Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Rosé futé, rosé affûté, rosé d’après l’été.

Balayons d’ores et déjà les préjudices, les commentaires acerbes, les mesquines jalousies de voisinages du genre « moi, contrairement, à d’autres, je fais du vrai rosé et sans coupage, monsieur ! ». Renvoyons dans leurs cordes respectives les experts qui vous assènent qu’il n’y a rien de nouveau dans votre nouvel article, et les avis « pros » qui considèrent que le rosé n’est pas un vrai vin, ou ceux qui déplorent que ce type de vin soit un envahisseur sur le marché. Insistons de nouveau pour affirmer que dans la déferlante rose qui inonde le marché cet été, il pourrait bien se glisser quelques grands rosés de terroir, que ce soit en Sancerre (Vincent Pinard) ou en Provence (Roselyne Gavoty), pour ne citer que deux classiques redécouverts récemment dans mes visites de caves. Terroir ? Oui mes seigneurs, car il n’y a pas que le fruit qui compte dans un rosé.

Un coin de Bandol, l'hiver dernier. Photo©MichelSmith

Un coin de Bandol, l’hiver dernier. Photo©MichelSmith

Cette trame, cette structure, cette indéniable morsure saline ou minérale, cette persistance infinie, fut-ce du Cinsault ou du Pinot, tout cela contribue de plus en plus à ranger le rosé dans la case des vins capables de tenir, de se garder au-delà de cinq ans, de se bonifier et de se boire même en hiver.

Photo©MichelSmith

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Et c’est justement là que je voulais en venir. Suite à un article sur Decanter, je suis les aventures de mon ami vigneron, Éric de Saint-Victor, visiblement bien entouré dans ses vignes et sa cave de Pibarnon. Oui, je sais, vous allez me faire le truc du grand tralala, me chanter l’air par trop habituel du  « encore un grand domaine, un vin cher, un vin de luxe, un vin de fric, un château hyper connu ». Pauvres arguments qui ne mènent à rien. Vous allez aussi probablement supposer que je suis le chargé des relations publiques d’une appellation qui a marqué mes débuts, celle de Bandol, la reine du rosé (au passage, je suis sûr qu’eux mêmes vont me reprocher de les cantonner dans cette seule spécialité !), thème d’un de mes papiers de l’hiver dernier que je vous invite à relire d’où il ressortait d’excellents rosés de millésimes passés de La Tour du Bon, Pradeaux, La Bégude, Souviou, Sainte-Anne, L’Olivette, Les Salettes, Tempier… j’en passe et des meilleurs.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Le rosé conçu pour être bu toute l’année par Éric et sa jeune équipe, n’est pas qu’une simple idée lancée en l’air de cuvée haut de gamme à tirage limité et encore moins une énième cuvée marketing de rosé chic à la Brad Pitt ou à la Sacha Lichine. Il se veut, à mon avis, l’égal de son grand rouge ou de son grand blanc. Mais, comme il me l’a laissé entendre, Éric de Saint-Victor voudrait surtout créer un mouvement entre vignerons du cru qui le souhaitent dans le but d’inscrire le rosé dans l’expression de Bandol, au travers d’initiatives qui permettraient de repositionner ces vins dans cette couleur, de les inscrire comme étant spécifiquement Rosé de Bandol. Pour ce premier 2014, résultat d’une pressée directe sur un pur Mourvèdre, contrairement à sa cuvée classique qui est le fruit d’un doublé (pressurage et saignée) sur le Mourvèdre accompagné de Cinsault à 35 %, le vin a été vinifié et élevé 6 mois en un foudre autrichien Stokinger et en jarres de grès de marque Clayver fabriquées en Italie et déjà utilisées par des vignerons aussi variés que Benoît Tarlant, Philippe Viret et Bonny Doon.

Éric de Saint-Victor Photo©MichelSmith

Éric de Saint-Victor Photo©MichelSmith

Et alors, comment est-il ce rosé ? J’avoue humblement que je n’ai pas encore goûté le vin de cette cuvée Nuances tirée à 3.500 exemplaires et commercialisée autour de 24 € départ cave. Je prévois d’en ouvrir un exemplaire d’ici Noël (l’idée première d’Éric était de concevoir un rosé d’automne) ou même après, avant d’aller goûter sur place l’édition 2015 fin avril 2016 au moment de sa mise. Mais cela ne m’empêche pas de trouver l’initiative vraiment originale car elle permet de sortir de l’imagerie un peu stupide et simpliste qui entoure le rosé : le vin qui serait soit bêtement aromatisé – et dieu sait que ça marche en grande distribution -, soit un vin de plage à différents niveaux, celui réservé aux bidochons qui défilent devant les yachts à Saint-Tropez ou à Cannes, soit un rosé blinbling vendu en jéroboam à de grandes fortunes russes ou chinoises dans les boîtes de nuit huppées de la planète. Maintenant que le rosé connaît un énorme succès, il serait temps de le repositionner et de le concevoir comme un vin à part entière capable d’accompagner les mets les plus fins.

Mais bon, ça fait plus de 20 ans que je prêche ainsi… Et je ne suis pas le seul. Suffit de lire tous les bons articles écrits sur le rosé par le club des 5 pour s’en rendre compte.

Michel Smith


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#Carignan Story # 265 : Une petite nature…

Persuadé, depuis le temps que l’on se fréquente, que vous commencez à croire sur parole chacune de mes sornettes, vous savez que, tout en étant d’une bonne nature je ne suis pas pour autant naturophile, encore moins naturophobe. Ce qui compte pour moi, c’est le vin dans son entièreté, le vin tel qu’il m’apparaît (la vue), tel qu’il se hume (le nez), tel qu’il se gobe (la bouche)… et, j’ajouterai pour finir en beauté, tel qu’il se pisse ! Un matin, cet hiver, je me pavanais en ville d’Alès pour faire mes courses en compagnie d’une charmante consœur, chef de rubrique à la dent dure mais juste, qui jadis, au temps où je gagnais ma vie en tentant d’écrire, corrigeait impitoyablement mes papiers, Adeline Brousse, pour ne pas la nommer, aujourd’hui retirée dans les Cévennes où elle loue deux gîtes de luxe. Alors que nous divaguions dans les travées des Halles de l’Abbaye, parmi les marchands de tripous et de farçous descendus de la Lozère et de l’Aveyron, je tombais en arrêt face à l’étal d’un caviste.

Serge, Caviste de Campagne... Photo©MichelSmith

Serge, Caviste de Campagne… Photo©MichelSmith

Serge Roussel, « caviste de campagne » (06 11 09 64 49) – c’est ainsi qu’il se présente sur sa carte de visite -, affable et bienveillant, y exposait quelques flacons de l’Hérault et du Gard dont quelques trouvailles du coin. Je lui ai acheté ce Carignan 2013, IGP Cévennes, pour une somme convenable (8,50 €). Avec en prime un jeu de mots de plus affiché sur l’étiquette  : NaturOphile. Il s’agit d’une cuvée bio vinifiée en macération carbonique au Mas Clément, un domaine qui décline aussi le genre en Syrah pure. En dehors du fait qu’il soit bio, nulle part sur le site du domaine est-il fait mention d’une particularité « nature » ou d’une cuvée exempte de soufre ajouté. Rien à dire sur cet aspect des choses, vu que je considère que tout bon vigneron qui se respecte a le droit de se revendiquer un peu de la nature qui l’entoure ou de celle qui le compose.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Ceci étant dit, le vin est d’une simplicité biblique. Un peu trop, même. Et si je me mets à jouer les sévères, c’est que je regrette presque une certaine absence de terroir, ou de caractère bien trempé. Ce Carignan a quelque chose de linéaire, sans grand relief, un aspect fluet, court en bouche, facile dans le sens où on ne cherchera pas à le garder pour une belle occasion, encore moins pour le repas du Dimanche. C’est propre, sans déviance, un brin enjoué, au point que je l’ai rebouché puis placé au réfrigérateur pour mon habituel test de confirmation. Le lendemain, ayant pris soin de sortir la bouteille du frigo une demi heure avant, le vin n’avait guère évolué, offrant juste une agréable touche fruitée teintée de notes boisées n’ayant rien à voir, me semble-t-il, avec un quelconque élevage sous bois. Un bon petit vin de grillades, en quelque sorte !

Michel Smith

 Photo©MichelSmith

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#Carignan Story # 229 : À Saint-Chinian, Bordes n’a rien de gnangnan !

Je sais, ce n’est pas très brillant comme jeu de mots. J’implore votre pardon, cher Padre Carignanus. Encore plus navré car dans Carignanus, il y a… Bon, passons et revenons à des choses plus sérieuses.

J’avoue que j’ai découvert ce domaine poussé par des amis connaisseurs alors que j’errais lamentablement dans les travées de Vinisud cet hiver à la recherche du mistigri. Et c’est ainsi que je suis tombé nez à nez avec un mec à la bouille pas possible, un peu comme un Pierre Vassiliu des années 70 pour ceux qui n’ont pas oublié l’animal. Bonne tête de paysan, rond, épanoui et rigolard, le visage encombré de poils, les cheveux en désordre comme un homme de Tautavel qui se serait rasé au silex, le mec se dresse pile devant moi tel un menhir de petite taille, mi provocateur, mi charmeur, d’un air de dire « est-ce qu’on peut devenir pote avec un hurluberlu en perdition tel que ce Smith » ?

Mine de rien, ça compte une tronche. Dans le cyclisme comme dans le vin, une bonne gueule qui interpelle vaut mieux qu’une sale gueule qui ne revient à personne. Jim ne me contredira pas.

Photo©MichelSmith

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Le gars est un bon vivant qui menait en ville une vie relativement confortable – j’ai cru comprendre qu’il était plombier – mais qui n’avait qu’un rêve dans la vie, celui de s’enraciner dans la campagne de son pays pour partager plein de choses avec sa famille et ses amis. Afin de mieux vous le présenter, j’ai retrouvé un petit film qui le résume bien. Allez le voir ici et vous comprendrez mieux.

Photo©MichelSmith

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Donc, je rencontre Philippe Bordes du Domaine Bordes, un gars attachant que tout le monde autour de Saint-Chinian semble aimer. Lui et sa compagne Emma ne possèdent pas un gros domaine : tout juste une dizaine d’hectares. Quelques parcelles à leur mesure conduites en bio, tantôt sur des argilo-calcaires, tantôt sur des schistes, avec des cuvées que les amateurs commencent à s’arracher, notamment son pur Mourvèdre, sans oublier sa cuvée haut de gamme, un pur Carignan.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Des Carignans centenaires que Philippe conserve jalousement et qui entrent dans une cuvée « Elles » (hommage à ses filles et à leur maman) fort joliment présentée sous la mention IGP Monts de la Grage. Le vin a 30 mois de barriques et il n’est pas donné (une trentaine d’euros), mais il convient aussi d’ajouter que les bouteilles ne sont pas nombreuses à la vente. Un 2010 non filtré au nez opulent et complexe (fruits de garrigue), un peu corsé à l’attaque, mais devenant vite gracieux, équilibré, frais et parfaitement à l’aise aujourd’hui sur un canard aux olives, par exemple, ou sur un cul de veau (quasi) cuit longuement en cocotte avec un peu de crème et des girolles.

-On peut rencontrer les Bordes au hameau de Tudery, entre Saint-Chinian et Assignan. Leur téléphone : 06 66 60 85 10.

                                                                                                                     Michel Smith


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Je ne suis qu’un blogger de pinards… et fier de l’être !

Pour la première fois de ma longue carrière journalistique débutée à la fin des années 60, je viens d’être officiellement qualifié de « blogger » de vin. En témoigne ce « badge » ou laissez-passer pour Vinisud. Vous me direz qu’un tel truc, ça se fête. Au fait, il sera où le stand de la Blanquette, cette année ? Françoise Antech, ce stand amical, celui où je venais m’ouvrir le gosier il y a deux ans, il sera au même emplacement ?

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Eh oui, figurez-vous qu’après avoir endossé pendant des années le titre ronflant de « reporter » ou, plus pompeux, de « journaliste », je me retrouve catalogué de « blogger ». Certes, avec mes potes j’anime un blog, celui-là même que vous nous faîtes l’honneur de lire. Et pourtant, je n’aime guère m’afficher avec cette étiquette à l’orthographe si peu orthodoxe. « Blogger », that’s not French ? Ben oui, c’est pas français ça. L’ennui, avec ce titre, c’est qu’on va encore me prendre pour un critique de la bande à Parker ou de celle de son compatriote Suckling. J’eusse préféré à la rigueur que l’on m’appela « blogueur ». C’eut été plus logique pour un salon qui ouvre ses portes lundi prochain dans ma Capitale, Montpellier, au centre du Midi viticole. Faudra m’y faire : je ne suis plus simple journaliste pigiste, mais blogger, auto proclamé « le blogueur fou ».

D'irrésistibles sourires... Photo©MichelSmith

D’irrésistibles sourires… Photo©MichelSmith

Bon, passé ce choc de virage de bord, je vais essayer en ce début de semaine prochaine de glisser entre les gouttes des salons off en tous genres, de ceux qui se sentent exclus ou pauvres et qui trouvent les ressources financières pour se réunir en haut d’un phare, dans une salle de concert, dans un restaurant d’hôtel d’aéroport, dans un autre lieu plus branché ou dans une de ces « folies » qui témoignent d’un riche passé aux portes de la ville. Je vais tenter de retrouver mes plus bas instincts professionnels qui me poussent à la curiosité au hasard des travées d’un salon (off)iciel, celui que, tous les deux ans, j’accompagne depuis plus de 20 ans et qui a largement contribué à mettre le Sud à la page. Tenter de me glisser incognito dans ces halls d’étranges étrangers où il faut se pencher cinq bonnes minutes pour tenter de décrypter l’étiquette. Tenter si possible de résister à la tentation d’une aguichante teneuse de stand dont la mission essentielle est d’alpaguer le promeneur, de capter son regard pour l’attirer dans le gouffre d’une winery sans âme qui regorge de gadgets vineux. Tenter de faire plaisir aux uns en posant mes doigts de pieds sur leur stand. Tenter de décevoir les autres en ne répondant pas à leurs insistants courriels qui m’implorent depuis deux semaines : « J’espère que vous passerez nous voir sur notre stand Hall 18, allée 06, stand 299c ». Tenter d’exercer mon métier en liberté.

D'irrésistibles victuailles. Photo©MichelSmith

D’irrésistibles victuailles. Photo©MichelSmith

Ce papier qui, dans le sens journalistique n’en est pas un, est publié avant tout pour m’excuser par avance auprès de ceux, amis ou pas, que je ne verrai pas à Vinisud. Non pas que je ne veuille pas les rencontrer, pour leur dire presque machinalement « Bonjour, comment ça va ? », mais parce que, au jour d’aujourd’hui comme l’on dit à la radio, je ne sais vraiment pas où donner de la tête. Et même, le jour J, lundi, hormis 2 ou 3 rendez-vous fixés pour cause de boulot à exécuter d’urgence, j’en serais encore à me demander « où vais-je et dans quel état j’erre ? » Pour certains, un grand salon ça se visite avec une tablette à la main où sont répertoriés minute par minute tous les stands à ne pas manquer, y compris ceux où l’on se pointe pour prendre la température du millésime, des nouvelles du pépé ou de la petite dernière, en acceptant « juste une goutte de rosé parce que vous comprenez, si je devais tout goûter, je ne pourrais plus rentrer à l’hôtel… ». Une chose est sûre : en matière de salon de vins, les écueils de la dégustation sont plus difficiles à esquiver que le simple bonjour.

De bien curieux visiteurs. Photo©MichelSmith

De bien curieux visiteurs. Photo©MichelSmith

Plus que la gestion des rendez-vous, il faut savoir gérer les dégustations, parfois même savoir les éviter. Sur un stand de vignerons que vous connaissez bien mais dont vous n’avez pas goûté la production depuis des années, vous pouvez passer une heure à redécouvrir des vins étonnants, à blaguer, à discuter tout en prenant des notes. Sur un autre, dès le moment où vous arrivez, il vous faut songer à une bonne excuse pour quitter les lieux daredare tant les vins vous semblent insignifiants et le discours barbant. Sur un stand cossu et pompeux vous allez vous laisser séduire par le discours aimable d’une attachée de presse ou d’un directeur de marketing qui vous conduira jusque dans une sorte de restaurant clandestin où cinquante convives serrés comme des sardines sont attablés – pour ne pas dire agrippés – dans l’espoir de saisir un anchois et une olive posés sur un canapé douteux en attendant le discours de Dieu le pdg qui ne lâchera rien d’autres que « Nous sommes les meilleurs ! » Sur un autre, vous allez supplier le vigneron de Saint-Chinian ou celui du Minervois pour qu’il vous fasse goûter sa terrine de sanglier ou ses truffes coupées en rondelles sur une tranche de pain grillé arrosée d’huile d’olive extra vierge. Zut, encore une tache sur le carnet de notes !

De bien curieux vignerons. Photo©MichelSmith

De bien curieux vignerons. Photo©MichelSmith

Le plus dur dans ce magistral micmac vino commercial sera d’éviter les chieurs, les pleurnicheurs, les quémandeurs d’articles et les cireurs de pompes. Le plus délicat sera de faire son métier comme l’on fait son marché, au feeling, à l’instinct. En se laissant guider par la curiosité, l’essence même du journalisme. Même intronisé dans la blogosphère vineuse, le plus difficile sera de savoir passer plus de temps là où la découverte est la plus fertile quitte à renoncer aux mondanités de circonstance où l’on ne parle que de pluies et de beaux temps. Le plus sage sera de renoncer aux soirées mondaines pour être en pleine forme le lendemain matin. Mais le plus difficile pour moi sera de me faire à l’idée qu’aux yeux du petit monde du vin où j’ai la prétention d’appartenir, je suis désormais plus « blogger » que journaliste.

Michel, modeste blogueur fou !


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Face à la saloperie, soyons solidaires !

Un seul mot me vient à l’esprit : solidarité. Voilà ce que m’inspire la toute nouvelle délinquance viticole qui semble être une spécialité languedocienne, pas bien jolie celle-là, dans le pays du cassoulet et du fréginat. Avant, elle s’attaquait aux gros, aux négociants, au représentants du Pouvoir. Maintenant elle devient plus lâche que jamais. Voilà, en raccourci, de quoi il en retourne.

Photo©MichelSmith

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Une nuit, sur le coup d’une heure du matin, une poignée d’ignares voulant jouer les petits fiers à bras fachos de service a décidé d’incendier une cave dans le Cabardès, juste comme ça, probablement pour montrer qu’ils avaient des couilles. On vide une bouteille de pastis, on embrasse bobonne et les enfants, puis on y va. Ici, dans le Midi, particulièrement dans l’Aude, des attentats de ce genre ont déjà été commis ces dernières années. Ils visaient à chaque fois des viticulteurs honnêtes et travailleurs, de braves faiseurs de bons vins sans histoire comme Christophe Bousquet, du Château Pech Redon, à qui des branleurs videurs de boîtes de nuit trouvaient rigolo d’ouvrir les robinets de leurs cuves histoire de les vider de tout espoir et de les chasser hors de leurs terres.

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Édouard Fortin a l’avenir devant lui. Photo©MichelSmith

Ce dernier acte touche la cave de Robert Curbières, responsable de la très pacifiste Confédération Paysanne de l’Aude et vigneron au Domaine de Ventaillole. Dans sa cave, le vigneron abritait le stock de son ami, Edouard Fortin, lequel venait de se lancer dans la viticulture et dont la cuvée de Carignan m’avait impressionnée l’hiver dernier.

Photo©MichelSmith

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Ce qui est réconfortant dans ce genre d’histoire, c’est de voir que la solidarité vigneronne s’est déclenchée sans attendre. En partie grâce à l’action de l’Association Changer l’Aude en Vin qui regroupe quelques vignerons bons vivants et libres penseurs du Minervois, du Cabardès, de la Clape, de Fitou et des Corbières, mais aussi lors d’une manifestation de soutien à laquelle je n’ai malheureusement pu assister.

Photo©MichelSmith

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Bon, je ne vais pas en faire des tonnes préférant aller droit au but. Un site a été créé par lequel il est possible d’affirmer son soutien au jeune Edouard Fortin afin de lui permettre de redémarrer son activité au sein de son pays d’adoption. Sur PhénixduCabardès.com, on peut d’ores et déjà commander une « Cuvée Solidarité » qui assemble les vins fournis par ses camarades vignerons de l’Aude. On peut aussi acheter la toute dernière cuvée « El Pépé » entièrement dédiée aux vieilles vignes de Carignan. Vous qui cherchez des vins qui ont de la gueule pour accompagner vos futures agapes de fin d’année, c’est le moment d’agir.

Et pour finir, je vous invite à lire la chronique de mon ami Vincent Pousson, connu comme étant un amoureux de l’Aude. Il dit mieux que moi tout ce que cette saloperie lui inspire comme dégoût. Oui, comme ailleurs, le monde du vin peut aussi se montrer dégueulasse.

Michel Smith


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Languedoc, la luxueuse dégustation !

Je crois que c’est Denis Boireau, l’un de nos fidèles lecteurs qui, au détour d’un commentaire, laissait entendre, si j’ai bien compris, qu’il serait utile que nous publiions, dans la mesure du possible, la liste des vins que nous ne souhaitons pas commenter à l’issue d’une dégustation, les noms des vins rejetés. Alors, faut-il parler des mauvais vins ? Je dis que non, sauf cas exceptionnels, dans le cadre de ma rubrique Carignan Story, par exemple, où je me suis assigné pour mission de présenter tout (ou presque) ce qui est en production en matière de Carignan pur (ou presque), que ce soit bon ou mauvais. Hormis ce cas précis que permet Internet (publier tous les dimanches que dieu fasse un article sur le Carignan m’eut été impossible il y a 10 ans), il me serait non seulement inenvisageable, mais carrément irréaliste, voire infaisable, que de publier une longue liste d’éliminés à l’issue d’une dégustation marathonienne telle que celle qui m’a mobilisé il y a quelques temps durant quatre jours de la semaine. En outre, je pense qu’une telle publication serait contre productive car proprement indigeste et inefficace pour nos chers Lecteurs. Déjà que ce qui va suivre est long…

Une dégustation au long cours... Photo©MichelSmith

Une dégustation au long cours… Photo©MichelSmith

Examinons donc au titre d’exemple cette récente « dégustation monstre » organisée soit disant pour la Presse mondiale. Car il n’y avait pas que des journalistes puisque désormais, dans ce genre de manifestation, le moindre sommelier de Nuuk, grouillante capitale comme chacun sait du Groenland, le moindre acheteur d’Azerbaïdjan, ou le moindre blogueur de sous préfecture devient un VIP aux yeux de nos communicants. Glissons sur cette perfide remarque qui n’est faite que pour amuser la galerie sachant que les blogs « écrits », donc sérieux et compétents, ne sont heureusement pas légion. Et retenons simplement au passage que les dirigeants de nos instances viticoles ne sont réellement satisfaits de leur organisation que lorsqu’ils sont envahis de visiteurs venus tous frais payés du monde entier pour goûter un peu d’art de vivre à la bonne sauce languedocienne.

Château Les Carrasses. Photo©MichelSmith

Château Les Carrasses. Photo©MichelSmith

Pour cette seconde édition de Millésimes en Languedoc Roussillon managée par le CIVL (Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc), le même site presque idyllique de l’an dernier, le Château Les Carrasses avait été privatisé afin de recevoir dans un luxe décontracté ces messieurs dames de la presse la plupart accourus pour travailler deux à trois heures le matin et se promener l’après-midi. C’est ce que je fis durant quatre jours, choisissant de ne m’intéresser qu’aux rouges, mis à part quelques blancs de Picpoul de Pinet ou d’ailleurs. J’ai aussi zappé La Clape pour une raison que j’ignore, mais me suis bien rattrapé depuis. Mine de rien, cela représente quelques centaines de bouteilles à explorer. Pas évident, même si tout a été minutieusement préparé – je parle de l’anonymat, de la température et de l’ordre de présentation – par une équipe de sommeliers émérites capables en un rien de temps de vous remplacer un échantillon défectueux.

Thierry, le sommelier aux aguets ! Photo©MichelSmith

Thierry, le sommelier aux aguets ! Photo©MichelSmith

L’an dernier, en une journée je m’étais farci si j’ose dire les Corbières et ses crus. En gros, j’étais resté sur ma faim concernant le cru Boutenac, trouvant les vins par trop maquillés ou excessivement amers et durs, et j’avais gardé une image plutôt bonne, sans être particulièrement enchanté, des « génériques ». En outre, j’avais été surpris de constater comment mes confrères étrangers (pays de l’Est surtout et nordiques) étaient indulgents envers ces vins durs que j’aurais volontiers vidé dans le caniveau…

Comme l’an dernier, pour aller plus vite et m’imposer une sorte de discipline indispensable quoique point trop rigoureuse, je m’étais astreint à goûter à l’aveugle sans soulever les jupes (contrairement à ce que faisaient de nombreux dégustateurs…) et sans suivre les fiches techniques de chaque vin, trouvant plus facile et plus rythmé de « remonter » la série, ne m’arrêtant qu’en cas de bon vin pour noter le numéro du vin accompagné de mon barème d’étoiles (de une à cinq) et de mon commentaire. Travail guère aisé dans la mesure ou tout le monde connaissait plus ou moins tout le monde et que la session était ponctuée d’incessantes remarques du genre : « Tiens ! Salut ! Comment vas-tu ? Nice to see you here ! How is your charming wife ? Eh, tu as goûté le 128 ? Tu vas voir, c’est de la bombe ! » Autant de haltes qui déconcentrent le plus sérieux des goûteurs… quand ce n’était pas le parfum ou l’odeur de cibiche fumée à la hâte.

Alors, on se fait deux lignes de Languedoc ? Photo©MichelSmith

Alors, on se fait deux lignes de Languedoc ? Photo©MichelSmith

Cette année, je me suis donc consacré aux rouges de plusieurs appellations et, vu le nombre de vins goûtés, vous allez voir que, pour en revenir au début de mon palpitant récit (vous êtes encore là ?), il serait illogique de vous donner la liste de tous ceux que je n’ai pas aimé, vu que cela couvrirait une dizaine de feuillets, plus encore en donnant leur pedigree. J’imagine le mec ou la nana partant au rayon vins de Leclerc avec la liste des refusés dans une main et le guidon du caddy® dans l’autre. Autant de vins par mes papilles refusés ? C’est que le Languedoc va mal me direz-vous. Ce à quoi je rétorquerai qu’il en va de même dans d’autres régions dans le cas où l’organisation d’une telle dégustation se fait à partir d’appels à échantillons. En clair, le vigneron reçoit une lettre qui lui explique la situation et qui lui demande, sil souhaite participer, de soumettre selon un protocole précis un certain nombre d’échantillons pour la dégustation. S’il ne lit pas son courrier, s’il est pingre, s’il n’a pas de secrétaire pour s’en occuper, s’il ne perd pas la lettre ou s’il estime que le jeu n’en vaut pas la chandelle ou que son vin n’est pas prêt, point d’échantillons dudit vigneron qui se pourrait pourtant être l’un des plus balaises de son appellation. Résultat, au final on a moins de participants qu’il n’y paraît.

La très belle performance de Saint-Georges-d'Orques. Photo©MichelSmith

La très belle performance de Saint-Georges-d’Orques. Photo©MichelSmith

Dans ce cas, le Big Tasting serait-il faussé ? Bien sûr que non, mais il ne fait que refléter une part (non négligeable) du vignoble prise à un instant « t ». Une certitude cependant : le cru historique du Languedoc, Saint-Georges-d’Orques, que tout le monde semble avoir oublié, m’a montré qu’avec 5 vins étoilés de 2 à 3 sur 7 échantillons présentés (rouges), il justifiait sa haute réputation. Sur les 3 vins présentés par le Domaine Henry, le 2009 « Saint Georges » et le « Villafranchien » 2010 (grenache noir à 90 %) ont été retenus, sans oublier la « Della Francesca » 2010 du Domaine de la Marfée (85 % mourvèdre), la très syrah cuvée « Quetton » 2009 du Château de l’Engarran, et le 2010 Mas de la Rime (bio, syrah et mourvèdre). Autre certitude : la qualité affichée des deux seuls représentants du cru Cabrières (chacun 3 échantillons présentés), pourtant aussi l’un des moins connus. Sur 6 échantillons donc, trois s’en sortent remarquablement. En premier, le rouge de Mas Coris « Bouteilles à la mer » 2011 (bio, grenache surtout, puis cinsault et syrah) et en second son « Atout Pic » 2012, joli vin élégant syrah à 60 % et cinsault pour compléter. Le troisième vient des Caves de l’Estabel, cuvée « Maestro » 2010, grenache à 70 %, reste syrah. Continuons avec les petits crus oubliés : Saint-Christol, seulement 3 échantillons pour un seul représentant, le Domaine Bort, qui s’est distingué avec son Vieilles Vignes 2011 à 70 % carignan riche en matière et magnifique fond de fruit. Sur Montpeyroux (7 échantillons), 3 ont été retenus : « Le Clos » 2010 du Domaine d’Aupilhac (bio, mourvèdre, carignan, et 20 % de syrah), le « Dondona » 2011 de Villa Dondona (bio) et le « Jola » du Domaine du Joncas (bio).

Un très joli blanc au passage... Photo©MichelSmith

Un très joli blanc au passage… Photo©MichelSmith

À ce stade, je me dois de préciser que plus de 80 % des domaines retenus par mes soins se sont révélés être en bio certifiés et parfois même en biodynamie. J’estime aussi que près des trois quarts des vins retenus n’avaient pas (ou si peu) fréquenté le bois. Des vérités qui de temps en temps sont bonnes à dire. Dire aussi, par exemple, que je ne suis pas sûr que la totalité des vins goûtés étaient des vins finis et embouteillés et que s’il y avait des vins tirés de cuve pour la circonstance il serait honnête soit de les interdire, soit de le préciser dans la fiche technique. Préciser aussi qu’avec deux seuls et quelconques échantillons présentés, on se demande si Terrasses de Béziers doit persévérer en se voyant cru plutôt que de s’améliorer en simple Languedoc. Sans parler de Saint-Saturnin aussi discret avec 3 échantillons présentés, aucun retenu. Idem avec Sommières et La Méjanelle au point que l’on se demande si ceux qui militent pour ces crus ne feraient pas mieux de chercher une autre voie. En revanche, on est en droit de se dire que le cru Pézenas (11 échantillons présentés), avec 7 retenus dont un magnifique « Aurel » 2010 (bio, mourvèdre à 80 %) du Domaine Les Aurelles, un beau « Clemens » 2009 un superbe « Florens » du Domaine Pechrome et un magnifique « Carbonifère » 2010 du Domaine Le Conte des Floris (bio).

Et un rouge émérite... Photo©MichelSmith

Et un rouge émérite… Photo©MichelSmith

Je sais, tout cela fait un peu rapport des RG, mais j’ai pu relever une sensible baisse qualitative en Grès de Montpellier (excepté le Mas de la Rime, domaine bio déjà cité plus haut) qui présentait 28 échantillons, et une certaine apathie côté Pic Saint-Loup avec 22 échantillons sans surprises. En revanche, avec 34 échantillons, Terrasses du Larzac s’est révélée être l’appellation la plus dynamique du moment. Seulement une douzaine de noms remarqués, mais à un niveau assez élevé à l’image de ce Mas des Brousses 2011 ou de ce Mas des Quernes 2010 « Villa Romaine » déjà remarqué à Millésilme Bio, ou encore de ce 2010 Domaine de Jonquières, et la meilleure note pour le 2009 du Plan de l’Homme, en pleine conversion bio !

À mon grand étonnement, l’appellation Languedoc, qui fait figure de « grosse machine » et qui présentait 70 échantillons, a su aiguiser ma curiosité avec une quinzaine d’élus dont un fameux 2010 « À l’improviste » du Mas de la Barben à Nîmes : finesse, élégance, jolis tannins, longueur pour mois de 5 € départ ! Autre bon vin à un peu plus de 6 €, le Mas de Lunes 2010 (bio) des Vignobles Jeanjean. Du côté de Saint-Chinian, j’ai été impressionné par la précision et la fraîcheur de la cuvée « Armandelis » 2011 du Domaine La Croix Sainte-Eulalie et, dans l’ensemble, par des cuvées marquées par la syrah. Pour une raison que j’ignore, j’au eu du mal avec Faugères (32 échantillons), mis à part la cuvée 2011 « L’Impertinent » du Château des Estanilles (bio) et la « Montfalette » 2012 du Mas d’Alezon (bio).

Un autre vin bien noté. Photo©MichelSmith

Un autre vin bien noté. Photo©MichelSmith

Commentaires plus mitigés en ce qui concerne le Minervois. On ne peut pas dire que j’ai été déçu puisque sur 80 échantillons j’en ai retenu une bonne vingtaine, pour leur fraîcheur affichée, en dehors d’une demi douzaine de vins, plus exceptionnels de par leur dimension. Mais je n’ai pas été emballé non plus, les autres vins n’étant pas notés dans l’enthousiasme. Précisons que je n’étais pas le seul parmi les francophones à faire part d’un certain bémol sur cette appellation. Passons. Et relevons, parmi les mieux notés, quelques vins dignes de s’appeler Minervois et qui sont pour moi autant de découvertes (ou redécouvertes) stimulantes : comme cet inévitable et habituel Château Villerambert-Julien 2077 cette fois-ci provenant de vignes sur schistes que j’avais oubliées. Ou ce Château d’Argères 2008 cuvée « Tellus » 100 % syrah, 1000 % bio et pourtant inconnu au bataillon Smith dont le capitaine est réputé pour ne pas aimer la syrah… Ou cette coopérative qui se cache derrière le nom de Celliers d’Onairac, elle aussi inconnue au bataillon et pourtant productrice d’une excellente « Cruelle » 2010 élevée 12 mois en fûts de chêne et bien moins onéreuse que la précédente. Last but not least, cet autre vin peu connu et bio, soutenu par 70 % de carignan pas gnangnan : le Domaine des Maels 2010 à 9 € départ cave. Comme expliqué plus haut, j’ai négligé les Corbières pour les avoir dégustées l’an dernier…

Une des stars montantes de Montpeyroux... Photo©MichelSmith

Une des stars montantes de Montpeyroux… Photo©MichelSmith

Ainsi va le Languedoc. Capable de vous faire hérisser le poil par moments, mais aussi tellement charmeur et déstabilisant. Des découvertes à ne plus savoir qu’en faire qui, malgré les critiques que l’on peut émettre, malgré la lourde dépense occasionnée pour les exposer, malgré les excès de prix, de syrah ou de sur boisage arrive encore à nous surprendre. Faute de temps, de courage aussi, je n’ai pas bien exploré les Muscats de Saint-Jean-de Minervois, les Limoux et les Languedoc blancs. S’ils me lisent, qu’ils me pardonnent : je me rattraperais l’an prochain… À condition d’être invité, bien sûr.

Michel Smith

Triple Post Scriptum. Je voulais remercier ici publiquement Philippe Catusse et son équipe du Chameau Ivre à Béziers pour l’extraordinaire « Soirée Magnum » que ces amoureux du vin ont concoctée pour nous : filles superbes, tapas sans pareil, vignerons délicieux, musique à tomber par terre et vins d’un certain âge, choisis parmi les vignerons les plus dignes de porter ce titre (Le Conte des Floris, Les Aurelles, Olivier Jullien, Cal Demoura…), tout ceci pour nous rappeler dans la bonne humeur que le Languedoc appartient désormais à la carte des plus grands vins du monde.

Merci aussi à Clair de Lune de s’être occupé de tout le monde, y compris du grincheux de service.

Enfin, je trinque à mon ami Joël Taluau, grand personnage de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, le deuxième ami à prendre la route du Paradis Vigneron cette année, l’éternel faiseur de vins de gaieté et d’amitié. Joël, je t’accompagne un bout de chemin avec quelques belles boutanches. Allez, on y va ! Et on marche droit !


3 Commentaires

#Carignan Story #151: Cabaldès, à flanc de volcan

Un week-end à deux, ma chérie ? De Pézenas, que l’on verrait bien volontiers sacrée un jour capitale non officielle du vin du Languedoc, tant on s’y sent bien et tant le Carignan y est encore présent, il existe une route buissonnière, la D. 13, qui remonte tout doucettement vers Faugères en passant par Roujan et Gabian, permettant d’atteindre Bédarieux et même Hérépian où siège une des meilleures, si ce n’est la meilleure, des charcuteries de l’Hérault, la Maison Aninat (ou Cabrié) dont le site Internet à lui seul est une invite. Dieu qu’elle est tendre la saucisse séchée au feu de bois ! On s’arrêtera en chemin, bien avant Faugères, sur une petite route parallèle fraîchement goudronnée pour admirer les tours du Château (et abbaye) de Cassandont la façade évoque une sorte de mini-Versailles du Languedoc. Promis, on visitera les jardins dès l’arrivée des beaux jours.

P9220030Cassan et son vignoble sur la route de Faugères. Photo©MichelSmith

Puis on entrera dans Cassan en prenant gare de tourner à gauche après le café du village, à la pharmacie si mes souvenirs sont bons, route de Pouzolles, afin de passer devant la cave coopérative La Carignano. On se dira qu’il est navrant de constater que la seule cave portant le nom de notre cépage chéri est aujourd’hui menacée par la mauvaise herbe. Avec l’aide précieuse de Wikipédia, on apprendra par la même occasion qu’un village du Piémont, proche de Turin, sur les rives du , porte le même nom que celui de la cave et qu’il compte aujourd’hui plus de 9.000 habitants. Jadis, il y eut un illustre prince de Carignan. Né au palais de Carignan à Turin, il devint Charles-Albert de Savoie (mais aussi de Sardaigne, de Chypre et deJérusalem) dit « le magnanime ». Issu d’une branche de la Maison de Savoie, il accéda au trône en 1831 avant de mourir à Porto en 1849.

P9220037Cassan et sa coopérative carignane défunte… Photo©MichelSmith

Mais je m’égare puisque c’est une autre histoire et, de toute façon, la Carignano deCassan, fondée un siècle plus tard, semble aujourd’hui abandonnée à son triste sort. D’après les gens du pays, elle serait inopérante depuis 2009. Heureusement d’autres perpétuent la tradition viticole. C’est le cas de l’excellent Domaine Turner-Pageot qui connaît un franc succès en travaillant en biodynamie. Mais faute de carignan, ce n’est pas vers Karen, l’Australienne et Emmanuel, l’Alsacien, que nous irons cette fois-ci, même si ce couple est assez proche de celui vers lequel je filerai sur cette route qui s’enfonce dans la garrigue pour déboucher plus haut au carrefour marqué par un olivier tortueux et une pierre qui annonce le Domaine de Cadablès, sorte de hameau du bonheur où vivent Christine et Bernard Isarn. « Bienvenue sur les pentes de notre volcan ! » s’exclamera Bernard qui, tout de suite, tiendra à nous mettre dans le bain de son « terroir ». Effectivement, les vignes sont comme plantées dans un champ de pierres fait d’argilo calcaire sur une couche de basalte. Vue grandiose sur la Méditerranée que l’on devine, au loin.

.P9220038 L’entrée de CadablèsPhoto©MichelSmith

Ce n’est donc pas un hasard si la cuvée Carignan de nos nouveaux amis s’intitule «Champ de pierres». Tandis que Bernard retracera son histoire – dix années passées en Corse, le couple vivant de la poterie, une volonté de revenir au pays (lui est deBéziers, elle d’Aniane), puis le coup de foudre avec la propriété en 2004 et l’envie de faire du vin en 2008 – nous serons rejoints par la famille, Christine la potière en tête, puis les fils Benoît et Pierre, tous deux travaillant dans le vin. Le mas et les nombreuses dépendances, sans oublier la cave, le gîte qui nous accueillera, peut-être un jour, et l’atelier de Christine, ils ont tout retapé de leurs propres mains, accompagnés de l’âne Caramel et du labrador Syrah. Sur 7 ha environ, ils disposent dans l’ordre d’importance, de syrahcarignan (blanc et noir), grenache noir, cinsault,mourvèdre et terret-bourret.

P9220043Christine et Bernard Isarn. Photo©MichelSmith

Au début, ils apportaient leurs raisins à la cave de Nefiès, puis, conseillés par Karen Turner (celle-là même qui vinifie au Prieuré de Saint-Jean de Bébian) etEmmanuel Pageot, ils se sont pris au jeu du vin en embouteillant d’abord 800 bouteilles, puis 3.000 en 2009, 8.500 en 2010, année où ils construisent leur cave, et 15.000 en 2011. Le carignan est récolté en « palox » de 500 litres, à la main bien sûr. Tout est éraflé, et le raisin est pigé manuellement pendant 10 à 12 jours. Le sulfitage se fait à minima et les étiquettes sont l’œuvre de Christine. En dehors d’un très agréable rosé IGP Hérault 2011 (cinsault et grenache) à 6 € et d’un blanc de terret pur à 7 €, une première cuvée « Chemin à l’envers » de 2010 rouge (8 €) fait preuve de souplesse et d’un beau volume.

P9220055Un quasi pur Carignan de volcan ! Photo©MichelSmith

Le Coteaux du Languedoc « Champ de Pierres » 2010, qui existe aussi en magnum, met en avant le mariage carignan/syrah, mais cette dernière variété n’est en réalité présente qu’en petite quantité (10 %), ce qui explique qu’à partir du millésime 2011, le vin sera « déclassé » en IGP, ce qui à mon avis permettra de mieux le vendre en soulignant son cépage principal ainsi que l’âge avancé de ses plants. Pour l’heure, ce 2010 s’annonce superbe : grande finesse au nez comme en bouche, largesse en attaque, harmonie par la suite, pour finir sur le fruit. Son prix départ propriété est de 12 € et il est parfaitement capable de tenir encore 6 à 8 années dans une bonne cave.

P9220052Bernard Isarn sous son micocoulier. Photo©MichelSmith

On le devine : la visite est recommandée, d’autant que la vue sur la plaine bitteroise est splendide et que les tapas de Christine sont inoubliables. Et si on taillait nos initiales dans le tronc de l’arbre ?

 Michel