Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Photo©MichelSmith


4 Commentaires

#Carignan Story # 279 : Ben, au Célestin, chez Xavier !

Ce bougre de Xavier Plégades (Le Célestin, derrière les Halles, à Narbonne, voir ICI et encore ICI) m’étonnera toujours. Cela doit bien faire la troisième fois au moins, en peu de temps, que l’animal me fait le coup. Même plus besoin de lui demander ! « Tiens, Michel, tu tombes à pic : j’ai un Carignan pour toi. C’est un jeune anglais, Ben Adams, qui bosse en association avec ses compatriotes par chez toi, Paul Old et Stuart Nix, aux Clos Perdus. Il a vinifié une moitié de barrique dans son garage avec les moyens du bord. Une centaine de bouteilles, guère plus. C’est bon, mais un peu spécial, tu vas voir… ».

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Les Clos Perdus, dont j’ai déjà évoqué certaines cuvées sur ce blog il y a quelques années, article que je ne retrouve plus dans nos archives, est un domaine intéressant qui possède plusieurs vignes dans le secteur de Maury/Tautavel, mais aussi plus proche de leur base, dans les Corbières maritimes, du côté de Peyriac-de-Mer entre autres. Paul Old, qui est un peu l’âme du domaine, est proche de la biodynamie et il a un faible pour le Carignan de vieilles vignes qui entre en quantité significative dans au moins deux de ses cuvées.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mais pour en revenir à Xavier, J’adore aller chez lui. Pas que pour lui et ses bouteilles soigneusement rangées dans sa cave souterraine, mais aussi pour son adorable compagne, Hyacinte (elle tient à cet orthographe), la parisienne, ainsi que pour la grande et malicieuse Léti (Laetitia) affairée le plus souvent aux fourneaux. Ce midi-là, elle nous avait concocté un tendre onglet accompagné de chou fleur des plus goûteux. Bien conseillé par Xavier, j’avais acheté cette mystérieuse bouteille de Carignan 2013 vendue 19 € à emporter, ou 25 € sur table. Un peu cher, j’en conviens, mais quand on sait qu’il y en a si peu… Et pui, je suis toujours prêt à ouvrir mon portefeuille pour goûter une nouveauté !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Il se trouve que j’ai aimé le vin malgré son aspect artisanal. Je suppose que c’est Ben Adams lui-même qui a dessiné l’étiquette puisque j’ai appris qu’avant de s’installer dans le Languedoc, il a étudié les Beaux-arts à Londres. Dans le verre, j’ai retrouvé la simplicité que procure parfois le Carignan. Ce Corbières a un aspect léger, mais il est droit, vif et agréablement acidulé, rien de très spectaculaire, mais très Carignan en somme, et prêt à boire dès cet été sur des calamars à la planxa, par exemple. Le servir frais, bien entendu.

Michel Smith


4 Commentaires

Tourisme : l’exemple de l’abbaye des vignes

Il y a des choses en vieillissant qui m’horripilent, tels ces trois mots à la base ou cette autre expression qui fait fureur Quelle tuerie !, ou bien encore l’adverbe clairement placé au début de chaque phrase. Comme pour ça fout les poils en parlant d’un concert émouvant. À cela, j’ajouterai volontiers un dernier ça me fout les boules pour rejeter ces quelques tics qui s’incrustent peu à peu de manière insidieuse dans le langage courant. Ce n’est pas nouveau, je sais. Je me souviens que du temps du twist à Saint-Tropez, pour draguer une poulette on lui lançait un martial tu me bottes histoire de l’emballer ! Faut-il accepter la fréquence de ces évolutions de langage qui nous bassinent d’un jour à l’autre ? Faut-il remercier Internet de nous enrichir ainsi de mots inutiles ? Bien sûr, tout cela n’est pas dramatique si l’on accepte le fait que notre langue est belle, mais vivante. Il n’empêche que j’ai du mal à m’y faire, tant il y a de mots comme ça, des barbarismes, qui ne passent pas. Comme œnotourisme, imaginé par des lumières technocrates pour remplacer des expressions plus simples et moins savantes telles que tourisme viticole ou vacances dans le vignoble, mais qui au moins signifient quelque chose au commun des mortels. Et pourquoi pas gastrotourisme pendant qu’on y est puisqu’on a déjà cyclotourisme ? Mon copain André Deyrieux en fait un bon usage, lui, de ce mot œnotourisme. En son nom, il a même réussi l’exploit de me faire déplacer jusqu’à Sète (voir mes articles des jeudis précédents) pour me convaincre du bien fondé de ce mot.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Alors certes, grâce à Thau Agglo, on a vu des coquillages, l’eau limpide d’un étang, des barques de conchyliculteurs, d’autres d’ostréiculteurs, des villas sam’suffit, des dunes blondes, des légumes paysans, des poissons, des bouteilles et des vignes, mais on a surtout visité là-bas – revisité pour ce qui me concerne – un des plus beaux exemples de tourisme viticole dont le Languedoc peut s’enorgueillir : l’abbaye de Valmagne. Fondée en 1138, elle fut vite rattachée à l’ordre de Citeaux pour prospérer et se développer avec la construction d’une église romane aux dimensions et hauteurs d’une cathédrale forteresse doublée d’un cloître plus récent (restauré au XVIIème siècle) étonnement bien conservés. Dans l’église où la messe est encore parfois célébrée, le vin a sa place logé qu’il est en de grands foudres sous les ogives. Cet ensemble est d’autant plus inattendu et saisissant qu’il se dresse avec majesté au milieu d’un décor champêtre de cyprès, de champs de blés et de vignes. Je me dois de confesser que j’ai pris plaisir à flâner, hélas peu de temps, dans le conservatoire des cépages où le Carignan a sa place en même temps que le Monastrel, ainsi que dans le jardin médiéval et le potager de cette abbaye qui organise toutes sortes de manifestations nocturnes et culturelles où le vin a sa place, le tout à quelques lieues des horreurs du Cap d’Agde.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Achetée en 1938 par le comte de Turenne, la propriété aurait pu céder aux sirènes des investisseurs de tout poil, mais elle a toujours gardé sa vocation viticole. Arrive le moment où il faut souligner la modestie de la famille qui s’investit et veille sans relâche sur ce trésor patrimonial du Languedoc. À la suite de ses parents, Philippe d’Allaines, que j’ai connu il y a plus de 30 ans quand il venait défendre son vin et tenter de le vendre à Paris, est un vigneron bâtisseur exemplaire. Il aime se présenter comme étant le cellérier de Valmagne en souvenir d’un truculent frère Nonenque qui a laissé un tel souvenir qu’on lui a consacré une réjouissante cuvée. Philippe est aidé de son épouse, Laurence, l’aubergiste de Valmagne qui utilise dans sa cuisine une grande part des fleurs et légumes du jardin.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Depuis l’époque de ma première venue à Valmagne, au tout début 1990, les sols du cloître et de l’église ont été joliment refaits afin de mieux recevoir le public. Les arcs-boutants qui maintiennent les murs de l’église ont été consolidés et, outre les visites guidées et les séances de dégustations, avec beaucoup d’intelligence et d’astuces, la famille d’Allaines développe les initiatives pour animer les lieux. Dernière en date, la bière de l’abbaye élaborée dans une brasserie artisanale voisine, à partir de quatre qualités d’orge, d’avoine, de froment et, pour la partie aromatique, du houblon français et des fleurs de sureau. Avant d’aborder les travaux pratiques, afin de connaître les grandes lignes de l’histoire de Valmagne et de sa vocation viticole, je vous propose de visionner ce petit reportage réalisé dans la bonne humeur.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Cette nouvelle visite – la troisième ou quatrième, à vrai dire depuis que je suis voisin du Languedoc – a été pour moi l’occasion d’une rapide dégustation de bouteilles ouvertes quelques heures auparavant par Philippe d’Allaines. Trois millésimes anciens de la cuvée de Turenne étaient présentés, sur des vignes (Mourvèdre et Syrah, principalement plantés en 1982) cultivées en biologie depuis 15 ans, comme sur l’ensemble du domaine (soit une soixantaine d’hectares), et dont une partie des vins séjourne un an en barriques. J’étais resté sur le souvenir d’un magistral 2003 goûté en 2008 à l’occasion d’un reportage sur les Grès de Montpellier (déjà !) dont cette cuvée est devenue l’un des fleurons. Ce 2003 était chaleureux, giboyeux, truffé, solide, serré et dense avec une finale persistante sur fond de menthe sauvage et de garrigue. À l’époque, le vin coûtait 11 € départ cave. Pas encore Grès de Montpellier, mais simple Coteaux du Languedoc, élevée en cuve ciment, la version 1988 se goûtait encore fort bien en dépit d’un incident sur un premier flacon trop pâle de robe et au bord de l’usure.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Le 1989 se montrait beaucoup plus volubile et alerte : robe foncée, terre chaude au nez, il se faisait ample, riche en matière et très long en bouche. Avec le 1998, les notes de truffe noire s’affirmaient plus encore en rétro-olfaction avec de la densité, de l’amplitude et beaucoup de noblesse. Pour moi, il était l’égal de ce 2003 qui m’avait tant impressionné. Quelques années après mon dernier passage, je trouve que les prix sont restés sages puisque le 2012 de la cuvée Comte de Turenne actuellement en vente, mais non goûté, coûte 14 € départ cave. Quoiqu’il en soit, même en famille avec les enfants, ne manquez pas la visite cet été de cette chère Abbaye des Vignes !

Michel Smith

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith


10 Commentaires

Quand je vois l’étang…

Peut-être est-ce la saison qui veut ça, mais il serait temps de penser un peu plus à l’étang avant que les touristes ne dévalent en masse. L’étang, quel étang ? Celui de Thau pardi, le plus beau, le plus vaste, le plus pur. Bien entendu, vous allez me dire qu’étant presque adopté par les Catalans j’aurais pu m’attarder aux bords de l’étang de Canet, du Barcarès ou de Leucate, ou de toute autre lagune bien plus proche de Perpignan. Mais aller jusqu’à Sète de chez moi ne demande qu’une heure et demie de TER et en plus, le vélo est autorisé dans les wagons, alors pourquoi me priver d’une excursion vers cette petite Marseille (ou Naples, ou Gênes, ou Livourne…) où le marché regorge de poissons aussi beaux et appétissants que ceux des Halles de Narbonne ? Jim, jump on your bike ! Sans vélo, je pourrais même m’y aventurer à pieds, en profitant des bus locaux et des sentiers pédestres qui bordent l’étang ! Départ de Sète par le lido, entre mer et étang, en traversant les vignes de Listel plantées sur le sable jusqu’aux abords de Marseillan, un des plus beaux villages du Bassin de Thau.

Photo©MichelSmith

Sète en arrière plan derrière les tables à huîtres. Photo©MichelSmith

Et puisque je suis dans un de ces jours fastes, je suis ravi de vous ouvrir quelques portes débouchant sur autant de pistes tout en sachant qu’il en existe bien d’autres et que vous pouvez les signaler à la suite de mon article afin d’en faire profiter tout le monde. Mais avant, regardez comme c’est beau un étang en visionnant ce petit reportage qui date de près d’un quart de siècle. Aujourd’hui, l’étang de Thau est encore plus surveillé et protégé qu’il ne l’a jamais été.

Photo©MichelSmith

L’étang transparent et le Mont Saint-Clair en veilleur. Photo©MichelSmith

Tout de suite, une pensée Après l’ami Alain Combard que je saluais dans ma chronique d’il y a deux semaines, je dédie cette joyeuse randonnée en Pays de Thau à Christophe Delorme que j’ai bien connu en son Domaine de la Mordorée, à Tavel. Il aimait la bécasse et la truffe, comme son père, et il vient de nous quitter un peu trop tôt comme d’autres avant lui marquant ainsi la saison des absences en série chez nos amis vignerons. Mais le vin continue, comme la vie, et cette expédition autour de ce vaste refuge d’oiseaux qu’est l’étang de Thau lui est dédiée. Ce sera pour moi l’occasion de lever un verre en regardant un peu plus vers l’est, vers la Provence.

La pieuvre et les dauphins, place de la Mairie à Sète. Photo©Michelmith

La pieuvre et les dauphins, place de la Mairie à Sète. Photo©Michelmith

Brassens, d’abord, puis les Halles Tout de go, je revois le vieux poète, Georges. Sa tombe ne se trouve pas au Cimetière Marin de Sète, où l’on peut voir celle de Paul Valéry non loin de celle de Jean Vilar, mais au cimetière du Py, un dortoir bien plus prolétaire que l’on surnommait il n’y a pas si longtemps encore le cimetière des Ramassiscomme on le raconte sur le site de la ville. Surtout prenez le temps. Offrez vous le luxe d’un (une) guide assermenté. Filez à l’Office de Tourisme, tentez une approche sur les joutes ou sur la pêche ou encore sur la gastronomie sétoise. A propos, ne manquez pas, dès 7 heures le matin, de visiter les Halles, gros bloc de béton du plus pur style années 70 recouvert d’un filet de pêche en ferraille dans un ultime effort contemporain de cacher les laideurs d’un passé manquant de style.

Le thon rouge sur les étals des poissonniers des Halles. Photo©Michelmith

Le thon rouge sur les étals des poissonniers des Halles. Photo©Michelmith

Un jardin extraordinaire En face de Sète, à Balaruc-les-Bains, dans un domaine conquis sur la garrigue au-dessus de l’étang, il existe un lieu probablement unique au monde. Avec l’aide de botanistes archéologues, Thau Agglo a aménagé un Jardin Antique qui attire tous les poètes-flâneurs amoureux des essences méditerranéennes. Sur près de 2 ha, on se promène dans des univers floral et boisé (1.200 espèces de plantes) réparti selon une thématique tantôt sacrée, mythologique, culinaire, horticole, médicinale ou cosmétique. Ce n’est en aucun cas une réplique, mais un jardin tout ce qu’il y a de plus moderne, brillamment conçu sur la base de ce que l’on sait des mondes grec et gallo-romain. Un endroit grandiose et paisible à la fois où il ne manque plus qu’un petit café pour rêvasser tout en dégustant les muscats de Mireval et de Frontignan. On aimerait aussi une ouverture plus matinale (bien avant 9 h 30) en été pour permettre une visite « à la fraîche » en compagnie des oiseaux qui fréquentent les lieux.

Exposition dans le Jardin Antique de Balaruc. Photo©Michelmith

Exposition insolite dans le Jardin Antique de Balaruc. Photo©Michelmith

Manger, ensuite Il existe à Sète au moins un restaurant étoilé, La Coquerie, mais je n’ai jamais pu me l’offrir et, la dernière fois que j’ai tenté une approche en escaladant le Mont Saint-Clair, du côté du Cimetière Marin, il était fermé. Je ne prétends pas être un grand connaisseur de la restauration locale, mais je n’ai jamais fréquenté de bons restaurants à Sète en dehors d’une sorte de brasserie artistique à l’ambiance jazzy. En conséquence, je vous recommande chaudement d’aller tester les pistes sétoises (petits supions) bien aillés et pimentés, à moins que vous ne choisissiez les tellines ou les spaghetti à l’ail et à l’anchois dans ce restaurant que j’affectionne et qui a pour drôle de nom The Marcel.

La tielle sétoise aux Halles. Photo©Michelmith

La tielle sétoise aux Halles. Photo©Michelmith

La « tielle » telle qu’on la confectionne Justement, dans cette petite rue typique (3 rue Lazare Carnot), entre deux canaux, à deux pas de The Marcel et de son patron un tantinet bougon, mais si attachant quand on le connaît, profitez-en pour goûter une des tielles fabriquées à la poissonnerie Guilaine Marinello. Pour le pêcheur, ce hachis de poulpe principalement, associé à d’autres poissons de roche et à de l’huile d’olive colorée par la tomate plus ou moins épicée puis enrobé d’une pâte à pain – chaque famille a sa recette -, constitue un véritable casse-croûte rapporté ici par des pêcheurs italiens. Abondamment consommée sur l’étang de Thau et jusqu’à Béziers, meilleure quand elle est « du jour », la tielle est ronde et il en existe de plusieurs tailles. Elle se mange froide ou tiède et est l’objet d’une véritable guerre entre fabricants pour grandes surfaces et artisans locaux. Deux fabriques sétoises se partagent les faveurs des amoureux de la tielle, celle de Sophie Cianni et celle de la maison Dassé que l’on trouve aux Halles.

Photo©Michelmith

Photo©Michelmith

L’huître de l’Étang telle que je l’affectionne La localité de Bouzigues en est la capitale. Avec les moules et d’autres coquillages ou escargots de mer, elle fait la réputation gastronomique du secteur. Plutôt grosse et salée, elle se suffit à elle même et je préfère la croquer hors glace (sale manie qui consiste à la servir aussi froide qu’un sorbet !), légèrement laiteuse, sans citron ou vinaigre (gare au sacrilège !) avec juste un tour de moulin à poivre. Aux bords de l’étang, avec une vue panoramique sur le Mont Saint-Clair, on peut la croquer sans retenue dans certains établissements aux allures de guinguettes parfois tenus par des ostréiculteurs de bonne réputation. C’est le cas au Saint-Barth, chez la très entreprenante et innovante famille Tarbouriech où, en plus de la tielle et de la tapenade, des escargots, palourdes et moules de l’étang, l’on déguste de fameuses « huîtres roses » ou « solaires » élevées au rythme d’une marée reconstituée, huîtres que l’on accompagne d’un exemplaire Picpoul de Pinet du Domaine Morin-Langaran. D’autres ostréiculteurs font un travail remarquable : Jean-Marc Deslous-Paoli (06 20 64 34 89), par exemple, du Cercle des Huîtres pour la finesse de ses petites huîtres ou Philippe Vaudo et Simon Julien de Huîtres-Bouzigues.com pour la fermeté de leur chair.

Photo©Michelmith

L’heure de l’apéro au Domaine de La Belonnette. Photo©Michelmith

Dormir sur l’étang Si vous cherchez une chambre ou un gîte où dormir dans le calme et le confort face à un splendide parc de 7 ha dont les chemins mènent à l’étang tout proche, il faut contacter Marie-Christine Fabre de Roussac ou ses enfants Florian et Fleur au Domaine de La Bellonette. L’occasion, le soir sur la terrasse, de célébrer l’huître de Bouzigues au Noilly PratOu bien au Picpoul de Pinet dont les vignes enserrent une partie de l’étang. On vous a déjà conté ici les mérites de ce cru exclusivement blanc qui honore le Languedoc.

La fameuse Tarbouriech : jamais sans le Picpoul de Pinet. Photo©Michelmith

La fameuse Tarbouriech : jamais sans le Picpoul de Pinet. Photo©Michelmith

Il y a deux ans dans ce même blog, j’avais dressé une liste de mes préférés, liste à laquelle il faudra rajouter le vin du Domaine Morin-Langaran cité plus haut. Voici donc quelques étiquettes à ne pas manquer : Domaine Félines-Jourdan, les Vignerons de Montagnac Terres Rouges, L’Ormarine Préambule, L’Ormarine Juliette, Cap Cette de la Cave coopérative de Pomérols. Deux IGP aussi dans lesquelles il se passe certainement quelque chose : Côtes de Thau et Côtes de Thongue. Lors d’un récent voyage de presse dans le Pays de Thau, voyage consacré à l’œnotourisme, je m’attendais à faire plusieurs dégustations de vins. Ce ne fut hélas pas le cas, la plupart des restaurants présentant des cartes réduites avec plus de vins extérieurs au secteur que nous étions censés découvrir. Il reste encore des progrès à faire, mais la région de l’étang est tellement belle que je suis décidé à attendre le temps qu’il faudra !

Michel Smith


3 Commentaires

#Carignan Story # 277 : Blanc, encore… et en route pour le C Day

En cette veille de Carignan Day (demain lundi, dès l’aube…) journée initiée par l’Association Carignan Renaissance que je vous invite à rejoindre soit à Montpellier, soit chez vous, restons encore sur le Carignan blanc, si vous le voulez bien, lui qui, presque en catimini, un peu à la sauvette, mais avec allant et brio, constitue l’ossature de bien des grands vins blancs du Roussillon et du Languedoc à l’image de ce Mas Jullien 2011 que j’évoquais dans un précédent papier. Quittons donc le Roussillon pour ce cœur du Languedoc, le très volcanique et fertile secteur de Nizas/Pézenas/Caux, où sévissent deux carignanistes convaincus et vignerons talentueux habitués de ces lignes, Daniel Lecomte des Floris et Philippe Richy.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Revenons donc sur le Carignan blanc de Deborah et Peter Core, autres acteurs incontournables et grands interprètes du Mas Gabriel, dans le même secteur, à Caux plus précisément. C’est un heureux hasard qui fait que ce blanc, lui aussi, évoque les papillons. Je ne vais pas deviser sur les mérites de leur formidable rosé (de Carignan) déjà évoqué en début d’année dans cette même rubrique parmi mes découvertes de Millésime Bio, pour la simple et bonne raison, comme je le pressentais précédemment, qu’il est aujourd’hui épuisé et que, même en payant plus cher, vous n’en auriez point. Fallait m’écouter ! Non, si je reviens sur cette petite mais efficace propriété du Mas Gabriel, c’est que je viens de goûter leur blanc qui n’était pas encore en bouteille cet hiver, mais qui déjà donnait des signes de belle tenue.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Autant le dire sans attendre, ce n’est pas un pur cent pour cent Carignan puisqu’il est associé à 20 % de Vermentino (ou Rolle), mais ce mariage entre une matière droite, noble et tranchante, avec un jus frétillant, frais et charnu, donne un résultat dont on se souviendra. En ce moment, en cette saison devrais-je dire où le poisson s’affiche volontiers, c’est un vin superbe que l’on peut se procurer à 14 € départ. Ce serait vraiment dommage de passer à côté, d’autant qu’à mon avis, il nous réserve encore des surprises pour les années à venir.

Michel Smith


2 Commentaires

Le pari des blancs du Midi

Et si on pariait un peu ? Un pari en forme de défi, pourquoi pas ? Si l’on rêvait aussi. Si l’on se disait une fois pour toutes que ce ne sont pas que les rouges et les rosés qui comptent dans la vie. Si l’on misait sur l’avenir, sur une affirmation péremptoire, une certitude de vieux con qui a goûté plus d’un cru et qui n’a pas encore le gosier sec. Si l’on prenait le parti des blancs ? On y va ? Vous entrez dans mon pari fou ?

Photo©MichelSmith

La pêche à l’huître dans l’étang de Thau. Photo©MichelSmith

Bon, eh bien je vous parie ma collection de carignan, en gros je vous fiche mon billet, que d’ici 10 à 20 ans les vins blancs du Sud, en particulier ceux du Languedoc et du Roussillon réunis, auront achevé de confirmer ce qui est en train de se finaliser en ce moment et qui a pris un temps certain : mettre enfin dans les crânes obtus des soit disant leaders d’opinion que la région précitée est, sinon l’égale des Bourgogne, Alsace, Rhône et Bordeaux sur le plan des grands vins rouges, mais aussi et surtout la terre qui enfante le plus grands vins blancs de France, et on peut rêver, du monde. Voilà ! C’est dit et affirmé sans trop de circonvolutions mais avec force conviction : les plus grands blancs, on les trouve par chez moi, dans le Midi, et nulle part ailleurs ! Cela signifie qu’il faut oublier les préjudices, ignorer cette sottise qui voudrait que le Midi ne puisse avoir de grands blancs, oser les boire et les saluer. Profitions-en dès maintenant car ils sont déjà très demandés !

Photo©MichelSmith

Les couteaux du marché de Sète pour accompagner les blancs du Midi. Photo©MichelSmith

Qu’est-ce qui me fait me lancer dans une telle affirmation mêlée a autant d’excitation ? Franchement, entre nous, cela fait longtemps que j’en suis convaincu et, si vous me suivez un tant soit peu, vous savez déjà quels sont mes goûts en la matière : Gauby, Parcé, Bantlin, Roque, Horat, Fadat, Reder, Guibert, Chabanon… D’abord, avant d’en arriver à la conclusion que les blancs avaient une place de choix dans le Midi, j’y ai mis de l’observation : suffit de voir nos collines grimper en un arc des Pyrénées aux Cévennes pour constater que nous avons de l’altitude (jusqu’à 500/600 mètres et plus) et quantité d’expositions possibles avec des vignobles menés sur une multitude de sols bouleversés par les événements géologiques, des strates de composants parfois empilés les uns sur les autres quand ils ne sont pas broyés ou charriés tous ensemble. Mais nous avons aussi une diversité de cépages. Je ne vais pas vous faire l’affront de vous énumérer et de vous décrire la totalité des cépages blancs de chez nous qui rendent verts de jalousie nos concurrents éminents, mais en voici quelques-uns : macabeu, grenache (gris ou blanc), terret, piquepoul, malvoisie, muscat à petits grains, clairette, bourboulenc, carignan… On pourrait encore aller plus loin avec les cultivars venus récemment d’ailleurs, les viognier, vermentino, chenin, petit manseng, petite arvine, roussanne, pour ceux des vignerons qui aiment apporter un supplément de complexité. En résumé, on pourrait dire qu’il y a quelques années les blancs du Midi étaient capables d’avoir du corps, alors que maintenant ils ont de l’âme. Et même un supplément d’âme.

Photo©MichelSmith

L’oxydation ménagée et forcée chez Noilly Prat, à Marseillan, joli port sur l’étang. Photo©MichelSmith

Alors que dire de plus qui soit intelligible et intéressant lorsque deux grands blancs du Languedoc archi connus et reconnus de surcroît sont servis comme pour s’affronter à la manière d’un Djokovic face à un Nadal et ce à quelques minutes d’intervalle, à la même table ? Cela se passait il y a peu, invités que nous étions par la sympathique bande de Thau Agglo qui, dans une tentative désespérée afin de prouver que l’œnotourisme était possible dans ce Languedoc lagunaire où les huîtres sont si craquantes et le bois des Aresquiers si poétique, laissait au patron des lieux, Bruno Henri, le soin de nous arroser. Nous étions donc sagement attablés dans la partie cave de La Taverne du Port, quai Antonin Gros à Marseillan, face aux chais de Noilly Prat (visite à ne pas manquer), et je n’avais d’autre souci que de me concentrer pour humer et goûter chaque vin. Très vite, sentant que j’avais deux monstres à portée de nez et de bouche, je me refusais de les départager. À chaque gorgée, je sentais la matière du vin m’emplir puis monter en moi telle une puissance contenue. J’avais dans mes verres un jeu égal de finesse et d’exemplarité. Bien sûr la droiture, mais surtout la précision, la netteté, la majesté, sans parler de la longueur, autant de qualités qui vous font penser que vous êtes privilégié, comblé, assis à la table des anges. Deux vins à savourer les yeux fermés.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Les deux vins ont été conçus dans une grande année : année chaude pour le 2009 et année équilibrée pour le 2011. Les deux sont guidés ou influencés par la biodynamie (non revendiquée dans le cas du Mas Jullien). Les deux, si mes souvenirs sont bons, ont été élevé sous bois, mais pas à proprement-dit en barriques, plus en contenants genre demi-muids et pas forcément neufs. Les deux vins servis sont encore – et pour quelques années – des vins de garde. Le blanc de Basile Saint-Germain (Aurelles) était jadis assez marqué par les vieilles vignes de clairette et, plus récemment, par la roussanne plantée sur les terrasses sablo graveleuses du Villafranchien. Le vin d’Olivier Jullien est un assemblage de plusieurs cépages : carignan (majoritaire), grenache, chenin, viognier, clairette, roussanne sur des terres alluvionnaires et caillouteuses.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Cela manque quelque peu d’élégance de ma part, étant invité, mais un rapide coup d’œil sur la carte m’a permis de noter les prix très doux de ces grands seigneurs blancs dorés de robe. La cuvée Aurel 2009 du Domaine des Aurelles, dans le secteur de Pézenas, est à 49 € à emporter, tandis que le blanc du Mas Jullien (pas de site internet), plus proche du Larzac, est à 32 €. En ajoutant 10 € de « droit de bouchon » par bouteille, vous pourrez comme moi les consommer à la table de la Taverne du Port. À ce tarif-là, en imaginant que j’ai des amis amateurs de blancs qui me demandent conseil, j’ai très envie de leur dire : « Oubliez les poncifs et portez plus souvent votre regard vers le Sud ».

Michel Smith

NB La semaine prochaine, retour en pays de Thau, au pays des grands vins.

Le mont Baudille vu du Mas des Quernes. Photo©MichelSmith


1 commentaire

C’est meilleur en Terrasses !

Dès que le nom de Gignac apparaît sur le panneau, mon sang ne fait qu’un tour et mon cœur se met à palpiter tel un oiseau pris dans le filet. C’est là, vite ! Enfin ! Faut que je sorte d’ici, que je quitte l’autoroute ! Il y a des noms comme ça qui sont capables de vous mettre en transe, avec le mont Baudille plein la vue, de l’olivier en fleur et de la garrigue plein les narines. Saint-Guilhem-le-Désert, Saint-Saturnin-de-Lucian, Saint-Jean-de-la-Blaquière, Saint-Félix-de-Lodez, Puéchabon, Octon, Aniane, Arboras, Montpeyroux, Jonquières… Stop ! Assez ! N’en jetez plus ! Je sais que je vais me régaler.

Le mont Baudile vu du Mas des Quernes. Photo©MichelSmith

Le mont Baudille vu du Mas des Quernes. Photo©MichelSmith

Partout, le Languedoc célèbre. Il pavoise, triomphe même, déclenchant d’étourdissantes olas médiatiques dans les gradins, s’offrant dans la foulée quelques éblouissantes tribunes internationales. Je sais, j’exagère, comme toujours. Pourtant, même le Wine Advocate du père Parker y va de son encensoir. Enfin, il s’intéressait surtout il y a peu et non sans enthousiasme au Roussillon. Nul doute que le Languedoc voisin en profitera tôt ou tard. Bref, ce n’est pas moi, militant de la première heure, qui vais faire la fine bouche. Et tandis que la fête officielle pour le trentenaire s’annonce tantôt en fanfare, tantôt dans la discrétion, certaines appellations mettent le turbot. C’est le cas des Terrasses du Larzac, le tout nouveau cru tout juste sorti des fonds baptismaux grâce à la ténacité de son ex-président, Vincent Goumard. Une appellation-phare qui émerveille déjà la planète vin…

Vincent Goumard (Mas Cal Demoura) au service. Photo©MichelSmith

Vincent Goumard (Mas Cal Demoura) au service. Photo©MichelSmith

Pas étonnant qu’il y ait autant de monde pour assister à cette sorte de master class à laquelle j’étais convié dernièrement. Elle fut orchestrée de mains de maître au Château de Jonquières, chez le jeune couple, Charlotte et Clément de Béarn-Cabissole dont les parents, enfin ceux de Charlotte, louent de belles chambres d’hôtes à ceux qui veulent excursionner dans le Haut-Languedoc le long de la vallée de l’Hérault. C’est mon pote Olivier Poussier qui s’y colle sans aucun mal, assisté par un service efficace de présidents passés et de la nouvelle présidente, Marie Chauffray. Trois vagues successives de vins, tous choisis par notre maître en sommellerie et présentés dans trois millésimes différents : 2013, 2012, 2011. Températures exemplaires et dégustations en silence commentées par Olivier à la fin de chaque vague avec discussions rapides entre les participants. Présent sur place parmi d’autres journalistes ou assimilés, l’ami Marc reviendra certainement sur le dernier voyage de presse organisé pour l’occasion.

Charlotte et Clément de Béarn au Château de Jonquières. Photo©MichelSmith

Charlotte et Clément de Béarn au Château de Jonquières. Photo©MichelSmith

Mais avant, quelques mots sur mes choix. Presque tout était bon des 28 échantillons. Enfin, à mon goût. Cependant, quelques uns jaillissaient du lot. Le premier à retenir mon attention dans sa version 2013, se révéla ne pas être une surprise puisqu’il s’agissait du Pas de l’Escalette de Delphine Rousseau et Julien Zermott deux amis cueillis, si j’ose dire, à leurs débuts d’installation en bio à Poujols, presque à l’entrée du causse, et déjà cités dans ce blog. Leur cuvée Les Clapas, pour moitié Syrah, puis Carignan et Grenache (14 €), fermentation et élevage de 10 mois en cuve tronconique en chêne, a été pour ma part la plus remarquable (à ce stade) de ce millésime : nez ample, épicé et soyeux, belle unité en bouche, très légère amertume, fraîcheur, harmonie, finesse, longueur, ce vin a « du potentiel » comme dirait un entraîneur de foot bien connu. Dans le même millésime, il convient de souligner aussi l’expression tendre et jouissive (Grenache à 70 %), la grande fraîcheur et le bel aspect des tannins du Clos Maïa (20 €) de Géraldine Laval dont le vignoble bio est également en relative altitude. Autres vins bien notés : le Clos du Serres de Béatrice et Sébastien Fillon, le Clos Ventas et le Mas Jullien, cuvée Carlan.

Olivier Poussier, chef d'orchestre de la dégustation. Photo©MichelSmith

Olivier Poussier, chef d’orchestre de la dégustation. Photo©MichelSmith

Avec 2012, on sentait les vins un poil plus faibles en intensité. Or, cela n’a pas empêché à plusieurs de se distinguer. D’abord la cuvée Réserve de La Réserve d’O (biodynamie) également en relative altitude (400 m), Syrah, Grenache et 10 % de Cinsault : pureté de la matière, hauteur, persistance, petits tannins poivrés, élégant, j’ai trouvé ce vin de cuve (24 mois d’élevage) idéal à boire dans les quelques mois qui viennent (14,40 €). Plus dense encore, plus chaud, plus garrigue aussi, la cuvée Le Mas du Mas du Pountil, un domaine en bio, fort de 5 cépages dont principalement Grenache, Carignan et Syrah, le tout élevé d’abord 12 mois en cuve puis 12 mois en barriques usagées et demi-muids, se révèle être un formidable rapport qualité-prix puisqu’il ne dépasse pas 11 € au domaine ou chez un caviste. Fermeté en bouche, matière serrée, puissance, tannins fins et bien consolidés, longueur, finale joliment épicée, on rêve d’en avoir en cave pour une garde de 5 ans au moins ! Splendide, ample, très fruité cerise bigarreau, altier, droit, élégant jusqu’en finale, le Mas des Brousses, fidèle à son habitude, très Syrah-Mourvèdre avec un peu de Grenache, associe deux terroirs : ceux de Puéchabon et d’Aniane. Élevé 13 mois en barriques usagées de 400 litres, on pouvait se le procurer au prix de 15,50 €. Pour 13 € départ cave, on peut aussi s’offrir, s’il en reste, L’Enfant terrible 2012 du Domaine d’Archimbaud, cultivé en bio par Marie Cabanes et bien marqué par le Mourvèdre (60 %). Servi en magnum, ce vin était d’une incroyable douceur et fluidité, tout en unité et notes d’orange sanguine. Autres beaux vins dans ce millésime : le Garric du Domaine de l’Argentelle, le Querne du Mas des Quernes, les Combariolles du Mas Cal Demoura et le Domaine Saint-Sylvestre.

Guilhem Dardé, du Mas des Chimères, en mission estivale ! Photo©MichelSmith

Guilhem Dardé, du Mas des Chimères, en mission estivale ! Photo©MichelSmith

Lorsqu’arrivèrent les 6 échantillons de 2011, tous bons, j’ai compris ce que je savais déjà : ce millésime est l’un des plus beaux, des plus complets. Deux grands vins à signaler. D’abord le Domaine de l’Hermas, à Gignac, pour son assemblage Syrah (60 %) et Mourvèdre de jeunes vignes mais de très faibles rendements sur un plateau calcaire orienté nord (16 €) : robe solide ; joli nez comme enfoui, complexe, discrètement épicé ; bouche fraîche, parfaitement équilibrée, dotée d’une grande longueur. Ensuite le Domaine de Montcalmes, Syrah à 60 %, le solde se partageant entre Mourvèdre et Grenache (23 €) sur le même type de plateau calcaire lacustre sur Puéchabon et Aniane : c’est dense, riche, tannique mais sans aspérité, légère amertume et très long en bouche. Autres belles réussites dans ce millésime et dans l’ordre de préférence : la cuvée Caminarem du Mas des Chimères, Les pierres qui chantent des Chemins de Carabote, les 3 Naissances du Domaine de Familongue et La Traversée de Gavin Crisfield.

Deux complices des Terrasses : Vincent Baumard et Olivier Jullien. Photo©MichelSmith

Deux complices des Terrasses : Vincent Goumard et Olivier Jullien. Photo©MichelSmith

Que dire en conclusion ? Rien, si ce n’est que je ne suis pas peu fier de vanter les mérites du Languedoc et du Roussillon depuis 30 ans. Nous tenons dans ces Terrasses et ailleurs des sites viticoles à vous couper le souffle et nous pouvons dire que désormais nous sommes bien établis dans un style de grands vins vus par des vignerons en phase avec leurs cépages et leurs terroirs. Ah si ! Je remarque tout de même qu’hormis quelques exceptions, je n’ai pas sorti les vins les plus chers, ni les domaines les plus réputés. Comme quoi tout change à l’aveugle…

Michel Smith

*Quelques chiffres indispensables en pareil cas pour mieux saisir la chose : officialisée en Juin 2014 à partir des vins rouges du millésime 2014, l’appellation Terrasses du Larzac concerne 5 caves coopératives et 60 domaines ou caves particulières sur un vaste territoire couvrant 2.000 ha plantés sur 32 communes des premiers contreforts du causse du Larzac, au nord-ouest de Montpellier sur des altitudes variant entre 80 et 400 mètres. Écrire tout cela en une phrase, fallait le faire !

Le bateau d'Alain, toutes voiles dehors. Photo©MichelSmith

Le bateau d’Alain, toutes voiles dehors. Photo©MichelSmith

Et puisque nous sommes dans le Sud, restons-y ! Avec un petit supplément en Provence plus à l’Est en souvenir d’un copain, un vrai navigateur, sur terre comme sur mer… Alain est parti en une folle course vers l’éternel, une course en solitaire. Capitaine-Vigneron, je le revois comme si c’était hier. Alain Combard sur son voilier traversant le bras de mer qui sépare Hyères de Porquerolles. Heureux, un verre de rosé à la main, l’œil pétillant de bonheur, entouré de sa famille et de quelques amis. Qu’est-ce que j’ai pu en boire de ce rosé ! Le Vieilles Vignes en particulier que j’aimais pour sa bonne tenue en bouche et que l’on éclusait ce jour-là sous les pins, à deux pas des rochers. La curiosité d’Alain était grande, largement ouverte. Son amitié aussi. Côté vignes, il les voulait propres, sans herbicides ou pesticides. Côté caves, il bichonnait ses cuves en se servant de son instinct de dégustateur. La technique, la recherche, l’innovation, il osait tout du moment que ses vins en profitaient et nous avec. Et puis, il y avait ces trop rares soirées que nous passions à refaire le monde chez lui, les petits plats provençaux de Gaby, les magnums ouverts aux pieds des Maures dans cet attachant vignoble qu’est Saint-André-de-Figuière où enfants et petits enfants – je les embrasse – sont disséminés aux quatre coins du domaine. Tes vignes sont en de bonnes mains, Alain. Tu vas pouvoir voguer paisiblement. En attendant, tu m’auras bien fait rire. MS


10 Commentaires

Gérard Bertrand, le livre et une nouvelle pyramide

On peut avancer sans trop se tromper que cette année 2015 sera l’année Gérard Bertrand. Rien de plus normal quand on sait que l’homme d’affaires – il préfère sans doute qu’on le qualifie de vigneron languedocien, ce qu’il est aussi, il est vrai, depuis sa naissance – a probablement lui-même programmé l’événement de longue-date en concertation avec les stratèges qui l’entourent, un peu à la manière de certains présidents de la République qui consultent les cartomanciennes avant de s’engager vers un nouveau cap. Après tout, l’homme a 50 ans, âge propice aux questions existentielles. Il possède une douzaine de propriétés, a tâté du sport à un niveau élevé, monté une marque de négoce qui fait briller son nom dans une centaine de pays et rend jaloux tous ses concurrents. Il a créé un festival de jazz à l’orée des vignes, ouvert un hôtel-restaurant et, pour couronner le tout, il vient de publier et de signer un livre autobiographique dans lequel il raconte son histoire d’amour avec le vin un peu comme une rock-star déroulant son errance entre sexe, drogue et rock n’roll. Sauf que chez Gérard Bertrand, les droits d’auteurs sont reversés à une ONG qui défend la planète. Sa route est tracée droite. Sa vie aussi qui se résume entre Corbières, amour paternel, rugby, amitié, vin, jazz et fidélité. Ce à quoi on pourrait rajouter quelques ingrédients tels que l’ambition, le succès, les projets, les achèvements et, au grand étonnement de beaucoup, la biodynamie qui, à terme, sera en application sur la totalité de ses domaines, soit autour de 600 hectares.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Rassurez-vous, pas question pour moi de me lancer ici dans la critique du style ou le résumé détaillé d’une lecture approfondie du livre de notre Gégé régional. Primo, parce que moi, ce mec qui bouillonne d’enthousiasme, je l’aime bien ; deuxio, parce que ce serait trop long ; tertio parce que l’ouvrage est en vente dans toutes les bonnes librairies (Éditions de La Martinière). Sachez cependant que pour certains, ce livre à la couverture style affiche électorale ne vaut pas un pet de lapin de garrigue (oui, j’ai bien rajouté de garrigue), tandis que d’autres le soupçonnent d’être pompeusement bâclé par un nègre. Je ne suis pas de cet avis car j’ai la prétention de connaître un peu le personnage. Je sais qu’il est fier de sa réussite, de son pays, de ses racines, de ses Corbières, de sa jeunesse et de son éducation rugbystique, bref je reconnais bien là, en le lisant, le fond de sa pensée sur le vin. Et quand il a quelque chose à dire, il le dit, souvent même avec fermeté dans le ton comme j’ai pu en être le témoin. À l’approche de la cinquantaine, je le vois parfaitement entre deux changements d’avion comme à son bureau, en train de rédiger ce qu’il a envie de dire, faisant le bilan d’une vie déjà plus que remplie. Ce grand type entre deux âges, toujours soigneusement sapé, hâlé et coiffé d’un casque bouclé d’argent et d’ébène, même en shorts et tongs, a la niaque et les attributs des gagnants du vignoble que l’on met en couverture des magazines chics. Mais il la tête dure des paysans des Corbières et ses pieds ont labouré plus d’une vigne dès qu’il fut en âge d’aller à l’école. Après avoir assuré au domaine familial (Villemajou) pendant des années dans l’ombre de son père, Georges, également courtier en vins et arbitre de rugby, ayant vécu les riches heures d’un sport noble et amateur où tous les coups étaient permis, il me laisse l’impression d’un homme qui vit sans cesse en vue de la préparation d’un nouveau match international à l’enjeu capital : il accepte certainement de perdre, mais se jette corps et âme dans la partie avec l’envie de faire gagner son équipe dans le sang et la sueur. Jusqu’à l’inévitable troisième mi-temps où le vin doit couler à flots.

Gérard Bertrand, en 2010, ouvrant le Festival de Jazz à L'Hospitalet. Photo©MichelSmith

Gérard Bertrand, en 2010, ouvrant le Festival de Jazz à L’Hospitalet. Photo©MichelSmith

Cela étant dit, une chose m’a intrigué dans son ouvrage et j’aimerais vous la soumettre. Sans avoir à porter de jugements, notamment sur l’aspect sacré, cosmique, voire religieux ressenti plus loin au fil de la lecture, ce qui m’a frappé se trouve au beau milieu du livre et cela ressemble plus, à mes yeux, à une nouvelle approche, une idée commerciale (marketing, si vous préférez ce mot qui m’horripile) du vin dont il serait l’instigateur. Je vais tenter de résumer ce qui, à mon avis, illustre son succès et son savoir-faire, en ajoutant quelques extraits de la pensée de Gérard Bertrand. Tout d’abord, il présente deux triangles, deux pyramides. La première est classique et déjà vue. La seconde est plus inhabituelle à mes yeux et elle symbolise une démarche de plus en plus tendance sur laquelle il faudrait se pencher, même si elle ne me satisfait pas pleinement. Une idée new age peut-être, pour l’instant encore un peu floue, me semble-t-il, mais une idée qui mérite pourtant que l’on s’y attarde. Du moins je le pense.

La pyramide

La pyramide « classique » et conquérante, à l’américaine…

Suite à une première pyramide, Gérard Bertrand écrit ceci : « Après une mûre réflexion et de nombreux voyages, je pense qu’il est temps d’organiser aujourd’hui la hiérarchisation des vins de manière différente, car la clef d’entrée par le prix n’est plus le premier critère de choix pour les consommateurs. Il y a vingt ans, le prix d’un vin de bonne qualité était au maximum dix fois inférieur à celui d’une bouteille d’exception. Ce rapport a explosé et est passé de un à cent aujourd’hui, avec l’intérêt grandissant pour les grands crus, dont la cote dépend souvent des notes décernées par les journalistes. On remarque aussi l’apparition d’un phénomène nouveau, lié à la spéculation et à la production limitée de cuvées parcellaires, insuffisante pour alimenter une demande soutenue. Cependant, la crise financière et l’effet lié au changement du mode de gouvernance en Chine créent quelques turbulences, ralentissant la demande, malgré les réservoirs de croissance, représentés par le Brésil, le Nigéria, la Colombie et l’Inde en particulier. La seconde voie, plus originale, consiste à classer les vins en lien direct, non plus avec le marché, mais avec ceux qui les boivent. Ceux-ci sont en train, petit à petit, de prendre le pouvoir et de s’affranchir partiellement des règles du marché. Les amoureux du vin savent qu’avec leur téléphone portable, et en dix secondes, ils peuvent se relier à tous les vignerons. La planète est devenue un jardin où, de son fauteuil, en sirotant un bon verre de rosé, le consommateur peut commander pratiquement tout ce dont il a envie. Bien sûr, les problèmes liés à la logistique et aux réglementations douanières sont aujourd’hui des limites au libre-échange, mais il n’en demeure pas moins que le consommateur est en train de s’affirmer. Certains parmi eux sont aussi devenus des conseilleurs sur la blogosphère. Je crois pour ma part à une nouvelle organisation moins mercantile, davantage liée aux besoins des consommateurs, et répartie en quatre catégories : 

La

La « nouvelle » pyramide, selon Gérard Bertrand

Il existe de plus en plus de consommateurs curieux de découvrir de nouveaux territoires et favorables à la perception et à l’éveil des sens. Les hommes et les femmes ne doivent plus subir le diktat des étiquettes mais au contraire se forger eux-mêmes leurs critères, résultant de leurs envies. De nos jours on ne consomme plus le vin comme un aliment. Ce type de comportement s’est éteint avec l’arrêt des travaux physiques pénibles, qui étaient monnaie courante à une époque où le vin était un carburant nécessaire dans la ration calorique quotidienne. L’évolution des techniques de vinification, la cueillette à maturité et d’autres améliorations qualitatives de la viticulture actuelle permettent d’éliminer presque totalement les mauvaises bouteilles. »

Avec son épouse et coach, Ingrid. Photo©MichelSmith

Avec son épouse et coach, Ingrid. Photo©MichelSmith

S’en suit une déclinaison des critères pris à partir de la base au sommet de la « nouvelle » pyramide, lignes dont je vous fais grâce mais que vous trouverez dans son ouvrage précédant de nombreuses pages consacrées à la biodynamie et à la mécanique quantique… Ces observations faîtes par un gars qui parcourt le monde pour vendre du vin estampillé Sud de France paraîtront à certains vieux routiers d’une banalité et d’une naïveté déconcertantes. Mais Gérard a le mérite de se livrer avec sincérité, ce qui est plutôt rare dans le monde du vin. C’est ce qui donne parfois, et ce sera pour moi la critique majeure, l’impression de feuilleter une super brochure (même s’il y a peu d’illustrations) avec ou sans langue de bois, brochure qui se lit d’une traite en un voyage en train entre Paris et Perpignan, par exemple. Mais après tout, si je dis ça, c’est que j’aurais bien aimé être celui qui recueille ses souvenirs et ses observations. En bon  prétentieux que je suis, j’aurais aimé lui faire sortir tout ce qu’il a dans les tripes. Ce livre-là, plus vrai je l’espère, se fera un jour avec un autre vigneron. Notre beau pays n’en manque pas.

Michel Smith

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 13 158 autres abonnés