Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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A Frontignan, et nulle part ailleurs…

Frontignan est une des 4 appellations de Muscat du Languedoc (les trois autres étant Saint-Jean-de-Minervois, Mireval et Lunel). C’est également  la plus importante en surface (avec un peu moins de 800 hectares) aussi bien qu’en volume de production (18.500 hl).

Comme son homologue de Mireval, le vignoble s’adosse au massif de la Gardiole et fait face aux étangs, au Sud. Il s’agit de terrains secs et caillouteux.

Comme les autres muscats du Languedoc, le Frontignan est produit à partir du seul Muscat de Frontignan, alias Muscat à Petits Grains. Comme eux, ses vins doivent titrer au minimum 15 degrés d’alcool, et 110 grammes de sucre par litre. Mais l’appellation Frontignan présente une particularité unique dans le monde du Muscat en France: outre le procédé du vin doux naturel (mutage à l’alcool pendant la fermentation alcoolique), elle peut également utiliser celui de la mistelle (mutage avant fermentation). Pour cette spécialité, qualifiée de Vin de Liqueur (et plutôt rare) le taux de sucre minimum est de 185 grammes par litre.

Lors de mon passage à Pézenas, pour Terroirs & Millésimes en Languedoc 2017, j’ai pu déguster plusieurs vins de cette appellation singulière. Voici ma moisson.

 

Cave de Frontignan AOC Frontignan « Premier « 

J’ai l’impression d’avoir toujours connu ce vin, cette étiquette et cette bouteille torsadée (la légende voulant que ce soit Hercule qui l’ai tordue pour en extraire la dernière goutte !). Mes parents en buvaient – et cela n’a rien de péjoratif pour moi, bien au contraire. Et si ma mémoire est bonne, il y avait un petit extrait d’un poème de Paul Géraldy sur l’étiquette.

Déguster ce vin, c’est donc un peu comme remonter dans le temps – sauf que je n’ai bien sûr plus le goût de l’époque. Je veux dire que je ne me souviens guère avec précision de ce à quoi il ressemblait ; que son goût a probablement évolué avec la technique, et parallèlement, que mon goût a changé.

Quoi qu’il en soit, c’est aujourd’hui un vin d’une grande sincérité : vous aimez le goût du raisin frais, le voici. La richesse, la douceur, le fruité – ils sont à vous.

Le Muscat dans ce qu’il a de plus muscat, sans aucun artifice.Vendu chez Nicolas

Cave de Frontignan AOC Frontignan 20 ans d’âge 

Là, on entre dans un tout autre monde. Une maison de café, peut-être. Ou une distillerie de whisky. Aux notes de moka s’ajoutent le caramel, les noisettes, les amandes, le rancio. Il paraît que Voltaire réclamait du Frontignan « pour sa survie ». Si c’était ce genre de Frontignan, je peux comprendre…

Château de Peyssonnie AOC Muscat de Frontignan

Le nez puissant évoque le raisin mûr, par une chaude journée d’été ; il offre aussi quelques jolies notes de laurier, un peu de miel, et une belle amertume finale.

Ce domaine de 20 hectares, propriété de la famille Astruc, est affilié à la Cave de Frontignan, qui vinifie environ 80% des volumes de l’appellation.

http://boutique.frontignanmuscat.fr/vins-doux-naturels/18-chateau-de-peyssonnie.html

 

 

C’est à vous de voir… et de boire

Il est grand temps de redécouvrir les Frontignan! L’été est là, c’est le moment de faire une cure. Ce n’est pas parce que la mode est au sec qu’il faut renoncer au plaisir de ces douceurs, d’autant que ces vins ne sont pas « bêtement sucrés », mais souvent complexes. C’est juste une question de moment, d’accords, de contexte. On les imagine bien sur un fromage (bleu, par exemple), un foie gras, une poire flambée, une crème brûlée, ou avec une macédoine de fruits exotiques, ou encore sur des fraises, avec une feuille de menthe. Servis bien frais, mais pas glacés, non plus, pour ne pas tuer les arômes.

Il y a là tout un patrimoine qu’il ne sert à rien de protéger par une AOC, un cahier des charges, de la paperasse, si vous, amis oenophiles, ne pensez plus à en boire !

Hervé


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La Livinière revisitée


Il y a peu de temps temps, sur ce même blog, Hervé nous racontait  sa participation à une dégustation de vins de l’appellation Minervois La Livinière : opération dont le titre était Livinage 2017, ce qui signifie, selon le support édité à l’occasion « déguster et distinguer un cru La Lavinière ». Car cette appellation de Minervois La Livinière tente de faire bande à part de la plus vaste zone de Minervois.

Comme souvent dans pareil cas, je n’y vois pas trop l’intérêt de cette multiplication d’appellations, même si je constate aussi les qualités de bon nombre des vins de cette région.  Je n’ai pas pas participé à la dégustation sur place, mais j’ai pu déguster les vins quelques semaines plus plus tard à Paris, grâce à Sarah Hargreaves qui assure les relations presse de cette appellation. Je rappelle qu’il s’agissait de neuf vins ayant été élu par trois jurys, chacun composé d’un groupe professionnel différent : presse, sommeliers et vignerons. J’étais curieux aussi de voir si ces trois groupes dégustaient les vins de manière différente.

Il semblerait que oui  (ce qui est assez habituel) car chaque groupe à élu trois vins différents : le jeu consistant, pour chacun, de sélectionner ses trois cuvées préférées. Ce n’était pas, stricto-sensu, une dégustation comparative car les millésimes n’étaient pas identiques, mais l’exercice était quand-même intéressant et, ayant dégusté les mêmes vins plus tard, je vous livrerai ma propre opinion sur les neuf vins sélectionnés, avec quelques remarques en guise de conclusion à la fin.

Trois de mes vins préférés parmi la série de neuf

Les vins du jury presse

Oustal Blanc, Prima Donna 2014

Grenache, Syrah

Nez fin, légèrement fumé sur un fond de bon fruit noir très gourmand. Bel équilibre en bouche pour un vin long, relativement chaleureux (ses 15° sont bien là !) mais gardant jusqu’à la fin son délicieux caractère fruité. Devrait bien se tenir dans le temps aussi.

16/20 (prix 29 euros)

Domaine de Tholomies 2015

Syrah, Grenache

Un nez intense de fruits noirs, avec des notes de terre et d’humus dans la gamme sous-bois. En bouche le fruité se révèle élégant et charmeur, porté par une acidité fine. Il n’a pas vraiment un profil de vin de garde mais il est très réussi dans son genre, en plus d’être abordable (moins de 20 euros).

15,5/20 (prix 16 euros)

Clos Centeilles 2011

Mourvèdre, Grenache, Syrah

J’aime généralement beaucoup les vins de ce domaine, mais j’avoue avoir été un peu déçu par cette bouteille. Le nez a moins de précision que pour les deux vins précédents. La structure en bouche est ferme mais j’ai un peu de mal à cerner son profil qui me semble brouillé.

14/20 (prix 18 euros)

 

Les vins du jury sommelier

Domaine La Siranière 2012

Grenache, Syrah

Le nez me semble marqué par des « bretts » et cela se confirme en bouche par une texture assez crayeuse. Le vin reste vibrant malgré son aspect chaleureux mais le fruit manque singulièrement.

13/20 (prix 24 euros)

Domaine Ancely, Les Vignes Oubliés 2013

Syrah, Grenache

Nez intense et profond, de fruits noirs avec des touches de réglisse et de fumé. Le boisé est encore marqué mais le vin à de la profondeur et reste bien équilibré. Prix raisonnable aussi.

15/20 (prix 16 euros)

Mas Paumarhel, Mourel Rouge 2014

Mourvèdre, Syrah, Grenache

Le nez n’est pas net du tout. Présence dominante de bretts. Vin dur en bouche, dont le fruité à été écrasé par l’extraction puis par le caractère déviant et très animal/crayeux provoqué par des bretts.

11/20 (prix inconnu)

 

Les vins du jury vigneron

Château Faîteau, cuvée Gaston 2014

Syrah (70%), Carignan, Grenache

Un beau nez fruité avec beaucoup d’intensité. L’élevage me semble bien dosé et apporté des notes de fumé et d’épices. Gourmand et juteux en bouche avec une bonne longueur. Juste une suspicion de bretts par une finale un peu sèche ?

15/20 (prix inconnu)

Champs du Lièvre 2015

Syrah, Grenache

Le fruité est intense au nez et charnu en bouche. C’est aussi le plus tannique des vins de toute la série, avec une longueur impressionnante. Sa jeunesse y est probablement pour quelques chose. En tout cas un vin remarquable.

16,5/20 (prix 19 euros)

Château Maris, Dynamic 2014

Syrah, Grenache

Un vin d’un fruité charmeur et magnifique. Très juteux en bouche, c’est un vin qui donne beaucoup de plaisir immédiat mais qui a aussi un beau potentiel de garde, comme en témoignent sa structure tannique et sa fraîcheur équilibrante. Seul bémol au tableau : un prix très élevé.

16/20 (prix 60 euros ou plus, je crois)

 

Remarques

Je suis un peu dubitatif sur un plan déontologique quant à la validité d’une dégustation qui inclut des vignerons de la région dans le panel, même si, dans ce cas, on prend bien soin d’identifier leur sélection. Cela dit, je trouve qu’ils ont bien travaillé dans ce cas alors….

Je n’ai pas bien compris la sélection des sommeliers : un bon vin mais deux ayant des défauts manifestes. Est-ce que les flacons que j’ai dégusté avaient dévié ou bien est-ce que les personnes ayant participé aiment spécialement nos amis les bêtes ? mais j’adhère aux deux autres sélections dans l’ensemble. Il est normal et heureux que deux dégustateurs (ou deux groupes de dégustateurs) n’aient pas exactement les mêmes avis sur tous les vins, sinon tout le monde aimerait les mêmes et cela serait très ennuyeux. Mais je trouve un peu troublant qu’un groupe qui se dit professionnels du vin laisse passer des vins ayant de défauts assez flagrants dans un concours. Il ne s’agit pas de « chercher le défaut », mais quant un vin de ce type n’a pas d’expression fruitée et qu’il assèche la bouche, je me pose des questions sur la formation de ceux qui l’ont accepté. Font-ils partie du secte des vins « nature » ?

Les vins sont puissants dans l’ensemble mais, pour la plupart, équilibrent bien cela avec une très belle qualité de fruit. Du coup on ne sent que rarement un effet chaleureux en bouche. Certains ont clairement un bon potentiel de garde pour ceux que cela intéresse, mais tous, ou presque, peuvent donner du plaisir immédiat. Il suffit pour le plus tanniques de les servir avec une plat un peu salé pour voir fondre les tanins.

Les prix de la plupart de ces vins tournent autour de 20 euros la bouteille, avec un qui fait le grand écart, sans que cela se reflète vraiment dans la qualité des vins.

David Cobbold

 


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Gérard Bertrand dans La Dernière Heure

Sous la plume de Philippe Bidaine, nos confrères belges de La Dernière Heure consacrent un long article à Gérard Bertrand.

Le genre de portrait qu’on aimerait pouvoir lire plus souvent dans les gazettes, même en France. Parce qu’à notre sens, le vin ne doit pas rester qu’une histoire d’initiés.

C’est ICI


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Livinage 2017

L’édition 2017 du Livinage (la sélection des meilleurs vins du Cru Minervois La Livinière) s’est tenue à Siran le 24 avril dernier.

Pour rappel, l’originalité de ce concours est que tous les domaines (26 au total) sont représentés, que chaque vigneron ne présente qu’un seul vin, et que les membres du jury (qui dégustent tous les vins) sont répartis en trois tables: une table sommeliers, une table producteurs et une table journalistes. Cette année, je faisais partie du jury journalistes, au côté d ‘André Dominé, de Johan Castaing et de Caroline Jauffret-Redon. Si ma mémoire est bonne, notre amie Marie-Louise avait également siégé dans ce jury, en qualité de sommelière, l’année dernière.

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Le gardien du Clos Centeilles (Photo (c) H. Lalau 2017)

Ce fut un excellent moment. Je ne parle pas seulement de l’organisation, sans faille, mais des vins, d’un excellent niveau.

Je le dis avec d’autant plus de conviction que les Minervois La Livinière présentés le matin même, à Pézenas, dans le cadre de la semaine Millésimes & Terroirs en Languedoc, ne m’avaient pas autant séduit.

Deux raisons me viennent à l’esprit pour l’expliquer:

Primo, l’accumulation.  Peut-être avais-je voulu déguster trop de vins, trop d’appellations, en cette première matinée, et j’ai fini par saturer. L’après-midi, le contexte était tout autre, et sans doute plus favorable.

Secundo: ce n’étaient pas les mêmes millésimes. Pour le Livinage, en effet, nous avons eu la chance de pouvoir remonter un peu dans le temps (jusqu’en 2010), et certains vins de cette appellation gagnent manifestement à reposer un peu. Comme les excellents Clos Centeilles 2011 et La Siranière 2012, par exemple.

Les vins primés (Photo (c) H. Lalau 2017)

Et maintenant, place au palmarès:

JURY PRESSE CLOS CENTEILLES Clos Centeilles 2011
DOMAINE DE THOLOMIES Domaine de Tholomiès 2015
L’OUSTAL BLANC Prima Dona 2014
JURY SOMMELLERIE DOMAINE LA SIRANIERE La Livinière 2012
DOMAINE ANCELY Les Vignes Oubliées 2013
MAS PAUMARHEL Mourel Rouge 2014
JURY VIGNERONS

CHATEAU FAITEAU

Gaston 2014
CHAMP DU LIEVRE Minervois-La Livinière 2015
CHATEAU MARIS Dynamic 2014

 

Un air de famille

Que vous dire de plus? J’ai eu du mal à départager mes favoris. Si je mets à part un vin pour lequel j’ai noté « jus de planche » (mais j’étais le seul dans mon jury, alors j’ai cédé à la loi démocratique), aucun vin ne m’a franchement déplu. Mes notes se sont échelonnées entre 12 et 15/20 – avec pas moins de 4 vins pour cette dernière note.

J’ai apprécié l’air de famille qui se dégage de cette appellation – je ne parlerai pas de typicité, vu que les choix d’élevage sont assez différents, et que nous jugions des vins de millésimes très différents. Mais je retiens que les Livinière présentent souvent une étonnante fraîcheur pour une zone tellement gorgée de soleil, et ce n’est pas qu’une question d’acidité, mais aussi d’épices et de structure tannique. Pour plus d’un vin (ne me demandez pas lesquels, c’était à l’aveugle), j’ai écrit « élégance », « poivré », juteux ». Et même pour les vins où l’élevage se faisait le plus sentir, cela restait équilibré (à l’exception d’un seul, je l’ai déjà dit).

Je trouve aussi très important d’avoir pu déguster de vins de plus de 5 ans – nous autres journalistes jugeons trop souvent des vins trop jeunes, en devenir, ceux du millésime le plus récent sur le marché, et c’est parfois faire injure au travail de ceux qui construisent des vins pour durer. Et à quoi bon se réclamer d’un « cru », si c’est pour qu’il soit « cuit » au bout de deux ans?

En résumé: Mesdames et Messieurs de La Livinière, ne changez rien, vous tenez la bonne recette!

Hervé Lalau


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Terroirs & Millésimes en Languedoc 2017: mon « best of »

Je rentre de la joyeuse semaine de Terroirs & Millésimes en Languedoc 2017, basée cette année à Pézenas; une ville qui garde de son passé de capitale du Languedoc une foule de beaux hôtels particuliers.

Vu la masse de vins présentés (un bon millier!), et même si je m’en tenais aux seuls flacons qui m’ont tapé dans le nez, il faudrait trop de place pour vous les présenter tous en détail. L’autre écueil, c’est répétition: au bout de trente assemblages Grenache-Syrah, quinze boisés, quinze « sur le fruit », je commence à épuiser mon vocabulaire.

Pour ma sélection, cette fois, j’ai donc choisi de ne publier que les photos des vins – non par paresse, mais par compassion pour vous, cher lecteur!  Et de ne citer que ceux qui m’ont vraiment ému. Les vins que j’avais envie de boire, hic & nunc – et surtout, de partager.
 En balade à Faugères (Photo (c) H. Lalau 2017)

Quelques constatations d’ordre général

Cette émotion, cette année, je ne l’ai pas ressentie partout. Il faudrait bien sûr nuancer en fonction des millésimes (nous avions principalement des 2015, des 2014 et des 2013, trois millésimes très différents); mais globalement, en rouge, j’ai eu plus de mal avec les Corbières, les Pézenas et les Minervois (tannins rêches, boisé grandiloquent ou fruits cuits, faites vos jeux!) qu’avec les Pic-Saint-Loup, les Terrasses du Larzac et les Saint-Chinian (peut-être parce que j’aime les schistes?). A propos de schistes, je mettrai le cas de Faugères à part: alors qu’à la dégustation du matin, bon nombre de vins m’avaient paru durs et fermés, l’après-midi, à Faugères-même, c’était une tout autre histoire. Même constat pour Minervois-La-Livinière (j’ai participé au Livinage 2017, et je vous en reparlerai à l’occasion). Ceci, pour le côté rouge de la Force.
A relire mes notes, je m’aperçois que je n’ai pas été très inspiré par les rosés. Le syndrome du pâle-et-pamplemousse a souvent frappé.
J’ai eu beaucoup plus de bonheur avec les blancs. Ainsi, les Picpoul-de-Pinet m’ont à nouveau séduit. Un petit mot à leur propos; on trouve à présent sous ce nom plutôt connu pour ses vins vifs et faciles (ce qui n’a rien de péjoratif, car personne n’aime les vins « difficiles »), des cuvées plus ambitieuses, avec un certain potentiel de garde – une appellation à suivre, donc.
A Limoux, également, j’ai trouvé quelques belles bouteilles de blancs tranquilles – ce sont souvent toujours les mêmes, celles des producteurs qui évitent de matraquer leurs vins sous le bois. Sous les appellations plus étendues, Languedoc et Corbières, forcément, vu la diversité des terroirs, c’était plus disparate.
Quant aux Muscats, je réserve mon jugement: j’en ai trouvé de très bons, mais ils étaient assez peu nombreux – sans doute la marque de la faiblesse de la demande. Et pourtant, certains Muscats-de-Saint-Jean-de-Minervois et de Frontignan, notamment, mériteraient vraiment qu’on les redécouvre. C’est d’ailleurs un peu le même problème avec les Clairette du Languedoc, dont je vous parlais l’année dernière, au retour de l’édition précédente de cette folle semaine.
Terminons avec les bulles: au vu de la qualité des Limoux, et de leur rapport qualité-prix, j’ai vraiment du mal à comprendre que des distributeurs ne s’y intéressent pas plus. Qui, sain de corps et d’esprit, préférerait une bouteille de mauvais Cava à 5 euros plutôt qu’une bonne bouteille de Limoux à sept? Sept euros, c’est élitiste, vous trouvez?
Quant aux balades, visite de caves et autres à-côtés qui ont émaillé cette semaine, je vous en parlerai plus tard.
Pour ma part, j’ai toujours un peu de mal à rendre compte de tels événements. Notre rôle, tel que je le conçois, c’est d’être vos antennes, pour vous aider dans votre choix. Pas de vous faire saliver, de manière légèrement sadique, devant des organisations réservées aux pros, aussi bien organisées soient-elles (au passage, merci à tous nos hôtes, à Pézenas et dans les différentes appellations visitées).
Et maintenant, comme promis, mes coups de coeur. Je précise que tous ces vins ont été dégustés à l’aveugle – seule l’appellation était connue. Je ne me suis pas non plus préoccupé de la méthode de culture – conventionnelle, bio, biodynamique – c’eût été introduire un biais dans l’analyse.

Pézenas

http://www.domaine-de-nizas.com/

Corbières

Minervois

https://www.closdugravillas.com/

http://www.domaine-parazols.com/

http://www.barroubio.fr/

La Clape

http://www.chateaurouquette.com/

http://www.chateaulaquirou.ch/

http://marmorieres.com/

Faugères

http://www.mas-olivier.eu/fr/

http://chateau-hautlignieres.com/

http://chateaudespeyregrandes.com/

http://www.masonesime.com/

http://masdescapitelles.com/

Sommières

 

http://www.chateauargentier.fr/

http://www.domainedemassereau.com/

http://www.masmontel.fr

Fitou

http://www.bertrand-berge.com/

Saint-Chinian

https://www.vilavoltaire.com/

https://www.vigneron-independant.com/domaine-du-meteore

http://www.domainedesmathurins.com/

https://www.borielavitarele.fr/

http://www.cave-roquebrun.fr/

 

Terrasses du Larzac

http://www.domaine-alexandrin.com/

http://www.paulmas.com/les-domaines/cres-ricards/

http://www.jasse-castel.com/

https://www.vigneron-independant.com/domaine-de-la-réserve-do

http://www.pasdelescalette.com/

Limoux (Crémant & Blanquette)

 

https://www.vigneron-independant.com/taudou-0

http://www.antech-limoux.com/

http://www.sieurdarques.com/

Picpoul de Pinet

http://www.gaujal.fr/

Frontignan

http://boutique.frontignanmuscat.fr/

Hervé Lalau


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Et si les meilleurs vins rosés ne venaient pas de Provence ?

Depuis quelques années, la Provence a tant misé sur un seul type de vin, le rosé (et de surcroît avec une tonalité clairement très pâle, en tout cas bien plus que l’image ci-dessus), qu’elle semble exercer une forme de quasi-hégémonie sur ce marché, du moins dans l’imaginaire des consommateurs. Mais l’engouement pour le vin rosé, qui est parti de cette belle région aussi capable de produire de grands vins rouges et blancs, fait de plus en plus d’émules un peu partout ailleurs, et cela me fait poser la question suivante : est-ce que d’autres climats ne sont pas mieux adaptés à produire ce type de vin si populaire que la zone climatique de la Méditerranée, qui est forcément relativement chaude ? Evidemment cela dépend de ce qu’on recherche dans un rosé, mais je pense que la notion de fraîcheur est essentielle dans ce type de vin, du moins en général, car il y a bien sur des rosés de garde qui échappent à la masse.

Je ne vais pas m’occuper que de la couleur dans cet article, car peu importe la robe d’un vin, mais il en sera aussi question. Ma préoccupation principale est cette impression désaltérante de fraîcheur que donnent les bons rosés, et qui vient à la fois de l’acidité, de la netteté des saveurs fruités, et d’une relative légèreté en alcool. Car j’ai souvent une impression de lourdeur, presque d’écœurement dans beaucoup de rosés de Provence, impression que je crois réelle mais que la plupart tentent de masquer par l’effet induit par une couleur très pâle. Vendre du vin c’est aussi jouer sur tous les ressorts chez un consommateur, et cette histoire de pâleur me rappelle la grande réussite commerciale des Scotch whiskies ayant une couleur bien plus pâle que les autres, comme J&B ou Cutty Sark, à partir des années 1960 et 1970 (voir l’image des whiskies ci-dessus). Le consommateur a l’impression, d’une manière quasi-subliminale, de boire moins d’alcool quand le produit est moins coloré. Je sais que cela peut sembler très basique, mais je crois que c’est vrai. Regardez aussi le succès des alcools blancs.

Pour revenir à la question du climat (que je pense être l’ingrédient le plus important dans l’équation complexe du terroir) il me semble que des climats plus frais que celui de la Provence sont mieux adaptés à la production de vins rosés qui donnent une vrai impression de fraîcheur, et cela quelque soit la température de service. Cela semble couler de source, mais, d’une manière plus anecdotique, c’était une dégustation d’une quarantaine de vins rosés pour les besoins d’un article qui a engendré cette réflexion. Théorie et pratique se combinent donc.

La semaine dernière nous avons dégusté, avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, 38 vins rosés de différentes provenances : Loire, Alsace, Beaujolais, Savoie, Rhône, Provence, Languedoc, Roussillon et Bordeaux. On ne peut pas dire que l’échantillonnage était représentatif des proportions de rosés produites dans toutes ses régions, mais cela permettait quand-même d’avoir un début d’idée sur des profils, qui est plutôt confirmé par d’autres expériences passées. Nous avons dégusté tous les vins à la température de la pièce (17°C), ce qui écarte un effet masquant qui résulte d’une température fraîche. J’estime que si un vin ne semble pas bien équilibré à cette température, alors il ne l’est pas et le rafraîchir ne sert qu’à masquer cela. Sept vins étaient horribles, quinze seraient acceptables pour la plupart des consommateurs, et dix-sept étaient bons ou très bons selon nous. Mais ce qui me frappait le plus dans cette dégustation était le haut niveau qualitatif des rosés de Savoie, du Beaujolais et, à moindre degré, de Bordeaux. Je leur trouvais un supplément de fraîcheur, une netteté de saveurs et une impression globale de plaisir spontané, simple mais plein. Je ne suis pas obsédé par les degrés d’alcool dans des vins ; d’ailleurs je regarde assez rarement cette information sur les étiquettes, mais je l’ai quand même fait dans ce cas. Pour les régions que je viens de citer, ces degrés se situaient entre 11,5° et 12°, tandis que pour les vins rosés de Provence et du Languedoc, les niveaux tournaient entre 13° et 14°. Il y avait des vins très clairs et d’autres aux tons prononcés parmi les bons et très bons vins. La couleur n’a donc aucun rapport avec les qualités gustatives d’un vin rosé. Autre élément, qui a son importance pour la plupart des acheteurs de bouteilles : le prix. Les prix des vins rosés de Savoie, de Beaujolais ou de Bordeaux, du moins pour les vins que nous avons dégustés, semblent bien inférieurs à ceux de Provence, par exemple.

En conclusion, je pense qu’un climat tempéré ou frais est plus apte à produire des bons vins rosés qu’un climat méditerranéen. Or c’est plutôt le contraire sur le plan de la proportion des vins rosés produits de nos jours dans ces grandes zones. Encore un paradoxe français ?

 

David

 


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Au bout d’une semaine dense, le Schioppettino de Davide Moschioni

Il y a des semaines comme cela.  A vrai dire, il y en a beaucoup quand on aime le vin et qu’on a la chance d’être confronté à des occasions très diverses qui tournent autour de cette boisson magique. Tout n’y est pas rose et fait de bonheur pur, bien entendu, et il fait aussi tenir le rythme sans (trop) perdre la boussole. La semaine passée est un exemple parmi d’autres. Elle inclut aussi des journées au bureau à écrire, préparer des travaux à venir, rédiger comptes-rendus et mails et gérer le quotidien de toute petite entreprise, plus une réunion à l’extérieur, quelques dégustations programmées ou improvisées et une journée de formation dispensée le samedi.

Lundi soir, dîner chez un membre (généreux, comme vous allez le voir) d’un des cercles d’amateurs de vins que j’anime. A l’apéritif, Dom Pérignon 1988 en magnum, puis 1982 en bouteilles : les deux extraordinaires, peut-être surtout le 1982 ce soir-là, même si le 1988 ira probablement plus loin dans le temps. Servis dans des verres que je n’aurai pas choisis pour de tels vins, mais quelle finesse et quelle puissance pour des Champagnes de ces âges!

Au repas qui a suivi, d’abord un Corton-Charlemagne 2005 de Bouchard Père et Fils, qui m’a semblé un poil fatigué. Problème de bouchon pas assez étanche, probablement ; en tout cas en deçà du niveau habituel des grand blancs de cette estimable Maison. Ensuite, Calon-Ségur 1990 en double magnum : un vin très ferme et carré, encore trop jeune et un poil austère à mon goût, mais impressionnant. Puis Beychevelle 1945 : je l’aurai servi avant le Saint-Estèphe car il est sur le déclin avec de jolies restes, tout en élégance mais un peu dominé par l’acidité maintenant. Puis, avec le fromage, un Porto Taylors Vintage 1968, très fin, très suave, encore très fruité mais sans la puissance habituelle de Vintages de ce producteur. Avec le dessert, un Quarts de Chaume, Château de Suronde 1989 : très beau. Nous avons fini avec un magnifique Armagnac Laberdolive de 1937, puis retour à la maison en métro. Même pas mal !

Mardi soir, travail pour animer une soirée du Wine & Business Club et présenter à 150 personnes deux vins peut-être pas très bien connus mais de très belle qualité et que je bois avec autant de plaisir que certains des précédents. Premièrement, le Château de Fontenay, près de Tours, avec des Touraine et Touraine-Chenonceaux que je trouve aussi fins et précis que plaisants et très abordables en prix. Deuxièmement un vin des Costières de Nîmes à l’étiquette moderne et à la qualité irréprochable: le Domaine de Scamandre.

Mercredi soir, relâche.

Jeudi midi, déjeuner/dégustation pour un club pour lequel je présentais 3 vins de Bordeaux issus de ma sélection personnelle parmi les Talents de Bordeaux Supérieur du millésime 2014, plus un blanc de la même région en apéritif. Ces vins se vendent au détail entre 6,50 et 10,50 euros la bouteille et sont, pour moi, parmi les meilleurs rapports qualité/prix disponibles en France aujourd’hui. Le blanc se nomme Château Lauduc Classic blanc 2016, les trois vins rouges Château Lacombe-Cadiot 2014 (un des rares vins de cette appellation né dans la région médocaine),  Château l’Insoumise, cuvée Prestige 2014 (un Bordeaux Sup de la rive droite, près de St. André de Cubzac), et Château Moutte Blanc 2014, un autre Bordeaux Sup qui vient du Médoc, tout près de Margaux, un très beau vin de palus qui contient 25% de petit verdot.

Le jeudi soir, deuxième soirée de la semaine pour un autre club du Wine & Business Club à Paris, cette fois-ci avec des vins étrangers : les excellents Tokaji du Domaine Holdvölgy, et les vins de Sonoma de Francis Ford Coppola, issus de sa série Director’s Cut, tous les deux importés en France par South World Wines. Beaucoup d’intensité dans le Tokay sec de Holdvölgy, qui, pour une fois, n’est pas fait avec le Furmint mais avec l’autre cépage important de l’appellation, le Hárslevelű, et un magnifique liquoreux (mais pas un aszú : il s’agit d’un assemblage entre un szamorodni et un aszú, je crois). Tout bon partout, pour faire court. Coppola présentait un Chardonnay, un Cabernet Sauvignon et un Zinfandel.

Vendredi matin, repos, course à pied et gym; vendredi soir, relâche.

Samedi, formation toute la journée pour un groupe de 16 personnes, surtout amateurs mais aussi trois professionnels, qui se sont inscrits à l’Académie du Vin de Paris pour le Niveau 1 du cursus WSET.

La fine équipe (il manque juste Sébastien Durand-Viel qui donnait un cours ce jour-là) de notre école, l’Académie du Vin de Paris, à Londres quand cette école fut élue, début 2016, parmi les 8 meilleurs formateurs des 650 qui dispensent les cours WSET au monde.

Le samedi soir, retour à la maison où j’ai dégusté, de ma cave, le vin qui m’a fait peut-être le plus grand plaisir de tous ceux de la semaine. Je sais bien que le moment est important dans l’appréciation d’un vin : le fait de ne pas être dans une situation de travail, de se sentir relaxé et tout cela. Mais ce vin rouge m’a semblé intense et très agréable, plein sans être surpuissant, solidement bâti mais également très fruité. Et cela, malgré ou à cause d’un âge qui est respectable sans être canonique : 13 ans. Ce vin, je l’ai dégusté à différents stades de sa vie, car j’en avais acheté une caisse en 2005 lors d’un voyage en Italie pour le compte de la Revue de Vin de France, qui éditait à l’époque chaque année un cahier spécial sur les vins italiens . Il ne m’a jamais semblé aussi bien que maintenant. C’est le vin du titre de cet article et le voici :

Moschioni, Schioppettino (non filtrato) 2003, Colli Orientali del Friuli, Italia

 Davide Moschioni, Vignaiuolo in Gagliano di Cividale del Friuli

D’abord, un mot sur cette variété qui a été sauvée de la disparition dans les années 1970, à l’instar d’autres variétés locales comme le Pignolo ou le Tazzelenghe. Elle n’était même pas autorisée à la plantation avant 1981 ! On en trouve des deux côtés des la frontière actuelle entre le Friuli d’Italie et la Slovénie, et elle possède, logiquement, plusieurs synonymes : Pocalza en Slovénie, Ribolla Nera en Italie (mais il n’a pas de lien avec la Ribolla Gialla). Le terme Schioppettino signifierait « croustillant », soit parce que sa peau donne cette sensation (il s’agit effectivement d’une variété tannique), soit parce qu’il aurait été vinifié à une époque en vin frizzante. Le statut de DOC lui fut accordé en 1987, aussi bien en Colli Orientali del Friuli qu’en Friuli Isonzo, mais on le trouve aussi en IGT Venezia Giulia. Heureuse sauvetage, comme nous allons le voir !

Robe très dense et étonnamment jeune, avec ses bords encore d’un ton rubis malgré son âge qui devient respectable. Le bouchon, en revanche, laisse à désirer sur le plan de l’étanchéité car je constate des remontées du vin jusqu’à deux tiers de sa longueur. Il était temps d’ouvrir ce flacon! Le nez présente en effet un petit coup d’oxydation au départ, avant de me plonger dans des eaux profondes d’une masse très dense de fruits noirs, de cigare et de cerises à l’eau de vie. C’est assez entêtant ! Les tanins qui furent très denses dans sa jeunesse commencent à bien se fondre. Ils sont encore croquants et bien présents, donnant une belle colonne vertébrale à cette masse impressionnante et très qualitative de fruit sombre. Tout cela donne une belle sensation de plénitude, remplissant la bouche sans aucunement l’agresser. Le vin atteint son équilibre par une belle sensation de fraîcheur en finale et cette touche d’amertume si caractéristique de bon nombre de vins italiens.

C’est un vin à la forte personnalité, mais qui sait aussi séduire par la remarquable qualité de son fruit et constitue un excellent choix pour un vin de garde.

Je constate que ce vin vaut maintenant entre 35 et 50 euros la bouteille, selon le pays en Europe. J’ai dû l’acheter un peu moins cher à l’époque, sur place. Il n’est pas distribué en France, à ma connaissance.

David

PS. Aujourd’hui, dimanche, repos le matin, écriture puis gym l’après-midi, puis direction le Stade Jean Bouin ce soir pour soutenir le Stade Français contre Toulon. Allez les soldats roses qui ont su résister au grand méchant Capital cher à Léon !