Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


Poster un commentaire

Quand les politiques s’inquiètent de la disparition des vieux bistrots

Un sujet qui a eu les honneurs de la télévision, et qui a même justifié le dépôt d’une motion politique pour la sauvegarde des vieux cafés.

Photo Ludovic Péron

 

Ca se passe en Suisse, évidemment…

http://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/vd-les-lausannois-sinquietent-de-la-disparition-de-leurs-vieux-bistrots?id=8840007

Hervé Lalau


14 Commentaires

Impromptu sur les bords du Lac de Bienne

La météo nous avait prédit un temps maussade et voilà qu’il faisait beau au pied de la chaîne du Jura, côté suisse. C’était au début printemps dernier. Après un peu de bateau, une dégustation inopinée nous a permis de déguster quelques cuvées issues des vignobles qui bordent le lac, Bielersee AOC. Cela se passait à la Vinothek Viniterra de Twann. Vous l’aurez compris, nous étions dans la partie bernoise du lac de Bienne (Bielersee en allemand). C’est une région bilingue où francophones et germanophones se côtoient, un peu comme chez moi, mais peut-être avec moins d’aléas, du moins, je crois. Le lac de Bienne constitue avec celui de Neuchâtel et celui de Morat, le Pays des Trois-Lacs ou Drei-Seen-Land réparti entre les cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel et Vaud. Le canton de Neuchâtel borde l’extrémité ouest du lac de Bienne. Voilà le décor planté, place à la dégustation.

Sur le lac de Bienne

Accoudé au comptoir de la vinothèque

 

Elle semblait totalement improvisée, cette dégustation, mais la bonne humeur, l’entrain, l’endroit et puis la qualité du choix des vins et la présence des vignerons ont rapidement infirmé cette première impression. Mais quoi de plus sympa que de déguster dans une atmosphère décontractée où tout est prévu sans que cela ne se ressente.

Clos de Rive 2015 Chasselas Bielersee AOC Andrey Weinbau à Ligerz

Robe blanche au léger jaune, des fruits blancs et jaunes maculent de leur chair quelques cailloux éclatés, impression de marmelades de mirabelle et de poire aux accents fumés. Belle fraîcheur en bouche avec du croquant que la trace de carbonique rend plus perceptible, plus pointue. Les parfums de rose blanche et d’aubépine se pavanent avant de laisser la guimauve et l’amande terminer l’élégant discours. www.andreywein.ch  Un vin délicat qui a renforcé notre bonne humeur.

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weingut Bielerhaus à Ligerz

La robe lumineuse, presque fluo au mélange de vert et de jaune, au nez de gelée de pissenlit et de poire croquante couchée sur un lit de foin. La bouche suave, fraîche, rappelle les tisanes de montagne accompagnées d’un carré de chocolat blanc. La texture fluide au liseré délicatement amer au goût de réglisse. Un chasselas particulier mais dont le caractère affirmé plaît. www.bielerhaus.ch

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weinbau Schlössli à Twann

Transparence jaune aux nuances vertes qui évoque le citron et le melon poudrés de poivre noir et de muscade. La bouche offre un équilibre assez différent des deux premiers. Moins acide, il s’avère plus ample, plus large, parfumé d’angélique, de bigarreau et d’agrumes confits, style tutti frutti sans le sucre, mais avec une pointe saline. Un autre aspect du Chasselas bien plus nuancé qu’on le croit en général.

Fromentin 2015 Lac de Bienne AOC Domaine du Signolet à La Neuveville

Jaune blanc, nez de pêche blanche épinglée d’une étoile de carambole et coiffée d’une feuille de menthe poivrée. La bouche à la fois acidulée comme les jus mêlés d’une groseille à maquereau et d’un citron jaune et salée comme une goutte d’embrun. Après ce va-et-vient gustatif, le vin s’assagit et nous livre quelques subtiles nuances de mandarine, de noisette et de fougère. Sacré Savagnin alias Fromentin! www.lesignolet.ch

Blanc 2015 Bielersee AOC Anne-Claire Schott à Twann

Un vin particulier, la robe vert pâle, le nez respire l’asparagus et la rose ancienne, le silex, la fougère, un rien la rhubarbe. La bouche croque et nous fait craquer par cet oscillation subtile entre fraîcheur et amertume. Un duo qui vite se transforme en trio avec la suavité des fruits confits. Tout y est bien sec, mais avec de l’onctuosité. Il est à la fois tranchant et généreux, plein de caractère mais courtois. Et puis élégant, très élégant avec cet élan floral qui ne nous lâche pas. Le plus marrant, c’est que c’est un vin d’assemblage aux raisins cueillis le long des murets, là où le soleil le réchauffe le plus. Ces six cépages, Chasselas, Pinot Noir et Gris, Chardonnay, Sylvaner et Sauvignon ont été vinifié dans un œuf. www.schottweine.ch www.aromaderlandschaft.ch

Ce qui étonne aussi, c’est la grande fraîcheur de ces vins. Avant de rejoindre la vinothèque, un passage sur l’île Saint Pierre au milieu du lac de Bienne nous avait confronté à un équilibre tout différent.

Les Chasselas y étaient moins vifs, comme les autres cépages. Mais certes tout aussi agréables à déguster. L’explication la plus plausible, le sol. Sur l’île, la vigne pousse dans des sables de grès décomposés, donc un sol acide. Alors que sur la rive nord, autour de Twann, elle est plantée dans des calcaires, un sol basique. Ma courte expérience sur le sujet, selon laquelle un sol basique donne des vins plus acides et inversément un sol acide donne des vins moins acides, semble se vérifier, au moins quand la nature même du substrat n’offre qu’un seul type de roche; après, tout peut se nuancer.

Si vous passez par la Suisse, profitez-en pour y déguster quelques vins, ça en vaut la peine.

 

Widerluege!

 

 

 

Marko


Poster un commentaire

Au Mondial du Chasselas 

La sixième édition du Concours Mondial du Chasselas s’est tenue hier et avant-hier dans la bonne ville d’Aigle. Le succès de l’opération va croissant, puisque cette année, ce ne sont pas moins de 792 échantillons qui ont été proposés aux jurys. Mais l’organisation reste sans failles.

Comme le souligne Claude-Alain Mayor, le Concours s’ouvre à tous les styles de Chasselas, et des toutes origines. Il convenait donc de juger chaque vin pour ce qu’il est et non par rapport à une image figée ou locale d’un type de Chasselas.

Les jurés internationaux ont respecté cette feuille de route, attribuant des médailles d’or (163 au total) aussi bien à des jeunes Chasselas fringants qu’à des Chasselas plus reposés, à des Fendants qu’à des Gutedels, à des vins de Suisse qu’à des Pouilly sur Loire, des Crépy, des Chasselas de Hongrie ou d’Allemagne; à des secs qu’à des doux.

Preuve que le bon Chasselas présente un bon potentiel de vieillissement: la meilleure note du concours (96,3/100) a été attribuée à un vieux millésime.

Le déplacement à Aigle est aussi l’occasion pour le dégustateur de visiter quelques caves de la région – nous avions d’autant plus de facilité à le faire que ce week-end coïncidait avec l’opération caves-ouvertes en pays de Vaud.

Le Château d’Aigle, lieu des dégustations

 

Vous trouverez ci-dessous la liste des vins qui m’ont le plus séduit au cours de mon séjour.

Coups de cœur:

Gérald Besse (Martigny): Martigny Les Bans Fendant 2016

Bernard Cavé (Ollon): Aigle Chapelle 2016

Clos du Rocher Yvorne Grand Cru 2016

Clos du Rocher Yvorne Grand Cru 2006

Château Maison Blanche Yvorne Grand Cru 2016

Clos de la George Yvorne Premier Grand Cru 2016

Également appréciés:

Domaine des Abeilles d’Or (Satigny), Genève 2015

Château d’Auvernier Neuchâtel Non Filtré 2016

Cave de la Côte Morges Vieilles Vignes 2015.

Un seul regret, toujours le même: qu’il soit si difficile de trouver tous ces bons Chasselas hors de Suisse, notamment en France ou en Belgique. Mesdames et Messieurs les importateurs, si vous pouviez faire un petit effort…
                                     

Hervé Lalau


2 Commentaires

Challex, ou quand le vin joue à saute-frontières

Comme les exceptions qui permettent de mieux comprendre la règle, les vignobles «à la marge» racontent souvent une histoire intéressante.  Prenez l’exemple de Challex, dans l’Ain…

Aux portes de la Suisse, c’est tout ce qu’il reste en France du vieux vignoble du pays de Gex – un vignoble dont la plus grande partie est devenue genevoise en 1815. D’ailleurs, l’encépagement à Challex traduit bien cette proximité: le Chasselas, cépage emblématique de la Suisse lémanique, y reste la variété la plus plantée, devant le Pinot Noir, le Gamaret et le Gamay.

Sommes-nous ici encore en France, ou déjà en Suisse?

«Zone franche»

Le vignoble de Challex compte une cinquantaine d’hectares, dont le plus gros de la production est vinifié… à Genève, par des Genevois. Magie des règlements internationaux, si les raisins récoltés à Challex sont vinifiés sur le territoire genevois, ils deviennent genevois – et peuvent prétendre à l’AOC Genève. Car Challex fait partie de la Zone Franche, un territoire sous régime douanier spécial depuis la fixation de la frontière, après Waterloo ; les productions qui y sont cultivées peuvent entrer en Suisse sans droits de douanes.
Longtemps, d’ailleurs, les ouvriers agricoles de Challex se rendaient à Genève, place du Molard, pour se faire engager – on les appelait les Molardiers.

Cette curiosité (qui rappelle des cas semblables à la frontière franco-luxembourgeoise ou à la frontière italo-slovène) a bien failli disparaître, suite à un recours de vignerons helvétiques; le 5 avril 2011, un arrêt du Tribunal Fédéral Suisse a cependant confirmé que l’aire d’appellation Genève inclut bien les vignes françaises situées dans le prolongement du vignoble genevois. A savoir, la totalité des communes françaises de Challex et de Ferney-Voltaire (Ain), ainsi que certaines parties des communes françaises d’Ornex (Ain), Chens-sur-Léman,Veigy-Foncenex,Saint-Julien-en-Genevois, Viry (Haute-Savoie).
Dans toutes ces zones frontalières, la continuité du vignoble est manifeste, en termes pédologiques et en termes climatiques. Entre Challex et Dardagny, par exemple, la frontière coupe certaines parcelles en deux.

Mais comme les Suisses sont des gens précis, la réglementation stipule que si le contrôle des vinifications en Suisse relève de la compétence des autorités de la Confédération et du Canton de Genève, les contrôles physiques effectués sur le territoire français, eux, doivent êtres effectués par « un organisme agréé par les autorités françaises, mais mandaté par la tutelle suisse ».
Au total, 140 hectares sont concernés, dans l’Ain et en Savoie.

Renaissance

Quelques viticulteurs de Challex vinifient cependant leurs raisins sur place – en 1982, les difficultés de la coopérative (suisse) de Satigny, suite à une récolte pléthorique, les ont incités à se doter de chais et à commercialiser eux-mêmes leur vin.
C’est le cas de Frédéric Péricard, au Domaine de Mucelle.
Depuis quelque temps, il dispose de la mention IGP Coteaux de l’Ain.
Sur à peine 8 hectares, exploités en bio, il ne produit pas moins de 12 cuvées, qui témoignent de sa large palette de cépages (aux 5 ceux déjà cités, il faut ajouter l’altesse), et au fait qu’il élabore également des méthodes traditionnelles.
Cette diversité n’est pas sans faire penser à cette qui règne à un jet de pierre, mais de l’autre côté de la frontière, à Dardagny ; ainsi, au Domaine des Faunes, on ne produit pas moins de 9 blancs, 6 rouges, 2 rosés et 2 bulles – en AOC Genève.
Il serait amusant de comparer les Chasselas des deux domaines, des deux vignobles gessois. Compte tenu de la proximité des vignes, c’est sans doute plus la patte du vigneron qui fait la différence…

«Eux, c’est eux ; et nous, c’est nous…»

Revenons à Challex: pas évident, pour le plus genevois des vignobles français, de se construire une image: personne n’en parle jamais. Les vins suisses (même récoltés en territoire français) sont peu diffusés en France ; et puis le nom de Challex n’apparaît nulle part.
Voici deux siècles, un trait de plume sur un traité a divisé le vignoble, et bien que le même soleil brille sur tous les raisins du pays de Gex, français ou genevois, depuis, «eux, c’est eux ; et nous, c’est nous».
Ne dit-on pas, pourtant, que le vin est une boisson de partage ?

Domaine de Mucelle www.domainedemucelle.fr
Domaine des Faunes www.les-faunes.ch/fr

Article paru dans In Vino Veritas le 7 avril 2017

Hervé Lalau


4 Commentaires

Tant qu’on en parle du Chasselas…

Le Mondial du Chasselas nous a accueillis cette année sous la pluie, heureusement au creux du château d’Aigle nous étions à l’abri.

IMG_2481

Belle qualité générale des vins présentés, avec un petit bémol, quelques encaveurs commencent à céder aux sirènes des thiols. Ces derniers souvent appréciés par quelques jurés qui nous disent d’une façon que je qualifierai de naïve que ça se vend bien. Et ton terroir bordel ! Surtout que le Chasselas en est un bon marqueur. Une grosse partie de la production vaudoise (le Valais s’en fiche encore un peu) s’oriente vers des sélections parcellaires qui montrent bien à quel point quand on sort du déci frisant, le cépage peut offrir intérêt et surtout grand plaisir.

Mais passons.
Le Chasselas, considéré comme petit blanc juste sympa par une quantité non négligeable de professionnels, se révèle apte au vieillissement comme Hervé, avant-hier, nous en montrait un exemple remarquable. Alors replongeons aujourd’hui dans le monde méconnu des vieux Vaudois…

Quand le Chasselas s’abruptise

Rendez-vous à Cully chez les frères Dubois pour, après un passage en cave pour déguster le dernier millésime, rejoindre les salons du Petit Versailles (c’est le nom donné à la grosse bâtisse construite dans un style français, après la période bernoise du Vaud) pour la verticale tant attendue. Elle fut double, car un confrère encaveur, Luc Massy, présentait la sienne en parallèle.

IMG_2494

C’est parti pour le grand vertige

Dézaley-Marsens De la Tour 2014 Domaine Frères Dubois à Cully

Blanc vert, le nez encore fermé révèle un rien de pomme et de poire. Bouche légèrement saline qui livre des arômes de fruits blancs conformes au nez, mais y ajoute du poivre et une étoile de carambole. Fraîcheur assurée par la tension minérale (ça hérisse le poil de certains, mais trouvez-moi une explication à cette impression d’acidité en contradiction avec les analyses de pH haut et d’acidité basse!).

IMG_2505

Dézaley Chemin de Fer 2011 Luc Massy à Épesses

Pourquoi Chemin de Fer? Lors de la construction de la ligne de chemin de fer Lausanne Milan, à l’aube de l’année 1860, une série de terrains viticoles ont été expropriés. La compagnie a ensuite redonné d’autres parcelles en échange qui sont devenue le Clos du Chemin de Fer, un must du Dézaley.

IMG_2506

Jaune vert, le vin se révèle miellé avec quelques accents de camomille romaine. La bouche grasse s’équilibre d’un minéral adéquat dont les arabesques à l’amertume gracieuse nous dessinent gentiane et réglisse qu’humecte le jus d’un citron jaune. Longueur épicée. (Paraît qu’on ne peut plus dire «amertume», mais qu’il faut employer « les amers ». Je préfère amertume, ça rime bien avec enclume).

 

 Dézaley Chemin de Fer 2008 Luc Massy à Épesses

 Jaune vert fluo, ça fait parfois ça, le Chasselas, quand ça vieilli. Nez grillé avec dans ses volutes fumées de la verveine. Bouche un rien austère qui, aujourd’hui, ne dévoile que sa matière, sa structure terrienne.

Peut-être que le climat des plus variables en 2008 explique cette fermeture, quoique à partir de septembre, il s’était mis au beau.

Dézaley Chemin de Fer 2005 Luc Massy à Épesses

Jaune fluo (j’avais prévenu), le nez en forme de pomme à cidre maculée de gelée de coing, avec encore de l’iode, de la verveine et du vétiver, et ça n’est pas fini, il y a aussi du foin, des fleurs séchées et de l’anis. Bouche saline avec l’iode du nez et une saveur aussi succulente qu’une tranche de pain d’épices. Structure importante, quoi donne l’impression d’une fraîcheur concentrée.

En 2005, le vignoble a subi une énorme averse de grêle le 18 juillet; résultat: perte «sèche» de 80%. Le peu qui restait a fourni une matière très dense. 

Dézaley-Marsens De la Tour 2001 Domaine Frères Dubois à Cully

Doré intense à reflets verts, un nez qui fait saliver, pâtisseries diverses, avec en premier de la tarte au pomme avec son lit de crème, sa croûte grillée et puis ses effluves de gelées de rose et de pêche au sirop. Bouche fraîche au relief minéral bien perceptible sur lequel se déposent une poignée de fruits blancs bien mûrs balancés d’une pincée de sel. Longueur épicée.

Un millésime tardif, vendangé  du 10 au 15 octobre.

IMG_2509

 

Dézaley Chemin de Fer 1998 Luc Massy à Épesses

Doré vert, grillé et floral, parfum de rose et de jasmin avec une goutte de vétiver, et un rien de bois vernissé. La bouche onctueuse plaît plus que le nez. Sa structure imposante envahit le palais et y développe son ampleur parée d’épices et des fleurs senties.

Le grillé marque le terroir du Dézaley, qui s’amplifie peut-être dans ce millésime de faible production.

Dézaley-Marsens De la Tour 1995 Domaine Frères Dubois à Cully

Jaune fluo, y a pas d’âge pour luire dans la nuit. Le nez menthe et menthol avec le grillé caractéristique qui semble se développer avec le temps. Sur ce grillé pâtissier s’étalent des gelées de pomme et de citron ombrées de poivre blanc. Bouche à la fois fraîche et confite par la maturité du fruit. Un rien de jeunesse dans ce vin déjà « âgé » se  traduit par une saveur de chair de raisin.

IMG_2508

Les indigènes parlent de brulon pour le grillé, ou plutôt pain grillé, caractéristique des Dézaley.

Dézaley Chemin de Fer 1991 Luc Massy à Épesses

Vert doré et bien entendu le nez grillé avec une fugace odeur de cave, puis bien vite, une giration plus loin, le parfum délicat de la guimauve au citron, des épices, du curcuma et du cumin, la note tertiaire du propolis et madeleine de Proust, le sirop de reinette de notre jeunesse. La bouche fraîche change la donne et offre d’emblée de l’écorce d’orange et de citron qui rend le vin presque vif.

Ce qu’il y a d’étonnant avec les Chasselas, c’est que les vieux millésimes sont plein de surprises, il ne faut s’attendre à rien, parce qu’à chaque fois l’imprévisible est au rendez-vous.

Dézaley Chemin de Fer 1982 Luc Massy à Épesses

Doré fluo, on y échappera pas. Un nez de foin, grillé de soleil qui évoque jusqu’à la fève de cacao en passant par le pain toasté et le léger fumé. Puis encore une goutte de bouillon cube et de cuir, on sent qu’il a de l’âge. La bouche, par contre apparaît plus jeune  et croque le biscuit au beurre trempé dans la tisane de tilleul adouci de bois de réglisse.

Une année exceptionnelle couplée à une récolte exceptionnelle, soit 3 bouteilles par mètre cube, le triple d’une année moyenne. Abondance et qualité, le rêve de l’encaveur…

Dézaley-Marsens De la Tour 1975 Domaine Frères Dubois à Cully

Doré cuivré, il offre en premier nez la senteur délicate d’une rose ancienne soulignée de cumin avant de curieusement froisser quelques feuilles de cerfeuil, puis de passer aux fruits jaunes, abricot sec, mangue séchée et pêche au sirop. La bouche ne répond pas au nez et se la joue solo avec un amer de réglisse bien rafraîchissant, amplifié par une écorce confite de citron pour après s’allonger presque infiniment sur un lit de romarin poudré de poivre blanc.

IMG_2504

 

Nous voilà au bout ou tout en-dessous de cette abrupte falaise à l’image du Lavaux. Une descente en rappel qui nous a bien rappelé ou montré que le Chasselas à n’importe quelle altitude offre complexité et plaisir subtil. Merci aux Frères Dubois et à Luc Massy, c’était top !

Copie de IMG_2511 Un verre à la main, nos hôtes écoutent quelques commentaires…

Après une série de vieux millésimes, en suisse, ou du moins dans le canton de Vaud, on se refait la bouche avec le vin de l’année. Santé!

 

Ciao

IMG_2491

Marco

 

 


4 Commentaires

Au pays du Chasselas

Non il ne s’agit pas de Moissac, mais de la Suisse, bien sûr, et plus précisément du Pays de Vaud.

En marge du Mondial du Chasselas, qui se tenait le week-end dernier dans la jolie bourgade d’Aigle, j’ai eu la chance de pouvoir déguster quelques très beaux vins issus de ce cépage emblématique de la Romandie. Un cépage dont ce sera bientôt la fête, le 25 juin, toujours à Aigle.

IMG_9407

En Lavaux (Photo (c) H. Lalau 2016)

2015 a été une très bonne année pour lui, partout en Suisse; les bonnes notes attribuées par mon jury lors du concours en attestent; c’est donc le moment idéal pour le découvrir, si ce n’est déjà fait.

En avant-goût, voici trois vins qui, à mon sens, illustrent bien la richesse, et du Chasselas, et des vins vaudois.

Calamin Domaine de la Chenalettaz 2015 Réserve du Margis

Calamin est un des deux grands crus du Lavaux (avec Dézaley), entre Lausanne et Montreux.  C’est le plus petit des deux (18 ha). Il doit son originalité à ses molasses argileuses et à ses fortes pentes (le vignoble monte à l’assaut du coteau, depuis les rives du Léman, à 300m d’altitude, jusqu’à 600 m).

Le Domaine de la Chenalettaz est la propriété de la famille Chevalley, qui produit toute la gamme des beaux crus de Lavaux (Calamin Grand Cru, Dézaley Grand Cru, mais aussi Saint Saphorin et Epesses).

Ce vin m’a séduit par sa richesse en nez et en bouche; il présente des notes de prune et de tilleul, un beau gras et une superbe amertume (non, ce n’est pas péjoratif: c’est la marque d’un vin complet, et qui ne finit pas mou). Oui, on peut être sec et gourmand.

Le Calamin présente généralement un beau potentiel de vieillissement, et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Mais il est déjà tellement bon qu’il faudra avoir une sacrée force de caractère pour résister à la tentation de l’ouvrir dès maintenant!

Du même grand Cru Calamin, j’ai également beaucoup apprécié le 2015 de Claude et Alexandre Duboux, à Epesses

IMG_9408

Dézaley-Marsens De La Tour 2015 Domaine des Frères Dubois

Les Frères Dubois sont installés au lieu-dit du Petit Versailles, à Cully, depuis trois générations. Ils produisent – entre autres – une belle gamme de Chasselas de Lavaux, du Grand Cru Dézaley-Marsens De La Tour au Grand Cru Calamin (Cuvée Le Petit Versailles), en passant par Epesses (La Braise d’Enfer), Saint-Saphorin, Puidoux ou Villette…

Ce Dézaley-Marsens est un Chasselas puissant et bien mûr, avec de superbes notes de mirabelle au nez; dans la bouche, relativement vive, c’est plutôt le floral qui domine (chèvrefeuille, jasmin); à ces arômes délicats se superpose de la réglisse, et en finale, une belle pointe saline (pour ne pas dire minérale). Ce vin est encore très jeune, il ne sera embouteillé qu’en septembre prochain. En attendant, les Dubois proposent toute une gamme de millésimes plus anciens; le 2014, issu d’une année un peu moins généreuse, est cependant étonnamment mûr; en Dézaley (comme en Calamin), on dit que le vin voit trois soleils: celui du ciel, son reflet dans le lac, et celui qu’emmagasinent les innombrables murettes qui soutiennent les terrasses du Lavaux. De plus, les Dubois récoltent toujours le plus tard possible, pour profiter au maximum de l’été indien, parfois, vaudois…

A noter que ce cru présente une excellente aptitude à la garde: le 1995, dégusté un peu plus tard, est de toute beauté; ce qu’il a perdu en aromatique, il semble l’avoir gagné en matière.

IMG_9374

Château Maison Blanche Yvorne Grand Cru 2014

Nous voici à Yvorne, en Chablais; ici, plus de lac pour refléter le soleil, mais un effet de foehn comparable à celui qu’on constate en Valais. C’est là que depuis 1673, se dresse la Maison Blanche, avec sa tour au toit pointu.

Autour de l’édifice, 7,5 ha de vignes de forte pente, aménagées en terrasses, composent une marqueterie de sols, du plus caillouteux aux alluvions les plus riches; c’est la conséquence d’un éboulement intervenu en 1584, qui a mélangé les calcaires du vieux socle du trias aux sols plus récents, décomposition des roches alpines.

Même les plus sceptiques en termes d’effet-terroir devront admettre que ce vin présente une grande complexité.

Ayant eu la chance de déguster ce même 2014 à deux reprises, en juin 2015 et en juin 2016, j’ai pu constater que cette année de plus lui a permis de mieux se fondre; le citron s’est un peu confit, de jolies notes de miel sont apparues; le côté fermentaire a disparu, par contre, pour laisser toute la place à des notes iodées; ce qui est remarquable, dans ce vin, c’est sa structure, son amplitude; une texture presque tannique, un côté solide.

Qui a dit que le Chasselas était aussi neutre que la Confédération Helvétique, qu’il produisait des vins fluets et inodores? OK, c’est moi, dans une autre vie… Comme quoi l’on peut évoluer, voire se bonifier…

IMG_9454

Depuis les années 1930, Maison Blanche est dans le giron de la famille Schenk. De quoi nous faire espérer en voir un jour les vins plus dignement représentés hors de Suisse.

Car voilà bien des produits dignes de figurer sur les plus belles tables de la gastronomie; si j’étais un homme d’affaires suisse venu signer un contrat en Belgique, et que j’invitais mon client à déjeuner dans un bel établissement, je serais fier de lui proposer ce bel ambassadeur du savoir-faire de mon pays… Et qu’on ne me dise pas que c’est trop cher quand c’est le prix de l’émotion!

Hervé Chasse-Lalau  IMG_9411


12 Commentaires

Le Räuschling, une vieille gloire…

 

Chorherren

Sur les bords du Lac de Zurich

Sur quelques coteaux pentus et bien ensoleillés du Zürichsee poussent encore, ou à nouveau, quelques arpents de Räuschling. C’est d’ailleurs à Zurich, lors de l’annuelle Swiss Wine Grand Tasting qui rassemble presque toute la Suisse vinicole, que j’ai dégusté pour la deuxième fois de ma vie du Räuschling. J’avais eu un coup de cœur pour ce cépage inconnu quelques mois plus tôt, le déguster à nouveau l’an dernier l’a confirmé et m’a donné envie de me pencher un peu plus sur lui.

« Je suis ton père! »

Le Räuschling a presque disparu du Palatinat et du Wurtemberg, au sud-ouest de l’Allemagne, d’où il est sans doute originaire (et où on le connaît aussi sous le nom de Drutsch). Au Moyen-Age, ce cépage était répandu de cette région jusqu’au nord de la Suisse, entre Schaffhouse et le lac de Zurich. On le retrouvait jusqu’en Alsace. Il avait la cote, à l’époque; au point qu’en 1614, en Franconie, le comte Philip Ernest von Hohenlohe-Langenburg en fit planter à la place du Gouais Blanc (alias Hünninsch) – il ignorait qu’il remplaçait le père par son fils!

Le Gouais, en effet, s’était croisé avec le Savagnin pour donner le Räuschling; c’est l’analyse ADN qui le révèle, on ne peut plus rien cacher. Après moult péripéties, cependant, le Räuschling finit par tomber en disgrâce, un peu trop fragile, peut-être, remplacé par le plus docile Riesling. Il en restait quelques ceps du côté de Zürich. Les vignerons du pourtour du lac de Zurich l’ont récemment sauvé de l’oubli. Il reste un peu plus d’une vingtaine d’hectares dans le monde, surtout concentrés autour du lac et à Schaffhouse; localement, on l’appelle d’ailleusr parfoi sle plant de Zurich (Zürirebe).

Rauschling_Alt_weinweltfoto_1330

L’ampélographe

Le Räuschling offre un feuillage sombre et dense au travers duquel se perçoit les bois rouges brun. Les grappes moyennement grandes présentent des grains sphériques à la peau fine qui se colore de jaune vert à la maturité. Une peau fragile qui craint les orages d’automne qui la fait éclater. Il est aussi sujet à la coulure et au millerandage.
Il débourre en deuxième époque et son cycle court le fait mûrir assez tôt. Son jus clair est fort acide.

räuschling

Du vent dans les feuilles

Quant à son nom, deux versions: la première raconte qu’il trouverait son origine dans le terme germanique rauschen qui veut dire bruire ou bruisser et qui évoquerait le bruissement provoquer par le passage du vent dans son épaisse frondaison, ils sont poète ces vignerons teutons. Selon la seconde version, plus prosaïque, Räuschling viendrait de Russ ou russlig, couvert de suie, à cause de la couleur sombre de ses bois. Cela reste charmant.

Le vin

En voici une cuvée bien appréciée…

Meilener Räuschling Seehalden 2014 Zürichsee AOC Schwarzenbach Weinbau

Côtes du Rhône Villages 126

Jaune pâle à reflets verts, des senteurs légèrement anisées en fusent, puis arrivent les perceptions florales de jasmin et de fleurs de tilleul. Quelques fruits blancs viennent ensuite se montrer. La bouche frise délicatement, un reliquat de carbonique qui ajoute à sa dynamique. Le citron l’avive encore. Par contre, une saveur presque onctueuse de poire fondante et de carambole bien mûr vient contrebalancer l’élan acidulé. La structure se construit autour d’un squelette minéral dont on ressent l’angle accrocheur sur les papilles. Une saveur subtile d’épices nous accompagne tout au long de la dégustation.

Côté vinif

Le premier millésime de cette cuvée fut élaboré en 2005.
Les vignes plantées en 1989 poussent à 4.200 ceps/ha dans un terrain assez lourd fait d’argiles relativement compactes.
Les raisins sont égrappés et pressurés. Le moût chaptalisé au jus de raisin concentré de production propre fermente en cuve inox grâce à des levures sélectionnées. La fermentation malolactique se fait, le vin conserve malgré tout 6g d’acidité. Le vin est filtré à la mise.

Schwarzenbach Weinbau

Petite propriété familiale situé à Meilen à quelques kilomètres de Zürich, elle est considérée comme l’un des domaines les plus importants de l’appellation Zürichsee. Certes, plus pour la qualité d’ensemble de sa production que pour ses 8,5 ha de vignes. Pas moins de 12 cépages différents y sont cultivés dont le Räuschling qui s’étend sur à peine sur 0,75 ha exposé au sud, à 420 mètres d’altitude.

Schwarzenbach_Weinbau_2013
www.reblaube.ch

Tschau (c’est du zurichois)

07_Rauschling_Auslese_07

Marco