Les 5 du Vin

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Cabardès ou la progression d’une appellation

Les appellations de vin en France sont très nombreuses : bien trop nombreuses à mon avis, mais cela est un autre sujet que j’aborderai peut-être un autre jour. Pour avoir voix au chapitre, que cela soit en France ou, surtout, face à une concurrence mondiale, toutes ces appellations elles n’ont pas d’autres solution que de hausser leur niveau de jeu. C’est un peu comme le XV de France !

Je pourrais prendre plusieurs exemples de réussites, mais aussi d’échecs dans ce domaine. Je vais en prendre un seul et il s’agit d’une réussite dont la preuve m’a été fournie par une dégustation à l’aveugle organisée récemment à Paris pour des professionnels du vin et par les responsables de cette appellation présidée par Miren de Lorgeril.

Il s’agit de Cabardès. Bon sang, mais Cabardès, où est-ce? Et combien de divisions ? êtes-vous peut-être en train de vous dire.

Situation géographique : c’est une des appellations les plus occidentales du Languedoc, sur la ligne de partage entre deux grandes zones climatiques : atlantique et méditerranéenne.  Seule l’appellation Limoux est située un peu plus à l’ouest. La ville voisine du Cabardès est Carcassonne, célèbre pour sa magnifique cité médiévale; la Montagne Noire n’est pas très loin. Un des résultats de cette situation est que l’encépagement autorisé associe cépages atlantiques et méditerranéens, ce qui fournit une palette intéressante pour les vignerons.

Combien de divisions ? Pas beaucoup, car l’appellation ne compte que 450 hectares que se partagent 28 producteurs dont 3 caves coopératives. Mais cette petite appellation a des atouts que je vais essayer de vous démontrer. : elle exporte 50% de sa production et le prix moyen d’une bouteille de Cabardès chez un caviste en France tourne autour de 10 euros seulement. Les vins sont rouges à 85% car la vague du rosé n’en pas encore submergé cette appellation, heureusement !

Alors cette dégustation ? Bien organisé par le Syndicat de l’AOP Cabardès avec le concours d’un spécialiste et de la dégustation et de la statistique, Bernard Burtschy, elle s’intitulait « Les Remarquables 2017 ». On nous proposait de déguster à l’aveugle 22 vins rouges, issus de différents millésimes et choisis par les producteurs eux même pour représenter l’appellation au plus haut niveau possible. L’idée étant de créer de l’émulation en interne, et de montrer, à l’externe, que cette appellation peut produire de très beaux vins. Pour cela la sélection s’est faite avec des cuvées plutôt haut de gamme pour l’appellation, avec des prix qui allaient, pour la quasi-totalité, de 10 à 25 euros. Un seul vin dépassait ce dernier prix.

Et alors ?

Une réussite selon moi. Evidemment tous les dégustateurs n’était pas d’accord sur les meilleurs vins mais on sait bien à quel point la dégustation est une exercice subjective dans lequel entrent bon nombre de paramètres comme, par exemple, son propre goût, son humeur ou forme physique du jour, mais aussi parfois l’ordre de service des vins ou leur température. Collectivement, les membres du jury ont élu ces quatre vins comme « Les Remarquables 2017 »

Domaine de Cabrol – Vent d’Est 2015 (15/20 pour moi)

Château Jouclary – Guilhaume de Jouclary 2015 (14,5/20 pour moi)

Château de Pennautier – L’Esprit de Pennautier 2014 (16/20 pour moi)

Maison Ventenac – Mas Ventenac 2010 (14,5/20 pour moi)

Quelques observations et rajouts à ce constat global. Premièrement j’ai été très agréablement surpris par la qualité de l’ensemble des vins présenté à cette dégustation. Honnêtement, je ne situais pas la qualité de Cabardès à ce niveau-là, comme quoi il faut toujours éviter les préjugés ! Selon moi, le caractère de ces vins était bien plus méditerranéen qu’océanique, car ces cuvées m’ont semblé assez chaleureuses et rondes dans l’ensemble, et certaines avaient aussi une bonne structure de garde. Aucune ne souffrait de tanins verts, en tout cas, même s’il y avait quelques vins un peu faibles.

Je dois dire que je suis assez d’accord avec le résultat donné par l’ensemble des juges : j’ai bien noté les quatre vins en question, même si j’aurais envie de rajouter quelques autres qui m’ont fait très bonne impression et que j’ai parfois préféré comme :

Château Rayssac, cuvée l’Essentiel 2013 (16,5/20)

Domaine de Cabrol, La Dérive 2013 (16,5/20)

Domaine de Cazaban, Coup des C 2013 (15/20)

Maison Lorgeril, Montpeyre 2012 (15/20)

Château Saltis, comme autrefois 2005 (16/20)

Maison Ventenac, Grande Réserve de Georges 2014 (15,5/20)

En résumé, il s’agit d’une bonne opération qui devrait fonctionner aussi bien en interne (et tout cas on peut l’espérer) pour créer de l’émulation qu’en externe pour remonter l’image globale de l’appellation. Dans le détail, deux producteurs m’ont particulièrement impressionnés par la qualité des deux vins qu’ils avaient soumis à nos jugements : Pennautier/Lorgeril et Cabrol.

David Cobbold

 


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Hall of Merit, les 5 producteurs de mon Panthéon français

La semaine dernière, notre ami Jim nous a donné son « Hall of Fame » du vin en France – ou plutôt faudrait-il parler de  « Hall of Shame », dans son cas!

Ma sélection relève d’une autre approche. Il s’agit de cinq producteurs français (je pourrais faire la même chose pour d’autres pays, mais restons local) qui ont toute mon admiration pour avoir réuni les cinq critères suivants dans leur production :

  1. Ils élaborent avec régularité et sans faille des bons vins depuis des années.
  2. Ils sont ou ont été innovants dans leur approche.
  3. Ils pratiquent des prix très raisonnables dans leurs appellations respectives
  4. Sans être des structures géantes, ils produisent des quantités qui rendent leurs vins disponibles assez largement et dans plusieurs pays et circuits ou en tout cas une partie de leurs gammes).
  5. Ils ne bénéficient pas de la rente de situation qui consiste à avoir hérité d’un domaine ou d’une unité de production dans une appellation ou zone  prestigieuse.

En prenant en compte tout cela, je nomme les 5 suivants, même s’il y a, forcément, d’autres candidats très valables ici ou là. Et, du coup, je suis bien obligé d’ignorer aussi certaines régions.

Champagne : Serge Mathieu

Loire : Henry Marionnet

Rhône : Marcel Richaud

Languedoc : Hecht & Bannier (H&B)

Bordeaux : la famille Despagne (Château La Tour Mirambeau, etc)

Maintenant, je vais vous donner mes raisons spécifiques pour chaque choix, hormis le critère de qualité qui est forcément un peu personnel. Et je devrais rajouter aussi parmi ces critères, la qualité humaine, élément à mes yeux indispensable pour figurer dans mon palmarès. Tous ces vignerons/producteurs remplissent évidemment cette condition.

Champagne Serge Mathieu, Aube

Michel Jacob et Isabelle Mathieu, l’équipe gagnante

http://www.champagne-serge-mathieu.fr

Quelqu’un qui se connecte au site web de ce producteur verra que j’ai écrit une introduction à leurs vins. Je peux dont être accusé d’une forme de biais en leur faveur. Mais mon texte reflète exactement ce que je pense, depuis longtemps, concernant la qualité des vins de cet excellent producteur encore peu reconnu en France, mais dont 70% de la production sont exportés. On peut aussi me reprocher d’inclure dans ma courte sélection un producteur de Champagne, si on considère qu’être nés dans cette région et d’hériter d’un vignoble constitue déjà une forme de « rente de situation », selon mes propres critères. Oui, mais ce domaine se situe dans l’Aube, dans un village peu connu et loin des grands crus de la Marne.

J’étais tombé par hasard sur ce producteur il y a 20 ans en faisant des recherches pour un petit guide de la Champagne pour un éditeur anglais. Je ne le connaissais pas à l’époque et j’écrivais ceci dans ce petit guide : « This family estate makes some beautifully fragrant Champagnes which are properly aged before being sold ». Cela reste tout aussi vrai aujourd’hui, même si ma connaissance de leur approche méticuleuse à la viticulture et à la vinification s’est approfondie depuis. Et je n’ai jamais été déçu par aucun de leurs vins. Comme souvent en Champagne, je juge la qualité d’un producteur surtout à l’aune de sa cuvée la plus vendue, qui est toujours son brut non-millésimé. Si le reste de la gamme est à la hauteur, le Brut Tradition de Serge Mathieu, issu à 100% du Pinot Noir, est pour moi aussi exemplaire que raisonnable en prix. En plus, il vieillit très bien.

Henry et Jean-Sébastien Marionnet, Touraine, Loire

Jean-Sébastien et Henry Marionnet

http://www.henry-marionnet.com/

Etre vigneron à Soings-en-Sologne est tout le contraire d’une rente de situation. Il faut faire bien et le faire savoir en permanence pour émerger, sans pouvoir exagérer sur les prix. C’est le cas d’Henry Marionnet depuis une trentaine d’années, et maintenant de son fils Jean-Sébastien. Cette année, le vin primeur de Marionnet était une fois de plus un des meilleurs vins primeurs que j’ai pu déguster. Ils élaborent un vin sans soufre ajouté depuis 25 ans, bien avant la mode galopante actuelle. Ils ont eu le culot de planter 5 hectares de vignes non-greffées, ce qui nous offre une possibilité unique de déguster, que cela soit avec le  gamay, le malbec ou le sauvignon, côte à côte, des vins faits de la même manière et issus de la même parcelle ; l’un avec une vigne franche de pied et l’autre avec une vigne greffée. La différence est aussi nette que saisissante et nous indique le degré de perte d’intensité de saveurs qui résulte du greffage opéré afin de résister au phylloxera. En trente ans, je n’ai jamais goûté un mauvais vin de ce producteur qui remplit avec brio tous mes critères pour cette sélection.

Marcel Richaud, Cairanne, Rhône Sud

Marcel Richaud et ses enfants

http://www.chateauneuf.dk (NB. Ce producteur ne semble pas posséder son propre site web, ce qui est assez curieux, mais ce site donne des informations factuelles sur le domaine)

Marcel Richaud a pris la suite de son père sur le domaine familial situé près de Cairanne, dans le Rhône méridional. Au lieu de vendre ses raisins à la cave coopérative, il a voulu élaborer des vins lui-même et cela avec une forte éthique aussi bien dans la vigne que dans ses vinifications. Si ses vins sont appréciés par le microcosme du « vin nature », il le sont également par un public bien plus large. Autrement dit, ils sont propres, libres de brettanomyces, d’oxydation prématurée et d’autres petits désagréments. La gamme offre des choix et des prix très raisonnables, selon le niveau. Là aussi, je n’ai jamais été déçu par un vin de Marcel Richaud, même si je ne les connais que depuis une vingtaine d’années : la pureté du fruit et la belle texture des vins les plus accessibles est remarquable , comme sont l’intensité et la complexité des cuvées plus limités, comme l’Ebrescade. Il est largement responsable, certes avec d’autres, de l’émergence de Cairanne en tant que « cru » dans le Rhône.

Hecht & Bannier, négociants, Languedoc et Provence

François Bannier & Grégory Hecht

http://hechtbannier.com

Il s’agit de deux personnes, François Bannier et Grégory Hecht, que je connais personnellement et je peux donc être accusé d’un biais en leur faveur. Je crois qu’il n’en est rien et, pour ma défense, je signale que d’autres que moi ont déjà largement approuvé leur démarche et la qualité de leurs vins. Hecht et Bannier ont démontré, dès leurs débuts en 2002, qu’ils ont de l’audace (et il en faut pour créer une entreprise dans le vin quand on ne naît pas dedans et que cette entreprise est innovante), un savoir faire et un vrai amour du vin et des choses bien faites. Aucun de leurs vins ne m’a jamais déçu, même si j’ai forcément des préférences. N’ayant pas l’argent pour acheter des vignes, ils ont décidé, dans la tradition des négociants/éleveurs qui ont fait la réussite de la Champagne, de la Bourgogne ou de la Vallée du Rhône, d’acheter des lots de vins soigneusement choisis dans différentes appellations du vaste Sud, de les élever avec soin, puis de les vendre, bien habillés, dans tous les coins du monde. Et les prix aux consommateur restent parfaitement raisonnables, entre 7 et 20 euros selon l’appellation. Leur originalité consiste a avoir instauré ce travail de sélection et d’élevage soigné dans une région qui en était dépourvue en dehors de quelques grandes structures et ainsi de présenter aux distributeurs et aux consommateurs une gamme qui rend lisible une région si importante.

Famille Despagne, Naujan & Postiac (région Entre-deux-Mers), Bordeaux

Thibault, Baseline et Jean-Louis Despagne

http://despagne.fr/

La famille Despagne possède 5 châteaux dans cette belle région de l’Entre-deux-Mers, pourtant pas favorisée par les a priori des consommateurs qui ne regardent que les étiquettes et les appellations : Tour-de-Mirambeau, Mont-Pérat, Bel-Air-Perponcher, Rauzan-Despagne et Lion-Beaulieu. Premiers vignerons français à être certifiés ISO9001 et ISO14001, ils ont aussi su créer un nouveau standard pour les vins de la région avec la gamme Girolate, issus de vignes plantées à 10.000 pieds à l’hectare et avec une vinification intégrale, rouge comme blanc. Mais ce sont, comme toujours, par leurs vins les plus accessibles que les Despagne doivent être jugés, selon moi. Là aussi, je n’ai pas le souvenir d’une déception. Après Jean-Louis, le père, la relève est assuré par Thibault et Baseline et leurs équipes. Qualité, régularité, ténacité, créativité, accessibilité… tous les critères sont présents ici, « in spades » comme on dirait dans mon pays natal.

David Cobbold 

 


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Hall of Fake

J’ai toujours dit que les IGP du Languedoc offrent un superbe rapport qualité prix. Même le négoce bordelais s’en est aperçu, apparemment.

C’est en tout cas ce qui ressort de l’article publié par notre confrère Alexandre Abellan, de Vitisphère, ICI

Quelques questions idiotes pour relancer le débat.

La fraude supposée porte sur les années 2012, 2013 et 2014. Nous sommes en 2017. Quand l’enquête est-elle censée aboutir?

Le système de contrôle a posteriori mis en place par l’administration des Douanes a certainement des avantages en termes de personnel; mais fonctionne-t-il?

Et les consommateurs, dans tout ça? Ceux qui ont payé le Languedoc au prix du grand Bordeaux vont-ils être remboursés par l’INAO? Ou par les Douanes? La Répression des Fraudes? A qui iront les amendes éventuelles? Et qui les paiera, puisque la société soupçonnée de fraude a cessé ses activités?

Question subsidiaire: faut-il garder ses tickets de caisse pendant au moins 10 ans, à présent, quand on achète du Bordeaux?

Hervé Lalau


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Moi aussi j’étais à La Livinière et j’ai reçu un Bôjô Nouvô

À La Livinière, le vent du Nord, plus froid et plus fort que la Tramontane, tentait d’arracher les dernières feuilles aux vignes. Nous, nous étions ballotés comme les nuages gris et bas par les bourrasques. Un temps à rester au coin du feu à refaire le monde autour d’un verre. À la place, nous avons fait une verticale au Clos des Roques. Les Gastou voulaient nous démontrer que leur Mal Pas – le lieu-dit où nous prenions le vent – avant avait une réelle capacité à vieillir. Étonnante fraîcheur du 2003, millésime qui d’habitude ne survit que par son excès d’alcool et de tanins. A conseiller, également, le 2005, le 2010 et le 2015.

Le lendemain, le vent ne s’était pas calmé, mais les grisailles et l’humidité avaient fait place au soleil. Un soleil froid certes, mais quelle belle lumière! Elle faisait chatoyer le rouge des vignes de Carignans qui se détachait du camaïeu ocre pâle des Syrah et des Grenache. Une autre verticale au Domaine Faîteau, la cuvée Gaston de 2006 à 2015, nous a montré l’évolution qualitative des vins, comme la veille au Clos des Roques, d’ailleurs. On se dit que les 2015 seront meilleurs dans 10 ans que les 2005 aujourd’hui.

Déjeuner au Clos Centeilles avec les vins dégustés à l’apéro La Closerie de Félines 2014 Domaine Charpentier, le Mourel rouge 2015 de Jean-Luc Dressayre, L’Aldénien 2016 du Domaine Rouanet-Montcélèbre, La Cantilène 2015 du Château Sainte Eumalie et bien entendu, le Clos Centeilles 2012; rien à jeter, du fruit, de la structure ou de la gourmandise, c’est selon.

Nous partons ensuite pour le Château Maris – un peu extravagant, mais très sympa, où j’ai beaucoup aimé La Touge 2015 et pour terminer L’Oustal Blanc et sa Prima Donna 2014 succulente.

J’y ajoute quelques vins dégustés d’entrée, au hasard des dégustations et lors des dîners : le Château Cesseras 2014, le Domaine de la Borie Blanche 2014, Le Viala 2015 de Gérard Bertrand, la cuvée Sòmi 2015 du Domaine de la Senche, Le Champ du Lièvre 2014, La Féline 2015 de Borie de Maurel, Line et Laetitia du Domaine Piccinini, le Domaine de la Siranière 2013, le Domaine Lignières-Lathenay 2015.

Comme Hervé, je peux dire que cette fois-ci, j’ai beaucoup aimé les vins dans leur ensemble, bien plus qu’il y a deux ans lors d’un bref passage sur place pour déguster les Livinages.

 

Le Bôjô nouvô qu’il est bô!

 

C’est celui de Dominique Piron, d’un violacé profond, rubicond (le Beaujolais, pas Dominique), au nez à la fois floral et fruité, des résédas, des roses anciennes, de la violette et de l’iris, des mûres mélangées de griottes et de framboises. Parfums que l’on retrouve en bouche et qui maculent de leurs jus généreux l’étoffe tannique aux grains fins qu’on dirait un boutis d’organdi. Il était bien bon, mais très décevant… quant à la quantité! 75cl, c’est bien trop peu pour étancher notre soif gourmande.

« Vais déboucher kek chose, ça m’a donné soif », comme disait le regretté Jean.

Ciao

Marco

 


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La Livinière, en images et en vins

On peut aimer un vin de loin, par tradition familiale ou au hasard de l’ouverture d’une bonne bouteille. On peut aussi apprendre à l’aimer de plus près, en arpentant ses vignes et en écoutant ses vignerons. Pour cette fois, j’ai choisi la deuxième méthode.
Le vin, c’est celui de la Livinière, dont j’ai déjà eu l’occasion de vous vanter quelques vins, à l’occasion du Livinage, mais où je viens de passer quelques heures à voir, à déguster et à échanger.
Voila pour la ballade. Vous conviendrez avec moi que ce cru ne manque pas de pittoresque.

Et les vins?

Et pour les vins? Je vous donne ma sélection:
La Siranière 2012 et 2013
Clos Centeilles 2011… et 2001
Clos des Roques 2015 et 2012
L’Oustal Blanc Prima Donna 2014
Château Maris La Touge 2015
Sainte Eulalie Cantilène 2015
Montcélèbre L’Aldenien 2016 (échantillon)
Château Faîteau Cuvée Gaston 2008 et 2011
Borie de Maurel La Féline 2015

En bref

Un tout petit mot d’accompagnement: Mesdames et Messieurs de La Livinière, vos vins (que je déguste régulièrement lors de Terroirs & Millésime en Languedoc) n’ont jamais été aussi bons. Et je ne parle pas que des cuvées de prestige, je parle des vins en général, pour lesquels vous semblez doser de mieux en mieux l’extraction et le bois (quand vous l’utilisez, ce qui n’est pas une obligation). Alors, merci pour l’accueil, et bravo!

Hervé Lalau


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Gérard Bertrand et ses vins, 30 ans après

Je n’aime pas cette manie très française qui consiste à dénigrer toute réussite dans le domaine des affaires. Cela semble particulièrement virulent dans le petit monde du vin. En gros, pour ces esprits éclairés, tout ce qui est petit est beau et tout ce qui est grand est méchant. Il faut de la détermination pour réussir, mais pas seulement, et je trouve que c’est tout à fait méritoire.

Aujourd’hui, Gérard Bertrand est à la tête d’une entreprise viticole qui pèse 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, réalisé pour 50% en France et 50% à l’export. Elle comporte une douzaine de domaines qui totalisent 800 hectares dans le Languedoc et qui représentent les 30 pour cent haut de gamme de la production, le restant, majoritaire, étant issu du négoce. L’ensemble de cette production provient de la région Languedoc-Roussillon dont Bertrand est devenu, en 30 ans, un des producteurs emblématiques. Si cela fait grincer quelques dents de grincheux, je trouve que cela mérite déjà un coup de chapeau, sachant la relative modestie de ses débuts et l’image pas évidente des vins de cette région il y a 30 ans.

 

Villemajou, 1988

C’est en 1988 – il y a presque trente ans, donc – que commence véritablement l’histoire de Gérard dans le vin avec la sortie de son premier millésime du Corbières Château Villemajou, après la mort de son père. Mais la genèse du rapport entre Gérard Bertrand et le vin est plus ancienne. Son père Georges était courtier et négociant en vin et a participé à l’aventure de Val d’Orbieu. Il était aussi arbitre de rugby, ce qui n’est pas sans lien avec une autre passion de son fils, qui a été joueur de haut niveau, à Narbonne puis au Stade Français. Georges Bertrand achète le Domaine de Villemajou en 1970 et en fait la maison familiale. A partir de 1988, Gérard a progressivement développé cette petite affaire, aussi bien côté négoce que côté propriétés, avec l’acquisition successives de domaines dans tous les coins de la région. D’autres auraient pu être tentés d’associer le nom de régions plus prestigieuses à leur collection grandissante ; lui est resté fermement et fièrement ancré dans sa région natale. Et cette cohérence géographique dans la gamme de vins Gérard Bertrand, dont l’éventail de prix va de 3 à 200 euros (à la louche) est certainement un des facteurs de sa réussite.

A Villemajou sont donc successivement venus d’ajouter les domaines de L’Hospitalet (La Clape), Laville Bertrou (Minervois-La-Livinière), L’Aigle (Limoux) Cigalus (Vin de Pays d’Oc), Aigues Vives (Corbières Boutenac) La Sauvageonne (Terrasses du Larzac), La Soujeole (Malpère) et Clos d’Ora (Minervois-La-Livinière), ainsi que d’autres plus petits. La majorité des ces vignes sont conduites en biodynamie – une méthode que Gérard déclare vouloir étendre à tous ses vignobles d’ici 3 ans. Gérard Bertrand s’est converti à ce système que je trouve un peu ésotérique par certains aspects, même si d’autres relèvent du bon sens paysan (et je parlerai pas de son fondateur, Rudolf Steiner, plus que douteux par ses croyances). Après tout, si cela marche bien sur le plan de la production, pourquoi pas? Mais j’ai trouvé le livre de Gérard Bertrand sur le sujet aussi incompréhensible qu’indigeste.

Quoi qu’il en soit, une dégustation récente (pas celle sur la photo) d’une partie de la gamme Gérard Bertrand m’a permis de me faire une idée sur la qualité de sa production qui m’a semblé tenir bien la route à tous les étages. A une autre occasion, il y a quelques mois, j’ai sélectionné un de ses vins de négoce, de la série Naturae, pour un guide des meilleurs vins vendus en dessous de 10 euros. Car il n’y a pas que les vins des domaines qui sont bons !

Voici un compte rendu de ma dégustation au Domaine l’Hospitalet, le 23 septembre dernier.

Vins rosés

Ballerine, Crémant de Limoux rosé (prix inconnu)

J’ai trouvé ce vin un peu dur et manquant de fruit

Château de la Soujeole, Grand Vin 2016, AOP Malpère (25 euros)

Nez assez intense, notes de garrigue et de fumé. De la structure et de la longueur en font un bon rosé de table.

Château La Sauvageonne, La Villa 2016, AOP Coteaux du Languedoc (39 euros)

Style très pâle : on dirait un vin blanc ! Rond et chaleureux, avec du volume et du fruit. C’est puissant et long.

Vins blancs

Château de Villemajou, Grand Vin 2016, AOP Corbières (25 euros)

Beau nez, intense et rond, aux notes fumées. Bonne structure avec de l’acidité et de la longueur. Le fruité est un peu en retrait et la texture manque de suavité. Bon équilibre.

Château La Sauvageonne, Grand Vin 2016, AOP Coteaux du Languedoc (25 euros)

Nez puissant, limité un peu lourd, aux fruits tropicaux. Sauve et puissant en bouche, avec une impression d’alcool bien présent à peine régulé par son acidité. C’est plaisant mais il faut le boire assez vite.

Aigle Royal, Chardonnay 2016, AOP Limoux (45 euros)

Bonne intensité pour ce vin vibrant, au fruité précis et avec une bonne longueur.

Vins rouges

Aigle Royal, Pinot Noir 2016, AOP Limoux (45 euros)

Bon jus assez vibrant. La texture légèrement rugueuse a besoin de s’affiner en bouteille mais c’est très bon, bien fruité dans une registre assez puissant pour un pinot noir.

Château de la Soujeole, Grand Vin 2016, AOP Malpère (25 euros)

Bon vin honnête, juste un peu rustique par sa texture. C’est vivace, les tannins sont bien présents mais restent raisonnables. Du fruit et de la longueur.

Château La Sauvageonne, Grand Vin 2016, AOP Coteaux du Languedoc (25 euros)

Intense et puissant, vibrant et alerte. J’aurai aimé une texture plus suave peut-être. Bonne longueur.

Château de Villemajou, Grand Vin 2016, AOP Corbières Boutenac (25 euros)

Robe dense pour ce vin très frais, intense et élégant. Il réussit bien à allier finesse et puissance, même si la finale est un peu sèche.

Cigalus 2015, IGP Aude Hauterive (28 euros)

Le nez est rond et suave. Une belle acidité a tendance à renforcer la dureté de ses tanins qui semblent un peu sur-extraits. Jolies notes épicées dans ce vin qui a besoin d’un peu de temps en bouteille.

L’Hospitalitas 2015, AOP La Clape (45 euros)

Nez profond et parfumé, aux notes de fruits noirs et de garrigue. Des tannins sinueuses auront besoin de quelques années en bouteille mais ce vin est très bien constitué. Longueur et équilibre sont aussi bons et j’ai bien aimé le caractère juteux de son fruité.

Le Viala 2015, AOP Minervois La Livinière (45 euros)

Nez intense et profond avec une magnifique qualité de fruit (type fruit noirs, particulièrement des mûres). Les tannins sont bien intégrés dans le corps du vin, et la finale comporte une fine touche d’amertume, Belle texture, bon équilibre : un excellent vin et mon préféré de cette dégustation.

En conclusion

Avec cette dégustation, on a clairement affaire à une sélection des vins haut de gamme de Gerard Bertrand. Les prix le démontrent, et je pense d’ailleurs que plusieurs de ces vins sont un peu trop chers. Je ne parlerai même pas du prix délirant du Clos d’Ora (pas loin de 200 euros), vin excellent par ailleurs, mais qui ne figurait pas dans cette dégustation. Cela dit, il est aussi juste que des vins de bon niveau de toutes les régions s’affichent à des prix comparables à ceux de régions plus célèbres. La gamme très large comporte aussi des vins très corrects à des prix bien inférieurs. Chaque région doit avoir des portes drapeaux et Gérard Bertrand n’a pas peur de jouer ce rôle avec brio pour le Languedoc. Il faut l’en féliciter.

David Cobbold

 


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Château Ventenac La Réserve de Jeanne 2015

La Réserve de Jeanne est une des cuvées du Château Ventenac; un Cabardès assez représentatif de cette appellation audoise presque unique en son genre, puisque c’est une des seules à pouvoir assembler des cépages atlantiques à des cépages méditerranéens.

C’est aussi l’illustration du savoir-faire de la maison, car il ne s’agit pas d’une micro-cuvée (elle est produite à raison de 120.000 bouteilles par an, en moyenne), et elle joue de toute la palette des terroirs du domaine, qui ne compte pas moins de 160 ha au pied de la Montagne Noire.

C’est important de le souligner, je pense. Pour juger d’un domaine, il ne faut pas seulement s’attacher à ses vins confidentiels, fussent-ils très bons, et très médiatisés. Il faut même plutôt, à mon sens, s’intéresser d’abord à ce que le consommateur va trouver le plus facilement à acheter.

Une histoire de famille

La « Jeanne » dont il est question est la grand-mère paternelle de la Stéphanie Maurel, qui, avec son mari Olivier Ramé, dirige aujourd’hui la propriété. D’autres cuvées célèbrent d’ailleurs d’autres Maurel, témoignant de l’ancrage familial du domaine. Les deux petits cyprès en bas de l’étiquette, eux, nous signalent élégamment qu’ici, les vins ont « l’assent ».

Les deux stars, dans cette cuvée-ci, sont le cabernet franc (50% de l’assemblage), bien adapté aux sols calcaires de la propriété, et la syrah (environ 40% également), qui apporte un certain peps à l’ensemble.

Complexe, mais accessible

A l’aveugle, on pourrait hésiter longtemps (et logiquement) pour situer ce vin – ses épices de la garrigue et ses notes d’eucalyptus font penser au Sud, voire à l’Outre-Mer (Chili, Australie), mais sa structure élancée et sa fraîcheur, son fruité espiègle, absolument pas compoté, m’évoquent plutôt la Loire ; ou un joli Pauillac. Il y a des comparaisons plus gênantes !

Et n’allez pas croire que ce vin n’a pas de personnalité – c’est juste que la sienne est complexe. Et pour ne rien gâcher, il reste très accessible.

C’est où, le Cabardès ?

La preuve : après l’avoir apprécié moi-même en dégustation de type pro, carnet de notes en main, je l’ai mis à ma table, et servi à des invités pour qui le Cabardès aurait aussi bien pu se trouver dans l’Aude que dans les Andes ou sur la face Sud du Mont Olympus. Et bien, il a fait un tabac – « C’est quoi, ce vin ? » « C’est français ? » « Il y en a encore?» « C’est super bon ! ».

Finalement, c’est peut-être ce que j’aurais dû dire en premier…

Hervé Lalau

PS. Un grand merci à Sarah Hargreaves (In The Mood) pour l’échantillon