Les 5 du Vin

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Magie noire

Cette modeste bouteille – du moins modeste par la taille – m’a été offerte il y a bien longtemps par le dénommé Hervé Bizeul. Quand ? À dire vrai, je ne sais plus. Si ce n’est que je crois bien que c’était peu avant son installation en Roussillon. Avec son ami Jérémy Gaïk, alors directeur du Mas Amiel, bien avant l’arrivée d’Olivier Decelle, l’actuel propriétaire de ce domaine légendaire, en bon ancien sommelier fan de vins doux naturels, Hervé s’était fendu d’une cuvée dédiée à la magie du chocolat. Je pense que le Salon du Chocolat à Paris fut, à l’époque, l’événement fondateur de cette cuvée aujourd’hui rangée dans les oubliettes de l’histoire du vin.  Le grenache noir et le schiste au service du chocolat, voilà ce qui, à mon humble avis, excite le plus l’esprit et les papilles du dégustateur forcément « averti » qui, comme chacun sait en vaut deux.

wp_20161103_010Ah, l’éternel imbroglio des mariages ! Pourquoi diable un Maury tiré d’une cuve parmi d’autres devient un super champion lorsqu’il affronte le chocolat, le vrai, le tannique et fort en gueule ? Est-ce le grenache, le schiste, le soleil, la maturité, l’âge des vignes ? Fichte, je n’en sais rien et d’ailleurs peu importe puisque les trois quarts du temps la rencontre entre les deux protagonistes procure éclats et merveilles de sensations. Pragmatique, mais aussi un tantinet rêveur, tout en étant un rien perfectionniste Hervé Bizeul avait-il imaginé ce vin en songeant peut-être au graal du mariage parfait ? Nul ne le sait. Pourtant, force est de constater que, comme à son habitude, le bougre avait raison. Et j’ai pu le remarquer par la suite, à l’époque, quand le vin était aussi jeune que noir, cette union franche et massive marchait formidablement bien.

L’expérimentation me paraissait novatrice, même si tout dégustateur bien informé savait déjà que Maury, Rivesaltes et Banyuls étaient de ces breuvages capables de prouesses sur le chocolat, y compris dans la rencontre avec des formules-uns fort cacaotées que l’on dénichait déjà chez Valrhona à Tain-L’Hermitage ou chez le sorcier en la matière, Robert Linxe à Paris, un homme depuis décédé. Bref, j’avais goûté et apprécié ce Maury dans le style vintage et j’en avais même fait écho dans je ne sais plus quelle revue. Par ailleurs, le flacon était tellement beau et moderne dans son étiquette remplie de mots évocateurs (tout le monde le fait aujourd’hui…) que je m’étais promis de le déguster de nouveau un jour. En attendant, il trônerait en bonne place dans un petit recoin du décor ma cave, pour le simple plaisir des yeux.

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Jusqu’à ce soir où, pour accompagner un dessert surprise créé par mon épouse, Brigitte : des rondelles de banane, une crème fraîche légèrement fouettée, des canneberges en quantité, des brisures d’un chocolat fourré aux zestes d’orange confite et d’un autre très noir (85 % de cacao) tous deux signés Michel Cluizel à Paris, j’ai craqué. Aujourd’hui, toujours noir de robe, à peine tuilé, nez épicé, mon Maury a conservé la puissance nécessaire, un aspect brut de décoffrage proche d’une sensation de rusticité, ce qu’il faut de suavité et d’onctuosité, l’étonnante saveur cacao bien ancrée dans le palais, le fumé, les épices, le moka, le fruité confit (raisins secs, cerise) et les tannins qui frétillent d’impatience à l’idée d’affronter un tablette ou un gâteau le plus chocolaté possible. De plus, sans parler de la longueur, une agréable et légère amertume vient renforcer la sensation de fraîcheur en bouche. On lui donnerait des forêts de cacaotiers sans confession tant il est taillé pour le job. Bref, du grand, du beau, du pur qui suggère aussi la dégustation d’un beau havane.

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Je l’ai déjà dit ici, l’AOP Maury – pour le moment excitée par sa production de rouges « secs », un peu comme à Rasteau d’ailleurs -, regorge de ces cuvées presque basiques dans leur conception, des « vintages » si peu en contact avec le bois qui trop souvent, faute de préparation et de réflexion, vient détruire tout le travail d’une belle vendange. Les prix de ces vins de méditation sont encore abordables et si l’on prend la peine de les attendre à l’abri de toute lumière, bouteille debout si possible afin d’éviter de désastreux goûts liégeux (il suffira tous les 3 ou 4 mois de retourner le flacon pour que le vin humecte le bouchon), on pourra s’attendre au bout de dix ans au moins à un long et dépaysant voyage oriental en dégustant quelque chose d’unique et de magique, un vin original que les vilains étrangers ne nous piqueront pas comme cela a pu se faire avec le Porto ou le Jerez. Mais gare aussi chocolat, capable à la fois de prouesses gustatives et de désastres ! À l’approche des fêtes, il convient de bien le choisir et de refuser tout achat de grandes marques à prix sacrifiés ou non.

Quant au vin, à défaut de l’acheter au Mas Amiel, un endroit hors du temps à 30 minutes de Perpignan où l’on trouve un délicieux Vintage Réserve 2015 (autour de 20 €) ainsi qu’une collection de vins doux « oxydatifs » qui ont aussi leurs mots à dire sur des desserts cacaotés, je vous soumets ce petit calcul d’épicier : sachant qu’un flacon de Maury « Grenat » 2015 s’achète 8 € à la cave coopérative fondée en 1910, que l’on ajoute à une tablette de Valrhona « Abinao«  (85% cacao) à 3,95 €, on débourse 11,95 € pour une dégustation à quatre personnes ! Bien sûr, pour corser la chose on pourrait dépenser plus en ajoutant par exemple quelques chocolats de crus de Valrhona. Force de reconnaître que se farcir une belle dégustation pour moins de 12 € c’est plutôt rare ! Et c’est plus utile pour le goût que se coltiner une primaire électorale lors d’un beau dimanche automnal.

Michel Smith

Hervé Bizeul, pour ceux qui l’auraient oublié, est le fondateur et l’animateur du mythique Clos des Fées dans le Roussillon.

-Pour les nostalgiques : Black Magic Woman de Carlos Santana. Ça marche bien aussi sur un Maury

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Collioure et Banyuls, c’est la fête (1/2)

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Non, je ne dis pas que c’est la fête tout le temps dans ces terres de vigne et de garrigue si dures, si pentues, baignées par la mer en bas mais secouées par le vent partout, où le soleil comme la sécheresse peuvent être aussi impitoyables que les pentes et les pierres. Ni que ces vins, qui le méritent pourtant, soient sollicités par consommateurs, revendeurs ou importateurs du monde entier au point que les producteurs ne sachent plus comment répartir leurs flacons.

Mais, une fois par an, la petit ville de Banyuls, qui compte moins de 5.000 habitants, organise une fête des vendanges formidable qui est une ode à la vigne, au vin et au partage et qui est remarquable pour plusieurs raisons. Je crois bien que j’en ai déjà parlé ici, il y a quelques années, mais je vais redire mon admiration pour cet événement aussi populaire qu’exemplaire dans sa tenue. Bandas et bikers, élus et bourgeois, commerçants et artisans, vignerons et consommateurs, jeunes et vieux se côtoient paisiblement dans un joyeux bordel qui trouve naturellement son modus vivendi  sur une plage de sable gris et galets remplie de 15.000 humains de tous âges et de toutes tenues rassemblés pour fêter le vin, en mangeant et en buvant ensemble. Cela se passe un dimanche d’octobre chaque année depuis 21 ans. Que les ayatollahs du sans-joie passent leur chemin et se taisent. C’est la vie et vous n’allez pas l’arrêter.

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On m’a fait l’honneur cette année d’être le parrain de cet événement. Je ne sais pas trop pourquoi et je ne me sens pas obligé d’en parler pour autant. Mais cette affaire me touche profondément. Je voulais aussi donner à ce déplacement un manteau de respectabilité en demandant à l’inter-profession de m’organiser, le vendredi avant le weekend de la fête, une large dégustation des vins de la zone : ce qui fut fait et dans les règles de l’art, c’est à dire à l’aveugle, dans de bonnes conditions et avec des vins bien répartis par type et à bonne température. Qu’Isabelle Blin-Moly en soit ici remerciée.

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Place aux vins!

Maintenant, place aux vins! On le sait peut-être, mais les appellations Collioure et Banyuls recouvrent la même zone, la première pour des vins secs des trois couleurs et l’autre pour des vins mutés de presque tous les types et couleurs. Les vins dégustés étaient issus de deux types de vins secs (Collioure blanc et Collioure rouge), puis de trois types de vins mutés (Banyuls Rimage, Banyuls Traditionnel et Banyuls Grand Cru). L’aire de l’appellation si situe entre mer et montagne, autour des villes portuaires de Banyuls, Cerbère, Collioure et Port Vendres, le long de la côte rocheuse. Cette semaine je vous parlerai uniquement des vins secs, donc de l’appellation Collioure. La semaine prochaine sera consacré aux vins mutés, aux différents types de Banyuls, donc.

L’ordre de mes vins préférés n’indique aucune hiérarchie, mais simplement l’ordre de la dégustation. Et je n’ai sélectionné que ceux qui me semblait émerger au-dessus des autres. Si jamais vous vous étonnez du nombre de vins produits par Terre des Templiers dans cette sélection, il faut savoir que cette cave coopérative vinifie environ trois quarts des raisins des deux appellations, et travaille très bien aussi. La dégustation était totalement à l’aveugle, bien entendu, et n’étaient présents que les échantillons que les producteurs ont bien voulu envoyer.

Collioure blanc (19 vins dégustés) : mes 4 vins préférés

Domaine de la Casa Blanca 2015

Grenache gris et Grenache blanc à parts égales, fûts et cuves à parts égales (Prix public : 20,00 euros)

Allègre et fin, ce vin délié masque au premier abord une très belle longueur que est accompagné de beaucoup de fraîcheur. L’expression est aussi directe que nette et l’équilibre est une réussite.

Terre des Templiers, Les Schistes de Valbonne 2015

Grenache gris 65%, Grenache blanc 15%, le reste étant composé de Marsanne, Roussanne et Vermentino. Fermentation de 2/3 du volume en demi-muids de chêne neuf et d’un vin. (Prix public : 15,80 euros)

Un vin relativement complexe, long et harmonieux dont la belle intensité termine sur une note plus ferme et apporte beaucoup de longueur. Très beau vin à ce niveau de prix.

Domaine Madeloc, Penya 2015

Grenache gris 70%, Vermentino 30%, en barriques pendant 15 mois (Prix public : 23 euros).

Je ne sais pas si cela est en partie attribuable à ce flacon (et donc au bouchon qui ne fait pas bien son travail) mais le nez m’a paru assez oxydatif. Le vin a une très belle richesse en bouche en revanche. Il m’a semblé du coup aller vers une position intermédiaire avec les vins mutés et oxydés. Intéressant dans un style à part.

Terre des Templiers, Premium 2015

Grenache gris 100%, sur lies fines et sous bois, pièces ouillées et bâtonnées (Prix public : 30,80).

Nez splendide, d’une grande précision avec de la finesse. La même chose en bouche. Un vin aussi complexe que précis, long et salivant, vraiment excellent. Le prix est élevé mais justifié

 

Collioure Rouge (31 vins dégustés) : mes 7 vins préférés

Terre des Templiers, Terres des Oms 2015

Grenache noir 50%, Carignan 35%, Mourvèdre 15%, vinification en cuve (Prix public : 20,50 euros).

Vin assez dense et charnu mais dont l’intensité produit aussi de la longueur en bouche. Un très bon vin qu’il vaut mieux attendre 2 ou 3 ans.

Terre des Templiers, Premium 2015

Syrah 30%, Mourvèdre 30%, Grenache Noir 30%, Carignan 10%, en fûts de chêne neufs et d’un vin pour 70% de l’assemblage, travail des lies. (Prix public : 30 euros)

Nez harmonieux. Vin alerte et juteux en bouche avec une belle fraîcheur. Les tannins émargent ensuite mais l’équilibre est bien là. Je pensais, à l’aveugle que s’agissait du même producteur que le dernier blanc de ma sélection : bonne pioche !

Domaine de Traginer, cuvée d’Octobre 2014

Grenache 25%, Carignan 25%, Mourvèdre 25%, Syrah 25%, en barrique pendant 14 mois (Prix public : 20,00 euros)

Intense et presque noir, à l’œil comme au nez. En bouche aussi juteux que rond, avec une qualité de fruit resplendissante. Un vin intense mais frais, succulent sur toute la ligne. J’aime beaucoup ce style.

Clos Saint Sébastien, Inspiration Marine 2015

Grenache noir 90%, Mourvèdre 10%, pré-fermentation à froid, macération pendant 4 semaines puis élevage pendant un an en foudres. (Prix public : 25,00 euros).

Un vin intense, structuré et tannique dans une style austère qui nécessitera de la garde. Belle longueur pour ce beau vin impressionnant.

Clos Saint Sébastien, Inspiration Céleste 2014

Grenache noir 90%, Mourvèdre 10%, pré-fermentation ç froid, macération pendant 4 semaines puis élevage pendant un an en foudres. (Prix public : 25,00 euros)

Deuxième vin sélectionné de ce même producteur, au même prix et avec une vinification proche. Dans le millésime précédent, et avec une autre cuvée, le registre est similaire mais avec peut-être encore plus d’austérité dans le style. Un beau vin qui nécessitera quelques années de garde.

Terre des Templiers, Prestige 2014

Syrah 65%, Grenache Noir 15%, Carignan 15%, Mourvèdre 5%, macération pré-fermentaire à froid, macération de 30 jours, futs neufs et travail sur lies. (Prix public : 35,50 euros)

Peut-être le plus beau vin de cette série de Collioure rouge. Le nez est très typé syrah. Une qualité de fruit magnifique et beaucoup d’intensité, comme de la longueur. Il faudra l’attendre un peu mais tout est là.

Domaine Madeloc, Crestall 2013

Mourvèdre 50%, Syrah 50%, macération pré-fermentaire à froid, vinification en inox et extraction douce, élevage pendant 18 mois en barriques neuves. (Prix public : 23,00 euros).

Un vin lisse et élégant. Sa texture soyeuse et son harmonie globale font très plaisir. L’intensité est là et la longueur en bouche aussi. Très beau vin à un prix raisonnable pour cette qualité.

David

Et à la semaine prochaine pour les Banyuls….


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Pragmatisme, optimisme, les deux mamelles du vin

D’accord avec la plupart d’entre vous sans doute pour dire que ces mots en «isme» il conviendrait de les fuir. Panurgisme, puritanisme, intégrisme, dogmatisme, évangélisme, laïcisme, bouddhisme, chauvinisme, paganisme…et tant d’autres encore. Parfois, quand je les entend j’ai envie de mettre ma veste par dessus la tête. Alors, me direz-vous, à quoi bon s’en servir dès le titre, revenir dessus en accroche et tout le long d’un article ? Toute la question est là, merci de la poser aussi clairement. Je pourrais dire que c’est pour faire travailler vos méninges, en particulier celles de nos chers Truc & Charlier, célèbres duettistes commentateurs de la Toile, mais ce serait trop facile.

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Trève de taquineries, commençons donc par le début.

Des deux explications livrées par mon Larousse virtuel concernant le pragmatisme – « doctrine qui prend pour critère de vérité le fait de fonctionner réellement, de réussir pratiquement » et « Attitude de quelqu’un qui s’adapte à toute situation, qui est orienté vers l’action pratique » -, je préfère la dernière qui évoque le mouvement, une prise de conscience qui va si bien avec le fait de se bouger, de se remuer, de ne pas en rester en l’état actuel des choses, de voir quelque chose de positif même dans l’échec. Là, je retrouve avec bonheur la sagesse vigneronne, son bon sens paysan (je sais, ça fait un peu pétainiste, mais c’est tellement vrai…), sa conscience humaine qui le guide vers la sage prise de décision, vers le passage à l’acte, vers l’avenir aussi. Votre vigne est attaquée par plus fort qu’elle, de façon massive qui plus est, point n’est besoin de rester là planté, comme désarmé. Votre sens du pragmatisme vous dicte l’action. La même vigne vous a livré de magnifiques raisins et c’est l’optimisme qui pointe le bout de son nez vous redonnant une sacrée dose d’espoir.

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Pourquoi je vous entretiens de ça ? Encore un sujet qui n’a ni queue ni tête, me reprocherez-vous à juste titre peut-être ! Or, l’actualité récente, les épisodes de grêle, par exemple qui furent nombreux sur le vignoble de la Champagne au Pic Saint-Loup en passant par le Beaujolais et la Charente, ont cette année comme les années précédentes joué beaucoup sur la conscience vigneronne, sur son moral. Certains refusent d’envisager ne serait-ce qu’un étude sérieuse sur le coût d’une assurance alors qu’il y a à portée de la main des experts dans les chambres d’agriculture ou les interprofessions capables de les conseiller, qu’il est possible d’obtenir de l’aide, de se grouper, d’intervenir parcelle par parcelle. Puis on remet à plus tard la réflexion. Pendant ce temps, une viticultrice de mes amies, du côté de Saint-Chinian, probablement plus pragmatique que les autres, ne s’est pas posée trente six mille questions : plutôt que de se réveiller un jour au bord de la ruine – il n’y a rien de plus désolant qu’une vigne hachée par la grêle -, elle est assurée depuis des années, en paie certes le prix assez élevé (il y a moyen de négocier, dit-elle), mais peut ainsi dormir sur ses deux oreilles. Et quid de la perte de récolte due à la sécheresse ? Au moins 30 % en moins en moyenne dans nos vignobles sudistes, sans parler des autres. Là aussi il doit y avoir moyen d’exercer son sens du pragmatisme. Comme ces vignerons qui depuis des années ont installé un réseau de goutte à goutte dans leurs rangées de vignes. En respectant à la lettre la législation, en prenant le sujet à bras le corps, en entrecoupant des informations entre eux, en dialoguant avec les techniciens, ils sont arrivés à équiper les parcelles qui souffrent le plus souvent et à garantir une vraie régularité dans leur production.

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Beaucoup de ces chefs d’entreprises (n’oublions jamais que les vignerons sont des patrons) ne tergiversent plus lorsqu’il faut aller à un salon en Allemagne ou au Brésil pour ouvrir un marché auquel on croit dur comme fer. Pas question d’hésiter, il faut foncer. N’est-ce pas Hervé Bizeul, fierté du Roussillon qui naviguez par monts et par vaux pour faire connaître de grands vins par avance dépréciés simplement parce qu’ils sont rattachés au Sud, autrement dit au trou du cul de ce bas monde ? Regardez le succès commercial de cette coopérative du Gers dont David, moi-même et nos camarades vantons ici même l’enthousiasme. Si c’est pas du pragmatisme et de l’optimisme (certes gascon) ça, alors je me damne ! La Chine ne leur fait pas peur, le monde entier non plus. On pourrait dire la même chose sur la famille Grassa dans leur vaste Domaine du Tarriquet qui, plutôt que de rester le cul sur leur chaise à critiquer les autres, plutôt que d’accuser notre bureaucratie et de taper sur l’incompétence légendaire de nos politiciens, ont préféré se lancer dans un modèle de production qui fait aujourd’hui école.

wp_20160823_006Alors que tout va mal si l’on s’en tient aux vicissitudes de l’actualité, des gens déterminés, des vignerons décidés à faire de très bons vins tout en restant originaux nous en connaissons une flopée aux 5duVin que ce soit en Provence, dans le Roussillon ou ailleurs. Comme au Domaine la Casa Blanca sis à Banyuls-sur-Mer où, après avoir labouré péniblement à l’aide d’une mule – efficace sur du plat, la traction animale ne l’est plus du tout en zone de montagne -, les trois propriétaires de ce domaine de 8 ha se sont inspirés de méthodes plus pragmatiques pratiquées en Suisse, en Italie et dans le nord de la Vallée du Rhône, à savoir le treuil mobile qui se déplace horizontalement en haut du coteau et qui aide le laboureur à remonter chaque rang en tirant sa charrue. Résultats : c’est plus rapide, moins épuisant, moins cher, moins compliqué, plus efficace ! Quitte à se débarrasser des murettes qui font le charme des anciennes vignes. Et que dire encore de ce vigneron génial du Mâconnais, Marc Guillemot, véritable touche-à-tout qui n’hésite pas à faire des pieds et des mains pour retrouver les données techniques d’un vieux tracteur récupéré dans une vente ? Ben oui, un vieux tracteur sauvé de la casse c’est toujours utile par les temps qui courent. Et le gars ne s’arrête pas là : système de récupération de l’eau de pluie pour ses préparations en biodynamie, distillerie, jardinage, rien ne lui échappe !

Pour finir, on peut mettre bien des choses positives sur le compte du pragmatisme. Ainsi, il est de notoriété publique que dans mon devoir d’informer, je soutiens becs et ongles les initiatives locales, très souvent bénévoles, destinées à rassembler du monde autour du vin. Bien loin de ces déjeuners de presse huppés ou ces dégustations mondaines organisées à grands frais dans un hôtel de luxe de Londres, Milan ou Paris, bien éloigné aussi des coûts démentiels soulevés par de vastes campagnes de pub, il n’y a rien de tel que l’union entre vignerons d’un même courant, d’une même appellation, dans un projet festif et promotionnel destiné à rehausser le moral des troupes tout en attirant les amateurs, les vrais, c’est-à-dire ceux qui achètent du vin plutôt que ceux qui goûtent du bout de la langue en se plaignant sans cesse de ne pas être traité comme des stars.

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Un parfait et très inattendu exemple de cette unité pour la cause commune m’en a encore été donné l’autre jour par l’équipe du Minervois. Cela se passait sur les bords du Canal du Midi, à Homps plus précisément, là où s’arrêtent de nombreux adeptes du tourisme fluvial, à deux pas de la Maison des Vins du Minervois où l’on trouve de réelles pépites à prix départ propriété. En cette période de chaleur intense qui a marqué le début du mois de Septembre, il y avait foule pour participer, sur deux jours, à la seconde édition de Tastes en Minervois. Plus de quatre vingt vignerons, la plupart en vendanges ou en passe de l’être, avaient accepté de donner de leur temps, de se mélanger grands ou petits confondus et de jouer la règle du jeu qu’ils ont eux même élaborée qui consistait à présenter et faire déguster une cuvée (seulement) de leur choix à un public payant venu là en famille ou en bande d’amis.

Une organisation du tonnerre (parkings balisés, sanitaires, espace pour « pitchounets », orchestres, animations, température des vins) mobilisée pour recevoir environ 7.000 visiteurs, dont beaucoup d’étrangers, venus goûter les mini plats concoctés selon des thèmes précis par quatre chefs émérites qui, eux aussi, ont fait un boulot remarquable. Ce moment festif était bien entendu payant (15 €) avec les vins « à discrétion » comme on disait jadis, et il faut souligner que les vignerons présents n’étaient pas là pour vendre, mais plus pour partager l’événement et communiquer le plus possible sur leur métier. Le but final étant de montrer qu’une appellation aussi vaste et variée que celle du Minervois pouvait se rassembler, faire corps et donner l’image d’une réelle unité, l’image d’une appellation dans l’action.

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Vous en conclurez peut-être sournoisement que je me suis laissé embarquer par je ne sais quel enthousiasme à propos d’un communiqué de presse bien rédigé et vous aurez grand tort. Peut-être aussi trouverez-vous que je suis d’une naïveté décidément déconcertante, voire incorrigible. Pourtant, je ne puis m’empêcher de constater que pour exister dans la masse (j’allais écrire la nasse !) du Languedoc viticole ou d’une autre région, il faut non seulement se distinguer, aller vers le public, festoyer avec les amateurs et montrer cet aspect positif, enthousiaste, inventif, jeune et moderne du vin, sans pour autant faire dans le blingbling. Le Languedoc le fait en précurseur depuis longtemps avec ses randonnées dégustations inspirées par Slow Food dans différents terroirs qui rencontrent chaque été un succès franc et massif. Pour en arriver là, vous pouvez me croire, surtout dans un monde qui noircit tout, il faut une bonne dose de pragmatisme. Et d’optimisme  !

Michel Smith


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A Trouillas, le « meunier » ne dort pas!

Au Domaine de La Meunerie, Stéphane Batlle a produit son premier millésime en 2014. Et voilà qu’à la faveur d’une dégustation de nouveautés d‘In Vino Veritas, notre panel  sélectionne ses trois cuvées de rouge! Trois 2015. Voilà qui méritait bien un portrait…

Enfant du pays, Stéphane Batlle s’est installé à Trouillas, au cœur des Aspres, parce qu’il savait pouvoir y faire de belles choses. Son parcours (lycée agricole, stages en Bourgogne et dans diverses régions de production) ne l’a jamais emmené très loin de la viticulture, mais avec ce domaine, il avait la possibilité de voler de ses propres ailes. Cela ne s’est pas fait en un jour ; ses 17 ha, il les a achetés petit à petit, en suivant notamment une belle veine d’argile rouge ferreux qui est une des spécificités de la commune.

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A la Bourguignonne

6 ans d’efforts plus tard, il se retrouve à la tête d’un bon nombre de cépages – Carignan, Grenache Gris, Mourvèdre, Syrah, Grenache Noir… et d’un beau patchwork de parcelles; dont une de vignes centenaires.

Cela ne le gêne guère, car c’est sa philosophie que de travailler « à la bourguignonne », au plus près de ses vignes, de les soigner aux petits oignons, et de les vinifier à la carte, avec pour chacune, sa recette, fruit de son expérience ou de son goût pour l’expérimentation.

Son slogan, c’est «l’empreinte du temps».

On jugera du bien-fondé de la démarche avec nos trois coups de cœur…

 Carignan

IGP Côtes Catalanes Carignan 2015

Il n’est pas si facile de faire un vin dit facile – je veux dire, séduisant, enjôleur, d’un plaisir immédiat. Ce 100% Carignan a subit une macération préfermentaire à froid (8°C, il faut avoir une bonne capacité frigo) et 3 semaines de cuvaison.

Caruso

Côtes du Roussillon Caruso 2015

Pour cette cuvée robuste, il fallait un nom qui ait du coffre : ce fut Caruso. Une polyphonie où l’on reconnaîtra les voix du Grenache Noir, de la Syrah, du Mourvèdre et du Carignan, qui apportent qui leur fruit, rouge, qui leur fruit noir, un peu de laurier, et même du fumé. Le vin n’a vu que la cuve, pourtant.

Réminiscence

Côtes du Roussillon Réminiscence 2015

Deux cépages seulement pour cette cuvée : syrah et mourvèdre.

Floral, gourmand, puissant mais frais – si c’est minéral, c’est sans doute ferreux. Le panel a également apprécié les très beaux tannins et les subtiles notes de moka.

Réminiscence de quoi, au fait ? De plein de beaux accords gastronomiques à venir – on pense à du sanglier, par exemple…

Et aussi…

Stéphane propose également deux cuvées de blancs (un 100% Grenache Gris, L’Argenta Brillo, et un assemblage chardonnay grenache gris, l’Impromptu Blanc).

Les deux se présentaient malheureusement dans une phase délicate (notes de levure de bière). Mais un peu d’aération et/ou de patience devraient permettre d’en venir à bout, car rien ne permet de penser que le vigneron soit moins attentif à ses blancs qu’à ses rouges…

Domaine de la Meunerie, 32 avenue du Canigou F-66300 Trouillas

Tél : +33 6 15 31 70 19

contact@domaine-meunerie.fr

http://www.domaine-meunerie.fr/

 

Hervé Lalau


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Le renouveau du Roussillon… Mas de Marietas

Un nouveau domaine en plein Roussillon, voilà qui est sympa, et pas si inattendu que ça, le terroir en vaut la peine.

Et donc…

Sur les hauts d’Argelès-sur-Mer, un petit vignoble s’accroche aux Albères. C’est celui de Julie Guiol. Une installation toute récente qui s’est passée en deux temps…

Serait-elle autodidacte ?

Mas des Marietas (1)

Julie n’a pas fait d’études viticoles, elle aime le vin, la terre, ça lui suffit ou presque.

« Depuis 2010, j’ai 5 ha sur le secteur des Albères dans les communes de Sorède et de Laroque des Albères). J’ai apporté le raisin en coopérative jusqu’en 2014, année où j’ai décidé de créer ma « petite cave particulière ». J’y ai produit 3500 bouteilles la première année et presque le double en 2015. Le choix de mon installation a été poussé par ma passion de la terre, de la vigne et du vin. Je voulais réaliser par moi-même le travail du viticulteur, ce qui s’est fait dans un premier temps. Mais aussi devenir vigneronne à part entière et élaborer mes propres vins dans le respect de la terre, de l’environnement, du consommateur. Pour moi, la meilleure façon de faire partager ma passion, c’est à travers mes vins. »

Entièrement autodidacte, Julie n’a suivi aucune étude viticole. Elle a appris sur le tas grâce aux rencontres durant quelques années avant de s’installer.  Un partage d’expériences avec de nombreuses personnes qui lui a mis le pied à l’étrier et permis de passer le cap professionnel.

Quant à la dégustation, c’est un stage chez Éric Aracil, responsable export du CIVR et fin dégustateur, qui l’a aguerri à la discipline.

Une belle aventure qu’elle démarre presque seule, le mari de Julie vient de temps à autre lui prêter main forte. Voici ses deux vins rouges, peut-être est-elle fan du groupe Indochine…

Mas des Marietas (4) 

 

J’ai demandé à la Lune 2015 Côtes du Roussillon

Mas des Marietas (3) 

Rubis aux légers reflets bistre, le nez bien fruité s’exprime tout de go et nous propose des coulis de framboise, de mûre et de fraise. Quelques plantes aromatiques viennent parfumer les jus, sauge et thym. La bouche ronde comme les baies, suave comme leur chair confite, épicée comme le nez, plaît d’emblée. Les tanins n’encombrent guère le palais. Discrets, ils se fondent dans le décor et ne transparaissent que par leur texture veloutée. La fraîcheur rappelle le sous-bois, l’aiguille de pin, toutefois maculée d’un rien de citron. Longueur de fruits acidulés.

Assemblage de 60% de Syrah et de 40% de vieilles vignes Carignan vinifiés à basse température les cépages séparés, maintien à 18°C, décuvage avant la fin de la fermentation, remontage très doux durant la fermentation. Élevage en cuve inox.  Elevage en cuve.

La Nine 2015  Côtes du Roussillon

Mas des Marietas (5) Rubis sombre aux reflets améthyste, nez de pâtes de fruits, mûre, cassis, myrtille, bien noires et bien épicées de poivre, de genévrier et de cumin. La Nine a aussi un petit côté animal parfumé de rose qui nous interpelle. Mais c’est son accent rustique aux tanins affirmés qui nous captive. Sa fraîcheur ressemble à deux cailloux qui s’entrechoquent. Elle est rude, la Nine, mais s’apprivoise petit à petit. Sans la brusquer, quelques girations la font tournoyer dans le verre, la font rire, nous font sourire. Volutes endiablées qui font s’envoler fragrances bien plus raffinées qu’espérées. Ce sont alors corbeilles de fruits, monceaux d’épices, bouquets floraux, qui étincelants surgissent et nous font dire que la Nine se donne à qui sait lui plaire.

Assemblage de 80% de Syrah et 20% de Carignan qui macèrent durant 20 jours. Les vignes sont âgées de 50 ans. Élevage en barriques pendant 5 mois.

Mas des Marietas (6)

www.masdesmarietas.com

Ciao

Mas des Marietas (2)

 

Marco


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Bienvenue, Marie-Louise!

Puisque Marie-Louise Banyols nous rejoint demain jeudi comme membre à part entière de notre coopérative d’écriture, il m’a semblé important de vous la présenter (au moins pour ceux qui n’ont jamais lu ses chroniques du dimanche, ou qui ne connaissent pas son parcours).

Et qui de mieux qu’elle même pour le faire ?

Je lui cède donc la place…

Banyuls

Banyols? Non, Banyuls (Photo (c) H. Lalau)

« Ma rencontre, en 1970, avec le Dr Parcé, membre de l’Institut des Appellation d’Origine Contrôlées auprès du Baron Le Roy, et grand amoureux de la cuisine de ma mère, m’a donné envie de “rentrer à fond dans le vin”.

J’ai passé des concours, pour me rassurer sur mes compétences; et en 1990, j’ai décroché le titre de meilleur sommelier du Languedoc-Roussillon; et j’ai donc participé à la finale du concours meilleur sommelier de France aux côtés de Beaumard et Poussier.

Puis j’ai intégré le Comité de dégustation de la R.V.F.,  où j’ai beaucoup appris. J’ai continué à participer à quelques dégustations et à y écrire quelques articles, principalement sur l’Espagne, jusqu’en 2010.

En 1992, j’ai reçu le titre de Maître Sommelier des mains de l’Union de la Sommellerie Française.

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Marie-Louise Banyols (Photo (c) Michel Smith)

En 1997, récompense suprême: Les Feuillants, au travers de mon mari, Didier Banyols, se voient attribuer deux étoiles au Michelin.

C’est sans doute le plus grand moment de ma vie professionnelle, je ne l’oublierai jamais.

En 2001, j’ai voulu donner un tournant à ma vie professionnelle, et me consacrer entièrement au vin. C’est Jean-Luc Colombo, vedette du Rhône Nord qui m’en a donné l’opportunité en m’offrant la Direction commerciale de son domaine. Mais je voulais quitter la France, des problèmes personnels me poussaient vers cette solution et quand la possibilité de rentrer à LAVINIA s’est présentée, je ne l’ai pas laissée passer.

En novembre 2001, j’ai ouvert le magasin LAVINIA de Barcelone, que j’ai dirigé pendant 4 ans.

Ce fut une autre expérience professionnelle intense et passionnante. Nouveau pays, nouveaux vignerons, nouveaux journalistes, nouvelle cuisine, tout était à recommencer.

Puis après l’ouverture de LAVINIA Paris, j’ai peu à peu quitté LAVINIA Barcelone, pour me consacrer à la recherche de vins pour tout le groupe.

Je suis devenue alors Directrice de produit pour tout le Groupe LAVINIA (Espagne, France et Suisse), tâche que je partageais avec Marc Sibard.

Dégustations, visites de vignobles européens, salons, relation avec les domaines, négociations, formation des équipes ont fait partie de mon quotidien.

A partir de 2010, j’ai cumulé cette fonction avec celle de Directrice de produits pour une autre société du Groupe: Vins du Monde, spécialisée dans l’importation et la distribution des vins étrangers.

Depuis le 30 juin 2015, je suis retraitée active ». 

A peine quelques semaines plus tard, l’ami Michel Smith nous proposait d’accueillir Marie-Louise sur ce blog le dimanche, en remplacement de sa chronique carignanesque. Nous avons accepté avec joie – nous n’avions que de bon échos à son sujet. Quant à moi, je l’avais croisée à Séville il y a quelques années, mon impression était des plus favorables. Après tout, pour cohabiter dans un blog commun, c’est un peu comme dans un appartement, il faut un minimum d’atomes crochus. Pas qu’il faille que tout le monde pense et écrive la même chose – ça, je peux le faire tout seul; mais ressentir au moins la même passion – celle du vin de partage.

Et puisque Marie-Louise est Roussillonnaise, et que je parle de partage, j’ai envie de lever un verre de vin de sa région d’origine à sa santé. Non, pas un Banyuls, mais un Côtes de Roussillon. Et comme il n’y a pas plus sympathique que de faire se rencontrer des amis communs, j’ai choisi le vin d’un autre habitué de ce blog – plutôt dans la catégorie commentateurs, celui-là : j’ai nommé Luc «Léon» Charlier.

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Le Casot de Coume Majou (Photo  L. Charlier)

Le clocher de Corneilla La Rivière a fêté voici peu ses 200 ans ; il est l’œuvre de Laurent Bancal – joli nom pour un maçon! Du haut de sa tour carrée, deux siècles nous contemplent, et avec nous, le village et la rue de L’Eglise, sans oublier la cave de Coume Majou. Le drôle de paroissien qui crèche là a donné à sa cuvée d’entrée de gamme le nom d’«Eglise de Coume Majou». C’est vrai qu’avec elle, il se hisse déjà sacrément près du Ciel des dégustateurs… Mais gravissons ce «Stairway to Heaven»… Le nez, relativement discret au départ, se révèle à l’agitation – framboise-cassis-mûre, c’est l’explosion. En bouche, il est très Roussillon par son fruit craquant. Plus gouleyant que massif, cristallin,  il a l’onction d’un prélat mais la vivacité d’un enfant de chœur ;  ce vin, c’est un petit avant-goût de là-haut. Et plus haut, chez Luc, on trouve deux cuvées – La Loute, et le Casot, dans des styles un peu plus concentrés, certes, mais jamais introvertis.

Je ne doute pas que Marie-Louise apprécierait – si elle ne les connaît pas déjà.

Alors; bienvenue, Marie-Louise, et à demain, déjà!

Hervé

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VSIGP (4): Vin de France, ah la belle farce !

Volontairement provocateur, mon titre ? J’assume. Eh bien oui, quoi: pourquoi cacher l’origine d’un vin alors qu’il suffit de (bien) lire l’étiquette (ou la contre) dans ses détails les plus reclus pour tomber sur l’adresse quasi complète du vigneron metteur en bouteilles ? Pour peu que l’on ait quelques notions de géographie associées à une bonne connaissance de nos départements, et que l’on sache manipuler un instrument comme Google, on saura automatiquement la plupart du temps d’où vient le vin et l’on peut donc sans mal lui donner un semblant d’identité, voire même une origine réelle. Enfin, moi, c’est comme cela que je vois le problème Vin de France, si problème il y a.

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Dans l’exil de mon Midi, d’où j’exerce mes talents de dégustateur en herbe depuis pas mal d’années, les vignerons se servent de cette dénomination (non, ce n’est pas une appellation d’origine contrôlée ou protégée) pour deux raisons principales, même s’il y en a probablement d’autres comme ont su le souligner avec talent mes prédécesseurs qui se sont plus volontiers attardés sur les marques commerciales. Deux raisons donc. D’une part parce que ça permet à mes amis vignerons de faire ce qu’ils ont envie de faire, de s’éclater sans avoir – en dehors de l’État et de sa cohorte de fonctionnaires – de comptes à rendre à personne d’autre que le consommateur ; d’autre part parce que les initiateurs (viticulteurs) des IGP ou AOP qui sévissent sur leur territoire bien (ou pas trop mal) délimités sont trop cons ou trop absents pour avoir remarqué qu’un cépage, quand bien même fut-il local et de mauvaise réputation, pouvait avoir son mot à dire dans le territoire qui abrite les vignes. Qu’il pouvait aussi plaire à un certain public.

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Oui, je sais, je m’énerve inutilement. Et ce n’est pas bien à mon âge ! Vous savez que je ne pense pas une seconde ce que je couche sur écran. Tous les vignerons (ou viticulteurs) ne sont pas cons à ce point et j’en connais même qui, en coopérative, alimentent des cuvées Vin de France. Alors je vais enfoncer le clou de manière plus explicite. Pour aller plus encore dans le sens de la connerie ambiante, je vais vous sortir quelques vins de France, mais des vins bien chez moi, donc du Languedoc et du Roussillon réunis. Des vins qui, n’en déplaisent à certains, affichent leurs origines de manière discrète, mais des vins qui pourtant sentent bon leur pays.

Par ici, dans le Sud où l’on s’éclate en dehors des AOP, aucun problème pour  trouver un Vin de France : presque chaque vigneron digne de ce nom a le sien ! Par exemple, une appellation majeure est disponible près de chez moi, Côtes du Roussillon, idem à côté avec l’AOP Languedoc. Des ex Vin de Pays aussi comme les IGP Côtes Catalanes ou Pays d’Oc. Mais qu’à cela ne tienne, avec les mêmes cépages (ou presque) les vignerons autochtones ou expatriés qui ont quelque chose à démontrer préfèrent la liberté que leur offre la mention Vin de France. On peut rire, déconner ou faire dans le sérieux, mais beaucoup me disent qu’ils choisissent la facilité qu’offre cette mention. À l’instar de Stéphane Morin, ce vigneron nature découvert récemment pour alimenter ma défunte rubrique Carignan Story mais que vous pouvez retrouver ICI. Lui a choisi de ne vinifier qu’en Vin de France histoire de moins se compliquer la vie.

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Afin de jouer le jeu, je vous livre ci-dessous mes préférés de la catégorie Vin de France du moment. Il y en a des tonnes d’autres. Vous tombez bien, car je déménage ma cave dans laquelle je fais de belles trouvailles. C’est utile parfois de revoir après quelques années un vin que l’on a aimé. Rassurez-vous, je les ai goûtés récemment et je vous les restitue avec non seulement le nom du domaine, de sa cuvée, son prix de vente, son site internet (lorsqu’il y en a) et le pays d’où il vient. Ben oui, car si on la cherche bien, on trouve l’origine ! Pour certains, ça évitera d’avoir à lire l’étiquette !

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-Vin de Table de France (du Roussillon) 2005, Syrah, Domaine Sarda-Malet. 40 € le magnum départ cave. 

À l’époque, l’annonce du millésime étant interdite dans cette catégorie de vin devenue Vin de France, Jérôme Malet s’était contenté d’un mystérieux chiffre « 5 » pour informer les suiveurs de ce domaine qu’il mettait dans la confidence. Sans filtration ni collage, jovial au possible, chaleureux et exubérant, j’avais complètement oublié que ce vin était le fruit d’une syrah de sélection massale (prélevée si mes souvenirs sont bons chez Gérard Chave) choisie par Max, le père de Jérôme. Tellement joyeux qu’au départ je partais allégrement sur une parcelle de vaillants vieux grenaches comme le domaine en possède encore, du moins je l’espère. Un vin d’autant plus éblouissant si on prend la peine de le boire frais (15°) sur un petit gibier, par exemple. Hélas, il n’est plus vinifié par le domaine qui, sagement, a conservé quelques flacons en format magnum dans les millésimes 2004, 2005 et 2007. Téléphoner le matin au 04 68 56 47 60 pour avoir la chance d’en obtenir.

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-Vin de France (des Corbières) 2014, Grenache gris, Domaine des 2 Ânes. 17 € départ cave.

À quoi ça sert un Vin de France ? À montrer par exemple qu’un cépage méprisé lors de mes premiers passages dans la région à la fin des années 80 a vraiment quelque chose à dire et qu’il est capable de revivre en beauté, notamment non loin du littoral. Et puisque à l’époque l’appellation n’en avait rien à cirer – ah, si elle avait pu mettre du Sauvignon ! – il reste un espoir aujourd’hui de montrer les capacités de ce cépage en le vinifiant pour lui-même en Vin de France (des Corbières). Immensément puissant, certes, dense aussi, et pourtant tout en structure avec une élégance non feinte, c’est un blanc de grande table. Cherchez vite des queues de lotte poêlées et quelques câpres pour l’accompagner !

Etiquette L'Aramon

-Vin de France (des Terrasses du Larzac) 2015, Aramon, Domaine de La Croix Chaptal. 5,50 €, départ cave.

De par sa robe claire et sa facilité à s’écluser (un flacon bu à deux en moins de 15 minutes !), voilà un vin qui ferait une forte concurrence au rosé, tant il fait des merveilles dans le registre de l’accessibilité. Peu cher, léger et fruité, désaltérant qui plus est tout en étant capable de tenir sur une entrée de légumes crus et de pâté de tête, cela n’a rien de déshonorant même si pour certains cela frise l’incongruité. Alors, foncez sans attendre ! On trouve encore de ces petits vins de récré dans le Midi (ici, bien au nord de Montpellier), parfois même vinifiés à partir d’un cépage emblématique de l’histoire du Languedoc tel que le sieur Aramon ici présent. Jadis occupant 150.00 ha et capable de production de masse, aujourd’hui honni et considéré comme roupie de sansonnet, il revient de temps en temps par la grâce de Charles-Walter Pacaud, un vigneron sage et avisé qui, appelant ses vieilles vignes à la rescousse (vendangées à la main), a compris tout l’intérêt de ce jus qui se boit sans soif. Bravo et merci Charles !

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-Vin de France (du Minervois) 2011, Pinot Noir, Domaine Pierre Cros.  12 € départ cave.

Pierre Cros, prononcez « crosse », n’est pas du genre à écouter les injonctions des uns et des autres : Piquepoul, Alicante, Aramon, Carignan, Cinsault, il n’a gardé que les meilleurs pieds de son Minervois natal ajoutant une collection d’autres cépages plantés par curiosité et par amour. C’est le cas du Pinot noir (un peu plus d’un demi hectare) bu ici à température plutôt fraîche (15°) sur une pintade qui exprimait une sorte de gourmandise contenue avec des tannins souples et doucereux. Pour les curieux, il y a aussi du Merlot, du Nebbiolo et même du Touriga Nacional ! Plus en vente, c’était juste pour la forme. .. mais il reste du 2015 vinifié différemment et embouteillé en flûte alsacienne ! On a le droit de s’amuser, non ?

Michel Smith