Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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J’en appelle à Hugo et à Hemingway

Face à la vague hygiéniste, face à tous ceux qui veulent notre bien malgré nous, face à tous ceux qui pensent pour nous, j’en appelle à deux hommes qui pensaient par eux-mêmes:

Hemingway, d’abord, pour qui le vin était un élément de la culture européenne:

«En Europe, nous considérions le vin

comme un aliment normal et sain et aussi comme une grande source

de bonheur, de bien-être et de plaisir. Boire du vin n’était pas

un signe de snobisme ou de raffinement ; c’était aussi naturel

que de manger et, quant à moi, aussi nécessaire, et je n’aurais pu imaginer

prendre un repas sans boire du vin.»

Et puis Hugo, qui parlait déjà de consommation responsable:

« Le vin des forts est le poison des faibles. »

 

Triste spectacle qu’un monde qui perd ses racines; celles de la vigne, notamment. Alors, pour terminer, un modeste mot de mon cru:

« Tu t’es vu quand t’as Buzyn?»

Hervé Lalau

 

 


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Prohibition, un premier regard

Les sociétés anciennes ou modernes ont parfois tenté (et cela continue) de prohiber toutes sortes de choses, qu’il s’agisse de substances, de comportements ou d’opinions. Cette volonté de contrôle fait partie des tendances humaines, ou de certains humains, individus ou groupes. Mais, pour les besoins de cet article, je vais parler de quelques exemples historiques de la prohibition, totale ou partielle, de la production, de la vente ou de la consommation de boissons alcoolisées, et parfois de tous les trois. Un deuxième article parlera des tentations modernes de la prohibition de l’alcool, y compris en France.

Les premières traces d’une prohibition de l’alcool nous viennent de Chine. Cela s’est produit il y a 4.000 ans, pendant la dynastie Xia, sous le monarque Yu Le Grand. Ensuite, son fils Qi a de nouveau autorisé l’alcool. D’autres cas d’interdiction totale ou partielle existent dans l’histoire ancienne, mais ils sont généralement limités à des pays où la religion prend le dessus sur la politique en essayant de diriger l’ensemble des comportements des habitants.

Un cas un peu différent nous vient de Babylone (plus ou moins l’Irak actuel), sous le règne d’Hammurabi, sixième roi du Premier Empire de Mésopotamie entre 1792 et 1750 avant JC , célèbre pour son Code censé dicter les comportements des habitants de son empire. Un des article du Code stipulait que les vendeuses/serveuses de bière (seules les femmes pouvaient occuper cette fonction essentielle) n’avaient pas le droit d’échanger de la bière contre de l’argent. La seule monnaie d’échange permise était l’avoine et il fallait respecter les bonnes doses dans chaque cas. La punition pour la serveuse qui contrevenait à cette règle était de se faire jeter à l’eau !

Mais dans le monde occidental, au 19ème et début 20 siècles, des moralistes sociaux, essentiellement des piétistes protestants des pays nordiques en Europe et en Amérique du Nord ont formé des lobbies pour faire contrôler, voire interdire la vente et la consommation d’alcool. Les femmes des Temperance Leagues ont souvent joué un rôle important dans ces mouvements, mais on ne les a pas jetées à l’eau (sauf au figuré). Du coup, pendant la première moitié du 20ème siècle, il y a eu des périodes plus ou moins longues de prohibition dans plusieurs pays ou provinces. Elles ont été diversement respectées et n’ont jamais produit tous les résultats escomptés par leur partisans.

Voici quelques exemples :

Au Canada, entre 1907 et 1948, dans la province de l’Ile du Prince Edouard, mais aussi pendant des périodes plus courtes dans d’autres provinces de ce pays.

En Russie, puis en Union Soviétique, entre 1914 et 1925 (difficile d’imaginer cela ne nos jours en Russie !)

In Islande, entre 1916 et 1927 (et, pour la bière, jusqu’en 1989 !)

En Norvège, entre 1916 et 1927

En Finlande entre 1919 et 1932

Mais le cas le plus célèbre de prohibition de boissons alcoolisées est celui des Etats-Unis d’Amérique où cette interdiction est entrée dans la Constitution entre 1920 et 1933 par le biais du 18ème amendement.

Pourquoi ces tentatives ont-elle échoué ?

L’explication la plus simple est que la nature abhorre le vide ! Très vite, la demande pour des boissons alcoolisées a fait que le crime organisé a pris le contrôle de la production et de la distribution des boissons, d’une manière illicite mais très rentable pour lui, occasionnant par là même une perte totale pour l’Etat ! La fortune de gangsters comme Al Capone s’est faite de cette manière, parfois en association avec d’autres activités.

En parlant d’Al Capone, je ne résiste pas à la tentation de vous faire écouter un de mes morceaux préféré de Prince Buster, alias Cecil Bustamente Campbell, le génial musicien Blue Beat de Jamaïque.

Dans tous ces pays, il s’agissait essentiellement de spiritueux et de bière, mais l’interdiction a aussi nécessairement frappé la production et la vente de vin, car tous les produits alcoolisés étaient visés. En Californie, en 1919, il y avait 250 wineries en activité. En 1933, après l’abrogation de la loi de prohibition, il n’en restait plus que 2; mais les problèmes de santé liés à l’alcoolisme n’avaient pas diminué pour autant. Les brasseries et distilleries peuvent être facilement déplacées, mais pas les vignobles. Ainsi on brassait de la bière et distillait des spiritueux au Canada, au Mexique et dans les Caraïbes et on les importaient sous bonne garde des gangsters qui s’enrichissaient bien par ce trafic. Des zones frontalières profitaient aussi de ce trafic, comme Saint-Pierre et Miquelon. Et il n’y avait aucun contrôle sur la qualité des produits de contrebande, ce qui augmentait les risques liées à leur consommation.

Le contrôle de la vente des boissons alcoolisés subsiste de nos jours un peu partout et prend différentes formes. On peut citer bien évidemment la plupart des pays musulmans, même s’il y a des exceptions.

En France, nous connaissons bien des restrictions sur la communication, mais aussi sur la vente aux mineurs.

En Angleterre en en Australie, il y eu, pendant longtemps, des limitations sur les heures d’ouverture des pubs : pas certain que cela ait aidé dans l’éducation des citoyens de ces pays vers une consommation raisonnable !

Pour revenir aux USA, il reste de nombreux comtés (cantons) dits « secs » car il est possible pour les conseils des comtés, dans la majorité des Etats, de voter pour ou contre la vente de l’alcool, ou de limiter cette vente. A Philadelphie, par exemple, la vente de vins et spiritueux ne peut avoir lieu que dans des magasins d’Etat. Il en va de même au Canada dans les provinces du Québec et de l’Ontario, par exemple, ou bien encore en Suède.

Tout cela est aussi lié à des sources de revenu pour les gouvernements locaux ou nationaux, dès lors que les boissons alcoolisées supportent des taxes. Vous supprimez la vente de ces boissons et vous perdez une source de revenu conséquente. Cela explique aussi pas mal de choses !

A votre santé !

David


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Pour qui voter en France si l’on aime le vin ?

Ce blog s’écarte généralement des sujets politiques, mais l’échéance qui nous attend en France est proche et j’estime que je dois en dire quelques mots.

Le sujet a été effleuré par Hervé il y a quelques semaines, sur un ton humoristique; celui-ci déclarant, non pas son adhésion au programme de Jean-Luc Mélenchon, le grand démagogue de gauche, mais laissant entendre que c’était le candidat qui s’intéressait le plus au vin. Je demande à voir !

A ce sujet, je viens de lire un article éclairant dans le supplément Science et Médecine du journal Le Monde, daté du 12 avril (mercredi de la semaine dernière). Cet article est le compte-rendu des réponses à une série de questions posées à l’ensemble des 11 candidats sur des sujets de santé publique (au fait, quelle farce d’avoir 11 candidats censés être crédibles pour gouverner un pays !)

Nous savons que ce vaste sujet est presque totalement entre les mains des « anti-tout », de ceux qui entendent nous protéger contre qui tout est potentiellement dangereux pour la longue vie pacifique et tranquille d’un être humain, y compris le fait de respirer;  car il est statistiquement prouvé que chaque personne qui respire meurt. Parmi les figures de proue de cet « airbag-lobby » se trouvent le tristement célèbre Professeur Got et une autre prosélyte de l’abstémisme, Catherine Hill.

Le dernier crédo des abstèmes

Demain, on rase gratis… mais on ne boit plus?

Les « experts » de notre santé publique ont donc posé leurs 20 questions à tous les candidats, en leur donnant un point pour une « bonne » réponse, et zéro pour une « mauvaise » ou une réponse jugée ambiguë à leurs yeux perspicaces. Quatre des candidats n’ont pas voulu répondre ou n’ont pu être joints: MM. Asselineau, Dupont-Aignan, Lasalle et Poutou. Les 7 autres ont joué le jeu. Les questions concernaient les domaines suivants : l’alcool, le tabac, l’alimentation, l’insécurité routière et, je cite, « certains agissements de l’industrie du médicament ». Même si on peut approuver le fond de la démarche, on voit bien aussi à quel point elle est biaisée. Si cela vous intéresse, vous pouvez lire les questions et les réponses des 7 candidats sur le site Securite-sanitaire.org

Alors quoi? Qui a gagné à ce jeu débile de qui gagne perd (ou qui joue perd)? Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci a obtenu le score formidable de 5/5 sur les questions alcool, et de 16/20 au total. Que cela signifie-t-il? Qu’il est habile et qu’il dit à son auditoire ce qu’ils ont envie d’entendre? Certainement, vu qu’aux vignerons, il dit son amour du vin; et aux prohibitionnistes, qu’il ne faut pas en boire. Qu’il est « populiste » au sens profond du terme? Certainement aussi. Qu’il est cynique et avide de pouvoir? Je le crains, malheureusement, surtout pour les gens qui vont voter pour lui.

Car Monsieur Mélenchon déclare tout bonnement qu’il souhaite qu’on impose d’imprimer sur tout les flacons de vins et autres boissons alcoolisées la mention « l’alcool est dangereux pour la santé »; qu’il n’est pas sensible à la notion d’une consommation modérée; qu’il souhaite taxer toutes les boisson alcooliques (vins compris) en fonction de leur degré d’alcool, etc, etc. Il est, in fine, le seul candidat à obtenir l’approbation de l’ANPAA.

Pour la petite histoire, dans ce piège à cons tendu par les prohibitionnistes, les plus nuancés semblent être les candidats Fillon, Le Pen et Macron.

Mon vote, si j’en avais un (car je n’ai pas encore obtenu ma naturalisation et j’attends le résultat de cette élection pour relancer ma demande), n’irait qu’à un seul des quatre candidats cités, et pas seulement pour des raisons liées au vin.

Mélenchon nous promet dans tous les domaines que « demain, on rase gratis ». Super, mais on n’est plus des enfants ni des naïfs!

Fillon n’est pas assez honnête et son programme, s’il était appliqué, mettrait la France dans la rue.

Celui de Le Pen est inacceptable sur plein de plans et aussi délirant que celui de Mélenchon. Il reste qui ?

David Cobbold