Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


2 Commentaires

Deux Fitou du Domaine de Rochelierre

Jean-Marie Fabre est le président des Vignerons Indépendants de l’Aude.

Mais surtout, c’est un vigneron de Fitou, qui a repris voici bientôt 20 ans l’exploitation familiale, le Domaine de la Rochelierre. 15 ha exploités sans pesticides depuis bientôt 40 ans.

Dans son caveau flambant neuf, aux abord du village de Fitou, il vinifie des Fitou qui, sans renier l’accent local (rocailleux, forcément!), portent sa marque: une puissance contenue, un certain raffinement, un travail soigné.

En voici deux exemples :

Rochelierre Fitou 2016

Carignan, grenache, syrah et mourvèdre sont mis à contribution pour offrir ce vin plein de sève. Le nez évoque la prune, les airelles, le laurier; la bouche prend des accents sauvages, mais surprend par sa fraîcheur, surtout pour un millésime aussi chaud. La finale est suave. Franchise et distinction.

 

Rochelierre Fitou Cuvée Noblesse du Temps 2014

Ni le temps, ni l’élevage n’ont rien enlevé à la fraîcheur du fruité noir de cette cuvée qui évoque aussi le Zan. En bouche, cependant, quelques belles notes de café torréfié signalent le bois, mais les tannins restent très juteux ; en finale, on revient sur la fraîcheur ; pas tant celle de l’acidité que celle de la menthe.

Au risque de contredire l’ami Georges (Brassens, pas Truc, pour cette fois!), « le temps peut faire à l’affaire »; et sa noblesse, c’est celle des tannins fondus, qui nous font oublier (sans regret!) l’impression d’austérité alcooleuse de certains Fitou d’antan, de ceux dont on retardait toujours l’ouverture en espérant qu’ils sont moins durs demain…

Hervé Lalau 

 


Poster un commentaire

Estivales de Narbonne

Tous les vendredis soirs jusqu’au 18 août inclus, sur le Cours Mirabeau, à Narbonne, des vignerons des AOC La Clape, Corbières et Languedoc Quatourze donnent rendez-vous au grand public pour leur faire découvrir leurs vins, cépages et domaines.

Dégustations, échanges et découvertes sont au programme de cette quatrième édition des Estivales organisée par le Syndicat des Vignerons de La Clape avec le soutien de la ville de Narbonne.

Le 4 août, rendez-vous au Palais des Archevêques.

Tarif : un ticket (2 dégustations + 1 verre sérigraphié) : 5€.

Plus d’info: www.narbonne-tourisme.com


2 Commentaires

Fitou (ou ailleurs) : quel rapport entre prix et qualité ?

Je suis souvent surpris par les écarts de prix entre des vins d’un même niveau qualitatif et quand-même issus d’une même appellation.

Oh, je sais, la beauté n’existe que dans l’œil de celui ou de celle qui regarde, et donc cette histoire de qualité perçue n’est finalement qu’une affaire de goût personnel. Je sais aussi qu’il faut tenir compte de facteurs liés au marché (offre et demande) comme à une volonté de « positionnement » (oui, c’est une horrible expression « marketing », mais cela existe bien) de la part de certains producteurs qui visent plus haut que les autres; les exemples abondent dans toutes les appellations. On pourrait ajouter, comme facteur contribuant à ces différences de prix, les seuils de rentabilité pour certaines structures, en particulier les caves coopératives, encore que nous allons voir que ce ne sont pas toujours elles qui produisent les vins les moins chers. Une récente dégustation de vins de l’appellation Fitou m’en a apporté une nouvelle confirmation.

Petit rappel : cette appellation est la plus ancienne du Languedoc, puisqu’elle a été mise en place en 1948 (uniquement pour les rouges). Elle jouxte l’aire de l’AOP Corbières (qui elle, n’a vu le jour qu’en 1985) et bon nombre de producteurs ont des vignes dans les deux appellations.

L’aire de production concerne environ 2.500 hectares. Elle est divisée en deux parties, comme indiqué sur la carte. Les cépages sont le carignan, le grenache, la syrah et le mourvèdre. La partie orientale regarde et touche la Méditerranée.

Voici la liste des 12 vins que j’ai reçus récemment de la part de l’appellation Fitou et que j’ai dégustés d’abord à l’aveugle pour faire ma sélection.

L’écart entre les vins les plus chers et les moins chers dépasse le simple au double. J’ai annoté les vins que j’ai appréciés dans cette série et on peut constater que ce ne sont pas toujours les plus chers qui sont les meilleurs, du moins selon mon palais.

  • Château de Leucate-Cézelly, Château Leucate Cezelly, 2014

Cave coopérative faisant partie du Groupe Vinadéis

572 hectares

Prix départ : 18,50 €

Bouteille (trop) lourde. Nez qui mêle fruits noirs aux notes de fumée et de réglisse. Puissant et sombre. Caractère tannique assez prononcé, sauvé du “trop” par la belle qualité de son fruit.

 

  • Domaine de La Grange, Via Fonteius, 2014

Domaine familial

45 hectares – certifié bio

Prix départ : 11 €

  • Château de Nouvelles, Gabrielle, 2014

Domaine familial

45 hectares

Prix départ :16 €

Encore une bouteille lourde. Est-ce que cela ne grève pas le prix inutilement ? Nez d’aromates et de garrigue qui parle du pays. Assez charnu en bouche avec aussi un caractère un peu rocailleux par sa texture.

 

  • Domaine Lerys, Tradition, 2014

Domaine familial

22 hectares

Prix départ : 8,50 €

  • Clos Padulis, Padulis, 2014

Domaine familial

16 hectares

Prix départ : 9,5 €

Nez intense de fruits noirs de type cassis et murs. Ce caractère frais et juteux se confirme en bouche. Son fruité est très friand, donnant une sensation fraîche et pleine en même temps. Sa structure est athlétique mais pas trop imposante, ouvrant sur une belle finale équilibré. Pour moi le meilleur vin de la série et pourtant un des moins chers.

 

  • Domaine Bertrand-Bergé, Ancestrale, 2014

Domaine familial

26 hectares

Prix départ : 14,50 €

 

  • Domaine Esclarmonde, Partage, 2015

Domaine familial

19 hectares

Prix départ : 9,50 €

 

  • Les Maîtres Vignerons de Cascastel, Prestige, 2015

Cave coopérative

308 hectares

Prix depart : 8,50 €

 

  • Château Wiala, Rebelle, 2015

Domaine familial

7 hectares

Prix départ : 8,50 €

  • Les Caves du Mont-Tauch, T de Tauch, 2015

Cave coopérative

853 hectares

Prix départ : 14,50 €

Bouteille bordelaise très haute. Nez relativement discret, peut-être tenu en laisse par son élevage qui évite cependant de tout envahir. Ferme en bouche. Vin élégant malgré une légère sensation de sécheresse en finale.

 

  • Domaine de La Rochelierre, Noblesse du Temps, 2015

Domaine familial

7 hectares

Prix départ : 20 €

  • Domaine Sarrat d’En Sol, Sarrat d’en Sol, 2015

Domaine familial

2 hectares

Prix départ : 11 €

Belle étiquette moderne. Le nez m’a semblé un peu « animal » mais ce vin a une belle qualité de fruit qui arrive à lutter à jeu égal avec la sensation de dureté en finale. Beaucoup de carignan ? Aura besoin d’un peu de temps mais peut se boire avec des plats salés qui absorberont les tannins.

 

David 


7 Commentaires

Daumas Gassac, c’est un peu le Sassicaia français

Je m’explique: même si les parcours et les intentions de départ sont différentes, les deux apparaissent à 10 d’intervalle (1968 pour le Toscan et 1978 pour le Languedocien) dans des régions où ils donnent l’impression d’être des OVNI débarqués d’on ne sait où;  les deux adoptent le style bordelais avec leur majorité de Cabernet Sauvignon dans l’assemblage et ne s’apprécient (du moins pour moi) qu’après quelques années passées dans une bonne cave; les deux sont toujours présents et sont considérés comme des grands vins (mais ne vendent pas au même prix, l’Italien est beaucoup plus cher). 

Arrêtons-là la comparaison et parlons du Mas de Daumas-Gassac, cet étrange vin du Languedoc…

Aimé et Daumas-Gassac

Les premiers Cabernets plantés (photo Marc Vanhellemont)

Étrange en effet de planter du Cabernet Sauvignon du côté d’Aniane. Mais dans ces années-là, les vins du Languedoc ne brillaient guère, voire pas du tout, et les vins de Bordeaux commençaient leur ascension fulgurante. Aimé Guibert, ancien gantier millavois, ne songeait pas à faire du vin en s’installant dans cet endroit tranquille, près de Saint Guilhem-le-Désert. Mais après une année sur place, il demande au géographe et éminent géologue viticole bordelais (également aveyronnais d’origine) Henri Enjalbert de faire une étude des sols qui entourent le mas. Celui-ci découvre sous l’épais tapis végétal une accumulation de grèzes glaciaires (éboulis de pente consolidés dont les éléments anguleux dus à la gélifraction sont ordonnés en lits inclinés). Bref, un sol calcaire profond, bien ressuyé et dont la matrice argilo-sableuse semble suffisamment pauvre pour limiter naturellement les rendements, mais toutefois riche en oxydes minéraux. Donc, un sol de rêve que le professeur Enjalbert compare aux meilleurs terroirs de la Côte d’Or. Alors pourquoi planter un cépage aquitain ? Peut-être pour sa meilleure résistance à la chaleur? 

Mais Aimé raisonnait en chef d’entreprise: l’important, c’est de vendre et pour ça, il faut se différencier. Et puis, du Cabernet, il y en avait déjà dans l’encépagement provençal, pas du Pinot… La consommation familiale peut-être aussi joua un rôle où encore ce qu’on buvait lors des déjeuners d’affaire. Du Bordeaux. 

Enfin, le conseil d’Émile Peynaud le conforta dans le choix du fameux Cabernet Sauvignon en sélection massale faite dans le Médoc. L’aventure commença; et ce n’a pas toujours été facile.

Les grèzes (photo Marc Vanhellemont)

Ça reste un ovni

Quoique, depuis une bonne partie des vignerons languedociens se sont mis à la sauce Guibert: les IGP (Oc, Hérault…) cultivent plus de 52 cépages et le Cabernet Sauvignon fait partie des plus plantés.

Par contre, pour moi, Mas de Daumas-Gassac reste un ovni. Je n’imagine pas le déguster comme un vin du Languedoc. C’est une question de typologie. 

C’est à la fois un vin de terroir, bien caractéristique des causses calcaires avec ses airs de garrigue, d’épices, de fruits mûrs, mais coulé dans une structure assez étrangère par rapport à ce qu’on trouve dans ce grand sud. Le choix de l’assemblage n’y est pas pour rien, le vin comprend certes environ 70% de Cabernet, mais accompagnés de Merlot, de Petit Verdot, de Malbec, de Cabernet Franc, ça reste aquitain; du Pinot, y en a, mais aussi 4% de cépages de tous origines, à la fois italiens, espagnols, portugais, d’Europe de l’Est, … qui apportent ce je ne sais quoi de particulier et qui épicent le vin.

Aujourd’hui

Les hauts de Daumas-Gassac (photo Marc Vanhellemont)

Le vignoble s’est bien entendu agrandi depuis ses prémices et compte aujourd’hui 40 ha répartis en petites parcelles entourées de haies et de bosquets sur total de 150ha. L’altitude ne dépasse pas 150m, mais les courant frais venus du Massif de Larzac en face apporte leur contraste de température, de plus le Gassac qui coule au creux du vignoble renforce l’effet modérateur. Et si le bas est fait de calcaire finement délité, le haut se présente en forme de bandes calcaires heureusement bien fracturés. La vigne est taillée en Guyot et palissée sur trois fils fixes pour assurer de l’ombre aux grappes. Vendange manuelle et macération longue.

La version « blanc » est apparue assez vite et offre un bon complément au rouge.

La dégustation

D’abord les rouges

Mas de Daumas Gassac 2013 IGP St Guilhem-le-Désert

Grenat sombre, il offre un nez de gelée de fraise à la pistache, un brin de romarin et un soupçon de cumin. La bouche bien fraîche aux tanins serrés qui libèrent avec retenue le jus de quelques baies poudrées de cacao. Certes, il demande la carafe ou quelques années de cave.

Assemblage de 72% Cabernet Sauvignon, 5,4% Merlot, 5,3% Tannat, 3,8% Cabernet Franc, 2,5% Malbec, 2% Pinot Noir, 9% variétés rares. Élevage de 12 à 15 mois en barriques dont 10% de neuves. Pas de filtration à la mise.

Mas de Daumas Gassac 2012 IGP St Guilhem-le-Désert

Grenat moyen, le nez grillé toasté comme un biscuit sablé, des notes de confiture de fruits rouges épicés de poivre. Bouche suave à la texture onctueuse aux accents particuliers de gelée de rose et de pâtes de fruits rouges où se reconnaissent la grenade, la groseille et l’arbouse. Longueur épicée. Mais encore trop jeune.

Assemblage de 75,6% de Cabernet Sauvignon, 5,5% Merlot, 4,4% Tannat, 3,9% Cabernet Franc, 1,8% Malbec, 1,8% Pinot noir, 7% variétés rares. Élevage de 12 à 15 mois.

Mas de Daumas Gassac 2007 Vin de Pays de l’Hérault

Grenat carminé, le nez en forme de piment d’Espelette poudré de poivre de Cayenne laisse ensuite s’exprimer le fruit bien rouge et en gelée, viennent encore des impressions florales de bouton de rose et de jasmin, la fragrance délicate mais insistante de la feuille de tomate, l’orient subtil du santal, du bois de rose et du thé rouge. La bouche, pour ne pas changer, démarre sur la fraîcheur et s’enclenche tout de suite sur l’élégance. Les tanins restent perceptibles, mais apportent un léger relief agréable aux papilles. Il a gardé du croquant et nous charme par ses envolées fruitées et florales, son caractère épicé.

Assemblage de 71% Cabernet Sauvignon, 6,2% Merlot, 5,6% Cabernet Franc, 2,8% Tannat, 2,7% Syrah, 2,1% Malbec, 1,4% Pinot noir, 8,6% variétés rares. Élevage de 12 à 15 mois.

Place au blanc

Mas de Daumas Gassac 2016 IGP St Guilhem-le-Désert

Doré au léger vert, le nez bien épicé rappelle le fenugrec et la cardamome qui teintent la pêche blanche, la poire croquante et une étoile de carambole. La bouche des plus onctueuses avoue tout de go sa douceur due au 6 g de sucres résiduels. Douceur bien équilibrée par l’amertume racée au goût de réglisse, le relief tannique qui gratouille avec grâce la langue, la sève volubile et la fraîcheur des fruits tels les melons blanc et vert, la poire, les agrumes. Un blanc particulier.

Assemblage de 27% Viognier, 25% Petit Manseng, 21% Chardonnay, 13% Chenin auxquels s’ajoutent 14% de Bourboulenc, Marsanne, Roussanne, Petit Courbu, Muscat Ottonel, Muscat Petit grain, Muscat d’Alexandrie, Gros Manseng, Semillon (France). Neherleschol (Israël), Petite Arvine, Amigne (Suisse), Sercial de Madère (Portugal), Khondorni, Tchilar (Arménie), Albarino (Espagne), Falanghina, Fiano, Grechetto todi (Italie). Macération pelliculaire pendant 5 à 7 jours. Élevage 2 à 4 mois en cuve inox.

Le chais à barriques (photo Marc Vanhellemont)

Voilà, Daumas-Gassac, une première pour moi, je n’y avais jamais mis les pieds, mais gardais le souvenir d’une belle dégustation de quelques millésimes des années 80 dégustées chez un vigneron du nord du Rhône fin des années 2000. Marcher dans les vignes fait mieux comprendre le vin, merci, Sarah, de nous y avoir conviés (Hervé était avec moi). www.daumas-gassac.com

Famille Guibert

Ciao

Marco


Poster un commentaire

A Frontignan, et nulle part ailleurs…

Frontignan est une des 4 appellations de Muscat du Languedoc (les trois autres étant Saint-Jean-de-Minervois, Mireval et Lunel). C’est également  la plus importante en surface (avec un peu moins de 800 hectares) aussi bien qu’en volume de production (18.500 hl).

Comme son homologue de Mireval, le vignoble s’adosse au massif de la Gardiole et fait face aux étangs, au Sud. Il s’agit de terrains secs et caillouteux.

Comme les autres muscats du Languedoc, le Frontignan est produit à partir du seul Muscat de Frontignan, alias Muscat à Petits Grains. Comme eux, ses vins doivent titrer au minimum 15 degrés d’alcool, et 110 grammes de sucre par litre. Mais l’appellation Frontignan présente une particularité unique dans le monde du Muscat en France: outre le procédé du vin doux naturel (mutage à l’alcool pendant la fermentation alcoolique), elle peut également utiliser celui de la mistelle (mutage avant fermentation). Pour cette spécialité, qualifiée de Vin de Liqueur (et plutôt rare) le taux de sucre minimum est de 185 grammes par litre.

Lors de mon passage à Pézenas, pour Terroirs & Millésimes en Languedoc 2017, j’ai pu déguster plusieurs vins de cette appellation singulière. Voici ma moisson.

 

Cave de Frontignan AOC Frontignan « Premier « 

J’ai l’impression d’avoir toujours connu ce vin, cette étiquette et cette bouteille torsadée (la légende voulant que ce soit Hercule qui l’ai tordue pour en extraire la dernière goutte !). Mes parents en buvaient – et cela n’a rien de péjoratif pour moi, bien au contraire. Et si ma mémoire est bonne, il y avait un petit extrait d’un poème de Paul Géraldy sur l’étiquette.

Déguster ce vin, c’est donc un peu comme remonter dans le temps – sauf que je n’ai bien sûr plus le goût de l’époque. Je veux dire que je ne me souviens guère avec précision de ce à quoi il ressemblait ; que son goût a probablement évolué avec la technique, et parallèlement, que mon goût a changé.

Quoi qu’il en soit, c’est aujourd’hui un vin d’une grande sincérité : vous aimez le goût du raisin frais, le voici. La richesse, la douceur, le fruité – ils sont à vous.

Le Muscat dans ce qu’il a de plus muscat, sans aucun artifice.Vendu chez Nicolas

Cave de Frontignan AOC Frontignan 20 ans d’âge 

Là, on entre dans un tout autre monde. Une maison de café, peut-être. Ou une distillerie de whisky. Aux notes de moka s’ajoutent le caramel, les noisettes, les amandes, le rancio. Il paraît que Voltaire réclamait du Frontignan « pour sa survie ». Si c’était ce genre de Frontignan, je peux comprendre…

Château de Peyssonnie AOC Muscat de Frontignan

Le nez puissant évoque le raisin mûr, par une chaude journée d’été ; il offre aussi quelques jolies notes de laurier, un peu de miel, et une belle amertume finale.

Ce domaine de 20 hectares, propriété de la famille Astruc, est affilié à la Cave de Frontignan, qui vinifie environ 80% des volumes de l’appellation.

http://boutique.frontignanmuscat.fr/vins-doux-naturels/18-chateau-de-peyssonnie.html

 

 

C’est à vous de voir… et de boire

Il est grand temps de redécouvrir les Frontignan! L’été est là, c’est le moment de faire une cure. Ce n’est pas parce que la mode est au sec qu’il faut renoncer au plaisir de ces douceurs, d’autant que ces vins ne sont pas « bêtement sucrés », mais souvent complexes. C’est juste une question de moment, d’accords, de contexte. On les imagine bien sur un fromage (bleu, par exemple), un foie gras, une poire flambée, une crème brûlée, ou avec une macédoine de fruits exotiques, ou encore sur des fraises, avec une feuille de menthe. Servis bien frais, mais pas glacés, non plus, pour ne pas tuer les arômes.

Il y a là tout un patrimoine qu’il ne sert à rien de protéger par une AOC, un cahier des charges, de la paperasse, si vous, amis oenophiles, ne pensez plus à en boire !

Hervé


1 commentaire

La Livinière revisitée


Il y a peu de temps temps, sur ce même blog, Hervé nous racontait  sa participation à une dégustation de vins de l’appellation Minervois La Livinière : opération dont le titre était Livinage 2017, ce qui signifie, selon le support édité à l’occasion « déguster et distinguer un cru La Lavinière ». Car cette appellation de Minervois La Livinière tente de faire bande à part de la plus vaste zone de Minervois.

Comme souvent dans pareil cas, je n’y vois pas trop l’intérêt de cette multiplication d’appellations, même si je constate aussi les qualités de bon nombre des vins de cette région.  Je n’ai pas pas participé à la dégustation sur place, mais j’ai pu déguster les vins quelques semaines plus plus tard à Paris, grâce à Sarah Hargreaves qui assure les relations presse de cette appellation. Je rappelle qu’il s’agissait de neuf vins ayant été élu par trois jurys, chacun composé d’un groupe professionnel différent : presse, sommeliers et vignerons. J’étais curieux aussi de voir si ces trois groupes dégustaient les vins de manière différente.

Il semblerait que oui  (ce qui est assez habituel) car chaque groupe à élu trois vins différents : le jeu consistant, pour chacun, de sélectionner ses trois cuvées préférées. Ce n’était pas, stricto-sensu, une dégustation comparative car les millésimes n’étaient pas identiques, mais l’exercice était quand-même intéressant et, ayant dégusté les mêmes vins plus tard, je vous livrerai ma propre opinion sur les neuf vins sélectionnés, avec quelques remarques en guise de conclusion à la fin.

Trois de mes vins préférés parmi la série de neuf

Les vins du jury presse

Oustal Blanc, Prima Donna 2014

Grenache, Syrah

Nez fin, légèrement fumé sur un fond de bon fruit noir très gourmand. Bel équilibre en bouche pour un vin long, relativement chaleureux (ses 15° sont bien là !) mais gardant jusqu’à la fin son délicieux caractère fruité. Devrait bien se tenir dans le temps aussi.

16/20 (prix 29 euros)

Domaine de Tholomies 2015

Syrah, Grenache

Un nez intense de fruits noirs, avec des notes de terre et d’humus dans la gamme sous-bois. En bouche le fruité se révèle élégant et charmeur, porté par une acidité fine. Il n’a pas vraiment un profil de vin de garde mais il est très réussi dans son genre, en plus d’être abordable (moins de 20 euros).

15,5/20 (prix 16 euros)

Clos Centeilles 2011

Mourvèdre, Grenache, Syrah

J’aime généralement beaucoup les vins de ce domaine, mais j’avoue avoir été un peu déçu par cette bouteille. Le nez a moins de précision que pour les deux vins précédents. La structure en bouche est ferme mais j’ai un peu de mal à cerner son profil qui me semble brouillé.

14/20 (prix 18 euros)

 

Les vins du jury sommelier

Domaine La Siranière 2012

Grenache, Syrah

Le nez me semble marqué par des « bretts » et cela se confirme en bouche par une texture assez crayeuse. Le vin reste vibrant malgré son aspect chaleureux mais le fruit manque singulièrement.

13/20 (prix 24 euros)

Domaine Ancely, Les Vignes Oubliés 2013

Syrah, Grenache

Nez intense et profond, de fruits noirs avec des touches de réglisse et de fumé. Le boisé est encore marqué mais le vin à de la profondeur et reste bien équilibré. Prix raisonnable aussi.

15/20 (prix 16 euros)

Mas Paumarhel, Mourel Rouge 2014

Mourvèdre, Syrah, Grenache

Le nez n’est pas net du tout. Présence dominante de bretts. Vin dur en bouche, dont le fruité à été écrasé par l’extraction puis par le caractère déviant et très animal/crayeux provoqué par des bretts.

11/20 (prix inconnu)

 

Les vins du jury vigneron

Château Faîteau, cuvée Gaston 2014

Syrah (70%), Carignan, Grenache

Un beau nez fruité avec beaucoup d’intensité. L’élevage me semble bien dosé et apporté des notes de fumé et d’épices. Gourmand et juteux en bouche avec une bonne longueur. Juste une suspicion de bretts par une finale un peu sèche ?

15/20 (prix inconnu)

Champs du Lièvre 2015

Syrah, Grenache

Le fruité est intense au nez et charnu en bouche. C’est aussi le plus tannique des vins de toute la série, avec une longueur impressionnante. Sa jeunesse y est probablement pour quelques chose. En tout cas un vin remarquable.

16,5/20 (prix 19 euros)

Château Maris, Dynamic 2014

Syrah, Grenache

Un vin d’un fruité charmeur et magnifique. Très juteux en bouche, c’est un vin qui donne beaucoup de plaisir immédiat mais qui a aussi un beau potentiel de garde, comme en témoignent sa structure tannique et sa fraîcheur équilibrante. Seul bémol au tableau : un prix très élevé.

16/20 (prix 60 euros ou plus, je crois)

 

Remarques

Je suis un peu dubitatif sur un plan déontologique quant à la validité d’une dégustation qui inclut des vignerons de la région dans le panel, même si, dans ce cas, on prend bien soin d’identifier leur sélection. Cela dit, je trouve qu’ils ont bien travaillé dans ce cas alors….

Je n’ai pas bien compris la sélection des sommeliers : un bon vin mais deux ayant des défauts manifestes. Est-ce que les flacons que j’ai dégusté avaient dévié ou bien est-ce que les personnes ayant participé aiment spécialement nos amis les bêtes ? mais j’adhère aux deux autres sélections dans l’ensemble. Il est normal et heureux que deux dégustateurs (ou deux groupes de dégustateurs) n’aient pas exactement les mêmes avis sur tous les vins, sinon tout le monde aimerait les mêmes et cela serait très ennuyeux. Mais je trouve un peu troublant qu’un groupe qui se dit professionnels du vin laisse passer des vins ayant de défauts assez flagrants dans un concours. Il ne s’agit pas de « chercher le défaut », mais quant un vin de ce type n’a pas d’expression fruitée et qu’il assèche la bouche, je me pose des questions sur la formation de ceux qui l’ont accepté. Font-ils partie du secte des vins « nature » ?

Les vins sont puissants dans l’ensemble mais, pour la plupart, équilibrent bien cela avec une très belle qualité de fruit. Du coup on ne sent que rarement un effet chaleureux en bouche. Certains ont clairement un bon potentiel de garde pour ceux que cela intéresse, mais tous, ou presque, peuvent donner du plaisir immédiat. Il suffit pour le plus tanniques de les servir avec une plat un peu salé pour voir fondre les tanins.

Les prix de la plupart de ces vins tournent autour de 20 euros la bouteille, avec un qui fait le grand écart, sans que cela se reflète vraiment dans la qualité des vins.

David Cobbold

 


4 Commentaires

Gérard Bertrand dans La Dernière Heure

Sous la plume de Philippe Bidaine, nos confrères belges de La Dernière Heure consacrent un long article à Gérard Bertrand.

Le genre de portrait qu’on aimerait pouvoir lire plus souvent dans les gazettes, même en France. Parce qu’à notre sens, le vin ne doit pas rester qu’une histoire d’initiés.

C’est ICI