Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Les viticulteurs audois se trompent de cible

Au cours d’une manifestation, ce samedi, à Narbonne, des viticulteurs audois s’en sont pris à nouveau à la concurrence des vins espagnols, qualifiée de « déloyale ». Et exigent la fin des importations.

Voici les arguments entendus:

-Les caves de l’Aude sont pleines.

-Des marques comme Leclerc vendent des vins espagnols et font croire qu’ils sont français en mettant un clocher et un béret sur l’étiquette.

-Les Espagnols et les Italiens sont exonérés de taxe foncière sur les terres agricoles

-Leurs charges sont moins importantes sur leurs salariés.

Olé!

Deux commentaires.

-Le premier, persifleur: l’Espagne possède également des églises; et pas mal d’Espagnols portent des bérets (les Basques, notamment).

-Le second, plus sérieux. Si les vignerons français paient trop de taxes sur le foncier et sur le travail (même sur la main d’oeuvre importée), n’est-ce pas plutôt au gouvernement français, à Bercy, qu’ils doivent s’en prendre, plutôt qu’aux Espagnols? Aux candidats à la présidence, c’est un allégement fiscal qu’ils doivent demander; et non une interdiction des importations qui, les viticulteurs audois le savent bien, est impossible dans le cadre européen, avec le principe de la libre circulation des marchandises.

Et au fait, comment se fait-il que le consommateur français ne détecte pas la supercherie que les viticulteurs audois dénoncent? Comment se peut-que le vin espagnol premier prix lui plaise tout autant que celui proposé par les viticulteurs audois?

Et si, en attendant que le fisc français lâche son étreinte sur les viticulteurs audois (ce qui pourrait prendre un peu de temps), ceux-ci se focalisaient plutôt sur une production à valeur ajoutée? Une production qui leur permette de vivre de leur travail sans être en concurrence frontale avec les entrées de gamme, qu’ils viennent d’Espagne ou d’ailleurs? S’ils faisaient en sorte que leurs caves soient un peu moins pleines, mais que les vins dans les cuves aient une véritable raison d’exister? Des chances de plaire, en France et ailleurs? De se différencier?

C’est généralement le cas des vins dont je vous parle ici; il n’y a pas si longtemps, j’évoquais ceux de Gayda, d’Anne de Joyeuse, de Mas, de Lorgeril et de Serrat de Goundy, en IGP Oc. Ou encore, le Fitou du Clos Padulis et le Corbières du Clos Canos. La cause est entendue: l’Aude possède de beaux terroirs; et de bons vignerons, qu’il s’agisse de caves particulières, de coopératives ou en négoces. Mais il y en a d’autres, moins bons.

Je sais, c’est plus facile de commenter que de tailler la vigne et de vendre le vin. L’Aude a toute ma sympathie. Mais la voie du protectionnisme franco-français est un cul-de-sac, d’autant que le marché hexagonal est en perte de vitesse.

Pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de citer un commentaire de soutien aux manifestants, déposé sur le site du Figaro, et signé « Haralde 37 »

« Soutien aux vignerons qui font rayonner la France à l’international. »

Donc, si je comprends bien, il est normal que la France exporte des vins pour rayonner à l’international, mais il n’est pas normal qu’elle en importe?

Les vignerons espagnols n’ont pas le droit de rayonner à l’international?

Her Lalau


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Balade en Pays d’Oc

C’est une des plus belles réussites du vin français de ces 30 dernières années.

Réussite commerciale, bien sûr, puisque Pays d’Oc représente une production de plus de 5,8 millions d’hectolitres de vin, dont environ la moitié sont exportés ; ou encore, 65% de la production totale des IGP en France.

Réussite qualitative, aussi, puisqu’il a contribué, au moins autant que les AOP, à la montée en gamme des vins du Midi.

Réussite humaine, enfin, car au delà des volumes, Pays d’Oc, ce sont des milliers de familles qui en vivent; et 90.000 ha de vignes. Imaginez 90.000 ha en friches sur 4 départements… C’est 9 fois la surface de Paris intramuros.

Aussi, je ne prétendrai pas en avoir visité tous les recoins, ni avoir une idée exhaustive de son offre de vins. Mais la semaine dernière, bravant les grèves et la pénurie d’essence, je l’ai arpenté d’Ouest en Est, de Carcassonne à Nîmes. Les domaines visités faisaient partie de la Collection Pays d’Oc 2015 – une sélection réalisée par un panel de professionnels.

GaydaEn Razès

A mon tour, j’ai effectué ma sélection dans la sélection, ce qui me permet de laisser un peu de place à la présentation des domaines visités,  coopératives, négociants, caves particulières, petits ou grands, qui sont une illustration de la diversité – assumée – de l’IGP. C’était d’ailleurs le thème de ce voyage: Liberté d’expression.

Mais avant de parler de mes choix, quelques généralités.

La dynamique en partage

L’IGP Pays d’Oc est une marque commune, partagée par ses metteurs en marché. Les vins qui portent la mention font donc l’objet de contrôles internes et externes. Les opérateurs – du vendeur de raisins à l’embouteilleur – doivent être habilités par le Syndicat des Producteurs de Vin de Pays d’Oc et le Bureau Veritas Qualité France.
Pour cela, ils s’engagent à respecter un cahier des charges et à se conformer à un plan de contrôle (un peu comme les sportifs de haut niveau). 100% des vins certifiés sont dégustés.

En outre, un suivi aval qualité est organisé, avec des prélèvements d’échantillons, de manière aléatoire, dans les différents réseaux de distribution en France et à l’export; ceux-ci sont dégustés par un panel d’experts, les vins présentant des anomalies faisant l’objet d’analyses qui définissent l’origine du problème détecté.

L’IGP Oc est en pointe dans de nombreux domaines; ainsi, alors que l’AOC Champagne vient  seulement d’annoncer qu’elle allait comptait développer des variantes de cépages résistantes aux maladies, le Pays d’Oc est au moins deux pas plus loin: l’IGP teste déjà des plants homologués en Italie ou en Allemagne  (11 cépages résistants sont déjà inscrits au catalogue italien).

Ce genre de démarche dynamique est de nature à motiver les producteurs; ne versons pas dans l’angélisme, cependant: comme dans tout système, on trouve des convaincus, des gens qui s’engagent, qui militent, qui promeuvent, des gens qui portent la bannière… et d’autres qui semblent un peu là par hasard, ou par défaut. Parce que les contraintes des AOP les rebutent. Parce que c’est plus simple. Parce qu’ils n’ont pas les bons cépages. J’ai rencontré des gens des deux catégories (comme au sein des AOP, d’ailleurs). J’ai plus d’affinités avec les premiers, parce que l’enthousiasme est contagieux, même chez certains journalistes; mais en définitive, c’est ce qu’il y a dans la bouteille qui importe.

Mes Choix

Choisir, c’est renoncer. Pour ne pas surcharger ce billet, j’ai décidé de ne présenter qu’un seul vin par maison. Mais dans la plupart des cas, j’avais épinglé plusieurs cuvées. J’indiquerai simplement leurs noms en dessous du commentaire du vin mis en avant.

Domaines Lorgeril, à Pennautier

Les Lorgeril ont beau être une des plus grandes familles du Languedoc, ils n’en dédaignent pas les vins modernes, et savent sortir du cadre: noblesse, oui, sclérose, non! Ils mènent conjointement plusieurs projets d’importance –  l’ancrage en Cabardès;  la gamme des terroirs d’altitude, le développement des IGP et l’oenotourisme – avec ses chambres d’hôtes, sa boutique et son restaurant, le Château de Pennautier n’attend plus que vous!

Témoignages de l’importance accordée aux IGP, mais aussi à la créativité: la cuvée L’Orangeraie syrah-viognier 2015, un mariage à laquelle chacun des époux apporte son registre: la syrah sa structure et son punch, et le viognier ses belles senteurs florales et sa rondeur.

Autres cuvées appréciées: Rosée d’Eté 2015, L’Orangeraie Malbec 2013.

 

L'Orgeril

Domaine Gayda, à Brugairolles

Ici aussi, on sait ce que l’oenotourisme veut dire – ou faut-il parler de total wine experience? Toujours est-il qu’à Brugairolles, au coeur du Razès, le Domaine Gayda englobe non seulement des vignes et un chai, mais aussi une école de vin, un restaurant et de l’hébergement. On se croirait un peu dans le Nouveau Monde, où pas un projet viticole ne voit le jour sans que le wine tourism ne soit prévu au business plan – et ce n’est pas fortuit, puisque deux des associés du projet  Anthony Record et Marc Kent, viennent d’Afrique du Sud.

Le Chemin de Moscou – le nom de la cuvée que j’ai choisie, dans son millésime 2013 ne fait pas référence à un quelconque engagement politique, mais au lieu-dit où se situe la cave. Elle assemble des raisins des zones de La Livinière, de Brugairolle et du Roussillon, principalement de la syrah, du grenache et du cinsault. Liberté d’expression, qu’on vous dit! Les mots pour le décrire: réglisse, finesse, tannins suaves, finale légèrement mentholée. Aucune aspérité en bouche, aucune lourdeur, aucun excès de chaleur malgré les 14° d’alcool affichés au compteur.

Prix de vente au domaine: 21 euros. Vin bio.

Autres cuvées appréciés: Sélection Parcellaire Grenache Gris 2014, Figure Libre Cabernet Franc 2014, Rosé La Minuette 2015.

Gayda2

Anne de Joyeuse, à Limoux

La cave Anne de Joyeuse est née en 1929 avec l’ambition, déjà, de produire de grands rouges à Limoux – ceux-là même que le bon Docteur Guyot ventait déjà dans les années 1860… Mission accomplie, au moins sur les belles cuvées… Et pas seulement en rouge, d’ailleurs. Mais toujours sans bulles.La cave travaille les apports de quelque 300 coopérateurs.

La cuvée choisie appartient à la gamme Terroir des Dinosaures et porte le petit nom de Gargantuavis; c’est un Pinot Noir du millésime 2014

Cette gamme n’est ps une lubie de marketeer ; dans la Haute Vallée de l’Aude, et plus précisément, sur les argiles rouges du Crétacé, il n’est pas rare de trouve des œufs de dinosaures vieux de 70 millions d’années…

Ce pinot présente de très belles notes de cerise au nez, un peu de cuit aussi ; la bouche est juteuse, sanguine, pleine de sève. «Il y a du vin», comme on dit. L’oiseau est énorme, et même gargantuesque ; il est puissant, mais il prend joliment son envol, nous laissant de longues et jolies notes de fumé, de cuir et de pierre à fusil en finale. Et là encore, un goût de trop peu… Pressurage direct et passage en cuves de bois.

Joyeuse

Serrat de Goundy, à Armissan

La cave, moderne, se trouve au bord de la route de Narbonne; mais le coeur du domaine (60 ha) bat dans le massif de la Clape, tout proche.

Le vigneron, Olivier Calixe, est un enfant du cru; il a étudié l’histoire de l’art et exercé en Espagne, avant de rentrer au bercail, en 2003, pour reprendre le domaine familial; il a apporté sa touche… artistique. Dans sa série Les Petits Canons, j’ai particulièrement aimé le blanc 2015, qui assemble 90% de Chardonnay et 1o% de Muscat. Malgré son petit pourcentage, le muscat est très présent au nez (raisin mûr) , mais les notes florales (tilleul) et épicées prennent le relai, et la structure en bouche est solide. Un petit canon qui sent déjà l’été… et qui en appelle d’autres (en toute modération, bien sûr…).

Egalement appréciées: les cuvées Jolie Môme 2015, Les Petits Canons rouge 2015 et Sans Titre n°4 (vinifié en jarre).

Goundy

Domaine Nizas, à Caux

Vous aimez le basalte? A Caux, c’est la spécialité. Un volcan en a déposé il y a bien longtemps, et des carrières exploitent encore les coulées. Les vignerons aussi. Mais je schématise, car chez Nizas (c’est le nom du village, mais aussi celui du domaine), on a d’autres nuances de sols sur sa palette. Notons qu’ici, la philosophie est un peu le « smaller is beautiful ». Le domaine comptait 80 ha lorsqu’il a été racheté par les propriétaires actuels; il n’en compte plus que 38 aujourd’hui, et la plupart sont des replantations. Un soin tout particulier a été apporté à l’adaptation des variétés aux différentes parcelles. Les traitements phyto sont limités au minimum, et se font sur observation uniquement.

Pour illustrer la production de cette cave, j’ai choisi la cuvée Le Mazet de Salleles Cabernet Sauvignon Syrah 2012. J’ai été étonné par sa jeunesse et son dynamisme au nez comme en bouche, et j’ai été séduit par sa texture soyeuse; je cite mes notes brut de décoffrage: « Violette, mûre, de la mâche, de la souplesse, beaux tannins et fraîcheur ».

Autres cuvées appréciées: Le Mazet Sauvignon Blanc Viognier 2015.

Nizas

Côté Mas, à Montagnac

Enfant de Pézenas, Jean-Claude Mas vend des vins au bout du monde… mais n’oublie pas ses origines: «Le Languedoc, c’est le terroir revivifié par la modernité: la tradition française, le style de la Toscane, le dynamisme de la Californie». Pas étonnant, dès lors, que la maison Mas soit une des grandes entreprises les plus engagées dans l’IGP Pays d’Oc. Comme en témoigne sa large gamme (plus d’une centaine de références), composée en bonne partie de produits de cette dénomination. Un choix délibéré pour une approche libérée, comme pour Arrogant Frog, ou pour Côté Mas, dont le slogan est « Le Luxe Rural ». Ici, pas de concession dans la production, ce sont les modes de consommation qui sont décontractés.

Mon coup de coeur va justement à un vin de la ligne Côté Mas, le Vermentino 2015. Pour son nez mêlant agrumes et aromates (fenugrec, anis) et sa bouche aussi souple, ample et confortable qu’un vieux Chesterfield; et puis, pour terminer en beauté et sans s’amollir, un superbe zeste d’orange en finale. En une milli-seconde, on passe de la comédie romantique au film d’action. Le luxe buccal, en quelque sorte!

Autres cuvées appréciés: Jean Claude Mas Gewurztraminer Demi Sec 2015, Marcel Rosé Rural Couture 2015, Cuvée Secrète Chardonnay 2015, Côté Mas Rouge 2015, Vignes de Nicole Cabernet Sauvignon-Syrah 2015, Jean Claude Mas Syrah Viognier Réserve les Schistes 2015.

Côté Mas

Domaine des Mazes, à Saint Aunès

Il a fallu une bonne dose de courage et d’optimisme à Dorothée et Bernard Bouchet, en 2002,  pour se lancer dans l’aventure du vin, aux portes de Montpellier – d’autant que Dorothée était enceinte. Bernard est ingénieur agronome et a géré par le passé des domaines à Bordeaux; Dorothée est issue du milieu pharmaceutique mais de famille vigneronne; lui s’occupe de la vigne (exploitée en bio depuis 2010), elle de l’administratif, mais les deux réalisent conjointement les vinifications et les assemblages.

De leur production, j’ai sélectionné la cuvée Les Angelots 2015. A Bordeaux, on appellerait ça un Clairet; à Arbois, un Corail; les Bouchet, eux, parlent de rouge de soif . Avec ou sans soif, c’est un grenache très aromatique, mais bien structuré – un faux tendre. Avec leurs senteurs de grenadine, qui en sont la trame du nez jusqu’en finale, avec leur côté croquant, ces angelots sont diablement tentants. Prix d’ami (3,9 euros).

Autres cuvées appréciées: Les Mazes Viognier 2015, Les Mazes Chardonnay Sauvignon.

Mazes

Domaine d’Aigues Belles, à Brouzet les Quissac

Au pied du Pic Saint Loup, côté Gard, se niche le hameau d’Aiguebelle, qui a donné son nom au domaine d’Aigues Belles. Une superbe surprise, que dis-je, une révélation que ces vins! Je ne connaissais pas la maison, je n’attendais rien, et je suis tombé sur de l’exceptionnel. De la haute couture. Et le fait qu’il s’agisse d’IGP ne change rien à l’affaire. D’ailleurs, pour Gilles Pelletan, le contenu compte plus que la mention sur l’étiquette; il nous dit ainsi que ses 20ha de vignes sont « 100% bio non certifiées » et que certaines de ses parcelles, sur Corconne, pourraient bientôt être déclarées en AOP Pic Saint Loup, mais que ce n’est pas son intention. Avec une production de l’ordre de 50.000 bouteilles, il peut choisir…

 Choisir – c’est justement ce qui a été le plus difficile, pour moi, dans sa gamme de blancs (vous préférez le Chardonnay ou l’assemblage Roussanne-Sauvignon? – les deux, mon commandant!), de rouges (vous aimez quand le Grenache pinote?) et son rosé superbement minéral.

J’ai finalement retenu la Cuvée Nicole 2013, tannique, mais mais soyeuse, très Syrah, fruit noir, cuir, et à la bouche fraîche et joyeuse. Un petit côté rhodanien, et la marque d’une recherche de précision dans l’assemblage comme dans l’élevage. 

Autres cuvées appréciées: Rosé Poirier des Rougettes 2015, L’Autre Blanc 2015, Le Blanc 2015,  Cuvée Lombarde 2013, Cuvée Classique 2011 Barrique ayant contenu le blanc vinifie en barrique.

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Cave des Collines du Bourdic, au Bourdic

Cette coopérative située entre Nîmes et Alès vinifie les raisins de quelque 1600ha répartis entre 12 communes et plantés d’une assez grande variété de cépages, d’où une  forte segmentation de ses gammes (plus d’une vingtaine de produits au total). 90% de la production se fait en IGP d’Oc, sous diverses marques (Terre Eulalie, Bourdic, Racine, La Rabassière…) en fonction du circuit de distribution.

Dans ce foisonnement d’étiquettes, j’ai préféré le Prestige rouge 2013, une cuvée qui prouve que le cabernet et le merlot ont leur place en France ailleurs qu’à Bordeaux; ceux-ci sont bien mûrs, ne lésinent pas sur le fruit légèrement compoté, prune, cerise, fraise, poivron rouge, sans que le bois, qui se manifeste sous la forme d’un léger cacao, ne vienne trop dominer l’ensemble. Avec, en prime, un petit côté fumé bien agréable en finale, avec le retour de fruit. Un mot pour résumer: juteux.

Autres cuvées appréciées: Eclat de Rubis Marselan 2015, Grenandise 2015.

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En guise de conclusion

Difficile de trouver un dénominateur commun aux vins de producteurs qui, pour reprendre le titre de Boris Pasternak, ont choisi la liberté.

En relisant mes notes, cependant, je m’aperçois que j’ai principalement apprécié les cuvées d’assemblage. Ce n’est pas que je dédaigne les mono-cépages, ni que je pense que le Pays d’Oc, dans cette catégorie, ne fasse que du variétal, ou manque de personnalité. C’est seulement que l’assemblage, à mon sens, est le meilleur moyen d’affirmer leur différence, en produisant des cuvées dont ils ont la recette, qui n’appartiennent qu’à eux. Et puis, depuis les Romains, le Midi de la France a toujours été terre d’assemblage.

Un constat général pour terminer: comme j’avais déjà pu le constater dans les Côtes de Gascogne, le niveau qualitatif moyen n’a rien a envier à celui des vins d’AOP. Certains domaines ont une approche de terroir aussi fine que celle de leurs confrères des AOP. D’autres, par contre, s’en affranchissent totalement, pratiquant des assemblages de cépages ou d’origines interdits ailleurs, et cela leur réussit souvent. Tout n’est pas génial, mais ni plus ni moins qu’en AOP. Et parfois, c’est bluffant. Bref, il n’y a pas de règle, et c’est justement ça l’idée.

Pour finir, un coup de chapeau au syndicat des producteurs: fédérer un si vaste ensemble, ce n’est pas une sinécure; mais faire preuve, en plus, d’un esprit d’initiative, d’implication et d’une vraie compétence dans la défense et l’illustration de ses productions, voila qui mérite d’être salué.

Hervé Lalau
Fermé