Les 5 du Vin

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Catalan, roussillonnais, ou pas?

En ce jour de référendum (contesté) en Catalogne, je voudrais parler ici, non de politique, mais de vin, et faire remarquer un fait étonnant, et assez peu médiatisé: certains vins d’appellation Côtes-du-Roussillon, et non des moindres… ne sont pas du Roussillon.

Je m’explique.

Extrait de la carte du Roussillon dressée par Nicolas de Fer en 1706 (la ligne verte sépare le Languedoc, au Nord-Ouest, du Roussillon)

Le département des Pyrénées-Orientales englobe deux aires linguistiques: au Sud, l’aire du catalan. A l’extrême Nord, dans la haute vallée de l’Agly, celle de l’occitan.

La première correspond aux territoires devenus français en 1659 avec le traité des Pyrénées – soit le Roussillon. La seconde, à des territoires déjà français avant ce traité, comme en témoigne encore aujourd’hui le nom de la ville qui en est la porte d’entrée (ou de sortie): Latour de France. Cette petite région répond au joli nom de Fenouillèdes.

Lors de la constitution des départements, en 1790, elle a été rattachée aux Pyrénées-Orientales.

Il n’en reste pas moins qu’on n’y a jamais parlé le catalan, qu’on n’y a jamais été Roussillonnais.

Et pourtant, c’est là que ce situent la majorité des Côtes-du-Roussillon-Villages avec mention de village, à savoir Caramany, Latour de France et Lesquerde. Seule exception: Tautavel, qui se trouve dans le prolongement des 3 autres, mais côté roussillonnais. Et depuis peu, Les Aspres – mais cette zone est située plus au Sud.

Le Fenouillèdes englobe aussi de belles communes viticoles comme Saint-Paul, Bélesta ou Rasiguères. Sans oublier Maury, qui bénéficie de sa propre appellation. Et ajoutons qu’une bonne partie de la production des Rivesaltes et Muscat-de-Rivesaltes est aussi issue de cette zone, ainsi que de la région de Fitou et des Hautes Corbières (Aude).

Je ne sais pas trop pourquoi les appellations d’origine, qui sont censées s’appuyer sur des usages historiques, ont ainsi annexé ces villages occitans au Roussillon, que d’aucuns désignent aujourd’hui du nom de « Catalogne Nord ». Mais c’est un fait.

Hervé Lalau

 


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22 rouges du Roussillon à la conquête du marché belge

Ce jeudi, à Bruxelles, se tenait une dégustation de 22 vins rouges (secs) du Roussillon ; avec comme dénominateur commun, le fait qu’ils ne sont pas encore importés en Belgique, ou seulement très localement. Le Bureau d’Information des Vins du Roussillon avait justement organisé cette session pour les présenter à des importateurs potentiels. Certains des professionnels présents semblent déjà avoir trouvé chaussure à leur pied – quant aux absents, comme toujours, ils ont eu tort…

Les importateurs belges au travail (Photo (c) H. Lalau 2017

A noter que toutes les AOC de rouges secs de la région étaient représentées – Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon Villages avec ou sans mention de commune, Maury sec et Collioure, ainsi que l’IGP Côtes Catalanes.

Voici mes préférés (et ils sont nombreux):

Dom Brial Côtes du Roussillon Cuvée Crest Petit 2013

Domaine Vaquer Côtes du Roussillon Les Aspres Cuvée Epsilon 2014

Domaine Madeloc Collioure Cuvée Serral 2014

Domaine Piétri-Géraud Collioure Cuvée Sine Nomine 2015

Vignobles du Terrassous Cuvée Villare Juliani 2015

Mas Cristine Côtes du Roussillon 2015

Domaine Piquemal Terres Grillées 2015

Château Moléon Côtes du Roussillon Villages Caramany 2015

Domaine des Schistes Côtes du Roussillon Villages Tautavel La Coumeille 2015

La Coume du Roy Carignan IGP Côtes Catalanes 2016

Quelques flacons parmi ceux présentés à Bruxelles (Photo (c) H. Lalau 2017

 

Plus qu’encourageant

Au-delà de ce palmarès personnel, plutôt flatteur (10 vins retenus sur 22, c’est plus qu’honorable), je soulignerai la bonne qualité d’ensemble des vins proposés, et ce, sur tous les millésimes – l’échantillon comprenait une majorité de 2015 et de 2016 – deux beaux millésimes, mais aussi des 2014, des 2013 et un 2012, qui n’a d’ailleurs pas démérité.

Deux (grandes) satisfactions : primo, le nombre de cuvées alcooleuses, sèches, trop extraites et/ou trop boisées est en nette diminution; secundo, on trouve déjà de très beaux vins à tout petit prix (6 euros pour le Château Moléon, par exemple, c’est un vrai prix d’ami).

Une surprise: la forte présence des Collioure dans ma sélection, et plus globalement, parmi les vins que j’ai le plus appréciés. Non que cette appellation m’ait jamais déplu, mais ce jeudi-là, tous les Collioure présentés (ils étaient quatre) m’ont vraiment séduit – il était d’autant plus difficile pour moi de les départager.

Une remarque: il est encore nécessaire d’expliquer qu’il y a des Maury Secs. Pour certains importateurs belges, Maury égal VDN. Un point c’est tout. A leur décharge, bon nombre de consommateurs le pensent aussi – c’est que la petite notoriété de cette appellation s’est d’abord faite sur le doux. Il faudra encore travailler pour dissiper cette confusion.

Un (petit) regret, enfin: deux cuvées étaient bouchonnées. Regrettablement, totalement et irrémédiablement. Cela peut paraître anecdotique, mais deux sur 22, c’est énorme. Au risque de me répéter, nos amis Roussillonnais ont-ils pensé à la capsule à vis ?

Hervé Lalau

 


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Visa pour… deux vins de domaine de la Casenove !

Visa pour l’Image est le plus grand festival international de photojournalisme qui réunit chaque année en septembre à Perpignan des milliers de visiteurs autour d’une même passion, la photographie. J’en profite pour  y associer les vins d’Etienne Montès, car il a été photoreporter,  chasseur d’images de la célèbre agence Gamma et ses photos ont fait le tour de la planète. Ça lui colle toujours à la peau, pourtant ça fait maintenant 37 ans qu’il a rejoint la propriété familiale, le domaine de La Casenove. Depuis, il n’a cessé de progresser dans un style sincère qui convient à son terroir qu’il connait si bien. J’ai dû connaitre Etienne Montès dans les années 90, et Frédérique son épouse, bien avant, elle venait manger au Drink-Hall, c’était une fidèle. J’ai commencé à vendre leurs vins quand nous étions aux Feuillants;  Etienne, c’est quelqu’un qui aime manger et cuisine, il fréquentait donc régulièrement notre table, et nous allions assez souvent nous détendre au domaine, où  il  nous régalait de sa cuisine catalane dans laquelle, il excelle et bien sur de ses vins qui l’accompagnent merveilleusement. La propriété se trouve au Sud de Perpignan, à Trouillas. C’est vrai que j’ai un faible pour ce coin des Aspres, je crois vous l’avoir déjà dit, c’est si beau avec le Canigou au loin, les vignes qui s’étirent sur les coteaux, tout près de la Méditerranée. D’accord la tramontane y souffle de temps en temps, mais en échange elle nous apporte un bleu du ciel intense, et un soleil qui donne à ces pierres de ce vieux Mas, une très belle luminosité. L’atmosphère qui règne dans cette ancienne propriété viticole, dans la même famille depuis plus de 400 ans, est assez unique: les bâtiments patinés, les grands arbres, les glycines, les grands chais sont chargés de senteurs antiques, on s’y sent bien, on y respire la paix, même si je ne suis pas certaine que le quotidien y soit aussi idyllique! Le domaine de 50 hectares  offre un paysage unique, il est d’un seul tenant, pourtant les variations de sols et sous-sols y sont nombreuses et amènent Etienne à effectuer de nombreuses sélections parcellaires.

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Nous sommes devenus amis, et, je ne vous apprendrai rien si je vous dis combien il est difficile de parler des vins des amis. Pourtant nous sommes amenés à le faire assez souvent, et, pour être tout à fait franche avec vous, j’ignore quelle part l’affectif occupe dans nos commentaires. Cette parenthèse mise à part, je n’avais pas gouté leurs vins depuis bien longtemps, l’autre soir ils sont venus manger à la maison et m’ont apporté 2 bouteilles qu’ils ont laissées discrètement dans la cuisine. Je les ai débouchées dimanche, si je vous en parle c’est que je les ai fort appréciées, sinon je n’aurais rien dit. J’ai retrouvé des vins sincères, authentiques, lui non plus ne cherche pas à être tendance, mais il a su à transmettre à ses vins l’empreinte des lieux tout en ayant réussi à leur insuffler un petit air de modernité.

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La Colomina Rouge 2016 (IGP Côtes Catalanes)

La Colomina 2016, du nom d’une parcelle du domaine, est issue de 50% de carignan, 25% de syrah, 20% Grenache Noir, et 5% Mourvèdre cultivés sur des sols essentiellement argileux dans un climat méditerranéen.

Quelle belle surprise cette cuvée, c’est un pur vin de plaisir. La robe d’un rouge profond et velouté, annonce une belle matière. Le nez est épanoui, ouvert, fruit noir dominant, baies sauvages, garrigues- Gourmande et gorgée de fruits, la bouche offre une très belle matière, encore un peu sauvage, mais tellement digeste ! Après aération, le fruit reste très gourmand et s’enrichit de notes d’olives noires et d’épices. Un vin assez puissant mais déjà prêt à déguster grâce à la rondeur de ses tanins. La très bonne acidité du millésime amène la vivacité et la fraîcheur. Une bonne longueur, tout en fraicheur qui appelle irrémédiablement d’autres verres ! Je l’ai aimé parce qu’il ressemble aux paysages de la Casenove, il y a du vent, du soleil et du vrai. Il peut être bu dès maintenant, car il est particulièrement gouleyant, mais il évoluera bien.

Il est à noter qu’il a été élevé 2 ans en cuve après des vendanges manuelles en comportes, un égrappage complet, et des arrosages fréquents de tout le chapeau. La macération courte de 15 jours donne des tannins peu agressifs. 10,50 € TTC la Bouteille

Cuvée Commandant François Jaubert 2010, IGP Côtes Catalanes 

Une pure syrah portant le nom d’un aïeul du maître des lieux : un marin, arrière-grand-oncle d’Etienne, qui construisit le domaine. Elle a été élevée 24 mois en barriques bordelaises. La cuvée Fr Jaubert n’est pas produite systématiquement et les raisins viennent toujours de la même vigne de Syrah qui pousse sur des sols d’argile et terrasse de galets. Il fit partie des premiers grands vins du Roussillon, je me rappelle encore du succès du 1998, mais, je me souviens aussi avoir « pesté » contre l’étiquette que j’accusais de freiner les ventes. Mais Etienne s’y accrochait et ne voulait rien entendre. Maintenant qu’il l’a changée, qu’il a modernisé la présentation, je me demande s’il n’ avait pas raison. Certes, elle était désuète, mais elle faisait partie du vin et lui donnait une personnalité unique. Non pas, qu’il en ait moins aujourd’hui, je pense qu’au contraie, cette version a plus de « classe », c’est juste un regret de voir disparaitre le commandant et la belle signature de La casenove. Donc, pardon Etienne, je regrette d’avoir tant insisté. Les acheteurs ne devraient jamais se mêler de l’image des vins, même si évidemment nous sommes convaincus, que « nous, nous connaissons bien le marché ». Même sa composition a changé, il est passé d’un assemblage de 35% de syrah, 10% de mourvèdre, 30% de grenache et 25% carignan à un 100% syrah. Sans doute l’admiration d’Etienne pour les Syrahs du Rhône, mais plus sûrement le désir, de la mise en avant d’une parcelle dont il est particulièrement fier.

A gauche l’ancienne étiquette, à droite dans la ligne de la nouvelle image du Domaine. Vues ensemble, la dernière version est finalement mieux quand même!

Cette cuvée Fr. Jaubert (le commandant est passé à la trappe), je l’ai aimé avec sa robe très dense, et sombre, presque noire, son nez intense de fruits noirs et rouges avec des touches de poivre blanc, remarquable pour sa fraicheur et sa pureté. La bouche se montre franche et précise. Élégante enveloppée par les fruits noirs, les épices douces et quelques notes de réglisse. C’est puissant, structuré, mais ça reste très savoureux, c’est mûr, les tanins sont fondus. Je retiens la fraicheur finale et l’équilibre, le vin se montre gourmand, séducteur et charnu, sans lourdeur et racé. Une très belle syrah du Sud!

28,00 € TTC la Bouteille

Il ne me reste plus qu’à aller redécouvrir le reste de sa gamme, et surtout ses VDN.

Etienne et Frédérique Montès
66300 Trouillas
Tél : 04 68 21 66 33
contact@domainelacasenove.com

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 


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40 ans déjà, l’occasion pour moi de me souvenir… (volet 2)

Comme je vous le disais la semaine dernière, nous nous serions bien vite ennuyés sans le Dr. Parcé.

Il nous a pris sous son aile et nous a ouvert un monde de saveurs et d’odeurs qui nous était totalement inconnu, en nous introduisant chez les meilleurs cuisiniers et domaines viticoles de l’époque. Je me dois d’écrire quelques lignes sur lui, pour ceux qui ne connaitraient pas cette figure roussillonnaise.

Tout d’abord médecin à la tête d’un laboratoire médical à Perpignan, il reprend le Domaine du Mas Blanc en 1949, devient Maire de Banyuls en 1953, et directeur du GICB (Groupement Interproducteurs du Cru Banyuls) – il démissionna de ces 2 postes en 1968.

En 1960, il créa la confrérie bachique Als Templeres de la Serra, avec pour but de « promouvoir les vins de la Côte Vermeille ainsi que la valorisation des traditions culinaires et œnologiques catalanes ». Dans le même temps, en grand défenseur des AOC, il est nommé membre de l’Institut des Appellations d’Origine Contrôlées et siège auprès du Baron Le Roy. On lui doit l’appellation Banyuls Grand Cru, la notion de Rimage, et sous son impulsion, en 1971 est créée l’appellation Collioure (grâce, dit-on,  à son ami Michel Cointat, ministre de l’Agriculture). S’inspirant de la Bourgogne qu’il admirait beaucoup, il a distingué 3 lieux-dits : Cosprons, Clos du Moulin et Junquets. Cette même année, l’Académie Internationale des Vins voit le jour, il en sera le Chancelier puis le Président. Infatigable, il ouvre un restaurant gastronomique au Mas de la Serra qui a contribué à redorer l’image des vins de la région et des VDN, pour ce faire, il s’appuie sur ses nombreuses et solides relations dans la restauration, où il est « à tu et à toi » avec les plus grands chefs du moment : Alexandre Dumaine, Fernand Point, Alain Chapel, Alain Senderens pour ne citer qu’eux; avec leur complicité, il y organise de grandes manifestations et des chapitres de grande envergure, qui permettent au cru de Banyuls d’acquérir ses lettres de noblesse. En 1973, il est élu Président de l’Académie des Vins de France. En 1981, il occupe le 21ème fauteuil à l’Académie des Gastronomes.

Si j’insiste sur son parcours entièrement dédié aux vins et à la gastronomie, c’est pour rappeler combien il a œuvré pour la promotion des vins de Banyuls et de Collioure. Son rôle n’a pas vraiment été reconnu en son temps, nombreux étaient ceux qui lui reprochaient de « rouler pour lui »; c’était probablement vrai, mais Banyuls en a largement profité ; mais il s’est créé beaucoup d’inimitiés, et, il était autant apprécié dans la France entière que rejeté dans le Roussillon. Quant à moi, on m’a longtemps reproché d’être atteinte de « Parcéite ». Possible, je ne le nierai pas, mais étant donné tout ce qu’il m’a apporté et appris c’était plutôt normal.

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Photo supérieure : Gaston Pams, sénateur-maire d’Argelès-sur-Mer, intronisé dans Als Templeres de la Serra. Photo centrale gauche : A Banyuls, avec Pierre Bonte, Jacques Lanzmann, Ginette Bras, Michel Bras  Jacques Puisais .Photo centrale droite : Entre Alain Senderens,  et Robert Margueritte, du Parc Hôtel, à Perpignan. Photo inférieure gauche : Avec Marie-Louise Banyols, sommelière de l’année 95, femme du vin 95, Pierre Troisgros, Joël Robuchon. Photo inférieure droite : Entre les deux chefs des Pyrénées-Roussillon  Didier Banyols qui, poussé par André Parcé, est passé, à 33 ans, de la salle au fourneau, et Eric Lecerf, l’excellent chef de cuisine du Chapon fin.

Dans les années 70, côté fourneaux, on était en pleine « nouvelle cuisine ». Il y a 40 ans, en 1977, Michel Guérard obtenait ses 3 étoiles, mais c’est à peine si j’en avais entendu parler. La gastronomie ne faisait pas encore partie de mes préoccupations. C’est chez Alain Chapel, à Mionnay, que nous avons connu nos premiers émois culinaires et viniques. André nous y avait amenait pour nous ouvrir les yeux et les papilles toute une fin de semaine. Je me souviens tout particulièrement du lundi, il nous avait réservé une surprise : une rencontre avec 3 grands hommes : Jules Chauvet, Alain Chapel et Marcel Lapierre. Trois personnalités rares, exceptionnelles, mais, je n’en savais rien ce jour-là, j’ignorais que Marcel était adepte des vins naturels et qu’il était l’un des vignerons les plus emblématiques du Beaujolais, tout comme j‘ignorais que Jules Chauvet était non seulement un ardent défenseur des vins naturels, mais qu’il expliquait aussi comment les faire. Ça se passait chez Marcel Lapierre autour d’un grand buffet de cochonnailles. Ce jour-là j’ai bu du VRAI Beaujolais pour la première fois. Tout était nouveau pour moi, ce fut mon premier contact avec les vins naturels : INOUBLIABLE.

Ecouter parler Jules Chauvet et Marcel Lapierre, découvrir le monde des levures autochtones ; l’importance de récolter un raisin, vivant, vinifier de la façon la plus douce et la plus naturelle possible, sans filtration, sans chaptalisation, sans cosmétiques œnologiques et sans soufre ajouté, avec l’ambition de lutter contre ceux qui s’acharnent à « effacer la mémoire du goût » ; les entendre dénoncer l’usage massif de l’anhydride sulfureux, c’était pénétrer dans un monde inconnu et fascinant. Après les avoir rencontrés, ni mon mari, ni moi, ne pouvions plus regarder notre vie professionnelle de la même manière. Nous avions touché de près à la Révolution apportée par Chapel et Chauvet :  l’Amour du vrai et du beau !

Quand j’ai connu Marc Sibard, en 2001, il « m’écrasait » de son savoir sur les vins naturels et n’avait de cesse que de me parler de son amitié avec Marcel Lapierre; jamais je n’ai eu envie de lui raconter ces rencontres avec Marcel et Jules Chauvet que j’ai eu l’occasion de revoir à plusieurs reprises dans son laboratoire et de comprendre son approche du vin (ça me donne envie de relire Jules Chauvet). J’ai également la chance de connaitre Jacques Néauport, alors les vinifications naturelles je les ai connues il y a bien longtemps, le soufre on peut s’en passer si on est maniaque de la propreté et si on prend soin des raisins, et si on contrôle les fermentations.

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Voyant que ces journées m’avaient vraiment marquée, André me proposa de parfaire mes connaissances et il me fit connaitre Georges Albert Aoust, qui avait créé à Beaune, la fondation Wine School, dont la vocation était de former les épouses de restaurateurs sur le vin. J’ai participé à plusieurs de ses stages à Beaune et dans les vignobles Alsaciens, Rhodaniens, Bordelais et Bourguignons, ce fut le début d’une quête de formation qui ne s’est jamais arrêtée. J’y ai rencontré des femmes de restaurateurs étoilés qui sont devenues mes amies, parmi elles, Simone Ferrié (Le Régent à Rodez), Maryse Toulousy (Jardins de L’Opéra à Toulouse), ou encore Ginette Bras, Christelle Ribardière (L’Amphitryon à Toulouse)… et dont à l’époque je ne comprenais pas l’importance qu’elles accordaient au Michelin, qui était une de leurs principales préoccupations !  Qu’avais-je à faire moi du Michelin, dans ma brasserie pleine à craquer, qui ne figurait sur aucun guide. Non vraiment, je trouvais ça incompréhensible, je ne pensais pas que quelques années plus tard je les rejoindrai dans cette « angoisse ».

J’y ai rencontré aussi des vignerons qui m’ont fortement marquée et qui resteront présents tout au long de mon parcours, je pense à Colette Faller, aux Perrin de Beaucastel, à Denis Dubourdieu et Pierre Coste, le négociant bordelais, pour ne citer qu’eux. Je me souviens de ma première dégustation chez Yquem, nous avions eu droit à plusieurs millésimes et sans vraiment maitriser la dégustation, j’avais trouvé ce vin fascinant, son grand équilibre m’avait impressionnée. C’est Charles Meslier le régisseur qui nous avait reçu, et, bien sûr, nous sommes allés aussi au Château Raymond-Lafon. Nous logions chez Darroze et, en toute logique, nous avons eu droit à une grande dégustation d’Armagnacs. J’allais ainsi de rencontre en rencontre m’enfoncer chaque jour davantage dans un chemin de vie qui serait désormais marqué par le vin.

L’autre « rendez-vous « que m’avait préparé André et qui fut décisif pour moi : celui avec Jacques Puisais, il organisait alors des cours de dégustation et d’éducation du goût,  j’y ai découvert les accords mets et vins, qui me passionnent toujours autant, les alliances de structure et de texture, j’y ai vraiment pris conscience de la sensorialité… Parmi ceux qui venaient chercher comment la développer, comment vivre les goûts de la Terre, et ils étaient nombreux, j’y ai connu, des personnalités rares comme les Zind-Humbrecht, Jean Lenoir, un autre grand personnage qui voulait rendre leurs droits au goût et à l’odorat. Grâce à eux, je me suis engagée à fond dans la dégustation, dans les accords, dans la découverte des vignobles, dans la sommellerie.

Mais, nous sommes déjà dans les années 80/85, c’était il y a un peu plus de 40 ans. Il est temps de nous quitter.

P.S: Grâce à Luc Charlier, j’ai dégusté il y a 15 jours à l’aveugle, un Collioure Cosprons Levants 1993 du Domaine du Mas Blanc. Je l’ai pris pour un Châteauneuf du Pape, beaucoup d’émotions quand il l’a découverte, c’était encore une belle bouteille. Pour André, l’acidité volatile qu’il appelait d’ailleurs acescence noble, faisait partie des grands vins. C’est ainsi que j’ai appris à « aimer » la volatile quand elle est à peine perceptible.

 

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Bonne rentrée et hasta pronto,

MarieLouise Banyols


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40 ans déjà… (volet 1)

Il y a 40 ANS naissait l’appellation Côtes du Roussillon, mais c’est surtout, l’année de naissance de ma fille, c’était le 22 aout 1977

L’occasion de me souvenir…Qu’en était-il de moi et de ma relation avec les vins dans ces années-là ? A quand remonte t-elle ? Quels vins buvions-nous ? J’essaie de me rappeler, quand et, comment suis-je arrivée dans le monde du vin ? Il y a forcément toujours un début, un moment d’initiation, quelqu’un qui crée le désir, quelqu’un qui nous apprend des saveurs. Certes, je suis née, et, j’ai grandi dans un restaurant, j’ai donc toujours été « en contact » avec le vin.

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Mes parents et moi en 1949

Mes parents tenaient « le Café des Expéditeurs » devant le marché de gros, à l’époque où Perpignan était la capitale des fruits et légumes primeurs de France, c’est dire l’activité qui y régnait. Dès 3h du matin, mon père ouvrait les portes, la veille il avait préparé sur le comptoir des rangées de tasses avec un fond de rhum, il n’y aurait plus que le café à rajouter, je peux encore en sentir les effluves ; vers 5h, les premiers vrais repas étaient servis, il ne fallait pas leur en promettre aux maraichers : tripes, langouste à « l’américaine », tête de veau, escargots… et blanquette de Limoux.

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La photo date du temps où mon grand-père le tenait. La fenêtre au-dessus du mot Café, était celle de ma chambre.

Je me rappelle, c’était dans les années 54/55, j’avais alors 6/7 ans, quand il m’arrivait de me réveiller tôt, vers les 6h, à cause du bruit du marché, sous mes fenêtres, ma mère sous mon insistance, acceptait que je descende dire bonjour à mon père. J’adorais cet atmosphère bruyante, joyeuse de la salle, j’y voyais mon papa courir avec 4 ou 5 assiettes fumantes sur le même bras en criant « chaud devant »,( le sol était jonché de sciure pour ne pas glisser). Je trouvais ça drôle, et en même temps je l’admirais ! Sur les tables, je revois des coupes larges avec un liquide transparent à bulles, plus tard j’ai su que c’était de la blanquette de Limoux, quelques pichets de rouge, il arrivait en tonneaux que le livreur roulait jusqu’à la cave. Plus grande, j’avais pour mission de les remplir, ça m’occupait pendant que ma mère travaillait. J’ignore d’où il venait, mais j’entends encore mon père dire : « il se boit comme de l’eau, il n’est pas fort ». Parfois, avant de partir pour l’école, je passais par le café et alors, il y avait toujours quelqu’un qui criait à mon père, tu n’as pas oublié de lui mettre du vin dans son cartable ? Inutile de dire, que le pensionnat catholique que je fréquentais, ne l’autorisait pas et ça n’était pas non plus dans les pratiques de mes parents. Pourtant, jusque dans les années 56, le vin était servi dans les réfectoires, il a ensuite été interdit pour les moins de 14 ans. Ça n’est qu’en 1981, que la consommation d’alcool a été interdite dans les cantines des lycées. Ça n’est pas si loin… En revanche, j’avais souvent droit au gouter à une tartine trempée avec du vin et du sucre, on disait que ça fortifiait, que ça favorisait la croissance, ma grand-mère en était convaincue. Je vois d’ici, la tête de mes enfants si je donnais ce genre de gouter à mes petits enfants ! Le Byrrh faisait aussi partie des boissons préférées des maraichers, à toute heure. Je n’arrive pas à me souvenir, ce qu’il en était des VDN, il me semble que le Muscat était présent, mais je n’ai rien de précis en mémoire. En 1976, Dubonnet-Cinzano est absorbé à son tour par Pernod-Ricard, qui regroupe à Thuir l’ensemble de sa production industrielle à base de vins.

 

C’était un temps où les maraichers du Roussillon et les viticulteurs vivaient très bien, s’enrichissaient même. Mais, le Maroc, et l’Espagne sont arrivés et les choses ont bien changé.Les Primeurs du Roussillon, n’existent plus, ni le Marché de Gros ! Maintenant c’est Saint-Charles International né il y a juste 40 ans : « Premier centre de commercialisation, de transports et logistique de fruits et légumes en Europe.  C’est la première zone économique de chez nous,1000 hectares, 560 entreprises, 9000 emplois et près de 4 000 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.

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Mais pour en revenir à mon « union » avec le vin, ça n’est pas mon enfance baignée dans la restauration, qui l’a créée, même si cela y a certainement contribué, sans oublier les descentes dans la cave de mon père, son gout pour les Bordeaux et quelques bourgognes, les repas de fête en famille, avec des bouteilles bien choisies. Je garde en mémoire la couleur des Sauternes, toujours ambrée, sans doute attendait-il trop pour les déboucher, comme c’était sucré, j’avais le droit d’y gouter. Non, le véritable déclencheur de ma « passion » fut le Docteur Parcé, c’est bien lui qui a créé le lien entre le vin et moi.

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Il était client très assidu, et fervent consommateur de la cuisine de ma mère. Nous venons de sauter quelques années, nous sommes en 1968, entre temps, mes parents avaient quitté le Marché de Gros qui périclitait, pour s’installer en centre-ville : ils avaient racheté un Bar : « Le Drink Hall », ça ne s’invente pas, en plein pays catalan, ce nom choquait tout le monde, mais mon père avait insisté pour le garder. Très vite, ils l’ont transformé en Brasserie. Pour moi, pendant ce temps-là, rien de particulier : la fin des années 60, n’a pas perturbé ma vie, je ne manquais pas un jour de classe au lycée de filles, j’étais livrée à moi-même, mais, rien d’étrange ne m’arriva. Ah, si, quand même,   J’ai connu celui qui allait devenir mon mari à 16 ans et nous avons mené une jeunesse plutôt rangée ; à 17 ans, j’étais timidement rebelle, les séances « alcool défonce » existaient déjà, mais je n’y ai jamais participé, seule l’apparition du rock nous a profondément marqués. Nous nous sommes mariés, en 1968, j’avais tout juste 20 ans, comme beaucoup à l’époque. J’ai continué des études de droit, je rêvais du barreau ; en 1970, notre fils est né, et, j’étais sur le point de démarrer mon stage en tant qu’avocat quand mon père nous a proposé de les rejoindre ! J’ai un peu trainé les pieds, mais, il a réussi à nous convaincre et nous voilà mon mari et moi devenus « bistrotiers », il faut dire que leur brasserie très vite est devenue la plus courue de Perpignan ! Ma mère était aux fourneaux, mon père en salle, nous faisions le plein midi et soir, à midi, plus de 150 couverts, il fallait réserver et malgré ce, la queue se formait et les tables se renouvelaient. Les plats « maison » de ma mère attiraient toute la bourgeoisie locale, nous étions en plus près du Palais de Justice. Il n’a pas été facile de trouver sa place auprès d’un père très charismatique et d’une mère dotée d’un si grand talent culinaire. A la carte, uniquement des vins du Roussillon, les plus demandés étaient ceux des Frères Cazes, du Château Cap de Fouste, le Domaine Canterrane, les vins des Vignerons de Terrats, le Terrassous et du domaine Vaquer. Mais en 1977, la vedette revenait au Mas Chichet, un vin de cépage de Cabernet Sauvignon. Paul Chichet,(propriétaire du journal local L’Indépendant) avait planté en 1970 dans sa propriété de Théza, 33ha de Cabernet Sauvignon, en Salanque, royaume de l’aramon « pisseur » et du carignan, aucun vigneron du Roussillon n’y croyait. Il fit sa première mise en bouteille en 1975, et très vite, il vit sa notoriété grandir, et sa récolte s’arrachait l’année de sa sortie.

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Nous nous serions bien vite ennuyés si le Dr. Parcé n’était pas intervenu.

A suivre….

Il y a quarante ans, le 16 août 1977, le « King » s’éteignait, laissant le rock’n’roll endeuillé de son plus grand pionnier-

Ce 22 aout, nous avons fêté les 40 ans de ma fille!

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 


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Trois vins et une autre bête noire

On va faire court aujourd’hui. C’est la période des vacances après tout !

Dans ma liste de choses qui m’énervent un peu (ou beaucoup), et dont les sens des mes remarques certains lecteurs n’ont pas tout compris (voilà ce qui ne change pas), j’aurais du ajouter les bouchons en liège massif. Mais qu’est-ce qu’on attend pour interdire cette escroquerie organisée, qui vole les gens en les privant des plaisirs dûs et, souvent, chèrement payés ?

Mais cette semaine j’ai décidé de choisir un peu au hasard trois flacons de ma petite cave dans ce beau pays gascon ou il fait une température très raisonnable ce dimanche. Il y a un rosé et deux rouges. Tous viennent du sud, mais aucun du sud-ouest : c’est un peu la loi du hasard, mais pas entièrement. Il s’agit d’échantillons offerts par les producteurs ou leurs attachés de presse, mais le choix de ces trois-là est un peu le fruit du hasard.

Les trois grâces de cette chronique, prises un peu au hasard

1). Vin rosé

AOC Bellet, Château de Bellet, Baron G, 2016

(Prix 27 euros)

Petite appellation près de Nice et un des très rares domaines qui porte le nom de son appellation sans être en situation de monopole, comme Château Margaux. Il porte aussi le label bio européen et sa couleur est assez profonde, ce qui constitue un plus pour moi. Son prix me semble élevé, mais cela doit être la rareté (bouteille numérotée et petitesse de l’appellation). Nez très frais et friand, qui me fait penser à des fraises et framboises mêlés, avec un zeste d’écorce d’agrumes, mais je ne connais rien aux nez des vins. Ce soupçon d’amertume se traduit aussi en palais avec un vin qui est structuré, très légèrement tannique et parfaitement sec. Aucune impression d’alcool, ni de sucre qui traine, comme dans tant de rosés du sud. Ce côté ferme et savoureux le destine clairement à la table et même avec des mets relativement puissants. Un très bon rosé.

Les plus : sa couleur soutenue, sa structure, son équilibre, son caractère

Les moins : son prix, un bouchon liège

 

2). Vin rouge

AOC Côtes du Roussillon, Mas Janiel 2016 (François Lurton)

(prix : 16 euros)

L’étiquette porte la mention « sans soufre », ce qui devrait plaire aux inconditionnels du genre. Celui-ci est propre, c’est à dire qu’il sent le fruit et non pas l’écurie. Robe violacé, nez assez fruité plus un accent entre bois et épices. C’est bon et parfaitement défini, mais ni exubérant ni exceptionnel comme certains prétendent être un résultat inéluctable d’une vinification sans soufre. Charnu par son fruité, mais aussi encore ferme par la jeunesse de ses tanins, ce qui est logique vu le millésime. Avec un plat légèrement salé cela s’arrange bien (n’est-ce pas Marco ?).

Les plus : la qualité globale, bon fruit simple et directe

Les moins : le prix (vu l’absence de complexité), bouchon liège

 

3). Vin rouge

Coule Majou, La Loute 2012, cépage Carignan, Vin de France

(prix, sous réserve : autour de 25 euros)

J’avais des réticences à parler d’un vin d’un ami (Luc Charlier), mais pourquoi pratiquer le ghetto des ses amis vignerons? Je suis largement capable de dire que je déteste ce vin si je le pensais.

Bouchon en verre, donc déjà un très bon point. Robe encore très jeune pour un vin qui targue les 5 ans. Nez intense, davantage que le vin précédent qui est pourtant plus jeune et de la même région, mais pas du même cépage probablement. Cele évoque les baies sauvages, le sous-bois, l’iris et la réglisse. Magnifique texture en bouche, alliée à une très belle fraîcheur. Aussi long que gourmand, avec une très belle finale en parfaite équilibre. Un excellent vin avec de la finesse et une sacré présence, qui fait mentir plein de médisances sur le carignan en particulier et les vins du sud en générale. Je vais tacher de connaître son prix pour en acheter mais je crains qu’il n’y en ait plus! Nous avons fini la bouteille avec un chili con carne pas trop épicé, et cela allait très bien.

Les plus : l’intensité des arômes et saveurs, la fraîcheur, l’originalité, le bouchon en verre

Les moins : r.a.s.

David

(la vieille 998 avait perdu ses flancs de carénage ce jour-là mais elle marchait bien)


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Comment choisir un vin d’IGP Pays d’Oc ?

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Les chiffres donnent presque le tournis : plus de 700 millions de bouteilles produits par an, près de 20% des exportations de vins français, 60% de tous les vins IGP de France, une superficie qui couvre 4 départements ainsi qu’un bout d’un cinquième (Hérault, Aude, Gard, Pyrénées-Orientales plus 6 communes de la Lozère) et une très grande diversité de cépages autorisée (57 à ce jour, je crois, mais peut-être plus). Il y a donc un choix énorme et une très grande diversité dans les styles. Se pose alors la question de comment choisir son vin dans cette vaste région de production française.

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L’axe cépage, mais pas seulement

La possibilité d’indiquer le cépage principal ou exclusif sur l’étiquette est surement une des clefs de la réussite de cette catégorie de vin dans les marchés à l’export, là ou c’est le cépage qui fournit une idée du style d’un vin, en tout cas bien plus qu’un nom d’appellation souvent obscure et à l’identité parfois fluctuante. Mais le Pays d’Oc ne se cantonne pas dans ce choix unique : des cuvées bi-cépage, multi-cépage voire sans mention du cépage sur l’étiquette faciale abondent aussi. Dans ce dernier cas, c’est la marque et le discours dessus qui prennent le rôle principale, limitant généralement de telles cuvées à des marchés de niche, mais leur permettant aussi d’échapper à la concurrence imposée par un prix moyen relativement faible, dicté par une concurrence mondiale dans le cas des cépages les plus connus.

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Le climat méditerranéen

Le point commun entre tous les vins de cette zone étendue est le climat méditerranéen, même si des influences locales engendrent des méso-climats variables : proximité maritime ou son contraire, vents, orientations et altitudes. Cela assure une certaine régularité d’ensoleillement et une maturité du raisin qui en découle, bien que cela est à nuancer selon la localité. Le terroir, c’est surtout le climat local, même si le sol a son rôle à joueur aussi.

Les hommes et leur travail

C’est ici que se creuse les différences entre des vins d’une même région. La climat et le cépage fournissent un cadre dans lequel l’homme fait ses choix, exerce sa discrimination et utilise ses méthodes en fonction de ses capacités économiques et du type de vin visé. Deux vins issus de la même zone et du même cépage peuvent être très différents selon les choix de l’homme.

IGP Pays d’Oc Collection 2016

Tout cela ne rend pas facile le choix du consommateur, ni du prescripteur d’ailleurs. C’est certainement une des motivations principales d’une sélection qui est opérée chaque année, depuis 2007, parmi les vins de cette vaste Indication Géographique et qui s’intitule « Trophée Collection Pays d’Oc IGP ». Chaque année, un jury international de professionnels sélectionne une vingtaine de cuvées qui porteront le titre de « Pépites ». L’édition 2016 avait lieu à Nîmes au mois de juin dernier. Je n’y étais pas mais j’ai demandé et reçu l’ensemble des vins sélectionnés: 8 blancs et 12 rouges.

Cette collection comporte des choses originales sur le plan des cépages et des assemblages, et c’est là assurément un des atouts de la catégorie IGP que de donner un bien plus grand espace de créativité aux producteurs que les AOP. Je me suis aussi intéressé à quelques aspects qui ont leur importance pour le consommateur : la présentation, comprenant l’étiquette et ses mentions, mais aussi le bouchage et le prix de vente. Curieusement, seulement trois vins (un rouge et deux blancs) étaient fermés avec une capsule à vis. La fourchette de prix est assez large, allant de 5 à 21 euros la bouteille. J’ai trouvé les rouges globalement plus intéressants que les blancs. Ils sont plus chers aussi, mais le rapport qualité/prix est généralement correct.

Voici donc mes impressions plus en détail:

Les vins rouges (dans l’ordre ascendant de leur prix public)

 

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Vignerons Foncalieu, Le Versant Syrah 2015 (prix public : 6 euros)

Le vin rouge le moins cher de le série. Présentation très soignée et « classe » pour un vin de ce prix. Information complète sur l’étiquette faciale.

Intense aussi bien au nez qu’en bouche. Le fruité est dense autour de tannins de moyenne intensité. Ce vin semble encore très jeune et aura besoin d’un an de plus en bouteille. Excellent rapport qualité/prix.

Domaine de La Baume, La Jeunesse Syrah 2015 (prix public : 6,50 euros)

Très accessible par son prix, ce vin dit tout sur son étiquette très classique. Bouchon en matière synthétique.

Le nez souffre de réduction au début puis laisse se développer des arômes de fruits noirs frais. Sa jeunesse se manifeste par une certaine raideur en bouche. C’est peu complexe mais franc et d’une qualité correcte pour son prix.

 

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Villa Blanche, Calmel & Joseph, Marselan 2014 (prix public : 7 euros)

Le seul vin rouge de cette série fermé par une capsule à vis, et aussi un des moins chers, ce qui n’est pas, pour moi, une association bien logique. Présentation moderne avec une touche de classicisme. Le cépage est une introduction relativement récente, issue d’un croisement entre Grenache et Cabernet Sauvignon.

Robe dense, nez sombre et terreux avec des traces de boisé. Ce boisé a bien arrondi les angles en bouche et donne une note un peu sucrée en finale. Vin expressif, relativement intense et qui donne du plaisir dans un style accessible.

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Valensac, Entre Nous, Petit Verdot 2014 (prix public 7,50 euros)

Le cépage n’apparaît pas sur l’étiquette faciale dont le graphisme est moderne. Peut-être que la rareté de ce cépage explique cela? Bouchon synthétique.

Nez assez intense avec un caractère intéressant qui se situe sur le versant animal et sous-bois avec un fond de fruits sauvages. Vin juteux dont le fruit est bien mur. De la matière et de la fraîcheur. Bon vin à un bon prix.

Domaine du Grand Chemin, cuvée JMF 2014 (prix public : 9,20)

Ce vin cache son jeu d’assemblage sur une contre-étiquette. Dommage car il est très singulier, associant Cabernet Sauvignon et Pinot Noir. Curieusement, la fiche produit fournie avec les vins substitue Cinsault au Cabernet, mais aussi bien la contre-étiquette que le site du producteur disent le contraire. Habillage sobre, classique et élégant.

La partie Cabernet domine au nez, mais le vin gagne en allégresse en bouche avec un aspect fluide qui est bien agréable et qui permet au fruité du Pinot Noir de prendre son envol. Bel équilibre d’ensemble dans un vin très gourmand. Prix raisonnable pour cette qualité.

 

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Domaine Condamine Bertrand, Elixir 2014 (prix public : 12 euros ttc)

Bonne présentation, assez sobre; moderne. Les cépages apparaissent sur la contre-étiquette : Syrah, Grenache et Cabernet Sauvignon.

Le nez est marqué par la Syrah, avec des notes de fruits rouges et noirs, ainsi que des épices. En bouche le vin est très juteux, axé autour des fruits noirs avec une jolie sensation de vivacité. Une pointe d’amertume relève la finale. Bon vin.

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Domaine d’Aigues Belles, Cuvée Nicole 2013 (prix public : 12,80 euros)

Belle étiquette, dépouillée, presque minimaliste mais très élégante. Indication des cépages sur la contre-étiquette : Syrah, Cabernet-Sauvignon, Merlot.

Nez fin marqué par le Cabernet Sauvignon. Le boisé est assez perceptible mais il rajoute un degré de complexité intéressant en allongeant aussi les saveurs. Très belle matière pour ce vin qui a du caractère et de la classe pour un prix raisonnable.

Alma Cersius, Terra Patres 2012 (prix public : 15 euros)

Un vin pour les latinistes (combien de divisions ?). La bouteille est terriblement lourde et la contre-étiquette très difficile à lire à cause d’un fond gris. On y décèle péniblement un assemblage entre Syrah, Merlot et Cabernet Sauvignon.

Nez fin avec un joli boisé. La densité sur le palais est un peu épaisse, ce qui signe une certaine ambition mais, avec 4 ans depuis la date de vendange, cela me semble un peu « too much » et la finale est asséchante.

Domaine de Brau, Pinot Noir 2015 (prix public : entre 15 et 20 euros)

La cépage apparait en très grand sur l’étiquette, ce qui est rare, voire unique dans cette série. On capitalise certainement sur le réussite actuelle de ce cépage. L’habillage est moderne dans un style sobre et élégant.

Le vin met en avant sa qualité de fruit, de type cerise amer avec un peu de pruneau. Aussi bien doté en fruit en bouche avec une touche d’amertume en finale qui donne du relief à l’ensemble. Vin très plaisant, un peu cher peut-être.

Mas de Salagou, Cinérite 2013 (prix public : 20 euros)

Même la contre-étiquette ne fournit aucune information au consommateur quant à la composition de ce vin. La fiche produit indique Syrah/Merlot/Carignan, mais le producteur doit estimer que cette information n’est pas utile, alors qu’il inclut un long discours peu factuel. Etiquette un peu vieillotte. Prix assez élevé.

Nez discret de petits fruits rouges avec une touche de fumée. En bouche, texture fine, fruité discret et tannins présents mais peu massifs. Bonne persistance et bon vin.

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Domaine Gayda, Chemin de Moscou 2013 (prix public : 21 euros)

Etiquette moderne, dépouillée et créative par son graphisme. Le nom intrigue, aussi. La contre-étiquette nous informe sur la composition de ce vin : Syrah, Grenache et Cinsault. Prix élevé mais justifié.

Le nez déjà modifie la dimension de ce vin quant à sa complexité par rapport aux autres de la série : puissant, mûr mais équilibré dans l’ensemble, au nez comme en bouche, avec une excellente intégration des tannins. La finale démontre aussi une finesse intéressante. Très bon vin.

 

Les vins blancs (dans l’ordre ascendant de leur prix public)

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Les Costières de Pomerols, Beauvignac Chardonnay 2015 (prix public : 5 euros)

Etiquette classique mais claire, avec le cépage sur une bande à part. Le prix  le plus bas de la série. Le flacon que j’ai reçu n’avait pas de capsule à vis. Pourquoi ? Ah oui, les Français n’aiment pas cela, paraît-il.

Bon vin très bien fait avec un joli fruité qui s’exprime avec gourmandise et fraîcheur. Une bonne affaire pour un vin difficile à critiquer tant il est facile d’accès dans tous les sens du terme !

Domaine La Provenquière, Sémillon Vermentino (prix public : 5,70 euros)

Capsule à vis et assemblage original pour ce vin au prix modeste, presenté avec une étiquette claire et informative.

Joli vin assez parfumé et correctement équilibré. Une légère pointe d’amertume vers le milieu et la fin de bouche donne du relief à l’ensemble et rajoute de la longueur. Très bien à ce prix.

Domaine Mas de Madame, Muscat Sec 2015 (prix public : 7 euros)

Bonne idée d’inclure un Muscat sec dans la sélection. Présentation sobre et élégante, mais il ne faudrait pas mettre cette bouteille claire à la lumière sous peine de voir le vin s’altérer définitivement.

Bien typé muscat au nez. Texture suave en bouche, avec des saveurs de rose et de lychee persistantes. Un vin agréable à petite dose, par son caractère très aromatique.

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Les Hauts de Janiel, Grenache Viognier 2015 (prix public : 8 euros)

Un vin de l’écurie François Lurton qui est le seul de cette série à être obturé par une capsule à vis. Jolie étiquette faciale qui donne toute l’information.

La partie Grenache semble dominer ce vin dont la fraîcheur surprend, vu les cépages. Belle qualité de fruit. Vin très agréable.

Domaines Paul Mas, Mas des Tannes Réserve 2015 (prix public : 11,50 euros)

Le cépage (Grenache blanc) n’apparaît même pas sur l’étiquette. En a-t-on honte ?

Ce vin m’a déçu car il semble pesant, avec une finale liégeuse. Peut-être un problème de bouchon. Mettez des capsules à vis !

Mas La Chevalière, Peyroli, Chardonnay 2013 (prix public : 13,50)

Domaine fondé par Laroche et maintenant dans le large giron d’Advini. Etiquette classique qui indique l’essentiel, bouchon liège.

Assez puissant et gras, le vin est juste tenu en équilibre autour d’une matière mûre mais ferme. Un bon vin commercial, bien fait mais sans éclat et qui vaut plus que le double du Bauvignac.

Collines du Bourdic, Le Prestige 2015 (prix public : entre 8 et 15 euros !)

La fourchette indiquée pour le prix sur la fiche produit me semble très large ! La cépage (Chardonnay) n’apparaît que sur la contre-étiquette.

C’est très parfumé et très boisé dans un registre noix de coco (bois US ?). Cela semble acidifié et il y a aussi de l’amertume présente dans la courte finale. Ce vin ne mérite pas de faire partie de cette sélection, à mon avis.

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Domaine Gayda, Figure Libre, Chenin Blanc 2014 (prix public : 16 euros)

Comme pour son rouge, ce domaine vise clairement un autre marché que celui de masse avec ce vin qui est encore une fois le plus cher de la série. Cette fois-ci on trouve le cépage (une variété peu habituelle dans la région) sur l’étiquette faciale qui joue aussi la créativité par son graphisme.

Peu expressif au nez mais donnant une impression de finesse, ce vin me plait par sa texture suave, son équilibre et sa longueur en bouche. C’est le vin le plus raffiné de la série, mais aussi le plus cher.

 

Maintenant, à vous de choisir…

 

David

PS. Petite victoire du XV de la rose avant-hier soir contre une équipe de France qui méritait de gagner sur l’ensemble de son match, sauf la fin. Mais un match de rugby dure 80 minutes et les anglais on su être patients et appuyer quand les erreurs commençaient à coûter plus cher.

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