Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Mill Bio 2016 (3ème partie) : la Beaujolais fever !

Parmi toutes les folies nocturnes que nous proposent les vignerons exposant à Millésime Bio, il en est une que je ne manque sous aucun prétexte. Elle est l’initiative d’un groupe de jeunes vignerons plein de dynamisme qui nous proposent dans la bonne humeur de découvrir d’étonnantes bouteilles de leur production, des vins venus de tous les horizons du Beaujolais, crus compris, en bio bien sûr, dans des millésimes improbables parfois emprisonnés en magnum depuis plusieurs années, certains dans des appellations inattendues comme Beaujolais Nouveau, par exemple, ou Beaujolais-Leynes. Généralement, la soirée étant fort prisée et animée, je m’y pointe à l’heure précise indiquée sur l’invitation quand les bouteilles n’ont pas encore toutes été vérifiées mais qu’elles sont à température parfaite. Mais surtout, j’y arrive bien avant que le flot des soiffards-bouffeurs ne débarquent en masse !

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Une partie de la bande des jeunes bios du Beaujolais. Photo©MichelSmith

Commençons par une découverte : celle du Verre à Soi, un élégant bistrot que je ne connaissais pas encore, moi le régional de l’étape, un lieu chic et cosy comme on dit de nos jours pour ne pas dire confortable, sis en plein milieu de la montée (ou de la descente) de la rue Saint-Gulhem, artère piétonne archi commerciale qui, outre quelques hôtels particuliers, cache une Vierge noire nichée au coin d’une rue. C’est dans ce bar magnifique – il a un grand frère à Grenoble – que nous avaient donné rendez-vous en fin de soirée la bande de jeunes vignerons bio présents à Millésime Bio, épaulés pour la circonstance par Mélina Condy-Benedic, la très efficace attachée de presse d’Inter Beaujolais descendue spécialement de Villefranche-sur-Saône.

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Marco, en conférence avec Mélina. Photo©MichelSmith

Première tâche de la soirée, il s’agissait pour moi d’attaquer avec efficacité un vol (un flight disent les english) de Beaujolais blanc. D’emblée, le Domaine Saint-Cyr, représenté par le très grand (et costaud) Raphaël Saint-Cyr se distingue avec son seul blanc 2013, un vin plein de sève et de retenue. Bonne double prestation ensuite du Château de Lavernette situé aux confins du Mâconnais et du Beaujolais : leur 2011 présenté en magnum était frais, dense, un chouïa plus strict que le précédent, mais d’une longueur et d’une netteté remarquables. Le 1996 Les vignes de la Roche m’a paru bon mais un peu passé. Il est vrai que, contrairement à mes habitudes, pressé par le temps, je ne suis pas revenu dessus. Mea culpa. Presque dans le même secteur, le Domaine de Lalande représenté par Romain Cornin, avait quant à lui assuré avec deux millésimes frais et dispos, 2008 et 2010, bien assis sur leur belle acidité, ce qui revient à dire prêts à boire sur un brochet, par exemple, ou – cliché d’entre tous les clichés – sur une andouillette à peine crémée.

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Photo©MichelSmith

Pas de Beaujolais rosé à se mettre sous le nez, ce qui est à mon avis dommage. Pensez-y la prochaine fois les gars ! Résultat, c’est tout naturellement, et dans un désordre le plus parfait (mais après tout j’aime quand les hiérarchies se bousculent, quand un simple Beaujolais se fait meilleur qu’un Morgon) que j’ai abordé une série de rouges plutôt récents, donc jeunes. Les voici dans mon ordre (désordonné) de dégustation. Lavernette revient avec un Beaujolais-Leynes 2011 que j’ai trouvé un peu sec et manquant d’accroche. Arrive ensuite un Juliénas La Bottière 2011 en magnum du Domaine David-Beaupère aussi connu pour ses chambres d’hôtes. Un très beau vin, un peu austère au début, mais à la matière si généreuse et doublée d’une bonne longueur.

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Photo©MichelSmith

S’en suivent trois vins décevants que je cite car si je ne le fais pas on ne manquera pas de me le reprocher : Morgon Les Charmes 2013 Bret Brothers, Beaujolais Raisin Libre 2014 Thillardon et, si je me souviens bien du même producteur qu’il me semble pourtant avoir bien aimé lors d’une autre dégustation dans un autre millésime il est vrai. Pas de chance, leur Chénas Les Vibrations 2013 ne m’a pas fait vibrer une seconde. Rebelote avec le Beaujolais-Leynes La Souffrandière 2011 des Bret Brothers goûté il est vrai en fin de parcours. En revanche, j’ai grésillé de plaisir avec le Juliénas 2013 de David-Beaupère (moins avec leur 2012, trop sec à mon goût), et plus encore avec le Morgon 2013 de Claire et Fabien Chasselay dont les jolies notes de cassis étaient flagrantes. Retour au Domaine David-Beaupère avec un Juliénas La Bottière 2011 superbe de  matière, alors que le Beaujolais Bellevue 2012 du Château de Saint-Cyr, présenté en magnum, était tout juste plaisant dans sa simplicité. Un ton au-dessus, le Regnié Le Calvaire 2011 du même domaine, également en magnum se dégustait le mieux du monde : matière dense, serrée et petite longueur pour accrocher le buveur. En dépit d’une légère amertume (bois ?), j’ai été ravi de goûter le Juliénas Saint Antoine 2011 de David-Beaupère servi en magnum surtout grâce à belle intensité de la matière. Autre magnum et autre plaisir jubilatoire qui montre que l’année 2011 restera dans les mémoires, le Fleurie des Chasselay (voir plus haut), en dépit d’un côté souple, facile et discret, s’est montré réjouissant par sa saveur toute giboyeuse et son honnête longueur.

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Photo©MichelSmith

Maintenant, c’est au tour des « vieux » rouges. Le Beaujolais-Villages 1996 du Château de Lavernette sent l’antiquité, c’est vrai, mais il n’est pas pour autant mort et il est même sympathique d’approche. Le Juliénas 2005 de David-Beaupère (magnum) est logiquement plus long, mais un peu étriqué. Le Morgon Vieilles vignes 2009 de Noël et Loïc Bulliat (magnum) offre une belle matière grillée et ensoleillée, de la longueur et des tannins honorables. Du même domaine, le Fleurie Les Moriers 2010 (magnum) a en réserve une fraîcheur notoire, de la densité et de la longueur. Ces deux-là peuvent encore se garder en magnum 5 à 6 ans dans une bonne cave. Surprenant, le Beaujolais Nouveau 2010 (magnum) du Domaine Chasselay dispose encore d’une fraîcheur et d’une longueur honnêtes. En dépit d’une certaine pâleur de robe, on a envie de le boire sur un poulet fermier servi avec des champignons ! Quant à leur Côte de Brouilly L’Héronde 2008 (magnum), il confirme que ce domaine du sud Beaujolais plutôt bien noté du début à la fin est d’un intérêt certain : élégant, dense, serré, ferme, voilà du beau travail !

Gamay, quand tu nous tiens !

Michel Smith

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Des copains et des livres…

Avant de terminer, je rajoute quelques lignes pour commenter les dernières parutions de deux copains journalistes. Actualité oblige – je pense au Festival de la BD d’Angoulême qui s’est achevé il y a de cela quelques jours -, le premier ouvrage reçu l’autre jour, paru chez Delcourt, s’intitule Cognac et je me suis demandé un instant s’il n’avait pas été commandité par le Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC). Outre une intrigue somme toute assez banale (une jeune journaliste retourne dans son pays pour un reportage sur l’eau-de-vie charentaise, mais la vilaine curieuse s’intéresse en parallèle à un double meurtre), c’est une bonne excuse pour se promener du côté de Jarnac et de Cognac avec au passage une incursion dans les chais de Hennessy et Frapin. Rien de plus normal quand on sait que l’un des trois co-auteurs de l’ouvrage n’est autre que mon camarade Jean-Charles Chapuzet, un saintongeais pure souche qui vit et travaille à Jonzac où son épouse est fille de tonnelier.

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Un truc me chiffonne pourtant : le véritable héros de La part des démons, ce premier épisode de Cognac, semble être une petite automobile dont la marque est omniprésente ainsi que le logo jaune d’une mutinationale bien connue de la location de voiture. Le second ouvrage, lui, ne comporte à première vue aucune pub dissimulée. Sauf quand il nous livre des noms de châteaux ou des marques d’apéritif. Cosigné Alain Bradfer et Vincent Lalu, le Dictionnaire Insolent du Vin est certes instructif, mais ce n’est pas tout à fait le brûlot que j’attendais de ces deux-là. Émaillé de citations bien senties, édité par La Vie du Rail, maison que l’on n’attendait pas dans le monde du vin, le livre se feuillette au petit bonheur avec quelques entrées saignantes et inconvenantes à l’image de celles que je reproduis volontiers ci-dessous.

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La plus mignonne : Pinocchio (Faire une pipe à), désigne, selon l’expression due à Vincent Pousson, l’ingestion et l’appréciation positive d’un vin boisé. La plus vache : Pétillant naturel, le Pet’nat, au goût indescriptible, a dû naitre d’un accident de vinification dans une cave méridionale. Fait fureur chez les bobos. La plus convenue : Mâcon (Concours de), compétition improbable délivrant des médailles servant d’attrape-gogos à usage de la grande distribution. La plus drôle : Chanau Pierre, l’un des plus grands vignerons français, présent à lui seul dans 18 appellations. Traduit du verlan : Auchan (Pierre). Mais c’est un pur effet du hasard. La plus rosse : Latour (Château), seule filiale impossible à délocaliser de l’empire industriel de François Pinault, dégageant une marge nette de 500 %.


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Millésime Bio 2016 (2ème volet) : Au top !

Après des années de bons et loyaux services où durant trois jours pleins (bien plus en comptant les autres salons) je risquais ma santé en m’adonnant à toutes les dégustations possibles et (in)imaginables, y compris les plus exécrables, ceci dans le seul but de découvrir des vins bios qui aujourd’hui connaissent la gloire, j’ai quand même consenti à consacrer une petite journée au Salon Millésimes Bio version 2016 qui attirait pléthore d’exposants rendant aujourd’hui l’efficacité de la visite de plus en plus aléatoire ainsi que le souligne ce court billet pêché dans Vitisphère. Je le déplore et pour ma part, cela fait quelques années que j’agite le chiffon rouge. N’ignorant pas que mon ressenti professionnel ne touche personne d’autre que moi-même, je m’autoriserai toutefois en fin d’article à suggérer quelques pistes forcément naïves qui permettraient peut-être de pimenter un peu plus l’intérêt d’un tel salon tout en ravivant la flamme organique.

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Toujours est-il qu’après mes rouspétances de l’an dernier à pareille époque, je me suis lancé dans la quête désespérée de salons dits off où, je dois l’avouer, les choses ne sont pas toujours faîtes pour que l’on puisse déguster au mieux. J’avais déjà donné (Verchant, Roots 66, Les Affranchis, etc) mais il faut croire que j’étais en manque. Cohues, bousculades, personnages suffisants en mal de grands discours sur le commerce du vin ou les bienfaits des vins sans intrants, seaux débordants de crachats, odeurs pestilentielles mélangeant parfums bradés et tabacs de contrebande, force est de constater une fois de plus que la plupart des gens qui viennent se frotter et se bousculer dans ce genre d’événements au rabais lancés à grands coups de buzz sur les réseaux sociaux, sont là non pour travailler, c’est-à-dire goûter chaque vin et prendre des notes, mais pour se battre et tenter d’arracher quelques goutes d’un précieux liquide-miroir-aux-alouettes dispensé par la main d’un gars qui se dit vigneron parce qu’il a plongé un jour dans la mode du sans soufre. Voilà, c’est dit. Certes, le vigneron paie moins cher qu’une exposition sur 3 jours au salon officiel – Millésime Bio, en l’occurrence -, mais que gagne-t-il au final hormis le plaisir que l’on éprouve (peut-être) à déboucher une trentaine de bouteilles pour des boit-sans-soifs que l’on sert à la chaîne et qui vous promettent au passage monts et merveilles ? La satisfaction d’attirer cent ou deux cent personnes dans des conditions parfois rocambolesques ?

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Bien sûr, face à ce tableau bien noir et forcément exagéré, il y avait des exceptions. Quelques rares moments de grâce, de paix et d’organisation qui suffisent à vous dire que vous ne vous êtes pas déplacés pour rien. À l’image des Outsiders de Louise Hurren ou du Salon Biotop lancé depuis quelques années déjà par Isabelle Jomain, laquelle a eu l’idée d’attirer les amateurs au sommet d’un phare-château-d’eau édifié dans la très hideuse (ou très kitch, selon les goûts) station balnéaire de Palavas-les-Flots, à quelques kilomètres à peine de l’aéroport et du centre des expositions de Montpellier où se tenait Millésime Bio. Justement, j’y suis allé.

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Photo©MichelSmith

Autant le dire tout de suite, sur la cinquantaine de domaines occupant le restaurant du Phare de la Méditerranée, je n’ai pu en goûter que quelques uns, ce qui prouve bien que ce n’est pas en une journée que l’on peut sérieusement faire le tour d’un salon de ce type. Je reprends donc pour vous mes notes les plus significatives en commençant, une fois n’est pas de coutume, par le Bordelais. J’ai renoué en effet avec le Côtes de Bourg du Château Falfas que je n’avais pas goûté depuis 10 ans au moins et si je n’ai pas été séduit par les cuvées Les Demoiselles, j’ai néanmoins aimé le rouge 2011 du château qui, fort de ses quatre cépages, était en plein épanouissement, à la fois complexe, au bord de l’évolution et relativement facile d’approche. Idem, en dépit des tannins marqués, avec le Château Gombaude-Guillot 2011 Clos Plince. Mais le plus beau sans conteste était le Pomerol 2008 en magnum de ce même domaine, un vin dense et fier.

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Photo©Brigitte Clément

Dans le Sud, j’ai aimé le très syrah rosé 2014 du Domaine Les Arabesques à Montner (Roussillon) déclaré en Vin de France que j’ai trouvé vif et élancé. Chez le sieur Padié (Jean-Phi pour les intimes), j’ai vécu une fois de plus la joie immense que procure son Calice 2015 également estampillé Vin de France, un rouge libre et sans complexe entièrement dédié au carignan de Calce. Joie aussi, exprimée non sans détermination au travers de toutes les cuvées du Domaine Rousselin, à Lesquerde. À commencer par un rouge Roc’n Rousselin (du nom des propriétaires), grenache, merlot, macabeu, qui se boit presque sans retenue. Tout comme leur Rendez-vous, une syrah bien en verve, dense, large, souriante. Sans oublier leur Côtes-du-Roussillon-Villages Lesquerde 2014 Les Orientales donnant un rouge envoûtant.

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Laurence Rousselin (Photo©Brigitte Clément)

Trop brève incursion en Touraine, au stand de mes amis Coralie et Damien Delécheneau du Domaine La Grange Tiphaine. À commencer par leur Bécarre, un Amboise de pur cabernet franc qui se lampe comme l’on respire ! Et sans oublier la Clef de Sol (cabernet-franc et côt) 2014 assez ferme en bouche mais dotée d’une belle longueur. Quant au Nouveau Nez, c’est un pet’nat pur et fin qui met une fois de plus Montlouis à l’honneur ! Toujours dans la Loire, quel plaisir de retrouver mes amis du Domaine de Veilloux, Michel et Arnaud Quenioux avec leur Cheverny blanc 2014 Les Veilleurs, toujours aussi vif et incisif, dense et salin. Leur Argilo blanc 2011 est un des plus beaux du secteur et il laisse ressortir de jolies notes évoquant le noyau de pêche et d’autres fruits blancs. Sans oublier le romorantin 2014 qui regorge de finesse et de notes fumées.

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Photo©Brigitte Clément

Les vins de Provence étaient en nombre, mais dans la cohue, je n’ai pu m’approcher que de ceux de l’ami Peter Fischer du Château Revelette. Deux surprises de taille : l’ugni blanc 2015 Pur et le rosé 2014 tout en carignan ! En passant, coup d’oeil vers le Beaujolais. Je me suis régalé du Petit Poquelin du Domaine des Côtes de la Molière, gamay 2015 étiqueté Vin de France. Mais leurs crus Moulin à Vent, Fleurie et Morgon ne m’ont guère enthousiasmé en 2015 bien que le fruité me semblait apparent sur les deux derniers. Un soupçon de déception aussi en Champagne, chez les Fleury, outre une excellente cuvée de pur pinot noir et un brut nature Cuvée de l’Europe (15 % de chardonnay) toujours aussi droit et prenant.

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Photo©MichelSmith

Restons donc dans les bulles avec une fascinante et très catalane maison familiale, Alta Alella Privat. Les Pujol-Busquets, qui vivent dans leurs vignes à portée de vue de la Méditerranée, au cœur de la discrète D.O. Alella, sont parmi les rares (les seuls ?) à produire du Cava au nord de Barcelone. J’ai bien aimé l’éclat fruité de leur brut nature AA Privat 2013 (xarel-lo, macabeu, parellada), leur Bruant 2014, un pur xarel-lo vinifié sans surlfites à la fois vineux et crémeux, ainsi que leur Laietà Gran Reserva, un brut nature 2012 affichant 36 mois de vieillissement sur lattes et présenté dans un très joli flacon, réplique de ce qui se faisait jadis lorsque les blancs du coin étaient envoyés à la cour d’Espagne. Cette dernière cuvée, xarel-lo pour l’essentiel, mais avec un peu de chardonnay et de pinot noir, se goûtait avec beaucoup de sève et de longueur.

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Photo©Brigitte Clément

Voilà pour la partie dégustation. Maintenant, revenons sur l’épineuse question du salon Millésime Bio. Pas question de remettre en cause ici le succès déclaré de cet événement. Mais, compte tenu de la multiplicité des manifestations annexes qui viennent se greffer au salon officiel, nous sommes en droit de nous poser des questions sur son avenir. Un questionnement qui rejoint ici même celui de notre ami Jim Budd à propos du Salon des Vins de Loire.

Morceler et communiquer juste, ne serait-ce que pour avancer mieux ?

Attention, je prends bien soin, n’étant ni expert ni donneur de leçons, de faire de mon intertitre un questionnement. Mais le problème a été tant de fois abordé ici comme ailleurs, par moi comme par d’autres, qu’il me paraît utile pour une fois de faire quelques suggestions aux organisateurs du salon Millésime Bio. L’une serait, par exemple, de diviser le salon en trois parties correspondantes à trois halls d’expositions bien distincts. Le hall principal, celui par lequel les visiteurs entrent, serait consacré aux novices, c’est-à-dire aux vignerons récemment concernés par la bio, ceux qui auraient entre trois et dix années d’expériences en prenant en compte la date de leur certification officielle. Le hall suivant pourrait être affecté aux anciens, aux domaines ayant plus de dix années de pratique de l’agriculture biologique. Un dernier hall pourrait être réservé à ceux des vignerons qui pensent aller plus loin que la simple revendication AB, je pense aux biodynamistes par exemple, ou aux tenants bio du sans soufre ajouté.

Je sais le reproche que l’on ne manquera pas de me faire : cette partition risque de semer la zizanie dans le monde du bio. Mais après 40 ans d’observation, je constate 1) qu’il faut du temps pour être vraiment dans l’esprit bio et que la terre comme la plante ont aussi besoin de ce temps d’adaptation ; 2) que la biodynamie est véritablement un exercice à part, un courant qui, par moment et, selon les cas, s’éloigne vraiment de la simple culture bio ; 3) que les jeunes (ou les nouveaux) qui démarrent en bio n’ont pas toujours réalisé les efforts à fournir, mais qu’ils ont en revanche une besoin d’aide médiatique pour se faire connaître puisqu’ils viennent après leurs aînés qui, certes ont essuyé les plâtres bien avant eux, mais qui ont en revanche bénéficié à fond de la curiosité des médias face à ce qui, à l’époque, apparaissait alors comme étant une tendance novatrice dans le monde viticole. Pour le reste, Millésime Bio doit garder son esprit d’origine qui fait que l’on peut voisiner un grand nom de Bourgogne alors que l’on vient de Croatie ou de Cahors, et que l’année d’après, la place qui vous sera attribuée ne sera pas la même que celle d’avant.

Sur le plan de la communication, il me paraît essentiel d’accorder plus d’impact à l’événement, de lui donner plus d’éclat (mais sans esbroufe), que ce soit avec ou sans l’aide de la région Languedoc/Roussilon, de la mairie de Montpellier et de Sud de France. Plutôt que d’offrir le transport et une nuit d’hôtel à des prescripteurs que l’on invite en masse en misant sur une large participation d’ensemble, sans trop savoir d’où viennent les invités ni ce qu’ils font réellement, il me paraîtrait plus judicieux de sélectionner chaque année au sein de la presse en général (blogueurs, journalistes étrangers ou nationaux) une dizaine d’entre eux (voire plus) pour une semaine tous frais payés afin de les faire participer – un peu à l’instar de Vinitaly – à des jurys de dégustation ou à des projets de visites dans des appellations régionales, projets impliquant bien entendu la publication d’articles. Évidemment, ce groupe de journalistes changerait d’année en année et cela n’empêcherait nullement par ailleurs d’accueillir dignement d’autres prescripteurs, comme ceux de la presse régionale par exemple, ni de réinviter des journalistes ayant bénéficié quelques années avant des avantages précités.

Autre aspect régulièrement mis de côté : la quantité de vins présentés. Certains abusent et débarquent sur le salon avec une dizaine, parfois plus, d’échantillons de vins, dont beaucoup souvent imbuvables en cours d’élevage, tirés de la cuve ou de la barrique. Ainsi, il arrive que l’on passe près d’une heure sur un domaine en passant du blanc très sec au jus de raisin muté, sans oublier les rosés, les pétillants et les vins rouges. Certes, je sais que c’est un salon d’affaires et qu’il vaut mieux, pour un vigneron ou un négociant, avoir le maximum de bouteilles pour avoir une chance de décrocher le marché miraculeux, mais enfin… Je pense qu’en limitant la présentation à 5 ou 6 vins par exposant on arriverait à plus de fluidité et de variété d’échantillons à goûter dans la journée.

Enfin, il est grand temps – et il me semble que c’est le cas, même si je n’ai pas lu les statuts – que les organisateurs de Millésime Bio refusent clairement l’inscription de domaines qui participent par ailleurs à une manifestation off. Grand temps aussi que les dits organisateurs mettent sur pieds une grande table ronde à laquelle serait conviée les représentants du salon officiel et ceux des dégustations off afin d’avoir une discussion sur l’éventualité d’un regroupement au sein de l’enceinte du centre des expositions de Montpellier. Grand temps enfin que les journalistes et acheteurs invités par Millésime Bio signent l’engagement de ne pas participer aux autres salons organisés en parallèle durant cette période dans et autour de Montpellier.

Michel Smith


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Millésime Bio : Carignan/Grenache, la confrontation

À l’occasion du désormais très vaste et très international salon Millésime Bio, qui se tient chaque année en Janvier, à Montpellier, la capitale du Languedoc vibre de multiples fêtes pour l’heure toutes aussi modestes et joyeuses. Le Beaujolais bio – j’en reparlerai – faisait sa fiesta dans une ambiance du tonnerre, la Vallée du Rhône n’était pas en reste, les différents courants de la biosphère non plus répartis en autant de salons « off » plus ou moins prisés à l’instar de ce très réussi salon des Outsiders réunissant pour la première fois des vignerons étrangers au Languedoc épris par cette région au point de s’y installer. Mais pour changer des années précédentes, cette année j’ai choisi de m’arrêter sur quelques événements plus ou moins importants organisés en marge du plus gros des salons consacrés aux vins que compte la planète bio.

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Ce premier article a son importance car il met en scène deux associations qui me tiennent à cœur : la Grenache Association d’un côté, animée magistralement par sa grande et savoyarde prêtresse Marlène Angelloz, dite Marlène Fan de Grenache sur les réseaux sociaux ; et Carignan Renaissance de l’autre, présidée par le talentueux œnologue germano-languedocien Sebastian Nickel. Les deux associations n’ont d’autres objectifs communs que de déclencher l’intérêt des amateurs de vins envers ces deux cépages hautement représentés dans notre grand Sud et même sous d’autres cieux plus ou moins lointains. J’en ai déjà parlé ici même, lors d’une première rencontre amicale dite battle qui n’a de bataille que le nom et dont la vocation n’a qu’une simple mission : confronter les défenseurs des deux cépages dans une atmosphère plutôt joyeuse.

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Sebastian et Marlène, les instigateurs de la battle !

Cette fois la rencontre avait lieu en plein cœur de l’Écusson, autrement dit le vieux Montpellier, dans les murs historiques de la Salle Pétrarque. Il y avait là un monde fou, amateurs, sommeliers et journalistes curieux, attirés par l’aspect inhabituel que pouvait présenter une telle dégustation. Pouvoir en effet passer d’un domaine présentant sa cuvée de grenache pur à un autre fier de faire goûter son carignan de vignes centenaires, sans oublier la surprise de tomber sur un vigneron armé à la fois d’un grenache blanc et d’un carignan vinifié en rosé, rendait l’exercice de la prise de notes, même parfois dans la bousculade, encore plus excitant. Je me suis régalé !

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Pour ma part, en dehors des vins que je connais bien (Stella Nova, Bertrand-Berger, Calavon, L’Anehl, Rimbert, Mas Mellet, Vaquer, Sainte-Croix, Clos du Gravillas, Plan de L’Homme, Leconte des Floris, Treloar, Rémi Jaillet, etc), domaines sur lesquels on peut retrouver quelques commentaires passés en inscrivant leurs noms sur notre moteur de recherche, j’ai été très agréablement surpris par la pureté d’un Faugères 2011 carignanisé, pour ne pas dire fortement inspiré par le carignan sur sol de schiste, celui du Mas des Capitelles. La cuvée Loris de ce domaine révélait un rouge, extraordinaire de pureté et de finesse.

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Dirk, amoureux fou de Carignan. Photo©MichelSmith

Autre surprise, cette fois avec Hubert Valayer, un vigneron-trufficulteur de la Drôme, plus particulièrement du terroir de Vinsobres où il dirige avec son frère Denis le Domaine de Deurre. Rehaussé de 30 % de mourvèdre, son très carignan Vinsobres 2015 s’annonce comme étant une superbe affaire. Le belge Dirk Vermeersch, quant à lui, a fait sensation avec ses deux cuvées vinifiées en Vin de France. La (grenache) GT-G 2010 était d’une longueur étonnante, tandis que la (carignan) GT-C séduisait par sa maturité et ses notes grillées. De son côté, Peter Fischer, du Château Revelette, dans le haut pays d’Aix-en-Provence, fait toujours sensation avec sa série de Pur déclinée en rouges dans les deux cépages qui nous intéressent et donnant à chaque fois des vins ouverts et plutôt faciles d’approche, pleins d’esprit et de fruit. En profiter au passage pour goûter son blanc dédié à un autre cépage, l’ugni blanc.

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Retour au Languedoc avec Brigitte Chevalier du Domaine de Cébène qui nous gratifie d’un savoureux et sensuel grenache Ex Arena 2013 tout en fraîcheur et salinité issu de vignes plantées sur un sol du Villafranchien. Ne pas manquer non plus son remarquable et très élégant Faugères Belle Lurette 2014 bien inspiré par les vieilles vignes de carignan sur schiste. Côté Roussillon, l’ami Julien, du Domaine Amistat, m’a une fois de plus charmé avec son grenache 2013 tout en sève, riche de matière et de jovialité au point que l’on ne cessait de vouloir remplir son verre !

La semaine prochaine, toujours dans le cadre de Millésime Bio, je proposerai une promenade dans le Beaujolais avec quelques gamays d’anthologie !

Michel Smith

 


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Organically Montpellier

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It’s that time of year again – off to Montpellier for Millésime Bio and then to Angers for the Salon des Vins de Loire and the various off events.

As is now my custom I took the Eurostar from London and then the TGV from Paris arriving in Montpellier just after 5.30 pm. Plenty of time to settle into my hotel – Colisée-Verdun, very close to the station.

 That evening following a friend’s recommendation at Sicilia, a busy, popular and well-run Italian pizzeria and restaurant in the old part of Montpellier. I enjoyed a starter of grilled vegetables and then an escalope milanese cooked in a Sicilian style with pasta Stromboli, which needed the powerful Pic St Loup that I had ordered. 

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2014 Haut-Lirou, Pic Saint-Loup 

On Sunday I took a long relaxed walk through the older parts of Montpellier – carefully avoiding the souless Antigone area. There was a striking contrast between the lively Arab quarter of Figuerolles where most of the shops were open, a bustling street market piled high with oranges, aubergines etc. along with crowds of men clustered around the cafés and the quiet of the old quarter above the Place de la Comédie.

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In the early evening it was off to the now well established Outsiders’s tasting where I met up with Michel Smith. This tasting is always interesting although this year I found a number of the reds just too heavy, tannic and lacking finesse for the moment. Amongst my favourites were a 100% Mauzac and 100% Chenin from Château Rives-Blanques, Limoux. I also liked their delicately sweet 2012 Lagremac d’Aur, which was picked in the first week of November. This was one of the rare years when they had botrytis.

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Michel hard @work 

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Caryl Panman – Château Rives-Blanques

Once we had finished tasting we dropped down the road to Amuse Vin, a friendly wine bar with an interesting list of wines and some OK food. We started with the weighty 2014 Cuvée Tradition, Coteaux du Languedoc from Mas Brunet – a blend of Roussanne, Vermentino and Viognier.

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We then moved onto a couple of reds: 2014 La Pierre Plantée, Saint-Chinian, Les Eminades. Unfortunately I forgot to take a picture of the second one, so will have to add the details later. We must have been chatting too much!

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All in all an excellent and relaxed preparation for Millésime Bio, which has now grown to around 900 producers and there is still a waiting list, which suggests that organic wine is still in fairly rude health.

Loire echoes from Millésime Bio
Antoine Foucault will take over Clos Rougeard
Romain Guibeteau told me that following the very sad death of Charly Foucault right at the end of last year, Nady wants to hand over to Antoine, Charly and Françoise’s son, as soon as possible and retire while assisting Antoine. Romain explained that for Nady Rougeard was always he and Charly together and now it is not the same to run Clos Rougeard by himself.

Muscadet sur Chardonnay?
Apparently there is a move to widen the choice of grapes to make Muscadet. Vincent Caillé tells me that the reason it is taking so long to finalise the four additional Cru Communaux is that the whole Muscadet dossier is being looked at again. Some of the large négociant firms want to be able to make Muscadet not just from Melon de Bourgogne but from other grapes like Colombard, Sauvignon, Chardonnay etc to make Muscadet more aromatic and easier to shift large volumes through the supermarkets at low prices.

The irony is that after years in the wilderness Muscadet is now becoming more appreciated for its current quality and value. As it stands there is nothing to stop producers selling blend of Melon de Bourgogne with other more aromatic varieties and sell it as an IGP or Vin de France. No need to bastardise the Muscadet appellation!

Next week more on Millésime Bio

JIM BUDD

J-ElvisCUss


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Les perles de mon dernier Millésime Bio

D’autres l’ont dit bien avant moi, mais cette session 2015 de Millésime Bio à Montpellier, de par le nombre élevé d’exposants (près de 800) semble avoir atteint ses limites acceptables.

Certes, il y a toujours un moment où le vieux con que je suis ne peut s’empêcher de regretter l’ambiance un peu boy scout du passé, l’époque héroïque où, en dehors de quelques horreurs, il était possible de tout goûter en trois jours pour rentrer chez soi avec le sentiment d’avoir pleinement accompli sa mission. Il est vrai qu’à l’époque on ne trouvait ni salons « off » ni soirées promotions pour nous distraire… et nous épuiser. Nous avions l’esprit clair pour travailler en paix !

Une fois dépassée la nostalgie, que reste-t-il ? Un salon sur dimensionné, beaucoup de visiteurs dans deux halls principaux, même tôt le matin, et un peu moins de monde dans les travées d’un hall 4 difficile à positionner et à atteindre. Témoins de cette affluence : les toilettes, toujours aussi peu nombreuses, étaient prises d’assaut de 11 h à 17 h. Que ce soit à Angers, à Bordeaux ou Montpellier, on oublie toujours que le vin c’est aussi de l’eau et que, à force, ça fait pisser ! Et pas que les filles !

Photo©MichelSmith

La nouvelle mairie de Montpellier. Photo©MichelSmith

Comme je l’ai dit Jeudi dernier, ce sera mon ultime Millésime Bio. Je suis comme qui dirait déconfit. L’an prochain, puisque tout le monde affluera, j’irai de mon côté en fonction de mes moyens faire la tournée des popotes en visitant les « off », chose que je me refusais de faire auparavant, considérant qu’ils m’empêchaient de me concentrer sur l’essentiel, le salon. Ce n’est pas une vengeance de bas étage, juste un moyen plus pragmatique de travailler. Et ça laissera une nuit de plus en chambre d’hôtel à un(e) gentil(le) blogueur (euse) qui, je l’espère, parlera plus du salon « officiel » que des autres et trouvera en même temps des choses intelligentes à dire. Après les coups de cœur de Marc, vous trouverez donc les miens, tout comme ce fut le cas l’an dernier et les années d’avant. Il y aura tôt ou tard une revue spéciale dans ma rubrique Carignan Story consacrée au cépage désormais très tendance…

Les filles ne manquaient pas de sponsors ! Photo©MichelSmith

Ces dames ne manquaient pas de sponsors ! Photo©MichelSmith

-Cela a bien démarré pour moi : le dimanche après-midi, j’ai choisi de parcourir à pieds le petit kilomètre qui me séparait de ma nuit d’hôtel si généreusement offerte jusqu’à la nouvelle mairie, une espèce de gros machin d’acier et de verre bordant le Lez. Là, un horrible salon aux allures de salle de bal était réservé à l’association Vinifilles. En prise au « dress code » qui fait tant de ravages, ces dames avaient trouvé original de se vêtir toutes de noir et de porter autour du cou une écharpe lumineusement bleue qui leur enlevait toute forme de personnalité. Bon, tout le monde trouvant ça «génial », je me jetais littéralement sur la première venue, Françoise Antech, l’efficace patronne de la maison éponyme qui, depuis quelques années s’affirme comme une valeur sûre dans l’univers tant galvaudé des bulles. Sa Blanquette « Brut Nature » m’a fait un bien fou et je crois bien en avoir abusé plus que de raison à un tel point que je ne retrouve plus mes notes de dégustation…

-Probablement les ai-je oubliées à l’hôtel, tant j’étais sous le charme de cette soirée. Je me souviens pourtant d’un autre blanc sublime, la Petite Arvine (Vin de France) de la Suissesse Hildegard Horat, de la Grange des Quatre Sous. Ce blanc, baptisé Bu N’Daw – «la Petite», au Sénégal, car Alioune Diop, le mari d’Hildegard est d’origine casamançaise – est d’une droiture exemplaire et d’une fruit inattendu !

-Retour au Millésime Bio le lendemain avec, pour démarrer, une dégustation complète des Faugères du Château des Estanilles. Épaté par le rosé 2014 et conforté par l’aisance des rouges, avec une nette préférence pour le pur Syrah Clos du Fou 2012, tout en profondeur, densité, longueur et soyeux (20 €). Julien Seydoux, le jeune propriétaire, prend de l’assurance et semble à l’aise dans ce domaine de Faugères situé dans le petit hameau de Lanthéric.

-Hasard des errances dans les travées, je me retrouvais peu de temps après au stand de mes amis Monique et Michel Louison. Les fondateurs des Estanilles sont, depuis la vente de leur cru de Faugères, confortablement installés sur le territoire de Limoux, au Domaine de La Martine où ils ont bâti un vignoble de coteaux moins important de par la taille, mais très performant dans les trois couleurs. Particulièrement en rosé (IGP Haute Vallée de l’Aude), un pur Cabernet Franc droit, épicé, sincère et vif.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-Au Château Gaillard, j’ai pu goûter un parfait Crémant de Loire roséPureté de Silex, assemblage de Chenin et Chardonnay complété par les deux Cabernets (25 %). Un excellent rapport qualité-prix (autour de 8 €) pour un apéro décoiffant !

-Passage rapide chez mes amis Désirée et Sylvain Fadat (Domaine d’Aupilhac), de Montpeyroux, aux pieds du Larzac. Bonne humeur garantie et 2012 rouges de toute beauté, que ce soit dans la cuvée communale (tendre mais bien structurée, 15 €) ou dans la cuvée Cocalières qui ne cesse de progresser, mais aussi dans La Boda, un vin serré et massif partagé entre Syrah et Mourvèdre. Également un magnifique rosé 2014 (environ 8,50 €), probablement le plus beau du salon !

-À l’Abbaye de Valmagne, un amusant rouge 2014 (Morastel, Carignan, Grenache), IGP Colline de La Moure, est à réserver aux grillades de printemps. Vif, frais, ça ne coûte que 6 € départ cave !

-Tout aussi recommandable, le Costières de Nîmes Grimaudes 2014 (Carignan/Grenache, 7,50 €) est dans le même esprit, avec un peu plus de précision dans le fruit, tandis que Les Perrières 2013, à égalité Grenache, Syrah, Carignan, Mourvèdre, est sur un fruit encore plus précis et un très bel équilibre (9,50 €).

-Au Domaine de La Triballe (Coteaux du Languedoc), un superbe rouge 2013 à majorité Carignan fait sensation pour un prix raisonnable : 7 €.

-Comme je le disais, je reviendrai prochainement dans Carignan Story sur les Carignans du salon en général et celui de Philippe Richy en particulier, au Domaine Stella Nova. En attendant, son Pézenas 2013 Polaris, à 70% Carignan, reste Grenache, est très prometteur si j’en juge par sa grande persistance. À noter aussi une grandissime cuvée Cassiopée 2014 (Languedoc, 10 €) dédiée au Grenache.

Philippe Richy, heureux ! Photo©MichelSmith

Philippe Richy, heureux ! Photo©MichelSmith

-Toujours sur Pézenas, le Domaine Sainte-Cécile du Parc m’a étonné avec un rouge 2011 (IGP Pays de Caux) très Cabernet Franc à la fois frais, dense et riche en matière.

-Dans le secteur de Saint-Chinian, au Domaine Les Eminades, on trouve de fort beaux rouges à l’image de cette cuvée Cebenna (Syrah, Grenache, Mourvèdre) émanant d’un terroir de grès, donnant un vin délicat au nez, dense en bouche, marquée par de pures notes de petits fruits rouges.

-En Corbières, dans l’Alaric, le Château La Baronne arrive encore à surprendre le visiteur après des années au sommet. Le Cinsault 2014 Les Chemins de Traverse est à lui seul une invitation pour un voyage dans la finesse et la tendresse. Un modèle du genre pour 14 € seulement. Sans parler de la cuvée Passage 2013 (Syrah) qui impressionne par son assise de fraîcheur.

-Autre Cinsault de taille, mais en Vin de France, au Domaine Vallat d’Ezort, proche de Sommières, où la divine cuvée Allegria 2013 ne coûte guère plus de 6,50 € !

-Dans l’appellation Terrasses du Larzac, le Mas Cal Demoura est en train de nous mijoter une très prometteuse cuvée Les Combariolles 2013 qui ne manquera ni de profondeur ni de perspectives de garde !

-Au Château La Liquière (Faugères), on trouve l’un des plus beaux et des plus festifs parmi les rosés du Languedoc, pétillant de surcroît, et composé de Grenache et de Mourvèdre à égalité (9 €) !

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-Au Mas Foulaquier, en Pic Saint-Loup, j’ai retenu un joyeux Grenache, cuvée Petit Duc 2012 (21 €) qui ne manque pas de charme et encore moins de densité.

-Au Domaine Borie La Vitarèle (Saint-Chinian), c’est souvent la cuvée Terres Blanches qui retient mon attention. La matière du 2014 est irréprochable, tandis que la cuvée Midi Rouge (Roquebrun) 2012 gagne me semble-t-il en longueur et élégance.

-Indétrônable reine du rosé, Régine Sumeire nous offre toujours des Côtes de Provence tout en grâce, précision et finesse, à l’image de son Pétale de Barbeyrolles 2014. Son rouge 2012 Tour de l’Évêque, majorité Syrah avec un peu de Cabernet Sauvignon, est quant à lui remarquable de tannins et fraîcheur.

-La gamme bio de la Maison Trénel, près de Mâcon, outre une exceptionnelle crème de cassis et un beau Crémant de Bourgogne non dosé, m’a fait goûter un Mâcon Villages blanc 2010 Hommage à André Trenel à la fois crémeux, ample et magnifique de fraîcheur.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-Passage éclair en Savoie, au Domaine Giachino, pour un Persan 2014 qui s’annonce très intéressant quoique trop jeune encore. Le Jacquère 2013 (14 €), vinifié grappes entières, donne un blanc dense et presque tannique d’une longueur insoupçonnée s’achevant sur une belle fraîcheur. Le même domaine présente une Altesse 2013 tout en éclat et fraîcheur en plus d’un pétillant Giac Bulles léger et tendre ne titrant que 7,5°. Le tout avec de fort belles étiquettes dessinées.

-Chez Adrien Berlioz, l’enfant terrible de Chignin, même enthousiasme pour le Persan, avec un 2013 cuvée Octavie dense, strict, poivré sur un superbe tapis de fruit déroulé en finale.

-Non, je n’ai pas oublié le Roussillon en passant goûter les Collioures du Domaine du Traginer où le 2011 rouge (14 €) est en pleine évolution allant vers un vin sérieux, riche en matière, étonnamment frais et long en bouche.

-Petite visite à Cahors, au Château de Chambert pour goûter le premier vin de la gamme (70 % Malbec, reste Merlot), un Fruité Gourmand 2013 qui porte parfaitement son nom tant il est facile à boire sur le fruit et le croquant.

-En Alsace, Mathieu Boesch (Domaine Léon Boesch) m’a fait goûter un joli Pinot Noir loyal, frais et franc, vinifié à partir de raisins non éraflés.

-Au Domaine des Amadieu à Cairanne, le rosé 2014 Syrah/Grenache fait en saignée est quant à lui bien charnu et dense pour un prix sage : moins de 5 € !

-Pour finir, j’aurais pu rester des heures à la table de François Chidaine et de la pétillante Manuela. Passer du sec vraiment sec au tendre légèrement sucré, finasser sur la structure du Clos du Breuil 2013 (Montlouis) ou m’attarder sur le délicieux Vouvray moelleux 2010, droit et élancé. Revenir sur la droiture des vins, comme celle des Argiles (Vouvray), puis goûter sans retenue le Montlouis Brut Nature, histoire de me refaire la bouche… J’ai hâte d’aller les revoir chez eux. François étant à mes yeux l’un de nos plus grands vignerons !

Michel Smith


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Millésime Bio 2015, j’y étais aussi !

Je n’aurais pu m’en cacher, Jim m’y a photographié.
Un peu plus de 800 exposants, ça fait du taf et entraine forcément une certaine frustration, celle d’avoir manqué une foule de vignerons intéressants.

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Voici une petite sélection, des connus et des moins connus qui m’ont plu.

Millésime Bio 2015 019

Domaine de La Florane à la Terre Pourpre 2012 ample et gourmande, un Visan frais au fruité joliment concentré, épicés de garrigue et de poivre. Adrien Fabre conduit aussi le Domaine de l’Écrivain à Saint Maurice sur Eygues.

Millésime Bio 2015 014

Je le reverrai à Angers (peut-être moins endormi), mais on ne se lasse pas de déguster les Chardonnay et les Gamay de Romain Paire du Domaine des Pothiers en Côte Roannaise. Fabuleux Hors-Piste 2013 qui est un superbe Pinot Gris (et gras, ça change), minéral et frais. Sa cuvée N°6 rouge de cuve béton laisse s’exprimer le fruit sans le moindre complexe.

Millésime Bio 2015 058

Moi qui n’aime pas trop le Bordeaux en général, j’adore le Clos Puy Arnaud. Il est vrai que les vins de Thierry Valette offrent un fruit sans concession, et surtout sans le goût intempestif du bois. Même le Grand Vin 2011 ne vient pas taxer les papilles d’un contingent de notes boisées.

Millésime Bio 2015 017
Confidentielles, une cuvée des plus agréables en version rosée, mais qui ne manque pas d’intérêt en rouge. Confidentielles 2011 Domaine Saint André de Figuière Côtes de Provence La Londe-les-Maures suave et racé au fruité bien installé et ici présenté par Magali Combard.

Millésime Bio 2015 042
Le Pet’Nat’ de Luc de Conti, du Sauvignon comme il m’arrive d’aimer, vif et vraiment rafraichissant. Sans SO2, capsulé et refermenté en bouteille, à boire sans sourciller.

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Pascal Verhaeghe sort son premier rouge sans soufre après plusieurs années de mise au point. Un vin droit qui ne donne aucun indice sur sa carence sulfureuse, vraiment bon, « je suis un anti soufre quand on peut arriver à le faire ». Lorem Extra 2014 sera mis en bouteille au mois de septembre.

Millésime Bio 2015 065

Le vigneron au nom le plus imprononçable de tout le salon, le sieur Jurtschitsch qui compte 2 voyelles pour 10 consonnes, un record ! Et d’excellents Grüner Veltliner du Kamptal en Autriche. Superbe GV Lamm 1ÖWT très pur avec une vivacité qui propulse les arômes d’agrumes et de fleurs dans tout l’espace palatin. Minéral et long.

Millésime Bio 2015 076

Un Banyuls blanc 2013 du Traginer, JF Deu s’est surpassé, son VDN est superbement citronné avec une douceur délicate et l’amertume de l’agrume qui vient rafraîchir le tout, c’est top !

Millésime Bio 2015 051

Hasta luego con Robles, un Fino de Montilla Moriles muy fresco con un sabor de almendras y de flores secas, me ha gustado mucho

Ciao quand même

 

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Marco


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Millésime Bio, mes 10 trophées de l’année !

Les organisateurs du petit salon sympa de jadis, devenu en quelques années la vitrine géante de la bio mondiale ont eu l’idée – à moitié heureuse à mes yeux – d’organiser une sorte de « prix spécial de la presse »; une super récompense des médias, à partir des médaillés vins bio de l’année, ceux du Challenge Millésime Bio. J’ai bien essayé de participer en commençant par les rouges, le premier jour, mais j’ai vite déchanté, car les vins n’étant pas cachés d’une robe, ce qui me paraît essentiel dans le cadre de l’attribution d’un prix, j’étais bien entendu tenté, tordu comme je suis, d’attribuer mes coups de cœur aux flacons de mes potes vignerons en priorité, si possible ceux amoureux des cépages autochtones, Cinsault, Carignan, Terret, Grenache et consorts. J’aurais pu m’en tenir au Sud-Ouest ou au Bordelais, à la Savoie, l’Autriche ou l’Afrique du Sud, mais là aussi, je me sentais piégé car, depuis le temps que je viens au salon, je commence à en connaître un rayon et à avoir une flopée de favoris.

Alors, pour me venger en souriant de ces déconvenues, n’ayant pas encore reçu les résultats de ce super concours à l’heure où je rends ma copie, c’est à dire cette nuit, j’ai décidé d’attribuer mes propres trophées, en fonction de plusieurs catégories un peu loufoques afin de faire un maximum de buzz et un maximum d’heureux. Si vous souhaitez en ajouter d’autres, libre à vous! Par honnêteté, je précise que, sur un plan purement déontologique, à mon avis, un vrai journaliste ne devrait jamais avoir à attribuer de prix. Mais voilà, vous me connaissez et je n’en suis pas à une contradiction près.

Photos©MichelSmith

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1 – Le prix du plus beau Crachoir du salon est remis à l’Alsacien Mathieu Boesch (Domaine Léon Boesch) pour son magnifique crachoir en grès de sel typique de Betschdorf !

Photo©MichelSmith

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2 – Le prix du Fino le plus Fou va à la Gélatine de Fino des Bodegas Robles à Montilla, spécialité que les cuisiniers du royaume s’arrachent déjà !

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3 – Le prix du Couple Vigneron qui a résisté plus de 40 ans à toutes les tempêtes va à Monique et Michel Louison qui, après s’être battus à Faugères font revivre un magnifique terroir à leur dimension, le Domaine de La Martine, dans le Haute Vallée de l’Aude, près de Limoux, où le Cabernet franc donne un incomparable rosé encore plus dense que celui déjà repéré l’an dernier.

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4 – Le prix du plus Beau Design pour un « bag in box » est attribué à ce dessin de Mika et ce joli slogan aperçu au stand de Biotiful Wines. J’en profite pour ajouter que Nadine Franjus-Adenis qui commente souvent sur ce blog est à l’origine d’un nouveau concours vineux dédié à ce genre de contenants.

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5 – Le prix des plus Jolies Bulles revient tout naturellement à l’équipe du Château de La Liquière qui, non contente de vinifier des Carignans hors pairs concocte depuis 3 ans un délicieux breuvage moitié Grenache, moitié Mourvèdre, élaboré dans une cave de Gaillac pour une sacrée méthode ancestrale baptisée « L’unique Gaz de Schiste » qui vaut son pesant de douceur et de vivacité !

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Jim, trying to eat ! Photo©MichelSmith

6 – Le prix de la plus Belle Moustache 2015 était pour moi le plus facile à attribuer, le plus évident : il va à notre Jim Budd qui n’a pas cessé durant trois jours de gambader dans les rues de Montpellier et les travées de Millésime Bio.

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Photo©MichelSmith

7 – Le prix de la Déclaration d’Amour va tout droit à John Bojanowski du Clos du Gravillas qui a choisi de composer un tendre message à l’attention de son épouse Nicole, en guise de numéro de lot tatoué sur le col de ses bouteilles.

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Place de la Comédie, Montpellier by night. Photo©MichelSmith

8 – Le prix de la plus Belle des Soirées va, comme d’habitude, aux jeunes vignerons du Beaujolais venus dans une belle brasserie proche de la Place de la Comédie avec force magnum et vieilles bouteilles afin de prouver que le Beaujolais a du cœur !

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9 – Le prix des « Estrangers » les plus Accueillants est attribué aux quatre vignerons de Vinibio menés par le conquérant et francophile Jao Roseira, de la Quinta do Infantado, monté de son Douro natal pour tenter de faire connaître les Vinho Verde, Lisboa et autres appellations du Portugal.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

10 – Le prix de l’Optimisme Catalan a été décerné à Bruno Ribière et à Frédérique Barriol-Montès qui ont su résister face au « Roussillon bashing » infligé par notre consoeur Rosemary George dans le dernier numéro de Decanter.

 Michel Smith

Un petit bémol… Quelques mots de dépit et même de rage pour prolonger et clore cet article. Faute de moyens, c’est la dernière fois peut-être que je me rendrais dans ce salon que j’aime tant. Disons que j’en ai gros sur la patate. Vous trouverez probablement ces confidences déplacées, mais… Depuis ses débuts, j’ai consacré de nombreuses journées de travail sur Millésime Bio – du sang et de la sueur comme disait Churchill ! – pour le compte de plusieurs magazines. Tant et tant d’heures à écrire (il est vrai que je suis un laborieux…) sur cette viticulture bio qui me semble indispensable pour assurer l’avenir du vin. Mais voilà que depuis quelques années les responsables du salon ne m’offrent qu’une misérable nuit d’hôtel, avec certes en cadeau le ticket d’entrée et l’accès au parking comme au buffet ainsi qu’à la machine à café… Royal par les temps qui courent ! D’autres journalistes, de nombreux blogueurs surtout, semblent avoir plus de chance que moi. Je ne m’en plains pas, ce n’est pas trop mon genre, et je ne demande pas la lune. Juste deux nuits de plus qui seraient, soit dit en passant, en partie payées par mes impôts puisque je suis citoyen du Languedoc et du Roussillon, une région où je vis depuis un quart de siècle et sur laquelle j’ai consacré quelques ouvrages en plus de quantité d’articles. Millésime Bio, n’est hélas pas la seule manifestation où j’ai la désagréable impression de ne plus être en odeur de sainteté. Il devient très difficile d’assurer efficacement mon métier sans être soutenu par ceux que l’on a contribué à encourager de longues années quand ils avaient besoin de la Presse pour exister. Quelle nécessité ai-je de continuer dans ma soif d’information si je n’ai plus les moyens d’exercer mon métier ? Donc, plus de Vinexpo à Bordeaux, plus de Vinisud, plus de Vinitaly… Tant pis ! En attendant un retrait définitif, tant que je trouverai des choses autres que des banalités à vous dire, je resterai sur ces lignes en compagnie des 5. MS