Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


Poster un commentaire

Prends ça dans les dents!

Reprenant une publication de la British Dental Association, plusieurs médias britanniques  mettent en garde les consommateurs: boire du Prosecco peut être dangereux pour les dents.

En effet, le Prosecco combinerait trois éléments nocifs pour les dents: le gaz carbonique, le sucre et l’alcool.

Et les autres effervescents? Pour le Dr Coates, de Riveredge Cosmetic Dentistery, « le Prosecco est bien pire que le Champagne, parce que ce dernier n’est pas aussi sucré. Le Prosecco a un pH de 3,35 (…) et affaiblit l’émail des dents ».

Voila qui me semble bien curieux: de nombreux Champagnes présentent un pH très proche de 3, et sont donc plus acides que les Proseccos!

Certes, les Proseccos sont généralement plus sucrés (la plupart sont des Extra Dry), mais si c’est l’acidité qui attaque l’émail, alors il n’y a guère de raison de faire de différence avec les autres mousseux, même Bruts. Sans parler du cidre.

D’un autre côté, les Britanniques consomment à présent beaucoup plus souvent du Prosecco que du Champagne. Les Belges aussi.

Hervé Lalau


6 Commentaires

Et si l’on parlait des sodas?

En France, on parle beaucoup des ravages de l’alcool. Sans beaucoup de discernement, d’ailleurs – notamment quand on amalgame la consommation du vin et des spiritueux… Combien de fois avons-nous vu des journaux importants, du Monde au Figaro en passant par Libération, illustrer le sujet de l’alcoolisation des jeunes, par exemple, avec des photos de verre de vin? Occultant totalement que ce binge drinking se fait rarement avec du vin.

201314_consomation_alcoolAu Figaro, on parle d’alcool et on montre du vin…

Et si, pour changer, on évoquait les ravages des boissons sucrées?

En 2014, un habitant de Los Angeles a testé un régime à forte teneur en sodas pendant 4 semaines (à raison de 10 canettes de Coca-Cola par jour), et il a pris 10,4 kilos.

En Grande-Bretagne, The Telegraph a publié la video de ce Régime Coca-Cola, avec un article d’explication.

Aucun grand média français ne l’a reprise, par contre, à ma connaissance.

Comment expliquer ce contraste dans le traitement de l’information, surtout dans un pays de tradition viticole comme le nôtre?

Quelques chiffres

Surtout qu’il y aurait matière à creuser, simplement sur la base des chiffres disponibles sur la toile, en fouinant un peu.

On y apprend ainsi que depuis 1990, la consommation française de vins a presque diminué de moitié, passant de 80 à 50 litres par tête d’habitant (source Anivin); et que dans le même temps, la consommation de sodas a plus que doublé, passant de 30 à 65 litres par personne et par an; toujours sur la même période, la proportion de personnes en surpoids est passée de 8,5% à 15%.

Et puis, pour faire bonne mesure, je vous livre les deux cartes suivantes.

Sur la première, issue d’un travail du Wine Institute, est exprimé le pourcentage de personnes consommant régulièrement du vin (soit au moins une fois par semaine), par rapport à la population de chaque région. Plus la couleur est sombre, plus la proportion est élevée.

Ainsi, 28,5% des Picards consomment du vin au moins une fois par semaine, contre 43,5% pour les habitants des Pays de Loire. C’est dire si la France est diverse, à ce niveau là également.

vin région f

% des habitants de la région consommant au moins une fois du vin par semaine

Sur la seconde carte (Source Docplayer), est figuré le taux de personnes en surpoids par rapport à la population de chaque région. Là encore, plus la couleur est sombre, plus la proportion de personnes en surpoids est élevée. Je ne dois pas vous rappeller, je suppose, qu’outre le côté esthétique (qui ne regarde que chaque personne), le surpoids est un facteur de risque pour bon nombre de maladies, comme les troubles cardiovasculaires, le diabète et l’arthrose.

6199397-9262223.jpg

% des habitants de la région en surpoids

Par besoin de sortir de l’ENA ni de l’école de médecine pour établir une corrélation: les régions où l’on compte le plus de personnes en surpoids (Nord-Pas de Calais, Picardie, Champagne-Ardennes et Lorraine) sont également celles où la consommation régulière de vins est la plus faible. Bien sûr, il y a d’autres facteurs régionaux à prendre en compte (notamment le régime alimentaire, qui diffère pas mal de Lille à Marseille), mais si j’étais responsable au Ministère de la Santé, je me poserais quand même la question: et si le vin, consommé régulièrement et dans des quantités raisonnables, avait des vertus insoupçonnées?

Et plutôt que de faire du vin ma bête noire, comme les addictologues de  l’ANPAA,  je m’intéresserais un peu plus à une poudre blanche, en vente libre celle-là: le sucre.

Confrères et amis de la grande presse, quand organisez-vous un débat sur ce thème? Faudra-t-il attendre l’interdiction des publicités sur les sodas?

Hervé Lalau


22 Commentaires >

La doxa actuelle en matière de vin semble considérer le sucre un peu comme le diable pour un croyant, hormis peut-être le cas spécifique de vins dont la nature même est d’être doux ou liquoreux. Personne ne s’attendrait à trouver un sauternes ou un bonnezeaux sec au goût, par exemple. Après la longue période pendant laquelle seuls les vins sucrés pouvaient se conserver et donc être candidats à la notion de grandeur, le sucre dans le vin ne cesse de passer progressivement de mode.

J’en veux pour preuve le courant actuel pour un abaissement, souvent radical, des dosages en Champagne (mode qui, semble-t-il, a plus de succès auprès de quelques « geeks » qu’aux palais du grand public). Un autre exemple est la volonté affirmée assez largement en Allemagne de pousser au bout de la fermentation des rieslings qui, autrefois, assumaient leur dose de sucre non-fermenté. Je ne parle même pas de l’anathème jeté sur la chaptalisation, à tort ou à raison d’ailleurs.

Il me semble que l’idée de ces braves gens est d’établir une corrélation directe entre une pureté recherchée comme une sorte de vertu morale et l’absence de sucre. Le plaisir du goût devient dans ce cas secondaire. C’est un peu comme la lecture pour un puritain, qui doit être « pure » et « utile », car le plaisir sensoriel ou mental est suspect. Il en va un peu de même avec les fervents des levures « indigènes », considérées (on ne sait pas trop pourquoi) comme plus vertueuses que des levures sélectionnées, même si certains sont moins performantes et produisent des goûts bizarres qui masquent le goût de leur sacro-saint terroir. Mais cela est un autre débat : revenons à nos moutons sucrés.

IMG_5680

Cette réflexion a été provoquée par un vin dégusté hier (voir photo), puis par la lecture d’un papier de David Schildknecht dans le numéro 41 du magazine The World of Fine Wine, article intitulé « Something about sugar« .  Le vin en question était un riesling allemand de l’excellent producteur du Nahe, Dönnhoff. Ce Kreuznacher Krötenpfuhl 2011 est un Kabinett, donc pas issu de vendanges tardives. Je profite au passage pour saluer les trop rares restaurants en France qui accordent une petite place sur leurs cartes aux vins allemands.

C’est le cas du très bon restaurant le Mini Palais, situé dans le bâtiment du Grand Palais à Paris et donc parfait pour un repas avant ou après avoir vu une exposition, comme la très impressionnante rétrospective de Georges Braque que j’ai pu voir hier. Ayant choisi le vin avec des amis, nous étions frappé par le fait que le serveur, très attentionné, à tenu à nous préciser que ce vin n’était pas sec. Nous lui avons assuré que cela ne nous surprenait pas, ni ne modifierait notre choix pour accompagner une risotto et un plat de poisson. Nous lui avons aussi dit que nous pensions que l’acidité du vin allait équilibrer le sucre et lui avons invité à le déguster avec nous plus tard. Ce fut effectivement le cas, car le vin, délicieux et délicat au souhait avec ses 10% d’alcool et une grande finesse de saveurs fruités, n’empâtait nullement nos palais.

Mais je vois dans la réaction du serveur bien intentionné – et peut-être guidée par celle d’un client ignorant, le signe d’une mise en abîme du sucre comme ennemi de l’amateur de vin. Or nous savons, je pense, que c’est l’équilibre gustatif d’un vin qui compte, et non pas un jugement basé sur des chiffres analytiques de taux de sucre résiduel. Effectivement, l’acidité et la légèreté alcoolique de ce riesling, sans parler de la vivacité de son fruité, l’empêchait de donner une impression de sucrosité gênante. Mais le sucre dans le vin est mal vu. Pourquoi ?

Nous constatons par ailleurs la très grande difficulté des producteurs de vins sucrés (j’utilise de terme à dessein, même si ce n’est pas du politiquement correcte) d’écouler leur production. De plus en plus cherchent à en alléger la sucrosité, voire à convertir une partie en vins secs. C’est le cas en Allemagne, comme en France. J’ai déjà évoqué cette manie (car je trouve la tendance excessive, souvent  inutile et même parfois contre-productive) qui consiste à réduire le dosage des champagnes, voire de le faire disparaître. Je ne suis pas un fanatique des champagnes à « zéro-dosage », sauf quand la matière est exceptionnelle, et de surcroît, je ne trouve pas que ces vins se gardent très bien. Et j’aime mes champagnes avec un peu d’âge.

Mais, bien plus pertinent que mes goûts personnels, il est un fait que ce n’est pas toujours le niveau analytique du dosage, ou pas seulement, qui détermine l’équilibre sucre/acide d’un vin effervescent. Si jamais vous assistez à une séance de test de niveaux de dosage sur un même vin, vous vous en rendrez compte par vous-mêmes. De plus, la nature de la liqueur, ainsi que la nature du vin, altèrent énormément l’effet de ce dosage. L’affaire est complexe et ne peut en aucun cas être réduite à le lecture d’une fiche produit, comme trop souvent.

Mais il y a, semble-t-il, une sorte de dictature du light. J’ai même entendu un collègue journaliste (certes pas renommé pour la finesse de ses jugements !) dire dans une dégustation de presse, à la cantonade, qu’il estimait que l’appellation Champagne ne devait être accordée qu’à des vins non-dosés !!!! Paradoxalement, et en même temps, la nourriture devient de plus en plus sucrée (ou salée). Vous prendriez bien un autre dessert ? Mais un vin sucré ? Quelle horreur !

Et bonne année à tous nos lecteurs et aux producteurs de bons vins !

David


19 Commentaires

Ainsi parlait Betteravoustra

Pas d’Yquem en 2012. Pas beaucoup de Quarts de Chaume non plus. Vu la mauvaise qualité de la matière première, certains ont préféré renoncer.

Dans la plupart des régions du Nord et de l’Ouest de la France, les conditions n’étaient guère plus clémentes, mais on n’a pas voulu recourir à une mesure aussi drastique: on a chaptalisé.

Oui, oui, c’est légal, les préfets l’avaient autorisé.

L’as-tu vu, la casquette, la casquette…

C’est fou ce que les préfets ont de casquettes, de nos jours. Celle d’oenologue en est une, parmi d’autres.

SugarBeet

« Z’étaient ben beaux, mes raisins, en 2012, M’sieur l’Préfet… »

Je sais qu’une bonne partie d’entre eux sortent de l’ENA – pourtant, dans le cursus de cette prestigieuse école, je n’ai trouvé aucune formation d’oenologie.

Je suppose donc que leur science est infuse, et que les autorisations qu’ils délivrent sont motivées par une connaissance innée des enjeux.

Affranchissons-nous des Oukases du Climat!

Enjeux économiques, d’abord – ce n’est pas parce qu’une année est merdique qu’on ne doit pas produire de l’AOC. Je propose une nouvelle définition du sigle: Affranchissons-nous des Oukases du Climat.

Enjeux qualitatifs, aussi: les consommateurs ont droit au degré d’alcool, qu’il soit obtenu à base de raisin ou de betterave. Et puis si on sucre un peu trop, on pourra toujours désalcooliser après. Le degré betterave coûte de toute façon moins cher.

Bien sûr, je force le trait; je sais bien que les préfets ne font que signer. Ils s’appuient sur des experts, sur les professionnels de la profession. Sur Les forces vives. Sur les intéressés.  Ils entérinent. Et si, dans leur immense sagesse, le législateur et l’administration ont prévu que dans des cas exceptionnels, M. Le Préfet avait le pouvoir de donner l’autorisation de changer les conditions climatiques, pourquoi se priver? Même dans les bonnes années, d’ailleurs.

La chaptalisation, c’est un peu à la viticulture ce que les points supplémentaires sont au baccalauréat. Dans l’Académie de  Tours, cette année, on a noté sur 24, puis ramené la note sur 20.Moi j’appelle ça de la gonflette. Notez, personne ne s’en est plaint. Ni les profs, ni les élèves.

Quid des universités qui devront accueillir des diplômés au rabais? Quid les entreprises? Ca, ce n’est plus le problème de l’Académie!

Pour la chaptalisation, c’est pareil. Le préfet a satisfait les opérateurs. Il a évité des mouvements sociaux, peut-être même des faillites; il fait le boulot.

Que des consommateurs, ensuite, doivent boire de la daube, qu’ils doivent payer la betterave  au prix du raisin AOC, et bien, ça ne le regarde plus. Et puis, il y a des oenologues pour arranger tout ça, non?

Le goût, le terroir, l’effet millésime? C’est bon pour les journaleux… Et qu’est-ce qu’ils y connaissent? Ils ne sont même pas oenologues!

Ainsi parlait Betteravoustra.

Hervé