Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Souverains poncifs 

C’est fou le nombre de bêtises qui circulent dans le domaine du vin, transmises de génération en génération, de sommelier en sommelier, de critique en critique, de buveur en buveur. Légendes urbaines, on-dits, souverains poncifs, ou simples conneries, parfois teintées de snobisme. Et l’âge ne fait rien à l’affaire. Une vieille bêtise reste une bêtise. En voici quelques unes, avec, quand c’est possible, le contre-exemple, en guise d’antidote…

 

Le Champagne fait moins mal à la tête que les autres bulles

Contre-exemples: innombrables (de migraines, aussi bien du côté du Champagne que des autres bulles); et pourtant, c’est vrai, on lit toujours ce genre d’affirmations mal étayées sur des sites de référence et même dans des sondages, preuve que la Champagne entretient bien son image de produit de luxe… et peut, parfois, faire preuve de mauvaise foi (l’histamine a bon  dos, pourquoi les Chardonnay-Pinot de Loire, du Jura ou de Bourgogne en auraient-ils moins que ceux de Champagne?).

Les blancs du Sud sont lourds

Les vins d’Espagne sont alcooleux

Contre-exemples: les vins de Galice (et bien d’autres).

Le Porto est un vin d’apéritif

Contre-exemple: le mode de consommation anglais du Porto, qu’on qualifiera de diversifié – cela va du foie gras au fromage, en passant par le chocolat, sans oublier le cigare. Dans sa nouvelle « The Choice of Amyntas », Somerset Maugham a d’ailleurs écrit de fort belles choses sur la façon de boire entre un et quatre verres de Porto, selon l’effet recherché, et en dehors des repas.

Le Málaga est un vin cuit

Contre exemple: tous les Málagas; Certains contiennent une réduction de vin, l’arrope, mais pas tous; et c’est loin d’être l’élément principal des vins.

Le Madère, c’est pour la cuisine

Contre-exemples: la plupart des Madères qui ne sont pas présentés dans des petites bouteilles moches en grande distribution.

Le rosé, ça se boit dans l’année

Contre-exemple: tout ce qui ne ressemble pas à du blanc taché, au goût de bonbon, de vernis ou de pamplemousse (et que vous aurez la patience d’attendre). Lancez notre ami Marc sur ce thème, il est intarissable. Et à propos de tari, voyez Guillaume, au Domaine de la Bégude.

Les vins allemands sont sucrés

Contre-exemples: innombrables. Mais quel est le pourcentage de Français qui dégustent régulièrement des vins allemands depuis la dernière mise à sac du Palatinat?

Le Prosecco, c’est pour faire un Spritz

Contre-exemple: voir ICI

Le vin Nature rend moins saoul

Contre-exemple: aucun – j’aurais trop peur de choquer les vrais croyants!

La Clairette de Die est issue principalement du cépage Clairette

Et bien non, même que la Clairette ne peut dépasser 25% des cuvées – c’est là un des grands mystères des AOC françaises; apparemment, cela ne choque personne, et pourtant, cela revient à vendre autre chose que ce qu’il y a sur l’étiquette. On se croirait dans la politique.

Les rosés de Loire sont sucrés

Contre-exemple: l’AOC Rosé de Loire, justement. Contrairement au Rosé d’Anjou ou au Cabernet d’Anjou, c’est un vin sec. Vous avez dit « confusing »?`

La capsule à vis, c’est bon pour les petits vins à boire jeunes, au pique-nique 

Erreur funeste! Plus vous payez cher un vin, plus vous avez envie de le garder, et moins vous avez envie de le voir se gâter du fait d’un mauvais bouchon. Et je ne parle pas seulement du goût de bouchon, mais du syndrome du vin fatigué, dont on ne sait plus trop si c’est l’obturation ou le vin qui en est responsable. Rien de plus désagréable que de se demander si c’est le vigneron qui est en faute, ou le bouchonnier… Faites « pop » avec la bouche, si le bruit du bouchon vous manque à ce point!

Les fromages s’accompagnent de préférence de vin rouge

Contre-exemples: la majorité des pâtes dures, type Comté, Gruyère, Appenzell, qui supportent mal les tannins. Mais il y a tellement de sortes de fromages, et tellement de sortes de rouges, plus ou moins tanniques, qu’on ne peut pas généraliser.
D’ailleurs, que ce soit dans le domaine du vin, de l’art, de la science… ou de la politique, la généralisation abusive n’est-elle pas la plus belle définition de la connerie?
J’arrêterai là pour cette fois. Si vous voulez une suite, vous pouvez me fournir d’autres exemples, je me ferai un plaisir de dégonfler d’autres baudruches…

Hervé


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Quand les mots manquent (Graham’s Vintage Port 1980)

Il y a des vins devant lesquels les mots vous manquent. Ou en tout cas, expriment mal la profusion de ce que l’on ressent.
Ce fut le cas, pour moi, avec ce Porto Vintage 1980 de la Maison Graham, dégusté à l’Abadia Retuerta, lors du colloque sur le terroir dont je vous ai parlé ici même.

Ce qui m’a frappé, d’emblée, dans ce Porto, c’est sa jeunesse. Comme d’habitude, j’ai commencé à noter mes impressions du nez – pivoine, agrumes, cerises, pruneau, et puis j’ai arrêté, car tout se bousculait. La bouche, longue et veloutée, pas trop alcooleuse, reprenait toutes ces saveurs; le sucre me paraissait formidablement bien intégré. Et puis j’ai jeté l’éponge (ou plutôt le clavier).

Ce Porto-là est fait pour boire, pas pour déguster. Alors je l’ai bu.

 

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Hervé Lalau


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A Vrazon to continue?

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Spectacular Porto 

This weekend we were in Porto for the first Vrazon Meetup. Despite a heat wave with temperatures into the mid-30s, it was a very enjoyable weekend. Meeting up with old friends and making new ones, sharing good bottles and some excellent food.

We had two good visits. One on Saturday to Poças’ Port Wine Lodge new visitors’ centre on Rua Visconde dos Devesos 186, Vila Nova da Gaia. Then on Sunday we went up the Douro to Quevedo.

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On Saturday afternoon there was a valedictory discussion over the rise, history and demise of EWBC/DWCC (European Wine Bloggers’ Conference/ Digital Wine Communicators Conference). It is clear that these conferences, which initially sailed under the colours of the European Wine Bloggers Conference, have now run its course. Put together by Robert McIntosh and Ryan and Gabriella Opaz (Catavino/Vrazon) eight successive conferences in seven different countries is a very considerable achievement. These EWBC/DWCC conferences facilitated great networking opportunities, which I think will be their most lasting legacy followed by the Born Digital Awards (www.digital-awards.eu/) with the revived version now in its second year.

If Vrazon do organize further conferences the format will be changed. They are likely to be held in one place and to feature marketing with a perspective from outside the wine industry.

Will this weekend’s meet up prove to be a one-off – a fine wake for DWCC – or will there be future get-togethers of EWBC/DWCC alumni? Certainly there is a clear wish from the weekend’s participants to meet again to talk and share wine etc. but as yet there are no definite plans.

It is unfortunate that to date the Vrazon and the #winelovers group, which grew out of contacts made at these conferences, have yet to find a way to be complementary. Hopefully in the future there will be opportunities to explore how the two groups can work together.

The programme
Friday night – BYOB at Prova
On Monday at the Mercado da Ribeira, Cais do Sodre, Lisboa we noticed that the Garrafeira Nacional had a bin-end sale of assorted bottles from the last century. Each was offered at 5.95€ and if you bought three the fourth was free. We decided that this was definitely worth a punt, especially with the BYO coming up. So it proved as we took along a 1974 from Lisbon – a ‘revolutionary wine – and a 1987 100% Baga from Bairrada. The 1987 was fine with nicely balanced fruit and acidity. Although the 1974 was initially rather stinky putting off anyone who comes to an immediate judgment on a old wine, the stink fairly rapidly declined revealing still quite concentrated prune and fig fruit. Still certainly drinkable at least in my probably not very discerning book….

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1974 – a ‘revolutionary’ wine from Lisbon


Saturday daytime
Poças Port (http://www.pocas.pt/en/) is a family Port house founded in 1918. They have just opened their visitors’ centre, which is friendly, relaxed and far removed from the glitz of some of the larger Port houses. We enjoyed a short visit and then lunch with a chance to taste their wines. On a very hot day their crisp, unoaked Coroa d’Ouro 2014 Douro white hit the spot.

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Poças

Saturday evening – O Gaveto (http://www.ogaveto.com/home)

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What a great seafood restaurant! Hugely generous portions of a seafood – platter featuring oysters, shrimps, prawns, crabs etc. This was followed by very good Amêijoas à Bulhão Pato and then sea bass and rice. They also have a great wine list and wine service. We chose a couple of top Alvarinho Vinho Verdes from Anselmo Mendes – the stunning single vineyard Alvarinho as well as the Curtimenta Alvarinho.

Several of our group expressed surprise at the quality now available from Vinho Verde. From my experience this is not that new, it is just that the UK doesn’t always see the best.

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Due to the generosity of one of the group we had a 1990 Riserva Bondi-Santi and a 2000 Emidio Pepe Montepulciano d’Abruzzo.

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Sunday – into the Douro cauldron and a lovely visit to Quevedo (http://quevedoportwine.com/)



I have long wanted to visit Oscar Quevedo at his family winery in the Upper Douro in the small town of São João da Pesqueira high up above the Douro with spectacular views. Our visit was a fine introduction but I must go back for a more detailed visit. Vitor Mendes of Covela was also there, so this was a good opportunity to taste these wines again.

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Well over 30˚C with swimming in Douro for some


Sunday evening – return to Prova
Recently Porto has become very popular, so finding a unreserved table for eight – all that remained of our group of just over 30 – proved to be challenge. After finding several recommended restaurants full we returned to Prova, which were able to accommodate us. Here we enjoyed a series of wines and snacks and talked further about future meet-ups.

 

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Another fine Vinho Verde Alvarinho

JimVitLoire-Benoît Gautier


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Mes premiers émois vineux

Grâce à Hervé (ou par sa faute, c’est selon…) je vais vous infliger une petite séance proustienne, sans le style ni le talent bien sur. Cela va énerver au moins un lecteur, mais tant pis, on ne peut pas plaire à tout le monde, et je crois qu’il vaut mieux ne pas essayer.

Je ne me souviens pas de ma première dégustation de vin, mais, vu le métier de mon père (marchand de vin) et sa vision totalement hédoniste de la vie, je pense que je devais être très jeune. Au début, il me laissait juste sentir les nectars de sa cave, puis les mettre en carafe, les servir parfois et, de temps en temps tremper mes lèvres dans quelques-uns. Il a fallu attendre que je sois admis à la table à dîner des adultes, peut-être vers l’âge de 12 ans, pour commencer à boire un petit verre lors des grandes occasions. Souvent ce vin était coupé d’eau. A partir de 15/16 ans il n’y avait plus de restrictions, sauf celles qui commandaient la bonne conduite à table et en société. Et, du coup, je ne fus jamais tenté de m’enivrer comme certains de mes contemporains. D’ailleurs l’effet d’un excès d’alcool, car cela m’est arrivé plus tard, me provoquait de telles nausées que cet état me répugnait.

Mais le vrai sujet est le goût, et sa formation par les premières expériences qui m’ont révélés la magie du vin. Car il s’agit bien d’une forme de magie. Après tout, ce n’est qu’une boisson. Mais certaines formes de cette boisson ont la capacité de vous transporter, de vous séduire ou de vous interpeller par leurs effets sur vos sens, et aussi de vous fasciner par la poésie de leurs noms et de l’aura qui s’en dégage. Pour cela, je pense que cela aide beaucoup de recevoir une éducation et de vivre dans un environnement propice à cela, et j’ai eu la chance d’avoir eu les deux.

father on bike low defMon père en 1942. Il m’a bien transmis l’amour du vin. Ce que je ne savais pas, car je ne l’ai jamais vu sur une moto étant né juste après la guerre, est que, d’une manière inconsciente, il m’a aussi transmis la passion des deux roues motorisées !

Mon père était donc marchand de vin en Angleterre. A part la période militaire imposée par les circonstances, il a exercé cette profession toute sa vie dans la même boîte, où il a finit comme Managing Director. Justerini & Brooks est un des ces Wine Merchants londoniens établis au 18ème siècle et fonctionnant toujours, grâce, en bonne partie à la vente d’un whisky (J&B) que mon père avait aidé à lancer dans les années 1950 et 1960.

J&B shop La boutique de Justerini & Brooks, St. James’ Street, de nos jours. Pendant longtemps, leur boutique si situait dans New Bond Street, pas très loin.

Les premiers souvenir précis que j’ai de vins dégustés et aimés me viennent plutôt de dîners dans la maison de mes grand-parent maternels, où je suis né et où nous passions toujours les fêtes de fin d’année et de Pâques. Les dîners y étaient très formels, et on se changeait pour l’occasion: dinner jackets pour les hommes et robes, parfois longues mais pas toujours, pour les femmes. Ils était aussi très bien arrosés. Non pas dans le sens d’une beuverie, mais par la variété et la qualité des vins servis. A l’apéritif il y avait le choix : cocktails (les adultes prenaient souvent un Bloody Mary), ou Sherry (Fino ou Amontillado), ou encore Whisky & Soda. Et pour les grandes occasions Champagne. J’avais droit au Champagne ou au Sherry, mais pas aux spiritueux. Mon goût pour les Xérès et le Champagne vient certainement,  de là, entre autres.

Les premiers vins que j’ai vraiment adorés étaient des vins blancs allemands: rieslings de la Mosel ou du Rheingau, ces dernières étant appelés collectivement « Hock » en Angleterre à cette époque, comme les Bordeaux rouges étaient tous appelés « Claret ». Ce que j’aimais dans les meilleurs de ces vins était l’exquise précision de leur fruité et leur légèreté souvent, mais pas toujours, arrondies par une pointe de sucre résiduel. Je préférais d’ailleurs les Mosels aux Hocks, généralement plus raides et moins fruités.

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Ce vin, ou  plutôt quelques-uns de ses ancêtres, aurait provoqué mes premières grandes émotions gustatives dans le domaine du pinard.  

hochheimer-holle-riesling-kabinett-13Les « Hocks » prenaient leur nom familier en anglais de la ville de Hocheim dans le Rheingau. J’ai le souvenir de vins plus puissant et moins fruités que les Mosels, mais tout aussi capable de m’éveiller les sens

D’autres blancs, car on commençait toujours ces repas par un vin blanc, étaient assurés par la Bourgogne et par Bordeaux (Graves), en alternance. J’aimais mieux les Bourgognes, mais je préférais les rieslings par-dessus tout.

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Pour les vins rouges, c’était ultra-classique : Bordeaux (Claret) ou Bourgogne. Pour Bordeaux, Latour ou Lafite avaient les préférences pour les grandes occasions, mais il y avait souvent les vins des Bartons (Langoa ou Léoville) ou bien Ducru Beaucaillou. En matière de Bourgogne rouge, je ne me souviens pas de producteurs spécifiques, mais c’était les noms des lieux qui m’enchantaient, comme pour les vins allemands, et j’essayais de les mémoriser et me les récitant avant de me coucher : Chambolle-Musigny, Clos-de-Vougeot, Gevrey-Chambertin, Vosne-Romanée, tout cela avait la valeur d’un monde magique, un peu mystérieux et hors de ma portée, sauf par le truchement des étiquettes que je voyais à côtes des carafes (ces vins étant toujours décantés).

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Je crois me souvenir que je préférais les bourgognes au clarets, pour leur délicatesse et leur fruité, sauf quand les bordeaux était très vieux et leurs tanins bien fondus, ce qui était souvent le cas d’ailleurs. Nous parlions des vins à table. Mon père n’était pas un raseur et ce ne fut pas une obsession, mais les vins était commentés succinctement, et pas que par lui, les femmes prenant largement part à la discussion brève : « pas mal, mais moins bons que le millésime x »; « ça, j’aime beaucoup, il me fait penser à… »

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Les grand moment était l’arrivé du porto vintage, à la fin du repas, d’abord avec le fromage qui venait évidemment après le dessert (il y avait du sauternes ou un liquoreux allemand pour accompagner celui-ci), puis tout seul. A ce moment là les femmes nous quittaient pour aller au salon afin de ne pas être incommodées par la fumée des cigares. J’adorais ces portos ! Parfois on variait avec un vieux colheita, mais le vintage régnait. Il y avait aussi du cognac. J’y goûtais parfois, passé l’âge de 17 ans.

Voilà. Tout cela est banal, personnel mais banal. je ne crois pas que cela ait complètement fixé mes goûts, car je bois de tout maintenant et, de toute façon, je n’ai pas les moyens de boire la plupart des vins cités ci-dessus. Par ailleurs la qualité des vins plus « modestes » est sans commune mesure avec ce qu’il était à l’époque. Il n’y a jamais eu autant de bons vins qu’aujourd’hui, heureusement pour nous.

Quand je suis arrivé en France, j’étais ouvrier et je buvais du vin en litre avec des étoiles sur les flacon consigné. Le weekend on se payait du 12°, mais en semaine c’était du 10°5 ou du 11° . Cette période a duré 4 ou 5 ans. J’ai donc connu les deux extrêmes du monde viticole. Je suis heureux de me trouver maintenant au milieu. Le très haut de gamme ne me manque pas et je ne boirai plus de jaja.

David Cobbold


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Le Douro, ce n’est pas que le Porto

Nous autres Français avons depuis belle lurette annexé le Porto – c’est un des rares vins étrangers (muté, certes, mais vin tout de même) que nous consommons en quantité – apparemment sans maux de ventre ni problèmes existentiels au niveau du vécu national, préférence, exception culturelle, etc… Même Arnaud Montebourg doit bien en boire de temps en temps.

Certes, ce sont généralement les qualités les plus basses que nous importons – le simple Ruby. Et pas les marques les plus prestigieuses.

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Les hauteurs du Douro (Photo © H. Lalau)

A l’inverse, des noms comme Taylor’s, Ramos Pintos ou Barros (sans parler de quintas comme Vargellas ou Infantado) restent peu connus et peu diffusés en France. Si vous les connaissez, c’est que vous avez soit un oncle portugais, soit une nanny anglaise ou que le virus vous a pris (mieux vaut celui du rabelo que celui de l’Ebola)  – bref, vous considérez  le Porto comme un vin plutôt que comme un petit apéro sympa, et je vous en félicite.

Car vous avez raison.

Par ailleurs, la région a connu ces 30 dernières années une grande mutation – j’ai choisi ce mot à dessein, vous pensez bien.

Nombreux sont les producteurs qui ce sont mis à produire du vin « sec », non muté, à savoir de la DOC Douro. Une diversification qui correspond à la fois à un changement de réglementation, au début des années 90 (la fin du monopole des Port Lodges et de l’interdiction d’embouteiller hors des chais de Vilanova de Gaia) et au bon sens paysan (ne pas mettre tous ses vins dans la même barrique, ou le même oeuf). Elle prolonge aussi une vieille tradition: bon nombre de grandes propriétés de Porto produisaient, et de manière fort ancienne, du vin pour leur consommation personnelle, une réserve familiale.

Quelques unes, comme Ferreira, en vendaient – c’était la fameuse Barca Velha (sans doute le vin portugais le plus réputé à l’époque); ou encore Champalimaud, avec son Quinta do Cotto. J’ai eu la chance d’en déguster à la fin des années 80. Je ne suis plus très sûr de l’appellation qui figurait sur l’étiquette, à l’époque. Je crois que la DOC Douro est venue après.

Aujourd’hui, le Douro a pleinement conscience du potentiel de ses vins secs. Les Douro Boys (Niepoort, Quinta do Vallado, Quinta Vale Meia, Quinta do Crasto – tiens, ils sont 5 aussi!) ont été les grands catalyseurs de ce mouvement. Mais il en est d’autres.

Quinta do Pessegueiro 2011

Premier arrêt, assez haut dans le cours du fleuve, voici la Quinta do Peissegueiro. Nous sommes entre Pinhão et Tua, mais de l’autre côté du fleuve, sur la rive Sud. Avec comme voisins quelques noms prestigieux comme Quinta do Noval, Quinta do Ventezelo, Quinta Nova…

Roger Zannier, le propriétaire, a fait fortune dans les vêtements pour enfants (Z, Catimini, etc…). En visitant des fournisseurs portugais, il est tombé amoureux du Douro. Il y a trente ans, il a acheté ce domaine – à l’époque, ça n’intéressait pas autant de monde qu’aujourd’hui. Pendant les 25 premières années, accaparé par ses affaires, il en a confié l’exploitation à la Quinta do Noval. Et puis, il y a quelques années, il s’y est vraiment investi personnellement; constituant une nouvelle équipe autour de Marc Monrose (directeur général) et de João Nicolau de Almeida (oenologue) digne rejeton d’une grande famille du Porto.

Au nez, ce 2011 présente énormément de fruit noir, légèrement compoté; et de jolies notes d’épice (romarin, sauge, thym, un vrai bouquet garni); en bouche, on admire la belle structure, mais surtout la finesse; quelques notes mentholées donnent à la finale fraîcheur et profondeur. Je pense à un pur sang dompté, certes, mais qui n’aurait rien perdu de sa fougue. Chapeau à João: c’est un sans faute.  Gros potentiel de garde, mais déjà très plaisant aujourd’hui. Saurons-nous résister à la tentation?

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 Quinta Da Foz Douro 2009

Deuxième arrêt, au  confluent du Fleuve d’Or et du rio Pinhao.  Cette quinta historique, ancienne propriété de la famille Cálem, est aujourd’hui dans les mains d’un groupe angolais. Elle compte 7 ha de vignes en forte pente. J’y ai séjourné dans les années 80. Et j’y ai dégusté le vin – je ne pense pas qu’il était commercialisé, à l’époque. Aussi, ce fut une belle surprise, la semaine dernière, de pouvoir goûter le millésime 2009, ce qui s’appelle à présente très officiellement  DOC  Douro.

Ne me demandez pas de comparer. Je n’ai plus mes notes de l’époque, si tant est que j’en ai prises. Et puis c’était le soir, et puis j’étais venu pour le Porto. D’ailleurs, je ne sais plus le millésime.

Quoi qu »il en soit, ce 2009 nous offre une explosion de framboise et de mûres. Ces fruits prennent le relais en bouche, sans aucun temps mort. Le boisé sous-tend l’édifice mais ne domine pas (malgré 18 mois passés en barriques de chêne français). Les tannins sont très soyeux, la puissance (15°, tout de même) se fait presque oublier sous l’élégance. Quelques notes d’eucalyptus en finale.

L’assemblage comprend Touriga Nacional, Touriga Franca et Tinta Roriz (alias Tempranillo). Trois des cépages le plus utilisés dans le Porto. Aussi ne s’étonnera-t-on pas de retrouver un petit air de famille.

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Quinta da Basília do Todão 2008 Old Vines Premium 

Troisième et dernier arrêt, encore un peu plus bas dans l’aire d’appellation. Les vieilles vignes de cette quinta longent, non pas le Douro, mais son affluent le Ceira. Elles sont plantées en terrasses sur sols de schistes, exposées à l’Est et au Sud. Pas très loin de la Quinta do Crasto, également à Gouvinhas, pour ceux qui dépassent non seulement la Porte d’Orléans, mais même, parfois, Cerbère…

Ce vin aséfuit par son joli fruité noir (cerise) et sa complexité en bouche. Rien d’étonnant : il assemble pas moins de 25 cépages (dont 30% de Touriga Nacional).

Juteux, fumé, un poil animal, le vin ne manque ni de vivacité, ni de puissance, ni de gouleyant. Le boisé (14 mois de barrique de 400 litres, bois français uniquement) est bien fondu dans le vin. La finale, sur la prune et la menthe, allie la fraîcheur et l’alcool. Fruité, il a pourtant aussi un je ne sais quoi d’austère, de réservé. Bref, je l’aime pour tout et son contraire, je l’aime tout court.

 

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Hervé Lalau 

 


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Eating in Porto: Rui Paula’s DOP or O Paparico?

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One immediate conclusion after three nights in Porto – you can eat very well here.

On our first night we went to the very traditional Casa Aleixo near to the Campanha railway station. Crowded, popular restaurant need to book to avoid long queues said the guide books, so it was somewhat of a shock to arrive at an empty restaurant. True the road outside is currently closed to traffic, while major works is done to the sewage pipes. We ate quite well with some delicious presunto to start. Carole had the speciality merluza (hake) with sqVisits to Port Houses, Portuguese gastronomy, uid rice – tasty but a little dry, while I went for the roast veal, potatoes and greens. This was a good match for our bottle of Julia Kemper 2011 Dão. But it was sad to be in a restaurant which, over the evening, only had eight customers. Apparently the road works have been going on for two months – the owners must be hoping that business will pick up once it finishes. A warning – Casa Aleixo does not take cards.

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Rui Paula: DOP
In complete contrast we ate on Thursday and Friday evenings in two of Porto’s best and most popular restaurants: firstly Rui Paula’s DOP in the centre of the city housed in the Palacio das Artes, Largo de S.Domingo and then O Paparico in the Northern suburbs. Although perhaps it shouldn’t be a contest, comparisons are inevitable. In the end it comes down to which restaurant would we go back to if we had to choose one?

In two respects they are similar and equal – the food in both is very good as are their extensive wine lists.

DOP is buzzy – a modern restaurant with hard edges making it noisy. We were seated close to a large group and, although they weren’t loud, it was impossible not to be very aware of them and to hear their conversation. Initially the service was excellent including an impressive piece of decanting by the sommelier of our delicious and complex bottle of 2005 Mouchão (Alentejo) @43€. Our wine was at the perfect, cool temperature.

Unfortunately later in the evening the level of service fell off and I had to reach out for our wine and water housed on a separate table. Fortunately within my easy reach but far more difficult for a nearby couple tucked away in the corner. If a restaurant insists on exiling wine from its customers then they should ensure good service right the way through the meal. If not leave the bottle or the decanter on the table as I’m very happy to pour our own wine.

At DOP we started by sharing a carpaccio of bacalhau and a really delicious scrambled egg with  traditional Portuguese sausage. For main course Carole took the perfectly cooked turbot, while I had the equally fine roast cabrito with its crispy skin and moist inside accompanied by an excellent cabrito risotto. We missed desserts finishing with good expresso. It took a while to find someone to bring us the bill – 114 euros.

O Paparico was the strong recommendation of Gabriella Opaz. On the Rua Cabral and north of the ring road it was a good 15 minute taxi ride from the centre of town. From outside the restaurant gave the impression of being closed but on a sharp rap on the metal knocker the door was swiftly opened and we were immediately welcomed inside. « A drink in the bar first or straight to your table? » We opted to go straight to our table – cosily tucked into a corner at the far end of the restaurant.

This welcome set the tone for the evening – the service was brilliant – friendly, efficient but discreet. On Gabriella’s insistence we introduced ourselves to Sergio, who runs the restaurant, but I’m sure this made no difference to the high quality of the service. It was clear from watching and admiring the staff serve the other customers.

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O Paparico: stone walls adorned with rural memorabilia

The decor of O Paparico is homely and rustic with elements of a mythical rural past with stone walls and various accoutrements on the walls. The tables are a little more spaced than at DOP and coupled with the better sound proofing meant that we could talk normally and not hear our neighbours’ conversations.

At O Paparico the first courses are already selected and await your arrival but you change any you don’t want or order more if you are greedy! We had a very fine carpaccio of octopus, a superb terrine of calves liver in a Port wine sauce and a sheep’s milk cheese plus some interesting bread and special biscuits with the terrine.

Having had a red from the Alentejo the night before we looked for a Douro red this time and went for the 2008 Vinhas Velhas (45€) from Quinta do Crasto (www.quintadocrasto.pt/). The sommelier tells it is their last bottle.  More powerful and butch than the Mouchão but less complex, it needed time in the decanter and glass to really open up. It was, however, a very good match with the veal.

The principle of the main courses is that they are for two people but you can opt to have two half portions to share and this is a good way get to try more dishes. We opted for tenderloin of pork with apple sauce first and followed this with veal in a mushroom sauce. Both dishes were very fine with the pork tenderloin beautifully tender and slightly pink. Although called veal in Portugal in the UK we would class this as beef as we experience veal as a white meat. Whatever it was rare and delicious!

We normally do without desserts, especially in Portugal where they are often oversweet. However, as the food was so good here we decided to break this habit. Carole chose the chocolate and I opted for a crème brulée. Made from bitter chocolate, the chocolate was a real standout dense and concentrated – just lovely!

A couple of coffees bought the bill to 134€ in line with DOP (even fractionally cheaper) as we only had two courses there and took a glass of the 2008 LBV from Noval with a chocolate mousse. And yes it was a good match!

I’d go back to O Paparico before DOP mainly because the service was much better – more attentive and professional.

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Porto Cruz 4th Floor terrace with views across to Porto.

For lunch on Friday we followed a recommendation from the Catavino site – the rooftop terrace of Porto Cruz (http://www.myportocruz.com) in Vila Nova da Gaia. It was ideal for a snack – a capaccio of bacalhau, scrambled egg with Portuguese sausage and some little green pimentos accompanied by a glass each of 2013 Alvarinho Muros Antigos. A peaceful oasis with great views. 

 

 

 


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Les 5 de l’été: mes rouges

Quelle bonne idée il a eue là, l’ami David, de nous donner son quinté des blancs de l’été, ne serait-ce que pour nous changer du rosé.

Je le rejoins à 100% dans sa dénonciation des modes, des habitudes, du « must drink ».

Et j’irai même plus loin. Soleil ou pas, je n’arrête pas de boire du rouge, et même du rouge solide.

Quand il fait très chaud, bien sûr, je ne chambre pas mes vins; je les rafraîchis un peu, au contraire; pas au point de les servir glacés, ce qui leur ôterait trop d’arômes et rendrait leurs tannins insupportables. Mais je les passe tout de même au frigo « le temps qu’il faut ». Il est plus facile d’attendre qu’ils se réchauffent que de les refroidir dans le verre!

Et puis, il faudrait parler d’une autre fraîcheur que celle de la température – la fraîcheur qui vient du vin lui-même, la fraîcheur qui équilibre l’alcool, et parvient même, dans certains vins, à vous la faire oublier.

Ceci pour vous expliquer que vous trouverez dans ma sélection, mon quinté, des produits pas vraiment conçus pour la terrasse ou pour le barbecue, et même des vins qu’on associerait plutôt avec une bonne daube au coin du feu, par une soirée de neige. Et pourtant…

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Si vous voulez vous donner la peine de me suivre au château… (Photo André Devald)

Cahors Château de Cayx 2011

Ce n’est pas tous les jours qu’on boit le vin d’un Prince, fût-il de Danemark. Mais ce n’est pas ça qui a dicté mon choix – plutôt le plaisir de revoir cette propriété au sommet.  La qualité n’a pas toujours été au niveau de la réputation, dira-t-on dans un vigoureux euphémisme. Les résultats obtenus par l’équipe de Guillaume Bardin et Alexandre Gélis, en à peine deux ans, sont impressionnants. Et pas seulement dans les cuvées de prestige.

Bon, la cuvée Royale est époustouflante, mais un peu chère. Alors je me suis rabattu sur la cuvée Château. « Elle est issue d’une sélection parcellaire de deuxièmes et troisièmes terrasses et éboulis », m’a dit M. Gélis. J’ai fait: « D’accord », avec un air entendu qui ne trompait personne. Et puis j’ai mis mon nez dans le verre. C’était princier. Épicé, fruité (noir, bien sûr, à Cahors), avec une touche de prune; le bois était bien intégré, la bouche longue, veloutée, la finale pleine de…  noblesse, avec une touche de violette – comme si le Prince Henri avait mis une fleur à la boutonnière de son habit. Pour une vingtaine d’euros, moi, je faisais partie du Gotha… des journaleux du vin.

Cavalier Pepe Taurasi Riserva Loggia del Cavaliere 2007

On change de pays, de vignoble, de cépage, nous voici sur les pentes des Apennins, à mi-chemin entre Mer Adriatique et Mer Tyrrhénienne.
Les vignes, discrètes, sont disséminées entre bosquets et cultures. C’est pourtant là que naît un des plus grands vins du Sud du l’Italie, le Taurasi.

Son seul défaut, sa coquetterie, c’est d’être souvent très long à se faire – quand il se fait. Mais pas ici – Cavaliere Pepe semble avoir trouvé le secret de l’Aglianico mûr, et accessible. Il n’est pas tombé dans le piège de l’extraction. Ce domaine d’une cinquantaine d’hectares se répartit en plusieurs parcelles, aux abords du très joli village de San Angelo all’Asca.

Cette cuvée haut de gamme présente de belles notes de marasquin, de fleurs et d’épices douces, presque orientales; sa bouche est juteuse, ample et pourtant très directe – la charpente acide nous guide sans faillir jusqu’à l’explosion finale, un giflée de cerises noires et un peu de pain grillé. Le vin a séjourné 18 mois en barrique, mais il n’a rien de corseté. 100% Aglianico.

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Clos d’Alzeto Ajaccio Rouge 2012

On ne visite pas ce domaine par hasard, c’est le plus haut de Corse, et vous aurez votre quota de virages avant d’y arriver. Mais l’endroit est si beau qu’on oublie vite; et encore plus vite quand on porte le verre à son nez et à ses lèvres.

Est-ce le dépaysement? Je pense à une mondeuse, voire à une syrah. Le poivré, le fumé, la fraîcheur. Mais mettons un peu d’ordre dans tout ça. Le nez démarre sur la fraise et la groseille bien mûres, puis on passe sur la réglisse et les herbes du maquis; en bouche, un peu de menthe prend le relais, c’est étonnant de précision, de finesse et de vigueur à la fois. Très beaux tannins, une pointe de sel en finale, hem, on en reprendrait bien une lampée. 17/20

70% schiaccarello, 20% grenache et 10% nielluccio.

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Coume Majou Cuvée du Casot 2009 Côtes du Roussillon Villages

Peut-être la meilleure cuvée que j’ai jamais goûtée de l’ami Charlier – complexe, charnue, épicée, très aboutie, des tannins superbes, du caractère, et aussi beaucoup de fruit. Sauf que j’adore aussi sa cuvée L’Eglise, dans un style plus simple, peut-être, mais tellement séduisant. Mes lectrices me pardonneront, j’espère, la comparaison, mais je n’ai jamais pu décider si je préférais une femme en robe de soirée ou en bain de soleil.

Et à ceux qui me penseraient que je fais du copinage, je précise que j’ai acheté ce vin (c’est le seul de mon quinté, d’ailleurs).

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Le fameux casot de la cuvée du même nom

Porto Barros Colheita 1966

Je termine par une sorte d’Ovni. La Colheita est aux Portos oxydatifs ce que le Vintage est aux Portos obtenus en milieu réducteur: une cuvée millésimée. Pas tous les ans, seulement les bonnes années.

La robe, plutôt dense, présente de belles nuances de feu. Le nez évoque le raisin sec, l’abricot sec, le café; la bouche est bien équilibrée, le sucre et l’alcool étant très bien fondus; les épices (fenouil…) la finale est saline, avec des notes de menthe et de gingembre. Cette fraîcheur est étonnante pour un vin de cet âge. Mise en bouteille: 2013.

Bien sûr, ce vin là n’ira pas au frigo. Il sera réservé à la soirée, un peu à la fraîche. Il sera ouvert un peu à l’avance, aussi. Et rebu régulièrement, jusqu’à l’obtention d’une bouteille parfaitement vide. Tiens, déjà?

Hervé Lalau

PS. Je m’aperçois que mes 5 vins viennent de terroirs du Sud, majoritairement méditerranéens. Ce n’est pas fait exprès. Mais j’assume. C’est là, sans doute, actuellement, que je trouve mon meilleur rapport plaisir-vin.

PS 2. Je vous souhaite de belles vacances, si vous avez la chance d’en prendre, et de bonnes dégustations.