Les 5 du Vin

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La Corse, côté Est et côté rosé

Je poursuis dans la veine corse de mon ami Marc, avec un rosé, cette fois.

Car le Sciaccarellu, cépage emblématique de Sud de la Corse, et notamment d’Ajaccio, se prête bien à la vinification en rosé – s’il est peu coloré (même en rouge), il est très parfumé, et assez peu tannique.

Au Nord d’Aléria, sur la Côte orientale de l’île, Eric Poli fait tout ce qu’il peut pour en conserver le fruit; il n’utilise que de la cuve, il régule soigneusement la température de fermentation et ne laisse pas la malo se faire, afin de garder de la vivacité. C’est réussi: voici un vin à la robe soutenue (saumon sauvage) qui déborde de fruits noirs et rouges (mûres, cassis, groseilles), dont la bouche allie rondeur, épices (poivre) et vivacité – de la joie liquide, comme j’avais pu l’écrire, en 2014, à propos de ce vin (qui à l’époque, contenait aussi du Niellucciu). Joie d’être en Corse, joie de faire du vin, d’offrir un peu de l’âme corse, sous forme liquide, à l’oenophile ou au touriste de passage. Joie de montrer que la côte orientale n’est plus cette grande usine à jaja des années 70.

Pour mémoire, Eric Poli possède également un domaine à Patrimonio, le Clos Alivu.

Alors, cet été, que vous pensiez rouge ou rosé, charpenté ou gourmand, pensez corse…

Domaine Poli: +33 4 95 38 86 38

 


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Et si les meilleurs vins rosés ne venaient pas de Provence ?

Depuis quelques années, la Provence a tant misé sur un seul type de vin, le rosé (et de surcroît avec une tonalité clairement très pâle, en tout cas bien plus que l’image ci-dessus), qu’elle semble exercer une forme de quasi-hégémonie sur ce marché, du moins dans l’imaginaire des consommateurs. Mais l’engouement pour le vin rosé, qui est parti de cette belle région aussi capable de produire de grands vins rouges et blancs, fait de plus en plus d’émules un peu partout ailleurs, et cela me fait poser la question suivante : est-ce que d’autres climats ne sont pas mieux adaptés à produire ce type de vin si populaire que la zone climatique de la Méditerranée, qui est forcément relativement chaude ? Evidemment cela dépend de ce qu’on recherche dans un rosé, mais je pense que la notion de fraîcheur est essentielle dans ce type de vin, du moins en général, car il y a bien sur des rosés de garde qui échappent à la masse.

Je ne vais pas m’occuper que de la couleur dans cet article, car peu importe la robe d’un vin, mais il en sera aussi question. Ma préoccupation principale est cette impression désaltérante de fraîcheur que donnent les bons rosés, et qui vient à la fois de l’acidité, de la netteté des saveurs fruités, et d’une relative légèreté en alcool. Car j’ai souvent une impression de lourdeur, presque d’écœurement dans beaucoup de rosés de Provence, impression que je crois réelle mais que la plupart tentent de masquer par l’effet induit par une couleur très pâle. Vendre du vin c’est aussi jouer sur tous les ressorts chez un consommateur, et cette histoire de pâleur me rappelle la grande réussite commerciale des Scotch whiskies ayant une couleur bien plus pâle que les autres, comme J&B ou Cutty Sark, à partir des années 1960 et 1970 (voir l’image des whiskies ci-dessus). Le consommateur a l’impression, d’une manière quasi-subliminale, de boire moins d’alcool quand le produit est moins coloré. Je sais que cela peut sembler très basique, mais je crois que c’est vrai. Regardez aussi le succès des alcools blancs.

Pour revenir à la question du climat (que je pense être l’ingrédient le plus important dans l’équation complexe du terroir) il me semble que des climats plus frais que celui de la Provence sont mieux adaptés à la production de vins rosés qui donnent une vrai impression de fraîcheur, et cela quelque soit la température de service. Cela semble couler de source, mais, d’une manière plus anecdotique, c’était une dégustation d’une quarantaine de vins rosés pour les besoins d’un article qui a engendré cette réflexion. Théorie et pratique se combinent donc.

La semaine dernière nous avons dégusté, avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, 38 vins rosés de différentes provenances : Loire, Alsace, Beaujolais, Savoie, Rhône, Provence, Languedoc, Roussillon et Bordeaux. On ne peut pas dire que l’échantillonnage était représentatif des proportions de rosés produites dans toutes ses régions, mais cela permettait quand-même d’avoir un début d’idée sur des profils, qui est plutôt confirmé par d’autres expériences passées. Nous avons dégusté tous les vins à la température de la pièce (17°C), ce qui écarte un effet masquant qui résulte d’une température fraîche. J’estime que si un vin ne semble pas bien équilibré à cette température, alors il ne l’est pas et le rafraîchir ne sert qu’à masquer cela. Sept vins étaient horribles, quinze seraient acceptables pour la plupart des consommateurs, et dix-sept étaient bons ou très bons selon nous. Mais ce qui me frappait le plus dans cette dégustation était le haut niveau qualitatif des rosés de Savoie, du Beaujolais et, à moindre degré, de Bordeaux. Je leur trouvais un supplément de fraîcheur, une netteté de saveurs et une impression globale de plaisir spontané, simple mais plein. Je ne suis pas obsédé par les degrés d’alcool dans des vins ; d’ailleurs je regarde assez rarement cette information sur les étiquettes, mais je l’ai quand même fait dans ce cas. Pour les régions que je viens de citer, ces degrés se situaient entre 11,5° et 12°, tandis que pour les vins rosés de Provence et du Languedoc, les niveaux tournaient entre 13° et 14°. Il y avait des vins très clairs et d’autres aux tons prononcés parmi les bons et très bons vins. La couleur n’a donc aucun rapport avec les qualités gustatives d’un vin rosé. Autre élément, qui a son importance pour la plupart des acheteurs de bouteilles : le prix. Les prix des vins rosés de Savoie, de Beaujolais ou de Bordeaux, du moins pour les vins que nous avons dégustés, semblent bien inférieurs à ceux de Provence, par exemple.

En conclusion, je pense qu’un climat tempéré ou frais est plus apte à produire des bons vins rosés qu’un climat méditerranéen. Or c’est plutôt le contraire sur le plan de la proportion des vins rosés produits de nos jours dans ces grandes zones. Encore un paradoxe français ?

 

David

 


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La mode des rosés pâles s’est emparée de l’Espagne

Je rebondis sur le papier de David du 19 septembre dernier, car la pâleur dans les vins rosés a gagné l’Espagne et apparemment, ici aussi, ils plaisent à tout le monde. La réussite des rosés de Provence fait envie, c’est donc allègrement que beaucoup de bodegas s’y sont essayées, et ça marche. Voici trois exemples de rosés pâles récemment sortis sur le marché:

Chivite Las Fincas 2015, un rosado para Arzak, IGP Vino de la Tierra 3 Riberas

C’est le deuxième millésime, et, c’est le résultat d’une collaboration entre les Navarrais de Chivite et le fameux cuisinier Arzak, connu pour être un grand amateur de rosés. Une chose est sûre, Chivite a mis sur le marché un rosé très différent de ceux auxquels il nous avait habitués. D’abord le packaging, la bouteille interpelle, et ensuite la couleur : il a revêtu un habit tendance couleur rose pâle. Issu de Grenache et de Tempranillo,  il offre un nez élégant aux aromes discrets de fruits rouges, la bouche est bien structurée, fruitée, savoureuse et équilibrée. Certes c’est un rosé nouvelle génération, mais qui garde un certain caractère, j’aime sa discrétion, pas d’exubérance, mais, persistant en bouche, plus que ce que nous laissait espérer sa robe si délicate. Il se présente sur le marché sous une appellation récente et peu connue, Vino de la Tierra 3 Riberas, il a été élevé sur lies, en cuves inox pendant 6 mois, il titre 13,5% et je trouve son prix imbattable: 9,50 €   

C’est un rosé intéressant.

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Rioja R. Bilbao, Lalomba Rosado 2015

Un rosé parcellaire, élaborés à partir de 90% de grenache et 10% de viura issus de la vigne Lalomba, plantée en 1976,  le premier vin de la gamme, annoncée comme  vins de Terroir de Ramón Bilbao. Un vin qui se veut très exclusif, présenté dans une bouteille transparente luxueuse, étiquette petite et sobre, bouchon de verre… le site de la bodega, n’a pas peur de le décrire comme « un diamant extrait de la terre… un vin rosé pâle, de style provençal, délicat, élégant et sophistiqué». Le marché national et international l’a très bien accueilli, les critiques sont très positives : moins cher qu’un rosé de Provence, et au moins aussi complexe. En Espagne, il fait l’unanimité.

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Qu’ajouter?  Au delà de sa teinte diaphane (« encore un rosé transparent à la mode »), ce rosé étonne à la dégustation; loin d’être insipide, il est à la fois sérieux et allègre, le nez est frais, subtil, à la fois fruité et floral, la bouche offre un fruit mur, une savoureuse crèmosité, et une finale vive. Un parfait équilibre entre les fruits, les fleurs et l’acidité.

Pour beaucoup, un grand rosé. Oserai-je écrire (pied de nez à ceux qui ne jurent que par le pâle), qu’avec davantage de couleur…  je l’aurais vraiment aimé!

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La production est «limitée» à 10 000 bouteilles; 17,50€

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Rioja Marqués de Murrieta Primer Rosé 2015

Depuis 1987, la bodega n’avait plus élaboré de rosé, l’esprit de ce Primer Rosé est complètement différent de ceux jusqu’ici produits; un changement radical vers un style plus tendance !

C’est un rosé 100% Mazuelo, issu des vignes Finca Ygay. Vinification traditionnelle, après une lente fermentation en cuve inox, le vin repose pendant 40 jours sur ses lies fines. On s’étonne qu’une bodega comme Marqués de Murrieta ait cédé à l’appel du marché, mais l’œnologue Maria Vargas nous explique, que pendant 5 ans, ils ont fait des essais avec différents cépages et élaborations pour arriver à présenter un rosé qui vaille la peine. Le résultat n’est pas mal, j’aime sa personnalité.

Il est rose,  limpide, le nez est assez intense, offrant les notes de fruits rouges où  dominent la cerise et la fraise  ainsi que des notes florales et balsamiques. La bouche est pleine, fraiche, structurée, longue. Un rosé qui plaît.

La production est limitée à 5000 bouteilles, et le prix public est de 29,50€

 

En guise de conclusion

Depuis 2013, date à laquelle Ramon Bilbao a mis sur le marché son rosé 2012, frais et transparent, de nombreux rosés sont apparus et ont rencontré un succès certain. La vogue du rosé a incité de grandes bodegas classiques à le prendre au sérieux, et ainsi à le valoriser.

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Le style rosé de Provence est le plus «copié».

De grands groupes espagnols ont aussi misé sur cette tendance, comme Codorniu Raventos, avec Viñas de Anna Flor de Rosa (le 2015 est le premier vin rosé dans l’histoire de la marque Codorniu), ou encore Bodegas Bilbainas (Viña Pomal Rosado 2015), Raimat (Vol d’Ànima rosé 2015, en DO Costers del Segre). On citera aussi le Rioja Izadi Larrosa 2015, Rita Habla 2015, des Bodegas Habla de Trujillo.

profesionalhoreca-rosado-rita-habla-2015Dans tous les cas la preuve est faite, que ça nous plaise ou non, que si l’on offre au public, jeune et moins jeune, un rosé plus frais, plus léger, plus transparent que le traditionnel, il remporte un vif succès.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 

 


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Tristesse de la pâleur (ou éloge de la couleur)

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La course à la pâleur dans les vins rosés fait rapidement son chemin depuis quelques années, et, selon moi, provoque des ravages. Chaque fois, ou presque, que je déguste un des ces machins pâlots, sans saveur particulière (sauf un peu de bonbon anglais, parfois) mais avec sa dose d’alcool réglementaire qui dépend, en gros, du binôme cépage/climat, j’en suis de plus en plus convaincu. A contrario, chaque fois, ou presque, que je déguste un rosé ayant une robe soutenue, à mi-chemin entre blanc et rouge, je ressent davantage de saveurs, de tenue en bouche et (c’est l’essentiel il me semble) du plaisir. Je sais bien que ceci est un peu caricatural, mais ce constat est quand-même basé sur un grand nombre d’expériences et sur un tout petit peu d’analyse. En tout cas, comme disait le maire de la commune voisine « c’est mon avis et je le partage ».

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Tout cela n’est pas le seul fait de la Provence, même si la dictature par l’absence de couleur dans les vins rosés est très largement inspirée par la réussite de ces vins passe partout, et qui plaisent, apparemment, à « tout le monde »: donc à personne. Je ne suis pas contre la réussite commerciale, bien au contraire (salut Luc !). Ce qui m’horripile dans cette affaire est la banalisation d’un style, et le comportement « moutonnesque » de la plupart des autres régions, à commencer par le Languedoc-Roussillon ou le Bordelais : régions qui, il n’y a pas si longtemps, faisaient beaucoup de vrais vins rosés avec de la couleur, du goût et tout et tout, et pas essentiellement des faux blancs. Mais la Provence a fait du rejet de la couleur un système de jugement de la qualité. J’en veux pour preuve le fait que la quasi-totalité des appellations de cette région refusent d’agréer des vins rosés qui dépassent une certaine intensité de ton, et cette barre est placée bien bas ! Même Bandol, grand fief des rouges de caractère et de garde (merci au Mourvèdre), a été un moment gagné par ce diktat de la pâleur pour ses vins rosés devenu, malheureusement, le type de vin majoritaire de cette appellation. Je crois que les choses sont en train, doucement, de s’inverser dans cette appellation qui doit absolument garder ses différences avec l’océan des rosés pâles qui l’entoure, mais le constat est bien triste. Et si j’étais producteur en Provence, je me garderais bien de mettre tous mes œufs dans le même panier (rose). La mode est volatile par définition.

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Dans cette période où la communication à outrance sur tout ce qui est supposé être « naturel et donc bon » (quelle foutaise, aussi!), est-ce qu’on parle des techniques utilisées pour retirer de la couleur des moûts ou des vins quand Dame Nature, qui n’est ni bonne ni mauvaise et qui se fiche pas mal de tout cela, fournit les conditions qui augmentent températures et couleur dans la peau des baies ? Bine sûr que non. Et pourtant, c’est bien une intervention technique, une de celles-là mêmes qui sont tant décriées par les tenants d’une interférence minimale de l’homme et ses outils dans le vinification (autre sujet qui pourrait déclencher un article bientôt). Je vois dans tout cela soit un paradoxe, soit une méconnaissance des faits.

Pour évoquer une autre région, gagnée elle aussi par la même mode absurde, la dégustation au cours de la semaine passée de deux Champagnes rosés qui vont à contre-courant de cette triste tendance m’a conforté dans mon opinion. La dernière version du Ruinart Rosé est un vrai vin rosé, bien coloré, très expressif en fruit, et avec assez de structure pour tenir sur autre chose que des chips. Pareil pour le Nicolas Feuillatte  Rosé 2006, Cuvée 225, qui est aussi savoureux que frais, long en bouche et parfaitement défini dans son profil. Voilà deux exemples de ce qui peut être un vrai Champagne rosé, c’est à dire autre chose qu’un blanc à peine teinté, ce qui est le cas, par exemple, de la dernière livraison du Veuve Clicquot Rosé (la version 2008 de ce vin m’a bien déçu, contrairement au blanc du même millésime).

Osons un petit écart sur le chemin glissant mais passionnant du marketing, car c’est bien sur ce terrain que s’est bâti le réussite des rosés de Provence, et, par extension, de la catégorie toute entière. Quel est donc l’intérêt de faire un vin rosé qui n’est qu’une petite variation sur la même chose en blanc ? Question rhétorique bien entendue. Mais tentons d’y répondre : dans l’imaginaire, le pâleur donne une impression de légèreté. La transparence est aérienne, et non pas terrienne et, j’ose rajouter, elle induit la notion de « pureté » dans les têtes d’une partie de la population de plus en plus obsédée par ce concept touchant à l’alimentaire. Même si c’est surtout inconscient, je crois bien que cela joue. Cette légèreté ressentie, dans le domaine du vin, convient aussi à une consommation par temps chaud et c’est bien cela qui a donné un aspect très saisonnier à la vente des vins rosés, même si des producteurs ayant misé à fond sur ce type de produit luttent pour en étendre les périodes de consommation.

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no comment !

Je pose, à la fin, une autre question rhétorique.  La mode (nécessairement stupide selon moi) doit-elle tout emporter, même dans le domaine du vin ? Bien sûr que non, nous sommes d’accord, mais elle a des influences bien plus importantes que celles que nous admettons généralement, et ces influences ont des socles plus profonds que ceux que nous sommes prêts à reconnaître facilement. Ce n’est pas une raison suffisante pour y céder. Il faut juste ouvrir ses sens et son cerveau.

 

David Cobbold


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#AOC Mesquinerie

L’AOC Clairette de Die voudrait commercialiser une clairette rosée à base de gamay. Pourquoi pas, me direz-vous? Charbonnier maître chez lui, il y a du gamay dans l’aire d’appellation (vendu sous le nom de Châtillon en Diois, pour les vins tranquilles), et il est plutôt qualitatif; il y a aussi un savoir-faire pour la méthode ancestrale. Alors, on voit mal ce que l’INAO, institut de l’origine et de la qualité, pourrait avoir à y redire.

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Le rosé de Gamay n’est pas inconnu en Diois, comme le montre cette bonne bouteille de Châtillon-en-Diois…

Oui, mais ce n’est pas comme cela que ça se passe!

En France, chacun défend son pré carré, aussi petit soit-il: une région voisine, le Bugey, se bat bec et ongles contre ce projet, arguant du fait qu’il s’agirait là d’une concurrence à son Cerdon.

Plus précisément, l’AOC Bugey « conteste l’existence d’une tradition historique de vinification d’une Clairette rosée en méthode ancestrale ». 

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Et la méthode ancestrale non plus…

On croit rêver: s’il l’on devrait appliquer cette règle à tous les terroirs de France, alors, la syrah ne serait jamais sortie du Nord de la Vallée du Rhône, le Grenache ne serait jamais sorti d’Aragon – ils n’avaient pas de tradition historique hors de leurs berceaux respectifs; et puis le Bordeaux n’aurait jamais eu de Crémant, ni le Champagne de bulles – la Blanquette de Limoux s’y serait opposée!

D’ailleurs, rappelons que le Cerdon – aucun personne ne songe, surtout pas moi, à enlever ses mérites, n’est AOC que depuis 2009, sous le nom de Bugey-Cerdon. Jusque là, ce n’était qu’un simple VDQS (depuis 1958). Notons par ailleurs qu’il n’est pas issu du seul gamay, mais aussi du poulsard.

On voit mal la justification que pourrait donner l’INAO à un refus d’un Clairette rosé, à moins que les experts du vénérable institut veulent jouer à « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ».

L’INAO n’a pas son siège à Clochemerle, tout de même! Et sa vocation n’est pas de barrer toute innovation, surtout dans le contexte de concurrence mondiale que nous connaissons.

C’est la même mesquinerie qui est à l’oeuvre du côté des Crémants pour empêcher l’IGP de pouvoir produire des bulles – on en trouve pourtant de belles en Pays d’Oc, par exemple. C’est à la fois lamentable, rétrograde et contre-productif. Et ça fait rire les étrangers.

Que chacun s’occupe de produire mieux, de satisfaire sa clientèle, de justifier ses mentions, plutôt que de se mêler des affaires du voisin!

Hervé


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Les rosés sans indication géographique progressent en GD française

L’indication géographique n’est plus le critère déterminant des achats de rosés en GD française, si l’on en croit les chiffres du panel IRI pour 2015.

Aux cinq premières places, on trouve en effet un IGP (Pays d’Oc), deux AOP (Côtes de Provence et Cabernet d’Anjou), mais aussi deux vins sans indication géographique; et en 6ème, on trouve Vin de France.

Voici donc le palmarès des rosés de grande distribution en France:

IGP pays d’Oc

 56,3 millions de litres

 (+0,7%)

Côtes de Provence

 26,3 millions de litres

 (-2,2%)

Cabernet d’Anjou

 18,4 millions de litres

 (-3,2%)

Rosés sans IG (UE)

 18,3 millions de litres

 (+50,9%)

Rosés sans IG (Espagne)

 15,6 millions de litre

 (+13,5%)

On notera la très forte progression des vins sans indication d’origine issus de l’Union Européenne – exclusivement des vins d’entrée de gamme. Ni les AOP espagnoles, ni les AOP des autres pays d’Europe n’ont pour l’instant réussi à conquérir les gondoles françaises, les distributeurs et les grandes marques de vin préférant apparemment rester discrets sur la montée des vins étrangers en France.

Dommage pour ceux qui, comme moi, apprécient les rosés de Navarre ou des Pouilles…

Hervé


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L’ami Jaeger vous conseille

Les 5 du Vin accueillent un vieux complice (au moins pour Marc et Hervé); le Meilleur Sommelier d’Alsace 1977-78, devenu formateur, puis acheteur vin en Belgique; aujourd’hui jeune retraité, le voici chroniqueur en vin. Ou plutôt conteur. Conteur Jaeger, Jean-Michel, de son prénom…

Jean-Michel est doté d’un joli brin de plume.  En ce samedi d’été, il nous propose quatre rosés (ni alsaciens, ni belges); quatre coups de coeur, quatre conseils d’ami.

 

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Jean-Michel Jaeger (Photo © H. Lalau)

 

LE DEVOY  DOMAINE ANDRE AUBERT  GRIGNAN-LES-ADHEMAR ROSE 2013

L’instant magique. Avant lequel tout est noir, gris, ou morose dans le meilleur des cas. Puis tout s’éclaire. L’œil est capté par une vivacité de teinte fuchsia, l’amorce d’un sourire paraît : oui il a du nez, et du meilleur, au caractère d’agrume, d’aubépine, auréolé de touches de cuberdon. La bouche attaque en fraîcheur sur une belle matière. La tension soutient un caractère charmeur et long finissant sur quelques notes d’amertume du pamplemousse rose. Le rappel fruité et la persistance riche destinent cette découverte à un beau moment d’été en terrasse avec quelques légumes grillés.

MAS SAINT LOUIS  COSTIERES DE NÎMES 2013 CHÂTEAU SAINT LOUIS LA PERDRIX

Non loin de la Camargue, à la droite du fleuve, à la jonction entre Languedoc et Provence s’étendent les Costières de Nîmes. Galets roulés sur argile rouge permettent aux cépages syrah et grenache d’exprimer, après une courte extraction, un vin minéral et sapide. Agrumes et fruits blancs habillent une bouche légère. Une sucrosité subtile point, vite effacée par une vivacité balancée, élégante, de fruits de la passion. Viennent ensuite quelques notes de biscuit comme en rappel… Tenue, longueur et vinosité en font le breuvage idéal pour des petits farcis provençaux ou une salade d’encornets.

REFLETS DES SEPT FONTAINES  CHATEAUMEILLANT 2012 NAIRAUD-SUBERVILLE

Le fond de l’air est frais ce matin dans le beau vignoble de Châteaumeillant sur les premières marches du Massif Central. Sept ruisseaux et rivières y entrelacent d’agréables collines douces et attirantes. Ici gamay, pinot noir et pinot gris donne ce beau vin gris. On est surpris par de belles premières notes de fenouil et de thym au nez. La bouche longue, riche et complexe confirme dans un premier temps puis se pare de caramel et d’épices. Elégant et équilibré, il se plaira auprès d’un vitello tonato ou la volaille rôtie du dimanche farcie d’herbes fraîches. Il fait beau ce midi, le fond de verre est frais.

ARBOIS  POULSARD 2010 JACQUES TISSOT

L’ornière est comme les rails du tram, elle est confortable, rassurante, mais elle nous mène où elle veut. Goûtons au plaisir de la transgression. Car il y a transgression… Question : est-ce un rosé ? En effet interpellé par une couleur orangée, aux teintes du corail, le vin tend vers un rouge léger. Mais fi du débat. Le nez au caractère baroque dévoile des touches de fruits rouges et d’humus. Le Jura dans toute sa profondeur s’ouvre à vous dans ce beau vin robuste et caractériel. Accord facile avec charcuteries ou terrines, savoureux avec une andouillette juste rôtie, lumineux avec le chocolat blanc.

Jean-Michel Jaeger