Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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VSIGP (4): Vin de France, ah la belle farce !

Volontairement provocateur, mon titre ? J’assume. Eh bien oui, quoi: pourquoi cacher l’origine d’un vin alors qu’il suffit de (bien) lire l’étiquette (ou la contre) dans ses détails les plus reclus pour tomber sur l’adresse quasi complète du vigneron metteur en bouteilles ? Pour peu que l’on ait quelques notions de géographie associées à une bonne connaissance de nos départements, et que l’on sache manipuler un instrument comme Google, on saura automatiquement la plupart du temps d’où vient le vin et l’on peut donc sans mal lui donner un semblant d’identité, voire même une origine réelle. Enfin, moi, c’est comme cela que je vois le problème Vin de France, si problème il y a.

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Dans l’exil de mon Midi, d’où j’exerce mes talents de dégustateur en herbe depuis pas mal d’années, les vignerons se servent de cette dénomination (non, ce n’est pas une appellation d’origine contrôlée ou protégée) pour deux raisons principales, même s’il y en a probablement d’autres comme ont su le souligner avec talent mes prédécesseurs qui se sont plus volontiers attardés sur les marques commerciales. Deux raisons donc. D’une part parce que ça permet à mes amis vignerons de faire ce qu’ils ont envie de faire, de s’éclater sans avoir – en dehors de l’État et de sa cohorte de fonctionnaires – de comptes à rendre à personne d’autre que le consommateur ; d’autre part parce que les initiateurs (viticulteurs) des IGP ou AOP qui sévissent sur leur territoire bien (ou pas trop mal) délimités sont trop cons ou trop absents pour avoir remarqué qu’un cépage, quand bien même fut-il local et de mauvaise réputation, pouvait avoir son mot à dire dans le territoire qui abrite les vignes. Qu’il pouvait aussi plaire à un certain public.

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Oui, je sais, je m’énerve inutilement. Et ce n’est pas bien à mon âge ! Vous savez que je ne pense pas une seconde ce que je couche sur écran. Tous les vignerons (ou viticulteurs) ne sont pas cons à ce point et j’en connais même qui, en coopérative, alimentent des cuvées Vin de France. Alors je vais enfoncer le clou de manière plus explicite. Pour aller plus encore dans le sens de la connerie ambiante, je vais vous sortir quelques vins de France, mais des vins bien chez moi, donc du Languedoc et du Roussillon réunis. Des vins qui, n’en déplaisent à certains, affichent leurs origines de manière discrète, mais des vins qui pourtant sentent bon leur pays.

Par ici, dans le Sud où l’on s’éclate en dehors des AOP, aucun problème pour  trouver un Vin de France : presque chaque vigneron digne de ce nom a le sien ! Par exemple, une appellation majeure est disponible près de chez moi, Côtes du Roussillon, idem à côté avec l’AOP Languedoc. Des ex Vin de Pays aussi comme les IGP Côtes Catalanes ou Pays d’Oc. Mais qu’à cela ne tienne, avec les mêmes cépages (ou presque) les vignerons autochtones ou expatriés qui ont quelque chose à démontrer préfèrent la liberté que leur offre la mention Vin de France. On peut rire, déconner ou faire dans le sérieux, mais beaucoup me disent qu’ils choisissent la facilité qu’offre cette mention. À l’instar de Stéphane Morin, ce vigneron nature découvert récemment pour alimenter ma défunte rubrique Carignan Story mais que vous pouvez retrouver ICI. Lui a choisi de ne vinifier qu’en Vin de France histoire de moins se compliquer la vie.

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Afin de jouer le jeu, je vous livre ci-dessous mes préférés de la catégorie Vin de France du moment. Il y en a des tonnes d’autres. Vous tombez bien, car je déménage ma cave dans laquelle je fais de belles trouvailles. C’est utile parfois de revoir après quelques années un vin que l’on a aimé. Rassurez-vous, je les ai goûtés récemment et je vous les restitue avec non seulement le nom du domaine, de sa cuvée, son prix de vente, son site internet (lorsqu’il y en a) et le pays d’où il vient. Ben oui, car si on la cherche bien, on trouve l’origine ! Pour certains, ça évitera d’avoir à lire l’étiquette !

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-Vin de Table de France (du Roussillon) 2005, Syrah, Domaine Sarda-Malet. 40 € le magnum départ cave. 

À l’époque, l’annonce du millésime étant interdite dans cette catégorie de vin devenue Vin de France, Jérôme Malet s’était contenté d’un mystérieux chiffre « 5 » pour informer les suiveurs de ce domaine qu’il mettait dans la confidence. Sans filtration ni collage, jovial au possible, chaleureux et exubérant, j’avais complètement oublié que ce vin était le fruit d’une syrah de sélection massale (prélevée si mes souvenirs sont bons chez Gérard Chave) choisie par Max, le père de Jérôme. Tellement joyeux qu’au départ je partais allégrement sur une parcelle de vaillants vieux grenaches comme le domaine en possède encore, du moins je l’espère. Un vin d’autant plus éblouissant si on prend la peine de le boire frais (15°) sur un petit gibier, par exemple. Hélas, il n’est plus vinifié par le domaine qui, sagement, a conservé quelques flacons en format magnum dans les millésimes 2004, 2005 et 2007. Téléphoner le matin au 04 68 56 47 60 pour avoir la chance d’en obtenir.

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-Vin de France (des Corbières) 2014, Grenache gris, Domaine des 2 Ânes. 17 € départ cave.

À quoi ça sert un Vin de France ? À montrer par exemple qu’un cépage méprisé lors de mes premiers passages dans la région à la fin des années 80 a vraiment quelque chose à dire et qu’il est capable de revivre en beauté, notamment non loin du littoral. Et puisque à l’époque l’appellation n’en avait rien à cirer – ah, si elle avait pu mettre du Sauvignon ! – il reste un espoir aujourd’hui de montrer les capacités de ce cépage en le vinifiant pour lui-même en Vin de France (des Corbières). Immensément puissant, certes, dense aussi, et pourtant tout en structure avec une élégance non feinte, c’est un blanc de grande table. Cherchez vite des queues de lotte poêlées et quelques câpres pour l’accompagner !

Etiquette L'Aramon

-Vin de France (des Terrasses du Larzac) 2015, Aramon, Domaine de La Croix Chaptal. 5,50 €, départ cave.

De par sa robe claire et sa facilité à s’écluser (un flacon bu à deux en moins de 15 minutes !), voilà un vin qui ferait une forte concurrence au rosé, tant il fait des merveilles dans le registre de l’accessibilité. Peu cher, léger et fruité, désaltérant qui plus est tout en étant capable de tenir sur une entrée de légumes crus et de pâté de tête, cela n’a rien de déshonorant même si pour certains cela frise l’incongruité. Alors, foncez sans attendre ! On trouve encore de ces petits vins de récré dans le Midi (ici, bien au nord de Montpellier), parfois même vinifiés à partir d’un cépage emblématique de l’histoire du Languedoc tel que le sieur Aramon ici présent. Jadis occupant 150.00 ha et capable de production de masse, aujourd’hui honni et considéré comme roupie de sansonnet, il revient de temps en temps par la grâce de Charles-Walter Pacaud, un vigneron sage et avisé qui, appelant ses vieilles vignes à la rescousse (vendangées à la main), a compris tout l’intérêt de ce jus qui se boit sans soif. Bravo et merci Charles !

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-Vin de France (du Minervois) 2011, Pinot Noir, Domaine Pierre Cros.  12 € départ cave.

Pierre Cros, prononcez « crosse », n’est pas du genre à écouter les injonctions des uns et des autres : Piquepoul, Alicante, Aramon, Carignan, Cinsault, il n’a gardé que les meilleurs pieds de son Minervois natal ajoutant une collection d’autres cépages plantés par curiosité et par amour. C’est le cas du Pinot noir (un peu plus d’un demi hectare) bu ici à température plutôt fraîche (15°) sur une pintade qui exprimait une sorte de gourmandise contenue avec des tannins souples et doucereux. Pour les curieux, il y a aussi du Merlot, du Nebbiolo et même du Touriga Nacional ! Plus en vente, c’était juste pour la forme. .. mais il reste du 2015 vinifié différemment et embouteillé en flûte alsacienne ! On a le droit de s’amuser, non ?

Michel Smith

pharebleu


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Millésime Bio 2016 (2ème volet) : Au top !

Après des années de bons et loyaux services où durant trois jours pleins (bien plus en comptant les autres salons) je risquais ma santé en m’adonnant à toutes les dégustations possibles et (in)imaginables, y compris les plus exécrables, ceci dans le seul but de découvrir des vins bios qui aujourd’hui connaissent la gloire, j’ai quand même consenti à consacrer une petite journée au Salon Millésimes Bio version 2016 qui attirait pléthore d’exposants rendant aujourd’hui l’efficacité de la visite de plus en plus aléatoire ainsi que le souligne ce court billet pêché dans Vitisphère. Je le déplore et pour ma part, cela fait quelques années que j’agite le chiffon rouge. N’ignorant pas que mon ressenti professionnel ne touche personne d’autre que moi-même, je m’autoriserai toutefois en fin d’article à suggérer quelques pistes forcément naïves qui permettraient peut-être de pimenter un peu plus l’intérêt d’un tel salon tout en ravivant la flamme organique.

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Toujours est-il qu’après mes rouspétances de l’an dernier à pareille époque, je me suis lancé dans la quête désespérée de salons dits off où, je dois l’avouer, les choses ne sont pas toujours faîtes pour que l’on puisse déguster au mieux. J’avais déjà donné (Verchant, Roots 66, Les Affranchis, etc) mais il faut croire que j’étais en manque. Cohues, bousculades, personnages suffisants en mal de grands discours sur le commerce du vin ou les bienfaits des vins sans intrants, seaux débordants de crachats, odeurs pestilentielles mélangeant parfums bradés et tabacs de contrebande, force est de constater une fois de plus que la plupart des gens qui viennent se frotter et se bousculer dans ce genre d’événements au rabais lancés à grands coups de buzz sur les réseaux sociaux, sont là non pour travailler, c’est-à-dire goûter chaque vin et prendre des notes, mais pour se battre et tenter d’arracher quelques goutes d’un précieux liquide-miroir-aux-alouettes dispensé par la main d’un gars qui se dit vigneron parce qu’il a plongé un jour dans la mode du sans soufre. Voilà, c’est dit. Certes, le vigneron paie moins cher qu’une exposition sur 3 jours au salon officiel – Millésime Bio, en l’occurrence -, mais que gagne-t-il au final hormis le plaisir que l’on éprouve (peut-être) à déboucher une trentaine de bouteilles pour des boit-sans-soifs que l’on sert à la chaîne et qui vous promettent au passage monts et merveilles ? La satisfaction d’attirer cent ou deux cent personnes dans des conditions parfois rocambolesques ?

pharebleu

Bien sûr, face à ce tableau bien noir et forcément exagéré, il y avait des exceptions. Quelques rares moments de grâce, de paix et d’organisation qui suffisent à vous dire que vous ne vous êtes pas déplacés pour rien. À l’image des Outsiders de Louise Hurren ou du Salon Biotop lancé depuis quelques années déjà par Isabelle Jomain, laquelle a eu l’idée d’attirer les amateurs au sommet d’un phare-château-d’eau édifié dans la très hideuse (ou très kitch, selon les goûts) station balnéaire de Palavas-les-Flots, à quelques kilomètres à peine de l’aéroport et du centre des expositions de Montpellier où se tenait Millésime Bio. Justement, j’y suis allé.

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Photo©MichelSmith

Autant le dire tout de suite, sur la cinquantaine de domaines occupant le restaurant du Phare de la Méditerranée, je n’ai pu en goûter que quelques uns, ce qui prouve bien que ce n’est pas en une journée que l’on peut sérieusement faire le tour d’un salon de ce type. Je reprends donc pour vous mes notes les plus significatives en commençant, une fois n’est pas de coutume, par le Bordelais. J’ai renoué en effet avec le Côtes de Bourg du Château Falfas que je n’avais pas goûté depuis 10 ans au moins et si je n’ai pas été séduit par les cuvées Les Demoiselles, j’ai néanmoins aimé le rouge 2011 du château qui, fort de ses quatre cépages, était en plein épanouissement, à la fois complexe, au bord de l’évolution et relativement facile d’approche. Idem, en dépit des tannins marqués, avec le Château Gombaude-Guillot 2011 Clos Plince. Mais le plus beau sans conteste était le Pomerol 2008 en magnum de ce même domaine, un vin dense et fier.

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Photo©Brigitte Clément

Dans le Sud, j’ai aimé le très syrah rosé 2014 du Domaine Les Arabesques à Montner (Roussillon) déclaré en Vin de France que j’ai trouvé vif et élancé. Chez le sieur Padié (Jean-Phi pour les intimes), j’ai vécu une fois de plus la joie immense que procure son Calice 2015 également estampillé Vin de France, un rouge libre et sans complexe entièrement dédié au carignan de Calce. Joie aussi, exprimée non sans détermination au travers de toutes les cuvées du Domaine Rousselin, à Lesquerde. À commencer par un rouge Roc’n Rousselin (du nom des propriétaires), grenache, merlot, macabeu, qui se boit presque sans retenue. Tout comme leur Rendez-vous, une syrah bien en verve, dense, large, souriante. Sans oublier leur Côtes-du-Roussillon-Villages Lesquerde 2014 Les Orientales donnant un rouge envoûtant.

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Laurence Rousselin (Photo©Brigitte Clément)

Trop brève incursion en Touraine, au stand de mes amis Coralie et Damien Delécheneau du Domaine La Grange Tiphaine. À commencer par leur Bécarre, un Amboise de pur cabernet franc qui se lampe comme l’on respire ! Et sans oublier la Clef de Sol (cabernet-franc et côt) 2014 assez ferme en bouche mais dotée d’une belle longueur. Quant au Nouveau Nez, c’est un pet’nat pur et fin qui met une fois de plus Montlouis à l’honneur ! Toujours dans la Loire, quel plaisir de retrouver mes amis du Domaine de Veilloux, Michel et Arnaud Quenioux avec leur Cheverny blanc 2014 Les Veilleurs, toujours aussi vif et incisif, dense et salin. Leur Argilo blanc 2011 est un des plus beaux du secteur et il laisse ressortir de jolies notes évoquant le noyau de pêche et d’autres fruits blancs. Sans oublier le romorantin 2014 qui regorge de finesse et de notes fumées.

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Photo©Brigitte Clément

Les vins de Provence étaient en nombre, mais dans la cohue, je n’ai pu m’approcher que de ceux de l’ami Peter Fischer du Château Revelette. Deux surprises de taille : l’ugni blanc 2015 Pur et le rosé 2014 tout en carignan ! En passant, coup d’oeil vers le Beaujolais. Je me suis régalé du Petit Poquelin du Domaine des Côtes de la Molière, gamay 2015 étiqueté Vin de France. Mais leurs crus Moulin à Vent, Fleurie et Morgon ne m’ont guère enthousiasmé en 2015 bien que le fruité me semblait apparent sur les deux derniers. Un soupçon de déception aussi en Champagne, chez les Fleury, outre une excellente cuvée de pur pinot noir et un brut nature Cuvée de l’Europe (15 % de chardonnay) toujours aussi droit et prenant.

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Photo©MichelSmith

Restons donc dans les bulles avec une fascinante et très catalane maison familiale, Alta Alella Privat. Les Pujol-Busquets, qui vivent dans leurs vignes à portée de vue de la Méditerranée, au cœur de la discrète D.O. Alella, sont parmi les rares (les seuls ?) à produire du Cava au nord de Barcelone. J’ai bien aimé l’éclat fruité de leur brut nature AA Privat 2013 (xarel-lo, macabeu, parellada), leur Bruant 2014, un pur xarel-lo vinifié sans surlfites à la fois vineux et crémeux, ainsi que leur Laietà Gran Reserva, un brut nature 2012 affichant 36 mois de vieillissement sur lattes et présenté dans un très joli flacon, réplique de ce qui se faisait jadis lorsque les blancs du coin étaient envoyés à la cour d’Espagne. Cette dernière cuvée, xarel-lo pour l’essentiel, mais avec un peu de chardonnay et de pinot noir, se goûtait avec beaucoup de sève et de longueur.

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Photo©Brigitte Clément

Voilà pour la partie dégustation. Maintenant, revenons sur l’épineuse question du salon Millésime Bio. Pas question de remettre en cause ici le succès déclaré de cet événement. Mais, compte tenu de la multiplicité des manifestations annexes qui viennent se greffer au salon officiel, nous sommes en droit de nous poser des questions sur son avenir. Un questionnement qui rejoint ici même celui de notre ami Jim Budd à propos du Salon des Vins de Loire.

Morceler et communiquer juste, ne serait-ce que pour avancer mieux ?

Attention, je prends bien soin, n’étant ni expert ni donneur de leçons, de faire de mon intertitre un questionnement. Mais le problème a été tant de fois abordé ici comme ailleurs, par moi comme par d’autres, qu’il me paraît utile pour une fois de faire quelques suggestions aux organisateurs du salon Millésime Bio. L’une serait, par exemple, de diviser le salon en trois parties correspondantes à trois halls d’expositions bien distincts. Le hall principal, celui par lequel les visiteurs entrent, serait consacré aux novices, c’est-à-dire aux vignerons récemment concernés par la bio, ceux qui auraient entre trois et dix années d’expériences en prenant en compte la date de leur certification officielle. Le hall suivant pourrait être affecté aux anciens, aux domaines ayant plus de dix années de pratique de l’agriculture biologique. Un dernier hall pourrait être réservé à ceux des vignerons qui pensent aller plus loin que la simple revendication AB, je pense aux biodynamistes par exemple, ou aux tenants bio du sans soufre ajouté.

Je sais le reproche que l’on ne manquera pas de me faire : cette partition risque de semer la zizanie dans le monde du bio. Mais après 40 ans d’observation, je constate 1) qu’il faut du temps pour être vraiment dans l’esprit bio et que la terre comme la plante ont aussi besoin de ce temps d’adaptation ; 2) que la biodynamie est véritablement un exercice à part, un courant qui, par moment et, selon les cas, s’éloigne vraiment de la simple culture bio ; 3) que les jeunes (ou les nouveaux) qui démarrent en bio n’ont pas toujours réalisé les efforts à fournir, mais qu’ils ont en revanche une besoin d’aide médiatique pour se faire connaître puisqu’ils viennent après leurs aînés qui, certes ont essuyé les plâtres bien avant eux, mais qui ont en revanche bénéficié à fond de la curiosité des médias face à ce qui, à l’époque, apparaissait alors comme étant une tendance novatrice dans le monde viticole. Pour le reste, Millésime Bio doit garder son esprit d’origine qui fait que l’on peut voisiner un grand nom de Bourgogne alors que l’on vient de Croatie ou de Cahors, et que l’année d’après, la place qui vous sera attribuée ne sera pas la même que celle d’avant.

Sur le plan de la communication, il me paraît essentiel d’accorder plus d’impact à l’événement, de lui donner plus d’éclat (mais sans esbroufe), que ce soit avec ou sans l’aide de la région Languedoc/Roussilon, de la mairie de Montpellier et de Sud de France. Plutôt que d’offrir le transport et une nuit d’hôtel à des prescripteurs que l’on invite en masse en misant sur une large participation d’ensemble, sans trop savoir d’où viennent les invités ni ce qu’ils font réellement, il me paraîtrait plus judicieux de sélectionner chaque année au sein de la presse en général (blogueurs, journalistes étrangers ou nationaux) une dizaine d’entre eux (voire plus) pour une semaine tous frais payés afin de les faire participer – un peu à l’instar de Vinitaly – à des jurys de dégustation ou à des projets de visites dans des appellations régionales, projets impliquant bien entendu la publication d’articles. Évidemment, ce groupe de journalistes changerait d’année en année et cela n’empêcherait nullement par ailleurs d’accueillir dignement d’autres prescripteurs, comme ceux de la presse régionale par exemple, ni de réinviter des journalistes ayant bénéficié quelques années avant des avantages précités.

Autre aspect régulièrement mis de côté : la quantité de vins présentés. Certains abusent et débarquent sur le salon avec une dizaine, parfois plus, d’échantillons de vins, dont beaucoup souvent imbuvables en cours d’élevage, tirés de la cuve ou de la barrique. Ainsi, il arrive que l’on passe près d’une heure sur un domaine en passant du blanc très sec au jus de raisin muté, sans oublier les rosés, les pétillants et les vins rouges. Certes, je sais que c’est un salon d’affaires et qu’il vaut mieux, pour un vigneron ou un négociant, avoir le maximum de bouteilles pour avoir une chance de décrocher le marché miraculeux, mais enfin… Je pense qu’en limitant la présentation à 5 ou 6 vins par exposant on arriverait à plus de fluidité et de variété d’échantillons à goûter dans la journée.

Enfin, il est grand temps – et il me semble que c’est le cas, même si je n’ai pas lu les statuts – que les organisateurs de Millésime Bio refusent clairement l’inscription de domaines qui participent par ailleurs à une manifestation off. Grand temps aussi que les dits organisateurs mettent sur pieds une grande table ronde à laquelle serait conviée les représentants du salon officiel et ceux des dégustations off afin d’avoir une discussion sur l’éventualité d’un regroupement au sein de l’enceinte du centre des expositions de Montpellier. Grand temps enfin que les journalistes et acheteurs invités par Millésime Bio signent l’engagement de ne pas participer aux autres salons organisés en parallèle durant cette période dans et autour de Montpellier.

Michel Smith

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Millésime Bio : Carignan/Grenache, la confrontation

À l’occasion du désormais très vaste et très international salon Millésime Bio, qui se tient chaque année en Janvier, à Montpellier, la capitale du Languedoc vibre de multiples fêtes pour l’heure toutes aussi modestes et joyeuses. Le Beaujolais bio – j’en reparlerai – faisait sa fiesta dans une ambiance du tonnerre, la Vallée du Rhône n’était pas en reste, les différents courants de la biosphère non plus répartis en autant de salons « off » plus ou moins prisés à l’instar de ce très réussi salon des Outsiders réunissant pour la première fois des vignerons étrangers au Languedoc épris par cette région au point de s’y installer. Mais pour changer des années précédentes, cette année j’ai choisi de m’arrêter sur quelques événements plus ou moins importants organisés en marge du plus gros des salons consacrés aux vins que compte la planète bio.

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Ce premier article a son importance car il met en scène deux associations qui me tiennent à cœur : la Grenache Association d’un côté, animée magistralement par sa grande et savoyarde prêtresse Marlène Angelloz, dite Marlène Fan de Grenache sur les réseaux sociaux ; et Carignan Renaissance de l’autre, présidée par le talentueux œnologue germano-languedocien Sebastian Nickel. Les deux associations n’ont d’autres objectifs communs que de déclencher l’intérêt des amateurs de vins envers ces deux cépages hautement représentés dans notre grand Sud et même sous d’autres cieux plus ou moins lointains. J’en ai déjà parlé ici même, lors d’une première rencontre amicale dite battle qui n’a de bataille que le nom et dont la vocation n’a qu’une simple mission : confronter les défenseurs des deux cépages dans une atmosphère plutôt joyeuse.

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Sebastian et Marlène, les instigateurs de la battle !

Cette fois la rencontre avait lieu en plein cœur de l’Écusson, autrement dit le vieux Montpellier, dans les murs historiques de la Salle Pétrarque. Il y avait là un monde fou, amateurs, sommeliers et journalistes curieux, attirés par l’aspect inhabituel que pouvait présenter une telle dégustation. Pouvoir en effet passer d’un domaine présentant sa cuvée de grenache pur à un autre fier de faire goûter son carignan de vignes centenaires, sans oublier la surprise de tomber sur un vigneron armé à la fois d’un grenache blanc et d’un carignan vinifié en rosé, rendait l’exercice de la prise de notes, même parfois dans la bousculade, encore plus excitant. Je me suis régalé !

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Pour ma part, en dehors des vins que je connais bien (Stella Nova, Bertrand-Berger, Calavon, L’Anehl, Rimbert, Mas Mellet, Vaquer, Sainte-Croix, Clos du Gravillas, Plan de L’Homme, Leconte des Floris, Treloar, Rémi Jaillet, etc), domaines sur lesquels on peut retrouver quelques commentaires passés en inscrivant leurs noms sur notre moteur de recherche, j’ai été très agréablement surpris par la pureté d’un Faugères 2011 carignanisé, pour ne pas dire fortement inspiré par le carignan sur sol de schiste, celui du Mas des Capitelles. La cuvée Loris de ce domaine révélait un rouge, extraordinaire de pureté et de finesse.

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Dirk, amoureux fou de Carignan. Photo©MichelSmith

Autre surprise, cette fois avec Hubert Valayer, un vigneron-trufficulteur de la Drôme, plus particulièrement du terroir de Vinsobres où il dirige avec son frère Denis le Domaine de Deurre. Rehaussé de 30 % de mourvèdre, son très carignan Vinsobres 2015 s’annonce comme étant une superbe affaire. Le belge Dirk Vermeersch, quant à lui, a fait sensation avec ses deux cuvées vinifiées en Vin de France. La (grenache) GT-G 2010 était d’une longueur étonnante, tandis que la (carignan) GT-C séduisait par sa maturité et ses notes grillées. De son côté, Peter Fischer, du Château Revelette, dans le haut pays d’Aix-en-Provence, fait toujours sensation avec sa série de Pur déclinée en rouges dans les deux cépages qui nous intéressent et donnant à chaque fois des vins ouverts et plutôt faciles d’approche, pleins d’esprit et de fruit. En profiter au passage pour goûter son blanc dédié à un autre cépage, l’ugni blanc.

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Retour au Languedoc avec Brigitte Chevalier du Domaine de Cébène qui nous gratifie d’un savoureux et sensuel grenache Ex Arena 2013 tout en fraîcheur et salinité issu de vignes plantées sur un sol du Villafranchien. Ne pas manquer non plus son remarquable et très élégant Faugères Belle Lurette 2014 bien inspiré par les vieilles vignes de carignan sur schiste. Côté Roussillon, l’ami Julien, du Domaine Amistat, m’a une fois de plus charmé avec son grenache 2013 tout en sève, riche de matière et de jovialité au point que l’on ne cessait de vouloir remplir son verre !

La semaine prochaine, toujours dans le cadre de Millésime Bio, je proposerai une promenade dans le Beaujolais avec quelques gamays d’anthologie !

Michel Smith

 

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État des lieux d’un vignoble en péril: Banyuls-Collioure

L’envie de m’arrêter ne serait-ce qu’un temps sur le terroir le plus spectaculaire de ma région d’adoption, cette même envie ajoutée à un séjour récent dans ce bout de France le plus méridional de l’Hexagone, ainsi qu’un papier tout aussi récent de notre Marco ici même, toutes ces circonstances confondues ont achevé de me convaincre.

Me convaincre de quoi au juste ? Qu’à moins d’une prise de conscience de nos édiles, d’une décision politique de prendre le problème à bras le corps, ce qui n’est pas avouons-le dans l’ADN de nos politiques, et d’un investissement colossal côté vignerons, suivi de mesures de protections radicales, le si beau vignoble de Banyuls (qui englobe celui de Collioure, Port-Vendres et Cerbère) n’en a plus pour très longtemps.

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Au delà de la beauté qu’offrent les paysages d’une montagne schisteuse dévalant dans la mer, hormis ces petits ports romantiques où il m’arrive de tremper mes gambettes poilues, de lire le journal ou de boire mon café, laissant de côté ces criques mouchoirs de poche s’ouvrant sur la Méditerranée, qu’est-ce qui m’autorise à être subitement aussi péremptoire (et pessimiste)? Après tout, la population locale et ses élus semblent se satisfaire de vivre dans des paysages de toute beauté et ils me paraissent jouir en pleine apathie de leur environnement immédiat, semblant se désintéresser d’un péril qu’ils ne voient pas venir, à moins qu’ils ne veulent le voir venir. Tout semble si bien aller : en hiver les retraités affluent de toute l’Europe, tandis que les projets immobiliers se multiplient et que les enseignes à grandes ou moyennes surfaces pullulent jusqu’aux fronts de mer. C’est beau la Catalogne française…

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Arrivé dans le Roussillon, en 1988, c’était vers ce vignoble spectaculaire que je m’étais tout naturellement tourné. En compagnie d’une troupe d’investisseurs très modestes (sommeliers, cavistes, vignerons, journalistes spécialisés) nous étions allés à Banyuls-sur-Mer, non pas avec en tête l’idée de faire du fric, mais déjà l’envie sincère de sauver de l’oubli quelques parcelles de précieuses terrasses de vignes de Grenache, des vignes que nous voyions sombrer dans l’oubli et que les gens du coin, hormis une poignée de vignerons, préféraient laisser à l’abandon. Il faut dire que nous mêmes, après trois millésimes d’un Terra Vinya élevé en pièces, avions fini par jeter l’éponge dix ans plus tard par manque d’ambition et parce que la vie nous appelait ailleurs. À l’époque, vers la fin des années 1980, la raison principale de ce délabrement du vignoble était aussi évidente qu’historique : la vente des vins doux naturels périclitait n’ayant, comme unique pilier, qu’un public survivant composé de quelques vieillards en mal de réconfort sucré. En gros, la nouvelle génération ne suivait pas et ne collait plus à l’image vieillissante et ringarde d’un produit d’une autre époque. Ainsi vont les modes, ainsi vont les vins.

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Pour des raisons culturelles, après des décennies d’un relatif confort, les vignerons – pour beaucoup petits propriétaires doubles actifs liés aux coopératives – avaient du mal à se recycler en producteurs de vins secs ou tranquilles, c’est-à-dire non mutés (non renforcés devrait-on dire) à l’alcool. Ajoutez à cela la difficulté de lancer sur le même territoire que Banyuls une appellation-bis comme Collioure qui, à l’époque, ne concernait que des rouges, les fautes de gestion des uns et des autres, les plans de communication en dents de scie pour plaire tantôt au négoce, tantôt à la coopération, les deux acteurs majeurs d’alors, ainsi que le sempiternel combat des conservateurs s’affrontant à un vent de modernisme pas assez convaincant à leurs yeux, du moins dans ses arguments financiers immédiats, et c’est ainsi que l’on obtenait une sorte de lie visqueuse entraînant un refus de bouger, une passivité se heurtant, en plus, à différentes ambitions politicardes locales. On avait l’impression que l’intelligence d’un seul homme, Michel Jomain, pouvait faire bouger les choses. Seul hic, le gars n’était pas du pays et en plus, il était fort marqué politiquement (ndlr: à gauche, en l’occurrence). L’homme a disparu en 2011.

Est-ce le manque d’enthousiasme, est-ce un problème de gestion ou de perspectives commerciales? Toujours est-il que depuis, le Groupement Interproducteurs Collioure Banyuls qui, un temps, représentait 80% des viticulteurs du cru, un mastodonte que les touristes connaissent sous le nom de Cellier des Templiers (aujourd’hui Terre des Templiers), a fini par mettre le genou à terre avant d’être placé sous sauvegarde par la Justice. Il dispose encore d’une année pour se redresser.

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Mais alors, quel est donc ce mal mystérieux qui menace ce petit territoire côtier au cœur duquel je me suis récemment isolé et promené durant deux semaines ? Le problème, c’est qu’il n’y a pas un mal, mais des maux… et non des moindres. Je vais tenter de les résumer ici, tout en précisant avant d’aller plus loin que cette splendide Côte Vermeille où se côtoient, je me répète, deux appellations, Banyuls et Collioure, est un pays à part avec ses codes, ses traditions, ses magouilles aussi, un état dans l’État.

Quelque peu isolé du reste de l’Hexagone, avec une seule route sinueuse pour le traverser et une ligne de chemin de fer menant à l’Espagne, ce petit pays a longtemps vécu de la pêche artisanale et de la viticulture… sans parler de la contrebande. Depuis 1974, une réserve maritime est sensée protéger plus de 6 km de côtes. Mais cela n’a pas empêché la construction de quelques horreurs de même que la réserve n’est pas parvenue à enrayer l’exploitation (le vol ?) d’un fameux gisement de corail rouge.

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Comme partout ailleurs, en quelques décennies, le monde autour a évolué : l’Espagne a rejoint l’Europe avec ses coûts de main d’œuvre plus compétitifs, la pêche a décliné faute de poissons et de marins, la vigne s’est arrachée faute de vignerons courageux et de buveurs, tandis qu’avec les années 2000, une route à quatre voies mettait Port-Vendres et Collioure à moins de 30 minutes de Perpignan et de l’autoroute, et que le tourisme prenait une place de plus en plus prépondérante avec son cortège d’agitations, d’appétits et de frénésies immobilières. Il faut bien avouer que, si l’on se met à la place des investisseurs, cette zone qui a attiré tous les peintres du siècle précédent reste un des derniers bastions à saisir avec vues garanties sur la Grande Bleue avec des prix bien plus accessibles que ceux de la Côte d’Azur, par exemple. Tout cela est très vite résumé, j’en conviens, et mon analyse ne doit pas être prise trop au sérieux dès lors que je ne sors pas d’une grande école et que je ne m’abrite derrière aucune commission d’experts comme nous en avons tant vu défiler ici.

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Dans ce tableau qui peut paraître sombre, je dois préciser qu’accompagnant le déclin des coopératives qui jadis monopolisaient la production, la viticulture semble connaître un certain renouveau. Des investisseurs vignerons parfois importants s’installent, des idées jaillissent en même temps que de jeunes et dynamiques aventuriers vignerons se font connaître, certains étant même issus du milieu de la coopération. Dans la même foulée, on voit poindre à l’horizon une multitude de projets touristiques autour du vin, projets de taille humaine ne manquant pas d’intérêt.

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Après cette présentation sommaire, je vais donc énoncer ici les maux visibles ou évidents qui menacent directement le vignoble et ses alentours, sans oublier les habitants – qu’ils soient vignerons, commerçants ou retraités, venus d’ici ou d’ailleurs. Pour s’en rendre compte, il suffit de se promener sur les routes et les chemins, et de bavarder avec les rares vignerons qui travaillent encore leurs propres vignes. À l’époque de la taille, par exemple.

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Le réchauffement. Même si le réchauffement climatique n’aura sans doute pas d’ incidence majeure sur le vignoble avant 20 à 30 ans, on en perçoit déjà les prémices, notamment des orages monstres, mettant en péril un vignoble qui n’est plus tenu avec autant de soins qu’autrefois (voir plus loin). Cela s’est déjà produit, mais c’était il y a plus de 30 ans, quand les vignes étaient encore entretenues avec une volonté de protection à long terme. Or, depuis les années 60, on peut dire que, graduellement, les terres sont peu ou très mal entretenues quand elles ne sont pas carrément abandonnées fautes de reprises en mains par un successeur réellement motivé et amoureux de sa vigne. Elles sont d’autant plus vulnérables à la modification du climat.

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Les abandons. Des parcelles de vignes meurent à petit feu faute de repreneurs. Beaucoup de propriétaires en fin de vie refusent de confier leurs vignes à un jeune, espérant peut-être qu’un citadin les rachète à bon prix pour en faire une sorte de terrain de loisirs pour y installer une caravane ou y construire – le plus souvent illégalement – une cabane qui deviendra peut-être villa. Avec ces vignes abandonnées, ce sont autant de vieux grenaches qui disparaissent de notre patrimoine. On a l’impression que seules les surfaces conséquentes et mécanisables, autour d’un hectare et plus, intéressent les repreneurs. D’ailleurs, ces derniers ne sont plus enclins à l’achat de vignes de coteaux : ils préfèrent acheter sur du plat ou de l’arrondi, délaissant les pentes. Ensuite, ils préfèrent tout raser au bull, y compris les murettes, niveler le plus possible afin de permettre aux tracteurs de rentrer dans de belles rangées de syrah, cépage qui, entre parenthèse, n’a pas grand-chose à faire dans ces contrées. C’est le rendement à court et moyen terme qui est privilégié au détriment du long terme et de la transmission familiale d’un vignoble en parfait état.

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Les incendies. Ils sont une vraie plaie, surtout en été. On est allé jusqu’à croire que pour réduire les risques, il suffisait de subventionner des vignes pare-feu sur les hauteurs des coteaux. L’idée, probablement trop coûteuse, a semble-t-il été abandonnée. De toutes les façons, elle n’a suscité que peu d’intérêt du côté des vignerons, lesquels ont déjà bien des soucis avec les sangliers qui pullulent et dévastent les terres. Reste que si l’on n’y prend garde, les chênes-liège, les oliviers sauvages, les figuiers, les micocouliers, les pins et autres essences typiques risquent fort de disparaître alors qu’elles servent souvent de cadres majestueux aux parcelles de vignes. Non entretenue, cette végétation forestière si fragile, une fois décimée, peut réapparaître, certes, mais elle est aussi le plus souvent remplacée par une garrigue dévorante et étouffante qui favorise également les départs de feux dans une région où les vents sont féroces.

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Les tremblements de terre.  Ils sont assez fréquents autour des Pyrénées. Reste que, sans faire de catastrophisme, les canaux, les rigoles et les murets édifiés patiemment et entretenus au fil des générations pour maintenir les terrasses, les casots aussi (ces petits abris qui servent à ranger les outils), les précieuses citernes renfermant l’eau qui sert aux traitements, les petites routes d’accès à flanc de montagne, tout cela pourrait disparaître un jour si le sous-sol décidait de se refaire une place. Et des pans entiers de vignes donnant sur la mer pourraient sombrer.

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Les murets. Petits ou grands, hauts ou courts, grâce aux plaques de schiste qui se détachent et se taillent relativement facilement, ils font partie ici du paysage façonné par l’homme depuis des siècles. Et sont devenus la composante essentielle, avec les peu de galls et autres agulles (canaux destinés à favoriser l’écoulement des eaux en cas d’orages), de ce vignoble architectural couvrant quelques 2000 ha de flancs de coteaux. Le gros problème avec de tels murets, c’est qu’ils sont fragiles et qu’il faut les entretenir. Sinon, pierre par pierre, au fil des ans, ils se dégradent de plus en plus entrainant avec eux la terrasse qu’ils sont censés soutenir, autrement dit des paquets de vignes. Comme rien n’est simple, seuls les ancêtres qui passaient des journées entières à la vigne, avaient acquis l’art de construire les murettes et de façonner ces étonnants caniveaux de géants qui permettaient l’évacuation des eaux tout en préservant la précieuse terre, en évitant qu’elle ne soit pas emportée. Dans les années 80, j’ai rencontré des vieux maçons de vigne qui étaient prêts à partager leurs petits secrets. Sauf qu’il y avait peu de volontaires pour les écouter. Avec eux disparaissent les techniques emmagasinées de génération en génération et c’est bien triste de voir le vignoble se défigurer faute d’entretien adéquat.

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Le tourisme. S’il n’est pas canalisé en urgence, le tourisme, aussi nécessaire qu’inévitable, va faire mal, très mal. Il risque de causer d’importants dégâts dans les vignes de Banyuls, de Cerbère, de Collioure et de Port-Vendres, sans oublier l’arrière-pays d’Argelès-sur-Mer. Sur les chemins semi-côtiers que j’ai fréquentés presque tous les jours, j’ai rencontré des promeneurs sages et respectueux des plantes et de l’espace, mais aussi quantité de sauvages venus s’exciter sur des terres synonymes de risques et d’aventures. En VTT, en patinette électrique (!), en moto trial, en 4 X 4, j’ai croisé des gens manquant réellement d’éducation, prenant possession du terrain privé (une vigne) comme si c’était un dû, dévalant les pentes sans se soucier du dommage qu’ils causaient au passage aux murets comme aux jeunes plants. Des saccageurs !

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– Les squatters. Pour l’instant, ils s’agglutinent en bord de mer car pour eux, seule la vue compte. Et dieu sait que la vue peut être grandiose dans le secteur ! On commence par acheter une vigne en perdition avec un casot tout simple que l’on agrandit au fur et à mesure dans le plus mauvais goût qui soit, tout en restant caché au sein de la végétation afin de ne pas trop se faire remarquer. J’ai ainsi vu en un site pourtant soit-disant hautement protégé de véritables pavillons sam’suffit avec arrivée d’eau et électricité fournis par la municipalité de Port-Vendres, sans oublier le parking gagné sur d’anciennes vignes afin que les copains puissent se garer. J’oubliais le chemin aménagé en béton jusqu’à la mer afin que le bateau puisse glisser gentiment dans l’eau. Pour l’espace vert, les vignes et la végétation ennuyeuse sont carrément anéantis au round-up ! Il semblerait que ces gens finissent enfin par payer des impôts locaux, mais combien sont-ils qui vivent encore cachés, parfois même dans de véritables taudis. Combien sont-ils encore à se barricader  de manière hideuse tout en fabriquant des plaies dans le décor ? Sur une douzaine de pseudo casots ainsi rencontrés en un seul circuit que j’estime à 5 km, seule une construction se présentait de manière honorable, en pierres du pays (schiste) et sans barrières, bien intégrée dans le paysage. Leur nombre ne cesse de croître et la terre – d’anciennes vignes – se vend de plus en plus cher.

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Voilà un aperçu sommaire de ce qui peut sournoisement menacer un vignoble, grignoter peu à peu une part non négligeable de son authenticité, de son image, de sa force. Celui dont je viens de vous parler, le terroir de Banyuls et de Collioure, s’il était connu depuis des siècles sur la carte de la Méditerranée, n’était guère satisfait de sa notoriété il y a 30 ans, notoriété qu’il trouvait insuffisante. Maintenant que les choses vont mieux, il serait temps que mes amis de la Côte Vermeille  prennent conscience de ce qui leur arrive. Car en matière de vignoble, il ne suffit pas de faire de bons vins. Il faut aussi être paysagiste, conservateur, protecteur, amoureux et farouche défenseur de son territoire. Le terroir qui fait notre vin est aussi un paysage. Ne l’oublions pas. Amen !

Michel Smith

(Photos©MichelSmith)


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Ah, les vieux VDN du Roussillon!

Ça c’est passé en novembre dernier à Perpignan.

Olivier Reynal, distributeur de vins haut de gamme du Languedoc-Roussillon, offrait à ses clients une dégustation exceptionnelle de vieux millésimes de Vins Doux naturels du Roussillon, et il a eu la gentillesse de m’y inviter.

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Olivier Reynal

L’endroit n’a rien de magique, nous sommes dans la banlieue industrielle, dans les entrepôts des Caves du Roussillon, mais, peu importe, cela n’a rien enlevé à la qualité du moment.

Olivier avait sorti quelques très vieux millésimes, qui se sont révélés superbes. Ces vins doux naturels dont les domaines conservaient jalousement quelques pièces dans les meilleures années pour améliorer les vins des années suivantes, au cas où le millésime se révèlerait médiocre, ont patiemment attendu à l’abri de leurs barriques jusqu’à leur mise en bouteille, qui a eu lieu ces dernières années. Ce sont de véritables trésors, il a pu s’en procurer quelques spécimens tout simplement uniques, qu’il propose à la vente.

Très bref rappel: les vieux VDN ont un profil et une palette aromatique unique, un profil oxydatif très marqué. Certains vins commencent même leur élevage dans des bonbonnes en verre à l’air libre; ils le poursuivent généralement en bouteille ou en fûts. Ils peuvent passer jusqu’à 70 ans en fûts ! Ces vins sont souvent mis en bouteille au moment où ils sont vendus.  A noter que les fûts ne sont pas ouillés, c’est-à-dire que l’évaporation du vin n’est pas remplacée dans les fûts.

Ce sont des vins très concentrés, sucrés mais qui ne perdent pas pour autant leur  vivacité ni leur richesse en fruit.

Et maintenant, voici ma sélection.

Rivesaltes Riveyrac 1975

Les vins de Riveyrac viennent de la Cave Coopérative de Salses-le-Château, l’une des plus anciennes des Pyrénées-Orientales, puisqu’elle date de 1909. La cave s’est spécialisée dans les Rivesaltes entre les deux guerres mondiales.

Au moins 70% de grenache noir, avec quelques cépages blancs complémentaires, maccabeu, grenache blanc, malvoisie. Elevés en fûts et mis en bouteilles en 2010.

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La première approche n’est pas éblouissante, mais peu à peu, il nous révèle toute sa finesse, sa complexité : il est tout en subtilité, je suis sous le charme de ce caractère évolutif. C’est un Rivesaltes qu’il faut attendre longuement dans le verre et l’écouter. L’âge est là, qui apporte un fondu dépouillé sur des notes de café et de cacao, mais aussi de formidables saveurs de fruits secs et d’épices, relevées d’une pointe de moka, d’une belle complexité. J’aime son équilibre et sa persistance phénoménale. Il présente encore une fougue et une jeunesse exceptionnelle.

Je l’imagine sur un foie gras, un canard aux épices, des fromages à pâte persillée (roquefort, stilton…), ou sur un dessert pas trop sucré, à base de chocolat noir ou encore une tarte aux noix.

Température de service : 10 – 14 °C

Rivesaltes Domaine de la Sobilane 1956

Le Domaine de la Sobilane se trouve dans les Pyrénées Orientales entre les communes de Canet en Roussillon et Saint-Nazaire, il est aujourd’hui de moins en moins exploité pour faire du Rivesaltes, il reste heureusement quelques « Rivesaltes d’archives » des années 50 et 60 conservés dans des cuves béton couvertes d’époxy construites dans les années 1940. Des vins très classiques de la grande période des Vins Doux Naturels de l’après-guerre, avec une base minoritaire de grenache noir (environ un tiers) et des cépages blancs: grenache blanc, gris et surtout maccabeu.

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J’avoue que ce fût mon vin préféré, j’ai rêvé sur sa couleur ambrée avec des reflets cuivrés. Le bijou que j’aimerais voir à mon doigt ? Le nez m’a séduit par sa puissance, à peine fumé, avec quelques notes florales, de pain d’épices, de caramel, d’épices douces, de noix et de fruits confits. En bouche, bouquet rancio, noix, noisette et pruneau avec quelques touches épicées, le tout équilibré, d’une bonne fraicheur et d’une belle longueur.

Ce vin est parfait à l’apéritif, mais se déguste sur du foie gras chaud, agneau au curry, canard laqué, sur du pigeon rôti et sur des desserts au chocolat.

Température de service: 10 – 14 °C

Rivesaltes Château Mossé 1946

Le Château Mossé est situé dans un petit village historique, Sainte Colombe de la Commanderie, ancienne place forte des Templiers au 11ème siècle. Nous sommes dans les Aspres, un des terroirs de prédilection des grands vins doux naturels, à base essentiellement de grenache noir, avec aussi du maccabeu et du grenache gris. Ce millésime a été conservé intact dans les caves du château, en foudre de chêne.

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J’admire son élégante robe couleur acajou aux reflets dorés. Le nez est très attrayant, ses senteurs d’évolution sont bien marquées avec notamment des notes de cacao, de réglisse, d’orange confite, de noix et de caramel et d’épices douces. La bouche, est harmonieuse et persistante, douce et fraiche, c’est une véritable révélation, un trésor. L’assistance est séduite.

En accompagnement de plats très épicés, d’un plateau de fromage à pâte persillé et surtout, avec un dessert au chocolat noir.

Température de service : 10 – 14 °C

 

Rivesaltes Château Sisqueille 1930

Cette cuvée provient des vieilles collections du Château Sisqueille, à Canet-en-Roussillon. Elle résulte d’un assemblage de Grenache noir (à 75%), de Grenache gris (ou rose) et de Grenache blanc. Mis en bouteille en 2011, ce vin rouge a été soigneusement préservé dans la cave du domaine pendant 80 ans.

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Belle robe ambrée soutenue aux reflets verts, nez remarquable d’élégance, d’intensité et d’une belle complexité. Les notes torréfaction, cacao, café, tabac blond se mêlent aux notes figues sèches, fruits sec, brioche, réglisse évoluant après aération vers des notes épicées. La bouche est généreuse, mais l’élevage conserve la fraîcheur et des arômes fondus qui laissent une délicieuse touche mentholée dans la finale. Elle est persistante sur des notes café, noix, pain d’épices, amandes torréfiées. Grand vin

Accords mets et vins : Fromages persillés, poires pochées, salade de fruits rouges, tarte aux figues, aux noix, île flottante.

Température de service : 10 – 14 °C

Maury Domaine Pla del Fount 1939

ce domaine est constitué d’un exceptionnel terroir de schiste très classique de Maury, frais car situé en relative altitude, au pied du château cathare de Quéribus. Le domaine, qui faisait 30 hectares à l’époque, a vu le jour vers la moitié du 19ème siècle, à l’initiative de Désiré Estève – et c’est d’ailleurs lui qui a vinifié ce vin.

100% grenache noir, 2 ans en bonbonnes de verre pour bénéficier d’une forte exposition aux rayons du soleil et à l’air, puis en grands et vieux foudres de chêne jusqu’à une mise en bouteille très tardive dans les années 2000…

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Robe couleur tuilée, brillante. Nez intense, vif, offre des notes de fruits secs, les figues séchées, d’abricots, d’amandes rôties, de ainsi que des pointes oxydatives, de tabac blond et de caramel. La bouche se révèle complexe et soyeuse à la fois, j’aime ces notes de torréfaction, de rancio, de noix, d’épices douces. Bien sur, elle est un peu chaleureuse, mais l’alcool ne l’écrase pas. Il conserve une belle acidité. Les notes poivrées, une légère amertume en fin de bouche, sa magnifique persistance, le sous-tendent ce qui permet d’en assurer l’équilibre et de compenser la richesse aromatique. Le fondu est superbe et la finale longue.

Le Pla del Fount 1939 est parfait pour accompagner un plat à base de foie gras ou une assiette de fromages bleus persillés, les tartes aux noix. En outre, son goût se révèlera à merveille avec un dessert au chocolat noir amer. Les amateurs de, digestifs et de cigares apprécieront son élégance, sa légèreté et son équilibre.

Une très belle rencontre authentique, un vin que certains appellent de  « méditation », qui se suffit à lui-même, tant le vin est éblouissant et inattendu.

Température de service : 10 – 14 °C

 

Merci à Olivier de nous avoir offert de tels grands moments de dégustation !

J’enrage que ces vins soient si peu connus du grand public et si mal défendus par la profession. On me ressert toujours les mêmes arguments: se sont des vins sucrés qui ne correspondent plus au goût du public; et donc, la demande est inexistante! A tel point qu’à l’heure actuelle, une grande partie de la production est exportée !

Ces vins envoûtants, uniques, plein de mystères, qui ont traversé le temps offrent en outre d’excellents rapports qualité/prix. Alors pourquoi s’en priver, pourquoi ne pas les mettre à l’honneur sur nos tables ? C’est le succès assuré, ils illumineront vos soirées, ne les cantonnez pas aux desserts ! Les vins doux naturels peuvent être savourés tout au long d’un repas. Ils se marient parfaitement avec certains plats salés : un foie gras de canard, qu’il soit en terrine, mi-cuit ou poêlé et accompagné, par exemple, de figues fraîches rôties; un canard à l’orange ou un curry au gingembre et aux agrumes confits, une pastilla de pigeon, un magret rôti aux épices orientales, du miel et des dattes. Leur puissance soutient le goût prononcé des épices. Ils s’accordent à merveille avec les fromages, la plupart des pâtes persillées, un bleu d’Auvergne, une fourme d’Ambert au lait cru, et bien évidemment, le roquefort; plus surprenant encore, avec un pélardon bien sec !

Les accords les plus faciles se font avec les desserts. L’alliance parfaite se fait avec le chocolat (pas trop sucré, tout de même); bien noir ou praliné, ou encore « Opéra », il fait ressortir tous les arômes d’un banyuls, d’un maury ou d’un rivesaltes. Tartes ou gâteaux aux noix, eux aussi, seront sublimés, particulièrement en présence des plus vieux millésimes dans lesquels le rancio sera le plus marqué.

Enfin, ces vins se suffisent largement à eux-mêmes et peuvent parfaitement se déguster seuls (à tester en lieu et place d’un whisky, avec un bon cigare en fin de repas…).

La complexité de ces vins est vraiment étonnante. Ils sont superbes de puissance, mais aussi très sérieux et posés…  la « force tranquille », en quelque sorte!

Alors faites-vous plaisir, habituez-vous à les mettre sur votre table! Je vous ai présenté de vieux millésimes, mais les jeunes sont tout aussi intéressants, les rouges, les ambrés, les muscats…

Ne les laissons pas disparaitre, ils sont notre patrimoine!

Marie-Louise Banyols

 

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#Carignan Story # 301 : In fine

Ce titre ressemble au nom d’une cuvée, mais voilà, c’est celui de ma toute dernière rubrique carignanesque, la der des der, ma révérence à moi, mon ultime Carignan Story, entreprise commencée il y a 5 ans.

Déjà j’entends au loin les emmerdeurs-moqueurs: «Ouais, ce couillon arrête parce qu’il n’a plus rien à dire». Et les pinailleurs-enquiquineurs d’ajouter: «De toute façon il commençait à se répéter». Jusqu’aux railleurs patentés de surenchérir: «Personne ne la lisait, cette rubrique: au mieux une poignée de lecteurs chaque dimanche, c’est de la roupie de sansonnet»!

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Photo©MichelSmith

Autant l’affirmer tout de suite, sans aucune fausse modestie de ma part, quoique l’on dise, tout le monde a raison… enfin, en partie. Je mets fin à cette rubrique car, après m’être bien amusé, j’ai l’impression de me répéter, de tourner autour du pot, de ne plus avoir d’étonnement. Oh, je sais, sur les peut-être 250 et plus domaines visités et leurs vins dégustés, il y en a autant et peut-être plus que j’ai oublié ou d’autres que je n’ai pu voir, faute de temps et d’argent. Plus autant qui tout simplement, ne se sont pas bien manifestés auprès de moi ou qui n’ont pas répondu à mes appels à échantillons. Beaucoup plus que je n’espérais, cependant. Car ils sont au bas mot un bon demi-millier de vignerons, beaucoup moins de négociants et caves coopératives, dans le sud de la France, à consacrer ne serait-ce qu’une de leurs cuvées au bon vieux Carignan de pépé. Et quand je livre cette estimation, c’est sans compter sur les estrangers, les Sardes, Catalans, Chiliens, Israéliens, Californiens ou autres que je n’ai pu, ni su contacter.

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Photo©MichelSmith

Car je suis un journaliste défroqué lent et fainéant qui doute sans arrêt et qui promet un peu trop à tort et à travers. Ainsi, j’avais juré que j’irai faire un tour en Aragon pour explorer Cariñena dont on affirme que ce serait le fief du cépage. Des projets plus personnels m’en ont empêché. Je m’étais aussi promis d’explorer le Sulcis en Sardaigne, une des seules appellation dédiée au Carignano. J’aurais aimé aussi pouvoir sillonner le vieux pays, celui dont nous venons tous plus ou moins, la Palestine, l’Égypte, la Syrie, le Levant, la Turquie, qui sait la Mésopotamie, entre Tigre et Euphrate. Retrouver le cépage des pionniers, le Carignan de l’Algérie chérie, de la Tunisie, du Maroc. Puis me laisser transporter jusqu’en Argentine, Uruguay, Chili… L’Australie peut-être ? J’en ai trouvé des vins de ces contrées qui me sont arrivés je ne sais plus trop comment, souvent par plus intrépides que moi (n’est-ce pas Bruno Stirnemann et Jean-Marie Rimbert ?) et je vous ai livré ce que j’en pensais sur le moment, le plus objectivement possible, sans trop jouer le spécialiste, maladroitement parfois, en m’amusant, en me moquant.

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Au passage je vous demande aussi de me pardonner pour mon manque de rigueur journalistique, mes hésitations, mes imprécisions coutumières. J’ai même osé parler de mon propre Carignan, le Puch, celui que je fais depuis 7 ans avec des copains ! Vous vous rendez compte, un journaliste qui en vient à faire sa propre pub ? Quel manque de sérieux ! Me croirez vous si je vous dis que cela ne m’a rien rapporté, pas même une bouteille vendue ! Il se trouve que lorsque j’ai démarré cette rubrique, j’ai tenté dès le départ de me positionner en explorateur, en découvreur parfois, volontairement naïf, en véritable amateur. Certes un peu connaisseur, mais amateur et tenant à le rester. Et pour finir, j’ai modestement contribué avec des amis vignerons à la création d’une association ayant pour nom, Carignan Renaissance.

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Photo©MichelSmith

Pour ce dernier article dominical -(je passe le relais à Marie-Louise Banyuls), je vous propose un vin simple mais joyeux découvert lors de ma récente retraite sur la Côte Vermeille, aux 9 Caves, à Banyuls-sur-Mer qui s’affirme de plus en plus comme un lieu incontournable dans ce pays où les bonnes choses, en dehors du vin, se font rares alors qu’il y en a pléthore. Ce Carignan 2014 du Domaine de L’Encantade, à Trévillach, que j’ai dû payer autour de 10 € si mes souvenirs sont bons, revendique pleinement son appartenance à la mouvance des vins naturels vinifiés en macération carbonique dont je vous parlais dans mon avant-avant-dernier numéro, avec certification Nature et Progrès. Il ne fait que 12° et il paraît presque inoffensif au premier abord. Je l’ai bu en trois fois sur trois jours : le premier jour, il était bon, sans plus ; le second jour, il m’interpellait et me faisait comprendre qu’il était heureux de me rencontrer ; le troisième jour, j’avais du fruit et de la fraîcheur et cela se buvait avec une facilité déconcertante et réjouissante.

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Alors voilà, je continuerai à évoquer de temps en temps le Carignan dans mes articles réguliers paraissant le Jeudi. Merci à mes camardes de blog de m’avoir permis ce petit supplément hors des sentiers battus. Je vous quitte l’âme légère, laissant la place toute chaude à une amie. En attendant, bonne carignade à tous !

Michel Smith

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À Banyuls, 9 Caves et neuf sur dix !

Il aura fallu un été de rodage pour que les habitants du cru – du moins les curieux, car je ne parle pas des voisins qui n’ont pas encore testé – se fassent une réelle idée de ce qui se trame aux 9 Caves.

Cette enseigne a ouvert en juillet juste en face du Mas Blanc, à deux pas de la Mairie, en un lieu squatté un temps par le défunt Abbé Rous – dont on n’entend plus parler depuis qu’il devait révolutionner la diffusion des vins du GICB, émanation de la grosse cave coopérative de Banyuls-sur-Mer, plus connue sous le nom de Cellier des Templiers.

Photo©MichelSmith

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Une refonte totale du bâtiment, avec l’appui d’une architecture efficace et de belle facture, puis quelques mois d’attente pendant lesquels le personnel de ce bar-à-vins-caviste adossé à une série de caves de stockage – neuf au total – ou de vinification et surmonté de trois gîtes vignerons, a pris le temps de se former, ce n’est que récemment que je me suis enfin décidé d’aller voir ce que ce lieu avait à offrir. Résultat, aucune déception ! Et après un habituel apéro en guise de round d’observation, ce sera la troisième fois en une semaine que je m’y attablerai tellement je m’y plaît.

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L’histoire ? En résumé, 13 vignerons visionnaires dont certains manquaient de cave se sont regroupés pour créer cet endroit assez unique où leurs vins, bien entendu, sont particulièrement mis en avant en même temps que d’autres vins. Vous en saurez un peu plus au travers de cet article dans la presse locale, laquelle devrait, à mon goût, revenir faire un tour pour inciter ses lecteurs à fréquenter ces 9 Caves. En plein mois de novembre, j’y ai trouvé chaleur et complicité, ce qui manque souvent sur la Côte Vermeille où l’on a pris l’habitude de voir un porte-monnaie à la place d’un simple touriste. Il faut dire que le-dit touriste, de son côté, a su trouver ses marques en fréquentant allègrement les pizzeria louches et les bar à tapas douteux. Dieu que la crise a bon dos parfois…

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La dernière fois, nous étions trois et nous avons pu partager une grande et belle table d’hôtes dans le patio inondé du soleil de la Saint-Martin, tandis que lors d’une précédente visite dominicale j’étais seul à une table faite de vieux bois de récupération. Dans les deux cas, le service a été non seulement efficace mais très aimable. La partie vin étant assurée par Benoît, un jeune sommelier débarqué de Bordeaux qui, outre quelques vins au verre dans les trois couleurs, m’a invité à faire mon choix avec lui dans une vitrine où les vins sont affichés au prix à emporter, prix auquel  pour une fois il ne faut rajouter un « droit de bouchon » ce qui rend la visite encore plus intéressante.

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Côté solides, il ne faut pas s’attendre à de la haute gastronomie. Quelques plats (entre 5 et 8 €) sont proposés « à l’ardoise », plats joliment servis à l’assiette par Linda et Olivia. Sans être trop copieux, ces assiettes suffisent simplement à combler l’appétit et à ne pas trop vider le portefeuille. Tout comme les fines tranches de bellota, délicieuses sur le pain de campagne (difficile d’avoir du bon pain dans les autres restaurants de la côte), la salade de gésiers confits est irréprochable avec un blanc ou un rosé du pays, tandis que le maquereau fumé sur les petites pommes de terre tièdes s’accommodent d’un petit rouge bien choisi. Il y a aussi deux ou trois propositions de desserts qui permettent de se lancer sur le registre des Banyuls.

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Avec le petit bistrot de Manu, El Xadic del Mar maintes fois évoqué ici, surtout dans mes chroniques du dimanche traitant du Carignan, Banyuls-sur-Mer devient à nouveau fréquentable pour qui aime déguster le bon vin en mangeant convenablement sans se ruiner !

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Mais attention aux jours et horaires d’ouverture : à un peu plus de 30 minutes de voiture de Perpignan, il est préférable de vérifier en téléphonant (Tél. 04 68 36 22 37 ou 06 47 38 19 92) avant de se lancer ! Personnellement, j’ai déjà réservé pour demain soir avec une bande de copains !

Michel Smith

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