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Noël, Haydn et Málaga

Quel peut bien être le dénominateur commun entre Haydn et Málaga ? Au risque de vous surprendre, il y en a au moins deux… sans parler de Noël…

Le premier, c’est une rue, la calle Haydn, à Málaga. Ca ne s’invente pas : elle croise la calle Schubert et la calle Chopin ! Le second, et le plus important pour nous, c’est que le doux breuvage andalou était le vin préféré du compositeur autrichien, dans les 20 dernières de sa vie.

De Londres al mundo

Parti à Londres, sur les traces d’Händel, au tout début de 1791, Joseph Haydn y avait appris à apprécier le Málaga. Il faut dire que la capitale anglaise en était friande, et ce, depuis plus d’un siècle.

Le premier critique viticole de l’histoire, notre grand père à tous, Samuel Pepys, en parle déjà dans son fameux Diary, vers 1660 – il nous dit d’ailleurs qu’il le mélange souvent avec du sherry, le second étant bien moins cher que le premier. Voilà qui montre que le Málaga jouissait à l’époque d’un prestige certain.

D’ailleurs, si Haydn adopte le Málaga, ce n’est pas qu’il manque de vins doux dans sa région d’origine : rappelons qu’il passe le plus clair de sa vie au Burgenland, entre Eisenstadt et Fertöd.  Il lui était donc facile de se procurer de l’Ausbruch de Rust, voire du «Roi des Vins et Vin des Rois» de l’époque : Sa Majesté le Tokay. Le Málaga est donc un choix de sa part.

Peut-être une façon pour lui, qui n’avait jamais quitté l’Europe Centrale avant son séjour à Londres, de voyager dans le verre et de rêver, au soir de Noël, dans la froidure de Pannonie, aux rives ensoleillées de la côte andalouse ?

Quoi qu’il en soit, des documents en attestent, après le retour de Haydn de Londres, la Princesse Marie Esterházy, la femme de son dernier mécène, Nicolas II Esterházy, veille à ce que le compositeur ait toujours du Málaga à sa table.

Cela m’a donné envie d’en savoir plus sur la notoriété et sur la diffusion de ce vin à l’époque.

Les citations flatteuses ne manquent pas : à l’époque de Haydn, Catherine II de Russie, à laquelle l’Ambassadeur d’Espagne a offert une caisse de Málaga, est enthousiaste ; d’où l’établissement d’un courant d’affaires important avec l’Empire russe, favorisé par un tarif douanier avantageux;  la Royal Navy britannique n’est pas en reste : ses marins prisent beaucoup le «Malliga Sack», alias «Mountain Wine», qu’ils embarquent lors de leurs escales espagnoles.

Un peu plus tard, au milieu du XIXème siècle, des auteurs comme Dumas, Stendhal et Dostoïevski vantent l’or liquide de Málaga. C’est le vin de fête par excellence, la petite douceur de Noël – et plus, si affinités.

Ni les guerres, ni les blocus n’auront raison de sa popularité ; c’est le phylloxéra, à partir de 1878, qui lui donnera un premier coup d’arrêt – puis, la défaveur que connaissent progressivement à peu près tous les vins doux dans la deuxième moitié du XXème siècle. En un siècle et demi, le vignoble de Málaga est passé de de 110.000 hectares… à 5.000.

Loin du vert Burgenland, la sèche Axarquía (Photo (c)  H. Lalau 2009)

Illustrons le propos

Mais revenons à notre ami Haydn. Peut-on trouver un quelconque lien entre sa musique et le nectar de l’Axarquía ?

La réponse est oui, bien sûr – sinon, il n’y aurait pas d’article. Ni de conte de Noël.

Pour illustrer mon propos, j’ai choisi un concerto pour clavier – aujourd’hui, on dit «pour piano», mais à l’époque, ils étaient conçus aussi bien pour le clavecin que pour l’orgue ou le pianoforte.

Contrairement à la sonate, dont il est un des compositeurs les plus prolifiques, Haydn a écrit peu de concertos pour clavier. A peine une douzaine, classées «Hob XVIII», selon le catalogue. Et encore, certains ne sont peut-être pas de lui – je pense au 9ème, notamment.

Quoi qu’il en soit, la valeur n’attendant pas le nombre de ces compositions, je ne peux que vous conseiller de les écouter en cette période hivernale, et pour ceux qui croient, mais aussi pour d’autres, sans doute, propice au recueillement. Parce qu’ils me semblent évoquer une certaine sérénité ; à noter qu’ils sont tous sont tous en mode majeur : plutôt enjoués et solaires, donc.

Le bon goût

Prenez le concerto n°3: nous sommes sans doute dans ce que le classique a de plus… classique. Le bon goût dans ce qu’il a de plus sûr.

L’œuvre date de 1765. Haydn, qui a alors 33 ans, est employé par le Prince Nicolas 1er Esterhazy, qui lui laisse exprimer sa créativité ; il arrive à une première forme de maturité ; Haydn semble maintenant avoir assimilé l’héritage de Händel et des fils Bach, pour composer des œuvres à sa manière – toujours charmante. Tous les contemporains du musicien s’accordent pour dire que l’homme Haydn était doté d’un caractère des plus aimables, et d’un solide sens de l’humour.

Après un premier mouvement plutôt guilleret, mais empreint d’une certaine délicatesse, arrive le largo cantabile (à partir de 9:33 sur l’enregistrement ci dessus).

A l’écoute de ces notes du piano qui tombent dans l’oreille avec la régularité de gouttes de pluie, soutenues par quelques coups d’archets réguliers dans les notes basses des altos et des violoncelles, je pense à la douce mélancolie qui saisit le promeneur après une longue balade dans la campagne, en fin de journée. Tout est calme, serein, la nature se prépare à la nuit. C’est plein de bons sentiments, de bons souvenirs –quelques boucles musicales évoquent de bons moments passés, on soupire un peu, mais c’est un soupir d’aise ; c’est cozy, gracieux, sans être mièvre.

Et d’une grande beauté toute simple ; Haydn, qui n’était pas un prodige du clavier comme Mozart ou Chopin, ne s’est pas lancé dans le spectaculaire, le brillant, le déferlement de notes, chacune arrive au bon moment, à sa place. Même le presto qui suit fait preuve d’une certaine retenue dans la vivacité ; on pense à un badinage courtois, lors d’un souper aux chandelles, accompagné d’un joli vin plein d’esprit.

En comparaison, le concerto suivant, le n°4, est un tantinet plus sombre ; et le n°11, le plus tardif (aux alentours de 1784), plus émouvant. Un peu plus Mozartien, aussi; les deux compositeurs venaient de se rencontrer, et de sympathiser, ce qui est assez rare entre deux génies (voyez un peu dans la critique vineuse 😉 ). Mais on reste dans la même veine : les plus beaux sentiments sont les bons sentiments, la vie recèle de délicieux moments, il faut en profiter tant qu’il en est temps.

N’oublions pas que Haydn, qui est mort alors que Vienne venait d’être occupée par les troupes de Napoléon, fait la jointure entre le classique et le romantisme, entre l’Ancien Régime et la Révolution.

Et le rapport avec un Málaga ?

Un vin de Málaga me semble répondre en tous points à la description ci-dessus : l’Ariyanas Naturalmente Dulce de Bodegas Bentomiz

Là non plus, aucune dissonance, aucune aspérité, mais de la grâce à l’état pur, de la fluidité ; de belles impressions, la douceur de vivre. La plénitude –celle d’un jus de soleil qui réchauffe la bouche et le cœur, de l’abricot sec, du melon, de la clémentine, avec juste une pointe de sel et de mélancolie – ben oui, le verre est déjà vide… Vite, une nouvelle lampée de ce nectar de Moscatel!

Au fait, j’aurais aussi pu choisir les trois fameuses symphonies « Le Matin, Le Midi et Le Soir » du même Papa Haydn ; mais je m’en serais voulu de vous inciter à boire à toute heure…

Mais ne me croyez pas sur parole : essayez donc vous-mêmes cet accord majeur à Noël… Vous pouvez évidemment le servir à table sur le foie gras, mais moi, honnêtement, je vous le conseille plutôt hors du repas, en 5 à 7, dans un bon fauteuil au coin du feu, et en bonne compagnie.

Hervé Lalau

PS. Mon fils, qui est musicien, et dont je suis très fier, me fait remarquer que la partie musicale de cet article est beaucoup plus développée que la partie vin. Il a raison. Je ne m’en défendrai pas. Il n’y a pas que le vin dans la vie, et quand je peux, de temps à autre, au détour d’un article, le relier à une autre passion, pourquoi m’en priver?

 PS 2: les vins de Bentomiz sont disponibles en Belgique chez La Buena Vida et à Londres chez Honest Grapes. A noter que la maison élabore également d’excellents secs, un Naturalmente Dulce de Merlot, et un autre Moscatel Naturalmente Dulce « de terruño pizzaroso » (sur ardoises). Le prix de la bouteille présentée ci-dessus est de 19,44 les 50 cl (bouchon de verre).

 


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Souverains poncifs 

C’est fou le nombre de bêtises qui circulent dans le domaine du vin, transmises de génération en génération, de sommelier en sommelier, de critique en critique, de buveur en buveur. Légendes urbaines, on-dits, souverains poncifs, ou simples conneries, parfois teintées de snobisme. Et l’âge ne fait rien à l’affaire. Une vieille bêtise reste une bêtise. En voici quelques unes, avec, quand c’est possible, le contre-exemple, en guise d’antidote…

 

Le Champagne fait moins mal à la tête que les autres bulles

Contre-exemples: innombrables (de migraines, aussi bien du côté du Champagne que des autres bulles); et pourtant, c’est vrai, on lit toujours ce genre d’affirmations mal étayées sur des sites de référence et même dans des sondages. C’est la preuve que la Champagne entretient bien son image de produit de luxe… et peut, parfois, être de mauvaise foi (l’histamine a bon  dos, pourquoi les Chardonnay-Pinot de Loire, du Jura ou de Bourgogne en auraient-ils moins que ceux de Champagne?).

Les blancs du Sud sont lourds

Les vins d’Espagne sont alcooleux

Contre-exemples: les vins de Galice (et bien d’autres).

Le Porto est un vin d’apéritif

Contre-exemple: le mode de consommation anglais du Porto, qu’on qualifiera de diversifié – cela va du foie gras au fromage, en passant par le chocolat, sans oublier le cigare. Dans sa nouvelle « The Choice of Amyntas », Somerset Maugham a d’ailleurs écrit de fort belles choses sur la façon de boire entre un et quatre verres de Porto, selon l’effet recherché, et en dehors des repas.

Le Málaga est un vin cuit

Contre exemple: tous les Málagas; certains contiennent une réduction de vin, l’arrope, mais pas tous; et c’est loin d’être l’élément principal des vins.

Le Madère, c’est pour la cuisine

Contre-exemples: la plupart des Madères qui ne sont pas présentés dans des petites bouteilles moches en grande distribution.

Le rosé, ça se boit dans l’année

Contre-exemple: tout ce qui ne ressemble pas à du blanc taché, au goût de bonbon, de vernis ou de pamplemousse (et que vous aurez la patience d’attendre). Lancez notre ami Marc sur ce thème, il est intarissable. Et à propos de tari, voyez Guillaume, au Domaine de la Bégude.

Les vins allemands sont sucrés

Contre-exemples: innombrables. Mais quel est le pourcentage de Français qui dégustent régulièrement des vins allemands depuis la dernière mise à sac du Palatinat?

Le Prosecco, c’est pour faire un Spritz

Contre-exemple: voir ICI

Le vin Nature rend moins saoul

Contre-exemple: aucun – j’aurais trop peur de choquer les vrais croyants!

La Clairette de Die est issue principalement du cépage Clairette

Et bien non, même que la Clairette ne peut dépasser 25% des cuvées – c’est là un des grands mystères des AOC françaises; apparemment, cela ne choque personne, et pourtant, cela revient à vendre autre chose que ce qu’il y a sur l’étiquette. On se croirait dans la politique.

Les rosés de Loire sont sucrés

Contre-exemple: l’AOC Rosé de Loire, justement. Contrairement au Rosé d’Anjou ou au Cabernet d’Anjou, c’est un vin sec. Vous avez dit « confusing »?`

La capsule à vis, c’est bon pour les petits vins à boire jeunes, au pique-nique 

Erreur funeste! Plus vous payez cher un vin, plus vous avez envie de le garder, et moins vous avez envie de le voir se gâter du fait d’un mauvais bouchon. Et je ne parle pas seulement du goût de bouchon, mais du syndrome du vin fatigué, dont on ne sait plus trop si c’est l’obturation ou le vin qui en est responsable. Rien de plus désagréable que de se demander si c’est le vigneron qui est en faute, ou le bouchonnier… Faites « pop » avec la bouche, si le bruit du bouchon vous manque à ce point!

Les fromages s’accompagnent de préférence de vin rouge

Contre-exemples: la majorité des pâtes dures, type Comté, Gruyère, Appenzell, qui supportent mal les tannins. Mais il y a tellement de sortes de fromages, et tellement de sortes de rouges, plus ou moins tanniques, qu’on ne peut pas généraliser.
D’ailleurs, que ce soit dans le domaine du vin, de l’art, de la science… ou de la politique, la généralisation abusive n’est-elle pas la plus belle définition de la connerie?
J’arrêterai là pour cette fois. Si vous voulez une suite, vous pouvez me fournir d’autres exemples, je me ferai un plaisir de dégonfler d’autres baudruches…

Hervé


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Vins mutés (ou pas) (4): Les Malaga de Telmo Rodriguez

  1. Un peu d’histoire

Grand vignoble de vins passerillés et mutés issus de PX et de Muscats, Malaga un des noms les plus importants de l’histoire viticole de l’Espagne. Les Grecs et les Phéniciens y ont introduit les vignes dans les années 600 A.C, la production a été maintenue même pendant la période musulmane et après la « Reconquista »; quelque temps plus tard, en 1615, y fut créée l’Hermandad de Viñeros de Málaga.

Les vins de Málaga ont rapidement acquis une notoriété mondiale, ils étaient très recherchés par les Cours européennes et de nombreux auteurs célèbres comme Dostoïevski ou Stendhal les mentionnèrent dans leurs œuvres. Málaga était considéré comme le vin de Muscat le meilleur et le plus pur par les consommateurs éclairés du XVIII ème siècle. C’est au milieu du XVIII, que devint populaire à Londres un vin doux naturel de Malaga que les anglais appelaient Mountain Wine. Malheureusement, avec le temps et les changements de mode, le Mountain Wine perdit de sa popularité. Sa décadence fut pratiquement totale en 1878, quand le phylloxera ravagea la presque totalité du vignoble. La chute du Tsar en Russie (l’un des principaux marchés d’exportation au début du XXe siècle) et plus tard la guerre civile marquèrent la fin du négoce vinicole. Le raisin sec a commencé à prendre une importance croissante, reléguant le vin à un second plan dans l’économie locale et par la suite, comme cela s’est produit pour la majorité des vins doux, la demande a chuté au XX ème siècle : la mode des vins sucrés était passée.
La DO Málaga fut crée en 1932: elle protège les vins fortifiés ou de liqueur produits principalement avec des raisins Moscatel(Muscat) et Pedro Ximenez, cultivés dans la Montagne de Málaga, Axarquía, Antequera, la côte ouest, les Serranía de Ronda et Cordoba les municipalités de Benamejí et Palenciana.  La zone de production est d’environ 1320 ha à une altitude moyenne de 600m, et  en 2014, 45 bodegas étaient recensées. Elle a conservé une grande variété de styles, d’où,   une certaine confusion pour le consommateur. Essayons donc de mettre un peu d’ordre dans tout ça.

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  1. Comment lire une étiquette de Malaga.

On distingue 2 styles de vins:

1.Les vins de liqueur, de 15% vol. à 22%,  qui sont mutés et qui peuvent être secs, demi-secs, mi-sucrés ou sucrés. En fonction du moment de l’ajout d’alcool dans le mout, et de sa provenance, raisin frais ou sur mûri, on obtient différents types de vins doux :

-Vin doux naturel: Obtenu à partir de moût de raisins frais. La fermentation est arrêtée par addition d’alcool de vin.

-Vino Maestro: Obtenu à partir de raisins frais auquel on ajoute de  l’alcool de vin avant le début de la fermentation, mais  dans une quantité suffisante pour lui permettre d’être très lente et incomplète, laissant le vin doux , il reste plus de 100g/l sans fermenter.

-Vino Tierno provient de raisins longuement ensoleillés qui donnent des moûts dont la teneur  en sucre est supérieure à 350g/l. La fermentation est arrêtée par ajout d’alcool de vin.

2.Les vins sans ajout d’alcool, parmi lesquels on trouve les doux à partir de 13% vol., ceux élaborés à partir de raisins sur muris, ou provenant de raisins passerillés. Il s’est développé de complexes codifications liées à la couleur ou à densité du sucre avec ajout d’Arrope ou sans, sans compter celles liées au vieillissement :

  • Málaga Pálido, 0 meses
  • Málaga, de 6 a 24 meses.
  • Málaga Noble, de 2 a 3 años.
  • Málaga Añejo, de 3 a 5 años.
  • Málaga Trasañejo, superior a 5 años

Toutes ces dénominations sont très complexes et rebutent les consommateurs.

En outre, on peut se poser la question : pourquoi quelques uns des vins sont-ils si foncés alors qu’ils sont issus de raisins blancs ? Il y a 2 raisons essentielles :

  1. certains subissent un élevage oxydatif, plus ils vieillissent et plus ils sont sombres.
  2. On peut ajouter à certains Málaga de « l’arrope ». C’est un moût de raisin réduit soit directement sur le feu, soit au bain marie. Plus il y aura d’arrope, plus ils vieilliront et plus foncés ils seront.

Ils  pourront s’appeler :

  • « Dorado ou Golden », sans arrope. La couleur sera apportée par l’élevage, elle pourra aller du doré à l’ambre.
  • « Rojo dorado ou Rot gold », jusqu’à 5% d’ arrope se sont des vins dont la couleur va de l’ambre à l’ambre foncé avec des reflets rouges-dorés.
  • « Oscuro ou Brown », entre 5 et 10% d’ arrope, se sont des vins qui peuvent aller de l’ambre obscur à l’acajou foncé.
  • « Color”, entre 10 y 15% d’ arrope se sont des vins qui peuvent aller de à l’acajou foncé à l’ébène.

Certains vins peuvent recevoir des noms complémentaires en fonction de leur élaboration et de leurs caractéristiques organoleptiques: les Secs peuvent s’appeler Dry Pale o Pale Dry, est un vin de liqueur sans arrope, dont la teneur totale en sucre ne dépasse pas les 45 g/l.egro o Dunkel », plus de 15% d’arrope la couleur va de l’ébène au noir.

les Doux peuvent recevoir les mentions Naturalmente Dulce, Dulce Natural, Tierno y Maestro, ou  Dulce Crema o Cream(c’est un vin de liqueur ou vin doux naturel avec plus de 100g/l de sucre, mais inférieur à 140g/l, vieilli et dont la couleur pourra aller de l’ambre à l’ambre foncé ), Pale Cream et Sweet.

Comme on peut le constater, rien n’est simple, sans compter qu’il existe aussi le Pajarete et le Lagrima…

Le Pajarate, c’est tout simplement le nom d’un vin doux populaire de Málaga. C’est un vin de liqueur  avec une teneur en sucre comprise entre 45 et 140 g / litre, soumis à un vieillissement minimum de 2 ans, sans ajout d’arrope et dont la couleur peut aller du doré dorée à l’ambré foncé.
Le Vino de Lagrima, lui, est un vin issu d’un moût obtenu sans aucune pression mécanique, tandis que le Lagrima Christi est un vin de Lagrima avec au moins 2 ans d’élevage.

En 2004, le Conseil Regulador a également  incorporé la DO Pasas de Malaga, pour les raisins secs, dont la production est fortement enracinée dans la province, en particulier dans l’Axarquía, fief du muscat d’Alexandrie.

Quelques domaines tentent de faire renaître le grand Malaga passerillé d’antan.  Et c’est d’un de ceux-là que je veux vous parler aujourd’hui.

Si le plus gros de la production de Malaga est aujourd’hui mutée (voir plus haut), jusqu’au milieu du XVIIIème siècle, ce n’était pas le cas; les authentiques  Malaga n’étaient pas mutés et leurs producteurs étaient très fiers de ne pas avoir besoin du mutage pour voyager.

Pour ce billet, j’ai donc préféré mettre en avant des non mutés; j’ai choisi ceux de Telmo Rodriguez, qui sont parmi les plus intéressants de  l’appellation.

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Les Malaga de Telmo Rodriguez

Telmo Rodriguez est un des plus célèbres œnologues Espagnols. Il a étudié à Bordeaux et fait des stages à Cos d’Estournel, mais aussi dans le Rhône et en Provence (Chave et Trevallon) puis il a travaillé 10 ans dans la propriété familiale Remelluri en Rioja. Il s’en occupe de nouveau avec sa sœur depuis quelques années. C’est un personnage très attachant, cultivé, passionné, brillant, rebelle aussi, et très jalousé ; ça fait presque 20 ans que le connais et j’ai une grande estime pour lui et le travail qu’il a accompli dans tout le vignoble espagnol. En 1994, il a crée avec Pablo Eguzkiza son associé et compagnon d’études, la  Compañia de Viños Telmo Rodriguez, elle a pour mission de mettre en valeur le patrimoine agricole espagnol méconnu.  Tous les projets partagent l’objectif de faire revivre d’anciens vignobles au travers des cépages autochtones et des modes de culture traditionnels. Telmo  avec sa Compagnie, produit des vins dans neuf régions d’Espagne, Rioja, Ribera del Duero, Toro, Galicia, Cigales, Rueda, Celebros, Valdeorras et Malaga, partout, il a su dénicher une magnifique collections de vignes, et,  dans chacune d’elle, il marque la tendance.

Avec Pablo Eguzkiza, ils ont fait renaitre le vin de Malaga. C’est le projet qui traduit le mieux l’esprit de la Compagnie : il avait depuis longtemps en tête la volonté de faire revivre un grand vin doux. Malaga lui a donné l’occasion de réaliser son rêve. Le phylloxera et les différentes crises économiques avaient pratiquement provoqué l’extinction de ce vin, jusqu’à ce que Telmo avec sa compagnie s’attaque à la récupération de l’historique Mountain Wine issu de l’Axarquia. C’ est une région située dans la partie orientale de la province de Malaga,  entre les neiges des montagnes de Grenade et la mer Méditerranée; c’est plus qu’un territoire physique, c’est aussi un territoire spirituel, cultiver la vigne dans cette région accidentée est une tâche héroïque. Les montagnes parsemées de vignobles avec vue sur la mer et les villages perchés comme Competa, Sayalonga, Moclinejo et Almáchar entre autres rappellent un passé mauresque, avec leurs rues étroites et leur blanc immaculé. Cette zone concentre 65 % des hectares cultivés de toute la province. C’est un paysage sauvage aux pentes dramatiquement vertigineuses allant jusqu’à 60% impossible à mécaniser, qui ne convient pas à ceux qui souffrent de vertige. Les sols d’ardoises et de schistes sont de profondeur moyenne en raison de l’érosion et pauvres en matière organique (azote et  phosphore). Ils gardent l’humidité, voilà pourquoi les souches d’âge considérables sont très résistantes à la sécheresse, parce que leurs racines sont profondément introduites dans les couches inférieures du sol, où il y a des réserves d’eau suffisantes.

Les vignobles escarpés de Muscat se sont maintenus grâce à l’industrie du raisin sec, et Telmo les a fait revivre pour cette fois utiliser les raisins pour élaborer ses vins. En même temps qu’il cherchait des vieilles vignes de muscat dans cette zone, Telmo voulait trouver des gens du coin connaissant les méthodes de culture traditionnelles, il s’est installé à Cómpeta avec le producteur local Pepe Ávila qui lui, s’appuyait encore sur une viticulture ancestrale et oubliée. Avila, qui n’avait jamais connu les vins mutés, était convaincu que le vin doux se faisait dans la «pasera» car c’est là que le degré grimpe.

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Paseras

Avant leur arrivée, les vignes étaient à l’abandon, les bodegas historiques se mourraient, Telmo s’est  battu pour que cette zone historique récupère une position qu’elle n’aurait jamais du perdre, d’où l’importance du succès du Molino Real, désormais, la vie est revenue dans le vignoble. Plusieurs années de recherche pour trouver le meilleur équilibre de fermentation, donnèrent naissance au Molino Real, qui n’a jamais voulu être un nouveau vin, sinon le reflet d’un vin qui avait déjà existé.  Molino Real, c’est la récupération d’une tradition viticole, mais c’est aussi un puissant stimulant pour l’économie de la région.

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L’Axarquia

Telmo Rodriguez a sorti son premier Molino Real “Mountain Wine” en 1998.

Pour élaborer ce vin, il s’est appuyé sur des traditions ancestrales de vendanges et de séchage du raisin.

Le vin fit sensation, je n’ai jamais eu  l’occasion de le gouter, mais, la critique est unanime, il parait que c’était un vin d’une grande personnalité dont l’équilibre douceur/acidité  était surprenant. Il a gardé le nom que lui donnait les londoniens au XVIII.

Aujourd’hui vous trouverez sur le marché les vins suivants :

Molino Real 2012

Molino Real est un ensemble de Muscats issus de 9 ha de vignes travaillées en organique, sur la commune de Cómpeta. Il est vinifié comme l’étaient les vins liquoreux de la région jusqu’au 17e siècle, sans mutage à l’alcool, après un passerillage des raisins en extérieur (asoleo). Le processus du séchage relève d’un savoir faire très artisanal. Après avoir vendangé des vignobles très pentus (40 à 60%), les raisins intacts sont placés délicatement dans des caisses, puis sont étendus méticuleusement sur les paseras et ensuite ils sont tournés régulièrement  pour leur assurer une déshydratation homogène. Il faut 10kgs de raisins frais pour obtenir 2,5kgs de raisins passerillés !

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Le temps d’exposition au soleil déterminera les différents niveaux de déshydratation des raisins et les différents types de vins. Plus la concentration de sucre sera élevée, plus il sera difficile de réaliser la fermentation. Fermenté avec des levures indigènes dans des fûts de chêne de 225 litres, le vin est ensuite  élevé pendant 20 mois en fûts de chêne français et mis en bouteilles en juillet 2013.

Un vin doux très aromatique aux jolies saveurs qui rappellent les gâteaux aux fruits secs, les herbes et les abricots. La bouche est complexe , riche et nette,  onctueuse, mais  fraiche, pas trop sucrée, sans aucune lourdeur aromatique ni alcoolique, avec suffisamment d’acidité pour maintenir l’ensemble.  Une très longue finale. Un grand muscat élégant, somptueux et raffiné, une très belle expression des muscats non mutés qui témoigne de la fraicheur des terroirs d’altitude de Málaga…

La production totale a été de 8159 bouteilles de 500ml

PVP: 39,50€

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-Old Mountain 2005

Old Mountain est issu de 2,4 hectares de vignes en propriété et en Bio, situées dans l’ Axarquía à 550m d’altitude. Les raisins sont exposés au soleil pendant environ 7 jours, la fermentation à partir de levures indigènes se déroule dans des fûts de chêne français de 225 litres et vieillit plus de 7 ans en fûts de chêne français. Cette élaboration correspond à l’interprétation que fait Telmo des anciens Mountain Wines.

Mis en bouteille en aout 2013, la production totale a été de 515 bouteilles.

Vol. 15%

Sa belle robe d’un doré brillant, annonce le moelleux de la bouche. On succombe facilement à un nez intense, envoutant, aux parfums de fruits jaunes, de peaux d’oranges, mêlés aux effluves de roses. La pureté de la bouche est attrayante, sa douceur, sa texture onctueuse, jamais écœurante, la fraicheur de fond, son grand équilibre, son fruité, en font un grand vin doux complexe. On oublie que c’est un Muscat, tellement il est élégant.

PVP : 129€

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-MR 2012

Le MR est son jeune Moscatel. Compte tenu des coûts élevés de production du vin, ils ont lancé une deuxième marque MR, dans laquelle le bois n’est plus présent, assez différent du reste des muscats de ce segment. La cuvée Malaga MR 2012 est issue de muscats provenant de plusieurs parcelles sur la commune de Cómpeta. La vigne conduite en gobelet est plantée sur des coteaux escarpés, à une altitude d’environ 550 mètres. Les sols caillouteux et peu profonds sont de nature calcaire avec des schistes noirs du Paléozoïque. Les vendanges sont manuelles en cagettes, la fermentation se fait en cuve à partir des levures indigènes. Mis en bouteille en juillet 2013, la production a été de 22000 bouteilles.

C’est un vin destiné à être bu jeune, il conserve le caractère du Molino Real, avec ses notes de pêche et de laurier, il est frais très variétal, mais élégant.

Il offre un bon volume en bouche, les notes miellées, balsamiques et citriques se mélangent, la bouche est suave, onctueuse,  marquée par des arômes d’abricots,  de coing, de laurier, fruitée et douce. La finale légèrement amère et fraiche s’apprécie. Je dois dire que je comprends le succès de ce vins il sait séduire  par sa délicatesse, la pureté du muscat, la suavité de ses aromes et sa gourmandise. Le raisin très mur laisse place à une fraicheur  et une légèreté surprenantes, que l’on pense impossible dans un tel vin.

Il ne  vous en coutera que 15, 95€ pour avoir accès cette très jolie bouteille.

Vol 13%

 

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Mountain Wine 2007 Coleccion 75 Aniversario Vila Viniteca
Lors de la soirée de Quim Vila, Telmo avait sorti l’emblématique Mountain Wine 2007 de Malaga  élaboré pour la  Colección 75 Aniversario Vila Viniteca.

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L’année 2007 avait été humide, les vendanges se réalisèrent en 2 fois, les 14 et 26 septembre et le passerillage sur les pentes de l’Axarquia a été long. Après un élevage de 27 mois en barriques de chêne français, il a été mis en bouteille le 21 décembre 2009, la production fut de 1050 bouteilles à 13%vol.  L’étiquette est très élégante, riche, la bouteille est bordelaise et bien que se soit un vin doux, le format est de 75cl. Je n’en avais pas beaucoup dans le verre, mais assez pour apprécier son intensité aromatique, la bouche était particulièrement intense, offrant une liqueur très nette, splendide, onctueuse, soyeuse et gourmande, je me rappelle d’un vin fascinant, d’arômes de marmelade d’orange, de thym, de laurier et de camphre, des épices aussi. Le plus remarquable étant son grand équilibre acidité/sucre.-  Je me considère comme très privilégiée d’avoir pu gouter ce nectar!

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En guise de conclusion:

Logiquement, le coût de production de ce style de vins est élevé et les prix aussi. Malgré cela, ces vins ne sont pas rentables, il ne faut donc pas s’étonner de les voir disparaître au profit des vins secs, les producteurs misant notamment sur le potentiel des Muscats secs ou effervescents. Il faut espérer que cette production plus commerciale et plus proche des goûts des consommateurs actuels pourra aider à préserver le trésor que représentent les vins doux de Malaga.

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols