Les 5 du Vin

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En léger différé du Mondial du Chasselas

J’ai toujours autant de plaisir à participer au Mondial du Chasselas, à retrouver la jolie cité d’Aigle et son château entouré de vignes (déguster dans un beau cadre ne doit pas être retenu contre les organisateurs!), et le Chasselas.

Côté organisation, comme d’habitude, ce fut sans faille – la précision suisse, mais avec la convivialité du vignoble du Chablais. J’ai l’air de faire de la promo, mais non, je ne suis pas payé pour le dire, c’est seulement ce que je pense.

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A ma table

Peu de déchet à la table mon jury – les vins (essentiellement des 2017) étaient, pour l’essentiel, très propres sur eux ; et dans bon nombre de cas, séduisants, voire éclatants d’arômes floraux et fruités, gourmands et tellement plaisants ! Ce genre de compétition vous fait regretter de ne pas pouvoir boire ce qu’on déguste (et croyez-moi, ce n’est pas le cas partout). Les quelques vins moins intéressants sont vite passés à la trappe de notre mémoire, ce fut donc une belle édition.

Notre présidente de jury, Marjorie Bonvin, est une jeune oenologue à la fois compétente et ouverte, qui a su bien tenir les troupes, tout en leur permettant de s’exprimer.

Au total, sur les deux journées, j’ai pu juger 83 vins.

Soulignons qu’ici, à la différence de bon nombre d’autres concours, la plupart des grands noms présentent des vins – par fierté (le Chasselas reste un cépage identitaire pour les vignerons suisses) et par souci de se situer par rapport aux autres.

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A-côtés

Par ailleurs, nous avons eu droit à quelques beaux à-côtés, qui nous permettent de mettre des noms sur certains vins (je vous rappelle que toutes les dégustations du concours se font à l’aveugle).

Que serait le Mondial du Chasselas sans la traditionnelle soirée raclette du premier soir – cette année, elle se tenait au caveau d’Yvorne, une adresse à retenir si l’on veut s’immerger dans l’art de vivre du vigneron vaudois; l’occasion aussi de faire agréablement passer fromage et pommes de terre avec une bonne rasade de Chasselas – il faut bien se caler…

Le plus sympa, c’est que pour ce faire, on utilise force grands crus, comme le Clos du Rocher, le Clos de L’Abbaye, le Domaine de la Commune d’Yvorne ou le Domaine de La George (tous trois d’Yvorne). Etonnant mélange de bonne franquette et de vins d’exception. Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si on ouvrait un Petrus à l’occasion d’un barbecue (y a qu’à essayer, me direz-vous. D’accord, j’apporte la viande!).

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Chez Obrist

En «after» du premier jour, nous avons également pu visiter la maison Obrist, à Vevey. La proximité du siège international de Nestlé, sur les bords du Léman, ne nous a pas obligés à boire du lait – mais plutôt les produits du bon jus de la treille. Et nous avons pu remonter dans le temps avec une dégustation de deux crus fameux, le Château de Chardonne (le 2016 était une véritable symphonie d’arômes floraux et d’épices) et La Cure d’Attalens (avec un 2009 encore en pleine forme, très miel, et un 1999 qui partait du côté oxydé de la Force, mais il y a des amateurs). La preuve, en tout cas, qu’un peu de patience sied aux bons Chasselas – c’est d’ailleurs pour ça qu’il y a des Grands Crus, non?

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Les repas nous ont aussi permis d’apprécier le Chasselas du Chant des Resses, à Yvorne, un 2016 parfait à boire aujourd’hui à la fois soyeux et minéral; et puis le Neuchâtel Blanche Loye 2016 des Caves de Chambleau; issu d’un terroir un peu plus au Nord, mais élevé sur lies, à l’ancienne, ce vin allie une bonne acidité et une belle richesse en bouche.

Avec Swiss Wine Promotion

Par la suite, en compagnie de Jean-Marc Amez-Droz (Swiss Wine Promotion), nous avons pu découvrir d’autres expressions de ce fameux cépage. Toujours en Vaud, celle du Chasselas 2016 Les 4 Vents, de Perroy La Vaudoise, à la très belle rétro de fleurs d’acacia; en Valais, celle du Fendant Brûlefer 2016 (du nom d’une parcelle de mi-coteau exposée plein sud), d’une grande richesse de fruit, mais aussi très minéral.

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Et enfin, avant de repartir, à quelques encablures de Genève, mais toujours en Vaud, l’excellente Cuvée Spéciale 2017 des Frères Dutruy (fruité, salinité, nervosité, la belle devise du Chasselas de la Côte, sur Mollasses gréseuses).

Pour terminer, une petite video tournée par la télévision locale sur au Château d’Aigle, lors du Mondial. Le Mondial du Chasselas, bien sûr – what else?

 

Hervé Lalau

 


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Au Carrefour, à droite, vous prenez la Côte jusqu’à Perroy

En matière de chasselas, la Grande Distribution belge nous a plutôt habitué au genre fendant à raclette (dans ce cas de figure, je crois qu’on l’appelle fendant parce qu’on espère qu’il fendra le gras du fromage).

Alors jugez de ma surprise de trouver au Carrefour Market de Waterloo (publicité gratuite) la Cuvée 48 de la Cave de Jolimont, un Grand Cru Perroy La Côte 2016. Pour les non initités: Perroy est un village entre Gland et Morges. Comme d’autres communes de la zone, les vins qui en sont issus peuvent, moyennant certaines conditions, bénéficier de la mention Grand Cru.

La Côte dont on parle n’est pas celle qui va de Marsannay aux Maranges, mais, celle, bien suisse, qui va de Genève à Lausanne.

Tilleul, aubépine, acacia, ce vin est très délicat au nez; il s’ouvre, il s’épanouit lentement comme une jolie fleur blanche. La bouche présente assez peu d’acidité, mais une belle souplesse, un poil de gaz mais pas envahissant. La petite pointe d’amertume en finale ne fait que relancer le tout.

Il y a dans ce vin un charme qui opère en douceur; rien de tonitruant, rien de «rentre dedans», c’est subtil, aérien. Il fera certainement merveille sur un poisson en sauce, une viande blanche, un fromage à pâte dure, ou tout simplement à l’apéritif.

Le genre de vin qui rappelle aux touristes que quand ils vont en Suisse, ils peuvent aussi apprécier les vins locaux sur une gastronomie raffinée – parce que oui, les vins suisses peuvent être très raffinés.

16,42 euros chez Carrefour Belgique. Pas cher pour un grand cru, ou bien…

Hervé Chasse-la-lau 

PS. Pourquoi 48? Aucune idée!


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Cépages résistants: l’exemple suisse

En France, on s’interroge sur le potentiel des cépages résistants aux maladies, sur l’opportunité de les planter et de les homologuer en appellation. En Suisse, on ne se pose plus trop de questions: on en boit. Comme en témoigne l’article de notre invité de ce jour, notre confrère suisse Pierre Thomas.

Des «nouveaux cépages», la station de recherches de Changins (VD) en a «croisé» de nombreux, ces cinquante dernières années. Avec l’IRAC 2091, qui a pris le nom du chef des Helvètes, Divico, la Suisse détient la première variété de raisin au monde ne nécessitant aucun traitement phytosanitaire, apte à faire du (bon) vin.

La vérité d’un vin se trouve au fond du verre. Qu’on parle de vin «bio», de vin «nature» (sans ajout de SO2 ou «sulfites»), ou de «nouveau cépage», c’est là que tout se joue.

L’autre jour, au Domaine de Fischer, vénérable cave dominant La Côte vaudoise, un vin ouvrait une dégustation du cercle vertueux Arte Vitis. Ces quatorze vignerons, cooptés, forment l’élite du deuxième canton viticole de Suisse. Sur ma feuille de dégustation, j’ai noté : «Robe presque noire, beau nez de myrtille, attaque sur la pulpe de cerise noire ; mûr, rond, avec une touche de boisé, et un retour sur les fruits rouges croquants. Magnifique vin !».

Il s’agissait du Divico 2015 de Christian Dugon, un des meilleurs producteurs de vins rouges vaudois, dans les Côtes-de-l’Orbe, à Bofflens. De Genève (10 hectares recensés) au Tessin (1 ha), en passant par Vaud (4,3 ha), Neuchâtel (2,5 ha) et le Valais (1,6 ha), mais aussi dix autres cantons, le Divico, officiellement autorisé, se répand lentement, mais sûrement. Les vignerons acquis à la conduite de la vigne en biodynamie, les Vaudois Raoul Cruchon, Blaise Duboux, ou le Valaisan Didier Joris, mais aussi le vignoble de l’Etat de Genève, tous de renom, le vinifient déjà «in purezza», comme disent les Italiens, soit en monocépage. D’autres, en assemblage. Et seulement depuis deux ou trois ans…

Le Graal du viticulteur

Obtenir une variété qui ne nécessite pratiquement aucun traitement à la vigne est une forme de Graal. Le Divico est particulièrement adapté à la culture en bio. Au Domaine des Coccinelles, à Saint-Aubin, au bord du lac de Neuchâtel, le plus vaste, et un des plus anciens aussi, domaine certifié bio (label bourgeon) de Suisse, aménagé par son père il y a 25 ans, Pierre Lambert en a planté un peu. Il livre son raisin pour ses propres cuves, suivies par l’œnologue des Caves de la Béroche, où son premier Divico «pur» (le 2015) séjourne encore.

Est-ce le cépage miracle ? «Oui et non»répond le producteur neuchâtelois. «Il permet au vigneron une économie, de produits et de temps, mais il ne résout pas le problème du travail et du respect du sol.» «Il nous oblige à revoir complètement notre manière de cultiver», complète le Valaisan Didier Joris, qui en a planté à Chamoson. Ses grappes lâches ne craignent que les oiseaux, friands des raisins dès qu’ils sont mûrs — et le Divico est un des premiers gorgés de sucre même s’il se récolte plus tard, pour assouplir ses tanins — et la mouche Suzukii. Cet insecte qui «suce» le jus a fait son apparition massivement en Suisse romande et au Tessin en 2014. Mais l’été sec de 2017 l’a grandement freinée…

C’est le seul aléas, avec des problèmes parfois à la floraison, que le Divico connaisse. Il n’est sensible ni au mildiou, ni à l’oïdium, ni à la pourriture grise, trois «champignons» qui mettent en danger le raisin durant son cycle végétatif et nécessitent jusqu’à une dizaine de traitements phytosanitaires, avec des produits classiques ou admis en bio, sur les autres cépages.

Un arbre généalogique touffu

Cette résistance, il la doit à ses parents. Fruit du croisement par Changins du gamaret, raisin rouge obtenu par la même station de recherche en 1970 déjà, et du bronner, un raisin blanc allemand, il convoque, parmi ses ancêtres, presque tout ce qui porte le nom de «vitis» (vigne) sur la planète. Pas seulement la «vitis vinifera», apte à élaborer du vin en Europe, mais aussi des vignes sauvages américaines («vitis rupestris» et «lincecumii») et asiatiques («vitis amurensis»). Ces dernières lui assurent une résistance naturelle au mildiou et à l’oïdium, qu’a perdue «vitis vinifera».

Par ces croisements nombreux, le cépage obtenu par Changins est donc un «interspécifique» (abrégé PIWI en allemand). Que la législation de l’Union européenne a exclu des dénominations d’origine protégée, pour l’instant… En France, le Divico figure sur une liste de cépages résistants en attente d’homologation, mais n’a pas été retenu en avril dernier (au contraire du bronner). A jus clair, mais à peau épaisse, ce rouge à reflets noirs dans le verre, contient une quantité très importante de resvératrol et de ses dérivés. Ces substances sont celles qui permettent à des médecins de recommander la consommation, certes modérée, de vin rouge «bon pour la santé».

Et si, après être plus «sain» à la vigne et pour le corps, ce cépage est de surcroît excellent à déguster, que demander de plus ? Seul bémol : les consommateurs de vin se méfient de la nouveauté et accordent souvent leur préférence à des cépages mondialisés, du pinot noir (le cépage le plus planté en Suisse) au merlot, en passant par le cabernet sauvignon et la syrah, en rouge. Et en blanc, au chardonnay, au sauvignon et au chasselas, si suisse. Mais déjà pointe le «Divico blanc», qui n’a pas de nom, juste un numéro de code, le RAC 2060. Il donne «un vin aux arômes qui se situent entre le sauvignon et la petite arvine», confie Didier Joris. On se réjouit de le goûter !

Divico, késako ?

Drôle de nom pour un cépage ! Car le chef de guerre des Helvètes-Tigurins est une figure de la mythologie suisse aussi controversée que Guillaume Tell. Dans sa jeunesse (il serait né vers 130 avant JC), il s’en alla battre les Romains à Agen. A un âge avancé pour l’époque, en -58, il fut choisi pour représenter les Helvètes face aux Romains, qui défendaient alors Genève. Jules César lui-même l’écrit dans «De bello gallico». La rencontre tourna court et les Helvètes furent écrasés à Bibracte : Divico mourut sur les bords de la Saône. Non loin de là, un autre raisin rouge, tout à fait traditionnel, a gardé le nom de son adversaire romain : le César; celui-ci n’est cultivé que sur une dizaine d’hectares dans l’Yonne. Avec 22 hectares en Suisse, Divico tient déjà sa revanche !

Pierre Thomas

Paru dans le magazine encore! le 15 octobre 2017 (pdf à télécharger ici)


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Gloire au Caviste!

Voici un vin qui devrait être en bonne place chez tous les cavistes! Car il leur rend hommage. Le Caviste, c’est son nom.

Hélas, il est suisse!

Ne vous méprenez pas, je n’ai rien contre les vins suisses, bien au contraire (et ceux qui me lisent régulièrement le savent bien). Mon « hélas » se rapporte uniquement à l’aspect commercial. Nos voisins suisses exportent très peu leurs vins chez nous. C’est évidemment plus compliqué pour eux, qui ne sont pas dans l’Union européenne; et peut-être moins rentable. Mais nos importateurs s’intéressent-ils beaucoup à eux?

Toujours est-il que ce Caviste est une cuvée de la coopérative d’Ollon, alias Les Artisans Vignerons d’Ollon.

Photo (c) H. Lalau 2017

 

Ollon est une commune vaudoise à la limite du Valais – vous traversez le Rhône, et vous êtes en Valais. Vous continuez à peine une petite dizaine de km, et vous êtes en France. Ce n’est pas loin, donc. Mais en aviez-vous déjà entendu parler? Si oui, bravo, vous êtes un oenophile curieux. Sinon, dommage, car cette jolie commune a un riche passé viticole, qui remonte sans doute à l’arrivée des moines de l’abbaye de Saint-Maurice.

Et puis surtout, aujourd’hui, elle compte une vingtaine de vignerons, qui, s’ils ne révèrent pas tous Saint-Maurice, vouent un culte à Saint-Chasselas, le cépage le plus important du lieu.

La cuvée Le Caviste (2016) est d’ailleurs un 100% chasselas. 100% accessible. Sans chichis. Légèrement perlant, il séduit d’abord par de jolies fleurs – amandier, tilleul – puis nous emmène du coté des fruits (pomme, melon); la bouche est harmonieuse, assez ronde, mais une pointe d’amertume la sauve de la mollesse et prolonge la finale. Avec, en prime, un peu de pierre à fusil. Vous pouvez bien sûr l’essayer sur une raclette, dont il compensera le gras; mais je le vois bien aussi à l’apéro, avec une gougère, par exemple; ou encore sur une charcuterie. Et le poisson? Pourquoi pas, mais n’abusez pas des sauces, ce vin a une certaine subtilité, il ne faut pas la recouvrir.

Caviste, quel beau métier!

Revenons un instant sur le terme de caviste (au sens moderne de vendeur de vin, plutôt que de chef de cave, ce qui était sa définition initiale). Voila un métier que j’aime bien.

Je suis né en un temps où l’on achetait plutôt chez des spécialistes qu’en grandes surfaces – en tout cas, pour les produits dits nobles. Chez moi, il y avait un tripier-volailler, un charcutier, plusieurs bouchers, un poissonnier, un marchand de légumes. Et un marchand de vin.

Certains ont disparu. D’autres vivotent. D’autres, encore sont devenus des franchisés, intégrés à des chaînes, comme mon caviste, qui n’a plus la possibilité d’acheter les vins qui lui plaisent. C’est devenu un simple revendeur.

Pourtant, n’est-ce pas là tout l’intérêt d’un caviste que d’être aux deux bouts de la chaîne? Qui, mieux que celui qui a acheté le vin, qui connaît le producteur, qui aime le produit, peut le vendre au client? Si l’idée est de se démarquer d’une grande surface où les produits doivent se vendre tout seuls, alors il faut que les recommandations s’appuient sur l’expérience, sur la raison et même sur un peu de sentiment, non?

Pour toutes ces raisons – et peut-être aussi parce que je suis un indécrottable naïf, je pense que les vrais cavistes, qui vendent du conseil tout autant que du vin et du prix, ont un avenir.

Et ceux-ci seraient peut-être bien inspirés de contacter les Artisans Vignerons d’Ollon, pour mettre Le Caviste à leur assortiment. Pour le nom, mais pas seulement. Avez-vous pensé à tous les touristes qui visitent la Suisse tous les ans, et qui aimeraient recréer un peu de cette ambiance de vacances une fois rentrés chez eux?

Pour information, ce vin coûte 13,5 francs suisses (sur place).

Info: http://www.avollon.ch/

Hervé Lalau

 


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Chasselas de Gérald Besse ou l’effet terroir

En juin dernier, à l’occasion du Mondial du Chasselas, nous sommes passés chez Gérald Besse, encaveur à Martigny, à l’entrée du Valais. Gérald s’est offert une toute nouvelle cave, hyper fonctionnelle, notre copine Nadine qui était du voyage vous la décrira demain. Moi, je m’attache aujourd’hui aux Fendants qui se déclinent ici en trois cuvées. Trois flacons bien différents les uns des autres, en cause trois terroirs bien distincts, autant par la pente que par l’orientation, la pluviométrie et le sol, bien évidemment.

Les Fendant

Pour qui ne le sait pas, Fendant désigne en Valais (et en Valais seulement) les vins issus du cépage Chasselas. C’est le blanc sec qui accompagne traditionnellement nos raclettes hivernales (la raclette est elle aussi originaire du canton). Et bien plus si affinités! Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence les trois Chasselas de Gérald.

Champortay 2016 Fendant Valais Martigny

Blanc au léger jaune, il n’est guère bavard, il faut l’aérer, le remuer, le bousculer pour qu’il sorte de son indifférence à l’égard de notre nez. Mais on parvient à lui arracher quelques senteurs de fruits blancs légèrement épicés. En bouche, le voilà un peu plus prolixe, parlant de pomme délicatement acidulée, de poire croquante, de poivre blanc, avant de nous révéler après un dernier tour au creux du verre les pétales de rose qu’il cachait en son sein. Mais n’oublions pas de parler de son agréable fraîcheur, une fraîcheur presque vive qui nous fait saliver et qui le désigne comme un excellent vin d’apéritif.

Les vignes poussent du côté des Rappes dans la combe de Martigny où le sol pentu peut avoisiner les 55%. Il se compose d’éboulis calcaires. Vinification et élevage en cuve.

Martigny 2016 Fendant Valais Martigny

La robe blanc jaune à peine prononcée révèle tout de go ses parfums de fleurs d’acacia et de vigne qui s’entoure d’une taffe de fumée aux senteurs de noisettes grillées. La bouche semble austère. La première gorgée nous laisse sur le palier. À la deuxième, le pied dans la porte on entrevoit la pierre à fusil, les fruits secs en train de griller. On entre et on est frappé par la note saline qu’on n’avait jusque-là pas captée. Pas plus que l’amertume gracieuse qui avec le sel dispense une fraîcheur particulière, sapide, mais pas acide.

La vigne pousse plus bas dans des alluvions mélangées de colluvions calcaires, un sol plus riche. Vinification et élevage en cuve.

Les Bans 2016 Fendant Valais Martigny

 Le troisième est surprenant, tout d’abord par sa robe plus intense, plus jaune, et puis par sa pointe de carbonique qui espiègle nous pique la langue, par son côté confit. Il respire les fleurs à plein nez, le genêt se diffuse comme un parfum ensoleillé, tandis que le narcisse apporte son élégance. En bouche, les fruits jaunes remplacent les fleurs, confits ils se déclinent en pêche abricot, en mangue, en mirabelle, qui se fourrent de pâte d’amande. Un ensemble qui offre ampleur et onctuosité au vin, mais pas sans oublier la fraîcheur, une fraîcheur poivrée qui nous amuse et nous donne envie d’y revenir au plus vite.

Le sol ici se compose de schiste. La vinification et l’élevage se font en cuve.

Après, nous avons dégusté toutes les autres cuvées de Gérald et y en a !

L’endroit où se trouve sa cave, sur les hauteurs de Martigny, mérite le détour, le paysage nous fait rapidement comprendre la particularité des vignobles de pentes, la pénibilité du travail et la diversité des terroirs.

 

Ciao!

 

Marco  


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Quand les politiques s’inquiètent de la disparition des vieux bistrots

Un sujet qui a eu les honneurs de la télévision, et qui a même justifié le dépôt d’une motion politique pour la sauvegarde des vieux cafés.

Photo Ludovic Péron

 

Ca se passe en Suisse, évidemment…

http://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/vd-les-lausannois-sinquietent-de-la-disparition-de-leurs-vieux-bistrots?id=8840007

Hervé Lalau


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Impromptu sur les bords du Lac de Bienne

La météo nous avait prédit un temps maussade et voilà qu’il faisait beau au pied de la chaîne du Jura, côté suisse. C’était au début printemps dernier. Après un peu de bateau, une dégustation inopinée nous a permis de déguster quelques cuvées issues des vignobles qui bordent le lac, Bielersee AOC. Cela se passait à la Vinothek Viniterra de Twann. Vous l’aurez compris, nous étions dans la partie bernoise du lac de Bienne (Bielersee en allemand). C’est une région bilingue où francophones et germanophones se côtoient, un peu comme chez moi, mais peut-être avec moins d’aléas, du moins, je crois. Le lac de Bienne constitue avec celui de Neuchâtel et celui de Morat, le Pays des Trois-Lacs ou Drei-Seen-Land réparti entre les cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel et Vaud. Le canton de Neuchâtel borde l’extrémité ouest du lac de Bienne. Voilà le décor planté, place à la dégustation.

Sur le lac de Bienne

Accoudé au comptoir de la vinothèque

 

Elle semblait totalement improvisée, cette dégustation, mais la bonne humeur, l’entrain, l’endroit et puis la qualité du choix des vins et la présence des vignerons ont rapidement infirmé cette première impression. Mais quoi de plus sympa que de déguster dans une atmosphère décontractée où tout est prévu sans que cela ne se ressente.

Clos de Rive 2015 Chasselas Bielersee AOC Andrey Weinbau à Ligerz

Robe blanche au léger jaune, des fruits blancs et jaunes maculent de leur chair quelques cailloux éclatés, impression de marmelades de mirabelle et de poire aux accents fumés. Belle fraîcheur en bouche avec du croquant que la trace de carbonique rend plus perceptible, plus pointue. Les parfums de rose blanche et d’aubépine se pavanent avant de laisser la guimauve et l’amande terminer l’élégant discours. www.andreywein.ch  Un vin délicat qui a renforcé notre bonne humeur.

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weingut Bielerhaus à Ligerz

La robe lumineuse, presque fluo au mélange de vert et de jaune, au nez de gelée de pissenlit et de poire croquante couchée sur un lit de foin. La bouche suave, fraîche, rappelle les tisanes de montagne accompagnées d’un carré de chocolat blanc. La texture fluide au liseré délicatement amer au goût de réglisse. Un chasselas particulier mais dont le caractère affirmé plaît. www.bielerhaus.ch

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weinbau Schlössli à Twann

Transparence jaune aux nuances vertes qui évoque le citron et le melon poudrés de poivre noir et de muscade. La bouche offre un équilibre assez différent des deux premiers. Moins acide, il s’avère plus ample, plus large, parfumé d’angélique, de bigarreau et d’agrumes confits, style tutti frutti sans le sucre, mais avec une pointe saline. Un autre aspect du Chasselas bien plus nuancé qu’on le croit en général.

Fromentin 2015 Lac de Bienne AOC Domaine du Signolet à La Neuveville

Jaune blanc, nez de pêche blanche épinglée d’une étoile de carambole et coiffée d’une feuille de menthe poivrée. La bouche à la fois acidulée comme les jus mêlés d’une groseille à maquereau et d’un citron jaune et salée comme une goutte d’embrun. Après ce va-et-vient gustatif, le vin s’assagit et nous livre quelques subtiles nuances de mandarine, de noisette et de fougère. Sacré Savagnin alias Fromentin! www.lesignolet.ch

Blanc 2015 Bielersee AOC Anne-Claire Schott à Twann

Un vin particulier, la robe vert pâle, le nez respire l’asparagus et la rose ancienne, le silex, la fougère, un rien la rhubarbe. La bouche croque et nous fait craquer par cet oscillation subtile entre fraîcheur et amertume. Un duo qui vite se transforme en trio avec la suavité des fruits confits. Tout y est bien sec, mais avec de l’onctuosité. Il est à la fois tranchant et généreux, plein de caractère mais courtois. Et puis élégant, très élégant avec cet élan floral qui ne nous lâche pas. Le plus marrant, c’est que c’est un vin d’assemblage aux raisins cueillis le long des murets, là où le soleil le réchauffe le plus. Ces six cépages, Chasselas, Pinot Noir et Gris, Chardonnay, Sylvaner et Sauvignon ont été vinifié dans un œuf. www.schottweine.ch www.aromaderlandschaft.ch

Ce qui étonne aussi, c’est la grande fraîcheur de ces vins. Avant de rejoindre la vinothèque, un passage sur l’île Saint Pierre au milieu du lac de Bienne nous avait confronté à un équilibre tout différent.

Les Chasselas y étaient moins vifs, comme les autres cépages. Mais certes tout aussi agréables à déguster. L’explication la plus plausible, le sol. Sur l’île, la vigne pousse dans des sables de grès décomposés, donc un sol acide. Alors que sur la rive nord, autour de Twann, elle est plantée dans des calcaires, un sol basique. Ma courte expérience sur le sujet, selon laquelle un sol basique donne des vins plus acides et inversément un sol acide donne des vins moins acides, semble se vérifier, au moins quand la nature même du substrat n’offre qu’un seul type de roche; après, tout peut se nuancer.

Si vous passez par la Suisse, profitez-en pour y déguster quelques vins, ça en vaut la peine.

 

Widerluege!

 

 

 

Marko