Les 5 du Vin

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Deux rosés bien différents et pourtant…

Avec la chaleur qu’il fait, ce soleil envoûtant, cette sécheresse (je parle de la Belgique depuis un mois), l’heure est au rosé; mais lequel ?

La Maison Torres nous en propose deux bien différents; déjà la couleur, très importante dans le monde très particulier du rosé, plaira aux uns et pas aux autres et vice versa, et le reste aussi. Les voici:

De Casta rosado 2017 DO Cataluña Torres

 

La robe fait penser à un Clairet tellement son incarna est prononcé. Son nez se pare d’une cerise confite matinée de fraise tagada, dans le pure style bonbons acidulés qui plaît d’emblée aux amateurs de rosés bien fruités. La bouche mélange douceur, onctuosité et fraîcheur, un cocktail qui fait saliver. Quelques herbes et épices évoquent le terroir catalan d’où nous la tendre boisson.

Assemblage d’une majorité de Cariñena/Mazuelo et moins de Garnacha tinta qui macèrent pendant 24 h en cuve inox. La mise en bouteille se fait en novembre.

Viña Esmeralda rosado DO Cataluña 2017 Torres

 

Saumon pâle, il respire avec raffinement les notes graciles d’orange sanguine et de mandarine, viennent s’ajouter quelques fragrances subtiles de jasmin et de fleur d’amandier, histoire de nous faire saliver. Et la bouche n’y manque pas. Fraîche, un rien salé, quelle sapidité nuancée des arômes des fleurs et fruits sentis auxquels s’ajoutent la chair d’un raisin de muscat, le charnu d’une groseille, le jus d’un melon d’Espagne. Le tout formant un ensemble d’une douce intensité aux arômes recherchés.

Pressurage direct de Garnacha qui fermentent ensuite pendant une vingtaine de jours. Le vin est élevé sur lies pendant 4 mois avant la mise en février.

Deux vins du même producteur, mais à cent lieues l’un de l’autre. Le premier, immédiat, généreux, parfait pour l’apéro. Le second, élégant, subtil et dense qui ne convient qu’au repas. Voilà une bonne démarche pour répondre à différentes attentes du consommateur. Et ce qui me plaît en plus, c’est que la couleur ne correspond pas à ce qu’on pourrait croire, le plus clair est le plus dense, le plus foncé, le moins vineux…

www.torres.es

Ciao

 

Marco


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Viña Tondonia Gran Reserva 2000, un rosé aux antipodes de la tendance actuelle… et un mythe parmi les amateurs de vins

Le Viña Tondonia Rosado Gran Reserva 2008 est sorti sur le marché il y a peu de temps. Cela faisait 8 ans qu’on l’attendait, le dernier millésime datant de 2000!

C’est d’ailleurs de celui-là dont je vais vous parler. Je n’ai pas encore gouté le 2008, car se le procurer s’avère très difficile: sa disponibilité est limitée à une unité par personne; en outre, la plupart du temps, il est annoncé mais épuisé quand on veut le mettre dans le panier ou alors soumis à des conditions d’achat que je n’apprécie pas : obligation d’inclure dans la commande d’autres vins. Il est vendu aux alentours de 40€, ce qui est très raisonnable étant donné son long élevage et sa rareté. Luis Gutiérrez (Wine Advocate) lui a donné 94 points.

C’est le seul rosé au statut de Gran Reserva de tous les D.O.Ca. Rioja, d’ailleurs, les étiquettes de l’appellation, ont du être imprimées spécialement pour López de Heredia. Il est élaboré uniquement dans des millésimes exceptionnels, la qualité des raisins étant primordiale, face au long processus d’élaboration. Pour cette raison, il n’y avait pas eu de production depuis le millésime 2000. Mon beau fils, à qui je racontais que j’aimerais bien trouver une bouteille de 2008, m’a généreusement offert un 2000 qu’il avait gardé.

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Inutile de vous dire mon impatience pour la déboucher! 18 ans de garde, pour un rosé c’est un record, j’ai hésité et finalement, allez, je me suis décidée, l’esprit curieux et l’âme remplie d’émotions.

Evidemment, mon compagnon se demandait pourquoi tant d’hésitations et d’émois pour un rosé de 18 ans d’âge : il cherchait à comprendre. Je le sentais très sceptique, il pensait que c’était une blague de ma part, je tentais alors de lui expliquer, un peu agacée (les explications gâchent le moment), mais il fallait qu’il sache quand même qu’il allait boire un rosé très spécial. D’emblée, je le conditionne en lui annonçant que c’est le seul grand rosé de l’appellation Rioja, et selon mon sentiment, le seul grand rosé d’Espagne. Un vin à part dans tous les sens, à forte identité, en dehors des normes établies, il a un profil complètement différent du reste des rosés produits en Rioja et dans le reste de l’Europe d’ailleurs (enfin, je crois) ; il est tout sauf tendance. Je lui parle d’un grand vin, d’un vin qui nous ramènera à une autre époque. Ce n’est certainement pas sur une carte de vins d’un restaurant qu’il l’aurait trouvé. Un trésor qui mérite d’être apprécié en tant que tel, un vin qu’on peut essayer d’analyser mais qui restera mystérieux quoi qu’il en soit. Ça y est, de sceptique il est devenu impatient de déboucher la bouteille et de gouter cette exception. Je lui précise que c’est un assemblage de 60% Grenache, 30% Tempranillo, et 10% Viura, fermentés et macérés ensemble, vieilli en fûts de chêne américain usagés pendant quatre ans, avec 2 soutirages annuels, clarifié avec des blancs d’œufs frais (ndlr: non vegan, donc) et conservé en cuve et en bouteille (mis en bouteille sans filtrage) pour enfin être libéré au bout de  dix ans.

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Pour ceux qui cherchez un rosé frais, fruité aux arômes racoleurs passez votre chemin, cette bouteille n’est pas pour vous…

Déjà, il l’avait ouverte et le vin était dans les verres.

Sa couleur – qui oscille entre le cuivre et l’orange, la pelure d’oignon foncé, l’œil de perdrix, est attrayante mais pas surprenante, la marque des années : il est très évolué comme on pouvait s’y attendre. Il est net, brillant et de densité moyenne. Que va nous révéler son nez ? Je retiens avant tout son profil élégant, racé, un gentleman d’un certain âge qui a gardé quelques uns de ses atouts. Encore de la fraicheur et une grande diversité d’arômes.  Ses parfums nuancés sont des plus séduisants. Le fruit est dilué, mais, j’y trouve des notes de cannelle, de fruits secs, de pétales de rose flétries, d’agrumes, des notes de vieillissement, de champignons, de vieux bois précieux, des souvenirs de liqueur, c’est infini, jamais vu une telle complexité dans un rosé ! Il est persistant et émouvant !

Au palais, c’est un vin frais, élégant, il parait au premier abord en fin de voyage,  mais, non, il change vite, une acidité équilibrée donne des sensations légères mais pas exagérées, soutient les arômes qui s’étalent en bouche. Des notes de pruneaux dominent, entrecoupées d’odeurs de fruits confits et de fleurs d’oranger, je retrouve les mêmes senteurs que celles qui s’échappaient des armoires  en chêne de ma grand-mère, du thé, des effluves de cire, de vernis, d’orange confite, encore des souvenirs de liqueur de prunelle… Du coup, je ne sais plus si se sont les arômes du vin qui m’envahissent ou ceux qui s’échappent de mes souvenirs que je suis entrain de décrire à mon ami. Je pourrais empiler des mots sur des mots, essayer de pousser l’analyse, mais le vin gardera son secret.

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«C’est intéressant, voire passionnant et je suis heureux de partager cette dégustation avec toi, mais ça n’a rien d’un rosé», me dit mon compagnon.

Si, c’en est un, lui répondis-je, mais c’est bien plus qu’un rosé, c’est la preuve que Lopez de Heredia ne fait rien comme les autres. Viña Tondonia est une cave familiale, la plus ancienne à Haro, dans la Rioja Alta, fondée en 1877. Actuellement, la 4ème génération de vignerons est en place, peu ou rien n’a changé dans sa façon traditionnelle de faire du vin: vignes en gobelets, vendanges manuelles, élevage en fûts anciens, tonnellerie sur place, long vieillissement en bouteille… Le classicisme à tout prix.

A table, il accompagnait un tagine d’agneau aux épices, l’accord était parfait.

J’ai hâte de goûter le 2008.

Hasta pronto,

 

MarieLouise Banyols


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Tavel, real rosé wine

 

I may as well admit it right away: I am not a great fan of rosé wines, as a rule. Of course there are some good ones, and I drink those with pleasure. But the current fashion (like most fashions in fact) for those wishy-washy but often over alcoholic rosés passes me by totally. No wines should be judged by their colour, or the lack of it. I thus admit to a slight bias here, but I will justify this as a reaction against the massive propaganda churned out by the producers (and some retailers) of pale rosé wines and their often stupid rejection of those rosés which show deeper hues. Because there is something absurd, and even totally dishonest, in making people believe that a rosé is better for being pale in colour. Do they really believe that alcohol goes hand-in-hand with colour in a wine? Because I cannot think of any other explanation for such silliness. Thus, when I was invited recently by the Tavel appellation (from the southern Rhône region) to taste a series of their wines, I trotted along gladly in the certainty that I would find wines not only with some depth of colour, but also with greater depth of flavour and complexity than is the case for most of those coming out of neighbouring Provence these days, not to mention the various pale imitators that keep arriving from elsewhere, since fashion seems to rule most people’s minds, in wine as elsewhere.

Tavel is a rare appellation in several ways. Not just because it covers quite a small area, but especially because it only exists for one colour and type of wine: dry rosés. What is even rarer, especially nowadays, is that the colour of these wines has to be deep to meet the local rules. So what are these rules? The Tavel production area lies just across the Rhône River from its prestigious neighbour, Châteauneuf-du-Pape which produces only white and, mainly, red wines. In fact I believe that the « rosé only » Tavel set-up was part of a deal made years ago with this bigger neigbour who did not want to be associated with the then low reputation for the pink stuff. The area covers about 930 hectares, almost all of which lie on the eponymous commune, plus a little on that of Roquebrune, just north of Avignon The wines must have an alcohol level of at least 11%, but they usually have quite a bit more these days. The authorized grape varieties are those of this region in general :  Grenache (the most important), but also Cinsault, Mouvèdre, Syrah, Calitor and Carignan, for the red grapes, plus Clairette, Picpoul and Bourboulenc for the whites. I have never understood why the powers-that-be in Provence kicked up such a fuss about their wish to stop anyone from blending red and white wines to make rosé when all these southern appellations for that colour allow white grapes in their local rules. Another French paradox probably, but I cannot see what difference this makes.

My tasting of the 2017 and 2016 vintages (in the order of tasting)

Prieuré de Montézargues 2017: Rounded, with good, fullish fruit flavours. Pleasant wine (14,5/20)

Prieuré de Montézargues 2016: Similar style, very charming and easy to like, feels slightly warmer on the palate (14/20)

Château de Trinquevedel, cuvée traditionelle 2017: I found this unbalanced by its alcohol (12/20)

Château de Trinquevedel, cuvée traditionelle 2016: Better than the 2017, with a relatively firm finish (14/20)

Château d’Aqueria 2017: Very good. Juicy fruit flavours flow over one’s palate with a feeling of balance and freshness (16/20)

Château d’Aqueria 2016: Again plenty of fruit and depth here. Good length too, thanks to a pleasantly tactile finish (16/20)

Domaine La Rocalière, Le Classique 2017: Rather smoky in its aromas with a firm structure (14/20)

Domaine La Rocalière, Le Classique 2016: Also firm but seems a bit flat. Acceptable (13/20)

Domaine de la Mordorée, Reine des Bois 2017: This wine (and indeed this estate), was the star of the show for me! Beautiful liveliness, lots of intensity in its crisp flavours and very good balance and length (17/20)

Domaine de la Mordorée, Reine des Bois 2016: Beautiful nose with intense fruit aromas. Firm, fresh and long. needs to wait a little for the tannins to round out but would be fine with food (16/20)

Domaine Lafond Roc-Epine, Classique 2017: Acceptable but seems rather flat compared to most others (13/20)

Domaine Lafond Roc-Epine, Classique 2016: Rounded, supple and pleasant (14/20)

Château de Ségriès, 2017: Quite attractive with a pleasant hint of bitterness (that I like but which some might reject) that gives it good length (14,5/20)

Château de Ségriès, 2016: Similar style in a more austere vein. Well balanced though (14,5/20)

Vignobles et Compagnie, Les Combelles 2017: Very tough and unpleasant on account of far too much sulphides (8/20)

Vignobles et Compagnie, Les Combelles 2016: Slightly better now that the sulphur has subsided a bit (10/20)

Domaine Maby, Prima Donna 2017: The fruit seems rather harsh. Again over sulphured. (11/20)

Domaine Maby, Prima Donna 2016: same story as the 2017 (11/20)

Château de Manissy, Trinité 2017: Powerful and with a character that owes something to a touch of bitterness. Could please some (13,5/20)

Château de Manissy, Trinité 2016: Similar powerful style, with a touch of residual sugar I felt (13/20)

Maison Ogier, Etamines 2017: Quite good with devent fruit flavours and a firm finish (14/20)

Maison Ogier, Etamines 2016: The extra year has helped this find its point of balance (14,5/20)

Les Vignerons de Tavel & Lirac, Cuvée Royal 2017: A full-bodied and juicy style. Well made (15/20)

Les Vignerons de Tavel & Lirac, Cuvée Royal 2016: Another good wine, again full-bodied but with a more firmly structured finish than the 2017 (15/20)

Conclusions and my personal hit-parade if you are looking for a Tavel Rosé, in other words a rosé with character!

These wines have colour and character without them feeling, for the most part, heavy in any way. I love the juicy fruit flavours of the best of them and their deep colour gives me so much more visual pleasure than those watery pseudo-whites that have rosé as their name only.

1). Domaine de la Mordorée : 2). Château d’Aquéria : 3). Les Vignerons de Tavel & Lirac

Tavel and time

Some older vintages were also available for tasting, to show that good rosés, like other good wines, can last well. Not all of them had in fact, but I especially loved Trinquevedel 1990,  and liked also the Vignerons de Tavel & Lirac Cuvée Royale 2013.

PS. I also heard very good things about a producer whose wines were not shown at this tasting and which I have never tried: Domaine l’Anglore. As these wines are sold under that meaningless banner « vins naturels » I am a little wary but let’s give them the benefit of the doubt until tried. Anyone tasted them out there?

And now a wine to be avoided!

On the subject of so-called « natural » wines, I was given to taste, just last Saturday, a wine called Château Le Puy 2015 (Côtes de Francs, Bordeaux) that seems to be in high fashion amongst some drinkers and retailers. It was so full of brettanomyces that it stank of an uncleaned stable, the texture was like sawdust and it was dry and chalky on the finish. How anyone can drink this kind of thing and say that they are enjoying themselves beats me entirely. And it costs about 25 euros a bottle!

David Cobbold


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Et pourquoi pas un bon rosé de Tavel pour en finir avec l’hiver ?

Les frimas me donnent envie de rosé; c’est curieux, mais cela est sans doute pour moi une sorte d’appel liquide à la belle saison qui arrive. Une façon de se prémunir des rigueurs hivernales et de se préparer aux chaleurs à venir. De plus, le rosé (enfin, les bons!) nous offrent des accords inattendus.

 

Le Tavel d’Aqueria

 

C’est donc par un jour de grand froid que l’idée m’est apparue de déguster un Tavel avec du saumon. Comme une évidence. Mais on peut faire la même chose au printemps, en été et en automne, c’est pratique !

Aqueria 2016

Quant au millésime, rien de tel qu’un rosé qui a pris un rien d’âge. L’attente lui apporte plus de moelleux, d’onctuosité, enrobe le fruit devenu légèrement confit, le rend plus épicé, plus charnu, bref, d’une présence accrue en bouche.

Château d’Aqueria 2016 Tavel

 

D’un rosé prononcé presque vermeil, il offre un nez de fraise à la vanille, de groseille au poivre et de grenade au curcuma avec l’accent floral du jasmin. La bouche nous apparaît d’emblée onctueuse, confortable avec sa fraîcheur douce, sa note de citron confit. Le vin reste certes acidulé, mais sans agressivité. Au contraire, sa texture soyeuse maculée de jus et relevée d’épices apporte une jubilation immédiate. On ne se casse pas la tête, on le déguste, on le bois. Après, si on le désire, il possède suffisamment de profondeur, de densité et de complexité pour nous en faire parler sans discontinuer. Moi, j’ai préféré lui faire accompagner un saumon sous différentes formes.

Le Tavel 2016 assemble 7 cépages : Grenache Noir, Clairette, Cinsault, Mourvèdre, Syrah, Bourboulenc et Piquepoul. Ils poussent dans des sols sableux qui apportent l’élégance et des terrains argileux qui engendre la puissance. Méticuleusement éraflés et refroidis, afin de conserver toute la fraîcheur des arômes, ils sont légèrement foulés et mis en macération pelliculaire 24 h. Les cépages sont assemblés deux par deux pour favoriser la complexité aromatique. Étape clef dans la vinification des Tavel d’Aqueria qui permet d’extraire la couleur, la structure et la matière. Dès l’obtention de la couleur souhaitée, la cuve est saignée dans sa globalité et les marcs sont pressés pour être réincorporés au jus de goutte. La fermentation, entre 17 et 18°C, dure 15 jours. Les vins sont alors soutirés et élevés 6 mois en cuve, avant l’assemblage final et la mise en bouteilles. www.aqueria.com

Aqueria et saumon 

Servi avec un tartare de saumon bien relevé, un peu de piment, de la coriandre, la fraîcheur d’un filet de citron jaune, du poivre, un rien de wasabi, le Tavel se sent à l’aise. Il évite tout d’abord l’écueil métallique que les vins blancs ont du mal à franchir. Puis, l’onctuosité du vin se joue des épices, les comparant aux siennes tout en installant son fruité qui se mêle aux arômes du citron et de la coriandre. Le poison en oublie son gras, et c’est déshabillé qu’il offre toute sa saveur à notre palais.

Pour le steak de saumon le discours est différent. Ici, le Tavel, joue le rôle de rafraîchisseur tout en évitant l’écueil métallique comme précédemment. Sa fraîcheur confite agit comme un condiment et donne du relief à la chair du poisson. Enfin, le fruité floral du vin entre en harmonie avec l’iode du saumon et en profite pour fourrer sa chair d’une délicate succession aromatique.

Le plus périlleux est le saumon fumé. Mais le Tavel s’en sort sans trop de mal. Ici, ce n’est pas le côté fumé qui le dérange, son fruité charnu l’absorbe et le sublime. Le danger, c’est le sel qui vient titiller sa texture. Trop de sel la durcit. Il faut un vin à la texture onctueuse, suave, pour le contenir. Et là, le cristal oublié, l’accord se fait tendrement. Une connivence s’installe pour notre plus grand bonheur, débouchant sur du fruit, des épices, de l’iode. Vous pouvez même ajouter poivre, persil et échalotte ciselés, no problem.

Au sortir de l’hiver, Tavel et son soleil nous réchauffent le cœur, l’âme et les sens. Bref, c’est top !

Ciao

 

Marco


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Vin du XVIIe, rosé vermeil du Domaine Henry

Mon humeur est au rosé, n’en déplaise à ceux qui dénigrent cette tendre couleur. Du coup, après en avoir dégusté un bel et bon exemplaire lors du dernier Millésime Bio, j’ai envie de vous en parler aujourd’hui.  D’autant que ce Vin Vermeil est un condensé de saveurs et d’histoire…

Il plaisait aux princes comme aux peintres

 

Au Domaine Henry, à Saint-Georges d’Orques, on rend hommage à ces vins qui ont séduits et désaltérés aristocratie et bourgeoisie durant de nombreuses décennies. Leur rosé, bien en dehors des modes et tendances actuelles, nous fait vivre l’impossible. Il nous fait déguster un breuvage déjà abondamment représenté dans les natures mortes du 17siècle.

Vin Vermeil 2016 St-Georges d’Orques Coteaux du Languedoc Domaine Henry

 

Une robe d’un rose intense aux reflets carmin pourpre, parfumé comme une dentelle ancienne de violette et de rose, mais aussi de framboise et de cerise pour en annoncer la délicate gourmandise. La bouche nous fait un baiser raffiné, à peine effleuré, mais suffisant pour en apprécier la saveur recherchée. Légèrement poivrée, elle a le goût de la burlat qui éclate au premier coup de dent, celui du grain de grenade que l’on écrase du bout de la langue, de la fraise des bois qui inonde délicate le voile safrané. Sa texture est veloutée au toucher, comme enrobé de douceur et de fraîcheur, boutis piqué d’arabesque floraux, exquise envolée sensuelle.

Rien à dire, ce style à l’ancienne nous prend les sens, quand on veut bien y céder…

Ce rosé assemble 55% de Grenache de 100 ans complété de saignée de Syrah, de Mourvèdre, de Cinsault et de Carignan qui poussent sur des côteaux faits de calcaires jurassiques, de calcaires à chailles (rognons de silex) et de cailloutis du Villafranchien. Ajoutons-y quelques autres cépages anciens pour compléter le tableau de ce rosé de terroir, ce dernier étant intemporel ou presque.

 

Le vin vermeil

Extrait de La Comédie de Chansons de Jean de Rotrou

Acte deuxième Scène IV

Bannissons la bizarre humeur

Et le soin de nostre cœur,

Et qu’un bon vin vermeil

Soit nostre soleil.

Beuvons compagnons toute la nuiet

Au bruit

Des pots, des plats,

Sans estre las.

Jean de Rotrou, né Jean Rotrou, est un dramaturge et poète français, né le 21 août 1609 à Dreux et mort de la peste le 28 juin 1650 à Dreux

« Les Vins Vermeils sont à l’origine de la réputation du vignoble du Royaume de France jusqu’au 18esiècle, époque à laquelle ils faisaient les délices de la grande bourgeoisie et de l’aristocratie. Bus dans l’année qui suivait la récolte, ils ont été détrônés par ceux qu’on appelait alors « les vins noirs », équivalent de nos rouges actuels. Le développement du commerce vers l’Europe du nord, et l’évolution de la marine marchande ont permis des échanges beaucoup plus lointains, plus longs. Les vins noirs, considérés auparavant comme vulgaires, ont beaucoup mieux résisté à la durée de ces voyages. Leur prix inférieur à ceux des raffinés mais fragiles Vins Vermeils a favorisé leur essor. L’avènement de la bouteille* de conservation en verre, capable de recevoir un bouchage efficace, et donc de conserver les vins, a accéléré le phénomène. Comme on pouvait enfin conserver les vins sur plusieurs années, on a produit alors des vins capables d’être conservé. Ainsi sont nés les vins de garde français dans le courant du 18ème siècle. Notre Vin Vermeil, en dehors de toute mode, est une sorte d’hommage aux vins à qui la France doit l’origine de son rayonnement œnologique. »

François Henry www.domainehenry.fr

Déguster du vin vermeil, c’est un peu plonger dans le passé. Et si on le fait en regardant une nature morte de l’époque, on a l’impression de s’y retrouver, d’entendre les bruits de la rue, les conversations dans les pièces voisines. Puis, en fermant les yeux, sentir les odeurs, ressentir la chaleur de l’âtre ou au contraire le froid de la nuit qui tombe.

*Vers le milieu du 17es, les Gallois optent pour les fours à charbon pour le travail du verre et créent dans la foulée des bouteilles bien plus résistantes que celles produites grâce à des fours à bois nettement moins puissants. De plus, ils ajoutent une bague au goulot qui permet de résister au bouchage de liège et donc à la conservation et au transport. Jusque-là, les bouteilles étaient réservées au transvasement du vin et à son service à table.

 

Dégustons ce nectar du passé qui aujourd’hui séduit autant nos papilles que celles des siècles passés…

Un verre de vin, une bonne image, un rien de concentration, un moment vécu ailleurs…

Ciao

Marco

 

 


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Rosés au féminin en ce lendemain qui semble sans suite

Hier, on célébrait la journée de la femme; ce qui nous montre le nombre d’inégalités qui ont aujourd’hui comme demain encore de beaux jours devant elles (les inégalités).

Acclamons l’Islande qui, depuis janvier dernier, a instauré une loi qui oblige un salaire égal pour un travail égal. C’est le premier pays au monde. Mais n’épiloguons pas, parlons plutôt de vin et en l’occurrence de trois vins élaborés par « le sexe faible » – ça m’a toujours fait rire (pas les femmes), connaissant quelques amies au caractère bien trempé qui sont loin de l’être, faibles.

Donc trois rosés, une couleur qui représente bien les femmes. Bon nombre de dégustateurs, de professionnels, d’œnologues connus, trouvent que le rosé « c’est pas du vin », qu’ils n’en boivent jamais et ne veulent même pas en déguster, ni d’en élaborer dans le cas de certains flying winemakers. Donc, pour beaucoup, les rosés sont encore, comme les femmes, relégués au second rang de la société.

Pourtant le rosé, c’est l’annonce de l’été, et puis de l’automne quand les feuilles adoptent leur couleur tendre. Et puis, en hiver, il nous rappelle l’été. Arrive le printemps et voici les nouveaux rosés et le cycle est bouclé.

Pas si simple, moi, je préfère boire un rosé qui a une année ou deux de plus, je parle de rosés de belle gamme, cela le rend plus ouvert, plus onctueux, plus harmonieux, essayez !

Rosé rosé rosé

J’étais à Paris ce mercredi (salut Sébastien) pour déguster une soixantaine de rosés provençaux. Ne soyez pas désobligeants, le rosé, j’aime ça, cela n’a ni été une torture, ni une façon de prouver mon abnégation. Parmi les quelques rosés sélectionnés, trois parmi les meilleurs (pour moi) étaient élaborés par des vigneronnes.

En Coteaux d’Aix

Rosé 2017 Château Beaupré Coteaux d’Aix-en-Provence

 

Pâle comme un pétale de rose, il a le parfum pénétrant des groseilles rouges fraîchement cueillies. Leur jus coule en bouche, élégant, mêlé de rose et de poivre, de thé vert et de fleurs d’églantier. Puis un trait de réglisse souligne les demi-tons du décor fruité, révèle la saveur diffuse de la chair de melon, étire d’un jet épicé le corail prononcé des papayes à la muscade, retrouve le fruit rouge, groseille perçue, fraise et framboise pour avouer son but final, la gourmandise.

 Assemblage de 80% Grenache, 10% Cinsault et 10% Syrah

                                                                                                                     photo (c) httpmagisterejco.fr

Un vin élaboré par Phanette Double qui a repris les destinées de la vigne et du vin de Château Beaupré en devenant la responsable culture et vinification du vignoble.

www.beaupre.fr

En Côtes de Provence vers Cuers

Fil d’Ariane 2017 Côtes de Provence Domaine des Peirecèdes

Saumon clair au bord d’écaille doré. Le nez de poivre, de fleurs sèches, de thym qui rappelle la garrigue, la chair de mandarine nous entraîne vers un sud plus affirmé, plus marin par ses entrées iodées, plus terrestre par ses fumées pierreuses. La bouche surprend par son gras, on le croit un instant empesé, fugace impression bien démentie par la fraîcheur citronnée, par le floral aérien, par le trait amer et salutaire du grain poivré qui met du relief sur la langue.

Assemblage de 50% de Grenache, de 10% de Cinsault et 40% de Syrah

C’est Audrey Baccino qui a succédé à son père en 2009.

www.peirecedes.com

À Cabasse

Clarendon 2017 Côtes de Provence Domaine Gavoty

Une robe soutenue, enfin, bien plus que les « rosés provençaux de plus en plus pâles »

Mais place à la gourmandise ! Mélange de fruits secs et fruits confits qui baigne dans la fraîche gelée de citron jaune, marmelade de groseilles à maquereau adoucis d’un gras soyeux, note florale de l’angélique confite, des épices douces, curcuma, léger safran, coriandre en grain, glissement rouge en variation framboise et fraise gariguette, ensemble harmonieux, joliment acidulé, qui évolue sans hésitation du bout de la langue au V lingual, pour en final reproduire en miroir chaque élément précité.

Un rosé vineux, à la robe plus intense (on la voit dans le verre), un rosé de repas, un peu à contre-courant de ce qui se fait dans le voisinage et les environs.

Assemblage de 70% de Grenache de de 30% de Cinsault.

C’est à partir de 1985 que Roselyne Gavoty a pris en charge la vinification et a donné une nouvelle orientation commerciale au domaine.

www.gavoty.com

Ciao

 

Marco


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Un bouquin qui nous donne envie de rosé, mais pas que…

Ce n’est pas son premier livre sur les Côtes de Provence, mais celui-ci a quelque chose en plus. Peut-être est-ce dû à la maturité, (je n’ai pas dit surmaturité) de l’auteur, qui connaît la Provence mieux que sa poche. Il nous embarque dans une région que l’on croit bénie des dieux. Elle l’est, certes, même si de temps à autre, elle chamboule le touriste autant que l’autochtone par ses caprices climatiques.

Mais François Millo préfère parler de l’histoire tourmentée de la géologie que de faire peur aux voyageurs. Géologie qui rythme le vignoble provençal, donne un caractère particulier à chaque entité et se retrouve dans les vins comme dans le caractère des hommes. Une diversité illustrée par une multitude de photos, véritables cartes postales qui donnent envie d’y plonger et qui témoigne d’un autre talent de l’auteur, la photographie.

Le sommaire

La première partie, l’historique, se lit comme un roman, du moins pour qui aime l’histoire. Cette dernière remonte aux Phéniciens, qui, il y 2.600 ans fondèrent Nikaia et Antipolie, aujourd’hui Nice et Antibes – bien avant Phocée. Trop souvent, on commence tout de suite avec les Romains, comme s’ils avaient tout fait, évoquant à peine les Grecs. 

Et puis, François a ponctué la chronologie historique de petites anecdotes parfois croustillantes comme celle qui se passe au harem du palais du Shah Jamshid en Perse antique où une odalisque délaissée voulant mettre fin à ses jours boit le vin contenu dans une jarre marquée poison. Loin de mourir, elle retrouve grâce au breuvage (rosé?) la gaieté et la couche de Jamshid dans la foulée.

Cette première partie est ma préférée, pas pour les historiettes (quoique), mais pour le découpage intelligent qui allège la lecture, encore facilité par l’écriture certes précise, mais déliée.

Ensuite, on passe aux terroirs. C’est un peu plus technique, mais agréable à lire et comme dit précédemment, très bien illustré de la côte au pays intérieur. Avec ici de petits encadrés historiques, gastronomiques ou encore ludiques.

Le troisième chapitre, un degré de technicité en plus, nous parle de tout ce qui se passe dans le vignoble, depuis les cépages jusqu’à la vinification. Ça c’est top pour l’amateur à la recherche d’un meilleur éclairage sur comment se fait le vin de A à Z. Tout est bien expliqué et je dois dire que même pour les pros, cette partie nous donne de-ci delà quelques piqûres de rappel. Et puis, quand François parle du rosé pendant plusieurs pages, on entend les cigales. Ce qui est bien, parce que le chant des hémiptères qui bourdonne à nos oreilles occulte un peu le chauvinisme de l’auteur. Mais on lui pardonne, le discours est bien tourné.

À la fin : moments et rencontres, un ensemble de petits flashs sur la dégustation, les accords, la convivialité, … Peut-être un peu court; ou l’annonce d’un prochain ouvrage sur un ensemble de sujets par vraiment faciles à traiter…

Merci à François Millo, qui fut directeur du CIVP jusqu’en 2015, pour cette belle édition. À propos d’édition, le livre est sorti en juin de cette année aux éditions du Chêne, il compte 192 pages dont 155 illustrations qui vont de la vignette à la double page. Prix : 35€

Ciao

 

Marco