Les 5 du Vin

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Belle dernière bouteille

Belle dernière bouteille bue, celle qui m’a laissé un plaisir immédiat, une jouissance subtile tout au long de sa dégustation et un souvenir à la fois délicat et bien imprimé dans ma mémoire parfois balbutiante. C’est l’apanage des grands vins, en l’occurrence le Grand Blanc 2014 de Peter Fischer, son agréable Chardonnay provençal REVELETTE.

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En voici la description prise sur le vif:

Grand Blanc 2014 Vin de Pays des bouches du Rhône

Doré vert lumineux, il offre un nez délicat qui hume l’anis vert et la verveine, la pâte de pistache parfumée de curcuma, l’amande effilée saupoudrée de poivre blanc, tout en note subtile qu’il faut attendre un peu, mais dès qu’elles s’expriment, c’est la promesse d’une suite à la hauteur de nos papilles parfois exigeantes. En bouche, le duo salé acide donne le ton, la dynamique, tel un rouage bien huilé par l’onctuosité du vin. Il nous emmène dans une spirale qui s’inverse toutes les trois gorgées pour revenir du grillé au fruité, du floral à l’épicé, de la fraîcheur au torréfié. Va et vient qui sans cesse nous apporte quelques subtiles notes supplémentaires – de fenouil, de thym, de mandarine, d’aubépine, de fenugrec, … histoire de nous faire comprendre que le Grand Blanc est un grand vin. Qu’aujourd’hui comme demain, il nous prodigue avec générosité toute sa complexité dont certes les perceptions évolueront.

C’est construit, c’est subtil, on y trouve de l’immédiat, on y découvre de la profondeur, de la densité, mais en toute simplicité.

Merci Peter !

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www.revelette.fr

La vinif du vin pour ceux qui aiment le côté technique : 100% Chardonnav de Provence, plutôt du Nord de la Montagne Sainte Victoire. Un style « Blanc du Rhône », surtout pas « Nouveau Monde » : 1/3 vinifié en cuve (la goutte), 1/3 en foudre (les petites presses) et le reste en barrique (avec des presses serrées qui résistent au bois).

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Ce vin, je l’ai servi avec une poularde au Vin Jaune et aux morilles, il n’a pas déçu, au contraire, son expression raffinée s’est jouée de la force du plat comme une ballerine virevoltante. Je vous souhaite autant de plaisir pour cette fin d’année.

D’ici là, buvez et mangez bon

 

Ciao et bonne année

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Marco   


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#Carignan Story # 175 : L’Infernal et la mise au point

Retour sur cette histoire du Samso que j’évoquais dans ma rubrique l’autre Dimanche, article dans lequel j’implorais mes amis Vincent Pousson et Ivo Pagès de me trouver une explication logique et linguistique à mon questionnement. Ivo qui, tel un gros chat catalan vit une sorte de retraite dorée à deux pas de la maison du Maître, à Cadaquès, d’où il commercialise aussi du vin, Ivo, donc, me fait savoir ce qu’en éternel étourdi de première j’avais tout bêtement oublié : le terme « Samso » est utilisé en Catalogne tout simplement pour qu’il n’y ait pas de confusion possible avec la DO Cariñena, cette appellation (et cette ville aragonaise) où, souvenez-vous, il n’y a plus beaucoup de pieds de Carignan (ou Mazuela) mais bien plus de Grenache noir, de Cabernet Sauvignon et de Tempranillo. Promis, j’y reviendrais un jour… avec une excursion probable dans l’espoir de vous ramener, qui sait ?, un vrai Carignan de Cariñena.

L'une des vignes du Trio Infernal. Photo©MichelSmith

L’une des vignes du Trio Infernal. Photo©MichelSmith

Cette mise au point effectuée, j’en profite pour bourlinguer avec vous un fois de plus sur le sol Catalan (et Espagnol pour ne pas froisser certains…) en bifurquant encore plus au Sud vers ce pays qui ressemble à s’y méprendre à nos spectaculaires paysages du Fenouillèdes pourtant situés à 300 km plus au Nord. Je me remémore un passage dans ce beau village de Torroja où, de ma chambre d’hôtel, je pouvais distinguer les vignes du Trio Infernal dont j’avais pu goûter quelques bouteilles en compagnie de Pepe Aguilar dans le n°65 de ma désormais célébrissime et dominicale chronique carignanesque. Pepe, c’est l’homme de mains, si j’ose dire, de Peter Fischer (Coteaux d’Aix-en-Provence), Laurent Combier (Crozes-Hermitage) et Jean-Michel Gerin (Côte-Rôtie).

Pepe, le génial gardien du Trio. Photo©MichelSmith

Pepe, le génial gardien du Trio. Photo©MichelSmith

Sur les 10 ha du vignoble « infernal », une part non négligeable est constituée de vieux carignans – dont des vignes centenaires en fermage – et, depuis 2002, date de leur arrivée, les trois copains ont même replanté ce cépage sur un hectare. Tout cela sur du schiste. Lors d’un mémorable et trop court séjour cet hiver à Revelette, chez Sandra et Peter Fischer, j’ai pu goûter deux millésimes de sa cuvée la plus recherchée, celle qui est constituée de ses carignans les plus anciens. Un cadeau que je dois à la générosité de Peter.

Un extraordinaire 2007. Photo©MichelSmith

Un extraordinaire 2007. Photo©MichelSmith

Priorat 2007 (pur Carignan de vignes centenaires à 400 m d’altitude pigés en fûts de 500 litres ouverts durant 5 semaines, puis élevage en fûts neufs de 500 litre sur 18 mois). Très complexe et varié, le nez s’ouvre immédiatement et évolue très rapidement comme s’il avait un besoin urgent de s’exprimer. C’est la finesse qui s’impose avec des notes de mine de crayon, des fruits rouges grillés et un léger boisé. Impression suave en bouche avec, comme pour retenir l’attention, une forme de grésillement qui vient se mêler à la sensation d’épaisseur. Longueur infinie. 4000 bouteilles produites sur 3,8 ha. 65 € à la boutique du Château Revelette  à Jouques.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Priorat 2008 « Aguilera » (la même vigne que pour le précédent, vin qui était étiqueté « N° 2/3 » et qui, à partir de 2008, prend le nom d’Aguilera (nid d’aigle), tandis qu’à partir du millésime 2011 apparaîtra un deuxième vin « Fonsclar » (petit bourgeois) associant trois terroirs d’altitudes différentes). Plus fermé au nez comme en bouche, c’est surtout la fraîcheur qui s’exprime avec force et conviction. Magnifique de texture, le vin est très serré et demande encore d’attendre 2 à 3 ans avant de se libérer.

Les falaises de Montsant délimitent une partie du Priorat. Photo©MichelSmith

Les falaises de Montsant délimitent une partie du Priorat. Photo©MichelSmith

Deux grands vins.

Michel Smith


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#Carignan Story # 162 : Dans les collines aixoises, avec du rosé…

Fin de journée d’hiver dans l’arrière-pays d’Aix-en-Provence. Après une journée active passée avec Peter Fischer dans ses vignes bio du Château de Revelette qu’il finissait de tailler avec ses hommes, l’heure était à la détente. Provençal dans l’âme, volontiers partageur, amoureux de son « terroir le plus froid de la Provence », « Piteur », comme on l’appelle ici avé l’accent, avait rassemblé sur un simple coup de fil quelques uns de ses voisins et amis. Une petite armée vigneronne s’était mise à table chez la belle brune Christine Charvet dans sa géniale pizzeria-guinguette de Jouques où le vin occupe une place de choix. Une adresse que je recommande chaudement. Au passage, Jouques est un délicieux village où il fait bon passer un week-end vigneron entrecoupé de randonnées. Mais revenons à notre réunion. Mots d’ordre de la soirée : convivialité, déconnades en tous genres et Carignan à gogo sans ordre précis, sans cérémonial. Vaste et beau programme.

Peter Fischer, un vigneron toujours dans le vent. Photo©MichelSmith

Peter Fischer, un vigneron toujours dans le vent. Photo©MichelSmith

Je ne parlerai pas du « Pur » de Peter, vin déjà évoqué il y a peu dans cette même rubrique. Pas non plus du Carignan des absents. Mais je vais vous dire du bien de deux vins de couleur rose, pour une fois, deux cuvées qui mettent en avant mon cépage chéri.

-IGP Var 2012, Domaine de La RéaltièreL’ineffable et sympathique ingénieur agronome Pierre Michelland (je vous ai déjà parlé de son rouge « Cul Sec » 2011 l’an dernier) avait apporté son rosé brut de cuve dont la mise n’était plus qu’une affaire de jours, un vin qui ne sera pas filtré et qui comporte 80 % de carignan noir vinifié en pressurage direct et agrémenté de 20% de clairette. Comme son rouge, il pète la forme et se distingue par sa carrure et sa droiture. Vraiment à l’aise sur les délicieuses pizzas. Son « Chant du Coq » blanc 2011 à 80% carignan blanc, le reste en sauvignon, se défendait pas mal aussi en dépit d’une petite touche sucrée en finale.

Pierre Michelland, de la Réaltière. Ses vins sont aussi souriants que lui ! Photo©MichelSmith

Pierre Michelland, de la Réaltière. Ses vins sont aussi souriants que lui ! Photo©MichelSmith

Côteaux-d’Aix 2010, Domaine La Chapelle Saint-Bacchi. Christian Valensi travaille aussi l’olivier et le lavandin. Sous le même nom cuvée, « Carpe Diem », il vinifie un pur alicante, réalise chaque année un rosé confidentiel (1.300 bouteilles, 9 € départ cave, il en reste encore un peu) cent pour cent carignan issu d’un pressurage direct vinifié d’abord en cuve avec une légère macération à froid, puis un élevage en barriques (de deux vins blancs) pour quelques mois. La robe, légèrement évoluée, a des tonalités orangées du pus bel effet et le vin, qui a conservé son fruit, offre de jolies notes grillées, là aussi légèrement sucrées. On le verrait bien sur un poulet thaï ou des crevettes grillées pas trop épicées. Le 2011 a été zappé et le prochain (2012) sera à 80% carignan.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Dans ce pays Aixois entre Sainte-Victoire et Luberon, le carignan qui n’a pas été arraché sur les conseils des techniciens agricoles, donne quelques espoirs aux vignerons de produire des vins différents dans une région qui, de toutes façons, n’est pas comparable au reste de la Provence viticole. Le seul problème qu’ils évoquent en parlant de ce cépage est que, dans cette zone au climat septentrional, la maturité est rarement satisfaisante à leurs yeux.

Christian Valensi, de La Chapelle Saint-Bacchi. Photo©MichelSmith

Christian Valensi, de La Chapelle Saint-Bacchi. Photo©MichelSmith

Reste que je suis sûr qu’en prenant quelques risques, comme Peter Fischer et Pierre Michelland l’ont fait avec leurs rouges, ils arriveront en poussant les maturités à vinifier de fort jolis vins de Carignan. C’est tout ce que je leur souhaite ! En attendant, on a de beaux rosé et c’est déjà pas si mal…

                                                                                                                     Michel Smith


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#Carignan Story # 159 : Un pur du côté d’Aix

Depuis la fin de ses années d’études à Davis, en Californie, où il a empoché un Bachelor of Science et, à la clé, son installation dans la partie la plus froide du Pays d’Aix en 1985, Peter Fischer a fait de son Château Revelette un des hauts-lieux du vin provençal. Un quart de siècle plus tard, il a évacué de son esprit une première période novatrice, où sa vision du vin était bien plus calquée sur celle d’un marché, pour se concentrer désormais sur un style plus fondamental mettant en exergue les qualités intrinsèques des différentes parcelles qui composent son domaine. Quelque chose de plus créatif, d’inspirant, de plus pur.

PUR CARIGNAN 2011 (2)

Pur, voilà donc le sujet. Les cépages cabernet sauvignon et syrah sont toujours bien en place à Revelette, mais d’autres, implantés ici depuis des lustres ont aiguisé son cerveau de chercheur. La chevelure folle de Peter coiffe désormais une tête tournée vers le retour à la nature, le retour à l’essence même du vin. Les élevages se sont précisés et la composition de la gamme Revelette s’en est trouvée plus affûtée notamment avec la création de « Pur », une série de quatre vins très personnels que je vous laisse découvrir sur son site. Outre un ugni blanc droit dans ses bottes et plein de sève et un rosé ensorceleur où le Carignan est présent aux trois quarts, associé au Rolle (ou Vermentino) et à la Syrah, le rouge « Pur » Carignan, étiquette noire (la rouge est pour le grenache) simple Vin de France 2011 actuellement accessible à la vente pour 15 € départ cave, a retenu, vous vous en doutez, toute mon attention.

Provenant d’une parcelle de vignes d’une cinquantaine d’années sur argiles rouges très caillouteuses, « Pur » Carignan, c’est d’abord un très joli nez, à la fois complexe et fin, posé sur des tonalités chaudes, terriennes, minérales et épicées. Élevé en barriques usagées, très peu soufré, le vin joue sur l’équilibre, la distinction, sans oublier le fruit qui se manifeste sans excès en finale. Une belle longueur que l’on retrouve aussi sur l’excellent 2010 (plus en vente, mais toujours bien marqué par la fraîcheur), souligne ce vin qu’il faut attendre encore 2 à 3 ans à mon avis, sachant qu’il aura atteint son vrai sens probablement d’ici 2010.

Peter Fischer, à gauche du Chef, et sa bande de vignerons amis sur le sommet le plus haut de leur cru. Photo©DR

Peter Fischer, à droite du chef, ou quatrième en partant de la gauche, et sa bande de vignerons amis sur le sommet le plus haut de leur cru. Photo©DR

Peter Fischer fait partie d’une bande de copains vignerons, tous voisins de Revelette, qui chaque année, organisent au sommet de la Vautubière, commune de Jouques, à 600 mètres d’altitude, une Envie Épicurieuse en compagnie du chef Olivier Scola (Ze Bistro) d’Aix en Provence. Le but : faire connaître les vins de la Provence septentrionale où le Carignan a encore son mot à dire dans plus d’une cuvée. Bloquez donc la date du Samedi 25 Mai prochains sur vos calendriers ! Vous investirez 75 € dans une journée qui s’annonce mémorable ! J’y reviendrais peut-être dans quelques mois…

Michel Smith