Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Un bouquin qui nous donne envie de rosé, mais pas que…

Ce n’est pas son premier livre sur les Côtes de Provence, mais celui-ci a quelque chose en plus. Peut-être est-ce dû à la maturité, (je n’ai pas dit surmaturité) de l’auteur, qui connaît la Provence mieux que sa poche. Il nous embarque dans une région que l’on croit bénie des dieux. Elle l’est, certes, même si de temps à autre, elle chamboule le touriste autant que l’autochtone par ses caprices climatiques.

Mais François Millo préfère parler de l’histoire tourmentée de la géologie que de faire peur aux voyageurs. Géologie qui rythme le vignoble provençal, donne un caractère particulier à chaque entité et se retrouve dans les vins comme dans le caractère des hommes. Une diversité illustrée par une multitude de photos, véritables cartes postales qui donnent envie d’y plonger et qui témoigne d’un autre talent de l’auteur, la photographie.

Le sommaire

La première partie, l’historique, se lit comme un roman, du moins pour qui aime l’histoire. Cette dernière remonte aux Phéniciens, qui, il y 2.600 ans fondèrent Nikaia et Antipolie, aujourd’hui Nice et Antibes – bien avant Phocée. Trop souvent, on commence tout de suite avec les Romains, comme s’ils avaient tout fait, évoquant à peine les Grecs. 

Et puis, François a ponctué la chronologie historique de petites anecdotes parfois croustillantes comme celle qui se passe au harem du palais du Shah Jamshid en Perse antique où une odalisque délaissée voulant mettre fin à ses jours boit le vin contenu dans une jarre marquée poison. Loin de mourir, elle retrouve grâce au breuvage (rosé?) la gaieté et la couche de Jamshid dans la foulée.

Cette première partie est ma préférée, pas pour les historiettes (quoique), mais pour le découpage intelligent qui allège la lecture, encore facilité par l’écriture certes précise, mais déliée.

Ensuite, on passe aux terroirs. C’est un peu plus technique, mais agréable à lire et comme dit précédemment, très bien illustré de la côte au pays intérieur. Avec ici de petits encadrés historiques, gastronomiques ou encore ludiques.

Le troisième chapitre, un degré de technicité en plus, nous parle de tout ce qui se passe dans le vignoble, depuis les cépages jusqu’à la vinification. Ça c’est top pour l’amateur à la recherche d’un meilleur éclairage sur comment se fait le vin de A à Z. Tout est bien expliqué et je dois dire que même pour les pros, cette partie nous donne de-ci delà quelques piqûres de rappel. Et puis, quand François parle du rosé pendant plusieurs pages, on entend les cigales. Ce qui est bien, parce que le chant des hémiptères qui bourdonne à nos oreilles occulte un peu le chauvinisme de l’auteur. Mais on lui pardonne, le discours est bien tourné.

À la fin : moments et rencontres, un ensemble de petits flashs sur la dégustation, les accords, la convivialité, … Peut-être un peu court; ou l’annonce d’un prochain ouvrage sur un ensemble de sujets par vraiment faciles à traiter…

Merci à François Millo, qui fut directeur du CIVP jusqu’en 2015, pour cette belle édition. À propos d’édition, le livre est sorti en juin de cette année aux éditions du Chêne, il compte 192 pages dont 155 illustrations qui vont de la vignette à la double page. Prix : 35€

Ciao

 

Marco


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Un blanc, un rosé et un rouge pour l’été

Trois cuvées venues de trois régions françaises éloignées. Rafraîchissantes, gourmandes et fruitées, elles se dégustent autant à l’apéro qu’au dîner.

Commençons par l’Atlantique, avec le Muscadet 2014 du Château de Cléray. Un vin qui a fait un peu de cave pour nous offrir structure et caractère. Je propose de le mettre en carafe une bonne heure avant de le servir, cela lui ouvre l’esprit et réjouit le nôtre.

Vallet 2014 Muscadet Sèvre et Maine Château de Cléray

Vert jaune, il offre un nez de tisane à la verveine et à l’écorce d’orange. Puis, il nous étonne par quelques notes iodées qui nous rappellent un bouquet d’algues sèches. La bouche s’avère onctueuse, souplesse inattendue, mais pourvue d’une fraîcheur intense sans être vive. Elle a le goût du citron, celui du cédrat, de la groseille à maquereau aussi. Un parfum de miel flotte au fond du palais et retrouve la verveine du nez. Enfin, quelques épices viennent compléter ce Muscadet au caractère inhabituel, mais assurément bien affirmé.

Vallet se trouve au cœur du vignoble nantais à 25 km au sud-est de Nantes. Le sol de la parcelle se compose de schistes déposés sur des granits. Cette sélection parcellaire voit sa maturité poussée au maximum. Le vin s’élève 18 mois sur lies. La Maison Sauvion, installée en Eolie, le pays du vent qui caresser les vignes de sa douce brise océanique. Acquis par Ernest Sauvion en 1935, le Château du Cléray-Sauvion est l’une des plus anciennes propriétés du vignoble de Sèvre et Maine. Elle s’étend sur 95 hectares, plantés principalement de Muscadet Sèvre & Maine, mais également Gros-Plant, Chardonnay et Sauvignon.  http://fr.sauvion.com

Sympa avec des huîtres un peu grasses mais bien iodées pour faire dans l’accord classique, mais il ne renie pas quelque poisson blanc de l’océan, ni une terrine de lapereau ou pour faire plus fort un grenadin de veau aux morilles, son caractère un peu maturé fonctionne à merveille avec les morilles.

 

Continuons par la Méditerranée et son arrière-pays provençal, pour y déguster le rosé du Château Pigoudet, cuvée Classic.

Classic 2016 Coteaux d’Aix Château Pigoudet

Rose pâle, un nez floral qui nous charme par ses parfums de fleurs d’amandier et de genêt, suivis de fragrances de melon Cavaillon et de grains de grenade. La bouche fraîche semble suave avec ses notes douces de gelées de fraise et de framboise, de miel de thym et de fleur d’oranger. Un développement aromatique qui lui confère à la fois élégance et caractère à l’esprit bien rafraîchi par des jus acidulés où les agrumes règnent, juste nuancés du croquant de la groseille blanche. Un rosé convivial.

Le Classic assemble 70% de Cinsault et 30% de Grenache qui poussent dans sol de colluvions calcaires à matrice argileuse. La parcelle est exposée plein sud, mais à 400 m d’altitude et protégée au nord par la barrière rocheuse de la montagne de Vautubière. La vendange se fait la nuit et est pressée dans la foulée. Les jus sont laissés sur bourbes à basse température, puis débourbé clair et fermentés. L’élevage se fait en cuve. Filtration légère à la mise.  Le domaine de 40 ha se situe sur la commune de Rians tout au nord-est des Coteaux d’Aix. www.pigoudet.com

Ici aussi la carafe s’impose pour en développer plus rapidement le fruit et il ne faut pas le servir trop frais. On peut taper dans les recettes provençales, pissaladière, petits farcis, mais aussi la bourride à laquelle il apporte son fruit tout en résistant à l’aïoli. S’il reste des artichauts crus ou chauds, il adopte. Pour changer un peu, un chèvre chaud (sans miel) sur lit de feuilles de chêne, la salade ne lui fait pas peur, ou une souris d’agneau que le rosé aime déglacer le confit.

 

Restons au Sud, mais en Languedoc, avec le Faugères Sur le Zinc du Domaine Les Serrals.

Sur le Zinc ! 2016 Faugères Domaine Les Serrals

Rouge croquant, Faugères plein de fruits, il séduit les papilles en moins de deux gorgées. Là, c’est fait, c’est adopté, on est fan. Mais avant d’y regoûter, le nez voudrait mieux l’analyser et montrer qu’avant la succulence des baies, des accents de garrigue peuplée de genêt, d’arbouse et de cade viennent le chatouiller. Puis quelques épices, du poivre, des graines de coriandre, de la réglisse, montrent que le plaisir peut être pourvu d’un brin de complexité. La bouche s’impatiente et veut après ce bref discourt savourer le charnu des groseilles, des fraises et des cassis dont le jus frais coule à satiété. Les tanins ? Ils y sont, et gratouillent agréablement la langue, histoire d’ajouter leur relief à la structure certes avant tout gourmande.

Le vin assemble 60% de Syrah qui fermentent grains entiers et 40% de Carignan de cuvaison courte. L’élevage se fait en cuve sur lies totales. Les 5 ha de vignes sont conduits en mode biologique et s’étendent sur les coteaux schisteux qui entourent Faugères. C’est avant tout Chloé Barthet, aidée par Frédéric Almazor, qui installée depuis janvier 2016 mène ce domaine des plus prometteurs. Une belle découverte.

www.serrals.com

Un rouge qui peut se boire comme un rosé, frais et croquant, les tanins en plus. Tanins et fruité qui le font apprécier sur un tartare de veau à l’italienne (câpres, roquette, parmesan, huile d’olive et pignons grillés), mais aussi sur des grillades et des légumes à la plancha. Ou comme ça, sans rien pour boire un coup entre copains.

Bel été à tous!

 

Ciao

 

Marco


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Un beau coup de com et de l’info au rabais

Pourquoi de « grands médias » comme Ouest-France, Europe 1, Le Figaro, L’Est Républicain, Le Progrès de Lyon et  7 sur 7,  sans parler de Flair et de Radins.com nous parlent-ils tous comme un seul homme du Côtes de Provence rosé de Jules Wines, primé d’une médaille… d’argent à l’International Wine Challenge de Londres?

Aucun rosé n’aurait donc obtenu de médaille d’or cette année?

Une simple recherche sur le site du concours permet de constater que si. A titre d’exemple: l’AIX rosé 2016 (Domaine Saint-Aix), le Château La Gordonne (cuvée Vérité du Terroir) (Listel/Vranken-Pommery) et le rosé César à Sumeire 2016  (Maison Sumeire).

Alors, comment des médias de référence peuvent-il parler de « meilleur rosé du monde », quand trois autres rosés (tous de Provence, incidemment, à croire qu’il n’y a plus que cette région qui sache faire du bon rosé, ou au moins en présenter aux concours!), ont obtenu de meilleures notes que lui?

Déjà, la formule « meilleur vin du monde », qu’elle s’applique au blanc, au rouge, au rosé ou à tout autre catégorie, est une imposture – aucun concours ne peut faire déguster tous les vins du monde.

Il y a donc une première sélection, un crible, celui de l’inscription (le Château d’Acqueria a-t-il concouru? Miraval? Gran Feudo? Massaya? Innocent Bystander? Terre Nere Etna? San Gregorio? Garrus?). En outre, tous les jurés ne dégustent pas tous les vins présentés, et tous ne notent pas de la même façon; rien ne dit que le vin ayant reçu la meilleure note à une table l’aurait reçue à une autre table. Enfin, qui peut décemment comparer des styles de rosés aussi différents que celui d’un Cabernet d’Anjou, d’un Grenache de Navarre, d’un Côtes de Provence, d’un Tavel ou d’un Champagne Rosé?

Mais cette fois, on va encore plus loin – aussi absurde que soit la comparaison entre tous ces vins, la presse dite sérieuse met en avant un produit ayant visiblement obtenu moins de points que d’autres!

Mais qui s’en soucie, puisque la vraie raison de la publication de cette article, c’est le fait que ce vin est vendu à moins de 7 euros chez Aldi?!

Je comprends mieux l’intérêt de Radins.com. Quoique, si l’on s’intéresse au prix, ce site spécialisé pourrait aussi parler du Gris de Guerrouane vendu 2,49 euros la bouteille, ou du Syrah Rosé d’Espagne à 8,99… les 5 litres (!), toujours chez Aldi France.

Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si la Logan était primée comme Meilleure Voiture de l’Année, bien qu’ayant eu moins de points que 3 autres voitures, mais parce qu’elle est moins chère. Cela mérite éventuellement un prix spécial discount. Mais vraiment rien de plus.

En résumé: Bravo Jules Wines! Bravo Aldi! Bravo l’équipe de com!

Je me permets juste de noter, une fois de plus, que le discount ne touche pas que l’alimentaire ou le vin: nous avons bel et bien aujourd’hui une presse au rabais, qui ne sait plus traduire correctement un article étranger, qui n’a plus les moyens de vérifier ce qu’elle publie, et qui ne traite souvent plus que de l’écume de l’info.

J’ai un peu l’impression de toujours taper sur le même clou. Mais voyez-vous, non seulement ça me défoule, mais je me dis aussi qu’il ne suffit pas de dénoncer une fois un problème pour qu’il soit résolu. Ce n’est pas mon camarade René van Heusden, trop vite disparu, qui m’aurait démenti sur ce point.

Hervé Lalau

Elu Meilleur Journaliste Viticole de son Quartier au Mondial du Gouais (catégorie discount)

 


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La Corse, côté Est et côté rosé

Je poursuis dans la veine corse de mon ami Marc, avec un rosé, cette fois.

Car le Sciaccarellu, cépage emblématique de Sud de la Corse, et notamment d’Ajaccio, se prête bien à la vinification en rosé – s’il est peu coloré (même en rouge), il est très parfumé, et assez peu tannique.

Au Nord d’Aléria, sur la Côte orientale de l’île, Eric Poli fait tout ce qu’il peut pour en conserver le fruit; il n’utilise que de la cuve, il régule soigneusement la température de fermentation et ne laisse pas la malo se faire, afin de garder de la vivacité. C’est réussi: voici un vin à la robe soutenue (saumon sauvage) qui déborde de fruits noirs et rouges (mûres, cassis, groseilles), dont la bouche allie rondeur, épices (poivre) et vivacité – de la joie liquide, comme j’avais pu l’écrire, en 2014, à propos de ce vin (qui à l’époque, contenait aussi du Niellucciu). Joie d’être en Corse, joie de faire du vin, d’offrir un peu de l’âme corse, sous forme liquide, à l’oenophile ou au touriste de passage. Joie de montrer que la côte orientale n’est plus cette grande usine à jaja des années 70.

Pour mémoire, Eric Poli possède également un domaine à Patrimonio, le Clos Alivu.

Alors, cet été, que vous pensiez rouge ou rosé, charpenté ou gourmand, pensez corse…

Domaine Poli: +33 4 95 38 86 38

 


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Et si les meilleurs vins rosés ne venaient pas de Provence ?

Depuis quelques années, la Provence a tant misé sur un seul type de vin, le rosé (et de surcroît avec une tonalité clairement très pâle, en tout cas bien plus que l’image ci-dessus), qu’elle semble exercer une forme de quasi-hégémonie sur ce marché, du moins dans l’imaginaire des consommateurs. Mais l’engouement pour le vin rosé, qui est parti de cette belle région aussi capable de produire de grands vins rouges et blancs, fait de plus en plus d’émules un peu partout ailleurs, et cela me fait poser la question suivante : est-ce que d’autres climats ne sont pas mieux adaptés à produire ce type de vin si populaire que la zone climatique de la Méditerranée, qui est forcément relativement chaude ? Evidemment cela dépend de ce qu’on recherche dans un rosé, mais je pense que la notion de fraîcheur est essentielle dans ce type de vin, du moins en général, car il y a bien sur des rosés de garde qui échappent à la masse.

Je ne vais pas m’occuper que de la couleur dans cet article, car peu importe la robe d’un vin, mais il en sera aussi question. Ma préoccupation principale est cette impression désaltérante de fraîcheur que donnent les bons rosés, et qui vient à la fois de l’acidité, de la netteté des saveurs fruités, et d’une relative légèreté en alcool. Car j’ai souvent une impression de lourdeur, presque d’écœurement dans beaucoup de rosés de Provence, impression que je crois réelle mais que la plupart tentent de masquer par l’effet induit par une couleur très pâle. Vendre du vin c’est aussi jouer sur tous les ressorts chez un consommateur, et cette histoire de pâleur me rappelle la grande réussite commerciale des Scotch whiskies ayant une couleur bien plus pâle que les autres, comme J&B ou Cutty Sark, à partir des années 1960 et 1970 (voir l’image des whiskies ci-dessus). Le consommateur a l’impression, d’une manière quasi-subliminale, de boire moins d’alcool quand le produit est moins coloré. Je sais que cela peut sembler très basique, mais je crois que c’est vrai. Regardez aussi le succès des alcools blancs.

Pour revenir à la question du climat (que je pense être l’ingrédient le plus important dans l’équation complexe du terroir) il me semble que des climats plus frais que celui de la Provence sont mieux adaptés à la production de vins rosés qui donnent une vrai impression de fraîcheur, et cela quelque soit la température de service. Cela semble couler de source, mais, d’une manière plus anecdotique, c’était une dégustation d’une quarantaine de vins rosés pour les besoins d’un article qui a engendré cette réflexion. Théorie et pratique se combinent donc.

La semaine dernière nous avons dégusté, avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, 38 vins rosés de différentes provenances : Loire, Alsace, Beaujolais, Savoie, Rhône, Provence, Languedoc, Roussillon et Bordeaux. On ne peut pas dire que l’échantillonnage était représentatif des proportions de rosés produites dans toutes ses régions, mais cela permettait quand-même d’avoir un début d’idée sur des profils, qui est plutôt confirmé par d’autres expériences passées. Nous avons dégusté tous les vins à la température de la pièce (17°C), ce qui écarte un effet masquant qui résulte d’une température fraîche. J’estime que si un vin ne semble pas bien équilibré à cette température, alors il ne l’est pas et le rafraîchir ne sert qu’à masquer cela. Sept vins étaient horribles, quinze seraient acceptables pour la plupart des consommateurs, et dix-sept étaient bons ou très bons selon nous. Mais ce qui me frappait le plus dans cette dégustation était le haut niveau qualitatif des rosés de Savoie, du Beaujolais et, à moindre degré, de Bordeaux. Je leur trouvais un supplément de fraîcheur, une netteté de saveurs et une impression globale de plaisir spontané, simple mais plein. Je ne suis pas obsédé par les degrés d’alcool dans des vins ; d’ailleurs je regarde assez rarement cette information sur les étiquettes, mais je l’ai quand même fait dans ce cas. Pour les régions que je viens de citer, ces degrés se situaient entre 11,5° et 12°, tandis que pour les vins rosés de Provence et du Languedoc, les niveaux tournaient entre 13° et 14°. Il y avait des vins très clairs et d’autres aux tons prononcés parmi les bons et très bons vins. La couleur n’a donc aucun rapport avec les qualités gustatives d’un vin rosé. Autre élément, qui a son importance pour la plupart des acheteurs de bouteilles : le prix. Les prix des vins rosés de Savoie, de Beaujolais ou de Bordeaux, du moins pour les vins que nous avons dégustés, semblent bien inférieurs à ceux de Provence, par exemple.

En conclusion, je pense qu’un climat tempéré ou frais est plus apte à produire des bons vins rosés qu’un climat méditerranéen. Or c’est plutôt le contraire sur le plan de la proportion des vins rosés produits de nos jours dans ces grandes zones. Encore un paradoxe français ?

 

David

 


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La mode des rosés pâles s’est emparée de l’Espagne

Je rebondis sur le papier de David du 19 septembre dernier, car la pâleur dans les vins rosés a gagné l’Espagne et apparemment, ici aussi, ils plaisent à tout le monde. La réussite des rosés de Provence fait envie, c’est donc allègrement que beaucoup de bodegas s’y sont essayées, et ça marche. Voici trois exemples de rosés pâles récemment sortis sur le marché:

Chivite Las Fincas 2015, un rosado para Arzak, IGP Vino de la Tierra 3 Riberas

C’est le deuxième millésime, et, c’est le résultat d’une collaboration entre les Navarrais de Chivite et le fameux cuisinier Arzak, connu pour être un grand amateur de rosés. Une chose est sûre, Chivite a mis sur le marché un rosé très différent de ceux auxquels il nous avait habitués. D’abord le packaging, la bouteille interpelle, et ensuite la couleur : il a revêtu un habit tendance couleur rose pâle. Issu de Grenache et de Tempranillo,  il offre un nez élégant aux aromes discrets de fruits rouges, la bouche est bien structurée, fruitée, savoureuse et équilibrée. Certes c’est un rosé nouvelle génération, mais qui garde un certain caractère, j’aime sa discrétion, pas d’exubérance, mais, persistant en bouche, plus que ce que nous laissait espérer sa robe si délicate. Il se présente sur le marché sous une appellation récente et peu connue, Vino de la Tierra 3 Riberas, il a été élevé sur lies, en cuves inox pendant 6 mois, il titre 13,5% et je trouve son prix imbattable: 9,50 €   

C’est un rosé intéressant.

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Rioja R. Bilbao, Lalomba Rosado 2015

Un rosé parcellaire, élaborés à partir de 90% de grenache et 10% de viura issus de la vigne Lalomba, plantée en 1976,  le premier vin de la gamme, annoncée comme  vins de Terroir de Ramón Bilbao. Un vin qui se veut très exclusif, présenté dans une bouteille transparente luxueuse, étiquette petite et sobre, bouchon de verre… le site de la bodega, n’a pas peur de le décrire comme « un diamant extrait de la terre… un vin rosé pâle, de style provençal, délicat, élégant et sophistiqué». Le marché national et international l’a très bien accueilli, les critiques sont très positives : moins cher qu’un rosé de Provence, et au moins aussi complexe. En Espagne, il fait l’unanimité.

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Qu’ajouter?  Au delà de sa teinte diaphane (« encore un rosé transparent à la mode »), ce rosé étonne à la dégustation; loin d’être insipide, il est à la fois sérieux et allègre, le nez est frais, subtil, à la fois fruité et floral, la bouche offre un fruit mur, une savoureuse crèmosité, et une finale vive. Un parfait équilibre entre les fruits, les fleurs et l’acidité.

Pour beaucoup, un grand rosé. Oserai-je écrire (pied de nez à ceux qui ne jurent que par le pâle), qu’avec davantage de couleur…  je l’aurais vraiment aimé!

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La production est «limitée» à 10 000 bouteilles; 17,50€

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Rioja Marqués de Murrieta Primer Rosé 2015

Depuis 1987, la bodega n’avait plus élaboré de rosé, l’esprit de ce Primer Rosé est complètement différent de ceux jusqu’ici produits; un changement radical vers un style plus tendance !

C’est un rosé 100% Mazuelo, issu des vignes Finca Ygay. Vinification traditionnelle, après une lente fermentation en cuve inox, le vin repose pendant 40 jours sur ses lies fines. On s’étonne qu’une bodega comme Marqués de Murrieta ait cédé à l’appel du marché, mais l’œnologue Maria Vargas nous explique, que pendant 5 ans, ils ont fait des essais avec différents cépages et élaborations pour arriver à présenter un rosé qui vaille la peine. Le résultat n’est pas mal, j’aime sa personnalité.

Il est rose,  limpide, le nez est assez intense, offrant les notes de fruits rouges où  dominent la cerise et la fraise  ainsi que des notes florales et balsamiques. La bouche est pleine, fraiche, structurée, longue. Un rosé qui plaît.

La production est limitée à 5000 bouteilles, et le prix public est de 29,50€

 

En guise de conclusion

Depuis 2013, date à laquelle Ramon Bilbao a mis sur le marché son rosé 2012, frais et transparent, de nombreux rosés sont apparus et ont rencontré un succès certain. La vogue du rosé a incité de grandes bodegas classiques à le prendre au sérieux, et ainsi à le valoriser.

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Le style rosé de Provence est le plus «copié».

De grands groupes espagnols ont aussi misé sur cette tendance, comme Codorniu Raventos, avec Viñas de Anna Flor de Rosa (le 2015 est le premier vin rosé dans l’histoire de la marque Codorniu), ou encore Bodegas Bilbainas (Viña Pomal Rosado 2015), Raimat (Vol d’Ànima rosé 2015, en DO Costers del Segre). On citera aussi le Rioja Izadi Larrosa 2015, Rita Habla 2015, des Bodegas Habla de Trujillo.

profesionalhoreca-rosado-rita-habla-2015Dans tous les cas la preuve est faite, que ça nous plaise ou non, que si l’on offre au public, jeune et moins jeune, un rosé plus frais, plus léger, plus transparent que le traditionnel, il remporte un vif succès.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 

 


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Tristesse de la pâleur (ou éloge de la couleur)

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La course à la pâleur dans les vins rosés fait rapidement son chemin depuis quelques années, et, selon moi, provoque des ravages. Chaque fois, ou presque, que je déguste un des ces machins pâlots, sans saveur particulière (sauf un peu de bonbon anglais, parfois) mais avec sa dose d’alcool réglementaire qui dépend, en gros, du binôme cépage/climat, j’en suis de plus en plus convaincu. A contrario, chaque fois, ou presque, que je déguste un rosé ayant une robe soutenue, à mi-chemin entre blanc et rouge, je ressent davantage de saveurs, de tenue en bouche et (c’est l’essentiel il me semble) du plaisir. Je sais bien que ceci est un peu caricatural, mais ce constat est quand-même basé sur un grand nombre d’expériences et sur un tout petit peu d’analyse. En tout cas, comme disait le maire de la commune voisine « c’est mon avis et je le partage ».

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Tout cela n’est pas le seul fait de la Provence, même si la dictature par l’absence de couleur dans les vins rosés est très largement inspirée par la réussite de ces vins passe partout, et qui plaisent, apparemment, à « tout le monde »: donc à personne. Je ne suis pas contre la réussite commerciale, bien au contraire (salut Luc !). Ce qui m’horripile dans cette affaire est la banalisation d’un style, et le comportement « moutonnesque » de la plupart des autres régions, à commencer par le Languedoc-Roussillon ou le Bordelais : régions qui, il n’y a pas si longtemps, faisaient beaucoup de vrais vins rosés avec de la couleur, du goût et tout et tout, et pas essentiellement des faux blancs. Mais la Provence a fait du rejet de la couleur un système de jugement de la qualité. J’en veux pour preuve le fait que la quasi-totalité des appellations de cette région refusent d’agréer des vins rosés qui dépassent une certaine intensité de ton, et cette barre est placée bien bas ! Même Bandol, grand fief des rouges de caractère et de garde (merci au Mourvèdre), a été un moment gagné par ce diktat de la pâleur pour ses vins rosés devenu, malheureusement, le type de vin majoritaire de cette appellation. Je crois que les choses sont en train, doucement, de s’inverser dans cette appellation qui doit absolument garder ses différences avec l’océan des rosés pâles qui l’entoure, mais le constat est bien triste. Et si j’étais producteur en Provence, je me garderais bien de mettre tous mes œufs dans le même panier (rose). La mode est volatile par définition.

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Dans cette période où la communication à outrance sur tout ce qui est supposé être « naturel et donc bon » (quelle foutaise, aussi!), est-ce qu’on parle des techniques utilisées pour retirer de la couleur des moûts ou des vins quand Dame Nature, qui n’est ni bonne ni mauvaise et qui se fiche pas mal de tout cela, fournit les conditions qui augmentent températures et couleur dans la peau des baies ? Bine sûr que non. Et pourtant, c’est bien une intervention technique, une de celles-là mêmes qui sont tant décriées par les tenants d’une interférence minimale de l’homme et ses outils dans le vinification (autre sujet qui pourrait déclencher un article bientôt). Je vois dans tout cela soit un paradoxe, soit une méconnaissance des faits.

Pour évoquer une autre région, gagnée elle aussi par la même mode absurde, la dégustation au cours de la semaine passée de deux Champagnes rosés qui vont à contre-courant de cette triste tendance m’a conforté dans mon opinion. La dernière version du Ruinart Rosé est un vrai vin rosé, bien coloré, très expressif en fruit, et avec assez de structure pour tenir sur autre chose que des chips. Pareil pour le Nicolas Feuillatte  Rosé 2006, Cuvée 225, qui est aussi savoureux que frais, long en bouche et parfaitement défini dans son profil. Voilà deux exemples de ce qui peut être un vrai Champagne rosé, c’est à dire autre chose qu’un blanc à peine teinté, ce qui est le cas, par exemple, de la dernière livraison du Veuve Clicquot Rosé (la version 2008 de ce vin m’a bien déçu, contrairement au blanc du même millésime).

Osons un petit écart sur le chemin glissant mais passionnant du marketing, car c’est bien sur ce terrain que s’est bâti le réussite des rosés de Provence, et, par extension, de la catégorie toute entière. Quel est donc l’intérêt de faire un vin rosé qui n’est qu’une petite variation sur la même chose en blanc ? Question rhétorique bien entendue. Mais tentons d’y répondre : dans l’imaginaire, le pâleur donne une impression de légèreté. La transparence est aérienne, et non pas terrienne et, j’ose rajouter, elle induit la notion de « pureté » dans les têtes d’une partie de la population de plus en plus obsédée par ce concept touchant à l’alimentaire. Même si c’est surtout inconscient, je crois bien que cela joue. Cette légèreté ressentie, dans le domaine du vin, convient aussi à une consommation par temps chaud et c’est bien cela qui a donné un aspect très saisonnier à la vente des vins rosés, même si des producteurs ayant misé à fond sur ce type de produit luttent pour en étendre les périodes de consommation.

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no comment !

Je pose, à la fin, une autre question rhétorique.  La mode (nécessairement stupide selon moi) doit-elle tout emporter, même dans le domaine du vin ? Bien sûr que non, nous sommes d’accord, mais elle a des influences bien plus importantes que celles que nous admettons généralement, et ces influences ont des socles plus profonds que ceux que nous sommes prêts à reconnaître facilement. Ce n’est pas une raison suffisante pour y céder. Il faut juste ouvrir ses sens et son cerveau.

 

David Cobbold