Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


8 Commentaires

Peillon, le déterminisme, l’éducation et le vin

Crédité d’un peu moins de 7% des suffrages (soit un peu plus 100.000 votes), Vincent Peillon est un des grands perdants des récentes primaires de la gauche.

Je ne vais pas faire semblant de le plaindre, car sur bien des points, je suis aux antipodes de sa pensée. Certaines de ses déclarations me déplaisent même souverainement.

Comme celle qu’il a faite, il y a deux ans, alors qu’il était encore Ministre de l’Education:

«Le but de la morale laïque est d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel».

471px-Vincent_Peillon_le_1er_juin_2012_au_rectorat_d'Orléans.JPG

Vincent Peillon, ancien ministre de la morale laïque (Photo: Rectorat 45)

Difficile de dire dans quelle mesure M. Peillon, fils de banquier communiste, descendant d’une longue lignée de militants (ce qui est tout à fait respectable) et d’ascendance juive alsacienne par sa mère, a lui même souffert du déterminisme auquel il prétend arracher nos enfants. Morale laïque ou pas, il est lui-même dans le droit fil des engagements de ses parents.

Mais là n’est pas ma question principale.

Dans le schéma mental de M. Peillon, je me demande s’il y a encore une place en France pour des appellations d’origine. Dire qu’un vin est d’ici, n’est-ce pas du déterminisme géographique? Voire ethnique?

Si un parent d’élève ne peut se revendiquer Berrichon ou Niçois, Catholique, Juif ou Musulman, lettré ou analphabète sans risquer d’obérer gravement les chances de développement de sa progéniture, si le fait de vouloir transmettre des valeurs familiales comme l’attachement à sa langue, à son histoire, à ses traditions locales, à une certaine conception de la famille… est critiquable, comment un vigneron peut-il revendiquer un terroir, comment un vin peut-il être « né quelque part »?

De plus, dire qu’un grand cru est meilleur qu’un simple vin de table, c’est établir un jugement de valeur, c’est défier la notion selon laquelle les vins, comme les hommes et les femmes, naîtraient libres, égaux, et éventuellement médiocres.

Alors il faut choisir, Peillon ou Peynaud. J’ai choisi. Sans doute un déterminisme familial.

Hervé Lalau12171272743_5a206b298d