Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Revoir Colombo, revivre Cornas !

Enquêtrice de choc, notre Marie-Louise a déjà presque tout déballé sur les frasques du personnage, comme vous pourrez le constater en suivant ce lien. J’ajouterai pour ma part que, pour résumer mon sentiment à chaque occasion où je me retrouve face à lui, Jean-Luc Colombo ne change pas et fait figure de fou génial qui remue ciel et terre pour atteindre son but. La communication étant chez lui une seconde nature, il peut déplacer des montagnes, renverser des obstacles, tout chambouler pour enfin obtenir le résultat, « son » objectif. Il ne le dit pas, mais son credo dans la vie consisterait à faire preuve d’une très forte notoriété face aux vignerons/négociants déjà bien établis entre Vienne et Valence, j’ai nommé Jaboulet, Chapoutier, Guigal et les autres. Un rien mégalo, il veut lui aussi sa part de gâteau sur la carte des grands crus du nord-rhodanien. Malgré tout cela, l’homme ne néglige pas l’amitié, bien au contraire : il la cultive. Et c’est pour cette raison majeure que je suis venu l’embrasser à l’occasion de ses 30 ans de présence et de fidélité à Cornas.

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Des tipis dressés au bas de Cornas pour abriter les festivités de Colombo. Au fond, les vignes de ce petit cru qui ne dépasse pas 200 ha. Photo:MichelSmith

Car il faut bien le dire, hormis la présence d’une ou deux vedettes – qu’il est loin le temps où l’on s’arrêtait sur la 86 chez le grand Auguste (Clape) dans l’espoir d’acheter un ou deux cartons en s’entendant dire : « Désolé, je n’ai plus rien à vendre, mais si vous voulez, j’ai tout à déguster ! » -, Cornas n’a jamais été le cru chéri de la plupart des goûteurs professionnels qui préférent les salamalecs d’un Marcel (Guigal) aux plaisirs plus simples d’un Voge ou d’un Lionnet. Trop au sud ce cru du Nord ! Trop beaujolais comme sonorité que ce Cornas granitique dernier de la liste. Et puis trop Ardèche, trop péquenot… Trop ? Oui, sauf pour des anglais dénicheurs de crus comme Tim (Johnston) ou John (Livingstonelesquels ne rataient rien des vins à découvrir dans ce « couloir magique » où émergeaient d’autres appellations méconnues telles Crozes-Hermitage ou Saint-Joseph. C’était l’époque où l’agriculteur du coin hésitait encore entre les arbres fruitiers et la vigne. Certains faisaient les deux, ce qui était plus rassurant à leurs yeux.

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Bordée par le Rhône, la petite ville de Tain et sa colline de l’Hermitage. Photo: MichelSmith

Alors ? Alors je n’ai jamais compris pourquoi la cote (les prix) d’un côte-rôtie ou même d’un hermitage pouvait être telle qu’elle reléguait Cornas au plus bas de l’échelle. Une injustice de plus à mes yeux de débutant ! Colombo pensait un peu comme moi. Dès son installation à Cornas, alors simple patron avec son épouse, Anne, d’un Centre œnologique toujours en activité, JLC s’est présenté, chemise ouverte et sourire au vent, comme le chantre de cette appellation oubliée et méprisée. Tout en attirant autour de sa personne une bande de jeunes vignerons en quête de gloire et de marchés. Un peu à la manière d’un Georges Vernay, il fonde à leur intention Rhône Vignobles. Ce titi marseillais qui adore cuisiner dans sa cheminée, va se construire un domaine qu’il souhaite inscrire dans la biodiversité puis dans la bio tout court. Parallèlement, il fonde son entreprise au sein de laquelle il révèlera quelques climats notoires devenus depuis les grands représentants de Cornas.

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Colombo (à gauche) et la gastronomie, une longue histoire. Photo : MichelSmith

Non content de développer une société de conseil parallèlement à une boîte de négoce, ce mec nous paraissait fou au point de mettre son vin en bouteille bordelaise pour le vendre au tarif d’un grand cru ! De quoi faire sortir Parker de ses sentiers battus et voir frémir les babines de Bettane. Et maintenant, voilà qu’il dirige une florissante et grande winery en bas du village, rue des Violettes, toujours avec Anne, mais aussi avec sa fille, Laure, véritable ressort ambulant aux joues bien roses, mariée à un vigneron de Saint-Péray et toute jeune maman d’une ravissante petite Lili. La soixantaine engagée, tel un parrain du bas de la Canebière, Jean-Luc Colombo règne en maître sur ses cuves et ses barriques, s’accordant quelques escapades dans son nouveau vignoble proche de son autre base familiale, à Carry-le-Rouet, et de sa chère Méditerranée.

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Photo : MichelSmith

On pourrait faire un livre sur ce personnage de roman. Lors de sa fête bisannuelle si bien décrite par Marie-Louise jeudi dernier, fête à laquelle j’étais également invité, tandis que notre sommelière nationale se débrouillait pour se concentrer sur les vieux millésimes (en 7, depuis 1987) des Ruchets, le cru-phare (et bio) de la famille Colombo, j’ai voulu de mon côté prendre quelques notes sur les vins mis en dégustation libre. J’en ai profité pour me concocter un petit tasting particulier avec l’aide de ma compagne, Brigitte, qui me présentait un à un les vins sans commentaires superflus tandis que j’étais confortablement assis sur une belle chaise en plastique, le carnet posé sur une nappe en papier encombrée de gadgets américains, vu que les US étaient à l’honneur. Ainsi, pour vous punir (ou vous récompenser) d’avoir lu jusqu’au bout, voici mes notes, en commençant par les blancs. Les prix indiqués sont TTC. Lors des Automnales, il y avait des réductions intéressantes sur bon nombre de cuvées.

-IGP Méditerranée 2016 « Les Collines de Laure ». On devine une certaine altitude dans ce vin d’aspect facile (mais pas ennuyeux), ponctué de notes pierreuses et marqué par une belle acidité au point d’être à l’aise sur les huîtres laiteuses de Marennes. 10 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Abeilles ». Assemblage roussanne/clairette, délicat et gras en bouche, il reste dans la simplicité et demande un an ou deux de bouteille pour révéler pleinement ses arômes floraux. 9,90 €.

-Côtes du Rhône 2016 « La Redonne ». Roussanne associée au viogner, ce blanc ne manque pas de tempérament de par sa fraîcheur, sa densité et sa structure forte d’une belle acidité. Sur des charcuteries. 14 €.

-IGP Méditerranée 2015 « Les Anthénors ». Il s’agit d’une clairette plantée sur les hauteurs de la Côte Bleue, près de Carry-le-Rouet, sur la commune de Sausset-les-Pins. Du gras, de la gourmandise et de la largesse en bouche, c’est un vin très élégant, assez inattendu, marqué par la longueur et qui s’accorde à merveille avec les poissons de là-bas. 28 €.

-Condrieu 2016 « Amour de Dieu ». Typé viognier (abricot sec), le vin est tendre à souhait, riche, voluptueux et plein en bouche. Il manque juste à mon goût un poil de structure, mais peut-être est il trop jeune ? Reste, qu’il se conduit fort bien à l’apéro ! 45 €.

-Sain-Péray 2016 « La Belle de Mai ». Le domaine bio de Laure et de son mari, peuplé d’animaux, donne ici un blanc auquel je n’étais plus habitué dans cette appellation : un style intense, tendre et régulier, mais aussi un fond de fraîcheur bienvenue et une très belle longueur. On ne s’en lasse pas ! Ce fut mon blanc favori durant ce week-end, même si j’estime qu’il a encore besoin de quelques années de cave. 28 €.

-Méditerranée 2016 « Les Collines de Laure ». Un premier rouge facile, syrah pure, dense et bien rythmé en bouche, notes viandeuses et épicées. Parfait pour un tajine de poulet ou de pigeon. 10,10 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Abeilles ». Rouge simple où le fruit s’accorde avec les petits tannins poivrés. Un assemblage, grenache, mourvèdre, syrah à boire frais sur de petites grillades. 9,90 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Forots ». Plus de classe à l’évidence : matière bien balancée par l’opulente d’une expressive syrah, voilà un rouge droit dans ses bottes, capable de tenir 4 à 5 ans grâce à ses tannins joliment associés aux fruits rouges. Finesse en fin de bouche. 14 €.

-Saint-Joseph 2016 « Les Lauves ». Sur la réserve, dense, trame tendue, droiture et équilibre, tannins bien en vue, fruit un peu vert en finale, cela ressemble à un bon vin de garde. 25 €.

-Côte Rôtie 2015 « La Divine ». À la fois tendu, serré et très porté sur le schiste, sans oublier la fraîcheur et l’élégance, voilà un vin secret qui n’est pas prêt de se livrer dans l’immédiat. Syrah bien sûr, avec une pointe de viognier. 48 €.

-Châteauneuf-du-Pape 2014 « Les Bartavelles ». Encore un rouge sous tension, notes de fruits rouges en veilleuse, longueur. Ce n’est pas un foudre de guerre à mon avis, mais il serait plus sage de le rejuger dans 5 ans. Environ 40 €.

-Cornas 2015 « Les Méjeans ». Cette bouteille bourguignonne (serait-ce du négoce ?) livre un rouge dense, prenant et vif. Finale sur des tannins plutôt secs. Attendre encore… 29 €.

Cornas 2015 « Terres Brûlées ». D’emblée le nez s’impose sur la finesse. Assemblage soigné des raisins du domaine provenant des différentes parcelles, c’est l’archétype du cornas qui vous saisit avec fermeté dans son enveloppe d’épaisseur, de densité. Longueur remarquable, les tannins sont bien là, presque trop sévères pour le moment. Laisser passer au moins 10 ans avant de goûter ce vin sur un gibier à plumes, un salmis de palombe, par exemple. 39 €.

-Cornas 2015 « Les Ruchets ». Bien décidée à imprimer son style sur cette parcelle de vieilles vignes face au levant, une vigne qui symbolise l’attachement de ses parents à Cornas, Laure Colombo a réalisé à n’en pas douter une de ses pièces maîtresses. Nez encore plus fin et pointu que le précédent, on ressent en bouche toute la force de ce terroir bien spécifique. Structure prononcée, matière et tannins en réserve, complexité, longueur, c’est un vin que l’on garde 20 ans sans craintes, pour accompagner un canard au sang ou un chevreuil avec une sauce aux truffes. En élevage, la version 2017 s’annonce majestueuse ! 67 €.

-Cornas 2015 « La Louvée ». Nez très fin et caressant, délicatement épicé, voilà une vraie cuvée « sudiste » avec son amplitude gracieuse et harmonieuse, une belle épaisseur en bouche, une force contenue et des tannins magnifiques qui se cachent en réserve. Entre 10 et 20 ans de garde selon la cave. L’agneau s’imposera ! 75 €.

À mon grand regret, l’autre grande cuvée de Laure, « Le Vallon de l’Aigle » 2015 (Cornas), n’était pas proposée à la dégustation. Vinifié uniquement dans les très grands millésimes, elle ne dépasse pas le millier de bouteilles. Il paraît que c’est quelque chose d’unique ! Environ 130 €.

Michel Smith

 


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Un Truc à voir ce soir à la télé

A voir ce soir sur France 3, à 21h: Des Racines & des Ailes au fil du Rhône.

Notre ami géologue Georges Truc est dans l’hélico… On verra les Dentelles de Montmirail, Châteauneuf-du-Pape, Vacqueyras, Rasteau, Cairainne, Condrieu et les Coteaux de Seyssuel, notamment.

Des racines et des ailes : série TV télé-loisirs

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Hervé


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Rhône : Montirius, en quête de Minéral

Comme souvent en ce moment, le voyage commence dans l’allégresse matinale sur cette route là. Fuir le bureau et les soucis de la vie. Avec, au début, pour seules perspectives, d’étranges sculptures dues à l’érosion. On appelle ça des orgues. Une sorte d’allée buissonnière partant de la cathédrale (simple église en réalité) d’Ille-sur-Têt qui va me permettre une fois de plus de grimper à l’assaut du Fenouillèdes.

En route vers Trilla... Photo©MichelSmith

En route vers Trilla… Photo©MichelSmith

Un peu plus haut, ne pas oublier de ralentir pour négocier les virages aveugles tout en profitant d’échappées inédites et spectaculaires sur la Canigou. Une partie de cachecache : tantôt les Corbières et sa vigie (Quéribus), tantôt le Golfe du Lion esquissé dans son lointain brumeux. Route étroite vers la fin du parcours, parsemée de cistes, de bouquets d’immortelles, de lavandes et de thyms entre autres plantes identifiables par l’ignorant botaniste que je demeure en dépit de toutes ces années d’errements dans l’intrigante garrigue pierreuse qui fait la majeure partie de nos terres du Sud. En fermant les yeux, on pourrait se croire aussi bien dans l’arrière-pays de Montpellier, sur les contreforts des Cévennes gardoises ou encore sur ces chemins chantants et parfumés conduisant à la muraille rocheuse à qui l’on donne le joli nom de Dentelles de Montmirail. Comme ça tombe bien !

Les Dentelles. Photos©MichelSmith

Les Dentelles. Photos©MichelSmith

Si je pense à ces Dentelles malgré la distance qui m’en sépare – au bas mot quelques 350 kilomètres – c’est que j’arrive bientôt au but de mon déplacement pépère. Je suis en vue du minuscule village de Trilla jadis cerné de vignes et c’est là que m’attend une dégustation de Montirius blanc, un domaine justement situé au pieds des fameuses Dentelles. Trilla, c’est le lieu d’échouage d’un couple que j’adore tant pour son hospitalité que pour l’acharnement qu’il déploie à faire découvrir ce lieu paisible qui mérite plus d’une excursion. La chose est encore plus visible lorsque les habitants se plient en quatre pour leur fête locale, cette année le 18 Juillet, doublée d’une formidable exposition vivante consacrée au Vieux Cépages, où les vignerons d’ici et d’ailleurs, viennent partager leurs productions et faire goûter qui leurs vieux carignans, qui leurs terrets ou leurs œillades. Une journée de concerts improvisés, de dégustations à tout rompre, de pique-niques sauvages, de rires déployés auxquels je me joins volontiers. C’est pour bientôt donc, et inutile d’insister pour vous dire que nous comptons sur votre présence.

Le cailloux responsable du goût dans le vin ? Photo©MichelSmith

Le cailloux responsable du goût dans le vin ? Photo©MichelSmith

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Le couple en partie responsable de tout de tohubohu autour du vin n’est autre que celui formé par Mechtild et André Dominé débarqués d’Allemagne il y a 30 ans. Lui est un journaliste et écrivain spécialisé dans le vin et très actif dans son pays d’origine, elle est saxophoniste amateur dans une troupe de copains, jardinière émérite, conseillère municipale et reine de la couture entre autres passions. Ensemble, ils vous reçoivent chez eux avec les égards que l’on doit aux vrais amis, dans la décontraction la plus totale. Ce jour-là, André avait manigancé une dégustation verticale autour d’une cuvée-phare du Domaine Montirius, connu pour ses vins en biodynamie d’appellation Gigondas (rouges) mais aussi pour ses Vacqueyras (blancs, rouges, rosés). C’est dans cette dernière AOP qui ne compte que 3% de vins blancs que se construit la cuvée Minéral du domaine, à partir de vignes de garrigues, un assemblage de grenache blanc, roussanne, d’un côté, bourboulenc (50%) de l’autre, le tout sans élevage bois. Mais vous en saurez beaucoup plus en allant sur l’excellent site proposé quatre lignes plus haut. Quelques bons camarades assistaient à la dégustation qui s’est déroulée en silence, les nez plongés dans de sublimes verres Lehmann créés pour les rouges par le sommelier Philippe Jamesse.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Je ne vais pas rentrer dans le débat sur la minéralité – cela risquerait de nous mener trop loin -, mais sachez tout de même que ce mot s’est imposé aux propriétaires du domaine au fur et à mesure qu’ils goûtaient les vins de cette cuvée au tirage moyen de 5.000 exemplaires par an. On attaque la remontée dans le temps par un petit blanc de mise en bouche de 2014, La Muse Papilles, sur le fruit et la fraîcheur, pas très long en bouche, mais bien agréable dans le sens où il va aiguiser mon palais. Le premier vin de la série Minéral est un 2014 qui se veut très fin au nez dans le registre pierreux et grillé. Nette clarté en bouche, de la luminosité, de la hauteur, matière serrée mais pas étriquée, pointe de salinité et une finale proche de la peau du raisin.

Les dégustateurs. André Dominé est le seul pieds nus. Photo©MichelSmith

Les dégustateurs. André Dominé est le seul pieds nus ! Photo©MichelSmith

Question plaisir immédiat, le 2013, bien articulé sur la fraîcheur et l’éclat, nous offre un nez plus ouvert sur le pierreux de la garrigue avec une touche florale qui évoque un buisson de genêts au mois de mai. Le vin paraît aussi plus long en bouche. Avec le 2012, la robe semble plus dorée, tandis que le nez s’affine encore sur le même registre calcaire de la garrigue. La rondeur est plus présente, la longueur un peu moins (mais ce n’est qu’une impression, me semble-t-il), alors que la finale se dessine sur des notes assez complexes de miel de garrigue et de tarte meringuée au citron, l’ensemble me paraissant bientôt prêt à boire.

Prêt pour la verticale. Photo©MichelSmith

Prêt pour la verticale. Photo©MichelSmith

Le 2011 donne de manière inattendue une impression d’évolution. La sensation de minéralité est moins aigue, plus glissante, plus fluette et quelque peu saline, du moins à l’attaque en bouche. Puis on a un aspect moelleux (non sucré) qui prend le dessus, des notes de paille, ainsi qu’une légère lourdeur alcoolique jusqu’en finale. Le 2010 offre une robe soutenue, plus dorée, tandis que le nez est plutôt fermé, discret. Sensationnel en bouche, le vin a une matière imposante, une grande persistance et une fraîcheur qui surélève le vin, le portant bien haut vers une finale parfaite quelque peu gironde. Le vin a de quoi tenir et je lui donne ma meilleure note, soit quatre étoiles. 2009 ne démérite pas en dépit de son nez évolué proche de la cire d’abeille. Très épais en bouche, un poil lourd au début, il se redresse vite pour monter en puissance vers de jolis sommets de complexité et de longueur. Magnifique finale, il obtient lui aussi quatre étoiles bien qu’étant plus musclé que 2010.

Photo©MichelSmith

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Il a fallu deux bouteilles pour venir à bout d’un étrange 2008 à la robe ambrée. Impression décevante et même liégeuse sur la première bouteille ; pas de grand intérêt avec la seconde, c’est un millésime qui semble à part, sans grand complexité, ni grand chose à raconter. À moins que quelque chose ait flanché à la vinification ou à la mise… 2007, renoue avec une belle blondeur de robe. Le nez a un peu viré vers la réglisse et quelques notes lactiques. Certains le voient large et floral, je le sens pour ma part non dénué de fraîcheur, mais plus sur des notes de zeste de citron en rétro-olfaction, tendu et tannique, tandis qu’il est bien long en bouche. 2006 livre une robe dorée assez classique. Il semble assez fermé et dur. Peut-être qu’après une mise en carafe… Reste que s’il est mieux noté que 2008, il déçoit quelque peu.

Les dégustateurs à l'ouvrage. Photo©MichelSmith

Les dégustateurs à l’ouvrage. Photo©MichelSmith

Tout change avec le millésime 2005 : on retrouve une tonalité presque juvénile, sans trop de reflets cuivrés. Le nez s’offre avec grâce : épices, boisé, garrigue, tabac blond… C’est dense et bien épais en bouche, volumineux, heureusement marqué par un bel éclat de fraîcheur et, comme toujours, assez persistant en bouche avec une finale fraîche qui laisse une belle impression de jeunesse. Il fait partie des trois vins notés quatre étoiles. Ce n’est pas le cas de 2004, robe évoluée, quelque peu orangée, que je n’ai pas bien noté pour un goût que j’ai trouvé caramélisé mais qui a intéressé d’autres dégustateurs.

La cuvée Minéral au fond du verre. Photo©MichelSmith

La cuvée Minéral au fond du verre. Photo©MichelSmith

Trois millésimes bien notés donc, pour ce qui me concerne avec, dans l’ordre : 2010, 2009 et 2005. Preuve s’il en était besoin de souligner ce qui fait désormais partie de mon crédo : au grand dam de certains spécialistes qui persistent à croire le contraire, nous sommes de plus en plus nombreux à remarquer l’énorme potentiel qualitatif des terres et des cépages blancs dans le Sud de la France. Que cela plaise ou non, du Roussillon à la Corse, en passant par le Languedoc et la Provence, le grand Sud prouve de plus en plus qu’il est capable de produire de prodigieux blancs, les meilleurs étant bien soutenus par une belle acidité. Quand on constate les prix démentiels de la plupart des vins de Bourgogne, et la difficulté que l’on a à se procurer les meilleurs d’entre eux, il me semble qu’il est grand temps pour un amateur de tourner son regard vers le Sud (sans oublier la vallée de la Loire)  où de grands blancs sont en devenir dans des cadres à couper le souffle.

Michel Smith

Photo©MichelSmith

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Les Villages sur la voie du Cru : Signargues (IV)

Ce sera mon dernier morceau sur ce thème pas très populaire il est vrai – je m’en rends compte après coup – des nouveaux villages qui se donnent un air de cru. À ma demande, le Service de Presse d’Inter-Rhône, le gouvernement en quelque sorte des vins de la vallée, m’avait fixé un rendez-vous avec le Président de l’appellation Côtes du Rhône Villages Signargues afin de m’organiser, le lendemain du salon Découvertes en Vallée du Rhône, une dégustation des vins là où il le souhaiterait le plus pratique. Ce fut arrangé fissa dans les murs de la Cave Coopérative de Rochefort-du-Gard, plus connue sous le nom des Vignerons du Castelas. C’est dans une salle de cette dernière cave qu’une bonne douzaine d’échantillons furent rassemblés à l’invitation du Président Francis Fabre, lequel fut mon guide ce jour-là. Sur les quelques 25 domaines qui revendiquent cette appellation, y compris ceux qui adhèrent aux deux petites coopératives locales (trois si on ajoute un adhérent de la cave de Tavel), cela fait une bonne moyenne, même si l’on aurait pu s’attendre à plus. Il y avait aussi quelques échantillons du négoce local qui marque de plus en plus son intérêt pour le secteur.

En plein mistral sur le plateau de Signargues, le Président Francis Fabre. Photo©MichelSmith

En plein mistral sur le plateau de Signargues, le Président Francis Fabre. Photo©MichelSmith

Signargues ne correspond aucunement au nom d’une commune, mais bien à celui d’un lieu-dit qui empiète sur 4 communes gardoises, Rochefort-du-Gard, la plus importante, Domazan, Estézargues et Saze, le tout à 10 km d’Avignon, pas très loin non plus de Tavel. En choisissant ce lieu-dit, le tour était jouable pour envisager d’être dans la nouvelle fournée des villages, il y a 10 ans déjà. En effet, le site concerné par Signargues fait partie d’une série de trois vastes plateaux-promontoires qui se voisinent orientés nord-sud et rassemblent par la même occasion la grosse majorité des vignerons concernés par l’appellation.

Le village d'Estézargues. Photo©MichelSmith

Le village d’Estézargues. Photo©MichelSmith

Nous sommes ici dans la zone la plus précoce de la vallée du Rhône, la plus méridionale aussi. Recouvert de galets roulés rougis par l’oxyde de fer (parfois sur une couche de deux mètres), ce bel ensemble qui préfigure la garrigue gardoise est composé d’un socle argilo calcaire avec, en profondeur, d’importantes langues argileuses qui font que la zone ne souffre jamais en période de sécheresse. De ces terrasses planes et fort ventées appelées ici « plaines », on distingue à l’est le Rhône défiler vers son delta en une plaine alluviale très fertile surveillée par Châteauneuf-du-Pape, les Dentelles de Montmirail et le mont Ventoux. Cette disposition confère une réelle unité au « cru », parfaitement dans l’esprit de ces « villages avec indication géographique ».

Prêt pour la dégustation ! Photo©MichelSmith

Prêt pour la dégustation ! Photo©MichelSmith

Dans cet ancien lit du Rhône doté de grandes parcelles, la vigne est mécanisée à 80% pour ne pas dire plus, sur près de 500 ha en production avec presque autant en potentiel. Le cahier des charges de Signargues impose le Grenache noir à 50% minimum, lequel doit être complété par de la Syrah et/ou du Mourvèdre dans une proportion minimale de 20%. Il reste quelques vieux Carignans autorisés en cépage secondaire. Voici mes commentaires des Côtes du Rhône Villages Signargues dégustés ce matin-là, dans un ordre parfaitement aléatoire, tous du millésime 2013 et tous en bouteilles. Dans la mesure du possible, le prix de vente départ cave vous sera donné.

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Domaine de Magalanne, Lou Biou. Pointe fine et agréable au nez, souple et facile en attaque, belle fraîcheur persistante sur une matière présente sans être imposante. À 40% Mourvèdre, 20% Carignan et 40% Syrah, ce Biou, qui désigne le taureau en provençal, ne m’apparaît pas conforme aux règles d’encépagement de l’appellation (à moins que j’aie mal compris) puisqu’il n’a pas de Grenache. En revanche, le raisin a été vendangé à la main et le vin a passé 10 mois en barriques. 9,50 €.

Domaine des Romarins. Simple, facile, chaleureux tout en étant vif, sans grande longueur, mais très agréable à boire maintenant. Grenache et Syrah à égalité, avec 10% de Mourvèdre. 7,50 €.

-Château des Coccinelles. Belle robe, nez sur la réserve, bouche pleine, sérieuse, mais non dénuée de fraîcheur, le vin est bien en place et se révèle finalement assez facile à boire sur une belle viande saignante. Avec de beaux tannins pour veilleurs, Syrah et Grenache à égalité, on peut attendre 2 à 3 ans. Une de mes meilleures notes. Certifié bio, 10 €.

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Domaine du Fournier, Les Vignerons du Castelas. Nez fin de tabac et de garrigue, les 30.000 bouteilles de ce domaine adhérent à la coopérative de Rochefort-du-Gard, font montre d’une belle fraîcheur et de notes de réglisse. À ma demande, j’ai pu goûter à titre de curiosité le 2012 que j’ai trouvé bien bâti et armé d’une matière dense et solide. Majorité de Syrah et 30% de Grenache, c’est le meilleur rapport qualité-prix : 6,20 €.

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Maison Chapoutier. Élevé en cuve béton sur une année, le vin livre de la fraîcheur en attaque, puis des sensations de vieux bois, laurier, épices. Bonne longueur et jolis tannins, plus dans l’élégance que dans la fermeté. À boire entre maintenant et 2017. Syrah et Grenache. 10,10 €.

Maison Bouachon, Les Bariannes. Sous la houlette du groupe Skalli, cette maison de Châteauneuf-du-Pape présente un Signargues facile d’approche au nez légèrement rustique. Heureusement, il se signale en bouche avec une belle fraîcheur et une longueur estimable. D’ici 2017, 7,50 €.

Pierre-Henri Morel-Ferraton. Basé à Tain-L’Hermitage, ce vigneron nous gratifie d’un vin assez élégant de prime abord qui semble assez marqué par la Syrah, même si on nous annonce aussi du Grenache. La bouche est ferme et dense, manquant un peu de charme si l’on se souvient du nez. 7,50 €.

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Domaine Marie Blanche. Vinifié par Jean-Jacques Delorme, de Saze, cette cuvée au départ un poil rustique va terminer la dégustation avec ma meilleure note. Le vin fascine par sa plénitude, son épaisseur, sa densité, son fruité intense, sa longueur en bouche et ses beaux tannins assez solides qui vont le conduire au moins sur 5 ans de cave. Grenache, Syrah, Mourvèdre, 15.000 bouteilles, 7,50 €. Un bel achat.

Domaine de la Valériane, Les Cailloux. Très belle robe et nez composite de vieux bois, tabac, épices… On sent de l’épaisseur, du solide, des tannins assez marqués, un style très concentré. Un peu trop même. Pas de fiche technique.

Domaine des Boumianes. Joli nez, mais bouche assez étriquée, rustique, voire simplette. 60% Grenache, 30% Syrah et reste Mourvèdre. Très petite cuvée (2.000 bouteilles) élevée 11 mois en cuve béton. Certifié bio. 8 €.

Cave Coopérative d’Estézargues, Granacha. Pas de fiche technique pour ce vin non filtré qui doit, de par son nom, être très axé sur le Grenache. Un rouge jovial, ample, large, opulent, facile et généreux, doté d’une bonne longueur. Une de mes meilleures notes.

Photo©MichelSmith

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Château Terre Forte. Sans fiche technique, on arrive à savoir quand même que le vin est fait de Grenache, Syrah, Mourvèdre et Carignan et qu’il est élevé en barriques de trois vins. Les nez s’annonce complexe et fin, mais la bouche est excessivement parfumée (noix de coco ?) et de ce fait pratiquement ingoûtable.

Domaine des Amariniers, Cave de Tavel. Un seul adhérent en Signargues à la coopérative de Tavel pour un vin passe-partout, assez bien équilibré, idéal sur une grillade. 6 €.

Michel Smith


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Rhône-sud: le Plan et le Massif sur la voie du Cru (III)

Voilà deux Côtes du Rhône Villages – avec mentions géographiques, faut-il le préciser – déjà bien en place, deux Villages qui font le bonheur des explorateurs de bons vins en même temps qu’ils font honneur à leurs terroirs. Pour continuer ma série en beauté, nous avons là, avec le Plan de Dieu et le Massif d’Uchaux, deux appellations qui à mon humble avis sont en train de se forger une belle réputation parmi les amateurs de vins du Rhône méridional. Ce que je dis est purement gratuit et n’enlève rien à la valeur des Gadagne ou autres Puyméras mentionnés dans mon précédent article. Sans oublier Signargues, que j’explorerai pour vous jeudi prochain,  lors de mon dernier article sur le sujet des nouveaux villages qui se donnent des airs de crus.

Sont ils faux ou sincères ces villages-crus ? Les prétentions de leurs vignerons sont-elles justifiés ou abusent-ils bassement de la situation ? Usent-ils de leurs réelles valeurs ou de leurs bonnes relations politiques ? Comme toujours, ce seront les consommateurs qui auront les derniers mots : ils diront plus tard si, comme Vacqueyras ou Vinsobres avant eux, ils ont vu justes. Pour ma part, j’ai goûté ces vins non pas à l’aveugle, mais en allant de stand en stand et en priant à chaque fois le vigneron pour qu’il ne me récite pas sa fiche technique avant que je puisse tremper mon nez et mes lèvres dans son vin. Il va sans dire que tous les producteurs n’étaient pas exposants à Découvertes en Vallée du Rhône. Il y aura donc des absents dans ce qui suit… Dans la plupart des cas en cliquant sur le nom du domaine, vous aurez accès à son site Internet.

Photo©MichelSmith

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Plan de Dieu, j’y crois !

Une ancienne et vaste garrigue aujourd’hui colonisée par la vigne mais autrefois de si mauvaise réputation que, pour la traverser, il fallait s’en remettre à Dieu ! Du moins, c’est ce que dit la légende. Ce plateau uniforme et plat de 1.500 ha survolé de temps à autre par les jets de la base aérienne d’Orange, a pour originalité d’être recouvert d’un amas de gros galets roulés sur une épaisseur de 10 mètres. Ils reposent tantôt sur une couche d’argile bleue, tantôt sur des safres gréseux, socles qui heureusement maintiennent la fraîcheur et attire de ce fait les radicelles de la vigne qui sans cela auraient du mal à produire tant ce lieu peut devenir fournaise en été. Outre le Grenache, on y trouve aussi le Mourvèdre attiré par la chaleur des lieux, mais aussi la Syrah, le Carignan, la Counoise, le Picpoul, le Terret… L’appellation célèbre tout juste ses 10 ans et le secteur a toujours attiré les négociants les plus exigeants. Le Plan de Dieu concerne les communes de Jonquières, Camaret-sur-Aigues, Violès, Travaillan, toutes du Vaucluse. Décrétée en 2004, avec effet rétroactif pour le millésime 2003, elle rassemble une trentaine de domaines, dont certains assez importants. Autre originalité : elle est dirigée par un binôme de présidents enthousiastes, Alain Aubert et Hugues Meffre. Seuls huit domaines s’exposaient à Découvertes en Vallée du Rhône.

Domaine Le Grand Retour

Repris en 1999 par les Domaines André Aubert, cette vaste propriété de 150 ha nous donne un 2012 (60% Grenache, 30% Syrah et reste Mourvèdre) au nez fin et sans grande manifestation en bouche en dehors d’une structure d’apparence légère et des tannins souples. Le 2013 est un peu plus frais et long confirmant un bon « niveau villages » pour un prix qui va avec : 6,50 € départ cave.

Cave Les Coteaux du Rhône

Crée en 1926 et basée à Sérignan-du-Comtat, la cave regroupe 180 viticulteurs dont quelques uns sur le Plan de Dieu. Leur cuvée Panicaut 2012 pourrait aussi bien revendiquer la simple appellation Côtes-du-Rhône tant elle manque de précision et de définition. L’acidité se fait sentir et l’intensité du fruit est très moyenne. Grenache à 60% et Mourvèdre pour compléter.

Domaine Rose-Dieu

Damien Rozier, jeune vigneron de Travaillan, fait honneur à son appellation avec un 2012 à la fois plein, dense et épais, capable de tenir encore en cave 4 à 5 ans. Tannins présents mais fins. Grenache en majorité, puis Syrah et Mourvèdre avec un élevage en barriques. Le domaine ne compte qu’une dizaine d’hectares. Un bel investissement pour un peu moins de 7 € la bouteille départ cave.

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Domaine des Pasquier

Basé à Sablet, ce domaine de 85 ha en travaille près de la moitié sur le Plan de Dieu. Leur 2012, prêt à boire, se présente sous de bons auspices (joli nez complexe de gibier à plumes, de truffe et d’épices), avec une attaque plutôt souple et aimable et une petite fraîcheur qui tient jusqu’en finale. Majorité de Grenache avec 35% de Syrah et 10% de Mourvèdre. 8,50 € départ cave.

Château La Courançonne

Ce domaine de Violès couvre 70 ha de vignes dont 50 % sur le Plan de Dieu et une bonne part (85%) acheté par le négoce local, ce qui est loin d’être un mauvais signe quand on connaît les noms des acheteurs. Le 2012 Gratitude s’intéresse aux plus vieux Grenaches (40%) mais se partage le reste à égalité entre Mourvèdre et Syrah. Le nez est encore sur la réserve et l’on ressent une présence affirmée en bouche avec une nette fermeté. Plénitude et harmonie en dépit d’une légère amertume qui ne choquera pas certains palais. 8,70 € départ cave.

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Domaine de l’Arnesque

Propriétaire aussi en Châteauneuf-du-Pape au lieu-dit de L’Arnesque, le domaine possède un vignoble sur le Plan de Dieu avec des vignes que l’on peut qualifier de « vieilles ». Le seul domaine à présenter un 2011, j’avoue le trouver très évolué et sans grand intérêt. Prêt à la mise, on me présente le 2012 plus frais, d’une certaine densité s’achevant sur une finale peu enthousiaste. Proposé à 8,50 €, le vin est très Grenache (65%), complété par 20% de Syrah, 10% de Mourvèdre et 5% de Carignan.

Duvernay Vins Millésimes

Négociant à Châteauneuf-du-Pape, cette maison centenaire propose des vins sur presque tous les crus rhodaniens. Un seul Villages est sur la liste et c’est le très Grenache (75 %) Plan de Dieu que je goûte dans sa version 2012. Dès le nez on sent l’amour du travail bien fait. C’est copieux, dense et tannique avec des notes de cuir un peu « vert » qui réclame que ce vin séjourne encore quelques années en cave.

Domaine Lucien Tramier

Le plus beau 2012 goûté sur cette appellation : superbe éclat en bouche, beaucoup de densité, de fraîcheur et de gourmandise sans parler de tannins fort civilisés. Ce domaine de Jonquières privilégie les vieilles vignes de Grenache (70%) et de Syrah avec de longues macérations et un élevage de 10 mois en barriques. À 7 € départ cave, voilà une belle affaire !

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Massif d’Uchaux, c’est chaud !

Les amateurs bien informés fondent beaucoup d’espoir dans cette appellation désormais bien établie depuis son décret paru en 2005. Situé au nord d’Orange et de Châteauneuf-du-Pape, le massif est en fait un îlot rocheux assez boisé composé de grès et de sables siliceux où la vigne s’étage jusqu’à 250 mètres d’altitude ce qui tempère un peu mon titre. Disons pour résumer que les vins sont souvent assez chaleureux, mais qu’heureusement l’altitude vient renforcer la matière en fraîcheur et en fruit. «Ici, le système racinaire est obligé de se frayer un passage, d’où une montée de sève très longue favorable à la concentration et à la minéralité», explique notre géologue Georges Truc, fervent lecteur des 5 du Vin.

Une vingtaine de domaines, dont certains très connus, occupe le territoire viticole en compagnie de trois caves coopératives, celles de Sérignan-du-Comtat, de Sainte-Cécile-les-Vignes et de Rochegude qui comptent pour un tiers de la production. Entre 250 et 300 ha de vignes sont concernées par l’appellation, mais le potentiel est estimé au double sur les communes vauclusiennes de Lagarde-Paréol, Mondragon, Piolenc, Sérignan-du-Comtat et Uchaux. Comme pour le Plan de Dieu, deux présidents veillent au grain, Arnaud Guichard et Éric Plumet.

Georges Truc et les deux présidents du Massif d'Uchaux. Photo©MichelSmith

Georges Truc et les deux présidents du Massif d’Uchaux. Photo©MichelSmith

Domaine Vincent et Dominique Baumet

Basé à Rochegude, les Baumet exploitent 35 ha dont la moitié va à la coopérative. Ils ne vinifient que 10 % de leur production en Massif d’Uchaux. Équilibré, un 2010 (55% Grenache, 40% Syrah, reste Carignan) se goûte sans difficulté associant fraîcheur discrète et souplesse de bon aloi. Un 2012 goûté en magnum se boit facilement et n’affiche pas réellement une grande idée de ce que l’on pourrait atteindre au sein d’un cru. Environ 14 € départ cave, 47 € pour le magnum, une cuvée spéciale.

Cave Les Coteaux du Rhône

Déjà cité plus haut pour son Plan de Dieu, la version Massif d’Uchaux de cette cave coopérative me déçoit une fois de plus. Il s’agit d’un 2013 Arbouse qui affiche pas mal de dureté en bouche ainsi qu’un manque de fond. La cave revendique la plus grosse production du Massif d’Uchaux avec 29 ha que se partagent ses adhérents.

Domaine Saint-Michel

Magali et Bertrand Nicolas sont entourés de pins, de chênes verts et de genêts sur un domaine planté de 20 ha de vignes, dont 4 ha consacrés au Massif d’Uchaux. Leur cuvée générique 2011, un tantinet rustique, se présente dans un registre simple et facile, sans charme particulier.

Domaine de la Guicharde

Sur Mondragon, ce domaine est certifié en biodynamie à partir du millésime 2013. En attendant, le 2012 Genest (2 ans d’élevage en cuve), 60% Grenache, Syrah pour le reste, offre une belle vivacité, de la densité et une matière chaleureuse. Ouvert la veille, le 2011 se fait plus facile d’approche. Environ 13 € départ cave.

Château Simian

Propriétaire à Câteauneuf-duPape, la famille Serguier possède 26 ha de vignes dont 4 ha en Massif d’Uchaux, sur Piolenc. Leur cuvée Jocundaz 2013, 70% Grenache complété par la Syrah, offre une belle densité en attaque, une puissance chaleureuse avec heureusement un fruité qui vient rafraîchir l’atmosphère et une impression de minéralité en finale. Un bel achat à 10 € la bouteille départ cave. Un autre 2013, cuvée La Louronne, vinifiée à partir de vieux Grenaches, est plus sur la complexité avec un nez composite (herbes sèches, tabac, menthe sauvage…), de la souplesse en bouche, beaucoup de chaleur, un beau développement et une finale sur le fruit cuit (15 €). Une valeur sûre.

Domaine La Cabotte

En biodynamie (certifié en 2007), également propriétaires en Châteauneuf-du-Pape, Marie-Pierre Plumet et son mari, Éric, vinifient 3 cuvées en Massif d’Uchaux. Goûtée en 2013, la cuvée Garance (50% Grenache, le reste partagé à égalité entre Syrah et Mourvèdre) annonce un grand vin. Nez poivré et truffé, bouche droite tout en étant envoûtante et chaleureuse, joli fond de fruit, harmonie, élégance et longueur, tout y est au prix de 12 € départ cave. Un peu plus chère (15 €), la cuvée Gabriel 2012, moitié Grenache, moitié Syrah (cette dernière éraflée), propose un nez sur la finesse et une bouche plus arrondie, plus grasse, avec une belle présence fruitée. On sent le vin bien assis sur son socle (ici de la lauze blanche calcaire) après un élevage de 16 mois dont un tiers en demi-muids d’occasion.

Photo©MichelSmith

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Domaine des 5 Sens

Basé à Rochegude, ce domaine de 50 ha met la totalité de son vin en bouteilles et ce qui est déclaré en Massif d’Uchaux représente 15% de sa production. La cuvée 2012 La Vue offre un assez joli nez épicé, mais le vin en bouche, en dépit de quelques tannins sympathiques et d’un fruité affirmé, n’en reste pas moins plutôt légère , voire simplette. Un peu plus de 10 € départ cave.

Château d’Hugues

Avec 6 ha en culture dite « raisonnée », la cuvée 2012 présentée par le chef de culture Grégory Payan affiche un nez assez minéral sur une robe pas très soutenue. Mais le vin est dense, serré, très puissant, très long en bouche aussi, avec des tannins bien présents. Le 2009, nez fin et légèrement fumé, offre de l’amplitude en bouche, de la fraîcheur, mais des tannins un peu secs en finale. Le 2004 est tendre, toujours bien marqué par le fruit et élégant sur toute la ligne !

Domaine Crôs de la Mûre

Entre Uchaux et Mondragon, Éric Michel, rejoint par sa sœur Myriam, cultive son domaine de 17 ha en biologie. Près de la moitié de la superficie est classée en Villages Massif d’Uchaux, donnant notamment un 2011 au nez fin et accrocheur, un peu austère en bouche, mais tout de même bien équilibré avec une finale en douceur où le fruit mûr ressort très bien. Élevé en cuve béton, il s’agit d’un assemblage aux trois quarts Grenache associé au Mourvèdre avec un peu de Syrah. 15 € départ cave.

Château Saint Estève d’Uchaux

En biologie depuis 2006, ce domaine s’étend sur 45 ha de vignes, dont près de la moitié classée en Massif d’Uchaux. Une cuvée « générique » à 60% Grenache (le reste en Syrah), se goûte bien en 2012 avec un joli nez fin de garrigue, une certaine souplesse et de petits tannins légers, sans oublier de la fraîcheur en finale et une bonne longueur (8,50 €). Une Grande Réserve 2011 (9,70 €), majorité Grenache avec 40% de Syrah est toujours dans le registre de la finesse au nez, de la densité et de la structure en bouche, un côté imposant contrecarré par une belle fraîcheur et de la longueur. Une autre cuvée Vieilles Vignes goûtée en 2011 et 2012, ne manque pas d’intérêt.

Domaine de la Renjarde

Propriété sœur du Château La Nerthe à Châteauneuf avec le Prieuré de Montezargues à Tavel, La Renjarde s’étend sur 54 hectares travaillés en bio. Le Villages Massif d’Uchaux 2012, commercialisé entre 8 et 9 € selon les sources, a été tirée à 120.000 exemplaires. La bouche est élancée, bien droite, laissant place à une superbe matière ponctuée de notes salines avec une légère amertume en finale et des tannins grillés.

Michel Smith

 

 

 

 

 

 

 

 


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Mixed bag: cinq blancs de la Loire et un du Rhône

Oui, je sais que mon titre est en anglais. Et oui, je sais bien que la Loire est le terrain d’expertise de Jim. Mais on a bien le droit de traverser les lignes de temps en temps, non ?

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’outrecuidance de me plaindre, très légèrement (https://les5duvin.wordpress.com/2013/11/11/journees-ordin… ) des difficultés de notre métier et des déceptions qui peuvent parfois déferler par vagues parmi les échantillons que nous recevons. Je vais tenter de redresser un peu ce tableau sombre en vous parlant de cinq vins blancs de la Loire, dégustés un matin il y a peu de temps, et qui m’ont tous parus dignes d’intérêt, pour des raison diverses et à des degrés variés. D’où mon titre « mixed bag » car j’ignore son équivalent en français. Cette expression anglaise signifie, au sens propre, « un sac rempli de choses diverses ». Miscellanae serait son équivalant en latin. Si quelqu’un peut m’éclairer en français ?

5 LoiresCinq de la Loire, quatre cépages mais un air de famille quand-même

J’ai donc décidé l’autre jour de déguster tous les échantillons de vins blancs de Loire que j’ai trouvé dans ma cave d’échantillons. Il y en avait cinq, issus de 4 sous-régions différentes et de 4 cépages différents. Les sous régions sont Centre-Loire, Touraine, Haut Poitou et Loire Atlantique, et les cépages sont chasselas, sauvignon blanc, chenin blanc et melon de bourgogne.  Donc aucune comparaison directe à faire entre eux, d’autant plus que les millésimes n’étaient pas les mêmes. Néanmoins cela donnait une sorte de voyage le long de la Loire, entre Muscadet et Sancerre en remontant un peu en zig-zag et à l’aide d’une machine à remonter le temps.

Voici les vins et les commentaires qu’ils m’ont inspirés :

Muscadet Sèvre et Maine sur Lie 2007, Chéreau Carré, cuvée Réserve Numérotée

Ce flacon-là j’ai du un peu l’oublier, vu la date. Mais, je me disais, c’est aussi l’occasion de voir comment ces vins-là vieillissent, même pas très bien stockés.  Effectivement la couleur n’est plus d’une jeunesse éclatante. Il est même franchement jaune paille, tirant vers l’ambre. Le nez confirme cette oxydation nette mais, en même temps, est complexe, mêlant des notes de type fumé et foin avec le pain et l’écorce d’orange. La rondeur du temps a bien atténuée l’acidité de la jeunesse en bouche, mais ce vin a encore du répondant avec des saveurs légèrement miellées et épicées. Est-ce que c’est parce que j’aime les Xérès que ce vin me parle ? Sans doute. (Et j’en boirais, de ce grand d’Andaloisie, très bientôt en souvenir de Michel Creignou : voir l’article de Michel Smith de samedi). Je pense que beaucoup considéreraient de muscadet comme « passé », mais je l’aime bien et il souligne la capacité de garde des meilleurs vins de la région.

Pouilly-sur-Loire, Chasselas 2010, Terroir d’Antan

Maintenant le cépage chasselas, devenu, en matière de vin, une rareté en dehors de la Suisse, est revendiqué comme un cépage oublié. Je n’ai pas encore dégusté un vin de ce cépage qui m’a emballé, mais celui-ci est plaisant. La robe est en contraste totale avec la précédente : très pale, presque translucide. Le nez est assez discret, un peu souterrain mais agréable avec des notes de champignon de Paris et de fruits blancs. C’est sa vivacité en bouche qui m’a surpris, donnant un aspect salivant à un ensemble simple.

Montlouis-sur-Loire, Premier Rendez-Vous 2011, Lise et Bernard Jousset

La robe est plus teintée, disons jaune pêche. Petite présence de gaz. Ce vin est le seul de la petite série a s’être altéré par contact avec l’air dans l’espace de 24 heures entre mes deux dégustations. Peut-être manque-t-il d’un peu de soufre ? Il était très agréable, fin et tendre quand je l’ai ouvert pour la première fois, mais au bout de 24 heures ses saveurs s’étaient un peu émoussées, faisant ressortir un peu d’amertume (raisonnable et pas déplaisant) de son cépage chenin.

Haut Poitou, Sauvignon, Sainte Pézenas 2011, Cave de Haut Poitou

Cette production de la (maintenant) défunte Cave de Haut Poitou, est aussi pâle et lumineux de robe que le Pouilly-sur-Loire. Nez perçant, très typé sauvignon selon les canons qui semblent dominer dans ce type de vin. Ce style, fait de verdeur (pyrazines, je crois) n’est pas celui que je préfère, mais c’est honnête et a la mérite de la franchise. A l’aération il a montré des notes plus aimables et complexes. Fermement campé sur son acidité en bouche, mais pas seulement car il a aussi une belle matière fruitée. Un vin honnête et vivifiant.

Sancerre, La Bourgeoise 2010, Henri Bourgeois

J’ai des réticences devant le bouteille lourde et l’étiquette ringarde mais l’habit ne fait pas le moine et ce vin est très bon. Robe brillante et nez riche qui mêle notes subtiles issues, je pense, en partie de son élevage mais aussi de la belle vivacité de sa matière première. La petite nuance de rondeur apportée par l’élevage est très bien dosée et n’estompe nullement la finesse du fruit, ni sa tonicité naturelle. Ce très beau vin recèle une bonne persistence sans quitter le domaine de l’élégance.

Que dire en conclusion ?

Voilà la preuve que des dégustations improvisées peuvent donner des bons résultats. Mais, plus intéressant, il y a quand-même une aire de famille à tous ces vins, dû certainement au climat ligérien. Je sais bien que Sancerre est assez loin de Nantes, mais la latitude ne change pas et le climat est globalement le même, à des nuances près. Les cépages laissent évidemment leur marque, comme le millésime et des détails de vinification ou de vieillissement. Mais, si j’avais à grouper mes vins sur une carte de restaurant par grande typologie gustative, ces vins blancs se trouveraient tous sous un titre du genre « léger et vif » . Tout cela tient la route et il n’y avait pas de mauvais vin dans le lot. Mais est-ce qu’on finirait ces bouteilles ?

Cairanne Blanc BoissonUn contraste bienvenu avec ce beau vin du sud. Non, l’acidité comme support principal d’un vin n’est pas toujours si agréable.

Peut-être, si bien accompagné en mets et en compagnie, mais j’ai quand même cédé, en fin de journée, aux joies plus voluptueuses d’un excellent Cairanne blanc 2012, du Domaine Boisson, riche mais bien équilibré. Sauf à être un janséniste convaincu, on ne peut pas prendre son plaisir tout le temps dans les rets tranchants de ce que certains se plaisent à appeler pompeusement de la « tension minérale », et que j’appelle simplement de l’acidité.

David

(texte et photos)


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Lectures en survol et autres bizarreries

Tout comme mes camarades de blog, je reçois en sus du vin quelques ouvrages à lire… parfois modérément. Je vais de ce pas tenter pour vous un exercice des plus difficiles qui consiste à dire de chacun d’eux le plus grand mal comme, parfois, le plus grand bien. J’irai même jusqu’à vous signaler si les auteurs sont des connaissances. Je réclame donc par avance vos indulgences.

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Histoire de la Vigne et du Vin en Roussillon, de Pierre Torrès (20 €, Trabucaire)

Précis, pédagogue, historique comme son titre l’indique, riche en anecdotes, à l’instar de cette petite histoire du Jaoumet, un cépage local qui mûrit pour la Saint Jacques (Juillet), le livre de Pierre, un copain par ailleurs éminent ingénieur agronome bien connu du côté de Perpignan, fourmille de récits évoquant les riches heures de ce pays qui compte de nombreuses appellations aux fortunes diverses. Pour « spécialiste débutant ».

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Les Vins de Bourgogne, de Florence Kennel (15 €, Collection Les Livrets du Vin, Hachette Pratique)

Agrémenté pour chaque AOP d’une « sélection du Guide Hachette » et d’une fiche technique, d’un format agréable et d’une lecture à la fois simple et pratique, le livre de cette spécialiste reconnue, consacre aussi quelques pages au Mâconnais. Plus un survol qu’un examen profond et détaillé. Existe aussi en une version « Les Vins de Bordeaux » (par Antoine Lebègue). Pour « débutant vraiment débutant ».

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Sortie de Route, de Jean-Marie Lignères (19, 50 €, Éditions Baudelaire)

Nous sommes à l’époque où le rallye Paris-Dakar s’achevait bien sur les plages océanes de la banlieue dakaroise. C’était aussi une époque (années 80) où le Languedoc amorçait un début de renouveau. Pilote handicapé suite à un accident, directeur d’un Centre d’Aide au Travail qui exploitait le Château Lastours dans les Corbières, l’auteur raconte ces moments palpitants où il accueillait les journalistes du monde entier, les pilotes les plus chevronnés et les premières éoliennes… Pour « oenophile, corbiériste, aventurier, routard et mécano ».

La Vigne, collectif (15 € par an, Groupe ATC)

Le dernier numéro (Septembre) ne faillit pas à la règle qui veut que la plupart des enquêtes publiées dans ce magazine mini format ne dépassent pas une double page. Résultat, les infos les plus intéressantes sont rassemblées en quelques lignes. Un best of ? Les vignerons des rives de la Moselle unissent leurs forces, un vin aromatisé au cola, une pub pour un medium capable de « résoudre tous vos problèmes ». Pour « vigneron lecteur à l’heure du déjeuner juste avant la sieste ».

Recettes de ma Vigne, de Catherine Bernard et Anne-Sophie Thérond (18 €, Rouergue)

Lecture charmante et gourmande où quelques pages colorées sont consacrées aux sarments, aux feuilles de vigne, aux vrilles, au raisin, au marc, le tout agrémenté de recettes (une quarantaine) du genre de celles que l’on se transmet de mères en filles. Point de raisiné, mais un granité de vin doux à la gelée de vin facile à commettre. Comme toujours avec Catherine, on devine le soleil dans ses yeux. Pour « écolo, papapoule et campagnard ».

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Le Guide Bettane & Desseauve des Vins de France (24,90 €, Éditions de La Martinière)

Toujours aussi lourd, copieux (plus de mille pages et 7.400 coups bus !), peu oublieux des vins connus et archi connus, par la force des choses peu soucieux de découvertes, hormis celles de domaines reconnus depuis plus d’une décennie, spécialisés dans les GCC auprès desquels on a recueilli un prix « environ », « HT » ou « NC » (non communiqué), parfois un peu poussif et déjà vu dans le style « défense et illustration » quand, par exemple, Michel Bettane consacre un édito aux « chefs d’œuvre en péril » que sont les VDN. Certes, il est bon de se répéter et comme tous les marronniers se ressemblent… Un bon point : en achetant le guide on obtient le droit d’accéder au site des auteurs pour une année. Diantre ! Pour « vigneron en mal de reconnaissance ou simple amateur d’expertise ».

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Les Vins du Rhône, de Jean Serroy (39,50 €, Glénat)

Visiblement édité  « avec le soutien d’Inter Rhône », c’est un livre à ranger dans la catégorie « de prestige ». Donc, un bel ouvrage avec de belles photos et de jolis textes qui vous font descendre le Rhône en douceur jusqu’à son delta (les Costières) avec d’inévitables pages sur les grands chefs du secteur qui nous offrent leurs coups de cœur parmi lesquels, heureusement, quelques belles découvertes. Pour « l’amateur éclairé qui aime avoir une bibliothèque bien garnie ».

Catalogue Vins & Spiritueux (Gratuit, Caves Augé)

C’est un catalogue qui ressemble à un livre et cela fait des lustres (depuis 1850) que la très haussmannienne maison Augé, à Paris, l’édite. Son éclectique directeur, Marc Sibard, amoureux de Jerez, de vins de Champagne, aussi bien que de vins de Hongrie ou du Languedoc, met un point d’honneur à faire de ce catalogue un objet que l’on garde. Des portraits bien torchés émaillent l’ouvrage où la tendance « vin nature » a nettement la cote du moins dans les vignobles à la mode du Roussillon à la Loire en passant par le Jura. Ce qui n’empêche pas la présence de très chers vins « normalement » soufrés en Champagne, Bourgogne, Bordeaux et ailleurs… Pour « l’amateur, tout court ».

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Registre de Déclaration Récapitulative Mensuelle (Gratuit, Direction des Douanes)

Pour la bonne bouche, le livre que tous les vignerons dévorent chaque année dès sa sortie avec ses multiples cases à cocher ou à remplir, ses feuillets détachables à renvoyer, son stock à déclarer en hectolitre et en litre, ses paiements à assurer, ses capsules sous CRD à comptabiliser et tout un tas d’autres rubriques mensuelles aussi palpitantes les unes que les autres. Pour le « vigneron amateur de paperasseries ».

Michel Smith