Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Où l’on reparle d’Alexandre Bain

Alexandre Bain, dont nous vous parlions il y a quelques semaines, a eu les honneurs du 13h15 de France 2, au cours d’un reportage diffusé ce samedi.

Une émission que France Info résume en ces termes:

« Alexandre Bain est vigneron à Tracy-sur-Loire, dans la Nièvre. Il revendique la différence de ses vins naturels, quitte à déplaire aux instances de contrôle viticole habituées au tout-chimique. Cela fait dix ans qu’il fait du pouilly-fumé, mais en 2015, on lui a retiré le droit de l’indiquer. Il a ainsi perdu son appellation alors qu’il ne pollue pas !

Le magazine « 13h15 le samedi » (Facebook, Twitter, #13h15) est allé à la rencontre de ce viticulteur qui travaille ses vignes en fonction de la position des planètes pour influencer leur croissance. Et sans désherbants, produits synthétiques ou autres sulfites ajoutés. Chaque parcelle a son identité, sa propre expression du terroir. Pourtant, les dirigeants du syndicat viticole sont intransigeants : ils ne veulent pas de ce type de vin !

Prendre le parti du vivant et de l’environnement

Les récoltes d’Alexandre, vinifiées naturellement et certifiées en biodynamie, sont aujourd’hui reconnues dans le monde entier. Et grâce au « bon sens agricole », ses bouteilles se retrouvent à la table du Noma au Danemark, plusieurs fois élu « meilleur restaurant du monde ». Quand certains font le choix de l’argent en utilisant des pesticides, d’autres prennent au contraire le parti du vivant et de l’environnement.

Edouard Bergeon, Nicolas Ducrot, Frédéric Capron et Nicolas Berthelot ont suivi son combat et celui de sa femme Caroline, de son lieu-dit Boisfleury jusqu’à New York, où la famille vient présenter ses nouvelles bouteilles au salon international des vins naturels. Une belle revanche sur tous ces vignerons « pros de la chimie » qui lui mettent des bâtons dans les roues… »

J’ai mal à ma déontologie devant tant de parti pris. Certes, une équipe de journalistes peut avoir une certaine empathie pour un vigneron et ses méthodes; mais de là à les présenter comme les seules acceptables, il y a une marge.

J’aurais également aimé que le service public (France2 ou France Info) rappelle aux auditeurs que l’exclusion de M. Bain de l’AOC (cassée depuis par le tribunal du Dijon, en attendant l’appel de l’INAO) n’avait rien à voir avec ses décoctions de plantes, ni son cheval, ni avec ses convictions philosophiques, tout à fait respectables au demeurant, ni même avec la prétendue intransigeance du syndicat viticole, mais faisait suite à un refus de son échantillon lors d’une dégustation d’habilitation (motivé par un défaut d’oxydation), puis à plusieurs rendez-vous de contrôle manqués.

Hervé Lalau


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Bain vs Inao, complément de réflexion

Je reviens sur mon billet publié ce mercredi dernier, au sujet de l’affaire Alexandre Bain, parce qu’il me semble avoir oublié un point important.

J’ai du mal à comprendre la stratégie de défense de l’avocat de l’INAO, M. Pinet, dans cette affaire. D’après lui, « ce n’est pas la qualité du vin dont il est question ».

Pourtant, un vin de M. Bain a bel et bien été refusé lors de la dégustation dite « d’habilitation », la commission l’ayant trouvé oxydé. C’est ce qui a valu à M. Bain de devoir subir le contrôle complémentaire auquel il n’a pu se soumettre. Et par voie de conséquence, son exclusion de l’AOC.
De deux choses l’une: ou bien on considère qu’il s’agissait d’un défaut technique (qui devrait bel et bien être éliminatoire, et qui demande vérification avec une autre bouteille du même lot); ou bien l’on considère qu’il s’agissait d’une déviation (ce qui se discute). Dans l’un ou l’autre cas, on parle bien de la qualité du vin. Qualité au sens absolu (absence de défaut) ou relatif (identité liées à l’origine).
Et l’INAO étant lui même l’Institut de l’Origine et de la Qualité, je ne vois pas pourquoi il se prive de cet argument. Peut-être l’utilisera-t-il en appel?

Hervé Lalau


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Bain vs INAO

Alexandre Bain
Alexandre Bain (Photo (c) Jim Budd)

Je n’ai pas le plaisir de connaître Alexandre Bain, vigneron de Tracy, ni ses vins. Et peut-être que c’est mieux ainsi, si je veux tenter d’émettre un avis impartial.

D’après Corinne Caillaud, du Figaro, qui semble bien le connaître, bien qu’elle traite rarement de vin, il s’agit d’un bon vigneron. Il appartient à la mouvance nature, et selon ses propres termes « il cherche une autre voie ». C’est, je cite toujours, « un homme dont la passion est de réaliser un pur vin de terroir ».
Rien de mal à cela, mais pas non plus de quoi lui valoir une notoriété nationale, ni les honneurs de la rubrique économie/entreprise du Figaro; sauf qu’en septembre 2015, M. Bain s’est vu retirer l’appellation Pouilly-Fumé pour ne pas s’être soumis à un contrôle obligatoire.
Un peu moins de deux ans plus tard, le tribunal administratif de Dijon a jugé que la sanction était abusive, car disproportionnée, et vient donc de lui rendre l’appellation. Et avec elle, selon les termes de ma consœur, « sa fierté ».

Dont acte. La dignité de M. Bain et ses choix en matière culturale n’ont d’ailleurs jamais été mis en cause. Pour tout dire, je ne vois même pas ce qu’ils viennent faire dans un article censé faire la lumière sur une décision de justice. Les déclarations de M. Bain ne m’y aident pas vraiment non plus: « J’espère avoir ouvert une voie, parce qu’une autre viticulture est possible », souligne-t-il. Parle-t-il d’une viticulture sans intrants? Ou d’une viticulture sans contrôles?

Joker

Moi qui ne suis a priori ni pour ni contre le naturisme, la biodynamie, le bio, ou toute autre forme de conduite de la vigne, et qui ai plutôt tendance à me ranger du côté du vigneron sincère que de la machine administrative et des règlements superflus, je reste sur ma faim. Quel était donc l’objet du contrôle? Pourquoi M. Bain n’a-t-il pas pu s’y soumettre? Enfin, et surtout, quel sens faut-il donner à la décision du tribunal?
Si elle fait jurisprudence, quels seront donc à présent les moyens de contrôle d’une appellation sur les vignerons qui s’en réclament?
À quels contrôles peut-on se soustraire? À quels contrôles ne peut-on pas se soustraire? Et à quelle fréquence?
Si la perte de l’AOC est une sanction disproportionnée en cas d’impossibilité de contrôle, quelle sanction plus proportionnée peut-elle être appliquée, tout en défendant les intérêts du consommateur censé faire confiance à la mention?
Question subsidiaire, qui me semble découler du joli story telling de ma consœur du Figaro, les vignerons « qui cherchent une autre voie » devraient-ils bénéficier ils d’un joker face aux contrôles, au motif qu’ils seraient plus sympathiques, plus tendance ou parce qu’ils vendent bien leurs vins?
L’avocat de M. Bain, Maître Éric Morain, semble bien argumenter en ce sens: pour lui, « il est temps d’ouvrir le chantier des réformes des contrôles et la reconnaissance des pratiques de vinification naturelle». J’ai du mal à comprendre: si la vinification est naturelle, quel problème il y a-t-il à la contrôler?

Obligation de moyens, ou de résultat?

À défaut de mettre les points sur tous ces i-là, je crains fort que le message ne soit brouillé, chez les vignerons en appellation. Rappelons que jusqu’à présent, ces vignerons choisissent volontairement de revendiquer une mention et de se soumettre à ses contraintes. Il s’agit d’un patrimoine partagé.
Il convient d’être plus précis. Essayons donc de mettre de côté tout affect pour ne retenir que les faits. Une des cuvées de M. Bain a bel et bien fait l’objet d’un contrôle d’agrément (ou plutôt, comme il faut dire depuis 2008, d’habilitation). Dommage que ce ne soit pas précisé dans l’article du Figaro. Elle a été refusée au motif qu’elle était oxydée. Un défaut que M. Bain a contesté. Pour lui, « c’est une affaire de goût ». Dans ce cas, un recours est possible et une deuxième dégustation doit avoir lieu. Plusieurs rendez-vous pour ce faire ont été annulés entre mars et septembre 2015, dont un, en raison des vendanges. Cependant, M. Bain nie s’être soustrait aux contrôles; et déclare avoir fait appel de sa rétrogradation « pour une question de principe » (car ses vins, même sans appellation, ont apparemment continué à bien se vendre).
Il y a cependant une autre question de principe, pour moi: au fond, M. Bain reconnaît-il à ses pairs le droit de juger ses vins?
Il faudrait à présent ouvrir un deuxième procès: celui de la typicité. A quel point peut-on s’écarter du type moyen d’une appellation sans la perdre? Et que faut-il faire d’un vin qui respecterait l’obligation de moyens (le cahier des charges), mais qui présenterait un défaut à l’arrivée, ou au moins une déviance par rapport au type supposé de l’appellation, lors de la dégustation d’agrément (pardon, d’habilitation)? Même si dans sa décision, le Tribunal administratif de Dijon ne s’est pas attaché à la qualité du produit, mais s’est plutôt intéressé au déséquilibre qu’il pouvait y avoir entre la faute de M. Bain, jugée peu grave, et sa sanction, cette décision a tout de même pour effet qu’un Pouilly-Fumé jugé oxydé par la commission d’agrément retrouve sa place dans l’appellation. Ce qui n’est pas tout à fait anodin.
On pourrait bien sûr supprimer les dégustations d’habilitation. Ce serait le plus simple. D’autant que le pourcentage de refus est assez faible. Mais les AOC y perdraient sans doute en cohésion (ne parlons pas de crédibilité, elle varie trop d’une appellation à l’autre).
Une autre piste serait d’en dispenser les vins nature, moyennant un avertissement au consommateur, du genre: « Ce vin nature peut présenter de sensibles différences par rapport au type de son appellation ».
Le seul hic – très justement soulevé par l’avocat de M. Bain: les pratiques de la vinification dite naturelle ne sont pas reconnues légalement. Le mot même de nature ou de naturel prête à confusion; pensons aux Vins Doux Naturels (pourtant bien soufrés); et plus globalement, à tous les producteurs honnêtes qui soufrent leurs vins, mais qui n’auraient pas trop envie que le législateur réserve le mot  « nature » aux vins sans soufre.
Cette affaire nous promet de jolis développements.

Hervé Lalau


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Affaire Blot/Chidaine: have Vouvray and the INAO exceeded their legal powers?

François Chidaine and Jacky Blot with their 2013 Vouvrays

Barring the vinification of Vouvray in Montlouis

Is the ban on Jacky Blot and François Chidaine vinifying their Vouvray in the commune of Montlouis on a sound legal basis?  

 A brief resumé of the current position:
Vouvray’s appellation rules were changed in October 2009 to ensure that all still wines bearing the Vouvray appellation are made within the Vouvray AC. The only exception is Nazelles-Négron, a neighbouring commune just outside the eastern limit of the appellation.

Montlouis producers were allowed to make wine under the Vouvray name until after the 2013 vintage. 

Jacky Blot, of Domaine de la Taille aux Loups and who has five hectares of Vouvray vines, has been making his Vouvray in Montlouis since 1998. In October 1999, The INAO formally granted permission to do so, with no time limit given. 

François Chidaine, with 10 hectares of Vouvray, bought the famous Clos Baudoin in the centre of Vouvray in 2001. Having built a modern winery in Montlouis Chidaine also started in 2013 to make his Vouvray in Montlouis as the facilities at the Clos Baudoin are antiquated.

Blot and Chidaine were inspected by the INAO in January 2015 and told that their 2014 harvest could not be called ‘Vouvray’ as it had been made in Montlouis. Blot will be selling his ‘Vouvrays’ as Vin de France at up to 24 euros a bottle.

‘We were not consulted or informed about the proposed ban on vinifying Vouvray in Montlouis,’ said Blot and Chidaine.

 ••

Last Wednesday I interviewed Jacky Blot and François Chidaine about their recent ban – from the 2014 vintage – on vinifying their grapes from their Vouvray vineyards. Later that day I had a phone interview with Philippe Brisebarre, president of the regional committee of the INAO. Philippe was the president of the Syndicat des Vignerons de l’Aire d’Appellation Vouvray when the Vouvray rules were changed in 2009 to exclude the possibility of vinifying still Vouvray in the commune of Montlouis. Since 1974 the making sparkling Vouvray outside AC Vouvray has been banned.

Both Jacky Blot and François Chidaine were adamant that they had neither been consulted nor informed about the change to the Vouvray rules barring the vinification of their Vouvrays in the commune of Montlouis. They both cite the success of the Vouvrays on having provoked the Syndicat to restrict the vinification of still Vouvray to the aire of AC Vouvray with part of Nazelles-Négron the sole exception outside the zone. 

During my meeting with Blot and Chidaine it emerged that Blot had been given permission in September 1999 by the INAO to vinfiy his Vouvray in the commune of Montlouis. The INAO placed no time restriction on this dérogation. See the correspondence here.  

Both Jacky Blot and François Chidaine hope that a solution can be found. However, while Blot will be selling his 2014 ‘Vouvray’ labelled Vin de France (see below), Chidaine is waiting for September in the hope that he may legally be able to label his wines as Vouvray.    

La Taille aux Loups 2014 Bretonnière Vin de France (aka Vouvray)

La Taille aux Loups 2014 Venise Vin de France (aka Vouvray)

Philippe Brisebarre
In contrast Philippe Brisebarre held out no possibility of there being a solution:  

‘I have nothing against Blot and Chidaine,’ Philippe told me. « However, our hands are tied by the EU law. Even if we wanted to change the law we can’t. I have spent six months trying to find a solution. »

Brisebarre explained that EU law allowed places outside an appellation’s zone where these wines had been vinified prior to 1970 could continue to do so but this wasn’t possible if there was no tradition of this before 1970. Vouvray could be vinified in Nazelles-Négron because Vouvray had been vinified in part of this commune prior to 1970. This wasn’t the case for the commune of Montlouis.

Philippe explained that the famous appeal against the very restrictive Pomerol appellation had succeeded because of this 1970 rule. He pointed out that the décret of Saint-Nicolas-de-Bourgueil does not allow Saint-Nicolas to be vinified in Chinon.

I asked Philippe about the commune of Montlouis being close to AC Vouvray since the distance from both Blot’s and Chidaine’s vineyards to their wineries in the hamlet of Husseau, part of coomune of Montlouis, was less than that from the western extremity  of AC Vouvray and the commune of Nazelles-Négron. « We don’t measure the distance, » he explained. « The Loire (which separates the two communes) is a barrier. »

Philippe also insisted that in 2007 he had discussed with François Chidaine the intended change to the appellation rules. At the time Chidaine vinified his Vouvray at the Clos Baudoin within the commune of Vouvray, so the change wouldn’t have affected him. It was only in 2013 that once François had built his new winery that he started vinifying his Vouvray within the commune of Montlouis. François assumed that the 1999 permission granted to Jacky Blot to vinify Vouvray in the commune of Montlouis would also apply to him and to others within the commune.

Chidaine cannot remember having had this discussion with Brisebarre.

 •

Although I am no lawyer and may well be looking at the wrong legisation, it is far from clear that the hands of the Vouvray Syndicat and the INAO are as tied as Philippe Brisebarre says.

Firstly there is the unlimited permission that the INAO granted Jacky Blot on 9th September 1999 to vinify his Vouvay in the commune of Montlouis.

Secondly the Reglement (CE) n o 607/2009 de la Commission du 14 juillet 2009 allows the possibility of vinfying an appellation’s wines in an immediately adjacent zone (à proximité immediate de la zone délimitée concernée) or in the same administrative zone or a neighbouring one (dans une zone située dans la même unité administrative ou dans une unité administrative voisine, conformément aux régles nationales). 

The pre-1970 rule cited by Philippe Brisebarre appears only to apply if the area is outside the immediate vicinity:

En outre, les États membres peuvent permettre, par des autorisations individuelles et sous réserve d’un contrôle approprié, qu’un v.q.p.r.d . soit obtenu en transformant des raisins en moût et du moût en vin, ainsi qu’en élaborant ce vin, même en dehors d’une aire à proximité immédiate de la région déterminée en question : 

a ) lorsqu’il s’agit d’une pratique traditionnelle, si cette pratique :

– était en usage avant le 1er septembre 1970, ou, en ce qui concerne les États membres ayant adhéré à la Communauté après cette date, avant la date de prise d’effet de leur adhésion,

– n’a pas été interrompue depuis ces dates,’

See here.   

So a key question is whether Montlouis is in the same administrative area as Vouvray or in a neighbouring one (à la même unité administrative ou dans une unité administrative voisine) or is the Loire a barrier as Brisebarre maintains. If it is ‘une unité administrative voisine’ (adjoining) then the before September 1970 usage rule does not apply.  

Montlouis and Vouvray are clearly individual communes and in different cantons (the grouping of several communes). However, looking at the geographical boundaries* of the communes of Montlouis, Vouvray and the adjacent commune of Vernou-sur-Brenne indicates that there is a very good case for classifying them as immediate neighbours and that the Loire is not the barrier that Brisebarre relies upon for justifying the exclusion of the commune of Montlouis.


 The commune of Vouvray – shaded area
(source the Mairie de Vouvray)

Detail of the southern part of the commune of Vouvray

NB Vouvray includes a small part of the south bank of the Loire 

by the Pont Charles de Gaulle built in 1993.

Commune of Montlouis (shaded) borders the communes 

of Vouvray and Vernou even sharing a land border by the 

Pont Charles de Gaule where Vouvray encroaches 

on the south side of the Loire and 

also further east where Montlouis meets Vernou 

appearing to just touch the north bank of the Loire 

Montlouis and Vouvray also share an island in the middle of the river

 The commune of Vernou-sur-Brenne, which shares a boundary 

with Montlouis even like Vouvray claiming a small part of the south bank 

of the Loire.

Montlouis and Vernou also share an island in the middle of the river    

These maps showing the limits of the three communes – Montlouis, Vouvray and Vernou – indicate that rather than the Loire being a barrier the river ensures that the boundaries of the three communes are closely linked. It would surely be a considerable legal challenge to attempt to prove that the commune of Montlouis is not a neighbouring administrative unit (une unité administrative voisine) of Vouvray.

Brisbarre’s example of Saint-Nicolas-de-Bourgueil not allowing their wines to be made in Chinon is a false analogy as the Chinon does not adjoin Saint-Nicolas-de-Bourgueil unlike Montlouis which adjoins Vouvray. Producers are permitted, however, to vinify Saint-Nicolas in the following nearby communes on the south bank of the Loire: Avoine, Beaumont-en-Véron and Savigny-en-Véron.  

If commune of Montlouis is indeed an administrative neighbour of the Vouvray, it would appear that EU law relating to traditional usage pre-1970 does not apply, so the Vouvray rules did not need to be changed to comply with EU regulations in 2009 and that a dérogation to allow Vouvray to be vinify within the commune of Montlouis could be granted if the Syndicat des producteurs de Vouvray/INAO wish, especially as this would conform with the INAO’s favourable decision of September 1999. 

Would, I wonder, France’s Conseil d’Etat find that Vouvray’s change of the regulations in respect of the commune of Montlouis-sur-Loire in their décret of 15th October 2009 to be necessary, proportional and suitable to protect the reputation of the Vouvray appellation?  

Reglement (CE) n o 607/2009 de la Commission du 14 juillet 2009
5) La limitation à une zone géographique donnée du conditionnement d’un produit vitivinicole bénéficiant d’une appellation d’origine ou d’une indication géographique, ou des opérations liées à sa présentation, constitue une restriction de la libre circulation des marchandises et de la libre prestation de services. À la lumière de la jurisprudence de la Cour de justice, de telles restrictions ne peuvent être imposées que si elles sont nécessaires, proportionnées et de nature à protéger la réputation de l’appellation d’origine ou de l’indication géographique. Toute restriction doit être dûment justifiée au regard de la libre circulation des marchandises et de la libre prestation de services.

Appendices:
Reglement (CE) n o 607/2009 de la Commission du 14 juillet 2009
5) La limitation à une zone géographique donnée du conditionnement d’un produit vitivinicole bénéficiant d’une appellation d’origine ou d’une indication géographique, ou des opérations liées à sa présentation, constitue une restriction de la libre circulation des marchandises et de la libre prestation de services. À la lumière de la jurisprudence de la Cour de justice, de telles restrictions ne peuvent être imposées que si elles sont nécessaires, proportionnées et de nature à protéger la réputation de l’appellation d’origine ou de l’indication géographique. Toute restriction doit être dûment justifiée au regard de la libre circulation des marchandises et de la libre prestation de services.

Article 6
Production dans la zone géographique délimitée

Par dérogation aux dispositions fixées (voir etc.) et sous rèserve que le cahier des charges le prévote, un produit d’une appellation d’origine protégée (AOP) ou d’une indication géographique protégée peut être transforme en vin

a) dans une zone à proximité immediate de la zone délimitée concernée, ou

b) dans une zone située dans la même unité administrative ou dans une unité administrative voisine, conformément aux régles nationales, ou

http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/ALL/?uri=CELEX:32009R0607

From http://www.lavigne-mag.fr
(which appears to suggest that the dérogation given by the INAO in 1999 to Jacky Blot should continue, although of course this is a magazine article and not a décret.)
Toutes les nouvelles demandes de dérogation devraient donc s’appuyer dans le futur sur ce nouveau cadre collectif. Pour les dérogations individuelles légalement enregistrées dans le passé – il s’agit de quelques dizaines -, elles seront définitivement accordées, même si le lieu de vinification se trouve en dehors de l’API nouvellement définie, et ce à plusieurs conditions. ‘ Lorsque la pratique était en usage avant septembre 1970, qu’elle n’a pas été interrompue depuis et qu’elle porte sur des quantités qui, depuis lors, n’ont pas augmenté, auprès du transformateur en question, plus que celles correspondant à l’évolution générale du marché ‘, stipule le règlement européen de 1999.
(http://www.lavigne-mag.fr/archive/article/resserrer-les-regles-d-octroi-VI1242115108.html

EU rules regarding proximity

RÈGLEMENT (CE) N o 607/2009 DE LA COMMISSION du 14 juillet 2009
3 . Par dérogation au paragraphe 1 deuxième tiret, un v.q.p.r.d . peut être obtenu ou élaboré dans une aire à proximité immédiate de la région déterminée en question lorsque l’État membre concerné l’a prévu par autorisation expresse et sous certaines conditions .

En outre, les États membres peuvent permettre, par des autorisations individuelles et sous réserve d’un contrôle approprié, qu’un v.q.p.r.d . soit obtenu en transformant des raisins en moût et du moût en vin, ainsi qu’en élaborant ce vin, même en dehors d’une aire à proximité immédiate de la région déterminée en question : 

a ) lorsqu’il s’agit d’une pratique traditionnelle, si cette pratique :

– était en usage avant le 1er septembre 1970, ou, en ce qui concerne les États membres ayant adhéré à la Communauté après cette date, avant la date de prise d’effet de leur adhésion,

– n’a pas été interrompue depuis ces dates,

et

– porte sur des quantités qui, depuis lors, n’ont pas augmenté, auprès du transformateur en question, plus que celles correspondant à l’évolution générale du marché;

b ) dans les autres cas et s’il s’agit d’une pratique en usage avant le 1er septembre 1989, pendant une période transitoire qui se termine au plus tard le 31 août 1992 . 

http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/ALL/?uri=CELEX:32009R0607


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80 ans d’INAO

Hasard du calendrier, aujourd’hui, jour de ma chronique hebdomadaire, c’est mon anniversaire.

Plus important, sans doute, cette année, l’INAO fête ses 80 ans (moi, pas encore).

Née en 1935 sous le nom d’Institut National des Appellations d’Origine, la vieille dame a subi un lifting en profondeur, au début des années 2000, devenant officiellement Institut National de l’Origine et de la Qualité. 

Voila deux notions qui, pour n’être pas forcément contradictoires, ne sont pas forcément synonymes non plus.

Inao_logo

« Etre né quelque part », comme dirait Maxime, c’est une sorte de qualité; au sens de caractéristique. On le demandait naguère dans les administrations: « Veuillez décliner vos noms et qualités ». Ca ne voulait pas dire que vous alliez répondre: « Aimable », « Tolérant » ou « Vertueux ». Non, ça voulait dire: « Employée des Postes », « Majordome », « Capitaine de Dragons », « Rentier »… ou « Journaliste ».

En ce sens, on peut donc dire d’un vin d’AOP Bandol qu’il a pour qualité de venir de Bandol. Là où ça peut devenir gênant, c’est si quiconque l’entend comme une mention comparative: « il est d’AOC, donc, il est meilleur ».

Cet amalgame est des plus courants.

Quoi qu’il en soit, l’INAO va fêter cet anniversaire en beauté, le jeudi 16 avril 2015, en Avignon, en présence du ministre de l’agriculture, avec un colloque intitulé, justement, «les signes officiels d’origine et de qualité: un atout pour l’agriculture de demain».

On y débattra « sur la manière dont les signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine (SIQO) peuvent être des outils stratégiques pour appréhender les enjeux présents et à venir du monde rural ». Notez que l’on dépasse largement les enjeux de la filière vin. C’est que l’INAO s’occupe aujourd’hui de tous les IGP et de toutes les AOP de France, quelles que soient leur secteur.

En attendant de régler les les problèmes de l’agriculture de demain, j’ai envie de faire un petit flash back.

Je pense que s’ils avaient voulu l’appeler Appellation de Qualité Contrôlée, les pères de l’AOC l’auraient fait.

S’ils ne l’ont pas fait, je crois, c’est qu’ils savaient que l’origine peut s’objectiver; par une aire, une limite, des conditions d’élaboration (plus ou moins bien choisies, d’ailleurs); alors que la qualité (au sens de supériorité qualitative), elle, est totalement, irrémédiablement subjective.

Signe de qualité?

Ce qui est drôle, c’est que les défunts VDQS, censés représenter une catégorie inférieure à l’AOC, une sorte d’antichambre à l’obtention de la mention suprême, étaient dits « de qualité supérieure »…
Mais tout est sujet à interprétation, dans ces sigles: car l’AOC, jusque 2008, ce n’était que le nom français du Vin de Qualité Produit dans une Région Déterminée, au plan européen. Et les VQPRD englobaient aussi les VDQS.

Aujourd’hui, les AOP ont théoriquement succédé aux AOC, de même que les IGP ont remplacé les Vins de Pays; on verra, j’espère, se généraliser ces nouvelles mentions sur les étiquettes plus vite que les nouveaux francs ont remplacé les anciens! Car décidément, La France est le pays des révolutions… et du conservatisme.

Quoi qu’il en soit, la qualité ne se décrète pas; elle se contrôle, éventuellement. Et surtout, elle se renforce quand on se donne la peine de trier le bon grain de l’ivraie. La plupart des AOC sont trop vastes, trop laxistes, elles sont comme diluées par leur nombre et la quantité de vin produite.

J’aime le concept, pourtant, car il peut permettre la transmission d’un héritage. Je voudrais donc lui voir un avenir; mais il faudrait l’élaguer, en revenir à des dimensions gérables et crédibles.

L’idée même que 1000 vignerons puissent partager le même trésor patrimonial, l’AOC Bordeaux, ou Corbières, ou Côtes du Rhône, ou Muscadet, peu importe, et puissent lui rendre un hommage unanime, au moyen de vins qui seraient de qualité homogène, cela me semble tellement irréaliste, et tellement peu dans l’esprit français…

Le doigt, la forêt, la lune…

D’un autre côté, la forêt ne doit pas cacher le doigt de celui qui regarde la lune, ni les trains qui parfois, arrivent à l’heure (je vous fais une promo sur les allégories).

Je ne crois pas qu’il faille jeter les AOC avec l’eau du vin sous prétexte qu’une bonne partie d’entre elles ne veulent rien dire, ou que même au sein des meilleures, on trouve des margoulins ou des médiocres juste bons à se laisser traîner par les locomotives de leur cru.

Enoncée comme cela, ma « défense » paraît accabler un peu plus encore les AOC. Pourtant, je ne nie pas les apports de l’INAO – demandons-nous un peu ce que serait notre vignoble si seules les marques régnaient dans la viticulture française. Mais je suis aussi conscient des dérives du système, même appliqué à la lettre. Un seul exemple: les limites de rendement. Qu’est-ce qui empêche un vigneron de produire la totalité de sa récolte sur une petite partie de son domaine? Et pourquoi toutes les affaires de fraudes récentes aux AOP qui sont arrivées aux oreilles du public ont-elles été dénoncées par d’anciens collaborateurs des firmes incriminées?

Plus important, sans doute, il y a ce que j’appellerai la trahison des idéaux de départ: ainsi, quand une bonne partie des AOC du Languedoc et du Roussillon ont opté pour la syrah et négligent leurs vieux carignans, elles renient leur histoire, les usages constants et loyaux que l’AOC était censée pérenniser.

A propos de cette syrahtisation, les experts ont parlé de cépage améliorateur; est-ce à dire qu’un cru historique du Languedoc comme Saint Christol, qui a porté les couleurs de la région sur les grandes tables d’Europe, du Moyen-Age jusqu’à la révolution industrielle, avec son terret, son aspiran, puis son mourvèdre, n’était pas un vin de qualité?

Un droit acquis?

En résumé, je pense que le « système » souffre dans ses fondements comme dans sa crédibilité.

Je crois qu’il faut le réformer. Le re-former, lui redonner du contenu. Ce n’est pas à l’Etat de le faire, mais aux vignerons eux-mêmes. A eux d’exclure les nuisibles, à eux d’édicter des règles plus strictes. A eux de faire que l’AOC redevienne l’exception qualitative et non la règle.

Difficile mission pour les élus, les responsables et l’INAO, quand bon nombre de leurs ouailles voient la mention comme un droit acquis (je n’ai d’ailleurs jamais vu l’INAO supprimer une AOC, même depuis qu’il s’occupe de qualité; ni même en suspendre une à l’occasion d’un millésime trop indigent).

Mission capitale, pourtant, si l’on veut que demain, le consommateur qui n’y comprend plus grand chose, qui constate des écarts de prix et de qualité invraisemblables au sein d’une même AOC, accorde à nouveau sa confiance à trois lettres tellement décrédibilisées.

Gogo que je suis, j’ai envie d’y croire. Des gens de bien, il y en  a partout, à l’INAO, dans les ODG, dans les ministères; des bonnes intentions, aussi.

Mais aujourd’hui, j’ai besoin de preuves.

Hervé Lalau


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Olivier Cousin and who owns brand ‘Anjou’

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Olivier Cousin soon after he had been ordered to pay €1 to the Fédération Viticole.

At the time it must have seemed a rather good idea to get the local fraud boys to call in on Olivier Cousin, finger his collar and to bang him to rights over various infringements of the vin de table rules, in particular the use of Anjou. A chance to put a provocative and outspoken vigneron in his place.

Whether the Fédération Viticole d’Anjou-Saumur and the INAO still think, after the conclusion of a legal action that has run for at least three years, that it was such a brilliant idea is an interesting question. True the Fédération did release an upbeat press statement following the verdict claiming victory. But the reality is surely rather different.

Although he has been ordered to pay a symbolic €1 to the Fédération and a similar sum to the INAO it is Olivier Cousin, who is the clear victor. After all the public prosecutor had asked for a fine of €5000. Clearly the judges decided that given the changes made to the Cousin labels since 2011 such a fine would be excessive and they listened instead to Eric Morain, Olivier’s impressive Parisian lawyer.

It didn’t help that the avocat, Alain Fouquet, representing the Federation and the INAO made a right pig’s ear putting their case and brought well deserved mockery on his head during the 5th March 2014 hearing.

If the Fédération effectively lost in court, it certainly lost by default in a larger forum – the world-wide web. They failed to realise that nowadays these cases can easily become a global cause célèbre and they made no attempt to put their case to a wider audience. Equally, as far as I am aware, there was no-one from the Fédération or the INAO to brief the press at any of the hearings before the Angers court.

In contrast Olivier and his supporters understood how to use the new social networks as well as the traditional media. This case has brought amazing and priceless worldwide publicity for Cousin and his wines. It has enabled him to contrast his biodynamic viticulture with the ‘industrial’ approach allegedly adopted by many AC Anjou producers as well as provoking questions over why the ingredients in wine are not listed as they are for many other drinks and foodstuffs.

Most importantly it has highlighted the debate over who owns brand ‘Anjou’, which is a debate that stretches way beyond Olivier Cousin. During the 5th March 2014 hearing Eric Morain claimed that ‘Anjou’ had been expropriated by appellation Anjou for their exclusive use and he challenged their right to this monopoly.

I suspect that French senator, Christian Béchu, who used to be the president of the Conseil Général de Maine-et-Loire and who is now the Maire of Angers, would agree with Morain as he has been keen to promote the idea of Produit d’Anjou’ for a number of locally made products in the face of opposition from the Fédération Viticole.

Béchu: “Je ne vois pas en quoi notre marque pourrait concurrencer l’AOC Anjou, réagit Christophe Béchu qui continue le dialogue avec les vignerons. Notre marque locale aura une résonance locale. L’idée est avant tout de favoriser les emplois locaux.” (9th January 2013)

The debate has already been running a number of years:

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Utilisation du mot Anjou : différent entre vignerons et Conseil Général, bientôt le tribunal ?
Les vignerons tiennent à leurs appellations d’Origines Contrôlées Anjou et protègent leur « marque » comme la prunelle de leurs yeux. Anjou Cola par exemple ne les fait pas rire du tout. Viticulture et Conseil Général ont une vision de la notion de marque. Le tribunal devra-t-il trancher ?
http://www.saumur-kiosque.com/infos_article.php?id_actu=13860

Polémique. La marque « Produit d’Anjou » se heurte au veto des vignerons
‘Le conseil général, qui souhaite étendre sa marque « Produit d’Anjou » aux métiers de bouche ainsi qu’aux boissons, est en discussion tendue avec la fédération viticole du Maine-et-Loire qui craint une concurrence avec l’AOC « Anjou ». Un bras de fer « musclé » s’est engagé.’

La première initiative a été lancée en novembre 2011, en s’appuyant sur l’expérience menée par des horticulteurs angevins.
http://www.ouest-france.fr/polemique-la-marque-produit-danjou-se-heurte-au-veto-des-vignerons-346534

The conflict may well end up in court. Cousin’s symbolic single euro payment to the Fédération could certainly indicate that the judges are not very sympathetic their claim to an exclusive right to brand ‘Anjou’.

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Contrôles et interdictions dans le vin: quelle efficacité ?

C’est en relisant le texte d’une interdiction promulguée le 31 juillet… 1395 que je me suis mis a cogiter sur l’efficacité relative des différents types de contrôle des entreprises privées que sont les producteurs de vin.

Evidemment la notion d’entreprise privée demanderait à être bien définie. Par exemple, cette notion n’avait pas le même sens à la fin du 14ème siècle que de nos jours. Je ne parle évidemment pas des expériences de gouvernance de la production par des Etats qui tentaient d’abolir la notion de propriété et d’entreprise individuelle. On se souvient des catastrophes humaines et qualitatives que cette approche a provoquées dans le pays de l’ancien bloc soviétique. Mais, malgré ces différences de contexte considérables, je crois qu’il est quand même intéressant de regarder ce qui se passe sur le moyen et long terme quand une instance, qu’elle soit politique ou économique, tente d’imposer ses choix.

Un des cas les plus radicaux dans le domaine du vin, même si nous manquons de témoignages quant à l’efficacité du décret en question, fut le décret de l’Empereur romain Domitien qui ordonnait d’arracher toutes les vignes de Gaule. En réalité, il semblerait que cela était destiné surtout aux vignes plantées en plaine et qui faisaient concurrence au blé, bien plus utile que le vin. Mais c’était tout de même assez sévère. Il a fallu attendre 200 ans  pour qu’un de ses successeurs, Probus, redonne espoir aux vignerons gaulois !

Des cas récents dans le vignoble français incitent aussi à cette réflexion, dans un registre mineur bien évidemment. Je parle de la tentative en cours par l’INAO de faire condamner au tribunal le vigneron Olivier Cousin pour un usage supposé illégitime d’un nom de région (Anjou), mais aussi à la récente condamnation à une amende symbolique d’un autre vigneron, Emmanuel Giboulot, qui a refusé d’acheter, et donc d’appliquer, un produit agréé « bio » pour se prémunir contre la cicadelle, vecteur d’une maladie de la vigne. Ces cas sont différents, bien entendu, mais ont un point essentiel en commun : le refus d’obéir à une injonction qui invoque la loi du pays, ou de l’instance qui gouverne leur domaine de production.

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Philippe II, Duc de Bourgogne

Retournons à l’édit mentionné au début de ce texte, qui émanait du Duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, et qui frappait d’interdiction le cépage Gamay.  Je vais vous la fournir presque en entier (d’après les versions de Rossignol, 1854 et Vermorel, 1902) :

(NB, l’orthographe variable et étrange n’est pas le fait d’un anglais ignare, mais correspond aux versions citées du texte originel. N’oublions pas que nous sommes au 14ème siècle) 

« un très-mauvaiz et très-desloyaulx plant nomméz Gaamez, duquel mauvaiz plan vient très-grant habondonce de vins… Et lequel vin de Gaamez est de tel nature qu’il est moult nuysible a creature humaine, mesmement que plusieurs, qui au temps passé en ont usé, en ont esté infestés de griesz maladies… car le dit vin qui est yssuz du dit plant, de sa dite nature, est plein de très-grant et horrible amertume… Pourquoi nous… vous mandons… sollempnellement à touz cilz qui ont les diz plans de vigne des diz Gaamez, que yceulx coppent ou fassent copper en quelque part qu’ilz soient en nostre dit pais dedens cing mois ».

(Je crois que je vais retenir l’expression suivante pour une prochaine critique d’un vin que je trouverai vraiment mauvais : « moult nuysible a creature humaine« ).

 

Gamay par Vermorel

une grappe de gamay, telle que le livre de Viala et Vermorel la montre

 

En tout cas, les gens du Beaujolais et d’ailleurs apprécieront l’avis de Philippe le Hardi. Il ignorait certainement que le Gamay est un des enfants naturels du pinot noir et, donc, par voie de conséquence, du très prolifique gourais (il faut dire que les enfants « naturels » étaient chose courante à l’époque). Quoi qu’il en soit, il est heureux que  l’internet n’ait pas existé pas à l’époque, car on imagine le tollé ! Combien de signataires de pétitions pour sauver le soldat Gaamez ?

Plus sérieusement, quel a été le résultat de ce décret plutôt sévère ? Probablement une migration du Gamay vers le Sud et les collines du Mâconnais et du voisin Beaujolais, même si quelques poches subsistent en Côte d’Or où le Gamay est admis, à la hauteur d’un tiers au maximum, dans le Bourgogne d’assemblage nommé Passetoutgrains. Nous voyons là une premier tentative, du moins en France, d’appliquer le principe qui deviendra, bien plus tard, un des fondements d’une appellation contrôlée de vin : un territoire associé à des variétés de vigne en particulier, à l’exclusion d’autres.

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Ce principe, défendu avec ardeur par les tenants du système d’appellation contrôlée (et protégée), a donné lieu à des nombreux conflits et parfois, plus tard, à des modifications du dit système lui-même. Je pense au cas de la Toscane, en Italie où l’apparition, à partir des années 1970, de vins de très haute qualité dans le région côtière autour de Bolgheri (à l’époque dénuée de toute appellation pour le vin), a enclenché un processus qui a entraîné une révision radicale de la structure des appellations dans ce pays. Ce changement de cap a également été provoqué par les absurdités des anciennes règles qui gouvernaient l’appellation Chianti et qui ont poussé certains des meilleurs producteurs à sortir de cette dénomination afin de faire de meilleurs vins rouges. Dans ces cas, les interdictions ont été favorables à la qualité, à moyen terme, mais bien malgré elles. On pourrait parler d’une « bonne contre-productivité ». Le pionnier de ce mouvement fut la Tenuta San Guido, propriété de la famille Inchisa della Rocchetta et leur vin Sassicaia. Au début simple Vino di Tavola, ce vin de la région de Bolgheri a maintenant sa propre DOC, Bolgheri Sassicaia.

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Le cas du Domaine de Trévallon en France est un peu similaire mais, étant un cas unique dans sa région, ce domaine n’a pas réussi à faire plier le système des appellations contrôlées; ni à lui faire rendre raison de ses absurdités, généralement commandées par un soi-disant intérêt commun, autrement dit le nivellement par le bas. Entre 1993 et 1994, le vin du Domaine de Trévallon, déjà mondialement connu, a du troquer son modeste label de Coteaux d’Aix en Provence – Les Baux pour celui, encore plus modeste, de Vin de Pays des Bouches du Rhône. Pourquoi? Parce que l’INAO a cédé à la pression d’autres producteurs des Baux qui voulaient imposer un maximum de 25% de cabernet sauvignon dans les vins de l’appellation, alors que Trévallon en avait le double et refusait de l’arracher. Mais cela n’a pas nuit à son image, ni à ses ventes, et il continue à se vendre bien plus cher que les autres vins des Baux, car il est tout simplement meilleur.

On voit que tout système produit des contre-courants et des formes de rébellion. C’est quasiment comme une loi de la physique. Mais est-ce que cela veut dire que toute forme de rébellion ou de résistance à une force dominante est défendable ? Un anarchiste dirait forcément « oui » à cette question. Je pense qu’il faut regarder au cas par cas.

Pour aider, je propose de se poser la question suivante: est-ce que la cause défendue risque d’être bénéfique pour les consommateurs, puis, éventuellement, pour un ensemble significatif de producteurs autour ou dans une situation similaire (à défaut de tous)?

Enfin, regardons quelles sont les options pour les opposants à un système généralement bien plus fort et mieux armé qu’eux ? Il y en a trois : confrontation, contournement ou capitulation. La confrontation peut coûter cher: demandez à un opposant russe ou chinois. Le contournement serait une sorte de Wu-Wei, cher aux taoistes. La capitulation n’est probablement pas une option sérieuse pour quelqu’un qui est convaincu de son bon droit et assez déterminé. On le voit par les exemples cités ci-dessus : il vaut mieux adopter le contournement dans bien des cas. Dürrbach, de Trévallon, n’a aucun mal à placer ses vins, hors appellation contrôlée, et à des prix deux ou trois fois au-dessus de ceux qui sont restés dans l’appellation Baux. En Italie, Sassicaia, avec ses collègues de la Costa Toscana (Ornellaia,  Ornellaia, Guado al Tasso, Solaia, Masseto etc) a réussi à faire bouger les lignes d’une structure d’appellations rétrograde, inadaptée à la réalité.

Sujet à méditer pour d’autres cas, je pense.

 David Cobbold