Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Prends ça dans les dents!

Reprenant une publication de la British Dental Association, plusieurs médias britanniques  mettent en garde les consommateurs: boire du Prosecco peut être dangereux pour les dents.

En effet, le Prosecco combinerait trois éléments nocifs pour les dents: le gaz carbonique, le sucre et l’alcool.

Et les autres effervescents? Pour le Dr Coates, de Riveredge Cosmetic Dentistery, « le Prosecco est bien pire que le Champagne, parce que ce dernier n’est pas aussi sucré. Le Prosecco a un pH de 3,35 (…) et affaiblit l’émail des dents ».

Voila qui me semble bien curieux: de nombreux Champagnes présentent un pH très proche de 3, et sont donc plus acides que les Proseccos!

Certes, les Proseccos sont généralement plus sucrés (la plupart sont des Extra Dry), mais si c’est l’acidité qui attaque l’émail, alors il n’y a guère de raison de faire de différence avec les autres mousseux, même Bruts. Sans parler du cidre.

D’un autre côté, les Britanniques consomment à présent beaucoup plus souvent du Prosecco que du Champagne. Les Belges aussi.

Hervé Lalau


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Bulles d’ailleurs – Saumur et Aversa, ou vice versa

La semaine dernière, Michel nous livrait sa sélection de Champagnes.

N’y voyez pas malice de ma part, mais j’ai choisi de prendre le contrepied – je veux dire, de sortir de Champagne.

De vous parler de bulles, mais d’ailleurs.

C’est l’histoire d’un Normand à Naples…

Première étape en Italie. Non, ce n’est pas du Prosecco, ni de l’Asti, ni même du Franciacorta, mais de l’Aversa.

L’Aversa? Késako? Mais de la bulle de Campanie, ma bonne dame!

Une tradition que certains locaux font remonter au sommelier normand de Robert d’Anjou (ce qui en ferait un des plus vieux mousseux du monde)… mais qui surtout, retrouve un présent et peut-être un avenir avec la hausse de la demande de bulles en Italie – et notamment dans les zones touristiques comme la Costa Amalfitana.

En voici un digne représentant, élaboré à base d’un cépage local, l’Asprinio (ou Asprino), pour lequel a été créé une DOP spécifique: Asprinio d’Aversa. D’aucuns relient ce cépage à l’Aspiran du Languedoc (sauf que ce dernier est un cépage rouge), d’autres au Greco… mais rien n’est vraiment sûr; pas même ses arômes, décrits dans la littérature comme « caractéristiques » ou « tipici », ce qui ne nous avance pas beaucoup.

A noter une particularité de la conduite de la vigne, ce qu’on appelle ici l’Alberata Aversana: elle consiste à se servir d’arbres (généralement des peupliers) pour soutenir les vignes.

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Asprino d’Aversa Grotta del Sole « Vigneti ad Alberata »

Joli nez de pomelo, belle bulle régulière; en bouche, un peu de litchi, de rose; l’acidité est moyenne, l’ensemble très propre, assez délicat; la finale moyennement longue, est légèrement beurrée. Le genre de produit qui, même s’il ne révolutionne pas la bulle, a le droit d’exister. Surtout pour un prix qui tourne autour de 7 euros (www.webdivino.com) et sans doute moins sur place.

Au fait, il s’agit d’un vin obtenu par la Méthode Martinotti. Ne faites pas la fine bouche. Si on ne me l’avait pas dit, je ne l’aurait pas su.  Pour mémoire, le brevet de la méthode dite de la Cuve Close a été déposé en Suisse par Federico Martinotti en 1895 et seulement en 1907, en Angleterre, par Eugène Charmat.

C’est l’histoire d’un Bruxellois à Saumur…

Vous m’objecterez peut-être que les importateurs français de bulles de Caserta sont aussi rares que les buts de Karim Benzéma sous le maillot bleu. Alors j’ai ajouté dans ma hotte un vin « bien de chez nous ». Un Saumur. La Cuvée 1811, d’Ackerman. Bon, d’accord, le nom a un petit côté belge. Mais attendez un peu, que je vous raconte l’histoire.

1811. La Belgique est française depuis 16 ans déjà, et pour 3 ans encore (et oui, amis Belges, vos arrières-grands-parents ont tous été des Camemberts!). Un Bruxellois nommé Jean-Baptiste Ackerman, âgé à peine de 21 ans, décide de quitter son Brabant natal pour s’installer à Saumur et y faire de la bulle.  Là encore, c’est donc d’un vreemdeling,  d’un sale estranger que vient le salut: personne, à Saumur, n’y avait pensé avant lui. L’homme est entreprenant, il fait son trou au pays des troglodytes. Il fonde une cave qui porte toujours son nom, dépose des marques, développe le commerce, épouse une fille du cru, et choisit de rester Français.

La cuvée 1811 perpétue son souvenir.

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Saumur Brut Ackerman Cuvée 1811

La bulle, légère et abondante, mais pas envahissante, porte au nez de jolies arômes de pêche, de coing et de pomelo; en bouche, c’est plutôt la reine-claude qui domine. Ce panier de fruits croquants nous est offert avec délicatesse, chenin faisant;  la texture est légèrement onctueuse, l’acidité présente mais pas mordante. On finit en beauté sur un côté crémeux et une pointe d’amertume.

Tout ça, pour la modique somme de 6,99 euros, actuellement, en Belgique. En France, c’est plutôt autour de 5,50. Si je précise à nouveau le prix, c’est qu’on peut avoir de grosses envie de bulles sans pour ça avoir de gros moyens. Et même, allez savoir, ne pas trouver que l’écart de prix avec le Champagne soit justifié.

Les deux vins que j’ai choisis ne sont certainement pas les bulles les plus exclusives au monde; mais je trouve remarquable d’offrir ce genre de qualité à un prix accessible au plus grand nombre. C’est mon côté démocratique.

Je m’en voudrais de dégoûter ceux qui préfèrent le nouvel étui de Dom Pérignon griffé Jeff Koons, à 18.000 euros. Je pense juste qu’ils se sont trompés de blog, ou en tout cas, de jour.

Her