Les 5 du Vin

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Des pierres de la Préceptorerie naquirent des fleurs !

Cette cuvée au nom si «magique» est un Rancio sec !

Le Rancio sec est certes un vin rare, mais il n’a rien de miraculeux :  il représente juste un savoir-faire local très ancien. Et il aura fallu toute l’imagination poétique de Pierre Parcé pour imaginer le nom de cette cuvée!

La tradition voulait que les vignerons laissent évoluer une barrique en milieu oxydatif, sans ouillage, pendant plusieurs années (la bota del reco) ; c’était le tonneau perpétuel qu’ils remplissaient de vin nouveau quand ils en soutiraient une partie. Le processus oxydatif développe des arômes complexes et protège le vin. Pour évoluer favorablement, il doit avoir un degré d’alcool élevé. Ces derniers temps, ce «vi ranci», comme on l’appelle chez nous, était en voie de disparition faute d’existence légale et réduit au statut peu valorisant de vin de table. Dans les années 80/90, seule une poignée de producteurs en proposait !

C’est à ce moment que Slow Food s’y est intéressé, créant avec le rancio sec en 2004, la première de ses Sentinelles françaises, c’est-à-dire un produit à sauvegarder et à promouvoir au nom de la biodiversité et du patrimoine. Résultat, il semble connaître aujourd’hui une petite renaissance, même si les vignerons qui produisent ces vins hors du temps sont très peu nombreux : une trentaine, répartie entre le Rivesaltais, la Côte Vermeille et Banyuls. Pour les soutenir, l’association des producteurs « Les rancios secs du Roussillon » a été constituée en 2004.  Le Rancio jouit depuis 2011 de l’IGP Côtes Catalanes et Côte Vermeille (Banyuls, Collioure) avec la mention Rancio sec. Réalisé à partir de raisins surmuris, qui vont au bout de leur fermentation alcoolique: il ne doit contenir aucun sucre résiduel, il est élevé en mode oxydatif comme les vins mutés, faisant intervenir des chocs thermiques dans des contenants divers : barriques, tonneaux, foudres, bonbonnes, dames-jeanne, amphores, cuves… » et, ne peut être mis en vente que cinq années après la récolte. Tous les cépages du Roussillon peuvent rentrer dans la composition des rancios secs, mais la plupart sont réalisés à partir des grenaches blanc, gris ou noir, du maccabeu ou du carignan. Quelle que soit la couleur de départ, ces vins témoins de la culture vinicole du Roussillon, évoluent le plus souvent vers une couleur ambrée commune.

La Préceptorie, sur les schistes noirs de Maury, fait partie de ces quelques domaines qui proposent une ou plusieurs cuvées «confidentielles» de Rancios secs.

Quelques mots sur le domaine !

La Préceptorie est née en 2001, d’une rencontre des familles Parcé et Legrand, du domaine de La Rectorie à Banyuls, avec des vignerons vivant à Maury. Toutes ses vignes se situent sur l’aire d’appellation Maury; la cave, elle, est installée dans un village anciennement nommé Centernach, qui abrita une ancienne possession templière d’où le patronyme. Joseph Parcé s’est retrouvé à la tête du domaine, qui s’étend aujourd’hui sur 26 hectares en bio (il a été certifié en 2013).

C’est un gars à part, aussi original qu’intelligent ; il y a fait du très bon travail, il a tout donné de lui-même, trop peut-être. Les vins qui en sont issus sont tous très personnels, un peu sauvages, ils lui ressemblent ! Mais voilà, il a craqué, je vous livre la lettre envoyée par ses frères à l’occasion des vœux 2017 : «Notre frère Joseph quitte la Préceptorie. Trop dur, trop de pression, trop de souci, pas assez de vie en famille. Nous, les plus jeunes, Martin, Augustin et Vincent n’avons pas manqué d’intervenir, d’être prêts. Nous reprenons les rênes, la marche continue. Notre frère va pouvoir se reposer, nous sommes là. Discret, plus en retrait, un peu derrière et bienveillant, Marc, notre père, lui aussi est là…L’aventure continue de plus belle avec le même amour… Avec la même volonté de mettre l’humain, l’écologie humaine, en devant du seul souci de la rentabilité, de la gloire et des honneurs. S’inscrire dans le temps, lentement. Ensemble. Avancer avec l’ensemble de nos qualités, de nos faiblesses, de nos dons.» Martin, Augustin, Vincent & Marc Parcé.

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Joseph Parcé Photo Mihel Smith

Le vin: « Des Pierres de la Préceptorie naquirent des fleurs » :

  • Il est issu de 30% de grenache gris – 30 % de grenache blanc – 40 % de macabeu surmûris.
  • Il est sec parce qu’il a entièrement achevé sa fermentation, que tout son sucre a été transformé en alcool.
  • Et rancio parce qu’il a été élevé en milieu oxydatif : 7 ans dans de vieux fûts en bois sans ouillage.

Comme la tradition le veut, je l’ai servi à l’apéritif pour accompagner des anchois de Collioure (qui ne sont plus de Collioure, mais qui y sont transformés) et du Jabugo. Et, ce fût un vrai bonheur !

Sa robe est brillante avec des reflets ambrés. Le nez est magnifique, puissant, marqué noix, térébenthine, torréfaction, café, cacao avec des notes de tabac blond, et une pointe iodée. La bouche, se développe ensuite en vivacité et puissance, elle regorge d’épices et de fruits confits. D’une très belle longueur, il s’en dégage une impression d’élégance, elle est fraiche, malgré ses 18,5º d’alcool, équilibrée ; elle s’exprime avec sensualité et finesse-Un grand moment ! Il y a des vins de linéaires et des vins de commentaires, les Rancios font partie de cette dernière catégorie ! Dégusté en fin de repas, il appelle le cigare !

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Prix : 20 € les 50 cl.

Avec quoi marier ces vins d’exception que sont les Rancios Secs ?

Les Rancio sec peuvent se servir à l’apéritif sur des anchois, des jambons de caractère ; des jabugos, et même des gambas ! Ils peuvent résister à un fromage puissant comme un vieux comté, un vieux Manchego, un Stilton, ou encore une vieille tome de brebis accompagnée d’une pâte de coing, des petits fromages de chèvre sec, un fromage de chèvre affiné quelques mois avec du miel de thym, ou, sur un dessert au chocolat noir et bien sûr il pourra se déguster à la fin d’un repas avec ou sans cigare.

Je m’en sers beaucoup en cuisine pour lier les sauces, déglacer des viandes ou des noix de Saint-Jacques. Il m’est indispensable au moment de cuisiner une langouste à l’armoricaine, un homard, un Suquet ou encore un civet.

Il a en outre la particularité de rester bon après plusieurs mois d’ouverture, comme un grand alcool.

Si l’histoire du Rancio Sec vous intéresse, lisez « Les Rancios secs du Roussillon –les vins oxydatifs, fleurons de la viticulture catalane » Un livre pour raconter l’histoire d’un trésor catalan, c’est ainsi que le décrivent ses 9 auteurs et ses 10 contributeurs passionnés ainsi que son Directeur d’ouvrage, Alain POTTIER. Je ne saurai conclure ce papier sans parler de Jean Lhéritier et de Marc Parcé « chevilles ouvrières » comme les appelle Michel Smith du Rancio Sec auprès de Slow-Food.

 

Enfin, je vous livre avec son accord, ce texte sur les Rancios écrit par Marc Parcé :

«À la fin des années cinquante, enfant, j’ai souvenir de ces barriques de rancio que nous recevions de Banyuls-sur-mer et que nous mettions nous-mêmes en bouteille. Ce vin sec avait été récolté sur la propriété familiale, en même temps que les vins doux, mon arrière-grand-mère étant à la coopérative, la « buvette » il n’était pas élaborée à part. De toute façon elle ne portait ses raisins à la coopérative que pour produire du Vin Doux Naturel Banyuls et l’appellation Collioure n’existait pas ! Arrivés les derniers jours de vendanges, on en consacrait un pour faire le «vin sec» : ce jour-là, les ouvriers agricoles qui travaillaient pour elle, écrasaient les raisins avec les pieds dans les comportes de bois, et vidaient le tout, rafles comprises dans des demi-muids (fûts de 6 hl) dont le haut avait été découpé pour qu’un entonnoir en bois permette à l’opération de se faire. La fermentation démarrant au bout de quelques jours, la macération se prolongeait jusqu’à Noël : alors on décuvait et pressait l’ensemble qu’on allait élever durant plusieurs mois voire plusieurs années dans des vieux fûts souvent de châtaignier. Ces vins de très longue macération avaient souvent un degré alcoolique assez élevé, une structure et une matière puissante et prenaient une robe tuilée au bout de quelques années : ils étaient en fait les ancêtres des vins « nature » et seul l’alcool leur donnait une solide constitution qui leur permettait de bien voyager et de bien vieillir. Petit détail, il suffisait cependant d’aimer ce goût particulier de rancio, terme dont nous ignorions alors l’existence mais pas le goût ! Ces arômes de fruits rouges très mûrs, de fruits secs, pruneaux, oranges et noix supportés par un alcool naturel mais bien présent, avaient définitivement imprimé nos palais d’enfant, les associant à l’image de nos grands-parents et en particulier de notre arrière-grand-mère Thérèse, surnommée Thérèsette ou Thérèsou, fille de Thérèse & Marcelin Reig. Cette petite dame toute frêle à la volonté de fer, veuve dès 1913, avait géré le domaine familial jusqu’à sa mort en 1969, à 99 ans* : elle nous montrait dans son visage un tel bonheur d’avoir six petits enfants ! Plus tard, encore jeune homme, je nous revois comme si c’était hier, dans la cuisine de la maison familiale, en été tard le soir alors que nous avions passé déjà un long moment sur la plage et au « Bar du Port », à discuter et à refaire le monde. Là il nous fallait découper de fines rondelles d’aubergines et les jeter dans une poêle avec de l’huile d’olive pour en faire des chips délicieuses que nous dégustions avec ces vins rancios secs ! Ne me parlez pas des madeleines de Proust : ces aubergines grillées et ces vins avaient le mérite de raconter pour moi une histoire beaucoup plus sévère et plus austère, j’oserai dire qu’ils évoquaient avec combien de nuances ce terroir banyulenc de schistes coupants et friables pourtant, ces notes métalliques de pierre à fusil et cette mâche qui fait saliver et appelle un deuxième verre, surtout s’il est un peu frais, nous trompant sur sa puissance. Ces saveurs évoquaient la rudesse du travail des vignerons dans un pays qui ne connaissait pas la mécanisation et où le travail de la vigne nécessitait une force physique – et donc mental- déjà peu commun. Banyuls est un terroir qui grâce ou à cause de son incapacité à la modernisation a su garder son âme paysanne : faire du vin à Banyuls exige un engagement physique et ce n’est pas le moindre des paradoxes de voir comment les plus jeunes savent se dépenser et se dépasser physiquement en pratiquant tel ou tel sport et cependant ont du mal à s’engager dans un métier manuel comme le réclame le vignoble Banyulenc !»

* Nous passions le mois d’août avec elle aux « Tilleuls » à Banyuls.

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Magnifique, merci Marc pour ce joli témoignage.

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Jean L’Héritier et Marc Parcé, chevilles ouvrières du Rancio sec auprès de Slow Food. Photo©MichelSmith

Une petite sélection de mes  Rancios préférés :

« Pedro Soler » du domaine de la Rectorie 65€ pour 75cl, départ domaine– la-rectorie@orange.fr

« Mémoire d’automnes du domaine » La Tour vieille à Collioure : 22€ pour 75cl départ domaine.

« Cap de Creus » du domaine de La Tour vieille à Collioure, info@latourvieille.com.22€ pour 75cl départ domaine.

« Les Rancios millésimés 1980… » du Domaine Danjou-Banessy, bendanjou@hotmail.fr

« Au fil du temps » de Jolly Feriol 48€ pour 75cdépart domaine
« Rancio sec » du domaine de Rancy à Latour de France 13,50€ – info@domaine-rancy.com

« Ranfio Cino » Domaine Vial-Magneres, 22€ pour 50cl départ domaine, al.tragou@orange.fr

« Ranfio Seco » Domaine Vial-Magneres, 13,50€ al.tragou@orange.fr

« Sans Interdit » Domaine Ferrer Ribière, 16,00 € TTC pour 75 cl

Et, pour terminer la liste de tous les `producteurs actuels de Vi Ranci !

 IGP COTES CATALANES RANCIO SEC:

Domaine des Schistes, Domaine de Rancy, Domaine Jolly Ferriol, Château de l’Ou, Cave Arnaud de Villeneuve, Domaine de Rombeau, Domaine Fontanel, Château de Sau, Domaine des Demoiselles, Domaine des chênes, Vignobles Dom Brial, Château de Pena, Domaine Gilles Troullier, Domaine Puig-Parahy, Domaine Ey, Mas Peyre, Domaine de la Préceptorie, Domaine du Mas Alart, Domaine Ferrer Ribière, Domaine Danjou-Banessy.

IGP CÔTE VERMEILLE RANCIO SEC :

Domaine Berta-Maillol, Domaine Vial Magnères, Domaine Bruno Duchêne, Terres des Templiers, Domaine de la Rectorie, Terres de Querroig, Domaine Tambour, Cellier Dominicain, Domaine Piétri-Géraud, Domaine La Tour Vieille, Domaine de la Tourasse.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols


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Catalan, roussillonnais, ou pas?

En ce jour de référendum (contesté) en Catalogne, je voudrais parler ici, non de politique, mais de vin, et faire remarquer un fait étonnant, et assez peu médiatisé: certains vins d’appellation Côtes-du-Roussillon, et non des moindres… ne sont pas du Roussillon.

Je m’explique.

Extrait de la carte du Roussillon dressée par Nicolas de Fer en 1706 (la ligne verte sépare le Languedoc, au Nord-Ouest, du Roussillon)

Le département des Pyrénées-Orientales englobe deux aires linguistiques: au Sud, l’aire du catalan. A l’extrême Nord, dans la haute vallée de l’Agly, celle de l’occitan.

La première correspond aux territoires devenus français en 1659 avec le traité des Pyrénées – soit le Roussillon. La seconde, à des territoires déjà français avant ce traité, comme en témoigne encore aujourd’hui le nom de la ville qui en est la porte d’entrée (ou de sortie): Latour de France. Cette petite région répond au joli nom de Fenouillèdes.

Lors de la constitution des départements, en 1790, elle a été rattachée aux Pyrénées-Orientales.

Il n’en reste pas moins qu’on n’y a jamais parlé le catalan, qu’on n’y a jamais été Roussillonnais.

Et pourtant, c’est là que ce situent la majorité des Côtes-du-Roussillon-Villages avec mention de village, à savoir Caramany, Latour de France et Lesquerde. Seule exception: Tautavel, qui se trouve dans le prolongement des 3 autres, mais côté roussillonnais. Et depuis peu, Les Aspres – mais cette zone est située plus au Sud.

Le Fenouillèdes englobe aussi de belles communes viticoles comme Saint-Paul, Bélesta ou Rasiguères. Sans oublier Maury, qui bénéficie de sa propre appellation. Et ajoutons qu’une bonne partie de la production des Rivesaltes et Muscat-de-Rivesaltes est aussi issue de cette zone, ainsi que de la région de Fitou et des Hautes Corbières (Aude).

Je ne sais pas trop pourquoi les appellations d’origine, qui sont censées s’appuyer sur des usages historiques, ont ainsi annexé ces villages occitans au Roussillon, que d’aucuns désignent aujourd’hui du nom de « Catalogne Nord ». Mais c’est un fait.

Hervé Lalau

 


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22 rouges du Roussillon à la conquête du marché belge

Ce jeudi, à Bruxelles, se tenait une dégustation de 22 vins rouges (secs) du Roussillon ; avec comme dénominateur commun, le fait qu’ils ne sont pas encore importés en Belgique, ou seulement très localement. Le Bureau d’Information des Vins du Roussillon avait justement organisé cette session pour les présenter à des importateurs potentiels. Certains des professionnels présents semblent déjà avoir trouvé chaussure à leur pied – quant aux absents, comme toujours, ils ont eu tort…

Les importateurs belges au travail (Photo (c) H. Lalau 2017

A noter que toutes les AOC de rouges secs de la région étaient représentées – Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon Villages avec ou sans mention de commune, Maury sec et Collioure, ainsi que l’IGP Côtes Catalanes.

Voici mes préférés (et ils sont nombreux):

Dom Brial Côtes du Roussillon Cuvée Crest Petit 2013

Domaine Vaquer Côtes du Roussillon Les Aspres Cuvée Epsilon 2014

Domaine Madeloc Collioure Cuvée Serral 2014

Domaine Piétri-Géraud Collioure Cuvée Sine Nomine 2015

Vignobles du Terrassous Cuvée Villare Juliani 2015

Mas Cristine Côtes du Roussillon 2015

Domaine Piquemal Terres Grillées 2015

Château Moléon Côtes du Roussillon Villages Caramany 2015

Domaine des Schistes Côtes du Roussillon Villages Tautavel La Coumeille 2015

La Coume du Roy Carignan IGP Côtes Catalanes 2016

Quelques flacons parmi ceux présentés à Bruxelles (Photo (c) H. Lalau 2017

 

Plus qu’encourageant

Au-delà de ce palmarès personnel, plutôt flatteur (10 vins retenus sur 22, c’est plus qu’honorable), je soulignerai la bonne qualité d’ensemble des vins proposés, et ce, sur tous les millésimes – l’échantillon comprenait une majorité de 2015 et de 2016 – deux beaux millésimes, mais aussi des 2014, des 2013 et un 2012, qui n’a d’ailleurs pas démérité.

Deux (grandes) satisfactions : primo, le nombre de cuvées alcooleuses, sèches, trop extraites et/ou trop boisées est en nette diminution; secundo, on trouve déjà de très beaux vins à tout petit prix (6 euros pour le Château Moléon, par exemple, c’est un vrai prix d’ami).

Une surprise: la forte présence des Collioure dans ma sélection, et plus globalement, parmi les vins que j’ai le plus appréciés. Non que cette appellation m’ait jamais déplu, mais ce jeudi-là, tous les Collioure présentés (ils étaient quatre) m’ont vraiment séduit – il était d’autant plus difficile pour moi de les départager.

Une remarque: il est encore nécessaire d’expliquer qu’il y a des Maury Secs. Pour certains importateurs belges, Maury égal VDN. Un point c’est tout. A leur décharge, bon nombre de consommateurs le pensent aussi – c’est que la petite notoriété de cette appellation s’est d’abord faite sur le doux. Il faudra encore travailler pour dissiper cette confusion.

Un (petit) regret, enfin: deux cuvées étaient bouchonnées. Regrettablement, totalement et irrémédiablement. Cela peut paraître anecdotique, mais deux sur 22, c’est énorme. Au risque de me répéter, nos amis Roussillonnais ont-ils pensé à la capsule à vis ?

Hervé Lalau

 


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Visa pour… deux vins de domaine de la Casenove !

Visa pour l’Image est le plus grand festival international de photojournalisme qui réunit chaque année en septembre à Perpignan des milliers de visiteurs autour d’une même passion, la photographie. J’en profite pour  y associer les vins d’Etienne Montès, car il a été photoreporter,  chasseur d’images de la célèbre agence Gamma et ses photos ont fait le tour de la planète. Ça lui colle toujours à la peau, pourtant ça fait maintenant 37 ans qu’il a rejoint la propriété familiale, le domaine de La Casenove. Depuis, il n’a cessé de progresser dans un style sincère qui convient à son terroir qu’il connait si bien. J’ai dû connaitre Etienne Montès dans les années 90, et Frédérique son épouse, bien avant, elle venait manger au Drink-Hall, c’était une fidèle. J’ai commencé à vendre leurs vins quand nous étions aux Feuillants;  Etienne, c’est quelqu’un qui aime manger et cuisine, il fréquentait donc régulièrement notre table, et nous allions assez souvent nous détendre au domaine, où  il  nous régalait de sa cuisine catalane dans laquelle, il excelle et bien sur de ses vins qui l’accompagnent merveilleusement. La propriété se trouve au Sud de Perpignan, à Trouillas. C’est vrai que j’ai un faible pour ce coin des Aspres, je crois vous l’avoir déjà dit, c’est si beau avec le Canigou au loin, les vignes qui s’étirent sur les coteaux, tout près de la Méditerranée. D’accord la tramontane y souffle de temps en temps, mais en échange elle nous apporte un bleu du ciel intense, et un soleil qui donne à ces pierres de ce vieux Mas, une très belle luminosité. L’atmosphère qui règne dans cette ancienne propriété viticole, dans la même famille depuis plus de 400 ans, est assez unique: les bâtiments patinés, les grands arbres, les glycines, les grands chais sont chargés de senteurs antiques, on s’y sent bien, on y respire la paix, même si je ne suis pas certaine que le quotidien y soit aussi idyllique! Le domaine de 50 hectares  offre un paysage unique, il est d’un seul tenant, pourtant les variations de sols et sous-sols y sont nombreuses et amènent Etienne à effectuer de nombreuses sélections parcellaires.

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Nous sommes devenus amis, et, je ne vous apprendrai rien si je vous dis combien il est difficile de parler des vins des amis. Pourtant nous sommes amenés à le faire assez souvent, et, pour être tout à fait franche avec vous, j’ignore quelle part l’affectif occupe dans nos commentaires. Cette parenthèse mise à part, je n’avais pas gouté leurs vins depuis bien longtemps, l’autre soir ils sont venus manger à la maison et m’ont apporté 2 bouteilles qu’ils ont laissées discrètement dans la cuisine. Je les ai débouchées dimanche, si je vous en parle c’est que je les ai fort appréciées, sinon je n’aurais rien dit. J’ai retrouvé des vins sincères, authentiques, lui non plus ne cherche pas à être tendance, mais il a su à transmettre à ses vins l’empreinte des lieux tout en ayant réussi à leur insuffler un petit air de modernité.

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La Colomina Rouge 2016 (IGP Côtes Catalanes)

La Colomina 2016, du nom d’une parcelle du domaine, est issue de 50% de carignan, 25% de syrah, 20% Grenache Noir, et 5% Mourvèdre cultivés sur des sols essentiellement argileux dans un climat méditerranéen.

Quelle belle surprise cette cuvée, c’est un pur vin de plaisir. La robe d’un rouge profond et velouté, annonce une belle matière. Le nez est épanoui, ouvert, fruit noir dominant, baies sauvages, garrigues- Gourmande et gorgée de fruits, la bouche offre une très belle matière, encore un peu sauvage, mais tellement digeste ! Après aération, le fruit reste très gourmand et s’enrichit de notes d’olives noires et d’épices. Un vin assez puissant mais déjà prêt à déguster grâce à la rondeur de ses tanins. La très bonne acidité du millésime amène la vivacité et la fraîcheur. Une bonne longueur, tout en fraicheur qui appelle irrémédiablement d’autres verres ! Je l’ai aimé parce qu’il ressemble aux paysages de la Casenove, il y a du vent, du soleil et du vrai. Il peut être bu dès maintenant, car il est particulièrement gouleyant, mais il évoluera bien.

Il est à noter qu’il a été élevé 2 ans en cuve après des vendanges manuelles en comportes, un égrappage complet, et des arrosages fréquents de tout le chapeau. La macération courte de 15 jours donne des tannins peu agressifs. 10,50 € TTC la Bouteille

Cuvée Commandant François Jaubert 2010, IGP Côtes Catalanes 

Une pure syrah portant le nom d’un aïeul du maître des lieux : un marin, arrière-grand-oncle d’Etienne, qui construisit le domaine. Elle a été élevée 24 mois en barriques bordelaises. La cuvée Fr Jaubert n’est pas produite systématiquement et les raisins viennent toujours de la même vigne de Syrah qui pousse sur des sols d’argile et terrasse de galets. Il fit partie des premiers grands vins du Roussillon, je me rappelle encore du succès du 1998, mais, je me souviens aussi avoir « pesté » contre l’étiquette que j’accusais de freiner les ventes. Mais Etienne s’y accrochait et ne voulait rien entendre. Maintenant qu’il l’a changée, qu’il a modernisé la présentation, je me demande s’il n’ avait pas raison. Certes, elle était désuète, mais elle faisait partie du vin et lui donnait une personnalité unique. Non pas, qu’il en ait moins aujourd’hui, je pense qu’au contraie, cette version a plus de « classe », c’est juste un regret de voir disparaitre le commandant et la belle signature de La casenove. Donc, pardon Etienne, je regrette d’avoir tant insisté. Les acheteurs ne devraient jamais se mêler de l’image des vins, même si évidemment nous sommes convaincus, que « nous, nous connaissons bien le marché ». Même sa composition a changé, il est passé d’un assemblage de 35% de syrah, 10% de mourvèdre, 30% de grenache et 25% carignan à un 100% syrah. Sans doute l’admiration d’Etienne pour les Syrahs du Rhône, mais plus sûrement le désir, de la mise en avant d’une parcelle dont il est particulièrement fier.

A gauche l’ancienne étiquette, à droite dans la ligne de la nouvelle image du Domaine. Vues ensemble, la dernière version est finalement mieux quand même!

Cette cuvée Fr. Jaubert (le commandant est passé à la trappe), je l’ai aimé avec sa robe très dense, et sombre, presque noire, son nez intense de fruits noirs et rouges avec des touches de poivre blanc, remarquable pour sa fraicheur et sa pureté. La bouche se montre franche et précise. Élégante enveloppée par les fruits noirs, les épices douces et quelques notes de réglisse. C’est puissant, structuré, mais ça reste très savoureux, c’est mûr, les tanins sont fondus. Je retiens la fraicheur finale et l’équilibre, le vin se montre gourmand, séducteur et charnu, sans lourdeur et racé. Une très belle syrah du Sud!

28,00 € TTC la Bouteille

Il ne me reste plus qu’à aller redécouvrir le reste de sa gamme, et surtout ses VDN.

Etienne et Frédérique Montès
66300 Trouillas
Tél : 04 68 21 66 33
contact@domainelacasenove.com

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 


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40 ans déjà, l’occasion pour moi de me souvenir… (volet 2)

Comme je vous le disais la semaine dernière, nous nous serions bien vite ennuyés sans le Dr. Parcé.

Il nous a pris sous son aile et nous a ouvert un monde de saveurs et d’odeurs qui nous était totalement inconnu, en nous introduisant chez les meilleurs cuisiniers et domaines viticoles de l’époque. Je me dois d’écrire quelques lignes sur lui, pour ceux qui ne connaitraient pas cette figure roussillonnaise.

Tout d’abord médecin à la tête d’un laboratoire médical à Perpignan, il reprend le Domaine du Mas Blanc en 1949, devient Maire de Banyuls en 1953, et directeur du GICB (Groupement Interproducteurs du Cru Banyuls) – il démissionna de ces 2 postes en 1968.

En 1960, il créa la confrérie bachique Als Templeres de la Serra, avec pour but de « promouvoir les vins de la Côte Vermeille ainsi que la valorisation des traditions culinaires et œnologiques catalanes ». Dans le même temps, en grand défenseur des AOC, il est nommé membre de l’Institut des Appellations d’Origine Contrôlées et siège auprès du Baron Le Roy. On lui doit l’appellation Banyuls Grand Cru, la notion de Rimage, et sous son impulsion, en 1971 est créée l’appellation Collioure (grâce, dit-on,  à son ami Michel Cointat, ministre de l’Agriculture). S’inspirant de la Bourgogne qu’il admirait beaucoup, il a distingué 3 lieux-dits : Cosprons, Clos du Moulin et Junquets. Cette même année, l’Académie Internationale des Vins voit le jour, il en sera le Chancelier puis le Président. Infatigable, il ouvre un restaurant gastronomique au Mas de la Serra qui a contribué à redorer l’image des vins de la région et des VDN, pour ce faire, il s’appuie sur ses nombreuses et solides relations dans la restauration, où il est « à tu et à toi » avec les plus grands chefs du moment : Alexandre Dumaine, Fernand Point, Alain Chapel, Alain Senderens pour ne citer qu’eux; avec leur complicité, il y organise de grandes manifestations et des chapitres de grande envergure, qui permettent au cru de Banyuls d’acquérir ses lettres de noblesse. En 1973, il est élu Président de l’Académie des Vins de France. En 1981, il occupe le 21ème fauteuil à l’Académie des Gastronomes.

Si j’insiste sur son parcours entièrement dédié aux vins et à la gastronomie, c’est pour rappeler combien il a œuvré pour la promotion des vins de Banyuls et de Collioure. Son rôle n’a pas vraiment été reconnu en son temps, nombreux étaient ceux qui lui reprochaient de « rouler pour lui »; c’était probablement vrai, mais Banyuls en a largement profité ; mais il s’est créé beaucoup d’inimitiés, et, il était autant apprécié dans la France entière que rejeté dans le Roussillon. Quant à moi, on m’a longtemps reproché d’être atteinte de « Parcéite ». Possible, je ne le nierai pas, mais étant donné tout ce qu’il m’a apporté et appris c’était plutôt normal.

Presse AP (1)

Photo supérieure : Gaston Pams, sénateur-maire d’Argelès-sur-Mer, intronisé dans Als Templeres de la Serra. Photo centrale gauche : A Banyuls, avec Pierre Bonte, Jacques Lanzmann, Ginette Bras, Michel Bras  Jacques Puisais .Photo centrale droite : Entre Alain Senderens,  et Robert Margueritte, du Parc Hôtel, à Perpignan. Photo inférieure gauche : Avec Marie-Louise Banyols, sommelière de l’année 95, femme du vin 95, Pierre Troisgros, Joël Robuchon. Photo inférieure droite : Entre les deux chefs des Pyrénées-Roussillon  Didier Banyols qui, poussé par André Parcé, est passé, à 33 ans, de la salle au fourneau, et Eric Lecerf, l’excellent chef de cuisine du Chapon fin.

Dans les années 70, côté fourneaux, on était en pleine « nouvelle cuisine ». Il y a 40 ans, en 1977, Michel Guérard obtenait ses 3 étoiles, mais c’est à peine si j’en avais entendu parler. La gastronomie ne faisait pas encore partie de mes préoccupations. C’est chez Alain Chapel, à Mionnay, que nous avons connu nos premiers émois culinaires et viniques. André nous y avait amenait pour nous ouvrir les yeux et les papilles toute une fin de semaine. Je me souviens tout particulièrement du lundi, il nous avait réservé une surprise : une rencontre avec 3 grands hommes : Jules Chauvet, Alain Chapel et Marcel Lapierre. Trois personnalités rares, exceptionnelles, mais, je n’en savais rien ce jour-là, j’ignorais que Marcel était adepte des vins naturels et qu’il était l’un des vignerons les plus emblématiques du Beaujolais, tout comme j‘ignorais que Jules Chauvet était non seulement un ardent défenseur des vins naturels, mais qu’il expliquait aussi comment les faire. Ça se passait chez Marcel Lapierre autour d’un grand buffet de cochonnailles. Ce jour-là j’ai bu du VRAI Beaujolais pour la première fois. Tout était nouveau pour moi, ce fut mon premier contact avec les vins naturels : INOUBLIABLE.

Ecouter parler Jules Chauvet et Marcel Lapierre, découvrir le monde des levures autochtones ; l’importance de récolter un raisin, vivant, vinifier de la façon la plus douce et la plus naturelle possible, sans filtration, sans chaptalisation, sans cosmétiques œnologiques et sans soufre ajouté, avec l’ambition de lutter contre ceux qui s’acharnent à « effacer la mémoire du goût » ; les entendre dénoncer l’usage massif de l’anhydride sulfureux, c’était pénétrer dans un monde inconnu et fascinant. Après les avoir rencontrés, ni mon mari, ni moi, ne pouvions plus regarder notre vie professionnelle de la même manière. Nous avions touché de près à la Révolution apportée par Chapel et Chauvet :  l’Amour du vrai et du beau !

Quand j’ai connu Marc Sibard, en 2001, il « m’écrasait » de son savoir sur les vins naturels et n’avait de cesse que de me parler de son amitié avec Marcel Lapierre; jamais je n’ai eu envie de lui raconter ces rencontres avec Marcel et Jules Chauvet que j’ai eu l’occasion de revoir à plusieurs reprises dans son laboratoire et de comprendre son approche du vin (ça me donne envie de relire Jules Chauvet). J’ai également la chance de connaitre Jacques Néauport, alors les vinifications naturelles je les ai connues il y a bien longtemps, le soufre on peut s’en passer si on est maniaque de la propreté et si on prend soin des raisins, et si on contrôle les fermentations.

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Voyant que ces journées m’avaient vraiment marquée, André me proposa de parfaire mes connaissances et il me fit connaitre Georges Albert Aoust, qui avait créé à Beaune, la fondation Wine School, dont la vocation était de former les épouses de restaurateurs sur le vin. J’ai participé à plusieurs de ses stages à Beaune et dans les vignobles Alsaciens, Rhodaniens, Bordelais et Bourguignons, ce fut le début d’une quête de formation qui ne s’est jamais arrêtée. J’y ai rencontré des femmes de restaurateurs étoilés qui sont devenues mes amies, parmi elles, Simone Ferrié (Le Régent à Rodez), Maryse Toulousy (Jardins de L’Opéra à Toulouse), ou encore Ginette Bras, Christelle Ribardière (L’Amphitryon à Toulouse)… et dont à l’époque je ne comprenais pas l’importance qu’elles accordaient au Michelin, qui était une de leurs principales préoccupations !  Qu’avais-je à faire moi du Michelin, dans ma brasserie pleine à craquer, qui ne figurait sur aucun guide. Non vraiment, je trouvais ça incompréhensible, je ne pensais pas que quelques années plus tard je les rejoindrai dans cette « angoisse ».

J’y ai rencontré aussi des vignerons qui m’ont fortement marquée et qui resteront présents tout au long de mon parcours, je pense à Colette Faller, aux Perrin de Beaucastel, à Denis Dubourdieu et Pierre Coste, le négociant bordelais, pour ne citer qu’eux. Je me souviens de ma première dégustation chez Yquem, nous avions eu droit à plusieurs millésimes et sans vraiment maitriser la dégustation, j’avais trouvé ce vin fascinant, son grand équilibre m’avait impressionnée. C’est Charles Meslier le régisseur qui nous avait reçu, et, bien sûr, nous sommes allés aussi au Château Raymond-Lafon. Nous logions chez Darroze et, en toute logique, nous avons eu droit à une grande dégustation d’Armagnacs. J’allais ainsi de rencontre en rencontre m’enfoncer chaque jour davantage dans un chemin de vie qui serait désormais marqué par le vin.

L’autre « rendez-vous « que m’avait préparé André et qui fut décisif pour moi : celui avec Jacques Puisais, il organisait alors des cours de dégustation et d’éducation du goût,  j’y ai découvert les accords mets et vins, qui me passionnent toujours autant, les alliances de structure et de texture, j’y ai vraiment pris conscience de la sensorialité… Parmi ceux qui venaient chercher comment la développer, comment vivre les goûts de la Terre, et ils étaient nombreux, j’y ai connu, des personnalités rares comme les Zind-Humbrecht, Jean Lenoir, un autre grand personnage qui voulait rendre leurs droits au goût et à l’odorat. Grâce à eux, je me suis engagée à fond dans la dégustation, dans les accords, dans la découverte des vignobles, dans la sommellerie.

Mais, nous sommes déjà dans les années 80/85, c’était il y a un peu plus de 40 ans. Il est temps de nous quitter.

P.S: Grâce à Luc Charlier, j’ai dégusté il y a 15 jours à l’aveugle, un Collioure Cosprons Levants 1993 du Domaine du Mas Blanc. Je l’ai pris pour un Châteauneuf du Pape, beaucoup d’émotions quand il l’a découverte, c’était encore une belle bouteille. Pour André, l’acidité volatile qu’il appelait d’ailleurs acescence noble, faisait partie des grands vins. C’est ainsi que j’ai appris à « aimer » la volatile quand elle est à peine perceptible.

 

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Bonne rentrée et hasta pronto,

MarieLouise Banyols


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40 ans déjà… (volet 1)

Il y a 40 ANS naissait l’appellation Côtes du Roussillon, mais c’est surtout, l’année de naissance de ma fille, c’était le 22 aout 1977

L’occasion de me souvenir…Qu’en était-il de moi et de ma relation avec les vins dans ces années-là ? A quand remonte t-elle ? Quels vins buvions-nous ? J’essaie de me rappeler, quand et, comment suis-je arrivée dans le monde du vin ? Il y a forcément toujours un début, un moment d’initiation, quelqu’un qui crée le désir, quelqu’un qui nous apprend des saveurs. Certes, je suis née, et, j’ai grandi dans un restaurant, j’ai donc toujours été « en contact » avec le vin.

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Mes parents et moi en 1949

Mes parents tenaient « le Café des Expéditeurs » devant le marché de gros, à l’époque où Perpignan était la capitale des fruits et légumes primeurs de France, c’est dire l’activité qui y régnait. Dès 3h du matin, mon père ouvrait les portes, la veille il avait préparé sur le comptoir des rangées de tasses avec un fond de rhum, il n’y aurait plus que le café à rajouter, je peux encore en sentir les effluves ; vers 5h, les premiers vrais repas étaient servis, il ne fallait pas leur en promettre aux maraichers : tripes, langouste à « l’américaine », tête de veau, escargots… et blanquette de Limoux.

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La photo date du temps où mon grand-père le tenait. La fenêtre au-dessus du mot Café, était celle de ma chambre.

Je me rappelle, c’était dans les années 54/55, j’avais alors 6/7 ans, quand il m’arrivait de me réveiller tôt, vers les 6h, à cause du bruit du marché, sous mes fenêtres, ma mère sous mon insistance, acceptait que je descende dire bonjour à mon père. J’adorais cet atmosphère bruyante, joyeuse de la salle, j’y voyais mon papa courir avec 4 ou 5 assiettes fumantes sur le même bras en criant « chaud devant »,( le sol était jonché de sciure pour ne pas glisser). Je trouvais ça drôle, et en même temps je l’admirais ! Sur les tables, je revois des coupes larges avec un liquide transparent à bulles, plus tard j’ai su que c’était de la blanquette de Limoux, quelques pichets de rouge, il arrivait en tonneaux que le livreur roulait jusqu’à la cave. Plus grande, j’avais pour mission de les remplir, ça m’occupait pendant que ma mère travaillait. J’ignore d’où il venait, mais j’entends encore mon père dire : « il se boit comme de l’eau, il n’est pas fort ». Parfois, avant de partir pour l’école, je passais par le café et alors, il y avait toujours quelqu’un qui criait à mon père, tu n’as pas oublié de lui mettre du vin dans son cartable ? Inutile de dire, que le pensionnat catholique que je fréquentais, ne l’autorisait pas et ça n’était pas non plus dans les pratiques de mes parents. Pourtant, jusque dans les années 56, le vin était servi dans les réfectoires, il a ensuite été interdit pour les moins de 14 ans. Ça n’est qu’en 1981, que la consommation d’alcool a été interdite dans les cantines des lycées. Ça n’est pas si loin… En revanche, j’avais souvent droit au gouter à une tartine trempée avec du vin et du sucre, on disait que ça fortifiait, que ça favorisait la croissance, ma grand-mère en était convaincue. Je vois d’ici, la tête de mes enfants si je donnais ce genre de gouter à mes petits enfants ! Le Byrrh faisait aussi partie des boissons préférées des maraichers, à toute heure. Je n’arrive pas à me souvenir, ce qu’il en était des VDN, il me semble que le Muscat était présent, mais je n’ai rien de précis en mémoire. En 1976, Dubonnet-Cinzano est absorbé à son tour par Pernod-Ricard, qui regroupe à Thuir l’ensemble de sa production industrielle à base de vins.

 

C’était un temps où les maraichers du Roussillon et les viticulteurs vivaient très bien, s’enrichissaient même. Mais, le Maroc, et l’Espagne sont arrivés et les choses ont bien changé.Les Primeurs du Roussillon, n’existent plus, ni le Marché de Gros ! Maintenant c’est Saint-Charles International né il y a juste 40 ans : « Premier centre de commercialisation, de transports et logistique de fruits et légumes en Europe.  C’est la première zone économique de chez nous,1000 hectares, 560 entreprises, 9000 emplois et près de 4 000 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.

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Mais pour en revenir à mon « union » avec le vin, ça n’est pas mon enfance baignée dans la restauration, qui l’a créée, même si cela y a certainement contribué, sans oublier les descentes dans la cave de mon père, son gout pour les Bordeaux et quelques bourgognes, les repas de fête en famille, avec des bouteilles bien choisies. Je garde en mémoire la couleur des Sauternes, toujours ambrée, sans doute attendait-il trop pour les déboucher, comme c’était sucré, j’avais le droit d’y gouter. Non, le véritable déclencheur de ma « passion » fut le Docteur Parcé, c’est bien lui qui a créé le lien entre le vin et moi.

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Il était client très assidu, et fervent consommateur de la cuisine de ma mère. Nous venons de sauter quelques années, nous sommes en 1968, entre temps, mes parents avaient quitté le Marché de Gros qui périclitait, pour s’installer en centre-ville : ils avaient racheté un Bar : « Le Drink Hall », ça ne s’invente pas, en plein pays catalan, ce nom choquait tout le monde, mais mon père avait insisté pour le garder. Très vite, ils l’ont transformé en Brasserie. Pour moi, pendant ce temps-là, rien de particulier : la fin des années 60, n’a pas perturbé ma vie, je ne manquais pas un jour de classe au lycée de filles, j’étais livrée à moi-même, mais, rien d’étrange ne m’arriva. Ah, si, quand même,   J’ai connu celui qui allait devenir mon mari à 16 ans et nous avons mené une jeunesse plutôt rangée ; à 17 ans, j’étais timidement rebelle, les séances « alcool défonce » existaient déjà, mais je n’y ai jamais participé, seule l’apparition du rock nous a profondément marqués. Nous nous sommes mariés, en 1968, j’avais tout juste 20 ans, comme beaucoup à l’époque. J’ai continué des études de droit, je rêvais du barreau ; en 1970, notre fils est né, et, j’étais sur le point de démarrer mon stage en tant qu’avocat quand mon père nous a proposé de les rejoindre ! J’ai un peu trainé les pieds, mais, il a réussi à nous convaincre et nous voilà mon mari et moi devenus « bistrotiers », il faut dire que leur brasserie très vite est devenue la plus courue de Perpignan ! Ma mère était aux fourneaux, mon père en salle, nous faisions le plein midi et soir, à midi, plus de 150 couverts, il fallait réserver et malgré ce, la queue se formait et les tables se renouvelaient. Les plats « maison » de ma mère attiraient toute la bourgeoisie locale, nous étions en plus près du Palais de Justice. Il n’a pas été facile de trouver sa place auprès d’un père très charismatique et d’une mère dotée d’un si grand talent culinaire. A la carte, uniquement des vins du Roussillon, les plus demandés étaient ceux des Frères Cazes, du Château Cap de Fouste, le Domaine Canterrane, les vins des Vignerons de Terrats, le Terrassous et du domaine Vaquer. Mais en 1977, la vedette revenait au Mas Chichet, un vin de cépage de Cabernet Sauvignon. Paul Chichet,(propriétaire du journal local L’Indépendant) avait planté en 1970 dans sa propriété de Théza, 33ha de Cabernet Sauvignon, en Salanque, royaume de l’aramon « pisseur » et du carignan, aucun vigneron du Roussillon n’y croyait. Il fit sa première mise en bouteille en 1975, et très vite, il vit sa notoriété grandir, et sa récolte s’arrachait l’année de sa sortie.

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Nous nous serions bien vite ennuyés si le Dr. Parcé n’était pas intervenu.

A suivre….

Il y a quarante ans, le 16 août 1977, le « King » s’éteignait, laissant le rock’n’roll endeuillé de son plus grand pionnier-

Ce 22 aout, nous avons fêté les 40 ans de ma fille!

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 


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Trois vins et une autre bête noire

On va faire court aujourd’hui. C’est la période des vacances après tout !

Dans ma liste de choses qui m’énervent un peu (ou beaucoup), et dont les sens des mes remarques certains lecteurs n’ont pas tout compris (voilà ce qui ne change pas), j’aurais du ajouter les bouchons en liège massif. Mais qu’est-ce qu’on attend pour interdire cette escroquerie organisée, qui vole les gens en les privant des plaisirs dûs et, souvent, chèrement payés ?

Mais cette semaine j’ai décidé de choisir un peu au hasard trois flacons de ma petite cave dans ce beau pays gascon ou il fait une température très raisonnable ce dimanche. Il y a un rosé et deux rouges. Tous viennent du sud, mais aucun du sud-ouest : c’est un peu la loi du hasard, mais pas entièrement. Il s’agit d’échantillons offerts par les producteurs ou leurs attachés de presse, mais le choix de ces trois-là est un peu le fruit du hasard.

Les trois grâces de cette chronique, prises un peu au hasard

1). Vin rosé

AOC Bellet, Château de Bellet, Baron G, 2016

(Prix 27 euros)

Petite appellation près de Nice et un des très rares domaines qui porte le nom de son appellation sans être en situation de monopole, comme Château Margaux. Il porte aussi le label bio européen et sa couleur est assez profonde, ce qui constitue un plus pour moi. Son prix me semble élevé, mais cela doit être la rareté (bouteille numérotée et petitesse de l’appellation). Nez très frais et friand, qui me fait penser à des fraises et framboises mêlés, avec un zeste d’écorce d’agrumes, mais je ne connais rien aux nez des vins. Ce soupçon d’amertume se traduit aussi en palais avec un vin qui est structuré, très légèrement tannique et parfaitement sec. Aucune impression d’alcool, ni de sucre qui traine, comme dans tant de rosés du sud. Ce côté ferme et savoureux le destine clairement à la table et même avec des mets relativement puissants. Un très bon rosé.

Les plus : sa couleur soutenue, sa structure, son équilibre, son caractère

Les moins : son prix, un bouchon liège

 

2). Vin rouge

AOC Côtes du Roussillon, Mas Janiel 2016 (François Lurton)

(prix : 16 euros)

L’étiquette porte la mention « sans soufre », ce qui devrait plaire aux inconditionnels du genre. Celui-ci est propre, c’est à dire qu’il sent le fruit et non pas l’écurie. Robe violacé, nez assez fruité plus un accent entre bois et épices. C’est bon et parfaitement défini, mais ni exubérant ni exceptionnel comme certains prétendent être un résultat inéluctable d’une vinification sans soufre. Charnu par son fruité, mais aussi encore ferme par la jeunesse de ses tanins, ce qui est logique vu le millésime. Avec un plat légèrement salé cela s’arrange bien (n’est-ce pas Marco ?).

Les plus : la qualité globale, bon fruit simple et directe

Les moins : le prix (vu l’absence de complexité), bouchon liège

 

3). Vin rouge

Coule Majou, La Loute 2012, cépage Carignan, Vin de France

(prix, sous réserve : autour de 25 euros)

J’avais des réticences à parler d’un vin d’un ami (Luc Charlier), mais pourquoi pratiquer le ghetto des ses amis vignerons? Je suis largement capable de dire que je déteste ce vin si je le pensais.

Bouchon en verre, donc déjà un très bon point. Robe encore très jeune pour un vin qui targue les 5 ans. Nez intense, davantage que le vin précédent qui est pourtant plus jeune et de la même région, mais pas du même cépage probablement. Cele évoque les baies sauvages, le sous-bois, l’iris et la réglisse. Magnifique texture en bouche, alliée à une très belle fraîcheur. Aussi long que gourmand, avec une très belle finale en parfaite équilibre. Un excellent vin avec de la finesse et une sacré présence, qui fait mentir plein de médisances sur le carignan en particulier et les vins du sud en générale. Je vais tacher de connaître son prix pour en acheter mais je crains qu’il n’y en ait plus! Nous avons fini la bouteille avec un chili con carne pas trop épicé, et cela allait très bien.

Les plus : l’intensité des arômes et saveurs, la fraîcheur, l’originalité, le bouchon en verre

Les moins : r.a.s.

David

(la vieille 998 avait perdu ses flancs de carénage ce jour-là mais elle marchait bien)