Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Mystère à Château-Chalon

Nos confrères du Progrès de Lyon révèlent une bien curieuse histoire: la semaine dernière, à l’église de Château-Chalon, des touristes de passage ont constaté que les bénitiers contenaient, non pas de l’eau bénite, mais de l’eau-de-vie!

Le mystère reste entier quant à l’origine de ce phénomène. Et pour mémoire, l’église en question n’est pas dédiée à Saint Marc (du Jura), mais à Saint Pierre.

Hervé


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Moules et blancs du Jura – oxydatifs ou pas

La mer est loin de la Franche Comté, quoiqu’elle y fut il y a quelques millions d’années; mais depuis son retrait, peu d’embruns du côté du Revermont. Mais faut-il accorder invariablement coquillages et vins côtiers, Muscadet et Mytilidés, Picpoul et Ostréidés, Entre-deux-Mers et autres bivalves appréciés ? Pas forcément!

Le Jura peut nous apporter une originalité, celle des vins oxydatifs, sans aller jusqu’au Jaune, pour varier nos habitudes souvent bien installées. C’était le challenge de ce petit voyage de presse au pays de Courbet.

Premier challenge, la moule dans toute sa grâce

Pas facile, ce coquillage, son goût est prononcé, sa texture est assez particulière, entre croquant et mou, bizarre quoi et selon la façon dont on le prépare, les paramètres précités peuvent vraiment changer.

Premier essai avec les blancs secs ouillés, qu’ils soient issus de Chardonnay ou de Savagnin. Et bien, les petits amis, ça ne fonctionne pas vraiment. La moule a besoin d’autre chose, de plus de considération, de choses plus enrobées, surtout moins tranchantes que ces vins vifs qui la chamboulent.

Laurent au moule-truck

J’oubliais de donner la préparation, simple, à la plancha, tout d’abord nature, sauf un jet de vin blanc en fin de cuisson. Puis, histoire de se la jouer food pairing, cuites (les moules) en compagnies de petits dés de saucisses de Morteau et arrosées en fin de trip d’un bon coup de Jaune.

Là, plus de souci, la moule se sent épanouie et se trémousse sur la langue. Mais déjà, sans Jaune ni Morteau, cela s’accordait fort bien.

Mon choix: moule à la plancha et ses dés de Morteau accompagnée du Côtes du Jura 2011 de Jean Bourdy. Le vin adopte un caractère légèrement oxydatif, juste marqué, il reste frais et élégant, de quoi séduire mademoiselle la Moule. Un duo qui a d’ailleurs séduit nos palais heureux d’accueillir ce joli duo.

Qu’est-ce qui fait que cela fonctionne ? Pas spécialement la saucisse, la moule peut s’en passer. Le Jaune, à peine, il s’est fortement évaporé. Reste la saveur forte du bivalve qui se parfume, avec grâce soulignons-le, des arômes de noix et de noisette, de tisane de plante du vin, lui pique sa légère amertume qui met en exergue son caractère iodé, et il y a l’irrésistible (du moins pour la moule) branche de céleri qui la rend dingue. Sans oublié que ce Côtes du Jura offre un joli qui nous lubrifie tout ça.

Bref, moules et vins oxydatifs, c’est le pied.

Technique du vin : pressurage puis fermentations alcooliques et malolactiques en cuves. Puis vieillissement en tonneaux de vieux chênes pendant 4 ans de contenance de 300 L, 600 L et 1.500 L. Aucun traitement, sauf 2 à 3 mg de SO2 par litre. Le vieillissement lent et long en caves froides permet au terroir très marqué Jura de s’exprimer pleinement dans ces vins blancs, très différent des standards du Chardonnay.

Deuxième rencontre, la coque

 

Y en avait en stock, on ne s’est pas privé. Ici, ce sont les blancs secs qui ont brillés. La coque préfère les élans citronnés et un rien salins des Savagnins ouillés ou l’élégance fraîche et savoureuse d’un Chardonnay. Le coquillage possède certes un goût plutôt relevé, mais une texture bien différente de celle de la moule, je dirais entre élastique et croquant, en relation avec la cuisson.

C’est celui-là le meilleur, nous dit Florian

Ainsi le Chardonnay En Paradis 2015 du Domaine Rijkaert, bien tendu, minéral et un rien tranchant a sublimé le bivalve.

Philippe n’a aucune crainte, pour lui, c’est le sien, le plus apte à satisfaire la coque et nos papilles

Dans le même esprit, mais avec sans doute un peu plus de gourmandise, le Chardonnay Brise Bras 2014 Domaine Daniel Dugois aux accents de tilleul, de mélisse et de réglisse a souligné la chair ferme du bivalve.

Son Savagnin, Benoit nous le sert avec générosité

Quant aux Savagnin, la Cuvée Édouard 2013 Domaine Bernard Badoz parfumé de rose blanche sur fond minéral, très énergique, a emballé le cardia (autre nom de la coque) sans sourciller.

Enfin, l’écorce de citron fondu dans une structure presque tannique du Naturé (Savagnin ouillé) Terre de Marnes 2015 de la Fruitière d’Arbois nous a mis le coquillage sur un plateau, il a eu la délicatesse de s’effacer pour en épurer les notes marines et nous faire comme une giclée d’embruns en bouche.

 Côté vins, il y avait le choix

Une série de dégustation bien sympas qui nous ont démontré qu’en matière d’accords, il ne faut pas d’œillère, juste éviter les clashs…. Et se faire plaisir.

 

Ciao

 

Marco  

 

 


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« Les Vies du Vin »

Les Vies du Vin est un film produit par Carlos Orta Cimas et réalisé par Lola Taboury Bize, qui prend appui sur le cycle végétatif de la vigne pour raconter le quotidien de quatre domaines. C’est en fait un grand HOMMAGE aux hommes de la vigne : l’excuse pour aborder les portraits de 4 vignerons au parcours atypique et dont les dénominateurs communs sont l’amour de l’aventure, l’amour de la Terre et du vin.

Pourquoi je vous parle de ce film? Tout simplement parce que nous avons été un certain nombre à être conviés dimanche dernier à le visionner. Je l’ai tellement aimé que j’avais très envie de vous en parler. Déjà, l’endroit était magique, ça se passait au Villa Mas, le restaurant de Carlos, sur la plage de Saint Pol, à Saint-Feliu de Guixols. Michel Smith, vous en a déjà parlé au moins à 2 reprises. Les vignerons vedettes étaient présents…avec leurs vins, tout contribuait à créer une atmosphère chaude, généreuse, chaleureuse.

Lola et Carlos                          Le Villa Mas

Les vignerons n’ont pas été choisi au hasard, Carlos les connait bien, il partage leur passion pour la TERRE. Il est cuisinier, mais, c’est aussi un passionné de vins, il possède la meilleure carte de vins de Bourgogne de toute l’Espagne, et certainement de vins natures aussi. Lola est petite-fille de vignerons bourguignons,  le vin coule dans ses veines, la vie l’a amenée à travailler pendant plus de 6 ans chez Carlos; les deux sont passionnés et inquiets, ils décident alors de créer un film autour de cette passion.

De Calonge à Meursault en passant par Fitou et le Jura, le film nous transporte au cœur des vignobles, nous fait partager des moments magiques, heureux, drôles, durs et des choix parfois difficiles exigeant de lourds sacrifices. La réalisation du film a duré un an, d’une vendange à l’autre, au rythme des saisons.

C’est l’hiver, pour le travail des vignes, on suit le domaine des Enfants Sauvages, de Carolin et Nikolaus Bantlin on apprend comment ce couple d’allemand a décidé de changer de vie et de venir s’installer dans une bergerie à Fitou, on les voit en plein hiver tailler, piocher… Les conditions de vie sont dures, le virage est à 180º, mais ils sont deux pour « supporter » ce retour à la Terre. On participe avec émotion, avec envie mais aussi avec perplexité et admiration à leur installation dans cette Terre nouvelle pour eux, pour laquelle ils ont eu un véritable coup de cœur dès le départ. Ils sont magnifiques et leurs vins ont fini par leur ressembler.

Carolin la pioche à la main        Carlos et Nikolaus

 

C’est l’été, le film nous amène à Calonge, au Mas Molla, où la même famille a fait du vin de la même manière, sur le même terroir depuis 1338. Le mari et les trois filles de Maria, Montse, Nuria et Neus sont tous activement impliqués, cultivant les fruits, les vignes, produisant le vin, sans oublier les visites guidées du vignoble. Les filles sont des femmes modernes, qui, soucieuses de préserver la terre et la qualité de leurs produits refusent de se plier aux exigences de la mondialisation. A partir du temps des cerises, et jusqu’à fin aout, elles vendent également des fruits sur les marchés locaux. On découvre médusé leur manière de commercialiser les fruits et les vins; chaque année, elles vendent tout ce qu’elles produisent. Beaucoup d’habitués qui ramènent les bouteilles, elles accordent alors un remboursement de 20 centimes sur le prix d’achat. C’est assez « hallucinant » d’assister au lavage des bouteilles et à l’embouteillage. Elles résistent heureuses et en famille, leur sourire est contagieux, et proposent 7 jours sur 7 leurs vins et fruits et légumes, à des prix défiants toute concurrence. Il faut gouter absolument leurs vins, complètement naturels sans aucun additif, vous y trouverez peut-être des imperfections : ils sont vivants, mais vous serez plongés dans un autre univers, celui de l’AMOUR et du partage. Ici le vin naturel n’est pas un phénomène de mode, il a toujours existé. Avant de gouter, faites un tour au moins virtuel au domaine.

Mas Molla                    Jour de marché, elles y sont toutes…

Mais, c’est déjà  presque l’automne et nous voilà partis à Pupillin, chez Pierre Overnoy, pour les vendanges, les images sont splendides, elles nous parlent, nous émeuvent, on comprend mieux ce parcours unique de cet homme devenu à son insu une Star mondiale. Le film est touchant, Pierre et Emmanuel nous racontent en toute simplicité, en famille leur histoire. Les images laissent transpirer toute la complicité des 2 hommes. Lola a su saisir les meilleurs moments de Pierre, on a presque envie de pleurer, mais on rit. On y voit les 4 enfants d’Emmanuel et sa femme partager avec Pierre une vraie vie de famille, ça ressemble à un beau conte d’enfants, on envie cette sérénité qui éclate à travers les images. Pierre y explique comment il en est arrivé à confier la responsabilité du domaine à Emmanuel Houillon, et à transmettre ses convictions en matière de vins natures. On sent que ça ne va pas s’arrêter là, la succession se prépare déjà.

Vendanges chez Overnoy, Pierre et Emmanuel

Les vendanges se terminent, direction Meursault où nous retrouvons Jean-Marc Roulot pour les vinifications. L’histoire de ce vigneron bourguignon n’est pas banale, il a choisi de vivre son envie d’être comédien, sa façon de se raconter est prenante, rien de théâtral, que de la sincérité en toute simplicité. Il dépeint sa dualité entre le théâtre et la vigne qui n’a pas toujours été facile. Lola nous fait voyager de New-York, à Rio, elle attrape des images vraies, on en redemande! Finalement, il s’assume, accepte d’être vigneron et comédien, on sait maintenant comme il a bien réussi dans les 2 rôles. Les passages du film dans lesquels on le voit jouer au théâtre sont éblouissants, et la façon dont il parle du vin prouve qu’il s’est fait volontairement piéger. Quand Vincent Pousson lui demande Jean-Marc : Pourquoi le vin ? Il répond du tac au tac : « le vin c’est la meilleure façon de rencontrer les gens quand on en fait, quand on en boit. Et, il se trouve que je fais les deux, j’en fais et j’en bois, voilà pourquoi le vin ». Il n’y a plus rien à ajouter, c’est beau, c’est tout.

Carlos et Jean-Marc à Meursault    A table, Emmanuel, Jean-Marc…     

Voilà j’espère que vous aurez l’occasion de visionner ce film qui rend un si bel hommage aux hommes de la Terre. La projection était évidemment accompagnée de leurs vins et d’un buffet exceptionnel. Déjà la veille, en petit comité, Carlos nous avait régalé de sa cuisine méditerranéenne et catalane si vraie et si savoureuse. Elle est basée sur l’importance du produit, pour moi, c’est la meilleure de la côte. Il est autodidacte, et c’est tant mieux. Il se plait à offrir les plus belles matières premières avec le minimum d’intervention possible. J’en veux pour preuve cette magnifique déclinaison de gambas de Palamos, qu’il ose servir complètement crues et complètement natures, c’est « gonflé » pardonnez-moi l’expression, mais, c’est infiniment sublime et bien entendu, il faut absolument sucer les têtes.

La déclinaison de la gamba, crue, marinée et à la plancha

Il est sans doute un des rares, si ce n’est le seul à pouvoir le faire, il a l’avantage de connaitre tous les petits pêcheurs du coin. Il traite de la même manière les légumes, en ce moment il propose des petits pois et fèves qui sont « de muerte », et bien entendu c’est un adepte de la cuisine catalane Terre et Mer.

Quand je vous disais que la succession se préparait….

Nuria avec Antoine Jobard                    Vin Jaune 1987

Le lieu, l’ambiance, la personnalité de Carlos, sa cuisine, la simplicité et la générosité des hommes du vin, les vins exceptionnels tout contribuait à la MAGIE de la soirée. J’ai failli oublié, ils nous ont été servis par Nuria le sommelier du restaurant, une fille tellement professionnelle que ça ne se voit pas, d’une efficacité redoutable, toujours là quand, il faut, drôle, caustique, pas toujours facile, avec un caractère bien trempé mais j’imagine qu’il en faut pour m’avoir supporté 10 ans, et maintenant Carlos, heureusement qu’elle a eu un bon entrainement avec moi. Je l’aime beaucoup, c’est un peu comme une autre fille.

Meursault Charmes 2010                        Mas Molla 

Bref, vous aurez compris que nous avons partagé un GRAND MOMENT, j’ai eu beaucoup de chance de pouvoir y participer. Je n’ai pas parlé des vins, mais quand c’est tellement bon, je ne pense pas aux commentaires de dégustation, je les bois, pour mon plus grand plaisir.

Si vous en avez l’occasion, je vous recommande de prendre le temps de regarder ce film, un verre à la main, bien sûr, vous y « attraperez » une énergie positive et une envie de voir la vie autrement.

Pierre Overnoy visionnant le film, à côté entouré d’Emmanuel et de sa femme, en dessous Carlos nous présentant un poisson de 6kg, et enfin Lola radieuse.

 

Hasta pronto,

 

Marie-Louise Banyols

 

 

 

 

 

 


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Chardonnay Week (5) : Aoste et Jura

Je ne sais plus qui m’a envoyé, donné ou conseillé ce Chardonnay, toujours est-il que je l’ai  retrouvé par hasard dans ma cave, où je m’étais empressé de le reléguer au fond du cellier. Un Chardonnay du Val d’Aoste, est-ce sérieux ? Alors qu’il y a bon nombre de blancs autochtones, dans ce coin particulier coincé entre Suisse, France et Italie.

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Mais voilà qu’en rangeant ma cave, histoire de classer entre autres les vins italiens, je retrouve ce Chardonnay 2005 élevé en fût de chêne, comme le précise la contre-étiquette, et élaboré par l’Institut Agricole Régional. Voila qui tombait à pic pour cette semaine consacrée à cette variété si souvent galvaudée.

Reste à voir ce qu’il vaut. Bref, ouvrons-le!

Chardonnay Aoste 005

Chardonnay 2005 VQPRD Aoste Institut Agricole Régional

Jaune doré aux reflets émeraude, il plaît à l’œil, c’est déjà ça. Cette robe lumineuse lui donne un aspect bien plus jeune qu’attendu, c’est de bon augure.

Le nez évoque les gelées de fruits blancs, la poire en tête parfumée de liqueur d’amande, de nèfle aussi relevé de poivre et d’anis vert. On reste dans les choses fraîches et agréables, va-t-il vraiment étonner ?

En bouche, la suavité le rend tout de go agréable, les papilles auscultent ce confort buccal et remarquent la texture légèrement ligneuse, reliquat de l’élevage en bois, qui apporte un soupçon de relief à la structure. La fraîcheur sapide fait saliver, elle se renforce d’une pincée de sel. Puis, viennent les saveurs de plantes aromatiques comme le génépi, mais aussi la camomille et la mélisse, soulignées du trait léger mais amer de la gentiane. Le tout à la fois dense et bien ramassé, à la fois solaire et frais. La finale florale classe définitivement ce Chardonnay dans la catégorie des vins élégants. Sa complexité particulière dans la catégorie des vins de cépage non identifiable, ce qui me semble être une grande qualité.

Malgré ses 11 années, il garde un air de jeunesse malgré un petit rien d’évolution, un petit poil d’oxydation, rien de plus normal.

Mais l’aurais-je apprécié 10 ans plus tôt ?

Le vignoble

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Il se situe sur l’une des collines entourant la ville d’Aoste dans la localité de Moncenis à une altitude de 720 m. Exposé au sud-est, il offre une pente de 35%. Le sol y est d’origine morainique à dominante sableuse. Les ceps sont conduits en mode Guyot et plantés à 12.000 pieds/ha.

La vendange se fait dans la troisième décade de septembre. Égrappée, elle macère à froid et est pressée à l’abri de l’oxygène. Élevage de quelques mois sur lies fines. Production : 1.500 bouteilles.

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Quant à l’étiquette, elle a bien changé en quelques années…

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www.iaraosta.it

Proche et dépaysant: le Jura

J’aurais pu vous parler aussi des Chardonnays du Jura, à la fois proches des Bourguignons dans leur approche ouillée (le Jura ne fait-il pas partie de la Grande Bourgogne, au plan historique?), et bien différents dans leur version oxydative comme on en trouve quelques superbes cuvées à l’Étoile au Domaine de Montbourgeau.

Une anecdote amusante: dans l’entre deux guerres, les instances vinicoles officielles passaient en revue les différents terroirs jurassiens propices à l’élaboration de Vin Jaune; à cette époque, il n’y avait guère de Savagnin à l’Étoile, planté en majorité de Chardonnay – qui prenait le voile comme son lointain cousin. Les inspecteurs, qui ne le savaient pas, n’y ont vu que du feu et trouvèrent ces Jaunes d’excellente facture. Depuis les choses ont changé et les Jaune de l’Étoile se font exclusivement avec du Savagnin.

Une autre particularité jurassienne est la variété autochtone du Chardonnay, appelé Melon à Queue Rouge qui offre des grappes au pédoncule rougissant à maturité, des baies plus petites et par conséquent un rendement plus faible. Il a failli disparaître dans les années 70 au profit des clones agréés de Chardonnay. Il est depuis une bonne dizaine d’années replanté. Ses vins sont d’une grande finesse, ne manquent pas de caractère et vieillissent à la perfection. On le trouve surtout aux alentours de Montigny, entre les Arsures et Pupillin, comme au Domaine de la Pinte, un exemple parmi bien d’autres.

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Voilà, notre Chardonnay week se clôt sur cette jurassique envolée et montre que ce cépage plus divers qui n’y paraît est aussi une bonne éponge à terroir, quand il n’est pas vinifié à la sauce internationale.

Ciao

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Marco

 

 


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Le Chardonnay selon sa marne

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Le minéral me turlupine depuis bien avant que ce soit à la mode… Et comme David va nous écrire un propos chiadé sur la minéralité, ce mot qui n’existe pas encore, j’ai trouvé bon, dans tous les sens du terme, de rééditer ce vendredi un article publié voici quelque temps déjà dans l’excellent In Vino Veritas.

Mimi,Fifi et Glouglou (2)Les excellents Mimi, Fifi et Glouglou

Le sol et ce qu’il donne dans les vins m’a toujours intéressé et en attendant une preuve scientifique (qui ne saurait tarder) à mes allégations, voici une enquête menée en Jura, où le Chardonnay pousse depuis un peu plus de mille ans. Il recouvre la moitié des surfaces viticoles, ce qui semble prouver qu’il y jouit par conséquent d’un terroir adapté.
Alors, parlons-en !

Le terroir

C’est un truc sérieux, toute la profession en parle. Mais, comme le disait avec pertinence Youri, pote et confrère: le plaisir du vin vient de sa diversité. Et la notion de terroir, bien qu’à prendre avec des pincettes, est l’un des garants de la diversité. Il existe partout dans le monde des vignerons qui continueront à produire des vins qui reflètent l’identité d’une région, millésime après millésime, dans un souci de réussite et non de perfection. Plaisir, diversité et identité, voilà trois mots clés qui circonscrivent ce que tout amateur aime trouver et retrouver dans son verre.

Recherche d’une clé (pas de 12)

Parlons des sols du Jura en laissant pour l’instant de côté l’oxydative production; et cherchons par facilité le goût du sol dans les Chardonnays ouillés, ils nous en donnent la clé.
Recherche du goût du sol ne veut pas dire que le vin ne goûte que ça, c’en est une fraction infime, mais qui existe.

JURA + ANDRE 2009 161

Mode opératoire

Chardonnay, issus tantôt de sols marneux, tantôt de sols argileux, apportent leur témoignage gustatif.
Chez Alain Labet, à Rotalier, un même Chardonnay occupe une croupe marneuse recouverte d’argiles à éboulis calcaires. La marne, roche mère, affleure en partie et donne la cuvée ‘Fleur de Chardonnay’. La fraction argileuse génère ‘Les Varrons’. Comparer les deux permet de mettre en évidence les nuances aromatiques et structurelles.
Les premiers indices suggèrent une différence fondamentale entre les deux types de sols. La marne semble se trahir par le goût alors que l’argile se repère à la texture.

 

Interrogatoire

Pour confirmer ou infirmer les soupçons, interrogeons quelques acolytes.
La Beaumette’ pousse sur des marnes grises et compactes du Lias, ‘En Billat’ sur des marnes bitumeuses, ‘En Chalasse’ pareil que ‘La Beaumette’, mais s’expose à l’ouest plutôt qu’à l’est. ‘La Bardette’ imite ‘En Chalasse’ en variant l’altitude. Chaque examiné confirme la piste aromatique de la marne : ail, amande et anis se retrouvent systématiquement chez chacun. Côté structure, un voile gras dissimule en partie les velléités tactiles, la finesse l’emporte sur la puissance. Le sol mixte du ‘Le Montceaut’, marne avec éboulis calcaires, apparaît comme un intermédiaire, plus sec, déjà plus tactile, aux nuances de pâte d’amande à l’anis. Il nous mène tout droit aux Varrons, venu de l’argile avec éboulis, plus costaud et granuleux sur la langue.
L’âge renforce les présomptions, l’ail et les notes anisées deviennent flagrants quand 3 à 4 ans se sont passés. Mieux, les mêmes terroirs en version oxydatives ne peuvent plus dissimuler leurs origines marneuses, les mêmes arômes s’impriment, subtils, au travers du voile.
Ces portraits robots en mémoire, la souricière se referme…

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Filatures

À La Combe les Rotalier
Filons chez le voisin Jean François Ganevat où quelques vins en fûts, entonnés selon leur parcelle, affinent les présomptions. ‘Chalasse’ sur marnes grise et blanche parle en finesse, ‘Les Grandes Teppes’ sur marne jaune qui s’effrite farine légèrement, alors que plus haut, les vieilles vignes de la même parcelle sur le recouvrement argileux renforcent le grain minéral qui en devient perceptible.
Les Grandes Teppes, sur marne jaune et blanche, élevé pendant 40 mois sur lies en barriques, colore sa robe d’or et de vert, au nez on perçoit le miel et le léger anisé d’une étoile de badiane. Agrume, acacias, amande se fondent dans la texture grasse du vin, un peu de poivre apparaît en fin de bouche.

Là au-dessus

Sur les hauts de Lons le Saunier, à Montaigu, le Domaine Pignier cultive ses vignes sur les fortes pentes des reculées* du val de Vallière et du val de Sorne. Et élève ses vins dans la quiétude chartreuse d’une cave aux ogives élancées du 13es. Parmi les différentes cuvées, un Chardonnay Cuvée Cellier des Chartreux passe son élevage sans ouillage en foudre et en barrique. Il révèle l’origine de son sol de marne micacée du Lias par sa forte note d’amande, le micas nuance la structure par un relief tactile granuleux. En parallèle, mais ouillé en pièces cette fois, ‘A La Percenette’, sur marne schisteuse, se parfume de brioche. En bouche, ce lieu-dit du val de Vallière taquine les papilles d’un grain délicat, où l’anis et le gras enrobe le minéral pulvérulent, finale sur l’agrume.
*recul de la falaise dû à l’érosion provoquée par un cours d’eau

Jura 2008 blancs typés 088

 

Sur le chemin d’Arbois

Jean Berthet-Bondet, à Château Chalon, nous propose la double accent minéral calcaire + marne avec sa cuvée ‘Alliance’. Doré vert, finesse de l’anis vert et du fenouil confit, texture soyeuse à la trame très serrée qui sourd d’anis comme le nez, mais qui juxtapose un relief renforcé par la moitié de Savagnin dans l’assemblage. Les deux cépages poussent sur le même type de sols, des marnes en profondeur recouvertes d’éboulis calcaires. Le vin est ouillé.
Un vieux Chardonnay, que Jean faisait pur et ouillé à l’époque, sent le miel un rien aillé. En bouche, l’expression délicate de la marne noire suggère des arômes d’humus et d’ail, l’amande enchaîne ses étapes, fleur d’amandier, fleur séchée, puis fruit pilé, l’anis vient plus tard en touches éthérées, la menthe et la réglisse terminent le rapport de police.

Escale à Pupillin

Jean-Michel Petit du Domaine de la Renardière, possède quelques Chardonnay plantés en 1980. Ces déjà vieilles vignes croissent en un sol mixte courant en Jura, des marnes grises recouvertes de graviers calcaires à matrice argileuse. Après la cuve, le vin loge en foudre, contenant qui ne masque ni son caractère variétal, ni ses origines territoriales.
Le Chardonnay fait très marne, poivré, anisé, il goûte l’humus et l’ail, très terrien, la fraîcheur du millésime met bien en évidence son expression aromatique, mais souligne également son relief tactile. Bien en dessous toutefois des Vendanges Oubliées qui ajoutent un tiers de Savagnin à l’assemblage granulent sur la langue. Le Savagnin ouillé des Terrasses, issu des marnes, retrouve l’ail du premier.

Jura 2008 blancs typés 048

Arbois

A la lisière du plateau de Pupillin, vers Arbois, le Domaine de la Pinte plante quelques Chardonnay.
Le sol mixte se répercute dans la bouteille d’Arbois-Pupillin, ail léger, anis et amande glisse sur le galbe gras qui enrobe le minéral finement ouvragé. Avec d’exotiques poires cuites saupoudrées de coriandre. Une année de plus renforce le fenouil et l’absinthe.
Terre de Gryphées du Domaine de la Tournelle illustre la vigne sur calcaire coquillé. Un calcaire plus dur, composé de fossiles d’huîtres, qui compacte le sol de marne grise. Un terrain qui génère puissance et longueur en bouche. Une roche qui parfume le vin d’anis, de poivre et d’éclats de silex. L’élevage de 24 mois en fût sur lies fines nuance la cuvée d’une pincée de vanille et d’un glacis beurré. Ce dernier amortit la fraîcheur du millésime. La ‘Terre de Curon’, des argiles à cailloutis calcaires sur marnes grises, inverse les caractéristiques structurelles. Il apparaît élégant et aérien. Côté aromatique, l’amande verte et l’anis reflète la marne.

Finale nordique à Montigny

Stéphane Tissot propose une étude comparative de Chardonnay de différents types de marne. Les vignes de la cuvée ‘Les Graviers’ poussent sur une terre habituellement allouée au Trousseau, des graviers gras faits de marne caillouteuse, le vin en sort grillé, fruité, minéral tactile, gras et puissant.
Les Bruyères’ se plante sur des marnes bleues et grises en sous-sol avec en surface un étagement de marnes noires en haut du coteau, jaune au milieu et rouge dans le bas de la pente. Le Chardonnay en adopte les goûts aillés, l’amande, très floral, avec un léger minéral tactile et poivré.
La Mailloche’, qui vient de terres d’argiles jaunes et profondes avec très peu de cailloux, confirme avec netteté les indices pressentis chez Alain Labet, un goût de silex éclatés accentue le relief minéral qui en devient très tactile. L’acidité recule et le fruité dépasse le floral.
En Barberon’, sur des marnes très compactes avec de gros blocs de calcaire, sent l’absinthe frottée d’ail, le raisin un rien sec se rafraîchit d’agrume. La structure extrêmement élégante évolue avec la sensualité de la soie sur la langue.

Il faudra que je fasse un comparatif de ses Jaune parcellaire, histoire d’y retrouver la trame du lieu.

Fin d’enquête

En Jura, on peut jouer au ‘flic’ et rechercher ce qui se cache derrière les arômes variétaux des Chardonnay. Ou plus simplement, se laisser aller au plaisir de la variété et de l’identité. Le vigneron, selon sa manière de faire, y ajoute encore un regain de complexité, une première fois dans toute sa production ouillée, une seconde dans ses élevages en vidange.

Et espérons que ces propos n’auraont pas fait l’effet d’une douche jurassienne…

Travaux de vacances juillet 2010 428

Ciao

Marco


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Percée du Vin Jaune 2015 sous la neige

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Une Percée un peu rock’n’roll grâce à la neige qui nous a accompagnés tout d’abord sur la route, ensuite le dimanche. Entre les deux, les conditions s’avéraient jurassiennes, humides et fraîches.

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Comme à chaque fois mise en bouche le samedi matin avec le Clavelinage qui consiste à élire les vins jaunes les plus représentatifs, ceux que vous offririez à votre voisin pour lui montrer ce que vous arrivez à boire dans vos périples exotiques. Pas toujours facile à déterminer…

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Là, manifestement, Hervé s’ennuie. Mais à chacun son métier, si nous dégustons à la vitesse vv’, nous devons faire preuve de patience et ne pas bailler pour inciter les autres jurés à se grouiller. Quoiqu’il y en ait de particulièrement lents…

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Ensuite cap sur Montigny les Arsures, l’endroit de la Percée de cette année, c’est le premier village au nord d’Arbois. Un arrêt pipi par précaution avant d’affronter la foule des grands jours.

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Étape dans le caveau occupé par Jean Michel Petit qui nous fait déguster blancs et rouges de Pupillin dont le fameux Poulsard qu’ils ont l’outrecuidance d’appeler Plousard ou Ploussard, histoire de se distinguer d’Arbois qui gît au pied du village sur sa marne rouge perché.

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Un stop au caveau de Bacchus, l’un des indigène de l’étape et incontournable. Un Trousseau, Montigny en est la capitale et celui des Aviet reste des plus réputés, croquant, suave et frais à la fois, avec une élégance qui révèle les notes fruitées et épicées avec beaucoup de grâce. Superbe Jaune aussi, tendu et gouteux.

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Arrêt chez Dugois, Daniel était là en voisin des Arsures, le village juste au nord, et heureux de nous faire déguster sa gamme. Dont un Trousseau vinifié en blanc qui révèle la couleur d’origine de ses raisins par une impression tannique – surtout quand on sait que c’est lui!

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Pour terminer en beauté (et parce qu’il se fait déjà tard), rien de tel que de jouer des coudes pour tenter d’apercevoir le Steph et de constater qu’il n’est pas derrière le comptoir improvisé. Têtus, nous contournons la foule canalisée pour finir par le trouver entre amphores et tonneaux. Presque tout y passe, des Chardonnay frais et voluptueux, une Tour de Curon joyeuse, jusqu’aux Jaunes de terroir, En Spois chaleureux, La Vasée délicate. Avant de passer aux rouges; le Poulsard étant sold out, nous commençons avec le Trousseau Singulier (singulieril l’est par ses arômes délicats de fruits rouges où domine la griotte). Et puis, nous poursuivons avec le Trousseau Amphore, plus sauvage, aux tanins hérissés, aux baies sombres qui craquent sous la dent.

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Un bon moment qui nous laisse pantois, Hervé et moi.

C’est trop court, une journée à la Percée…

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Lendemain à nouveau sous la neige, avant de partir plein Ouest vers Angers, dont je parlerai ultérieurement…

Ciao

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Marco


3 Commentaires

Publishing your passion in a modern world

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Self-explanatory – no caption needed!

This is a good news story that shows that in these internet days it is no longer necessary to rely on publishers, who are increasingly risk averse especially in the UK. It shows that it is possible to get enough backing to produce a detailed and attractive wine book on subjects that publishers are likely to dismiss as too niche.

I give you Wink Lorch and her fine and handsomely produced Jura Wine with local food and travel tips. The text is by Wink Lorch, while most of the photos were taken by Mick Rock, the man behind Cephas, who is also a keen cyclist. The necessary finance was raised last year through Kickstarter  (https://www.kickstarter.com/‎) and the book was published this March.

This is Wink Lorch in March on her now published book on the Jura Wines, financed through Kickstarter:

‘I have never run a marathon, but this project seemed as if I was running one. In some ways I was alone, determined to go the distance, but hitting the wall regularly, euphoric one moment, exhausted and dispirited the next. Yet, in other ways I had incredible support: firstly there were my running mates: editor Pat, designer Jane, main photographers – Mick, Xavier and Brett, cartographer Quentin, and yes, my partner Brett who deserves another name check; secondly there were all of you, cheering me on through messages and comments when I found time to post something here or on Facebook, Twitter or by email. Thank you all. The rather stark difference from running a marathon is that from sitting too long at my desk and regular obligatory testing of Jura wines with meals, I am much less fit for anything than I was when I started…

Here is my personal marathon result: 352 pages, 146,000 words, 253 images.

Just like trumpeting the number of Facebook friends or Twitter followers one has, the numbers are irrelevant, it’s the quality that counts. But only you will be the judge of that when the book arrives at your door, which will be in just a few weeks. The priority deliveries will be to you, my Kickstarter supporters, and then second the book will be sent to those who have pre-ordered.

What’s next?

Starting in late March there are various trade and consumer Jura wine tastings, some organized by the region and others organized privately at which I plan to be, with a stack of books to sell and ready to sign any others that people have purchased already. I will keep posting information about these on the Jura wine blog, so do subscribe to that if you are not already. I hope to see many of you over the next year. If you have any proposals about hosting me to do a Jura tasting/presentation combined with a book signing, if you can fund my expenses to travel to you, then please get in touch.

Also on my mind is the creation of an e-book. Those few who pledged for the reward of an e-book, I will be in touch with you individually about this. In the meantime, I hope to produce both an Apple IBook version and a Kindle version in the next few months.’

Wink’s highly recommended Jura Wine book can now be bought from http://jurawine.co.uk/

 

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 Jim Budd