Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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#Carignan Story # 289 : Précieuses Grands-Mères !

J’aime cette idée que de vouloir dédier ainsi un vin aux grands-mères. Dans ce cas précis, le Côtes du Roussillon Villages Les grands-mères signifie beaucoup de choses chères à mon cœur, un monticule de symboles. Bien évidemment, il y a l’âge canonique de ces vieilles vignes de Carignan parfois centenaires implantées dans le cirque aride de Vingrau qui s’ouvre sur les Corbières. De précieuses et merveilleuses grands-mères encore bien utiles dans les assemblages puisqu’elles donnent toute leur sève aux vins du coin pour autant qu’on les prenne respectueusement en considération. Mais j’aime ces grands-mères pour une autre raison tout aussi évidente : elles symbolisent la présence des femmes. Présence dans les vignes, certes, mais aussi au sein des exploitations viticoles (je n’aime pas trop ce mot là, mais enfin…), des domaines que souvent, durant les guerres notamment, elles dirigeaient avec poigne et efficacité, sans pour autant chercher de reconnaissance particulière.

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Comptabilité, gestion, taille, vendange, lessive, ménage, cuisine, jardinage, nos grands-mères des vignes assumaient leur part (gigantesque) de travail parfois dans l’ombre, sans rien demander d’autre en remerciement que la satisfaction du travail bien fait. Elles étaient utiles et rendaient service jusqu’au dernier souffle de leur vie. Alors, quand Alain Razungles, donnant à l’époque un coup de mains à ses parents au Domaine des Chênes, à Vingrau, a décidé il y a une décennie déjà de baptiser une cuvée majoritairement Carignan de ce joli et simple nom, Les grands-mères, j’étais aux anges, réalisant ô combien ce que cette cuvée pouvait représenter de sens dans une région où l’on a tout fait pour éradiquer ce cépage. À mes yeux, la cuvée est celle de l’hommage. C’est le vin de la mémoire, des années de travail harassant de génération en génération, le respect du passé autant que de la confiance en l’avenir.

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J’ai déjà consacré il y a peu un article à Alain Razungles et à son village de Vingrau, ici même. L’homme, qui aime préciser qu’il n’est pas « passéiste, encore moins intégriste« , est très satisfait de ses 6 ha de Carignan qu’il refuse toujours d’arracher. La moitié des raisins sont traités en macération carbonique et le vin est élevé en cuves sans fréquenter le bois, « comme on le faisait autrefois », précise Alain, faisant probablement référence aux années 50, lorsque le vin d’ici avait l’appellation Corbières du Roussillon. Il y a effectivement un style Corbières dans ce 2011, un goût épicé aux parfums de garrigue difficilement définissable qui marquait les meilleurs vins lorsque j’atterrissais en Languedoc-Roussillon la première fois à la fin des années 80. On pourrait croire ce goût ancien ou passé de mode. Pas pour moi en tout cas, car la fraîcheur est toujours au rendez-vous quand bien même la matière dense et serrée donne envie de le conserver encore quelques années.

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Attention, je ne dis pas que c’est le meilleur Carignan du Roussillon. Ce qui est certain, c’est que c’est l’un des plus civilisés que je puisse trouver, un des meilleurs rapports qualité-prix (moins de 10 €) dans la catégorie super vin de grillade que je viens d’inventer pour l’occasion, notamment sur des côtelettes de mouton saisies sur un feu apaisé de sarments de vignes. Cela tombe plutôt bien en cette période bénie où les vendanges rythment encore quelque peu la vie de nos campagnes du Sud.

Michel Smith

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#Carignan Story # 287 : Mas Gabriel en verticales !

Même dans la vie d’un humble amateur de vins, il y a des invitations qui ne se refusent pas. En affirmant cela, je ne pense ni à une garden-party dans un grand cru pour l’inauguration de chais rutilants avec vue panoramique sur l’estuaire de la Gironde, encore moins à une soirée parisienne, monstre et branchouillarde, pour marquer la sortie du nouveau guide pinardier que le monde entier nous envie.

Ici, pas de petits fours clinquants, juste quelques chaises pliantes, des crachoirs à partager, des rires, le tout dans une cave décorée de photos en noir et blanc de jazzmen phénomènes. Cela ressemble plus à un garage. Un entrepôt fourre-tout dotée de l’équipement le plus pratique et le plus utile nécessaire à la surveillance du jus de raisin transformé en vin. Rien de sophistiqué. Que l’essentiel, c’est à dire tout ce qui peut servir quand on a décidé que « faire du vin » serait l’achèvement ultime d’une vie à deux.

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Un saxo bien en vue dans un coin, deux ou trois barriques dans un autre, une table légèrement branlante, elle aussi pliante, et quelques verres posés là en attente d’une dégustation estivale qui sera suivie d’un dîner champêtre où chacun refera son monde dans un anglais des plus purs ponctué de bons mots à la française. Une entente cordiale en miniature. Cela se passe dans le Languedoc, province qui, comme sa voisine roussillonnaise, attire depuis longtemps déjà des vignerons venus de partout avec une envie placardée aux tripes, celle de faire des vins différents. Deborah et Peter Core sont de ceux-là, qui plongent dans l’aventure tête baissée, tels des artistes en quête d’inspiration qui seraient soudainement saisis par la foi vigneronne. Fait suffisamment rate pour être souligné, en moins d’une décennie, ils sont arrivés à se faire une réputation. Pas mal…

Deborah Core dans sa cave présente les vins avant la dégustation. Photo©MichelSmith

Deborah Core dans sa cave présente les vins avant la dégustation. Photo©MichelSmith

C’est ainsi qu’une fois de plus je me retrouve à Caux, au Mas Gabriel, à portée de vue de la haute marche cévenole, dans ce qu’il est convenu d’appeler le secteur qualitatif de Pézenas. Avant d’aller plus loin, ce qui est intéressant de souligner dans cette double verticale à laquelle j’étais convié en compagnie de Catherine Roque, vigneronne de Faugères, l’appellation voisine, et d’une poignée de journalistes et dégustateurs anglais, parmi lesquels Andrew Jefford, Rosemary George et Alan March, c’est qu’elle permet de dresser un premier bilan sur le travail d’un domaine où le Carignan noir, gris ou blanc constitue l’élément clé, l’ossature de l’histoire. Un domaine de taille modeste (6 ha), mais dont la cote ne cesse de grimper. Certes, le domaine en question n’est pas planté qu’en Carignan – une autre cuvée en rouge met en avant la Syrah tandis qu’en blanc le Vermentino fait son entrée avec une autre cuvée -, mais les Core s’amusent avec les vieilles vignes de ce cépage Carignan qu’ils ont été ravi de trouver en constituant leur domaine bio où les replantations se font en sélections massales. Chaque année les vignes sont nourries avec du fumier de vache histoire d’avoir un peu plus de rendement.

Andrew Jefford connaît déjà bien la région, comme Rosemary George en arrière plan. Photo©MichelSmith

Andrew Jefford connaît déjà bien la région, comme Rosemary George en arrière plan. Photo©MichelSmith

Une autre qualité relevée chez Deborah et Peter, qui furent parmi les premiers à adhérer à l’association Carignan Renaissance, c’est que quelque soit leur besoin d’avoir un peu d’argent pour faire vivre les vignes et la cave, ils s’imposent de mettre de côté une petite part de la production de plusieurs millésimes de chaque cuvé afin de pouvoir suivre leur évolution. Ainsi, ils commencent à voir où ils vont et s’amusent de raconter les petites galères inhérentes à chaque campagne. Un moyen d’avoir une trace de ce qu’ils font avec pour objectif de progresser dans leurs visions du vin. Je note aussi que s’ils adorent faire la part belle à un cépage, ils aiment bien compléter leur travail par un assemblage final, un peu à la manière d’un cuisinier. Outre un rosé que j’adore et qui est devenu rare (une parcelle de 35 ares vinifiée en pressurage direct) que les amateurs perspicaces purent acheter à 8 € départ cave au point de ne plus être en vente, nous avons attaqué par les blancs de la cuvée Clos des Papillons laquelle a toujours été composée à 95% de Carignan blanc (une pointe Viognier) jusqu’à 2014 où ce pourcentage est tombé à 85% afin de laisser un peu de place au Vermentino. À noter que dans le Carignan blanc, se glissent aussi quelques grappes de Carignan gris. Les vins sont fermentés et élevés à peine quelques mois en barriques d’acacia. À ma grande surprise, ce bois ne vient pas perturber ma dégustation.

Alan March est concentré. Photo©MichelSmith

Alan March est concentré. Photo©MichelSmith

Le 2014 m’offre un nez aérien porté sur l’élégance et la finesse, avec beaucoup de fermeté et de hauteur en bouche. Avec un tiers de bois neuf, beurré et grillé en bouche, le 2013 me semble moins marqué par l’acidité, mais cela ne l’empêche d’avoir une bonne longueur. S’il est souple en attaque, il termine sur la fraîcheur. Beaucoup de finesse au nez avec la venue du 2012 dont la robe est plus paillée. Pas de surprise avec le 2011 (grand millésime) qui impose son amplitude dès le nez marqué aussi par le bois. On a de l’éclat, une structure infaillible, de la densité, du sérieux et beaucoup de persistance. 2010, lui aussi est d’une grande beauté : nez fin délicatement fumé, saveurs salines et réglissées en bouche, gras et langoureux, bien accompli, il est lui aussi particulièrement long en bouche.

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La cuvée Les 3 Terrasses est dédiée au Carignan noir vinifié exclusivement en cuve ciment. Au départ Carignan pur, les vins sont désormais associés à 30% de Syrah et de Grenache, à l’instar de ce 2013. Encore marqué par sa mise très récente, je le trouve charnu, poivré, mais pas facile à disséquer. Plus à son aise le 2012 fait figure de premier de la classe : nez hyper fin, densité et fraîcheur, c’est un vin complet que l’on peut commencer à boire. D’une élégance plus affirmée au nez avec de jolies notes fumées, le 2011 joue sur le minéral. En dépit d’une certaine tendresse en bouche, son caractère entier, sa structure aussi, me font dire qu’il ira loin. Le 2010 a une telle belle robe et une telle finesse (20% de Syrah) que je l’ai baptisé en anglais The smiling Carignan. Grande finesse d’ensemble, notes de raisins confits, beaucoup de chair, lui aussi peut tenir. Pur Carignan, le 2009 est assez fermé mais laisse passer quelques touches viandées pour s’ouvrir en bouche grâce à une belle structure, des notes épicées, de la fraîcheur et de la longueur. Un peu poussiéreux au départ, terreux aussi, je lui accorde pourtant ma note la plus enthousiaste pour son acidité bien présente mais conférant à l’ensemble une grande fraîcheur.

Michel Smith

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Le Midi en vacances : une envie d’Alicante

Un domaine qui vous offre une bouteille de son vin si l’on se donne la peine d’y venir séjourner en chambres d’hôtes, voilà qui est assez rare et pourtant bigrement sympathique, donnant par la même occasion une bien belle idée de l’accueil en Languedoc. Au point que le geste devrait être obligatoire ! Mais ce ne serait plus un vrai geste, dans ce cas, me direz-vous avec raison. Enfin, c’est tout de même symptomatique d’une époque, ça. Au point qu’un commentateur se sente obligé de souligner à ses lecteurs une démarche qui devrait se révéler comme normale dans un pays hautement touristique et civilisé comme l’est le Languedoc que l’Europe entière traverse. Alors, surtout, si on vous fait le coup de la bouteille cadeau, ne partez pas sans remercier chaleureusement le vigneron pour son vin. Je suis sûr que ça lui fera plaisir. Par les temps qui courent, un flacon d’Amour et de Partage, plutôt qu’une bouteille de corporatisme, de revendications, de pleurs et d’égoïsme, pour moi, y’a pas photo, ça vous remonte le moral !

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Au moment de réserver votre chambre chez ces jeunes vignerons, demandez donc à Valérie et Dominique Ibanez, à la tête de 11 ha de vignes cultivées en biologie à l’ouest de Montpellier, de vous mettre au frigo leur IGP Pays d’Hérault 2013 (ou leur 2014), un rouge estival largement consacré à l’Alicante Bouschet. Ainsi, vous aurez un avant-goût des vacances dans le Midi. Le cépage Alicante Henri Bouschet, du nom de son créateur, est un hybride teinturier assez productif qui fut largement planté dans la région au temps de la grande épopée industrielle jusque dans les années 1970. Il en reste quelques pieds çà et là dans les vignes et plusieurs parcelles sont encore en production. Celui-ci est vendangé à la main avec plus de respect que bien d’autres cépages récoltées dans la région et considérés comme qualitatifs.

Tout cela se passe à Villeveyrac, au Domaine de Roquemale, pile entre Montpellier et Béziers, en plein sur la route des vacances. Un arrêt s’impose avant de griller sur la plage.

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Vous verrez que le vin présente un joli petit nez où la prune s’associe aux épices et aux essences de garrigue. En bouche, on a de la rondeur, mais aussi un bel éclat de fruit qui laisse penser qu’il a été vinifié après une très courte macération. J’apprends qu’il a été élevé 6 mois en cuve. Certes, l’étalement du vin en fin de bouche n’est pas du registre de l’exceptionnel, mais il nous quitte en douceur sur des notes de mûre et de sureau. Il va de soi que, léger en alcool (12°) et d’une approche plutôt facile, il est à boire frais.  Et ça tombe plutôt bien, car ce vin simple, mais riche en tempérament, est pour moi l’archétype du rouge de vacances, de celui que l’on débouche pour les grillades avec une flopée d’amis au milieu des grands éclats de rire.

Son prix : 7 € départ cave.

Michel Smith

Assez joli coup. Photo©MichelSmith


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L’éloge du crachoir… en terre cuite.

C’est un peu l’histoire du pot de terre contre le pot de fer, légèrement remodelée à la sauce XXI eme siècle, vous allez voir…

À moins que ce ne soit l’éternel appel du terroir (clin d’œil à David) qui sommeille en moi. Ou l’envie d’aller cracher ailleurs que sur des tombes, bien qu’il s’agisse ici de quelque chose d’aussi terre à terre. Important, le crachat. À force, avec l’âge, je deviens un expert en la matière et je tente toujours de rejeter mon échantillon de vin sinon avec élégance, au moins avec précision et discrétion. Mais attaquons la chose autrement, si vous le voulez bien.

Dans les dégustations professionnelles, comme lors des tastings (pardon pour ce mot qui me blesse, mais je me mets progressivement au goût du jour) informels organisés à la maison ou au sein d’un groupe d’amateurs ou amis, outre la bonne température du vin, on a trop souvent tendance à négliger tout un protocole de choses qui peuvent paraître futiles et sans importance mais qui, pour ma pomme au moins, participent du minimum de dispositions pratiques et esthétiques permettant d’accorder valeur et respect au vin. À ce stade, qu’il soit bien entendu entre nous que le sens du pratique ne veut pas dire mocheté, tout comme l’esthétique ne veut pas dire n’importe quoi.

Joli coup de grâce au Salon des Vins d'Aniane. Photo©MichelSmith

Joli coup de grâce au Salon des Vins d’Aniane, avec Nathalie, du Mas Conscience. Photo©MichelSmith

J’en veux pour preuve la présence souhaitable et utile de l’eau, sur une table, lors d’une dégustation de vins. Cela dit, dans l’indifférence générale me semble-t-il, je déplore la mise en avant désormais systématique des bouteilles d’eaux minérales en plastique, le plus souvent du low-cost mou et hideux, qui vient polluer la vue qu’offre un alignement de verres ou de belles bouteilles. Non seulement cette exposition de flotte industrielle heurte ma vision de perpétuel vieux grognon, mais elle gâche mes photos par la même occasion! Quand je pense que je me suis déplacé, parfois au péril de ma vie, pour le vin, n’est-ce-pas, et non pour l’eau de Carrefour ou de Super U, quand ce n’est pas celle du groupe Nestlé ou de Castel. Ce dernier, au passage, fait plus de fric avec la flotte qu’avec le vin, tandis que l’autre se repaît dans la mal bouffe internationalisée. Mais c’est une autre histoire…

Coup de bol par la suite. Photo©MichelSmith

Sympathique coup de bol par la suite. Photo©MichelSmith

Verser l’eau fraîche du robinet (le plus souvent de meilleure qualité, soit dit en passant) dans une cruche ou une carafe contemporaine ou ancienne, en terre comme en verre, serait pour moi de bien plus économique, judicieux et respectueux du vin comme de l’écologie. Mais voilà, il en va ainsi dans notre société où le je-m’en-foutisme est de règle : on doit faire avec et accepter l’irrationnel ! Demander un petit effort de respect à des vignerons qui, quand ils ne font pas la gueule derrière leur stand, arborent des Nike, jeans troués, casquettes américaines, tee-shirts publicitaires et puent parfois le mégot de cigarette roulée qu’ils vont fumer à la porte, en catimini, cela relève-t-il du rêve ? Bien sûr, et je m’empresse de le dire avant de me faire trucider place Saint Vincent, tous ne sont pas comme ça. Mille pardons pour cet égarement.

Coup de bol ensuite. Photo©MichelSmith

Coup de cuillère à pots ensuite. Photo©MichelSmith

Tiens, à propos de pots ou de cruches en terre, je me suis invité l’autre dimanche à un très populaire salon de vin dans la région des Terrasses du Larzac, à Aniane, à quelques rangs de vignes d’aramon de Saint-Guilhem-le-Désert et à quelques 300 kms aller-retour de ma base. Arrivé pile à l’heure comme à mon habitude – je n’ai pas l’air comme ça, mais j’ai des restes de bonne éducation -, une fois payé mon verre faisant office de droit d’entrée (5 €, c’est raisonnable !), j’entre dans une vaste salle où une demi-douzaine de vignerons (et vigneronnes) s’affairent tandis que les autres, la majorité silencieuse des absents, doivent se dire que ce n’est pas la peine de s’affoler un dimanche matin.

Coup de chance. Photo©MichelSmith

Simple coup de chance, le vert, « ma » couleur. Photo©MichelSmith

Je fais donc mon rapide tour de piste tel un politicien local pour saluer quelques connaissances et voilà que je repère sur certaines tables de fort belles pièces d’argiles cuites vernissées couleurs vertes ou jaunes, typiques de cette partie de la Vallée de l’Hérault, de Saint-Jean-de-Fos en particulier, sympathique village connu pour ses poteries utilitaires. Au passage, il y a deux métiers ruraux que j’admire le plus : la poterie et la vannerie. Et quand bien même suis-je né en plein cœur de la riche et bourgeoise Neuilly-sur-Seine, à l’instar de nos chers présidents (Hollande et Sarkozy), ma fibre régionaliste et mon sub-conscient paysan se sont mis en branle d’un seul coup, comme par miracle.

Coup magistral. Photo©MichelSmith

Coup magistral (je vous épargne mon jet). Photo©MichelSmith

Là, mon sang n’a fait qu’un tour. Le temps de m’apercevoir que seul le cinquième des vignerons exposants avait eu la riche idée de remplacer les tristes seaux noirs plastifiés estampillés Languedoc par des réalisations de potiers locaux qui se sont révélés par la suite être d’efficaces crachoirs avec notamment un trou suffisamment large, profond et bien évasé pour recevoir mon jet puissant sans risque d’éclabousser les objets du voisinage. Mieux, certains vignerons ont poussé leur sens du marketing allant jusqu’à faire inscrire le nom de leur domaine sur le crachoir. J’ai oublié de leur demander à chacun combien cela leur avait coûté, mais je suis persuadé que le jeu en vaut la chandelle !

Assez joli coup. Photo©MichelSmith

Assez joli coup, dans la finesse. Photo©MichelSmith

D’ailleurs, je ne comprends même pas pourquoi les organisateurs du Salon des Vins d’Aniane, depuis le temps que cet événement réputé existe, n’ont pas encore songé à demander aux potiers du coin de leur créer chaque année un crachoir officiel spécifiquement réservé au salon, objet millésimé et signé que les nombreux amateurs qui se pressent ici en été pourraient acheter pour une somme raisonnable et collectionner par la suite en souvenir chez eux. Un peu de bon sens et de terroir nom d’une pipe ! Mais quand cesserais-je d’être aussi naïf pour envisager de telles sottises ? Mêle-toi donc de ce qui te regarde, espèce de dégustateur à la noix ! Eh bien, justement, le bien craché fait partie de mes préoccupations !

Un coup d'eau. Photo©MichelSmith

Un coup d’eau, sans épée. Photo©MichelSmith

Vous vous imaginez recevant un ami amateur chez vous en lui montrant une belle série de crachoirs ? J’ai même suggéré au président du Salon, Roman Guibert, d’organiser l’an prochain un très officiel concours qui récompenserait le Vigneron présentant à son stand le plus beau crachoir en terre cuite. Ça les a bien fait marré et j’estime que c’est déjà un bon point pour celui – moi, en l’occurrence – dont la réputation d’emmerdeur public est bien établie dans la région ! Si seulement les doctes diplômés du Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc pouvaient m’écouter, cela donnerait du travail aux gens du coin. Tiens, rien que pour ça, je trouve que les organisateurs auraient pu m’inviter à déjeuner à une bonne table au lieu de me laisser choir auprès d’une brochette-frites triste à mourir sur l’esplanade du village avec une pauvre bière pression pour toute compagnie !

Simple coup final. Photo©MichelSmith

Simple mais élégant coup final. Photo©MichelSmith

Pour en revenir au crachoir-poterie, moi-même je suis fier d’utiliser ce type d’ustensile depuis des lustres sans même avoir éprouvé le besoin de faire réaliser des pièces à façon. Il m’aura suffit un beau jour d’aller passer une matinée de l’autre côté de la frontière, dans la bonne ville de La Bisbal, en Catalogne, pour y trouver de quoi recevoir mes nobles crachats de dégustation en plus de quelques cruches destinées à l’eau. Certes, on pourrait m’objecter que ces objets sont trop fragiles pour être transportés d’un salon à l’autre. Or, je vous jure que les miens sont encore intacts, à peine ébréchés au bout de 20 années d’utilisations régulières, comme le prouve la photo qui suit.

Coups du Smith. Photo©MichelSmith

Coups de maître, à domicile. Photo©MichelSmith

Alors, si vous êtes en vacances du côté de la Costa Brava cet été, suivez mon conseil au moins pour cette fois-ci. Je vous invite à vous promener le long de l’artère principale de La Bisbal où vous trouverez certainement l’objet potier de votre vie de dégustateur ! Mieux, si par hasard vous cherchez à fuir les parfums nauséabonds des plages du Languedoc polluées à l’huile solaire et aux mégots de toutes sortes, notez qu’un Marché des potiers se tient à Saint-Jean-de-Fos, près du Pont du Diable, durant deux jours, les 8 et 9 Août prochains.

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Cette pièce typique de la terre du Languedoc que vous rapporterez certainement, probablement unique, vous coûtera peut-être deux fois plus qu’un de ces horribles seaux plasifiés que l’on trouve sur Internet. Mais vous en serez fier et ne regretterez ni votre achat, ni la balade ! Et encore moins vos crachats !

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Michel Smith

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#Carignan Story # 279 : Ben, au Célestin, chez Xavier !

Ce bougre de Xavier Plégades (Le Célestin, derrière les Halles, à Narbonne, voir ICI et encore ICI) m’étonnera toujours. Cela doit bien faire la troisième fois au moins, en peu de temps, que l’animal me fait le coup. Même plus besoin de lui demander ! « Tiens, Michel, tu tombes à pic : j’ai un Carignan pour toi. C’est un jeune anglais, Ben Adams, qui bosse en association avec ses compatriotes par chez toi, Paul Old et Stuart Nix, aux Clos Perdus. Il a vinifié une moitié de barrique dans son garage avec les moyens du bord. Une centaine de bouteilles, guère plus. C’est bon, mais un peu spécial, tu vas voir… ».

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Les Clos Perdus, dont j’ai déjà évoqué certaines cuvées sur ce blog il y a quelques années, article que je ne retrouve plus dans nos archives, est un domaine intéressant qui possède plusieurs vignes dans le secteur de Maury/Tautavel, mais aussi plus proche de leur base, dans les Corbières maritimes, du côté de Peyriac-de-Mer entre autres. Paul Old, qui est un peu l’âme du domaine, est proche de la biodynamie et il a un faible pour le Carignan de vieilles vignes qui entre en quantité significative dans au moins deux de ses cuvées.

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Mais pour en revenir à Xavier, J’adore aller chez lui. Pas que pour lui et ses bouteilles soigneusement rangées dans sa cave souterraine, mais aussi pour son adorable compagne, Hyacinte (elle tient à cet orthographe), la parisienne, ainsi que pour la grande et malicieuse Léti (Laetitia) affairée le plus souvent aux fourneaux. Ce midi-là, elle nous avait concocté un tendre onglet accompagné de chou fleur des plus goûteux. Bien conseillé par Xavier, j’avais acheté cette mystérieuse bouteille de Carignan 2013 vendue 19 € à emporter, ou 25 € sur table. Un peu cher, j’en conviens, mais quand on sait qu’il y en a si peu… Et pui, je suis toujours prêt à ouvrir mon portefeuille pour goûter une nouveauté !

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Il se trouve que j’ai aimé le vin malgré son aspect artisanal. Je suppose que c’est Ben Adams lui-même qui a dessiné l’étiquette puisque j’ai appris qu’avant de s’installer dans le Languedoc, il a étudié les Beaux-arts à Londres. Dans le verre, j’ai retrouvé la simplicité que procure parfois le Carignan. Ce Corbières a un aspect léger, mais il est droit, vif et agréablement acidulé, rien de très spectaculaire, mais très Carignan en somme, et prêt à boire dès cet été sur des calamars à la planxa, par exemple. Le servir frais, bien entendu.

Michel Smith


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Tourisme : l’exemple de l’abbaye des vignes

Il y a des choses en vieillissant qui m’horripilent, tels ces trois mots à la base ou cette autre expression qui fait fureur Quelle tuerie !, ou bien encore l’adverbe clairement placé au début de chaque phrase. Comme pour ça fout les poils en parlant d’un concert émouvant. À cela, j’ajouterai volontiers un dernier ça me fout les boules pour rejeter ces quelques tics qui s’incrustent peu à peu de manière insidieuse dans le langage courant. Ce n’est pas nouveau, je sais. Je me souviens que du temps du twist à Saint-Tropez, pour draguer une poulette on lui lançait un martial tu me bottes histoire de l’emballer ! Faut-il accepter la fréquence de ces évolutions de langage qui nous bassinent d’un jour à l’autre ? Faut-il remercier Internet de nous enrichir ainsi de mots inutiles ? Bien sûr, tout cela n’est pas dramatique si l’on accepte le fait que notre langue est belle, mais vivante. Il n’empêche que j’ai du mal à m’y faire, tant il y a de mots comme ça, des barbarismes, qui ne passent pas. Comme œnotourisme, imaginé par des lumières technocrates pour remplacer des expressions plus simples et moins savantes telles que tourisme viticole ou vacances dans le vignoble, mais qui au moins signifient quelque chose au commun des mortels. Et pourquoi pas gastrotourisme pendant qu’on y est puisqu’on a déjà cyclotourisme ? Mon copain André Deyrieux en fait un bon usage, lui, de ce mot œnotourisme. En son nom, il a même réussi l’exploit de me faire déplacer jusqu’à Sète (voir mes articles des jeudis précédents) pour me convaincre du bien fondé de ce mot.

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Alors certes, grâce à Thau Agglo, on a vu des coquillages, l’eau limpide d’un étang, des barques de conchyliculteurs, d’autres d’ostréiculteurs, des villas sam’suffit, des dunes blondes, des légumes paysans, des poissons, des bouteilles et des vignes, mais on a surtout visité là-bas – revisité pour ce qui me concerne – un des plus beaux exemples de tourisme viticole dont le Languedoc peut s’enorgueillir : l’abbaye de Valmagne. Fondée en 1138, elle fut vite rattachée à l’ordre de Citeaux pour prospérer et se développer avec la construction d’une église romane aux dimensions et hauteurs d’une cathédrale forteresse doublée d’un cloître plus récent (restauré au XVIIème siècle) étonnement bien conservés. Dans l’église où la messe est encore parfois célébrée, le vin a sa place logé qu’il est en de grands foudres sous les ogives. Cet ensemble est d’autant plus inattendu et saisissant qu’il se dresse avec majesté au milieu d’un décor champêtre de cyprès, de champs de blés et de vignes. Je me dois de confesser que j’ai pris plaisir à flâner, hélas peu de temps, dans le conservatoire des cépages où le Carignan a sa place en même temps que le Monastrel, ainsi que dans le jardin médiéval et le potager de cette abbaye qui organise toutes sortes de manifestations nocturnes et culturelles où le vin a sa place, le tout à quelques lieues des horreurs du Cap d’Agde.

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Achetée en 1938 par le comte de Turenne, la propriété aurait pu céder aux sirènes des investisseurs de tout poil, mais elle a toujours gardé sa vocation viticole. Arrive le moment où il faut souligner la modestie de la famille qui s’investit et veille sans relâche sur ce trésor patrimonial du Languedoc. À la suite de ses parents, Philippe d’Allaines, que j’ai connu il y a plus de 30 ans quand il venait défendre son vin et tenter de le vendre à Paris, est un vigneron bâtisseur exemplaire. Il aime se présenter comme étant le cellérier de Valmagne en souvenir d’un truculent frère Nonenque qui a laissé un tel souvenir qu’on lui a consacré une réjouissante cuvée. Philippe est aidé de son épouse, Laurence, l’aubergiste de Valmagne qui utilise dans sa cuisine une grande part des fleurs et légumes du jardin.

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Depuis l’époque de ma première venue à Valmagne, au tout début 1990, les sols du cloître et de l’église ont été joliment refaits afin de mieux recevoir le public. Les arcs-boutants qui maintiennent les murs de l’église ont été consolidés et, outre les visites guidées et les séances de dégustations, avec beaucoup d’intelligence et d’astuces, la famille d’Allaines développe les initiatives pour animer les lieux. Dernière en date, la bière de l’abbaye élaborée dans une brasserie artisanale voisine, à partir de quatre qualités d’orge, d’avoine, de froment et, pour la partie aromatique, du houblon français et des fleurs de sureau. Avant d’aborder les travaux pratiques, afin de connaître les grandes lignes de l’histoire de Valmagne et de sa vocation viticole, je vous propose de visionner ce petit reportage réalisé dans la bonne humeur.

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Cette nouvelle visite – la troisième ou quatrième, à vrai dire depuis que je suis voisin du Languedoc – a été pour moi l’occasion d’une rapide dégustation de bouteilles ouvertes quelques heures auparavant par Philippe d’Allaines. Trois millésimes anciens de la cuvée de Turenne étaient présentés, sur des vignes (Mourvèdre et Syrah, principalement plantés en 1982) cultivées en biologie depuis 15 ans, comme sur l’ensemble du domaine (soit une soixantaine d’hectares), et dont une partie des vins séjourne un an en barriques. J’étais resté sur le souvenir d’un magistral 2003 goûté en 2008 à l’occasion d’un reportage sur les Grès de Montpellier (déjà !) dont cette cuvée est devenue l’un des fleurons. Ce 2003 était chaleureux, giboyeux, truffé, solide, serré et dense avec une finale persistante sur fond de menthe sauvage et de garrigue. À l’époque, le vin coûtait 11 € départ cave. Pas encore Grès de Montpellier, mais simple Coteaux du Languedoc, élevée en cuve ciment, la version 1988 se goûtait encore fort bien en dépit d’un incident sur un premier flacon trop pâle de robe et au bord de l’usure.

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Le 1989 se montrait beaucoup plus volubile et alerte : robe foncée, terre chaude au nez, il se faisait ample, riche en matière et très long en bouche. Avec le 1998, les notes de truffe noire s’affirmaient plus encore en rétro-olfaction avec de la densité, de l’amplitude et beaucoup de noblesse. Pour moi, il était l’égal de ce 2003 qui m’avait tant impressionné. Quelques années après mon dernier passage, je trouve que les prix sont restés sages puisque le 2012 de la cuvée Comte de Turenne actuellement en vente, mais non goûté, coûte 14 € départ cave. Quoiqu’il en soit, même en famille avec les enfants, ne manquez pas la visite cet été de cette chère Abbaye des Vignes !

Michel Smith

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Quand je vois l’étang…

Peut-être est-ce la saison qui veut ça, mais il serait temps de penser un peu plus à l’étang avant que les touristes ne dévalent en masse. L’étang, quel étang ? Celui de Thau pardi, le plus beau, le plus vaste, le plus pur. Bien entendu, vous allez me dire qu’étant presque adopté par les Catalans j’aurais pu m’attarder aux bords de l’étang de Canet, du Barcarès ou de Leucate, ou de toute autre lagune bien plus proche de Perpignan. Mais aller jusqu’à Sète de chez moi ne demande qu’une heure et demie de TER et en plus, le vélo est autorisé dans les wagons, alors pourquoi me priver d’une excursion vers cette petite Marseille (ou Naples, ou Gênes, ou Livourne…) où le marché regorge de poissons aussi beaux et appétissants que ceux des Halles de Narbonne ? Jim, jump on your bike ! Sans vélo, je pourrais même m’y aventurer à pieds, en profitant des bus locaux et des sentiers pédestres qui bordent l’étang ! Départ de Sète par le lido, entre mer et étang, en traversant les vignes de Listel plantées sur le sable jusqu’aux abords de Marseillan, un des plus beaux villages du Bassin de Thau.

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Sète en arrière plan derrière les tables à huîtres. Photo©MichelSmith

Et puisque je suis dans un de ces jours fastes, je suis ravi de vous ouvrir quelques portes débouchant sur autant de pistes tout en sachant qu’il en existe bien d’autres et que vous pouvez les signaler à la suite de mon article afin d’en faire profiter tout le monde. Mais avant, regardez comme c’est beau un étang en visionnant ce petit reportage qui date de près d’un quart de siècle. Aujourd’hui, l’étang de Thau est encore plus surveillé et protégé qu’il ne l’a jamais été.

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L’étang transparent et le Mont Saint-Clair en veilleur. Photo©MichelSmith

Tout de suite, une pensée Après l’ami Alain Combard que je saluais dans ma chronique d’il y a deux semaines, je dédie cette joyeuse randonnée en Pays de Thau à Christophe Delorme que j’ai bien connu en son Domaine de la Mordorée, à Tavel. Il aimait la bécasse et la truffe, comme son père, et il vient de nous quitter un peu trop tôt comme d’autres avant lui marquant ainsi la saison des absences en série chez nos amis vignerons. Mais le vin continue, comme la vie, et cette expédition autour de ce vaste refuge d’oiseaux qu’est l’étang de Thau lui est dédiée. Ce sera pour moi l’occasion de lever un verre en regardant un peu plus vers l’est, vers la Provence.

La pieuvre et les dauphins, place de la Mairie à Sète. Photo©Michelmith

La pieuvre et les dauphins, place de la Mairie à Sète. Photo©Michelmith

Brassens, d’abord, puis les Halles Tout de go, je revois le vieux poète, Georges. Sa tombe ne se trouve pas au Cimetière Marin de Sète, où l’on peut voir celle de Paul Valéry non loin de celle de Jean Vilar, mais au cimetière du Py, un dortoir bien plus prolétaire que l’on surnommait il n’y a pas si longtemps encore le cimetière des Ramassiscomme on le raconte sur le site de la ville. Surtout prenez le temps. Offrez vous le luxe d’un (une) guide assermenté. Filez à l’Office de Tourisme, tentez une approche sur les joutes ou sur la pêche ou encore sur la gastronomie sétoise. A propos, ne manquez pas, dès 7 heures le matin, de visiter les Halles, gros bloc de béton du plus pur style années 70 recouvert d’un filet de pêche en ferraille dans un ultime effort contemporain de cacher les laideurs d’un passé manquant de style.

Le thon rouge sur les étals des poissonniers des Halles. Photo©Michelmith

Le thon rouge sur les étals des poissonniers des Halles. Photo©Michelmith

Un jardin extraordinaire En face de Sète, à Balaruc-les-Bains, dans un domaine conquis sur la garrigue au-dessus de l’étang, il existe un lieu probablement unique au monde. Avec l’aide de botanistes archéologues, Thau Agglo a aménagé un Jardin Antique qui attire tous les poètes-flâneurs amoureux des essences méditerranéennes. Sur près de 2 ha, on se promène dans des univers floral et boisé (1.200 espèces de plantes) réparti selon une thématique tantôt sacrée, mythologique, culinaire, horticole, médicinale ou cosmétique. Ce n’est en aucun cas une réplique, mais un jardin tout ce qu’il y a de plus moderne, brillamment conçu sur la base de ce que l’on sait des mondes grec et gallo-romain. Un endroit grandiose et paisible à la fois où il ne manque plus qu’un petit café pour rêvasser tout en dégustant les muscats de Mireval et de Frontignan. On aimerait aussi une ouverture plus matinale (bien avant 9 h 30) en été pour permettre une visite « à la fraîche » en compagnie des oiseaux qui fréquentent les lieux.

Exposition dans le Jardin Antique de Balaruc. Photo©Michelmith

Exposition insolite dans le Jardin Antique de Balaruc. Photo©Michelmith

Manger, ensuite Il existe à Sète au moins un restaurant étoilé, La Coquerie, mais je n’ai jamais pu me l’offrir et, la dernière fois que j’ai tenté une approche en escaladant le Mont Saint-Clair, du côté du Cimetière Marin, il était fermé. Je ne prétends pas être un grand connaisseur de la restauration locale, mais je n’ai jamais fréquenté de bons restaurants à Sète en dehors d’une sorte de brasserie artistique à l’ambiance jazzy. En conséquence, je vous recommande chaudement d’aller tester les pistes sétoises (petits supions) bien aillés et pimentés, à moins que vous ne choisissiez les tellines ou les spaghetti à l’ail et à l’anchois dans ce restaurant que j’affectionne et qui a pour drôle de nom The Marcel.

La tielle sétoise aux Halles. Photo©Michelmith

La tielle sétoise aux Halles. Photo©Michelmith

La « tielle » telle qu’on la confectionne Justement, dans cette petite rue typique (3 rue Lazare Carnot), entre deux canaux, à deux pas de The Marcel et de son patron un tantinet bougon, mais si attachant quand on le connaît, profitez-en pour goûter une des tielles fabriquées à la poissonnerie Guilaine Marinello. Pour le pêcheur, ce hachis de poulpe principalement, associé à d’autres poissons de roche et à de l’huile d’olive colorée par la tomate plus ou moins épicée puis enrobé d’une pâte à pain – chaque famille a sa recette -, constitue un véritable casse-croûte rapporté ici par des pêcheurs italiens. Abondamment consommée sur l’étang de Thau et jusqu’à Béziers, meilleure quand elle est « du jour », la tielle est ronde et il en existe de plusieurs tailles. Elle se mange froide ou tiède et est l’objet d’une véritable guerre entre fabricants pour grandes surfaces et artisans locaux. Deux fabriques sétoises se partagent les faveurs des amoureux de la tielle, celle de Sophie Cianni et celle de la maison Dassé que l’on trouve aux Halles.

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L’huître de l’Étang telle que je l’affectionne La localité de Bouzigues en est la capitale. Avec les moules et d’autres coquillages ou escargots de mer, elle fait la réputation gastronomique du secteur. Plutôt grosse et salée, elle se suffit à elle même et je préfère la croquer hors glace (sale manie qui consiste à la servir aussi froide qu’un sorbet !), légèrement laiteuse, sans citron ou vinaigre (gare au sacrilège !) avec juste un tour de moulin à poivre. Aux bords de l’étang, avec une vue panoramique sur le Mont Saint-Clair, on peut la croquer sans retenue dans certains établissements aux allures de guinguettes parfois tenus par des ostréiculteurs de bonne réputation. C’est le cas au Saint-Barth, chez la très entreprenante et innovante famille Tarbouriech où, en plus de la tielle et de la tapenade, des escargots, palourdes et moules de l’étang, l’on déguste de fameuses « huîtres roses » ou « solaires » élevées au rythme d’une marée reconstituée, huîtres que l’on accompagne d’un exemplaire Picpoul de Pinet du Domaine Morin-Langaran. D’autres ostréiculteurs font un travail remarquable : Jean-Marc Deslous-Paoli (06 20 64 34 89), par exemple, du Cercle des Huîtres pour la finesse de ses petites huîtres ou Philippe Vaudo et Simon Julien de Huîtres-Bouzigues.com pour la fermeté de leur chair.

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L’heure de l’apéro au Domaine de La Belonnette. Photo©Michelmith

Dormir sur l’étang Si vous cherchez une chambre ou un gîte où dormir dans le calme et le confort face à un splendide parc de 7 ha dont les chemins mènent à l’étang tout proche, il faut contacter Marie-Christine Fabre de Roussac ou ses enfants Florian et Fleur au Domaine de La Bellonette. L’occasion, le soir sur la terrasse, de célébrer l’huître de Bouzigues au Noilly PratOu bien au Picpoul de Pinet dont les vignes enserrent une partie de l’étang. On vous a déjà conté ici les mérites de ce cru exclusivement blanc qui honore le Languedoc.

La fameuse Tarbouriech : jamais sans le Picpoul de Pinet. Photo©Michelmith

La fameuse Tarbouriech : jamais sans le Picpoul de Pinet. Photo©Michelmith

Il y a deux ans dans ce même blog, j’avais dressé une liste de mes préférés, liste à laquelle il faudra rajouter le vin du Domaine Morin-Langaran cité plus haut. Voici donc quelques étiquettes à ne pas manquer : Domaine Félines-Jourdan, les Vignerons de Montagnac Terres Rouges, L’Ormarine Préambule, L’Ormarine Juliette, Cap Cette de la Cave coopérative de Pomérols. Deux IGP aussi dans lesquelles il se passe certainement quelque chose : Côtes de Thau et Côtes de Thongue. Lors d’un récent voyage de presse dans le Pays de Thau, voyage consacré à l’œnotourisme, je m’attendais à faire plusieurs dégustations de vins. Ce ne fut hélas pas le cas, la plupart des restaurants présentant des cartes réduites avec plus de vins extérieurs au secteur que nous étions censés découvrir. Il reste encore des progrès à faire, mais la région de l’étang est tellement belle que je suis décidé à attendre le temps qu’il faudra !

Michel Smith

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