation spécifique. Vin très fin et gourmand, à la fois tendre et doté d’une belle fraîcheur.

(14,5)

AOC Robola de Céphalonie, Wild Paths 2016

21 euros

Vinifié partiellement avec des levures indigènes, et, pour 20%, en barriques. Bien plus ferme que le précédent, il donne une sensation de pureté mais est aussi très serré en texture. Aura besoin d’un peu de temps mais très prometteur.

(15/20)

Domaine Gentilini, Céphalos : vin rouge

IGP Coteau de Ainos, Eclipse 2015 (cépage Mavrodaphni)

23,50 euros

Cette variété se trouve aussi bien dans les îles ioniennes que sur ne nord-ouest du Péloponnèse. Souvent utilisé pour faire des vins fortifiés et doux, mais ici en sec? Cépage bien coloré et tannique. Vinification avec grappes entières en barriques, sans incorporation du vin de presse. Elevage en fûts de chêne 12 mois, puis 12 mois en bouteilles. Vin superbement fruité, rendu délicat et tendre par son toucher très soyeux, ce qui est une performance à mettre au crédit de la vinification intégrale. Sa belle fraîcheur perce ensuite donnant du relief à la longue finale. Vin d’une très belle finesse que m’a tant séduit que j’ai plongé en achetant quelques bouteilles et magnums !

(16,5/20)

Bon voyage si vous avez la chance de vous rendre dans ce beau pays qui souffre en ce moment. Sinon, je vous donne rendez-vous dans une semaine pour parler de quelques vins de Grèce continentale.

 

David

 


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Découvertes en Grèce (2/2)

Je poursuis, ce lundi, mon compte-rendu de la dégustation tenue récemment à Paris par le restaurateur et importateur chypriote, Mavrommatis. Cela intéresse peut-être peu de monde (comme l’écrit Hervé dans son papier du 17/02), mais il faut bien défendre les vins que nous aimons.

La semaine dernière j’ai parlé essentiellement des vins blancs, et exclusivement de vins issus de îles. Cette fois nous passerons au continent et à ses différentes parties, avec, cette fois-ci, le rouge comme couleur  dominante.

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Pour simplifier, on peut diviser la partie continentale de la Grèce en trois grandes zones. Au nord, qui aboutit aux frontières avec, d’ouest en est, l’Albanie, la Macédoine et la Bulgarie, on trouve les régions d’Epire, de Macédoine, de Drame et de Thrace.  Dans la partie centrale il y a la Thessalia, l’Attique et la Béotie, auquel on peut rattacher la longue île d’Eubée. Enfin, au sud du golfe de Corinthe, on terminera le voyage avec la Péloponnèse. On n’oublie pas que c’est un pays de montagnes, entouré par des mers. Des influences méso-climatiques très variables donc et qui se rajoutent à une gamme formidable de cépages autochtones pour donner beaucoup de diversité de styles. Je suivrai le parcours esquissé ci-dessus avec mon compte-rendu des vins que j’ai aimés.

 

Le Nord : Macédoine

 

Domaine Kir Yianni

Les vins de ce domaine m’ont semblé parmi les meilleurs que j’ai dégusté ce jour-là. La qualité m’a semblé constante d’un vin à un autre, mis à part un blanc un peu faible. Tous les vins que j’ai sélectionnés sont issus du cépage Xinomavro, presque à 100%.

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AOP Amyndeon, Akakies 2013 (vin rosé)

100% Xinomavro

Ce cépage, réputé difficile et dont le nom signifie « acide noir », est largement planté dans la région.

Beaucoup de couleur, et cela fait du bien de voir cela dans un monde de rosés de plus en plus pâlots. Un nez formidablement plein de fruits rouges et noirs, avec une sensation agréable d’amertume dans le fond. Parfaitement sec, très vif et avec une pointe agréable d’amertume en finale. J’en ferai bien mon rosé d’été de ce vin plein de caractère.

prix 12 euros

 

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AOP Naoussa, Ramnista 2012

100% Xinomavro. Ramnista est le nom de la parcelle dans cette AOP

Finesse et matière se lient avec une acidité élevé et une structure tannique assez importante. Bonne longueur.

Prix 22 euros

 

AOP Amyndeon, Kali Riza vieilles vignes 2013

100% Xinomavro

Un joli nez de cerise amère avec des notes fumées. Vin assez vif, plaisant et bien net, très désaltérant en partie grâce à la touche d’amertume en finale. Pas très long mais très agréable.

Prix inconnu

 

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IGP Imathie, Diaporos 2011

92% Xinomavro, 8% Syrah

Un vin clairement plus ambitieux avec sa bouteille lourde de type bourguignon. C’est puissant, avec beaucoup de relief et aux tannins puissants. Très bon

Prix 36,50

 

Domaine Kechris

Ce domaine produit, entre autres, de très beaux vin résinés

 

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100% Roditis

Très parfumé et délicat avec des saveurs légèrement salines

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Restsina Kechris, Les larmes du pin

100% Assyrtiko, elevage en barrique

Magnifique vin qui combien force et finesse. C’est long et savoureux avec une très belle fraîcheur. L’assyrtiko apporte sa vivacité vibrante. Probablement le meilleur résiné que je n’ai jamais dégusté.

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IGP Macédoine, The 4th dimension 2014

60% Assyrtiko, 40% Sauvignon Blanc

Un très beau vin, aussi intense que complet dans ses saveurs. L’alliance est ces deux cépage et très réussi et l’harmonie et aussi belle que le dynamisme de l’ensemble.

Pas importé malheureusement.

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Le Centre : Thelassonique

 

Domaine Gerovassiliou

Ce domaine est très proche de la mer et donc sous forte influence méditerrannéenne

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IGP Epanomie, Malagousia 2015 (blanc)

100% Malagousia issu d’une seule parcelle

Très aromatique grâce en partie à une macération à froid. Sa belle texture soyeuse est sûrement aidé aussi par un élevage sur lies. Très belle qualité de fruit et longueur. Excellent blanc.

Prix 19,50 euros

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IGP Epanomie, Avaton 2012 (rouge)

40% Limnio, 40% Mavrotragano, 20% Mavroudi

Harmonieux et riche, bien équilibré avec beaucoup de matière et de la chaleur. Les tannins y sont bien intégrés. Long.

Prix 32 euros

 

 

Le sud : Péloponnèse

 

Domaine Mercouri  

IGP Péloponnèse Foloï 2015

90% Roditis et 10% Viognier, cuve inox

Ce vin blanc issus de coteaux du Mont Foloï, à des altitudes entre 450 et 650 mètres, m’a donné une autre vision de ce cépage roditis qui est à la base de beaucoup de retsinas pas toujours glorieux (même s’il y a des plus en plus de bons). L’association avec un peu de viognier augmente le caractère fruite du vin qui est autrement très vif et précis avec une bonne longueur

Prix public 12 euros

 

IGP Péloponnèse Lampadias 2015

Agyorgitiko, negroamaro et syrah (je ne connais pas les proportions et cela m’est égal)

De ce rosé sec et délicat émanaient des arômes très prenants de roses anciennes. je n’ai jamais senti cela dans un vin, à part dans certains gewurztraminers. Je ne connais pas son prix.

Les vins rouges de ce domaine ne m’ont pas emballés, à part cette cuvée :

Antarès 2013

Augustiatis 60% et Mourvèdre 40%

Couleur intense, tannins souples et un joli fruité avec une texture fine. Vin gourmand. Si le prix est raisonnable, c’est intéressant.

 

Domaine Skouras

AOP Nemea, Saint Georges 2013

100% Agyogitiko (qui signifie Saint Georges)

Très expressif par ses arômes, aussi bien au nez qu’en bouche. Vin assez délicat et fin avec un équilibre peut-être précaire entre tannins et acidité. La maturité est peut être juste mais cela l’a aussi aidé sur la plan de la fraîcheur.

Prix 16 euros

 

IGP Péloponnèse Megas Oinos 2012

80% Agyorgitiko, 20% Cabernet Sauvignon

Un assemblage créatif, avec l’agyorgitiko provenant de Nemea et le Cabernet des montagnes de Corinthe. C’est somptueusement riche, avec un boisé un peu fort mais une excellente qualité de fruit qui donne beaucoup de gourmandise en bouche.

Prix 33 euros

Parparoussis

Domaine Parparoussis

IGP Achaea Les Dons de Dionysos Sideritis 2015

100% Sideritis et cuve inox

Cette variété à la peau rose, autrefois employé surtout pour du raisin de table, est aujourd’hui souvent vinifié en blanc.

Le vin est ferme, avec une bonne acidité et un aspect presque salin. C’est plus poivré que fruité, et certains n’hésiteront pas à parler de « minéralité ». Très bonne longueur.

Prix 15,50 euros

 

IGP Achaea Les Dons de Dionysos Cava 2010

75% Assyrtiko, 25% Athiri

Le terme Cava ici signifie vieillissement en cave (fermentation puis 10 mois en fûts).

C’est un tout autre style de vin, riche avec une jolie texture grasse mais aucun excès de poids, car l’acidité est élevée mais parfaitement intégrée. Très belle longueur.

Prix 20,50 euros

 

AOP Nemea Domaine Parparoussis Reserve 2012

100% Agyorgitiko

Un très beau vin qui intègre sa belle richesse de saveurs dans une ensemble complexe, long et équilibré. La chaleur est raisonnable pour un vin de cette intensité.

Prix 35 euros

 

IGP Achaïa Domaine Parparoussis Toas Cava 2010

100% Mavrodaphne et 24 mois de barrique

La matière est riche et un peu chargée, avec une présence d’alcool équivalant à celle d’un Châteauneuf du Pape, par exemple. Les tannins sont bien intégrés et la longueur excellente

Prix : 34 euros

 

Bon voyage si cela vous tente d’y aller, et bravo à Mavrommatis pour cette très belle dégustation!

 

David


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Découvertes en Grèce (1/2)

Non, je n’ai pas fait, ces jours-ci, un voyage dans ce beau pays qui souffre tant. Je souhaite beaucoup y retourner prochainement, mais je tiens d’abord à rendre compte d’une très impressionnante dégustation que j’ai eu la chance de faire la semaine dernière à Paris, grâce à la famille Mavrommatis qui possède plusieurs restaurants, une affaire de traiteur avec de multiples points de vente, une cave à vins et qui importe des vins de toute la Grèce.

La cave à vin Mavrommatis

49, rue Censier 75005 Paris
+33 (0)1 45 35 64 95
www.mavrommatis.com

Il est bien fini le temps ou l’image du vin grec était cantonné à des retsinas et des rouges volumineux et parfois durs. Cela a aussi changé depuis la période, plus récente, qui a vu certains producteurs grecs tenter d’imposer des cépages français dans un pays qui possède un réservoir de variétés autochtones parfaitement adapté à leur climat et plein de ressources.

 

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Cette dégustation était dédiée, justement, à ces variétés autochtones qui nous ne voyons encore trop peu en dehors de leur pays d’origine, bien que quelques unes, comme le magnifique cépage blanc Assyrtiko ou le rouge Agiorgitiko commencent à faire parler d’eux. Lors de cette journée, en plus de vins issus de ces deux cultivars vedettes, j’ai pu déguster des vins qui faisaient appel, en totalité ou en partie, à de l’Aïdani, de l’Athiri, de l’Augustiatis, du Korinthiaki, du Limnio, de la Malagousia, de la Malvasia Aromatica, du Mandilaria, du Mavrodaphne, du Mavrotragano, du Moschophilaro, du Negoska, du Negroamaro, du Preknadi, du Refosco, du Robola, du Rhoditis, du Savationo, du Sideritis et du Xinomavro. Très rarement quelques vins que j’ai dégusté contenaient un complément d’assemblage qui faisait appel soit à du merlot, soit au cabernet sauvignon, à de la syrah ou au viognier, mais ce furent des cas d’exception parmi plus de 60 vins présents. Je sais bien que le Negroamaro et le Refosco, sans parler de la Malvasia, se trouvent plus souvent de l’autre côté de l’Adriatique qu’en Grèce, mais il s’agit tout de même de variétés régionales et cela fait, de toute façon, une très belle collection !

Mais la chose qui m’a le plus impressionné dans cette dégustation n’était pas l’aspect ampélographique, bien que cela ait son intérêt: c’était la qualité des vins présentés, autant que leur diversité géographique. Autant aller voir cela de suite, région par région en commençant avec les îles. Je traiterai de la partie continentale la semaine prochaine.

Santorini, les Iles Cyclades

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Santorini est un archipel d’îles volcaniques situé au sud des Cyclades, en pleine mer Egée. Il possède son propre AOC pour des vins blancs élaborés avec les cépages Assyrtiko ou Nykteri, mais produit aussi vins rouges, en particulier avec du Mavrotragano et qui se vendent sous la bannière de l’IGP Cyclades. Mavro = noir en grec, donc on voit ce mot souvent incorporé dans des noms de variétés grecs de cette couleur. Il y a aussi des Vinsanto, qui peuvent être rouges ou blancs et qui sont aussi des AOP. La surface viticole à Santorini couvre environ 1500 hectares et le sol volcanique est constitué aussi de schiste et de calcaire. Cette nature de sol a eu l’avantage d’écarter le phylloxera et les vignes sont donc franches de pied. Les conditions climatiques sont sévères avec des apports en eau de pluie très limités. Les températures sont élevées pendant la longue période estivale et il y a aussi des vents violents. A défaut de précipitations, les vignes reçoivent les brumes marines durant les nuits d’été. Pour lutter contre les chaleurs extrêmes et les vents violents, une taille de la vigne en arbuste basse ayant une forme en spirale s’est développée. Cette taille, qui s’appelle « gobelet en couronne », a pour objet de résister aux vents et de concentrer les grappes à l’intérieur de l’arbuste pour les protéger du sable (voir photo ci-dessous). Certains expérimentent avec d’autres formes de taille, quand l’exposition l’autorise. Les rendements sont forcément très limités, ce qui explique les prix des vins (entre 20 et 40 euros pour les vins secs, et le double pour les vinsanto).

vignes en gobelet panier

 

Domaine Argyros
AOP Santorin 2015

100% Assyrtiko, du village d’Episkop Gwnia

Ce vin élaboré en cuves inox est aussi frais que complexe. L’acidité fait corps avec le vin et la longueur est excellente. Un vin splendide et vivifiant. L’assyrtiko n’est pas une variété très aromatique mais il semble très intéressant par sa texture et sa longueur qui doit quelque chose à son acidité importante.

Prix public: 19 euros, ce qui n’est pas excessif.

AOP Santorin, Ktima 2014

100% Assyrtiko, et vignes de 150 ans (qui dit mieux ?), 20% de ce vin ayant été élevé en fûts pendant 6 mois.

Le nez est perçant et semble presque résineux via un accent légèrement oxydatif. Bien arrondi par son élevage, il conserve beaucoup de vivacité et une grande complexité de saveurs.

Prix public: 22 euros, ce qui me semble peu cher pour un tel vin.

Argyros 2

AOP Santorin, Vareli 2013 (vareli signifie barrique)

100% Assyrtiko, et vignes de 150 ans. 100% barriques pendant 6 mois

Encore plus d’arrondi et de texture apportés par la barrique qui ne domine nullement les saveurs de ce vin. Grande suavité de texture qui enrobe un centre bien vibrant. Long et très harmonieux.

Prix public: 26 euros – et cela les vaut largement.

IGP Cyclades Mavrotragano 2012

100% Mavrotragano, élévage 18 mois en fûts de chêne

Ce vin m’a semblé assez austère, malgré son âge et l’élevage, à cause de tannins un peu justes en maturité phénolique. Malgré cette critique, la qualité du fruit est bonne et le vin a une certaine délicatesse qui surprend dans un tel climat.

Prix public: 40 euros, ce qui est trop cher

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de déguster les vinsantos de ce domaine, ce qui est dommage car il en présentait quatre, allant du millésime 2003 à 1991

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Winery de Sigalas, Santorini (photo Cephas)

Domaine Sigalas

Ce producteur cultive une partie des ses vignes sur fil, là où le climat l’autorise

 AOP Santorin 2015

75% Assyrtiko, 25% Athiri, le tout en cuve inox.

Vif, centré et assez parfumé (la part d’athiri ?). Un beau fruité, vin long et salivant.

Prix public 23,50

AOP Santorin 2015

100% Assyrtiko, cuves inox

Un vin abordable et plaisant par son goût, très fin de texture, salivant et presque salin. Longueur à la hauteur de sa finesse.

Prix public 32 euros

AOP Santorin, Nychteri 2009

100% Assyrtiko, vendangé en sur-maturité et jus de goutte seulement.

Nychteri était le vin blanc traditionnel de Santorini, vendangé tardivement, élevé longtemps et sans ouillage. Une autre particularité était l’utilisation exclusive de jus de goutte. Sigalas a maintenu cette tradition sauf pour l’aspect oxydatif car l’ouillage et faite. Le vin reste sur lies pendant 30 mois dans des barriques (anciennes, je crois), ce qui lui donne le droit de porter la mention Grand Reserve.

Un vin dont le sucre résiduel le qualifierait pour la catégorie demi-sec, je pense, voire plus. Ce vin est puissant, long et totalement magnifique par sa complexité. J’adore cela et j’ai écrit dans mon carnet « grand vin, 18/20 »).

Prix public inconnu, mais je vais me renseigner

J’ai pu aussi déguster une « mini-verticale » d’Assyrtiko de ce domaine : 2013, 2012 et 2008. L’oxydation ménagée y était présente, les vins prenant aussi du volume et de la complexité avec le temps. Ce qu’on ne sait pas est l’impact du climat sur ces millésimes, comme des modifications dans les techniques. Ce qu’on peut affirmer en revanche est que ce cépage a une belle capacité de garde. La seule réserve que j’émettrai serait une tendance à une texture un peu rêche et à des saveurs amères en fin de bouche. On peut aimer, mais cela manque de finesse pour moi. Il est possible que la vinification ait évoluée depuis cependant.

 

Les îles Ioniennes : Céphalonie

Sur la côte ouest de la Grèce, en mer Ionienne, il y a moins d’iles qu’en mer Egée, mais deux de belle taille: Corfou et Céphalonie. C’est de cette dernière, tantôt grecque, tantôt byzantine, tantôt vénitienne, tantôt ottomane, tantôt italienne, et même, un temps sous administration britannique (ndlr: celle de Corelli’s Mandolin) que sont issus les vins suivants.

Domaine Gentilini

AOP Robola de Céphalonie 2015

100% Robola et 100% cuve inox

Fin et précis, d’une grande netteté, la finale est parfaitement sèche

Prix public 17 euros

AOP Robola de Céphalonie, Cellar Selection 2015

100% Robola de vielles vignes, 20% du vin élevé en barriques

Très bon et très vif. Vin salin et savoureux, plein de zeste et d’une belle longueur. Je ne connais pas l’âge de ces « vieilles vignes », mais ils apportent une dimension supplémentaire par rapport au vin précédent.

Prix public 20 euros, et les 3 euros de plus sont bien dépensés

Gentilini Eclipse 

IGP Mavrodaphne de Céphalonie, Eclipse 2014

100% Mavrodaphne, faibles rendements, 12 mois d’élevage et fûts puis 12 mois en bouteilles.

Vin aussi gourmand que fin, aux saveurs fruitées bien vibrantes. Très belle longueur. Excellent.

Prix public 21 euros, ce qui est raisonnable pour cette qualité

J’ai aussi dégusté Eclipse 2013 en magnum (photo ci-dessus). C’était une année plus chaude dans cette région et cela rajoute une dimension de rondeur au vin. Très bon vin que j’ai noté 17/20

Prix public 44 euros le magnum

  

Je reviendrai la semaine prochaine avec des vins du continent grec, tout aussi intéressants

 

David


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Σαντορίνη, douceur des îles grecques

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C’est presque les vacances pour ceux qui en prennent; l’île de Santorin ressemble à ce qu’on peut appeler une destination de rêve, comme la Crète. Je n’ai malheureusement visité aucune des deux îles, ce qui ne m’empêche pas de déguster les vins. Sur Santorin, on fait vin de liqueur issu de grappes passerillées sur de grandes dalles de pierre, un peu comme en Corse pour le muscat.
C’est un pur sucre naturel…

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Une robe sombre, presque brune aux reflets roux.
Le nez confit, très confit, qui nous lance en paquet des zestes de mandarine, des cerises, des abricots, puis nous envoie une deuxième bordée de figues, de dattes et de pistaches grillées, nous pique un rien les narines d’iode et de poivre, avant de s’en aller courir parmi les herbes sèches.
La bouche s’attend au pire, au vin sirupeux comme le miel, écœurant comme le troisième baklava, mais du miel il n’en a que le goût, fort et puissant, soutenu par une incroyable fraîcheur, nervosité qui exhausse les arômes de tomate sèche, de candi musqué, de caramel amer, de Corinthe. Le citron vert, certes confit termine l’exercice gustatif par un contraste acidulé sucré.

Le Vinsanto

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C’est un vin naturellement doux, issu de grappes séchées au soleil. Ces grappes mélangent une sélection stricte de 75% d’Assyrtico et de 25% d’Aidani, deux cépages caractéristiques de l’île de Santorin. Après une dizaine de jours de déshydratation étalés sur les grandes terrasses des caves vinicoles, les raisins sont pressés doucement, puis s’en vont fermenter pendant 1 à 3 mois. Le pourcentage fort élevé de sucre ralentit la fermentation. Celle-ci s’arrête d’ailleurs définitivement sans avoir transformé tout le sucre en alcool, ce qui en laisse environ 240 g/l pour un titre alcoolique de 11°, heureusement rafraîchit par 8,4 g d’acidité renforcé par un pH de 3,49. Le vin loge 24 mois en barriques, cela lui donne une patine un rien caramélisée.

NB. Ne pas confondre le Vinsanto avec le Visanto ou Vin Santo de Toscane (on n’est pas sûr à 100% du quel a inspiré le nom de l’autre, même s’il semble plus probable que ce soit les Vénitiens qui aient ramené le Vinsanto, ou vin de Santorin en Italie). 

Santo Wines

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Il s’agit de l’Union des Coopératives de Santorin, fondée en 1947. C’est le plus gros faiseur de l’île. Elle récolte les vendanges auprès de plus d’un millier d’adhérents et lutte pied à pied contre l’expansion immobilière. Heureuse de maintenir les traditions vinicoles insulaires, elle vinifie son Vinsanto comme on le faisait déjà au 16e siècle.

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À remarquer, la curieuse façon de conduire la vigne en la tournant autour d’elle-même en forme de panier, cela la protège du vent violent qui décoiffe l’île plus souvent qu’il n’est raisonnable.

Et n’oublions pas que l’île de Santorin est un volcan, pour le moment des plus sages, mais cela n’a pas toujours été le cas, la preuve…

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http://www.santowines.gr

Ciao

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Marco


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Beautés crétoises (2)

Après les photos de la semaine dernière, entrons dans le vif du sujet: oui, il y a maintenant de très beaux vins en Crète. Le changement intervenu ces 15 dernières années est spectaculaire. Fini, les blancs oxydés, la pâle imitation de Bordeaux rouge (ah, le merlot trop mûr…). Non seulement la technique est mieux maîtrisée, mais cerise sur le gâteau, voici que les Crétois se réapproprient leurs cépages autochtones.

J’ai tout particulièrement apprécié le Vidiano, en blanc – et ce, dans tous les terroirs de l’île, ce qui semble bien prouver qu’il a du potentiel.

Et puis un assemblage original, en rouge: le Kotsifali et la Mandilaria. Deux cépages qui ne paient pas de mine – le premier n’a pas de couleur, le second semble souvent manquer de finesse; mais quand ils sont attelés, ces deux là peuvent donner des vins d’une élégance et d’une complexité étonnantes.

Voici ma sélection de vin, par région.

La Canée (Chania)

A l’ouest de l’île, Chania (alias La Canée) a été une cité minoenne, avant de devenir une place forte byzantine, puis vénitienne; au travers de toutes ces époques, elle a été le débouché de l’agriculture locale – du vin, mais aussi et surtout des agrumes et de l’huile d’olive.

La zone viticole proprement dite est plutôt très accidentée – si la mer est toute proche, les vignes se situent sur les contrefort des Montagnes Blanches. Historiquement, elle se distingue par le Romeiko ou Romaiko (le Byzantin), un cépage blanc à fort potentiel alcoolique,  longtemps utilisé pour la production de vins doux naturels.

Mais l’encépagement s’est fortement diversifié, tandis que le Romeiko est aujourd’hui vinifé également en sec, avec quelques beaux résultats.

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Dans les vignes de Nostos, avec M. Manousakis (Photo (c) H. Lalau 2015)

Doukakis Vidiano Lihnos 2014

Citron, mangue, une léger frisant, superbe salinité en finale. Vin bio. 15/20

Dourakis Malvazia Aromatica Kudos 2014

Un nez très expressif qui évoque le muscat, mais en plus délicat; du miel, de l’écorce d’orange, de l’amande fraîche; et en bouche, beaucoup de vivacité; du joyeux combat entre acidité et gras, c’est notre plaisir qui sort vainqueur, avec une finale assez saline. Un blanc de caractère! 16/20

Karavitakis The Little Red Prince 2013

Assemblage de Kotsifali et Mandilaria. Superbe fruit noir, beaucoup de fraîcheur en bouche, un peu de cuir; finale guillerette, saline et longue. 16/20

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Nostos Alexandra 2012

Syrah, Mourvèdre et Grenache de jeunes vignes. Un choix payant pour ce vin tout en fruité noir, tout en plaisir gourmand dans l’avant bouche, et d’une belle structure. Belle fraîcheur, aussi. 15/20

Karavitakis Liastos Romaiko 

Robe sombre, joli nez de noix et d’abricot sec, la bouche est dense, pleine d’impressions subtiles – épices, cerises à l’alcool, toffee…  et ça n’en finit pas. 17/20

Alexakis Mare de Candia White Blend 2014

Ce « blend » assemble Vilana, Assyrtiko et Vidiano. Il présente d’étonnantes notes de camomille, de citronnelle et de sureau au nez; en bouches, ce sont plutôt les épices du maquis qui dominent, apportant de la fraîcheur à une matière assez souple. 15/20

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Archanes et Péza

La zone de Péza (Département d’Héraklion) représente environ 70% du volume de vin produit en Crète. Seule une petite partie est vendue sous l’AOP Péza, réservée au seul Vilana, en blanc, et à l’attelage Kotisafali-Mandilaria, en rouge.

Ce même assemblage est utilisé pour les rouges de l’appellation voisine d’Archanes, qui se vante de posséder le plus vieux pressoir à vin d’Europe, au lieu-dit Vathipetro.

Paterianakis Melissinos 2014 Thrapsathiri Sauvignon

Pomme golden, pêche de vigne au nez, beaucoup de vivacité en bouche, c’est fluide, c’est pur. Très joli blanc qui remet à l’honneur une variété locale, le Thrapsathiri, ici assemblé au sauvignon. Vin bio. 15/20

Myliarakis Péza Single Vineyard  2010

Cerise, un peu de réglisse, jolis tannins, assez fluide, tout en élégance. Les 10 mois de fût sont assez bien fondus – un peu de rondeur, un peu de fumé, mais ni vanille ni caramel. Sélection parcellaire. 14,5/20

Myliarakis Malvazia 2014

Muscaté, abricot, raisin sec, un nez très intense, une bouche gourmande, quelques notes de miel, une légère amertume finale. A la fois ample et très long. Assemblage de Malvazia di Candia et Malvazia Aromatica. 15/20

Lyrarakis Kotsifali 2013

L’occasion de vérifier ce que le Kotsfali peut donner seul. Mieux que ce qu’on en dit généralement: beaucoup de fruit (griotte, fruit noir) et un peu de fumée – on pense à un pinot. En bouche, on part un peu plus vers la mondeuse ou la syrah. Comparaison n’est pas raison, ce cépage a ses qualités propres, en tout cas, quand il est bien vinifié. Plus sur l’élégance que sur la concentration en bouche, mais une très jolie finale réglissée. A boire frais. 15/20

Strataridakis Syrah Kotsifali 2013

Nez très fumé, cuir, résine, goudron; curieusement, après tous ces épices, la bouche est plutôt souple et presque délicate. Belle fraîcheur en finale 14,5/20

Mediterra Assyrtiko 2014 Kastelos

Nez de coing aux notes fumées, très belle structure, de l’ acidité mais aussi une sensation tannique originale pour un blanc. Bonne longueur 15/20

Rhous Winery Ekdosi 6e 2013

Une Syrah élevée 15 mois barrique, mais qui garde une incroyable fraîcheur. Au nez, un concentré de maquis crétois, de la lavande, du thym, de la sauge et pas mal de poivre; en bouche, de la menthe fraîche, des tannins bien enrobés, un peu de cuir et une final sur les fruits noirs et un petit côté salin. Encore très jeune 16/20.

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Stilianou Kotsifali Sundried

Le raisin sec, en Crète, on connaît. Certains appliquent toujours la recette… au vin. Le nez évoque la figue, le miel d’oranger et le cédrat confit; la figue revient en bouche, enrobe les tannins; en finale, le sucre et l’amer font un petit bras de fer et c’est le vainqueur s’appelle caudalie. 15/20.

Dafnes

Comme pour Peza et Archanes, tout ce qui est produit dans la zone de Dafnes n’est pas AOP Dafnes. Cette appellation, en effet, est réservée au cépage Liatiko (longtemps utilisé pour les vins dits « de Malvoisie »), et donc aux seuls rouges. Souvent chaleureux et sans beaucoup de complexité, ce ne sont pas ceux qui m’ont le plus plu. Je leur ai préféré les blancs (à nouveau de Vidiano) et les assemblages de Kotsifali, de Mandilaria et/ou de Syrah.

Douloufakis Dafnios Vidiano 2014

Avec 6 mois de fût neuf, on pouvait craindre le pire, mais non, les notes légèrement toastées et épicées (sauge) se marient très bien avec le fruit jaune au nez et en début de bouche, puis c’est une jolie amertume qui prend le relai. 14/20

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Douloufakis Dafnios Dafnes Liatiko 2012

Exception à la règle, ce Liatiko-là m’a intéressé. Un nez très fumé, très cuir, un côté rustique en bouche, des tannins prononcés, mais une certaine élégance au-delà de l’alcool, il m’a séduit par sa différence. Vin d’amateur. 14/20

Magarakis Vidiano 2014

Au nez, un grand panier de pommes jaunes et de pêches bien mûres; la bouche, en contraste, surprend par sa vivacité. Comme si la charpente acide ressortait sous les rondeurs du fruit. Excellent Vidiano. 15/20

Diamantakis Diamantopetra 2012

Syrah et Mandilaria. La robe est très sombre, le nez épicé, plein d’herbes du maquis (basilic, sauge, immortelle); la bouche nous offre des tannins très fins, très suaves, mais aussi beaucoup de fraîcheur ; le bois est très bien fondu. 15/20

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Zacharias Diamantakis (Photo (c) H. Lalau 2015)

Diamantakis Vidiano Assyrtiko 2014

Un assemblage intéressant que celui de ces deux cépages des iles, c’est gourmand au nez (abricot, fleurs blanches, camomille), mais c’est surtout très riche en bouche, avec une belle note de salinité pour raviver le tout. Ici aussi, l’emploi du bois est superbement maîtrisé. 17/20

Idaia Yz 2010

Fruit noir, tapenade; en bouche, des tannins sévères mais justes. Belle présence, belle longueur.Kotsifali 70%, Mandilari 30%. 14,5/20

Idaia 2014 Vilana

Un des rares Vilana qui m’aient vraiment intéressé lors de ce voyage. Pas très complexe, mais direct: nez de pomme verte et de citronnelle, un poil de levure de bière, une acidité moyenne, une fraicheur renforcée par un poil de gaz, de la salinité, j’ai pensé à un bon Picpoul de Pinet – allez savoir pourquoi. 14/20

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Stelios Zacharioudakis (Photo (c) H. Lalau 2015)

Zacharioudakis Vidiano 2012

Pomme jaune, poire, coing, bouche suave, le bois est bien fondu, la finale puissante (14,5° Alc). 15/20

Zacharioudakis Orthipetra 2008

Un concentré d’herbes aromatiques au premier nez, un soupçon de poivre, d’épinette et de mûre; en bouche, un peu de cuir, des tannins bien présents mais civilisés, longueur impressionnante. Un grand vin. Encore une réussite de l’attelage Syrah-Kotsifali. 15,5/20

J’aurais scrupule à ne pas parler ici des autres trésors de l’agriculture crétoise que sont l’huile d’Olive (notamment les AOP Peza et Sitia), le miel, les tomates, les agrumes, les raisins secs, les fromages (selliano, anthotiros, graviera…), la viande d’agneau, les herbes aromatiques  – sans oublier le marc, ou Tsikoudia.

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Avec toute la méticulosité dont les Suisses sont capables, Alexandre Truffer analyse les vertus du Tsikoudia de Rethymnon

(Photo (c) H. Lalau 2015)

Le secret du régime crétois, c’est de les utiliser tous, et dans des formes les moins transformées possibles, et accompagnées de vin. Il paraît que cela fait des centenaires, à ne savoir qu’en faire… Comme disait Ferrat.

Les Crétois eux-mêmes sont bien conscients de ce trésor gastronomique qu’ils ont hérités des générations passées. Ils ont ainsi fondé une association, le Culinary Institute of Crete, dont le but est de mettre en avant la cuisine typique de l’île, tant auprès des touristes que des autochtones. Un travail qui n’a rien d’archéologique, puisque l’Institut délivre un label aux établissements les plus méritants.

Si vous avez l’occasion de passer des vacances en Crète, ne manquez pas d’en profiter.

Par ailleurs, bon nombre de restaurants grecs en France, en Belgique ou en Suisse sont tenus par des Crétois. Il n’est pas impossible qu’ils proposent les vins de leur île à leur carte. Essayez toujours, et dites m’en des nouvelles!

IMG_5709Et pour finir en beauté… (Photo (c) H. Lalau 2015)

Hervé Lalau