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Côtes de Gascogne : rouges et rosés

Comme je le disais dans mes deux articles précédents, les blancs dominent la production de cette IGP conséquente, à la hauteur de 85%. Pourtant, lors de ma récente visite, j’étais curieux de déguster aussi quelques vins des deux autres couleurs, car peu ont réussi à me convaincre dans le passé. Les rosés passent plutôt bien dans un style vif et franc qui convient bien à mon palais qui a une aversion pour tous ces rosés lourds qui titrent autour de 14% d’alcool, si ce n’est plus. Mais les rouges m’ont très souvent paru rustiques, aux tanins abruptes et au fruité tenu.

Les cépages pour les vins rosés ou rouges en Gascogne sont : Tannat, Merlot et les deux Cabernets (Franc et Sauvignon), parfois aussi du Malbec et, d’une manière marginale, de la Syrah et, depuis peu, du Manseng Noir. Pour les rosés on trouve des vins issus de pressurage direct et de macération avec saignée. Pour les rouges, il y a parfois un élevage sous bois, surtout pour les meilleurs, car la rudesse des tannins de la plupart de ces cépages a besoin d’être patinée.

L’échantillon des vins était court, c’est pourquoi j’hésite à tirer trop de conclusions de cette dégustation, à la différence de celle des blancs secs. Effectivement, 7 rosés et 9 rouges ne forment qu’une esquisse des possibilités de cette belle région. Mais, après tout, c’est assez fidèle aux proportions de la production globale. Voici en tout cas mes vins préférés :

Les vins rosés

Domaine de l’Espérance, Cuvée Rosée 2016

(Cabernet Franc et Cabernet Sauvignon : prix 5,55 euros). Ton pétale de rose, bien à la mode, légèrement orangé. Au nez c’est tendrement fruité, tendance pêche. Rond en bouche et succulent par son fruité. Un vin délicieux et très gourmand (14,5/20).

Domaine de l’Herré, Reserve Rosé 2016

(Cabernet Sauvignon, Malbec, Merlot : prix 6 euros). Même genre de couleur en un peu plus pâle, mode oblige. Un accent de fruits rouges au nez, comme en bouche. Aussi gourmand que le précédent mais plus vif et structuré. Très bon rosé plutôt de repas (14,5/20).

Domaine de Pellehaut, Harmonie de Gascogne, Rosé Sec 2016 

(Merlot, Tannat, Syrah, Cabernet Sauvignon, Malbec, Pinot Noir : prix 6,50). Là, il y a de la couleur comme j’aime : bien affirmée ! Belle matière, ferme et presque tannique. Clairement un rosé de caractère pour la table (14/20).

Domaine de Maubet Rosé 2016

(Cabernet Sauvignon, Merlot, Tannat, Syrah : prix 5,90). Le plus coloré de toute la série, ce qui me met dans de bonnes dispositions, même si je sais qu’on ne peut pas juger un vin par sa couleur. Le nez est aussi très expressif, bien fruité avec des baies de type framboise et groseille. Sec mais fin en bouche, également dans le style « rosé de repas », j’ai aussi apprécié sa belle fraîcheur (14,5/20).

Conclusion sur les rosés

Je trouve qu’ils ont beaucoup d’atouts. Leur fraîcheur, leur côté (pour certains) bien coloré et très légèrement tannique, la qualité de leur fruit et, par-dessus tout ça, leur légèreté en alcool. Tous ces vins s’annoncent avec moins de 12° d’alcool. On ne risque pas de se fatiguer en les buvant avec joie !

Les vins rouges

Plaimont, Moonseng 2016

(Merlot et Manseng Noir : prix 5,50). Ce vin est original par sa part de Manseng Noir, cépage sauvé de l’oubli par le travail remarquable de Plaimont au travers de son Conservatoire ampélographique. Pour le moment il n’y en a pas beaucoup, mais l’avenir nous dira ce cette variété locale et ancienne réussit à s’implanter d’une manière durable. Le nom et l’étiquette font référence à la fois au Manseng Noir et au festival autour de l’astronomie qui a lieu chaque année dans le région, à Fleurance. Nez complexe de fruits rouges avec des traces de poivron, de caramel et d’iode. Vif et encore un peu anguleux, ce qui lui donne un aspect un peu austère, il a pour lui des saveurs précises et une belle fraîcheur (13,5/20).

La Gascogne d’Alain Brumont 2016

(Merlot, Tannat : prix 5,65). Le savoir-faire de ce producteur célèbre de Madiran se fait sentir dans ce vin. Si le nez tire un peu sur le versant animal, en bouche c’est charnu et bien fruité. Il faut l’aérrer pour qu’il se révèle pleinement et on découvre un vin vibrant, long et harmonieux. bel ensemble (14,5/20).

Domaine de Cassaigne 2014

(Merlot, Syrah : prix 7 euros) Comme pour la version blanche, ce vin d’un domaine géré par la Cave de Plaimont bénéficie d’un travail d’élevage en barrique (dont 30% de bois neuf)  peu de vieillissement avant sa mis en marché, ce qui est une excellente chose. Le robe est intense et le nez à acquis de la suavité et de la complexité, mêlant prunes au sous-bois. La belle matière est assez longue, encore un poil rustique peut-être. Je le garderai un ou deux ans de plus avant de le boire (14,5/20)

Les Hauts de Guillaman 2014

(Merlot 100% : prix 10,50). Ce vin mono-cépage a un nez puissant et profond qui m’a fait penser presque à un porto sec. Beaucoup de matière en bouche, avec du volume et de la puissance aussi. Long et encore un peu rugueux en texture. C’est ambitieux et intéressant, mais une garde de quelques années lui ferait du bien aussi (15/20).

Domaine Chiroulet (Fezas) Terra Nostra 2009

(Tannat et Merlot : prix 23,50). Voilà le plus ambitieux et le meilleurs de vins rouges que j’ai dégusté parmi les Côtes de Gascogne rouges. Certes le prix dépasse de très loin la moyenne de la région, mais la qualité est bien là. La densité de la robe reste remarquable pour l’année. Le nez est encore assez marqué par le bois, mais il s’agit d’un élevage de qualité et ce trait va progressivement s’estomper. Nez de cerise noir, de café, de cacao. En bouche l’écho de notes de type brûlé est toujours là, mais avec une très belle sensation de fraîcheur du certainement à la part importante de Tannat (70%). C’est long, très long même : on dirait un Madiran. On peut l’attendre ou le boire maintenant en hiver (16/20).

Conclusion sur les rouges

Il y avait pas mal de disparité dans les styles, comme dans les prix. Les millésimes aussi étaient bien divergents, ce qui ne rend pas facile une véritable comparaison. Comme je le disais au début, il ne s’agit que d’une esquisse et cela m’a permis de voir, avec deux ou trois exemples, qu’il existe un beau potentiel pour les rouges du secteur, à condition d’un travail spécifique, y compris dans l’élevage. La maturité des raisins doit aussi être parfaite, sinon gare à la verdeur des tanins.

David


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Côtes de Gascogne blancs secs, suite et dégustation

Une sélection des meilleurs affaires parmi les vins à moins de 6 euros de cette dégustation

La semaine dernière j’ai présenté d’une manière assez succinte cette appellation qui est la deuxième en taille parmi les vins IGP de France. Mais une mésaventure du clavier vous a privé de l’article prévu, qui incluait mes impressions lors d’une dégustation assez large de ses vins, essentiellement des blancs secs qui dominent la production dans cette région. C’est reparti pour un tour….

Grâce à l’aide d’Alain Desprats, le directeur des Côtes de Gascogne, cette dégustation à l’aveugle a réuni, au Château de Mons, 7 vins rosés, 38 blancs secs et, pour terminer, 9 rouges (dans cet ordre de dégustation). J’aurais peut-être dû demander aussi des échantillons de blancs doux, catégorie dont la production augmente entre 10 et 15% chaque année en Gascogne, mais je n’ai pas voulu en faire plus à cette occasion.

Le vignoble de Gascogne s’enroule sur les pentes généralement douces des collines calcaires du Gers, parmi bocages, bois, champs de céréales et quelques rares zones de pâturage. Cela donne un paysage doux et chaleureux, doré et presque luxuriant par endroits en ce fin de mois d’août. Ce vignoble est en expansion, comme on le voit clairement par le nombre de parcelles de très jeunes vignes. Il est aussi fortement mécanisé, permettant ainsi une réduction de coûts significative, ce qui explique aussi, en dehors des qualités propres des vins, sa grande réussite commerciale qui est très largement fondée sur des exportations. Les domaines sont souvent (mais pas toujours) assez grands pour un pays viticole comme la France, dépassant régulièrement les cent hectares.

Les cépages plantés laissent une trace claire de l’origine de ce vignoble, qui est essentiellement le résultat d’une reconversion de l’ancien vignoble produisant de l’Armagnac à partir d’une majorité d’Ugni Blanc, avec le Colombard en appoint. Entre parenthèses, je n’ai jamais bien compris pourquoi on n’appelle pas cette première variété par le nom de son pays d’origine (l’Italie), c’est à dire Trebbiano, car je trouve que cela sonne tellement mieux que Ugni Blanc. En tout cas cette variété est encore bien présente dans certains assemblages, à côté du dit Colombard, mais aussi du Sauvignon Blanc et d’une part croissante de Gros Manseng. Un peu de Chardonnay et de Petit Manseng complètent ce portefeuille pour les cépages blancs. Avec la liberté qui caractérise la catégorie des IGP, on peut y produire vins issus de mono-cépages ou d’assemblages, selon sa volonté.

Mes préférés

Voici mes préférés dans la catégorie des blancs secs. L’ordre de la présentation respecte l’ordre de la dégustation qui a commencée avec les vins les plus légers. A ce propos, il est intéressant de noter que beaucoup des vins, du moins dans la première partie, titrait autour de 11% d’alcool, chose devenue très rare de nos jours, exception faite de l’Allemagne. Je signale aussi que j’avais demandé des échantillons de deux cuvées au maximum par producteur pour éviter tout biais en faveur des gammes les plus larges.

Tariquet Classic 2016

(Ugni blanc, Colombard, Sauvignon, Gros Manseng : prix 5,60). Un pionnier de la catégorie et un vin d’une belle régularité qui s’est encore confirmée à cette occasion. Ne tirez pas sur le pianiste, il fait très bien ! J’ai l’impression que cette cuvée a gagné en profondeur aussi. Le nez fin et relativement complexe trouve confirmation en bouche avec un bel équilibre entre fruit et acidité, de la netteté et une longueur qui fait honneur dans cette catégorie de prix (14/20).

Domaine Saint-Lannes, Signature 2016

(Colombard, Gros Manseng, Ugni Blanc : prix 5,60). Malgré un côté un peu herbacé, ce vin a un bon équilibre générale et reste très agréable dans le registre d’une fraîcheur bien ciselée (13,5/20).

Domaine Arton, Les Hauts d’Arton 2016

(Colombard, Sauvignon, Gros Manseng : prix 6,20). Ce domaine est le plus à l’est de l’aire, près de Lectoure. Son joli nez fin a un aspect fumé qui rajoute de la complexité. Belle tenue en bouche, sur le versant de l’austérité mais avec du fond (13,5/20).

Les Hauts de Montrouge 2016

(Colombard, Sauvignon : prix 4 euros). Produit par la cave coopérative de Nogaro, ce joli vin a un beau nez dont les accents toastés/grillés font penser à un usage bien dosé de bois, mais cela serait surprenant. en tout cas il évite bien les excès de thiols qui guettent souvent les vins de ces deux cépages. De la finesse et une très belle acidité. Un des meilleurs rapports qualité/prix de cette dégustation. (14/20)

Villa Dria, Colombard – Sauvignon 2016

(prix 6 euros). Vivacité et intensité se retrouvent en équilibre dans ce vin. On peut appeler cela « minéralité » si cela vous plaît. En tout cas un joli fruit citrique, du volume et de la longueur (14/20).

Caprice Colombelle 2016

(Colombard, Gros Manseng : prix 5,50). Un des nombreux vins de l’autre géant de la région, l’excellente Cave de Plaimont.  Nez fin et complexe qui rajouté une certaine complexité à sa vivacité naturelle. En bouche on découvre des saveurs de fruits exotiques sans la moindre sensation de lourdeur (14/20).

Domaine de Miselle 2016

(Colombard 80% et Gros Manseng : prix 5 euros). Un concurrent sérieux pour le prix du meilleur rapport qualité/prix de cette dégustation. Un beau nez assez plein, et de jolies saveurs qui évitent toute caricature via une texture raffinée et des saveurs bien maîtrisées (14,5/20).

Domaine de Joÿ, Sauvignon Blanc 2016

(prix 6,20).Un joli sauvignon blanc, bien vif et reconnaissable mais pas trop vert. Sa jolie fruité et sa bonne tenue en bouche lui donne du coffre et de l’élégance (14,5/20)

Domaine Saint Lannes, Gros Manseng 2016

(prix 6,60). Le deuxième vin de ce producteur, que je ne connaissais pas auparavant, à sortir à l’aveugle. Ce vin possède un gras que je n’avais pas encore senti dans la série. Changement de cépage sans doute. Belle intensité et longueur et un excellent équilibre entre fruité et texture (14/20).

Domaine Laffitte, Sauvignon – Gros Manseng 2016

(prix inconnu). Nez bien parfumé par des notes de vanille. Il y a du bois ? Cela semblerait se confirmer en bouche avec une très belle matière arrondie et bien équilibrée. Une certaine richesse pour la catégorie mais sans aucune lourdeur pour ce vin raffiné (15/20).

Domaine Chiroulet, Terres Blanches 2016

(Gros Manseng, Sauvignon Blanc, Ugni Blanc : prix 6,50). Un très bon vin avec un certain volume, du gras et un équilibre intéressant entre fruit et matière; droit et fin avec une belle longeur (14,5/20).

Domaine de Cassaigne 2015

(Gros Manseng, Colombard : prix 7 euros). Deuxième vin de la Cave de Plaimont a réussir son examen de passage ! Ce domaine de 30 hectares entoure le Château de Cassaigne, ancienne résidence d’été de évêques de Condom, et est géré par Plaimont depuis son centre à Condom. Du volume au nez, en partie grâce à un élevage bien maitrisé : à signaler que ce vin a un an de plus que la plupart des autres. Très belle texture mais une certaine fermeté, voire une pointe d’amertume en fin de bouche. Cela lui donne un caractère à part (14/20).

Domaine de Pellehaut, Réserve Famille Berault 2015

(Sauvignon, Chardonnay Gros Manseng, Petit Manseng : prix 13 euros). Son beau nez semble marqué par le chardonnay et par un élevage réussi. La texture suave confirme pour ce vin complet, fin et d’une très belle longueur en bouche (15/20).

Les Maestrojuan, père et fils, qui produisent le vin ci-dessus et possèdent deux domaines : Entras et Bordenave.

Entras, Lo Cèu 2014

(Petit Manseng, Ugni Blanc, Colombard : prix 15 euros). Mon coup de coeur de toute la dégustation des blancs secs, à tel point que j’en ai acheté après une visite à ce domaine tenu par la famille Maestrojuan. Lo Cèu signifie le ciel en gascon, mais cette cuvée s’appelait auparavant Planeta ce qui lui a valu quelques ennuis avec le producteur sicilien éponyme ! La robe est aussi intense que le nez. Vin riche, gourmand et puissant en bouche. Long et très bon (15,5/20).

A signaler aussi que j’ai dégusté récemment, mais hors ce cadre (et donc pas à l’aveugle), un excellent blanc sec de Petit Manseng du Domaine Pellehaut, qui se confirme comme un des autres leaders de l’appellation sur le plan qualitatif.

 

En conclusion

Il est difficile de trouver des vins blancs secs d’un meilleur rapport qualité/prix que les Côtes de Gascogne (hormis peut-être les Muscadets). Ce que confirme leur réussite commerciale. La semaine prochaine je vous parlerai des rosés et rouges que j’ai dégustés. Le bilan était plus nuancé, même si l’échantillon était plus étroit.

David

 

 

 

 

 


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Côtes de Gascogne – à venir

Désolé mais hier soir, tard, j’ai totalement perdu mon texte écrit sur ma récente dégustation des vins de Côtes de Gascogne, la deuxième désignation IGP de la France derrière le Pays d’Oc. Ce malheureux texte est parti quelque part dans les limbes de mon ordinateur et, à minuit, je n’ai pas eu le courage de le refaire de suite tel quel.

La semaine prochaine je vous parlerai plus en détail de cette appellation en IGP et de ses vins, dont la réussite est un cas rare, voire unique, en France. Il s’agit de celle d’une reconversion d’un ancien vignoble (Armagnac) vers un autre style de produit et dont le succès commercial, en France et surtout à l’export, ne se dément pas. Si 90% de sa production provient du Gers, l’IGP Côtes de Gascogne touche aussi, à la marge, le Lot et Garonne et les Landes. La zone concerne aujourd’hui 13, 000 hectares de vignes, c’est à dire autant que l’Alsace, qui produit 90 millions de bouteilles. Deux grosses affaires, la cave privée Tariquet et la Cave Coopérative de Plaimont, ont été et restent les leaders, et ils ont inspiré de très nombreux autres producteurs, de tailles très variables, dont 200 vignerons indépendants. Et ce vignoble est en expansion constante, aidé en cela depuis peu par la libéralisation des droits de plantations. Si vous voulez créer un vignoble, venez en Gascogne !

Autre particularité des Côtes de Gascogne : une très forte domination des vins blancs, qui constituent 85% de la production en incluant les vins doux. Cette dernière catégorie est en augmentation, ce qui est aussi, je crois, également unique en France. Je vous parlerai, la semaine prochaine, essentiellement des blancs secs de Côtes de Gascogne, et un un peu de ses rosés et rouges, bien moins connus. Désolé encore pour ma maladresse au clavier.

 

David

 


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En passant par Saint-Sardos

Au coeur de la Lomagne, dans le Tarn-et-Garonne, se trouve l’appellation Saint-Sardos (quand on la cherche bien). Héritière d’un vieux vignoble monastique, celui de l’abbaye de Grand Selve, à Bouillac, elle doit sa renaissance aux efforts de la coopérative éponyme, qui assure encore aujourd’hui l’essentiel de la production. Correction: toute la production, si l’on excepte deux vignerons indépendants.

L’aire d’appellation (230 ha) couvre 23 communes, mais les vignes sont à ce point dispersées qu’on peut facilement passer dans le coin sans en voir une seule. Je peux en témoigner.

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En Lomagne, on voit plus de tournesol, de blé et d’ail que de vignes.

Et pourtant, c’est sûr, il y en a! (Photo (c) H. Lalau 2016)

Gilles de Morban est une des marques de la cave coopérative.  C’est ce vin – dans sa version 2011 – que j’ai dégusté sur place par une belle et chaude soirée de vacances, fin juillet. L’assemblage est dominé par la Syrah (une particularité locale, car c’est la seule AOP du Sud-Ouest qui l’autorise en cépage principal), complétée par du Tannat (deuxième cépage principal) et du Cabernet Franc. Il n’a vu que la cuve.

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Je suppose que la bouteille présentée au concours…

n’était pas bouchonnée! (photo (c) H. Lalau 2016)

Un assemblage original qui illustre les différentes influences de cette zone, entre Atlantique, Pyrénées et Méditerranée.  

Pivoine, cassis, romarin, violette, le nez de ce Gascon est bien affirmé. Sa bouche ne l’est pas moins –  je pense à un de ces mousquetaires forts en gueule qui émaillent les romans de Dumas ou de Merle. Piment d’Espelette ou ail de Lomagne, faites votre choix.

La finale est un peu rugueuse, mais un peu de tannin n’a jamais fait de mal à personne, ni une pointe d’acidité, surtout sur un plat un peu gras comme en propose la gastronomie locale. Ah, les joies de l’oie!

Très inspiré, sur ce coup-là, le Guide Hachette suggère plutôt un steak-frites. Je n’aurai qu’un seul mot: bof!

Hervé Lalau

PS. Sur les deux bouteilles achetées par mes soins à Beaumont de Lomagne (même millésime, même lot), une était malheureusement et irrémédiablement bouchonnée. Un modèle du genre. Je n’ai pas osé racheter une troisième bouteille pour affiner la statistique. Vivement les capsules à vis!


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Cave de Plaimont 2/2

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Voici la deuxième partie de ma dégustation des vins (une partie seulement) de l’excellente Cave de Plaimont dans le Gers, qui couvre plusieurs appellations de la région (voir carte ci-dessus). Je n’ai pas dégusté les vins doux à cette occasion, ni les Madirans. La semaine dernière, j’ai parlé des vins blancs secs. Je vais passer sur les rosés de ma dégustation, qui sont corrects mais qui ne m’ont pas emballés, pour vous parler cette semaine uniquement des vins rouges. J’ai émis quelques conclusions à la fin de cet article.

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Les vins rouges de Plaimont

Favori de Gascogne 2014

(Merlot et Cabernet Sauvignon / Prix 3 euros)

Couleur rubis clair. Nez net, avec des notes d’une intensité moyenne de fruits rouges et des touches de sous-bois. Un fruité très plaisant en bouche pour ce joli vin qui est même remarquable à ce prix-là. 

Rive Haute 2014

(Merlot et Tannat / Prix 4 euros)

Robe proche du vin précédent. Les tannins y sont plus présents, donnant une structure un poil plus austère. Plus qu’honnête à ce prix.

Corolle 2015

(Merlot et Cabernet Sauvignon / Prix 4,70 euros)

Je n’aime pas la forme du flacon qui rappelle certains rosés de Provence. Vin tendu et un peu amer en finale. Le plus faible de la gamme, de loin.

Nature Secrète 2014

(Vin bio : Merlot et Cabernet Sauvignon / Prix 5,20 euros)

Le nez est net, à la différence de la version blanc de ce vin. Un vin pimpant et frais qui possède aussi une petite structure aux tannins fins bien suffisante pour cadrer son joli fruité. Encore un excellent rapport qualité/prix.

Domaine de Bazin 2014

(Merlot et Syrah/ Prix 5,40)

Couleur rubis, de moyenne intensité. Assez aromatique autour de fruits rouges, de prune et une touche d’épices. L’attaque est assez ronde et la texture soyeuse. Un vin plein avec une bonne longueur. Tout à fait remarquable à ce prix et bon en tout cas. 

Béret Noir 2014, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon / Prix 6 euros)

L’encépagement lui donne une forte coloration sud-ouest. Le Fer Servadou s’appelle Pinenc dans cette région, et Braucol à Gaillac et il fait partie de la famille des carmenets. Vin vif, ayant du relief. Il est même un peu anguleux à ce stade. Un bon gascon à l’accent rocailleux mais qui viellera bien trois à cinq ans.

 

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Moonseng 2015

(Merlot et Manseng Noir / Prix 6,20)

Issu d’une parcelle à côté de Lectoure, voici un vin qui possède une vrai originalité (y compris dans le nom et dans l’habillage qui font probablement allusion à Fleurance, ville voisine de Lectoure qui consacre les astres chaque année) avec l’emploi d’un cépage rare qui a été remis en production par Plaimont : le manseng noir. Le volume reste encore confidentielle en attendant l’arrivée en production de nouvelles plantations mais l’avenir est prometteur car ce vin semble avoir trouvé son marché et est en rupture de stock chaque année. Il fait dire que c’est une vrai réussite : vivacité et caractère sont au rendez-vous, avec des tannins fins et une bonne présence de fruits noirs en bouche. Fin et assez long, c’est un très bon vin qui pourrait même se vendre plus cher. Mais c’est tout à l’honneur de Plaimont de le maintenir à un prix plus que raisonnable. Voici un petit film sur le Manseng Noir.

 

Domaine de Cassaigne 2014

(Merlot et Syrah / Prix 7,20)

Ce vin m’a semble trop marqué par le bois au nez. La matière est belle cependant, mais l’élevage reste bien trop dominant. Je ne suis pas un phobique du bois cependant, mais trop, c’est trop !

Les Hauts de Bergelle 2012, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon/ Prix 6,20 euros)

Robe dense entre le rubis et le grenat. Le nez a des notes de fumé et d’épices au-dessus de sa base de fruits rouges. Dans ce cas l’élevage a bien joué son rôle en arrondissant la matière tannique, qui reste quand même bien présent. Bonne longueur. A conseiller sur des mets salés pour réduire l’impact du tannins et faire ressortir son fruit. 

Château Saint Gô 2011, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon / Prix 9,20 euros)

Le nez est fondu et le bois bien assimilé. Une belle structure et une superbe qualité dans la matière. Vin harmonieux et complet dans son genre. J’en déguste de ce niveau de qualité qui valent deux fois ce prix !

Monastère de Saint Mont 2010, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon / Prix 15,30 euros)

Un vin riche et très gourmand qui apparaît encore d’une jeunesse étonnante. La matière est dense, voire un peu épaisse. Je me demande même si l’extraction n’a pas été trop appuyée dans ce cas. Très belle longueur mais à attendre encore de préférence, sauf si on les aime massifs.

 

Aussi dégustés, à une autre occasion dans la même semaine :

Château de Sabazan 2014, AOC Saint Mont

(85% Tannat et le reste en Cabernet Franc / Prix 15 euros environ)

La mise est récente pour ce vin issu de ce qui est considéré comme un grand millésime localement. C’est puissant et l’acidité est bien présente (un des marqueurs du tannat). C’est même un peu mordant car il a pour effet de durcir les tannins. A oublier pendant 4 ou 5 ans à mon avis, et là il devrait se révéler pleinement.

La Madeleine 2015, AOC Saint Mont

(100% Tannat / Prix 35 euros)

Un échantillon pas encore en bouteille. Grand potentiel pour ce vin issus d’un parcelle de très vieilles vignes (plus de 100 ans) proche de la ville de Marciac. Beaucoup de volume au nez dominé par les fruits noirs. Le boisé est encore marqué, ce qui est normal à ce stade. On atteint les sommets dans la gamme de prix des vins de Plaimont mais c’est un vin rare et la qualité est bien au rendez-vous. J’attends de le déguster plus tard pour le cerner réellement.

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Conclusions

A partir de sa base historique à Saint Mont (ci-dessus), Plaimont a su se développer d’une manière cohérente en s’associant avec, ou en englobant, plusieurs autres structures coopératives du Gers et des Pyrénées Atlantiques.

Quant aux vins (le nerf de la guerre, quand-même), il s’agit d’une gamme remarquable dans l’ensemble, avec très peu de faiblesses comme j’ai pu le constater. La modestie des prix de la très grande majorité des ces vins n’est pas leur seule attraction, loin de là. Il s’agit de vins de caractère, qui illustrent bien leur climat océanique, et qui jouent habilement sur la grande variété des cépages de la région, et les combinant différemment selon les cas. Je pense que ce dernier point sera augmenté dans les années à venir, à condition toutefois que les autorités nationaux  daignent prendre en compte tout le potentiel de cette diversité pour laquelle la Cave de Plaimont fait beaucoup pour en conserver ce qui peut encore l’être. Sur le plan commercial et local, leurs boutiques de vente sont claires, modernes et très agréables pour le client de passage. On y voit aussi, à côté des flacons en verre, la poursuite d’une vente en vrac, dont une bonne partie aux coopérateurs eux-mêmes qui viennent y remplir leur bidons en plastique. C’est cela aussi la réalité du vin en France.

 

David Cobbold

 


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Plaimont : un bel exemple de gouvernance collective et des vins exemplaires pour leur prix (1/2)

 Cette semaine, quel contraste avec le vin dont je vous ai parlé la semaine dernière ! Car la gamme décrite ici à un prix moyen tout à fait en ligne avec le prix moyen des vins vendus (en globalité) en France. Ne dites pas que les 5  font dans l’élitisme. 

Ce n’est peut-être pas la peine de vous présenter la Cave de Plaimont, une coopérative aussi importante qu’exemplaire du Sud-Ouest de la France. Sa gamme de vins couvre les appellations Saint Mont (où se situe sa base), Madiran, Pacherenc de Vic Bilh, mais aussi la plus vaste zone des Côtes de Gascogne, dont les vins sont classés en vin de pays (pardon, Indication Géographique Protégée : mais qui a eu l’idée de ce terme aussi techno-absurde que peu communicatif de la substance concernée ?). Je vais vous parler de ces vins pendant deux semaines, en traitent d’abord des blancs secs, puis, la semaine prochaine, des vins rouges. Les doux et moelleux, cela sera peut-être pour une autre fois. Les rosés, je vais passer car ils ne m’ont pas emballés.

img_7009Décontracté dans la forme, mais très sérieux sur le fond : c’est cela l’esprit Plaimont

 

Pourquoi la Cave de Plaimont est-elle si exemplaire ? J’émettrais 3 raisons majeures, puis d’autres qui peuvent sembler secondaires mais qui sont aussi symptomatique d’un état d’esprit qui mérite d’être souligné. Première raison : la qualité des leurs vins. Deuxième raison : leurs prix généralement très modestes. Troisième raison : leur dynamisme commercial, qui passe par un bon réseau de vente, en France et à l’export (dont la Chine depuis longtemps), et qui inclut une série de boutiques en propre qui couvre bien tout le département du Gers, en débordant sur quelques points limitrophes. Il y a quelques années, ni Saint Mont ni les Côtes de Gascogne n’étaient connus. Grace à Plaimont et à quelques autres, notamment Tariquet, ces noms le sont maintenant, y compris à l’export. Et cela fait vivre beaucoup de vignerons, car c’est aussi le rôle de la coopération. Ce dynamisme se voit également par les actions de partenariat qui augmente la visibilité des vins. Je pense en particulier à celui avec le festival de Jazz de Marciac, dont Plaimont est un soutien de la première heure. Mais aussi leurs voyages promotionnels à travers le monde, avec l’emblématique béret vissé sur la tête des vignerons-ambassadeurs. La partie immergée de l’iceberg est moins connue, car moins visible. Il s’agit, entre autres, de travaux de recherche sur la très riche ampélographie du sud-ouest, initié par Plaimont et soutenu et suivie par l’INRA et l’ITV. Pour la première fois depuis 2010, le mois prochain verra deux journées pendant lesquels ces travaux seront présentés à la presse spécialisée. J’y reviendrai après l’événement.

Les vins blancs secs

Echo Indigo 2015 (capsule à vis)

Etrange mais vrai : parmi tous ces vins blancs, à mon avis si aptes pour ce type de fermeture, ce flacon et le seul d’adopter la capsule. Je sais bien que la France est encore rétrograde (pardon, réticent) à ce type de fermeture, mais il est grand temps de bouger !

Ce produit est réservé à l’export, mais son habillage moderne me plaisait quand je l’ai aperçu et j’ai demandé à le déguster. Robe claire, acidité moyenne, simple, fluide et plaisant. Je ne connais pas son prix mais cela ne doit pas être cher.

Le Favori de Gascogne 2014, Côtes de Gascogne

(Ugni Blanc et Colombard / prix 3 euros)

Robe citron clair. Vif et léger avec un peu de fruit, mais neutre dans l’ensemble. Longueur soutenue par une pointe d’amertume en finale. Rien à dire à ce prix !

Colombelle 2015

(90% Colombard, le reste en Ugni Blanc et Sauvignon Blanc / prix 4 euros)

Robe citron claire. Un fruité croquant porté par une belle acidité, mais pas seulement. Plus long et plus complexe que d’autres vins plus chers de la gamme.

Colombelle bio 2014

(90% Colombard, le reste en Ugni Blanc et Sauvignon Blanc / prix 4,50 euros)

La bouteille ouverte devant moi avait un sérieux problème (bouchon synthétique, donc pas de TCA) et sentait fort mauvais. La deuxième, déjà ouverte, était bien meilleure, assez vive, simple, désaltérant. Je n’ai rien contre le bio, mais je ne vois pas l’intérêt de ce vin par rapport au Colombelle non-bio, bien meilleur à mon goût et moins cher !

Caprice de Colombelle 2015

(50% Colombard, 50% Gros Manseng / prix 5 euros)

Même robe claire. Le fruité est plus intense et l’acidité moins prenante. Ce vin gourmand à plus de fond et de longueur que les précédents. Belles saveurs et un rapport qualité/prix très louable.

Domaine de Bazin 2013

(Colombard et Ugni Blanc / prix 5,50 euros)

Une des particularités de la gamme des vins de Plaimont est une forte présence de vins de domaines qui portent leur propre nom. D’ailleurs ce système a permis de sauver quelques châteaux de la ruine par un système astucieux dont je vous parlerai le semaine prochaine. Quant à ce vin, une touche d’oxydation lui donne un peu de complexité, mais le vin est assez court derrière.

Domaine de Cassaigne 2014

(Gros Manseng et Colombard / prix 7,20 euros)

L’acidité semble moyenne, en tout cas moins présente que sur les vins précédents. Du gras apporté par le Manseng en est peut-être la cause. Belle texture pour ce vin qui a de la personnalité.

L’Empreinte de Saint Mont 2011 

le seul vin de cette série qui est en AOC Saint Mont, les autres étant tous des IGP Côtes de Gascogne.

(Gros Manseng et Petit Courbu / Prix 11,50 euros)

Robe intense et nez expressif aux notes un peu fumées et épicées. Joli toucher en bouche car ce vin alterne le gras, une très légère impression tannique, et une bonne dose de fraîcheur. Il cache bien son âge tant il est vif et vivant. Un beau vin, juteux à souhait avec une belle longueur.

L’été gascon se poursuivra une semaine de plus pour moi, puis le retour vers le nord et d’autres pays.

David


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Les cépages rares de Lionel Osmin

En cette semaine qui va me voir entamer un processus de demande de naturalisation française, si l’Etat m’y autorise, je préfère parler d’un coup de cœur pour des vins plutôt que me désoler devant le petitesse d’esprit et la bêtise de 52% de mes concitoyens britanniques. Quelle tristesse !

Il s’agit d’une petite série de 3 vins que j’ai reçu et dégusté la semaine dernière. J’ai déjà parlé dans ce support de Lionel Osmin, négociant/vinificateur (avec son associé Damiens Sartori) du Sud-Ouest de la France et de tout le bien que je pense de sa démarche et de ses vins. Ces trois vins se démarquent du reste de la gamme, non seulement par leur présentation très dépouillée, mais aussi par le fait qu’ils mettent en avant trois cépages très rares rares du sud-ouest qui ont tous failli disparaître : abouriou (rouge), prunelard (rouge) et ondenc (blanc).

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Les deux derniers ont probablement été sauvé d’extinction par le très estimé Robert Plageoles, à Gaillac. J’ai le souvenir, il y a une trentaine d’année, d’une visite de son vignoble lorsqu’il me montrait une courte rangée de vignes à côté de son chai en me disant qu’il s’agissait de plantes d’un cépage que son père avait conservé. Il s’agissant de l’ondenc et il a poursuivi l’expérience en plantant cette variété à plus grande échelle et en a fait, notamment, de très grands liquoreux. Il a aussi beaucoup œuvré pour la conservation du prunelard/prunelart et son fils, Bernard, réalise de magnifiques vins rouges aujourd’hui avec ce cépage.

L’Abouriou vient plutôt du Lot et Garonne et tient son nom de l’occitan aboriu qui signifie « précoce ». Autrefois très présent dans la région entre Villeréal et Marmande, il a beaucoup reculé, mais quelques vignerons, dont Elian Da Ros, l’utilisent encore. Cette variété précoce, résistante aux maladies, coloré et tannique mais peu acide, est certainement ancienne dans le coin car il a de multiples synonymes : Gamay Beaujolais à Puy l’Evêque, Loubejac en Dordogne, Gamay du Rhône, Malbec argenté, Négret de la Canourgue, Noir hâtif, Pinotou, Plant Abouriou, Précoce Naugé, Précoce Noir, Pressac de Bourgogne. Malgré certains synonymes mentionnés, il n’a aucun lien génétique avec le Gamay, mais a des liens de parenté avec le Malbec et avec le Merlot, via la Magdeleine Noire des Charentes.

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Le Prunelard a des origines tarnaises ou haut garonnaises et tient son nom du mot occitan prunel qui signfie prune, en référence à la forme de la baie. Il est l’un des parents (avec la Magdeleine Noire des Charentes) du Malbec.

L’Ondenc fut mentionné dans le Tarn en 1783 par Rézeau comme étant « un des meilleurs raisins que je connoisse pour manger et faire du bon vin ». Il fait partie du groupe ampélographique Folle. Le sens exact de ce nom n’est pas très certain. Il signifie « ondulante » en langue occitane, soit pour souligner sa capacité de faire des vins secs ou doux, soit pour décrire l’aspect de ses feuilles.

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Les trois vins de Lionel Osmin sont d’une belle présentation dans des flacons relativement lourds et larges, sans exagérer sur ce plan. Les étiquettes sont d’une parfaite sobriété, élégantes et efficaces. Ont-ils une appellation ? Je dois dire que je n’en sais rien et que je m’en fous totalement. Il sont très bons, ils ont du caractère qui vient à la fois de leurs cépages et de leurs climats, et cela suffit amplement à mon plaisir.

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Je ne vais pas vous ennuyer avec des notes de dégustation, surtout parce que je n’en ai pas pris. Mais j’ai aimé chacun des ces vins à sa manière. D’abord l’Ondenc : parfaitement sec, « tendu » comme on dit en ce moment, mais avec une texture qui m’a fait penser à du lin, très doucement accrocheuse sans être aucunement agressive. Ce n’est pas exactement gras, mais il a de la substance et un fond assez ferme, ce qui lui donne du caractère. C’est généreux et austère en même temps, ce qui intrigue et rend la complexité des impressions passionnante. Je l’ai bu sur une période de trois jours, en le partageant à une occasion avec Sébastien, mon collègue de travail. Le vin n’a pas flanché, ce qui semblerait indiquer une bonne capacité de garde. Puis vient l’Abouriou : le plus austère des trois, avec des tannins secs mais fins, une texture néanmoins délicate et une légère amertume qui semble remplacer l’acidité. Il a ce caractère rocailleux des accents du sud-ouest, mais sans la chaleur des vins du Languedoc. Il semble même relativement léger en alcool. Ce n’est pas un charmeur, mais il est l’image d’une certaine droiture authentique, franc de collier et frais d’esprit. Enfin le Prunelard, certainement le plus complet des trois, avec cette alliance parfaite entre rondeur gourmande et une structure qui signe tant de cépages rouges de la région. J’ai adoré ce vin et la bouteille n’a durée qu’une séance à deux.

Quand je déguste des vins, il arrive très souvent que je n’en connais pas les prix et, du coup, j’essaie de mettre un niveau de prix sur les bouteilles en question. Je les avais estimé, vu leur qualité, la présentation et leur très faible tirage, dans une fourchette qui se situerait entre 15 et 25 euros la bouteille. Mais je me suis largement trompé car ils valent un peu moins de 10 euros départ chacun, ce qui constitue, selon moi, un excellent rapport qualité/prix. Du coup, j’en ai acheté. La vie est simple, parfois !

Je vais tâcher de me consoler de cette stupidité sans nom qu’on appelle Brexit (tout n’est que slogans débiles dans la tête de ces gens) et buvant ces trois vins formidables sans la moindre trace de modération et en rêvant à mon passeport français (ou, encore mieux, gascon/européen).

David Cobbold