Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


9 Commentaires

Muscadet dans le temps (2/2)

Suite à mon article de la semaine dernière, j’ai poursuivi mes investigations sur la capacité de vieillissement de certaines cuvées de Muscadet avec une deuxième série de vins. Cette série était constituée de vins ayant subi un élevage au moins égal à 18 mois, et parfois bien plus, mais qui revendiquaient aussi une désignation communale à l’intérieur de la grande zone de Muscadet. A ce jour, seulement trois communes possèdent officiellement ce statut-là: Gorges, Clisson et Le Pallet. Mais bien d’autres sont en attente: Goulaine, Château-Thébaud, Monnières-Saint-Fiacre, Mouzillon-Tillières, La Haye-Foussière, Vallet….fermez le ban, en se souvenant aussi qu’il existait déjà trois désignations sous-régionales de Muscadet : Sèvre et Maine, Côteaux de la Loire, et Côtes de Grandlieu (sans parler du « sur lie » ou « pas-sur-lie ») !

IMG_6462Mes vins préférés de cette dégustation. Ces étiquettes ne sont pas trop moches, et certaines sont même honorables, mais il faut dire que le niveau moyen dans l’appellation, aussi bien sur le plan de la clarté que sur celui de l’esthétique, est assez proche du degré zéro ! Il reste du boulot pour les graphistes de la région Nantaise. 

Etant totalement contre la multiplication des appellations pour les vins en général, j’ai du mal à comprendre comment une telle explosion de désignations pourrait aider cette région qui a pourtant bien besoin de sortir de l’ornière. Certes, on pourra toujours dire que cela va appuyer la sacro-sainte recherche d’une identification au « terroir ». Mais qu’est-ce que cela veut dire en réalité, et quelle importance cela peut-il avoir quand on voit le poids dans le bilan final du travail de chaque producteur ?

Certes, il était nécessaire, pour la santé économique de cette région viticole, de trouver une manière de vendre les meilleurs muscadets plus cher que la triste moyenne régionale actuelle. Mais est-il vraiment utile d’avoir au moins 10 nouvelles sous-régions pour une zone pas si vaste que cela (9.000 hectares en tout)? Et, de surcroît, ces communes ont souvent des noms à rallonge qui seront totalement impossibles à retenir pour un Français, sans parler des barbares qui importent, parfois, ces vins-là. Je crains que la fierté locale ait, une fois de plus, primé sur l’analyse marketing dans cette affaire et que tout cela ne mène à rien, ou à pas grand chose, car les différences entre toutes ces appellations communales ne sont pas toujours évidentes. Ayant effectué une dégustation triée par cru communal l’an passé lors du Salon des Vins de Loire à Angers, je n’ai pas été convaincu d’une quelconque typicité communale. Et, même si elle existait, serait-elle pertinente pour le consommateur ?

Comme toujours, la vérité est dans le verre, et nous verrons que la qualité dépend surtout du couple vigneron/millésime et non d’une sorte de loi sacrée du sol, ou, plus exactement, du binôme sol/meso-climat.

IMG_6469Les Daltons ? Non, votre serviteur entouré par les Cormerais, père et fils

 

Deuxième partie de ma dégustation de Muscadets ayant de l’âge : les Muscadets avec désignation communale.

14 vins sélectionnés sur un total de 24 échantillons dégustés

Les élevages des vins de cette série sont longs : 18 mois au minimum et souvent bien plus

Comme la semaine dernière, le service des vins était en semi-aveugle, seul le millésime et l’appellation étant connus.

 

Clos du Pont 1990, Sèvre et Maine, Mouzillon (16/20)

Beaucoup de complexité au nez qui est marqué par des notes fumées. Si c’est dû à un élevage sous bois, celui-ci est bien réussi. Belle richesse au palais aussi avec un ensemble long et savoureux, très bien équilibré (plus à la vente).

Clos du Pont 2002, Sèvre et Maine, Mouzillon (16/20)

Le nez est un peu fermé, assez complexe avec une impression de bois qui reste discret. En bouche c’est intense et riche en saveurs. Excellent vin que je mettrais avec intérêt dans des dégustations à l’aveugle avec des blancs d’autres régions (plus à la vente).

Domaine du Haut Bourg 2001, Côtes de Grandlieu, Bouaye (16/20)

Le nez est splendide avec de jolis parfums aériens. Ce vin manifeste une grande délicatesse, comme de la dentelle. L’équilibre me semble idéale (plus en vente).

Bonnet Huteau 2005, Sèvre et Maine, Goulaine (15,5/20)

Le nez a beaucoup de complexité et une profondeur intéressante. La texture est soyeuse et ses belles saveurs sont longues et salivantes. Un vin splendide qui en vaut largement d’autres vendus à deux fois ce prix (12 euros).

Domaine du Haut Bourg 2002, Côtes de Grandlieu, Bouaye (15,5/20)

Un joli nez, parfumé avec des arômes floraux. Belle association de vivacité et de souplesse. Gourmand et délicat. Très bon vin (plus à la vente, malheureusement).

Domaine de la Fruitière, M de la Fruitière 2002, Sèvre et Maine, Château Thébaud (15,5/20)

Vin très suave avec des saveurs magnifiques, complexes et gourmandes. Cette richesse apparente lui va bien, car la sensation de sur-maturité est parfaitement maîtrisée et se trouve portée en longueur par une très belle fraîcheur. Vaut son prix (25,40 euros)

Pierre Luneau Papin, Excelsior 2002, Sèvre et Maine, Goulaine (15/20)

Une très beau nez, plus puissant et chaleureux que la plupart de cette série. Ce vin semble relever d’un autre style mais est bien réussi dans son profil, comme tous les vins dégustés de ce domaine (plus à la vente).

Michel Luneau, Tradition Stanislas 2003, Sèvre et Maine, Mouzillon (14,5/20)

Vin très savoureux avec une impression de richesse et de rondeur très agréable. Bonne longueur et prix très modeste pour une telle qualité (10,50 euros).

Bonnet Huteau, Heritage 2003, Sèvre et Maine, Goulaine (14,5/20)

Le nez, si pas très expansif, est plein de finesse pour un millésime plutôt rond dans son expression. En bouche la sensation est différente : légèrement oxydative avec des notes de caramel (peut-être un bouchon peu étanche ?). Bonne fraîcheur en finale qui prouve le tenue de ce vin mais pourquoi est-ce que ces vins n‘adoptent pas tous la capsule à vis ? Un peu cher (25 euros).

Bonnet Huteau, Heritage 2002, Sèvre et Maine, Goulaine (14,5/20)

Le nez donne une impression crémeuse, avec une belle complexité. Pas très long, mais des saveurs d’une fraîcheur parfaite à 12 ans d’âge (23 euros).

Michel Bregeon 2004, Sèvre et Maine, Gorges (14,5/20)

Beaucoup de vivacité et même un soupçon d’arômes de type végétal. Mais c’est un vin aussi délicat que vif, avec un joli équilibre autour de son acidité. (10,20 euros)

Les Bêtes Curieuses 2004, Sèvre et Maine, Gorges (14/20)

Les arômes transmettent une sensation de pureté. Tendre, salivant, mais pas d’une grande complexité, c’est un bon vin très agréable, frais et fin (13,80 euros).

Domaine du Haut Bourg , Origine 2003, Côtes de Grandlieu, Bouaye (14/20)

Le nez semble relativement tendre. Est-ce du au millésime ou à l’influence d’un élevage sous bois ? Ou aux deux ? La texture est très belle en tout cas, même si ce vin manque un peu de vivacité en fin de bouche. Encore un tarif des plus raisonnables (9 euros).

Pierre Luneau Papin, Excelsior 2005, Sèvre et Maine, Goulaine (14/20)

Encore un peu fermé, le nez fait preuve de finesse et d’une belle vivacité. En bouche ce vin reste un peu austère et sa texture et légèrement crayeuse, mais il a beaucoup de fond et va surement très bien évoluer (25 euros).

 

Visite du vignoble

Jo Landron
Jo Landron dans ses vignes. C’est un des pionniers du bio et de la biodynamie dans la région mais il évite bien de tomber dans les pièges du sectarisme

Le lendemain de la dégustation dont le compte-rendu apparaît pour moitié ci-dessus et pour moitié la semaine précédente, le bureau du Wine & Business Club de Nantes (oui, il y a à Nantes des hommes d’affaires qui sont fiers de leur vignoble) a organisé une série de visites dans le vignoble, ce qui m’a permis d’améliorer mes connaissances et rencontrer des gens formidables. Dans l’ordre, nous nous sommes rendus chez Bruno Cormerais, Gilbert Bossard et Jo Landron. Merci à eux pour leur accueil. Bruno et Gilbert sont en train de passer la main à leur fils respectifs. Le fils de Jo s’installe, par choix, sur un domaine plus petit que celui d’une quarantaine d’hectares bâti par son père. Tous font partie de ceux qui croient en leur appellation et dont les vins font honneur. Une promenade dans les vignes avec Jo Landron est très instructive et m’a permis de découvrir quelques beaux coins cachés aux abords de la rivière.

Conclusion

IMG_6463Certains, comme Bruno Cormerais, mettent tant l’accent sur sa commune (en l’occurence Clisson) qu’on ne voit même plus Muscadet sur l’étiquette. Je ne pense pas que cela aide bien l’ensemble, même si ses étiquettes font partie des plus belles de l’appellation

J’ai déjà exprimé mon scepticisme quant à l’intérêt de la multiplications de sous-appellations ou désignations locales. Mais ce qui me semble bien plus important est la qualité d’une proportion significative des échantillons dégustés. Sans tenir compte des prix de vente (pas toujours connus car certains vins ne sont plus à la vente), j’ai retenu comme « bons » ou « très bons » la moitié des 58 échantillons dégustés dans ces deux séries. Il s’agit, pour moi, d’une proportion très élevée et marque, une fois de plus, le potentiel qualitatif de cette appellation qui soufre pourtant de plusieurs handicaps.  A commencer par le nom de son cépage unique, inconnu ailleurs et doté d’un nom difficile à retenir et peu vendeur : qui voudrait afficher « melon de bourgogne » sur son étiquette ? Pourtant c’est bien ce cépage unique, délicat et plastique, et donc pas dominateur par rapport au travail du vigneron, qui fait l’identité des vins de Muscadet. Il ne faudrait surtout pas céder aux sirènes de l’aromatisation facile et commencer à y rajouter sauvignon ou colombard. Peut-être trouver un nom de cépage plus sexy que « melon » ? Autre ligne d’attaque possible : insister sur les capacités de bonne garde de ces vins, et les valoriser parfois mieux, au regard des prix très bas de certaines cuvées retenues (6 euros pour des vins de qualité ayant 10 ans d’âge, est-ce bien raisonnable ?).

Et tout cas, cette dégustation, comme celle organisée il y a peu de temps à titre privé par le caviste Yves Legrand, m’a convaincu que les meilleurs Muscadets sont à situer au niveaux des très bons blancs d’ailleurs en France, bourgogne compris. Merci à Interloire pour sa parfaite organisation dans ses locaux près de Nantes. Je trouve dommage et peu rationnel que certains producteurs ne veuillent par participer à ces actions collectives. Sont-ils capables de monter de telles opérations pour faire connaître leurs vins ? Merci aussi à l’équipe d’amateurs de vin (mais grands professionnels par ailleurs) du Wine & Business Club de Nantes de m’avoir organisé aussi une belle tournée dans le vignoble.

 

David Cobbold

(textes et photos, sauf celle de Jo Landron dont je n’ai pas réussi à trouver le nom de l’auteur)


13 Commentaires

Muscadet : un trésor caché ? (1/2)

Je vais publier cet article, qui concerne essentiellement la capacité de vieillir des vins de Muscadet, en deux parties à une semaine d’intervalle. En voici la première, avec un compte-rendu de dégustation qui concerne les Muscadets vieillis mais sans mention communale. Cette sélection comporte 15 vins sur les 33 échantillons dégustés. La semaine prochaine, vous aurez droit aux vins avec mention communale et à ma sélection de 15 vins sur les 24 échantillons dégustés, ainsi qu’à quelques remarques en guise de conclusion.

muscadet-bregeon-5Est-ce que le Muscadet est toujours un vin pâle, simple et assez vif ? Parfois oui, mais parfois les choses sont bien plus complexes, comme je l’ai découvert, et pas pour la première fois, lors de cette dégustation.

Il y a deux réactions possibles quand on suggère, en compagnie, de commander une bouteille de Muscadet à table. La première est un regard d’injurié qui tente de cacher l’insulte par un masque d’étonnement ; la deuxième est un œil approbateur, mêlé d’une pointe d’admiration et, parfois, d’un brin de méfiance. Les deux types de réactions, avec des nuances en ce qui concerne le second, nécessitent qualifications et explications.

La première réaction «type» est celle d’un amateur lambda, qui se méfie encore du Muscadet, ou, au mieux, ne le conçoit que dans le registre très mineur de vin pour rincer des fruits de mer. La faute à un passé, pas trop éloigné, rempli de flots de vins médiocres, produits avec des rendements déraisonnables et copieusement soufrés. La deuxième pourrait être celle d’un professionnel du vin, convaincu par la qualité remarquable des meilleurs vins de Muscadet mais conscient que cette qualité dépend, surtout, du producteur et de son approche.

Carte-des-rgions-viticoles-du-Pays-nantais-et-de-Vendee-C-M.CRIVELLAROPour bien situer la géographie et l’influence océanique, un peu de recul peut être utile

 Les causes de cette désaffection, pour ce qui a longtemps été une des appellations françaises de blancs secs les plus en vogue, ont déjà été mentionnées. Mais la mécanique du renouveau dans la qualité des meilleurs vins de cette région nantaise, donc océanique, méritent qu’on s’y attarde un peu. Comme toujours, le point de départ, et qui reste la pierre angulaire, a été la volonté et le talent de quelques producteurs opiniâtres. Ceux-là continuent à mener le bal. Mais la prise de conscience du potentiel du cépage melon de bourgogne (un nom curieux et un peu malheureux qui fait partie des petits handicaps de l’appellation) est devenue plus large. Après tout, cette variété est un cousin du chardonnay car les deux ont pour co-géniteur le gouais blanc, parfois connu sous l’intitulé de «Casanova des vignes».

Après une vague de modernistes qui ont tenté de lui donner des lettres de noblesse avec des élevages sous bois, d’autres, peut-être plus sages, ont insisté sur ses capacités de vieillissement en bouteille ou bien en cuve enterrée et vitrifiée. Ce sont ces vins-là que j’ai voulu tester lors d’une récente dégustation près de Nantes, organisée pour moi par Interloire, et qui a réuni près de 60 échantillons. Le vin le plus jeune de cette série provenait du millésime 2005, et le plus ancien de 1982. Et la fourchette des prix, du moins pour les vins encore à la vente, allait de 6 à 50 euros : ce dernier prix, excessif à mon avis, étant exceptionnel dans une série dont la valeur moyenne tournait autour de 15 euros pour des flacons ayant une bonne dizaine d’années de mûrissement derrière eux. Et, vu le niveau des meilleurs vins que j’ai dégustés, il serait très difficile d’égaler leur rapport qualité/prix dans ce pays.

carte MusadetLes sous-régions du Muscadet existait déjà. Maintenant arrivent les appellation communales : Clisson, Gorges et Le Pallet. D’autres attendent leur heure. Cela ne va pas simplifier la donne pour le consommateur, mais c’est probablement une solution pour tirer une partie de l’appellation vers le haut. L’influence géographique de l’eau, et pas uniquement de l’océan, est assez évidente sur cette carte.

La dégustation s’est ordonnée en deux séries de vins. D’abord les Muscadet-sur-Lie sans appellation communale, ensuite les Muscadet-sur-Lie avec appellation communale, que celle-ci soit actuelle ou en cours de confirmation par les instances, de plus en plus centralisées, qui gouvernent ce genre de chose. Les vins du premier groupe étant globalement plus âgés que ceux du deuxième car la mise en place des ces communes désignées, opération clé dans l’image nouvelle que Muscadet souhaite projeter, est relativement récente.

Les Muscadet-sur-Lie sans désignation communale

Les vins notés sont mes préférés parmi les échantillons présentés. Tous les vins étaient servis en semi-aveugle, car je ne connaissais que leurs millésimes. Les écarts de prix entre vins d’un niveau équivalents m’ont semblé assez importants. Outre le positionnement prix très ambitieux d’une des cuvées, je pense que ces écarts reflètent surtout la renommé des producteurs et leur réussite commerciale. Mais je dirais aussi que les vins les moins chers parmi ma sélection méritent clairement d’être vendus à des prix un peu plus élevés. L’ordre des notes suit celui de mes préférences, puis l’ordre alphabétique dans chaque série ayant la même note.

Domaine de la Landelle, l’Astrée 1999 (15,5/20)

Ce vin était servi en magnum.

Un très beau nez, aussi fin qu’expressif. Belle complexité de saveurs qui combinent finesse et une certaine puissance avec une belle acidité intégrée qui assure une finale fine et salivante (28 euros, pour le magnum)

 

Michel Luneau, Vins de Mouzillon 2005 (15/20)

Le nez semble plus discret que la plupart, mais aussi plus fin. J’aime bien sa pointe d’amertume qui rend plus précise la sensation de ses belles saveurs. Un ensemble long, salivant et très fin, encore plus remarquable vu son prix très modeste. (6 euros)

 

Pierre Luneau Papin, L d’Or 1999 (15/20)

Une première bouteille fut bouchonnée. La deuxième était splendide : joli nez floral. Beaucoup de gourmandise en bouche avec de belles saveurs fruitées. C’est frais, long et parfaitement harmonieux avec un équilibre idéal. (plus à la vente)

 

Louis Métaireau, Grand Mouton, One 2005 (14,5/20)

Le nez est fin mais assez puissant, dans un registre un peu herbacé. Tendre à l’attaque, le vin à ensuite une bonne tenue ferme, une acidité moyenne, un bon équilibre et longueur. Le prix me semble assez délirant cependant, à entre deux et six fois le niveau de ses concurrents proches en qualité (36 euros).

 

Domaine Landron, Le Fief du Breil 2000 (14,5/20)

La première bouteille était oxydée (bouchon poreux, probablement). La deuxième étalait une belle richesse s’arômes et de saveurs, avec beaucoup de matière et une texture fine. Bonne longueur et une acidité pour soutenir cet ensemble (25 euros)

 

Château de la Pingossière 1990 (14,5/20)

Le nez est simple et un peu fermé. Bien équilibré en bouche, assez puissant mais avec une bonne fraîcheur et une très bonne longueur (n’est plus en vente).

 

Domaine de la Poitevinière 2005 (14,5/20)

La première bouteille était bouchonnée. La deuxième avait une robe jaune paille, donc très prononcé pour un muscadet de cet âge. Le nez semble aussi assez évolué, avec des arômes qui me rappellent des vieux sauvignons. Bien arrondi en bouche aussi, avec des saveurs exotiques mais très agréables et complexes. Encore un vin vendu à un prix très faible (5,80 euros)

 

Château de l’Aulnaye 2003 (14/20)

Un très beau nez, aussi riche que fin. Bonne équilibre entre vivacité de la matière et finesse de texture (9,5 euros)

 

Château de la Bourdinière 1990 (14/20)

Bonne intensité au nez. Un peu d’amertume en bouche mais les saveurs sont larges et assez longues, ce qui lui donne une belle complexité. Un peu cher peut-être (27 euros).

 

Bruno Cormerais, Vieilles Vignes 1989 (14/20)

Ce producteur, qui a aussi présenté un 1982 d’une jeunesse étonnante, a fait ici un vin au nez floral expressif et à l’acidité bien présente qui lui donne un bon équilibre, même si les saveurs manquent un peu de précision (plus à la vente).

 

Domaine de la Landelle, Les Blanches 1998 (14/20)

Le nez est vif, même un peu vert. Ses belles saveurs et sa vivacité prononcée indiquent qu’il pourra encore tenir longtemps (12 euros)

 

Domaine Landron, Le Fief du Breil 2005 (14/20)

Nez vif, aux arômes qui rappellent le genet. C’est précis dans la définition des saveurs et assez long (18 euros)

 

Pierre Luneau Papin, L d’Or 2005 (14/20)

Un beau nez, riche et complexe. Une très bonne largeur dans les saveurs et un parfait équilibre, malgré une pointe de sècheresse en finale (18 euros)

 

Louis Métaireau, Grand Mouton, Premier Jour 1989 (14/20)

Au premier nez, présence de soufre et une sensation de réduction. Le vin se révèle en bouche avec une sensation saline marquée. Semble étonnamment jeune malgré ses 25 ans. Mais deux euros par année passée est un tarif bien trop élevé pour ce vin ! (52 euros)

 

Domaine de la Perrière, Olivier de Clisson 2005 (14/20)

Le nez assez herbacé me donne une impression de réduction au début. L’attaque est tendre, mais est suivie d’une impression vivace, avec des saveurs très nettes (7 euros)

 

 David Cobbold


12 Commentaires

Le Petit Sommelier: pas si petit que ça !

Il existe certainement bon nombre de bistrots de rêve pour l’amateur de vins, à Paris ou ailleurs dans le monde. Le problème, particulièrement en France, est de les distinguer parmi la masse d’établissements, parfois même ceux qui se disent « bistrot à vins », mais pour lesquels le vin n’est qu’une vache à lait, une quantité négligeable, un truc qu’il faut avoir, un emmerdement de plus dont on s’occupe le moins possible, ou bien un phénomène de mode sur le dos duquel le patron joue la carte de l’opportunisme.

Rassurez-vous, l’établissement dont je vais vous parler relève de la première catégorie mentionnée : celle des bistrots de rêve. J’ai déjà mentionné, en passant, cet endroit dans un autre article sur ce blog (du 20 janvier 2014, si le sujet vous intéresse) à propos d’un repas tout au porto, car Le Petit Sommelier de Paris organise régulièrement des dîners à thème avec d’excellents producteurs parmi ceux qui figurent sur sa carte impressionnante.

IMG_5902Pierre Vila Palleja, qui n’est pas exactement un petit sommelier

Cela dit, quand, à la sortie de la Gare Montparnasse, on découvre dans l’Avenue du Maine la devanture du Petit Sommelier, on ne peut guère soupçonner les richesses viniques que recèle cette enseigne. Son décor « Néo-Art-Nouveau » est d’un style « brasserie chaleureuse » qui peut se trouver ailleurs. C’est sympathique et accueillant, avec une touche rétro qui cache un peu son jeu. Ce lieu est aussi une vraie brasserie, ce qui vous permettra de vous restaurer selon vos besoins et à toute heure. Lors de notre arrivée à midi, un samedi, notre élégant voisin de table en était à son petit déjeuner, avec thé, croissants, jus d’orange et deux œufs au plat.

Le faux semblant du Petit Sommelier, ce lieu aux possibilités multiples, se poursuit avec le patron, Pierre Vila Palleja (voir ci-dessus), qui n’est pas petit du tout, car il doit bien mesurer au moins 1m90.

IMG_5905L’accueil est parfait, du patron à ses co-équipiers (photo David Cobbold)

Le vrai trésor ici, outre un excellent accueil et une très bonne nourriture de bistrot, est évidemment la carte des vins. Jugez pour vous-mêmes, même si cette version de la carte n’est pas nécessairement à jour et qu’il a bien d’autres vins disponibles :

http://www.petit-sommelier.com/carte/vins.pdf

Ce n’est pas par hasard si cette carte a été adoubée 4 ans de suite par le Wine Spectator (que j’appelle parfois Wine Speculator, ou bien Wine Dictator). Pierre a été sommelier dans des grands établissements avant de reprendre ce bistrot familial que ses parents avaient acheté en 2001. Ils ont depuis poussé les murs, refait le décor et constitué une carte de vins qui ferait drôlement envie à beaucoup de lieux prestigieux… les prix en moins. Car le « petit » de l’enseigne pourrait s’appliquer aux coefficients pratiqués : 2 sur les grands vins et 3,5 au maximum sur les vins les moins chers. Pour vous éviter de compter, cette carte comporte 700 références dont 18 sont proposées au verre. Le restaurant est ouvert en permanence du lundi au samedi, entre 11h et 23h, ce qui est exemplaire et bien pratique pour ceux ou celles qui arrivent à la gare avec un peu d’avance, ou bien qui débarquent avec une petite faim ou soif. Mais je vous conseille de prendre votre temps ici et de profiter de ce lieu exceptionnel pour tout amateur de vins.

IMG_5857

Lors de mon dernier repas ici, qui date de samedi 8 mars à midi, peu de temps avant le triste match du XV de France en Ecosse, j’ai attaqué avec un verre d’un très bon Muscadet, Le Fief de Breil, de Jo Landron (photo ci-dessus). Assez dense, il allait très bien avec des magnifiques huîtres de Bretagne (Prat-ar-Coum, je crois), qui m’ont semblé bien salées. Certains diraient que ce vin a des saveurs « minérales », mais je ne mange pas souvent de clous et ne sais pas trop ce que cela peut bien signifier. Ayant fini mon verre avant les huîtres, j’ai poursuivi avec un splendide blanc d’Espagne, issu de la DO galicienne Valdeorras, et du cépage Godello. Cette variété, que l’on trouve aussi bien au Portugal qu’en Espagne, sous divers noms (Gouveio et aussi, à tort, Verdelho au Portugal), est en pleine renaissance en Galice. Le vin en question, appelé Louro do Bollo (voir photo ci-dessous) et élaboré par la famille Palacios, était plus gras, plus suave et plus parfumé que le Muscadet, mais contenait aussi toute l’acidité utile pour accompagner les sel des huîtres. Il vaut très largement le prix au verre de 8 euros.

IMG_5858

Ma compagne, comme beaucoup de Françaises, il me semble, ne boit que rarement de vin blanc sauf quand il y a des bulles dedans, ce qui m’interpelle car on trouve le comportement inverse en Angleterre avec bon nombre des femmes qui ne boivent jamais de vin rouge: encore une différence culturelle? Mais elle a daigné goûter à ce nectar et elle était d’accord sur sa qualité. Puis elle a pris la direction de l’Italie, plus précisément du Piémont, avec un verre d’un formidable Nebbiolo (oui, je l’ai goûté aussi) de la DOC régionale Langhe et du producteur Parusso (photo ci-dessous). Ferme comme il faut, mais subtilement fruité, ce qui n’est pas toujours le cas avec ce cépage aussi capricieux que le pinot noir. Je pense qu’il serait difficile de déguster des Barolos ou Barbarescos, issus du même cépage, aussi jeunes, mais l’appellation régionale peut produire des vins plus amènes.

IMG_5898

Enfin, pour accompagner mon bœuf bourguignon, j’ai préféré l’intensité d’une syrah rhodanienne à la délicatesse d’un pinot noir de Bourgogne en optant pour un Crozes Hermitage du Domaine Combier. Des deux bouteilles sur la photo ci-dessous, c’était celle de droite, appelé Laurent Combier. Impeccable !

IMG_5889

Et combien ça coûte ?

Le patron ayant eu la gentillesse de nous offrir deux verres parmi les quatre que nous avons consommés, j’estime la facture à environ 95 euros, avec deux entrées, deux plats, les 4 verres d’excellents vins et un café. Soit 47 euros par personne, à peu près. Service au top, lieu agréable, très bonne nourriture avec des produits de qualité, et le plaisir de rêver au regard d’une carte de vins remarquable en largeur comme en profondeur, dont 20% des références vous permettent de voyager bien plus loin que les destinations desservies par la gare d’à côté. Et tout cela au cœur de Paris, à Montparnasse. Si vous disposez de plus de temps, d’un portefeuille suffisamment garni, et que vous n’avez pas de travail à faire dans les heures qui suivent votre repas (ce qui fut malheureusement mon cas samedi) laissez-vous aller avec un Champagne de 1988 et/ou un Vega Sicila de 1985 : c’est dire les ressources de cet établissement que tout amateur de vin devrait inscrire dans son carnet.

Le Petit Sommelier, 49 Avenue du Maine, 75014 Paris (tel : 01 43 20 95 66)

http://www.petit-sommelier.com/

Bon voyage!

David Cobbold

(PS. maintenant, je signe de mon prénom et de mon nom, vu qu’il y a des personnes, que je rechigne un peu d’appeler « bio-cons », qui ne lisent ni les articles complètement, ni la présentation de ce blog, avant de poster leurs commentaires).


4 Commentaires

Le Muscadet donne le «la» au sol

Enfin, c’est ce que l’AOC Muscadet aimerait bien nous faire croire. Je ne dis pas cela pour abonder dans le sens coboldien, mais parce qu’en sept ans, le discours s’est transformé. Il est passé des conseils d’accords selon le type de sol à une déclinaison communale. Peut-être plus facile à faire passer à l’INAO, mais moins branché «roche nourricière».

Vignes Loire

Le premier jet était assez curieux, mais devait correspondre à une tentative de communiquer sur les variations typologiques bien réelles des Muscadet en évoquant le sol. Communication à la fois romantique et naïve. Certains l’indiquaient (et l’indiquent toujours) sur l’étiquette, comme les Schistes de Clisson ou le célèbre Amphibolite des frères Landron.

Bref, à l’époque, on parlait de la roche dans laquelle poussaient les vignes et ce qu’il convenait de manger avec un vin issu d’une parcelle sur orthogneiss ou gabbro. Compliqué !

1

Je ne sais pas si indiquer que le vin vient de l’appellation communale Muscadet de Sèvre et Maine Goulaine (sur gneiss et micaschistes) ou du Château Thébaud (sur granit) ou d’autres parle plus aux consommateurs, mais l’expert (qu’il se lève pour qu’on voie à quoi ça ressemble, un expert) lui, aimera beaucoup. Moi aussi, sans l’être, mon expérience des dégustations selon le type de sol me titille déjà la langue rien qu’à y penser.

 

En 2007

En cette belle année, j’avais écrit dans In Vino Veritas n°128

En Muscadet, le Sol donne le «La»

Tu vois David, il suffit de changer de clé pour changer la musique, en Fa ou en Ut, on n’obtient pas le même résultat, de là à faire un parallèle avec le vin, il y a un pas qu’il me plaît de franchir.

Voici l’article dans son entier…

L’appellation fait en nous vibrer la fibre minérale

Le vignoble fait comme un gros jabot sous la ville de Nantes. Il s’étale de part et d’autre de la Loire côté E, mais s’étend uniquement sur la rive gauche du fleuve dans sa partie S. Le relief de faible altitude, quelques dizaines de mètres, se façonne essentiellement dans des terrains métamorphiques et éruptifs du Massif Armoricain. Ces terrains très anciens orientent grosso modo leur larges bandes de NW en SE.

La plus grande diversité de sols se discerne en amont de Nantes, nappe complexe de roches précambriennes (massif de gabbro du Pallet et affleurements de gneiss, amphibolite, micaschiste, …). En aval de la ville, les formations métamorphiques précambriennes à hercyniennes prennent le relais et installent le lac de Grand-Lieu au sein de leur dépression. Des dépôts éocènes y accentuent le relief par quelques buttes éparses, tandis qu’un placage marin du pliocène recouvre les larges parties déprimées.  

 Salon des Vins de Loire 2014 146

Courte histoire longue

Tout commence au précambrien, il y a 2,5 milliards d’années. Pendant longtemps rien ne se passe. Puis durant l’ère primaire, le socle rocheux va subir plusieurs transformations. Un cycle d’orogenèse (formation des montagnes) étalé sur 250 millions d’années le sculpte. La dernière, l’hercynienne, du Dévonien -400 MA au Permien -245 MA, modèle encore le paysage actuel. Entretemps, l’ère secondaire recouvre les massifs érodés d’une mer qui subsiste jusqu’à la fin du crétacé. L’ère tertiaire relève le massif armoricain durant l’orogenèse alpine et apporte les dépôts éocènes et pliocènes. Enfin, le quaternaire et sa suite de glaciations terminent l’ébauche géologique.

 

Bilan

Les vignes selon l’endroit tirent des minéraux, qui baignent leurs racines, leur substantifique nourriture. Les roches nourricières se divisent pour le Muscadet en quatre origines :

Les roches volcaniques, conséquentes aux phénomènes éruptifs liés aux orogenèses, ce sont ici les granits et les gabbros.

Les roches métamorphiques, transformées par les fortes pressions et les températures élevées survenues durant les phases de bouleversements, comme les gneiss, micaschistes, amphibolites et serpentinites.

Les roches sédimentaires, déposées et compactées avant et pendant l’ère primaire, schistes briovériens (-670 à -540 MA) et siluriens (-435 à -395 MA) et grès armoricains de l’ordovicien (-500 à -435 MA).

Les dépôts tertiaires de sable et sablo-graveleux, localement fossilifères.

 LePallet_2

Riches de ce trésor géologique, le Muscadet nuance son accent en schisteux, granitique, gneissique, ….sans que cela soit spécifié sur l’étiquette, sauf exception.

 

La vibration minérale selon quelques domaines

Vibration qui trouve un écho certes différent selon la sensibilité de chacun, en voici mon interprétation. L’essentiel se résumant à : il y a-t-il ou non résonance minérale ?

 

Granite de Clisson 2001 Sylvain Paquereau Muscadet Sèvre et Maine 

FeldsparsGranite

Sol de Granite de Clisson : granites hercyniens de 300 millions d’années très résistants, mais dégradés en surface, de type porphyroïde, c à d présentant des cristaux de grande taille dispersés au sein de minéraux de taille plus petite.

Vert jaune pâle ; le nez floral qui rappelle l’eau de rose embaumée de violette et de guimauve ; en bouche, les notes florales se mélanges aux fruits, compote de pomme, poire cuite, amande et nèfle, la langue ensuite détaille le minéral et le ressent comme un agrégat à granulosité variable pris dans la gangue grasse du fluide, la fraîcheur modérée goûte la confiture de rhubarbe ; longueur sur la pomme un rien blette, les fruits secs et la fraîcheur.

Élevage deux ans avant mise.

 

Vieilles Vignes 2005 Sèvre et Maine sur lie Domaine Poiron Dabin

granit altéré

Sol de Granite de Château Thébaud : roche d’argile siliceuse issue du sous-sol de granits très altérés.

Jaune d’une luminosité fluo ; nez anisé comme une souris noire (gomme à l’anis), embellis de pétales de fleurs, aubépine et guimauve ; le léger dégagement carbonique éveille les pailles qui détaillent le minéral hérissé, les grains paraissent oblongs, reliés entre eux par un ciment gras, un fil amer passé dans chacun, une pointe d’iode et de sel relève la vivacité et prolonge la finale.

Fermenté à 18°C, élevé 14 mois sur lie.

 

L’Audigène Vieilles Vignes 2005 Muscadet Sèvre et Maine sur lie  Jean Aubron

Gabbro

Sol de Gabbro : roche magmatique de couleur foncée qui content au moins 55% de silice.

Jaune aux reflets  verts; un nez de citron confit; une entrée de bouche assez grasse et un minéral qui résonne d’un timbre mat, cela se traduit par une trame au tactile épais, comme une étoffe lourde qui de sa masse structure le vin. La fraîcheur met en exergue les agrumes et les épices, dessins élégants aux contours amers qui viennent embellir le tissu minéral.

Fermenté à basse température, élevé sur lie.

 

Terroir des Cossardières 2001 Sèvre et Maine sur lie Jean Claude Couillaud

gneiss

Sol de Gneiss sur schistes de Goulaine : roche d’aspect grossier composée de lits sombres de minéraux ferromagnésiens (micas, amphiboles) et de lits clairs de quartz et de feldspaths. Le Pain de Sucre qui domine Rio de Janeiro en est fait. Le schiste présente une structure feuilletée due au compactage des argiles de formation.

Jaune pâle aux entournures vertes ; de l’iode au nez irisé de verveine et de tilleul ; un gras d’entrée buccale, puis le minéral déboule sans attendre, grains hyper fins, très acérés, ils s’étirent souples et serrés comme le fil d’une lame. Une fleur de fenouil et un pétale de fleur d’amandier viennent se déposer sur la lame minérale. Quelques signes d’évolution se remarquent par les traces de fruits secs et le confit des agrumes qui se mêlent aux nuances cristallines. 

Pas de levurage, fermentation à 18°C. Élevé 30 mois sur lie. Récolté le 18 septembre 2001, mise le 2 avril 2004.

 

Haute Carizière 2006 Sèvre et Maine sur lie Domaine Bid’Gi

3382313

Sol de Micaschiste : roche feuilletée, entièrement cristalline, où les lits de mica alternent avec ceux de quartz ; le feldspath est absent. Elle se reconnaît facilement à son aspect feuilleté et brillant dû à l’abondance de mica.

Jaune citron ; un nez de camomille romaine, de racine de réglisse ; une structure établie sur le minéral tactile, grains assez gros, au modelé croquant, sur lesquels poussent les arômes floraux de violette et d’églantine, et fruités de groseille blanche et citron vert, ces derniers parfument la fraîcheur assez vive du vin.

Fermentation thermo régulée à 18°. Elevage sur lie, bâtonné 6 mois, non collé.

 

Amphibolite Nature 2006 Jo Landron  Muscadet Sèvre et Maine sur Lie

Amphibolit

Sol d’Amphibolite : roche métamorphiques pauvres en silice de couleur verdâtre, elles résultent de la cristallisation de roches magmatiques et se composent principalement d’Amphibole (silicate de fer, de calcium ou de magnésium) et de feldspath.

Jaune à reflets verts ; le nez légèrement anisé, poivré, viennent rapidement des parfums de fleurs séchées, de feuilles de tomate soutenu par une note iodée ; minéral tranchant en bouche, accentué encore par la vivacité du milieu fruité qui allie agrumes et groseille à maquereau, de l’amande adoucit le transport acidulé et met comme un baume sur le rasoir cristallin, la longueur retrouve les fruits et y ajoute de la pomme râpée très légèrement teintée de fève de tonka (ça, ça le fait !).

Fermentation sur lie, mise non filtrée.

 

Le Vigneau 2006 Muscadet Sèvre et Maine sur lie  Domaine De Guérande

Serpentinite

Sol de Serpentinite : roche tendre de couleur jaune à vert foncé, son aspect écailleux fait penser à la peau de serpent, elle se compose à plus de 75% de serpentine. 

 

 

2. 2 l’ère secondaire

Blanc jaune ; le nez floral avec un rien de poire et de pierre à fusil ; minéral en bouche, mais qui se différencie en minéral tactile, texture en léger relief, aux grains fins maintenu dans une matrice grasse, presque onctueuse. Et en minéral aromatique, arôme d’anis et d’ail léger relevé de silex frottés. Le floral habituel du Melon vient enrichir les nuances cristallines. Le dégagement carbonique amplifie les perceptions et renforce la fraîcheur.

Fermentation à basse température, élevage sur lie.

 

Les Granges 2006 Muscadet Côtes de Grandlieu sur lie Serge Batard

sol-argileux-540x405

Sol de sables argileux sur micaschiste : dépôts marins de sables éocènes mêlés d’argiles sur lit de micaschistes.

Jaune paille ; nez en zestes d’agrume, pamplemousse, citron et orange amère ; élégant, aérien, le minéral devient ici cristallin, comme transparent, sa résonance se répercute en vagues successives et fait l’effet d’un frôlement sur les papilles. La légère amertume délie la structure, la rend encore plus légère, juste reliée à la terre par un lacis de fraîcheur au goût de citron vert.    

Fermentation thermo régulée, élevage sur lie.

 Le Pallet

 

Pour tenter de convaincre David et autres sceptiques (à raison), il faudrait sans doute se concocter une dégustation qui limite les paramètres. Vins de cuve, même millésime, même type de vinification et de temps d’élevage, et au moins une demi-douzaine d’échantillons par type de sol (c’est à dire de commune), histoire de voir si on peut dégager des traits communs aux vins issus d’un sol identique.

Il faut bien entendu garder à l’esprit que le facteur sol n’est qu’un petit fragment du spectre aromatique ou structurel d’un vin et que sa mise en évidence demande une recherche spécifique.

  

Kenavo

Loire 

Marco

 


16 Commentaires

Mixed bag: cinq blancs de la Loire et un du Rhône

Oui, je sais que mon titre est en anglais. Et oui, je sais bien que la Loire est le terrain d’expertise de Jim. Mais on a bien le droit de traverser les lignes de temps en temps, non ?

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’outrecuidance de me plaindre, très légèrement (https://les5duvin.wordpress.com/2013/11/11/journees-ordin… ) des difficultés de notre métier et des déceptions qui peuvent parfois déferler par vagues parmi les échantillons que nous recevons. Je vais tenter de redresser un peu ce tableau sombre en vous parlant de cinq vins blancs de la Loire, dégustés un matin il y a peu de temps, et qui m’ont tous parus dignes d’intérêt, pour des raison diverses et à des degrés variés. D’où mon titre « mixed bag » car j’ignore son équivalent en français. Cette expression anglaise signifie, au sens propre, « un sac rempli de choses diverses ». Miscellanae serait son équivalant en latin. Si quelqu’un peut m’éclairer en français ?

5 LoiresCinq de la Loire, quatre cépages mais un air de famille quand-même

J’ai donc décidé l’autre jour de déguster tous les échantillons de vins blancs de Loire que j’ai trouvé dans ma cave d’échantillons. Il y en avait cinq, issus de 4 sous-régions différentes et de 4 cépages différents. Les sous régions sont Centre-Loire, Touraine, Haut Poitou et Loire Atlantique, et les cépages sont chasselas, sauvignon blanc, chenin blanc et melon de bourgogne.  Donc aucune comparaison directe à faire entre eux, d’autant plus que les millésimes n’étaient pas les mêmes. Néanmoins cela donnait une sorte de voyage le long de la Loire, entre Muscadet et Sancerre en remontant un peu en zig-zag et à l’aide d’une machine à remonter le temps.

Voici les vins et les commentaires qu’ils m’ont inspirés :

Muscadet Sèvre et Maine sur Lie 2007, Chéreau Carré, cuvée Réserve Numérotée

Ce flacon-là j’ai du un peu l’oublier, vu la date. Mais, je me disais, c’est aussi l’occasion de voir comment ces vins-là vieillissent, même pas très bien stockés.  Effectivement la couleur n’est plus d’une jeunesse éclatante. Il est même franchement jaune paille, tirant vers l’ambre. Le nez confirme cette oxydation nette mais, en même temps, est complexe, mêlant des notes de type fumé et foin avec le pain et l’écorce d’orange. La rondeur du temps a bien atténuée l’acidité de la jeunesse en bouche, mais ce vin a encore du répondant avec des saveurs légèrement miellées et épicées. Est-ce que c’est parce que j’aime les Xérès que ce vin me parle ? Sans doute. (Et j’en boirais, de ce grand d’Andaloisie, très bientôt en souvenir de Michel Creignou : voir l’article de Michel Smith de samedi). Je pense que beaucoup considéreraient de muscadet comme « passé », mais je l’aime bien et il souligne la capacité de garde des meilleurs vins de la région.

Pouilly-sur-Loire, Chasselas 2010, Terroir d’Antan

Maintenant le cépage chasselas, devenu, en matière de vin, une rareté en dehors de la Suisse, est revendiqué comme un cépage oublié. Je n’ai pas encore dégusté un vin de ce cépage qui m’a emballé, mais celui-ci est plaisant. La robe est en contraste totale avec la précédente : très pale, presque translucide. Le nez est assez discret, un peu souterrain mais agréable avec des notes de champignon de Paris et de fruits blancs. C’est sa vivacité en bouche qui m’a surpris, donnant un aspect salivant à un ensemble simple.

Montlouis-sur-Loire, Premier Rendez-Vous 2011, Lise et Bernard Jousset

La robe est plus teintée, disons jaune pêche. Petite présence de gaz. Ce vin est le seul de la petite série a s’être altéré par contact avec l’air dans l’espace de 24 heures entre mes deux dégustations. Peut-être manque-t-il d’un peu de soufre ? Il était très agréable, fin et tendre quand je l’ai ouvert pour la première fois, mais au bout de 24 heures ses saveurs s’étaient un peu émoussées, faisant ressortir un peu d’amertume (raisonnable et pas déplaisant) de son cépage chenin.

Haut Poitou, Sauvignon, Sainte Pézenas 2011, Cave de Haut Poitou

Cette production de la (maintenant) défunte Cave de Haut Poitou, est aussi pâle et lumineux de robe que le Pouilly-sur-Loire. Nez perçant, très typé sauvignon selon les canons qui semblent dominer dans ce type de vin. Ce style, fait de verdeur (pyrazines, je crois) n’est pas celui que je préfère, mais c’est honnête et a la mérite de la franchise. A l’aération il a montré des notes plus aimables et complexes. Fermement campé sur son acidité en bouche, mais pas seulement car il a aussi une belle matière fruitée. Un vin honnête et vivifiant.

Sancerre, La Bourgeoise 2010, Henri Bourgeois

J’ai des réticences devant le bouteille lourde et l’étiquette ringarde mais l’habit ne fait pas le moine et ce vin est très bon. Robe brillante et nez riche qui mêle notes subtiles issues, je pense, en partie de son élevage mais aussi de la belle vivacité de sa matière première. La petite nuance de rondeur apportée par l’élevage est très bien dosée et n’estompe nullement la finesse du fruit, ni sa tonicité naturelle. Ce très beau vin recèle une bonne persistence sans quitter le domaine de l’élégance.

Que dire en conclusion ?

Voilà la preuve que des dégustations improvisées peuvent donner des bons résultats. Mais, plus intéressant, il y a quand-même une aire de famille à tous ces vins, dû certainement au climat ligérien. Je sais bien que Sancerre est assez loin de Nantes, mais la latitude ne change pas et le climat est globalement le même, à des nuances près. Les cépages laissent évidemment leur marque, comme le millésime et des détails de vinification ou de vieillissement. Mais, si j’avais à grouper mes vins sur une carte de restaurant par grande typologie gustative, ces vins blancs se trouveraient tous sous un titre du genre « léger et vif » . Tout cela tient la route et il n’y avait pas de mauvais vin dans le lot. Mais est-ce qu’on finirait ces bouteilles ?

Cairanne Blanc BoissonUn contraste bienvenu avec ce beau vin du sud. Non, l’acidité comme support principal d’un vin n’est pas toujours si agréable.

Peut-être, si bien accompagné en mets et en compagnie, mais j’ai quand même cédé, en fin de journée, aux joies plus voluptueuses d’un excellent Cairanne blanc 2012, du Domaine Boisson, riche mais bien équilibré. Sauf à être un janséniste convaincu, on ne peut pas prendre son plaisir tout le temps dans les rets tranchants de ce que certains se plaisent à appeler pompeusement de la « tension minérale », et que j’appelle simplement de l’acidité.

David

(texte et photos)


2 Commentaires

Jusqu’au Réveillon : Blanc de noirs vendéen et Muscadet primeur à gogo !

Les hideuses décorations de fin d’année polluent déjà les rues de ma ville. Raison de plus pour se poser la question : si on s’amusait un peu tout en préparant (déjà ?) le Noël qui ne saurait tarder ? Plutôt que de subir les traditionnelles risettes de fin d’année, les blagues lourdes des copains et les conflits de famille qui resurgissent chaque année, plutôt que de se noyer dans le triste Champagne « maison » qui n’a pas évolué de style depuis les années d’après guerre, pourquoi ne pas s’amuser à sélectionner les bouteilles qui feront sensation ? Pour vous, j’en ai retenu deux. La première que j’ai devant les yeux renferme un vin franc, beurré à souhait, subtilement noisetté, gentiment grillé, gras, long en bouche, riche et généreux. pas si mal, non ?

Photo©MS

Photo©MS

Mieux, ça se boit à pleine bouche laissant place à une fraîcheur sensationnelle au palais, fraîcheur que l’on peut imaginer plus croustillante et briochée en finale lorsque le vin sera encore plus abouti d’ici quelques années de garde. Le vin ayant des bulles et un beau cordon de mousse, vous pensez inévitablement à un grand Crémant de Bourgogne, ou mieux à un de ces remarquables Champagnes de l’Aube ? Trop facile, d’autant plus que le flacon est vraiment bien habillé comme vous pouvez en juger ci-dessus. Eh bien non, ce vin, parfait piège au passage pour une dégustation à l’aveugle entre potes, n’est ni Crémant, ni Champagne. Il vient de Vendée et pour ne rien vous cacher, c’est une amie, Laure, qui me l’a envoyé. Vous me direz que c’est son job, puisqu’elle est attachée de presse…

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Elle est efficace cette Laure Pradel et elle a plutôt intérêt à être aussi réactive, vu que l’un de ses clients, l’auteur de ce vin, est Jérémie Mourat, un jeune homme aussi dynamique qu’entreprenant, un sacré farceur aussi dont j’ai pu apprécier l’humour à maintes reprises chez mes amis les Tulasne, aux Sables d’Olonne. Non dosé, dégorgé en Octobre dernier, composé d’un bon pourcentage de vins de réserve, le plus ancien étant de 2008, ce pinot noir planté sur schistes du côté de Mareuil-sur-Lay, administrativement qualifié de « vin mousseux de qualité » possède, je l’affirme, l’une des contre-étiquettes les plus informative du moment, ce qui m’évitera bien du blabla. Recommandé sur un chocolat noir entre 70 et 80 % cacao ou sur des toasts de foie gras mi-cuit. Ou sur des pommes à la cannelle cuites au four…

Bien que négociant, Jérémie Mourat n’en est pas moins vigneron et les raisins sélectionnés proviennent de son propre domaine. Comme par hasard, il s’est lié d’amitié avec un presque voisin vigneron du Muscadet, un autre Jérémie, Jérémie Huchet pour être plus précis. Un brin facétieux, les deux gars, déjà auteurs d’une série de crus du Muscadet baptisée « Les Bêtes Curieuses » auxquels j’ai déjà consacré un article l’hiver dernier, ont remis le couvert histoire de rappeler qu’il n’y a pas que le Beaujolais qui a droit aux primeurs. Ensemble, ils ont concocté une jouissive cuvée de Muscadet Sèvre et Maine Primeur sans SO2, fermentée sur ses levures indigènes, un joyeux flacon de 2013 que je vous recommande de boire sans retenue toutes affaires cessantes. 

Photo©MS

Photo©MS

Le nom de ce vin ? « Le Lapin de 6 semaines ». Rien que pour l’étiquette, vous vous devez de l’avoir ! Mais boire ce vin à la robe cristalline alors que le pays a la sinistrose, ça vous requinque le morale ! Moi, je l’aime sur une assiette de petites crevettes grises croquées une fois posées sur une tartine de pain de campagne bien beurré au Bordier (beurre aux algues, de préférence), mais je reconnais que ce vin à la fois vif, soyeux et léger, se conduit fort bien sur les langoustines juste poêlées et même sur les amuses bouches à base de charcutailles. Dépêchez-vous car il n’y en a que 6.500 bouteilles et tout doit être bu avant la fin de l’année. Son prix : 6 € départ-cave si vous appelez de ma part Jérémie Huchet en son Domaine de La Chauvinière, au 02 40 06 51 90, ou au Domaine Mourat au 02 51 97 20 10. Bravo les petits gars !

                                                                                                Michel Smith

 


7 Commentaires

Les Muscadets avec les autres

Il y a des bonnes idées qui sont parfois mal exploités. Prenons le cas du caviste Yves Legrand, également marathonien, triathlète, Iron Man, et plus encore à 66 ans, mais aussi vigneron, vendeur et buveur de vin, basé à Issy-les Moulineaux. Ulcéré pas le bas prix et la renommé sinistrée des vins de Muscadet, cet homme s’est mis en tête d’aider les meilleurs vins de cette appellation en grande difficulté à se vendre à leur juste prix, c’est à dire au niveau des bons vins blancs d’ailleurs. Et il a proposé une opération de promotion formidable auprès de tous les cavistes de France qui a capoté par la bêtise de quelques administratifs hors contact avec le terrain. Passons!

Car Yves Legrand a eu une autre très bonne idée : confronter une sélection de bons vins de Muscadet à quelques bons vins blancs d’autres régions de France, à l’aveugle et avec avec un jury de journalistes. Jeudi 18 avril j’ai donc pu participer à une dégustation de 17 vins blancs, dont 7 Muscadets. Les vins étaient issu de différents millésimes et tous vendus par Yves dans ses boutiques, sauf 6 des 7 Muscadets. Les prix variaient de 8 euros à 100 euros, avec les 7 Muscadets occupant le créneau bas, entre 8 et 13,50. Tous les vins étaient mis en carafe à bonne température identique, numérotés, et les dégustateurs fixés sur deux objectifs : (1) Noter son plaisir sur 20 et (2) Indiquer le prix que nous pensions mettre sur chaque vin dans le commerce.

Muscadet 1

Les dégustateurs au travail dans les belles caves en craie du Chemin des Vignes, à Issy-les-Moulineaux (photo David Cobbold)
 

Nous ne savions rien de l’origine des autres vins, et le but, bien souligné par Yves, n’étaient pas de dire que le Muscadet écrase tout, ou bien le contraire, mais simplement de donner sa chance à ces vins dans un univers concurrentiel large et ouvert. On l’a découvert pour certains vins pendant le dégustation, pour d’autres après : cet univers (hors Muscadet) était aussi large sur le plan géographique, allant de L’Alsace au Roussillon en passant par la Bourgogne et la Loire que sur celui des prix (10 à 100 euros) ou même de l’âge des vins (1985 à 2011).

Muscadet 2

L’alignement des 17 vins, après la dégustation et devant le vignoble du Chemin des Vignes, dont le vin était présent et n’a pas démérité : numéro 9, au milieu (photo David Cobbold)

Deux ou trois généralités me semble significatives à la suite de cette belle expérience. D’abord il n’est pas toujours facile de reconnaître un Muscadet à l’aveugle dans ce type de dégustation. Tel n’était pas le but de l’opération, mais je n’ai pu identifier à l’aveugle que 4 sur les 7. Ensuite, comme mes collègues, j’ai systématiquement sur-évalué les Muscadets servis, ce qui indique déjà quelque chose. Enfin un des Muscadets a reçu la meilleur note de tous les vins de la séance, et ce vin ne vaut que 8,50 euros. Dans les notes moyennes, le Muscadet Sèvres et Maine 1999 de Château du Coing de Saint Fiacre, de Chéreau-Gunther a battu, de peu, le Bourgogne 2009 du Domaine Leflaive (qui vaut plus de 3 fois son prix) et la Grande Cuvée du Domaine de l’Hortus (qui en vaut plus que le double).

Muscadet 3

Mes 5 Muscadets préférés (photo David Cobbold)

Mon petit hit parade perso était :

15,5/20). Bourgogne Domaine Leflaive 2009

15,5/20). Domaine de l’Hortus Grande Cuvée  2010

15/20). Muscadet Domaine de l’Ecu 2005 expression de Granit

15/20). Pessac Leogan, Château de Fieuzal 1985

15/20). Muscadet Sèvre et Maine, Clos du Bon Curé 1999

15/20). Vouvray Clos de la Bretonnière 2011, (Jacky Blot)

15/20). Muscadet Côtes de Grand Lieu, Domaine de l’Aujardière 2003,

Muscadet 4

Deux de mes vins préféres, Muscadets tous les deux (photo David Cobbold)

Muscadet 5

Ce qui signifie une fourchette de prix allant de 8,60 euros à 100 euros pour des vins qui m’ont donné autant de plaisir !

Que conclure ? Qu’il est maintenant évident pour moi, comme pour tous les autres participants à cet exercice,  que les bons vins de Muscadet sont du niveau d’autres bons vins blancs de France de partout. Et qu’ils méritent d’être vendu un peu plus cher que n’est le cas actuellement, de l’ordre de 10 à 15% au moins, selon le cas.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 13 142 autres abonnés