Les 5 du Vin

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Comment choisir un vin d’IGP Pays d’Oc ?

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Les chiffres donnent presque le tournis : plus de 700 millions de bouteilles produits par an, près de 20% des exportations de vins français, 60% de tous les vins IGP de France, une superficie qui couvre 4 départements ainsi qu’un bout d’un cinquième (Hérault, Aude, Gard, Pyrénées-Orientales plus 6 communes de la Lozère) et une très grande diversité de cépages autorisée (57 à ce jour, je crois, mais peut-être plus). Il y a donc un choix énorme et une très grande diversité dans les styles. Se pose alors la question de comment choisir son vin dans cette vaste région de production française.

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L’axe cépage, mais pas seulement

La possibilité d’indiquer le cépage principal ou exclusif sur l’étiquette est surement une des clefs de la réussite de cette catégorie de vin dans les marchés à l’export, là ou c’est le cépage qui fournit une idée du style d’un vin, en tout cas bien plus qu’un nom d’appellation souvent obscure et à l’identité parfois fluctuante. Mais le Pays d’Oc ne se cantonne pas dans ce choix unique : des cuvées bi-cépage, multi-cépage voire sans mention du cépage sur l’étiquette faciale abondent aussi. Dans ce dernier cas, c’est la marque et le discours dessus qui prennent le rôle principale, limitant généralement de telles cuvées à des marchés de niche, mais leur permettant aussi d’échapper à la concurrence imposée par un prix moyen relativement faible, dicté par une concurrence mondiale dans le cas des cépages les plus connus.

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Le climat méditerranéen

Le point commun entre tous les vins de cette zone étendue est le climat méditerranéen, même si des influences locales engendrent des méso-climats variables : proximité maritime ou son contraire, vents, orientations et altitudes. Cela assure une certaine régularité d’ensoleillement et une maturité du raisin qui en découle, bien que cela est à nuancer selon la localité. Le terroir, c’est surtout le climat local, même si le sol a son rôle à joueur aussi.

Les hommes et leur travail

C’est ici que se creuse les différences entre des vins d’une même région. La climat et le cépage fournissent un cadre dans lequel l’homme fait ses choix, exerce sa discrimination et utilise ses méthodes en fonction de ses capacités économiques et du type de vin visé. Deux vins issus de la même zone et du même cépage peuvent être très différents selon les choix de l’homme.

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Tout cela ne rend pas facile le choix du consommateur, ni du prescripteur d’ailleurs. C’est certainement une des motivations principales d’une sélection qui est opérée chaque année, depuis 2007, parmi les vins de cette vaste Indication Géographique et qui s’intitule « Trophée Collection Pays d’Oc IGP ». Chaque année, un jury international de professionnels sélectionne une vingtaine de cuvées qui porteront le titre de « Pépites ». L’édition 2016 avait lieu à Nîmes au mois de juin dernier. Je n’y étais pas mais j’ai demandé et reçu l’ensemble des vins sélectionnés: 8 blancs et 12 rouges.

Cette collection comporte des choses originales sur le plan des cépages et des assemblages, et c’est là assurément un des atouts de la catégorie IGP que de donner un bien plus grand espace de créativité aux producteurs que les AOP. Je me suis aussi intéressé à quelques aspects qui ont leur importance pour le consommateur : la présentation, comprenant l’étiquette et ses mentions, mais aussi le bouchage et le prix de vente. Curieusement, seulement trois vins (un rouge et deux blancs) étaient fermés avec une capsule à vis. La fourchette de prix est assez large, allant de 5 à 21 euros la bouteille. J’ai trouvé les rouges globalement plus intéressants que les blancs. Ils sont plus chers aussi, mais le rapport qualité/prix est généralement correct.

Voici donc mes impressions plus en détail:

Les vins rouges (dans l’ordre ascendant de leur prix public)

 

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Vignerons Foncalieu, Le Versant Syrah 2015 (prix public : 6 euros)

Le vin rouge le moins cher de le série. Présentation très soignée et « classe » pour un vin de ce prix. Information complète sur l’étiquette faciale.

Intense aussi bien au nez qu’en bouche. Le fruité est dense autour de tannins de moyenne intensité. Ce vin semble encore très jeune et aura besoin d’un an de plus en bouteille. Excellent rapport qualité/prix.

Domaine de La Baume, La Jeunesse Syrah 2015 (prix public : 6,50 euros)

Très accessible par son prix, ce vin dit tout sur son étiquette très classique. Bouchon en matière synthétique.

Le nez souffre de réduction au début puis laisse se développer des arômes de fruits noirs frais. Sa jeunesse se manifeste par une certaine raideur en bouche. C’est peu complexe mais franc et d’une qualité correcte pour son prix.

 

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Villa Blanche, Calmel & Joseph, Marselan 2014 (prix public : 7 euros)

Le seul vin rouge de cette série fermé par une capsule à vis, et aussi un des moins chers, ce qui n’est pas, pour moi, une association bien logique. Présentation moderne avec une touche de classicisme. Le cépage est une introduction relativement récente, issue d’un croisement entre Grenache et Cabernet Sauvignon.

Robe dense, nez sombre et terreux avec des traces de boisé. Ce boisé a bien arrondi les angles en bouche et donne une note un peu sucrée en finale. Vin expressif, relativement intense et qui donne du plaisir dans un style accessible.

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Valensac, Entre Nous, Petit Verdot 2014 (prix public 7,50 euros)

Le cépage n’apparaît pas sur l’étiquette faciale dont le graphisme est moderne. Peut-être que la rareté de ce cépage explique cela? Bouchon synthétique.

Nez assez intense avec un caractère intéressant qui se situe sur le versant animal et sous-bois avec un fond de fruits sauvages. Vin juteux dont le fruit est bien mur. De la matière et de la fraîcheur. Bon vin à un bon prix.

Domaine du Grand Chemin, cuvée JMF 2014 (prix public : 9,20)

Ce vin cache son jeu d’assemblage sur une contre-étiquette. Dommage car il est très singulier, associant Cabernet Sauvignon et Pinot Noir. Curieusement, la fiche produit fournie avec les vins substitue Cinsault au Cabernet, mais aussi bien la contre-étiquette que le site du producteur disent le contraire. Habillage sobre, classique et élégant.

La partie Cabernet domine au nez, mais le vin gagne en allégresse en bouche avec un aspect fluide qui est bien agréable et qui permet au fruité du Pinot Noir de prendre son envol. Bel équilibre d’ensemble dans un vin très gourmand. Prix raisonnable pour cette qualité.

 

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Domaine Condamine Bertrand, Elixir 2014 (prix public : 12 euros ttc)

Bonne présentation, assez sobre; moderne. Les cépages apparaissent sur la contre-étiquette : Syrah, Grenache et Cabernet Sauvignon.

Le nez est marqué par la Syrah, avec des notes de fruits rouges et noirs, ainsi que des épices. En bouche le vin est très juteux, axé autour des fruits noirs avec une jolie sensation de vivacité. Une pointe d’amertume relève la finale. Bon vin.

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Domaine d’Aigues Belles, Cuvée Nicole 2013 (prix public : 12,80 euros)

Belle étiquette, dépouillée, presque minimaliste mais très élégante. Indication des cépages sur la contre-étiquette : Syrah, Cabernet-Sauvignon, Merlot.

Nez fin marqué par le Cabernet Sauvignon. Le boisé est assez perceptible mais il rajoute un degré de complexité intéressant en allongeant aussi les saveurs. Très belle matière pour ce vin qui a du caractère et de la classe pour un prix raisonnable.

Alma Cersius, Terra Patres 2012 (prix public : 15 euros)

Un vin pour les latinistes (combien de divisions ?). La bouteille est terriblement lourde et la contre-étiquette très difficile à lire à cause d’un fond gris. On y décèle péniblement un assemblage entre Syrah, Merlot et Cabernet Sauvignon.

Nez fin avec un joli boisé. La densité sur le palais est un peu épaisse, ce qui signe une certaine ambition mais, avec 4 ans depuis la date de vendange, cela me semble un peu « too much » et la finale est asséchante.

Domaine de Brau, Pinot Noir 2015 (prix public : entre 15 et 20 euros)

La cépage apparait en très grand sur l’étiquette, ce qui est rare, voire unique dans cette série. On capitalise certainement sur le réussite actuelle de ce cépage. L’habillage est moderne dans un style sobre et élégant.

Le vin met en avant sa qualité de fruit, de type cerise amer avec un peu de pruneau. Aussi bien doté en fruit en bouche avec une touche d’amertume en finale qui donne du relief à l’ensemble. Vin très plaisant, un peu cher peut-être.

Mas de Salagou, Cinérite 2013 (prix public : 20 euros)

Même la contre-étiquette ne fournit aucune information au consommateur quant à la composition de ce vin. La fiche produit indique Syrah/Merlot/Carignan, mais le producteur doit estimer que cette information n’est pas utile, alors qu’il inclut un long discours peu factuel. Etiquette un peu vieillotte. Prix assez élevé.

Nez discret de petits fruits rouges avec une touche de fumée. En bouche, texture fine, fruité discret et tannins présents mais peu massifs. Bonne persistance et bon vin.

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Domaine Gayda, Chemin de Moscou 2013 (prix public : 21 euros)

Etiquette moderne, dépouillée et créative par son graphisme. Le nom intrigue, aussi. La contre-étiquette nous informe sur la composition de ce vin : Syrah, Grenache et Cinsault. Prix élevé mais justifié.

Le nez déjà modifie la dimension de ce vin quant à sa complexité par rapport aux autres de la série : puissant, mûr mais équilibré dans l’ensemble, au nez comme en bouche, avec une excellente intégration des tannins. La finale démontre aussi une finesse intéressante. Très bon vin.

 

Les vins blancs (dans l’ordre ascendant de leur prix public)

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Les Costières de Pomerols, Beauvignac Chardonnay 2015 (prix public : 5 euros)

Etiquette classique mais claire, avec le cépage sur une bande à part. Le prix  le plus bas de la série. Le flacon que j’ai reçu n’avait pas de capsule à vis. Pourquoi ? Ah oui, les Français n’aiment pas cela, paraît-il.

Bon vin très bien fait avec un joli fruité qui s’exprime avec gourmandise et fraîcheur. Une bonne affaire pour un vin difficile à critiquer tant il est facile d’accès dans tous les sens du terme !

Domaine La Provenquière, Sémillon Vermentino (prix public : 5,70 euros)

Capsule à vis et assemblage original pour ce vin au prix modeste, presenté avec une étiquette claire et informative.

Joli vin assez parfumé et correctement équilibré. Une légère pointe d’amertume vers le milieu et la fin de bouche donne du relief à l’ensemble et rajoute de la longueur. Très bien à ce prix.

Domaine Mas de Madame, Muscat Sec 2015 (prix public : 7 euros)

Bonne idée d’inclure un Muscat sec dans la sélection. Présentation sobre et élégante, mais il ne faudrait pas mettre cette bouteille claire à la lumière sous peine de voir le vin s’altérer définitivement.

Bien typé muscat au nez. Texture suave en bouche, avec des saveurs de rose et de lychee persistantes. Un vin agréable à petite dose, par son caractère très aromatique.

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Les Hauts de Janiel, Grenache Viognier 2015 (prix public : 8 euros)

Un vin de l’écurie François Lurton qui est le seul de cette série à être obturé par une capsule à vis. Jolie étiquette faciale qui donne toute l’information.

La partie Grenache semble dominer ce vin dont la fraîcheur surprend, vu les cépages. Belle qualité de fruit. Vin très agréable.

Domaines Paul Mas, Mas des Tannes Réserve 2015 (prix public : 11,50 euros)

Le cépage (Grenache blanc) n’apparaît même pas sur l’étiquette. En a-t-on honte ?

Ce vin m’a déçu car il semble pesant, avec une finale liégeuse. Peut-être un problème de bouchon. Mettez des capsules à vis !

Mas La Chevalière, Peyroli, Chardonnay 2013 (prix public : 13,50)

Domaine fondé par Laroche et maintenant dans le large giron d’Advini. Etiquette classique qui indique l’essentiel, bouchon liège.

Assez puissant et gras, le vin est juste tenu en équilibre autour d’une matière mûre mais ferme. Un bon vin commercial, bien fait mais sans éclat et qui vaut plus que le double du Bauvignac.

Collines du Bourdic, Le Prestige 2015 (prix public : entre 8 et 15 euros !)

La fourchette indiquée pour le prix sur la fiche produit me semble très large ! La cépage (Chardonnay) n’apparaît que sur la contre-étiquette.

C’est très parfumé et très boisé dans un registre noix de coco (bois US ?). Cela semble acidifié et il y a aussi de l’amertume présente dans la courte finale. Ce vin ne mérite pas de faire partie de cette sélection, à mon avis.

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Domaine Gayda, Figure Libre, Chenin Blanc 2014 (prix public : 16 euros)

Comme pour son rouge, ce domaine vise clairement un autre marché que celui de masse avec ce vin qui est encore une fois le plus cher de la série. Cette fois-ci on trouve le cépage (une variété peu habituelle dans la région) sur l’étiquette faciale qui joue aussi la créativité par son graphisme.

Peu expressif au nez mais donnant une impression de finesse, ce vin me plait par sa texture suave, son équilibre et sa longueur en bouche. C’est le vin le plus raffiné de la série, mais aussi le plus cher.

 

Maintenant, à vous de choisir…

 

David

PS. Petite victoire du XV de la rose avant-hier soir contre une équipe de France qui méritait de gagner sur l’ensemble de son match, sauf la fin. Mais un match de rugby dure 80 minutes et les anglais on su être patients et appuyer quand les erreurs commençaient à coûter plus cher.

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Deux blancs du Roussillon enthousiasmants

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La semaine dernière, nous sommes allés au Marché aux Truffes de Calce (Pyrénées Orientales); c’était la première fois que je m’y rendais et j’étais très curieuse de voir à quoi il ressemblait ! Ni à celui de Centelles, ni à un marché de la Drôme, comme celui de Richerenches ! Bien plus intime, très bon enfant, très artisanal : ici pas de touristes, pas de problème de parking, l’ambiance était très joviale, détendue, sereine, on était entre nous, tout le monde se connaissait: une vraie réunion de famille ! Si les truffes n’étaient pas très abondantes, à cause de la sécheresse, nous avons pu profiter  de nombreux produits locaux comme des vins de Calce, des  fromages, de l’huile d’olive, du  miel de Tautavel, des charcuteries, des pains spéciaux. La mise en marché des Truffes a eu lieu vers 11h et les 2,5kg proposés à la vente à 1000€ /kg, se sont envolés en un rien de temps.

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Quand je dis que nous avons pu profiter des vins de Calce, j’exagère un peu, car en réalité, il n’y avait que deux domaines présents: le Château Lafforgue et Jean-Philippe Padié – et encore lui n’y était pas. Pas de Gauby, ni de Domaine de l’Horizon, ni de Pithon, c’est vrai que personne n’était venu pour les vins, donc ça n’était pas très grave.

Nous avons quand même acheté des vins du Domaine Padié, car Jean-Philippe fait partie des vignerons que j’aime.

Dans sa gamme de vins, il y a Les Vins de Fruits (Le Tourbillon de la Vie et Calice), Les Vins de Cailloux (Petit Taureau et Exaybachay, un rosé 100% Mourvèdre) et Les Vins de Temps (MiLouise et Ciel Liquide).

Seuls les Vins de Fruits et les Vins de Cailloux étaient à la vente.

Les jours qui ont suivi notre retour, nous avons débouché :

-Le Tourbillon de la Vie 2015

Commercialisée en Vin de France, cette cuvée est un 100% Macabeu sur granits. Un vrai vin de fruit, donc !

J’ai vraiment aimé ce blanc de soif, léger, fruité, mais aussi floral;  quelle fraîcheur et quelle délicatesse, tant au nez qu’en bouche! Cette bouche est à la fois fluide, ronde et grasse, fruitée et fraiche.

Franc, vif, croquant, désaltérant, pas compliqué, mais doté quand même d’une jolie palette aromatique, très gourmand, ce vin fera l’unanimité. Le tout pour 10€. Oui, je sais, c’est un vin de négoce, mais quand ils sont bons, ça ne me dérange pas plus que ça. Et, là franchement c’est le cas.

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Fleur de Cailloux 2015

Comme son nom l’indique, cette cuvée fait partie des Vins de Cailloux, on peut lire sur le site :

«Véritable bouquet de nerfs des trois cépages blancs principaux du Roussillon. Sur des terroirs majoritairement calcaires avec une pointe de schistes. Un petit truc crayeux qui fait saliver et donne envie de passer à table.»

Cet IGP Côtes Catalanes assemble 40% de Grenache Blanc sur argilo-calcaires et marnes, à 40% de Maccabeu sur  marnes et schistes et 20% de Grenache Gris 20% sur marnes calcaires.

Vinification et élevage: Récolte en cagettes (tri à la vigne), pas d’égrappage, pressurage délicat pneumatique direct, débourbage léger,  levures indigènes, fermentations naturelles lentes (alcoolique et malolactique) majoritairement en vieilles barriques de 300 ou 600 litres, élevage sur lies totales sans batonnage ni soutirage jusqu’à la mise.

Ce 2015 offre une belle robe jaune dorée,  très brillante, attirante. Le nez d’emblée s’est avéré très intéressant et complexe, puissant, avec des senteurs d’agrumes, de fleurs et de fruits blancs, il termine sur des épices douces, des notes d’amandes et une touche mielleuse. La bouche est ample et veloutée, assez puissante, avec beaucoup de finesse, dotée d’une belle acidité, l’équilibre est bien là. Le vin est tendu, direct franc, frais, et aromatique : on y retrouve la pomme, les agrumes et sur la finale sèche et persistante, des notes salines.

Le vin est précis, le fruit est pur, c’est un vin parfaitement net, tendu et équilibré qui procure un plaisir immédiat; le tout pour 15€

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Pour mémoire, 2015 un très bon millésime dans le Roussillon.

Le domaine :

Jean-Philippe Padié s’est installé en 2003 sur la commune de Calce; aujourd’hui, le domaine représente plus de 15 ha,  40 parcelles comprenant des vieilles vignes, qui s’étalent sur des sols très diversifiés: marnes noires, schistes, argilo-calcaires, marnes roses et grises argiles rouges. Il a commencé d’abord comme chef de culture au Mas Amiel et ensuite chez les Gauby, justement à Calce. Dans sa méthode culturale, il utilise le cycle lunaire et certaines pratiques et préparations dynamisantes (labours légers, enherbement naturel, tonte estivale, traitements phytothérapeutiques en complément du soufre, pulvérisations biodynamiques) pour traiter ses parcelles, même s’il ne se considère pas, à proprement parlé, purement adepte de la biodynamie. D’ailleurs, il n’a pas de certification. Son but est de créer un équilibre végétal naturel. Les vins sont majoritairement des vins d’assemblage de cépages mais surtout de terroirs. Rien n’est ajouté, rien n’est enlevé, hormis une dose homéopathique de soufre à la mise en bouteille.

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Jean-Philippe Padié

Conclusion :

Quand je bois  les vins de ce domaine, je suis toujours frappée par l’énorme énergie qui s’en dégage!

Des équilibres naturellement frais dans ces vins pourtant méditerranéens

Beaucoup de plaisir en perspective !

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 

 

 

 

 

 

 


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Grappillons quelques bons vins de saison – et abordables!

En cette période ou on ne parle que de « grands vins », de choses chères et parfois rares pour appâter le client, je vais prendre un peu le contre-pied et vous parler de quelques vins plus modestes que j’ai croisé récemment et qui m’ont semblé exemplaires, chacun selon son type et pour des prix abordables. Ce ne sont pas de premiers prix, mais aucun ne dépasse 20 euros la bouteille et le niveau moyen se situe autour de 12 euros. Cela vous fera un repas de fête réussi et peu onéreux, ou si c’est trop tard, une sélection pour les mois à venir, quand vous ne voulez plus vous ruiner. J’ai opté pour une gamme qui peut remplir toutes les cases ou presque d’un repas de fêtes (ou autre): une bulle et un liquoreux, trois blancs et trois rouges. De quoi faire quelques beaux accords avec les mets de saison.

La bulle

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Crémant de Bourgogne, cuvée Vive la Joie 2008, Cave Bailly Lapierre

J’ai dégusté cette cuvée, dans différents millésimes, à plusieurs reprises et j’ai toujours été impressionné par sa plénitude et le plaisir immédiat qui est fournie par ce caractère délicatement fruité qui remplit la bouche et la laisse impatiente pour la prochaine gorgée. C’est presque le prix de certains Champagnes bas de gamme mais sa qualité leur est nettement supérieure.

Prix public environ 13 euros

 

Le liquoreux

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Ninon, Muscat à Petit Grains 2015, Vin de France, Cave d’Alba

Il y a de plus en plus de vins intéressants qui sortent du carcan parfois trop rigide des appellations, et ce vin d’Ardèche en fait partie. Le vignoble a failli disparâitre mais il revit grâce à ce vin très aromatique (on s’en douterait vu le cépage) somptueux par sa texture, presque luxuriant mais parfaitement en équilibre par une belle pointe de fraîcheur.

Prix public 12,50 euros

Les vins blancs

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Muscadet Sèvre-et-Maine, Froggy Wine 2015, Pierre Luneau-Papin

C’est parce que la parcelle s’appelle « Les Grenouilles » que Pierre Luneau-Papin, régulièrement l’un des meilleurs vignerons du Muscadet, a ainsi nommé sa cuvée et j’aime bien la touche d’humour dans le nom et l’étiquette. Je suis fan de ses vins, comme de bien d’autres des meilleurs producteurs de cette appellation si injustement décriée, depuis un moment. Celui-ci peut parfaitement remplir son rôle de rafraichir et d’ouvrir le palais en accompagnant huitres ou autres fruits de mer, mais il est bien plus qu’un somple accompagnateur. Son fruité fin et sa belle rondeur se laissent boire tout seul. Vaut bien des vins blancs plus chers.

Prix public environ 10 euros

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Sauvignon Blanc Spielfeld 2014, E & W Polz, Sud-Steiermark, Autriche

Je trouve que les meilleurs Sauvignon Blancs d’Autriche, qui viennent tous de la Styrie, font partie de plus accomplis des vins de ce cépage au monde. Un verre de ce vin-ci, dégusté au prix de 5 euros dans un bar à vin à l’aéroport de Vienne (et qu’est-ce qu’on attend pour présenter un choix de vins au verre de ce niveau et à ces prix dans les aéroports en France ?), m’a semblé parfaitement illustrer ce propos. Il arrive a combiner l’intensité fruité d’un Sauvignon de Marlborough (NZ) sans l’accent parfois caricaturalement expressif avec la texture légèrement râpeuse mais finement ciselé d’un Sancerre. Le vin est long sans aucune lourdeur. Cela doit être le climat semi-montagneux, combiné à une vinification très précise et un long élevage dans des contenants en bois assez volumineux et pas neufs. Cette dimension tactile qui colle à la langue est une des choses que j’apprécie dans ce vin, outre son équilibre entre fruit et acidité.

prix public en Autriche environ 17 euros : ce n’est pas un premier prix, mais d’autres sauvignons dans la gamme de cet excellent producteur sont disponibles à partir de 9 euros.

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Montagny 1er Cru, Les Bassets 2014, Laurent Cognard & Co

Je ne connaissais pas ce producteur et j’ai reçu cette bouteille en tant qu’échantillon envoyé par une agence de presse. D’après ce que j’ai pu glaner comme information, il s’agit d’un jeune vigneron qui a pu acheter un peu de vignes tout en travaillant comme salarié avant 2006, puis il en a repris d’autres parcelles à la retraite de ses parents qui étaient en cave coopérative. Vendanges manuelles, pressurage douce, levures « indigènes », malos faites et une association de vinification/élevage en cuves et vaisseaux en bois de différentes tailles. En tout cas le résultat m’a semblé très probant, avec un mariage intéressant entre rondeur et vivacité, de la pureté dans les saveurs fruites et une bonne longueur. Heureusement pas de « minéralité » à l’horizon (private joke) !

Prix public : autour de 20 euros : ce n’est pas exactement donné mais cela vaut d’autres blancs de Bourgogne à 30/35 euros

Les vins rouges

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Beaujolais Nouveau, cuvée Vieilles Vignes 2016, Pierre-Marie Chermette

Ce producteur (ci dessus, montrant qu’il ne mouille pas que sa chemise pour faire ses vins), qui fait aussi d’excellents vins dans les crus Brouilly, Fleurie et Moulin-à-Vent, produit chaque année ce qui sont pour moi des vins exemplaires du type primeur issu de l’appellation Beaujolais. Là aussi on a le choix entre différentes cuvées : Les Griottes et Vieilles Vignes. Cette année j’ai acheté et bu une bouteille de la deuxième cuvée, peu de temps après la sortie de ces vins. Ce vin m’a enchanté par son fruité très croquant, son allégresse sur la langue et l’impression de joie de vivre (et de boire) qu’il m’a transmis instantanément. Et il a tout ce qu’il faut pour tenir encore un an si jamais cela vous inquiétait.

Prix en boutique à Paris: environ 8 euros.

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Côtes du Roussillon Mas Baux, Grand Red, 2015

Pas la première fois que j’apprécie les vins de ce très bon producteur non plus. Sur le plan stylistique, c’est bien évidemment très différent du précédent, plus riche mais également très fruité et gourmand à souhait mais avec la dimension chaleureuse qui parle de ses origines sudistes en plus. Beaucoup de vin pour ce prix.

Prix public : 8,50 euros

 linsoumiseDes jeunes couples qui font d’excellents vins très abordables à Bordeaux, cela existe et ce n’est pas rare du tout. Que les « non-pensants » arrêtent avec leur stupide « Bordeaux bashing » ! 

Bordeaux Supérieur, Château l’Insoumise cuvée Prestige 2014

Voulez-vous du classique et du pas cher ? Voici un parfait exemple que j’ai choisi récemment à l’aveugle parmi 25 vins de cette appellation et dans ce millésime. C’était un de mes trois vins préférés de cette série et le moins cher des trois. Il vient de la région de Saint-André de Cubzac (rive droite) et son assemblage donne une part moins important au Merlot que la plupart de ses concurrents: 60% pour 35% de Cabernet Sauvignon et 5% de Cabernet Franc. Le résultat est un vin droit, net et très classique au nez avec un boisé encore présent dans un ensemble relativement puissant et structuré mais sans aucun excès. C’est clairement du Bordeaux et c’est très bien fait.

Prix public 8 euros

Bonnes fêtes, ou ce qu’il en reste

David Cobbold


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Magie noire

Cette modeste bouteille – du moins modeste par la taille – m’a été offerte il y a bien longtemps par le dénommé Hervé Bizeul. Quand ? À dire vrai, je ne sais plus. Si ce n’est que je crois bien que c’était peu avant son installation en Roussillon. Avec son ami Jérémy Gaïk, alors directeur du Mas Amiel, bien avant l’arrivée d’Olivier Decelle, l’actuel propriétaire de ce domaine légendaire, en bon ancien sommelier fan de vins doux naturels, Hervé s’était fendu d’une cuvée dédiée à la magie du chocolat. Je pense que le Salon du Chocolat à Paris fut, à l’époque, l’événement fondateur de cette cuvée aujourd’hui rangée dans les oubliettes de l’histoire du vin.  Le grenache noir et le schiste au service du chocolat, voilà ce qui, à mon humble avis, excite le plus l’esprit et les papilles du dégustateur forcément « averti » qui, comme chacun sait en vaut deux.

wp_20161103_010Ah, l’éternel imbroglio des mariages ! Pourquoi diable un Maury tiré d’une cuve parmi d’autres devient un super champion lorsqu’il affronte le chocolat, le vrai, le tannique et fort en gueule ? Est-ce le grenache, le schiste, le soleil, la maturité, l’âge des vignes ? Fichte, je n’en sais rien et d’ailleurs peu importe puisque les trois quarts du temps la rencontre entre les deux protagonistes procure éclats et merveilles de sensations. Pragmatique, mais aussi un tantinet rêveur, tout en étant un rien perfectionniste Hervé Bizeul avait-il imaginé ce vin en songeant peut-être au graal du mariage parfait ? Nul ne le sait. Pourtant, force est de constater que, comme à son habitude, le bougre avait raison. Et j’ai pu le remarquer par la suite, à l’époque, quand le vin était aussi jeune que noir, cette union franche et massive marchait formidablement bien.

L’expérimentation me paraissait novatrice, même si tout dégustateur bien informé savait déjà que Maury, Rivesaltes et Banyuls étaient de ces breuvages capables de prouesses sur le chocolat, y compris dans la rencontre avec des formules-uns fort cacaotées que l’on dénichait déjà chez Valrhona à Tain-L’Hermitage ou chez le sorcier en la matière, Robert Linxe à Paris, un homme depuis décédé. Bref, j’avais goûté et apprécié ce Maury dans le style vintage et j’en avais même fait écho dans je ne sais plus quelle revue. Par ailleurs, le flacon était tellement beau et moderne dans son étiquette remplie de mots évocateurs (tout le monde le fait aujourd’hui…) que je m’étais promis de le déguster de nouveau un jour. En attendant, il trônerait en bonne place dans un petit recoin du décor ma cave, pour le simple plaisir des yeux.

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Jusqu’à ce soir où, pour accompagner un dessert surprise créé par mon épouse, Brigitte : des rondelles de banane, une crème fraîche légèrement fouettée, des canneberges en quantité, des brisures d’un chocolat fourré aux zestes d’orange confite et d’un autre très noir (85 % de cacao) tous deux signés Michel Cluizel à Paris, j’ai craqué. Aujourd’hui, toujours noir de robe, à peine tuilé, nez épicé, mon Maury a conservé la puissance nécessaire, un aspect brut de décoffrage proche d’une sensation de rusticité, ce qu’il faut de suavité et d’onctuosité, l’étonnante saveur cacao bien ancrée dans le palais, le fumé, les épices, le moka, le fruité confit (raisins secs, cerise) et les tannins qui frétillent d’impatience à l’idée d’affronter un tablette ou un gâteau le plus chocolaté possible. De plus, sans parler de la longueur, une agréable et légère amertume vient renforcer la sensation de fraîcheur en bouche. On lui donnerait des forêts de cacaotiers sans confession tant il est taillé pour le job. Bref, du grand, du beau, du pur qui suggère aussi la dégustation d’un beau havane.

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Je l’ai déjà dit ici, l’AOP Maury – pour le moment excitée par sa production de rouges « secs », un peu comme à Rasteau d’ailleurs -, regorge de ces cuvées presque basiques dans leur conception, des « vintages » si peu en contact avec le bois qui trop souvent, faute de préparation et de réflexion, vient détruire tout le travail d’une belle vendange. Les prix de ces vins de méditation sont encore abordables et si l’on prend la peine de les attendre à l’abri de toute lumière, bouteille debout si possible afin d’éviter de désastreux goûts liégeux (il suffira tous les 3 ou 4 mois de retourner le flacon pour que le vin humecte le bouchon), on pourra s’attendre au bout de dix ans au moins à un long et dépaysant voyage oriental en dégustant quelque chose d’unique et de magique, un vin original que les vilains étrangers ne nous piqueront pas comme cela a pu se faire avec le Porto ou le Jerez. Mais gare aussi chocolat, capable à la fois de prouesses gustatives et de désastres ! À l’approche des fêtes, il convient de bien le choisir et de refuser tout achat de grandes marques à prix sacrifiés ou non.

Quant au vin, à défaut de l’acheter au Mas Amiel, un endroit hors du temps à 30 minutes de Perpignan où l’on trouve un délicieux Vintage Réserve 2015 (autour de 20 €) ainsi qu’une collection de vins doux « oxydatifs » qui ont aussi leurs mots à dire sur des desserts cacaotés, je vous soumets ce petit calcul d’épicier : sachant qu’un flacon de Maury « Grenat » 2015 s’achète 8 € à la cave coopérative fondée en 1910, que l’on ajoute à une tablette de Valrhona « Abinao«  (85% cacao) à 3,95 €, on débourse 11,95 € pour une dégustation à quatre personnes ! Bien sûr, pour corser la chose on pourrait dépenser plus en ajoutant par exemple quelques chocolats de crus de Valrhona. Force de reconnaître que se farcir une belle dégustation pour moins de 12 € c’est plutôt rare ! Et c’est plus utile pour le goût que se coltiner une primaire électorale lors d’un beau dimanche automnal.

Michel Smith

Hervé Bizeul, pour ceux qui l’auraient oublié, est le fondateur et l’animateur du mythique Clos des Fées dans le Roussillon.

-Pour les nostalgiques : Black Magic Woman de Carlos Santana. Ça marche bien aussi sur un Maury

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Collioure et Banyuls, c’est la fête (1/2)

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Non, je ne dis pas que c’est la fête tout le temps dans ces terres de vigne et de garrigue si dures, si pentues, baignées par la mer en bas mais secouées par le vent partout, où le soleil comme la sécheresse peuvent être aussi impitoyables que les pentes et les pierres. Ni que ces vins, qui le méritent pourtant, soient sollicités par consommateurs, revendeurs ou importateurs du monde entier au point que les producteurs ne sachent plus comment répartir leurs flacons.

Mais, une fois par an, la petit ville de Banyuls, qui compte moins de 5.000 habitants, organise une fête des vendanges formidable qui est une ode à la vigne, au vin et au partage et qui est remarquable pour plusieurs raisons. Je crois bien que j’en ai déjà parlé ici, il y a quelques années, mais je vais redire mon admiration pour cet événement aussi populaire qu’exemplaire dans sa tenue. Bandas et bikers, élus et bourgeois, commerçants et artisans, vignerons et consommateurs, jeunes et vieux se côtoient paisiblement dans un joyeux bordel qui trouve naturellement son modus vivendi  sur une plage de sable gris et galets remplie de 15.000 humains de tous âges et de toutes tenues rassemblés pour fêter le vin, en mangeant et en buvant ensemble. Cela se passe un dimanche d’octobre chaque année depuis 21 ans. Que les ayatollahs du sans-joie passent leur chemin et se taisent. C’est la vie et vous n’allez pas l’arrêter.

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On m’a fait l’honneur cette année d’être le parrain de cet événement. Je ne sais pas trop pourquoi et je ne me sens pas obligé d’en parler pour autant. Mais cette affaire me touche profondément. Je voulais aussi donner à ce déplacement un manteau de respectabilité en demandant à l’inter-profession de m’organiser, le vendredi avant le weekend de la fête, une large dégustation des vins de la zone : ce qui fut fait et dans les règles de l’art, c’est à dire à l’aveugle, dans de bonnes conditions et avec des vins bien répartis par type et à bonne température. Qu’Isabelle Blin-Moly en soit ici remerciée.

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Place aux vins!

Maintenant, place aux vins! On le sait peut-être, mais les appellations Collioure et Banyuls recouvrent la même zone, la première pour des vins secs des trois couleurs et l’autre pour des vins mutés de presque tous les types et couleurs. Les vins dégustés étaient issus de deux types de vins secs (Collioure blanc et Collioure rouge), puis de trois types de vins mutés (Banyuls Rimage, Banyuls Traditionnel et Banyuls Grand Cru). L’aire de l’appellation si situe entre mer et montagne, autour des villes portuaires de Banyuls, Cerbère, Collioure et Port Vendres, le long de la côte rocheuse. Cette semaine je vous parlerai uniquement des vins secs, donc de l’appellation Collioure. La semaine prochaine sera consacré aux vins mutés, aux différents types de Banyuls, donc.

L’ordre de mes vins préférés n’indique aucune hiérarchie, mais simplement l’ordre de la dégustation. Et je n’ai sélectionné que ceux qui me semblait émerger au-dessus des autres. Si jamais vous vous étonnez du nombre de vins produits par Terre des Templiers dans cette sélection, il faut savoir que cette cave coopérative vinifie environ trois quarts des raisins des deux appellations, et travaille très bien aussi. La dégustation était totalement à l’aveugle, bien entendu, et n’étaient présents que les échantillons que les producteurs ont bien voulu envoyer.

Collioure blanc (19 vins dégustés) : mes 4 vins préférés

Domaine de la Casa Blanca 2015

Grenache gris et Grenache blanc à parts égales, fûts et cuves à parts égales (Prix public : 20,00 euros)

Allègre et fin, ce vin délié masque au premier abord une très belle longueur que est accompagné de beaucoup de fraîcheur. L’expression est aussi directe que nette et l’équilibre est une réussite.

Terre des Templiers, Les Schistes de Valbonne 2015

Grenache gris 65%, Grenache blanc 15%, le reste étant composé de Marsanne, Roussanne et Vermentino. Fermentation de 2/3 du volume en demi-muids de chêne neuf et d’un vin. (Prix public : 15,80 euros)

Un vin relativement complexe, long et harmonieux dont la belle intensité termine sur une note plus ferme et apporte beaucoup de longueur. Très beau vin à ce niveau de prix.

Domaine Madeloc, Penya 2015

Grenache gris 70%, Vermentino 30%, en barriques pendant 15 mois (Prix public : 23 euros).

Je ne sais pas si cela est en partie attribuable à ce flacon (et donc au bouchon qui ne fait pas bien son travail) mais le nez m’a paru assez oxydatif. Le vin a une très belle richesse en bouche en revanche. Il m’a semblé du coup aller vers une position intermédiaire avec les vins mutés et oxydés. Intéressant dans un style à part.

Terre des Templiers, Premium 2015

Grenache gris 100%, sur lies fines et sous bois, pièces ouillées et bâtonnées (Prix public : 30,80).

Nez splendide, d’une grande précision avec de la finesse. La même chose en bouche. Un vin aussi complexe que précis, long et salivant, vraiment excellent. Le prix est élevé mais justifié

 

Collioure Rouge (31 vins dégustés) : mes 7 vins préférés

Terre des Templiers, Terres des Oms 2015

Grenache noir 50%, Carignan 35%, Mourvèdre 15%, vinification en cuve (Prix public : 20,50 euros).

Vin assez dense et charnu mais dont l’intensité produit aussi de la longueur en bouche. Un très bon vin qu’il vaut mieux attendre 2 ou 3 ans.

Terre des Templiers, Premium 2015

Syrah 30%, Mourvèdre 30%, Grenache Noir 30%, Carignan 10%, en fûts de chêne neufs et d’un vin pour 70% de l’assemblage, travail des lies. (Prix public : 30 euros)

Nez harmonieux. Vin alerte et juteux en bouche avec une belle fraîcheur. Les tannins émargent ensuite mais l’équilibre est bien là. Je pensais, à l’aveugle que s’agissait du même producteur que le dernier blanc de ma sélection : bonne pioche !

Domaine de Traginer, cuvée d’Octobre 2014

Grenache 25%, Carignan 25%, Mourvèdre 25%, Syrah 25%, en barrique pendant 14 mois (Prix public : 20,00 euros)

Intense et presque noir, à l’œil comme au nez. En bouche aussi juteux que rond, avec une qualité de fruit resplendissante. Un vin intense mais frais, succulent sur toute la ligne. J’aime beaucoup ce style.

Clos Saint Sébastien, Inspiration Marine 2015

Grenache noir 90%, Mourvèdre 10%, pré-fermentation à froid, macération pendant 4 semaines puis élevage pendant un an en foudres. (Prix public : 25,00 euros).

Un vin intense, structuré et tannique dans une style austère qui nécessitera de la garde. Belle longueur pour ce beau vin impressionnant.

Clos Saint Sébastien, Inspiration Céleste 2014

Grenache noir 90%, Mourvèdre 10%, pré-fermentation ç froid, macération pendant 4 semaines puis élevage pendant un an en foudres. (Prix public : 25,00 euros)

Deuxième vin sélectionné de ce même producteur, au même prix et avec une vinification proche. Dans le millésime précédent, et avec une autre cuvée, le registre est similaire mais avec peut-être encore plus d’austérité dans le style. Un beau vin qui nécessitera quelques années de garde.

Terre des Templiers, Prestige 2014

Syrah 65%, Grenache Noir 15%, Carignan 15%, Mourvèdre 5%, macération pré-fermentaire à froid, macération de 30 jours, futs neufs et travail sur lies. (Prix public : 35,50 euros)

Peut-être le plus beau vin de cette série de Collioure rouge. Le nez est très typé syrah. Une qualité de fruit magnifique et beaucoup d’intensité, comme de la longueur. Il faudra l’attendre un peu mais tout est là.

Domaine Madeloc, Crestall 2013

Mourvèdre 50%, Syrah 50%, macération pré-fermentaire à froid, vinification en inox et extraction douce, élevage pendant 18 mois en barriques neuves. (Prix public : 23,00 euros).

Un vin lisse et élégant. Sa texture soyeuse et son harmonie globale font très plaisir. L’intensité est là et la longueur en bouche aussi. Très beau vin à un prix raisonnable pour cette qualité.

David

Et à la semaine prochaine pour les Banyuls….


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Pragmatisme, optimisme, les deux mamelles du vin

D’accord avec la plupart d’entre vous sans doute pour dire que ces mots en «isme» il conviendrait de les fuir. Panurgisme, puritanisme, intégrisme, dogmatisme, évangélisme, laïcisme, bouddhisme, chauvinisme, paganisme…et tant d’autres encore. Parfois, quand je les entend j’ai envie de mettre ma veste par dessus la tête. Alors, me direz-vous, à quoi bon s’en servir dès le titre, revenir dessus en accroche et tout le long d’un article ? Toute la question est là, merci de la poser aussi clairement. Je pourrais dire que c’est pour faire travailler vos méninges, en particulier celles de nos chers Truc & Charlier, célèbres duettistes commentateurs de la Toile, mais ce serait trop facile.

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Trève de taquineries, commençons donc par le début.

Des deux explications livrées par mon Larousse virtuel concernant le pragmatisme – « doctrine qui prend pour critère de vérité le fait de fonctionner réellement, de réussir pratiquement » et « Attitude de quelqu’un qui s’adapte à toute situation, qui est orienté vers l’action pratique » -, je préfère la dernière qui évoque le mouvement, une prise de conscience qui va si bien avec le fait de se bouger, de se remuer, de ne pas en rester en l’état actuel des choses, de voir quelque chose de positif même dans l’échec. Là, je retrouve avec bonheur la sagesse vigneronne, son bon sens paysan (je sais, ça fait un peu pétainiste, mais c’est tellement vrai…), sa conscience humaine qui le guide vers la sage prise de décision, vers le passage à l’acte, vers l’avenir aussi. Votre vigne est attaquée par plus fort qu’elle, de façon massive qui plus est, point n’est besoin de rester là planté, comme désarmé. Votre sens du pragmatisme vous dicte l’action. La même vigne vous a livré de magnifiques raisins et c’est l’optimisme qui pointe le bout de son nez vous redonnant une sacrée dose d’espoir.

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Pourquoi je vous entretiens de ça ? Encore un sujet qui n’a ni queue ni tête, me reprocherez-vous à juste titre peut-être ! Or, l’actualité récente, les épisodes de grêle, par exemple qui furent nombreux sur le vignoble de la Champagne au Pic Saint-Loup en passant par le Beaujolais et la Charente, ont cette année comme les années précédentes joué beaucoup sur la conscience vigneronne, sur son moral. Certains refusent d’envisager ne serait-ce qu’un étude sérieuse sur le coût d’une assurance alors qu’il y a à portée de la main des experts dans les chambres d’agriculture ou les interprofessions capables de les conseiller, qu’il est possible d’obtenir de l’aide, de se grouper, d’intervenir parcelle par parcelle. Puis on remet à plus tard la réflexion. Pendant ce temps, une viticultrice de mes amies, du côté de Saint-Chinian, probablement plus pragmatique que les autres, ne s’est pas posée trente six mille questions : plutôt que de se réveiller un jour au bord de la ruine – il n’y a rien de plus désolant qu’une vigne hachée par la grêle -, elle est assurée depuis des années, en paie certes le prix assez élevé (il y a moyen de négocier, dit-elle), mais peut ainsi dormir sur ses deux oreilles. Et quid de la perte de récolte due à la sécheresse ? Au moins 30 % en moins en moyenne dans nos vignobles sudistes, sans parler des autres. Là aussi il doit y avoir moyen d’exercer son sens du pragmatisme. Comme ces vignerons qui depuis des années ont installé un réseau de goutte à goutte dans leurs rangées de vignes. En respectant à la lettre la législation, en prenant le sujet à bras le corps, en entrecoupant des informations entre eux, en dialoguant avec les techniciens, ils sont arrivés à équiper les parcelles qui souffrent le plus souvent et à garantir une vraie régularité dans leur production.

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Beaucoup de ces chefs d’entreprises (n’oublions jamais que les vignerons sont des patrons) ne tergiversent plus lorsqu’il faut aller à un salon en Allemagne ou au Brésil pour ouvrir un marché auquel on croit dur comme fer. Pas question d’hésiter, il faut foncer. N’est-ce pas Hervé Bizeul, fierté du Roussillon qui naviguez par monts et par vaux pour faire connaître de grands vins par avance dépréciés simplement parce qu’ils sont rattachés au Sud, autrement dit au trou du cul de ce bas monde ? Regardez le succès commercial de cette coopérative du Gers dont David, moi-même et nos camarades vantons ici même l’enthousiasme. Si c’est pas du pragmatisme et de l’optimisme (certes gascon) ça, alors je me damne ! La Chine ne leur fait pas peur, le monde entier non plus. On pourrait dire la même chose sur la famille Grassa dans leur vaste Domaine du Tarriquet qui, plutôt que de rester le cul sur leur chaise à critiquer les autres, plutôt que d’accuser notre bureaucratie et de taper sur l’incompétence légendaire de nos politiciens, ont préféré se lancer dans un modèle de production qui fait aujourd’hui école.

wp_20160823_006Alors que tout va mal si l’on s’en tient aux vicissitudes de l’actualité, des gens déterminés, des vignerons décidés à faire de très bons vins tout en restant originaux nous en connaissons une flopée aux 5duVin que ce soit en Provence, dans le Roussillon ou ailleurs. Comme au Domaine la Casa Blanca sis à Banyuls-sur-Mer où, après avoir labouré péniblement à l’aide d’une mule – efficace sur du plat, la traction animale ne l’est plus du tout en zone de montagne -, les trois propriétaires de ce domaine de 8 ha se sont inspirés de méthodes plus pragmatiques pratiquées en Suisse, en Italie et dans le nord de la Vallée du Rhône, à savoir le treuil mobile qui se déplace horizontalement en haut du coteau et qui aide le laboureur à remonter chaque rang en tirant sa charrue. Résultats : c’est plus rapide, moins épuisant, moins cher, moins compliqué, plus efficace ! Quitte à se débarrasser des murettes qui font le charme des anciennes vignes. Et que dire encore de ce vigneron génial du Mâconnais, Marc Guillemot, véritable touche-à-tout qui n’hésite pas à faire des pieds et des mains pour retrouver les données techniques d’un vieux tracteur récupéré dans une vente ? Ben oui, un vieux tracteur sauvé de la casse c’est toujours utile par les temps qui courent. Et le gars ne s’arrête pas là : système de récupération de l’eau de pluie pour ses préparations en biodynamie, distillerie, jardinage, rien ne lui échappe !

Pour finir, on peut mettre bien des choses positives sur le compte du pragmatisme. Ainsi, il est de notoriété publique que dans mon devoir d’informer, je soutiens becs et ongles les initiatives locales, très souvent bénévoles, destinées à rassembler du monde autour du vin. Bien loin de ces déjeuners de presse huppés ou ces dégustations mondaines organisées à grands frais dans un hôtel de luxe de Londres, Milan ou Paris, bien éloigné aussi des coûts démentiels soulevés par de vastes campagnes de pub, il n’y a rien de tel que l’union entre vignerons d’un même courant, d’une même appellation, dans un projet festif et promotionnel destiné à rehausser le moral des troupes tout en attirant les amateurs, les vrais, c’est-à-dire ceux qui achètent du vin plutôt que ceux qui goûtent du bout de la langue en se plaignant sans cesse de ne pas être traité comme des stars.

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Un parfait et très inattendu exemple de cette unité pour la cause commune m’en a encore été donné l’autre jour par l’équipe du Minervois. Cela se passait sur les bords du Canal du Midi, à Homps plus précisément, là où s’arrêtent de nombreux adeptes du tourisme fluvial, à deux pas de la Maison des Vins du Minervois où l’on trouve de réelles pépites à prix départ propriété. En cette période de chaleur intense qui a marqué le début du mois de Septembre, il y avait foule pour participer, sur deux jours, à la seconde édition de Tastes en Minervois. Plus de quatre vingt vignerons, la plupart en vendanges ou en passe de l’être, avaient accepté de donner de leur temps, de se mélanger grands ou petits confondus et de jouer la règle du jeu qu’ils ont eux même élaborée qui consistait à présenter et faire déguster une cuvée (seulement) de leur choix à un public payant venu là en famille ou en bande d’amis.

Une organisation du tonnerre (parkings balisés, sanitaires, espace pour « pitchounets », orchestres, animations, température des vins) mobilisée pour recevoir environ 7.000 visiteurs, dont beaucoup d’étrangers, venus goûter les mini plats concoctés selon des thèmes précis par quatre chefs émérites qui, eux aussi, ont fait un boulot remarquable. Ce moment festif était bien entendu payant (15 €) avec les vins « à discrétion » comme on disait jadis, et il faut souligner que les vignerons présents n’étaient pas là pour vendre, mais plus pour partager l’événement et communiquer le plus possible sur leur métier. Le but final étant de montrer qu’une appellation aussi vaste et variée que celle du Minervois pouvait se rassembler, faire corps et donner l’image d’une réelle unité, l’image d’une appellation dans l’action.

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Vous en conclurez peut-être sournoisement que je me suis laissé embarquer par je ne sais quel enthousiasme à propos d’un communiqué de presse bien rédigé et vous aurez grand tort. Peut-être aussi trouverez-vous que je suis d’une naïveté décidément déconcertante, voire incorrigible. Pourtant, je ne puis m’empêcher de constater que pour exister dans la masse (j’allais écrire la nasse !) du Languedoc viticole ou d’une autre région, il faut non seulement se distinguer, aller vers le public, festoyer avec les amateurs et montrer cet aspect positif, enthousiaste, inventif, jeune et moderne du vin, sans pour autant faire dans le blingbling. Le Languedoc le fait en précurseur depuis longtemps avec ses randonnées dégustations inspirées par Slow Food dans différents terroirs qui rencontrent chaque été un succès franc et massif. Pour en arriver là, vous pouvez me croire, surtout dans un monde qui noircit tout, il faut une bonne dose de pragmatisme. Et d’optimisme  !

Michel Smith


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A Trouillas, le « meunier » ne dort pas!

Au Domaine de La Meunerie, Stéphane Batlle a produit son premier millésime en 2014. Et voilà qu’à la faveur d’une dégustation de nouveautés d‘In Vino Veritas, notre panel  sélectionne ses trois cuvées de rouge! Trois 2015. Voilà qui méritait bien un portrait…

Enfant du pays, Stéphane Batlle s’est installé à Trouillas, au cœur des Aspres, parce qu’il savait pouvoir y faire de belles choses. Son parcours (lycée agricole, stages en Bourgogne et dans diverses régions de production) ne l’a jamais emmené très loin de la viticulture, mais avec ce domaine, il avait la possibilité de voler de ses propres ailes. Cela ne s’est pas fait en un jour ; ses 17 ha, il les a achetés petit à petit, en suivant notamment une belle veine d’argile rouge ferreux qui est une des spécificités de la commune.

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A la Bourguignonne

6 ans d’efforts plus tard, il se retrouve à la tête d’un bon nombre de cépages – Carignan, Grenache Gris, Mourvèdre, Syrah, Grenache Noir… et d’un beau patchwork de parcelles; dont une de vignes centenaires.

Cela ne le gêne guère, car c’est sa philosophie que de travailler « à la bourguignonne », au plus près de ses vignes, de les soigner aux petits oignons, et de les vinifier à la carte, avec pour chacune, sa recette, fruit de son expérience ou de son goût pour l’expérimentation.

Son slogan, c’est «l’empreinte du temps».

On jugera du bien-fondé de la démarche avec nos trois coups de cœur…

 Carignan

IGP Côtes Catalanes Carignan 2015

Il n’est pas si facile de faire un vin dit facile – je veux dire, séduisant, enjôleur, d’un plaisir immédiat. Ce 100% Carignan a subit une macération préfermentaire à froid (8°C, il faut avoir une bonne capacité frigo) et 3 semaines de cuvaison.

Caruso

Côtes du Roussillon Caruso 2015

Pour cette cuvée robuste, il fallait un nom qui ait du coffre : ce fut Caruso. Une polyphonie où l’on reconnaîtra les voix du Grenache Noir, de la Syrah, du Mourvèdre et du Carignan, qui apportent qui leur fruit, rouge, qui leur fruit noir, un peu de laurier, et même du fumé. Le vin n’a vu que la cuve, pourtant.

Réminiscence

Côtes du Roussillon Réminiscence 2015

Deux cépages seulement pour cette cuvée : syrah et mourvèdre.

Floral, gourmand, puissant mais frais – si c’est minéral, c’est sans doute ferreux. Le panel a également apprécié les très beaux tannins et les subtiles notes de moka.

Réminiscence de quoi, au fait ? De plein de beaux accords gastronomiques à venir – on pense à du sanglier, par exemple…

Et aussi…

Stéphane propose également deux cuvées de blancs (un 100% Grenache Gris, L’Argenta Brillo, et un assemblage chardonnay grenache gris, l’Impromptu Blanc).

Les deux se présentaient malheureusement dans une phase délicate (notes de levure de bière). Mais un peu d’aération et/ou de patience devraient permettre d’en venir à bout, car rien ne permet de penser que le vigneron soit moins attentif à ses blancs qu’à ses rouges…

Domaine de la Meunerie, 32 avenue du Canigou F-66300 Trouillas

Tél : +33 6 15 31 70 19

contact@domaine-meunerie.fr

http://www.domaine-meunerie.fr/

 

Hervé Lalau