Les 5 du Vin

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Vega Sicilia : l’étoile brillante et ses satellites

Il y a un mois j’ai eu le privilège de participer à une dégustation et présentation de l’ensemble des vins produits par la société Tempos, propriété de la famille Alvarez. Ces noms ne vous diront peut-être rien, mais sachez qu’il s’agit des propriétaires du célèbre Bodega Vega Sicilia dans le région du Ribera del Duero en Espagne. Et pas seulement, car ils possèdent aussi Alion, également à Ribera, ainsi que Pintia à Toro et Macan à Rioja. En dehors de l’Espagne, on trouve aussi dans leur giron Oremus, à Tokaj en Hongrie.

La famille Alvarez a acheté la BodegaVega Sicilia en 1982. Le reste a été acquis ou a été développé ex-nihilo (ou presque) par la suite, petit à petit. Le site web du groupe, qui se trouve incrusté dans celui de son domaine phare, parle de deux axes fondamentaux dans sa stratégie de développement : « la consistance de la qualité du produit comme élément de garantie dans les différents crus, et le dévouement au client comme élément référentiel dans son activité quotidienne. » Sa stratégie de développement a suivi « une règle de croissance basée sur l’implantation de nouvelles caves dans des zones d’élaboration avec un potentiel qualitatif et différentiateur suffisant. Le chiffre de 300 000 l/cave environ a été considéré comme le point d’équilibre idéal entre la qualité et le volume de produit ; bien qu’il existe des cas comme celui de Vega Sicilia, où sont élaborés trois vins différents ; et d’autres comme Alión ou Pintia, où un seul vin par cave est élaboré. De cette manière, l’augmentation de volume produit dans chaque cave individuellement a été évitée. »  

La commercialisation des vins de Vega Sicilia a toujours été particulière, avec la nécessité de s’inscrire sur une liste, puis d’attendre que l’on veuille bien vous assigner un lot de vin. Le site Tempos Vega Sicilia explique la procédure ainsi : « au niveau commercial, les vins sont vendus dans un total de 88 pays et à un nombre approximatif de 4 500 clients du monde entier, tant particuliers que professionnels. La possibilité d’acheter directement au groupe est soumise, en premier lieu, à l’admission comme client, sur demande écrite préalable ; et en deuxième lieu, à l’assignation d’un coupon personnalité variable en fonction des caractéristiques de chaque cru. »

En réalité, les choses sont un peu plus simples pour le client de ses vins, du moins ici en France, car ils sont importés par la société Vins du Monde et sont disponibles, en quantités limitées, à des prix que je mentionne dans mes notes de dégustation. Vous verrez que la plupart se ne sont pas des vins pour tout le monde, ne serait-ce que par leur prix, mais certains sont franchement admirables, réservés certes à une élite d’amateurs ayant les moyens nécessaires.

Nous avons commencé cette dégustation par un vin blanc sec :

Oremus Dry Mandolas 2015, Tokaj

cépage : Furmint 100%

prix : 20 euros

J’ai beaucoup aimé ce vin pour sa manière de combiner finesse de texture et vivacité. C’est aussi suave que salivant en bouche et a une très belle longueur. Les arômes, directes et nets, s’articulent autour de notes de pomme verte et de citron. L’équilibre penche sur le versant de la vivacité. Vin très vibrant.

(note 16/20)

Macan Clasico 2013, Riojà

cépage : tempranillo

prix : 45 euros

Ce domaine est situé dans la partie Alavesa (basque) de la Riojà. Il s’agit  d’une copropriété avec Benjamin de Rothschild, fondée en 2000 et dont le premier millésime fut le 2009.

Nez très parfumé, à tendance florale. Texture élégante et raffinée qui ne masque pas une belle puissance de matière, avec des tannins mi-fermes et une sensation chaleureuse en finale.

(note 15/20)

 

Macan Seleccion 2013, Riojà

cépage : tempranillo

prix : 80 euros

Nez plus sombre, avec des accents terriens sur fond de fruits noirs. Beaucoup d’intensité et bel équilibre. Cette cuvée est à la fois plus « taiseux » et plus tannique que la version « clasico ». Il semble aujourd’hui assez austère mais il a de la réserve.

(note 16/20)

 

Pintia 2012, Toro

cépage : tinta de toro (tempranillo)

prix : 57 euros

Ce vin est tout en muscles et en nerfs. Il est intensément tannique, ce qui rend la finale sèche et l’ensemble peu plaisant. Le fruité est presque totalement dominé et la chaleur de l’alcool est aussi bien présente. Peu agréable donc, et un vin qui ne me semble pas au niveau des autres vins de cette série.

(note 13,5/20)

Alion 2013, Ribera del Duero

cépage : tinto fino (tempranillo)

prix : 80 euros

Le deuxième domaine de ce propriétaire dans la région Ribera del Duero, avec un vignoble de 130 hectares, mais aussi des apports du domaine Vega Sicilia de même propriétaire. La vision exigeante et clairement à long terme du propriétaire est démontré par le fait que les vignes ne rentrent pas dans les vins d’Alion avant d’avoir atteint au moins 10 ans.

Nez expressif et aussi riche que fin. C’est probablement l’acidité qui apporte une partie de cette impression de fraîcheur. Bien mieux équilibré et agréable que le Toro, avec une belle longueur et bien plus de fruit. Ce vin reste très jeune, avec des tannins pas encore fondus, mais il est vibrant et a beaucoup d’élan.

(note 16,5/20)

Valbuena 2012, Ribera del Duero

cépages : tinto fino (tempranillo) 100% (dans d’autres millésime on trouve parfois un peu de merlot, mais il avait coulé en 2012)

prix : 130 euros

Le domaine de Vega Sicilia couvre près de 1,000 hectares et inclut 210 hectares de vignes, ce qui lui permets la production de plusieurs vins, dont celui-ci. L’élavage se fait en barriques neuves à 70%, dont 20% sont nord américains et le reste français. L’élevage dure 15 mois.

Nez profond et complexe, d’une très belle intensité. Les sensations olfactives sont veloutées, et les arômes sont essentiellement de fruite noirs avec un léger accent fumé. En bouche, les sensations sont aussi intense que vibrantes. Ce vin est dynamique, alerte et intensément fruité. Les saveurs sont pointues et il y a une impression de chaleurs, mais les tannins sont bien maitrisés et intégrés.

(note : 17,5/20)

 

Vega Sicilia Unico

(ce vin ne porte pas de millésime, traditionellement)

cépages : tinto fino (tempranillo) et cabernet sauvignon

prix : 250 euros

Le vieillissement prolongé de ce vin, d’abord en barriques, puis en bouteilles a produit une robé un peu plus évoluée que pour les vins précédents. Le nez l’est encore plus. Il est d’une grande complexité avec des couches et des couches qui se dévoilent progressivement à l’aération. C’est bien la texture qui marque le plus sa différence, polie et patinée qu’elle semble en bouche. La vivacité est aussi impressionnante. C’est subtil et sophistiqué, avec une grande longueur. Un très grand vin.

(note 19/20)

 J’ai du partir avant la dégustation du Tokay Oremus 3 puttonyos

en résumé

Une très belle dégustation. Je n’ai pas les moyens d’acheter la plupart des vins ici, mais j’avoue avoir été très séduit, sauf par le Toro dont je ne comprends pas bien l’intérêt dans cette gamme.

David


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Trois Français à Toro (3 & fin): Viñedos Alonso del Yerro

Suite et fin de notre périple à Toro… Un précision: les Français, cette fois-ci, ne sont pas les propriétaires, mais l’équipe de consultants qui les accompagne, Stéphane Derenoncourt en tête… Javier Alonso et María del Yerro, eux, sont bel et bien espagnols.

Néo-vignerons

Ils n’appartiennent pas au monde du vin: Javier venait de l’industrie pharmaceutique, Maria était traductrice. En 2002, ils décident d’investir dans un domaine de vin, d’abord en Ribera del Duero, où ils achètent une belle finca, Santa Marta, au Nord de la D.O.

Ils ne sont pas pressés, mais très méticuleux; ils se consacrent sans relâche à cette bodega, car ils sont déterminés à produire des vins de caractère. Conscients de leurs faiblesses, ils s’entourent de conseils; ceux de Claude Bourguignon, tout d’abord, puis du célèbre consultant bordelais Stéphane Derenoncourt, et de son collaborateur, l’œnologue français Lionel Gourgue.

Maria et Xavier 2

Maria et Javier

Sur les conseils de Stéphane, ils constituent un vignoble de 26 hectares, planté exclusivement de Tempranillo, à plus de 800 m d’altitude, répartis entre quatre parcelles d’argile rouge et de sable pierreux qui recouvrent des pierres calcaires. Finalement, ils terminent par la construction de la cave, simple mais efficace. Comme ils ne sont pas tenus par un souci de rentabilité immédiate, ils ont à cœur de faire les meilleurs vins possibles. Ils n’ont ni le poids du passé ni celui de la tradition. Certes ils ont eu la chance d’avoir pu investir, mais se sont de véritables passionnés qui ne se contentent pas d’avoir les moyens, ils se sont vraiment appropriés de ce projet, Maria et Javier sont partout, et s’investissent à 100% sur le domaine. Ils arrivent avec de nouvelles idées mais aussi avec des compétences validées par des expériences réussies dans d’autres activités. Ils remettent en question bon nombre de principes. Ils bousculent les conservatismes. Ils ouvrent de nouvelles voies. C’est très rafraîchissant. Il se dégage de ce domaine une atmosphère spéciale, on se sent bien dans cette propriété. Il en résulte des vins qui expriment à merveille leur terroir d’origine. Ils ont su hisser ce jeune domaine au rang des belles propriétés de la Ribera del Duero en seulement 10 ans.

 

Ils élaborent deux vins dans cette D.O:

-Alonso del Yerro, la cuvée emblématique du domaine

-Maria, le grand vin, uniquement dans les meilleurs millésimes.

Etape 2: Toro

Mais venons en à Toro. En 2007, la famille élargi ses horizons en achetant un vignoble de presque 10 hectares, plantés entre 1930 et 1988: Pagos de Miguel. Convaincus du potentiel de Toro, Javier et Maria se sentaient prêts pour un nouveau défi, eux aussi ont souhaité participer à la rénovation des vins de cette D.O. et produire un grand vin.

PAGOS DE MIGUEL ( MORALES DE TORO, ZAMORA) 2

Pagos de Miguel

Stéphane Derenoncourt est toujours là pour les assister et les aider à concrétiser le vin qu’ils imaginent. Comme en Ribera del Duero, tout est mis en œuvre pour maîtriser l’environnement global de la vigne tout en tenant compte du sol, du microclimat et de l’écosystème. Les produits chimiques sont proscrits, le labour et les vendanges sont manuels, le raisin est présélectionné sur le vignoble au moment de la vendange. Celle-ci est faite par petites caissettes de 12 kg et, dès son arrivée à la cave, elle passe par deux tables de tri et est dirigée vers les cuves par gravité. Comme Javier et Maria n’ont pas de chai à Toro, ils louent un espace chez une autre bodega, Montelarreina, où ils disposent de tout leur matériel et de leur liberté. Les installations disposent de petites cuves en acier inoxydable d’une capacité de 100 hl, dans lesquelles le vin mûrit de 25 à 30 jours. Une fois faite la fermentation, le vin passe dans des barriques neuves en chêne français pour la fermentation malolactique. Il y est élevé sur lies, par bâtonnage et élevé 15 mois en barriques de chêne français.

Ces terres donnent naissance à un seul vin, Paydos.  Le résultat est une version complexe, fruitée et pleine de nuances de la Tinta de Toro. 2008 fut le premier millésime sur le marché, seules 5000 bouteilles furent mises à la vente. Il faut en saluer la qualité, des plus prometteuses.

Dès l’année suivante, le millésime 2009 fut considéré comme un des grands vins de Toro par la critique ! Né de raisins mûrs et sains, la bouche offrait une puissance contenue, de la fraîcheur et une grande élégance.

 

En mai 2012, Javier a souffert d’un AVC dont il a mis longtemps à se remettre et qui l’a éloigné du vignoble. Heureusement, 6 mois avant sa maladie, leur fils ainé, Miguel, qui est ingénieur agronome, avait rejoint le domaine; depuis, avec sa mère il a pris la relève. Pendant toute la maladie de Javier, et encore maintenant, Maria a fait face sur tous les fronts, s’appuyant sur son fils, sans ne jamais laisser rien paraitre. C’est une femme pour laquelle j’ai la plus grande admiration. Elle est l’âme de ce vignoble, infatigable, elle est partout, elle aime ses vignes et sait parler de son vin, même si ce n’est pas elle qui le vinifie, elle est dedans. Croyez-moi, les Alonso-Yerro gagnent d’année en année le titre de vigneron.

En 2012, année très difficile, on l’a vu, Maria décide de ne pas élaborer de Paydos, mais de vendre tout le raisin; d’une part ça n’était pas un grand millésime; d’autre part, elle savait qu’elle serait moins présente sur Toro; elle choisit donc de consacrer tout son temps disponible à son mari et à la Ribera del Duero.C’est sans doute pour cette raison que des rumeurs ont couru que le projet était abandonné. Il n’en est rien, le millésime 2013 est sur le point de sortir sur le marché et 2014 tout comme 2015 sont en cave et en élevage. Paydos a de beaux jours devant lui.

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Paydos 2011

Cépage:Tinta de Toro

Paydos est un vin à la couleur profonde, au nez intense dans lequel se mêlent des notes de fruits rouges et noirs à des notes fleuries. La bouche est puissante mais soyeuse, très fruitée, épicée avec une touche de cacao, les tannins élégants et racés. La finale est persistante et balsamique.

Idéal pour accompagner des viandes rouges, des cassoulets, des daubes, et même des Perdrix…

Vol: 15,5% vol.
Comme pour tous les vins de Toro, je vous recommande de le servir à une température de 15 à 17º

Prix public: approx. 30euros

Bonne route à Maria et à Miguel, ils n’ont pas fini de faire parler d’eux!

Pour conclure, Toro est une très belle appellation, qui jouit maintenant d’une reconnaissance internationale, elle a attiré les plus grands noms qui ont donné naissance à de grands vins, parmi les plus grands d’Espagne, Toro joue dans la Cour des Grands !

Parallèlement, l’appellation voit se développer aujourd’hui des tous petits domaines qui travaillent les vins de style « nature » ; on peut citer Kiko Calvo Dominguez, ou Alvar de Dios Hernández; il y en est un que j’apprécie tout particulièrement:Viña Zangarrón, peut-être aurons-nous l’occasion d’en reparler.

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols


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Trois Français à Toro (2ème partie)

Nous continuons notre petit périple à Toro par la visite du Dominio del Bendito…

J’ai connu Anthony Terryn à ses débuts, quand j’arpentais le vignoble de Toro, pour essayer de m’en imprégner. Il n’est pas directement issu du monde du vin, mais une fois lancé dans ce monde, il s’y est donné à fond, allant jusqu’à suivre une formation en œnologie à Mâcon. Voici comment il se présente lui-même: «Je suis un jeune Français qui a longtemps cherché une terre capable de donner des vins de caractère: J’ai pour cela visité le Chili, le Portugal, la côte pacifique des Etats-Unis et, évidemment la France. J’ai tout d´abord pensé m’installer dans l’Etat de Washington (Columbia Valley) mais j’ai finalement trouvé ce que je cherchais dans la vieille Europe, en Espagne, sur cette terre belle, aride et ancienne de Toro».

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Anthony, Vigneron en Toro

Lui aussi tombe sous le charme de l’Espagne, il découvre le potentiel du vignoble de Toro et il a le coup de foudre. Il est encouragé par Jean-François Hébrard, qui lui apporte tout son soutien: « Sans l’aide de Jean François, je n aurais certainement rien fait à Toro, ou tout aurait été plus compliqué et plus lent; il m’a reçu en visite et m’a accepté en stage de vendange en 2003. Bref, je luis dois beaucoup: il m’a mis le pied à l’étrier!». L ‘autre rencontre décisive fut une autre visite privée à Vega Sicilia , au cours de laquelle on lui a servi à l’aveugle un Tor, encore confidentiel. Sa décision était prise: il allait s’installer à Toro.

Il y a déniché de belles vignes âgées qu’il a acheté avec sa famille, des parcelles plantées en pied franc et en gobelet (entre 45 et 100ans). C’était en 2004, aujourd’hui la propriété fait 15hectares et il en gère 15 autres ; le vignoble est non irrigué et il le conduit en agriculture écologique : il a obtenu la certification en 2014.

Il est convaincu que ce vignoble situé au bord du Douro, qui bénéficie de conditions climatiques et géologiques exceptionnelles est UNIQUE et qu’il donne des vins inimitables ! Il s’est pris d’une énorme passion pour lui, il ne se lasse pas de répéter : «J’aime ces vignes, je les considère comme un héritage reçu, et je rends hommage aux courageux viticulteurs qui me les ont vendues et à leurs prédécesseurs qui en ont pris tant de soin.»

Il faut dire qu’elles se situent en partie sur le Pago de la Jara, considéré comme le meilleur cru de la zone: les pentes orientées nord et nord-est sont douces, les sols profonds, sableux avec des galets, jamais touchées par le phylloxéra.

Toutes ces conditions offrent à la vigne un excellent drainage, et l’obligent à aller chercher en profondeur les éléments nécessaires à l’expression du terroir. L’autre partie du Vignoble se situe sur les hauts de Valdefinjas, une mosaïque de vieilles parcelles magnifiques.

Les vins ont gagné en finesse et en élégance les dernières années. En ce moment, il jubile: «Mes vins ont enfin été reconnus autant et même plus que tous les vins de Toro, lors de la dernière publication de Robert  Parker, il y a quelques mois». Anthony souffrait de son manque de reconnaissance dans l’appellation, il existait peu, comparé aux grands noms présents à Toro – et il se définissait comme  » David contre les Goliaths ». Le vent a tourné pour lui, en même temps que le changement de dégustateur du Wine Advocate.

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Un homme de Terryn…

En ce qui me concerne, je n’ai pas attendu son « couronnement » par les guides pour apprécier ses vins, il a fait partie de mon référencement dès la sortie de son premier millésime. Derrière son sacré caractère, son impatience, j’ai senti sa détermination, les vins promettaient dès le début, j’étais convaincue qu’il arriverait à démontrer que les vins de Toro qui sont certes des vins puissants, peuvent aussi être frais quand ils sont bien travaillés. C’est chose faite !

 Les vins du domaine

  • El Primer Paso 2014

Issu des vignobles les plus jeunes : 60% du vignoble affiche entre 15 et 40 ans, 40% a plus de 45 ans.

Il a été vinifié dans de petits dépôts d’acier et de béton avec de l’époxy (de 2000 a 7500 litres), entre 12 a 25 jours de fermentation-macération. L’extraction est modérée. L’élevage se fait en barriques de chêne français 50% et 50% chêne américain, suivi d’un élevage de 6 à 9 mois. Après une légère filtration, la mise en bouteille se fait en une fois.

C’est un parfait exemple d’un bon vin de Toro authentique: marqué par un fruité intense, des fruits noirs.

Lorsqu’il s’oxygène, il en ressort des arômes complexes de fruits rouges et noirs, vanille, cacao, cerise et café. La bouche est marquée par ce fruité profond dans lequel prédomine des arômes de fruits rouges. La structure est dense mais sans lourdeur, le vin est équilibré, avec des tanins solides mais ronds et au final des notes de café de réglisse, mêlés à une douceur agréable, le tout reste frais.

Je le trouve délicieux, et vous ne noterez pas ses 15º si vous le consommez à une température de 16/17º

Evolution: de cinq à huit ans minimum.

A noter, (c’est d’ailleurs la seule étiquette de la version digitale de l’Atlas mondial du vin de Jancis Robinson et Hugh Johnson)

Très bonne relation qualité/prix environ 12/13€

 

  • Perlarena Rosé 2014

Tinta de Toro (80%), Syrah (10%) et Verdejo (10%) provenant de La Jara,

La couleur plutôt pale de ses rosés n’était pas raccord avec celle foncée de ceux de la zone, mais Anthony a commencé sa carrière professionnelle en Provence, et il est marqué par les rosés de gastronomie et de garde ! Il a planté de la syrah pour arriver à ses fins. Le résultat : une réussite surprenante.

Fermenté en barriques et élevé sur lies fines, ce rosé surprend par sa fraicheur, ses arômes et son grand équilibre.

Il est riche, mais il se boit très facilement, car il est très frais et très aromatique. La bouche est grasse, ronde dominée pas les notes fruitées de mandarine, fraises, pamplemousse et anisées.

Un rosé surprenant, car on ne l’attendait pas ici, où les rosés sont pratiquement inexistants !

Parfait pour accompagner les paellas.

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  • Las Sabias 2012

Issu de vieilles vignes (las sabias, les sages…) de plus de 45 ans, plantées franc de pied.

Elaboré dans de petits dépôts de béton avec de l’époxy (de 3000 a 6400 litres), de 20 à 28 jours de fermentation-macération.

Elevage de 16 mois, exclusivement en chêne français, un quart de barriques est renouvelé chaque année.

Il reste en bouteilles 24 mois avant sa mise sur le marché.

Un vin intense, profond et élégant. Nez et bouche dominés par des fruits rouges noirs, des notes balsamiques, et d’herbes sauvages. Le tout est savoureux, riche mais harmonieux et frais.

Garde: environ 10 ans. Il vaut carafer ce vin dans sa jeunesse et le boire à une température de 15/16º

Prix public 22 € environ

  • El Titán del Bendito 2012

 100% Tinta De Toro qui provient des plus vieilles parcelles du célèbre Pago de la Jara, certaines âgées de 100ans, plantées en pied franc.

Le vin est élevé pendant 20 mois en barriques de chêne français exclusivement, et 100% neuves. Il reste en bouteilles 24 mois avant sa mise sur le marché.

C’est un vin puissant, complexe, fait pour la garde. Il est marqué par des arômes de fruits noirs, des notes vanillées, les tannins sont très civilisés, crémeux, élégants et épicés. Il reste harmonieux et équilibré.

C’est un grand vin, authentique et racé, sans doute, le résultat de ce terroir exceptionnel.

vol: 15.65%

Garde environ 15 ans, il vaut mieux le mettre en carafe dans sa jeunesse et le boire à une température de 15/16º
Prix public : 40/45 €

  • La Cuesta de las Musas 2012

Un vin que j’ai eu l’occasion de goûter lors d’un salon à Barcelone en novembre, il n’est pas encore sur le marché, et il est sans aucun doute l’aboutissement des rêves d’Anthony, il voulait faire un grand vin de garde, c’est ce qu’il cherchait dans ses terroirs, dans la qualité de ses raisins, voilà c’est fait, il a réussi, il peut en être fier et d’ailleurs, il ne s’en prive pas.

Je viens de lire que Luis Gutierrez (Wine Advocate) lui a donné 96 points (la meilleure note de tous les vins de Toro), et son commentaire est éloquent : «C’est le plus émouvant des vins que j’ai goûtés à Toro».

Vous jugerez par vous-même, mais en ce qui me concerne, je suis d’accord avec lui, c’est un vin assez exceptionnel, la démonstration que Toro peut être non seulement puissant mais extrêmement fin et élégant !!

Seule ombre au tableau, son prix: il devrait arriver en boutique aux alentours de 140/160 euros. Précisons qu’Anthony en avait déjà fixé le prix avant les fameuses notes !!! Il n y en aura pas tous les ans et les rendements feraient pâlir les meilleurs crus de Bourgogne-4 a 5 hectolitres par hectare !! Mais comme je le répète souvent aux vignerons, pour moi, le volume produit n’est pas une justification du prix, ce que beaucoup d’entre eux ne veulent pas entendre. Ceci dit, il tout vendu en primeur ! A suivre….

 

Douces folies

Et puis il y a les vins qu’Anthony appelle les « douces folies »; ils ne font pas partie de la D.O Toro.

Il s’agit de deux vins doux, très intéressants, l’un est blanc, l’autre est rouge:

  • Antojo Rubio (Fantaisie Blonde) 

C’est un vin blanc doux issu de verdejo, Malvoisie, Palomino, Albillo, Moscatel, Viura et quelques autres variétés très anciennes dont Anthony ne connait pas l´origine

Les raisins : se récoltent en septembre. Ils sont posés sur un lit de paille et se déshydratent lentement afin de concentrer au maximum leur suc.

Pressé en décembre, le vin fermente lentement dans des barriques françaises durant 18 mois.

La robe est jaune dorée, le nez très floral associé à des notes d’épices douces comme la cannelle. La bouche offre une acidité parfaite, il est onctueux et gourmand, fruité et très long. Une vraie gourmandise.

A marier avec des fromages bleus, une tarte aux poires, une île flottante…

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  • Chispa Negra (Etincelle Noire) 2009

C’est un vin de table, élaboré à partir de raisins secs de la Tinta de Toro, il a été pressée en novembre 2006, élevé en barriques de 2 ou 3  vins et mis en bouteille deux années plus tard.

« C’est un vin exceptionnel et surprenant, produit d’un lent et laborieux processus avant la mise en bouteille: tout un beau projet devenu réalité…»

Le nez offre des arômes complexes de raisins secs, de figues, de prunes, de mûres ; les mêmes notes fruitées se retrouvent en bouche associées à des notes d’épices douces.

Et Anthony ne manque pas de faire remarquer : «Les tanins de la Tinta de Toro joints à une acidité marquée naturelle équilibrent le sucre naturel. C´est pour cette raison que je l´ai nommé « la Chispa Negra »

Je le rejoins, ça n’est en rien un doux écœurant, et il pourra même accompagner bien des pâtisseries au chocolat ou aux fruits rouges sans les surcharger.

0,50 L, 14,5%

Prix Public 33,50 €

 

Anthony, qui n’est pas un garçon facile d’accès, a réussi à s’imposer relativement vite  (même si lui a trouvé le temps long). Il a su se faire accepter et apprécier par les viticulteurs locaux, qui, au début, le prenaient un peu pour un «loco», un fou…Il n’empêche qu’avec Jean-François Hébrard, ils ont largement contribué à faire connaître le concept de «vigneron».  Il a d’ailleurs été le premier à le mettre sur ses étiquettes : Vigneron en Toro. 

Le connaissant, je suis sûre qu’il ne va pas s’endormir sur ses lauriers, son ambition est immense, il veut positionner Toro au plus haut de la pyramide des vins espagnols ! Sa nouvelle notoriété va peut-être l’y
aider. Il veut les remettre à la place qu’ils occupaient, parmi les plus grands vins de l’Empire espagnol,  les seuls, avec ceux de Galice, qui ont supporté le voyage aux Amériques avec Christophe Colomb. «Oui, j ai gardé une âme d’enfant- je rêve des choses et par la grâce de Dieu, de la vie j’y arrive: Dominio  del Bendito. J’aimerais être l’homme qui écoute les vignes susurrer, les entendre parler comme dans ce film avec Robert Redford, L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux».

A noter, qu’il a une autre passion : les vins portugais.

Marie Louise BanyolsPAGOS DE MIGUEL ( MORALES DE TORO, ZAMORA)