Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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Millésime Bio 2016 (2ème volet) : Au top !

Après des années de bons et loyaux services où durant trois jours pleins (bien plus en comptant les autres salons) je risquais ma santé en m’adonnant à toutes les dégustations possibles et (in)imaginables, y compris les plus exécrables, ceci dans le seul but de découvrir des vins bios qui aujourd’hui connaissent la gloire, j’ai quand même consenti à consacrer une petite journée au Salon Millésimes Bio version 2016 qui attirait pléthore d’exposants rendant aujourd’hui l’efficacité de la visite de plus en plus aléatoire ainsi que le souligne ce court billet pêché dans Vitisphère. Je le déplore et pour ma part, cela fait quelques années que j’agite le chiffon rouge. N’ignorant pas que mon ressenti professionnel ne touche personne d’autre que moi-même, je m’autoriserai toutefois en fin d’article à suggérer quelques pistes forcément naïves qui permettraient peut-être de pimenter un peu plus l’intérêt d’un tel salon tout en ravivant la flamme organique.

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Toujours est-il qu’après mes rouspétances de l’an dernier à pareille époque, je me suis lancé dans la quête désespérée de salons dits off où, je dois l’avouer, les choses ne sont pas toujours faîtes pour que l’on puisse déguster au mieux. J’avais déjà donné (Verchant, Roots 66, Les Affranchis, etc) mais il faut croire que j’étais en manque. Cohues, bousculades, personnages suffisants en mal de grands discours sur le commerce du vin ou les bienfaits des vins sans intrants, seaux débordants de crachats, odeurs pestilentielles mélangeant parfums bradés et tabacs de contrebande, force est de constater une fois de plus que la plupart des gens qui viennent se frotter et se bousculer dans ce genre d’événements au rabais lancés à grands coups de buzz sur les réseaux sociaux, sont là non pour travailler, c’est-à-dire goûter chaque vin et prendre des notes, mais pour se battre et tenter d’arracher quelques goutes d’un précieux liquide-miroir-aux-alouettes dispensé par la main d’un gars qui se dit vigneron parce qu’il a plongé un jour dans la mode du sans soufre. Voilà, c’est dit. Certes, le vigneron paie moins cher qu’une exposition sur 3 jours au salon officiel – Millésime Bio, en l’occurrence -, mais que gagne-t-il au final hormis le plaisir que l’on éprouve (peut-être) à déboucher une trentaine de bouteilles pour des boit-sans-soifs que l’on sert à la chaîne et qui vous promettent au passage monts et merveilles ? La satisfaction d’attirer cent ou deux cent personnes dans des conditions parfois rocambolesques ?

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Bien sûr, face à ce tableau bien noir et forcément exagéré, il y avait des exceptions. Quelques rares moments de grâce, de paix et d’organisation qui suffisent à vous dire que vous ne vous êtes pas déplacés pour rien. À l’image des Outsiders de Louise Hurren ou du Salon Biotop lancé depuis quelques années déjà par Isabelle Jomain, laquelle a eu l’idée d’attirer les amateurs au sommet d’un phare-château-d’eau édifié dans la très hideuse (ou très kitch, selon les goûts) station balnéaire de Palavas-les-Flots, à quelques kilomètres à peine de l’aéroport et du centre des expositions de Montpellier où se tenait Millésime Bio. Justement, j’y suis allé.

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Photo©MichelSmith

Autant le dire tout de suite, sur la cinquantaine de domaines occupant le restaurant du Phare de la Méditerranée, je n’ai pu en goûter que quelques uns, ce qui prouve bien que ce n’est pas en une journée que l’on peut sérieusement faire le tour d’un salon de ce type. Je reprends donc pour vous mes notes les plus significatives en commençant, une fois n’est pas de coutume, par le Bordelais. J’ai renoué en effet avec le Côtes de Bourg du Château Falfas que je n’avais pas goûté depuis 10 ans au moins et si je n’ai pas été séduit par les cuvées Les Demoiselles, j’ai néanmoins aimé le rouge 2011 du château qui, fort de ses quatre cépages, était en plein épanouissement, à la fois complexe, au bord de l’évolution et relativement facile d’approche. Idem, en dépit des tannins marqués, avec le Château Gombaude-Guillot 2011 Clos Plince. Mais le plus beau sans conteste était le Pomerol 2008 en magnum de ce même domaine, un vin dense et fier.

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Photo©Brigitte Clément

Dans le Sud, j’ai aimé le très syrah rosé 2014 du Domaine Les Arabesques à Montner (Roussillon) déclaré en Vin de France que j’ai trouvé vif et élancé. Chez le sieur Padié (Jean-Phi pour les intimes), j’ai vécu une fois de plus la joie immense que procure son Calice 2015 également estampillé Vin de France, un rouge libre et sans complexe entièrement dédié au carignan de Calce. Joie aussi, exprimée non sans détermination au travers de toutes les cuvées du Domaine Rousselin, à Lesquerde. À commencer par un rouge Roc’n Rousselin (du nom des propriétaires), grenache, merlot, macabeu, qui se boit presque sans retenue. Tout comme leur Rendez-vous, une syrah bien en verve, dense, large, souriante. Sans oublier leur Côtes-du-Roussillon-Villages Lesquerde 2014 Les Orientales donnant un rouge envoûtant.

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Laurence Rousselin (Photo©Brigitte Clément)

Trop brève incursion en Touraine, au stand de mes amis Coralie et Damien Delécheneau du Domaine La Grange Tiphaine. À commencer par leur Bécarre, un Amboise de pur cabernet franc qui se lampe comme l’on respire ! Et sans oublier la Clef de Sol (cabernet-franc et côt) 2014 assez ferme en bouche mais dotée d’une belle longueur. Quant au Nouveau Nez, c’est un pet’nat pur et fin qui met une fois de plus Montlouis à l’honneur ! Toujours dans la Loire, quel plaisir de retrouver mes amis du Domaine de Veilloux, Michel et Arnaud Quenioux avec leur Cheverny blanc 2014 Les Veilleurs, toujours aussi vif et incisif, dense et salin. Leur Argilo blanc 2011 est un des plus beaux du secteur et il laisse ressortir de jolies notes évoquant le noyau de pêche et d’autres fruits blancs. Sans oublier le romorantin 2014 qui regorge de finesse et de notes fumées.

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Photo©Brigitte Clément

Les vins de Provence étaient en nombre, mais dans la cohue, je n’ai pu m’approcher que de ceux de l’ami Peter Fischer du Château Revelette. Deux surprises de taille : l’ugni blanc 2015 Pur et le rosé 2014 tout en carignan ! En passant, coup d’oeil vers le Beaujolais. Je me suis régalé du Petit Poquelin du Domaine des Côtes de la Molière, gamay 2015 étiqueté Vin de France. Mais leurs crus Moulin à Vent, Fleurie et Morgon ne m’ont guère enthousiasmé en 2015 bien que le fruité me semblait apparent sur les deux derniers. Un soupçon de déception aussi en Champagne, chez les Fleury, outre une excellente cuvée de pur pinot noir et un brut nature Cuvée de l’Europe (15 % de chardonnay) toujours aussi droit et prenant.

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Photo©MichelSmith

Restons donc dans les bulles avec une fascinante et très catalane maison familiale, Alta Alella Privat. Les Pujol-Busquets, qui vivent dans leurs vignes à portée de vue de la Méditerranée, au cœur de la discrète D.O. Alella, sont parmi les rares (les seuls ?) à produire du Cava au nord de Barcelone. J’ai bien aimé l’éclat fruité de leur brut nature AA Privat 2013 (xarel-lo, macabeu, parellada), leur Bruant 2014, un pur xarel-lo vinifié sans surlfites à la fois vineux et crémeux, ainsi que leur Laietà Gran Reserva, un brut nature 2012 affichant 36 mois de vieillissement sur lattes et présenté dans un très joli flacon, réplique de ce qui se faisait jadis lorsque les blancs du coin étaient envoyés à la cour d’Espagne. Cette dernière cuvée, xarel-lo pour l’essentiel, mais avec un peu de chardonnay et de pinot noir, se goûtait avec beaucoup de sève et de longueur.

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Photo©Brigitte Clément

Voilà pour la partie dégustation. Maintenant, revenons sur l’épineuse question du salon Millésime Bio. Pas question de remettre en cause ici le succès déclaré de cet événement. Mais, compte tenu de la multiplicité des manifestations annexes qui viennent se greffer au salon officiel, nous sommes en droit de nous poser des questions sur son avenir. Un questionnement qui rejoint ici même celui de notre ami Jim Budd à propos du Salon des Vins de Loire.

Morceler et communiquer juste, ne serait-ce que pour avancer mieux ?

Attention, je prends bien soin, n’étant ni expert ni donneur de leçons, de faire de mon intertitre un questionnement. Mais le problème a été tant de fois abordé ici comme ailleurs, par moi comme par d’autres, qu’il me paraît utile pour une fois de faire quelques suggestions aux organisateurs du salon Millésime Bio. L’une serait, par exemple, de diviser le salon en trois parties correspondantes à trois halls d’expositions bien distincts. Le hall principal, celui par lequel les visiteurs entrent, serait consacré aux novices, c’est-à-dire aux vignerons récemment concernés par la bio, ceux qui auraient entre trois et dix années d’expériences en prenant en compte la date de leur certification officielle. Le hall suivant pourrait être affecté aux anciens, aux domaines ayant plus de dix années de pratique de l’agriculture biologique. Un dernier hall pourrait être réservé à ceux des vignerons qui pensent aller plus loin que la simple revendication AB, je pense aux biodynamistes par exemple, ou aux tenants bio du sans soufre ajouté.

Je sais le reproche que l’on ne manquera pas de me faire : cette partition risque de semer la zizanie dans le monde du bio. Mais après 40 ans d’observation, je constate 1) qu’il faut du temps pour être vraiment dans l’esprit bio et que la terre comme la plante ont aussi besoin de ce temps d’adaptation ; 2) que la biodynamie est véritablement un exercice à part, un courant qui, par moment et, selon les cas, s’éloigne vraiment de la simple culture bio ; 3) que les jeunes (ou les nouveaux) qui démarrent en bio n’ont pas toujours réalisé les efforts à fournir, mais qu’ils ont en revanche une besoin d’aide médiatique pour se faire connaître puisqu’ils viennent après leurs aînés qui, certes ont essuyé les plâtres bien avant eux, mais qui ont en revanche bénéficié à fond de la curiosité des médias face à ce qui, à l’époque, apparaissait alors comme étant une tendance novatrice dans le monde viticole. Pour le reste, Millésime Bio doit garder son esprit d’origine qui fait que l’on peut voisiner un grand nom de Bourgogne alors que l’on vient de Croatie ou de Cahors, et que l’année d’après, la place qui vous sera attribuée ne sera pas la même que celle d’avant.

Sur le plan de la communication, il me paraît essentiel d’accorder plus d’impact à l’événement, de lui donner plus d’éclat (mais sans esbroufe), que ce soit avec ou sans l’aide de la région Languedoc/Roussilon, de la mairie de Montpellier et de Sud de France. Plutôt que d’offrir le transport et une nuit d’hôtel à des prescripteurs que l’on invite en masse en misant sur une large participation d’ensemble, sans trop savoir d’où viennent les invités ni ce qu’ils font réellement, il me paraîtrait plus judicieux de sélectionner chaque année au sein de la presse en général (blogueurs, journalistes étrangers ou nationaux) une dizaine d’entre eux (voire plus) pour une semaine tous frais payés afin de les faire participer – un peu à l’instar de Vinitaly – à des jurys de dégustation ou à des projets de visites dans des appellations régionales, projets impliquant bien entendu la publication d’articles. Évidemment, ce groupe de journalistes changerait d’année en année et cela n’empêcherait nullement par ailleurs d’accueillir dignement d’autres prescripteurs, comme ceux de la presse régionale par exemple, ni de réinviter des journalistes ayant bénéficié quelques années avant des avantages précités.

Autre aspect régulièrement mis de côté : la quantité de vins présentés. Certains abusent et débarquent sur le salon avec une dizaine, parfois plus, d’échantillons de vins, dont beaucoup souvent imbuvables en cours d’élevage, tirés de la cuve ou de la barrique. Ainsi, il arrive que l’on passe près d’une heure sur un domaine en passant du blanc très sec au jus de raisin muté, sans oublier les rosés, les pétillants et les vins rouges. Certes, je sais que c’est un salon d’affaires et qu’il vaut mieux, pour un vigneron ou un négociant, avoir le maximum de bouteilles pour avoir une chance de décrocher le marché miraculeux, mais enfin… Je pense qu’en limitant la présentation à 5 ou 6 vins par exposant on arriverait à plus de fluidité et de variété d’échantillons à goûter dans la journée.

Enfin, il est grand temps – et il me semble que c’est le cas, même si je n’ai pas lu les statuts – que les organisateurs de Millésime Bio refusent clairement l’inscription de domaines qui participent par ailleurs à une manifestation off. Grand temps aussi que les dits organisateurs mettent sur pieds une grande table ronde à laquelle serait conviée les représentants du salon officiel et ceux des dégustations off afin d’avoir une discussion sur l’éventualité d’un regroupement au sein de l’enceinte du centre des expositions de Montpellier. Grand temps enfin que les journalistes et acheteurs invités par Millésime Bio signent l’engagement de ne pas participer aux autres salons organisés en parallèle durant cette période dans et autour de Montpellier.

Michel Smith

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Millésime Bio : Carignan/Grenache, la confrontation

À l’occasion du désormais très vaste et très international salon Millésime Bio, qui se tient chaque année en Janvier, à Montpellier, la capitale du Languedoc vibre de multiples fêtes pour l’heure toutes aussi modestes et joyeuses. Le Beaujolais bio – j’en reparlerai – faisait sa fiesta dans une ambiance du tonnerre, la Vallée du Rhône n’était pas en reste, les différents courants de la biosphère non plus répartis en autant de salons « off » plus ou moins prisés à l’instar de ce très réussi salon des Outsiders réunissant pour la première fois des vignerons étrangers au Languedoc épris par cette région au point de s’y installer. Mais pour changer des années précédentes, cette année j’ai choisi de m’arrêter sur quelques événements plus ou moins importants organisés en marge du plus gros des salons consacrés aux vins que compte la planète bio.

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Ce premier article a son importance car il met en scène deux associations qui me tiennent à cœur : la Grenache Association d’un côté, animée magistralement par sa grande et savoyarde prêtresse Marlène Angelloz, dite Marlène Fan de Grenache sur les réseaux sociaux ; et Carignan Renaissance de l’autre, présidée par le talentueux œnologue germano-languedocien Sebastian Nickel. Les deux associations n’ont d’autres objectifs communs que de déclencher l’intérêt des amateurs de vins envers ces deux cépages hautement représentés dans notre grand Sud et même sous d’autres cieux plus ou moins lointains. J’en ai déjà parlé ici même, lors d’une première rencontre amicale dite battle qui n’a de bataille que le nom et dont la vocation n’a qu’une simple mission : confronter les défenseurs des deux cépages dans une atmosphère plutôt joyeuse.

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Sebastian et Marlène, les instigateurs de la battle !

Cette fois la rencontre avait lieu en plein cœur de l’Écusson, autrement dit le vieux Montpellier, dans les murs historiques de la Salle Pétrarque. Il y avait là un monde fou, amateurs, sommeliers et journalistes curieux, attirés par l’aspect inhabituel que pouvait présenter une telle dégustation. Pouvoir en effet passer d’un domaine présentant sa cuvée de grenache pur à un autre fier de faire goûter son carignan de vignes centenaires, sans oublier la surprise de tomber sur un vigneron armé à la fois d’un grenache blanc et d’un carignan vinifié en rosé, rendait l’exercice de la prise de notes, même parfois dans la bousculade, encore plus excitant. Je me suis régalé !

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Pour ma part, en dehors des vins que je connais bien (Stella Nova, Bertrand-Berger, Calavon, L’Anehl, Rimbert, Mas Mellet, Vaquer, Sainte-Croix, Clos du Gravillas, Plan de L’Homme, Leconte des Floris, Treloar, Rémi Jaillet, etc), domaines sur lesquels on peut retrouver quelques commentaires passés en inscrivant leurs noms sur notre moteur de recherche, j’ai été très agréablement surpris par la pureté d’un Faugères 2011 carignanisé, pour ne pas dire fortement inspiré par le carignan sur sol de schiste, celui du Mas des Capitelles. La cuvée Loris de ce domaine révélait un rouge, extraordinaire de pureté et de finesse.

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Dirk, amoureux fou de Carignan. Photo©MichelSmith

Autre surprise, cette fois avec Hubert Valayer, un vigneron-trufficulteur de la Drôme, plus particulièrement du terroir de Vinsobres où il dirige avec son frère Denis le Domaine de Deurre. Rehaussé de 30 % de mourvèdre, son très carignan Vinsobres 2015 s’annonce comme étant une superbe affaire. Le belge Dirk Vermeersch, quant à lui, a fait sensation avec ses deux cuvées vinifiées en Vin de France. La (grenache) GT-G 2010 était d’une longueur étonnante, tandis que la (carignan) GT-C séduisait par sa maturité et ses notes grillées. De son côté, Peter Fischer, du Château Revelette, dans le haut pays d’Aix-en-Provence, fait toujours sensation avec sa série de Pur déclinée en rouges dans les deux cépages qui nous intéressent et donnant à chaque fois des vins ouverts et plutôt faciles d’approche, pleins d’esprit et de fruit. En profiter au passage pour goûter son blanc dédié à un autre cépage, l’ugni blanc.

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Retour au Languedoc avec Brigitte Chevalier du Domaine de Cébène qui nous gratifie d’un savoureux et sensuel grenache Ex Arena 2013 tout en fraîcheur et salinité issu de vignes plantées sur un sol du Villafranchien. Ne pas manquer non plus son remarquable et très élégant Faugères Belle Lurette 2014 bien inspiré par les vieilles vignes de carignan sur schiste. Côté Roussillon, l’ami Julien, du Domaine Amistat, m’a une fois de plus charmé avec son grenache 2013 tout en sève, riche de matière et de jovialité au point que l’on ne cessait de vouloir remplir son verre !

La semaine prochaine, toujours dans le cadre de Millésime Bio, je proposerai une promenade dans le Beaujolais avec quelques gamays d’anthologie !

Michel Smith

 

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Entre deux fêtes, un peu de mixologie pinardière

L’art du cocktail… Pour peu que je puisse avoir une quelconque autorité en la matière, je précise toutefois que ce qui suit marque, à mon humble avis, une nouvelle tendance revenue par effraction dans ma vie. D’aucuns m’objecteront qu’il était temps que je m’aperçoive que la mode change depuis une dizaine d’année, du moins chez les jeunes, et que la mixologie (quel horrible mot au passage…) est aujourd’hui bien installée dans nos habitudes de consommation.

Sachez que je n’ai aucune prétention au regard du métier de barman, métier que je respecte au plus haut point d’autant que je l’ai exercé moi-même pour quelques mois. J’admire le barman, le vrai, celui qui se pique d’inventer à l’instant une boisson à la hauteur de la joie ou du désespoir de son client. Depuis le bon vieux kyr de mon enfance (au Bourgogne Aligoté bien sûr) et jusqu’au désastreux et plus récent mélange Sautertnes/Perrrier – non encore essayé, je l’avoue -, sans oublier le fameux spritz (Aperol, Prosecco, eau gazeuse, glaçons à profusion et deux tranches au moins d’une belle orange sanguine de Sicile) qui fait fureur et égaie mes séjours dans les villes italiennes, j’avoue de plus en plus me laisser entraîner dans le jeu du cocktail. À mes yeux, ce temps passé à les concocter, puis à les siroter, permet de faire un break, de sortir du train-train habituel qui veut qu’entre deux fêtes on s’emploierait obligatoirement à déboucher ses plus belles et plus onéreuses bouteilles pour prolonger un état quasi comateux.

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Cet été, le spritz d’un prince dans un grand hôtel cannois…

Et c’est là j’en conviens toute l’ambiguïté de cet article un peu vaseux. Je reste convaincu en effet que de toutes les vacheries que l’on inflige au vin en général, en plus de celles qu’on nous impose à nous pauvres buveurs par la force des choses, les queues de coqs (cocktails) à base de vin peuvent faire partie des pires saloperies. Mais ces petits jeux peuvent aussi révéler de vrais moments de bonheur. Cela étant dit, je n’irai pas jusqu’à affirmer que c’est une raison pour imposer aux cocktails vineux des vins de second ordre, des piquettes de supermarchés. Bien au contraire : sans forcément chercher ce que l’on a de meilleur dans sa cave pour composer un mélange des plus judicieux, il faut être capable de trouver en magasin un bon vin, le meilleur possible dans une gamme de prix que je qualifierais d’abordables, c’est à dire entre 8 et 12 €. Lorsqu’on y arrive, avec l’ardeur de celui qui cherche à faire plaisir (ou à se faire plaisir), on rassemble toutes les chances d’obtenir des résultats réjouissants, en particulier avec les vins à bulles, tel le Crémant.

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Le Pimm’s raté et trop chargé du Savoy

Dans l’art du cocktail où le vin joue un rôle, les pros ne sont pas toujours les mieux placés comme en témoigne ce désastreux Pimm’s au Champagne testé récemment à Londres en compagnie de mon fils dans le bar américain du Savoy. Le vin était nul et le barman pourtant archi titré et médaillé avait oublié le traditionnel ruban de peau de concombre qui fait toute la différence. Après les vendanges, pour remercier une amie chère venue me rendre visite dans mon gourbi sudiste, j’ai tout naturellement pensé aux vins de Limoux pour servir de base à mes élucubrations cocktailistiques. Cela tombait bien, car en plus de quelques bouteilles de Crémant de Limoux rosé Domaine J.Laurens achetées chez mon caviste, je venais de recevoir six échantillons du même domaine, propriété que j’ai l’honneur de suivre depuis quelques années et qui, soit-dit en passant, ne cesse de progresser.

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Mon spritz façon Blanquette de Limoux

Le spectacle allait pouvoir commencer ! D’abord avec la Blanquette (méthode ancestrale) du même domaine venue telle le messie en lieu et place d’un Prosecco peu amène disponible sur la place de Perpignan, j’ai pu réaliser sans me vanter l’un des plus beaux spritz de ma carrière ! Très légèrement sucrée, dotée d’une effervescence et d’une mousse des plus fines, élément qui manque parfois dans les vins best-sellers de notre sœur transalpine, cette Blanquette de Limoux à 90% Mauzac, cépage qui perd hélas du terrain en terre limouxine, a su revigorer mon spritz devenu ces temps-ci quelque peu morose faute de bulles adéquates pour étayer sa construction. Afin de ne pas trop noyer le vin, j’en ai profité pour tricher un peu en réduisant le nombre de glaçons et en limitant l’apport en eau gazeuse.

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Non content de ce résultat encourageant, j’en ai profité une seconde fois pour mettre le rosé à l’épreuve en lui offrant un mariage avec quelques cuillérées à café de fruits frais de saison, en l’occurence les derniers brugnons et pêches de vignes. C’était satisfaisant, certes, mais décevant en même temps sachant que ce Crémant de Limoux à majorité chardonnay (25% de chenin et 15% de pinot noir) est tellement agréable à boire seul… La même idée allait me servir à prolonger mes expériences. Quelques jours plus tard, je me procurais au marché une rare confiture de pêche que j’affectionne particulièrement et tandis que que j’ouvrai une bouteille du Crémant, devenu le classique du domaine (60% chardonnay), me vint l’envie de glisser dans la flûte une ou deux cuillerées de cette confiture.

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Mon Crémant se transformait subitement en un divin Bellini, bien meilleur que celui du très touristique Harry’s bar, haut-lieu du Venise touristique. Grisé par ce succès, lors d’une seconde tentative, j’ai même essayé de glisser deux ou trois gouttes d’Angostura à l’orange amère, juste pour voir : j’avais là une sorte de quintessence où chaque élément, le sucré, l’acide et l’amer avait sa part, son rôle à jouer. Si j’avais opté pour la traditionnelle Blanquette, le mariage eut été plus sucré et probablement plus décevant.

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Toujours est-il que je crois bien que ce soir-là nous avons vidé plus de deux bouteilles – ainsi qu’un pot de confiture – sans nous faire prier ! Y’a pas de mal à se faire du bien… Et mon amie est devenue illico accro au Domaine J.Laurens

Michel Smith

(Toutes les photos sont de Michel Smith)

Photo©MichelSmith


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Clos des Calades, pépite du Gard ?

Déjà, avant de m’enliser dans des travers quelque peu machistes (que voulez-vous, je suis d’une autre époque…), je vais m’embarquer sur un terrain artistique, ou plutôt décoratif. Celui des calades, ces œuvres caillouteuses que l’on peut admirer aux parterres des hôtels particuliers, des fontaines, des ruelles, des parvis, des quais ou des monuments dans l’univers enchanteur du pourtour méditerranéen. J’en ai vu de belles et de moins belles en Avignon, à Montpellier, Gérone, ou chez moi à Perpignan, jusqu’en Italie, en Andalousie, au Maroc… Je sais qu’il y en a bien au-delà de nos frontières et je recommande à ce propos cet ouvrage, ici même. Allez savoir pourquoi, mais ces pavages souvent si subtils de précision, parfois naïfs, me transportent dans un monde imaginaire où je vois des dizaines d’artisans à la tâche avec leurs marteaux, leurs cailloux posés sur le sable et leurs dessins faits d’arabesques en tous genres qu’il faut suivre avec précision jusqu’à réaliser un chef d’œuvre au beau milieu d’un jardin princier au cœur d’une Séville comme inondée de soleil. Que de clichés évocateurs pour un simple mot !

Photo©MichelSmith

Une calade… Photo©MichelSmith

Ensuite, aussi lumineuse qu’une calade au soleil, il y a une personne attachante. Ce pourrait être un gars, un de plus, mais là il s’agit d’une fille, Laurence Escavi, une de ces nombreuses femmes indépendantes venues d’ailleurs bien décidées qu’elles sont de se laisser embarquer dans les émois que peuvent provoquer les vignes du Sud, par exemple. C’est le cas de Laurence qui, après avoir rencontré des vignerons aussi captivants et décidés tels que Jo Landron (Muscadet) ou Thierry Michon (Vendée), deux de mes idoles ligériennes, s’est fixée à Langlade au bout de je ne sais quel chemin de vie. Pour ceux qui ne le sauraient pas, Langlade est une bourgade viticole proche de Nîmes avec pour seul décor la garrigue pierreuse. De fil en aiguille, Laurence s’est installée il y a peu dans un domaine à sa mesure, c’est-à-dire pas trop grand, à taille humaine comme on dit, le Clos des Calades, lui-même jouxtant un autre domaine déjà célèbre, le Roc d’Anglade. Le tout dans la partie gardoise de l’appellation Coteaux du Languedoc, ou Languedoc tout court.

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Laurence, chez elle. Photo DR

Au passage, il se pourrait fort qu’un jour cette enclave réclame une sorte d’autonomie en même temps qu’un cru à part entière. Mais c’est un autre sujet. Laurence en est à son deuxième millésime en bouteilles et je trouve que sa réussite est assez rare pour être soulignée. Il est vrai qu’elle commence à avoir pas mal d’expérience depuis le temps qu’elle se consacre au Languedoc, mais enfin cette belle facture que j’ai trouvée dans ses vins me prouve une fois de plus que vous les filles, quoiqu’on dise, ont un petit don en plus, un quelque chose qui relève du sens de l’organisation, de la volonté, du courage, de l’amour du travail bien fait et de la suite dans les idées. Mais comme je sais que l’on va soit me reprocher une misogynie déplacée en disant cela, soit une tendance un peu trop évidente à ne complimenter que les vigneronnes, ce qui est faux évidemment, je vais de ce pas en venir aux trois échantillons que Laurence m’a fait parvenir il y a peu, trois bouteilles qui, au passage, sont habillées de bien belle façon. Jugez-en vous-même.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Laurence m’ayant prévenue qu’elle ne cherchait rien d’autre que mon avis le plus franc et le plus sincère, j’ai dégusté ses trois rouges selon mon ordre à moi, un matin, sans lire les fiches techniques, sans connaître le tarif, à la température que je désirais, c’est-à-dire autour de 15°. Bien m’en a pris car, au final, si j’avais à les noter, j’aurais du mal à les départager. Le premier venu était Terrienne, un joli nom pour un 2014 soutenu de robe, mais sans excès, doté d’un formidable nez aérien de garrigue rehaussé d’un petit fruit noir. La bouche était souple, large, assez facile, armée de tannins doux et grillés sur fond de thym frais. J’ai appris par la suite que cette cuvée que l’on peut qualifier de confidentielle ne dépassait pas 300 bouteilles et que Laurence l’avait visiblement vinifiée pour le plaisir. Levures indigènes, très peu de soufre (1 g à la vendange), grappes entières pour 30 %, débourbage 48 h au froid (comme la plupart de ses rouges), cuvaison de 18 jours, léger pigeage, pas de filtration, le vin est composé d’un seul cépage, un mourvèdre prévu pour une autre cuvée à venir dans la dégustation. Son prix va faire hurler, mais tant pis : 22 €.

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Deuxième cuvée goûté : Les Strates (13 €) 2014. De l’élégance au nez bien qu’un peu difficile au début. Une certaine fermeté en bouche, du fond, de la densité et des tannins tendres avec finale sur le fruit. L’ensemble ne manque pas d’élégance et ce vin me semble prêt à boire d’ici 5 ans au plus. Pas de collage, pas de filtration, pas de bois, syrah en majorité, mais 35 % au moins de mourvèdre et un peu de grenache. La troisième cuvée, Paciènça (17 €), Patience en occitan, un 2013, avait un nez très fin mais sur la réserve. En bouche, on avait beaucoup de retenue et une matière riche. Un vin qu’il faut attendre, avec beaucoup de longueur, de l’équilibre, un joli fond de fruit et de fraîcheur. Issu d’une parcelle particulière, mis en bouteilles en juin 2014, il a sensiblement le même encépagement sauf qu’une partie (50 %) a été élevée en demi-muids.

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Que dire de plus ? Tout simplement que cette propriété de 5 ha, si j’ai bien noté, est un petit bijou en devenir qu’il faudra suivre de près car je suis convaincu que la présence du mourvèdre, sans compter le climat et la composition du sol (eh oui, le fameux terroir !), sans oublier non plus la ferveur de Laurence, vont contribuer au succès de ce vignoble de garrigue. Bon, à part ça, je peux me tromper et vous n’êtes pas obligé de me croire…

Michel Smith

Photo©MichelSmith


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#Carignan Story # 300 : Le Rouge

Son domaine est le Clos Rouge. Rouge comme cette terre de ruffes édifiée en terrassettes qui sont autant de marchepieds menant sur le plateau du Larzac puis, par le bout du nez comme dirait Brassens, jusqu’en Auvergne. Quelque part en sortant de l’autoroute qui annonce Millau et son viaduc archi visité, sur la commune de Saint-Jean-de-la-Blaquière, on arrive à se faufiler par une petite route entre deux oliveraies jusqu’au hameau qui abrite une cave suffisamment grande pour recevoir le fruit de 5 ha de vignes variées, Grenache, Cinsault, Syrah et Carignan, en particulier.

Photo©MichelSmith

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Le nom donné au vin qui m’intéresse, un pur Carignan, est Kokkinos. Ne me demandez pas pour quelle raison, j’ai oublié de poser la question à sa maîtresse, Krystel, laquelle m’a reçu l’autre jour dans sa tenue la moins élégante, celle d’une vigneronne affairée au soutirage des ses vins me rappelant au passage la photo que j’avais d’elle pilotant son Massey Fergusson. La dame, qui vit à Montpellier, fait son vin toute seule, même si souvent elle est assistée de son époux, du moins pour les tâches qui nécessitent de la force physique.

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Bon, et ce rouge alors ? Pour quelle raison est-ce un Vin de Pays de l’Hérault et non un Terrasses du Larzac comme les autres vins de la cave ? Comme toujours parce que le Carignan, pourtant chez lui, n’est toujours pas jugé digne d’une appellation à lui tout seul. Il doit être associé à d’autres cépages, même si en Languedoc quelques vignerons émérites déjà cités ici lui reconnaissent de grandes vertus.

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Ce Kokkinos 2014 aurait-il un petit côté coquin ? Pas vraiment, quand bien même il paraît léger en bouche avec ses 12,5° d’alcool. Le nez est plus qu’engageant où l’on sent l’influence de la garrigue. En bouche, on pourrait croire qu’il manque un peu de caractère, mais son style est comme ça, facile, sans audace particulière, nous donnant de bon cœur un goût prononcé de fraîche vendange toute foisonnante de ses parfums de baies noires. Oui, bon, d’accord, il manque un peu de persistance, il se complaît dans une certaine rusticité, mais il est vrai que si on l’accorde avec des mets simples, salades, pâtés, viandes ou poissons grillés, il ne déçoit pas.. Son prix ? Autour de 12 € départ.

Michel Smith

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#Carignan Story # 298 : le beau travail…

C’était cette année, en Juin dernier, chez Rémi Duchemin en son Domaine du Plan de l’Homme qui possède une adresse prédestinée pour un fidèle du Carignan, au 15 avenue Marcellin Albert, à Saint-Félix-de-Lodez, presque à l’ombre du Mont Baudile, ou Mont Saint-Baudille, haut-lieu sacré des Terrasses du Larzac. Une de ces dégustations d’après réunion de l’Association Carignan Renaissance faisant suite à un ordre du jour bien tassé lui-même suivi d’une de ces discussions sans fin où chaque passionné tente de refaire le monde du Carignan. Bref, l’ambiance était joyeuse et plusieurs membres avaient même marqué leur intérêt pour l’organisation d’une festive Carignan Pride (avec défilé de tracteurs !) chez un ou plusieurs cavistes de Perpignan. Finalement, une première ébauche de cette fête se fera le Samedi 14 Novembre, chez Jean-Pierre Rudelle à la cave du Comptoir des Crus où tous les lecteurs de cette rubrique sont cordialement invités à partir de 16 heures, qu’on se le dise !

Photo©MichelSmith

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C’était donc une de ces soirées où les flacons s’ouvrent à tout berzingue et se retrouvent illico sur une table à la merci des goûteurs-buveurs-brouillons que nous sommes tous tellement nous avons hâte parfois de nous mettre à table. Il y avait le Casanova du Mas de Martin, le Vieilles Vignes de Claude Vialade, L’Interdit d’Yves Simon, L’Infini du Domaine Lanye-Barral, le Mas Coutelou blanc, le rosé Marcel illustré par Anna Kühn, sans oublier un fameux Carignano del Sulcis Riserva 2008 déniché par l’ami Bruno Stirnemann et sur lequel je reviendrai un jour. Ce vin, Is Arena, de la Cantine Sardus Pater, dominait les autres de par sa fraîcheur et la qualité de son fruit.

Photo©MichelSmith

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Sauf un seul vin – il n’y avait pas de Roussillon cette fois-là, du moins si mes souvenirs sont bons -, un seul rouge qui tenait tête au vin sarde. Ce vin était héraultais, arborant fièrement l’IGP Côtes de Thongue. Son nom : La Font de L’Olivier. Son vigneron : Bruno Granier. Son territoire : Magalas, commune au nord de Béziers. Aux yeux des initiés, ce domaine et ce gars ne sont pas des inconnus. Sauf que pour moi, qui suis toujours en retard d’une guerre, c’était la première fois (du moins, je le croyais…) que je goûtais ce vin provenant de vieilles vignes de Carignan plantées sur Villafranchien. Ici, les raisins sont vendangés à la main pour une vinification en carbonique du plus bel effet. Renseignements pris, on me dit que le type est très méticuleux dans son travail et qu’il bichonne ses vignes avec amour. Je n’en doute aucunement car son 2012 est non seulement d’une chaleur bienveillante qui évoque à merveille le Midi avec ses subtiles touches de garrigue, mais il est d’une structure, d’une densité et d’une longueur qui ne peuvent être que le résultat d’un travail bien soigné. En plus, il paraît que le vin est très raisonnable en prix.

Photo©MichelSmith

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Mais par quel détour de mon esprit se fait-il que je repense à ce vin ? L’autre jour, j’ai tenté de mettre de l’ordre dans ma « salle de dégustation » où trônaient une centaine de bouteilles vides, celles qui m’avaient impressionné ces dernières décennies. Or, une bouteille a attiré mon attention. Comme par hasard, il s’agit de la même Font de l’Olivier, mais dans un millésime 2003 (voir photo) qui m’avait coûté à l’époque 7,40 €. Comme quoi, bien avant de songer à cette rubrique qui va bientôt s’arrêter, j’avais déjà en moi le goût du Carignan ! Et j’avais même signalé ce vin dans mon livre Les Grands Crus du Languedoc et du Roussillon paru en 2005 !

Michel Smith

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#Carignan Story # 297 : Basaltique, c’est magnifique !

Il me semble qu’à maintes reprises j’ai pu déjà ici même vous vanter les mérites du Carignan blanc vinifié par Daniel Le Conte des Floris, vigneron à Pézenas. C’est un fait, sa cuvée Lune Blanche fait désormais autorité. Une référence comme on dit, elle a sa place parmi les grands vins blancs du Languedoc, ceux que l’on garde 5 ans minimum avant de goûter ce qu’ils ont dans le ventre, ce qu’ils ont à nous livrer de pureté et de droiture, par exemple sur une poularde aux champignons à peine crémés. Le Carignan de ce secteur, plus précisément entre Caux et Nizas, est décidément bien considéré dans mes dégustations : rappelez-vous de mon chouchou de l’été, le Clos des Papillons, souvenez-vous aussi des belles bouteilles sorties des chais de Basile Saint-Germain aux Aurelles dans mes premiers papiers hélas aujourd’hui introuvables sur le net.

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En quoi cette région représente-t-elle un intérêt particulier pour les vignerons de Pézenas, de Caux ou des environs ? En cette partie de l’Hérault, l’activité volcanique de la fin du Tertiaire a laissé des coulées de lave aujourd’hui visibles (parfois sous forme d’éboulis) sur un plateau d’environ 350 ha et de faible altitude en partie exploité par des carrières de basaltes. Mais les vignerons du pays ont aussi trouvé refuge sur ces terrains où le Carignan était planté jusque dans les années 70 en compagnie du Grenache, bien avant que la Syrah ne fasse son trou dans le vignoble languedocien.

Photo©MichelSmith

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Lorsque l’année le permet, et que la qualité est au rendez-vous en même temps qu’une certaine quantité, Daniel Le Conte des Floris s’autorise cette cuvée spéciale issue d’une parcelle influencée par la présence du basalte. Le dernier millésime dans cette cuvée, après 2004, était 2007. Aujourd’hui, je goûte en avant-première le Languedoc Pézenas tout nouveau-né, un 2014 quasi pur jus Carignan que l’on peut se procurer au domaine pour la modique somme de 15 €. Autant le dire tout de suite, ce vin est à mes yeux un monument ! Un vin de collection, exemple probablement unique de ce que mon cher Carignan peut donner sur ce type de terroir. Au passage, ce vin démontre en plus l’extraordinaire flexibilité de ce cépage sur des sols variés allant du calcaire au schiste en passant par le sable, le granit et… le basalte.

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Le nez est pointu, hyper fin, avec des notes de gelée de petits fruits rouges et de poudre de pierre sur fond de poivre gris. En bouche, la trame du vin impressionne. Il laisse l’image d’un bloc rocheux qui promet d’être difficile à pénétrer. On devine au début, après une heure d’aération dans le verre, un aspect serré et ferme en attaque. Puis le vin tapisse la bouche de sa fraîcheur et de cette minéralité poudrée évoquée au nez. Une fois le palais conquis, il devient souple, aimable, presque soyeux, mais sans douceur, sans mollesse. Le palais reste en éveil un long moment et le vin fait sa révérence de manière élégante laissant de fines touches de fraise des bois et de merises confites en guise d’adieux. Un vin charmeur, persistant, prenant et même envoutant qui doit s’épanouir de préférence entre 2020 et 2025. Je le verrais bien accompagnant une gigue de chevreuil ou un cuissot de sanglier cuit à la broche.

Michel Smith

PS  Quelle horreur ! Deux ou trois jours après  mon papier du dimanche, je m’aperçois que  j’ai oublié de citer les carignans basaltiques de mon ami Philippe Richy, du Domaine Stella  Nova, à Caux. En tapant son nom dans le cadre « recherche » de cette page, vous trouverez aussi  quelques lignes sur ses vins que j’adore !

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