Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Cassis et l’influence des éléments

Les temps sont très difficiles, aujourd’hui, pour bon nombre de vignerons dont les vignes sont plus ou moins durement touchées par le gel. En attendant d’y voir plus clair et de réfléchir à des moyens d’être plus solidaire avec eux, je pense au beau mouvement de solidarité qui s’est exprimé, voici quelques années, entre les vignerons eux-mêmes, pour Raimond de Villeneuve et son domaine de 25 hectares, le Château de Roquefort, à Roquefort-la-Bédoule; un domaine  ravagé par la grêle en juillet 2012 – il n’avait pas pu récolter plus de 15 kilos de raisin cette année-là!

Actuellement, Raimond vend les derniers flacons de trois cuvées élaborés avec des raisins que des collègues lui ont offerts afin que son exploitation puisse survivre. Avec Hervé, nous en avons dégusté une, chez lui (voir photo ci-dessous) lors d’un récent déplacement à Cassis, pour travailler sur un livre. Et cela me fait penser que la nature, bêtement placée par quelques citadins dans un espace de vertu morale qui n’est pas le sien, peut être très belle, mais aussi très cruelle.

 

Cassis, ou la Provence en blanc

Maintenant, place à la beauté singulière de Cassis, et à ses influences marines qui se manifestent d’une manière bien visible par la condensation nuageuse arrivant d’une mer fraîche au contact avec une masse terrestre plus chaude. J’ai vu ce phénomène dans plusieurs endroits de la terre, comme sur la côte ouest des Etats-Unis ou la côte chilienne, par exemple, mais c’était la première fois que j’ai eu l’occasion de l’observer dans le Sud de la France.

Nous commençons ce petit voyage en images par la côte et quelques images de type « carte postale » de ce bout de la Méditerranée, pour voir ensuite la formation de brume, puis de nuages qui peuvent, en partie, expliquer pourquoi cette appellation provençale de Cassis constitue aujourd’hui une belle goutte de blanc dans un océan de plus en plus (tristement) rose.

Je souhaite bien du courage à tous ceux et celles qui doivent aussi maudire la nature en ce moment.

David Cobbold

 

 


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Pragmatisme, optimisme, les deux mamelles du vin

D’accord avec la plupart d’entre vous sans doute pour dire que ces mots en «isme» il conviendrait de les fuir. Panurgisme, puritanisme, intégrisme, dogmatisme, évangélisme, laïcisme, bouddhisme, chauvinisme, paganisme…et tant d’autres encore. Parfois, quand je les entend j’ai envie de mettre ma veste par dessus la tête. Alors, me direz-vous, à quoi bon s’en servir dès le titre, revenir dessus en accroche et tout le long d’un article ? Toute la question est là, merci de la poser aussi clairement. Je pourrais dire que c’est pour faire travailler vos méninges, en particulier celles de nos chers Truc & Charlier, célèbres duettistes commentateurs de la Toile, mais ce serait trop facile.

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Trève de taquineries, commençons donc par le début.

Des deux explications livrées par mon Larousse virtuel concernant le pragmatisme – « doctrine qui prend pour critère de vérité le fait de fonctionner réellement, de réussir pratiquement » et « Attitude de quelqu’un qui s’adapte à toute situation, qui est orienté vers l’action pratique » -, je préfère la dernière qui évoque le mouvement, une prise de conscience qui va si bien avec le fait de se bouger, de se remuer, de ne pas en rester en l’état actuel des choses, de voir quelque chose de positif même dans l’échec. Là, je retrouve avec bonheur la sagesse vigneronne, son bon sens paysan (je sais, ça fait un peu pétainiste, mais c’est tellement vrai…), sa conscience humaine qui le guide vers la sage prise de décision, vers le passage à l’acte, vers l’avenir aussi. Votre vigne est attaquée par plus fort qu’elle, de façon massive qui plus est, point n’est besoin de rester là planté, comme désarmé. Votre sens du pragmatisme vous dicte l’action. La même vigne vous a livré de magnifiques raisins et c’est l’optimisme qui pointe le bout de son nez vous redonnant une sacrée dose d’espoir.

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Pourquoi je vous entretiens de ça ? Encore un sujet qui n’a ni queue ni tête, me reprocherez-vous à juste titre peut-être ! Or, l’actualité récente, les épisodes de grêle, par exemple qui furent nombreux sur le vignoble de la Champagne au Pic Saint-Loup en passant par le Beaujolais et la Charente, ont cette année comme les années précédentes joué beaucoup sur la conscience vigneronne, sur son moral. Certains refusent d’envisager ne serait-ce qu’un étude sérieuse sur le coût d’une assurance alors qu’il y a à portée de la main des experts dans les chambres d’agriculture ou les interprofessions capables de les conseiller, qu’il est possible d’obtenir de l’aide, de se grouper, d’intervenir parcelle par parcelle. Puis on remet à plus tard la réflexion. Pendant ce temps, une viticultrice de mes amies, du côté de Saint-Chinian, probablement plus pragmatique que les autres, ne s’est pas posée trente six mille questions : plutôt que de se réveiller un jour au bord de la ruine – il n’y a rien de plus désolant qu’une vigne hachée par la grêle -, elle est assurée depuis des années, en paie certes le prix assez élevé (il y a moyen de négocier, dit-elle), mais peut ainsi dormir sur ses deux oreilles. Et quid de la perte de récolte due à la sécheresse ? Au moins 30 % en moins en moyenne dans nos vignobles sudistes, sans parler des autres. Là aussi il doit y avoir moyen d’exercer son sens du pragmatisme. Comme ces vignerons qui depuis des années ont installé un réseau de goutte à goutte dans leurs rangées de vignes. En respectant à la lettre la législation, en prenant le sujet à bras le corps, en entrecoupant des informations entre eux, en dialoguant avec les techniciens, ils sont arrivés à équiper les parcelles qui souffrent le plus souvent et à garantir une vraie régularité dans leur production.

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Beaucoup de ces chefs d’entreprises (n’oublions jamais que les vignerons sont des patrons) ne tergiversent plus lorsqu’il faut aller à un salon en Allemagne ou au Brésil pour ouvrir un marché auquel on croit dur comme fer. Pas question d’hésiter, il faut foncer. N’est-ce pas Hervé Bizeul, fierté du Roussillon qui naviguez par monts et par vaux pour faire connaître de grands vins par avance dépréciés simplement parce qu’ils sont rattachés au Sud, autrement dit au trou du cul de ce bas monde ? Regardez le succès commercial de cette coopérative du Gers dont David, moi-même et nos camarades vantons ici même l’enthousiasme. Si c’est pas du pragmatisme et de l’optimisme (certes gascon) ça, alors je me damne ! La Chine ne leur fait pas peur, le monde entier non plus. On pourrait dire la même chose sur la famille Grassa dans leur vaste Domaine du Tarriquet qui, plutôt que de rester le cul sur leur chaise à critiquer les autres, plutôt que d’accuser notre bureaucratie et de taper sur l’incompétence légendaire de nos politiciens, ont préféré se lancer dans un modèle de production qui fait aujourd’hui école.

wp_20160823_006Alors que tout va mal si l’on s’en tient aux vicissitudes de l’actualité, des gens déterminés, des vignerons décidés à faire de très bons vins tout en restant originaux nous en connaissons une flopée aux 5duVin que ce soit en Provence, dans le Roussillon ou ailleurs. Comme au Domaine la Casa Blanca sis à Banyuls-sur-Mer où, après avoir labouré péniblement à l’aide d’une mule – efficace sur du plat, la traction animale ne l’est plus du tout en zone de montagne -, les trois propriétaires de ce domaine de 8 ha se sont inspirés de méthodes plus pragmatiques pratiquées en Suisse, en Italie et dans le nord de la Vallée du Rhône, à savoir le treuil mobile qui se déplace horizontalement en haut du coteau et qui aide le laboureur à remonter chaque rang en tirant sa charrue. Résultats : c’est plus rapide, moins épuisant, moins cher, moins compliqué, plus efficace ! Quitte à se débarrasser des murettes qui font le charme des anciennes vignes. Et que dire encore de ce vigneron génial du Mâconnais, Marc Guillemot, véritable touche-à-tout qui n’hésite pas à faire des pieds et des mains pour retrouver les données techniques d’un vieux tracteur récupéré dans une vente ? Ben oui, un vieux tracteur sauvé de la casse c’est toujours utile par les temps qui courent. Et le gars ne s’arrête pas là : système de récupération de l’eau de pluie pour ses préparations en biodynamie, distillerie, jardinage, rien ne lui échappe !

Pour finir, on peut mettre bien des choses positives sur le compte du pragmatisme. Ainsi, il est de notoriété publique que dans mon devoir d’informer, je soutiens becs et ongles les initiatives locales, très souvent bénévoles, destinées à rassembler du monde autour du vin. Bien loin de ces déjeuners de presse huppés ou ces dégustations mondaines organisées à grands frais dans un hôtel de luxe de Londres, Milan ou Paris, bien éloigné aussi des coûts démentiels soulevés par de vastes campagnes de pub, il n’y a rien de tel que l’union entre vignerons d’un même courant, d’une même appellation, dans un projet festif et promotionnel destiné à rehausser le moral des troupes tout en attirant les amateurs, les vrais, c’est-à-dire ceux qui achètent du vin plutôt que ceux qui goûtent du bout de la langue en se plaignant sans cesse de ne pas être traité comme des stars.

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Un parfait et très inattendu exemple de cette unité pour la cause commune m’en a encore été donné l’autre jour par l’équipe du Minervois. Cela se passait sur les bords du Canal du Midi, à Homps plus précisément, là où s’arrêtent de nombreux adeptes du tourisme fluvial, à deux pas de la Maison des Vins du Minervois où l’on trouve de réelles pépites à prix départ propriété. En cette période de chaleur intense qui a marqué le début du mois de Septembre, il y avait foule pour participer, sur deux jours, à la seconde édition de Tastes en Minervois. Plus de quatre vingt vignerons, la plupart en vendanges ou en passe de l’être, avaient accepté de donner de leur temps, de se mélanger grands ou petits confondus et de jouer la règle du jeu qu’ils ont eux même élaborée qui consistait à présenter et faire déguster une cuvée (seulement) de leur choix à un public payant venu là en famille ou en bande d’amis.

Une organisation du tonnerre (parkings balisés, sanitaires, espace pour « pitchounets », orchestres, animations, température des vins) mobilisée pour recevoir environ 7.000 visiteurs, dont beaucoup d’étrangers, venus goûter les mini plats concoctés selon des thèmes précis par quatre chefs émérites qui, eux aussi, ont fait un boulot remarquable. Ce moment festif était bien entendu payant (15 €) avec les vins « à discrétion » comme on disait jadis, et il faut souligner que les vignerons présents n’étaient pas là pour vendre, mais plus pour partager l’événement et communiquer le plus possible sur leur métier. Le but final étant de montrer qu’une appellation aussi vaste et variée que celle du Minervois pouvait se rassembler, faire corps et donner l’image d’une réelle unité, l’image d’une appellation dans l’action.

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Vous en conclurez peut-être sournoisement que je me suis laissé embarquer par je ne sais quel enthousiasme à propos d’un communiqué de presse bien rédigé et vous aurez grand tort. Peut-être aussi trouverez-vous que je suis d’une naïveté décidément déconcertante, voire incorrigible. Pourtant, je ne puis m’empêcher de constater que pour exister dans la masse (j’allais écrire la nasse !) du Languedoc viticole ou d’une autre région, il faut non seulement se distinguer, aller vers le public, festoyer avec les amateurs et montrer cet aspect positif, enthousiaste, inventif, jeune et moderne du vin, sans pour autant faire dans le blingbling. Le Languedoc le fait en précurseur depuis longtemps avec ses randonnées dégustations inspirées par Slow Food dans différents terroirs qui rencontrent chaque été un succès franc et massif. Pour en arriver là, vous pouvez me croire, surtout dans un monde qui noircit tout, il faut une bonne dose de pragmatisme. Et d’optimisme  !

Michel Smith


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Le Chablisien à nouveau sinistré par la grêle ce vendredi

Les communes de Courgis, Préhy et Chichée, au sud de l’appellation Chablis, ainsi que celles de Saint-Bris-le-Vineux et d’Irancy, ont été dévastées par la grêle ce vendredi.

Une bien mauvaise année, puisque le 13 mai, déjà, c’était la zone nord de ce même vignoble qui était touchée par la grêle; et en avril, par le gel. Au total, ce sont plus de 1000ha qui ne produiront pas, ou très peu, en 2016.

160527 Préhy, Chablis

Le président de l’appellation Chablis, Frédéric Gueguen, lui-même fortement touché, déclare sur France 3 Bourgogne:  « On fait un beau métier, mais c’est un métier qui fait souffrir; les pertes tournent aux alentours de 400 000 euros, sur 500 000 euros de chiffre d’affaires par an. »

Et lance un appel: « Je demande à l’Etat de geler l’ensemble des cotisations sociales qui pèsent sur nos exploitations afin de préserver nos emplois. Je demande aussi à ce que nos impôts soient prorogés, pourquoi pas gelés. On va payer nos impôts sur des bilans positifs alors qu’on n’aura aucune trésorerie devant nous ».

Tous nos encouragements aux valeureux vignerons du Chablisien!

Hervé Lalau

 


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Soutien moral aux vignerons grêlés

vignes à Bordeaux

Vignes dans l’Entre-deux-Mers, à Bordeaux, après l’orage de grêle du 2 août. 

Il me semble difficile de passer sous silence les orages de grêle de cet été, et surtout leurs effets souvent catastrophiques sur la vie des vignerons qui se trouvent frappés par ces accidents de la nature. On imagine bien les sensations éprouvées par un propriétaire/vigneron à constater (avec un sentiment de totale impuissance et d’entière désolation) la perte d’une bonne partie, voire de la totalité, de sa récolte de l’année. Et, plus loin, la baisse de rendement subie pour l’année suivante, provoquée par des blessures aux pieds de vigne. Puis de commencer à calculer, avec effroi, comment on va s’en sortir pour payer les traites des dernières cuves installées, ou des barriques achetées, ou du tracteur juste livré. J’avais déjà parlé dans ces colonnes de la mésaventure de ce type survenu à Raimond de Villeneuve (Château de Roquefort, à Roquefort-le-Bédoule) en juillet 2012, et du formidable élan de solidarité qui s’est organisé par la suite afin de lui fournir matière à vinifier. Mais l’ampleur des orages de 2013, et leur dispersion géographique, semble bien au-delà des possibilités de telles initiatives si louables.

D’après ce que je sais, les régions les plus touchés à présent cette année sont le Val de Loire (Vouvray et Montlouis, en juin), le secteur de la Côte de Beaune, en Bourgogne, et la bande Entre-deux-Mers / Castillon du bordelais. J’espère que cette liste se terminera là !

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Les vignes de Pommard et Volnay en juillet 2013 ! On se croirait en hiver.

Que faire devant de telles situations, qui peuvent rapidement entrainer faillites et autres catastrophes ? J’ai appris que seulement 100,000 hectares su vignoble français (sur un total de 800,000) sont assurés. Un responsable estime qu’il faudrait rendre une telle assurance obligatoire afin de mieux «  »mutualiser » le risque. J’avoue mon incompétence pour juger de la viabilité d’une telle solution, mais pourquoi pas ?

Evidemment la culture de la vigne est une activité agricole, et donc les aléas climatiques font partie des règles du jeu et des risques connues. Mais je ne peux pas m’empêcher de ressentir de la compassion et d’apporter une (risible ?) dose de soutien morale à tous ces vignerons touchés par la grêle, de quelque appellation que ce soit. Dans une situation pareil, perdre le fruit du travail d’une année (ou de plusieurs) en quelques minutes par la faute à pas-de-chance est terrible, que vous produisez du Pommard Premier Cru ou du Bordeaux dite « de base ». En tout cas, toutes les petites querelles de clocher semblent bien ridicules face à de tels évènements.

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Vignes en Bourgogne après la grêle de cet été

Peut-on tirer des conclusions de ces épisodes ? Je ne suis pas climatologue et j’ai parfois l’impression qu’il y a autant d’avis que d’experts sur ces sujets. Certains disent que ces manifestations violentes sont un des résultats du réchauffement de la planète. D’autres que ce ne sont que des phénomènes imprévisibles, certes, mais inévitables et cycliques de toute façon. Je n’en sais rien mais je plains du fond du coeur le vigneron chez qui de telles misères arrivent.

David


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Grêle: même pas grave, les grands crus sont épargnés

Le « chapeau » d’une dépêche AFP datée du 8 août dernier a attiré mon attention.

« Les petites appellations bordelaises de l’Entre-deux-Mers ont été durement touchées par la grêle des derniers jours, comme certaines parcelles de Vouvray, du Beaujolais, ou même de Bourgogne, mais la grêle a épargné les grands Bordeaux et le Champagne. »

Rien de grave, en somme. Les collectionneurs, les investisseurs et les snobs n’ont rien à craindre…

A part ça, toute ma sympathie aux vignerons des « petites » régions, qui sont aussi grands que les autres.

Tiens, Château Fontenille, en Entre-Deux-Mers, vous connaissez? C’est souvent meilleur que pas mal de classés.

Hervé

Ps. Dans la nuit du 4 août 1789, la Révolution française a aboli les privilèges de la naissance. Sauf dans le vin, apparemment.


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Le vignoble français après la grêle

Sur les ondes de RFI, notre amie Agnieszka Kumor a consacré une émission au  vignoble français sinistré par la grêle.

Voici le lien vers l’article correspondant: http://www.rfi.fr/france/20130815-etat-vignoble-francais-sinistre-grele-vin