Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Excitingly yours

Est-il vraiment nécessaire que tous les communiqués de presse que nous recevions fassent part de l’« énorme excitation » que provoque chez les marketteers toute fusion, toute reprise, toute arrivée de nouveau directeur, tout lancement de nouveau produit, toute nouvelle pub… et même, parfois, un simple permis de construire? Faut-il aussi que toutes leurs marques soient « iconiques et globales », que toutes leurs activités visent l’excellence?

Le DG de Chivas Brothers Laurent Lacassagne a coché toutes les cases, en tout cas. Pour évoquer l’extension de sa distillerie de Kilmalid, il prend des accents quasi-lyriques: “It marks the beginning of a hugely exciting new era for our business and through this investment we will deliver our ambition to achieve excellence in our operations, enabling us to develop and grow our portfolio of iconic and global brands”.

A ce niveau de ronflant, ça n’est plus du teasing, c’est du soufflé.

Et vous, ça vous excite?

Moi, ça me gonfle.

Hervé Lalau


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Comment renforcer l’âme d’un terroir?

La réponse, c’est la Bodega Valtravieso qui nous l’apporte, et je ne résiste pas à l’envie de la partager avec vous.

Comme je ne suis pas journaliste, je peux me permettre un billet d’humeur, et exprimer mon GRAND désaccord avec ce type de communication.

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Je vous traduis mot à mot la Newsletter que j’ai reçue de la Bodega Valtravieso (DO Ribera del Duero) :

« Environ 200 personnes ont mis leurs souhaits dans la vigne de Valtravieso

Grâce à la campagne #TuAlmaEnMiVino (Ton AmeDansMonVin), les suiveurs des réseaux sociaux du domaine ont écrit leurs souhaits pour 2017 sur des étiquettes, qui ont été placées  dans le vignoble de Valtravieso. La campagne #TuAlmaEnMiVino, qui s’est tenue dans les réseaux sociaux des Bodegas Valtravieso (Facebook, Twitter et Instagram) au cours  du mois de décembre et début janvier, s’est terminée avec l’écriture des souhaits d’environ 200 personnes qui ont participé à partir de différents points de l’Espagne. Chacun des souhaits a été écrit à la main et tous ont été placés dans l’une des plus vieilles vignes de Valtravieso, de laquelle sortiront les raisins pour produire les vins haut de gamme du domaine. Ainsi, tous les participants ont mis un peu de leur  «âme» dans le vignoble Valtravieso, et l’ont rempli d’énergie. Cette «âme» de chacun fera partie des vins de ce millésime 2017″.

Les responsables du domaine signalent que : «Lire et placer  un à un tous les souhaits de tous nos fans sur nos ceps  récemment taillés s’est révélé être un exercice  très beau et très émouvant ».

« La bodega de la Ribera del Duero, termine ainsi une des plus intéressantes activités promotionnelles dans le secteur du vin connue à ce jour, en combinant la partie « on line » avec celle « off line » grâce à  cette action émotionnelle et réelle, avec des résultats très positifs car elle a suscité 3000 publications sur Internet, y compris les communiqués de presse et post sur différents réseaux.
Cette campagne, ajoutée à  d’autres actions de marketing, ont positionné  Valtravieso comme l’un des domaines des plus actifs de la DO Ribera del Duero. »

 

Quelques mots sur le domaine

Les premières vignes ont été plantées à La Finca « La Revilla » en 1985, dans une enclave «unique» de la Ribera del Duero ; la particularité de ce domaine, c’est l’altitude de ses vignobles, supérieure à la moyenne de la zone, certaines parcelles pouvant atteindre les 1050m au dessus du niveau de la mer. C’est en 1996 que le premier millésime est arrivé sur le marché. En 2002, la bodega a changé de mains, Cette année-là, la famille Gonzalez Beteré a acquis la propriété et mis en place un projet novateur, le « New Valtravieso » et une nouvelle philosophie: « Exploiter les ressources que la nature nous offre pour obtenir de grands vins dans la Ribera del Duero ». Pour atteindre cet objectif, une nouvelle cave a été construite et inaugurée en 2007, avec plus de capacité ; Valtravieso dispose actuellement de plus de 4.500 m2 d’installations modernes.

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Le vignoble de 73 hectares est réparti en 4 parcelles: « La Revilla », « Santa Maria », « El Buey » et « L’Obispo ». Trois cépages ont été plantés : la Tinta Fina, variété locale, majoritaire, mais aussi quelques hectares de cabernet sauvignon et de merlot. L’arrivée de Pabló Gonzélez Beteré, homme d’affaires, mais aussi ingénieur agronome et dit-on, «visionnaire aux idées très claires» a changé la donne; son objectif: produire des vins dotés d’une forte personnalité, d’excellente qualité et de prestige. Pour ça,  il s’est attaché les services de l’œnologue Ricardo Velasco;  ensemble, ils forment un binôme qui semble parfait.

Mais j’ai failli oublier le Service Marketing!

Je tiens à préciser que je ne les connais pas, je ne suis allée au domaine qu’une seule fois et la visite a été très rapide (certains vins étaient présents à LAVINIA). Mais Ricardo s’est déjà taillé une bonne réputation, il a travaillé en France, à Bordeaux, et on lui reconnaît non seulement une grande expérience, mais aussi une passion pour le vignoble, à tel point qu’il est connu comme «L’homme qui susurre aux vignes». On peut le lire sur le site du domaine, et de nombreuses coupures de presse reprennent la formule.

Entre cette campagne TuAlmaEnMiVino, et l’œnologue qui susurre aux vignes, la philosophie de Pablo, pour aussi sincère soit-elle (et je ne me permettrai pas d’en douter), me semble bien mise à mal. La boucle est bouclée, on tombe dans le RIDICULE.

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Personnellement, je reste admirative devant une telle action marketing, car il fallait l’oser! Admirative, mais aussi incrédule ! Je salue la personne qui a imaginé cette opération et la «pardonne» car elle n’est certainement du monde du vin et donc, ne connaît pas la réelle valeur des mots. Mais, je lui en veux aussi, car quelque part, c’est se foutre du monde; et qu’il y ait des gens assez stupides pour écrire leur souhait sur une étiquette et aller la placer sur un cep de vigne dans un vignoble, ça me stupéfait et me navre. Ça me rappelle les cadenas que les amoureux placent sur les ponts, encore qu’eux ont une excuse: ils s’aiment.

Je ne peux pas croire qu’il y ait 200 personnes qui aient participé à cette mascarade, ou alors se sont des amis du domaine et c’est une opération montée de toutes pièces. Quoi qu’il en soit, ça m’a fait rire à la première lecture, mais ensuite j’étais furieuse, à mes yeux ça décrédibilise complètement le domaine, comment un homme qui se dit passionné peut-il accepter de son équipe de marketing une telle approche du terroir? S’il compte ajouter de l’âme à son terroir de cette façon, ça ne me donne pas du tout envie d’aller goûter ses vins.

Suis-je  la seule à voir les choses de cette façon? Vu l’impact de l’opération sur les réseaux sociaux, plus de 3000 réactions, sans doute;  j’en ai lu quelques unes, c’est à pleurer de rire ou de honte ! Mon Dieu que c’est triste d’en arriver à de telles méthodes, d’impliquer les consommateurs naïfs (ou pas, d’ailleurs), dans le seul but de les fidéliser!

Il est bien évident que tous ceux qui ont placé une étiquette vont vouloir acheter une bouteille, puisqu’il y a « un peu de leur âme » à l’intérieur, laquelle bouteille, bien entendu, sera du haut de gamme, et donc pas donnée. Et avec un peu de chance, l’an prochain, l’opération se renouvellera; cette fois-ci sur deux parcelles, vu que le nombre de suiveurs aura doublé et ainsi de suite d’année en année ! Voilà qui aidera à écouler une production d’un million de bouteilles à un bon prix! Il faut ajouter que cela permettra aux acheteurs d’expliquer une petite histoire chaque fois qu’ils déboucheront une bouteille. Bien vu!

Bravo, mais se servir de l’âme des profanes pour vendre l’Ame d’un Terroir, c’est tomber bien bas, c’est reconnaître que ce terroir « unique » de Ribera del Duero n’a pas vraiment la qualité nécessaire à l’élaboration d’un GRAND VIN !  Franchement, Valtravieso n’avait pas besoin de cette béquille!

 Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

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Le jour où JPC est parti, je découvre la premiumisation !

Pas possible ! Ils l’on fait ! Ils ont osé !

Évidemment, ils ne pouvaient savoir.

Alors, comment leur en vouloir ? Et pourquoi les accabler ?

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Leur truc – car ce n’est autre qu’un vulgaire truc de marketing  que l’on doit apprendre dans les écoles de commerce -, leur dossier de presse qui n’en est pas un, est probablement parti quelques heures avant que l’on apprenne la triste nouvelle. Et si j’ai choisi d’en parler, ce n’est pas parce que j’en veux aux viticulteurs dont le travail consiste à s’occuper de leurs vignes, mais parce que les stratèges de leur agence de pub (ou de markétinge) font une fois de plus dans tout ce que je déteste. En outre, je reçois ça à travers la gueule le jour où j’apprends la mort d’un homme bon, un gueulard, un comique, mais un bon gars, un gentil, un généreux. Je sais, leur entreprise, plutôt leur démarche, est symbolique d’une époque. Époque où la com de mauvais goût, celle des années 80, continue de nous saouler avec du n’importe quoi revu à la sauce 2016 : du vin placé dans des cases, des icônes, des premiums (oui, avec un « s »), des authentiques, des incontournables, des étiquettes à la fois drôles, classiques, fleuries, bio, innovantes, j’en passe et des pires.

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Fallait juste que je vous le dise : le jour où Jean-Pierre est mort, cette communication d’arrière-boutique et de marchand de tapis, cette réclame même pas digne d’un Marcel Bleustein-Blanchet, cette pub d’un autre temps colle toujours à la peau des agences dites spécialisées. Faut dire que le pépère JPC que j’ai fréquenté peu de fois, mais que je respectais et que j’aimais pour son rôle fétiche de trublion de la bouffe, de la bonne bouffe, ce gars qui me faisait sourire à chacune de nos rencontres, faut dire qu’il en a fait des tonnes de son côté en s’alliant pour le pognon avec des gros tiroirs-caisses de la grande distribution. Mais voilà, je savais que le fric récolté était réemployé pour faire du bien autour de lui, et aussi pour faire travailler des jardiniers ou des artisans, alors je ne lui en voulais pas. D’ailleurs, comment en vouloir à un homme libre ?

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Oui, on peut dire qu’ils ont choisi le jour ! Je n’avais pourtant rien demandé. Le matin où j’apprends que ce gourmand-partageur-marchand-de-bonheur est parti rejoindre son pote Jean, le gars de Bourgueil, voilà que le colis débarque alors que je m’apprête à célébrer dignement le grand voyage. Un coffret du plus mauvais goût arrive à ma porte, imitation Gucci ou Vuitton, le skaï luisant en remplacement du cuir fin, un coffret renfermant deux premiums (toujours avec un « s ») prétentieux. Dedans, deux bouteilles et une bougie sensée reproduire durant ma dégustation les parfums qui embaument les chais de Buzet. Bref, tout pour me plaire… Certes, je ne sais plus quand au juste le grand pourfendeur de la malbouffe nous a quitté – ce devait être durant le week-end précédent dans sa grande maison proche de son marché favori, celui de Châteaudun – mais choisir ce jour où j’apprends la nouvelle, ils manquent pas d’air les gars de Buzet !

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J’ai ouvert le rouge par la suite pour le taster (du bout des lèvres) : c’est un vin de 2012 taillé dans la barrique, parfait pour arroser les marchés où l’on se soucie plus du bois que du vin. J’ai donc compris une fois goûté que le mot premium désignait une qualité de vin fortement boisé, ce qui pour moi revient à dire qu’il est imbuvable. Je sais, il ne s’agit là que de mon goût de vieux con. Reste que la montée en gamme à laquelle nous assistons, la conquête des parts de marché tous azimuts, le haut de gamme, le relèvement des prix, tout cela m’inquiète. La premiumisation est en mouvement et cela n’entraîne que la surenchère. De quoi faire travailler toute une nouvelle génération de communiquants.

Alors vive les vins premium !

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Et puis est venu un autre élément : la lecture d’un article usant dans son titre d’un nouveau mot hideux, la premiumisation. Non, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, mais Michel Chapoutier en personne, à moins que ce ne soit quelqu’un d’autre. Si vous voulez prendre une leçon de marketing, lisez donc l’article de Vitisphère. À mon sens, il en dit long sur ce que sera la segmentation du vin en France. Cette époque qui me révulse a commencé à semer ses graines bassement mercantiles au début du millénaire et si vous voulez mon avis, on n’est pas sorti de l’auberge !

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Heureusement, il me reste des vins de vignerons, des vins que l’on boit à la régalade, des vins de sourires et de baisers, des vins d’amitié. Comme ce Côtes du Frontonnais 2002, du Château de Plaisance, cuvée depuis devenue Fronton tout court. Un vin du Sud-Ouest (comme Buzet) que JPC n’aurait pas renié.

Michel Smith

PS À propos du camarade Jean-Pierre Coffe, je vous conseille de lire ce que Hervé Bizeul a ressenti en apprenant sa mort. C’est ici et je n’ai rien à ajouter.

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Rien de divin dans le vin sur-conceptualisé

Allez, pour une fois on va faire court ! De toute façon, ce qui suit ne mérite guère plus. Enfin, tel est mon avis… et je vous fiche mon billet qu’il n’est pas partagé par mes collègues de blog !

Attiré par un teasing tout ce qu’il y a de plus actuel (voir plus bas) et donc classique (ou normal) de nos jours, j’ai suivi ce lien histoire de m’informer et de ne surtout pas mourir idiot…

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Mon impression sera résumée en quelques mots : je comprends maintenant pourquoi le monde du vin m’intéresse de moins en moins.

Pire encore : je suis persuadé que ce nouveau concept va marcher ! Quand bien même il enlève au vin toute idée de rêverie et de poésie, tout son lien avec la nature, l’humain, la terre et les petits oiseaux, il va faire de nombreux adeptes et je suis prêt à parier que l’on aura bientôt du vin « nature » ou « orange » en tube sur la table du dîner entre amis. Il suffira alors probablement d’agiter le (très cher) flacon pour servir chaque convive à la température désirée. Sans rancune, je souhaite bonne chance à ces jeunes et audacieux entrepreneurs qui semblent réussir l’exploit du siècle qui consiste à concurrencer Nestlé sur des registres encore inexplorés !

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Heureusement que j’ai mis de côté suffisamment de bouteilles dans ma cave pour finir mes jours en beauté ! Ce qui me turlupine le plus, dans cette histoire, c’est que ces jeunes gens brillants, probablement formés dans de grandes écoles de commerce, ont réussi à faire que le vieux con grincheux que je suis… parle d’eux !

Michel Smith

PS.  Voici le fameux teasing adressé à la bande des 5 du vin :

La société 10-Vins lance sa machine de dégustation de vins, la D-Vine. A cette occasion, nous souhaitons vous adresser un pack de découverte de nos produits, ainsi qu’une invitation pour notre soirée presse organisée à Paris.
Pour ce faire, nous aurions besoin que vous nous communiquiez un contact ainsi qu’une adresse postale pour la livraison de ce pack.
Nous restons à votre disposition pour toute information complémentaire.
Pour découvrir notre concept en vidéo c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=DNCCGpCogow
Bien cordialement,
L’équipe de 10-Vins


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Journalisme d’investigation (Kate Moss, le retour)

Ne reculant devant aucun effort d’investigation quand la cause est importante, Les 5 du Vin vous dévoilent à présent le sein qui a servi à mouler le verre qui va servir à faire parler de la sortie de la nouvelle cuvée de Dom Pérignon qui doit servir à relancer la marque à Londres; et qui sans cela, avouons-le, serait peut-être passée inaperçue dans la Jet Set avec son nom de sous-marin russe (P2-2008).

Ouf, ça donne soif, des phrases pareilles!

Accessoirement, cette image obtenue de haute lutte (merci Booble) vous permet de constater que Kate Moss est dotée de deux seins. Comme on le sait, c’est le gauche qui a été utilisé. Oui mais, quel est le gauche? Le gauche pour elle, ou le gauche sur la photo? Au fait, voyez-vous une différence?

Vous ne rêvez pas, vous êtes bien sur Les 5 du Vin. C’est étonnant comme on peut écrire beaucoup sur à peu près rien.

Est-ce que c’est ça, être vendeur?

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Source: Lui. Sujet: elle.

Hervé Lalau


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Bordeaux, des vins un style

Les rues de Belgique accueillent en ce moment une campagne d’affichage des vins de Bordeaux.

Le message est on ne peut plus simple: « Bordeaux, des Vins, un Style ».

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Trop simple?

Quels sont ces vins?

Quel est ce style?

S’il y a des vins, se peut-il qu’il n’y ait qu’un seul style?

Bien sûr, une affiche ne peut pas tout expliquer d’une région qui couvre près de 150.000 ha (dont 50.000 rien qu’en AOC Bordeaux/Bordeaux Supérieur) et qui compte des milliers de domaines. Pour toucher les gens, il faut simplifier. Mais à ce point?

Tous les vins ont un « style ». Les Bourgogne, les Alsace, les Brunello, les Mornag… Mais il faut certainement développer. Un style léger? Un style robuste? Un style puissant? Un style décontracté?

Mais à trop vouloir étreindre…

Hervé