Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


13 Commentaires

“Who is Marie-Louise Banyols? Qui suis-je?”

Suite à la demande d’un lecteur, il y a quelque temps, notre ami Hervé a suggéré à chacun des 5 du Vin de se présenter; j’ai un peu traîné, car je vous ai déjà parlé de moi à deux reprises et vous connaissez maintenant mon parcours jusqu’en 1977, date de naissance de ma fille.

Les années qui suivirent se déroulèrent tranquillement entre la brasserie Le Drink Hall et les vignobles. Quand mes parents prirent la retraite en 1986, mon mari et moi avons tenté une nouvelle aventure, celle d’ouvrir un restaurant à Perpignan : Le Relais Saint-Jean niché aux pieds de l’Eglise Saint-Jean, dont la porte ouvre sur la cathédrale. La carte des vins  que j’avais intitulée « Les vins que j’aime » faisait la part belle aux crus régionaux, avec plus de 400 références. Ce fût une expérience difficile, mais positive, non pas d’un point de vue financier, mais d’un point de vue professionnel : nous sommes rentrés de plein fouet et avec une totale inconscience dans la restauration dite « gastronomique » dans laquelle nos clients du Drink-Hall ne nous ont pas suivis. Nous sommes donc repartis « à zéro », comme on dit. Nos premiers moments de fierté furent les notes du Gault et Millau !

le-saint-jean_76359_e1e (1)

Parallèlement, j’ai passé des concours, pour me rassurer sur mes compétences; en 1990 j’ai décroché le titre de meilleur sommelier du Languedoc-Roussillon et au participé à la finale de meilleur sommelier de France aux côtés de Beaumard et de Poussier.

L’expérience du Relais Saint-jean fut brève; en 1990, un de nos clients bouchonniers nous a proposé d’installer un restaurant dans une très belle villa des années 30 qu’il avait restaurée à Céret, et qu’il voulait faire vivre – de plus, il était gourmand. Nous voici donc,  fin mai 90,  installés à l’ombre de gigantesques platanes devant la Porte d’Espagne et la Place Pablo Picasso, où l’on dansait la sardane. Nous avons été séduits par le charme cette grande maison familiale à l’ambiance Belle Epoque catalane. L’aventure des Feuillants allait durer 10 ans, des années dont je garde de merveilleux souvenirs. A l’époque, je rêvais même de créer un Salon régional des vins…

En 1991, le Guide Michelin nous décerne la première étoile. J’ai commencé à faire partie du Comité de dégustation de la R.V.F où j’ai beaucoup appris aux côtés de Michel Bettane, Michel Dovaz, Pierre Casamayor, Bernard Burtschy, Thierry Desseauve… J’ai continué à participer à quelques dégustations et à écrire quelques articles, principalement sur l’Espagne, jusqu’en 2010.

 

Les Feuillants, à l’ombre des platanes

En 1997, récompense suprême : au travers de mon mari, Didier Banyols, Les Feuillants se voient attribuer deux étoiles au Michelin. Le plus grand moment de ma vie professionnelle, je ne l’oublierai jamais.

Pendant tout ce temps, je n’ai jamais abandonné le vin, sillonnant la France de vignoble en vignoble avec la R.V.F ou l’Association des sommeliers à laquelle je participais pleinement.En 1992, je reçois le titre de Maître Sommelier des mains de l’Union de la Sommellerie Française.

filename-1 (2)

Ma dernière expérience professionnelle dans le monde de la restauration se passa à Bordeaux avec l’ouverture du complexe “Les Sources de Caudalie”, Vinothérapie, Hôtel **** Luxe et restaurant gastronomique, que nous avons dirigé pendant 2 ans avec mon mari. Nous avons récupéré une * Michelin dès la première année.

En 2001, rien ne va plus, nous quittons Bordeaux et nous nous séparons.  J’ai alors voulu donner un tournant à ma vie professionnelle, et me consacrer entièrement au vin. C’est Jean-Luc Colombo, Star du Rhône Nord, qui m’en a donné l’opportunité en m’offrant la direction commerciale de son domaine. Un an à Cornas, chez un homme généreux et talentueux, oenologue épicurien et emblématique vigneron de Cornas, m’a apporté une très belle expérience. Mais, je voulais quitter la France, des problèmes personnels me poussaient vers cette solution et quand la possibilité de rentrer à LAVINIA s’est présentée, je ne l’ai pas laissée passer.

C’était en juillet 2001. J’ai ouvert le magasin LAVINIA Barcelona, que j’ai dirigé pendant 4 ans. Ce fut une autre expérience professionnelle intense et passionnante. Nouveau pays, nouveaux vignerons, nouveaux journalistes, nouvelle cuisine, tout est à recommencer. Je découvre une nouvelle culture du vin, une nouvelle approche; les débuts sont difficiles, très difficiles, je suis loin de ma famille, de mes amis, mais le travail est absorbant, je m’y consacre pleinement, j’ai tout fait pour m’adapter et j’y suis arrivée. J’ai adopté et aimé ce pays, je me suis accrochée et la nouvelle aventure du vignoble espagnol a commencé.

filename-1

Lavinia Barcelone

Puis après l’ouverture de LAVINIA Paris, j’ai peu à peu quitté LAVINIA Barcelona, pour devenir en 2005,  directrice de produits pour tout le Groupe LAVINIA (Espagne, France et Suisse), tâche que je partageais avec Marc Sibard. Je fus responsable de la sélection des vins, eaux de vie et accessoires pour tous les magasins du Groupe LAVINIA. A partir de 2010, j’ai cumulé cette fonction avec celle de Directrice de produits pour une autre société du Groupe : « VINS DU MONDE » spécialisée dans l’importation et la distribution des vins internationaux.

Dégustations, visites de vignobles européens, salons nationaux et internationaux, relation avec les Domaines, négociations, formation des équipes, ont fait partie de mon quotidien, c’était intense, pas de place pour une vie privée, mais j’ai aimé ces années où j’ai pu créer de véritables liens d’amitié avec beaucoup de vignerons.

En juin 2015, je pars non sans regret à la retraite, j’ai 67 ans, place aux jeunes! C’est alors que les Cinq m’ont proposé de les rejoindre. Je continue bien sûr à participer à de nombreuses dégustations, à fréquenter les salons de vins et à visiter les vignobles: il est pratiquement impossible d’abandonner le monde du vin.

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 

 

 

 


8 Commentaires

Variations sur l’agneau

Pardon si ce titre a déjà été utilisé chez nous ou ailleurs, mais Pâques, le printemps, les horaires d’été, cette somme d’incidences fait qu’invariablement l’agneau est comme qui dirait de saison. Avec le mien, qui n’était pas de Sisteron mais du Roussillon, je voulais à tout prix un rouge de garrigue qui évoque le thym frais ou le serpolet dont raffolent les jeunes ovins gambadeurs. Un cliché de plus trottinant dans ma tête, mais quoiqu’il en soit, j’adore les unions de pays. Tout cela, c’est à cause de Marie-Louise Banyols, notre Marie-Louise, qui en sommelière inspirée, n’avait de cesse de me tanner sur ce sujet alors que je fréquentais le samedi sa cantine du bonheur, à Céret, et que j’en profitais pour me rendre au marché de cette bonne sous-préfecture, probablement la plus au Sud de l’Hexagone. «Mariages régionaux, mariages garantis», assenait-elle en substance quand on daignait l’écouter. «À condition que cela fonctionne», devais-je lui marmonner en retour. Bien sûr, j’aurais dû me jeter sur le Roussillon corner de ma cave puisque mon agneau était, de sa naissance à son abattoir, Catalan du Roussillon.
20160327_121255_resized

C’est vraiment un pur hasard si je suis tombé, en rangeant, sur cette cuvée Capitelles du Château Mourgues du Grès, un des meilleurs domaines de son appellation, Costières de Nîmes. Ce mariage agneau pyrénéen/rouge gardois, j’y croyais dur comme fer et en plus, j’ai toujours aimé le travail des Collard, à la fois dans l’accueil que ces vignerons réservent à leurs visiteurs, mais aussi dans la vraie personnalité qu’expriment leurs vins. Et puis, j’ai souvent pensé que les fameuses capitelles (cabanes en pierres sèches) avaient été construites dans la nature plus pour adoucir le confort des bergers qui accompagnaient les troupeaux, que pour les vignerons, bien que les hommes de la vigne devaient eux aussi les trouver fort utiles en cas d’orage, par exemple. De toutes les façons, et c’est ce que j’aime croire, vignerons et bergers devaient s’entendre à merveille puisque jusque dans les années 50/60, époque où tout a changé dans nos campagnes, les moutons des Cévennes de l’Aubrac, de la Margeride, du Larzac ou du Rouergue pratiquaient volontiers en hiver la transhumance en passant par les vignes encore enherbées du Languedoc.

20160327_121328_resized

Toujours est-il que me voilà donc bien perplexe lorsque que je tente de confronter mon agneau roussillonnais et mon rouge presque provençal. Si, en promenant son nez au dessus du verre, on a bien le sentiment d’un vol printanier au dessus de la garrigue, où qu’elle soit, ce sont surtout les tannins qui marquent le vin. Ils paraissent un peu fermes et anguleux malgré l’âge – ce Capitelles est du millésime 2004 – et ils ont à vrai dire un peu de mal à communier avec mon tendre agneau pourtant docile et, je me répète, catalan. Le vin est bon, l’agneau aussi, mais le mariage n’y est pas alors qu’il me paraissait évident. « J’aurais dû faire ci, ajouter ça, insister sur la cuisson du gras, insister sur le thym, mettre une pointe d’ail… » Il y a des moments où l’on se dit que l’on devrait tous avoir un sommelier chez soi pour suggérer au bon moment le mariage juste ! Le Costières est un vin formidable, mais il lui faudrait plutôt un ragoût de mouton pour le goûter à table. Or, mes belles premières côtes d’agneau sont simplement poêlées.

WP_20160328_002

Pas d’autre choix que celui d’ouvrir une autre bouteille. J’avais un vin un peu jeune, un 2013, de mon copain Luc Lapeyre sous la main. Profitons-en pour voir. Je vous ai déjà parlé du vigneron, de sa verve, de sa rondeur, de son carignan et de son adresse postale qui porte le nom de l’instigateur du soulèvement vigneron dans les Midi des années 1900, un certain Marcellin Albert, mais je n’ai encore rien dit me semble-t-il de sa cuvée l’Amourier (mûrier in french) dont il m’avait laissé un exemplaire lors d’une de nos dernières agapes. D’ordinaire, l’Amourier est majoritairement composée de Syrah, sauf que cette fois-ci cette cuvée porte le sous-titre Autrement. Avant d’aller plus loin, je consulte le vin : rondeurs toutes fruitées, accent sudiste indéniable, croquant, épices, une forme de légèreté, nous partons volontiers sur un grenache/carignan de belle facture adapté à l’été qui viendra se glisser bientôt sous nos draps. Son comportement en bouche est des plus simples et, oh miracle, il marche mieux sur mon agneau pascal que le vin précédent. Quand je dis il marche, en réalité, il glisse à merveille et s’accorde délicatement aux essences de thym frais qui accompagnent le plat.

WP_20160328_005

Oui, je sais, c’eût été encore mieux si mon agneau avait été grillé au-dessus d’une braise de sarments de vigne. Et pour certain, le mariage eût été encore plus convaincant s’il s’agissait d’un gigot de Pauillac accompagné d’un mouton 1985… J’aurais même pu, moi qui en connais quelques uns, tenter un bon rosé de Bandol. J’aurais pu aussi vous parler de la mort de Paul Pontallier (Margaux), de celle de Jacques Couly (Couly-Dutheil), du départ de Jean-Pierre (Coffe), ou de bien d’autres choses encore, tout cela en moins d’une semaine post-pascale. Mais une fois de temps en temps, le dilemme causé par les associations mets et vins doit ressurgir comme ça chez moi, sans prévenir. On croit que ça va marcher, puis tout se casse la gueule car c’est le vin ou le produit qu’il rencontre qui décide, deux caractères, deux personnages. Dans cette confrontation, je ne suis qu’un pion. Et quand je vous dis que le vin est une personne, vous pouvez me croire.

Michel Smith

(Photos Brigitte Clément et Michel Smith)

Xai


25 Commentaires

L’imaginaire de la minéralité !

Nous accueillons aujourd’hui une nouvelle invitée de marque en la personne de Marie-Louise Banyols. Cette jeune retraitée (elle vient à peine de quitter Lavinia, dont elle a piloté les achats), nous parle cette fois d’un thème très à la mode: la minéralité; mais avec un sacré plus: sa grande expérience du consommateur de vin. Nous espérons qu’elle reviendra souvent mêler son grain de sel à notre tambouille…

 

Banyols

Marie-Louise Banyols (Photo (c) Michel Smith

 

Depuis peu, je prends le temps de lire certains blogs et autres réseaux sociaux des gens que j’apprécie, même si je ne suis pas toujours d’accord avec eux. Pour autant, je n’en demeure pas moins passive, ayant la « paresse » d’avoir à répondre à une polémique sans fin, et parfois sans grand intérêt !

Mais dernièrement deux des articles de Vincent Pousson, m’ont donné envie de réagir : «Think different», sujet que je traiterai un autre jour et «l’imaginaire de la minéralité», que je vais aborder aujourd’hui.

Je suis bien sûr d’accord avec lui quand il écrit: « C’est un peu le mot que l’on sort quand on a rien à dire, un bouche-trou des dégustations de comptoir, l’argument en plus du boutiquier, le remède à la panne d’inspiration. Au hit-parade du vocabulaire pinardier qui donne une contenance, la « minéralité » a largement dépassé ce « racinaire » qui avait assez d’allure pour avoir tout l’avenir devant lui, mis l’éteignoir sur cette belle « salinité »* qui pourtant promettait. Même la « buvabilité » est battue à plate couture, Le problème de cette sacro-sainte « minéralité », c’est que la plupart du temps, on ne voit pas exactement à quoi elle se réfère dans les descriptions de ceux qui l’emploient. » …

Inconsistance

Je n’ai pas souvenir que nous, sommeliers ou dégustateurs, utilisions ce terme dans mes débuts, son apparition est assez récente , aucune trace du terme «minéral» chez Max Léglise ou chez Emile Peynaud, des classiques de la dégustation et la rapidité avec laquelle tous les dégustateurs l’ont adopté, (je l’ai moi-même utilisé maintes fois), est assez inattendue et je dirai même, effrayante parce que malhonnête, la plupart d’entre eux, ne sachant pas expliquer à quoi correspond cette fichue minéralité ! Consciente de cet abus, je m’oblige à l’heure actuelle à l’employer le moins possible dans mes analyses de vin, essayant de traduire cette minéralité inconsistante par des paroles plus honnêtes, ce qui d’ailleurs m’amène à changer complètement le style de mes descriptions.

Si je l’emploie, c’est pour décrire certains types d’arômes de la famille minérale tant au nez comme en bouche: pierre à fusil, pétrole, pierre, graphite, craie, silex, huître, coquillages, et j’y ajouterai des sensations de fraîcheur, une perception d’acidité et salinité. Je pense que la minéralité est liée à plusieurs sensations dans la dégustation du vin, mais je l’associe toujours à une pureté d’expression aromatique et la réserve aux grands vins.

Par expérience, je puis vous affirmer que, le langage professionnel que nos adoptons, n’intéresse pas 90% de nos clients, qui veulent juste savoir si le vin est léger, fruité, facile à boire ou contraire plus structuré et encore, la parole qu’ils emploient est « fort »,  ou dans le meilleur des cas, « puissant » et avec quoi ils peuvent le boire et enfin le prix ! Nos commentaires les impressionnent certes, mais la plupart du temps soit les effraient, soit les laissent indifférent. Nous nous faisons plaisir, flattons les vignerons, remplissons des pages de littérature qui ne servent à rien ou presque. Il est grand temps de revoir tout ça et d’offrir du moins aux consommateurs moins éclairés, des textes simples et faciles à comprendre. Tout change autour de nous, alors nous devons nous remettre en question; certes, nous avons besoin de connaître le profil d’un vin, sa structure, son potentiel de garde, mais soyons plus ludiques, plus directs, plus pratiques!

Les mots qui font tilt

Mais, je m’égare, ce qui m’a fait réagir, surtout, c’est quand Vincent parle de «l’argument en plus du boutiquier» ! Je trouve ça très péjoratif et méprisant pour le fameux boutiquier. Je ne sais pas si Vincent a jamais été boutiquier et même sommelier, mais moi oui, et j’ai aimé ça, «boutiquier/caviste», c’est un métier noble et difficile et je l’ai exercé avec passion et sincérité. J’aspirais avant tout à vendre les vins auxquels je croyais, convaincue qu’ils pourraient plaire aux clients ! Mais, ça n’est pas toujours facile de communiquer son enthousiasme pour un vin, et pour séduire un client, il faut d’abord l’écouter afin de voir quel vin pourrait correspondre à ses gouts. Quand je croyais avoir compris, je déployais tout un discours pour essayer de le convaincre et en même temps, j’observais ses réactions pour voir quelles paroles avaient fait tilt. Certaines se révélaient magiques, et faisaient mouche très souvent, comme la minéralité, par exemple. Eh, oui, elle a été tellement galvaudée qu’elle est arrivée jusqu’au consommateur final.

Chez les femmes, minéralité et puissance faisaient briller leur regard, mon imaginaire à moi s’évadait alors et je me disais que peut-être elles percevaient le scintillement de brillants sur un tapis de joailler, ou la puissance des bras d’un homme, en aucun cas, je ne les imaginais suçant des cailloux, ou pensant à des molécules, ou à de l’acidité. Chez les hommes, aussitôt le mot prononcé, je les sentais plus attentifs, plus à l’écoute, dans leur esprit, on était sur du sérieux, ça «sonnait» bien, ils en avaient déjà entendu parler. Dans tous les cas, la minéralité permettait d’élargir le dialogue, de «décoincer» le client, de pénétrer dans son intimité vinique ! C’est que, pour lui comme pour le dégustateur la minéralité est perçue comme une notion positive qui sous-entend une certaine complexité, et qui donne un certain plus au vin.

Attention, je suis entrain de parler de clients aimant le vin, mais peu connaisseurs et c’est la majorité quand même.

Alors, mon cher Vincent, quel mal y a –t-il pour un « boutiquier », à employer le mot minéralité ? C’est du marketing, peut-être, mais son but est quand même de vendre du vin, et comme il est boutiquier et non vendeur en GD, il est censé n’avoir que des vins très bien sélectionnés. On est bien d’accord, qu’il faut qu’il s’y rattache notamment une idée de « terroir », quelque chose de qualitatif. Sans que l’on puisse définir exactement quoi , si il est sérieux, il aura écouté son client et lui aura vendu un vin intéressant, qui correspondra à ses gouts, et si la minéralité l’y a aidé tant mieux, l’essentiel étant que ce dernier aime le vin, il saura bien y trouver sa définition de la minéralité.

Oui, laissez-le y croire  et vive la minéralité!

Marie-Louise Banyols


5 Commentaires

#Carignan Story # 296 : Trop et pas assez !

C’est Marie-Louise Banyols, notre émérite sommelière catalane qui, l’autre jour, m’a confié cette bouteille de Cariñena en même temps qu’elle m’annonçait sa retraite de Lavinia où elle dirigeait les achats vins. Tout de suite j’ai pris conscience qu’il ne s’agissait pas d’un banal Carignan, puisque le cépage Cariñena qui compose ce vin est issu du territoire de l’appellation aragonaise Cariñena mentionnée plus d’une fois ici. En outre, celui-ci a été vinifié par un Californien installé en Aragon depuis 2003, Michael Cooper. Mieux encore, ce vin que je viens de déguster, sera le second vin de cette appellation décrit dans cette rubrique. Souvenez-vous, la première fois, c’était il n’y a pas si longtemps.

Marie-Louise Banyols, jeune retraitée. Photo©MichelSmith

Marie-Louise Banyols, jeune retraitée. Photo©MichelSmith

Michael Cooper, si j’ai bien compris, s’intéresse aux cépages anciens en Espagne à travers une gamme de vieilles vignes travaillées de manière artisanale et mises en bouteilles numérotées, généralement en petites quantités. Ce vin-là, par exemple, baptisé Cierzo, du nom de la tramontane locale, vent froid et violent venu du nord, n’a été tiré qu’à 1.024 bouteilles dans le millésime 2009. Ce qu’il y a également d’intéressant dans cette démarche, c’est que la Cariñena, dans ce cas précis, est planté à 700 mètres d’altitude dans la Sierra de Algeiren sur un sol pierreux d’argiles ferrugineuses.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour mieux appuyer son honorable démarche, Michael aurait pu se contenter de livrer à nos palais ce vin tel quel, dans sa nudité, si vous préférez. Las, probablement débordé par son enthousiasme et l’espoir de vendre son vin à un prix plus élevé que les autres, notre ami américain lui a infligé un élevage qui, à mon humble avis, ne sied aucunement au registre du cépage : 24 mois en barriques françaises (bois neuf) en plus d’une maturation de 30 mois en bouteilles, tout cela me paraît un peu too much ! À la fois trop d’emprise du bois et pas assez de place laissée à la pureté de ce cépage pris à la source à une altitude somme toute assez rare, car je pense bien que c’est le premier Carignan que je goûte à dépasser les 500 mètres.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Il en résulte, et ce dès l’approche au nez, comme un sentiment de déjà vu et de lassitude face à cette omniprésence boisée. Un style qui me semble proche du goût ibérique si tant est qu’il existe. Je n’y peux rien et j’ai beau m’ouvrir, faire des efforts de concentration et d’adaptation, mais je ne peux m’y faire, tant le bois perturbe le vin et le dirige vers l’amertume en milieu de bouche et la planche fumée en finale.

Mon amie de Montréal, Brigitte, qui m’accompagnait dans ma dégustation, a émis une opinion différente : «J’aime ce vin !» me lança-t-elle avec force conviction… Pour m’avouer un peu plus tard qu’elle adorait tout ce qui avait le goût du fumé, à commencer par le saumon de son pays et les anchois de Cantabrie. Il s’en fallut de peu, pour accompagner ce 2009 pourtant non dénué d’un fond de fruits rouges, que je serve des toasts bien chauds d’un pain campagnard avec une tranche de hareng de la Baltique posée dessus ! Une fois de plus, entre poc y mas, tous les goûts sont dans la nature et on n’y peut rien.

Michel Smith