Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


16 Commentaires

Luberon rouge: du bon et du moins bon

les-trains-_-lheure-21-01-11

On dit parfois qu’à la différence des trains, les vins dont on doit parler sont ceux qui arrivent à l’heure: autrement dit, ceux qui nous donnent entière satisfaction. Et en général, j’ai tendance à adopter ce principe en passant sous une voile pudique les vins qui ne me plaisent pas pour différentes raisons. J’ai tourné ma récente dégustation de vins rouges de l’appellation Luberon (ex Côtes de Luberon) plusieurs fois dans mon esprit avant de me résoudre à en faire le sujet d’un article car j’étais un peu déçu par cette série: pas de véritable coup de cœur parmi les 13 vins que j’ai dégusté, mais quand-même une demi-douzaine de bons vins. Est-ce suffisant ? Certains diront oui, mais je suis peut-être trop exigeant. Après tout, quand j’ai commencé à travailler dans le vin, il y a plus de 30 ans, seulement 10% des vins d’une appellation me semblaient être acceptables ou mieux que cela. Aujourd’hui on est plus près de 50 ou de 60%. C’est un sacré progrès et il faut en être conscient et aussi reconnaissant aux producteurs pour leur efforts. Et, si je peux me permettre un bref item pro-domo, on peut également remercier l’ensemble des prescripteurs, journalistes ou pas, pour leurs niveaux d’exigence qui ont aussi poussé les producteurs à relever leur niveau de jeu.

luberon-vignes

Avant de voir le cas de cette dégustation en détail et de tenter de donner les raisons de ma (petite) déception, voici quelques faits sur cette appellation situé à l’extrémité sud des appelations du Rhône et la beauté physique, très provençale, de ces paysages fait partie, très certainement, de sa capacité à séduire.

carte_vins

Le vignoble du Luberon AOC couvre quelques 3,300 hectares et s’inscrit entièrement à l’intérieur du Parc naturel régional éponyme, touchant 36 communes. Il produit actuellement, selon les chiffres d’Inter Rhône, 53% de vin rosé, 27% de rouge et 21% de blanc. Si la montée de la part de vin rosé suit la triste tendance nationale, la part des blancs dans un vignoble sudiste me semble intéressante et souligne peut-être une aptitude climatique de cette zone. Effectivement, une rapide étude des températures moyennes, maximales et minimales pendant la phase végétative de la vigne indique que le température moyenne entre avril et septembre est de 17,6°C, tandis que l’amplitude thermique moyenne pour les 3 mois de juin, juillet et août est proche de 14 degrés. Les altitudes varient entre 200 et 500 mètres. Je ne sais pas si ces facteurs climatologiques sont inhabituels dans la zone sud, mais cela semble fournir un terrain favorable aux vins blancs dont une bonne partie est commercialisée sous l’étiquette La Vieille Ferme de la famille Perrin. Mais je n’arrive pas à m’expliquer, en tout cas par des facteurs liés au climat, le fait que beaucoup des vins rouges que j’ai dégusté manquaient de fraîcheur et avaient parfois des tanins amers.

Les cépages autorisés en rouge sont :  syrahgrenache noir, mourvèdrecarignan et cinsault, mais on autorise aussi, en cépages secondaires, picpoul noircounoise noiregamay et pinot noir

Ma dégustation en générale

Il s’agissait d’un envoi fait par l’appellation et qui s’est constitué uniquement de vins rouges. Les vins étaient de différents millésimes, entre 2011 et 2015.

Difficile dans ce cas de comparer réellement les productions de chaque domaine, mais l’idée était d’avoir une idée globale de ce qu’on peut trouver dans le commerce sous le nom Luberon.

Beaucoup de ces vins semblait rechercher un peu trop d’extraction et, du coup, ont produit des tanins un peu sévères et, parfois, des amertumes excessifs. Des acidités m’ont semblé aussi un peu déficientes dans certains vins. Bon nombre sont en agriculture biologique, mais sans que cela ait un lien évident avec la qualité des vins. Il y avait aussi une tendance vers la bouteille très lourde dans les cuvées les plus chères. Je pense que cela devrait passer de mode.

Sur le plan positif, la qualité du fruit et de la maturité est excellente dans l’ensemble des vins. On serait étonné à moins dans un climat sudiste, mais quand-même.

Le Lubéron est une région à la mode sur le plan touristique, et cela se reflète aussi dans les prix de ces vins, qui, sans être déraisonnables (sauf pour un vin), n’est pas non plus très bas, avec un prix moyen autour de 12 euros.

Les meilleurs de la série

Château La Verrerie, Grand Deffand 2013

Syrah 95%, 5% Grenache

(prix 35 euros)

Ce vin, issu d’une parcelle spécifique, a la robe dense et le nez mur et puissant qui évoque des fruits noirs, la terre et les feuilles mortes. En bouche il est structuré autour de tanins fermes qui assèchent un peu la finale. C’est un bon jus assez intense, dans un style qui frise un peu trop la violence à mon goût. Aura besoin de quelques années en cave. Vin ambitieux, certes, mais prix élevé pour cette qualité.

 

Les Terres de Mas Lauris 2015

Grenache 60%, Syrah 40%

(prix 9 euros)

Joli fruité de type fruit noir. Des tanins bien présents et une amertume agréable donnent un vin de caractère, un peu raide pour l’instant. A attendre deux ou trois ans. Prix très raisonnable : on constate, entre ce vin et le précédent, que l’écart de prix entre deux vins de cette appellation peut être conséquent sans que le plaisir gustatif ne suit le même écart !

 domaine_de_peyre_une

Domaine des Peyre, Le Méridional 2014

Grenache Noir 50%, Syrah 35%, Carignan 15%

(prix 12,50 euros)

La robe rubis est plus claire que la plupart des vins de cette série. J’ai aimé le côté accessible et souple de ce vin qui a soigneusement évité tout excès en matière d’extraction. Un fruité fin, assez discret mais avec une bonne persistance. Il a de l’intensité en bouche avec des saveurs précises et des tanins fermes mais bien intégrés. Bonne longueur.

 

La Cavale 2014, Vignobles Paul Dubrule

Grenache, Syrah, Carignan

(prix 20 euros)

Robe d’un rubis de moyenne intensité. Nez fin, équilibré entre fruité discret et notes boisés qui tendent vers le sous-bois. Ce raffinement d’ensemble se confirme en bouche par un toucher fin, une relative allégresse, des tanins discrets et un fruité suffisant. Joli vin.

 

Château Val Joanis, Les Griottes 2015

90% syrah, 10% Grenache

(Prix 13/14 euros)

Issu d’un vignoble situés à près de 500 mètres d’altitude, ce vin a une robe rubis sombre aux bords pourpres. Nez intense qui mêle fruits aux épices. Ce fruité semble acidulé et vif en bouche, dans une structure souple, fine et peu tannique. La fiche technique annonce un élevage en barriques dont 30% sont neuves, mais ce bois est totalement intégré et je ne l’ai pas remarqué (toujours déguster avant le lire une fiche technique !). Très agréable par sa fraîcheur et la qualité de son fruité.

 

Marennon, Versant Nord

Syrah 80% Grenache 20%

Prix : 8,50 euros

J’ai perdu mes notes sur ce vin mais je me souviens de l’avoir trouvé bien équilibré entre fruité et structure. Il représente aussi un excellent rapport qualité/prix.

 

Les moins bien ou mal aimés

 

Fontenille 2014

Grenache 70% Syrah 30%

(prix inconnu)

Robe intense, pourpre. Nez intense et complexe, aux fruits noirs mais avec un accent animal qui me fait craindre une contamination de type brettanomyces. Belle qualité de fruits et structure en adéquation. La finale est ferme mais assez équilibré. A l’aération le côté animal semble se renforcer, et ma crainte aussi.

 

Château Clapier, cuvée Soprano 2014

Syrah 55% Grenache 25% Pinot Noir 20%

(Prix 13 euros)

Nez réduit, puis des arômes peu nets, à l’expression fruité brouillonne. Amertume et raideur en finale.

 

Château La Dorgonne 2011

Syrah 95% Grenache 5%

(Prix 13 euros)

Semble fatigué, oxydé et manquant de fruit mais conservant encore un boisé excessif.

Le bio n’est pas une panacée !

 

Château Les Eydins, cuvées des Consuls 2011

Grenache 70% Carignan 20% Syrah 10%

(Prix 14 euros)

Etiquette horrible, arômes médicinaux et tannins secs. Mais c’est bio alors certains vont adorer !

 

Bastide du Claux, Le Claux 2014

Syrah 65% Grenache 25% Mourvèdre 10%

(Prix 14 euros)

Dur et asséchant, à la finale amère. Bouteille d’une lourdeur inutile.

 

Domaine Théric, Les Luberonnes, Le Puy des Arts 2011

Grenache 60% Syrah 40%

(Prix 12 euros)

Robe évoluée, aux bords pâles. Une amertume sensible en bouche qui masque le fruit. Vin solide mais trop rustique et à la finale dure.

 

Domaine Le Novi, Amo Roujo

Grenache 85%, Syrah/Cinsault/Marselan 15%

(Prix introuvable)

Bouteille lourde et présentation soignée mais j’ai trouvé ce vin trop extrait et alcooleux. Il peut plaire à certains palais par sa puissance. Et c’est du bio.

 

David


8 Commentaires

Rouge Bleu, à Sainte Cécile-les-Vignes

Rouge Bleu. Derrière ce joli nom se cache (très peu) un joli domaine de Sainte-Cécile, nouvelle dénomination des Côtes du Rhône Villages avec mention de commune.

A l’écart du bourg, avec vue sur la garrigue et au fond, les fameuses dentelles de Montmirail, Rouge Bleu est exploité depuis 2012 par un jeune couple de passionnés; Caroline est Australienne, œnologue de formation; Thomas, lui, est Vosgien, et a fait lui aussi carrière dans le vin, mais du côté commercial.

img_0697

Les Dentelles, vues de Rouge Bleu (Photo (c) H. Lalau 2016)

«Inspiration biodynamique», petits rendements, cuvées spéciales, exportation, la philosophie des deux associés ne les porte pas vraiment à la facilité. Et pour boucler les fins de mois, ils tiennent aussi des chambres d’hôtes (charme et calme garantis).

Voici trois cuvées de rouges (pas bleus) illustrant leur travail commun, respectueux des fruits de mère nature, mais oenologiquement très précis. Je précise qu’il s’agit des cuvées à la vente, car ici, on aime laisser aux vins le temps de se faire.

img_0699

Une autre Dentelle, en bouteille, celle-là (Photo (c) H. Lalau 2016)

Dentelle 2013

La fraîcheur du Carignan, la souplesse du Grenache, dans un style tout en… dentelle qui révèle plus qu’il ne couvre. La pureté du fruit (prune, cerise) se développe du premier nez jusqu’à la finale en bouche ; l’élégance de la texture est soulignée par des tannins très lisses et une pointe d’épices douces.15/20

Mistral 2012

70% Grenache, complétés de Syrah et de Mourvèdre, nous offrent un vin assez gourmand ; un nez de mûre, une bonne structure assez souple, des tannins bien fondus. Etonnamment jeune pour un 2012. La vendange, non éraflée, fermente lentement et à basse température, pour plus de finesse – et le but est magistralement atteint. Elevage en barrique usagée pendant un an puis 18 mois d’affinage en cuve béton.

img_0700

Est-ce le vent qui donne sa fraîcheur à ce Mistral gagnant? (Photo (c) H. Lalau 2016)

Mistral 2014

Une acidité un peu plus marquée que dans le 2012. Le nez de cerise est relevé par de la cannelle; la bouche commence tout en délicatesse, mais se développe peu à peu, jusqu’à devenir opulente; à la cannelle du nez se mêlent du romarin, de la gentiane et des herbes sèches. Les tannins sont robustes, mais suaves, et sa belle fraîcheur de ce vin fait tout à fait oublier ses 14 degrés d’alcool.

Côtes du Rhône Villages Sainte Cécile

Re-situons le domaine dans son contexte et son actualité: 15 caves particulières et 3 coopératives se partagent la nouvelle mention Sainte Cécile. Celle-ci voisine avec la nouvelle AOP Cairanne, à l’Est (et oui, ça bouge dans le Rhône, au moins côté Méridional!), et avec Suze la Rousse, au Nord. Son aire  (1370ha) est plutôt caillouteuse, surtout au Sud ; ce sont les fameuses garrigues, des parcelles assez planes où affleurent les galets roulés. Des sols qui mélangent le calcaire, le sable et l’argile, qui donnent des vins fruités, épicés, et moyennement structurés (avec, bien sûr, des nuances dues à la patte du vigneron).

img_0692-2

Qui veut des cailloux? (Photo (c) H. Lalau 2016)

 

Je compte sur notre ami Georges Truc pour nous en détailler l’histoire géologique (est-ce la même qu’au Plan de Dieu?)… me doutant que les galets ne sont pas arrivés là par l’opération du Saint Esprit.

Hervé Lalau img_0702

http://www.rouge-bleu.com/fr/


21 Commentaires

Les vins de Jean-Louis Chave, le restaurant Taillevent et un repas aux truffes

chave-hermitage-blanc-l

 

Mais qu’est-ce qui a bien pu frapper l’auteur de ces lignes, lui qui pourfend régulièrement l’élitisme et les vins chers ? Aurait-il succombé aux tentations de la décadence, se serait-il vendu ? Il y a peut-être un peu de cela, mais surtout, plaiderai-je, une forme d’admiration pour une tel niveau de qualité, et si durable. Certes, je n’ai pas les moyens de me payer ces vins, sauf très exceptionnellement, ni de fréquenter souvent ce genre d’établissement, mais quand j’en ai l’opportunité, grâce à une invitation, je vais quand-même aller voir et déguster car côtoyer des grands vins dans un établissement qui les met en avant avec un service impeccable depuis plus de 50 ans est une chance qu’il serait stupide de refuser.

truffes-noirs

Une des attractions de ce déjeuner/dégustation du 16 janvier dernier (et pour moi la principale) était la possibilité de déguster des vins de Jean-Louis Chave, blancs et rouges, à pleine maturité. La capacité de vieillir de ces vins-là n’est peut-être plus à prouver, mais les occasions de le vérifier et de les apprécier ne sont pas bien courantes. Les deux Hermitages blancs de J-L Chave venaient des millésimes 2001 et 2007, et les rouges de 2000 et 2012 (ce dernier étant là pour voir si un Hermitage peut aussi se boire dans sa jeunesse). Comme cerise sur le gâteau, nous avions aussi eu droit au très rare Vin de Paille de 1996, vin inoubliable mais qui est si rare qu’il ne figurera pas sur le menu qui sera proposé aux clients. Nous avons eu de la chance !

img_7950

L’occasion était provoqué par un programme de menus récemment mis en place par Taillevent et qui consiste à créer des menus de saison autour de vins et de vignerons qui font partie de leur cave inestimable depuis longtemps et de les proposer à sa clientèle pendant un certains temps.. Car il ne faut pas oublier que Taillevent, depuis les années 1940 (nous sommes nés la même année, en 1946!), a été un pionnier dans la constitution d’une très belle carte de vins basé sur la qualité des vins et pas seulement sur la réputation ancienne des producteurs ou de leurs appellations. On ne compte plus les vignerons qui ont été lancés par l’établissement fondé par la famille Vrinat et repris par la famille Gardinier dans le même esprit. Pierre Bérot, l’homme du vin de Taillevent, assure la continuité de cette démarche louable.

Après un menu autour des vins piémontais de Roberto Voerzio et la truffe blanche, la lumière revient en France pour associer truffe noir et vins d’Hermitage de Jean-Louis Chave, qui a succédé à son père Gérard et à 14 autres générations de cette famille qui est installé dans la région depuis 1481 et qui a constitué son domaine sur la colline de l’Hermitage au 19ème siècle. Longévité aussi remarquable que rarissime ! Les accords de ce menu, qui sera proposé à la clientèle du restaurant jusqu’au début mars, associe les vins d’Hermitage de Chave à un menu au fort accent de melanosprum concocté par le chef, le languedocien Alain Solivérès. J’aime bien les truffes, même si je trouve leur prix exagéré, et je dois dire que les accords de ce menu fonctionnaient très bien. Mais j’étais là avant tout pour les vins, et là, aucune déception à l’horizon : il s’agit de très grands vins qui gagnent en complexité avec le temps (ce qui peut-être la définition même d’un grand vin).

img_7948Jean-Louis Chave en train de tester ses flacons avant le déjeuner

 

Pour le déjeuner auquel j’ai eu la chance d’assister, il fallait deux bouteilles par vin, ou bien, dans le cas du rouge 2012, un magnum. Ce qui est spécifique aux bouteilles issues de millésimes anciens est la disparité entre flacons causés par l’étanchéité variable entre un morceau de liège et un autre. J’ai pu participer à la dégustation préalable des flacons et, dans le cas des trois vins ayant un peu d’âge et servis en bouteille, il y avait des différences sensibles entre les deux bouteilles de chaque vin concerné.

Le domaine Chave possède 14 hectares d’Hermitage et à peu près autant de Saint Joseph depuis le rachat du Domaine de l’Arbalestrier. Jean-Louis est à plein temps sur le domaine depuis 1992 et en est la responsable actuel. Ce domaine a historiquement favorisé les assemblages entre les vins issus de leurs différentes parcelles qui se situent dans sept lieu-dits différents de l’appellation Hermitage. Les approches viticoles varient en fonction des natures des sols, allant des porte-greffes aux détails de culture. Les traitements et la gestion foliaire sont adaptés à chaque parcelle pour optimiser la maturité des raisins. Pareil pour la vinification car certaines parcelles nécessitent plus ou moins d’extraction par exemple, mais aussi un temps d’élevage qui peut varier de 18 à 24 mois. Il est intéressant de noter que, depuis 25 ans, Chave importe depuis l’Australie des plantes de syrah/shiraz car c’est ce pays qui en possède les plus anciens exemples au monde, souvent non-greffés. Le paramètre de l’âge des vignes est un ingrédient important pour Chave. Pour Jean-Louis, une vieille vigne a 80 ans, et une vigne commence à produire un vin intéressant à partir de 20 ans.

Quand je l’ai interrogé sur l’âge idéal pour consommer un de ses vins, Jean-Louis estime que ses Hermitages se dégustent bien jeunes, avant 5 ou 6 ans, pour ensuite se refermer jusqu’à atteindre 10 à 15 ans. Les Saint-Joseph sont accessibles plus jeunes. Les restaurants qui servent ses vins depuis longtemps, comme Taillevent, méritent, selon lui, qu’il garde une part des ses vieux millésimes en cave chez lui afin de les servir une fois les vins arrivés à maturité, car la charge financière pour une restaurant devient prohibitif autrement. Quant à sa sensibilité aux vins de autres, elle penche nettement vers la Bourgogne, à cause de son accent sur le rôle du terroir et ses nuances, même si c’est l’assemblage entre parcelles qui prévaut chez lui.

Taillevent vend des vins de Chave depuis les années 1960. Belle fidelité ! Pierre Bérot est arrivé plus tard mais, avec le soutient des propriétaires, a maintenu cette politique de garde des vins afin de proposer des vins ayant de l’âge à sa clientèle. Pour vous donner une idée de la profondeur de cette carte admirable (sans parler de sa largeur), j’ai compté 8 millésimes de l’Hermitage blanc de Chave en bouteilles et 4 en magnums. Pour le rouge il y en a 6 en bouteilles et 3 en magnums. Les prix ne sont pas délirants pour de telles raretés, même si je n’en ai pas les moyens à titre personnel. Ils démarrent à 250 euros pour les bouteilles de blanc et 290 euros pour les rouges pour des vins ayant plus de 10 ans.

Et le goût des vins ? On y arrive ! Je vais tenter de les décrire dans l’ordre de service et vous noterez que nous avons alterné entre vins blancs et vins rouges en fonction du plat : autre signe de l’intelligence du travail de Taillevent. Après un verre de l’excellente cuvée Taillevent élaboré par Deutz, voici l’Hermitage blanc 2007, servi avec des langoustines croustillantes, céleri et truffes. Ce vin a une très grande suavité qui habille sa puissance naturelle ; vin très complexe qui s’ouvre progressivement sur des couches de saveurs que je ne vais même pas tenter de décrire et une grande longueur. J’ai trouvé ce vin splendide. Ensuite, pour accompagner l’épeautre comme un risotto à la truffe noir, l’Hermitage rouge 2012 en magnum. Vin jeune, au fruité ferme de petites baies et encore une touche d’herbes comme de l’estragon qui lui apporte une note de fraîcheur : un vin presque délicat. Servi avec un bar de ligne, artichauts, cébettes et truffe noire, je placerai l’Hermitage blanc 2001 au-dessus même du très beau 2007 pour sa finesse accrue. C’est riche sans excès mais aussi très alerte et possédant encore cette magnifique patine qui lui vient avec le temps. Un très grand vin blanc. Avec un suprême de pigeon en feuilleté de foie gras, chou vert et truffe noire, L’Hermitage rouge 2000 laisse se dérouler très progressivement sa finesse et sa complexité ; son fruité est totalement fondu dans ses tanins fins et la longueur est considérable.

img_7951

Pour finir, avec un dessert à base d’amandes, de noisettes et de crème brûlée au café, l’extraordinaire Vin de Paille 1996 qui j’ai mentionné ci-dessus. Sa fermentation fut si lente que le vin a passé 12 ans en fût. Enorme de complexité, riche mais finissant presque sec, grande finesse de texture autour de notes amères qui rappellent l’écorce d’orange, notes de sirop de figues et plein d’autres choses que je suis incapable de décrire. Un vin comme cela vous laisse sans voix !

Merci à Chave et merci à Taillevent pour un grand moment.

 

David

 

 

 


7 Commentaires

Gigondas, avec ou sans « minéralité ».

vins-gigondas-font-sane-slide05Dans cette photo du Domiane de Font-Sane, avec le Mont Ventoux au fond, on sent bien l’influence de l’altitude sur le vignoble

La sensation de puissance, en grande partie due à leur taux alcool, qui se dégage de bon nombre de vins de Châteauneuf-du-Pape peut inciter à la méfiance de la part de certains. Bien qu’il y ait beaucoup de vins magnifiques issus de cette appellation, on a parfois envie d’un peu moins de chaleur, même au creux de l’hiver. Cela explique peut-être pourquoi, confronté à des propositions de déguster à deux endroits différents les vins de Châteauneuf et ceux de Gigondas le même jour et à la même heure, à Paris, récemment, j’ai pris la deuxième option : mon plan « B ».

blocvisuel_2_490x400Certains domaines, mais pas tous, utilisent ce flacon qui singe celui de Châteauneuf. 

J’ai été heureux de mon choix car j’ai pu déguster beaucoup de bons vins dans un confort relatif, vu qu’il n’y avait pas trop de monde. Moins prestigieux, le Gigondas? Et alors? Je préfère de loin éviter les hordes bousculantes et mal-polies et déguster dans de bonnes conditions!


vignoble-la-bouissiereCette photo d’une partie du vignoble de la Bouïssière me fait penser que relief, pente, orientation et environnement jouent ensemble un rôle prépondérant dans l’influence du terroir et pèsent bien plus que la nature du sous-sol.

Au total, 42 domaines ont présenté des vins de différents millésimes, dont 28 avaient aussi amené des échantillons de leur millésime 2015, en cours d’élevage pour certains. Il y avait également une présentation de la géologie de l’aire de Gigondas par l’estimé Georges Truc, assortie d’une dégustation conduite par David Lefebvre qui était censé illustrer le concept « minéralité et terroir ». Vu que les propriétaires et vinificateurs des 6 vins étaient différents, que les techniques de vinification aussi, et qu’aucune information n’était fournie sur le matériel végétal ni sur l’orientation/altitude des vignes en question, cette dégustation ne prouvait rien quant à la validité d’un tel concept ! Mais les dégustations libres étaient très intéressantes et je vous livrerai quelques commentaires sur mes vins préférés.

gigondas_village_et_tourellesLe village qui donne son nom à l’appellation

Le millésime 2015

J’ai dégusté les 27 vins de ce millésime qui étaient présentés dans une salle à part des stands des producteurs. Joli millésime dans l’ensemble et qui devrait bien évoluer. Mes préférés (à peu près dans l’ordre) étaient :

Domaine des Bosquets

Domaine La Bouïssière

Château de Saint Cosme, Les Claux

Domaine de Cabasse

Domaine Montirius

Domaine du Pourra

Domaine du Cayron

Domaine de Font-Sane

Domaine du Goupillon d’Or

Domaine de Piaugier

Domaine Pierre Amadieu

La dégustation principale et mes producteurs préférés

Chacun présentait le ou les millésimes et cuvées de son choix à son stand. J’ai pu presque tout goûter.

Domaine Raspail-Ay 2014

J’ai connu les vins de ce domaine il y a plus de 30 ans quand j’ai commencé dans le vin comme caviste, et je l’avais visité à cette époque. Le millésime 2014 présenté avait une belle matière juteuse et une bonne longueur.

l_gigondas_domaine_des_bosquets_lieu_dit_2011

Domaine des Bosquets, 2014 et 2015

Un grand coup de cœur pour les vins de ce domaine : avec le 2015 j’en ai dégusté 4 et ils sont au top, pour moi. Seul petit inconvénient : des prix un peu élevés; mais enfin, la qualité doit se payer, non? Dans le millésime 2014 j’ai dégusté trois cuvées : le vin d’assemblage qui est harmonieux, suave, long et équilibré ; Le Lieu Dit, délié mais avec une impression d’alcool assez présente ; enfin, mon préféré dans cette série très relevée, Les Collines, lequel, derrière un boisé qui demandera un an de plus pour s’assimiler totalement, est vif, avec des saveurs bien précises et une sensation vibrante qui donnera beaucoup de plaisir.

bouissiere

Domaine de la Bouïssière 2014 et 2015

Leur 2015 est un bien joli vin, complet, chaleureux et plein. La cuvée Tradition 2014 a un bon fruité avec de la structure derrière, et la cuvée Font de Tonin 2014 est excellent avec une matière dont la fraîcheur éclate au palais.

Domaine de Coyeux, Imperis 2014

Très beau fruité juteux.

Château la Croix des Pins 2014

Deux cuvées de très belle qualité dans ce millésime: Les Dessous des Dentelles, assez gourmand, puissant sans excès, avec une jolie texture, de la finesse et une bonne longueur ; Le Parpaillon, qui a davantage de densité et une belle force de caractère.

Domaine de Font-Sane 2014 et 2015

Après le 2015, bien équilibré, j’ai dégusté deux cuvées du millésime 2014: « Tradition » (mais pourquoi donc tant de cuvées utilisent ce mot qui ne signifie pas grand chose?), qui a un bon fruité, une structure moyenne mais des tannins un peu trop présents; puis « Terrasses des Dentelles », qui a un bien joli nez raffiné et un coeur solide.

Domaine du Grapillon d’Or 2013 et 2015

Le 2015 et juteux et fin. Je n’ai pas bien dégusté le 2014 présenté, mais la cuvée Excellence 2013 a une très belle qualité de fruit et une texture soyeuse.

Domaine Montirius 2011 et 2015

Leur 2015, juteux, élégant et frais, fait partie de mes préférés dans ce millésime. La cuvée Terre des Ainés j’ai trouvé asséché par des tannins trop dominants et j’ai préféré la cuvée Confidentiel 2011, aux arômes claires et à la matière affinée et longue, soutenue par une belle structure.

Maison Ogier 2014

Pour sa cuvée Dentelles 2014, propre et assez vif, au fruité clair et net.

saint-cosme

Château de Saint Cosme 2012 et 2015

Louis Barruol, dont nous avons souvent apprécié les commentaires pleins de sagesse sur ce blog et qui préside actuellement l’appellation Gigondas, présentait deux cuvées. La plus jeune, Les Claux 2015, est le meilleur des 2015 que j’ai dégustés à cette occasion, délicieux par la pureté de son fruit (nez splendide, mais je sais que cet aspect est mouvant à ce stade) et d’un caractère très vivant. Puis une cuvée de garde qu’il faudra attendre: Château de Saint Cosme 2012, fin et bien fruité, mais à la structure encore austère.

Domaine Saint Damien 2014

Cuvée Vieilles Vignes, 2014 souple et gourmande, très agréable, et une cuvée plus ambitieuse, La Louisiane 2014, au très beau fruité, fin et long.

Domaine Les Semelles de Vent 2013 et 2014

Deux millésimes d’une cuvée nommée Clos du Garde, aussi réussies l’une que l’autre. Le 2013 montre de jolies notes combinant fruité et fumé, une matière relativement déliée et souple et un caractère bien gourmand. Le 2014 est plus intense, aux notes de réglisse et de fruits noirs bien mur, aussi bien au nez qu’en bouche, avec des tanins longs et bien intégrés.

Domaine de la Tourade 2014

Une cuvée nommée Font des Aieux, issues de vignes de 70 ans. Intense, encore austère mais avec une belle matière. Un vin qu’il faudra attendre entre 3 et 5 ans à mon avis.

Par négligence de ma part, je n’ai pas dégusté les vins de deux producteurs : Famille Perrin et Domaine Les Teyssonnières 

gigondas003-1024x595Une autre photo du Domaine La Bouïssière, qui produit quelques uns de mes vins préférés de cette dégustation

Conclusion

Les vins de Gigondas utilisent, en gros, les mêmes cépages qu’à Châteauneuf et les assemblages sont aussi largement dominés par le Grenache, mais ils bénéficient d’une altitude supérieure et des expositions plus variées, du fait de la topographie accidentée fournie par les Dentelles de Montmirail et ses éboulis. Cela leur confère une fraîcheur et un équilibre que j’ai bien apprécié dans ce climat sudiste.

Les meilleurs vins de Gigondas offrent au consommateur un compromis intéressant entre fruit, structure et puissance. Leur puissance alcoolique, due largement au cépage Grenache, semble souvent mieux maîtrisé qu’à Châteauneuf, et les prix sont aussi plus abordables. Certains méritent amplement un peu de repos dans une bonne cave, car leur structure a besoin de temps pour se fondre et se patiner. D’autres ont été élaborés pour une consommation plus rapide, pendant la période ou leur fruité reste éclatant. Il convient donc de bien choisir sa cuvée (et son producteur) en fonction de son projet de consommation.

David Cobbold


6 Commentaires

Millésime Bio : Carignan/Grenache, la confrontation

À l’occasion du désormais très vaste et très international salon Millésime Bio, qui se tient chaque année en Janvier, à Montpellier, la capitale du Languedoc vibre de multiples fêtes pour l’heure toutes aussi modestes et joyeuses. Le Beaujolais bio – j’en reparlerai – faisait sa fiesta dans une ambiance du tonnerre, la Vallée du Rhône n’était pas en reste, les différents courants de la biosphère non plus répartis en autant de salons « off » plus ou moins prisés à l’instar de ce très réussi salon des Outsiders réunissant pour la première fois des vignerons étrangers au Languedoc épris par cette région au point de s’y installer. Mais pour changer des années précédentes, cette année j’ai choisi de m’arrêter sur quelques événements plus ou moins importants organisés en marge du plus gros des salons consacrés aux vins que compte la planète bio.

P3250066.JPG

Ce premier article a son importance car il met en scène deux associations qui me tiennent à cœur : la Grenache Association d’un côté, animée magistralement par sa grande et savoyarde prêtresse Marlène Angelloz, dite Marlène Fan de Grenache sur les réseaux sociaux ; et Carignan Renaissance de l’autre, présidée par le talentueux œnologue germano-languedocien Sebastian Nickel. Les deux associations n’ont d’autres objectifs communs que de déclencher l’intérêt des amateurs de vins envers ces deux cépages hautement représentés dans notre grand Sud et même sous d’autres cieux plus ou moins lointains. J’en ai déjà parlé ici même, lors d’une première rencontre amicale dite battle qui n’a de bataille que le nom et dont la vocation n’a qu’une simple mission : confronter les défenseurs des deux cépages dans une atmosphère plutôt joyeuse.

p12700381.jpg

Sebastian et Marlène, les instigateurs de la battle !

Cette fois la rencontre avait lieu en plein cœur de l’Écusson, autrement dit le vieux Montpellier, dans les murs historiques de la Salle Pétrarque. Il y avait là un monde fou, amateurs, sommeliers et journalistes curieux, attirés par l’aspect inhabituel que pouvait présenter une telle dégustation. Pouvoir en effet passer d’un domaine présentant sa cuvée de grenache pur à un autre fier de faire goûter son carignan de vignes centenaires, sans oublier la surprise de tomber sur un vigneron armé à la fois d’un grenache blanc et d’un carignan vinifié en rosé, rendait l’exercice de la prise de notes, même parfois dans la bousculade, encore plus excitant. Je me suis régalé !

WP_20160125_024.jpg

Pour ma part, en dehors des vins que je connais bien (Stella Nova, Bertrand-Berger, Calavon, L’Anehl, Rimbert, Mas Mellet, Vaquer, Sainte-Croix, Clos du Gravillas, Plan de L’Homme, Leconte des Floris, Treloar, Rémi Jaillet, etc), domaines sur lesquels on peut retrouver quelques commentaires passés en inscrivant leurs noms sur notre moteur de recherche, j’ai été très agréablement surpris par la pureté d’un Faugères 2011 carignanisé, pour ne pas dire fortement inspiré par le carignan sur sol de schiste, celui du Mas des Capitelles. La cuvée Loris de ce domaine révélait un rouge, extraordinaire de pureté et de finesse.

p1280018.jpg

Dirk, amoureux fou de Carignan. Photo©MichelSmith

Autre surprise, cette fois avec Hubert Valayer, un vigneron-trufficulteur de la Drôme, plus particulièrement du terroir de Vinsobres où il dirige avec son frère Denis le Domaine de Deurre. Rehaussé de 30 % de mourvèdre, son très carignan Vinsobres 2015 s’annonce comme étant une superbe affaire. Le belge Dirk Vermeersch, quant à lui, a fait sensation avec ses deux cuvées vinifiées en Vin de France. La (grenache) GT-G 2010 était d’une longueur étonnante, tandis que la (carignan) GT-C séduisait par sa maturité et ses notes grillées. De son côté, Peter Fischer, du Château Revelette, dans le haut pays d’Aix-en-Provence, fait toujours sensation avec sa série de Pur déclinée en rouges dans les deux cépages qui nous intéressent et donnant à chaque fois des vins ouverts et plutôt faciles d’approche, pleins d’esprit et de fruit. En profiter au passage pour goûter son blanc dédié à un autre cépage, l’ugni blanc.

2016_01_25_battle_carignan_grenache_v2-8d53d.jpg

Retour au Languedoc avec Brigitte Chevalier du Domaine de Cébène qui nous gratifie d’un savoureux et sensuel grenache Ex Arena 2013 tout en fraîcheur et salinité issu de vignes plantées sur un sol du Villafranchien. Ne pas manquer non plus son remarquable et très élégant Faugères Belle Lurette 2014 bien inspiré par les vieilles vignes de carignan sur schiste. Côté Roussillon, l’ami Julien, du Domaine Amistat, m’a une fois de plus charmé avec son grenache 2013 tout en sève, riche de matière et de jovialité au point que l’on ne cessait de vouloir remplir son verre !

La semaine prochaine, toujours dans le cadre de Millésime Bio, je proposerai une promenade dans le Beaujolais avec quelques gamays d’anthologie !

Michel Smith

 


8 Commentaires

Un aperçu de Crozes Hermitage

La semaine dernière, je vous ai parlé d’une appellation, Gaillac, que j’ai critiquée pour l’hétérogénéité de ses vins. Cette semaine, je vais vous parler d’une autre appellation, Crozes Hermitage, qui me semble présenter un aspect différent sur ce plan.

Certes, elle ne couvre que la moitié environ de la surface de Gaillac et ne produit que deux types de vins : blancs et rouges, secs tous les deux. De surcroît, elle simplifie le sujet de l’encépagement presque à l’extrême, car les rouges sont des mono-cépages de syrah, tandis que les blancs, très minoritaires, admettent un assemblage marsanne/roussanne. Je ne vous parlerai ici que des rouges car, à l’origine des mes observations, il y avait une dégustation organisée à Paris, le 15 décembre dernier, de 28 vins rouges de Crozes-Hermitage, produits par autant de producteurs différents. Il ne s’agissait pas d’une véritable dégustation horizontale, car elle concernait 6 millésimes différents. Mais cette formule à l’avantage de permettre un regard sur l’évolution de ces vins dans le temps, du moins pour les plus anciens. Un compromis, certes, mais un compromis qui a son intérêt.

4-3_4-11_crozes-hermitage

Malgré une taille relativement faible de 1.600 hectares, Crozes Hermitage est la plus vaste des appellations de la partie septentrionale du Rhône français (oui, car il y a la partie suisse aussi). Le climat et les expositions méritent un peu d’attention.  Si on considère la latitude, l’aire de Crozes se répartit autour du 45ème parallèle, comme celles de Bordeaux et de Gaillac (bon, en pinaillant, on trouvera que la ville de Gaillac se situe vers 43,9°). Mais, n’en déplaise à ceux qui voient une sorte de magie dans les nombres, surtout quand ils correspondent à leur lieu de production, cette information ne suffit pas à doter une région d’une possibilité innée de produire de grands vins.

A Crozes-Hermitage, le climat est continental avec une touche d’influence méditerranéenne. Quant aux aspects topographiques et géologiques, la partie nord de cette appellation qui s’étend sur la rive gauche du fleuve est une extension de l’appellation Hermitage, avec des sols assez pentus, de type granitique.

trail 3On peut juger du caractère pentu d’une partie de l’appellation par cette image qui montre l’auteur en plein effort de montée, lors d’un trail de 15km couru entre Hermitage et Crozes en 2012, je crois.

Cette partie historique de l’appellation Crozes Hermitage (qui date de 1937) compte pour moins d’un tiers de la superficie actuelle qui a été étendue vers le sud dans les années 1950, incluant une zone plus large, appelée Châssis, présentant des surfaces plus planes et des sols d’alluvions argilo-sableuses, parfois très caillouteux. Il y a aussi des parties plus calcaires. En tout, 11 communes participent à l’appellation. L’axe formé par le fleuve joue aussi un rôle climatique important, en permettant l’influence des vents par exemple.

Les prix des vins

Dans ce cas, comme souvent, les prix dépendent largement de l’image projetée (le positionnement prix, si nous préférez) et de la réputation du producteur, et parfois aussi de la rareté de la cuvée en question. La fourchette de prix pour ces vins se situe entre 12 à 35 euros. Le niveau supérieur de cette fourchette étant celui des cuvées de Chapoutier, Jaboulet ou Combier, par exemple. On peut donc trouver d’excellents Crozes Hermitage entre 15 et 25 euros. A titre de comparaison, et parce que j’ai négligé de parler de cet aspect la semaine dernière, les vins de Gaillac mentionnés ont une fourchette de prix plus basse, qui va de 7 à 25 euros.

 

Les vins de cette dégustation

Haut Chassis

Un de mes vins préférés parmi les 28 était aussi le plus ancien vin de la série : le Domaine des Hauts-Châssis, Les Châssis 2005. Il avait pour lui un nez profond et expressif, la belle qualité de ses saveurs fruitées de type prune/pruneau (même à 10 ans d’âge), des notes élégantes de fumée et une impression globale d’une puissance maîtrisée et d’une grande beauté. J’ai beaucoup moins aimé la cuvée Le Rouvre 2007 de Yann Chave, la trouvant trop boisée, dure et ingrate en bouche.

 

darnaud-fildutemps-crozes

Des deux vins du millésime 2009 présentés, j’ai préféré, de loin, celui d’Emmanuel Darnaud, la cuvée Au Fil du Temps. Le nez avait une touche animale dans les limites du raisonnable qui ne réduisant pas sa belle ampleur en bouche, et ce vin avait aussi une très bonne structure et beaucoup d’intensité : un vin harmonieux et énergique. La cuvée Les Croix, du Domaine Les Bruyères, était un cran en-dessous, avec un nez épicé, une fermeté qui le situait sur le versant de la finesse plutôt que sur celui de l’ampleur et une petite raideur en finale. Pour les jansénistes peut-être ?

 

etiquette-clos-des-grives-2010S’en est suivie une belle série de 6 vins du millésime 2010. Le Clos des Grives, du Domaine Combier brillait comme souvent et sera encore meilleur avec quelques années de plus. C’est un vin d’une grande élégance, très juteux et avec des tanins très fins. Je n’ai pas aimé la cuvée Roche Pierre, du Domaine Belle, austère et pas tout à fait nette, probablement à cause d’une bonne dose de bretts. La cuvée Gaby, du Domaine de Colombier, m’a semblé fermée mais fine et avec une jolie structure. La cuvée Thalabert, de Paul Jaboulet montrait un fruité séduisant et charnu, une impression de pureté et de précision et une belle longueur. J’ai eu un peu de mal à juger le Château Curson, du Domaine Etienne Pochon, car il m’est paru austère et fermé, mais certainement bien fait. Le dernier vin de ce millésime, la cuvée tradition du Domaine des Sept Chemins, était probablement le plus accessible pour beaucoup, car souple, juteux et vibrant, donnant ses sensation très plaisantes mais peu complexes (peut-être un soupçon de bretts aussi ?).

 

LesMachonnieresCrozesHermitageMes notes pour les 6 vins proposés issus du millésime 2011 sont globalement inférieures à celles pour la série des 2010, avec une exception notable : la cuvée Les Machonnières, du Domaine des Entrefaux. Ce vin m’a emballé avec un nez très attrayant, une grande impression d’énergie donné par sa vivacité et sa finesse, une qualité très gourmande de fruit et une bonne longueur. Un des mes fins préférés de toute la série. Le Domaine Etienne Bécheras, avec sa cuvée Le Prieuré d’Arras  a produit un bon 2011, de structure légère et de fruité délicat mais assez savoureux. J’ai trouvé le vin du Domaine Betton, la cuvée Caprice, trop réduit et assez simple ; le Clos des Comirets, du Domaine Fayolle, me gênait par sa finale trop asséchante et la cuvée Ghany, du Domaine Gaylord Machon, avait un joli nez mais décevait ensuite, semblant maigre en milieu de bouche et décousu. Enfin Le Grand Courtil, du Domaine Ferraton, était bien agréable, assez riche en bouche et expressif au nez, avec un bon équilibre et de la longueur.

aleofane1Tous les autres vins (au nombre de 12) étaient issus du millésime 2012. Ces vins sont très jeunes et ne s’expriment pas encore totalement, alors, pour vous épargner, je ne vous parlerai que des mes préférés. J’ai beaucoup aimé Aléofane, de Natacha Chave (et ce n’est pas la première fois) : un vin qui, bien que très jeune en apparence, montre une grande précision de saveurs et un équilibre intéressant. La Cave de Tain, avec sa cuvée Les Hauts du Fief, est une autre réussite dans ce millésime, précis et au très beau fruité. La cuvée Les Varonniers de M. Chapoutier est aussi très beau, fin, poivré au nez, presque délicat à ce stade. Le Domaine des Grands Chemins, de la Maison Delas est juteux et fin, encore un vin qui joue sur le registre de la délicatesse plutôt que sur celui de la puissance, comme c’est le cas pour le Domaine Laurent Habrard. Deux autres vins ont retenu mon attention : La Fleur Enchantée, du Domaine Saint Clair, pour sa vivacité précise et sa bonne longueur, et, surtout, le Domaine des Remizières, et sa cuvée Christophe, qui était ma meilleure note de cette série de 2012 : intense, long et bien équilibré, la matière est très belle et ce vin fera une excellent bouteille dans les années à venir.

remezières

Les autres vins dégustés dans ce millésime étaient : Cave de Clairmont, cuvée Immanence; Philippe et Vincent Jaboulet, cuvée Nouvelère ; Gabriel Meffre, Laurus; Domaine Melody, Etoile noire ; Domaine Michelas St. Jemms, Terre d’Arce.

 

Conclusion

Une dégustation plutôt convaincante, dans l’ensemble; en tout cas, présentant beaucoup moins de faiblesses qualitatives que dans le cas de Gaillac. Certes, sur le plan stylistique, la donne est plus simple avec un seul cépage et un seul type de vin. Mais j’ai l’impression que, derrière les leaders de cette appellation, bien installés mais qui ne se reposent nullement sur leur lauriers, il y a aussi plein de domaines moins connus qui font ce qu’il faut pour donner une belle qualité de vin aux consommateur, quelques soient les difficultés de tel ou tel millésime.

Une bonne année 2016 à toutes et à tous, si possible avec plein de bonnes découvertes de partout!

David Cobbold


13 Commentaires

Deux appellations d’exception dans une séance: Condrieu et Côte Rôtie

 Domaine-du-CouletCôte Rôtie, Domaine du Coulet (pas présent à cette dégustation). Photo domaine et La Note Rouge

Il ne m’arrive pas souvent de déguster une série complète de vins issus de deux appellations aussi rares que discrètes. Cela s’est passé très récemment dans une seule séance et à Paris. J’ai aussi eu cette chance de les déguster dans des conditions presque idéales car j’étais le seul dégustateur présent au moment où je suis arrivé dans la boutique des très chics et chères cuisinières Cornue, dans le très chic et cher 7ème arrondissement. Il faut dire que j’avais du me taper une dégustation de la sélection « Foires aux Vins » d’un enseigne de GD avant, et même si cette sélection contenait quelques (trop rares) bons vins, là, j’allais changer sérieusement de braquet !

 CondrieuVignes à Condrieu vues du Rhône (photo Jack van Ommen)

Le menu contenait 16 vins de l’appellation Condrieu  dans le millésime 2013, et 26 vins de l’appellation Côte Rôtie, très majoritairement des 2012, mais avec quelques vins de 2013, 2011 ou 2010. Faut-il présenter ces appellations ? Bien sûr que si, car je doute que tous nos lecteurs les connaissent bien. Ces deux zones contiguës se trouvent juste au sud de Lyon, sur la rive droite du Rhône. Elles sont aussi d’une étonnante complémentarité, l’une ne produisant que du vin rouge, et l’autre que du blanc. Leur discrétion vient essentiellement de leur petite taille, elle même dictée par une topographie aussi étroite qu’exigeante : Côte Rôtie occupe 300 hectares de vignes et Condrieu 180. Associé à cette rareté, leur niveau de prix élevé reflète autant la qualité reconnue des vins que leur faible production. Les prix public (en France) des Condrieu que j’ai dégustés varie entre 28 euros et 80 euros la bouteille, tandis que la fourchette pour les Côte-Rôtie présents est quasiment identique (30/80). Comme en Bourgogne, les vins peuvent se scinder entre les cuvées de type « village », issus généralement d’assemblages entre diverses parcelles dans l’appellation, et des cuvées mono-parcellaires ou sectorielles, souvent plus chères.

L’encépagement est simple : Syrah pour les Côte-Rôtie et Viognier pour les Condrieu – bien qu’une des particularités de l’appellation Côte Rôtie, partagée avec quelques autres appellations de rouge de la région, est d’autoriser une part de raisins blancs dans le vin. Cette proportion peut atteindre 20% ici, mais la plupart des vins dégustés ce jour étaient des syrahs à 100% et, parmi les 5 cuvées contenant un peu de viognier, aucun ne dépassait 10% de ce cépage si tendre et parfumé.

La syrah a certainement ses origines dans cette région, issu qu’il est d’une mère savoyarde et iséroise (la mondeuse banche) et d’un père ardèchois (la dureza). Le viognier fait partie de la même famille que la syrah (serine) et serait soit son demi-frère ou soeur, soit un des ses grand-parents, car tous les détails de la famille restent à découvrir, même si on les sait liés par la mondeuse blanche.

Cette dégustation a aussi voulu ordonner les vins selon leur localité précise dans l’appellation, dont l’identité  à été déterminée par une sorte d’analyse de la nature des sols. Là nous entrons dans ce qui est pour moi une zone d’ombre et qui me semble obéir davantage à une doxa de la communication actuelle autour du vin qu’à une réalité pertinente pour le dégustateur. L’approche de chaque producteur, aussi bien à la viticulture qu’en vinification et élevage, me semble expliquer davantage les différences de goût entre les vins que les influences différentes entre sols contenant  « migmantitte sombre« , « granite à muscovite » ou « granite à biotite« , pour ce qui concerne Condrieu et selon les termes du carnet qui m’a été remis. Je veux bien étudier cette question sérieusement le jour où un producteur, ayant des parcelles sur les trois zones, me présente des vins issus de ces trois zones et  dont tout le processus d’élaboration, y compris l’âge des vignes et la nature de la matière végétale (clone, porte-greffe et tout), serait identique. On tiendra aussi compte de différences d’altitude, d’exposition et de drainage, facteurs qui sont, à mon avis, bien plus importants que la nature précise de différentes sortes de granites.

Mais passons à l’essentiel qui est la très grande qualité de l’ensemble des ces vins, à quelques exceptions près (il en fallait bien pour montrer que tout n’est jamais parfait dans ce monde).  Je vais parler d’abord des vins que j’ai préférés, et ils sont nombreux, puis faire quelques remarques plus critiques sur quelques rares  cuvées qui me semblaient d’un niveaux inférieur, et sur une qui a des soucis d’ordre technique. Un mot d’abord sur les conditions de ma dégustation. Les vins étaient servis à découverts. Les condrieu étaient un peu chauds, ce qui permis de voir lesquels ne dépendaient pas uniquement de la température de service pour la sensation de fraîcheur qui doit exister dans le vin pour son équilibre. Pas de problème avec les vins rouges en revanche. Je ne vous embêterai pas avec les notes sur 20 que j’ai attribués à ces vins. Je trouve ce système utile pour se souvenir de mes appréciations relatives mais je sais aussi ses limites. Mais je vous indique que, pour les vins que j’ai aimés, mes notes allaient de 15/20 à 18/20.

 

Vins blancs

 

1). Les Condrieu d’assemblage préférés

 

Domaine Christophe Pichon, Condrieu 2013

prix 30 euros

Riche, avec une belle qualité de fruit et une très belle texture soyeuse. Un vin parfumé et plein, sans excès d’alcool.

 

Guigal, Condrieu 2013

prix 36 euros

Un beau vin avec une jolie acidité qui lui donne l’équilibre naturel essentiel. De loin le plus grand producteur de l’appellation, avec 120,000 bouteilles ce qui, à mes yeux, est une sacré performance à ce niveau de qualité.

 

Les Vins de Vienne, Condrieu La Chambée 2013

prix 35 euros

Un vin fin et précis, avec beaucoup de fraîcheur.

 

2). Les Condrieu parcellaires préférés

 

Domaine Faury, Condrieu La Berne 2013

prix 40 euros

Très parfumé et fine de texture avec une structure souple. L’acidité et un peu faible à mon goût.

 

Domaine du Chêne, Condrieu Volan 2013

prix 33 euros

Vif et alerte, un vin délicat qui a beaucoup de finesse

 

Domaine François Villard, Condrieu Le Grand Vallon 2013

prix 35,50 euros

Parfumé, frais et long, avec une superbe texture. Un de mes vins préférés et qui démontre que le viognier,  ici et entre de bonne mains, peut être tout le contraire de ces soupes lourdes qu’on peut trouver trop souvent ailleurs.

 

Cave Yves Cuilleron, Condrieu La Petite Côte 2013

prix 28,50 euros

Aussi un de mes préférés. Très vif et avec un toucher toute en finesse, c’est un très joli vin.

 

Montez, Domaine du Monteillet, Condrieu Chanson 2013

prix NC (vin pas encore en bouteille)

Fin et bien aromatique, il a aussi une belle acidité pour ce type de vin.

 

Domaine Christophe Blanc, Condrieu Les Vallins 2013

prix 28 euros

Un vin concentré mais très fin qui donne une sensation dynamique très intéressante par son acidité intégré. Un des meilleurs de la série, et un des moins chers aussi !

 

Domaine Christophe Pichon, Condrieu Caresse 2013

prix 50 euros

Un beau vin qui semble assez intense, encore un peu serré et qui sera sans doute plus expressif dans une paire d’années.

 

Domaine Guigal, Condrieu la Doriane 2013

prix 63 euros

Ce vin est un assemblage de plusieurs parcelles. C’est assez dense et j’ai noté une présence d’alcool dans l’équilibre finale, ainsi qu’une note d’amertume. Aura probablement besoin d’un peu de temps aussi, mais j’avoue que j’attendais ce vin à un niveau supérieur, même s’il est bon.

 

Domaine Vernay, Condrieu Côte de Vernon 2013

prix 80 euros

Pour moi le meilleur vin de la série, mais c’est aussi, et de loin, le plus cher. Tout cela n’a rien d’inéluctable, mais cela arrive. Intense et avec beaucoup de fraîcheur et une très grande complexité dans les saveurs. C’est aussi long que fin. Un grand vin !

 

 

3). Les Condrieu que j’ai moins aimés

 

Domaine Louis Chèze, Condrieu Brèze 2013

prix 31 euros

J’ai trouvé que ce vin avait une texture plus ferme que d’autres et donnait une sensation un peu trop chaleureuse en finale

 

Domaine Mouton, Condrieu Côte Châtillon 2013

prix 30 euros

Rond et facile mais assez plat

 

Domaine Perret, Condrieu Clos Chanson 2013

prix 40 euros

M’a semblé assez simple et manquant de finesse. Il a cette finale d’amertume qu’on peut trouver dans ce cépage et qui fait le bonheur des asperges.

 

Vins rouges

 

1). Les Côte Rôtie d’assemblage préférés

 

Domaine Jasmin, Côte-Rôtie 2012

95% syrah, 5% viognier

prix 32 euros

Un très beau vin classique, d’une facture solide. Ce n’est peut-être pas le plus suave de la série mais c’est un des plus longs.

 

Guigal, Côte-Rôtie Brune et Blonde 2010

96% syrah, 4% viognier

prix 40 euros

Avec une production de 220,000 bouteilles par année, cette cuvée fait figure de géante dans l’appellation, ce qui ne l’empêche pas d’émerger parmi les très bonnes cuvées que j’ai dégusté. Sa petite part de viognier ainsi que son vieillissement supplémentaire (36 moins minimum en fûts dont 50% sont neufs) doivent en partie expliquer sa grande suavité. Mais ce vin est aussi dynamique, grâce à une belle vivacité et possède une bonne longueur.

 2). Les Côte Rôtie parcellaires préférés

 

Cave Yves Cuilleron, Côte-Rôtie Coteau de Bassenon 2012

90% syrah, 10% viognier

prix : 38 euros

Une qualité de fruit splendide et un fond ayant beaucoup de complexité. Le bois de son élevage est parfaitement absorbé même si  sa structure destine ce vin à une attente en cave de quelques années. Très bonne longueur.

 

Domaine Vernay, Côte-Rôtie Maison Rouge 2012

100% syrah

prix 78 euros

Je n’ai pas les moyens  d’acheter des vins comme celui-ci, mais je dois dire que je le regrette ! C’est fin, complexe et plein de saveurs intéressantes. Aussi riche que bien équilibré.

 

Domaine Duclaux, Côte-Rôtie Maison Rouge 2012

100% syrah

prix 56 euros

Une expression très pure du cépage dans cette région, donnant un vin fin mais ayant beaucoup de précision et de relief. Il a un petit côté rustique qui peut plaire aussi. En tout cas un très beau vin.

 

Guigal, Côte-Rôtie Château d’Ampuis 2010

93% syrah, 7% viognier

prix 82 euros

Ce vin cher est assez somptueux, intense et complexe, avec pas mal d’extraction et une sacrée longueur en bouche. A attendre impérativement.

 

Domaine de Bonserine, Côte-Rôtie La Garde 2011

100% syrah

prix 60 euros

Un vin avec une bonne intensité dans ses saveurs, de belle facture mais encore austère par ses tannins et qu’il faudra attendre.

 

Domaine Lafoy, Côte-Rôtie Rozier 2012

100% syrah

prix 36 euros

Vin intense et assez vif.

 

Domaine Gerin, Côte-Rôtie La Viallière 2012

100% syrah

prix 50 euros

Les nez est un peu réduit et marqué par son élevage, mais en bouche on découvre une belle intensité et des notes boisées agréables. Encore un vin qu’il vaudrait mieux attendre au moins 5 ans pour le voir s’épanouir.

 

Domaine Clusel, Côte-Rôtie Les Grandes Places 2012

100% syrah

prix 80 euros

L’acidité m’a semblée plus importante dans ce vin que dans la plupart. C’est long et tannique, le tout dans un style austère mais avec une bonne dose de finesse. Pas le plus sexy, mais bien fait et nécessitant de la garde. Un peu cher cependant.

 

 

3). Les Côte-Rôtie que j’ai moins aimés

 

Domaine Bernard, Coteaux de Bassenon 2012

100% syrah

prix 32 euros

Le nez très fumé reste très marqué par son élevage et ce vin assèche un peu le palais en finale

 

Domaine Stephan, Côte-Rôtie Coteau de Tupin 2011

100% syrah

prix 70 euros

Pour moi, ce vin est indigne de l’appellation. En plus, c’est un des plus chers ! Au nez, j’ai soupçonné l’ usage de la macération carbonique, technique qui fait que tous les vins ont à peu près la même odeur. La fiche technique le confirme. Il a en plus une acidité volatile décapante. Maigre, acide et sans fruit. Est-ce un accident sur cette bouteille ? Je l’espère pour les clients qui l’ont acheté.

 

Domaine Barge, Côte-Rôtie Le Combard 2012

93% syrah, 7% viognier

prix 38 euros

Un style relativement austère et tannique qui donne un vin ingrat pour l’instant par rapport aux autres. Peut-être qu’après quelques années …..

 

Domaine Bonnefond, Côte Rozier 2013

100% syrah

prix 40 euros

Un peu rustique et avec des tannins asséchants.

 

Domaine Semaska, Château de Montlys 2012

100% syrah

prix 55 euros

Nez de bois fumé un peu exotique. J’ai aussi senti un peu de CO2. Ne semble pas très résolu comme vin.

 IMG_6828Mauvaise photo (de moi) mais fine équipe qui est montée à Paris avec les vins des deux appellations. Les voici avec la série de condrieu posée sur un « piano » Cornue qui vaut le prix de trois Ducati Panigale R ! Je sais que je pendrai la plus légère des ces options si j’avais une telle somme.

Conclusions générales

1). Je ne connais pas la mode de sélection des 42 vins que j’ai dégusté (16 Condrieu et 26 Côte Rôtie), mais je pense que cet échantillonnage est assez représentatif des deux appellations.

2). Il est très rare pour moi de trouver un pourcentage de l’ordre de 80% de vins qui me semblent bons ou très bons, voire excellents, dans une telle série.

3). La fourchette de prix ne reflète pas systématiquement la qualité du vin. Comme toujours, d’autres facteurs comme la renommée du producteur et son réseau de distribution jouent un rôle non négligeable.

4). Les Condrieu sont des vins blancs à boire assez rapidement, et même si quelques cuvées pourront bénéficier de 2 ou 3 ans de garde supplémentaire, la plupart des vins ci-dessus sont déjà à boire.

5). Pour les Côte-Rôtie c’est plus compliqué et mes notes ci-dessus tentent de refléter ces variations de style.  On ne peut même pas déduire de la présence d’un part de viognier que le vin sera plus souple, nécessairement. Il est certain qu’il s’agit sont des vins de garde, même si on peut prendre plaisir à en voire certains dès maintenant.

David Cobbold